A l'heure de la pause, à la mi-journée et suivant les conseils d'Antoine Sanzay, nous avons opté pour une table saumuroise, qui allait se révéler une fort belle surprise!... Il faut dire que les suggestions des vignerons sont rarement décevantes!... Le temps de se garer sur la place, face à l'École de Cavalerie, à Saumur et de ne faire que quelques dizaines de mètres à pieds et nous voici devant la façade de l'Alchimiste, au 6 de la rue de Lorraine.

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Une adresse du genre de celles que l'on gagne à connaître!... C'est un ancien second de Roellinger, François Deplagne qui opère aux fourneaux, tandis que son épouse Lydie (elle aussi ex-Roellinger!) oeuvre en salle. La formule entrée-plat-dessert a tout d'une grande!... Elle est, de plus, dotée d'un rapport Q2P (qualité-prix-plaisir, bien sûr!) à faire pâlir tous les ministres du commerce, un soir de signature de décret de la baisse de la TVA à 5,5%!... Ma chère, mais comment vont-ils faire pour baisser les prix?!... 17,50 €!... Non, vous ne rêvez pas!...

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Après de succulents amuse-bouche, nous avions le choix, pour l'occasion, entre un velouté d'asperges blanches de la vallée, oeuf poché et croustille de lard fumé (un régal!) ou de fines rillettes de maquereaux au curry, salade d'herbes et toasts aux olives noires (slurpiques!). Ensuite, poisson ou viande, à savoir un joli23042009_026 23042009_025morceau de lieu jaune ou un travers de porc confit à l'aigre doux. Enfin, une assiette de fromages ou un milk shake fraise coco, perle du Japon au sirop de framboise ou encore une poire pochée au parfum floral.

La carte des vins a une couleur très régionale et compte quelques jolis flacons. Nous avions opté, en cette belle journée, pour deux cuvées, Chapitre 9 2005 en blanc (mûr et d'un beau volume) et Tête de lard 2004 en rouge (puissant, explosif, solide) du Manoir de la Tête Rouge, de Guillaume Reynouard, qui répondirent parfaitement aux associations de saveurs et de goûts. Vous qui passez par Saumur, un restaurant à inscrire, sans arrière-pensées sur vos tablettes!...

- Clos Cristal, des Hospices de Saumur -

Après ce détour fort sympathique par la ville toute de pierre blanche bâtie, nous reprenons la route du vignoble et plus particulièrement de Champigny. C'est un domaine un peu particulier que nous devons découvrir, à cette occasion. Nombreux sont ceux qui en ont eu vent, notamment après un passage (3 mn 30, c'est pas rien!...) au 13 heures de Pernaut (nobody is perfect!...).

De son origine à son fonctionnement actuel, le Clos Cristal, des Hospices de Saumur, est pour le moins original. Céline Dubois, présente sur le domaine depuis 2002, rejoignant ainsi, à l'époque, son mari Éric, régisseur depuis 1995, nous rappelle les grandes lignes de son histoire assez singulière.

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Il était une fois, à la fin du XIXème siècle, un drapier angevin, Antoine Cristal, qui, fortune faite, se découvrit, à près de cinquante ans, une passion pour la vigne. Il acquit un château non loin de là, à Parnay, planté de vignes de blanc. Il créa ensuite, en 1890, un vignoble de 8 ha de rouge, à une époque où les blancs sont très largement majoritaires dans la région. Il sera le premier à le faire et c'est un peu pour lui rendre hommage, que lors de la création de l'AOC, la dénomination retenue sera donc Saumur-Champigny.

Dès les environs de 1900, il fait construire trois kilomètres de mûrs, y compris l'enceinte du clos. Il va ainsi planter 3000 pieds de vigne tout au long de ceux-ci, afin qu'ils bénéficient, le plus possible, de la chaleur restituée par la pierre et ainsi, avancer la maturité. Une face de certains de ces mûrs étant au nord, il y perce des trous, afin de permettre aux rameaux porteurs des grappes, ainsi qu'au feuillage, de passer au sud. Une partie des mûrs est orientée est-ouest, la vigne bénéficie là d'un ensoleillement suffisant dans une journée estivale. Même si, à l'époque les cépages choisis étaient plus nombreux que de nos jours, il faut y voir là une sorte de prémonition, que de faire un tel choix, dans une région (septentrionale), qui allait bientôt être plantée de cabernet!...

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Le succès et la notoriété furent rapidement au rendez-vous. Au crépuscule de sa vie, en 1928, le Père Cristal, solitaire bourru, philosophe à ses heures, républicain et libre penseur, dit-on, légua, le 24 décembre, son clos de Champigny, aux Hospices de Saumur. Qui se demandèrent sans doute, au passage, ce qu'ils allaient pouvoir faire d'un tel don!...

Et c'est ainsi que, depuis plus de quatre vingt ans, les directeurs (rarement hygiénistes!...) de l'Hôpital de Saumur se succèdent à un rythme accéléré et que le vignoble est toujours régi par des salariés des Hospices, avec un statut agricole!...

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Le Clos Cristal s'étend sur environ 10 ha. Il est donc planté de cabernet franc, d'un peu de cabernet sauvignon et depuis peu, d'une parcelle de pinot noir, présent à l'origine avec moult autres cépages. Les sols ne sont pas vraiment représentatifs du reste de l'appellation (souvent calcaire et argilo-calcaire), puisque composés, pour l'essentiel, de sables, parfois assez profonds, sur calcaire. Un peu comme sur une partie du secteur des Poyeux, à Varrains.

Voilà environ dix ans, une orientation d'importance fut soumise (comme toutes les autres!) au Conseil d'administration de l'Hôpital de Saumur, par les "gérants" actuels : la conversion en agriculture biologique. Et depuis, pour résumer, travail des sols, enherbement naturel, protection de la biodiversité... et prise en compte, par les administrateurs, des risques inhérents à la méthode!... Mais 2007 (grêle) et 2008 (gel) ne sont sans doute qu'un mauvais souvenir...

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On imagine aisément, qu'à l'image de certains vignobles en terrasse, par exemple, l'entretien des mûrs représente une ligne budgétaire assez conséquente!... On peut croire à la possibilité d'obtenir des subventions pour le maintien en état d'un tel patrimoine, mais le fait d'être dans le domaine public empêche, par exemple, l'obtention de subventions européennes pour la restauration des mûrs!?... Par contre, à contrario, la loge des vignes a pu être restaurée par le Parc Naturel, du fait qu'il s'agissait d'un établissement public!... Les mystères et les méandres de nos administrations...

Pour ponctuer cette visite, descente dans les profondeurs du Clos Cristal, afin de (re)découvrir les cuvées disponibles :

- Clos Cristal domaine 2008 :
Une cuvée issue d'une mise 100% cabernet franc. Un fruit agréable et une certaine rondeur, mais un peu monocorde.

- Clos Cristal domaine 2007 :
Belle expression sur le fruit là aussi et une matière homogène et ferme. Plutôt une bonne persistance. Pas de précipitation!...

- Clos Cristal, Les Mûrs 2007 :
Expression atypique, due surtout au passerillage des raisins, qui en font... un Vin de table!... Pas d'agrément pour cette cuvée, mais un vin qui nous agrée!... Fruits noirs, mûres écrasées, épices... On dirait le sud!... Un joli piège, pour quelques dégustations consacrées à des appellations beaucoup plus sudistes!... Structure solide et très aimable persistance. Contient une petite proportion de cabernet sauvignon.

- Boutifolle 2005 :
Encore une cuvée en Vin de table, qui porte le nom de la parcelle cadastrale sur laquelle se situe le Clos Cristal!... Un cabernet franc passé en barriques. Fruit rouge très mûr. Du solide!... Une grosse matière qu'il faut savoir attendre. Légère sensation de sucrosité qui apporte de la rondeur. Un exercice de style des plus réussis!... Beautiful!...

Au Clos Cristal, de toute évidence, les Hospices ne se moquent pas de la Charité!... Et comme charité bien ordonnée...