Quel meilleur moment pour rencontrer un vigneron, qu'une belle après-midi d'automne, alors que celui-ci vient de finir ses vendanges, depuis à peine plus de deux jours?... Seuls, reste-t-il les cabernets à décuver, après huit à dix jours de macération et toutes les cuvées 2007 seront entonnées!... Un millésime qui pourrait réserver quelques belles surprises!...

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Nous sommes au Château de Fline, non loin de Martigné-Briand, entre Angers et Doué la Fontaine. Au bout de l'allée de platanes rectiligne, il faut pénétrer dans la cour et c'est là, sur la droite, dans les dépendances, que demeurent Cyril Le Moing et Nam Joo, sa compagne. Ils partagent au quotidien désormais, depuis le début de l'année 2007, leur vie de vignerons-artisans.

Depuis deux ou trois ans, Cyril fait partie d'un trio de jeunes vignerons de la région, cités unanimement par trois de leurs congénères, tenants de la "nouvelle vague angevine", à savoir Richard Leroy, Olivier Van Ettinger et Stéphane Bernaudeau. A la question de savoir s'ils pouvaient nommer trois autres prétendants, en vue de former "une autre nouvelle vague", ils répondirent, chacun en leur temps : Claude Pichard, Cyril Le Moing et Jean-Christophe Garnier. Après une visite à Ambillou-Château et avant un futur passage à St Lambert du Lattay, nous voici donc à Martigné-Briand, sur la route de Thouarcé.

111007_008Cyril Le Moing est installé là depuis 2003. Il est souvent cité comme faisant partie de "l'école Angeli". Il admet volontiers que ce qu'il sait, il l'a appris au contact du vigneron de la Sansonnière et se doit de transmettre en ce sens, mais tout en essayant d'exprimer sa propre sensibilité au travers de ses vins. Respecter la nature, la terre, la vigne, certes. D'ici à appliquer intégralement les préceptes de la biodynamie, c'est un pas que le vigneron de Fline n'éprouve pas le besoin de franchir actuellement.

Avec des origines bretonnes, mais natif de Vendôme, puis résident de la région d'Orléans, il fait parfois l'admiration de ses voisins et amis vignerons, pour son111007_013 opiniâtreté au quotidien. Avec ses petites parcelles éparpillées aux alentours, il n'est pas rare de l'apercevoir à vélo, sa boîte à dos, sa sulfateuse à bretelles en guise de bagage, en route pour Thouarcé, Aubigné ou Maligné, afin de pulvériser un peu de bouillie bordelaise sur telle ou telle parcelle de chenin ou de grolleau qui le réclame!... Et Dieu sait que cette année, il lui fallait une condition physique irréprochable et la volonté d'un as du vélo, qui aborde la montée de l'Alpe d'Huez!...

Nous voici partis pour une découverte de quelques unes de ces parcelles. Au total, Cyril Le Moing arrive maintenant à près de 2,5 ha. Quasiment de la micro-viticulture!... Impression confirmée, lorsque l'on fait le constat que, rarement, un îlot de vignes ne dépasse 25 à 30 ares!...

En route donc pour Maligné, un petit village à l'écart, qui offre diverses possibilités, tant au niveau des 111007_015terroirs que des expositions. En premier lieu, un joli coteau en pente douce,111007_006 qui domine le Layon et la plaine bocagère. 30 ares de sauvignon, vignes âgées de 35 ans, exposées plein sud, à l'abri des vents d'ouest grâce à d'épaisses haies, sur des schistes jaunes pour l'essentiel. Un havre de paix et de nature!... D'ailleurs, très vite, nous y découvrons un lièvre de bonne taille, qui se faufile entre les rangs, surveillé par un hibou, qui décolle dans notre dos. Non loin de là, nous croiserons le chemin d'un superbe coq faisan peu farouche!...

Dans le même secteur, d'autres petites parcelles, quelques rangs, comme ces 20 ares de grolleau noir (vignes de 65 ans), sur un sol composé en partie de sable et de fallun, coincés au milieu d'autres, en viticulture traditionnelle... Pas le moindre des problèmes d'ailleurs!... Ainsi ce premier rang souffrant tantôt d'un désherbage systématique (à coups de systémiques!), tantôt de quantités d'engrais déraisonnables, autant de pratiques du viticulteur voisin qu'il est impossible de freiner et de contrôler!... D'ailleurs, en 2006, tous les raisins de ce rang seront restés par terre!...

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Au total, Cyril Le Moing dispose désormais de 70 ares de grolleau, y compris les parcelles sur Aubigné, où se trouvent aussi les vignes centenaires de chenin, non loin de celles de Stéphane Bernaudeau. Malgré tout, en 2007, il ne pourra pas proposer plus que les trois barriques de "Grolle noire" de 2006, alors même qu'il n'en comptait que 30 ares!... Avis aux amateurs!...

A quelques pas seulement, une autre micro-parcelle de 22 ares, plantée en 2006, en "vignes françaises", non greffées donc et issues d'une sélection massale de Guy Bossard, dans le Muscadet. Pas du melon de Bourgogne, mais du chardonnay!... Ces vignes ont une espérance de vie d'une dizaine d'années et dès 2009, devraient permettre de proposer une nouvelle cuvée.

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Avant le retour à la cave, pour quelques cuvées à déguster, petit détour par les Gains de Maligné, plantés de chenin, dont les derniers millésimes ont été salués par les amateurs, notamment avec le 2005, qui connut, l'an dernier, au salon Anges Vins de St Aubin de Luigné, un franc succès.

Notons aussi que du côté de Thouarcé, le vigneron de Fline dispose d'une vigne de gamay de 50 ans, le Ponge, sur graviers, récupéré l'an dernier à Olivier Van Ettinger, ainsi que de quelques cabernets, dans le même secteur, qui composeront une cuvée à suivre en 2006!...

Toutes ces vignes sont taillées en gobelet et travaillées au motoculteur entre les rangs et à la débroussailleuse au pied. L'enherbement a été vite abandonné, du fait de la concurrence, pour des vignes déjà anciennes. Cet été, sept ou huit traitements ont été nécessaires et encore, le furent-ils à des doses plus importantes que les années passées. Pour illustrer les difficultés des vignerons en 2007, il faut savoir qu'en 2004 ou 2006, Cyril Le Moing ne dépassa pas deux traitements et aucun en 2005!...

A la cave, très peu d'interventions, notamment pour les blancs. Après le pressurage, passage en barriques 111007_018où les vins font leur malo. Ils sont ensuite mis en bouteille sans filtration et de manière douce, pour éviter tout traumatisme.

Pas d'éraflage sur les rouges. Des macérations limitées à huit ou dix jours, y compris un pigeage aux pieds dans les premières journées, puis passage en barriques. La durée de l'élevage est appréciée au cas par cas, selon les cépages et les cuvées.

- Schistes 2007, un sauvignon élégant et droit. Ramassé à 13,3°. Deux barriques seulement d'un vin de table qui semble doté d'un équilibre très satisfaisant.
- Le Ponge 2007, le gamay de Thouarcé, récolté à 12,7°. Deux barriques là encore (10 hl/ha!) d'un vin à l'agréable équilibre aromatique fruits rouges-notes poivrées. Jolie structure.111007_019
- Grolle noire 2007, superbe grolleau en Vin de Table, poivré, tonique, délié!... Tout ce qu'il faut pour être très bon.
- Schistes 2006, sauvignon récolté à 13,9°, entre le 6 et le 10 septembre!... Beaucoup de gras, de volume et une expression tout à fait originale. Un potentiel de très belle cuvée, destinée à la gastronomie.
- Les Gains de Maligné 2006, Anjou blanc sec : une mise récente (mi-septembre) ne tempère pas son caractère. Pureté et tension sont au rendez-vous!...
- Grolle noire 2006 : comment?!... Il n'en reste plus?!... Aargh!...
- Le Pin Perdu 2006, en Anjou rouge, cabernet-sauvignon issu d'une parcelle de Thouarcé, sur graviers. Toujours en cours d'élevage. Un bel équilibre de fruit et de matière. Disponible très bientôt!...

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Sympathique et souriante rencontre au coeur de l'Anjou!... Un jeune vigneron tourné vers l'avenir, patient, courtois, mais aussi déterminé. Toujours à la recherche de nouvelles parcelles, afin d'élargir une offre qui connait déjà un franc succés. Demain, un Coteaux-du-Layon, d'autres rouges... Les amateurs se devront d'être vigilents, car les quantités ne sont guère importantes. Encore faut-il noter que 50% de sa production est désormais exportée : Italie, Belgique, Danemark, Japon... Il ne s'agit là que de quelques centaines de bouteilles, mais, on peut penser que d'autres marchés, ceux de la grande gastronomie, pourraient s'ouvrir aussi. Et ce ne serait que justice, pour ce représentant de la plus belle viticulture angevine, celle qui fait bouger et avancer les choses. Non, non, Mark, Richard, Stéphane et les autres, il faut croire en l'avenir, vous êtes de moins en moins seuls!...