Vendredis du Vin # 38 : j'aurais voulu être un caviste!...
... pour pouvoir faire mon numéro! Quand l'avion se pose sur la piste, à Rotterdam ou à Rio!... Où on se dit parfois qu'il s'en faut de peu que la vie ne bascule!... Pour se dire aussi, certains soirs, qu'il vaut mieux qu'elle n'ait pas basculé!... Si Patrick Böttcher nous interpelle, nous lance cet appel pour évoquer les cavistes qui ne partent pas en vacances, eux, c'est aussi pour que l'on prenne le temps de lire entre les lignes, à l'occasion des VdV #38!... Parce qu'enfin, cet espace de liberté que semble offrir cette profession de caviste n'est pas vraiment une sinécure, par les temps qui courent!... D'ailleurs, ils ne sont
pas rares à devoir cesser leur activité ou à devoir adopter une position de repli, face à cette satanée conjoncture!...
Voilà quelques années, alors que j'errais au quotidien dans ma grande entreprise (rassurez-vous, je n'ai toujours pas mis fin à cette errance, même si je ne suis pas à plaindre, diront certains!... Et ils n'ont pas tort d'ailleurs!...), une opportunité se présenta dans ma petite préfecture de province. Un peu trop petite et un peu trop de province, d'ailleurs!... Mais ça, nous le savions déjà. A deux pas de notre domicile, un espace assez sympathique, quoique limité en surface viable, se proposait dans le cadre séduisant de la salle de spectacle locale, dotée du statut envié de Scène Nationale.
Ceci dit, ce bar n'avait jamais marché... Si bien qu'il était inoccupé depuis plusieurs années. La Ville souhaitait donc le voir évoluer. Un vote du conseil municipal et tout devenait possible. Par chance, nous fûmes parmi les premiers informés. Contacts téléphoniques, quelques plans sur la comète... "Votre proposition nous intéresse, montez votre dossier et on en reparle!..."
Quelques semaines plus tard, toujours très peu de candidats... Le dossier se construit patiemment : travaux, banque, équipements, déco et même quelques contacts avec des vignerons. Le temps passe, la Ville s'impatiente un peu... D'autres personnes sur la ligne de départ sans doute... Les élus en charge de la culture souhaitent, disent-ils, que cet espace soit de nouveau ouvert pour la future saison de spectacle.
Habitués et habitants du centre ville, nous en profitons pour être plus attentifs à la vie et au potentiel affiché par celui-ci, pendant tout ce temps. Un ou deux établissements, tendance "citadelle", non loin de là, mais dans un autre style. Notre attention nous éclaire petit à petit, nous ouvre les yeux : des jours et des périodes peu "porteuses", une exposition plein nord synonyme d'ombre et de courants d'air peu
amènes, quelques mises en garde, ici ou là...
Néanmoins, le dossier est adressé au Maire. Le bar à vins-cave a déjà un nom : L'Aéropostale!... Pour ce que ce nom porte d'évocateur et son potentiel à nous faire voyager, à nous transporter. Et pour son côté universel aussi, qui va avec notre envie de proposer des vins du Monde entier. Un espace qui évoque l'Aventure de ces passionnés d'aviation qui repoussèrent leurs limites, pour transporter du courrier et aussi pour saluer René Couzinet, avionneur à La Roche sur Yon, naguère.
Tout est ficelé. On se prend à rêver. Contact!... Les moteurs vrombissent!... Déjà, le parfum des épices et de la terre chaude nous envahissent!... La date de la décision est proche. Et puis, un matin, on se demande si on est prêt à croire en cet avenir... Et deux heures plus tard, on informe la Mairie que finalement, on renonce!...
Alors, me direz-vous, qui ne risque rien n'a rien!... Que la chance sourit aux audacieux... Alors, je dis bravo aux audacieux!... De l'audace, toujours de l'audace... Et au bout, en 2011?... Quoi?... Nous n'étions pas prêts pour vivre avec la peur et ces joies si éphémères. Bien sûr, l'établisement en question est ouvert aujourd'hui, sous un autre nom, mais pour faire quoi?... Quel prix à payer pour une forme d'indépendance fragile, teintée de frustration?...
Alors, bon sang!... Mais foncez chez votre caviste et, pendant vos vacances, chez le caviste de vos amis, y compris ceux du web 2.0!... Voilà un métier qui apporte plaisirs, découvertes, rencontres, passion. Finalement, ce sont un peu les descendants de tous ceux qui tenaient ces bars de villages et de quartiers, aujourd'hui disparus. Ceux qui étaient, certains jours, les sentinelles de notre quotidien. Et, en plus, ils ne manquent pas d'audace, ni de courage!...
Allez, je vous raconte ma vie, là!... Pardonnez cet écart, mais lorsque j'évoque ce projet passé, ça me démange dans le bas du dos!... Peut-être bientôt, moi aussi, je vous ferai mon numéro... à Rotterdam ou à Rio!...
REVEVIN 2011 : Domaine de Trévallon, avec Eloi Dürrbach
Il était une fois un domaine provençal dans la force de l'âge, tout auréolé d'un succès forgé avec le temps, mesuré à l'aune de travaux titanesques. Pas une terre historique, bâtie de quelque forteresse de pierre blanche ou rousse, regardant un quelconque estuaire, mais naguère, un espace de garrigue sauvage à souhait, entourant un mas aux volets bleu ciel de Provence. Pourtant, la vigne qui pousse là, sans être centenaire, élève le vin qui en coule, au rang de Grand Cru et ce, depuis ses origines, ou presque.
Eloi Dürrbach, au Domaine de Trévallon, admet volontiers que la vie est sans doute faite, pour partie, de hasards et de rencontres, mais ce serait sans doute oublier un peu vite le travail et la passion. Avait-il vraiment le but de redonner ses lettres de noblesse aux vins de la région des Baux de Provence toute entière, lorsqu'il vint s'installer là en 1973?... Pas certain. Sans doute, s'était-il penché sur l'Histoire vinicole de la région, pour en capter le contenu essentiel, qui donne la sève originale à ce cru : les cépages historiques, ceux qui avaient droit de cité, selon les générations passées, avant même le phylloxera. Las! Les caciques régionaux, à peine une décennie plus tard, le bannirent alors qu'ils tentaient eux-mêmes de se faire entendre au-delà des berges du Rhône et des escarpements des Alpilles!...
Depuis, sans doute, le domaine jouit d'un statut particulier (qui n'a rien de celui d'un martyr!) dans l'esprit des amateurs et peut-être des vignerons eux-mêmes, dont certains ne pouvaient manquer de participer à une telle séance. Pour ma part, une verticale de Trévallon, c'était une sorte de rêve à réaliser, à satisfaire, comme un alpiniste amateur rêve du Mont Blanc ou comme un passionné de navigation à voile espère traverser l'Atlantique un jour.
Sensations, images teintées d'utopie et puis, finalement, le partage assez exceptionnel, sous le patio du Chai Carlina, en cette matinée quasi estivale, très sud!... Neuf millésimes en rouge et trois en blanc!... Les années 2000 revues et dégustées. Nous étions comblés d'y prendre part, surtout en compagnie du vigneron lui-même.
- Blanc 2009 :
Or pâle. Le nez est intense, complexe, à dominante florale, nuancé de fruits à chair blanche. Sensation de volume dès la mise en bouche et de richesse onctueuse. Très belle expression gourmande et fraîche, même si tout n'est pas rigoureusement en place. Rétro passionnante d'herbes sauvages et surtout une touche "calcaire", sorte de sensation tactile qui évoque le grain des galets blancs du cru!... Étonnant potentiel!...
- Blanc 2005 :
Or brillant. Nez plutôt expressif dans un style assez classique fruits-fleurs. Encore un beau volume en bouche, dense, intense, onctueux. Séduisante finale anisée, qui s'étire grâce à un équilibre porté par une pointe saline.
- Blanc 2000 :
Or soutenu. Le nez donne immédiatement une sensation de profondeur, avec une pointe de beurre frais et d'amande, soutenant la pêche mûre, presque miellée. Grande complexité évidente. La bouche évoque la
plénitude!... Volume, ampleur, densité... Finale fraîche, un rien truffée, qui fait de ce vin un phare pour une belle cuisine de poisson, y compris avant-gardiste!...
- Rouge 2008 :
Une teinte pivoine avenante. Nez plein de fraîcheur fruitée, prune, cerise. La bouche est délicatement charnue, avec les tannins d'un millésime plus léger peut-être. Plutôt réussi et sans doute destiné à une consommation plus rapide, au regard d'autres années plus denses, mais une jolie réussite.
- Rouge 2007 :
Robe intense, profonde. Nez assez ouvert et complexe, qui va des baies noires aux épices douces. En bouche, très beau grain, plein de finesse et de densité. Tannins racés, qui tapissent la bouche de façon gourmande. Belle longueur, la finale s'étire... Du grand art!...
- Rouge 2006 :
Robe profonde. Nez très original, où les fruits rouges laissent un peu de place à la figue, aux fruits secs. La bouche révèle une certaine fermeté et un côté austère, mais la structure s'allonge en une finale complexe et multiple, fruits compotés, épices, olives.
- Rouge 2005 :
Rubis profond. Beaucoup de charme dans ce nez fruité, puis sur une pointe d'herbes de cuisine. Sur la puissance, avec un volume riche qui en impose. Pas bodybuildé pour deux sous, mais les tannins en imposent, avec toujours cette complexité d'expression, qui se termine sur une rétro remarquable de fruits rouges mûrs. Potentiel énorme!...
- Rouge 2004 :
Belle robe profonde. Le nez montre un soupçon de fruits confiturés, qui laisse soupçonner une lente évolution vers les arômes tertiaires. Un peu de rigueur dans les tannins plutôt serrés de prime abord, mais
là encore, le vin est d'une expression délicate, nuancée, ce qui tend à démontrer la qualité de lecture du vigneron, pour chaque millésime.
- Rouge 2003 :
L'échantillon n'est pas net. Légèrement bouchonné.
- Rouge 2001 :
Légères traces d'évolution sur cette robe profonde. Une pointe de cerises à l'eau de vie au nez, un peu de fruits secs et d'épices. La bouche est droite, tonique, ferme. Une forme de rigueur, mais la finale est exubérante et complexe. Élitiste et généreux.
- Rouge 2000 :
Belle robe rubis, avec une nuance tuilée sur le bord du disque. Les arômes sont complexes et l'expression offre la gamme Trévallon : fruits rouges, herbes, épices... La bouche se montre homogène, soyeuse, très propre, rappelant les arômes présents au nez, mais la texture est séduisante, gardant une belle fraîcheur sur la longue finale.
- Rouge 1995 :
Reflets orangés foncés. Les arômes sont résolument tertiaires, sur le cuir et le menthol. Le vin est ouvert, avec un équilibre sur la fraîcheur de fruits rouges et une rétro minérale à souhait!... Superbe impression de flacon au top!...
Quelques impressions, en guise de conclusion : ce que montre cette dégustation, en premier lieu, c'est la qualité de lecture de chaque millésime et du terroir, par le vigneron Eloi Dürrbach. Et sans doute, de la combinaison des deux également, le tout basé sur une observation au jour le jour. C'est le propre du producteur qui est en phase avec son domaine, ses parcelles. Bien sûr, on n'oublie pas que Trévallon peut prétendre au statut de "Grand Cru", mais sans les dérives ultra-com!... Et avec la liberté immense de faire le choix, si nécessaire, de ne pas produire un millésime trop difficile, comme 2002. Devenu impensable à Bordeaux ou ailleurs, à ce niveau de notoriété et de qualité!...
Le blanc atteint les sommets et pourrait être aisément désigné comme parmi les meilleurs compagnons de la table et de la cuisine. L'apport d'une petite proportion (à ce jour) de grenache blanc, comme c'est le cas en 2009 pour la première fois, va sans doute donner encore plus de complexité et d'ampleur à ce vin rare. Pour le rouge, une telle verticale traduit vraiment l'authenticité du cru et l'expression fidèle du millésime et ce n'est pas la moindre des belles surprises de cette journée!...
Ardèche, quelle(s) nature(s) : les gars!...
Quittant Vallon Pont d'Arc, prenez la route vers le nord. Celle qui mène à Villeneuve de Berg, petite ville qui fut le point de ralliement du plusieurs milliers de personnes, en février dernier, opposées à l'exploitation des gaz de schiste, en Ardèche. No gazaran!... L'Ardèche, qui nous montre l'exemple, en matière de prise de conscience, de résistance aussi, parce que nombre de régions sont également concernées. L'Ardèche, un pont qui défie le temps!...
Une petite route donc, qui pénètre dans une étroite vallée par une sorte de souricière en S, la vallée de l'Ibie. Une rivière, que dis-je un ru, qui ne coule qu'en pointillés sur la carte et tout au long de l'année, ou presque, loin du bouillonnement de l'Ardèche qui, dans ses gorges dédiées au tourisme débridé, attire une flottille multicolore. On franchit pourtant de larges ponts submersibles... en se disant, au coeur de l'été, qu'on aimerait voir ce paysage animé de ce torrent éphémère. Tout en lui recommandant de rester discret.
A l'entrée de cette vallée, un premier hameau et quelques maisons de pierre, comme une sorte de poste de garde, ou plutôt une aire d'accueil, tout ce qu'il y a de pacifique : Les Salelles. La première maison, sur la droite, c'est celle de Gilles Azzoni. Vous pouvez vous arrêter, le vigneron prend le temps de recevoir ceux qui viennent jusqu'à lui, comme le rappelle Sylvie Augereau, dans la 3è cuvée de son Carnet de Vigne, en reprenant une de ses phrases : "Il faut se montrer disponible, les gens aiment aussi ce qu'on dit."
~ Gilles Azzoni, Mas de la Bégude ~
L'endroit est paisible. On y ressent souvent une sorte de sérénité. Gilles Azzoni est vigneron, mais l'on devine qu'en sa compagnie, on pourrait passer des heures, autant pour évoquer l'Histoire, la grande, la Littérature, en échangeant sur nos récentes lectures réciproques, ou pour traiter aimablement de tout ce qui doit renforcer notre sens de l'Humanisme. Entre temps, on pourra apprécier quelques cuvées du cru, parler du Raisin et disserter quant au sexe des Anges!...
La matinée est belle. L'ombre du vénérable tilleul nous accueille. Lui qui dispense ses bienfaits depuis tant de générations. Envie de cépages?... Ça tombe bien, c'est Nedjma 2009 qui, le premier, s'est glissé dans notre verre!... Viognier, roussanne, marsanne, ugni blanc, grenache blanc, muscat petit grain et petit manseng!... Un cocktail tout à fait étonnant, capable d'afficher 14,3° et de désaltérer comme une eau de source de la montagne.
Gilles Azzoni est installé aux Salelles, à St Maurice d'Ibie, depuis novembre 1983, dans une maison protestante, sans doute dotée d'une sorte de vibrato, qui ne laisse personne vraiment indifférent et comme construite autour de ses meubles. C'était la maison de Robert et Lucie, qui reposent d'ailleurs là, tout près, au bout des premiers rangs de vigne. Au départ, 8,5 ha, puis jusqu'à 9 et désormais 6,5 ha, réduction en cours!... Aujourd'hui, il dit être à la fois un agriculteur, un transformateur et un administrateur de son domaine. Et le tout, dans une "très belle imperfection"!... Sa révolution culturelle vers le "tout nature" remonte à l'année 2000.
Le vigneron de l'Ibie est cependant devenu une sorte de référent pour ses confrères de la région, du moins ceux qui ont rejoint, au fil des années, les vallées du Sud-Ardèche et notamment celle, parallèle, de Valvignères, où se trouve Gérald Oustric. Il s'en réjouit vivement et cela lui permet, le cas échéant, de céder quelques arpents à ces jeunes passionnés, qui voient désormais, les rangs des "natures" grossir, pour notre plus grand plaisir : Jérôme Jouret, du Domaine des Clapas et Andréa Calek bien sur, mais aussi Manu Cunin et Vincent Fargier, au Domaine des Deux Terres, ou encore Sylvain Bock et le petit dernier, Greg, qui travaille seul quelques parcelles au cheval et qui devrait produire ses premières quilles en 2011. Référent, mais tenté aussi, par d'autres choses peut-être, interpellé sans doute par la démarche de son fils, qui se tourne vers la production de bière. Il est libre, Gilles!... Comme de passer de l'utilisation de bouchons plastiques aux bouchons portugais bio ou d'un agrément Écocert à Nature et Progrès, depuis novembre 2010.
Gilles Azzoni est aussi volontiers didactique, ce qui nous permet de chasser quelques-unes de nos idées reçues, quant à la production de vins de l'Ardèche, qu'un chanteur célèbre évoquait naguère, en parlant "d'horribles piquettes". Le département est historiquement ancré dans la coopération, mais pas celle de l'Aude ou de l'Hérault, par exemple. Si bien que, la mosaïque de petites exploitations locales n'a jamais eu à subir d'arrachages massifs par le passé. Les seuls connus sont liés aux arrêts d'exploitation ou,
éventuellement, à la pression immobilière, à proximité des villages. Des coopératives viticoles ardèchoises qui veulent, comme d'autres, adopter des modèles productivistes, mais ceux-ci se révèlent le plus souvent inadaptés avec la taille et la forme des domaines, sans compter le profil plutôt accidenté du vignoble local.
Tout en appréciant la jolie structure, à la fois gourmande et solide de Hommage à Robert 2010 (60% syrah et 40% grenache) la conversation s'élargit à divers sujets, mais aussi du fait de l'arrivée, en cette fin de matinée, de John Brunton, photo-reporter et chroniqueur vigne et vins pour le célèbre journal anglais, The Guardian, accompagné de Marie Dargent, journaliste et artiste, dont nous avions connaissance de la présence dans la région, puisque, tout au long de la semaine, nos agendas respectifs semblaient se compléter des mêmes noms et des mêmes domaines à visiter, tant à St Marcel d'Ardèche, que Valvignères ou St Maurice d'Ibie.
Fable 2010 (70% syrah et 30% grenache), puis Bran 2010 (assemblage merlot, cabernet et grenache) et la Cuvée S 2007 (100% syrah), issue d'une macération carbonique, se succèdent joliment, en donnant l'impression de leur immédiate accessibilité et d'un potentiel d'évolution, qui nous feraient regretter, certains jours, de les ouvrir. Des vins, des flacons dotés d'une sorte de malice, pour lesquels il faut tenter de se faire les complices!... Je ne sais vraiment pourquoi, mais je me dis alors que j'aurai bien vu Gilles Azzoni, dans une autre vie, acteur du répertoire classique de théâtre, Molière peut-être... Cela est-il inspiré par l'une de ses autres répliques, que l'on peut lire dans Carnet de Vigne n°3 : "On est un peu comme des acteurs. On se nourrit d'applaudissements. C'est un moment formidable de se pencher et de dire merci." En tout cas, Monsieur Azzoni, vos visiteurs, eux, vous disent merci!...
~ Andréa Calek ~
L'un des vignerons vedettes de l'Ardèche du nouveau millénaire devrait être ce Tchèque, venu de Bohème (qui n'a rien à voir avec la Moravie, sachez-le!...), installé depuis peu et le jour même de notre passage, à Alba la Romaine, une cité fondée sous l'Empire Romain, ce qui finalement convient plutôt bien à ce vigneron au regard perçant, ancien mannequin lit-on parfois (pas étonnant, selon Mme PhR!), ou peut-être acteur et que l'on imagine d'ailleurs, vêtu d'une toge écarlate de centurion, sur la scène d'un théâtre antique!...
S'il est en France depuis le début des années 90, Andréa Calek est installé là depuis 2007, lorsqu'il a pu reprendre près de cinq hectares de Gérald Oustric. Cet été 2011 s'avère être un véritable tournant pour lui, dans une continuité aventureuse. Alors qu'il vinifiait, depuis son installation, dans les locaux de Gérald Oustric, au Mazel, de Valvignères, ce qui symbolise toute la solidarité en vigueur dans ce groupe de vignerons "nature", il dispose désormais d'une cave à Alba, plus proche, à la fois, de son domicile et de ses 5,5 ha situés pour l'essentiel, à proximité du hameau de St Philippe le Haut.
Humour décapant et, à l'évidence, une pratique très personnelle d'un esprit de contradiction très présent. Ainsi, il dit lui-même qu'il a toujours trouvé ridicule de multiplier les cuvées, or, il en propose actuellement cinq en rouge (dont A toi nous, Babiole, Chatons de garde et Grand Arnaque, plus une, réserve personnelle!) et deux en blanc (Blonde et Blanc)!...
Toutes ses cuvées sont issues de macération carbonique. La première, A toi nous, a vocation à être sur le marché le troisième jeudi de novembre, après guère plus de trois semaines de fûts. Mais, la version 2010 a fermenté jusqu'en mai dernier et ne sera donc disponible qu'en septembre prochain. Babiole 2010 sera également mise en bouteille en septembre ou octobre. Habituellement composée de syrah (40%), de grenache et de carignan, comme en 2009 par exemple, la cuvée 2010 se compose de syrah, grenache et merlot repris en 2010. Mais, ce sera éphémère, parce que ce dernier n'a pas convaincu le vigneron et la vigne a d'ailleurs été surgreffée en viognier. Côté rouges, il reste Chatons de garde 2009 (100% syrah), une cuvée "interdite aux chiennes", comme le souligne la contre-étiquette, d'une belle structure, mais gardant une grande dynamique et Grande Arnaque 2008, comme une provocation teintée d'humour, puisqu'il est impossible d'obtenir la moindre information à son sujet, si ce n'est qu'il en existe l'équivalent de deux ou trois fûts chaque année!...
Une très belle série de rouges et un duo de blancs gouleyants. Blonde tout d'abord, composée de chardonnay et viognier, en pétillant naturel, un peu par hasard. Puis, le Blanc 2008, un viognier sec très frais, mis en bouteille en mai dernier et disponible en septembre.
Andréa Calek semble s'être fondu dans le paysage de l'Ardèche et cette vallée de Valvignères (Vallis Vinaria au temps des Romains, réputée et citée par Pline l'Ancien) et Alba la Romaine. La solidarité des vignerons locaux y est sans doute pour quelque chose. Et son esprit de partage également. Et d'accueil, lui qui sert volontiers de tour operator, lorsqu'un groupe de compatriotes débarquent pour quelques jours dans la région. Une quinzaine de Tchèques, dans la campagne ardèchoise, curieux de découvrir quelques facettes de la France, ça vous anime la contrée!... Mais, ne vous y trompez pas, les vignerons ardèchois l'apprécient à plus d'un titre, notamment pour ses qualités de "facteur" de vins!... Un talent, qu'il convient de noter sur vos tablettes, dès aujourd'hui!...
~ Gérald Oustric, Le Mazel ~
Il s'agit là, en quelques sortes, du père de toute cette génération d'aventuriers des vins natures de l'Ardèche!... Voilà quelques années, il hérite de son vigneron de père, avec sa soeur Jocelyne, du domaine familial de vingt hectares. Plutôt une grosse propriété pour la région, à l'époque, même dans le cadre coopératif. Surtout lorsqu'il s'installe en cave particulière, en 1997 et d'autant plus après avoir agrandi la propriété à trente hectares. Il sait cependant ce qu'il doit au travail de son aîné et à l'Union coopérative locale, sur la route de St Thomé, joli village perché.
Gérald Oustric nous reçoit au caveau, surtout à cause d'une lombalgie aiguë, qui n'est soulagée que par l'intervention régulière de son ostéopathe habituel. Pas de visite des vignes donc, mais nous savons qu'elles sont situées pour l'essentiel, du moins les 20 ou 22 ha qui lui restent actuellement, sur la route d'Alba la Romaine, au lieu-dit Le Mazel. Précisons, là encore, que le but du vigneron est de réduire la surface, pour arriver à 15 ou 17 ha, aidé en cela par l'installation récente de quelques jeunes, prêts à reprendre quelques jolies parcelles, tels Andréa Calek ou quelques autres.
Peu de temps après son installation, il a entrepris la construction d'un bâtiment permettant de travailler intégralement par gravité, au pied de la montagne de Berg. Sur des sols souvent argilo-calcaires, voire résolument calcaires, sont plantés là des cépages tels que syrah, grenache, carignan, merlot, cabernet et même le rare et local portan, des rouges dont la majorité a plus de cinquante ans. Du côté des blancs, les viognier, chardonnay et grenache blanc ont au moins dix à treize ans et souvent vingt à vingt-cinq ans, ce qui est plutôt âgé pour la région.
Toutes les cuvées de rouges sont vinifiées en macération semi-carbonique. La vendange est ramassée en caissettes entreposées entre 10 et 15°. Des raisins entiers dans les cuves, pas de pigeage et 30 à 45 jours de macération puis, ensuite, utilisation d'un pressoir vertical en bois. Bon an mal an, les fermentations durent de six mois à un an. Aucun intrant, aucun apport chimique et zéro soufre pendant tout le processus, y compris la mise en bouteilles.
Pas moins d'une dizaine de cuvées sont disponibles au domaine et le plus souvent monocépage. La plupart porte le nom de la parcelle d'origine. Ainsi, Charbonnières 2006, une cuvée 100% chardonnay, mise en bouteilles en septembre 2010, dont Gilles Azzoni, lui-même, dit que c'est son vin blanc préféré du moment!... Mais, avec Mias 2007, 100% viognier, on n'est pas en reste!... Pureté et tension, sans l'expression variétale classique du cépage, malgré une mise récente datant d'un petit mois. Remarquable!...
Deux rouges à déguster pour l'heure : Briand 2009, un pur grenache noir et Larmande 2009, 100% syrah, un peu secoués tous les deux par une mise récente, mais au potentiel évident, dans un style frais et distingué.
Un domaine Le Mazel important s'il en est!... Une sorte de locomotive aussi, dans le sens où le vigneron tient pour essentiel le partage avec ses confrères. Pas des terres uniquement, mais des expériences. Gérald Oustric est le premier à s'enquérir des éventuelles difficultés de ses voisins et amis. Mais aussi, à évoquer ses mauvaises surprises, ses choix imparfaits. Décidément, une jolie équipe de gars en Ardèche. Pas en Premier League, peut-être, mais qui a de nombreux supporters désormais!...
Et les filles?... Elles sont au niveau!... A suivre!...
Roussillon 2011 : Camp del Roc, à Montalba le Château
Roussillon: terre aux mille visages et aux mille terroirs!... Venant de St Paul de Fenouillet, la route qui mène à Montalba le Château illustre, à elle seule, la majesté de ce pays, de cette Catalogne française. Le GPS semble sur de lui!... Pourtant, après Trilla, la largeur du chemin diminue encore. Devrons-nous finir en VTT pour passer le col?... Finalement, nous atteignons sans encombre Trévillach puis, à quelques encablures, Montalba, paisible bourgade dans le Haut-Fenouillèdes et la haute vallée de la Têt.
Le village compte une centaine d'habitants, catalans pur jus et l'arrivée de Julien Montagnon et de sa compagne Emmanuelle a sensiblement contribué à la baisse de la moyenne d'âge locale. Et à animer aussi quelques conversations, au sein de la communauté vigneronne. Pensez-donc, ils passent un temps fou à la vigne, à longueur d'année et l'herbe pousse dans les rangs!... "Et leur vin, dites-moi, il ne pique pas un peu?..." Le premier domaine en cave particulière du village ne pouvait laisser indifférent!...
Choc de cultures. Qui devrait d'ailleurs s'accentuer, puisque c'est ici, à Trévillach et Montalba, sur près de 25 ha, que Dominique Hauvette vient de s'installer également, vinifiant dans les locaux de la cave coopérative locale désaffectée. Un nouveau défi pour la vigneronne des Baux, que l'on dit un peu lasse de la Provence bling-bling!... Et quel défi!...
Pour Julien Montagon, en tout cas, ce voisinage a quelque chose de rassurant, quant à son choix. Un peu comme cette vue sur le Canigou, emblème, totem de la région. D'ailleurs, on s'étonne qu'il ne soit pas plus souvent présent sur les étiquettes, y compris de façon stylisée. Philippe Wies, de La Petite Baigneuse, était aussi passé par là, avant d'opter pour Maury et le secteur de St Paul de Fenouillet.
Originaire de Valence, dans la Drôme, de parents enseignants, Julien a un cursus scolaire des plus classiques, échoue en faculté, au sens propre comme au sens figuré et finit par abandonner cette trajectoire incertaine. Il se lance côté vignes et vins, débute dans le Diois, puis travaille à la tâche, pour plusieurs domaines de renom, en Rhône septentrional. Il fait aussi partie intégrante de quelques groupes se livrant à diverses expériences innovantes, en matière d'oenologie.
Au milieu des années 2000, il se dit qu'il serait peut-être bon de poser ses valises quelque part. Avec cet objectif, comme un idéal qui se construit, débute alors une longue quête, qui va lui permettre de visiter moult vignobles, du Lyonnais au Portugal!...
En 2008, il découvre Camp del Roc, dont Philippe Botet est alors propriétaire depuis 2003, sur quatre hectares de très beaux terroirs de granites plus ou moins décomposés, situés entre 400 et 600 m d'alititude. Dans un souci de ne pas procéder à une "succession sèche", au regard de ce qui se fait alors ici, il est convenu que les assemblages des 2008 et les vinifications des 2009 seront abordés de concert. 2010 est donc le premier millésime, à part entière, de Julien et Emmanuelle qui ont, de plus, doublé la superficie du domaine, le passant à huit hectares et treize cépages identifiés, plus quelques autres...
Bien sur, il convient désormais d'apprendre ce terroir assez exceptionnel sur des granites (assez rare, dans la palette régionale des sols) dont une des composantes, l'altitude, est un vrai point fort. On note parfois une amplitude thermique de 7° au mois d'août, entre Ille sur Têt et Montalba!... Ainsi, les maturités voulues sont atteintes parfois deux semaines après Maury ou Latour de France. De plus, nombre de parcelles, dont Erant Olim et La Frontera, sont isolées dans la garrigue, ce qui est un plus évident, pour mettre en oeuvre une culture s'appuyant sur la biodynamie.
Dans sa volonté d'apporter sa propre vision sur des vins du "type Roussillon", Julien Montagnon a pris quelques orientations importantes : vinifications en béton, aucun intrant, usage si nécessaire du chaud et du froid, élevages de douze à dix-huit mois, parfois en grands contenants. Sans soufre jusqu'au terme de l'élevage, le vigneron estime que ses vins sont "plutôt natures". Il se réserve la possibilité cependant, de protéger certaines cuvées, au moment de la mise. La vendange est traitée de manière la plus douce possible, avec l'emploi d'un petit pressoir vertical et d'une pompe péristatique très performante. Les vins sont ni filtrés, ni collés. La mise en bouteille est manuelle, par gravité et... familiale!... Un aspect des choses auquel le vigneron est très attaché.
Prenons le temps d'un tour d'horizon des cuvées du domaine : le blanc, Singularis 2010, assez singulier à plus d'un titre. D'abord, parce qu'il n'y en a que 600 à 800 bouteilles, ensuite parce qu'il est issu d'un coteau exposé nord, à 600 m d'altitude et enfin pour son mode de vendanges. En effet, dans ces carignans, les blancs, les gris et les noirs sont mélangés, au niveau de la parcelle. Le premier passage permet de ramasser les deux premiers, le second est consacré aux noirs. Les blancs sont ensuite vinifiés en cuve et les gris, quant à eux, en barriques, avant l'assemblage définitif et la mise. Le vin est doté d'un joli équilibre et d'une belle tension, même s'il a un peu valeur de test en vraie grandeur, avant de nouvelles plantations, peut-être.
Si Roc Petit 2009, issu des jeunes vignes de syrah, carignan et grenache, est plutôt dans un registre gourmand, Vinum Patris 2009 se veut l'emblème du domaine. Des vieux carignans sur granite pour l'essentiel, un peu de cinsault, deux doigts de syrah souvent ancienne et entre 20 et 30% de grappes entières lors des vinifications. Résultat, un rouge tonique, avec une typicité Roussillon et un franc caractère.
La suite permet de progresser dans la gamme, avec des cuvées denses et intenses, sur la puissance, mais dont l'assemblage se révèle des plus judicieux. Un caractère résolument catalan, mais versant espagnol, avec du lledoner pelut (proche du grenache) et du mataro (mourvèdre en Espagne) pour l'essentiel et 10% environ de carignan. C'est Gôme 2009, vinifié en cuves béton et élevé en demi-muids. Un grand potentiel de garde, une invitation à franchir la frontière!...
Dans un registre proche, mais élevées au rang d'exceptions culturales, deux parcelles perdues dans la garrigue. Erant Olim 2009, à peine quarante ares de vieux cépages méconnus et mélangés, plantés en franc de pied voilà plus d'un siècle!... Bien sur, au final, guère plus de 600 bouteilles d'une cuvée dépassant les 15°, mais qui surprend par sa fraîcheur et la finesse de ses arômes. En fait, à ce stade, ça pinote!... Justement, Julien Montagnon se dit prêt à miser quelques piécettes sur l'évolution de ce vin et son potentiel à se glisser habilement, avec un peu de recul, dans une dégustation à l'aveugle de quelques beaux crus bourguignons. Affaire à suivre!...
Guère plus de flacons disponibles, même si la seconde parcelle est un peu plus grande : La Frontera 2009, parce qu'une borne subsiste sur place, qui marquait l'ancienne frontière avec l'Espagne. En fait, il s'agit là de syrah plantée en 1980, ce qui en fait une des plus anciennes du département, puisque la première en P-O fût plantée en 1979. Une expression aromatique plutôt originale et là encore, une belle dynamique et un très beau volume dense et malgré tout, très abordable dès maintenant.
Malgré cette gamme plutôt complète (un rosé est aussi disponible, Nocimô), Julien Montagnon va proposer bientôt deux nouvelles cuvées, parce que sa vision des choses, sa réflexion, le poussent vers d'autres expériences, d'autres sujets. En premier lieu, Point 0 2009 (lisez Point Zéro), une sélection de carignans noirs centenaires, issus de ce même coteau nord à 600 m d'altitude. 24 à 28 mois d'élevage sans doute et un potentiel énorme, à la texture dense et homogène. Au final, une centaine de magnums disponibles en septembre 2011!...
Amateur de Porto à ses heures, Julien se demandait ce qui pouvait rapprocher un Maury (ou un vin muté du Roussillon) d'un grand Vintage lusitanien. Après avoir sélectionné quelques critères essentiels, le vigneron de Montalba propose Paradygme 2008. Grenache, carignan et syrah, mutés sur marc. Les raisins sont ramassés à la fin des vendanges, sans rechercher une extrême maturité. Pigeage jusqu'à Noël et élevage oxydatif dans des barriques de Cognac non lavées. Affichant 80 gr de sucres résiduels et 17°, le vin avance doucement. Il ne sera mis en bouteilles que lorsque la bouche sera plus sur l'oxydatif et que les tannins, en finale, se feront plus nuancés. Peut-être en fin d'année mais, là encore, le potentiel est passionnant!...
Potentiel!... C'est un peu ce qui caractérise, globalement ce domaine Camp del Roc. Certes, il est déjà apparu dans la presse spécialisée et son destin semble tracé, même si la vigne et le vin sont un perpétuel recommencement, la remise en cause indispensable. Julien Montagnon ne l'ignore pas et prend garde à ne pas construire des châteaux... si près de l'Espagne. Après deux premiers millésimes, comme autant de ballons d'essais, 2010 arrive avec ses qualités intrinsèques et finalement assez rares. Indiscutablement, le Haut Pays du Fenouillèdes, ce bout de Catalogne nord, vaut le détour!...
Vinexpo 2011, etc... : court bilan
Une jolie québecoise, croisée du côté du Château de Cujac, se plaignait de devoir sillonner la campagne bordelaise, pour courir les "offs" et ainsi, pénaliser son bilan carbone!... Heureusement, dans la Belle Province, c'est de la bicyclette dont elle use le plus souvent possible!... Aurélia a le sens de la planète!... Essayons de la suivre sur cette piste. D'autant qu'elle est au rendez-vous... la planète!...
Avant de passer une journée à Bordeaux-Lac, la petite semaine Vinexpo s'ouvre, depuis quelques éditions, au Château La Tour Blanche, au coeur du Sauternais, pour le "Sweet Wines of the World" tasting, autrement dit, la dégustation d'une sélection de vins liquoreux du monde entier. Aux côtés des Coutet, Doisy Védrines ou Yquem, sont présents pour l'occasion et dans des registres quelque peu différents, des stars internationales telles Kracher, Inniskillin, Donnafugata ou des représentants de la Charte Grain Noble ConfidenCiel valaisane, de Tokay, d'Alsace, de Jurançon, de Gaillac, d'Anjou ou encore de Moselle allemande, Australie, Espagne et même Croatie.
Au cours de cette après-midi, les amateurs de douceurs se pressent - venus parfois de leur lointaine province ligérienne, spécialement pour l'occasion - mais, il faut reconnaître que la succession de moelleux et liquoreux se fait plutôt sur la base d'une dégustation-plaisir. Sauf à être extraordinairement rigoureux, l'ordre idéal voulant que l'on déguste les vins de manière progressive, en respectant par exemple, la teneur en sucres résiduels, est impossible à respecter!... Alors, autant papillonner!...
A noter, pour l'occasion, les qualités de la trilogie Humbrecht, celle de Kracher, les surprenants vins croates de Vlado Kraithaker et les Passito de Pantelleria de Donnafugata, ou encore les rieslings de Dr Loosen.
Quitte à se rendre sur Vinexpo et plutôt que de le parcourir en long, en large et en travers (ça use, ça use...), autant essayer de prévoir quelques séances didactiques ou visites ciblées. Cette année, il était possible de découvrir les vins de Turquie, lors de séances habilement organisées et animées par quelques sommités de la sommellerie internationale. Pour ma part, la découverte était totale et je n'imaginais pas à quel point, la vigne était présente dans presque tout ce pays, avec la dimension historique des découvertes faites dans l'est de l'Anatolie notamment. La Turquie n'est pas loin de s'inscrire entièrement dans cette région du Monde, à l'origine de la production de vins, avec la Géorgie et l'Arménie. Il doit y avoir de belles découvertes à faire sur place également!... L'activité de promotion des vins turcs est présente en Europe depuis 2008, à Londres ou lors de Prowein par exemple et gagne la France, à l'occasion de ce Vinexpo 2011.
Bien sur, la plupart des domaines présentés à cette occasion semble être, le plus souvent, des entités assez importantes, qui ont introduit des grands cépages internationaux - cabernet sauvignon, syrah, chardonnay - et intégré des modes de production les plus modernes. Pourtant, quelques cépages autochtones semblent toujours présents - öküzgözu ou narince, pour ne citer que ceux-là - et on peut penser qu'il y a une alternative à la mondialisation vinique, y compris à Ankara, Izmir ou à Nevsehir.
Lors d'un évènement d'une telle ampleur, il est rassurant de faire certaines rencontres, à dimension humaine. Sur la pavillon des Côtes-du-Rhône, retrouvailles avec un domaine découvert au milieu des années 90, le Clos de Caveau, à Vacqueyras, au pied des Dentelles de Montmirail. Le domaine appartient à Henri Bungener, citoyen britannique, qui y vit désormais en permanence. Naguère, le Clos fut même la propriété de Steven Spurrier, journaliste spécialisé vins bien connu. Situé dans un environnement absolument remarquable, l'ensemble, en agriculture biologique depuis 1989, mérite le détour et les cuvées également. A noter Lao Muse 2007, d'un très bon niveau et d'un beau potentiel.
Au passage, Henri Bungener proposait les cuvées d'un autre domaine de Châteauneuf-du-Pape, situé à Courthezon, dont les 2009 sont dotés de belles qualités : le Domaine Le Pointu, de Patrick Coste, une piste à suivre!...
Non loin de là, autre rencontre passionnante avec Giuseppe Vajra, de Barolo, qui me permet la très belle dégustation d'une gamme complète de vins du Piémont. A noter, un Dolcetto d'Alba 2009 Coste & Fossati, un très beau Barbera d'Alba 2009 et une série de Barolo issus de crus différents, pour la plupart passionnants. Enfin, très belle surprise, avec un Langhe blanc 2009, 100% riesling, tout à fait étonnant!...
A peine le temps de saluer comme il se doit Fanny Breizh Breuil, la néo-bretonne et d'apprécier quelques cuvées du domaine toscan Selvapiana et déjà la journée du lundi se profile, avec un programme quasi démentiel!...
Temps clair, ciel bleu, chaleur annoncée, la journée s'ouvre dans la campagne, au Château Tour du Pas Saint Georges, de Pascal Delbeck, qui accueille le remarquable groupe de l'Union des Gens de Métier, chère à son président Eloi Dürrbach, de Trévallon. La foule à tous les étages et c'est bien compréhensible avec une telle concentration de talents : Alliet, Bordelet, Chidaine, L-B Dagueneau, Foucault, Jullien, Plageoles, Sélosse, Vajra et quelques autres.
A noter le Tursan de Dagueneau, les vins d'Olivier Jullien, les Chinon de Philippe Alliet et les Saumur-Champigny de Nadi Foucault, pour ne citer que ceux-là, sans oublier le Clos Marie, Trévallon vu récemment, la confirmation des Barolos de Vajra et les cidres et poirés de Bordelet. En prime, un nouveau jeu de société autour du Comté, que l'on peut difficilement mettre en place dans son salon, mais qui s'avère pourtant très papilloformateur!... Ah, ces Jurassiens!...
Retour sur Bordeaux Centre Ville. Renaissance des Appellations avait donné rendez-vous aux pros et passionnés de passage, au Grand Théâtre de Bordeaux, à deux pas des Allées de Tourny, ni plus ni moins!... Décor grandiose, la foule dès l'ouverture et la chaleur dans l'après-midi. Beaucoup, beaucoup de talents et de domaines vedettes, de France et du Monde entier.
Largement plus d'une centaine de propriétés, du Domaine de Beudon, un valaisan de talent, aux domaines prestigieux de Bourgogne, Leflaive et Leroy qui, à eux seuls, semblent motiver bon nombre de visiteurs!... L'occasion quand même de faire quelques jolies découvertes, ou de voir et revoir de jolies cuvées.
Jolies bouteilles donc, en Espagne, avec le Mas Estela, domaine de la Costa Brava, non loin de la fontière française et de Banyuls et Cerbère, à découvrir plus largement, ici même, dans quelques temps. Citons encore les Languedo-Roussillonnais des Clos Perdus, ou les cuvées provençales des Domaines Milan et de Sulauze, parmi beaucoup d'autres. Au-delà des vins et des vignerons, il était également possible de rencontrer un artiste, option chocolat : Claudio Corallo, producteur de cacao sur les îles de Sao Tomé et Principe, dans le Golfe de Guinée. Un pur délice!...
Juste avant l'échéance de Vinexpo, nous fûmes conviés au Garage Moderne, rue des Etrangers, à Bordeaux, pour le Salon des vins vivants : "Vi(e)ns à la Source"!... Là encore, un beau panel, dans un endroit quelque peu... décalé, surtout en sortant du Grand Théâtre!... Un autre monde!... Et plein de bonnes choses, catégorie "nature". Vivants, quoi!... La Sorga, Julien Peyras (à suivre), Potron Minet, Philippe Wies, Jean-Louis Tribouley, Philippe Bornard, Etienne Thiébaud, Benoît Courault, ou encore Laureano Serres et Joan Ramon Escoda, que l'on retrouvera ici très bientôt.
Décidément, c'était la journée des contrastes, côté ambiances!... Je laisse ma clé à molette et ma cote à bretelles tachée d'huile dans le coffre, je change de chemise (tiens, j'ai omis le noeud pap'!), pschitt, pschitt, un soupçon de Chanel et je rejoins Madame PhR dans le sous-bois verdoyant du Domaine de Chevalier, où se déroule la soirée dite Tour de France des Appellations 2011. Lors de chaque édition de Vinexpo, une soirée gourmande et festive réunit quelques vignerons, parmi les amis de Monsieur et Madame Bernard, propriétaires du célèbre cru classé de Pessac-Léognan.
Ben oui, je vous ai dit festive et gourmande!... Des noms très connus côté vignerons : Faiveley, Jaboulet, Olivier Leflaive, Mellot, Pol Roger, Zind Humbrecht et... Vega Sicilia, comme invité d'honneur cette année. Bien sûr, me direz-vous, tout n'est pas du même niveau... Mais, côté gourmandises, tout est au top!... Bonsoir Monsieur Bettane!... Allez, je fais l'impasse sur le menu qui va suivre et la taille des cigares!...
Dernière étape de cette petite semaine bordelaise, Haut les Vins!... Un rendez-vous essentiel, au Château de Cujac!... Beaucoup de noms et de visages connus et un ensemble de vignerons et domaines, pour lesquels, il faudrait pouvoir disposer de plus de temps. Notamment les représentants espagnols, italiens ou portugais, pour la plupart remarquables et passionnants. Au chapître des découvertes du jour, la Quinta da Muradella, de Jose Louis Mateo Garcia, en appellation galicienne Monterrei : une série de blancs et de rouges étonnants, dynamiques, minéraux!... Superbes!... Très belles bouteilles également chez Olivier Rivière, installé en Rioja depuis plusieurs années et qui propose cette année, une nouvelle cuvée, Viñas del Cadastro 2009, en AOC Arlanza, issue d'un vignoble à 1000 m d'altitude et composée très largement de vieilles vignes de tampranillo. Le temps de saluer Luca, Elena, Giulio, Marc, Tom, Sylvain, Patrick, Xavier, Benoît, Francis et les autres...
Après cela?... Il était temps de songer aux vacances!...
Priorat 2011 : René Barbier, au Clos Mogador
Gratallops, un petit village de quelques centaines d'âmes au coeur du Priorat. Petit village, mais un peu le phare, l'âme d'une région viticole connue du monde entier, ou presque désormais, pour son vignoble, ses vins, qui furent les premiers à attirer dans la région, quelques pionniers passionnés. Vignoble immense avant le phylloxera, puisqu'on comptait pas moins de 8000 ha de vigne sur les coteaux et les terrasses d'Escaladei, Poboleda, Torroja del Priorat ou Porrera, pour ne citer que ces quelques villages accrochés à la montagne. Voilà à peine plus de trente ans, il ne restait que 300 ou 400 ha de grenache, principalement, en production. Aujourd'hui, 2000 sans doute, ce qui illustre le boom économique, lié à la viticulture et à la gastronomie, dans la région de Tarragone, non loin de Barcelone et de la Costa Brava.
Pourtant, les loups du secteur ont du se gratter la tête en voyant débarquer, au tout début des années 80, des vignerons prêts à réhabiliter les cépages existants (18 variétés de blancs et 15 de rouges, légalement et historiquement plantés dans la région!) et à planter encore et encore, malgré la chaleur et ces terrasses de schistes, fièrement alignées, comme pour défier le regard des re-conquérants. C'était bien l'époque d'une sorte de Reconquista, mais plutôt cool, avec un regard sincère sur la nature et sa diversité (même si l'on ne parlait pas encore de biodiversité!), le décor, avec sa dimension architecturale (qui allait en inspirer quelques-uns par la suite!) et la conviction d'avoir sous les yeux, un grand terroir, apte sans nul doute à produire de bons vins (avant même qu'ils ne soient grands!), pour peu qu'on prenne soin de ce vignoble.
Aujourd'hui, on est tenté de venir dans le Priorat, comme l'on se rend à St Émilion, Barolo ou dans la Napa Valley. Pour faire le constat d'une sorte d'ordre établi, de hiérarchie séculaire quasi immuable. Mais, pour peu qu'on laisse un peu de côté les classements, les honneurs et que l'on n'ait crainte de crapahuter dans les vignes, de belles rencontres sont possibles.
Un des acteurs principaux de cette région catalane reste René Barbier, du Clos Mogador. Un domaine élevé au sommet des élites ibériques, avec Vega Sicilia et autre Pingus. Pourtant, en compagnie du vigneron de Gratallops, on devine la part de hasard, en plus des efforts et d'un travail constants, pour accéder désormais, à cette reconnaissance internationale.
Après une première rencontre à St Émilion, nous avions pris rendez-vous, à l'occasion de notre séjour en Espagne. Pourtant, juste au terme de Vinexpo, sur lequel se rend René Barbier, bien sur, il n'était pas évident de trouver un créneau, sachant que le vigneron a coutume de faire le tour du vignoble avec ses visiteurs, dans un minibus de marque japonaise du genre "collector"!... Sachant, de plus, que le vigneron se déplace souvent lui-même en... camping-car (pour se rendre à Bordeaux, par exemple!) et que nous ne disposions que du vendredi 24 juin (férié en Catalogne, pour la St Jean), les choses s'annonçaient compliquées. Heureusement, grâce à un aimable trio de visiteurs valaisans, nous allions pouvoir faire cause commune et partager le minibus!...
Au printemps 1968, René Barbier séjourne à Paris, genre de circonstances qui peut laisser des traces!... Originaire de la Vallée du Rhône, il vit en France, mais la vie l'amène du côté de Tarragone. Il avoue aisément, d'ailleurs, un statut post-soixante-huitard et pendant les années 70, amateur de marche, de vélo et de séjours festifs dans la campagne, avec famille et amis, il passe quelques bonnes journées dans le Priorat, déjà au volant d'une solide camionnette. Un jour qu'il partage au grand air, avec le "clan", une solide paella et qu'il se charge de dégotter un vin rouge de la région à la cave coopérative toute proche, il fait connaissance avec les vins du cru, qui sont alors loin de le laisser indifférent... L'éclair qui fait basculer une vie!...
A quelques temps de là, il entend parler d'un petit domaine de 9 ha (dont 0,5 ha encore en production!) à vendre à Gratallops, pour l'équivalent de 6000 euros de l'époque!... Mais, il n'a pas d'argent... Quelques mois plus tard, il revient avec ses beaux-parents, dont c'est alors le 35è anniversaire de mariage... et qui décident d'acheter la dite propriété pour fêter l'évènement!... L'aventure commence, nous sommes en 1980.
Il s'attelle donc à la tâche, qui est immense. Petit à petit, il fait une sorte d'inventaire du vignoble, qu'il faut remettre en état et de l'ensemble de la végétation qu'il trouve sur les coteaux et les terrasses. Il en mesure alors toute la variété et l'apprécie immédiatement comme d'une formidable richesse. Il définit alors très vite son credo, sa principale orientation : la sauvegarde de cette bio-diversité. Il ne veut alors que s'insinuer, s'intégrer, trouver sa place dans ce paysage typique de l'agriculture traditionnelle en Méditerranée, mélange de vigne, d'oliviers et d'arbres fruitiers. Depuis, il n'a pas coupé un seul arbre présent trente ans plus tôt et en a planté de nombreux. Toutes sortes de végétaux, de plantes sauvages sont présents dans les schistes du Clos Mogador. Certaines variétés sont de véritables indicateurs pour la vigne, comme l'ail sauvage, parfois couvert de pucerons. Chacune de ses escapades sur les terrasses permet à René Barbier de découvrir des mélanges de parfums, rien qu'en frottant l'extrémité de ses doigts sur les fleurs et les plantes d'un même espace. Cette large part d'observation, au fil des ans, a permis au vigneron de comprendre mieux, par exemple, pourquoi le grenache, le carignan ou la syrah étaient présents à certains endroits, plutôt que d'autres. De la même façon, les oliviers et les fruitiers ont conservé leur place, y compris dans les rangs de vigne : au coeur de l'été, leur ombre filtrante délivre quelques effets positifs sur les jeunes plants notamment. Rarement vu une telle osmose entre un vigneron et sa terre!...
Le domaine compte actuellement 22 ha environ. Depuis son installation, le vigneron de Mogador s'est attaché à rechercher les vignes anciennes de bonne origine dans toute la région, pour obtenir les meilleures sélections massales. Tâche qui fait de son vignoble, une sorte de conservatoire régional des variétés de cépages et qui permettrait sans doute un travail efficace et particulièrement intéressant des spécialistes en matière d'ADN de la vigne, plutôt que de s'appuyer sur la tradition et la transmission orale de l'identité des cépages. Ainsi, du côté de Porrera, on signala naguère à René Barbier la présence d'une variété identifiée comme le "grenache français". En fait, de la syrah, que l'on considérait alors comme absente du Priorat, alors que l'histoire et la présence, à l'origine, des Chartreux (venus du Rhône!) pouvaient impliquer la plantation historique de la trilogie grenache-carignan-syrah. De même, il a été ainsi possible de remettre au goût du jour et dans les assemblages, une variété comme l'escanyavelles (l'étrangle vieilles, sic! à cause de sa peau dure et rugueuse!), qui semble proche de la roussanne.
Cet aspect recherche dans les grands terroirs du Priorat, les fondations même de cette région viticole, passionne toujours René Barbier, comme à ses débuts. D'abord, parce qu'il est maintenant assisté de ses deux fils, dont l'aîné est plutôt motivé par le travail à la cave et le benjamin par la vigne, tendance biodynamie et qu'un petit tour dans les vignes proches, montre à quel point il existe encore des secteurs abandonnés (voir ci-dessus, 2è photo en partant de la droite), qu'un simple regard permet d'identifier comme prioritaires, pour une sauvegarde future.
A noter que René Barbier est également présent en AOC Montsant, puisqu'il dispose de grenaches plantés à 900 m d'altitude, destinés à la production d'une cuvée d'exception, garantie pur plaisir : Espectacle. Dans le même ordre d'idée, la recherche de la fraîcheur des vignobles d'altitude, le blanc du domaine, Nelin, provient en partie de pinot noir exposé nord-ouest, à près de 600 m.
Côté installations, seule la légende retient l'existance, à l'origine, d'une vieille grange découverte lors de l'acquisition du domaine. Aujourd'hui, un chai souterrain a été taillé dans le schiste, mais, à Mogador, on n'est pas prêts à toutes les concessions au modernisme. La philosophie de base tient dans le respect des "choix artisanaux". De la vigne, où l'on travaille avec la mule et où l'on plante chaque plant comme une fleur de son jardin, au chai, où l'on dispose encore d'un pressoir hydraulique vertical "collector" pour les rouges. Seule option "tendance", les oeufs Nomblot pour la vinification de Nelin. Lors des vendanges, on imagine aisément les soins exigés : la douzaine de personnes travaillant au domaine et les vendangeurs ne doivent ramasser que les plants livrant des raisins à pleine maturité et le tri final des baies est d'une rigueur implacable.
A l'heure de la dégustation, nous revenons sur la "Légende de Clos Mogador"!... René Barbier ne manque pas d'ailleurs, face à ses visiteurs, de rétablir quelques pseudo vérités, vues et lues, çà et là. Noter qu'au mois d'octobre prochain, devrait apparaître sur le web, le site officiel du domaine, devenu indispensable.
Pendant près d'une décennie, Clos Mogador est en reconstruction, avec toutes les plantations qu'on imagine, les surgreffages, le travail du sol, la remise en état des chemins... En 1989, sort le premier millésime, dans la plus grande discrétion. René Barbier travaille à ce moment-là dans le négoce, en Rioja. Un jour qu'il participe à une dégustation de vins de cette dernière région, dont la réputation a déjà franchi les frontières du pays, il se permet de mettre sur la table, pour le repas, son propre vin, sans même en informer les convives... Sur le moment, les choses en reste là. Quelques mois plus tard, Pierre Crisol, fondateur du guide Gault et Millau des vins, présent lors de cette journée, le rappelle en lui demandant s'il était possible de revoir ces cuvées. René Barbier lui propose alors un nouveau rendez-vous en Rioja.
- "Non, non, je voudrais bien en savoir plus, à propos de ce flacon non identifié, bu et apprécié lors du repas!..."
Rencontre amusée, regards entendus, peut-on imaginer, entre un vigneron humblement passionné et un expert avisé!... A cette époque, l'Espagne, que dis-je, la Catalogne, se préparent pour les Jeux Olympiques de Barcelone, en 1992. Tous les médias en font leur une, au cours des mois qui précèdent. Y compris, les mensuels consacrés aux vins et à la dégustation. C'est le moment que choisi Pierre Crisol, pour désigner le Clos Mogador de René Barbier, comme le plus grand vin de Catalogne!... Fulgurant!... Dans la foulée, Robert Parker, intrigué, lui attribue un 94/100!... Le "pionnier" a de quoi sourire dans sa barbe fleurie!... Il ne le sait peut-être pas encore, mais il ne quittera plus les sommets et son vin va devenir universel!...
Vingt ans plus tard, alors que la mise en bouteille du millésime 2009 se termine, avec une étiquette spéciale pour saluer l'évènement, René Barbier mesure aisément encore la chance, semble-t-il et la somme de hasards, qui transforment une telle aventure, construite sur la base d'une sorte d'idéal, en réussite exceptionnelle. En ce jour de fête, la San Juan, nous devons laisser le vigneron de Gratallops rejoindre sa famille, réunie pour l'occasion autour de quelques grillades, comme au début de l'aventure. Peut-être aura-t-il une pensée, en levant son verre, pour cette tante Elisabeth, auteur des Gens de Mogador, qui lui inspira le nom de son domaine, sorte de coup d'oeil complice dans le rétro, à cette saga familiale décrivant pour partie, l'époque du phylloxera dans la région de Gigondas. Une sorte d'appel de la chance aussi, qui, ce jour-là, trinqua joyeusement à sa santé!...
- "Désolé, mais il faut que j'aille m'occuper des braises!..."
- Manyetes 2008 - Vi de vila Gratallops - Piorat :
Un lieu-dit du village. Issu d'une forte majorité de carignan (70%) planté dans un secteur aride et minéral et de grenache (30%). La robe est d'un rouge foncé intense. Le nez associe des arômes de baies noires et de pierre chaude, mais laissant une sensation de pureté et de distinction. Bouche solide, mais les tannins sont polis et d'une remarquable densité. Un vin qui conjugue subtilement virilité et féminité!... Remarquable!...
- Clos Mogador 2008 - Priorat :
40% grenache, 21% carignan, 19% cabernet-sauvignon et 14% syrah... Rouge rubis intense. Notable viscosité. Des fruits noirs de prime abord, puis une belle complexité aromatique, riche, diverse : fumée, sental, épices, puis l'aération apporte des notes chocolatées, de la myrtille. Bouche d'une très belle densité, pure, avec une rétro apportant une sensation de tension minérale. Potentiel impressionnant!
- Nelin 2009 - Priorat :
54% grenache blanc et 46% répartis en macabeu, viognier, pinot noir, escanyavelles et pedro gimenez. Issu de moins de 6 ha et quatre parcelles. Robe dorée. Un vin blanc délicat et intense! Fruits blancs mûrs, amandes grillées, pointe d'agrumes frais. La bouche est très séduisante, tapissant le palais, restant fraîche et volumineuse. Rétro voluptueuse, qui étire la persistance. Excellent!
REVEVIN 2011 : Pessac-Léognan GCC blancs 2008, etc...
Retour à Bordeaux pour les REncontres VEndéennes autour du VIN 2011, début juin. Enfin, façon de parler, bien sur, mais voilà quelques années que nous n'avions entrepris de mettre sous le patio du Chai Carlina, quelques crus classés et autres d'une appellation girondine. C'est en grande partie grâce à Frédéric Lelong, chef de culture au Domaine de Chevalier, que ce rassemblement d'étiquettes prestigieuses a pu être mis sur pieds. En effet, les sollicitations n'étant pas rares, sans oublier les modes de communication plutôt bien maîtrisés derrière les façades blondes bordelaises, il n'était pas évident, de prime abord, d'organiser une séance, la plus exhaustive possible, consacrée à ces Grands Crus Classés blancs de Pessac-Léognan, dans le millésime 2008. Certes, il y avait bien deux absents de marque - Haut-Brion et Laville-Haut-Brion - mais, ceux-ci sont désormais réservés, semble-t-il, à une élite qui n'est pas forcément à même d'exprimer ce qu'elle en pense, mais plus certainement apte à se réjouir de les mettre sur sa table ou à communiquer sur sa chance (illustre, ma chère!) à pouvoir en disposer!... Bordeaux ressemble parfois à une sorte de grand navire à voiles, qui glisse sur une mer plate, sans vent, mais qui s'éloigne inexorablement du port de ses fidèles supporters!...
Pas si simple, cette dégustation horizontale de GCC, accompagnés de quelques étiquettes choisies, issues de toute la région, à savoir des AOC Bordeaux blanc, Entre-Deux-Mers, Ste Foy-Bordeaux et Graves notamment, ainsi que de quelques domaines célèbres, mais dont le vin blanc n'est pas officiellement classé.
Aux difficultés d'approche, deux raisons principales : le millésime tout d'abord, du fait des particularismes de 2008 (acidité soutenue notamment), mais surtout l'homogénéité supposée de style, exigeant une certaine concentration. En effet, nombre des propriétés représentées affichent l'identité de leur conseiller principal, Denis Dubourdieu et il est aisé de constater, ici ou ailleurs, une trame de constitution assez voisine.
Tous les échantillons ont été appréciés à l'aveugle et par duos successifs. Dans chacun de ceux-ci, avait été placé un des Grands Crus Classés ou assimilés. De plus, nous avions procédé à un "double carafage", c'est à dire que dans l'heure précédant la séance, tous les échantillons ont été passés en carafe, puis réintroduits aussitôt dans leur bouteille d'orgine, en veillant à ce qu'ils conservent une fraîcheur adaptée à leur service habituel. Un grand merci à tous les domaines qui ont accepté de contribuer à la mise en place de cette dégustation plutôt exceptionnelle.
1- Château Turcaud - Entre-Deux-Mers :
50% sauvignon, 45% sémillon et 5% muscadelle (selon les données du domaine). Robe très pâle. Un nez doucement exotique, sur la mangue et les agrumes frais, plutôt agréable. Bouche fraîche et acidulée, sans grande complexité, mais nette et bien faite techniquement. Aimable mise en bouche. **(*)
2- Château Couhins (INRA) - Pessac-Léognan GCC :
85% sauvignon et 15% sémillon sur la propriété. Or très pâle. Un nez sur les agrumes mais soulignés par l'élevage. Bouche assez serrée. Note nettement citronnée, qui étire l'expression. Persistance plutôt agréable. Suggère l'accord d'une jolie friture!... ***
3- Château Reynon - Bordeaux blanc :
85% sauvignon et 15% sémillon. Jolies notes citronnées et exotiques, montrant une belle finesse. Attaque
assez fraîche et texture tendue, qui souligne l'expression évoluant vers une pointe florale assez flatteuse. Rétro acidulée de bon aloi. ***
4- Château de Fieuzal - Pessac-Léognan :
Or brillant. Nez assez déroutant, diffus, avec une pointe caramel, qui suggère la suprématie de l'élevage. La bouche n'est pas d'un équilibre avéré et la finale révèle une pointe d'amertume, sans que l'on sache vraiment s'il s'agit d'un manque de maturité de la vendange ou de la technologie appliquée lors de la vinification. Pas au niveau.*(*)
5- Château du Champ des Treilles - Vin Passion 2009 - Sainte Foy-Bordeaux :
Un tiers sauvignon, un tiers sémillon et un tiers muscadelle. Très pâle. Joli nez très agréable, qui associe fruits frais et notes florales. Bouche pointue, mais étirée par de beaux amers finaux, laissant une belle impression. Jolie réussite! ***(*)
6- Château Malartic-Lagravière - Pessac-Léognan GCC :
80% sauvignon et 20% sémillon. Or pâle. Nez sur des notes d'élevage, avec une pointe beurrée. La bouche est assez serrée par une acidité soutenue, qui ne semble pas s'accorder vraiment avec l'élevage apportant un gras marqué. Trop de bois neuf pour le millésime?... Finale dissociée, révélant une amertume confinant à une certaine sécheresse. **
7- Château de Respide - Callipyge - Graves :
58% sauvignon et 42% sémillon. Or brillant. Nez assez neutre, discret, sur la réserve, avec une pointe agrumes. La bouche est sur la fraîcheur, sans être marquée par l'élevage. Acidité assez tonique qui suggère les fruits à chair blanche. Plutôt réussi! ***
8- Château Couhins-Lurton - Pessac-Léognan GCC :
100% sauvignon. Or pâle brillant. Nez assez nettement sur des notes florales de prime abord, puis sur les fruits blancs acidulés. Attaque assez onctueuse et douce, mais l'acidité revient au galop en finale, n'aidant
pas à souligner l'équilibre voulu. Un peu "à cloche-pied"!... **(*)
9- Château Hostens-Picant - Cuvée des Demoiselles - Sainte Foy-Bordeaux :
50% sauvignon, 40% sémillon et 10% muscadelle. Or brillant. Notes citronnées dominantes dès le premier nez. Attaque plutôt onctueuse, mais la bouche se resserre nettement sur une pointe acide, qui démontre que l'homogénéité du vin n'est pas flagrante à ce stade... En devenir ou dans une sorte d'errance?... **(*)
10- Château Latour-Martillac - Pessac-Léognan GCC :
56% sauvignon, 40% sémillon et 4% muscadelle (millésime 2006). Or très pâle. Nette pointe exotique, sur des notes d'élevage. La bouche est assez gourmande, avec une assez belle complexité aromatique et un côté croquant plutôt séducteur. La finale est un peu "crispée", mais l'expression reste cohérente. ***(*)
11- Château Turcaud - Cuvée Majeure - Bordeaux blanc :
65% sauvignon et 35% sémillon. Or pâle. Des notes d'herbes sauvages et de fruits blancs au premier nez. La bouche est assez pleine et sphérique. Jolie impression finale et persistance agréable sur les agrumes frais. ***(*)
12- Domaine de Chevalier - Pessac-Léognan GCC :
70% sauvignon et 30% sémillon. Or très pâle. Joli nez, tout en finesse, sur les agrumes frais et d'une belle pureté d'expression. La bouche montre une pointe acidulée et fraîche, mais l'expression reste assez nuancée, sur la retenue, un rien diffuse... Une homogénéité qui semble en devenir à ce stade et une cuvée plus taillée pour la garde et d'un beau potentiel probable. ***(*)
13- Château Larrivet-Haut-Brion - Pessac-Léognan :
81% sauvignon et 19% sémillon. Or très pâle. Une gamme aromatique classique mais soignée d'agrumes
frais, de citron et des notes d'élevage bien maîtrisées. La bouche est d'une belle pureté d'expression, avec une tension finale qui souligne un équilibre "classieux"!... Joli vin!... ****
14- Château Olivier - Pessac-Léognan GCC :
78% sauvignon, 20% sémillon et 2% muscadelle. Or très pâle. Un nez façon notes exotiques fraîches. L'attaque est assez neutre, avec une expression peu loquace, qui révèle une acidité plutôt marquée. Un vin plutôt... timide. **(*)
15- Clos Floridène - Graves :
50% sauvignon, 47% sémillon et 3% muscadelle. Or pâle, légers reflets verts. Tendance citronnée, délicate pointe florale au nez. Notes d'élevage bien maîtrisées. Un vin bien construit, qui s'appuie sur un caractère acidulé, mais aussi sur un corps respectable. Agréable persistance. ***(*)
16- Château Carbonnieux - Pessac-Léognan GCC :
65% sauvignon, 35% sémillon. Or assez pâle. Nez assez nuancé, avec une pointe délicatement exotique. L'équilibre n'est pas la qualité majeure de ce vin, à ce stade. Finale un peu sur l'amertume, mais l'ensemble est un peu dissocié. Difficile à juger. **(*)
17- Château de Chantegrive - Cuvée Caroline - Graves :
50% sauvignon et 50% sémillon. Or pâle. Le nez est un peu diffus, avec des notes citronnées, mais une impression curieuse de bois humide... Acidité soutenue, mais le vin est plutôt persistant et droit. ***
18- Château Pape-Clément - Pessac-Léognan :
45% sauvignon blanc, 45% sémillon, 5% muscadelle et 5% sauvignon gris. Or très pâle. Nez sur des notes beurrées, associées à un ensemble fruité assez varié. Bouche assez grasse, pleine, onctueuse, mais dotée
d'une belle dynamique. Du volume, de la richesse et une persistance séduisante. ****
19- Château Smith-Haut-Lafitte - Pessac-Léognan :
90% sauvignon blanc, 5% sémillon et 5% sauvignon gris. Or très pâle. Le nez est dominé par des arômes d'agrumes frais et distingués. La bouche reste vive et pointue, mais la rétro se montre finalement assez équilibrée et fraîche. Plutôt un bel ensemble. ***(*)
20- Château Bouscaut - Pessac-Léognan GCC :
50% sauvignon et 50% sémillon (en principe). Or soutenu. Nez dominé par l'élevage, un peu bois brûlé... Les agrumes ont du mal à trouver leur place. Là encore, la bouche s'avère pointue, mais reste, somme toute, assez cohérente, avec une finale sur le pamplemousse confit. ***
Alors, quelles conclusions tirer d'une telle séance?... Si tant est qu'on puisse en extraire des informations essentielles!... A l'évidence, qu'il y a du citron dans le sauvignon!... Sans blague, qu'il faut sans doute refaire ses gammes, de temps en temps, dans une dégustation comparative horizontale de la sorte, même si le rapport qualité-plaisir n'est pas forcément au rendez-vous!...
Il y a quelques années, les Bordeaux blancs ont trouvé un "pape"!... On ne peut nier les progrès accomplis sous la houlette de Denis Dubourdieu et de son équipe. Mais, désormais, ne s'agit-il pas d'une sorte de fuite en avant, de course à la technologie?... Il fallait plaire à ce marché aux dimensions de la planète, séduire quasi uniformément, pour être certains que le reste de la Terre mette ses pas dans les nôtres, que ce soit la Californie, le Chili, l'Australie ou la Nouvelle-Zélande.
S'entretenir parfois avec les responsables de domaines, c'est se rendre compte rapidement qu'il s'agit plus de suivre des process, que de prendre le moindre risque. Au point que certains avouent, sans craindre de l'évoquer, leur manque de confiance dans les levures indigènes de leur terroir, qui n'est sans doute pas plus médiocre que d'autres!... Certes, d'aucuns font le choix, désormais, d'attendre plus pour vendanger, d'obtenir des maturités bien supérieures à la norme, au vu notamment des observations faites ces dernières années, à propos de la climatologie locale et régionale. Quelques degrés, ou dixièmes de degrés de température gagnés et il n'est plus rare de cueillir des sauvignons ou des sémillons à 14 ou 14,5°!... On verra peut-être ainsi s'infléchir une trame aromatique - encore une fois, si les levures du cru ont droit de cité - et pour le reste, la technologie est là pour corriger!... Avec une telle évolution des maturités de vendanges, Pessac-Léognan et le Bordelais s'installent dans un profil "résolument sud", malgré l'influence océane. Pourtant, il n'existe à ce jour, pratiquement aucun cas d'élevages autres que dans le chêne souvent neuf, alors que le Grand Sud-Est fait la démonstration, ici ou là et depuis quelques millésimes, des bienfaits d'un matériau comme le béton. Fraîcheur et finale saline s'opposeront-elles un jour aux levurages citronnés et aux arômes vanillés de merrain de bonne origine?...
C'est toute la question, que certains Bordelais ne manquent sans doute pas de se poser dès aujourd'hui. Car, même si Bordeaux n'est pas forcément à l'origine de progrès avérés, elle ne manque pas de se remettre en question, surtout lorsque l'Histoire du Vin est en marche et qu'elle est source d'avancées déterminantes.
En vacances, à table aussi!...
On a beau dire et beau faire, invoquer toutes sortes de bonnes résolutions, en vacances, entre deux visites de domaines, il faut songer à passer à table!... Parfois, pour se sustenter un tant soit peu. Parfois aussi, pour partir à la découverte des suggestions que manquent rarement de vous faire les vignerons. Petit tour d'horizon millésime été 2011.
Espagne : incontournables tapas!...
Vous sortez d'une bodega, il est 14 h ou plus?... Pas de problème!... C'est l'heure idéale en Espagne, pour viser une terrasse ombragée, en bordure d'une petite place, au coeur d'un village médiéval ou plus moderne. Au menu, souvent une rafale de tapas typiques, qui vous raviront et auront tendance, si vous
n'y prenez garde, à vous gaver jusqu'au soir : patatas bravas, omelettes diverses, souvent succulentes, jusqu'à la crème catalane, qui s'avale avant même de pouvoir prendre la photo!... Slurp!...
Bonne surprise lors de ce séjour : il n'est pas rare que le personnel d'un estaminet consente à vous laisser sortir de votre coffre, les bouteilles à moitié pleines (ou à moitié vides, selon les goûts!), que vous a confiées le vigneron que vous venez de quitter et qu'il avait ouvertes pendant la dégustation. Et puis cette chaleur... le vin dans la voiture... Pour peu que vous partagiez un peu de votre flacon avec le dit personnel, ce sera d'autant plus facilement accepté. Surtout quand il s'agit de Clos Mogador ou assimilé, ou que le vigneron est connu ou apprécié de l'endroit!... Dans ce cas-là, prenez un plat issu de la
gastronomie locale catalane, parce qu'elle mérite souvent le détour : un mandongo (botifarra de be amb mongetes del ganxet alls i) ou une truita amb suc (fesols del gabxet i bacallà), par exemple.
Petites infos pratiques : en Priorat, il est assez facile de trouver à manger le midi, enfin à partir de 14h!... Mais, le soir en semaine, c'est plus compliqué et de plus, pas avant 21h minimum. Surtout fin juin et début juillet, période appréciée de certains restaurateurs pour leurs vacances, du fait notamment, de la Saint Jean (le 24). Autre aspect à ne pas négliger, si les terrasses ne sont pas rares en bord de mer, elles le sont beaucoup plus dans le vignoble (sauf dans les petites villes). En effet, du fait de la chaleur, les Catalans déjeunent à l'intérieur, clim' comprise!... Il n'y a guère que pour le café, qu'ils consentent à se glisser sous l'ombre des platanes ou des acacias. Et lorsqu'ils vous voient apprécier vos tapas, alors que la température frise les 35°, vous avez parfois l'impression d'être une sorte d'extra-terrestre!... Enfin, autre détail, en Espagne, les restaurants sont tous, ou presque, prohibido a los perros!... Interdiction aux chiens, qui dans notre cas, nous a empêché de découvrir quelques jolies adresses potentielles, comme à Falset (là, passer quand même par l'Hostal Sport), Siurana (magnifique village historique perché) ou Porrera (nous aurions bien aimé déjeuner dans cet ancien théâtre, Le Teatret!...).
Roussillon : pour tous les goûts!...
En Catalogne française et notamment dans la Vallée de l'Agly, choisie pour ce séjour, quelques bons plans à noter, soit chronologiquement : Le Pichenouille, à Maury, un resto-cave, où l'on mange parfois tous autour d'une même table et, si l'on préfère, aux beaux jours, sur une petite terrasse. Le temps d'apprécier quelques tapas (à la française!) et, par exemple, un loup grillé joliment préparé.
Non loin de là, deux adresses à signaler également : Le Petit Gris, à Tautavel, grande salle, grande terrasse, avec vue sur les falaises calcaires qui dominent le village. Si en plus, vous pouvez admirer ce massif éclairé par le soleil couchant, vous en serez pour un joli moment de méditation (ici, 450 000 ans de Préhistoire vous contemplent!). A moins que les yeux brillants de votre compagne ou de votre compagnon!... Un ange passe!...
La seconde option dans le secteur, au coeur du village de Montner, l'Auberge du Cellier, de Pierre-Louis Marin. Belle cuisine, à peine plus sophistiquée, mais goûteuse et soignée.
Ardèche : authenticité et simplicité
Dans le Sud-Ardèche, les tables sont le plus souvent à l'image du lieu : empreintes de simplicité, mais s'appuyant sur la force du temps et foncièrement authentiques, parce que le pays est généreux de produits gourmands et joliment parfumés. Les parfums de la terre, de la garrigue et ceux portés par le vent, qui vous apporte presque à tous coups, de légers effluves de lavande, lors d'un repas sur l'une ou l'autre terrasse.
Vignerons et vigneronnes de la région sont, eux aussi, gourmands et sans nul doute gourmets. En tout cas, à l'heure de la pause, vous pouvez suivre leurs suggestions sans la moindre crainte.
Tenez, par exemple, à St Marcel d'Ardèche, il n'est pas impossible qu'Hélène Thibon, du Mas de Libian, ou Elisabeth Saladin, du domaine éponyme, ne vous conseillent toutes les deux l'Auberge La Farigoule, à Bidon. Petite terrasse, au bord d'une route peu fréquentée, si ce n'est par quelques fourgons tirant des remorques porte-canoës brinquebalantes (très visibles dans la région!) ou des cyclotouristes venus de plats pays, tels que Belgique et Hollande, n'hésitant pas à faire étape pour se rafraîchir, à la seule vue de la façade et de l'ombrage du vénérable platane!...
C'est peut-être la plus belle vallée de la région!... Celle de l'Ibie, affluent de l'Ardèche, qui ne coule que quelques semaines par an, sans doute, surtout lorsque le printemps est sec, comme cette année. Pourtant, la musique du torrent, dans ce paysage, doit nous transporter encore plus et grandir le charme, même s'il faut franchir alors des ponts submersibles!...
A quelques encablures d'un autre joli village, St Maurice d'Ibie, un hameau se présente : Les Salelles. La première maison de celui-ci, à droite, c'est le Mas de la Bégude, de Gilles Azzoni. Un homme, un vigneron, un paysan. On devine très vite qu'une telle rencontre est forcément enrichissante, mais nous en reparlerons plus tard. Et comme il n'est pas rare de quitter l'endroit tardivement, autant pousser quelques hectomètres plus loin, jusqu'à l'Auberge de Salelles. "Restaurant du terroir depuis 1956"!... C'est écrit dessus!... Là encore, terrasse ombragée, cuisine de pays, carte des vins très nature. Passage obligé!... Après?... Cherchez un coin d'ombre, pour une courte sieste...
Valvignères, dans la vallée parallèle à la précédente, un autre village, largement mobilisé celui-là, avec d'autres, contre l'exploitation des gaz de schiste. Tout prêt, Alba la Romaine, mais, si votre chemin vous porte de ce côté, passez par St Thomé et Gras, des petits villages à découvrir. Nous sommes de passage chez Gérald Oustric. Alors que nous sommes sur le point de partir, une voisine, Claire, surgit. En quelques mots, quelques phrases, Gérald nous explique qu'elle tient le restaurant juste en face, La Tour Cassée (dont tout le monde nous parle dans la région!) et que sa fille et son gendre font des vins natures en Italie, non loin de Rome. Claire est donc la maman de Clémentine Bouveron, du Domaine Le Coste, dont nous avions déjà pu découvrir quelques très jolies cuvées, lors de La Dive, à Deauville et ailleurs!... N'est-il pas petit, ce monde qui nous étonne?...
Très vite, rendez-vous est pris, avant de quitter la région. Et là encore, sous les platanes, un joli menu, dont un succulent gaspacho, accompagné d'un sorbet au piment d'espelette et une goûteuse tajine de joues de porc, aux parfums délicats, voire des filets de maquereaux, servis avec une douce purée et des pois gourmands. Et je ne vous parle pas du tiramisu aux abricots!... Terrrrible!... Quant à la carte des vins, elle est absolument remarquable, avec une sélection de vignerons "nature" de toute la France!... A ne surtout pas manquer!...
Dernière trouvaille, suggérée là encore par Elisabeth Saladin : Le Mouton Noir, à Issirac. Nous sommes dans le Gard, juste de l'autre côté des Gorges de l'Ardèche, non loin de St Martin d'Ardèche et du remarquable village médiéval d'Aiguèze, ou encore, à trois coups de volant de Pont-St Esprit. Là, dans une ferme, près d'un élevage de chèvres, un rêve se réalise!... Cécile et Benoît ont tout fait eux-même. La paillote dans la garrigue est ouverte depuis moins d'un mois, malgré les difficultés et les crocs-en-jambe de ceux qui ne croient plus en rien!... Suivez mon regard!... Le concept : un bar à fromage et casse-croûte fermier. Des assiettes de fromages et de charcuterie, certes, mais aussi une carte qui change tous les jours ou presque. Des produits authentiques, vrais, sincères!...
Une carte des vins attentivement construite par un ami lyonnais. Benoît est cependant convaincu que quelques vins "nature" de la proche Ardèche viendraient... naturellement prendre leur place, dans ce concept original. Notez que l'on ne compte guère plus de vingt couverts, alors, prenez vos précautions. Et si, comme nous, vous avez la chance de dîner en même temps qu'une chorale locale, qui entonne quelques chants en langue d'oc au cours du repas, vous ne serez pas loin de croire que, certains soirs, le temps suspend son vol...



















































































































































































































