Escapade saumuroise (1)
Quelle plus belle journée qu'un jeudi de printemps qui se prend pour un jour d'été?... De bon augure pour cette première sortie vinotouristique de Vigne'Horizons, toute jeune association destinée à proposer aux amateurs passionnés, quelques jolies escapades dans les vignobles de France et de Navarre.
Et pour cette première, direction Saumur et même l'appellation Saumur-Champigny, qui compte quelques domaines de renom, mais aussi, de jeunes vignerons tournés vers un avenir plein de qualités, s'appuyant sur une réalité identitaire et des sélections parcellaires, prenant un peu le contre-pied de la tendance des années quatre-vingt et quatre-vingt-dix.
Nous voici donc à Varrains, une des plus proches petites cités, aux pierres blanches et blondes, voisines de Saumur, la sous-préfecture du Maine-et-Loire, connue pour son célèbre Cadre Noir et ville natale de quelques célébrités, comme Fanny Ardant et Yves Robert, option cinéma, ainsi que Coco Chanel, option mode... et cinéma!...
Nous aurions très bien pu passer la journée à Varrains d'ailleurs, puisque, à peine à quelques dizaines de mètres de chez Antoine Sanzay, se situe le Domaine des Roches Neuves, de Thierry Germain, célèbre représentant du cru, qui vaut le détour et le temps d'une visite complète. Un objectif des prochains mois, histoire de remettre nos pas dans les anciennes Terres Chaudes de Denis Duveau, parti sous d'autres cieux, après avoir lancé le domaine et contribué à propulser (avec d'autres) l'appellation, vers un succès... qui aurait pu la perdre!...
En cette belle matinée, Antoine Sanzay fait comme nombre de ses collègues : il profite de la météo favorable du moment, pour dédier tout le temps disponible à sa terre et à ses vignes. Après un début de journée consacré à passer l'intercep du côté des Poyeux, il nous rejoint pour nous présenter son domaine, sa démarche et notamment, le "Clos derrière chez moi" et ses 18 ares de cabernet franc.
Antoine Sanzay dispose au total, de près de 11 hectares, sur quatre communes. Un domaine très morcelé, ce qu'il considère tout à fait positif. Il a repris celui-ci en 1999. Suite à la disparition tragique et brutale de son père en 1983, le vignoble est entretenu par son cousin, lui-même vigneron au village et les raisins destinés totalement à la coopération. En 2000 et 2001, Antoine a donc repris le flambeau, mais fait de même, à destination de la Cave de St Cyr en Bourg. Il n'ignore rien de son engagement de quinze ans avec cette dernière, mais va bénéficier de la tolérance locale (rare pour ce qui est des coopératives!...) de pouvoir vinifier une partie des raisins pour son propre compte.
En 2002, il franchit le pas, achète un peu de cuverie et réinvestit sur 1 hectare. Il ne lui reste plus qu'à se découvrir... des clients!... Mission accomplie, puisqu'en 2009, il met sur le marché quelque 18 000 bouteilles, alors qu'il ne vinifie que 40% du volume produit par le domaine. Il est également présent à l'export, dans cinq pays. Autant de raisons qui font, qu'il a d'ores et déjà pris la décision de ne pas renouveler le contrat en vigueur avec la cave coopérative. Soit, cinq années pour asseoir une démarche, la préciser, même si la trame est désormais connue.
Tout en rappelant qu'il est présent sur deux créneaux, vente de raisins et vente au domaine, Antoine Sanzay considère qu'il vinifie l'équivalent de quatre hectares "dans l'esprit bio", en utilisant que des produits naturels et des plantes. Même s'il a arrêté tout désherbage depuis 2001, il est davantage dans une posture dite conventionnelle pour la partie vente raisins, en utilisant des produits "plus sûrs". A ce jour et même lorsqu'il disposera librement de ses onze hectares, il ne se voit pas revendiquer de label bio et encore moins d'agrément : "Ce qui me gène, c'est qu'il faut payer pour prouver qu'on est propre!... Le monde à l'envers!..."
Autre point essentiel de sa démarche, ce qu'il nomme "l'approche terroirs". 90% de ses parcelles sont situées sur des terroirs à fort potentiel, qui ont du fond et du minéral. Il ne dispose pas de plus de vingt ares de graves et encore moins de sables. Une grosse dominante cabernet franc, bien sur et 1,10 ha de chenin (2000 bouteilles), qu'il destine à la production d'un blanc sec très minéral, mais digeste. Si l'on connaît actuellement deux cuvées rouges, le Domaine, sur des vignes d'une quarantaine d'années et L'Expression, issue d'un lot de 4 ha aux Poyeux et ce, jusqu'au millésime 2007 inclus, il faut noter que cette dernière deviendra Les Poyeux, dès 2008.
A moyen terme, ce ne seront plus deux, mais quatre cuvées rouges (dont trois sélections parcellaires) qui seront proposées, dans un esprit très bourguignon. La cuvée Domaine toujours, issues de toutes les petites parcelles éparpillées et, en plus des Poyeux, Clos Lisière et La Haie Dampierre. Mais, nous n'en sommes pas encore là...
- Cuvée Domaine 2008 :
Actuellement sur lies, quatre mois après malo, en cuves béton. Pas de soutirage, élevage en réduction. Un seul soutirage avant la mise (juillet-août) et une très légère filtration. Issu des "Bas Poyeux", d'une autre parcelle sur le haut des Poyeux (plus d'argile sur l'autre versant, dans une zone plus sablonneuse) et du petit clos à proximité de la cave. Beaucoup de fraîcheur et de fruits rouges. Tonique et droit. Un vin qui traduit bien les choix récents du vigneron : moins d'extraction, plus d'infusion, une acidité structurelle revendiquée. Et l'aveu qu'il se sent plus à l'aise avec des millésimes aux maturités moyennes. A noter également, un sulfitage nettement en retrait sur les derniers millésimes.
- Les Poyeux 2008 :
Les malo ne sont pas faites. Pas très facile de déguster ces vins en barriques, partis pour dix-huit mois
d'élevage minimum!... Néanmoins, un plus de complexité aromatique, tendance cerise noire et baies mûres et des tannins très fins. Issus des "Hauts-Poyeux", sur des sols argilo-calcaires, avec très peu de terre (guère plus de 20 cm sur le dôme, dans le meilleur secteur de la parcelle) et de vignes de cinquante ans environ. Nous sommes là dans la zone "crayeuse" et c'est vraiment la marque de cette cuvée.
- Cuvée Domaine 2007 :
Du fruit croquant, façon fraises au sucre. Fraîcheur tonique et gouleyante. Structure droite et ferme, sans la moindre sécheresse. Un Champigny que l'on peut apprécier dès maintenant, dans cette phase fruitée ("ça pinote!"), mais qui a un beau potentiel de garde également.
- L'Expression 2007 :
Mise prévue le 5 mai, disponible en juin. Vinifiés en cuves et élevés en barriques de 400 litres. Une nuance épicée sur des notes cassis, violette, puis franchement florale, tendance pivoine. En bouche, remarquable touche crayeuse, minérale à souhait!... La craie dans l'encrier!... Beaucoup de fond. Une fin de bouche soulignée d'une note saline enthousiasmante!... Potentiel de garde certain, du fait de son équilibre et de sa chair très bourguignonne!... Un Poyeux très Volnay!...
- Les Salles Martins 2007 :
Une parcelle sur la commune de St Cyr en Bourg, sur un terroir très calcaire, au-dessus de champignonnières. Les vignes ont plus de quarante ans et les rendements n'y dépassent pas 30 hl/ha. Les grains sont ramassés dorés, sans surmaturité et sans botrytis : "grain de chenin doré, translucide devant le soleil." Le but est de conserver le côté croquant, agrumes, citron parfois et toute la minéralité. Mission accomplie pour ce vin, qui a le potentiel pour devenir une cuvée référence pour la région et pour le millésime!...
- Libres Bulles :
Un pétillant naturel rosé, dont le seul défaut est qu'il n'y a que 800 bouteilles disponibles!... "Mais, j'avais envie d'essayer, pour voir!..." nous dit le vigneron. Indiscutablement destiné à la tarte aux fraises, appréciée sous l'ombre de la tonnelle, au coeur de l'été!... Mais le problème, ben, c'est qu'il n'y en aura pas pour tout le monde!...
La passion pour le vin est le véritable moteur d'Antoine Sanzay. Lui qui avoue que, naguère, elle se limitait à une forme de "snobisme", propre aux "buveurs d'étiquettes"!... Mais, la rencontre avec un amateur passionné, qui lui fit découvrir des vins de vignerons de talent, qui respectent leur terroir depuis longtemps, fut, pour le moins, déterminante. "Après tout, il y a tellement de passionnés qui aimeraient faire du vin, mais qui ne disposent pas de vignes!..."
Geoffroy Marchand, vigneron à Feuilla (11)
Chemin faisant, à peine avions-nous laissé derrière nous les P-O de notre séjour printanier, que nous éprouvions l'envie d'une nouvelle halte. Quittant La Catalane, juste devenue La Languedocienne, sortie Leucate, puis quelques villages aux noms évocateurs, Caves, Treilles et enfin Feuilla, petit bourg de soixante ou soixante-dix habitants, guère plus et patrie d'adoption de jeunes vignerons passionnés, installés là depuis, à peine, quelques millésimes.
C'est ici que nous avons rendez-vous avec Geoffroy Marchand, du domaine L'Étoile du Matin. Une étoile qui ne guide pas encore tous les amateurs, jusque dans ce cirque de l'extrémité sud des Corbières, mais qui commence à briller au firmament languedocien, mâtiné de Roussillon, si proche et pourtant nuancé des particularismes du secteur : moins de sécheresse que dans le reste de l'appellation, du fait des bonnes réserves d'eau, liées à la forme de la vallée et une altitude qui confère de la fraîcheur à des vins atteignant aisément, bon an mal an, les 14 ou 14,5° nature!...
Geoffroy, natif d'Anemasse, mais dont la famille était beaunoise, a d'abord travaillé du côté de Genève. Puis, au terme d'une formation du côté de Beaune justement, il découvre la région et tombe amoureux du climat, des terroirs...
Il travaille à Vingrau, pendant un an et demi, chez Hervé Bizeul. A l'hiver 2002, il achète ses premières vignes. Actuellement, il dispose d'une douzaine d'hectares de vieilles vignes, grâce à l'aide de quelques investisseurs. En fait, il avoue qu'il s'agit plutôt de six vrais hectares, du fait des manquants et d'une densité qui ne dépasse pas 2000 pieds/ha. Au chapitre des projets, celui d'acquérir quatre nouveaux hectares de vignes plus jeunes, avec l'arrière-pensée de proposer bientôt une cuvée plus gourmande, peut-être vinifiée en macération carbonique. Même s'il est attaché aux vinifications classiques, non sans succès, ses passages et ses contacts du côté de Deauville, lors de la Dive, lui ont fait toucher du doigt, la nécessité de disposer de volumes plus importants, au moins sur une cuvée, pour connaître quelques succès à l'export.
Le Roussillon n'est pas loin, au point qu'il considère s'être installé dans la mouvance catalane, cette grosse énergie, qui s'est développée depuis une douzaine d'années, dans la foulée des Gauby, Bizeul et autre Olivier Pithon.
L'Étoile du Matin, c'est ambiance nature!... Les installations sont rustiques, le matériel obsolète pour bien des vignerons et on imagine aisément la somme des manutentions quotidiennes, à certaines époques de l'année!... De plus, depuis peu, Geoffroy aménage son studio dans la mezzanine du chai, histoire "d'être en immersion totale"!... L'aspect qu'il souligne par dessus tout, c'est la solidarité entre les jeunes vignerons du cru, ou nouvellement installés à Feuilla, tel qu'Alban Michel par exemple. Au creux de l'hiver, lors des quatre mois de taille, ou pour les mises très artisanales, ces moments partagés sont irremplaçables.
Globalement, il faut retenir que les vins sont non levurés, non enzymés, non filtrés et non collés. En 2007, ils furent également non sulfités, parce qu'aux yeux de Geoffroy, tout était facile cette année-là!... Une belle structure, de beaux équilibres naturels. En 2008, seulement 2 gr de soufre après les fermentations malolactiques, plus 1 gr prévu lors des mises prochaines.
Avant de passer à la dégustation, apprécions, au passage, les contenants et notamment, les étiquettes particulièrement originales, qui sont l'oeuvre d'un ami perpignanais de Geoffroy, spécialiste de pop'art.
- VDP 2008 :
2/3 carignan et 1/3 grenache. Une cuvée issue de vignes vénérables, entre 70 et 100 ans!... Un beau volume!... Du fruit, de la fraîcheur et une sorte de puissance bien compensée. Tannins bien enrobés. Joli!... Mise tout début mai prochain.
- Mistam 2008 :
En AOC Corbières. Mise prévue début mai. Un duo moitié syrah, moitié carignan, avec une touche poivrée, tout à fait nuancée et une belle matière souple, mais non dénuée de fermeté. Du solide!...
- Les Agnelles 2007 :
Beaucoup d'originalité, pour cette cuvée composée de grenache et d'un peu de lladoner pelut, un cousin du grenache,
d'origine espagnole, différent par sa végétation (le dessous des feuilles est couvert d'une sorte de duvet) et connu pour sa meilleure résistance à la coulure, faiblesse de son cousin. Un caractère séduisant au nez et un côté friand en bouche, malgré une belle matière tonique et équilibrée. Pas plus de 800 bouteilles produites. Une cuvée zéro soufre!...
- VDP 2007 :
Même assemblage que pour 2008. Dans un registre puissant, mais l'aération révèle un bel équilibre tonique.
- Étoile du Matin 2007 :
Une cuvée qui a un potentiel de porte étendard du domaine!... 100% carignan et pas plus de 600 flacons. Belle bouteille, fraîche et droite. Le vigneron lui trouve une touche boisée!... A ce stade, l'élevage semble intégré et la structure porte aisément le vin, souple, moelleux.
- Mistam 2007 :
Idem 2008 pour l'assemblage. Élégant et ferme. Dans un registre absolument buvable, mais on peut lui donner un peu de temps, vu l'équilibre qu'il montre.
- Blanc 2007 :
1/3 maccabeu, 1/3 grenache blanc, 1/3 grenache gris, plus un peu de clairette et une touche de muscat. En fait, un blanc quelque peu décalé!... Les souches de blanc sont au milieu des rouges!... Il n'y a pas de parcelles de cépages destinés à cette cuvée. Et Geoffroy admet une technique un rien empirique pour les vinifications de cette cuvée, dont il n'a qu'un demi muid, élevé à l'extérieur, en version oxydative. Le Blanc 2006 compte moins de maccabeu et une vingtaine de grammes de sucres résiduels.
Au moment de partir et de regagner l'autoroute côtière, il tombe toujours quelques gouttes... L'Étoile du Matin ne brille pas dans un ciel absolument clair et l'on peut souhaiter à Geoffroy Marchand de faire évoluer son domaine, ses installations, par petites touches. Mais, le niveau des vins est déjà des plus intéressants. Voilà un jeune vigneron plein de ressources, d'enthousiasme et de passion. Il serait étonnant qu'il déçoive ses supporters à l'avenir!... Allez Balthazar, Melchior et autre, la route est longue, mais l'étoile n'est pas à des années lumières!... Foncez!...
Et si on parlait de terroir!... (2)
Voilà quelques jours, vous avez pu découvrir les dessous d'Aloha, grâce à Samuel Mégnan, du domaine éponyme, un p'tit jeune qui monte dans le vignoble vendéen et qui évoquait sur son blog, le passage dans les vignes du domaine d'une petite équipe de géologues-enquêteurs ligériens. Ceux-ci, mandatés par le Syndicat des Fiefs Vendéens, se sont lancés dans un long travail de fourmis (à moins que ce ne soit plutôt des taupes!...), afin de faire apparaître au grand jour, à ciel ouvert, le terroir des Fiefs.
Ces passionnés sont Vincent Courtin (sols), Dominque Rioux (cartographie) et Sébastien Cesbron (carto et enquête). Ils sont les représentants d'une association, "Cellule Terroirs Viticoles", qui est notamment soutenue par Interloire et proche de l'Unité Vigne et Vin, au centre INRA de Beaucouzé, près d'Angers.
Il s'agit donc là, d'une étude contractuelle, effectuée dans la période préalable au classement en AOC des différents secteurs du département (hormis le nord, rattaché au Muscadet), les fameux Fiefs Vendéens. Ceux-ci sont au nombre de quatre : Mareuil, Brem, Pissotte et Vix. Mais comme pour les Trois Mousquetaires (qui eux, souvenez-vous, étaient quatre!), on dénombre finalement cinq zones, puisque celle de Chantonnay sera également classée dans le décret d'appellation, alors qu'elle ne pouvait prétendre auparavant qu'à la dénomination Vin de Pays de Vendée (ou du Jardin de la France).
J'ai donc été convié, à cette occasion, à une après-midi réfrigérante, mais bigrement passionnante, par Philippe Orion et ses deux fils, Vincent et Alban, du Domaine de la Barbinère, à St Philbert du Pont Charrault, petite bourgade à une lieue de Chantonnay, où ils sont les seuls représentants de la viticulture locale, au milieu d'étendues largement dédiées à l'élevage et à la culture céréalière.
Après donc Mareuil et Rosnay, Vix, Pissotte et Brem, notre trio angevin est donc revenu battre la campagne chantonnaysienne et creuser quelques fosses supplémentaires. Au total, pas moins de 36 de ces fosses auront été creusées dans les différents sites de la future appellation. De toute évidence, une somme d'informations inégalées, à un moment clé pour la viticulture locale. Viendra bientôt, le temps de la restitution et nous ne pouvons qu'espérer, que les vignerons des Fiefs Vendéens sauront tirer tous les enseignements de cette mine de données... sorties du sol. Certaines de ces infos viendront en percuter d'autres (voir ci-après). Parfois, elles confirmeront les bons choix. Ailleurs, elles mettront le doigt là où ça fait mal!... Il ne faudrait pas que ce trésor soit enfoui, de nouveau, dans les sols multiples et variés du département, par une génération de viticulteurs qui ont là, l'occasion de faire prendre un tournant décisif aux vins de Vendée. Le défi est à la hauteur de l'attente des consommateurs... et, en terme de perspectives, des générations de vignerons à venir!...
Au cours de cette après-midi, nous allons voir et lire cinq fosses, dans des secteurs où ne sont plantés que des cépages rouges. C'est le seul regret que l'on peut avoir en la circonstance. Il eut été intéressant de voir les dessous d'une parcelle de chenin, par exemple. Bien sur, tout commence par un regard sur la carte géologique de la région. Mais, il faut prendre les informations qu'on y puise avec prudence, puisque seules, les formations profondes y sont représentées. Les formations superficielles ne le sont pas, pas plus que les matériaux de surface plus récents, ni les altérites. Mais, entrons un peu dans le détail...
Nous sommes dans le secteur de la Filtière, dans une vigne de gamay. La fosse nous montre des amphibolites, bleu sombre. Une roche qui atteste d'anciens océans et qui s'est formée au niveau des dorsales océaniques, issues du magma terrestre. A une certaine époque, l'Océan Ligérien, qui séparait le Massif Central et le Massif Armoricain s'est fermé, sous la pression des continents qui se rapprochaient. Ce pincement de la croûte océanique remonte à la surface (à l'éocène, -30 millions d'années) et est ensuite
fortement altéré, du fait du climat chaud et humide de l'époque. Se forment alors, des argiles rouges et des matériaux jaunes, au revêtement noir. Sur les premières, se met en place un sol, celui que l'on trouve ici : il s'agit donc d'un sol sur argiles rouges, sur altérites d'amphibolites.
Plus bas, dans la parcelle, les sols sont directement sur les amphibolites (70 à 80 cm). Un topo-séquence aurait permis de montrer les différentes zones : 1- dans le bas du coteau, altérites d'amphibolites, milieu roche, moins de 70 cm, 2- en remontant, milieu altération, entre 0,70 et 1,20 m et 3- sur le haut, milieu altérite, avec les argiles.
Ici, les roches sont basiques, riches en fer, manganèse et oligo-éléments. Elles s'opposent aux gneiss, orthogneiss et granite, plutôt siliceuses. Nous sommes sur un bon sol viticole, sans trace d'eau. Les racines colonisent bien les différents horizons : sol organique, horizon de structuration, argilo-limoneux, rouge et jaune, bien structuré, puis les altérites d'amphibolite. Pas d'hydromorphie à craindre. En clair, un bon support pour le cabernet franc et surtout la négrette. Plus bas, dans le coteau, une zone prédisposée pour le chenin.
Nous n'avons que quelques dizaines de mètres à parcourir pour rejoindre la deuxième fosse, dans une parcelle plantée de pinot noir. Mais là, tout est différent... Nous sommes sur une hauteur qui domine la vallée. Cette dernière témoigne du tracé d'un grand fleuve ancien, qui remonte de la plaine de Fontenay le Comte. Nous sommes, probablement, à l'intérieur d'un grand méandre de ce fleuve, ou dans une sorte de crique. Le matériel qu'on découvre là est résolument sableux, genre sable gris. La surprise, c'est d'y trouver des galets roulés en surface et jusqu'à une bonne profondeur, dans un sol argilo-sableux du pliocène. Mais, plus encore, c'est la présence de gros blocs, des conglomérats, des ciments d'amendes quartzeuses qui étonne les spécialistes!... Les bandes verticales, tout à fait visibles, laissent supposer que nous sommes là, dans une zone avec des placages.
Les membres de la Cellule Terroirs Viticoles laissent transparaître leur scepticisme, quant aux qualités de ce sol viticole. Les racines de la vigne se sont installées dans le sol superficiel, mais ne franchissent pas cette barrière argilo-sableuse. Plus bas, dans le coteau, c'est sans doute très différent, mais le haut de la parcelle a un bon potentiel... pour faire un camping, suggère, rieur, un des participants!...
Au moment de remonter en voiture, pour changer de secteur, Philippe Orion ne me cache pas sa perplexité. En effet, lors d'une précédente visite d'autres géologues, en vue du passage en AOC, il avait été retenu que cette dernière parcelle était jugée "excellente", alors que la précédente devait être "déclassée"!...
Nous voici maintenant dans une parcelle plantée de cabernet, au lieu-dit le Fuiteau. Cette fosse a été creusée à la demande du vigneron, qui espère avoir ainsi quelques informations nouvelles, un éclairage, sur les raisons qui font que ce petit secteur, au coeur de la parcelle, connaît chaque année des difficultés, évidentes, lorsque le feuillage jaunit.
Nous sommes sur une zone supposée être schisteuse. En fait, la fosse révèle un sol graveleux ou argilo-sableux. Non loin de là, la pente est assez forte et cela, sur les deux rives du Lay. Nous sommes en fait sur des placages alluviaux de rivière. Les cailloux qu'on trouve là, sont anguleux, en liaison avec le réseau hydromorphique des rivières actuelles, dont l'origine remonte au quaternaire.
L'horizon de surface est colonisé par les racines. Au-delà, nous remarquons de fines bandes grises, horizontales et parallèles, à différents niveaux. Nous pouvons voir également que des racines plus grosses, des pivots, s'enfoncent à travers le sol poreux sablo-graveleux, puis argileux en profondeur, afin d'atteindre ces fins cordons gris et y puiser quelques oligo-éléments plus riches. Une très fine chevelure se développe alors, à l'extrémité des pivots et uniquement dans ces couches très fines. Est-ce l'origine des difficultés de la plante?...
Nous passons ensuite sur la rive gauche du Lay, au lieu-dit le Charpre. C'est du gamay qui est planté là. Philippe Orion avoue quelques a priori et une sorte de scepticisme quant à cette zone. Or, la coupe de terrain révèle un très beau sol viticole. L'horizon de surface est certes, assez profond, mais les racines le colonisent parfaitement. Elles plongent en quête de la roche, qui se trouve être ici, du schiste en feuillets verticaux, que l'on devine très favorables à l'installation et à l'alimentation de la plante. L'idéal eut peut être été de voir là des chenin...
Dernière étape de notre périple, la Salissonière, pour une parcelle plantée de cabernet. Les notes me manquent (pour cause de défaillance technique), mais nous sommes de nouveau dans une zone où les argiles, dans toute une palette de jaune, sont très présentes. Là encore, les racines de la vigne éprouvent quelques difficultés à pénétrer ce sous-sol.
Comme à chaque fois et comme convenu, le trio angevin, suite au constat visuel et à la brève analyse, extrapole au sujet des cépages et des porte-greffes utilisés sur les parcelles concernées. Et c'est bien là, que l'on devine tout l'intérêt de ces menus travaux... avant une nouvelle plantation, notamment!... Les choix n'en seraient que plus opportuns et nettement moins empiriques!... Le vigneron prendrait sans doute moins la parole du pépiniériste... pour argent comptant!... La méthode se révèle, à l'évidence, un excellent complément aux carottages, pratiqués le plus souvent.
Il ne faut pas voir dans ce compte-rendu, une démonstration scientifique, mais une simple tentative pour traduire un constat et des conversations successives entre des spécialistes, qui tentèrent là d'expliquer les choses le plus clairement et le plus simplement possible et des profanes, qui se dirent que, finalement, ils auraient dû se pencher sur le sujet depuis bien longtemps!...
Les Orion père et fils auront sans doute un peu la tête dans les étoiles, après cette après-midi!... Et, très vite, d'autres questions surgiront : quelle stratégie adopter?... Quels axes de progrès doit-on "prioriser"?... Doit-on chercher à mettre en valeur certains secteurs et éviter une débauche d'énergie trop importante, pour ceux qui le méritent moins?... Quelle planification pour demain et après-demain?...
Un père qui assume parfaitement ses choix, après avoir fait évoluer un domaine, qui dépasse désormais les trente hectares et dispose d'un bon capital de sympathie. Deux fils, prêts à prendre la relève et à infléchir certains choix. Le Domaine de la Barbinière est tourné vers l'avenir et la lecture de ses sols, parfois anciens, ne peut que le faire aller de l'avant. Et croire en sa bonne étoile!...
NB : il va de soi que les commentaires de tout lecteur, plus féru que moi-même en matière de géologie et d'étude des sols, sont les bienvenus, y compris pour apporter quelques correctifs et précisions. Merci d'avance!...
Jean-Philippe Padié, vigneron à Calce (66)
Nous voici dans un site magique!... Avec ses airs de petit bourg de montagne corse, Calce est à classer très haut, au palmarès des plus beaux villages de France. A guère plus de quinze ou vingt minutes de Perpignan, il est passé du statut de commune au solde négatif à une pleine renaissance. De jeunes couples s'y installent, des enfants y naissent. On y compte désormais plus de 200 habitants. Et combien d'amateurs passionnés de vin et de dégustation, pour lesquels ce nom suggère forcément quelque chose?...
Nous nous garderons bien de l'affubler de quelque appellation non contrôlée, du genre "Mecque de la viticulture catalane", ou "Capitale roussillonne des grenaches", mais, il faut dire que cette petite cité aux maisons de pierres, a bien des atouts, aux yeux des visiteurs. En effet, elle est entourée d'une collection de parcelles de vignes, perdues dans une nature protégée et peuplée d'une tribu d'irréductibles vignerons, passionnés de terroir, de biodiversité, de pureté d'expression et de minéralité. Il faut dire également, qu'à sa tête, le maire, Paul Schramm, s'y entend, en matière d'oenologie et de sommellerie et aussi, en tant que militant pour les vignes patrimoine du Roussillon. Bienvenue chez les Calçoises et les Calçois!...
Venant d'Estagel, nous avons emprunté la D1, suivi le torrent de la Grave, franchi le col de la Dona, puis bifurqué vers Calce. Les lacets de la fameuse D18 nous offrent une suite de panoramas de la région. C'est tantôt le Canigou, tantôt la Méditerranée, puis la garrigue, les vignes... On devine aussi très vite, toute la variété des sols.
Côté vignerons donc, le village ne manque pas de talents. Gérard et Lionel Gauby, Olivier Pithon, Tom Lubbe, du Domaine Matassa (qui monte, qui monte...) et Jean-Philippe Padié. C'est ce dernier que nous devons rencontrer ce jour. Nous nous arrêtons sur la petite place, au pied du clocher. Quelques instants de patience, la porte d'un cuvier s'ouvre. "Nous avions rendez-vous, n'est-ce pas?..."
Au programme de la journée du vigneron, figure la mise en bouteilles de la cuvée Fleur de Cailloux 2008, prévue pour l'après-midi. Un vététiste casqué passe, s'arrête et s'informe de la possibilité de trouver du pain dans le village. En fait, il va tailler les vignes du Domaine de l'Horizon, de Thomas Teibert, un jeune allemand installé là depuis 2007 et qui marche dans les pas de ses aînés, tous attentifs à sa démarche et à son évolution.
Nous ne savons alors s'il sera possible de faire un tour dans les vignes, mais Jean-Philippe Padié nous propose une dégustation dans le chai à barriques. Il nous résume son parcours : natif de la Beauce, des parents originaires du Sud-Ouest, il découvre un jour les cuvées de Plageoles. C'est le flash!... Des études qui s'orientent agronomie, oenologie, puis il débute non loin de là, au Mas Amiel. En 2001 et 2002, il travaille chez Gérard Gauby. Puis, un jour, en 2003, il découvre une vieille grange dans le haut du village et se dit qu'elle ferait un joli chai.
Au début, il dispose assez vite de 6,5 ha, dans cette mosaïque de terroirs qui caractérise Calce. Elle a pour origines une série de failles, souvent orientées est-ouest, avec quelques petites vallées le long de celles-ci. On y trouve des sols anciens, avec des calcaires très durs et blancs et beaucoup de marnes, plus des zones schisteuses. En allant vers la plaine, les sols sont plus jeunes. Désormais, le domaine compte pas moins de 15 ha. "C'est trop!...". Mais comment résister, quand s'est présentée l'opportunité de la reprise d'un
fermage, comprenant des vieilles vignes de grenache blanc centenaires, sur un terroir magnifique, d'argile, de marnes et cette lentille grise, composée d'une sorte de petites ardoises fines, à flan de coteau?... Et tant pis pour le plantier qui va avec!... Il faudra faire face!...
Il faut dire qu'il a la chance de pouvoir compter sur quelques "intermittents", passionnés de paysages de vignobles spectaculaires et de viticulture : ses parents, qui séjournent régulièrement dans la région. Et comme Madame Padié mère adore la taille!... Tout le monde n'a pas eu la chance d'avoir des parents... spécialistes!... Et puis, pour les aspects commerciaux et ceux afférents à la distribution de ses vins, Jean-Philippe est désormais associé avec Guillaume, un ancien copain de lycée, qui a suivi un cursus sur le sujet, du côté de Beaune. Association de malfaiteurs compétences!...
Mais, la route est longue, passons à la dégustation!... Et comme l'on dit souvent, blancs sur rouges, rien ne bouge!...
- Calice 2007 :
La cuvée que d'aucuns boivent jusqu'à la lie!... (private joke). Du carignan jeune de moins de 25 ans (quand même!). Seule cuvée mono cépage et mono terroir, travaillée sur le fruit, en carbonique toute simple, sans pré-fermentaire à froid, issue de sols plus jeunes et réactifs. Le nom de la cuvée (un I ajouté à Calce), pour illustrer la verticalité du lieu et des vignes qui plongent dans le sol. Du fruit certes, mais une texture assez dense et serrée. "Dans l'esprit, je voulais faire un vin paysan!", précise le vigneron, qui n'oublie pas ses origines et sa prime jeunesse dans le Sud-Ouest, ainsi que ses souvenirs de Marcillac et de fer servadou. Pas la trame d'un vin exubérant et explosif. Plus Vermeer que Van Gogh!... Est-ce un peu pour cela que Jean-Marc Gatteron, de la revue Le Rouge et le Blanc, lui dit, au terme d'une dégustation au domaine : "Finalement, tes vins, ce sont des vins de protestant!..."
- Petit Taureau 2005 :
Un clin d'oeil à Claude Nougaro, bien sûr!... Un vin de terroir, avec lequel, "on se rapproche du caillou"!... Composée d'une grosse moitié de carignan sur parcelle à dominante calcaire et argilo-calcaire et de syrah sur marnes schisteuses. Les vignes ont entre vingt et trente ans. Le vin est d'une belle intensité. Droit et ferme.
- Ciel Liquide 2005 :
Issus d'une mosaïque de sols et de toutes petites parcelles isolées de vieux grenache et carignan. Une petite pointe de syrah et de mourvèdre, ou mataro, comme on dit en Catalogne. Élevage d'un an en demi-muids, puis un an et demi en cuves béton. Toute la vendange est égrappée. Puissant et intense, mais beaucoup de fraîcheur et de densité. Et une très belle longueur!... Une sorte de "buvabilité" immédiate, associée au potentiel évident de cette cuvée.
- Ciel Liquide 2008 :
Un beau millésime en Roussillon!... Une année très sèche, au cours de laquelle, les vignes ont un peu marqué le coup, mais avec nettement moins de stress qu'en 2003. Des petites baies, très peu de jus, mais de beaux équilibres. Les acidités sont restées stables. Les vins ont un côté généreux, fruité, plus ouvert que 2007. Les rouges ont beaucoup de classe!... Cet échantillon, prélevé sur barrique est d'une fraîcheur incroyable!... Il est parti pour un élevage de deux, voire trois années. En 2008, cette cuvée ne se compose plus que de grenache en grappes entières et de carignan égrappés. La syrah est désormais destinée au Petit Taureau et le mourvèdre au Rosé. Toute la fraîcheur de Calce!... Village situé à 240 m d'altitude, avec les vignes entre 240 et 400 m. En été, des brises thermiques apportent toujours un peu d'air. Magique!...
- Ciel Liquide 2007 :
Prélevé sur fût. Grenache, carignan et un peu de mourvèdre. Le millésime se montre plus réducteur que 2008, pendant l'élevage. Pureté de fruit, verticalité, que dis-je, ancrage dans le terroir calçois!... Superbe!...
La transition vers des élevages prolongés s'est faite avec 2005. Pas moins de deux ans pour Petit Taureau et trois pour Ciel Liquide, le plus souvent. Avec Jean-Philippe Padié, redécouvrez la patience!...
- Fleur de cailloux 2007 :
Grenache blanc, grenache gris et maccabeu à parts égales. Issu de vieilles vignes (60 à 80 ans) situées plutôt sur des zones de plateau, avec un peu de profondeur de sol, ou de combes. Les grenache blancs sont sur sol argilo-calcaire, les grenache gris sur marnes calcaires très grises et le maccabeu sur marnes schisteuses, des sols un peu plus acides. Fermentations en barriques de 300 litres majoritairement, plus une
petite partie en cuve. Laissés sur lies pendant tout l'élevage, sans batonnage. Belle tension, associée à une jolie complexité aromatique. Légèreté, pureté, petite pointe saline très apéritive.
- Milouise 2007 :
Passé en Vin de Table. Là encore, on se rapproche du caillou, nous ne sommes plus sur les zones convexes. Un demi-muid de Milou et un demi-muid de Louise. Les arrière-grands-parents paternels du vigneron, dont le portrait figure en bonne place dans le chai!... "Milou, c'est vraiment le squelette du vin et Louise, un peu la chair!..." Issu d'une mosaïque de terroirs très différents et de petites parcelles vinifiées ensemble, de vieilles vignes de grenache gris, en grande majorité, cépage quasi inexistant dans les décrets d'appellation, mais résolument exceptionnel, au dire de Jean-Philippe Padié, qui y voit tous les avantages d'une sorte de métissage du blanc et du rouge : délicatesse,
esprit du premier et une certaine puissance, façon grenache noir, un grain de tannin et une sorte d'amertume délicate en bouche du second. Vin, pour partie, provenant de coteaux exposés nord, comme à Coume Majou. Absolument remarquable!...
- Fleur de cailloux 2008 :
Mise prévue ce jour. Plusieurs échantillons, prélevés sur fûts. Un grenache blanc d'abord, issu d'un sol très calcaire, avec ses notes crayeuses. Un lot qui a connu une fermentation malolactive tardive et qui est resté légèrement trouble. Puis une association d'un peu de grenache blanc et de grenache gris, sur marnes calcaires, qui apporte de la puissance et de l'onctuosité et un autre lot de grenache gris et d'une majorité de maccabeu sur marnes plutôt limoneuses. Le maccabeu, mal-aimé de la région, regrette Jean-Philippe, souvent arraché, mais vrai révélateur de terroir, parfaitement adapté au climat.
Finalement, la cuvée attendra quelques heures de plus pour la mise!... Juste le temps de découvrir quelques parcelles du domaine. Et c'est là, que l'on prend conscience de la dimension artistique de l'approche et des motivations de Jean-Philippe Padié. D'abord, parce que nombre des paysages qu'il peut contempler chaque jour, sont autant de supports de rêve, pour un aquarelliste qui découvrirait cette région aux mille couleurs.
Être admiratif du travail du cheval, confronté à la difficulté d'une parcelle en dévers. Marcher dans la terre noire, lever les yeux et admirer le Canigou ou le Carlit. Mesurer un instant, la chance de disposer de ces parcelles tricolores, après tout le travail de débroussaillage, puis le soin apporté à chaque vénérable cep, qui porte l'histoire de ce pays à nul autre pareil, sa mémoire.
Nous découvrons d'abord un petit clos avec vue sur Calce, le Moucheron, par opposition au Clos des Mouches, en Bourgogne (il est joueur J-Ph. Padié!...), en pleine zone calcaire, planté surtout de carignan de 60 à 80 ans, et juste labouré depuis moins de dix jours. Tout respire la vie, ici!... On marche avec précaution, entre les touffes de thym et de romarin sauvages. Quelques plans de lavande s'intercalent parmi les ceps.
A quelques encablures, d'autres parcelles entre deux ou trois mamelons. De vieux grenache gris témoignent de la force de la tramontane, certains jours et de toute la chaleur de l'été. Un fort coteau, une parcelle
guère mécanisable. Il faut dégager les ceps à la main. Milou et Louise se côtoient là, comme un couple de fiers catalans qu'ils auraient pu être. Et eux, sont-ils fiers de leur descendance?...
De l'authenticité, de la ferveur, la force des convictions, Jean-Philippe Padié nous renvoie un peu de tout cela, sans élever la voix, avec réserve, mais maniant volontiers l'humour. Pour nous, visiteurs de passage, le sentiment, souvent ressenti, d'être plus riches, après de telles rencontres.
C'est peut-être aussi ce que vous éprouverez au contact des vignerons de ce village, qui vous convient à une sorte d'opération portes ouvertes, ou caves ouvertes, le samedi 9 mai prochain, Les caves se rebiffent, sorte d'hommage, au passage, aux dialogues de Michel Audiard, dont ils sont, pour la plupart, de fervents admirateurs. Des merveilles, à Calce?... Llen-a!...
Rencontre nord-sud
Où, quand une recette à consonance italienne rencontre un vin issu du Septentrion!...
Dans l'assiette, une Piccata de veau, avec feuilles de sauge, tomme de brebis et jambon de Parme, juste accompagnée d'une salade de roquette, parsemée de pignons, de raisins secs blonds et de croutons aillés. Dans la bouteille et le verre, un Pinot Noir 2005 de Lucas Rieffel, de Mittelbergheim, au coeur de l'Alsace. Un flacon que nous avait confié Laurent de la Tchaux, l'été dernier, lors d'une rencontre valaisanne, du côté de Martigny.
Une robe profonde, une intensité très nature et une jolie matière en bouche. Le tout s'accordant aimablement avec les arômes et saveurs du plat. Une recette qui nous régale et un vin que l'on picole, pour le plaisir qu'il nous donne!... Même si son potentiel fait qu'il connaîtra surement une belle évolution avec le temps. Bien joué!...
Consultez d'autres comptes-rendus Flash sur les Dégustantanés du blog d'Olif
Images et visages du Roussillon
Vu de la moitié nord de notre beau pays, on se dit parfois, que mettre le cap sur les Pyrénées Catalanes, c'est l'assurance de trouver, au sortir de l'hiver, des températures clémentes, un ciel bleu, métallique dit-on parfois, une garrigue printanière en fête et du soleil, comme s'il en pleuvait!...
Mais, c'est aller vite en besogne!... Mars en Roussillon, cela peut être aussi une tramontane réfrigérante dès que l'on quitte le littoral, pour aborder les premières hauteurs et parfois la pluie!... Cette année, ces
deux ou trois journées maussades ont littéralement réjoui les vignerons, après une année 2008 particulièrement sèche. De quoi laisser rêveurs leurs collègues du Val de Loire!...
Mais, comme le dit l'ami Olif, il s'agissait de partir à la découverte de la "crème catalane" et nous étions prêts à tous les sacrifices pour la bonne cause. L'objectif de ce séjour était axé sur la collecte des échantillons, en vue de la dégustation des Roussillon blancs 2007 des REncontres VEndéennes autour du VIN du mois de mai prochain et nous ne fûmes pas déçus!... Générosité, enthousiasme, passion, tout l'or du Roussillon!... Mesdames, messieurs, le 22 mai 2009, à St Jean de Monts, sous le patio du Chai Carlina, soyez-en certains, nous allons partager un grand moment!...
Notre arrivée à Perpignan se situe en pleine après-midi dominicale. J'ai quelques scrupules à utiliser mon portable, afin de joindre deux vignerons des Albères et de Banyuls. Mais, je suis vite rassuré, l'accueil se fait en toute simplicité. Avant de rejoindre notre hébergement, non loin de Tautavel et Vingrau, aux confins de l'Aude, passage chez Jean-François Nicq, à Montesquieu des Albères, pour une découverte des 2008 du Domaine Les Foulards Rouges. Une série de vins pleins et généreux, qui augure bien de nombre de cuvées que nous allons apprécier lors du séjour!...
Court passage sur la Côte Vermeille ensuite, pour une brève rencontre avec Bruno Duchêne, qui accueille à la même heure son importatrice japonaise. Nous devisons aimablement en appréciant un Collioure rosé, puis un rouge. Nous évoquons surtout la tenue, le lendemain même, de la première édition du salon mis sur pieds par Bruno, à Perpignan, auquel bon nombre de vignerons nature de Catalogne vont prendre part : A bout de soufre!... Je devine, à cet instant, que mon planning de visites du lundi a du plomb dans l'aile!...
Pour cette première journée complète en Roussillon, le beau temps est de la partie. A chaque lacet de la petite route qui mène de Paziols à Estagel, les vues superbes se succèdent. La D18, chère à Olivier Pithon, nous conduit à Calce, où nous avons pris rendez-vous avec Jean-Philippe Padié, une des figures de proue régionales, désormais. Mais, nous en reparlerons prochainement.
Dans ce village, les heures ont une autre saveur... et une durée moindre, n'en doutons pas!... Il nous faut redescendre à Perpignan, avant de reprendre la route de Vingrau, pour la fin de l'après-midi. Le salon A bout de soufre se tient au Restaurant Jean, un endroit original, rue de la Tonnellerie. Une vingtaine de domaine sont présents. Il y a là, le "Gang des Albères" (Bruno Duchêne, Casot des Mailloles, Foulards Rouges, etc...), mais aussi la "Tribu des Fenouillèdes" (Cyril Fhal, Loïc Roure, Frédéric Rivaton, Jean-Louis Tribouley, Edouard Laffitte...), plus quelques "Rebelles voisins" (La Treille Muscate, Le Temps des Cerises, Maxime Magnon).
De trop courtes heures passées là et nous le regrettons déjà!... Un salon Nature, dans la bonne humeur, qui montre, s'il en était besoin, tout le dynamisme de la région, mais aussi sa foi en l'avenir et quelque part, sa folie!... L'idée d'un "off" du futur me vient très vite à l'esprit. Il pourrait réunir le Domaine Léonine, L'Ausseil, Scarabée, Pechpeyrou, Potron Minet, Yoyo, Jolly Ferriol, Matin Calme, Petite Baigneuse, Enfants Sauvages et autres... Les fans de vins naturels et du Roussillon réunis ne pourront plus, bientôt, les ignorer!...
Trois, quatre jours dans la région. Matin et soir, à la sortie de Vingrau, sur la route de Tuchan, comment ignorer que nous passons devant le portail du Clos des Fées, d'Hervé Bizeul?... Nous avons près d'une heure de retard sur l'horaire fixé... et quelques flacons à glisser dans notre coffre. On devine notre hôte très occupé, préparant un billet savoureux, destiné à son inimitable blog... Il se révèle aussi un père attentif à sa petite famille et au bien-être de ses jeunes enfants, à mille lieues de toute polémique et des débats passionnés parfois, que déclenchent ses prises de position. Et si on prenait le temps de relire ses écrits...
Au passage, il prend également soin de ses visiteurs!... Nous allons déguster là, une série de 2008, prélevés sur cuves ou fûts, absolument remarquables!... Des Vieilles Vignes à La Petite Sibérie, tous ces vins semblent raconter une histoire, qui ne doit rien à la verve de leur auteur, mais plus à sa passion pour le Roussillon, ses terroirs et ses cépages. Avant de partir, il nous réserve une dernière surprise, pour les Ligériens que nous sommes : la nouvelle cuvée du domaine!... Je crois bien que c'est ce que j'ai préféré ce soir là, mais suis-je objectif?... Il s'agit d'un cabernet franc!... Non, vous ne rêvez pas!... "Ne le répétez pas, mais le meilleur Chinon de France se fait à Vingrau!..." De battre mon coeur... aurait pu s'arrêter!...
Roussillon, mosaïque de terroirs, région aux mille facettes et terre de contrastes!... Du jour au lendemain, les paysages et les personnalités se succèdent. En ce mardi, la météo est toute autre. Le Canigou s'est échappé derrière les nuages. Tramontane et pluie, juste ce qu'il faut pour combler les vignerons du cru. Et notamment Guy Prédal, du Domaine Marcevol, à Vinça. Le village est sur la route d'Andorre, à quelques 350 m d'altitude. Les vignes du domaine sont, quant à elles, à 600 m environ. Voilà résumé, ce qui fait la force de Marcevol!...
Installé là depuis 2000, en conversion bio depuis 2001, Guy Prédal doit d'avoir séjourné à Cahors, pour y exercer son métier d'oenologue, d'avoir pu rencontrer, puis s'associer avec les frères Verhaeghe, du Château du Cèdre. Depuis, il s'est également fait connaître pour la diffusion du Vin des Faucheurs 2004, en fait, la cuvée Tradition du domaine.
Si, dans la région, le nombre de cuvées issues de macération carbonique tend à augmenter en flèche, c'est plutôt la tradition qui prévaut ici. Exception faite d'un grenache 2008, pour une première expérience en matière de vinification "à la beaujolaise"!... Des macérations traditionnelles les plus longues possibles, pour des hautes maturités. Un assemblage 50% carignan et 50% grenache pour le Tradition 2006, avec une partie de l'élevage en barriques et ses notes de fruits mûrs, de chocolat et la touche oxydative du grenache. Le Prestige 2002 est, quant à lui, une sélection des meilleurs raisins (1/3 syrah, 1/3 carignan, 1/3 grenache), avec une fermentation et un élevage intégral en barriques non neuves.
Coup de coeur à Fitou!... "Notre rêve, c'est faire un jardin!..." Voilà tout le credo de Nikolaus et Carolin Bantlin!... Avant la fin des années 90, ce couple d'Allemands cherche "quelque chose" dans la région. Une sorte de résidence secondaire... La petite bergerie de leurs rêves... Elle, architecte et lui, à la tête d'une petite entreprise familiale. Accessoirement, guide de haute montagne, courant les plus hauts sommets de la planète.
Un jour, de passage à Fitou, ils craquent pour une ruine en pierres, là-bas, dans une combe, sur la proche commune d'Opoul. Petit détail : il faut aussi prendre les 7,5 ha de vignes!... Qu'à cela ne tienne!... A nous deux, Roussillon, nous deviendrons vignerons!...
Arrivés à Noël 2000, ils se trouvent un toit dans le village, le rénove, le revende, en dénichent un autre. Ils commencent par être coopérateurs, tout en travaillant les sols. Avec l'aide d'Olivier Pithon, ils deviennent indépendants en 2003. Le Domaine des Portes est né, mais ils doivent changer de nom dès 2006. La suggestion d'une journaliste fait tilt : ce sera Les Enfants Sauvages!...
Leurs relations locales appuient sur la nécessité de suivre une formation agricole. C'est Carolin qui s'y colle. Stages, rencontres... Des amitiés se nouent, avec Cyril Fhal notamment. Entre 2003 et 2005, ils acquièrent 5 ha de vignes, dans une seconde combe, avec une autre bergerie en ruines!... Là aussi, les sols sont largement argilo-calcaires, mais avec, cette fois, une terre plus sableuse, bien drainée. Ils y plantent donc du vermentino, de la roussanne, du mourvèdre. Tout l'avenir des Enfants Sauvages, sans doute!...
Malgré la météo, nous embarquons dans le Land Rover "collector" de Nikolaus!... Quelques kilomètres de chemins guère praticables!... Vous avez dit passion?... Ses explications nous laissent deviner toute l'énergie qu'il met pour réaliser son rêve : faire un jardin!... Les mûrs de pierre remontés, les oliviers taillés (auxquels il a donné un nom!), les moutons, la rénovation de la bergerie... Et son enthousiasme permanent pour le miracle de la nature... Il nous montre les fleurs dans la vigne et la biodiversité locale, dans toute sa splendeur!...
Carolin et Nikolaus ont des projets, de l'énergie. Ils savent positiver. Ils sont heureux et fiers de leur terre. Et ils connaissent aussi quelques succès. D'abord, une cuvée de blanc 2007, Cool Moon, qui devrait être bien appréciée des amateurs. Et puis, récemment, à Perpignan, un rouge 2008, en cours d'élevage, a fait littéralement flasher une importatrice de Tokyo!... Ils ne savent encore ce qui les a le plus étonné à cette occasion : cette vente, avant même la mise, ou l'émotion de leurs amis, Bruno Duchêne et Cyril Fhal, apprenant la nouvelle!... Oh! La jolie histoire!...
Pour finir cette série de portraits "made in Catalunya", nous ne pouvions ignorer l'invitation de Chris, caviste 200% passion de Perpignan, à le rejoindre à Espira de l'Agly, tout près de Rivesaltes, chez Benoit Danjou, du Domaine Danjou-Banessy. "La perle, la petite merveille cachée du Roussillon!..." nous avait-il précisé!...
Un domaine historique, puisque existant sans doute depuis le XVIIIè, mais, peu connu, parce que peu enclin, jusqu'à ce jour, à se lancer sur les routes et à fréquenter les salons. Mais, désormais, la chasse aux trésors est lancée!... D'ailleurs, en cette soirée, nous sommes en bonne compagnie, puisque Cyril Fhal et Tom Lubbe, du Domaine Matassa, sont également de la partie, pour une découverte des 2008 et plus, si affinités!...
Et ce sera plus!... Sacrément plus!... La dégustation commence par quelques 2008 en fûts. Notamment des blancs. Grenache gris et blanc, issus d'une zone spécifique d'Espira, les Terres Noires. Un mélange de schiste et de terre meuble, mêlés de quartz, avec une présence notoire de fer. Nous passons ensuite à un carignan gris, rare et, pour ce 2008, tranchant, ciselé, tendu!... Il est destiné à une cuvée pur carignan sur schistes. Prenez des notes!...
Benoit Danjou, arrivé sur le domaine en 2003, nous propose ensuite deux très beaux cinsault. "C'est un peu le pinot de chez nous!..." En fait, avec le grenache noir et le cinsault, il recherche deux expressions
résolument différentes pour les rouges. Il nous propose aussi une jolie syrah jeunes vignes (six ans), issue d'une zone de galets roulés sur un sol argilo-calcaire, prolongement du Crest de Rivesaltes et des grenache noirs remarquables. Pour résumer, les rouges issus des terroirs argilo-calcaires sont proposés en Côtes-du-Roussillon et ceux venant des zones schisteuses sont destinés à la cuvée Adam, plus haut de gamme.
Après?... La séance prend une tournure hors normes. Nous circulons dans la cave, passant d'une cuve à une double barrique. D'un fût anecdotique, derrière une porte, à une bonbonne de verre, recélant un trésor millésimé 1953, à moins que ce ne soit 1955!... Des rancio secs 1975 ou 1957,
issus de grenache noir et de carignan, selon la tradition ancienne. D'autres, plus récents, tel ce 1990, sont à 80 ou 90% maccabeu, avec un peu des deux grenache, blanc et gris, comme les rancios doux. Puis viennent des mutés sur grains 2008, 100% grenache noir, explosion de fruits rouges. Et quelques autres merveilles, le temps suspend son vol : un Rivesaltes ambré 1998, un vin sous voile 2006, qui appelle le Comté 36 mois d'Olif (attendu de pieds fermes au domaine!...) et un extraordinaire vieux muscat 1955, aux superbes notes de curry!...
La bonne nouvelle, c'est que tous ces VDN, ou presque, seront bientôt disponibles. En effet, Benoit Danjou, n'ignorant rien de la difficulté à diffuser ces nectars, est à la recherche de bouteilles originales et semble désormais convaincu que les amateurs passionnés se laisseront tenter. Pour le moment, il se fait une joie de proposer ces cuvées aux amateurs de passage, à la pipette. Fier d'être catalan!... Et nous, heureux d'être conviés à pareille fête!...
A propos de tradition catalane, je ne conclurai pas ce voyage au pays sang et or, sans évoquer une table très couleur locale. Elle est située à Paziols, au coeur du village, à deux pas du Domaine Bertrand-Bergé. Le restaurant s'appelle Le Rêve d'Angèle. Il ne s'agit pas là d'un étoilé de haute lignée, mais d'une adresse que les gourmands ne peuvent ignorer. A la carte, farandole d'anchois de Collioure, daube catalane, joues de porc ou rognons au Banyuls, brandade de morue... Un régal!... Il ne vous restera alors qu'à prendre un peu de temps pour monter jusqu'à l'église et apprécier la vue, passant par la même occasion, devant la petite maison aux volets bleus, que Claude Nougaro avait acheté là et où il venait se ressourcer régulièrement et composer.
Un grand merci au passage, à la revue Le Rouge et le Blanc qui suggéra ce voyage au pays de l'Agly, du Têt et du Tech, suite à la parution de son numéro 88, en même temps que la programmation de cette dégustation de blancs du Roussillon 2007, en mai prochain, à St Jean de Monts, qui sera, indéniablement, un grand moment. Avis aux amateurs!...
Château Vieux Taillefer, la passion selon St Emilion!...
En cette semaine pascale, quel meilleur propos que celui qui évoque la passion?... Toute la passion, rien que la passion, qui anime, au quotidien, Catherine et Philippe Cohen. Il s'agit là d'un couple de vignerons, approchant de la quarantaine, ayant travaillé moult années pour divers domaines et entreprises et qui s'est dit un jour : "OK! Maintenant, on tourne la page et on franchit le pas!..."
On a beau être animé par un fort enthousiasme et rassuré par quelques avis, tout n'est pas si simple!... Philippe, parisien d'origine était, d'assez longue date déjà, commercial dans le grand négoce local. Il a habité dix ans au coeur de St Émilion, en ignorant la Dordogne, si proche et si lointaine... Il avoue qu'il se souciait alors peu de la météo, si ce n'est pour savoir s'il fallait prévoir d'emporter un parapluie ou revêtir un imperméable. Les choses ont bien changé, pour lui qui est désormais sensible au moindre changement de la direction ou de la force du vent!...
Catherine, quant à elle, avait effectué son stage de 2è année de DNO (Diplôme National d'Oenologie) au Château La Fleur Pétrus, non loin de là. Repartie chez Drouhin, en Bourgogne, elle était restée en contact avec Jean-Claude Bérouet, qui finit par lui trouver le moyen de se faire une place dans différentes structures de la région bordelaise.
La Dordogne coule alors des jours tranquilles, mais l'idée de rechercher un domaine, un château à St Émilion mûrit lentement. Un jour, ils apprennent que le Château Vieux Taillefer est à vendre, là-bas, à Vignonet, au bord de la rivière, à quelques hectomètres de l'endroit où le mascaret finit sa course.
C'est une toute petite propriété de 3,6 ha. Seul et partant à la retraite, le vigneron veut vendre, après avoir oeuvrer longtemps avec une logique très traditionnelle : forts rendements, enrichissements, traitements classiques, pas d'éraflage et vente en vrac au négoce. Et qui plus est, en ayant perdu le statut de Grand Cru. En terme de perspectives, le challenge est dur à relever!...
Cela dit, l'ancien propriétaire était en fait un bon vigneron, qui leur laissait là un foncier irréprochable, avec 70% de vieilles vignes plantées en 1956, les manquants remplacés régulièrement (moins de 3% à la date de la vente) et après avoir fait les quatre façons pendant toutes ces années : un labour au début du printemps, pour déchausser les souches. Quand l'herbe se met à pousser, on remet un peu de terre sur les pieds. En été, on repasse pour aplanir le tout, dès qu'il fait chaud et que l'herbe devient plus rare et après les vendanges, on rechausse les ceps en vue de l'hiver.
La propriété est plantée à 90% de merlot et 10% de cabernet franc. Ce dernier se trouve au bord de la rivière, sur la parcelle dite du Pavillon, composée, pour l'essentiel, d'un sol limoneux, avec quelques petits galets éparpillés, sur un sous-sol révélant des argiles bleues. Il y règne une ambiance paisible, qui doit beaucoup, sans doute, à la proximité de la Dordogne, malgré la présence d'une route passagère, non loin de là.
Du merlot, du cabernet, quelques jeunes vignes enherbées, dans un même lot de deux hectares, qui retrouve de la vie. Bordée de cerisiers en fleurs, la terrasse herbeuse au bord de la rivière invite à la rêverie et l'ancienne maison, fin XVIIIè, du Chevalier Lacombe, ami de Parmentier et notable de Vignonet, y contribue aussi largement.
Philippe Cohen nous rappelle au passage, que ces sols réclament beaucoup d'entretien et de vigilance. Davantage sans doute, que ceux de la Côte, là-haut, dont la qualité de terroir se montre souvent naturellement correctrice. La densité de plantation atteint le strict minimum : 5000 pieds/ha, alors que l'on trouve le plus souvent 6500 pieds/ha dans le secteur.
Le temps d'un court trajet et nous nous retrouvons aux abords de la seconde parcelle du domaine. Celle-ci est tout à fait particulière. Elle forme une bande graveleuse, sorte de langue qui descend du village, avec une légère déclivité vers les deux bords. Des sols limoneux certes, mais avec une forte proportion de galets, qui plus est, sur une profondeur de cinq mètres, comme l'a révélé un carottage.
On y note un plus de précocité et on peut penser que les cabernets s'y trouveraient bien, mais elle est plantée uniquement de vieux merlots. De toute évidence, un endroit assez atypique porteur de beaucoup d'espoirs.
Installés juste avant les vendanges 2006, les Cohen savent bien qu'ils n'en sont qu'aux balbutiements. C'est la renaissance d'un "petit cru", qui pourrait aller titiller nombre de grands!... Malgré la formation de Catherine, ils se défendent de faire des St Émilion "à la bourguignonne". Mais, cela dit, en proposant deux vins, sans hiérarchie l'un par rapport à l'autre, issus de deux parcelles distinctes, le postulat de départ n'est pas très bordelais!... Mais, bigrement intéressant!...
A la vigne, ils ont opté pour un travail s'appuyant sur le calendrier lunaire. Philippe estime qu'une culture en biodynamie viendra d'elle-même, avec le temps. Dans le cuvier, après une certaine hésitation, ils ont choisi des cuves béton de chez Nomblot, notamment pour leur inertie thermique. Elles sont d'un volume adapté à chaque parcelle, selon leur superficie. Dans la mesure du possible, ils ne procèdent à aucune filtration, ni collage.
Les vendanges sont faites avec le plus grand soin et avec force tri. Les raisins non foulés sont ensuite mis directement dans les cuves. Le pigeage est limité à une division du chapeau, dont les différentes parties sont immergées successivement, comme pour profiter d'une sorte de "tectonique des plaques". Parfois, de courtes saignées sont pratiquées, si nécessaire.
Après que les deux fermentations se soient effectuées en cuves, passage en barriques, pendant un an, pour le Pavillon de Taillefer et éventuellement prolongé pour le Château Vieux Taillefer. L'utilisation du soufre se limite à une protection médicinale par correctifs lors de l'élevage en barriques, mais rien à la mise.
- Pavillon de Taillefer 2007 :
Malgré la mise récente, une vraie cuvée de plaisir, avec l'éclat du fruit et de l'élégance.
- Château Vieux Taillefer 2007 :
Plus de structure, de densité. Avec une minéralité sous-jacente de bon aloi.
- Merlot 2008, prélevé sur fût, destiné à la cuvée du Pavillon :
Un fruit frais et beaucoup de fraîcheur tonique.
- Cabernet 2008 :
Vendangé au cours de la 3ème semaine d'octobre. Du fruit mûr et pas le moindre côté végétal.
Les jus destinés au Château Vieux Taillefer 2008 sont, pour certains, en fûts neufs. La prise de bois perturbe quelque peu la dégustation à ce stade, mais le vin semble exprimer un plus certain de minéralité et une belle intensité.
Les vins de la propriété connaissent déjà un franc succès, notamment à l'export, de par leur potentiel et les perspectives qu'ils proposent. États-Unis, Suisse, Italie, Danemark, Belgique, Espagne mais aussi Maroc et Israël ont déjà découvert ces cuvées. Gageons que les amateurs français, pour peu qu'ils restent ouverts, ne vont pas tarder à en faire autant!...
Peut-être à l'occasion de la future édition d'Anthocyanes, dont la première avait lieu récemment au château, du 29 mars au 1er avril, réunissant quelques grands noms du monde du vin : Clos Mogador, Fosse Sèche, Graillot, Deiss, Chapoutier, Egon Müller, Beaucastel, Rijckaert, Trapet, Villard, Gauby, Jayer, Olivier Pithon... etc... Ça bouillonne à Vignonet!... Qu'on se le dise!...
Vini Circus 2009 : à Pâques, entrez dans l'arène!...
C'est la 6è édition de Vini Circus cette année!... Comme le temps passe!... On a coutume de dire que les jeux du cirque se passent à Rennes, ce qui n'est pas tout à fait le cas, puisque le rendez-vous est fixé à
Hédé (aidez ces vignerons, vive le son, vive le son...), à 20 km au nord de la capitale de la Bretagne, sur la route de St Mâlo.
Le tout entre le vendredi soir 10 avril et le lundi midi 13 avril, sous chapiteau de cirque, comme il se
doit et dans les ruines d'un château médiéval. Certains diront, non sans humour, qu'après la paille, les pierres qui roulent!... Amassent-elles mousse?... Et pour les vignerons malchanceux, gardez en tête vos souvenirs de nuits passées dans votre véhicule, puisque immobilisé. Et prenez garde de ne pas vous garez sous un pan de mûr ruiné!...
Cette année, 52 vignerons viennent de la France entière.
Pour la deuxième fois, il y aura des démonstrations de cuisine autour du vin naturel (les vins naturels inspirent les cuisiniers) avec cette année en guest-star:
Yves Camdeborde du "Comptoir du Relais Saint Germain" - Paris 6ème
Christophe Pelé et Guliano Sperandio de
Jean-Yves Guého de "L'Atlantide" - Nantes
Sylvain Delaunay des "Carmes" - Rennes
Jean Marie Baudic du "Youpala Bistrot" - Saint Brieuc
Il y aura aussi
What a beautiful affiche!

Et, bien sûr, les repas des vignerons du samedi et dimanche, avec des vrais vignerons dedans, avec:
En vedette américain, le retour de Ronan Tablantec pour le théâtre de rue de l'apéro du samedi
La bonne table du samedi soir avec les vins du salon à déguster
Le concert des Monty Picon , fanfare rock désalternatif, le samedi soir (tout cela pour la modique somme de 30€, l'ensemble de la soirée)
Le repas de Chris l'Arsouille, le dimanche soir
Le concert de Jéhan de Vilaine Band pour conclure (pour la plus modique somme de 25€ pour l'ensemble de la soirée aussi)
Quel programme, quel programme!
Pour ceusse qui viennent avec leur(s) enfant(s), plus créatif que l'anniversaire Mac Do, plus marrant que
Voilà, en gros de quoi il en retourne, en un mot de la fête, de la fête, de la fête ...
Viendez nombreux, très nombreux. @+















































































































































































