L'an dernier, à pareille époque, pour les portes ouvertes du Domaine St Nicolas, Thierry Michon était sous d'autres cieux, au Canada, ou ailleurs!... Si bien qu'à réception de son message, nous conviant à une petite dégustation à la Croix Bégaud, de l'Île d'Olonne, en ce week-end de la mi-novembre, on se dit que, malgré son éventuelle absence, une découverte de quelques 2009, ce pourrait être très intéressant!... Et puis, comme le vigneron de Brem est plutôt très joueur, son absence (regrettable cependant, à plus d'un titre!) serait l'occasion d'éviter de tomber dans ses chausse-trappes, lors d'une dégustation à l'aveugle sur fûts. Son sport préféré, la pipette piégée, a fait de nombreuses victimes, y compris parmi les plus qualifiés des dégustateurs de la planète, en visite dans la région!... Que celui qui n'a jamais pris un chardonnay pour un chenin chez Thierry, ou inversement, me jette le premier Mikasa!... Pour voir s'il casse ou pas!...

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Cette fois-ci donc, le voyageur des Olonnes est bien là!... Nous allons donc passer quelques heures en sa compagnie. Avec Thierry Michon, la mise en bouche ne se fait pas forcément de manière très conventionnelle. Je crois bien que le premier vin qui coula dans mon verre, ce jour-là, c'était une cuvée Reflets rouge 1997!... Histoire de mesurer tout le potentiel de garde et la fraîcheur restituée par un vin du domaine!... Impression confirmée par un blanc Les Clous 2004, au mieux de sa forme.

Ensuite, sur une base de chenin planté en 1993, conduit depuis en biodynamie, Le Haut des Clous 2006 est du genre remarquable!... Tension et dynamisme, persistance et équilibre, voici le premier représentant de ce millésime très réussi au domaine, que le vigneron de Brem tient en haute estime, plus que les 2005, par exemple!... Plus tard, nous pourrons le constater avec la cuvée Jacques 2006 (85% pinot noir et 15% cabernet franc) et surtout la (déjà!) rare Plante Gâte 2006 (pinot noir), qui rejoint désormais nombre de grands crus bourguignons. La version 2004 de cette dernière est également très pleine et intense.

Avant de passer dans le chai d'élevage, quelques jolis blancs encore, avec Franc Blanc 2006, frais et pimpant et bien sur la cuvée Maria 2005, de chardonnay largement vêtue, puissante, onctueuse et quelque peu déroutante, avec sa pointe très légèrement saline. Mais que dire alors, de cette même Maria, millésimée 2001, qui révèle toute la qualité de ce terroir argileux, sur sous-sol de schistes. Un phénomène!... Une très belle expression, franche, pure... Une bouteille qu'il faudrait absolument glisser dans une dégustation à l'aveugle de quelques beaux flacons de la Côte de Beaune!...

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Pour ces journées, la cave et le cuvier sont ornés de quelques oeuvres d'un artiste local, Jean-Claude Flamen, qui joue adroitement de divers matériaux, tels que verre et inox, ainsi que de la lumière des heures du jour. Nous apprécions quelques instants, les oeuvres exposées, passant d'un foudre à l'autre et nous gagnons la salle de jeu de Thierry Michon : le chai à barriques. Faites vos jeux, rien de va plus!...

En quelques minutes, ceux qui voient défiler dans leurs verres ces chenin, ces chardonnay, ce pinot noir ou cette négrette, savent qu'ils ont pénétré dans un autre monde!... Le fossé qui sépare désormais les autres domaines vendéens du Domaine St Nicolas, tient du Grand Canyon!... Quinze années de biodynamie sur les plus beaux terroirs de Brem, écoutez la différence!... Et encore, il en reste quelques autres, friches oubliées, à planter et ainsi, revenir au coeur du vignoble historique de St Nicolas de Brem. Thierry Michon est, tout entier, tourné vers l'avenir. Soyez patients, bientôt cet inventaire des "Grands Crus de Brem" sera à découvrir sur La Pipette aux quatre vins!...

Le côté passionnant de cette séance de dégustation tient surtout dans le fait que le vigneron de Brem "découvre" ses 2009 en même temps que nous!... En règle générale, il manque de temps!... Et quelques dizaines de barriques, ça ne se déguste pas en deux coups de pipette!... Si bien qu'il s'en remet parfois, pendant ce temps d'élevage, à l'avis éminemment qualifié de quelqu'un comme Jacques Lardière, du Domaine Jadot, à Beaune, vendéen d'origine, qui ne manque pas de passer, de temps à autre, quelques heures à la Croix Bégaud, histoire de mesurer les progrès de ce diable d'Olonnois!...

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Après chenin et chardonnay, certains plein d'éclat, nous passons en revue les pinot noir de la Grande Pièce, ou de Plante Gâte. Certaines barriques neuves contiennent des jus intenses et puissants. La persistance est parfois nuancée d'arômes d'eucalyptus ou de menthol, qui ne manquent pas d'interpeller Thierry Michon. La négrette du Poiré, quant à elle, qui ne manqua pas d'inquiéter le vigneron, lors des vendanges (la faute à des pluies conséquentes, sur la zone côtière vendéenne, le 19 septembre!...), est dotée de tannins fins, presque "nebiollesques"!...

En guise de conclusion d'une après-midi étonnante, la note finale, l'apothéose gustative, nous est donnée par un exercice assez complexe : la dégustation des "matrices", les vins de presse du millésime 2009. Ils seront, pour la plupart, réintégrés aux jus de goutte et portent la trace du terroir et de la trame aromatique et tannique des cuvées. Et là, Thierry sait qu'il tient successivement en bouche, l'identité même de ses parcelles... La dimension humaine du métier de vigneron n'est-elle pas de tenter de laisser les vignes s'exprimer pleinement?... En moins de deux décennies, y parvenir à ce point, n'est pas le moindre des mérites de Thierry Michon, surtout dans un vignoble qualifié, par quelques imprudents, de seconde zone!... Désormais, nous en sommes certains, les hiérarchies sont faites pour être bousculées.