Il ne suffit pas de passer des heures sur la route, pour apprécier les bons moments viti-vineux!... Même si nous disposions, en cette soirée, d'un véhicule affichant glorieusement plus de 330 000 kilomètres au compteur, notre petit groupe de passionnés s'est finalement rendu sans encombre... de Briords en Briord, dans les pas de la petite association qui monte, qui monte : Vigne'Horizons!... Curiosité et gourmandise ont présidé lors de cette escapade nantaise, avec une face champêtre, au Domaine de la Pépière, de Marc Ollivier, pour une découverte de quelques jolies cuvées du cru de Maisdon sur Sèvre et Château Thébaud, puis une face urbaine, avec un délicieux repas-dégustation, proposé par Armel Michenaud, de CasaVino, dans le centre de Nantes. Comme un fil invisible, qui nous permit de passer du Clos des Briords à la rue de Briord!...

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Première étape donc, à La Pépière, de Maisdon sur Sèvre. Le froid n'est pas très vif, mais le feu crépite, dans la cheminée du caveau de dégustation, à notre arrivée. Une visite hivernale en soirée dans un domaine a ceci de particulier, qu'elle rend difficile toute découverte des vignes. La lampe frontale risque d'être quelque peu insuffisante. De plus, les récentes pluies pourraient donner à l'épisode, un soupçon koh-lantique!... Euh, un soupçon!...

Nous nous dirigeons donc vers le cuvier, pour déguster quelques jus du millésime 2009, "dont on pourrait entendre parler longtemps, du fait des vins très structurés", selon le vigneron, qui nous présente donc rapidement le domaine. Ce dernier a été créé en 1984, en restructurant le domaine du grand-père et celui d'un voisin décédé brutalement. Il compte aujourd'hui une trentaine d'hectares, dont 26,5 ha en AOC Muscadet et 3 ha en Vin de Pays rouge. 85% des parcelles sont situées sur du granite, alors que ce type de terroir ne représente qu'environ 5% du Muscadet. Depuis 2007, le domaine est résolument en conversion bio. Celle-ci se déroule par étape, Marc Ollivier s'inscrivant dans une démarche sur le long terme. D'ailleurs, la labellisation est loin d'être une fin en soi, pour le vigneron, qui ne sait trop s'il pourra éventuellement revendiquer le label en 2010 ou 2011!...

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Après quelques plongées de la pipette dans les cuves souterraines, pleines de 2009, tour d'horizon des cuvées disponibles... et d'autres.  Tout d'abord, Gras Moutons 2008, une cuvée parcellaire sur gneiss argileux, très classique, moins riche que 2009, assez tranchant, mais non dénué d'élégance, avec une bouche assez pleine. Avec sans doute un joli potentiel d'évolution sur deux ou trois ans, voire plus. Lui succède Eden 2006, qui a désormais été remplacée par la première. C'était là, un assemblage de parcelles sur gneiss. Acidité en retrait, plus onctueux, moins dans un registre "typique", si tant est qu'on le définisse!... La troisième cuvée sur ce type de sol, Clos Cormerais 2005, issue d'une vigne plantée en 1927, vinifiée et élevée d'une façon assez originale, à savoir en barriques, dont 50% en chêne et 50% en acacia. Expressive et dotée d'un bel équilibre, se fait sans doute aisément, la compagne d'une lotte à l'orange, ou de recettes aux notes exotiques.

Nous sommes là dans une région, où les sols étaient si pauvres que, naguère, dès qu'un arbre atteignait une taille respectable, on en faisait une barrique!... Avec plus ou moins de bonheur, dans le cas du châtaignier et encore plus du frêne, mais cela permet de rappeler que l'élevage sous bois était plutôt la règle autrefois, même pour les Muscadet, très souvent aseptisés désormais et standardisés, du fait de l'emprise de l'oenologie moderne. Faut-il encore faire la démonstration qu'un progrès admis de tous, entraîne parfois les uns et les autres, vignerons et consommateurs, dans des sens uniques quasi irréversibles?... Heureusement, certains veillent... Et l'horizon des Muscadet de terroir s'est joliment éclairci!...

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Par exemple, avec Granite de Clisson 2007. Un représentant de la démarche récente des Crus communaux, dont vous pourrez trouver quelques éléments très intéressants ici. Sept zones communales donc, ou intercommunales, dont il va falloir faire des AO(P)C, à l'horizon 2011 : le Gorgeois, qui a l'antériorité de cette démarche, Le Pallet, Clisson, Monnières-St Fiacre, Château-Thébaud, Schistes de Goulaine et Rubis de la Sanguèze (un affluent de la Sèvre Nantaise). Il s'agit donc d'une sélection des meilleurs terroirs de ces différentes zones, avec une volonté de baisse des rendements, certains travaux complémentaires à la vigne et surtout un élevage de deux ans sur lies. Ce dernier point apportant une grande part de nouveautés pour nombre de vignerons de ces crus... et pour les amateurs!... La version 2005 de cette cuvée avait pour le moins étonné (ne cherchez plus, il n'y en a plus nulle part!...). Le 2007, juste mis en bouteille, est sur la même voie : densité, énergie, persistance élégante... Top départ!... A noter que dans le millésime 2009, le domaine proposera une autre cuvée sur granite, Chateau-Thébaud. Non, il n'y a aura pas de vente en primeur et autres formules de réservation!...

Avant de prendre la route de Nantes, nous terminons la dégustation par une série très attractive, comme le vigneron de Maisdon en réserve parfois à ses visiteurs. Si la cuvée du Clos des Briords (très appréciée outre-Atlantique) n'est plus disponible dans les plus récents millésimes, nous voyons là surgir, de derrière les fagots, un 1997 étonnant, mûr, intense, sur une approche légèrement pétrolée, puis un 1988 plein de fougue, ayant conservé la distinction et la race de ce secteur sur granite, dont les vignes ont le plus souvent entre cinquante et soixante ans et où, certaines ont été plantées en 1928. Marc Ollivier ira même nous chercher un 1978 dans les réserves voisines, qui est loin de dépareiller cette série rétro!... Enfin, la très anecdotique cuvée Les Grives, issue du cépage melon, comme il se doit, mais récoltée en vendanges botrytisées en 2004, venait apporter la note finale à cette surprenante série!... De quoi couper le sifflet des merles!...

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Cap sur la rue de Briord, pour la touche italienne de la soirée. L'Italie à son meilleur, grâce à Armel, de CasaVino, qui nous a transporté d'un bout à l'autre de la botte, pour notre plus grand plaisir. Très jolie mise en bouche avec une méthode traditionnelle lombarde, Franciacorta 2003, de l'Azienda Agricola Barone Pizzini, avec ses arômes de mie de pain, d'écale de noix, légèrement brioché, accompagné de petits toasts juste tartinés de fonds d'artichaut et d'huile d'olive. Le vin suivant, partenaire d'un antipasti de poulpes et seiches, aromatisé de vinaigre de cidre, était très original. Une robe ambrée, presque rosée, sous les lumières de la nuit. Un Pinot Grigio 2007 du Frioul, plus précisément de Venezia-Giulia, de Bellanotte, la bien nommée en cette soirée. Jolie bouteille!...

Un premier vin du Piémont, assez classique, ensuite, avec le Barbera d'Alba 2006, de Sylla Sebaste, qui jouait agréablement avec un cannelloni fourré de tomates et herbes. Une texture agréable et une expression sur les premiers arômes tertiaires, qui s'accordait bien avec le met.

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Très belle impression avec le poulet au Marsala et le siciilen Nero d'Avola Contempo 2007, de l'Abbaye Santa Anastasia, sise près de la côte nord et de Cefalù. Profondeur d'expression, arômes évoquant une syrah de bonne origine, plaisir intense. Une très belle cuvée pour la table, avec un caractère moderne, mais séducteur. Quelques fromages ensuite, dont un excellent parmesan et un autre piémontais, pour démontrer toute la grandeur de cette région. Un nebbiolo cette fois et un beau!... Barolo Pressenda 2003 de Marziano Abbona. Un bouquet intense, très "nebbiolesque", une très belle texture classique et une persistance sans la moindre fausse note.

Des petites douceurs pour finir, très italiennes, et un trebbiano toscan passerillé de Villa Pillo, avec ce succulent Vin Santo del Chianti 1999, qui évoque quelques souvenirs de voyage aux amateurs de passage... La part du rêve, dans ce vin de méditation...

Alors, n'hésitez plus!... Transportez-vous jusqu'à la rue de Briord et CasaVino de temps en temps!... Sortir de son quotidien gustatif, c'est facile, enrichissant et irremplaçable, avec Armel Michenaud!... Italia for ever!...