Rablay, c'est un petit bourg, au coeur du Layon, qui se donne parfois des airs de village alsacien, lorsqu'en descendant la Grande Rue, à l'approche de la petite place centrale, vous faites face au coteau ensoleillé de Montbenault "Grand Cru"!

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Sauf, que là, pour un peu, c'est la mer que l'on apercevrait et non pas la ligne bleue des Vosges!...

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Une visite à Richard Leroy n'est jamais anodine. Le vigneron de Rablay sonde un peu ses visiteurs au passage. Il s'intéresse à leurs goûts, à leurs approches des vins et de la dégustation. Il faut souligner que sa passion fût d'abord celle d'un amateur passionné, justement. Voire d'un dégustateur professionnel!

Un jour, pourtant, il découvrit les Coteaux-du-Layon. C'était à l'occasion d'un Salon des Vins de Loire et ce fut une sorte de révélation. La fin du XXè siècle se profilait de plus en plus nettement et avec le nouveau millénaire, pourquoi ne pas se tourner vers un autre chenin?!...

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Après quelques années, Richard Leroy défriche encore, que ce soit un petit clos, dans le centre du village, ou lors de la vinification et de l'élevage de ses cuvées en Anjou blanc ou en Layon. Mais, depuis quelques millésimes, on devine aisément qu'il sait maintenant mieux où il va! Parce que son approche méthodique l'informe chaque jour un peu plus et aussi, parce qu'il déguste bon nombre des cuvées de la région.

Cette région qui justement fourmille de passionnés. Ceux-là même qui essaient de mettre en valeur, chaque jour un peu plus, les terroirs de schiste et les millésimes.

Il faut rectifier là quelques idées reçues, qui circulent parfois, à propos de ces vignerons, ceux de la "mouvance Angeli"!... Ceux à qui l'on attribue très vite une étiquette de "partisan du bio", un rien fermé, voire sectaire. Or, pour avoir rencontré certains d'entre eux, il est clair que nous avons là des personnes prêtes à s'interroger sur les différents choix ou sur des pratiques plutôt lourdes. C'est sans doute ce qui réjouit aujourd'hui Richard Leroy et qui le conforte dans cette démarche de dialogue, d'ouverture d'esprit, de rencontres, de dégustations comparatives. De passion, en fait!... Pour tout dire, je crois que tout passionné de vin et de dégustation se doit de rendre visite, un jour, à Richard Leroy. Et je me demande si quelques vignerons ne feraient pas bien d'en faire autant, certains autres jours!...

Puisque nous sommes là pour déguster, passons dans le petit chai où s'entassent des barriques, dont bon nombre de neuves. Au programme, les Noels de Montbenault 2005, version Anjou blanc sec, en cours d'élevage. En fait, Richard Leroy décline son cru (à peu près 2 ha) en six zones distinctes qui font autant de lots à ce stade. Cette année, tout fut ramassé en une semaine et demie.

- Lot 1: en fait, il faut voir là la "colonne vertébrale" du cru. Ce qui lui donne son "âme" de l'année. Ramassé entre 13 et 13,5°. Pur et droit. Et en même temps un beau fruit élégant et enjôleur. L'expression classique du cru et une belle fraîcheur.

- Lot 2: ramassé entre 13,8 et 14°. Nettement plus fermé, mais un jus qui a, indéniablement, du fond.

- Lot 3: ramassé à 14,5° et actuellement en barrique neuve. Expression assez discrète. Un plus de gras et logiquement, du volume à ce stade.

- Lot 4: 14,5° également. Ce lot a du retard, en toute logique. Le sucre est encore présent. Belle matière qui s'exprime longuement.

- Lot 5: 14,5° là encore. Un beau volume, qui se rapproche de l'expression minérale typique du cru. Le fruit tapisse la bouche. Intense et tonique.

- Lot 6: 15,5°! Un jus en barrique neuve, sur la réserve. Une matière qui apportera sans doute un très beau volume à l'ensemble.

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L'autre cru, le Clos des Rouliers, est situé dans une toute autre zone. Des volumes beaucoup plus réduits, puisqu'il dispose là de 70 ares seulement. Tout est assemblé dès le départ.

- Lot 1: en barrique classique, ramassé à 13,2 ou 13,3°. Très joli vin! Sec et frais et d'ores et déjà, une belle persistance très pure.

- Lot 2: en double barrique. Le vin montre une étonnante fraîcheur et une belle intensité. Ce clos n'a sans doute pas toute la complexité, presque "intellectuelle" de Montbenault mais, on comprend aisément qu'il compte aussi de nombreux partisans!

Pour terminer le tour d'horizon des 2005, découverte du Clos St Vincent, issu d'une vigne close située dans le bourg même de Rablay. Ramassé à 13° en moyenne, sur deux dimanches. Un vin plus tendre, plus "nerveux" sans doute, mais qui possède la patte du vinificateur! Pour le plus grand plaisir des propriétaires!...

Retour ensuite sur quelques bouteilles de millésimes récents:

- Clos des Rouliers 2004: bel équilibre d'un vin sec, soutenu par une expression intense et fruitée. Belle longueur. Elégance et fermeté, alliées à une franche tonicité.

- Noels de Montbenault 2004: le vin s'exprime en puissance et minéralité immédiate. Très belle longueur. Tout le côté démonstratif, presque explosif du cru. A ce niveau, peut côtoyer sans craintes les meilleurs chardonnays bourguignons!... C'est dit!...

- Noels de Montbenaults 2003: à ce stade, un vin qui montre une grande fermeté. Droit, puissant, presque rigoureux. Une expression de fruit très mûr. Pourrait bien réserver de grands moments... d'extase!

- Noels de Montbenaults 2004, Coteaux du Layon: beaucoup de classe dans ce Layon! C'est pur, tendu, exigeant aussi. A ouvrir (juste une suggestion!...) devant une cheminée hivernale dominicale, confortablement installé dans un fauteuil moelleux, en écoutant le dernier disque de Denez Prigent!...

- Noels de Montbenault 2003, Coteaux du Layon: or soutenu. Une matière intense et beaucoup de volume. Toute l'expression de ce cru remarquable dans ce vin taillé pour le long cours!...