Vendredis du Vin # 28 : l'oeno(vino)tourisme
Virée en Alsace et ailleurs, à l'occasion du chapitre 28 des VdV, suggérée par Patrick Boettcher, sur le thème très tendance de l'oeno... pardon... du vinotourisme!... Qui peut revêtir bien des formes : locale, ou régionale, en petit comité (ou en car de soixante place!... ça, c'est l'oenotourisme!), voire à l'échelle de la planète, de façon quasi initiatique.
L'acte de naissance de ce nouvel axe d'orientation professionnelle (il existe désormais une licence pro en la matière!) s'inscrit sans doute dans la nécessité de créer de "nouveaux métiers", particulièrement dans le domaine agricole et, à fortiori, viticole. Nécessité, parce que les seuils de rentabilité des domaines ont parfois du mal à être atteints, parce que les prêteurs (les banques, pas exemple) incitent à optimiser l'activité de tous les membres présents sur les propriétés (voir ceci), à rechercher des formules innovantes permettant d'augmenter les ventes (à quand les cuvées de Vin de Car?...) et aussi, dans certains cas plus
familiaux, parce que la descendance a parfois quelques difficultés à trouver une activité stable à l'extérieur et que l'on suppose souvent, la nouvelle génération plus encline à pratiquer les métiers de la com'!... Encore que là, la com' formatée BTS n'a pas forcément vocation a "créer du lien" sur la base de schémas par trop théoriques.
On peut noter une sorte d'anachronisme entre la mécanisation du vignoble, la pseudo nécessité de réduction du personnel, imposée par les experts en matière de gestion et cette volonté de mettre en place une nouvelle activité. Parce que, soyons clairs, une personne chargée d'accueillir les visiteurs, c'est une bouche de plus à nourrir!... Les périodes au cours desquelles, le vigneron (ou même son épouse, ou l'inverse!) va pouvoir lui-même consacrer des demi-journées à recevoir des cohortes de visiteurs-buveurs ne sont pas légion!... Et ce, au moment où certains pourraient s'octroyer quelque temps de repos!... Et la mutualisation des compétences?... Reste à démontrer qu'elle est possible, dans un secteur ou la forme individuelle de production est la règle. Il parait pour le moins peu évident, qu'une même personne, fut-elle enjouée, passionnée, jolie, instruite et... bien formée, parle avec le même nécessaire enthousiasme de plusieurs domaines viticoles, dans un même secteur, surtout s'il est question notamment, de réaliser quelques ventes!... Voir la difficulté en cela, des cavistes eux-mêmes, qui éprouvent parfois certaines difficultés à promouvoir simultanément l'ensemble des cuvées dont ils disposent, même si certains vignerons peuvent figurer au nombre de leurs amis...
Je ne sais quel type de questions surgissent aux oreilles de Delphine et Christophe Derouet, de Vinomad, dans leur activité de conseil en oenotourisme, mais gageons que les demandes doivent être diverses et variées. Et souvent aux antipodes!... Ce qui ne doit pas forcément les effrayer, vu leur statut de grands voyageurs!... Ils ont d'ailleurs du en voir de toutes les couleurs, au cours de leur WWT, mais, pour avoir évoquer le sujet avec eux naguère, il me semble qu'ils n'avaient pas tardé à constater, au vu des
rencontres, au cours de leur tour du monde, toutes les formes de retards en la matière, qui pénalisent le développement de cette activité dans notre beau pays, plein de certitudes, de pesanteurs de toutes sortes et peu conscient, en même temps, de l'admiration indéfectible et première, que vouent nombre de visiteurs, notamment étrangers, à nos vignobles!...
Plus qu'une nécessité, qui confine à une forme de survie et d'équilibre économique des domaines, on oublie peut-être un peu trop souvent, lorsqu'on évoque l'oenotourisme, que la filière a découvert depuis peu qu'il est indispensable de communiquer sur le métier, le vignoble, les méthodes culturales... L'époque où la ligne adoptée était :"Buvez, je m'occupe de tout et du reste..." est bien révolue. De plus, le grand public a montré depuis sa curiosité pour la chose du vin.
En abordant le sujet et en tentant de répondre à cette demande, on peut faire le choix d'une méthode résolument artisanale, sans tomber obligatoirement dans les réseaux de voyagistes experts (experts en quoi, d'ailleurs?...). C'est pourquoi j'ai choisi le terme de vinotourisme, puisque Vigne'Horizons, fille de La Pipette aux quatre vins, se veut destinée à la découverte du vignoble, des vignerons et du vin. Plus qu'à celle de l'oenologie, des oenologues et des cuvées oenologiquement correctes!...
On peut aussi faire le choix du vino-balnéo-tourisme!... Mode partagé, voire partitionné, qui allie plaisir de la dégustation, de la table, des rencontres et... de la plage!... D'ailleurs, les vignerons ne sont pas loin de se rapprocher des amateurs par cette formule, puisqu'il n'est pas rare de les rencontrer, désormais, sur quelques lieux de villégiature... qui sont aussi souvent les leurs!... Tels, pour l'heure et en cette soirée estivale, Catherine Bernard, venue de son Languedoc, présenter son 2009, largement cinsault et mouvèdre, dispenseur de plaisirs gustatifs, que l'on mettrait volontiers à table tout l'été, ou encore Fabien Boisard, du Domaine du Mortier, de St Nicolas de Bourgueil, résolument ligérien et cabernetophile!...

Nuitamment, Chai Carlina-ment vôtre!...
Enfin, il n'est pas rare que cette forme de tourisme viti-vini alimente les rêves que nous avons parfois... Sans doute, vous parlerai-je un jour de celui qui se construit, quelque part, dans un espace libre de mon cerveau, dans sa mémoire vive : partir en bateau (à voiles!) faire le tour de la Méditerranée, à la découverte des îles, des vignobles insulaires, des vignerons îliens et de leurs cultures. Y a-t-il un éditeur-skipper dans la salle?...
Soirées Poisson, etc...
Nous voilà à la croisée des chemins!... A l'heure, plus exactement, du chassé-croisé!... Juillet prend congé et les aoûtiens sont dans les starting-blocks, pour Barcelone et ailleurs... Les effluves océanes, iodées à souhait, vous titillent l'olfactif... le goémon à marée basse... les oyats de la dune... le court-bouillon pour votre dernière pêche!...
Côté cave, option nature, celle qui bouscule les us et coutumes de nos papilles. Où les doux coteaux de la Vallée de la Loire rejoignent les steppes orientales lointaines!... Prenez des langoustines vivantes. Faites leur prendre un petit bain, histoire de les saisir. Attention!... Une minute après la reprise de l'ébullition, pas plus!... Vous leur proposez de faire équipe avec une mayonnaise crémeuse d'une part et une cuvée Chapeau Melon de Marc Pesnot. Ça décoiffe pas mal, pour tout dire!... Mais, c'est plutôt tonique et bigrement frais!...
Un accord est-ouest négocié ensuite : un filet de daurade, passé au four et juste mouillé d'une petite sauce légère et, non pas un vin des steppes lointaines, mais simplement un chardonnay ouillé, Les Grandes Teppes Vieilles Vignes 2007, de Jean-François Ganevat. Un Côtes du Jura qui mériterait d'être atlantique!... Une fougue océane, un spot qui déferle sur les marnes blanches comme l'écume. Prenez la vague à lame!... Jusqu'au fond du verre!...
Des goûts, des couleurs, des origines diverses, au programme de cette autre soirée. Assiette façon tapas en entrée et jolie découverte avec ce Jerez (ou Xeres ou Sherry, c'est selon!...) de chez Emilio Lustau. Un Puerto Fino très agréable, que l'on pouvait associer à des saveurs aussi variées que saumon fumé et fenouil haché menu, omelettes aux tapenades, verte et noire, ou encore à une émulsion de concombre et noix de coco, voire à du melon et jambon de Parme!...
Le Grand Blanc 2007 d'Henri Milan était ensuite convié à table, pour répondre à une recette de pot-au-feu de thon au beurre d'anchois. Voilà un plat qui me laisse souvent sceptique, notamment par la difficulté à le réussir vraiment... Légumes trop cuits ou pas assez. Poisson trop sec ou rosé. Fort heureusement, le vin nous fit oublier les imperfections de la cuisson du met, avec sa panoplie d'arômes et sa fraîcheur réconfortante. Retrouvé dès le lendemain (les darnes étaient conséquentes!...) avec un Rosé de Chevalier 2009 quasi frappé, dans sa nouvelle livrée class!...
Le dessert, façon verrine, se composait d'une compotée de brugnons jaunes, de mascarpone, d'amandes grillées et de... fraises tagada!... Il faut vivre dangereusement!... Là, nous avons pu apprécier une Malvasia 2009 de la Stoppa, dolce e frizzante, d'Elena Pantaleoni, en Emilie-Romagne, savoureuse et élégante.

Andreas Achenbach
Bateau de pêche dans une mer agitée
Tout le monde il est Baux!...
Dernier coup d'oeil dans le rétro, à propos de ce petit séjour en Provence. Pendant que, d'aucun, nous scotche devant l'écran, nous cristallise face à notre 19", en nous contant sa découverte de Ze Big West, le seul, l'unique, celui qui sent la poudre, le lait de cactus et les spare-ribs tex-mex, il ne me reste plus qu'à vous proposer la rencontre avec quelques vignerons du pays des Baux, de la bauxite, de l'ocre, du romarin et de la lavande réunis!... Motel de la route 66, en pleine tourmente de sable et de poussière, contre camping sous les pins et les oliviers, aux senteurs de thym sauvage et de lauriers roses!... On n'a pas les mêmes valeurs!...
Quitte à découvrir les vins des de la région, autant y séjourner au moment d'un salon local, ou de la Fête des Vignerons!... Ça tombe bien, celle des Baux se déroule au coeur même de St Rémy de Provence, le dernier jour de notre semaine dans les Alpilles. Pour tout dire, elle était prévue dans le courant du mois de mai, mais les excès de la météo (une pluie diluvienne persistante, dès le début de la matinée!... eh oui, ça arrive ici aussi, quand souffle le mistral noir!...) avaient obligé le syndicat local à tout annuler le jour même!... Et donc, à repousser au 26 juin ce rendez-vous.
C'est la jolie Place Favier, ses dalles blanches et l'ombre de ses platanes, qui reçoit la douzaine de vignerons du cru et les visiteurs (pas bien nombreux, pour tout dire!). Il faut dire que le Syndicat des Vignerons des Baux regroupe quinze domaines, pas un de plus. Non compris Henri Milan et Trévallon (et pour cause, pour ce dernier!). Les absents ont eu tort, puisque l'occasion permet de faire le tour de ce qui se fait dans l'appellation. Plaisir rare!... Les amateurs pouvaient donc spéculer sur l'avenir des plus récentes cuvées, sans même avoir à consulter les écrits de Michel de Nostredame, alias Nostradamus, médecin et astrologue célèbre, natif de St Rémy.
- Domaine Guilbert :
Un domaine de la face nord des Baux, situé à St Rémy, il se compose de quatre hectares de l'ex-Domaine Hauvette (ex-chai compris), rachetés en 2007, par un couple d'artisans du Nord de la France, Guy et Nathalie Delacommune, histoire de mettre le cap au Sud, sans doute!... Modernes, clean, résolument "buvables", les vins du domaine ne sont pas vraiment faits pour surprendre, si ce n'est à l'oeil!... Comme le Rosé 2009, grenache et cabernet, à 50-50. En bouteille, il est d'un joli rose diaphane. Dans le verre, on dirait un blanc, à peine teinté!... Étonnant!... Succès garanti, lors des soirées estivales!... Le Rouge 2007, syrah et cabernet, fifty-fifty, agréable et friand, pourra lui succéder, jusqu'au bout de la nuit!...
- Mas de Gourgonnier :
Un pilier de la région!... La famille Cartier (si t'avais navigué!...) est installée là, face sud des Baux, dans le même superbe vallon que Lauzières, sur la non moins superbe petite route, qui va de Maussanne les Alpilles à Aureille ou Eygalières depuis... depuis des générations!... 45 hectares de vignes et 20 d'oliviers, le tout en agriculture biologique depuis 1977. La gamme se décline de façon on ne peut plus classique : des cuvées "Tradition" et d'autres "Réserve du Mas". Les blancs sont en AOC Coteaux d'Aix, comme il se doit, issus de sauvignon, grenache blanc et rolle. La "Réserve", vinifiée et élevée en barriques pendant neuf mois.
Coté rouge et rosé, la cuvée Tradition est composée de grenache, syrah, cinsault, carignan et mourvèdre. Les rosés sont issus de saignées. La cuvée Réserve (grenache, syrah, cabernet sauvignon) est élevée pendant un an en foudre de 50 hl. Une sélection à dominante grenache-syrah, Le Clos du Paradis, est élevée douze mois en demi-muids (600 l). Tout cela est cohérent et en offre pour tous les goûts. A noter
enfin, la Cuvée sans soufre ajouté 2008 (grenache, syrah, cabernet sauvignon et carignan), qui ouvre de nouveaux horizons aux fidèles de la maison. Globalement, du solide.
- Château Romanin :
Un autre domaine face nord, devenu la propriété de Anne-Marie et Jean-Louis Charmolüe, propriétaires naguère du Château Montrose, Grand Cru Classé de St Estèphe. Plus de 55 ha de vignes (dont 4 de blanc, rolle et ugni blanc), 4 ha d'oliviers, 1,5 ha d'amandiers, pour un total de 230 ha!... Beau domaine!... C'est Denis Dubourdieu qui en est l'oenologue conseil. Point de vue culture, c'est la biodynamie qui préside ici. Connu, notamment, pour sa cave souterraine, remarquable par ses dimensions. Le Rosé 2009 est très agréable, moderne, léger, avec son assemblage de counoise (quasi cinquantenaire), grenache, syrah et mourvèdre. Jolie impression également avec le Blanc 2009, à dominante rolle planté sur des sols limono-argileux de bas de pente. Le Mas de Romanin 2009 et un rouge de cuve et de printemps, issu de vignes relativement jeunes. Large assemblage (7 cépages) pour la cuvée la Chapelle de Romanin 2007, à la structure plus affirmée. Un supplément de chair, de volume et de complexité pour le Château Romanin 2005, issu des meilleures vignes de grenache, syrah, mourvèdre et cabernet sauvignon.
- L'Affectif :
En rosé et rouge, c'est ainsi que que se nomment les vins de Jean-André Charial, propriétaire de L'Oustau de Baumanière, très grande table locale et, accessoirement, président du syndicat des vignerons. De quelques rencontres (Jacques Puisais notamment), naîtra l'envie de faire un vin qui ait la "gueule du lieu et les tripes du vigneron"!... Après un premier projet avec Château Romanin, c'est avec Jean-Daniel Schlaepfer, du Domaine de Lauzières, que se concrétise la démarche, le doux rêve... En fait, il s'agit d'achat de raisins issus de vieilles vignes cultivées par Gérard, Jean-Daniel et François, le trio de Lauzières. Résultat, deux jolies bouteilles : L'Affectif rosé 2008 (50% counoise, 25% grenache et 25% cinsault), plein de fraîcheur, tonique et L'Affectif rouge 2005 (60% grenache, 20% syrah et 20% mourvèdre) joliment fidèle à ses origines sudistes!...
Alors, pourquoi L'Affectif me direz-vous?... En fait, il semblerait que ce soit une conversation avec Wolinski, au sujet du Premier Ministre de l'époque, qui soit à l'origine du nom. Au détour d'une phrase, Wolinski aurait dit : "Raffarin, il carbure à l'affectif..." L'histoire ne dit pas si les cuvées sont désormais entrées dans les caves de Matignon!...
Et cela en guise de conclusion de ce séjour du côté des Baux de Provence. C'est promis, je ne vous en parle plus avant l'année prochaine!... Enfin, peut-être!...
Un peu de Coteaux d'Aix-en-Provence?...
Dans notre volonté d'élargir notre découverte des vignobles de la partie ouest de la Provence, cette fois, ça y est, nous mettons le cap à l'est!... Quelques domaines apparaissent dans le carnet de route : Révelette, de Peter Fischer, à Jouques, ou encore la Réaltière, de Pierre Michelland, à Rians, voire la Brillane, de Rupert Birch, à Aix-en-Provence. Un beau trio!...
Et puis, finalement, les circonstances, d'autres suggestions ou la lecture d'une revue récente, nous mettent sur d'autres pistes... Le plus étonnant, c'est que parfois, pour peu, les rencontres prennent le pas sur le vignoble et les vins. Quand ce n'est pas l'Histoire (avec un grand H), ou l'évocation d'une passion sportive passée. Le vinotourisme réserve souvent de jolies surprises!...

AOC Baux-de-Provence et l'essentiel des Coteaux d'Aix-en-Provence
selon le Grand Atlas des Vignobles de France, de Benoit France
Nous avons donc mis le cap sur Vernègues, non loin de Salon de Provence. Non pas pour faire salon, mais pour saluer Marie Lottin, blogueuse et ardente facebookiste à ses heures, en charge des aspects commerciaux et relationnels (entre autres) d'un domaine parmi les leaders de cette grande appellation provençale, étendue du moins, les Coteaux d'Aix en Provence. En plus, figurez-vous, c'est son anniversaire!...
24 Juin - 11h - Château Bas
Ici, l'Histoire est partout, notamment sur et dans la terre de cette partie de la Provence. Curieusement, un temple du Ier siècle avant J-C, les traces d'un camp romain et deux châteaux millénaires côtoient, de nos jours, un assez remarquable (au moins visuellement!) viaduc SNCF, destiné au TGV Paris-Lyon-Marseille!... Et l'on peut même dire que certains combats se rejoignent. Ceux que l'on mène pour convaincre les autorités de la valeur d'un patrimoine, sorte de trésor englouti dans les remblais d'une voie romaine (encore Aurélia?...), ou ceux qui tendent à démontrer la légèreté de certains ingénieurs d'une grande entreprise, lorsqu'il s'agit d'implanter les piliers d'un pont de béton qui, pour le moins, fait tâche dans le paysage!...
Avec Marie, nous évoquons donc ces combats et les siens. Ceux de la vie. Les portes qui claquent. L'éternel recommencement. Les rencontres un brin curieuses et celles de la blogosphère. Peut-être, faudrait-il mettre de côté ces aspects de l'existence et rester le regard fixé sur la ligne bleue des Vosges des cuvées à découvrir, comme certains clients de passage, qui goûtent trois-quatre cuvées, même s'ils savent déjà laquelle il vont acheter... "Merci!... Je suis sur la route!..." Mais, c'est la Nationale 7!...
Château Bas, c'est déjà une belle machine!... Plus de soixante dix hectares, en conversion bio depuis l'an dernier. Paris ne s'est pas fait en un jour!... La gamme est large et il est difficile d'en faire le tour en quelques minutes, surtout quand le temps risque de nous manquer. Il y a d'abord L'Alvernègue (dans les trois couleurs) et Pierres du Sud, globalement issues d'une vendange mécanique. Puis, la Cuvée du Temple, qui monte doucement dans la hiérarchie. Les sols sont le plus souvent limono-argileux, ou composés d'un substrat calcaire. L'encépagement est classique de la région : grenache, syrah, cinsault et cabernet sauvignon pour les rouges et rosés. Grenache blanc, rolle, ugni blanc et sauvignon pour les blancs. Depuis peu, une cuvée en Vin de Table est apparue, genre "nature". La Cuvée B, largement composée de syrah, plus un peu de grenache. Un côté très sud et un caractère franc et massif. Une bouteille qui se plaît à passer en carafe, mais qui ne manquera pas de séduire les amateurs curieux!... Voilà donc un domaine de belle taille, mais qui ne manque pas d'intérêt. Aucune faute de goût, dans la série de vins dégustés. Château Bas a sans doute sa place au plus haut de la hiérarchie locale!... Jolie étape sur la Route Bleue!...
24 juin - 14h30 - Villa Minna Vineyard
Et cette horloge qui n'arrête pas de tourner!... A peine le temps de se sustenter, à base de charcuterie locale, en compagnie de Marie, que cette dernière, prenant connaissance de notre rendez-vous de l'après-midi, nous propose gentiment de nous mettre sur la bonne route!... Un grand merci au passage, ceci nous aura certainement évité un rallye dans la campagne aixoise!... Même si, le rallye, c'est justement un sujet pour lequel, le vigneron que nous allons rencontrer, Jean-Paul Luc, en connaît un rayon!...
C'est la lecture du numéro de juin de la RVF, qui nous a mis la puce aux papilles. Coup de coeur de Philippe Maurange, l'auteur de l'article... "Des vins précis et aromatiques"... "La visite du domaine est passionnante"... Et puis, ce statut d'ancien coureur automobile... Avant même de savoir si j'avais déjà pu croiser une de ces cuvées, je tentais de replonger dans les méandres de ma mémoire d'adolescent passionné
de course automobile. C'était à l'époque (les années 70!) où mon argent de poche passait dans l'achat de Sport-Auto ou d'Auto-Hebdo!... Non, non, pas de P4, ni de pétards!...
Pour je ne sais quelle raison, j'imaginais tout d'abord Jean-Paul Luc, comme éminent copilote d'un prestigieux rallyman, sur Alpine-Renault, ou sur Ford Escort!... Le cerveau et ses mystères!... En fait, il était bien au volant et, le plus souvent, de Citroën (puisqu'il en vendait dans le garage de son père)!... C'est lui que l'on le vit, lors de rallyes du Championnat du Monde, au volant de DS, de CX, voire de GS, sur les pistes de l'Acropole, du Portugal, du RAC Rallye ou des Milles Lacs (les connaisseurs apprécieront!). Une sorte "d'oncle" de Sébastien Loeb!... Un passionné de la terre!... Et de l'aventure aussi!... Comme en témoigne sa participation à l'une des dernières grandes aventures sportives terrestres du XXè siècle : la version 1977 du Rallye Londres-Sydney, créé en 1968. Depuis, à l'exception de Londres-Mexico, destiné à saluer le passage de la Coupe du Monde de Football de Londres (en 1966) à Mexico (en 1970), puis des premiers Paris-Dakar (auxquels il prit part également en 1981), le formatage de l'aventure dans les grands espaces a fait son oeuvre et les plus jeunes préfèrent Koh Lanta (non, non, pas de lien là)!... Bien sur, je vous parle d'un temps, que les moins de deux fois vingt ans ne peuvent pas connaître!...
Passionné de terre et d'aventure donc. Il n'en fallait pas moins pour retrouver Jean-Paul Luc et son épouse Minna (venue de Finlande, au lendemain des Milles Lacs, peut-être?...) quelques années plus tard, dès 1987, reprenant la propriété familiale de 15,48 ha, située du côté de St Cannat et Éguilles, au coeur de la Provence aixoise. C'est la naissance de Villa Minna Vineyard.
Ce domaine était à l'abandon depuis le décès du grand-père en 1979 dans... un accident de voiture! Et, pour Jean-Paul, c'était une manière de lui rendre hommage, que de redonner vie à la propriété. Il faut dire que l'aïeul Alexandre, qui fut des premiers aviateurs et féru de navigation maritime en solitaire jusqu'au terme de sa vie, avait du transmettre quelques fameux gènes, de ceux qui poussent certains détenteurs à relever plus aisément les défis!...
En 1987, tout commence par un arrachage des friches et une replantation. Si la production, jusqu'en 1979, fut destinée à la cave coopérative locale, l'objectif de Minna et Jean-Paul est résolument qualitatif et influencé par les vins d'Eloi Dürrbach, à Trévallon. Dès les débuts, l'option bio est comme une évidence. Depuis deux ans, le domaine l'officialise, puisqu'il est en conversion, afin d'obtenir le label Ecocert en 2011, sans que ce soit une absolue fin en soi.
Nous aurions sans doute apprécié de parcourir tout ou partie des vignes du domaine, en compagnie de Jean-Paul Luc, mais celui-ci manque de temps. Nous ne pouvons, malgré tout, lui en tenir rigueur, puisque nous savons par ailleurs, que Minna, cavalière émérite, a été victime d'une grave chute de cheval, voilà quelques mois, qui aurait pu lui être fatale. Du coup, nombre de tâches, naguère partagées, le sont devenues un peu moins, pour quelques temps encore... Comme un rappel des méandres, auxquels nous soumet la vie...
La quinzaine d'hectares est plantée de syrah, cabernet sauvignon, mourvèdre et d'un peu de grenache pour les rouges et de vermentino, roussanne et marsanne pour les blancs. Jean-Paul Luc nous confie aisément que le vignoble pourrait être d'une moindre surface, si c'était à refaire, indépendemment des évènements de la vie. A la plantation, l'accent a été mis sur des variétés sélectionnées pour être qualitatives et peu productives. Les sols sont largement argilo-calcaires, parsemés de nombreux fossiles.
Les vignes sont cultivées dans le cadre de la charte Nutrition Méditerranéenne en Provence, sans aucun désherbants, ni pesticides, ni engrais chimique. Un rang sur deux est enherbé et le second travaillé. Taille résolument courte, ébourgeonnage soigné, vendanges en vert selon les cépages et la charge. Et après, c'est le mistral qui fait son oeuvre!...
Lors des vendanges, recherche de la pleine maturité. Le soin apporté pendant toute cette phase, doit permettre d'éviter toute trituration du raisin. Vinification en cuves inox de volumes réduits. Levures indigènes exclusivement. Le plus souvent, quatre années séparent les vendanges de la commercialisation des rouges (deux pour l'élevage en barriques du Minna Vineyard et jusqu'à deux en bouteilles, pour le 2005 notamment). Le blanc, quant à lui, est vinifié à hauteur de 30% en barriques, avec bâtonnage et 70% en cuves de 15 hl, cépage par cépage, avec fermentation malolactique et sulfitage réduit au strict minimum. Tous les vins sont ensuite élevés dans un chai enterré (attention à la tête!), à l'abri des variations de températures. Assemblage quelques temps avant la mise.
Minna Vineyard 2006 rouge est proposé en Vin de Pays des Bouches du Rhône. 46% syrah, 42% cabernet sauvignon et 12% mourvèdre, élevé 24 mois en fûts. La mise est assez récente (avril) et l'expression est un peu sur la réserve. Du solide!... Une texture et un volume faits pour durer. Dans un registre mûr, non dénué d'élégance et de fermeté. Minna Vineyard 2007 blanc, en Vin de table, sous la dominante du duo
roussanne (36%) et marsanne (16%) comprend aussi 45% de vermentino. Mise assez récente également. Le choix d'une certaine modernité et d'une part de technologie n'oblitère en rien les qualités du vin. Expression franche et agréable, aux accents sudistes palpables. Cette cuvée semble avoir un très beau potentiel et pourrait être une référence, en matière d'accords avec une belle cuisine de poisson. A ce stade, l'aération révèle une gamme aromatique des plus séduisantes!... A suivre avec intérêt!... Enfin, la cuvée Villa Minna 2006 rouge, en VdP des Bouches du Rhône également, est issue de cabernet sauvignon (50%), syrah (40%) et d'une pointe de grenache (10%). Vinification et élevage en cuves uniquement, cépage par cépage. Un assemblage harmonieux et plutôt tonique, aux accents mûrs, nuancés d'épices et de fruits rouges. A noter que le Minna Vineyard 2004 est également disponible, mais pas le 2005, toujours sur la ligne de départ, attendant le décompte du chronométreur!... 5,4,3...
Si vous passez dans la région, vous découvrirez peut-être ce panneau, aux connotations résolument anglo-saxonnes. Ne vous y trompez pas cependant!... Il s'agit bien là d'un domaine familial et d'ailleurs, ce sont les deux filles, dont Tutti, jeune mariée de juillet, qui sont à l'origine des étiquettes de chacune des cuvées, rappelant des dessins de leur enfance. Il serait étonnant que "l'homme pressé" que fut Jean-Paul Luc, ne consacre pas un peu de son précieux temps, pour vous recevoir, avec sa passion et toute sa sensibilité. Il a souvent fréquenté les sentiers battus et les pistes lointaines. Prenez donc les chemins de traverse pour partir à sa rencontre!...
Le Vers de Vin, à Challans (85)
Nous sommes dans une petite ville de Vendée, à la dynamique commerciale bien connue, capitale du Marais Breton Vendéen, située à quelques encablures de la partie nord-ouest de la Côte de Lumière et ses stations balnéaires, St Gilles-Croix de Vie, St Jean de Monts (bien connue des ReVeVineurs!) et quelques autres communes, ainsi que de l'Ile de Noirmoutier. Challans connut ses heures de gloire sportive, notamment lorsqu'elle compta, dans son patrimoine associatif, un club de basket-ball au niveau national, pendant plusieurs années. La ville est aussi réputée pour ses canards et son poulet noir, que l'on trouve sur nombre de tables, comme à Eygallières, Sous les Micocouliers, par exemple!... Elle est aussi devenue la deuxième agglomération du département, pour le nombre d'habitants (si l'on en croit l'Almanach du facteur!), passant ainsi devant les sous-préfectures, Les Sables d'Olonne et Fontenay le Comte.
Figurez-vous que, justement de passage, voilà une petite quinzaine, chez Henri Milan, à St Rémy de Provence, nous parlons de la Vendée, l'océan et tout et tout... Et aussi, des clients du domaine et notamment, ce petit restaurant au coeur de Challans, Le Vers de Vin, où Lilian est au piano et Sophie, sommelière passionnée, en salle et côté vins et ce, depuis à peine plus d'un an!...
Nous évoquons la chose avec Philippe Gallard, sur le zinc du Chai Carlina qui, en effet, n'en a entendu que du bien, avant même d'en découvrir la cuisine et les accords mets-vins. Il se trouve qu'ils sont dans la même mouvance vinique, puisque l'essentiel des deux cartes est composé, de plus en plus, de vins bio et nature.

Le Chai Carlina, dans sa parure estivale, une recette retrouvée dans un vieil "homme debout"
et un Saumur blanc, genre cheval fougueux, crinière au vent!...
Ce qui les rapproche également, c'est cette volonté rare de découvrir les vins avec le vigneron et de garder une totale indépendance dans le choix des cuvées qui apparaissent à la carte. Aucune intervention extérieure, pas de pseudo conseils qui tendent à uniformiser gravement les cartes des vins des restaurants de la région. Après tout, l'objectif n'est pas, pour nombre de restaurateurs "saisonniers" du coin, de "se casser la tête avec les vins!..."
Petite soirée dînatoire donc, à l'heure ou d'autres font le choix d'une petite finale télévisuelle. Nonobstant, la petite salle est complète (25 couverts, il est vivement conseillé de réserver!) et les ardoises (menu et vins) vont très vite nous mettre dans l'embarras du choix!... Mais, c'est plutôt bon signe!... Côté vins, la liste fait saliver : Overnoy, Foillard, Gramenon, etc... Vite, pensons accords met-vin!... A noter également, qu'une sélection de vins à emporter est également présente sous nos yeux : Milan, Plageoles, Agrapart, Landron, Courtois, Bouvier, Clos Fantine!... Génial!...

Risotto d'encornets farcis et jus au safran, grenadin de veau au Noilly Part
et nougat glacé aux cerises et Lambrusco. Slurp!...
De succulentes entrées, pour les uns et les autres : risotto d'encornets ou flan d'asperges aux langoustines poêlées, pour répondre aimablement à un Arbois Pupillin de Pierre Overnoy, du genre qui vous laisse coi!... Y compris les moins avertis d'entre nous!... C'est dire!... Autre choix : une tarte fine à la tomate et au pistou, avec un Côtes-du-Rhône de chez Gramenon, qui glissa ensuite sur un carré d'agneau de belle facture!...
Pour le grenadin de veau, notre première option va vers un Morgon de chez Foillard, mais Sophie intervient pour nous conseiller un gamay de Philippe Peulet, Les Bonichons 2007, en Côte Roannaise. Bien joué!... L'accord est au top!...
Vous savez quoi?... Pour l'été (et même au-delà!) replongez dans vos recueils de poésies préférées, verre en main!... Par exemple, Je connais des îles lointaines, de Louis Brauquier :
Du vin blanc de Cassis, du pain craquant, des huîtres,
Les oeuvres de Whitman,
Un voilier laissant lire à la brume des vitres,
Le nom de Rotterdam.
Notez sur vos tablettes Le Vers de Vin, 1 bis rue Galliéni, à Challans, 02 51 35 25 54.
Les Baux de Provence, versant sud
Après le nord "classique" et ses vigneron(ne)s vedettes, passons au versant sud des Alpilles, qui ne ressemble en (presque) rien au versant nord!... Ici, le paysage se dévoile discrètement, en étages successifs, séparés par quelques roches blanches tourmentées. La garrigue partage l'espace avec vigne et oliviers. A l'est de la chaîne, aux confins de l'AOC Coteaux d'Aix-en-Provence, prenez la petite route (très appréciée des cyclos!) qui relie Eygalières à Mouriès. Très vite, on devine de part et d'autre, des vallées s'appuyant sur les contreforts rocheux. Des paysages magnifiques!...
Au moment d'élargir la découverte du vignoble des Baux-de-Provence, en tout cas à sa face sud, le choix possible était assez large : Mas du Gourgonnier, Mas de la Dame, Mas Sainte Berthe... Je résolus d'atténuer mon embarras en sollicitant quelques avis. Finalement, j'optai pour les suggestions pleines d'à propos d'Antonin le Vindicateur. Des domaines peu connus, voire confidentiels, c'était juste ce que je cherchais.
23 juin - 10h30 - Domaine de la Vallongue
Nous découvrons là un domaine que l'on peut qualifier d'historique, dans la région. Pourtant, il se fait assez discret dans les médias. Sa diffusion est elle, plutôt plus large, au point d'être souvent présent dans la grande distribution, dit-on. Le domaine fut créé par M. Paul-Cavallier en 1965, maître de forges à Pont-à-Mousson, lorsque fut pris la décision de céder les actions de cette vieille entreprise familiale de Lorraine. Le choix de l'agriculture biologique a été fait dès 1987. Il faut dire que le site, tout à fait protégé, en vaut sans doute la chandelle!...
Pas de réponse à notre demande de rendez-vous, en vue d'une découverte de la propriété... Qu'à cela ne tienne!... Pas une raison pour ne pas prendre cette petite route toute droite, franchir le portail, malgré le panneau qui demande aux piétons et vététistes de passer leur chemin!... Et sans doute, aux pilotes de quads et autres multiples engins motorisés!...
Quatre personnes au moins travaillent là. Une responsable du domaine, un chef de culture, un tractoriste et le jovial gardien du mas, qui s'occupe, certains jours, de l'accueil des visiteurs... au caveau de dégustation. Tous sont plus ou moins surpris de recevoir des touristes curieux!... Le plus souvent, ce sont des locaux qui franchissent le portail pour remplir quelque bib ou cubitainer!... En fait, le domaine a changé de mains depuis un an environ. C'est le Groupe Fiducial qui en est désormais propriétaire. Une grosse machine qui sait compter!... Depuis, le personnel semble un peu perplexe et navigue un peu à vue. Le PDG n'est venu qu'une fois et on lui prête l'idée de s'occuper lui-même des destinées du domaine!...
Si ce n'est cette sorte de torpeur qui semble s'être installée depuis la vente de la propriété, la Vallongue est en ordre de marche. Pas moins de 36 hectares au total. Et parmi les plus beaux de la région!... Mais, personne n'est vraiment décidé à nous les montrer!?... On nous laisse même entendre que les visiteurs n'ont pas le droit d'accéder à la salle des machines!... Curieux!...
Les vins ont un style assez traditionnel. Ils ne sont pas faits pour être des "bêtes à concours". Blancs, rosés, rouges, ils sont le fruit de choix parfois originaux et un rien empiriques, semble-t-il... Ainsi, le blanc est une association de quatre cépages (grenache blanc, clairette, sémillon et rolle, tous à 25%) vinifiés par pressurage direct de raisins entiers et non foulés, à maturité différente, façon de préserver de la fraîcheur... ou volonté de limiter les vendanges dans la durée?... Le même souci pour les rosés, issus de saignées systématiques (15 à 25% des moûts) sur les cuves de rouge, façon de garantir un volume défini et de tenter de concentrer les rouges. Là encore, pour les rouges, il s'agit d'une fermentation simultanée de deux ou trois cépages, parmi grenache (45% de l'encépagement), cabernet sauvignon (15%), cinsault (15%), syrah (7%), carignan (7%) et counoise (3%). Bien sur, il y a risque de concentrer aussi certaines maturités qui pourraient être insuffisantes, mais on peut imaginer que ce risque est relativement limité, du fait de la météo régionale assez constante et du site qui doit prendre, certains jours, au coeur de l'été, des allures de four solaire!...
La gamme, qui ne nous a pas littéralement transportés, est proposée au domaine à moins de dix euros, à l'exception de la Cuvée Murielle, en AOC Baux-de-Provence rouge (grenache, cabernet, syrah), ceci expliquant peut-être cela. A priori, jusqu'à ce jour, l'exigence se situe plus dans la production d'une gamme cohérente et régulière, que dans une recherche de l'exceptionnel. Certaines cuvées sont aussi en Coteaux d'Aix et d'autres, en Vin de Pays des Alpilles. Donc, sans en obtenir vraiment la permission, nous avons laissé notre voiture à l'ombre, au bord du chemin, pour partir à pied, dans les vignes.
Il faut le dire : elles sont absolument superbes!... Travail et entretien visiblement réguliers. L'ensemble est largement argilo-calcaire. Le plus étonnant, c'est ce léger coteau exposé nord, composé presque exclusivement d'éboulis calcaires. Là, sont plantés l'essentiel des cépages blancs. L'impression visuelle est... impressionnante!... On devine tout le potentiel de ces quelques hectares. Des parcelles comme peuvent en rêver nombre de vignerons!... Et on se prend à espérer que tout cela soit désormais en de bonnes mains... Ce vignoble mérite certainement que soit relevé le défi de l'excellence. Gardons un oeil, nos oreilles et nos papilles pour la Vallongue!...
23 juin - 15h - Domaine de Lauzières
Découverte d'une propriété assez singulière. On en devine l'entrée (et la piste peu carrossable qui y mène!) en levant le pied, toujours sur la route qui va d'Eygalières à Mouriès. Après avoir franchi les contreforts calcaires de la Vallongue, un magnifique vallon est partagé par deux domaines : d'un côté, le Mas de Gourgonnier, solide pilier de l'AOC, de l'autre le Domaine de Lauzières. Ce dernier appartient à deux Suisses, déjà associés dans un domaine genevois, le Domaine des Balisiers. En 1992, Jean-Daniel Schlaepfer, ex-avocat bien connu du barreau de Genève, découvre ce vallon, proche de la voie Aurelia (encore elle!...) et son terroir de rêve. Il met alors tout en oeuvre pour l'acquérir, toujours en compagnie de son fidèle associé, François Pillon, habile artisan, qui pourra apporter sa contribution à l'installation du domaine (notamment l'ancrage soigneux des lyres). Ils avaient rêvé d'un paysage très Van Gogh?... C'était chose faite!...
Ce domaine trouve sans doute ses origines au XVIè siècle. A cette époque, des huguenots, pourchassés, se terrent dans les Alpilles. Leurs descendantes, les soeurs Boyer ne peuvent admettre de vendre à des catholiques!... Les guerres de Religion ont laissé des traces indélébiles. Cela tombe bien, le passeport des acheteurs helvètes indiquent qu'ils sont calvinistes!... Marché conclu!...
Le mas de Lauzières est entouré d'environ 80 hectares, dont 32 de vignes, 25 d'oliviers et 23 de garrigue parsemée de thym, romarin, lavande, serpolet, roquette, pins, chênes kermès, figuiers, amandiers... On y trouve aussi des truffes, ainsi que des sangliers, des lièvres, des grives, des perdreaux et même, parmi les derniers grands ducs. Les couleurs de l'Eden?...
A l'arrivée des compères genevois, le domaine est pour le moins en sommeil. Tout ou presque est à reconstruire, ou à restaurer et, en premier lieu, le mas et les installations, dont les toitures sont à étancher. De même, le vignoble, en mauvais état, doit être pour moitié arraché. Comme c'est le cas aux Balisiers, la nouvelle plantation, le long du coteau exposé au nord, se fait en lyre ouverte, les rangs dans l'axe principal du mistral. Sont plantés là, dans un premier temps, syrah, mourvèdre et clairette. Sur 16 ha, les vieilles vignes en gobelet, ou en palissage traditionnel, sont conservées : carignan, cinsault, mourvèdre et grenache.
Puis, vint la rencontre avec Alain Carbonneau, qui a délaissé Bordeaux pour la chaire de viticulture à Montpellier. Le professeur suggère alors le petit verdot, plutôt que merlot, cabernet sauvignon ou tannat. Et c'est ainsi que huit hectares de ce cépage, devenu confidentiel dans le Bordelais, sont plantés en lyre également sur ce superbe coteau de Lauzières. Au total, il aura fallu un an pour planter les lyres et la bagatelle de 1200 kms de fil de fer!... Un choix qui n'a rien d'anodin, puisque la méthode est exigeante en main d'oeuvre et en temps passé pour les opérations successives : ébourgeonnage, effeuillage, passages successifs dans les quatre hauteurs de fils, puis les vendanges vertes dans le petit verdot, plutôt du genre productif!... Au total, plutôt cinquante heures, là où il en faut vingt pour des vignes en gobelet!... L'exigence de qualité!...
C'est François Marsille qui nous reçoit pour la visite. Un personnage tout à fait attachant, dont l'histoire interpelle. Il est issu de la communauté gitane. Les Saintes Maries de la Mer et la Camargue sont proches!... Il entre par la petite porte, comme salarié de l'entreprise de maçonnerie qui restaure le mas. Des tensions apparaissent. Un jour, Dan Schlaepfer lui propose d'intégrer l'équipe du domaine, comme maçon. Son bon sens et son ingéniosité vont faire merveille. A l'issue des travaux, il fait l'apprentissage de la viticulture et devient, cinq ans plus tard, chef de culture. Il apprend ensuite le travail de cave au Domaine des Balisiers. Entre temps, le boss l'oblige à travailler chaque matinée, pour apprendre à lire et écrire!... Livres et cahiers le matin, vigne l'après-midi!... Et pas question de sécher les cours!...
Bientôt vingt ans au domaine et François est à la fois dévoué et passionné. Il ne compte pas ses heures, même depuis l'arrivée de Noémie, jeune diplômée bernoise (ou bâloise?), qui est appelée à le seconder. Il faut noter que le domaine est en biodynamie, avec les apports techniques ingénieux de François, qui a notamment mis au point un "brumisateur" pour les traitements, avec un moteur d'essuie-glace et quelques buses!...
En cave, les vinifications se font cépage par cépage, égrappés et en grains entiers. Les macérations sont de dix à douze jours maximum, remontages à l'air. Le petit verdot est ensuite élevé en "amphores" (des oeufs Nomblot de 600 litres), sur ses propres lies, pendant dix-huit mois et ce, pour la cinquième année. Ces amphores sont désormais utilisées également pour la clairette.
La gamme se décline comme suit : sur les 16 ha de vieilles vignes (50 ans et plus), des assemblages destinés à l'AOC Baux-de-Provence. Tout d'abord, un rosé Gris de Gris 2009, composé de grenache, cinsault et counoise, agréable et frais. Puis un premier rouge, Équinoxe 2007 (grenache, carignan et cinsault), à la jolie rondeur et le solide Solstice 2007 (grenache, syrah et mourvèdre) à la belle texture, solide et ferme.
Le reste du vignoble est dédié à deux cuvées "en marge de la pensée viticole unique", selon même l'expression apparaissant sur le site du domaine!... Le mariage de grenache noir et de petit verdot a été qualifié d'insensé, par la plupart des vignerons du cru!... Notamment ceux qui semblaient avoir quelque chose à reprocher aux deux Suisses, au point de leur attribuer sans preuves, un passé quelque peu sulfureux!...
Ces deux cuvées sont donc "au purgatoire de la hiérarchie viticole", c'est à dire en Vin de Table!... "En quelque sorte, un artefact, un quasi-vin ou un non-vin". C'est ainsi que le rouge trouve son nom : Sine Nomine. 80% petit verdot et 20% grenache noir. Vendange manuelle, égrappage à 100%, fermentation alcoolique (25-32°) sans SO2 et sans levurage exogène, remontage par injection d'air comprimé, pressurage léger au pressoir pneumatique, puis élevage en amphores pendant dix-huit mois. Nous goûtons Sine Nomine n°5761, alias 2001. En effet, chaque année, l'étiquette porte un numéro de lot, "fondé sur un algorithme aléatoire, élémentaire et secret, découlant des règles de la numérologie classique", puisque l'indication du millésime est interdite par la législation française. En fait, le dernier chiffre, de la série de quatre, indique l'année : 5761 pour 2001, 5764 pour 2004, etc... Le vin associe une sorte de virilité et un potentiel fraîcheur assez remarquable, même si ce millésime a connu un élevage en barriques, du moins, pour le petit verdot. Certainement, au niveau des plus belles cuvées de la région. On reste curieux de découvrir les millésimes plus récents, élevés en amphores de 600 litres!...
Le pendant blanc de ce duo, c'est la cuvée Astérie n°5768. Le 2008 donc, issu de 80% de grenache blanc et de 20% de clairette. Un très bel équilibre et une suavité qui le destine à une belle gastronomie.
Le Domaine de Lauzières, c'est donc une véritable découverte. Il reste assez discret, ayant pris acte de ce que les uns et les autres pouvaient avancer, imprudemment, à propos des choix de ces vignerons. Au final, cela a quelque chose de rassurant de constater un tel niveau de qualité. Vous passez dans la région?... Prenez la piste du mas, au fond de ce vallon. Vous y trouverez sans doute François ou Noémie, pour une rencontre peu commune avec les fourmis, tout à leur labeur... qui écoutent chanter les cigales!...
Les Baux de Provence, versant nord
Situons le décor. Nous sommes aux pieds de la Chaîne des Alpilles. Celle-ci s'étend selon un axe est-ouest, entre Rhône et Durance, sur environ vingt-cinq kilomètres de long, pour six à huit de large. Son sommet atteint 498 m. Que l'on soit sur l'un ou l'autre de ses versants, on distingue ainsi un profil déchiqueté, tracé de nombreux vallons, parcourus par des gaudres (petit ruisseau en provençal), coulant souvent vers le nord ou vers le sud. Ceux-ci ont permis la creusement de canaux irriguant la région.
Ci-dessous, on découvre, en rouge foncé, les zones de l'appellation Baux-de-Provence (réservée aux rouges et rosés), avec ses deux "versants" : au sud, les villages de Fontvieille (cher à Alphonse Daudet, dit-on), Paradou (et non pas Pradou!), Les Baux, Maussane et Mouriès, auxquels on pourrait ajouter Aureille, s'il comptait quelque vigneron. Au nord, le vignoble s'étend de St Étienne du Grès à St Rémy de Provence. Les vignes d'Eygalières sont elles, situées en AOC Coteaux d'Aix-en-Provence, comme tous les vins blancs de la zone des Baux.

Extrait du Grand Atlas des Vignobles de France, de Benoit France
Notons que, pour les vignerons évoqués ci-dessous, ils se trouvent qu'ils sont à la fois sur le versant nord et qu'ils ne revendiquent pas, peu ou plus l'appellation!... Et qu'ils sont souvent considérés par les amateurs, comme les meilleurs de la région!... L'exposition nord, sur de tels vignobles du Grand Sud serait-elle déterminante?... Dans le contexte actuel (recherche de la "fraîcheur"...), cela parait certain, mais il est fort probable qu'il faille moduler cet avis tranché.
Rappelons que la grosse douzaine de vignerons du cru déclare être en agriculture biologique. Un seul revendique la lutte raisonnée. Ce qui en fait quasiment la première appellation bio de France!... Et certainement, dès maintenant et à l'avenir, une expression plus sincère des terroirs et une recherche de la "minéralité". Bien sur, il reste à prendre en compte les pratiques oenologiques en cave, sachant que quelques "néo-vignerons" des Baux sont installés depuis très peu de temps, avec un statut d'investisseur patrimonial, écoutant béatement leur oenologue-conseil, comme ils font appel au vétérinaire, lorsque leur chien n'a pas mangé depuis plusieurs jours!... Argument béton entendu sur place!...
21 juin - 10h30 - Domaine de Trévallon
Fort mistral blanc (celui qui dégage le ciel, par opposition au noir, qui amène la pluie) en ce lundi matin à Trévallon!... Une sorte de concert de vuvuzelas souffle au sommet des pins et dans les oliviers, parfois vénérables. La nuit a été agitée, mais dans toute la région, du fait de ce fort vent sans doute, le décor est lumineux, splendide!...
Un rendez-vous très attendu avec Éloi Dürrbach, personnalité incontournable de la région et même, plus largement, de la viticulture française. D'ailleurs, les directeurs des plus grands domaines lui ont rendu visite, parfois en grappe!... Et certains ont été quelque peu surpris de ce qu'ils entendaient ici... A tout seigneur, tout honneur, donc!... On a beaucoup dit et écrit, à propos du vigneron de St Étienne du Grès. Mais, au terme d'une rencontre, dans le cadre du Domaine de Trévallon, on a du mal à croire qu'un homme du vin passionné par son vignoble et admiratif de la nature qui l'entoure, entretienne une image et des relations difficiles, avec qui que ce soit. Bien sur, il y eût l'épisode du déclassement du domaine, qui dût renoncer à l'AOC Baux-de-Provence naissante. L'homme fut indéniablement blessé, lui qui avait largement contribué à la réputation des vins de la région. Mais, l'amertume s'efface et il s'appuie désormais sur le sens de l'histoire, qui a porté Trévallon depuis.
Les nôtres, nos relations, ou du moins nos échanges, ne sont guère récents!... Il s'agissait en fait d'un échange de courriers, à une époque pas si lointaine, où Internet, Facebook, Twitter et autres pseudo réseaux sociaux - selon cette curieuse appellation qu'on leur donne! - que ne goûte guère Éloi Dürrbach d'ailleurs (parlez-lui de ses blancs, justes sortis et qu'il retrouve le lendemain sur ebay!...). A l'époque, ma demande (saugrenue, je vous le concède!) tenait en une étiquette dédicacée, destinée à illustrer un livre consacré à quelques éminents "hommes du vin"! C'était il y a... déjà longtemps et j'avais reçu en retour une étiquette de magnum du millésime 1983, sorte de phénomène des années 80!... C'était peut-être même au moment de la naissance de sa fille... qui se marie samedi prochain!... Comme le temps passe!...
Le Domaine de Trévallon est né en 1973 en fait. Au tout début des années 70, Éloi Dürrbach est à Paris, où il fait des études d'architecte aux Beaux-Arts, inspirées par ses parents peintres et sculpteurs. Que dire alors?... Que les études le poursuivaient plus que l'inverse!... Courant 1973 donc, il se souvient de cette propriété estivale et de ses soixante hectares de garrigue, exprime le voeu de s'y installer... et d'y créer un vignoble!... Avec force dynamite, il façonne le domaine. Une forme de sculpture des grands espaces, peut-être...
Dans la région, les propriétés ont souvent un même "profil", comme on peut le constater d'ailleurs sur les photos aériennes, présentes çà et là. Les vignes remontent souvent la douce pente de vallons, sur des éboulis calcaires et parfois des marnes bleues. Ici, trois vallons pour Trévallon. Une petite vingtaine d'hectares, dont une quinzaine de cabernet sauvignon et de syrah. C'est la force et le style du domaine. Premier millésime : 1976. Une aventure!... En 1984, Robert Parker passe dans la région, découvre Trévallon 1982 et fait part de sa stupeur. C'est l'entrée dans la légende!... Les confins du mythe!... Ce qui fait que la plupart des amateurs de passage éprouvent une émotion particulière, en accédant au cuvier souterrain.
Après un petit tour dans les proches parcelles de chardonnay, dans la fraîcheur mistralienne, nous pouvons déguster quelques échantillons et cuvées. Tout d'abord, les blancs 2009 sur fûts, tel le grenache blanc, qui va désormais entrer dans l'assemblage, avec une belle pureté de fruit, puis la roussanne et la marsanne (dont la prise de bois est plus conséquente à ce stade), très séduisantes par leur expression et leur dynamisme. Les rouges, quant à eux, sont bluffants!... 2007, dont la mise est assez récente, s'offre déjà, presque sans réserve!... Pourtant, le vin a un fond et un équilibre remarquables. La balance fruit-richesse, soulignée par un soyeux presque étonnant, va en faire une cuvée d'exception!... La magie du terroir s'exprime encore plus, à l'évidence, avec quelques années de recul. Éloi Dürrbach ouvre alors 2000, à la jeunesse épatante!... Encore imprégné de fruits rouges (prune peut-être), le vin est d'une remarquable élégance et possède une belle fraîcheur. Dans un autre style, 1999 semble évoluer doucement vers les arômes tertiaires, mais son caractère épicé et très légèrement mentholé lui donne une force et une tonicité droite et persistante. Et toujours, cette fraîcheur!... Notons au passage que ces deux millésimes ne dépassent pas 12° et 12,5°!... Le vigneron de Trévallon n'aurait-il pas intégré depuis longtemps, la "buvabilité" dans ses vinifications?... En tout cas, certainement l'expression d'un terroir exceptionnel!... Pas de doute : Trévallon, c'est grand!...
21 juin - 14h - Domaine Hauvette
Pour accéder chez Dominique Hauvette, il faut quitter la route principale, qui va de St Rémy de Provence à Cavaillon, faire quelques centaines de mètres et trouver la voie Aurélia (Aurélia, c'est aussi une voix!...). "Lors de votre séjour, appelez... pour voir si je suis là..."
Un bâtiment neuf, moderne et fonctionnel en cours d'achèvement. Des portes ouvertes... je les enfonce. Dominique Hauvette est là, mais visiblement préoccupée... Son regard est limpide : "Mais, qui c'est celui-là?..." Installation en cours dans la cuverie, du vin à bouger aussi.. En quelques phrases, la Dame des Baux m'explique qu'elle n'est pas organisée pour recevoir des visiteurs. Pour ses clients, anciens et futurs, elle privilégie les salons hivernaux, afin de les rencontrer et de dialoguer... un tant soit peu!... C'est bien connu, elle fait partie de la caste des vigneronnes voyageuses!...
N'ayant pu la joindre au préalable et débarquant à l'improviste, je ne me vois pas insister. Je bredouille que ce n'est pas grave... D'autant que d'autres mauvaises nouvelles, concernant ses chevaux, arrivent par le mobile!...
Après quelque achat et échange, elle nous explique comment trouver ses vignes, du moins celles qu'elle a conservées. Elle a du, en effet, vendre son mas, ses anciennes installations et une bonne partie de ses plus belles parcelles, pour s'installer là.
Nous repartons donc à la découverte des petites routes de la région. Les explications se voulaient suffisamment claires, puisque nous finissons par découvrir de superbes parcelles dans un vallon, regardant les Alpilles. Le paysage vaut le détour!... Les vignes semblent se porter à merveille!... Décidément ici, les parcelles sont souvent situées dans de remarquables écrins... qui ne nous laissent pas de marbre!... Euh... pour la dégustation?... On verra ça l'hiver prochain!... Pas de doute : Hauvette, c'est chouette!...
22 juin - 11h - Domaine Henri Milan
Voilà un homme qui vit ses vins!... Des vins qui, de l'aveu même du vigneron (et également selon Sébastien, son bras droit, investi d'une foultitude de tâches!) sont en pleine progression. Chose qui n'a pas échappé à nombre d'amateurs, désormais. Pour un peu, on parlerait de coqueluche des cavistes et de certains restaurateurs avisés!... Des cuvées qui ont du tranchant, souvent issues d'un terroir dominé par des marnes bleues sur éboulis calcaires. Comme Trévallon et Hauvette, nous sommes là sur le versant nord de la Chaîne des Alpilles, orientée est-ouest et qui coupe l'AOC des Baux-de-Provence en deux.
Henri Milan?... Attention, talent!... Et enthousiasme!... Et ferveur!... On l'imagine assez mousquetaire. D'ailleurs, il a trois frères, mais ils sont notaires!... Comme Robert Milan, le père, qui acheta la propriété en 1956, y planta de la vigne dès 1958, mais qui, au milieu des années 80, était sur le point de céder aux revenus de la prime à l'arrachage. Au moment de prendre la décision, il confie finalement le Domaine Milan au petit dernier, qui termine son service militaire. Et bien lui en prit!... Milan n'a pas besoin de San Remo, au bord de la voie romaine Aurélia!...
Aussi loin que porte le regard vers le sud, s'étendent les vignes du domaine. Là encore, un vallon, avec une légère déclivité et une mosaïque de parcelles et de cépages. Henri Milan apprend chaque jour, observe, s'étonne. Deux rencontres, voilà quelques années, vont être déterminantes : Claude Bourguignon et Claude Courtois. S'il a fait très tôt le choix d'une agriculture biologique, point de certitude idéologique néanmoins. Plutôt une observation, une attention constantes. Et au final, des progrès apportés par quelques choix essentiels, tel que le décuvage des jus avant même la fin de la fermentation alcoolique, ou l'emploi extrêmement limité du soufre, pour certaines cuvées, dont Sans soufre ajouté, composée de grenache, syrah et cabernet sauvignon (plus du mourvèdre en 2009).
Ce soufre, qui le poussa un jour à chevaucher dans les Alpilles, au coeur de la nuit, pour cause de migraine insupportable!... Comme une révélation sous la Lune!... Comme une évidence!... Dans le petit caveau, la dégustation se poursuit, passionnante. J'avais pu croiser une, peut-être deux cuvées du Domaine Milan jusqu'à ce jour... Là, l'horizon d'une gamme passionnante s'ouvre à moi : le Grand Blanc est composé, bon an mal an, de grenache blanc, chardonnay, roussanne, muscat à petits grains et vermentino. Une cuvée équilibrée et tonique, qui exprime un terroir superbe. Deux ovnis viennent ensuite!... Le Sans soufre 2009, à base de chardonnay et de muscat, puis La Carrée 2007, 100% roussanne. Comment résister?...
Le Rosé 2009 (grenache, syrah et merlot) n'est peut-être pas à mettre entre toutes les papilles, mais ce n'est pas grave, il n'y en aura pas pour tout le monde!... Le rouge Sans soufre ajouté 2009 va étonner son monde!... Volume, suavité, expression minérale. Petite série ensuite, des vins du domaine qui apparaissent encore sous l'appellation Baux-de-Provence : le Domaine Milan 2006 (grenache, syrah, cabernet sauvignon, cinsault, mourvèdre) est franc et massif. La version 2007 semble avoir un beau potentiel. Enfin, le porte-étendard de la maison, le Clos Milan, largement composé de grenache noir (80% le plus souvent) et de syrah, inspire le respect, tant en 2007, 2005 que 2004!... Du 100% raisin, comme le dit la fiche technique!... Du grand art!... Un joli cocktail de puissance au fruité distingué et de fraîcheur tonique. Une grande personnalité et ce, pour chacun d'entre eux, dans son style propre et sans doute, une grande fidélité à l'esprit du millésime. Henri Milan est sans doute homme à accepter une remise en question, pour peu qu'elle soit marquée du sceau du bon sens, mais là, à ce niveau de qualité et pour ce dont il dispose à ce jour, il touche au but!... Pour notre plus grand plaisir!... Pas de doute : Milan, c'est très bon!...
Ciel bleu, temps clair!... Il est temps de nous pencher sur le versant sud des Alpilles!... A suivre, ici-même, sous peu, pour quelques surprises et de nouvelles belles rencontres!...
Le chemin des vignes, version Le Rouge & le Blanc
C'est toujours un plaisir, au moment où les journées s'étirent, de découvrir un guide - plus - ou autrement - qu'un guide!... Tout l'été, chacun pourra ainsi vagabonder dans les paysages ligériens, sur les rives du grand fleuve et au coeur des nombreuses appellations, des Côtes d'Auvergne au Pays Nantais.
Alors même que sort le n°97 de la revue Le Rouge & le Blanc, très largement consacrée à une sorte de route du sud, passant par Chablis, le Beaujolais et finalement Collioure, voici que nous arrive un concentré de R&B : Le Chemin des Vignes, dédié à la Vallée de la Loire.
Des rencontres, des cartes, des illustrations diverses, photos dans l'esprit R&B, quelques notes de dégustation, une vraie réussite!... Et la démonstration, au passage, qu'il ne suffit pas d'user de quadrichromie et de jaquette luxueuse, pour produire un "guide" de qualité.
Vous pourrez donc l'emporter sous la tente, à Collioure ou ailleurs!... Et si c'est en Roussillon justement, il vous sera aisé de découvrir, à Perpignan, au 26 de la rue de la Cloche d'or, la cave-bar à vins de Chris Albero, Les Indigènes, ouvert depuis novembre dernier. Le jeune homme est un véritable passionné, ancien de Lavina à Barcelone et des Vins 4 Canons, prompt à partager ses découvertes ou à vous convier à quelques dégustations dans le vignoble. Des relations de confiance avec les meilleurs vignerons de la région et une vraie sensibilité aux vins qui ont quelque chose à dire!... A ne pas manquer!...



























































































































































