30 octobre 2007
Domaine du Vieux St Sorlin, à La Roche Vineuse (71)
Lorsque l'on traverse la France d'ouest en est, sur un même degré de latitude ou presque, partant de Vendée afin de rendre visite à quelques vignerons savoyards, la route passe inévitablement par la Bourgogne. Pas la plus célèbre, pas celle qui jouit d'une notoriété planétaire, celle de Beaune ou de Nuits-Saint-Georges, mais celle de Mâcon, de Cluny et du Val Lamartinien. Parfois, le paysage vallonné, le profil des roches célèbres (voire célébrées) de Solutré ou de Vergisson et une météo automnale, mais favorable, vous invitent d'autant plus à la rêverie.
Qui, des couleurs et du mouvement des vignes sur les coteaux, de la pierre blonde de l'abbaye romane ou des écrits de Lamartine, incitera le plus le randonneur à la contemplation?... Ouvrira-t-il, pour quelques instants, un livre, le temps d'une courte pause près du Pavillon de la Solitude?...
"Ô temps ! suspends ton vol, et vous, heures propices !
Suspendez votre cours :
Laissez-nous savourer les rapides délices
Des plus beaux de nos jours !"
Peut-être, sera-ce finalement, la perspective d'une jolie dégustation au Domaine du Vieux St Sorlin, à La Roche Vineuse, qui le poussera à reprendre sa route. Ou la compagnie de Corinne Merlin, vigneronne en ce village de mille quatre cents âmes et 160 ha de vignes, qui s'attache à nous présenter, avec douceur et courtoisie, ses parcelles, tant en AOC St Véran avec Le Grand Bussière, qu'en AOC Mâcon-La Roche Vineuse, avec le meilleur "cru" du lieu peut-être, Les Cras, dont les cuvées étonnent souvent les amateurs.
Ce domaine du Mâconnais, fort notamment de ses 11,5 ha de chardonnay, de pinot noir et de gamay, cultive aussi une forme d'originalité, qui le démarque franchement, dans une région viticole ne pouvant cacher pleinement ses difficultés actuelles. On hésite à parler là, ostensiblement, de crise, comme chez le voisin Beaujolais, mais cette partie de la Bourgogne n'a pas vraiment entamer sa révolution culturelle, axe de progrès permettant sans doute aux vignerons de ces crus, parfois qualifiés de mineurs, d'espérer et de croire en des jours meilleurs. On peut estimer à 90% les vignes vendangées à la machine et force est de constater que les parcelles sont trop rarement en culture.
Une vingtaine d'années déjà, qu'Olivier et Corinne Merlin se sont lancés avec passion dans la bataille. A peine dix ans plus tard, ils pouvaient enfin disposer d'un outil leur offrant la possibilité de travailler dans les meilleures conditions : un cuvier entièrement restauré, presque flambant neuf, doublé d'un chai souterrain de belle facture, à mi-pente du village. Bientôt, un autre bâtiment devrait voir le jour, juste de l'autre côté de la petite rue, afin de centraliser la réception de vendange, tant des blancs que des rouges. De faire en sorte que les macérations des rouges se fassent toutes dans ce même périmètre et faire ainsi une place aux neuf cuves en bois coniques qui sont encore à leur domicile, en haut du village.
Leur démarche originale voit le jour au moment de la réhabilitation de ce cuvier, en 1997. C'est à ce moment là que le couple de vignerons du Vieux St Sorlin décide de se lancer dans une activité de négoce, en faisant appel à un courtier, pour organiser au mieux l'achat de raisins auprès de quelques viticulteurs du village, mais aussi d'autres appellations de la région : Fleurie, Moulin à Vent, Pouilly-Fuissé, ainsi que Viré-Clessé (AOC en 1998) et même St Aubin et Puligny-Montrachet!...
Aujourd'hui, il semble établi que les vignes dont ils sont propriétaires (11 ha 26 en production et 2 ha 65 en repos) pourraient suffire à l'équilibre du domaine. Mais, Olivier et Corinne Merlin n'ont pas la mémoire courte et possèdent une forme de sagesse bourguignonne. Ils se souviennent de la garantie, sorte d'assurance-vie, qu'apporte la formule, certaines années. Comme par exemple en 2004, lorsqu'un orage de grêle ravage le village, fin juillet, notamment dans le secteur des Cras. Cette année là, il n'y aura pas de rouge issu des parcelles du domaine, à peine quelques barriques de vieilles vignes, grappillées çà et là... Et puis, en cette période difficile dans le Mâconnais, ils participent sans doute à un certain équilibre, en soutenant quelques vignerons. Pas une action déterminante à l'échelle régionale, pas de celles en tout cas qu'ils revendiqueront opportunément, mais un sens indéniable des réalités locales.
Passage au chai donc, pour une jolie dégustation de quelques crus :
- Mâcon-La Roche Vineuse blanc 2006 :
Une cuvée composée de jeunes vignes sur Somméré et d'achats de raisins auprès de deux vignerons du village. Vinifiée en cuves uniquement. Parfois, une petite proportion passe en fûts, dans le but de faire une meilleure connexion avec les autres cuvées. Toute la typicité variétale du jeune chardonnay!...
- St Véran 2006 :
La cuvée de jeunes vignes du Grand Bussière, plus deux parcelles proches. Une petite proportion est passée en fûts non neufs. Un caractère plus citronné et une jolie fraîcheur.
A noter que pour les blancs, la fréquence du bâtonnage est adaptée selon les caractères de chaque millésime
(ex : une seule fois en 2003!). Tous les vins font leur malo naturellement, la règle étant qu'aucune mise en bouteille ne se fait précipitamment.
- Mâcon-La Roche Vineuse blanc, Vieilles Vignes 2005 :
Une touche variétale également, mais avec un plus minéral et tonique. Plus strict à ce stade et moins floral. Élevage à 100% en fûts, dont 15% neufs.
- Viré-Clessé 2004 :
Issu d'un achat de raisins là aussi et de vignes proches de la Saône. Beaucoup de limons dans cette parcelle et certaines années, un caractère surmûri, avec parfois un peu de pourriture noble! Il faut alors y maîtriser les maturités. Un vin franc, mûr et droit.
- St Véran, Le Grand Bussière 2005 :
Beaucoup de volume et d'intensité. Un bel équilibre potentiel. Un tiers passé en fûts neufs, un tiers en fûts d'un an et le dernier tiers en fûts de deux ou trois ans. Soutirage après malo. Assemblage en cuves, puis remise en fûts de huit ans et plus, soit, au total, un élevage de dix-huit mois. Un grand plus de richesse et de profondeur.
- Pouilly-Fuissé, Terroir de Fuissé 2005 :
A l'image de la très belle sélection de terroirs dans cette appellation, tant à Vergisson que pour le Clos des Quarts, beaucoup de finesse et de densité. Du caractère, malgré tout, pour ce Pouilly qui a la réputation d'être le plus flatteur, le plus séducteur. Très joli vin!
- Mâcon-La Roche Vineuse blanc, Les Cras 2006 :
Prélevé sur fût. Corinne Merlin le qualifie de moins solaire que d'habitude, plus enrobé. Tout le potentiel d'un
cru de grande notoriété. Beaucoup de volume. Une matière présente et ferme. Cette cuvée peut rivaliser, à l'aveugle, avec de grands vins issus de parcelles dites prestigieuses!...
- Bourgogne rouge 2006 :
Un assemblage issu de vignes sur Somméré (achat de raisins) et d'une parcelle de pinot noir dans le secteur des Cras. Séducteur et abordable. Jolie expression aromatique sur les fruits rouges.
- Fleurie 2005 :
Très beau fruit, avec une belle intensité. Un gamay de caractère, sans concession malgré tout à la dictature du fruit!... Minéral et droit.
- Moulin à Vent 2005 :
Un exemple de Beaujolais, dont on dit parfois qu'il est le plus bourguignon des crus de la région! Et un beau potentiel de garde, assez à l'image du millésime, sans doute.
- Mâcon-La Roche Vineuse blanc, Les Cras 1998 :
Extrait de la vinothèque, pour mesurer l'aptitude à la garde et le potentiel de cette cuvée, à travers les années. Il serait étonnant qu'elle vous déçoive, si vous patientez quelque peu!...
28 octobre 2007
Escapade bourguigno-savoyarde
Octobre propose parfois de très belles périodes de temps sec et de ciel clair, dont la lumière donne une sorte de supplément d'âme aux paysages. Les chaleurs estivales n'ont pas cette force. Les brumes matinales et le soleil, encore bas sur l'horizon, nimbent les reliefs alentour. Non loin, les roches de Solutré et de Vergisson semblent lancées dans une course vers l'espace, sortes de rampes de lancement vers les étoiles.
Nous sommes dans le Macônnais, non loin de Pouilly-Fuissé. Plus précisément à La Roche Vineuse, autrefois Saint Sorlin et au coeur de ce qu'il convient d'appeler le Val Lamartinien. Nous avons d'ailleurs rendez-vous là avec Corinne Merlin, du Domaine du Vieux St Sorlin, pour un petit tour d'horizon dans le vignoble, puis une dégustation dans le chai à barriques.
Avant de développer quelque peu dans des articles consacrés aux trois vignerons rencontrés, quelques mots à propos des étapes destinées notamment à se restaurer.
En premier lieu, un sympathique restaurant conseillé par Corinne Merlin, à Milly-Lamartine, tout près de la maison d'Alphonse de Lamartine, où ce dernier composa certaines de ces Méditations poétiques, celles-là même qui ouvrirent la voie, dit-on, du romantisme dans l'histoire de la littérature française!... Pour tout dire, nous ne nous contentâmes pas, poussés par la faim, de contempler le lieu, une salle rectangulaire, une déco faite pour l'essentiel de photos aux teintes sépia et d'anciennes affiches publicitaires ou de cinéma. Près de l'église donc, L'Auberge de Jack. La cuisine se veut traditionnelle, typique des terroirs. Ce jour-là, nous avons pu apprécier un jambon à l'os accompagné d'une salade verte, puis de la langue et des petits légumes vapeur (de la langue chez Jack, quand j'y pense!...) et enfin, un trio de compotes (pommes, coings et figues) tout à fait délicieux!... Prix modérés et carte des vins permettant quelques découvertes, parmi les cuvées issues de la région. Et pour l'occasion, un Mâcon rouge 2006, de Corinne et Olivier Merlin, comme il se doit!... Tout à fait recommandable, pour les amateurs de passage.
Quittant le Mâconnais, la météo solide nous permit de découvrir toute la beauté de la Savoie, en cette fin de journée automnale. Et sans doute, de goûter comme il se doit, cette rencontre avec Noël Dupasquier, à Jongieux, dans le petit village d'Aimavigne, le bien nommé!... Et ce jusqu'à la tombée de la nuit!... Juste le temps de franchir le tunnel du Chat, avant sa fermeture nocturne et de descendre jusqu'au Bourget du Lac, où nous avions choisi de dîner au Restaurant Beaurivage.
Ambiance feutrée pour cette soirée de "petite finale" de la Coupe du Monde de rugby!... Les clients sont rares à l'heure où les Bleus affrontent l'Argentine. Guère plus de six, pour tout dire!... Six Vendéens en pleine escapade gourmande!...
Superbe table et très beau menu le Bourget pour ce dîner : après une mise en bouche à base d'un velouté très fin et goûteux, certains optent pour le foie gras. Pour ma part, il s'agit d'un Trio d'automne : grecque de girolles, terrine de sanglier maison au genièvre et crémeux de marron au cumin.
Surprenante et innovante association d'arômes et de saveurs!... D'autant plus que le plat fit équipe avec un Chignin-Bergeron 2004 de chez Quénard. Ne me demandez pas lequel, je n'ai pas pris de notes!... Les Quénard, en Savoie, ce n'est pas rare!...
La suite se composa d'un Filet de féra Lavaret cuit sur la peau, jus de maïs et coulis de mondeuse, farçon savoyard et bouquet de roquette, en duo avec un Palette blanc 1996 du Château Simone remarquable!... Un très beau moment!...
Impression confirmée par le dessert! Il faut dire que chacun pût choisir le sien, participant ainsi à une sorte de symphonie fantastique de couleurs et de présentations originales!... La veille même de rencontrer Gilles Berlioz, à Chignin, c'était la moindre des choses.
L'Hôtel-Restaurant Beaurivage s'avère une étape quasi incontournable dans la région. Ne boudez pas ce plaisir. L'escapade gourmande n'en sera que plus belle!...
27 octobre 2007
Les Vendredis du Vin, acte VII
Fidèle à une regrettable habitude, je suis à la bourre!... Pas près d'être "capitaine du mois", PhR!... En tout cas, voici deux accords inratables, classiques de chez classique, mais tellement succu-slurp-hic!... C'est Éric qui va être content!...
En premier lieu, un plat d'hiver diront certains, ou presque!... Un pot-au-feu associé
à deux vins d'Anjou, du Domaine des Sablonnettes. Deux cuvées millésimées 2006, Les Copains d'abord, un grolot fin et intense, fruité et souple, puis Les Copines aussi, un gamay gourmand, croquant et tonique. Pour tout dire, impossible de choisir entre ces deux flacons, qui rivalisent pour un accord tip-top, inratable, donc!...
Trois viandes, plat-de-côte, gîte, macreuse, puis carottes, poireaux, pommes de terre, navets, céleri, bouquet garni, oignons et même panais!... Sans oublier vinaigrette à la ciboulette et fleur de sel!... Un petit régal!...
En fait, j'avais opté pour une autre recette, accord inratable, et pour cause!... Traditionnelle et régionale, comme il se doit : les oeufs en meurette!... Mais, ce sera pour un autre vendredi, à moins que ce ne soit un samedi!... Et comme vous êtes fidèles aux Vendredis du Vin, vous aurez droit, dès demain, à un autre accord absolument in-ra-ta-ble!... Va être content Éric!...
Si, du côté de Pontarlier, on associe volontiers Spéciales de Gillardeau et Chablis Grand Cru, en l'Ile de Noirmoutier, un jour de randonnée, on se dégotte quelques douzaines d'huîtres du cru, on sort du sac à dos un Muscadet de Sèvre et Maine de Marc Ollivier, Clos des Briords Vieilles Vignes 2006, on passe à l'épicerie du Vieil pour prendre du beurre aux cristaux de sel et du citron et hop!... Quelques rochers sur la plage de la Madeleine (Madeleine, c'est mon espoir, c'est mon Amérique à moi, sûr qu'elle est trop bien pour moi, comme dit son cousin Gaspard!...) et tout le monde s'y met!... Absolutly in-ra-ta-ble, je vous dis!... Quel vendredi!...
20 octobre 2007
Des anges passent... à St Aubin!...
Sont-ils tous des anges, d'ailleurs?!... Il serait v(a)in de tenter de savoir s'il faut prendre les enfants du Bon Dieu pour des canards sauvages!... Voici donc le Salon des Anges Vins, à St Aubin de Luigné!... Point de mines chafouines à la salle Jean de Pontoise!... Personne ne leur cherche noise, la liste a bonne mine!...
La nouvelle vague angevine au (presque) complet!... Que dis-je? Un mascaret de talents : Angeli, Pithon, Baudouin, Mosse, Leroy, Ménard et encore Daviau, Garnier, Oosterlinck, Bernaudeau, Chaffardon, Le Moing ou Pichard, voire ceux, moins connus (tout est relatif!) Cousin, Dervieu et Desplats, Stéphane Pz, Courault, Herbel, Chené, Saurigny et Chéreau.
D'ailleurs, en 2006, ne se sentant pas de joie, le Layon déborda pour la circonstance, trop heureux de voir sur ses rives, à ses abords, tant de belles cuvées à déguster et la bonne humeur partagée!... Foncez, militez, allez à St Aubin de Luigné!... Vous parlez d'une aubaine!... Prenez date : samedi 8, dimanche 9 et lundi 10 (matin) décembre prochains. Si vous avez les ailles d'un ange!...
14 octobre 2007
Cyril Le Moing, de Fline, vigneron en Anjou
Quel meilleur moment pour rencontrer un vigneron, qu'une belle après-midi d'automne, alors que celui-ci vient de finir ses vendanges, depuis à peine plus de deux jours?... Seuls, reste-t-il les cabernets à décuver, après huit à dix jours de macération et toutes les cuvées 2007 seront entonnées!... Un millésime qui pourrait réserver quelques belles surprises!...
Nous sommes au Château de Fline, non loin de Martigné-Briand, entre Angers et Doué la Fontaine. Au bout de l'allée de platanes rectiligne, il faut pénétrer dans la cour et c'est là, sur la droite, dans les dépendances, que demeurent Cyril Le Moing et Nam Joo, sa compagne. Ils partagent au quotidien désormais, depuis le début de l'année 2007, leur vie de vignerons-artisans.
Depuis deux ou trois ans, Cyril fait partie d'un trio de jeunes vignerons de la région, cités unanimement par trois de leurs congénères, tenants de la "nouvelle vague angevine", à savoir Richard Leroy, Olivier Van Ettinger et Stéphane Bernaudeau. A la question de savoir s'ils pouvaient nommer trois autres prétendants, en vue de former "une autre nouvelle vague", ils répondirent, chacun en leur temps : Claude Pichard, Cyril Le Moing et Jean-Christophe Garnier. Après une visite à Ambillou-Château et avant un futur passage à St Lambert du Lattay, nous voici donc à Martigné-Briand, sur la route de Thouarcé.
Cyril Le Moing est installé là depuis 2003. Il est souvent cité comme faisant partie de "l'école Angeli". Il admet volontiers que ce qu'il sait, il l'a appris au contact du vigneron de la Sansonnière et se doit de transmettre en ce sens, mais tout en essayant d'exprimer sa propre sensibilité au travers de ses vins. Respecter la nature, la terre, la vigne, certes. D'ici à appliquer intégralement les préceptes de la biodynamie, c'est un pas que le vigneron de Fline n'éprouve pas le besoin de franchir actuellement.
Avec des origines bretonnes, mais natif de Vendôme, puis résident de la région d'Orléans, il fait parfois l'admiration de ses voisins et amis vignerons, pour son
opiniâtreté au quotidien. Avec ses petites parcelles éparpillées aux alentours, il n'est pas rare de l'apercevoir à vélo, sa boîte à dos, sa sulfateuse à bretelles en guise de bagage, en route pour Thouarcé, Aubigné ou Maligné, afin de pulvériser un peu de bouillie bordelaise sur telle ou telle parcelle de chenin ou de grolleau qui le réclame!... Et Dieu sait que cette année, il lui fallait une condition physique irréprochable et la volonté d'un as du vélo, qui aborde la montée de l'Alpe d'Huez!...
Nous voici partis pour une découverte de quelques unes de ces parcelles. Au total, Cyril Le Moing arrive maintenant à près de 2,5 ha. Quasiment de la micro-viticulture!... Impression confirmée, lorsque l'on fait le constat que, rarement, un îlot de vignes ne dépasse 25 à 30 ares!...
En route donc pour Maligné, un petit village à l'écart, qui offre diverses possibilités, tant au niveau des
terroirs que des expositions. En premier lieu, un joli coteau en pente douce,
qui domine le Layon et la plaine bocagère. 30 ares de sauvignon, vignes âgées de 35 ans, exposées plein sud, à l'abri des vents d'ouest grâce à d'épaisses haies, sur des schistes jaunes pour l'essentiel. Un havre de paix et de nature!... D'ailleurs, très vite, nous y découvrons un lièvre de bonne taille, qui se faufile entre les rangs, surveillé par un hibou, qui décolle dans notre dos. Non loin de là, nous croiserons le chemin d'un superbe coq faisan peu farouche!...
Dans le même secteur, d'autres petites parcelles, quelques rangs, comme ces 20 ares de grolleau noir (vignes de 65 ans), sur un sol composé en partie de sable et de fallun, coincés au milieu d'autres, en viticulture traditionnelle... Pas le moindre des problèmes d'ailleurs!... Ainsi ce premier rang souffrant tantôt d'un désherbage systématique (à coups de systémiques!), tantôt de quantités d'engrais déraisonnables, autant de pratiques du viticulteur voisin qu'il est impossible de freiner et de contrôler!... D'ailleurs, en 2006, tous les raisins de ce rang seront restés par terre!...
Au total, Cyril Le Moing dispose désormais de 70 ares de grolleau, y compris les parcelles sur Aubigné, où se trouvent aussi les vignes centenaires de chenin, non loin de celles de Stéphane Bernaudeau. Malgré tout, en 2007, il ne pourra pas proposer plus que les trois barriques de "Grolle noire" de 2006, alors même qu'il n'en comptait que 30 ares!... Avis aux amateurs!...
A quelques pas seulement, une autre micro-parcelle de 22 ares, plantée en 2006, en "vignes françaises", non greffées donc et issues d'une sélection massale de Guy Bossard, dans le Muscadet. Pas du melon de Bourgogne, mais du chardonnay!... Ces vignes ont une espérance de vie d'une dizaine d'années et dès 2009, devraient permettre de proposer une nouvelle cuvée.
Avant le retour à la cave, pour quelques cuvées à déguster, petit détour par les Gains de Maligné, plantés de chenin, dont les derniers millésimes ont été salués par les amateurs, notamment avec le 2005, qui connut, l'an dernier, au salon Anges Vins de St Aubin de Luigné, un franc succès.
Notons aussi que du côté de Thouarcé, le vigneron de Fline dispose d'une vigne de gamay de 50 ans, le Ponge, sur graviers, récupéré l'an dernier à Olivier Van Ettinger, ainsi que de quelques cabernets, dans le même secteur, qui composeront une cuvée à suivre en 2006!...
Toutes ces vignes sont taillées en gobelet et travaillées au motoculteur entre les rangs et à la débroussailleuse au pied. L'enherbement a été vite abandonné, du fait de la concurrence, pour des vignes déjà anciennes. Cet été, sept ou huit traitements ont été nécessaires et encore, le furent-ils à des doses plus importantes que les années passées. Pour illustrer les difficultés des vignerons en 2007, il faut savoir qu'en 2004 ou 2006, Cyril Le Moing ne dépassa pas deux traitements et aucun en 2005!...
A la cave, très peu d'interventions, notamment pour les blancs. Après le pressurage, passage en barriques
où les vins font leur malo. Ils sont ensuite mis en bouteille sans filtration et de manière douce, pour éviter tout traumatisme.
Pas d'éraflage sur les rouges. Des macérations limitées à huit ou dix jours, y compris un pigeage aux pieds dans les premières journées, puis passage en barriques. La durée de l'élevage est appréciée au cas par cas, selon les cépages et les cuvées.
- Schistes 2007, un sauvignon élégant et droit. Ramassé à 13,3°. Deux barriques seulement d'un vin de table qui semble doté d'un équilibre très satisfaisant.
- Le Ponge 2007, le gamay de Thouarcé, récolté à 12,7°. Deux barriques là encore (10 hl/ha!) d'un vin à l'agréable équilibre aromatique fruits rouges-notes poivrées. Jolie structure.
- Grolle noire 2007, superbe grolleau en Vin de Table, poivré, tonique, délié!... Tout ce qu'il faut pour être très bon.
- Schistes 2006, sauvignon récolté à 13,9°, entre le 6 et le 10 septembre!... Beaucoup de gras, de volume et une expression tout à fait originale. Un potentiel de très belle cuvée, destinée à la gastronomie.
- Les Gains de Maligné 2006, Anjou blanc sec : une mise récente (mi-septembre) ne tempère pas son caractère. Pureté et tension sont au rendez-vous!...
- Grolle noire 2006 : comment?!... Il n'en reste plus?!... Aargh!...
- Le Pin Perdu 2006, en Anjou rouge, cabernet-sauvignon issu d'une parcelle de Thouarcé, sur graviers. Toujours en cours d'élevage. Un bel équilibre de fruit et de matière. Disponible très bientôt!...
Sympathique et souriante rencontre au coeur de l'Anjou!... Un jeune vigneron tourné vers l'avenir, patient, courtois, mais aussi déterminé. Toujours à la recherche de nouvelles parcelles, afin d'élargir une offre qui connait déjà un franc succés. Demain, un Coteaux-du-Layon, d'autres rouges... Les amateurs se devront d'être vigilents, car les quantités ne sont guère importantes. Encore faut-il noter que 50% de sa production est désormais exportée : Italie, Belgique, Danemark, Japon... Il ne s'agit là que de quelques centaines de bouteilles, mais, on peut penser que d'autres marchés, ceux de la grande gastronomie, pourraient s'ouvrir aussi. Et ce ne serait que justice, pour ce représentant de la plus belle viticulture angevine, celle qui fait bouger et avancer les choses. Non, non, Mark, Richard, Stéphane et les autres, il faut croire en l'avenir, vous êtes de moins en moins seuls!...
11 octobre 2007
Escapade en Anjou : vendanges en cours!...
Nous approchons de la mi-octobre et les vendanges sont la pleine actualité de l'Anjou. Une région viticole qui aura littéralement souffert la météo d'un été hors normes : températures relativement basses, pas plus de trois jours consécutifs sans pluie de mai à septembre!... On imagine aisément les difficultés de tous les vignerons angevins : nombre de traitements en augmentation exponentielle, le mildiou omniprésent, l'herbe qui ne cesse de pousser... Au final, des rendements plus faibles, des craintes pour la qualité, bien évidemment, puis un mois de septembre idéal, qui s'en vient sauver le millésime!... Et ça continue!...
Bien sûr, tout n'est pas réglé. Il serait illusoire d'imaginer que l'on est passé, en quelques semaines, d'une quasi situation de crise au millésime du siècle!... Mais, bon nombre de vignerons estiment que les bonnes surprises ne seront sans doute pas si rares que cela!... Et celles que l'on ne s'explique pas vraiment non plus. Comme, par exemple, le fait qu'avec la pluie, on pouvait s'attendre à des baies grosses et pulpeuses. En fait, presque partout, les peaux sont épaisses et la proportion de jus réduite. Souvent, sur les chenins, le botrytis a du mal à s'implanter, alors que depuis quelques jours, se succèdent les matinées de brouillard et les après-midi ensoleillées, recette idéale, dit-on, pour faire du ch'nin des coteaux, de l'or liquide!...
Trois rencontres ce jour, trois tendances : Cyril Le Moing, dans le secteur de Martigné-Briand (reportage à suivre) a terminé ses vendanges depuis mardi, cabernets compris, ce qui ne manque pas de surprendre ses amis vignerons!... Malgré tout, ce que nous avons goûté ensemble aujourd'hui est d'un très beau niveau. La macération des cabernets se terminait ce soir même, mais gamay, grolleau et qui plus est, sauvignon blanc, ont été récolté entre 12,7° et 13,3°!...
Du côté de Brissac-Quincé, Didier Chaffardon ne se presse guère. Avec les difficultés accumulées au cours de l'été, il lui semble plus cohérent de tenter de tirer la quintessence des raisins, qui profitent des beaux jours de l'automne. En tout cas, la dégustation, même expresse, de son Anjou blanc 2006 et de la cuvée Isidore de ce même millésime, toujours en cours d'élevage, laisse à penser que nous aurons là, bientôt, de superbes cuvées.
Enfin, passage au Château de Suronde, afin de récupérer quelques flacons du millésime 2005 et évoquer quelques instants, les affres estivales de Christophe, en charge notamment des vignes du domaine, qui ne s'attendait guère à un tel déferlement de difficultés, pour sa première année surondienne!... Désormais, les toutes premières tries sont effectuées et les meilleurs espoirs sont permis. A noter que devrait apparaître, avec ce millésime 2007, un Crémant de Loire, sous le nom du château, en méthode ancestrale!... A suivre!...
Il se fait tard!... Juste le temps de savourer quelques larmes, à peine, d'un Quarts-de-Chaume 1997!... Avec modération, bien sûr!... La route est encore longue!...
07 octobre 2007
Rugby, suite et... pas fin!...
Samedi. A trois heures du match, je me mets en quête d'un vin de Nouvelle-Zélande, pour conjurer le sort!... Consommer jusqu'à la lie (rare!) un flacon issu de ce beau pays, pour accompagner une araignée grillée (celle-là même qui doit tisser sa toile, de laquelle les Blacks ne pourront se dépêtrer!...) et des
pommes de terre à la gersoise (adieu régime, eau plate et salade verte!...), concession incontournable au Sud-Ouest rugbystique et culinaire.
Las, des vins produits par des Français aux antipodes, ça manquait un brin d'authenticité!... Subodorant qu'il allait falloir se le jouer à l'italienne ce quart-de-finale (respect des consignes, opiniâtreté, saisir les rares occasions...), j'opte pour un vin piémontais, un rouge des Langhe de Pio Cesare Il Nebbio 2001, aux arômes nets de fruits à noyau et une structure très nebbiolo, sur la puissance et l'intensité. Très digeste, malgré tout.
D'autant plus que, deux heures plus tard, les cris de joie retentissent!... Les Bleus sont passés!... Pour un
nouveau rendez-vous avec les Anglais, dans une semaine!... By God!... Devinez un peu le menu, samedi prochain!... En tout cas, pas impossible que les vins du Piémont soient encore sur la table!...
Sans condescendance, un petit salut aux Néo-Zélandais, notamment ceux qui
sont expatriés chez nous, si loin de leur beau pays au long nuage blanc, Aotearoa. Ils doivent être tristes aujourd'hui, au terme ou presque de cette année sportive 2007 qui ne leur a guère souri ; défaite en cricket face au Sri Lanka, en voile, lors de la Coupe de l'América, face à la Suisse et hier face aux Bleus, en rugby. Pour un peuple de quatre millions de personnes, si dingues de sport, c'est sans doute beaucoup.
See you next time, in Auckland ou Wellington!... Mais, d'ici-là, allez les Bleus!...
Consultez d'autres comptes-rendus Flash sur les Dégustantanés du blog d'Olif










































































