L'hiver dure et perdure!... En ce mardi de janvier, à Rablay sur Layon, le vent est dominante sud-est. Le ressenti lui, est plutôt est, genre frisquet!... Un joli temps de taille!... C'est l'occupation principale de la matinée de Richard Leroy, sur le plateau de Montbenault. C'est qu'il faut en prendre soin de ces Noëls!...

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A l'heure de la pause, nous avons convenu de nous retrouver 52, Grande Rue. Notamment, pour un petit tour d'horizon des lots du millésime 2009. La série de vins que l'on déguste alors est toujours très instructive... Lorsqu'on se targue de vouloir évoquer les "grands crus" d'Anjou, encore faut-il prendre le temps d'en étudier régulièrement toutes les composantes, à tous les stades.

Et là, au coeur de l'hiver, la récente vague de froid a fait son oeuvre, en précipitant les jus. Ceux-ci apparaissent, pour la plupart assez limpides. Les premiers dégustés viennent du Clos des Rouliers, barriques non neuves. Comme c'est le cas pour l'ensemble, il reste du sucre et cela va mettre certaines qualités du terroir en évidence. Autre point auquel le vigneron est sensible : l'influence de la barrique. Non qu'il se préoccupe outre mesure de la prise de bois actuelle, notamment sur les fûts neufs, mais plutôt des effets du méchage des barriques anciennes, d'un, deux, trois vins ou plus. Richard Leroy souhaite le réduire à sa plus simple expression. A terme, son parc de barriques devra permettre d'apprécier les vins, à différents stades, sans qu'ils soient sous l'influence du soufre. Aussi curieux que cela puisse paraître, les vins en fûts neufs semblent actuellement plus déliés, plus expressifs.

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Quelques nouveautés cette année, dont la destination n'est pas encore arrêtée. D'abord, des jus qui viennent d'une parcelle appartenant à Mark Angeli, située en appellation Bonnezeaux. Non que le vigneron de Rablay revienne à ses amours anciennes, à savoir les liquoreux, mais plutôt que ses difficultés du millésime 2008, conséquences du gel printanier sur Montbenault, méritaient d'être couvertes... Or, les vignes de cette parcelle sont globalement sur des sables et le vin souffre nettement de la comparaison avec les jus issus du plateau noëllien.

Parmi ces derniers, à noter la qualité des lots composés de la vendange des jeunes plants de Montbenault, qui expriment une jolie franchise et une belle dynamique. La série se termine par de très beaux vins, issus des vignes quasi cinquantenaires et de la zone la plus minérale des Noëls de Montbenault. Quelle matière!... Toute la qualité de19012010_002 2009!... Et près de quatre fois les quantités de 2008!... Alors, rassurés les fans du domaine?...

Puisqu'on est là et que la taille bat son plein, autant prendre un cours de sécateur, histoire de digérer les oeufs de cabillaud et le magret du repas. Non sans avoir apprécié au passage toute la qualité d'un Clos des Rouliers 2008, puis un Carminoir 2005 du Valaisan de Vétroz Romain Papilloud, frais, digeste, expressif et quelques centilitres d'un Côtes-du-Rhône du Domaine Charvin, puissant et volumineux.

Donc, vous prenez un beau pied de chenin, bien équilibré, selon la méthode Leroy. De votre main préférée, vous prenez un sécateur (même pas électrique!... tsss!...). Quelques secondes pour définir les coupes... klik, klak, klok, kluk!... C'est plié!... Simple, non?... Pour les photos?... Ben, faut pas traîner!... La prochaine fois, je vous ferai une vidéo!...

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klik... klak... klok...

Et nous voilà avec le même pied de chenin, taillé en gobelet, après le passage du coiffeur!... Quatre coursons à deux yeux, étalés pour privilégier une répartition future des grappes et une bonne aération. Lorsqu'on voit la vigne voisine, destinée à produire (le terme qui convient!...) du Layon vendangé à la machine... De quoi rester quelque peu rêveur...

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Toute la difficulté, pour celui qui n'a pas pratiqué cet art, est de se projeter dans le temps. Parce que parfois, il faut abandonner la taille en gobelet et reformer le pied, en optant pour le cordon de Royat, qui permettra ensuite, après quelques années de revenir au gobelet. Pas forcément simple... Si on me confiait un sécateur, je crois que je serais quelque peu dans l'embarras... Pas sur que vous n'ayez très bien compris, vous non plus!... Allez, on repasse la séquence!...

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klik... klak... klok... et kluk!...

Ben, finalement, on reviendra peut-être en deuxième semaine!... D'autant que, la taille, ce n'est pas tout!... Dans la panoplie du parfait vigneron, aux petits soins pour sa vigne, il y a aussi un instrument plus... tonique, plus... gros bras. Je précise cela, à destination de ceux qui se disent, à ce stade de leur lecture : "Tiens, j'aimerais bien me trouver quelques arpents, dans un beau paysage... tout ça!..."

Bien sûr, on peut céder à une forme de facilité (si je puis quand même dire!), en usant et parfois en abusant de produits, qui vous évitent les sports de force et contribuent à préserver votre dos, vos articulations... Pour ce qui est de vos poumons et de votre organisme en général, c'est une autre histoire...

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Au programme des menus travaux donc, le piochage des ronces, alias rubus. "Il ne faut pas refuser secours à la ronce qui veut devenir rose", disait Paul Claudel. Ceci dit... Plante quasiment inévitable et qu'il ne faut surtout pas subir, parce qu'elle a vite fait de vous envahir!... De plus, son système racinaire a tendance à contrarier le développement des jeunes plants destinés à succéder aux ceps morts, arrachés ou manquants.

Pour cette phase assez active du quotidien du vigneron bio, il vaut mieux choisir la période. En ce moment, c'est l'idéal : après le froid, la terre est meuble et la faible quantité de pluie n'a pas détrempé le terrain. Et en plus, il ne fait pas encore chaud... Même si, au sortir de l'hiver, un peu d'exercice physique n'est pas forcément de trop!... On n'a pas tous des kilomètres de pistes de ski de fond à sa porte ou une Transjurassienne à courir!...

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Et puis, une pioche, c'est aussi un instrument, une sorte de gros crayon, qui vous permet de dessiner sur le tableau noir de la terre de Montbenault!... Richard Leroy n'a pas son pareil pour illustrer la conversation consacrée aux grands terroirs de la région : "Alors, tu vois, ça c'est la Loire, avec Angers et Savennières, un peu plus loin, rive droite. Ici, c'est Saumur. Cette courbe, c'est le Layon, avec le confluent. Et là, entre les deux, il y a des croupes calcaires, du côté d'Ambillou-Château, par exemple. C'est passionnant ce coin là!... Bien sur, la plaine est dédiée à l'agriculture conventionnelle, les céréales..."

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Je ne vais pas tarder à repartir à la découverte des grands crus de Loire, c'est certain!... Et à la rencontre des vignerons qui ont quelques choses à dire, au travers de leurs vins, de leurs cuvées. Tiens!... Comme Bruno Rochard, par exemple, juste en face!... A bientôt, en Anjou!...