Novembre n'en est qu'à sa première semaine. Rendez-vous étaient pris pour une découverte du Pays tourangeau. Et plus particulièrement, au coeur de deux appellations dédiées au cépage chenin. Au chenin sur calcaire s'entend. Par opposition, somme toute légitime, au chenin sur schiste de l'Anjou.

Voici ce qu'en dit le Grand Atlas des Vignobles de France : "Le vigoureux cépage chenin a trouvé sur ces deux terroirs un cadre parfait pour sa totale expression. S'il atteint ici une perfection tant gustative qu'aromatique, c'est dans ces seuls vignobles de Vouvray et de Montlouis qu'il acquiert ses exceptionnels arômes d'acacia, de giroflée et de coing."

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Carte : DDAF 37 - voir légende

A la lecture de ces quelques lignes, je me demande bien comment j'ai pu zapper, jusqu'à ce jour, la découverte de ces deux vignobles!?... Il fallait donc réparer cette indéniable faute de goût. Oublier le charme paysan, que dis-je, la force et la chaleur du chenin schisteux angevin, pour succomber aux charmes et aux atouts majeurs du Pineau de la Loire, issu des sols froids de tuffeau, le socle calcaire du Turonien.

Je me sens un peu, à ce moment là, comme une sorte de hobereau, venu de sa contrée lointaine, là-bas, dans l'Ouest, saluer sa noble suzeraine, en son palais de pierres blondes et blanches, sur les rives du fleuve. Après avoir chevauché longtemps par des chemins boueux, il laisse à la porte ses bottes crottées, en même temps que son fidèle destrier et découvre la froideur de la dalle sous ses pieds vaporeux.

- Que me portez-vous là, noble et sémillant vassal?...
- Des huîtres, gente dame!... Des meilleures, à la fraîcheur océane!...
- Mais, vous savez fort bien qu'elles ne s'accordent guère avec notre pineau!...
- Que nenni!... Chaudes, sur un nid de poireaux, avec les fines bulles de Vouvray ou de Montlouis, elles feront un met de roi!...

- Montlouis, Domaine Les Loges de la Folie -

L'appellation Montlouis est, depuis quelques années, en ébullition. En moins d'une décennie, elle est passée du statut de belle endormie, sous l'autre rive de la Loire, face à Vouvray et sa belle notoriété, au rang envié d'appellation référente du Val de Loire, au même titre que sa voisine. Certains se laisseront aller à quelque condescendance, mais, ce serait faire fi de manière trop hâtive des quelques vingt années, au cours desquelles, un vigneron comme François Chidaine a élevé l'AOC Montlouis au sommet, avec ses cuvées qui sont désormais, parmi les plus recherchées de la région.

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Le tournant survint à l'aube des années 2000. Dans les pas de Stéphane Cossais, s'installèrent quelques jeunes talents, venus se confronter à ce chenin et à ces sols argilo-siliceux caractéristiques. Montlouis, une sorte de langue de terre, en regardant la carte, d'à peine plus de 350 ha, coincée entre Loire et Cher et adossée à la Forêt d'Amboise. Comme les Damien Delecheneau, Lise et Bertrand Jousset et autre Xavier Weisskopf, pour ne citer que ceux-là, Valérye Mordelet et Jean-Daniel Kloecklé optèrent pour ces coteaux en pente douce entre le village d'Husseau et St Martin le Beau. Le Domaine Les Loges de la Folie était né.

C'est en 2004 qu'ils se sont installés sur les 7 ha, déjà cultivés en bio, que leur céda Laurent Chatenay, en phase de repli patrimonial et quantitatif de son domaine. A 85%, il s'agit de chenin et d'un complément de gamay et de pineau d'aunis, destinés à une production assez confidentielle de rouges en Vins de table. Les vignes ont entre quarante et plus de cent ans, à l'exception de trente ares de jeunes plants, âgés de sept ans. Sur Montlouis, on est bien sur ce socle calcaire, mais avec une épaisseur variable d'argiles sur le plateau d'Husseau, côté Loire et de sables limoneux, parsemés de perruches, exposés sud, en direction de St Martin le Beau et du Cher.

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De l'aveu même de Jean-Daniel Kloecklé, il ne dispose pas de très grands terroirs sur le domaine, mais, après ces premières années de mise en place et d'observation, il intègre désormais l'idée d'un échange de parcelles et se met en quête de vignes mieux situées. En tout cas, au regard de ce qu'il propose déjà, notamment avec le juvénile 2008 (très prometteur!), il peut s'armer de patience, renforcer sa connaissance du lieu et, au final, opter pour une réduction de l'offre et du nombre de références, qu'il semble appeler de ses voeux.  Il faut dire que, comme pour toute la région, proposer des secs, demi-secs, moelleux, voire liquoreux en plus des bulles et ce, éventuellement, dans plusieurs millésimes, ce n'est pas forcément aller vers une simplification de la relation avec la clientèle. Qui plus est, quand la qualité de la vendange, ou vos goûts personnels, vous incitent à pratiquer élevage en cuves d'une part et en barriques d'autre part, pour les meilleurs jus!... "Et vous ne faites pas du rosé pétillant?..."

Rappelons qu'au domaine, les Montlouis se déclinent en deux gammes : Le Chemin des Loges, assemblé à la vendange et élevé en cuves uniquement et La Nef des Fous, vinifié par parcelle (ou parties de parcelle, au vu des disparités de sols) et assemblés à la fin de l'élevage en barriques non neuves. Plus tard, peut-être, apparaîtront des sélections parcellaires.

Nous avons donc, au préalable, dégusté quelques bernaches (les jus issus des vendanges en Touraine) du millésime 2008 en barriques. Plusieurs lots, provenant notamment de la parcelle de 2 ha de Nouy. Cette année, la difficulté était d'apprécier l'évolution des acidités, très élevées au début des vendanges. De plus, le décalage de près de quinze jours entre la maturité constatée pour les sucres et le niveau de maturité que l'on attend pour l'acidité est venu compliquer la donne. Il a donc fallu attendre, si bien que les raisins furent 07112008_005ramassés entre 13,5° et 14°. Au final, des secs qui seront donc assez charpentés, mais de très beaux équilibres. Les jus sont très expressifs, avec des arômes fermentaires sur l'ananas et les fruits de la passion. A noter, qu'à ce jour, les 2008 du domaine sont vinifiés zéro soufre!...

Quelques vins dégustés au caveau :

- Perles Rares 2005 :
Une Méthode Traditionnelle pour saluer le millésime d'exception et satisfaire les gourmets qui veulent aller vers de nouveaux accords. Dix huit mois d'élevage en barriques sur lies fines, puis dix huit mois sur lattes. Pas de liqueur de tirage, ni liqueur d'expédition. Sec, assez vif, mais de la structure, alliée à de fines bulles, comme une mousse légère, sorte d'écume d'une recette de sandre ou de coquilles st jacques...

- Le Chemin des Loges, sec 2006 :
De jolies notes briochées et une bouche assez tonique. Jolie persistance.

- La Nef des Fous, sec 2007 :
Expression assez nuancée, avec une touche agrumes. Belle matière en bouche. Un gras bien soutenu par la tension. Élégance, distinction... Une réussite!

- Le Chemin des Loges, demi-sec 2006 :
Environ 20 gr de sucres résiduels. Un vin friand et séduisant. Donne une sensation de naturel.

- Le Chemin des Loges, moelleux 2005 :
60 gr de SR. Une gourmandise!... Très bel équilibre. Une jolie expression intense et droite.

- La Nef des Fous, moelleux 2005 :
50 gr de SR. Une très belle richesse et une onctuosité séduisante. La persistance peut nous inciter à l'apprécier pour lui-même.

- Sucre d'Ange 2005 :
Un superbe liquoreux, tonique et plein de fraîcheur!... Un flacon qui tend à nous faire prendre d'autres directions, pour rechercher l'accord idéal. Laissons là les poissons du fleuve et cap au Sud-Ouest, vers quelque foie gras poêlé, fleur de sel et piment d'espelette!... Un ange passe...

La région compte bien quelques merveilles!... Mais, nos présomptions étaient fortes. L'après-midi ne pouvait que nous le confirmer, après une pause déjeuner résolument à la hauteur!... A suivre!...