Lorsque l'on traverse la France d'ouest en est, sur un même degré de latitude ou presque, partant de Vendée afin de rendre visite à quelques vignerons savoyards, la route passe inévitablement par la Bourgogne. Pas la plus célèbre, pas celle qui jouit d'une notoriété planétaire, celle de Beaune ou de Nuits-Saint-Georges, mais celle de Mâcon, de Cluny et du Val Lamartinien. Parfois, le paysage vallonné, le profil des roches célèbres (voire célébrées) de Solutré ou de Vergisson et une météo automnale, mais favorable, vous invitent d'autant plus à la rêverie.

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Qui, des couleurs et du mouvement des vignes sur les coteaux, de la pierre blonde de l'abbaye romane ou des écrits de Lamartine, incitera le plus le randonneur à la contemplation?... Ouvrira-t-il, pour quelques instants, un livre, le temps d'une courte pause près du Pavillon de la Solitude?...

"Ô temps ! suspends ton vol, et vous, heures propices !
Suspendez votre cours :
Laissez-nous savourer les rapides délices
Des plus beaux de nos jours !"

Peut-être, sera-ce finalement, la perspective d'une jolie dégustation au Domaine du Vieux St Sorlin, à La Roche Vineuse, qui le poussera à reprendre sa route. Ou la compagnie de Corinne Merlin, vigneronne en ce village de mille quatre cents âmes et 160 ha de vignes, qui s'attache à nous présenter, avec douceur et courtoisie, ses parcelles, tant en AOC St Véran avec Le Grand Bussière, qu'en AOC Mâcon-La Roche Vineuse, avec le meilleur "cru" du lieu peut-être, Les Cras, dont les cuvées étonnent souvent les amateurs.

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Ce domaine du Mâconnais, fort notamment de ses 11,5 ha de chardonnay, de pinot noir et de gamay, cultive aussi une forme d'originalité, qui le démarque franchement, dans une région viticole ne pouvant cacher pleinement ses difficultés actuelles. On hésite à parler là, ostensiblement, de crise, comme chez le voisin Beaujolais, mais cette partie de la Bourgogne n'a pas vraiment entamer sa révolution culturelle, axe de progrès permettant sans doute aux vignerons de ces crus, parfois qualifiés de mineurs, d'espérer et de croire en des jours meilleurs. On peut estimer à 90% les vignes vendangées à la machine et force est de constater que les parcelles sont trop rarement en culture.

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Une vingtaine d'années déjà, qu'Olivier et Corinne Merlin se sont lancés avec passion dans la bataille. A peine dix ans plus tard, ils pouvaient enfin disposer d'un outil leur offrant la possibilité de travailler dans les meilleures conditions : un cuvier entièrement restauré, presque flambant neuf, doublé d'un chai souterrain de belle facture, à mi-pente du village. Bientôt, un autre bâtiment devrait voir le jour, juste de l'autre côté de la petite rue, afin de centraliser la réception de vendange, tant des blancs que des rouges. De faire en sorte que les macérations des rouges se fassent toutes dans ce même périmètre et faire ainsi une place aux neuf cuves en bois coniques qui sont encore à leur domicile, en haut du village.

Leur démarche originale voit le jour au moment de la réhabilitation de ce cuvier, en 1997. C'est à ce moment là que le couple de vignerons du Vieux St Sorlin décide de se lancer dans une activité de négoce, en faisant appel à un courtier, pour organiser au mieux l'achat de raisins auprès de quelques viticulteurs du village, mais aussi d'autres appellations de la région : Fleurie, Moulin à Vent, Pouilly-Fuissé, ainsi que Viré-Clessé (AOC en 1998) et même St Aubin et Puligny-Montrachet!...

Aujourd'hui, il semble établi que les vignes dont ils sont propriétaires (11 ha 26 en production et 2 ha 65 en repos) pourraient suffire à l'équilibre du domaine. Mais, Olivier et Corinne Merlin n'ont pas la mémoire courte et possèdent une forme de sagesse bourguignonne. Ils se souviennent de la garantie, sorte d'assurance-vie, qu'apporte la formule, certaines années. Comme par exemple en 2004, lorsqu'un orage de grêle ravage le village, fin juillet, notamment dans le secteur des Cras. Cette année là, il n'y aura pas de rouge issu des parcelles du domaine, à peine quelques barriques de vieilles vignes, grappillées çà et là... Et puis, en cette période difficile dans le Mâconnais, ils participent sans doute à un certain équilibre, en soutenant quelques vignerons. Pas une action déterminante à l'échelle régionale, pas de celles en tout cas qu'ils revendiqueront opportunément, mais un sens indéniable des réalités locales.

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Passage au chai donc, pour une jolie dégustation de quelques crus :

- Mâcon-La Roche Vineuse blanc 2006 :
Une cuvée composée de jeunes vignes sur Somméré et d'achats de raisins auprès de deux vignerons du village. Vinifiée en cuves uniquement. Parfois, une petite proportion passe en fûts, dans le but de faire une meilleure connexion avec les autres cuvées. Toute la typicité variétale du jeune chardonnay!...

- St Véran 2006 :
La cuvée de jeunes vignes du Grand Bussière, plus deux parcelles proches. Une petite proportion est passée en fûts non neufs. Un caractère plus citronné et une jolie fraîcheur.

A noter que pour les blancs, la fréquence du bâtonnage est adaptée selon les caractères de chaque millésime191007_015 (ex : une seule fois en 2003!). Tous les vins font leur malo naturellement, la règle étant qu'aucune mise en bouteille ne se fait précipitamment.

- Mâcon-La Roche Vineuse blanc, Vieilles Vignes 2005 :
Une touche variétale également, mais avec un plus minéral et tonique. Plus strict à ce stade et moins floral. Élevage à 100% en fûts, dont 15% neufs.

- Viré-Clessé 2004 :
Issu d'un achat de raisins là aussi et de vignes proches de la Saône. Beaucoup de limons dans cette parcelle et certaines années, un caractère surmûri, avec parfois un peu de pourriture noble! Il faut alors y maîtriser les maturités. Un vin franc, mûr et droit.

- St Véran, Le Grand Bussière 2005 :
Beaucoup de volume et d'intensité. Un bel équilibre potentiel. Un tiers passé en fûts neufs, un tiers en fûts d'un an et le dernier tiers en fûts de deux ou trois ans. Soutirage après malo. Assemblage en cuves, puis remise en fûts de huit ans et plus, soit, au total, un élevage de dix-huit mois. Un grand plus de richesse et de profondeur.

- Pouilly-Fuissé, Terroir de Fuissé 2005 :
A l'image de la très belle sélection de terroirs dans cette appellation, tant à Vergisson que pour le Clos des Quarts, beaucoup de finesse et de densité. Du caractère, malgré tout, pour ce Pouilly qui a la réputation d'être le plus flatteur, le plus séducteur. Très joli vin!

- Mâcon-La Roche Vineuse blanc, Les Cras 2006 :
Prélevé sur fût. Corinne Merlin le qualifie de moins solaire que d'habitude, plus enrobé. Tout le potentiel d'un 191007_020cru de grande notoriété. Beaucoup de volume. Une matière présente et ferme. Cette cuvée peut rivaliser, à l'aveugle, avec de grands vins issus de parcelles dites prestigieuses!...

- Bourgogne rouge 2006 :
Un assemblage issu de vignes sur Somméré (achat de raisins) et d'une parcelle de pinot noir dans le secteur des Cras. Séducteur et abordable. Jolie expression aromatique sur les fruits rouges.

- Fleurie 2005 :
Très beau fruit, avec une belle intensité. Un gamay de caractère, sans concession malgré tout à la dictature du fruit!... Minéral et droit.

- Moulin à Vent 2005 :
Un exemple de Beaujolais, dont on dit parfois qu'il est le plus bourguignon des crus de la région! Et un beau potentiel de garde, assez à l'image du millésime, sans doute.

- Mâcon-La Roche Vineuse blanc, Les Cras 1998 :
Extrait de la vinothèque, pour mesurer l'aptitude à la garde et le potentiel de cette cuvée, à travers les années. Il serait étonnant qu'elle vous déçoive, si vous patientez quelque peu!...