30 octobre 2010

Salons : restons sur le qui-vive en novembre et décembre!...

Programme alléchant et varié pour ces deux derniers mois de l'année, côté salons!... Pour commencer, un évènement majeur mais un peu lointain, qui mériterait indiscutablement que l'on s'organise : Vini di Vignaioli. Cela se passe à Fornovo di Taro, en Emilie-Romagne, non loin de Parme. Un salon des vinsgv_1_ naturels à la mode italienne, où sont conviés nombre de vignerons français, dont Marcel Richaud, Francis Boulard, Zélige-Caravent, les Jousset, Les Griottes, Cazot des Mailloles, Fanny Sabre, pour ne citer que ceux-là!... Bien sur, la représentation transalpine est superbe, avec quelques domaines vus en France depuis vini_1_quelques temps : La Stoppa, Denavolo, Roagna, Le Coste, Cascina Corte, Bera, Arianna Occhipinti, Angiolino Maule et beaucoup d'autres!... Deux journées d'une grande richesse, c'est indéniable!... Dimanche 31 octobre et lundi 1er novembre. Quelle chance vous avez, si vous vivez du côté des Alpes, de Provence ou de la Vallée du Rhône!... A peine quelques heures d'autoroute! Et je ne vous parle pas des fromages, jambons, salamis et produits divers!...

Un autre évènement majeur du mois de novembre : la Grande Dégustation, réunissant 60 vignerons, membres de l'AVN, Association des Vins Naturels. Rendez-vous pour cela, le lundi 8 novembre, dans le Parc des Buttes Chaumont, à Paris (XIXè), de 10h à 19h. Sous-titrée 1ère Présentation Internationale de l'AVN, la manifestation accueillera des vignerons espagnols, italiens et suisses, en plus d'une large représentation française, comme il se doit. Huit thèmes annoncés : les bulles, les blancs de soif, les blancs d'élevage, les rouges glou-glou, les rouges sérieux, les vieux millésimes, les rondeurs, les inclassables!... Tout un programme!... Un goût de remparts de St Malo pour vos papilles!... Argh!...

Une première ensuite, qui se déroulera le dimanche 21 novembre, à Villeurbanne (69) : le Salon des Débouchées, avec un beau groupe de vignerons trèsaffiche natures!... Jolie représentation nord-catalane (Morin, Roure, Laffitte, Wies notamment), une délégation ardèchoise, une autre auvergnate et quelques beaux produits annoncés. Lyonnais et Rhône-Alpins, certainement un dimanche sympathique!...

La salle Jean de Pontoise, à St Aubin de Luigné (49) accueillera de nouveau les Anges Vins, dont certains ne sont pas des anges, vous l'aurez deviné, mais au moins là, il y a du vin!... Les dates, après quelques fluctuations (private joke), sont bien fixées aux 27, 28 et 29 novembre prochains, de 10h à 19h. Autour d'Agnès et René Mosse, une bande de copains, référents layonesques ou moins connus, à (re)découvrir d'urgence!... Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le chenin, le gamay, le grolleau ou le cabernet, version Anjou, en trois journées!... Incontournable!...

Enfin, dans un autre genre, si vous préférez le Louvre et résolument, la vie parisienne, si vous rechignez à vous encanailler dans nos provinces lointaines ou encore, si vous préférez user des transports en communs dans de telles occasions, rendez-vous au Carrousel du Louvre, les 10 et 11 décembre, pour le Grand Tasting, le "festival des meilleurs vins" (sic) selon Bettane et Desseauve!... Une profusion de crus bordelais, quelques nobles maisons bourguignonnes, une large pétillance champenoise, de rares beaujolais et jurassiens... Tiens, les vins étrangers ont quasiment disparu!?... C'est très "étoilés guide vert"!... Bon, là, c'est vous qui voyez!...

Posté par PhilR à 11:15 - - Commentaires [3] - Rétroliens [0]
Tags : , , ,


29 octobre 2010

Grand Cru Caché, à St Malo!...

St Malo : les quais et l'Intra Muros fourmillent!... Dans quarante-huit heures, la Route du Rhum aura mis le cap sur la Guadeloupe. Les drapeaux, les flammes claquent au vent. La Cité Corsaire, derrière Surcouf et Duguay-Trouin, voire même Jacques Cartier (si t'avais navigué!...) a enfilé son ciré!... Ça va décoiffer!...

28102010_017 28102010_026 28102010_049 28102010_033

Vite, retour au calme!.. Mettons le cap sur un petit village, au bord de la Rance : Saint Suliac. Et partons à la recherche de cette vigne de 1200 pieds de chenin, plantée sur un coteau breton, avec vue sur mer!... GPS à poste, guère plus de douze kilomètres nous séparent du petit bourg. Des maisons, des filets qui sèchent sur les façades... Un petit panneau nous indique le Mont Garrot. Une piste à suivre!... Nous nous lançons dans la conquête de sa face nord. Avec ses soixante-douze mètres d'altitude, sa réputation de promontoire stratégique semble très ancienne. Il parait que les Vikings, eux-mêmes, le connaissaient, voilà un millénaire. Par temps clair, on peut y apercevoir, dit-on, le Mont Saint-Michel, à près de soixante kilomètres à vol d'oiseau!...

28102010_063   28102010_059   28102010_060

Nous franchissons le sommet toujours vaillants, puis nous dévalons la face sud par un chemin creux. A peine deux cents mètres et nous pouvons accéder à la parcelle. "Merci de respecter le renouveau de la vigne" nous indique le panneau!... A défaut de pouvoir goûter les raisins, vendangés depuis quelques semaines sans doute, nous pouvons apprécier un superbe paysage. La marée est haute et les flots précisent le contour des vestiges d'un camp viking. Une vingtaine de drakkars pouvaient s'y abriter avant de continuer leur conquête alentour. Mise à part la terreur que devait inspirer la vue de ces bateaux aux populations locales, cela devait faire une jolie régate dans la baie!... La Route de l'Hydromel, peut-être?...

28102010_057   28102010_062   28102010_061

Selon certaines sources, le propriétaire des vignes pourrait être Jean-Yves Hugues. Un passionné, assurément. Ce Cru Caché des bords de Manche, figurez-vous, n'est pas le seul!... Il n'est qu'à voir les activités de l'ARVB, l'Association pour le Renouveau des Vins Bretons, pour s'en convaincre. La Bretagne compte donc quelques parcelles comme celle-ci, vestiges là aussi d'une activité assez répandue jusqu'au XVIIè, époque où Colbert décide de faire de ce pays, une terre de pommiers à cidre. Nous n'avons donc pas été en mesure de découvrir ce nectar breton, mais peut-être un jour, lors d'une dégustation de chenins de diverses origines?...

28102010_030 28102010_032 28102010_045 28102010_031

Retour à la case malouine, pour retrouver la verticalité de la ville, entourée de remparts. Sans doute un peu pour faire front aux vagues énormes qui l'assiègent parfois. Et pour abriter ses habitants les soirs de tempête, ceux-là même qui ont parfois quelques souvenirs de voyages transatlantiques, de cargaisons aux relents exotiques. Une ville qui se distingue aussi, qui se lâche parfois, jusque dans ses vitrines, gourmandes ou évocatrices de voyages et d'aventure.

28102010_044 28102010_052 28102010_053 28102010_054

A propos de gourmandise, vous pourrez aisément, lors de vos déambulations malouines, apprécier crêpes dentelle, far breton ou kouign amann. Et si vous décidez de vous poser, n'hésitez pas à demander conseil auprès d'un explo-set-eur avisé et bourlingueur à pieds, à vélo et autres moyens de déplacement, pour éviter de tomber dans ce qui pourrait être un traquenard à touristes en goguette. Pour l'occasion et vue la fréquentation du site à cette époque de l'année, nous avions pris la précaution de réserver et bien nous en a pris!...

28102010_038   28102010_041   28102010_042

Nous sommes rue de la Corne de Cerf. Une micro terrasse et une petite salle, avec quelques tables et guère plus de trente couverts. Ces jours-ci, Le Bistro de Jean voit passer quelques navigateurs, qui reviennent même parfois, tel Armel Le Cleach, déposer un poster dédicacé, en toute simplicité. D'aucun, comme Bertrand Guillonneau, partant dimanche sur Ville de Douarnenez, avoue tenter de faire des réserves de calories, avant de se retrouver seul à bord, avec quelques plats lyophilisés!... L'espoir de mettre dix-huit jours, pour rejoindre Pointe-à-Pitre... Et les premières heures de mer qui pourraient être agitées...

28102010_039   28102010_037   28102010_043

Point de lyophilisé en cette journée!... Mais, une jolie cuisine, fine et franche. Tarte fine aux sardines, saucisson chaud fumé et embeurée de chou, puis l'incontournable far breton, pas mieux, pour une formule bistrot!... Prix raisonnables, service efficace. Certes, la carte des vins n'est pas bouleversante, mais vous trouverez sans problème un Saumur blanc ou un Saint Nicolas de Bourgueil très acceptables. Après?... Et si on faisait un p'tit tour des remparts?...

28102010_046 28102010_047 28102010_055 28102010_051

Une cité très séduisante, que cette St Malo!... Bien sur, ce week-end, cela risque d'être... animé!... Mais, tachez de garder une date, cet hiver, un jour de tempête. Enfilez votre ciré, qu'il soit bleu, jaune ou rouge, il y a peu de chance qu'il dénote dans les rues étroites de la ville!... Et gare aux embruns!...

Posté par PhilR à 22:41 - - Commentaires [0] - Rétroliens [0]
Tags : ,
25 octobre 2010

Eric Morgat, Savennières d'aujourd'hui et de demain

Éric Morgat le rappelle souvent, au hasard des conversations : vu de la rive gauche de la Loire, vu du Layon, le village de Savennières et ses hectares de "Grands Crus", ont longtemps gardé l'image d'un doux rêve, presque une chimère, pour les vignerons de Rochefort sur Loire, Beaulieu sur Layon et autre St Aubin de Luigné.

De grandes demeures du XVIIIè ou du XIXè, aux toits d'ardoises, construites à l'origine par la bourgeoisie angevine. Des notables locaux qui s'entichent de ces vignes de chenin, à une époque où on a peine à imaginer que ces grandes cuvées peuvent voyager et plaire, sans même parler de rivaliser avec d'autres grands vignobles et... la belle s'est endormie!... La bonne fée du conte de Perrault l'avait prédit : la piqûre du fuseau n'était pas mortelle, mais il faudra bien des années avant que la petite cité ligérienne ne se réveille!...

Coul_e_de_Serrant   becherelle   Epir_

Ceci dit, n'allez pas croire que je veuille nécessairement faire d'Éric Morgat, le Prince Vaillant de l'histoire qui, sur son destrier blanc, vole au secours de la princesse saponarienne, mais il serait injuste de ne pas lui reconnaître cette volonté de dépoussiérer les vieux greniers locaux et de s'inscrire dans le paysage, pour le meilleur de ce que Savennières doit vivre désormais. De plus, il n'est pas seul. Damien Loreau, Loïc Mahé, voire Jean-Marc Renaud ont trouvé quelques parcelles. Et il en reste bien d'autres, puisque l'on a coutume de dire que la moitié seulement des terres de l'appellation sont plantées de chenin.

Puis, il y a eu toutes les arrivées plus ou moins récentes, en droite ligne du Layon : Ogereau, Papin, Branchereau, Guégniard, puis Mosse ou encore Baudouin (j'en oublie peut-être?). De quoi animer le landerneau!... Sans compter la nouvelle génération locale, qui fait mieux que pointer le bout de ses idées : Tessa Laroche ou encore Virginie Joly, toutes deux au coeur des futures AOP!... Evelyne de Pontbriand, au Closel et Luc Bizard, au Château d'Epiré (référence locale des années 80!) doivent apprécier comme il se doit, cette brise qui secoue les branches des pins centenaires de la contrée!...

15102010_006   15102010_021   15102010_016

C'est un vrai plaisir, de se retrouver à la Pierre Bécherelle, en compagnie d'Éric Morgat!... De suivre l'évolution de cette parcelle d'un hectare au fil des années, presque au fil des saisons. Un coteau exigeant, qui ne donne pas encore sa quintessence, au point de proposer une sélection parcellaire de ce cru. Mais, la magie du lieu, au profil difficile, est une réalité, qui va au-delà du paysage qu'il propose. Pour le moment, le vigneron soigne, bichonne, écoute sa terre. Elle est un peu comme un enfant, auquel on porte toute l'attention voulue, mais qui cache quelque mystère, un potentiel sur la réserve.

Là, cet ancien sol forestier, pourtant préparé et planté avec toute la patience voulue, se sent-il désormais investi de sa nouvelle dimension "Grand Cru"?... Les schistes jaunes et bruns, prêts à dévaler la pente sous nos pas, doivent se convertir à la vigne (une sélection massalle de chez Fouquet, à Vouvray) et donner au raisin, tout ce qu'il cache encore... Patience!... Éric le sait bien, même si l'on devine un soupçon d'impatience, lorsqu'il mesure les années qui passent, en voyant son fils grandir.

15102010_010   15102010_008   15102010_001

Le Domaine Éric Morgat compte actuellement 5,5 ha. En plus de Pierre Bécherelle (1 ha donc), rappelons que L'Enclos (3 ha) reste la parcelle historique, même si l'intitulé Domaine de la Monnaie a disparu. A courte distance de Pierre Bise et du Breuil, de l'autre côté du fleuve, se trouve Litus, ou Spilite (1 ha), une terre autre, qui domine le Layon, non loin des Treilles de Jo Pithon.

De l'ordre des Grands Crus, quasiment officiels, le vigneron de Savennières dispose de 50 ares en Roche-aux-Moines. Une parcelle (plantée en 1999) qui faisait partie d'un lot cédé par le Château de Chamboureau, en 2005, à quelques vignerons (Damien Laureau, Claude Papin et la famille Branchereau, du Domaine des 15102010_014Forges). Le Domaine FL est aussi présent dans ce secteur. Avec le Domaine Laroche et Nicolas Joly, la liste des vignerons de cette appellation est vite dressée.

Une AOC qui, comme toutes les autres, va devenir AOP. A ceci près que les dénominations anciennes (Savennières-Roche-aux-Moines, tout comme Savennières-Coulée-de-Serrant d'ailleurs) ne vont plus avoir droit de cité à Bruxelles et ailleurs. Il a donc fallu composer un nouveau décret d'appellation propre à l'AOP Roche-aux-Moines (ainsi que pour l'AOP Coulée-de-Serrant, monopole comme chacun sait). Après débat, celui-ci se veut plus restrictif dans le sens, par exemple, qu'il interdit tout désherbage chimique. Une avancée qui ne peut que réjouir Éric Morgat, dont le domaine est en conversion bio depuis un an désormais, même s'il travaillait le cavaillon depuis trois ans.

Ce demi-hectare, qui a nécessité un travail important depuis cinq ans, commence à exprimer un caractère original. Dès 2010, il fera peut-être l'objet d'une cuvée parcellaire. Une sorte d'éclaireur, en vue de l'évolution souhaitée par le vigneron. En effet, ce dernier ressent de plus en plus le besoin de mettre sur le15102010_015 marché des Savennières qui ont de la bouteille pour, en quelques sortes, lutter contre la consommation trop rapide de ces cuvées taillées pour une garde minimum. A l'image des crus bourguignons, que bon nombre d'amateurs laissent s'épanouir en cave.

Jusqu'à maintenant, au côté du layonesque Litus à partir de 2008, toutes les parcelles sises sur Savennières entraient dans L'Enclos. A terme, le domaine comptera quatre cuvées : L'Enclos, Litus, Pierre Bécherelle et Roche-aux-Moines. Pour ces deux dernières, une sélection d'une ou deux barriques (4 à 8 hl) permettra chaque année de dédier ces crus à quatre années d'élevage (deux en barriques, deux en bouteilles), avant de les lâcher dans l'arène.

Avant de filer jusqu'à Coulaine, pour un tour d'horizon des millésimes les plus récents, étape au domicile d'Éric et Ana-Maria Morgat, pour découvrir ce qui sera sans doute le futur cinquième élément du domaine. Autour de la maison, d'autres chenins ont été plantés, en 2009, sur 70 ares de schistes ardoisiers de belle facture.

15102010_018   15102010_022   15102010_017

A quelques pas, à peine, une autre parcelle de 20 ares, plantée cette année même, fait d'ores et déjà figure de laboratoire et pourrait devenir la mémoire du chenin. On y trouve pas moins de 34 variétés de ce cépage ligérien, comme une sorte d'expérience en vraie grandeur d'un travail de fond effectué, depuis quelques temps, par les Pépinières Mercier. Si pour le pinot noir ou le merlot, par exemples, on dénombre de nombreux clones qualitatifs, il n'en va pas de même pour le chenin. Selon l'ITV, on ne compte à ce jour, que quatre clones officiels et trois qualitatifs seulement.

Chez Mercier, l'idée d'une démarche approfondie d'investigation est donc apparue et les pépinières du groupe ont fait le tour du Val de Loire, pour sélectionner des bois dans une cinquantaine de parcelles intéressantes de vieilles vignes. Au final, après avoir écarté les quelques cas de viroses, 34 plants ont été conservés et mis en terre dans cette parcelle restée en friche pendant quarante ans. Il va donc être possible de les étudier, de prélever des bois pour compléter la parcelle et même de complanter les manquants des autres "crus". Indéniablement, la démarche d'Éric Morgat s'inscrit dans le futur. Les Savennières de demain sont déjà là!...

15102010_023   15102010_019

Et ceux d'aujourd'hui, me direz-vous?... Au domaine, ce ne sont plus tout à fait ceux d'hier. Le vigneron pense s'être un peu cherché pendant les premières années. Au début des années 2000, les vendanges se déroulaient selon un véritable plan de bataille. Le résultat escompté devait s'inscrire dans une stratégie : les parcelles dans un ordre établi, le réfractomètre donnant le signal du départ. Entre 1996 et 2002, le botrytis est recherché, presque incontournable. Les tries sont la règle et s'inscrivent dans cette logique. Les hautes maturités, quitte à conserver au final, une pointe de sucre résiduel, sont la marque du Domaine de la Monnaie. Les élevages s'inscrivent dans la durée.

2006 et 2007 sont de vraies années de transition, même si cela n'apparaît guère encore à la dégustation. L'élevage est passé à deux années pleines (une en barriques, une en cuve). Au moment de la cueillette, la proportion de raisins moins mûrs est plus grande et surtout, sans botrytis. A partir de 2008, plus de tries, les parcelles sont ramassées en un seul passage. Quelques barriques font leur malo. Un souffle nouveau se glisse dans le chai du domaine.

- Litus 2008 :
D'ores et déjà, une belle personnalité!... 14° affichés!... Un chenin solaire et intense. On peut penser qu'à l'avenir, cette parcelle sera ramassée à un niveau de maturité moindre, surtout pour que s'exprime un équilibre propre à cette cuvée, résolument Anjou layonesque, plutôt que Savennières!...

- L'Enclos 2008 :
Très jolie expression, pour un vin qui se met en place. Tendu, droit, homogène, dans un registre couleur locale. Belle sensation de fraîcheur.

Les 2009, pour la plupart, sont en cuves et dans une phase plus difficile. Expression aromatique en retrait. Saveurs dissociées. Le vin s'habille. Comme s'il devait vivre dans l'obscurité pendant quelques temps et qu'une porte baignée de soleil s'ouvre plus tard, pour laisser entrer la lumière d'une journée de printemps... Parfois, un stade au cours duquel le vigneron se fait quelques sueurs froides!... Les 2010 sont encore, le plus souvent, sur des arômes primaires, voire fermentaires. Des nuances apparaissent, sur les agrumes. Certains jus semblent porter une expression d'une belle originalité.

Éric Morgat semble afficher une sorte de sérénité. Non qu'il considère les choses acquises, puisqu'il mesure parfaitement ce qui fait tout le charme, mais aussi la difficulté du métier de vigneron : admettre que les millésimes se suivent et ne se ressemblent pas!... Les comprendre et avancer, avec leur visage propre, leurs caractères pluriels. En plus, il dispose désormais de Savennières pluriels eux aussi et veut donner leur chance à tous. Finalement, ce sont peut-être les amateurs qui seront les plus chanceux, pour peu qu'ils le suivent sur ces chemins innovants. Et pour ce chenin souvent étonnant!...

Posté par PhilR à 23:05 - - Commentaires [0] - Rétroliens [0]
Tags : , ,
19 octobre 2010

Vus et bus à table : octobre assez débridé!...

Petite série de flacons, à l'affiche de ce mois d'octobre, proposés à table, comme il se doit. En effet, on oublie trop souvent que les jolies bouteilles s'accommodent toujours bien (enfin, le plus souvent!) d'une cuisine choisie pour répondre à leurs caractères supposés, afin que l'accord soit en mesure de laisser sa trace dans nos mémoires. Somme toute, on peut faire le choix de mets qualifiés souvent de "classiques" et les associer avec quelques cuvées prêtes à nous vuvuzeler la soirée!... vouhouhouhouz!... Vous dormiez?... A table!...

08102010_012   08102010_011   08102010_013

Julien Montagnon, du Domaine Camp del Roc était très clair dans son message : pour la cuvée Vinum Patris 2008, rien de mieux qu'un beau morceau de viande rouge!... Dont acte!... Profitant d'un passage au Chai Carlina, le pavé était donc de mise, pour une association avec cet assemblage très Roussillon, très Fenouillèdes, ou même Catalogne Nord, comme le suggère le vigneron sur son blog. Prioratissimo même!... Quelle puissance et une densité remarquable. Ça déménage!... La trame est serrée, mais homogène et élégante. Ma doué!... Ça donne envie de découvrir les autres cuvées du domaine, comme Erant Olim, que l'on devine passionnante, voire fulgurante!... Sans oublier Singularis, de carignan blanc et gris composé. Il y a de la passion derrière ces flacons!... A noter sur nos tablettes!...

A noter également, en cette soirée, deux jolies bouteilles en provenance de Conques, haut-lieu des chemins de St Jacques de Compostelle, ou Patrick Rols affiche La Coquille et deux réussites gourmandes. A suivre!

08102010_001   08102010_002   08102010_003

Chassez le naturel et il revient... tout schuss!... La maison n'est pas bleue, ni adossée à la colline (les plus jeunes risquent de ne pas comprendre...), mais plutôt rouge et proche de la montagne. Un rosé de mondeuse nature et non filtré, qui se plaît avec un poulet rôti, quelques pommes dorées et du fenouil braisé. Un vin de Savoie de Jean-Yves Péron qui mérite de passer à table. Quelle nature!... Osez le rosé, même quand il ne fait pas trente degrés, sur la terrasse ombragée!...

15102010_033   15102010_029   15102010_032

Pssst!... Les St Jacques sont de retour sur les chemins marchés!... Essayez cette recette avec des pommes rôties, un peu de Basmati et un jus de cuisson déglacé au vinaigre de pulpe de pomme verte au miel. Le tout accompagné de Goutte d'O, un chenin artisanal, selon le sens que Sylvain Martinez donne à ce mot. Pur et intense, des notes qui évoquent un vin sous voile. Débridé, disiez-vous?... La bride justement, Sylvain ne connaît que celle qu'il laisse parfois sur l'encolure des chevaux d'Olivier Cousin, à Martigné-Briand.

15102010_034   15102010_031   15102010_035

C'est dans ce même village d'Anjou, que l'on peut croiser Cyril Le Moing, amateur de cinéma à ses heures, ce qui l'inspira pour trouver le nom de sa dernière cuvée, Réservoir Grolle 2009 (les fans de Tarantino feront aisément le lien). Ce grolleau a une dynamique qui convient bien à une tranche de gigot, accompagnée d'un gratin de navet boule d'or au parmesan râpé. Un tonus labellisé Escapade (à pieds ou à vélo, quand les contenants se vident!...)

Octobre n'est donc pas le mois le plus sobre!... En novembre?... Peut-être des vins qu'on chambre!... Allez savoir!...

Consultez d'autres comptes-rendus Flash sur les Dégustantanés du blog d'Olif

Posté par PhilR à 23:27 - - Commentaires [3] - Rétroliens [0]
Tags : , , , , ,
17 octobre 2010

Petit bilan des vendanges 2010, en Anjou et Layon

Un trio de vignerons bien ancrés dans le paysage loire-et-layonesque!... Des destins différents. Des sensibilités qui se rejoignent inévitablement. Pour chacun d'eux, des terroirs qu'il faut apprendre, qui surprennent chaque année et qui, au final, rassurent ceux qui ne se mettent pas martel en tête, à vouloir les dominer à tout prix. Observer, lire la terre et la vigne, s'adapter et réagir. Quel vigneron, porté par l'expression de ses vignes, ne fait pas voeu d'humilité, face à son terroir?... Faire fi de ses certitudes, remettre chaque année, l'ouvrage sur le métier, c'est certainement la meilleure façon d'avancer.

- Éric Morgat, à Savennières -

C'est toujours un plaisir de s'arrêter au coeur de Savennières, sur la place, non loin de la remarquable église romane des Xè et XIIè siècles, avec ses briques en arêtes de poisson et face au Château des Vaults. Un village paisible, au coeur d'un vignoble d'exception, qui devrait être une destination privilégiée, pour tous les amateurs de la planète, au même titre que Margaux, Meursault ou Barolo. Non que les Saponariens et Saponariennes n'apprécient, à sa juste mesure, le calme de leur petite cité, mais ils sont un certain nombre à penser que la notoriété pourrait être un peu mieux partagée, avec d'autres contrées, d'autres grands crus. Coulée de Serrant, Roche aux Moines et quelques autres parcelles remarquables méritent mieux qu'un succès d'estime.

15102010_001   15102010_002  15102010_006

Avec Éric Morgat, nous nous sommes donné rendez-vous à la Pierre Bécherelle, un monolithe de dix-sept mètres, apprécié des fondus d'escalades, non loin d'Epiré. Mais aussi un hectare de chenin dans un coteau de schiste, planté en 2004 et qui commence à livrer son potentiel. Une vigne qui était comme une évidence pour le vigneron, mais qui lui donne du travail. Là, il s'agit de donner un peu de vie au sol, mais aussi de le stabiliser et de ne pas le laisser nu pendant l'hiver, notamment dans le bas de la pente. Au printemps, soit l'enherbement restera ou il sera enfoui, en guise de matière organique apportée à la terre.

Nous sommes là, dans la première parcelle vendangée chaque année. Un terroir très précoce qui, de plus, impose un tri soigné, dès que la maturité est là. Cet ancien sol forestier reste exigeant et implique de la patience. "Quinze ans?... Pfff... C'est long!..."

15102010_014   15102010_022   15102010_016

Comme nous le verrons plus en détail prochainement, Éric Morgat a modifié sensiblement quelques options. Ainsi, en 2010, "millésime incroyablement simple", selon lui, il a ramassé très tôt et très vite, avec des grosses maturités. Très peu de traitements, pas de mildiou, pas d'oïdium, à peine un peu de ver de la grappe et des vins qui pourraient ressembler à 2006, assez structurés, moins tendus que 2008. Au domaine, les vendanges ont nécessité le double d'heures qu'en 2009!... Mais, le travail à la vigne, en amont, porte ses fruits. Cette année, pour tous ceux dont les vignes étaient assez chargées, lorsque la pluie est arrivée, les degrés étaient faibles et le botrytis a déboulé au galop!... On peut donc parier, pour ce millésime, sur une grande disparité des cuvées de la région. Affaire à suivre!...

- Richard Leroy, à Rablay sur Layon -

En cette mi-octobre, le vigneron de Rablay se met à la disposition de ses collègues alentour. Pour lui également, la cueillette est terminée depuis plus de deux semaines. Les Noëls de Montbenault étaient vendangés les 23 et 24 septembre, le Clos des Rouliers, les 26 et 27!... Vendanges express!... Ce qui a eu, 15102010_024parfois, pour effet d'amuser ses congénères, mais avec 14° atteints ou dépassés, à quoi bon attendre... la pluie, surtout lorsqu'on veut éviter le botrytis?...

Pour beaucoup d'autres vignerons, ce ne sera pas la même chanson. Et, c'est presque une course contre la montre qui est engagée, pour la vinification de secs. 2010 sera, en revanche, un millésime étonnant pour les liquoreux. La pourriture noble (ou pas!) est omniprésente. Ces derniers jours, nombre de domaines ont ramassé des quantités impressionnantes de grappes destinées aux Coteaux-du-Layon, entre 20 et 24° nature!... Et le retour d'un temps sec, avec des vents de nord-est, peut encore amplifier le phénomène, si les raisins le supportent...

Au domaine Richard Leroy, pas de bouleversements, pas de changements de cap, si ce n'est les effets positifs d'un nouveau cuvier et chai à barriques restauré, dont le vigneron dispose depuis l'été dernier, au15102010_025 coeur du village, à quelques dizaines de mètres de chez lui. Celui-ci n'a pas fait appel à Ricardo Bofill (si nous étions en Rioja, cela se saurait!), mais à quelques pots de peinture "bleu Montbenault", à pas mal d'huile de coude et à l'aide de quelques amis.

Un petit tour d'horizon des barriques du dernier millésime le montre assez ouvert et d'une belle homogénéité, mais il reste tellement de chemin à parcourir... Pour ce qui est du 2009, très attendu, la patience est également de mise. Les bouteilles ne sont pas encore étiquetées et la dégustation les montre très peu expressifs, façon moine, ou moniale plutôt, ayant fait le voeu de mutisme hivernal!... Aah!... Ma soeur, rendez-vous au printemps, quand fleurit l'aubépine!...

- Cyril Le Moing, à Fline de Martigné-Briand -

Les coteaux de Bonnezeaux et de Champ sur Layon s'habillent d'or et de la jolie lumière d'un soleil filtrant, en cette fin d'après-midi. Rien ne presse cependant, Cyril m'ayant averti qu'il avait quelques grappes à ramasser, en vue de faire une cuvée - pardon, je veux dire une bonbonne! - de liquoreux millésimé 2010.

Pas le moindre bruit dans la cour du château de Fline. Je surprends les Le Moing, père et fils, dans les dépendances, en pleine séance d'assemblage, genre Legoland, d'un mini pressoir. A peine sept ou huit seaux de raisins, largement et noblement pourris, attendent dans la pièce voisine. Le mustimètre n'est pas prévu pour les liquoreux, mais il se situe aux environ de 1140, soit 20° et au-dessus!...

15102010_027   15102010_026   15102010_028

Cyril Le Moing propose depuis quelques années de jolies cuvées issues de petites parcelles, récupérées par ci par là. Après deux millésimes genre grosse galère (2007 et 2008) et des quantités très réduites, il va disposer avec 2009 et 2010 de jolies matières et de beaux volumes. Bon, je vous rassure quand même, il faudra sans doute vite rejouer des coudes pour mettre en cave certaines cuvées.

A noter en 2009, l'apparition d'un "grolleau de soif", qui a permis au vigneron de garder une sélection de grolleau pour Grolle Noire. Une nouvelle cuvée qui prend le nom de Réservoir Grolle, en hommage à Quentin Tarantino et à son premier film Réservoir Dogs. Cyril le cinéphile a longtemps hésité (Les hommes préfèrent les grolles?...), mais ce n'est pas un Desperado et ses raisins ont de la Pulp (Fiction)!...

Premier tour de cave, quelques semaines, à peine, après la vendange des 2010. Les blancs sont très toniques et chaque cuvée, originale en expression. Ils ont également été ramassés tôt. Les rouges sont d'une remarquable homogénéité aromatique. Un fruit intense, des notes plus ou moins marquées de mûres, de baies noires fraîches (la tendance du millésime?). Homogènes, ils le sont aussi par leur structure. Tous ont été ramassés en 13° et 13,5° et se livrent sans réserve. Le vin au naturel, par excellence!... Désormais, pas moins de huit cuvées sont disponibles (5 de rouges et 3 de blancs) et les tarifs départ domaine résolument compétito-gustatifs (entre 7 et 15 €).

Comment?... Vous ne connaissez pas encore ces maudits vins d'Anjou?... Tabarnak!... Ils sont là, à votre porte. Foncez, avant que d'évoquer leur rareté.

Posté par PhilR à 20:49 - - Commentaires [1] - Rétroliens [0]
Tags : , , , , , ,
15 octobre 2010

Marc Pesnot, naturellement Muscadet!...

Après quatre jours pleins de pluie, la région nantaise retrouve une douceur presque hors saison. Plus de 25° annoncés!... Remarquez, pour ceux qui ont encore quelques rangs à vendanger, on ne peut rêver mieux, surtout côté vendangeurs!... C'est bien aussi, pour rencontrer les vignerons "en plein champ", surtout quand l'essentiel d'une belle récolte est déjà rentré.

Octobre avance. Et Marc Pesnot ramasse... ses rouges!... Mais, ne le répétez pas, c'est confidentiel. Pensez-donc, quelques ares d'abouriou, vinifié en macération carbonique. Un millier de bouteilles peut-être, pas de quoi concurrencer Elian Da Ros!... Plutôt une cuvée à picoler entre copains, les soirs de grillades, au printemps ou pour l'été de la St Michel!...

07102010_018   07102010_017   07102010_019

La Sénéchalière, c'est un village de St Julien de Concelles, sur la route qui mène au Loroux-Bottereau. Au coeur du Muscadet, mais aussi des terres dédiées aux maraîchers nantais, dont l'une des spécialités, la mâche, est devenue pour le moins envahissante. Le domaine représente malgré tout un bel îlot de vignes de 18 ha. Pas de coteau très marqué par ici, la Loire est à quelques centaines de mètres. Néanmoins, on trouve assez peu de terre sur ces parcelles, aux sols très changeants : des schistes blonds, un peu plus loin, ils sont plutôt ardoisiers. On rencontre aussi des galets éoliens.

Ce sont des épiciers nantais qui sont à l'origine du domaine, mais cela ne date pas d'hier. Le bâtiment construit au bord de la route est millésimé 1890. Non loin de là, l'arrière-grand-père de Marc Pesnot était lui-même tonnelier et vigneron. Le vignoble est bien ancré dans ce terroir. Les générations précédentes y ont toujours apporté le plus grand soin, sans apport d'engrais ni d'arsenic. Ici, les jeunes vignes ont environ vingt ans. Les vieilles vignes n'ont pas moins de cinquante ans. La folle blanche (2 ha au total), destinée au gros-plant, affiche soixante-dix ans minimum!...

07102010_011   07102010_015   07102010_016

Au domaine, tout ou presque s'inscrit dans la tradition et la transmission entre générations. Pourquoi arracher des vieilles vignes, alors qu'elles déterminent l'identité des cuvées et sont dans un registre d'expressions aromatiques originales, propres au lieu? Les rendements, qui ne dépassent guère 30 à 35 hl/ha, sont un gage supplémentaire de qualité.

La véritable originalité, plutôt rare dans la région, c'est le partenariat mis en place depuis une quinzaine d'années avec un groupe japonnais, Nomura, présent dans nombre de secteurs industriels de pointe. A la base, une rencontre, un bon feeling entre Marc Pesnot et le PDG du groupe et les choses se font naturellement, comme dans la vigne, comme au cuvier. Sans éclat, sans campagne de communication tapageuse. D'ailleurs, figurez-vous que depuis deux ans, la moitié des vignes est la propriété du partenaire.

07102010_010   07102010_008   07102010_014

Depuis quelques millésimes, les amateurs et quelques professionnels ont découvert les vins de la Sénéchalère. Malgré un travail régulier, le succès a tardé. Le tournant semble remonter à 2007, millésime difficile dans la région. Cette année-là, les vendanges laissent le vigneron nantais perplexe... Il décide de ramasser ses melons de Bourgogne en deux passages, afin d'obtenir une plus grande homogénéité de 07102010_026maturité pour chaque parcelle. Il vinifie les cuves séparément, puis les assemble après dégustation. Et là, alors que tout le monde se lamente en Pays Nantais, les retours sont tout à fait positifs. Depuis, cette logique est respectée chaque année et le succès ne se dément pas.

Les cuvées de base sont au nombre de deux : La Bohème, issue des vignes plus jeunes (35 ans en moyenne quand même!) et Miss Terre, avec les vieilles vignes uniquement, dont certaines complantées en sélection massale atteignent 80 ans, auxquelles on peut donc adjoindre la Folle Blanche, vendangée en une seule fois, à 11,8° (un record pour ce cépage!) en 2010. Ajoutons au passage la rare Nuitage, issue d'une macération carbonique d'une nuit ou encore Chapeau Melon, ayant subi une longue macération et conservant une pointe de gaz.

07102010_025   07102010_021   07102010_022

La nouveauté de l'année au domaine, c'est une parcelle récupérée au cours de l'hiver dernier, qui donnera bientôt une nouvelle sélection parcellaire : Les Bretèches. Un secteur situé sur une sorte de dôme, bien ventilé. Particularité : la roche qui affleure par endroit, est d'origine mal définie et en cours d'analyse. Visuellement, une roche noire, dense, avec beaucoup d'éclats de mica, un peu ferrugineuse. Les premières vendanges de 2010 y ont donné un jus foncé, avec des notes légèrement tourbées. Un terroir à comprendre, mais qui donne beaucoup d'espoirs au vigneron. A suivre!...

Le succès évoqué plus haut complique la donne pour l'amateur de passage. Pour tout dire, les cuvées disponibles, d'une année sur l'autre, sont peu nombreuses. Mais, la visite vaut le détour. Marc Pesnot n'est pas du genre à (ab)user de la langue de bois. Son analyse des pratiques en vigueur dans le vignoble, largement teintée d'humour, parfois corrosif, ne manque pas de nous éclairer. Ce vigneron fait du Muscadet. Un autre Muscadet. Sans revendiquer de label ou de méthodologie pointue. Et ça fait parfois du bien de se laisser porter par... le naturel!...

Posté par PhilR à 23:58 - - Commentaires [1] - Rétroliens [0]
Tags : , ,
11 octobre 2010

Bio Nant' : légumes anciens à redécouvrir!...

Lors d'un récent passage dans cette bonne ville de Nantes, nous avons pu découvrir cette jolie table, appréciée des gourmands et des gourmets : Le Picolo. Parmi les objectifs de Thomas et Aurélie, rendre à quelques légumes anciens, voire oubliés, leurs lettres de noblesse, mais surtout leur place à table.

Dans la ville de la Duchesse Anne, un des plus beaux marchés, celui de Talensac, attire les Nantais plusieurs fois par semaine. Plutôt que de monter les marches et d'entrer dans la halle carrelée, glissez-vous sur la gauche, en venant du bas de la place. Les mardi, jeudi, samedi et dimanche matin, le premier étal que vous trouverez sur votre droite, est celui de Jean-Yves Moullec, de Bio Nant'. Spécialité : les légumes anciens, des saveurs et des goûts qui vous bousculeront les papilles!... Amateurs de surgelés ammoniaqués, passez votre chemin... ou commencez votre cure et votre conversion!....

07102010_009   07102010_005   07102010_003

Cette petite entreprise, lancée voilà deux ou trois ans, fait son petit bonhomme de chemin. Ici, tout est bio et de saison. Inutile de chercher en avril, les légumes qui apparaissent en octobre ou novembre!... En quelques phrases, pour peu que vous soyez un tant soit peu curieux, Jean-Yves Moullec vous donnera les pistes à suivre et le calendrier futur de votre cuisine et de votre table.

Tenez, dans les prochaines semaines, vous pourrez (re)découvrir le panais ou les radis noirs ronds. Mais aussi l'aubergine blanche, plus parfumée, plus dense et savoureuse, ou encore le poivron corne de boeuf, tout à fait digeste. Sans oublier le tétragone, l'épinard originel, dit-on, au goût intense.

07102010_006   07102010_002   07102010_004

Notez que nous sommes aussi au coeur de la saison des courges anciennes. Et les variétés multiples et colorées pourraient vous régaler. Sans oublier les tomates coeur de boeuf anciennes, ou les betteraves blanches ou oranges. Ces légumes, Bio Nant' se les procure dans la région, comme à l'ESAT du Val de Vay, non loin de la route de Rennes, ou en Pays de Retz, voir à Cleder, près de Brest.

Avec de tels produits, l'envie de passer en cuisine devient vite irrésistible. Pour l'occasion, Jean-Yves Moullec me suggère de quoi composer une salade délicieuse à base de chaillotes (ou christofile, ou chouchou à la Réunion), de poivron corne de boeuf, de radis red meat, de betterave orange et de tomate cornue des Andes. Le tout coupé fin, arrosé d'huile d'olive, un jus de citron à peine salé pour les chaillottes... Slurpique!... Pour l'occasion, ouvrez une bouteille de Miss Terre 2009, de Marc Pesnot, naturellement Muscadet et la table de votre soirée est parsemée d'étoiles!...

08102010_007   08102010_009   08102010_010

Vous pouvez aussi cuisiner ces petites merveilles et pour ça, le marchand de fruits et légumes de Talensac n'est pas avare de conseils et de recettes. Une idée pour ce navet boule d'or?... Qu'à cela ne tienne, mais ne le répétez pas à Aurélie et Thomas!...

Pour cette tranche de foie de veau aux échalotes déglacées au vinaigre de cassis, pourquoi ne pas essayer une purée de patates douces et chaillottes, un soupçon de noix de muscade, du parmesan râpé?... Quelques minutes sous le grill... C'est prêt!... Cette fois ci, un Saumur-Champigny, Amateüs Bobi 2007, de Sébastien Bobinet fera délicieusement l'affaire!...

08102010_015   08102010_014   08102010_016

Vous n'habitez pas Nantes?... Tout n'est pas perdu!... Vous trouverez aussi Jean-Yves Moullec, à Pontchâteau le lundi, à Missillac le mercredi et à Guenrouet le vendredi. Mais, ces légumes ne sont pas l'exclusivité de la région. Cherchez bien, il y a sûrement un marché près de chez vous!...

Posté par PhilR à 00:20 - - Commentaires [1] - Rétroliens [0]
Tags : , , ,
09 octobre 2010

La Savoie, les forçats du bio?!...

On a coutume de dire que certains vignobles du Grand Sud de la France bénéficient de conditions climatologiques telles, que l'installation ou la conversion vers une agriculture biologique sont, de fait, favorisées. Certes, on imagine aisément qu'un plateau, ou des terrasses placés dans un site largement ventilé par le mistral ou la tramontane, offrent quelques garanties naturelles de lutte contre les méfaits de l'humidité persistante sur la vigne, surtout à quelques moments clés du cycle végétatif.

En Savoie et Haute-Savoie, le vignoble est aussi parfois situé sur des terrasses ou des plateaux... Le problème, c'est que le foehn n'a rien à voir avec les vents de nord ou de nord-ouest du Midi!... Et qu'un autre aspect du climat local peut poser problème : les 100 mm de précipitation enregistrés, en moyenne, chaque mois!... Bien sur, il ne faut pas en tirer de conclusions définitives, puisque d'autres régions viticoles sont également bien arrosées, comme le Jura ou même les contreforts alsaciens, mais on imagine aisément que les versants les mieux exposés n'ont rien à voir avec les plus arrosés et sont connus, identifiés depuis des lustres!...

07092010_009   07092010_014   07092010_012

- Jean-Yves Péron, à Chevaline -

Au pays où, chaque été, s'est construite la légende des forçats de la route, entre Isoard et Galibier, Jean-Yves Péron n'est pas le dernier représentant d'une famille bauloise, genre forçats de la mer, tourdumondistes échevelés, braveurs des océans, arpenteurs de contrées lointaines. Là, le paysage est plus restreint, plus confiné, même si l'extrémité sud du Lac d'Annecy est proche. A Chevaline, on reste sous le regard des contreforts et sommets voisins, tel le Charbon, qui domine, veille peut-être, sur la maison des Péron.

07092010_008   07092010_011   07092010_010

La pluie est au programme de ce mardi d'été. Jean-Yves Péron en profite pour faire quelques menus travaux à domicile. "Aujourd'hui, j'ai la molle!..." La pluie se fait très présente. Les vignes, situées à Conflans, près d'Albertville, sont à bonne distance, nous nous contenterons d'un petit tour d'horizon au domaine. Pour cela, il nous faut trouver des bougies!... En effet, EDF procède à une refonte du réseau local et la coupure devrait durer la matinée. Ça donne une ambiance "fin de siècle"!... Mais lequel?...

Avec le vigneron de Chevaline, nous évoquons les origines du vignoble savoyard. Des nobles régionaux, qui encouragèrent la production de vins rouges pour leur consommation, au clergé local, qui usait plutôt de blancs. Il y a à peine plus d'un siècle, on comptait pas moins de 20000 ha de vigne en Savoie. Aujourd'hui, guère plus de 2000. Y avait-il alors des grands terroirs, désormais oubliés?... Rien n'est moins sur, sauf, peut-être du côté de Talloires. L'histoire s'est surtout construite autour de la mondeuse, variété dont on situe mal l'origine exacte, mais que José Vouillamoz, spécialiste en matière d'ADN des cépages notamment, soupçonne d'être, ni plus ni moins, que la grand-mère de la syrah!...

Le premier millésime de Jean-Yves Péron remonte à 2004, compliqué pour un début, avec des fermentations malolactiques qui se prolongent jusqu'en août 2005!... Il compte aujourd'hui un peu plus de deux hectares, soit environ 1,5 ha de rouge (mondeuse uniquement) et 0,7 ha de blanc (altesse, jacquère et roussanne). La proportion de vieilles vignes n'est pas négligeable, au point d'atteindre, pour l'une des parcelles, un statut quasi historique, puisque plantée en 1893!... Celles destinées à la cuvée Champ Levat, sur terrasses, n'ont pas moins de 80 ans.

07092010_001   07092010_003   07092010_002

Si le vigneron de Chevaline est déterminé et résolument orienté vers la production de vins "nature", il n'affiche pas, pour autant, de certitudes absolues. Avec en poche un diplôme d'oenologue et un apprentissage auprès de Thierry Allemand et Bruno Schueller notamment, il a pu définir sa trace. A l'aube de son septième millésime au domaine, il n'est sur que de deux choses : le besoin de rester à l'écoute de ses vignes et la nécessité de s'adapter aux circonstances, en évaluant bien ce qui caractérise chaque vendange. Il a donc, à ce jour, quelques pierres d'achoppement, qui ne sont pas définitivement dans son jardin, mais qui contribuent aux choix imposant la tendance actuelle. Exemple : l'absence d'égrappoir implique de passer les grappes entières en cuve afin, notamment, de baisser la température de la vendange (15-16°).

Pour les rouges, il faut compter une semaine de macération carbonique. Le pigeage, doux et attentif, dure une petite semaine pour Champ Levat, alors qu'il se prolonge tout le temps de la fermentation (de dix jours à trois semaines, selon les millésimes) pour la Côte Pelée, sélection parcellaire de très vieilles vignes. Presse et goutte sont toujours assemblées. La durée de l'élevage en barriques est d'à peu près un an, avec une mise, par gravité, avant les vendanges pour les blancs et rosés et en décembre pour les rouges.

En 2009, la mondeuse a atteint 11,8° au moment de la cueillette, ce qui est, bon an mal an, son plafond admis. Il est malgré tout extrêmement rare au domaine, de devoir se résoudre à une correction, même si ce fut le cas en 2008 (+0,5°).

Les raisins destinés au rosé nature et non filtré, Vers la Maison rouge, sont issus des parcelles les moins mûres, mais jamais de saignées, inutiles du fait des rendements faibles, qui ne dépassent guère 15 à 30 hl/ha. Et pas de jeunes 07092010_006vignes rouges non plus, puisqu'il n'y en a pas!... Après trois jours à une semaine de macération carbonique, les jus sont également orientés vers la barrique.

Du côté des blancs, altesse et jacquère, très classiques et incontournables en Savoie, mais aussi depuis peu, roussanne. Le blanc du domaine est en principe issu de jacquère, tel le déjà célèbre Cotillon des Dames 2008. En 2009, on s'oriente vers un assemblage avec l'altesse. Depuis 2006, Jean-Yves Péron, qui confesse s'éclater avec les blancs, fait quelques essais de macération carbonique (trois jours à une semaine) et de pigeage sur certains lots, sans s'orienter néanmoins vers les blancs de macération, type Italie. Cette année, devrait voir le jour une cuvée jacquère et roussanne ayant suivi ce cursus!...

Les plantations de cépage persan (un rouge quasiment oublié, originaire de Maurienne) n'ayant pas abouti, les projets du vigneron de Chevaline s'orientent vers la production d'un pétillant naturel à base d'altesse et de mondeuse en pressurage direct. Et peut-être, un jour, la plantation de pinot noir, voire de cépages italiens, tel le primitivo (le zinfandel dans les Pouilles). Notez qu'il propose déjà un Cidre des Cîmes, brut zéro quasi pur pomme, avec un soupçon de poires du pays.

Nous pouvons, lors de notre passage, découvrir quelques cuvées prélevées sur fûts : altesse 2009 jeunes vignes, jacquère 2009 vieilles vignes, plus la jacquère 2009 issue de macération. Les vins ont une belle expression et semblent pouvoir composer un "cocktail" intéressant. A suivre également, la roussanne 2009, récoltée à 14°, dont c'est la première année de production et de vinification. A priori donc, destinée à un assemblage avec la jacquère, mais qui pourrait bien faire l'objet d'une mise séparée, tant le potentiel, exprimé en ce moment, interpelle!... Cette roussanne a été plantée à une densité se situant entre 10000 et 20000 pieds/ha, dans une zone largement pourvue en micaschistes alumineux. A priori, un bel avenir!... Regard rapide ensuite sur la mondeuse qui, pour le moment est moins expressive, du moins en terme de complexité. Affaire à suivre!...

Il faut donc garder un oeil sur ces Vins de Pays d'Allobrogie, proposés par Jean-Yves Péron!... On entend, çà et là, que parfois, ils expriment leur côté très... vivant!... Le vigneron le sait. Il apporte de légères corrections et continue d'avancer sur les aspects élevages, assemblages, mise en bouteilles. Comme nombre d'amateurs, il n'aime pas les vins approximatifs, mais ne comptez pas sur lui, quand même, pour renier l'intégralité de ses convictions!...

- Dominique Belluard, à Ayze -

Il pleut toujours au moment où nous arrivons au Domaine Belluard. Nous trouvons Dominique dans le fond du hangar. Un bruit de ponceuse nous guide : beau temps pour faire un peu de menuiserie!... Avec lui, en préambule, nous revisitons l'histoire du vignoble local. On sait que dans le secteur, le pays du Mont Blanc, la vigne était présente dès le XIè siècle et sans doute bien avant, mais les archives ont disparu dans l'incendie du Duché de Faucigny. Au pays du gringet, cépage roi ici, on comptait 600 ha plantés sur trois communes, Bonneville, Marignier et Ayze (prononcez ail-ze), au début du XXè siècle. De nos jours, il ne reste guère plus qu'une vingtaine d'hectares!... Les causes en sont assez évidentes et elles s'additionnent : le phylloxéra, les deux guerres, l'exode rural local vers l'industrie de la micromécanique, installée dans la vallée et qui, entre 1920 et 1925, allait produire tous les petits rouages de l'horlogerie suisse et offrir de nombreux emplois. Depuis, sont apparus le tourisme et la proximité de Genève par l'autoroute, d'où une pression immobilière très forte, amplifiée par une exposition plein sud très recherchée.

07092010_018   07092010_019   07092010_021

Le vignoble se situe aux environs de 450 m d'altitude et donc planté pour l'essentiel de gringet. Ce cépage a très longtemps été classé dans la famille des traminer, ou savagnin, jusqu'à ce que les études des séquences ADN de José Vouillamoz, toujours lui, n'infirment cette presque évidence. En fait, on ne lui trouve qu'une lointaine parenté avec la molette de Seyssel.

Actuellement, le domaine compte 11 hectares, après être monté à 13. Le vigneron d'Ayze ne cache pas qu'il pense encore réduire la voilure. Retrait motivé notamment, par l'impact d'une reconversion à la biodynamie depuis 2000. En effet, sur la surface dont il dispose, 7 ha se situent à mi-coteau et sur des parcelles mécanisables. Pour le reste, il s'agit de fortes pentes (parfois 45%!), plantées en gobelets à 10000 pieds par hectare. Et là, les coûts de production, tant qu'Ayze ne sera pas Condrieu ou Cornas, impliquent des prix de vente élevés, incompatibles avec la réputation de l'appellation. Néanmoins, il garde l'objectif d'une conversion intégrale à moyen terme. Mais, à ce stade, le fait de laisser l'herbe dans des secteurs où la roche mère affleure presque, lui fait craindre, lors d'étés secs, quelques souffrances excessives pour le végétal.

Arrivé là en 1985, sortant de viti-oeno à Beaune avec quelques certitudes, il se rend compte très vite qu'une viticulture traditionnelle, avec tous ses intrants, ne lui permet pas de progresser. Sans parler des effets sur l'environnement et sur l'homme qui travaille dans la vigne. La rencontre avec François Bouchet, en 1995, le bouscule quelque peu, mais ce qu'il entend là, remet en cause tout ce qu'il a appris et il mettra cinq ans à prendre la décision d'une reconversion. Dominique Belluard avoue quelques moments de doute, mais avec un recul de dix ans, il ne peut imaginer faire machine arrière, malgré les difficultés de certains millésimes, dans une région un peu extrême. Pour lui avancer, c'est observer et s'adapter. Et pour avancer encore, il a consacré ces dix années à rencontrer les vignerons, comparer les expériences et rechercher des solutions qui lui permettent de progresser. Ainsi, depuis trois ou quatre ans, il utilise des préparations de plantes, proposées par le collectif Ortie et Compagnie, pour la lutte conte le mildiou notamment, ennemi virulent des vignerons savoyards.

07092010_024   07092010_023   07092010_022

Les vignes du domaine Belluard se situent sur trois types de sols distincts : des éboulis calcaires, qui apportent beaucoup de finesse, des sédiments de glaciers et molasses, qui suggèrent des notes fumées, puis le secteur du Feu, exposé sud-sud-est, où sur 300 ou 400 mètres de large, se trouve une vaine où les sols ont sédimenté, jadis, en argile rouge, bauxite et alumine de fer. D'après le vigneron, un des plus beaux terroirs de Savoie, qui donne aux vins une puissance phénoménale!...

Au total donc, 90 à 95% de gringet, destiné au début des années 90 à la production de vins en méthode traditionnelle, mais Dominique Belluard se dit très vite que c'est presque dommage de ne produire que des bulles, avec les vins de base dont il dispose. Juste retour des choses, puisque naguère, lorsque le vignoble genevois n'existait pas, les blancs d'Ayze étaient largement distribués dans les bistrots de Genève, du fait de la zone franche.

Depuis quelques années, il essaie de restructurer son vignoble dans les fortes pentes, pour pouvoir y travailler avec un chenillard, plutôt que de tenter de sauver, avec l'énergie du désespoir parfois, des parcelles trop dispersées. Il a également replanté un demi hectare d'altesse (sélection massale de chez Dupasquier), puisque le décret d'appellation autorise un tiers de cette variété (roussette d'Ayze localement). De plus, il a récupéré une parcelle de ce même cépage, sur des marnes glaciaires. Mais les vignes n'ont là que sept ou huit ans et il faudra encore quelques années de labours et de préparats biodynamiques, pour que les racines puisent le meilleur de ce terroir dédié à la cuvée Les Grandes Jorasses. Enfin, l'automne dernier, une parcelle de mondeuse a été également plantée, avec l'objectif de produire un beau rouge, en maîtrisant les rendements dans une limite de 30 à 35 hl/ha.

07092010_017   07092010_016   07092010_015

Dominique Belluard nous explique (à l'abri cette fois!) que l'essentiel de son énergie est consacrée à la vigne. La rencontre avec quelques "vignerons rebelles", partageant avec lui l'option d'une intervention minimale au cuvier et dans le chai, lui a permis d'évoluer en matière de vinification et d'élevage. Resté perplexe quant à la qualité des bois et à l'impact de la barrique sur les jus et l'expression des terroirs, il a fait le choix du béton depuis 2004 et s'équipe, petit à petit, d'oeufs de cette matière. A terme, tous les vins tranquilles seront vinifiés ainsi et le cuvier inox sera alors obsolète. Juste le temps de sensibiliser une clientèle fidèle, à ces évolutions déterminantes.

Place à la découverte du millésime 2009, qui s'annonce sous les meilleurs auspices. La cuvée Les Alpes, un assemblage de terroirs, puis Le Feu, monocépage et monoterroir, vont sans nul doute, démontrer une fois de plus le potentiel du cépage. A noter également une troisième cuvée de gringet sans soufre, assez expérimentale pour le moment. Suit ensuite la cuvée Les Grandes Jorasses, à base d'altesse, qui passera pour partie, dans les oeufs en 2010. Enfin, vingt ares de mondeuse, vinifiés en 2009 en amphore - la méthode a enthousiasmé le vigneron! - propose aujourd'hui une petite merveille de fruit et de texture!... Ne courez pas!... Les 300 bouteilles produites ne sont déjà plus disponibles!... Avec un peu de chance, nous pourrons découvrir la nouvelle cuvée 2010 de gringet, qui va aussi passer dans ce type de contenant.

Côté méthode traditionnelle, une première cuvée classique en brut et Mont Blanc (brut zéro, sélection parcellaire sur éboulis calcaires, quatre ans sur lattes), comme un pied de nez aux millésimés champenois!... Il est joueur, Dominique Belluard!...

Tous les vins sont mis en bouteilles en juin. Dégazage et soufre minimum. Depuis cinq ans, plus de chaptalisation, levures et bactéries indigènes uniquement. Les cuvées Le Feu et Grandes Jorasses sont disponibles en novembre. Pour le vigneron, 2009 est supérieur à 2005, par un équilibre remarquable.

Pas de doute, avec de tels vignerons - n'oublions pas Gilles Berlioz, Jacques Maillet et quelques autres - la Savoie a changé de braquet!... La condescendance n'est plus de mise ici. Vous êtes au pays des plus hautes montagnes, mais aussi des grands vins!... La qualité de ces cuvées savoyardes et la sensibilité des vignerons rencontrés le démontrent : bienvenue au pays des vins vivants!...

Posté par PhilR à 15:12 - - Commentaires [1] - Rétroliens [0]
Tags : , , , ,


  1