St Émilion, encore et toujours!... Le premier lundi d'avril donne le véritable coup d'envoi aux Primeurs du dernier millésime... en couche-culotte!... Toute la région frétille, frissonne... Alors?... Grand millésime ou pas?... Au Château Fonroque, une belle réunion de vignerons de toute la France, suggère aux professionnels (et autres) de découvrir les cuvées du groupe Biodyvin, tous vignerons adeptes de la biodynamie certifiée.

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Biodyvin, c'est le Syndicat International des Vignerons en Culture Biodynamique, créé en 1995. A ce jour, il regroupe 73 vignerons français et quelques étrangers, notamment allemands. L'organisme délivre le label Biodyvin aux adhérents ayant été contrôlés par Ecocert, organisme indépendant. Certains soulignent également que les cuvées sont dégustées par un jury interne, sensé déceler ou pas "l'esprit biody" des vins. Assez subjectif, mais raisonnable. Nombre de domaines présents font aussi partie de Renaissance des Appellations, chère à Nicolas Joly. La dimension associative incontournable! Et pour fédérer tout ça?...

Il s'agissait là d'une vraie dégustation des Primeurs 2010, toutes régions confondues, avec quelques autres millésimes choisis pour permettre d'évaluer le niveau du nouveau né. Pas si simple, mais intéressant. Pas de propos dithyrambiques dans la bouche de la plupart des vignerons, de prime abord, mais quelques sourires entendus, des regards qui s'illuminent, puis enfin, quelques confidences enthousiastes!... Le moins que l'on puisse dire, c'est que beaucoup de vins ne sont pas monocordes et laissent transparaître une forme de complexité, tant en matière d'expression aromatique (déjà!) que de structure. Ce serait trop simple (et simpliste!) de généraliser, mais il est probable que certains domaines touchent cette année à un résultat hors norme. Avec parfois des conditions non moins exceptionnelles à la vigne, pendant toute l'année!...

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Les Primeurs!... Faut-il nécessairement ingurgiter ou borborygmer, puis cracher une multitude d'échantillons pour savoir ce qu'on doit attendre du dernier millésime?... Il y a certes, les échantillons quasi définitifs, même s'ils sont en cours d'élevage (sic!), dans le sens que le prélèvement effectué fait inévitablement partie du lot destiné à vivre sa vie jusqu'à la mise. Il y a ceux qui sont en cours de fermentation malolactique, ou tout proche de celle-ci, qui vous condamnent à une approximation absolue (et vous, vous notez relatif ou absolu?...). Et enfin, il y a ceux qui sont annoncés, à peine à mots couverts, comme des sélections genre "bêtes à concours" et qui ont pour mission de séduire le commun des dégustateurs. Enfin le commun!... Surtout l'un d'entre eux, venu de la région de Baltimore, à qui l'on donne parfois le pouvoir de décider de la teneur du budget prévisionnel ou de l'ampleur des investissements d'un GCC, pour les prochaines années!... Obtenir un 96-98, ce n'est pas pareil qu'un 93-95, lorsqu'il faut opter pour la plantation de quelques nouveaux hectares, faire appel au cheval pour les labours ou acheter un osmoseur!... Le niveau de la note, au printemps, sorte de partielle, va permettre une fluctuation du prix de vente, dans un sens ou dans l'autre, que l'on imagine aisément déterminant. Après tout, c'est humain!...

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Je n'ai pas encore eu le loisir de rendre visite à Éric et Christine Nicolas, au Domaine de Bellivière, mais plus le temps passe et les échantillons se succédant, plus une escapade sarthoise s'impose avant longtemps! En cette journée, j'aurais volontiers fait l'impasse sur la Loire (bien représentée ici!), mais étant accompagné, pour une fois, de Madame PhR, j'avoue qu'une telle mise en bouche s'impose!... Éric Nicolas n'est pas venu avec toute sa gamme, mais on devine, à ses premiers mots, que 2010 est hors du commun. De prime abord, il précise qu'il n'a effectué aucun traitement au cours de l'année sur ses vieilles vignes, soit un bon tiers du vignoble!... Ce qui est presque déjà en soi, vivre une sorte de rêve éveillé. Et comme les plus jeunes vignes n'ont subi qu'un passage, on comprend aisément que le vigneron puisse expliquer l'impact de la biodynamie sur ses vignes, sans aucune difficulté. Ne dit-on pas que la méthode permet à la plante de développer ses défenses?... Alors, quand une météo favorable s'en mêle!...

Deux 2010 au programme donc, mais que des blancs : Calligramme, assemblage de vieilles vignes en AOC Jasnières, expressif, tout en finesse, qui semble s'étirer sur un fil. En Coteaux du Loir, Vieilles Vignes Eparses, exubérant, volumineux en bouche, mais plein de fraîcheur. Ensuite, un autre Jasnières, Les Rosiers 2008, assemblage de jeunes vignes, mais doté d'un très beau dynamisme. Tiercé gagnant pour commencer!... Parfait!...

Autre indice fort, avec les deux cuvées du Domaine Montirius. Le Clos 2010 (50% syrah, 50% grenache), en AOC Vacqueyras et Terre des Aînés 2010 (80% grenache et 20% mourvèdre) en AOC Gigondas. Beaucoup d'ampleur et un équilibre qui s'annonce remarquable. Les deux mêmes, en version 2007, font la démonstration du potentiel de garde des vins du domaine. Christine et Éric Saurel sont confiants. On peut les suivre sur ce chemin.

Encore un très beau trio, avec les St Joseph 2010 du Domaine Monier-Perreol, aux expressions franches et pleines de classe. Châtelet et Terres Blanches ont un plus d'intensité et de volume, mais la cuvée Tradition (assemblage de vignes des deux domaines associés) n'est pas en reste!... Sur vos tablettes, vite!...

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Passage en Bourgogne, avec les Meursault et Monthélie du Domaine Pierre Morey. Le premier, joliment expressif, est un assemblage non définitif de deux parcelles - La Chaume de Narvaux et Les Pellans (situés sous les Premiers Crus Charmes) - qui devraient se voir adjoindre ensuite les vins de la parcelle Les Forges, comme c'est le cas pour le 2007, proposé également. Le vigneron murisaltien nous permet, de plus, de découvrir les Gevrey de Jean-Louis Trapet, absent ce jour. Mais là, les malos s'annoncent ou débutent et la dégustation se complique... J'aurais pourtant bien aimé déguster ce Chambertin 2010 dans une autre phase...

Grosse impression auprès d'Olivier Humbrecht, avec un très beau trio Pinot blanc, Riesling de Thann et Clos Saint Urbain Rangen de Thann 2010. Ce dernier, en version 2007, illustre parfaitement la dimension atteinte par les vins du domaine, qu'il faut prendre le temps de découvrir. C'est culturel!...

Salut amical à Eddy et Mileine Oosterlinck, qui présentent un quatuor magique du Domaine de Juchepie : Le Clos 2010 et 2007, puis Quintessence 2010 et 2007, une autre dimension, à faire pâlir le Sauternais!... Il fallait le dire!...

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Au moment de partir, Madame PhR, perspicace, me fait remarquer : "Nous sommes à St Émilion et nous n'avons pas dégusté un Bordeaux!?..." Bon, on y retourne!... C'est vrai que ce serait faire injure à nos hôtes de Fonroque!... C'est Laurent Nougaro, le responsable technique, qui nous propose de découvrir le 2010. Ce Grand Cru Classé de St Émilion est habituellement composé de 20% de cabernet franc et de 80% de merlot, sur une vingtaine d'hectares, dont 17,6 d'un seul tenant. Lors de la reprise du domaine, en 2001, une analyse poussée des sols a permis de constater que les trois composantes du vignoble saint émilionais étaient équitablement répartis dans le parcellaire : 1/3 sur le sol calcaire du plateau, 1/3 sur la Côte argilo-calcaire et 1/3 sur des sols argilo-limoneux de bas de côte.

L'échantillon 2010 est issu d'un lot passé en fût neuf. "Ce n'est pas forcément celui qu'on préfère, mais, à cette époque de l'année, il convient d'être à la hauteur!..." Très clair!... Néanmoins, le vin est d'une remarquable densité et l'expression sur les fruits rouges ne souffre pas outre mesure de l'élevage. De toute évidence, une belle réussite!... Un plus de fraîcheur, en allonge finale, qui en dit long!...

Le dernier vin nous a littéralement bluffés!... Il s'agit du Clos Puy Arnaud 2010, de Thierry Valette, en Côtes-de-Castillon, dont on peut lire une interview récente ici. Après une très jolie mise en bouche avec La cuvée Bistrot de Puy Arnaud 2010, l'échantillon proposé du grand vin est surtout étonnant par sa fraîcheur!... Dominante merlot (63% environ), 35% cabernet franc et un soupçon (2%) de cabernet sauvignon, pour ce vin précis et intense, avec un soyeux et une densité qui symbolisent sans doute ce que ce millésime a de grand.

Il faut, certes, déguster dans toute la région pour s'en faire une idée plus précise, mais certains vinificateurs ont su laisser la bride sur le cou à la vendange, du fait de ses qualités intrinsèques, être acteurs plutôt que médecins lors des fermentations et des vinifications, ce qui nous conduit, à priori, vers une forme d'authenticité peu fréquente. Et il n'est pas interdit de penser que certains vignerons en biodynamie depuis une décennie, voire plus, touchent les dividendes de leurs choix, de leur sensibilité et de leur conviction, dans une année comme 2010. Et pour ce qui est de Bordeaux, (re)découvrir que la région est plurielle, ne serait pas la moindre des bonnes nouvelles!... Finalement, c'est aussi à cela que peuvent servir les Primeurs!...