Début décembre. Week-end des PO en PL. Lisez portes ouvertes en Pessac-Léognan. Un rendez-vous qui ravive quelques jolis souvenirs de dégustation, lorsque tous les crus de cette région du nombril bordelais étaient des Graves. Je vous parle d'un temps que les moins de trente ans ne peuvent pas avoir dans leurs notes de 04122011 051dégustation!... Ma mémoire laisse remonter à la surface quelques relents savoureux de repas, où pièce de boeuf grillée et Graves rouge 1986 (Château Respide-Médeville, je crois) nous laissaient presque sans voix, avant même la poire et le fromage!...

D'aucuns penseront peut-être que succomber à l'appel d'un tel rendez-vous en terre girondine tient, pour ce qui me concerne, d'une pratique quasi éhontée de l'auto-flagellation. Oui, je l'avoue, rares sont les bouteilles de cette noble région à rejoindre les gradins de ma cave, depuis quelques millésimes. Mais, il m'est difficile de l'ignorer à plus d'un titre. Et même si une large dégustation printanière en a plongé plus d'un dans un abîme de perplexité... Bordeaux porte son regard très loin au-delà des mers, entend ses plus chers (nouveaux) supporters, mais peut-être est-il comme le fils prodigue?... Serons-nous encore là, lorsqu'il reviendra frapper à la porte?...

Voilà que, ces dernières semaines, un peu en guise de préparation à ce week-end itinérant, je me laisse guider par Jean-Marc Quarin, dégustateur régional émérite, dont nombreux sont ceux désormais, à reconnaître les mérites. On consulte, on compulse et on s'aperçoit que le classement laisse apparaître quelques surprises. Et notamment, en n°21, un Château Branon, à peu près uniquement connu de Robert Parker!... En fait, il faut sonner au portail du Château Haut Bergey, à Léognan, pour en savoir plus. Dont acte.

Reprenons quelques lignes du dégustateur bordelais (originaire de Châteauneuf du Pape! A ce propos, je ne peux que vous conseiller au passage, la lecture de sa chronique n°121, parue en octobre dernier, concernant deux douzaines de célèbres cuvées de grenache et de syrah, "des crus qui fascinent le microcosme du vin, mais heureusement pas tout le monde!") qui évoque Château Branon, un de ses coups de coeur : "Aujourd'hui, Branon est l'un de mes Bordeaux préférés. Il possède une signature aromatique unique... C'est un vin à la française,04122011 050 élégant, parfois discret et impossible à cracher, même lorsque je le goûte à la barrique. Très peu de cru possède une telle distinction sauf les premiers du Médoc!..." Ça donne presque soif!...

Cap sur Haut Bergey donc, pour tenter de découvrir la chose. Le château, situé tout près de Léognan, est la propriété des Vignobles Garcin, animés par Sylviane Garcin (soeur de Daniel Cathiard, propriétaire de Smith Haut Laffite, à Martillac). Ce domaine a été racheté au milieu des années 90. Dès le début des années 2000 (à confirmer), d'autres rejoindront le giron : Barde Haut, en St Émilion Grand Cru, Clos l'Eglise, à Pomerol et donc Branon, en Pessac-Léognan, sans oublier la Bodega Poesia en Argentine.

Le Château Branon, physiquement, c'est une demeure genre XVIIIè en ruines, puisque ayant brûlé voilà quelques années et située sur une croupe, tout prêt de la route qui mène de Martillac à Léognan. Pour ce qui est du vignoble, il est actuellement limité à deux hectares en production de vignes quadragénaires, dit-on... Nous avons bien pris rendez-vous pour en découvrir la substantifique moelle, mais nous apprenons dès notre arrivée sur place qu'il est impossible de déguster ce cru!... "Nous ne faisons pas déguster ni Branon, ni Clos l'Eglise." En fait, nous n'avons pas même la possibilité d'en enfleurer l'âme, la part des anges, s'évaporant par les pores des barriques neuves entreposées au deuxième étage du chai à barriques, puisque seul le niveau un, réservé à Haut Bergey est visible!...

Nous apprenons quand même au passage, que Branon est vinifié en foudres de bois de 50 hl, puis élevé pendant dix-huit mois en barriques neuves de chênes français de 225 litres, dont les bois sont choisis dans la Forêt de Tronçais (pauvre forêt, il en reste?...). La fiche technique nous précise que le vin se compose de 50% de merlot et de 50% des deux cabernets. Enfin, pour situer le problème de sa rareté nationale,  11200 flacons du millésime 2010 seront mis sur le marché et l'on sait déjà que 80 à 90% de ceux-ci mettront le cap sur les plus grandes 04122011 047places de la planète, version wine label tasting - États-Unis, Asie, etc... - à la seule lecture du Wine Advocate!...

Voilà, tout est dit!... Quelques crus bordelais sont entrés dans l'ère de la virtualité vinique!... Financière aussi, sans doute... Speculat nec mergitur!... Parfois, le mystère étant à ce point entretenu qu'on s'interroge sur leur réalité, leur existence même... En tout cas, ceux qui courent la campagne, à l'heure des Primeurs, n'ont pas même le souvenir d'en avoir approché l'étiquette. Ce que l'on sait, c'est que Robert Parker gratifie la propriété d'un 96-98 sur les deux derniers millésimes (93-96 par le Wine Spectator), ce qui a eu pour conséquence immédiate de voir le prix de vente à la propriété (eh oui, c'est possible!) passer de 63 euros pour le 2008 à 122 euros pour le 2009!... Et la bouteille dans la vitrine, elle est factice?...

Nous prenons congé rapidement, non sans avoir trempé nos lèvres dans le Haut Bergey blanc 2009, L'Etoile de Bergey rouge 2002 (thanksgiving est passé, ne reste plus que le Calendrier de l'Avin, pour un jour de pluie!) et Haut Bergey rouge 2003, un trio qui ne nous laissera pas un souvenir impérissable...

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- Bonjour Bordeaux!...
- Tu crois qu'on va faire les Portes Ouvertes demain?...
- Même pas peur!...