... pour pouvoir faire mon numéro! Quand l'avion se pose sur la piste, à Rotterdam ou à Rio!... Où on se dit parfois qu'il s'en faut de peu que la vie ne bascule!... Pour se dire aussi, certains soirs, qu'il vaut mieux qu'elle n'ait pas basculé!... Si Patrick Böttcher nous interpelle, nous lance cet appel pour évoquer les cavistes qui ne partent pas en vacances, eux, c'est aussi pour que l'on prenne le temps de lire entre les lignes, à l'occasion des VdV #38!... Parce qu'enfin, cet espace de liberté que semble offrir cette profession de caviste n'est pas vraiment une sinécure, par les temps qui courent!... D'ailleurs, ils ne sont vdv-logo[1]pas rares à devoir cesser leur activité ou à devoir adopter une position de repli, face à cette satanée conjoncture!...

Voilà quelques années, alors que j'errais au quotidien dans ma grande entreprise (rassurez-vous, je n'ai toujours pas mis fin à cette errance, même si je ne suis pas à plaindre, diront certains!... Et ils n'ont pas tort d'ailleurs!...), une opportunité se présenta dans ma petite préfecture de province. Un peu trop petite et un peu trop de province, d'ailleurs!... Mais ça, nous le savions déjà. A deux pas de notre domicile, un espace assez sympathique, quoique limité en surface viable, se proposait dans le cadre séduisant de la salle de spectacle locale, dotée du statut envié de Scène Nationale.

Ceci dit, ce bar n'avait jamais marché... Si bien qu'il était inoccupé depuis plusieurs années. La Ville souhaitait donc le voir évoluer. Un vote du conseil municipal et tout devenait possible. Par chance, nous fûmes parmi les premiers informés. Contacts téléphoniques, quelques plans sur la comète... "Votre proposition nous intéresse, montez votre dossier et on en reparle!..."

Quelques semaines plus tard, toujours très peu de candidats... Le dossier se construit patiemment : travaux, banque, équipements, déco et même quelques contacts avec des vignerons. Le temps passe, la Ville s'impatiente un peu... D'autres personnes sur la ligne de départ sans doute... Les élus en charge de la culture souhaitent, disent-ils, que cet espace soit de nouveau ouvert pour la future saison de spectacle.

Habitués et habitants du centre ville, nous en profitons pour être plus attentifs à la vie et au potentiel affiché par celui-ci, pendant tout ce temps. Un ou deux établissements, tendance "citadelle", non loin de là, mais dans un autre style. Notre attention nous éclaire petit à petit, nous ouvre les yeux : des jours et des périodes peu "porteuses", une exposition plein nord synonyme d'ombre et de courants d'air peuphoto11 amènes, quelques mises en garde, ici ou là...

Néanmoins, le dossier est adressé au Maire. Le bar à vins-cave a déjà un nom : L'Aéropostale!... Pour ce que ce nom porte d'évocateur et son potentiel à nous faire voyager, à nous transporter. Et pour son côté universel aussi, qui va avec notre envie de proposer des vins du Monde entier. Un espace qui évoque l'Aventure de ces passionnés d'aviation qui repoussèrent leurs limites, pour transporter du courrier et aussi pour saluer René Couzinet, avionneur à La Roche sur Yon, naguère.

Tout est ficelé. On se prend à rêver. Contact!... Les moteurs vrombissent!... Déjà, le parfum des épices et de la terre chaude nous envahissent!... La date de la décision est proche. Et puis, un matin, on se demande si on est prêt à croire en cet avenir... Et deux heures plus tard, on informe la Mairie que finalement, on renonce!...

Alors, me direz-vous, qui ne risque rien n'a rien!... Que la chance sourit aux audacieux... Alors, je dis bravo aux audacieux!... De l'audace, toujours de l'audace... Et au bout, en 2011?... Quoi?... Nous n'étions pas prêts pour vivre avec la peur et ces joies si éphémères. Bien sûr, l'établisement en question est ouvert aujourd'hui, sous un autre nom, mais pour faire quoi?... Quel prix à payer pour une forme d'indépendance fragile, teintée de frustration?...

Alors, bon sang!... Mais foncez chez votre caviste et, pendant vos vacances, chez le caviste de vos amis, y compris ceux du web 2.0!... Voilà un métier qui apporte plaisirs, découvertes, rencontres, passion. Finalement, ce sont un peu les descendants de tous ceux qui tenaient ces bars de villages et de quartiers, aujourd'hui disparus. Ceux qui étaient, certains jours, les sentinelles de notre quotidien. Et, en plus, ils ne manquent pas d'audace, ni de courage!...

Allez, je vous raconte ma vie, là!... Pardonnez cet écart, mais lorsque j'évoque ce projet passé, ça me démange dans le bas du dos!... Peut-être bientôt, moi aussi, je vous ferai mon numéro... à Rotterdam ou à Rio!...