Roussillon 2011 : Camp del Roc, à Montalba le Château
Roussillon: terre aux mille visages et aux mille terroirs!... Venant de St Paul de Fenouillet, la route qui mène à Montalba le Château illustre, à elle seule, la majesté de ce pays, de cette Catalogne française. Le GPS semble sur de lui!... Pourtant, après Trilla, la largeur du chemin diminue encore. Devrons-nous finir en VTT pour passer le col?... Finalement, nous atteignons sans encombre Trévillach puis, à quelques encablures, Montalba, paisible bourgade dans le Haut-Fenouillèdes et la haute vallée de la Têt.
Le village compte une centaine d'habitants, catalans pur jus et l'arrivée de Julien Montagnon et de sa compagne Emmanuelle a sensiblement contribué à la baisse de la moyenne d'âge locale. Et à animer aussi quelques conversations, au sein de la communauté vigneronne. Pensez-donc, ils passent un temps fou à la vigne, à longueur d'année et l'herbe pousse dans les rangs!... "Et leur vin, dites-moi, il ne pique pas un peu?..." Le premier domaine en cave particulière du village ne pouvait laisser indifférent!...
Choc de cultures. Qui devrait d'ailleurs s'accentuer, puisque c'est ici, à Trévillach et Montalba, sur près de 25 ha, que Dominique Hauvette vient de s'installer également, vinifiant dans les locaux de la cave coopérative locale désaffectée. Un nouveau défi pour la vigneronne des Baux, que l'on dit un peu lasse de la Provence bling-bling!... Et quel défi!...
Pour Julien Montagon, en tout cas, ce voisinage a quelque chose de rassurant, quant à son choix. Un peu comme cette vue sur le Canigou, emblème, totem de la région. D'ailleurs, on s'étonne qu'il ne soit pas plus souvent présent sur les étiquettes, y compris de façon stylisée. Philippe Wies, de La Petite Baigneuse, était aussi passé par là, avant d'opter pour Maury et le secteur de St Paul de Fenouillet.
Originaire de Valence, dans la Drôme, de parents enseignants, Julien a un cursus scolaire des plus classiques, échoue en faculté, au sens propre comme au sens figuré et finit par abandonner cette trajectoire incertaine. Il se lance côté vignes et vins, débute dans le Diois, puis travaille à la tâche, pour plusieurs domaines de renom, en Rhône septentrional. Il fait aussi partie intégrante de quelques groupes se livrant à diverses expériences innovantes, en matière d'oenologie.
Au milieu des années 2000, il se dit qu'il serait peut-être bon de poser ses valises quelque part. Avec cet objectif, comme un idéal qui se construit, débute alors une longue quête, qui va lui permettre de visiter moult vignobles, du Lyonnais au Portugal!...
En 2008, il découvre Camp del Roc, dont Philippe Botet est alors propriétaire depuis 2003, sur quatre hectares de très beaux terroirs de granites plus ou moins décomposés, situés entre 400 et 600 m d'alititude. Dans un souci de ne pas procéder à une "succession sèche", au regard de ce qui se fait alors ici, il est convenu que les assemblages des 2008 et les vinifications des 2009 seront abordés de concert. 2010 est donc le premier millésime, à part entière, de Julien et Emmanuelle qui ont, de plus, doublé la superficie du domaine, le passant à huit hectares et treize cépages identifiés, plus quelques autres...
Bien sur, il convient désormais d'apprendre ce terroir assez exceptionnel sur des granites (assez rare, dans la palette régionale des sols) dont une des composantes, l'altitude, est un vrai point fort. On note parfois une amplitude thermique de 7° au mois d'août, entre Ille sur Têt et Montalba!... Ainsi, les maturités voulues sont atteintes parfois deux semaines après Maury ou Latour de France. De plus, nombre de parcelles, dont Erant Olim et La Frontera, sont isolées dans la garrigue, ce qui est un plus évident, pour mettre en oeuvre une culture s'appuyant sur la biodynamie.
Dans sa volonté d'apporter sa propre vision sur des vins du "type Roussillon", Julien Montagnon a pris quelques orientations importantes : vinifications en béton, aucun intrant, usage si nécessaire du chaud et du froid, élevages de douze à dix-huit mois, parfois en grands contenants. Sans soufre jusqu'au terme de l'élevage, le vigneron estime que ses vins sont "plutôt natures". Il se réserve la possibilité cependant, de protéger certaines cuvées, au moment de la mise. La vendange est traitée de manière la plus douce possible, avec l'emploi d'un petit pressoir vertical et d'une pompe péristatique très performante. Les vins sont ni filtrés, ni collés. La mise en bouteille est manuelle, par gravité et... familiale!... Un aspect des choses auquel le vigneron est très attaché.
Prenons le temps d'un tour d'horizon des cuvées du domaine : le blanc, Singularis 2010, assez singulier à plus d'un titre. D'abord, parce qu'il n'y en a que 600 à 800 bouteilles, ensuite parce qu'il est issu d'un coteau exposé nord, à 600 m d'altitude et enfin pour son mode de vendanges. En effet, dans ces carignans, les blancs, les gris et les noirs sont mélangés, au niveau de la parcelle. Le premier passage permet de ramasser les deux premiers, le second est consacré aux noirs. Les blancs sont ensuite vinifiés en cuve et les gris, quant à eux, en barriques, avant l'assemblage définitif et la mise. Le vin est doté d'un joli équilibre et d'une belle tension, même s'il a un peu valeur de test en vraie grandeur, avant de nouvelles plantations, peut-être.
Si Roc Petit 2009, issu des jeunes vignes de syrah, carignan et grenache, est plutôt dans un registre gourmand, Vinum Patris 2009 se veut l'emblème du domaine. Des vieux carignans sur granite pour l'essentiel, un peu de cinsault, deux doigts de syrah souvent ancienne et entre 20 et 30% de grappes entières lors des vinifications. Résultat, un rouge tonique, avec une typicité Roussillon et un franc caractère.
La suite permet de progresser dans la gamme, avec des cuvées denses et intenses, sur la puissance, mais dont l'assemblage se révèle des plus judicieux. Un caractère résolument catalan, mais versant espagnol, avec du lledoner pelut (proche du grenache) et du mataro (mourvèdre en Espagne) pour l'essentiel et 10% environ de carignan. C'est Gôme 2009, vinifié en cuves béton et élevé en demi-muids. Un grand potentiel de garde, une invitation à franchir la frontière!...
Dans un registre proche, mais élevées au rang d'exceptions culturales, deux parcelles perdues dans la garrigue. Erant Olim 2009, à peine quarante ares de vieux cépages méconnus et mélangés, plantés en franc de pied voilà plus d'un siècle!... Bien sur, au final, guère plus de 600 bouteilles d'une cuvée dépassant les 15°, mais qui surprend par sa fraîcheur et la finesse de ses arômes. En fait, à ce stade, ça pinote!... Justement, Julien Montagnon se dit prêt à miser quelques piécettes sur l'évolution de ce vin et son potentiel à se glisser habilement, avec un peu de recul, dans une dégustation à l'aveugle de quelques beaux crus bourguignons. Affaire à suivre!...
Guère plus de flacons disponibles, même si la seconde parcelle est un peu plus grande : La Frontera 2009, parce qu'une borne subsiste sur place, qui marquait l'ancienne frontière avec l'Espagne. En fait, il s'agit là de syrah plantée en 1980, ce qui en fait une des plus anciennes du département, puisque la première en P-O fût plantée en 1979. Une expression aromatique plutôt originale et là encore, une belle dynamique et un très beau volume dense et malgré tout, très abordable dès maintenant.
Malgré cette gamme plutôt complète (un rosé est aussi disponible, Nocimô), Julien Montagnon va proposer bientôt deux nouvelles cuvées, parce que sa vision des choses, sa réflexion, le poussent vers d'autres expériences, d'autres sujets. En premier lieu, Point 0 2009 (lisez Point Zéro), une sélection de carignans noirs centenaires, issus de ce même coteau nord à 600 m d'altitude. 24 à 28 mois d'élevage sans doute et un potentiel énorme, à la texture dense et homogène. Au final, une centaine de magnums disponibles en septembre 2011!...
Amateur de Porto à ses heures, Julien se demandait ce qui pouvait rapprocher un Maury (ou un vin muté du Roussillon) d'un grand Vintage lusitanien. Après avoir sélectionné quelques critères essentiels, le vigneron de Montalba propose Paradygme 2008. Grenache, carignan et syrah, mutés sur marc. Les raisins sont ramassés à la fin des vendanges, sans rechercher une extrême maturité. Pigeage jusqu'à Noël et élevage oxydatif dans des barriques de Cognac non lavées. Affichant 80 gr de sucres résiduels et 17°, le vin avance doucement. Il ne sera mis en bouteilles que lorsque la bouche sera plus sur l'oxydatif et que les tannins, en finale, se feront plus nuancés. Peut-être en fin d'année mais, là encore, le potentiel est passionnant!...
Potentiel!... C'est un peu ce qui caractérise, globalement ce domaine Camp del Roc. Certes, il est déjà apparu dans la presse spécialisée et son destin semble tracé, même si la vigne et le vin sont un perpétuel recommencement, la remise en cause indispensable. Julien Montagnon ne l'ignore pas et prend garde à ne pas construire des châteaux... si près de l'Espagne. Après deux premiers millésimes, comme autant de ballons d'essais, 2010 arrive avec ses qualités intrinsèques et finalement assez rares. Indiscutablement, le Haut Pays du Fenouillèdes, ce bout de Catalogne nord, vaut le détour!...
Commentaires sur Roussillon 2011 : Camp del Roc, à Montalba le Château
- Tout d'abord, je vous pressente nos excuses pour notre absence.

Vous le savez peut-être mais nous sommes originaire de la vallée du Rhône septentrionale, et fort du travail réalisé sur le Camp Del Roc nous avons repris un nouveau domaine dans cette zone. C'est le domaine Lombard sur Brezeme ou nous produisons aussi des crozes et hermitage.
Et donc oui, nous partageons notre temps entre les 2 domaine et nous sommes peu présent dans le Roussillon. Notre sang coule dans chaque bouteilles du camp del roc mais son avenir reste incertain encore a ce jour.
cordialement
julien Montagnon - Bravo pour ce CR qui reflète parfaitement une certaine vision du vin.

Mr Montagnon j'ai essayé de vous joindre par téléphone mais le numéro communiqué par le caviste d' aux 4 canons à Perpignan, ne répondait pas.
Expatrié en pays catalan depuis maintenant 12 ans, je suis originaire tout comme vous de la Drôme et plus exactement de Romans sur Isère. Aficionado de bons vins j’ai commencé à me constituer une cave particulière depuis 4/5 ans grandement composée de vins de la vallée du Rhône mais aussi du Roussillon. Je suis un inconditionnel de la Syrah et je remonte régulièrement pour les salons de Tain et surtout celui de Cornas, tout près de ma belle famille basée sur Toulaud.
Lors de ce dernier salon j’ai d’ailleurs discuté avec une fille éminemment sympathique du Domaine du Coulet dont je ne rappelle plus le prénom et qui vous connaissez bien. Leurs Cornas, No wines land et Crozes sont exceptionnels, une véritable claque.
De plus en plus tourné et convaincu par la biodynamie, je me suis donc laissé tenter par la dégustation d’une de vos bouteilles, Vinum Patris dans le millésime 2009. Je l’ai trouvé par hasard en faisant des courses dans un supermarché de Villeneuve de la Raho (il n’y avait que 6 bouteilles). Il faut dire que depuis la reprise du domaine par un « compatriote », j’avais en tête de venir vous voir mais les jours passent vite…et Montalba est pour moi une terre inconnue…
La dégustation a été un véritable coup de cœur, du même tonneau que le domaine du Coulet c’est peu dire ! Du coup je me suis dit qu’il fallait absolument que je goute l’ensemble de la gamme. Mais j’ai appris que vous aviez quitté Montalba pour revenir dans le pays pour reprendre le Domaine Lombard sur Brezeme. D’un côté c’est une bonne nouvelle car c’est un domaine que je connais bien (j’ai de la famille sur Livron) et que j’affectionne également (surtout les cuvées Eugène de Monicault et Brezemus que j’encave d’année en année) et c’est rassurant que cela soit vous qui reprenne le domaine. Mais d’un autre côté le Roussillon vous perd.
A propos de Roussillon serait-il possible de déguster les différentes cuvées du Camp del Roc sur Montalba en votre compagnie ou avez-vous déjà vendu le stock chez divers cavistes ou autres enseignes de distribution locales? Enfin, le millésime 2010 Camp del roc verra-t-il le jour prochainement?
Espérant vous voir avant le prochain salon des vins de Tain fin Février,
Salutations viticoles d’une raviole catalane.






















































































