La Folle blanche de Sigournais!... Voilà deux, voire trois générations, elle était la fierté de ce coin de bocage vendéen. On pouvait y trouver, dit-on, un petit vin blanc des plus affriolants, de ceux que l'on conservait dans un seau, au fond du puits, jusqu'au moment d'une courte pause, dans une matinée de travaux des champs, entre avril et juillet... Curieusement, ce secteur privilégié entre St Germain de Prinçay, Puybelliard, St Mars des Prés et Sigournais n'a jamais été retenu, ni reconnu, au moment de l'apparition des Fiefs Vendéens. Et pourtant, on trouve là, trace d'un patrimoine séculaire. Un des seuls conservés et entretenus avec le plus grand soin dans la région!... La folle a raté le tournant de l'histoire!...

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En Provence, on les appelle bories. En Roussillon, casots. En Bourgogne, cabottes. En Val de Loire, il s'agit plutôt de loges de vigne. On peut en savoir beaucoup plus ici ou . Ces cabanes de vignes bocagères, guérites ou maisonnettes, elles étaient un peu l'objectif de cette balade dominicale, choisie dans un guide de randonnée en Vendée.

Sigournais, petit village de moins de neuf cents habitants est aussi connu pour son château médiéval et les traces d'un passé actif, révélé par quelques bâtiments anciens et autres moulins. C'est aussi une commune agricole, qui propose des chemins serpentant dans une campagne en plein réveil, par les belles journées de cette dernière semaine.

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Sur cette boucle d'une douzaine de kilomètres, que nous nous étions proposés de parcourir, le dernier tiers est d'assez loin le plus intéressant, par les panoramas qu'il révèle sur les villages voisins notamment. En quittant la petite voie communale venant de Puybelliard, nous mettons nos pas, cap au sud-ouest, dans un chemin que la carte IGN appelle (curieusement) "GR de Pays de Mélusine". Celui-ci laisse sur la droite des prairies qui descendent doucement jusqu'à l'Arguignon, ruisseau qui se jette plus loin, dans le Grand Lay.

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A main gauche, quelques rangs de vignes apparaissent sur un coteau concave, le Fief des Cornières, selon la carte. Était-il réputé naguère?... Des petits monticules d'argile rouge bordent la parcelle. Sont-ils des apports extérieurs?...Quelques centaines de mètres plus loin, le profil du coteau, exposé sud-sud-est pour l'essentiel, laisse deviner son ancienne vocation vinicole, notamment par les pierres blanches qui jalonnent le sol. D'ailleurs, une première maison de vigne apparaît sur la hauteur. Nous arrivons dans le secteur de la butte des Coudreaux. A gauche, un chemin, juste débroussaillé, permet d'atteindre le petit plateau, où l'on trouve notamment la Maisonnette Allard et la Maisonnette Chabiron.

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De très beaux mûrs de pierres sèches, les murzaies, selon le nom qu'on leur donnait à l'époque, délimitent un petit clos, planté uniquement de nos jours, d'arbres fruitiers, qui doivent faire la joie des randonneurs, pendant l'été. La maison aperçue du chemin est entourée de terres dédiées de nos jours aux céréales. Les maisonnettes, restaurées et mises en valeur par une association locale, l'AGRAP, semblent s'appuyer aux mûrs. L'une d'elle, dite Allard, se compose de deux pièces, ce qui est plutôt rare. Elle est même agrémentée d'un cadran solaire. La plupart ne sont que des réduits, permettant de ranger uniquement quelques outils et peut-être d'abriter le vigneron, le temps d'une giboulée de grêle ou d'un orage... 

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Dans le n°10 de Recherches vendéennes, paru en 2003, l'article de Jean-Marc Large et Étienne Boudaud - Des cabanes de vignerons en pierre dans la commune de Sigournais (Vendée) - nous apprend que nous sommes là sur "une des quatre buttes de calcaire de l'Hettangien, faisant partie de la dépression de Chantonnay, dans le Massif Armoricain et ayant abrité un vignoble dont les origines remontent au XIIè siècle (1120 sans doute), à l'initiative des moines bénédictins de Marmoutiers, s'installant en Bas-Poitou."

Ce vignoble était même considéré comme le meilleur de Vendée et on y trouvait du muscadet (selon J-A Cavoleau, en 1808)!... Melon de Bourgogne ou Folle blanche, venus l'un et l'autre de la région de Beaune, de Nuits-Saint-Georges ou du Mâconnais?... Difficile d'en avoir la certitude.

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Après, l'Histoire fait son oeuvre : le petit nombre de propriétaires, sous l'Ancien Régime, augmente très largement après la Révolution. On passe ainsi de cinq ou six fiefs à six cents parcelles cadastrales, d'où la création de murets pour les matérialiser. Ensuite, en l'espace de quinze ans, entre 1879 et 1894, les maladies de la vigne, oïdium, puis phylloxéra, ravagent le vignoble. Celui-ci se reconstituera jusqu'à la Seconde Guerre mondiale, avant de péricliter depuis, au point de disparaître quasiment du paysage.

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Alors la folle, me direz-vous?... J-A Cavoleau disait naguère que "le muscadet donnait à Sigournais un vin mousseux et pétillant qui, s'il avait suffisamment de force, serait fort agréable." On se prend à rêver d'un pet' nat' du XXIè siècle!... La folle blanche pourrait-elle jouer ce rôle?... On la connaît en tant que cépage du Gros-Plant du Pays Nantais de nos jours et de quelques vins de pays dans le Sud-Ouest, mais aussi comme étant le vin de base des Armagnac et Cognac, même si, dans ces deux derniers cas, l'ugni blanc s'impose désormais. Des analyses génétiques la disent descendante du gouais blanc, ou gwäss dans le Haut-Valais suisse, du côté de Visperterminen, le plus haut vignoble d'Europe!... Peut-être bientôt un jumelage Visp-Sigournais?!...

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Depuis les années 1980, de nombreuses vignes étaient à l'abandon, au point de disparaître dans les ronces au milieu des années 1990. La folle blanche, qui faisait la réputation du bourg de Sigournais, est-elle toujours présente sur ses terres?... Il se murmure que quelques petits producteurs locaux ont réussi à maintenir la production d'un "petit blanc frais qui se tient très bien"!... Identité, transmission des savoirs et des patrimoines. Y-a-t-il un vigneron passionné dans le bocage vendéen, pour relever ce défi, à destination des générations futures?...