REVEVIN 2012 : c'est Noël!...
Chose promise, chose due!... Les plus impatients s'interrogent, perdent le sommeil peut-être!... A quelques encablures de Noël, le programme des 9è REncontres VEndéennes autour du VIN, qui se dérouleront comme d'habitude au Chai Carlina, à St Jean de Monts, et ce, du 17 au 20 mai 2012 tardait à débouler sur la toile!... Le voici!... A vos agendas!... C'est du lourd!...
C'est avec une joie non dissimulée que nous accueillerons en guise de soirée d'ouverture, après La Clef des Terroirs, de Guillaume Bodin en 2011, au Ciné Monts, deux artistes, chacun dans son genre. En effet, Étienne Davodeau et Richard Leroy nous feront l'amitié d'être présents en cette soirée du jeudi, pour un open bar de la bonne humeur et sans doute, pour quelques dédicaces de leur bande dessinée que le monde nous envie : Les Ignorants. Le but sera également, bien sûr, de croiser le verre, avec les quelques flacons dont il est question dans cet album : Arena, Ganevat et quelques autres!... La chasse aux nectars est ouverte!...
~ Vendredi 18 Mai, 10h : Gilles Azzoni, ambassadeur de l'Ardèche ~
Alors même que nous connaîtrons notre nouveau Président de la République pour les cinq prochaines années depuis quelques jours seulement (à moins que ce ne soit le même, allez savoir!...), REVEVIN et le Chai Carlina sont d'ores et déjà certains de conserver leur triple AAA!... Azzoni - Ambassadeur - Ardèche.
En effet, Gilles Azzoni sera parmi nous pour évoquer sa petite vallée de l'Ibie, mais aussi cette viticulture qui oeuvre pour la mise en valeur de vins qui collent à leur terre d'origine. Ardèche, quelle nature!... Et comme il ne rechigne pas à être l'ambassadeur ardéchois d'un jour (voire plus!), il aura carte blanche pour sélectionner quelques cuvées et domaines du cru, qu'ils soient de Valvignères, St Maurice d'Ibie, Villeneuve de Berg ou Alba la Romaine!... Allez, je suis certain que vous entendez déjà le cricri des cigales et la douce mélodie des torrents qui dévalent la montagne!... En tout cas, une rencontre importante pour la culture de tout passionné!... Et cela, à deux cents mètres de la plage!...
~ Samedi 19 Mai, 10h : René Barbier, Clos Mogador en Priorat ~
Il est de ces domaines viticoles au firmament de la renommée internationale comme de certaines stars!... Passer un certain niveau, quelque part au-dessus des nuages, on se dit que seul le hasard peut nous permettre de les croiser, presque incognito... Et justement, le hasard nous révèle parfois que derrière le vigneron, parfois encensé par la critique depuis longtemps, il y a un homme qui apprécie surtout les moments de partage, plutôt que les honneurs et les soirées guindées. René Barbier est de ceux-là.
Dès 1992, Clos Mogador est élevé au pinacle, à la veille des Jeux Olympiques de Barcelone, par Pierre Crisol, fondateur du guide Gault et Millau des vins. "Meilleur vin de Catalogne!..." Toute la presse spécialisée mondiale accourt alors à Gratallops, au coeur du Priorat!... Robert Parker, lui-même, ne sait plus à quel saint se vouer!... Les notes tombent!... Le vigneron est flatté de tant d'honneurs, mais sourit dans sa barbe fleurie, face à un tel tintamarre et reste conscient de la somme de hasards et de chances, qui nous font parfois basculer d'un côté ou de l'autre de la réussite.
René Barbier nous réserve quelques surprises pour cette séance hors du commun. Mais, il a lui aussi carte blanche et nous n'en saurons rien avant l'heure. Sachez néanmoins que nous n'aurons pas à le pousser dans ses derniers retranchements pour qu'il évoque avec passion la Catalogne, le Priorat, sa vigne et sa terre qu'il protège et qu'il chérit, bien aidé désormais par ses deux fils. C'est un immense plaisir de le recevoir sous le patio du Chai et, sans nul doute, un grand moment de vie et de partage.
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Crédit : excellencedeloire.com
~ Dimanche 20 Mai, 10h : Éric Nicolas, Domaine de Bellivière ~
Sur un petit coteau de Jasnières, ou en Coteaux du Loir, Éric et Christine Nicolas ont fait, en à peine quelques années, un nom de leur domaine : Bellivière. Les vignerons ligériens le placent très haut dans une supposée hiérarchie des crus de la Loire, tant pour ses chenins que ses pineau d'Aunis, tout comme les amateurs et les professionnels, qui citent souvent son nom plutôt que l'appellation.
Nous avions coutume de recevoir un Angevin, pour nos douces matinées dominicales sous le patio (sauf exception), mais Éric Nicolas est prêt à relever le défi, avec sa gamme progressive, régulière et quelques cuvées remarquables. Et sans doute, quelques surprises!... Un vigneron qui, millésime après millésime, élève les crus de la Vallée de la Loire vers les sommets, afin qu'elle soit définitivement considérée comme l'égale des plus grands vignobles. A ne pas manquer!...
Voilà donc le trio majeur de ce week-end de l'Ascension, mais ce n'est pas tout!... Les vendredi et samedi soir, deux repas-dégustations, comme il se doit. Nous reviendrons aux classiques, en proposant une cuisine locale, option Mer le premier soir et option Terre le second. Comme les années passées, les participants pourront apporter des flacons de leur choix (un par personne et par soirée), sur la base des thèmes de la matinée : Ardèche et Espagne, mais quelques exceptions sont néanmoins possibles, nos hôtes étant curieux de tout ce qui coule de... cave!...
Bien sûr, nous gardons l'idée des deux "offs", préambules apéritifs aux deux repas. Cette année, ils seront très ligériens. En premier lieu, le vendredi à 18h30, nous dégusterons l'ensemble des Roche-aux-Moines dans un même millésime. Rappelons que le nouveau décret d'appellation, paru en septembre dernier, apporte de nouvelles exigences destinées à élever la qualité globale des vins de l'appellation et que les sept vignerons du cru y adhèrent pleinement. Pas de dégustation marathon cependant, au retour de la plage, nous avons bien entendu vos remarques à ce sujet!... Vous pourrez donc profiter largement de votre séjour en bord de mer!... Pour l'occasion, nous aurons le plaisir d'accueillir, à l'ombre du patio, Tessa Laroche (et peut-être Virginie Joly), tout à fait habilitée(s) à nous présenter ce Grand Cru de Loire!..
Pour le samedi soir, nous resterons fidèles à l'idée d'accueillir de jeunes vignerons ligériens (ou nouvellement installés). Avec les effets de la dynamique actuelle, notamment en Anjou et Layon, le choix ne s'avère par forcément des plus simples. Finalement, nous avons opté pour un couple de vignerons, qui symbolisent parfaitement l'universalité de la vigne et du vin : Kenji Hodgson et Mai Sato. Il est Canadien, elle est Japonaise. Ils sont installés à Rablay sur Layon depuis à peine plus d'un an et font partie de la toute nouvelle vague angevine, En Joue Connection. Ils en seront certainement les dignes représentants. De plus, Kenji est certes devenu vigneron, mais il ne peut renier son passé d'amateur de vin et de dégustation qu'il fut, avant de devenir journaliste ès-vins en Colombie Britannique, du côté de Vancouver et de publier moult guides des vins.
En espérant que ce programme des festivités vous plaise et vous tente, rappelons que nous restons à votre disposition pour tout complément d'information, notamment concernant les possibilités d'hébergement, qui sont larges et multiples à St Jean de Monts, du camping au gîte, en passant par diverses catégories d'hôtels. Voici d'ailleurs quelques pistes : Hôtel Babord Tribord, contigu du Chai Carlina, ouvert à compter de la fin janvier 2012, suite au changement de direction. A noter également : L'Orée des pins, le moins onéreux, L'Hôtel de la Forêt, le plus calme, à dix minutes à pieds et bien sur, L'Espadon, avenue de la Forêt, à dix minutes également. Autre option, le camping le plus proche, à une vingtaine de minutes à pieds : Les Sirènes, avenue des Demoiselles.
Quelques précisions d'ordre pratique enfin : chaque séance de dégustation est ouverte à une vingtaine de personnes au maximum (+/-2). Les repas (Céline au piano!) peuvent accueillir 25 participants (+/-2). Les inscriptions sont possibles dès maintenant (paiement intégral, mais dépôt du chèque en mai prochain). Pour obtenir le dépliant nécessaire à l'inscription, contactez-moi en utilisant l'onglet "Contactez l'auteur" (en haut de la page) ou passez-moi un e-mail ou un texto, en m'indiquant une adresse postale. Les participants des dernières années recevront directement un message et la pièce jointe très prochainement, si ce n'est déjà fait. A noter que, sans que ce soit exclusif et en cas de forte affluence, nous privilégierons les inscriptions pour l'ensemble du week-end (ou au moins, aux trois séances du matin). En effet, nous avons pu constater par le passé que la séance du dimanche matin comptait un nombre inférieur de participants, par rapport à celles du vendredi ou du samedi, ce qui est quelque peu dommageable pour le vigneron participant.
Il ne vous reste plus qu'à dresser la liste de votre panoplie indispensable du parfait ReVeVineur : short, tee-shirt, lunettes de soleil, tongues, serviette de plage, crème solaire et... bonne humeur!... Vous êtes parés?... Rendez-vous à St Jean de Monts, en mai prochain!... En attendant, nous vous souhaitons de passer de belles fêtes de fin d'année 2011. @ bientôt en Vendée!...
En joue connection!... Surfers, restez branchés!...
Voici quelques années, un groupe de joyeux lurons layonesques, vignerons à leurs heures et pas ennemis de la joie, se dit : "Et si nous tenions salon?..." En moins de temps qu'il en faut pour sacrifier une bouteille de pet' nat', Anges Vins était née!... Les Mosse, Angeli, Baudouin, Leroy, Daviau et consorts se retrouvaient dans la salle Jean de Pontoise, à St Aubin de Luigné, pour ce qui est devenu un des plus jolis rendez-vous de l'hiver. Quelques p'tits jeunes qui montent se sont glissés sur l'affiche dès les débuts, même si certains ne participent plus aux (d)ébats.
Mais depuis, une nouvelle Nouvelle Vague agite le Layon et mascarette la vallée, un soupçon plus rock'n'roll!... Et si j'évoque la musique anglo-saxone, c'est qu'il s'agit bien d'airs venus d'Outre-Manche et d'Outre-Atlantique, que l'on écoute en montant le volume (même après 22h!) et pas nécessairement de cuvées un tant soit peu barrées!... Et quand bien même!... Même pas peur!... Prêts pour surfer la vague?...
Depuis 2010, Thomas Boutin et Sébastien Fleuret, les "locataires" de la Papinerie, à Rochefort sur Loire, frappaient à la porte des "grands frères". Des sollicitations qui avaient tendance à faire débat au sein des Anges Vins... Ouvrir?... Mais à qui et comment?... Vingt vignerons et autant de domaines, un plafond pour le type d'organisations choisi. Les "doublures parrainées", apparues lors des dernières éditions du salon de St Aubin de Luigné, n'étaient pas forcément du goût de tous les membres de l'association layonesque. On finit par se mettre d'accord, la raison l'emporte, plus de débordements, il y a assez de ceux de la rivière!...
Ne restait plus qu'à prendre le taureau par les cornes : créer une nouvelle association de vignerons, souvent jeunes et (très) nouvellement installés. En joue connection était née et bien née!... En plus des deux rochefortais cités plus haut, notons la présence de deux "grands frères" qui apportent une forme de caution à l'affaire : Marc Houtin et Julien Bresteau, de La Grange aux Belles, mais aussi Olivier Picherit, du Clos des Sables, quadra et industriel parisien en pleine reconversion (bio qui plus est!) en vigneron angevin, chez qui se déroulera le salon des 17 et 18 décembre prochains.
Les autres sont jeunes, parfois moins jeunes, pleins d'espoir, de niac et d'origines diverses : Nicolas Bertin et Geneviève Delatte, de L'Echalier, Damien Bureau, Philippe Delmée, Stéphane Rocher, de La Ferme du Mont Benault, Kenji Hodgson et Mai Sato, jeune couple canado-japonais au titre de l'universalité du groupe, Cédric Garreau, Gildas Béclair, Jérôme Lambert et le trio bretono-tourangeau-poitevin Jean-Marc Brousset, Thibaut Ducleux et Julien Delrieu, installés à La Guimardière de Faveraye-Machelles. D'autres encore vont les rejoindre, si ce n'est déjà fait : Charlotte Battais, Sylvain Martinez ou encore Xavier Marchais. Premières rencontres.
~ Nicolas Bertin, L'Echalier ~
Un tout jeune vigneron de Rablay sur Layon, sur 1,5 ha à ce jour, dont il partage le développement avec sa compagne Geneviève Delatte. Une petite cave au 5 de la rue de la Roche, sous une maison au coeur du village. Foi et humilité, qui déclenchent forcément la sympathie. Sans doute, la parfaite illustration des composantes de la nouvelle association solidaire. Nicolas fait des projets. Il a posé les rails de sa vie de vigneron ligérien, en sachant ce qu'il doit aux autres et certain qu'il apprend chaque jour. Rablay, c'est un fief qui le porte!...
Originaire d'une famille d'agriculteurs du nord d'Angers, il rêvait donc de faire du vin. Il passe au sud de la Loire pour franchir le Rubicon (à moins que ce ne soit le Rubilayon?) et peut ainsi acquérir de l'expérience au Domaine Pierre Chauvin, de Rablay, en conversion bio. Non loin du bourg, il trouve en 2008 une parcelle disponible de jeunes vignes, appartenant au Château de la Fresnaye, à St Aubin de Luigné : L'Echalier. C'est la seule cuvée disponible à ce jour, hormis un peu de pet' nat'. Il opte aussitôt pour un élevage d'un an en barriques (originaires de Bordeaux et de Bourgogne) et les millésimes successifs dégustés - 2008, 2009, 2010... - semblent fidèles aux caractéristiques de ces dernières années. Pour 2011, il observe attentivement l'évolution des jus séparés, selon qu'ils viennent du haut de la parcelle (des graviers assez profonds), de la partie intermédiaire (mélange de sable et d'argiles) ou du bas (plus d'argiles sur schistes), avec une évolution différente des sucres. Une seconde cuvée pourrait apparaître cette année, selon l'élevage en cours.
A proximité de cette parcelle, la construction d'un nouveau bâtiment est prévu, regroupant habitation et cave. Sur les quelques arpents disponibles, la plantation de pineau d'Aunis et de grolleau est quasiment programmée. Enfin, Nicolas doit récupérer en 2012 une parcelle de 1,5 ha de vieilles vignes de chenin, plantées en 1929 et 1942 - Les Nouelles - non loin de chez Joël Ménard.
Une soif de progrès, animée par une franche passion et l'adhésion totale à ce qui fait la trame de la charte d'En joue connection : pas de produits chimiques, pas de levurage et une réflexion permanente sur le soufre. Nicolas Bertin se sent bien dans cette mouvance tournée vers l'avenir. Un premier nom à retenir!...
~ Domaine Les Pierres Sèches ~
Lors d'une récente visite à Stéphane Bernaudeau, en venant des Nourrissons, celui-ci ne manqua pas de me signaler ce domaine tout jeune, apparu en janvier 2010, du côté de la Guimardière, sur la commune de Faveraye-Machelles et sur les coteaux du Lys. A l'origine, un domaine créé en 1974, mais qui arrêta de vinifier dès 1975!...
Nous rencontrons l'un des membres du trio qui s'est associé pour reprendre le domaine : Julien Delrieu. Avec Jean-Marie Brousset et Thibaut Ducleux, ils ont pris les rênes de ce vignoble de 16 ha au 1er janvier 2010, après une longue et patiente recherche... sur Internet!... En fait, ils sont issus d'une même promo de formation viticole à Tours et, par ailleurs, copains de fac' de Marc Houtin. L'un est originaire de Rennes, le second de Tours et le troisième de Poitiers. Le choix du lieu aurait presque pu se faire en utilisant une cible, dont les bords passeraient par ces trois villes, pour pointer sur la carte cette petite commune angevine!... A l'issue de leur formation, ils restent en contact, imaginant sans peine que leur complicité estudiantine pourrait servir de support à un projet concret. Mais, ils doivent se séparer pour suivre chacun leur chemin : Thibaut est alors en Allemagne, Julien à St Malo et Jean-Marie à Paris. Et c'est là qu'intervient Internet!... Pendant un an, ils cherchent, ils échangent, tracent alors des plans sur la comète en sollicitant les banques... En septembre 2009, l'une d'elles accepte : feu vert!... Julien, qui avait travaillé quelques temps chez Vincent Carême, s'imaginait bien, avec ses deux amis, travailler le chenin à Vouvray ou en Touraine. Mais, finalement, C'est l'Anjou qui leur sied!... Ils sont même tout à fait d'accord sur un nom de domaine : Les Pierres Sèches...
Et puis, et puis, tout se complique parfois... La veille de notre passage, soit après plus de dix-huit mois de travail, un premier millésime sur le marché et un second en cours de vinification et d'élevage, le trio reçoit un courrier leur précisant que le nom du domaine est déjà porté, la marque déposée, par un autre domaine viticole de l'Ardèche. Stupeur!... Cataclysme!... On devine aisément les conséquences d'un tel problème. Et plusieurs milliers de bouteilles du millésime 2010 sont déjà en circulation!... Passé ce moment d'angoisse, les trois vignerons optent bien sûr pour la négociation et, la prise de contact se passant bien, obtiennent de pouvoir commercialiser ce millésime sous ce nom involontairement plagié. Mais, au-delà, il faudra changer d'identité. C'est la règle. Réflexion en cours.
Le domaine compte donc 16 ha, dont 9 à 10 sont vinifiés sur place, le reste étant confié au négoce. Du chenin, à hauteur de 5,7 ha, un peu de chardonnay (non vinifié, si ce n'est un essai en barriques en 2011), 2 ha de grolleau, 6,5 ha de cabernet franc et un autre essai de cabernet sauvignon. La gamme se décline en deux parties : Le Jeau, des vins de soif élevés en cuves et des vins plus ambitieux, passés en barriques bordelaises pour les rouges et en double barriques pour les blancs.
L'aventure continue donc!... Les heureux possesseurs de flacons estampillés 2010 peuvent se réjouir de posséder quelques exemplaires "collector"!... Les enchères sur e-bay vont s'envoler, dans quelques années!... Pensez donc, un domaine virtuellement mis sur pieds, rendu au virtuel par les évènements!... Pour le reste, rien à craindre, les trois jeunes hommes ont la tête (bien faite) sur les épaules. Ils devraient rebondir sans plus de difficultés que cela. Et pour la nouvelle identité du domaine?... Patientons encore quelques semaines pour en savoir plus. A suivre!...
~ Stéphane Rocher, La Ferme du Mont Benault ~
Voici un jeune vigneron qui ne manquera pas de vous expliquer que l'informatique et la com' ont leurs limites dans le temps, surtout quand on les pratique à hautes doses. La campagne "Fruits et légumes, au moins 5 par jour", c'est lui!... Mais, la vie parisienne a vite quelque chose d'inquiétant, pour un p'tit gars d'Anjou qui rêve de faire du vin, comme ses oncles de Faye!... Ce changement de cap ou de vie, Stéphane va le mûrir pendant trois ans comme salarié d'une cave, Avenue Patton, à Angers. Un excellent moyen de partir à la rencontre de la clientèle angevine, parfois jeune et féminine (fac' voisine oblige), façon "primo-accédants" au vin et à ses plaisirs. Il s'installe à la Ferme du Mont Benault (ex-Château de Montbenault) pour quelques essais et une bonne évaluation de ce qu'il reste à faire, avant de franchir le pas et s'installer définitivement. C'est chose faite en fin d'année 2010, sur 4 ha en production et un potentiel de 5,5 ha supplémentaires, en friche actuellement, mais bien situés sur le haut de la partie nord du coteau de Montbenault, coupé en deux par la route de Beaulieu sur Layon à Thouarcé.
Une sorte d'inventaire commence alors. Des vieilles vignes parfois, comme ce vieux grolleau, mais dans une zone par trop hydromorphe et qui sera donc arraché. En fait, ce sera le cas des parcelles de la partie basse du coteau, remplacées par de nouvelles plantations sur la pente, où l'on trouve des schistes pourpres et de la rhyolite, qui parfois se désagrège. Du chenin certainement et peut-être du pineau d'Aunis et du grolleau.
A quelques centaines de mètres, 80 ares de vieux chenins de plus de 75 ans (ses mémères!), Les Pélioches, Sur des éboulis de rhyolite et du sable, seront bichonnés, même si la parcelle est enclavée et cernée de vignes en agriculture conventionnelle. Un peu plus loin, tout près de Beaulieu, une autre parcelle de chenin (dont le 2011 donne de beaux espoirs!) sera la base d'un Anjou blanc sec plutôt orienté vers la gastronomie. Au final donc, l'objectif de regrouper quelque peu les parcelles en conservant les vieilles vignes et "faire remonter" le reste du parcellaire sur le coteau proche des bâtiments.
Mais, pour illustrer la vraie dimension de son projet, Stéphane veut donner du sens à ses convictions en expliquant qu'il veut exploiter une ferme, au sens large du terme. Les parcelles arrachées seront destinées aux céréales. A terme, il est probable que des animaux seront également présents dans les prés alentour, ceci en phase avec la rénovation en cours du château voisin, dont le nouveau propriétaire souhaite revoir, autour de chez lui, toutes les composantes d'une entité agricole et viticole. A noter également que le vigneron dispose de belles surfaces de bâtiments de part et d'autre de la cour et qu'il loue ces locaux à d'autres jeunes vignerons (toujours cette solidarité et cette entraide), qui rejoindront certainement l'association prochainement, à savoir Xavier Marchais (ex-informaticien parisien lui aussi!), qui vient de reprendre quelques arpents juste en face du Domaine de Juchepie, d'Eddy et Mileine Oosterlinck, ou encore Vincent et Stéphanie Debout, qui s'y installeront en 2012. Une plateforme de pressurage est même prévue au milieu du chai!... Souvent, des vendangeurs de Mark Angeli, créateur de vagues souvent talentueuses!...
Côté vins, Stéphane Rocher propose lui aussi deux gammes distinctes. La première, la gamme Pergola, se veut simple, fruitée, gourmande, très accessible. Le but avoué est de séduire des consommateurs (dont une bonne part de voisins) qui recherchent des vins à mettre à table tous les jours, d'un prix raisonnable (moins de 6 € départ cave) et qui plus est, tous bio. Du chenin, du cabernet et du gamay (macération carbonique pour le rouge) simples et friands, mais dont la qualité n'est en rien galvaudée. L'idée est de séduire et d'encourager la découverte de cuvées plus complexes, plus élaborées.
Pour le moment, le "haut de gamme" se cantonne dans un registre tendre ou moelleux. Stawberry Fields est un rosé d'un jour moelleux, issu de gamay teinturier récolté en surmaturité, muté par centrifugation et filtration stérile. Juste une gourmandise!... Strawberry Fields Forever!... Grappe de soleil 2009 est un chenin tendre (25 gr de SR). La version 2011, déjà disponible, est en mode moelleux (115 gr de SR) et très séduisante. Enfin, un pétillant est également disponible, Grappe de bulles.
Bien sur, à ce stade, Stéphane expérimente, fait quelques essais, en rouge notamment avec le 2011, mais aussi en blanc sec, avec un élevage attentif en barriques. Les jus des chenins issus de la parcelle de Beaulieu sont bien posés et ouverts. Du côté des rouges, il a séparé la vendange pour mesurer l'impact de vinifications différentes. Infusion ou grappes entières, par exemple, cette dernière cuve semblant dotée d'un beau potentiel!... Voici là, les tenants d'un troisième volet à découvrir bientôt!...
Que voilà encore un jeune vigneron la tête sur les épaules!... Même si son regard se perd parfois sur ce coteau qu'il imagine dans quelques années. De l'autre côté de la route, un dolmen défie le temps, même s'il fut naguère quelque peu "bricolé". Mais, Stéphane est sans nul doute sensible à ce que ces pierres levées symbolisent, au point peut-être d'en illustrer de futures étiquettes, pour graver dans le granit ce qu'il construit patiemment. Après tout, son nom est Rocher!...
~ Kenji Hodgson et Mai Sato ~
Le parcours de Kenji Hodgson est d'abord celui d'un passionné de vins et de dégustation. Au point qu'il publie voilà dix ans, avec son ami James Nevison un guide des vins Have a glass (Bois un verre, dont le but est d'informer les débutants sur le sujet : régions, cépages, comment déguster...) puis ensuite Had a glass. "This book will change your wine life"!... Pour résumer, des éditions successives qui désignent le Top 100 des meilleurs vins à moins de 20$. Simple et efficace. Vous l'aurez compris, tout cela se passe là-bas, loin, du côté de Vancouver et de la Colombie Britannique.
Mais, son job de journaliste ne le comble pas tout à fait, pour ce qui est de vivre sa passion pleinement. Après quelques années, il souhaite en savoir plus quant à la fabrication de tous ces nectars qui le régalent. Mai n'y est sans doute pas pour rien, c'est au Japon qu'il fait un stage dans un domaine viticole, puis ils reviennent au Canada à l'issue de celui-ci. Ils s'installent à quatre cents kilomètres de Vancouver, dans la Columbia Valley et y restent pendant trois années. Mais là encore, le partage des tâches dans le domaine qui emploie Kenji à quelque chose de frustrant : il ne travaille qu'au chai, sans avoir le moindre contact avec la vigne et le terroir. Au moment des vendanges, il est au pressoir et voit défiler de lourdes bennes de raisins dont il ne sait rien!... "Le vin au Canada, c'est un peu trop comme en Napa ou en Californie!..."
Il quittent donc le Canada et mettent le cap sur la France, visa en poche, pour une circum-vendanges-action qui commence dans le sud. Lors de leur séjour au Japon, Kenji et Mai avaient découvert les "vins nature". Par un winemaker japonnais de leurs connaissances, ils obtiennent quelques adresses en Loire. Ils rendent ainsi visite successivement à Claude Courtois, Mark Angeli et Olivier Cousin. Trio gagnant!... Mai avoue rieuse : "Claude, c'est le premier vigneron que nous avons rencontré!.. Ce fut un choc!... Nous n'avions rien vu de tel nulle part."
A l'issue des vendanges chez Mark Angeli, ils ont très envie de tenter leur chance en Anjou, avec des vins nature, plutôt que de rentrer au Canada, avec un bagage incertain et quelques doutes sur la possibilité de s'installer dans ce grand pays, où le monopole d'état dicte sa loi. En 2010, ils ont la possibilité de récupérer environ un hectare, en petites parcelles dispersées, sur la commune de Thouarcé : leurs petits jardins secrets!... Dès 2011, ils reprennent deux nouveaux hectares. Aucune parcelle de dépasse 50 ares!... Les voilà lancés dans cette nouvelle aventure!... Le scénario se met en place. Moteur!...
Mai Sato, elle qui a étudié la production dans le cinéma à Vancouver, ne se fait pas de film et reste les pieds sur terre : "Quand on est venu en France, on avait prévu d'y rester un an. Maintenant, on a des visas pour trois ans renouvelables une fois, donc six ans au total. On a l'objectif de rester. Après, on ne sait pas encore... Mais, comme la première fois, j'imagine qu'on trouvera une solution si on décide de rester encore plus longtemps. C'est vrai que nous avons le mal du pays, de temps en temps, surtout pour la famille. Mais maintenant, nos vignes sont un peu comme nos enfants et ce serait aussi dûr de partir d'ici!..."
Voilà un jeune couple de vignerons qui illustre parfaitement l'universalité de la vigne et du vin. Et ils sont en Anjou, en Layon, bien entourés de quelques amis comme Philippe Delmée, avec qui ils partagent un chai dans la campagne pour le moment, tant que l'un et l'autre n'auront pas trouver le local qui va bien. Il y a quelque chose de rassurant à constater que cette petite communauté angevine est ouverte sur le monde, presque sans frontières.
Vous pourrez donc tous les rencontrer ce samedi 17 après-midi et dimanche 18 décembre, pour le premier salon En joue connection, qui se tient au Clos des Sables, à la Raimbaudière de Champ sur Layon, chez Olivier Picherit. Une bonne occasion de découvrir de nouveaux visages et quelques jolis flacons, n'en doutons pas!...
Quant aux autres vignerons, nous leur rendrons visite en début d'année 2012 et, en premier lieu, à leur Président, Philippe Delmée, dont les cuvées appréciées rapidement l'autre soir, m'interpellent déjà!... Vous pouvez retrouver ici quelques informations à propos de Sébastien Fleuret, micro-vigneron à Rochefort sur Loire, mais également de Marc Houtin et Julien Bresteau, de la Grange aux Belles. Rendez-vous en Anjou!...
Que reste-t-il de nos Bordeaux?...
Depuis quelques temps, j'ai cet air qui me trotte dans la tête... Que reste-t-il?... Pas... Graves... au moment d'arpenter les Pessac-Léognan!... Deux journées portes ouvertes et près de quarante châteaux et domaines à découvrir, sur les soixante-quinze que compte cette aire d'appellation, créée en 1987 sur plus de 1700 hectares. C'est sur l'ancienne Banlieue Prévôtale que se situent les seize Crus Classés de Graves. Alors, grandeur ou décadence au pays des alluvions millénaires de la Garonne?... Deux journées pour se faire une idée, se rassurer ou conforter quelques doutes. Et mesurer aussi tout ce qui sépare ces quelques GCC, largement pourvus financièrement, au point de se lancer, pour certains, dans des travaux titanesques quasi injustifiables (par les temps qui courent!), si ce n'est par une certaine forme de mégalomanie, de folie des grandeurs des propriétaires et actionnaires et ces micro-domaines familiaux, ne dépassant pas même cinq hectares parfois, dont on peut se demander comment ils tiennent la tête hors... du vin ou comment ils résistent aux sirènes de leurs célèbres et puissants voisins. D'autres enfin, dont on peut deviner le soulagement d'avoir vu surgir un investisseur, un mécène, un passionné sachant compter!... Toutes les composantes donc, d'un microcosme bordelais par le bout de la lorgnette d'un week-end sur les graves et par les chemins qui conduisent à Mérignac, Pessac, Canéjan, Villenave d'Ornon, Cadaujac, Léognan, Martillac et St Médard d'Eyrans. A nous les PL!...
Météo chafouine au programme, ce qui complique l'approche de certains crus, dont les plus grands, pris d'assaut à trois semaines de l'ouverture des festivités de fin d'année. Quelques offres alléchantes qui peuvent justifier l'affluence, mais souvent, à y regarder de plus près, sur des millésimes parfois qualifiés de mal-aimés : 2005 en blanc, 2003 en rouge, même si quelques exceptions sont toujours là pour confirmer la règle!... Le décor, quant à lui, n'a rien d'hivernal. La forêt, lorsqu'elle n'est pas composée exclusivement de pins des Landes girondines, les quelques bois épars, sont toujours vêtus d'or. Les feuilles mortes ne se ramassent pas encore à la pelle!... Routes étroites, chemins de terre sablo-argileuse, parkings quelque peu collants, il est tant de confier notre itinéraire au GPS du bord!... En premier lieu, cap sur la Garonne et les graves alluviales de St Médard d'Eyrans.
~ Château d'Eyran ~
Un château qui ne manque pas de charme!... Le doit-il à son architecture équilibrée, l'impression qu'il donne d'être une demeure traversant les siècles, bravant les tempêtes, épongeant les inondations garonnaises?... Ou encore aux personnages célèbres qui le hantent peut-être encore, hommes et femmes de lettres notamment, qui le fréquentèrent aux prétextes de cousinages, amours ou amitiés : Montaigne, Montesquieu, George Sand...
Il appartient actuellement à la famille De Sèze (dont un ancêtre fut d'ailleurs avocat de Louis XVI!), après les De Sallegourde (sic!), Dubernet et De Budos, dont Guilhem fut le premier bâtisseur en 1317 (et également neveu de Clément V). Pendant la Seconde Guerre Mondiale, il fut occupé par les troupes allemandes et les vignes furent arrachées. Heureusement, le bouquet de magnolias de la cour, planté en 1855 dit-on, fait toujours l'admiration des visiteurs, en même temps que célébrer le fameux Classement des Crus de la Gironde.
La restauration du vignoble est assez récente, puisqu'il faut attendre l'arrivée d'un gérant, ou régisseur, Stéphane Savigneux, en 1984, pour reprendre la plantation des vignes, deux hectares chaque année (associés à quelques fermages), pour arriver à un total d'environ vingt hectares aujourd'hui : 50% de cabernet sauvignon, 45% de merlot et 5% de petit verdot, mais pas de cépages blancs à ce jour. Les sols sont assez homogènes, composés tantôt de graves sablonneuses et tantôt de graves sur un sous-sol argileux, assez typiques de cette partie du vignoble des Graves, située dans la bande de terre séparant autoroute et voie ferrée d'une part et fleuve d'autre part. Unité de terroir, mais malgré tout, quelques parcelles hétérogènes, comme le révèlent certaines périodes sèches, tel le début de l'été 2011, ce qui pourrait avoir quelques conséquences localisées sur la vigne, selon le vigneron.
Agriculture conventionnelle affichée, "mais, on raisonne!..." souligne Stéphane Savigneux, amusé. Pratique de l'enherbement, mais pas de pratique bio, même si le vigneron semble mesurer l'importance de la vie du sol... Un cap qu'il se voit difficilement franchir actuellement.
Pour ces journées, Stéphane Savigneux se veut volontiers didactique, au point qu'il nous permet d'apprécier son Rosé 2011, afin d'expliquer ce que sont les arômes fermentaires, puis un échantillon des vins de presse 2011, qui laissent une impression plutôt positive. Pas une pratique courante pour les PO!... Les 2010, quant à eux, ont été rassemblés en cuves depuis peu, après un an d'élevage en barriques et vont être mis en bouteilles prochainement, après quelques interventions sensées les homogénéiser... Sont donc disponibles les 2008 (11,50 €) et 2009 (12,50 €), qui se révèlent assez séducteurs et abordables, avec des tannins gommés et un supplément d'âme et de structure pour le second. Notez que, du côté du chai, le vigneron précise qu'il ne levure pas et qu'il s'attache à utiliser le soufre aussi modérément que possible... Une découverte estampillée vignoble et tradition!...
~ Château Lafargue ~
Mettons le cap sur Martillac et sur un château... qui n'en est pas un!... Point de bâtisse séculaire sur l'emplacement des installations de ce domaine familial appartenant à Jean-Pierre Leymarie, représentant de la troisième génération, qui prit les rênes en 1983, avec guère plus de deux hectares de vignes à l'époque. Aujourd'hui, un total de 18,5 ha, dont 2,5 de blanc (sauvignon blanc à 80% et gris pour le reste). Du côté des rouges, 55% de merlot, 30 à 35% de cabernet sauvignon et le reste en cabernet franc, plus une petite parcelle de petit verdot.
Viticulture conventionnelle là encore, avec apparition de l'enherbement et un travail du sol selon les parcelles. 12,5 ha sont regroupés autour du domaine, 2,5 sont plus près de Martillac, dans le secteur du Château Lespault et enfin, 3,5 ha sont situés sur St Médard d'Eyrans. Il s'agit là de parcelles appartenant à l'origine au père du vigneron. Dans le cuvier et dans le chai, on s'attache à être au plus près des techniques adoptées dans la région. Les blancs sont vendangés à la main, puis suivent le cycle classique : macération carbonique, élevage de neuf à dix mois en barriques, avec bâtonnage, etc... Les rouges sont eux, intégralement vendangés à la machine et proposés en trois cuvées, lorsque la qualité du millésime justifie de la parution d'une "Cuvée Prestige". Côté "second vin", notons que les évolutions de l'oenologie moderne sont employées sans arrière-pensées, dans le but déclaré de réduire les coûts de production. Ainsi, quelques essais de copeaux et de "ministaves" (des douelles dans un sac à infusion!..) sont effectués en ce moment. Faut-il chercher plus loin l'explication à l'apparition, depuis quelques millésimes, de Bordeaux à prix plancher, au moment des foires aux vins?... Et il est bien possible que nous ne soyons pas encore au bout de nos surprises!... L'imagination règne en maîtresse insatiable dans le secteur!...
En attendant, découverte du Blanc 2009 (18,50 €) et du 2010 proposé en réservation. Ce dernier offrant un plus de fraîcheur à ce stade. Mais, il faut dire que les 2009, proposés actuellement dans les châteaux de la contrée, sont, pour la plupart, dans une phase délicate rarement séduisante : richesse imposante, prise de bois (pas partout de la meilleure des qualités!) et des amers en fin de bouche... qui vous rassurent quant à la réactivité de vos papilles!... Château Lafargue 2009 rouge est proposé à 16 €, la cuvée Prestige à 22 €.
~ Domaine de la Solitude ~
A la Solitude, c'est raté pour une retraite spirituelle, en ce samedi!... La foule se presse!... Il faut dire qu'il est près de midi et qu'on y trouve de quoi se restaurer joliment!... Après avoir pris quelques minutes pour découvrir les installations et quelques cuvées, bien sûr!... La Solitude est devenue la vaillante écuyère de Chevalier, depuis que l'équipe d'Olivier Bernard, propriétaire du Grand Cru Classé de Léognan, en a pris les rênes. Objectif qualité résolument affiché, modernisation des installations en cours, la propriété des soeurs de la Sainte Famille, avec ses 32 ha (dont 7 de blanc), connaît une véritable révolution de palais, grâce à son dynamique fermier!... Pas question de satisfaire uniquement les bonnes oeuvres du lieu, mais plutôt de mettre en valeur un vignoble de qualité.
Mission accomplie, si l'on en croit les blancs et rouges 2009 et 2010 proposés à la dégustation : arômes délicats et jolie dynamique pour les premiers, trame onctueuse, fine et séduisante pour les seconds. Du beau travail, dans un style très accessible et gourmand. Tout pour séduire!... D'ailleurs, la foule en redemande!...
A noter également, une autre propriété de Martillac, le Château Lespault-Martillac, repris en 2009 par le Domaine de Chevalier, dont le potentiel semble se confirmer, s'appuyant sur le terroir d'une des plus belles zones de l'appellation, si l'on en croit les premiers échantillons dégustés à l'occasion de ces portes ouvertes.
Un peu de fromage et de viande du Pays Basque en guise de coupe faim, quelques huîtres pour le soir, juste le temps de saluer, au moment de partir, Daniel et Isabelle, venus de leur Rive Droite et il nous faut reprendre la route. Échange d'informations sur les bonnes surprises de la matinée et la fréquentation des Grands Crus, de quoi réorienter le parcours de l'après-midi...
~ Château Le Thil Comte Clary ~
Restauration à l'italienne à l'heure de la pause, puis cap sur Léognan, où des Grands Crus nous attendent, mais pas seulement. De l'autre côté de la route, un très beau château caché par la forêt, mais côté vignoble, une bâtisse austère, rigoureuse, minimaliste comme un chai qui ressemble à un modeste garage de campagne. On dit le domaine conseillé depuis peu par Stéphane Derenoncourt. Et pour nous, en cette journée, un rendez-vous raté avec des vins que d'autres ont pu apprécier... Est-ce dû à l'ambiance de l'espace de réception, où plusieurs groupes cohabitent simultanément?... A l'éclairage quelque peu triste?... Au discours tenu par la personne qui propose les échantillons à la dégustation?... Impossible de se forger une opinion!... Dans ces circonstances, nous préférons remettre à une autre fois la découverte du cru... Dommage!... Mais, presque inévitable lors de ce type de journée.
~ Château Larrivet-Haut-Brion ~
Quelques centaines de mètres nous séparent de Château Carbonnieux. Mais là, c'est le rush du début d'après-midi!... Nous prenons donc la décision de continuer notre route vers Larrivet-Haut-Brion, qui est à peine moins fréquenté. Un fleuron des crus du secteur, mais pas un Grand Cru, au sens officiel du terme, même si le château en a acquis le standing. Les groupes s'y succèdent, nous passons de l'un à l'autre pour écouter quelques bribes des explications données par divers membres du personnel. Le chai, semi enterré, est assez remarquable. On y découvre toute la panoplie des modes d'élevage : barriques neuves, demi-muids, oeufs en béton, foudres ovoïdes en chêne...
A l'étage, une confortable salle de dégustation accueille les visiteurs. Les seconds vins 2009, blanc et rouge, sont proposés, sans laisser de souvenir impérissable. Du Grand Vin, nous ne pouvons apprécier que 2005 en blanc et 2003 en rouge. Un choix curieux... Le premier se déguste très moyennement, alors qu'on pourrait le croire à son apogée, le second nous laisse perplexe, surtout après une première bouteille bouchonnée, donnée en pâture aux amateurs de passage qui, pour la plupart, n'avaient pas identifié le défaut!... Et donc, le château passe du statut de plutôt bon souvenir, avec son blanc 2008 au printemps dernier, à une journée pour le moins en demi-teinte en ce samedi. La glorieuse incertitude du sport, diront certains!...
~ Domaine de Merlet ~
Nous sommes toujours route de Cadaujac, sur une des plus belles croupes de la commune, celle de Haut-Bailly, fermé pour l'occasion. Seul le parking est accessible et c'est tant mieux!... Juste en face, de l'autre côté de la route, une maison basse typique de la région, sorte de longère de pierres blanches. Le nom n'y est pas gravé dans ce noble matériau, mais sur un panneau tout simple, sensé informer les automobilistes : Domaine de Merlet. Accueil musical, buffet de produits divers du grand Sud-Ouest, en avant pour la découverte!...
Ce domaine, ou Indivision Tauzin, renaît de ses cendres depuis 1989, grâce à la plus jeune génération de l'époque. Pas plus de 4,5 ha de cépages rouges : cabernet sauvignon à 75% et merlot noir pour le reste. On peut aisément imaginer que, s'il n'avait été restauré depuis vingt deux ans, ce vignoble abandonné aux herbes et aux ronces pendant de longues années, serait très convoité aujourd'hui. Peut-être l'est-il toujours d'ailleurs, vu les nobles crus qui le cernent, si ce n'est l'orientation quelque peu est des ses parcelles.
Déclinaison classique des cuvées : Domaine (10,50 € le 2009!) et Spéciale (15 €). Fermentation en cuves inox, macération de trois semaines, élevage d'une année en barriques, du très classique pour cette catégorie de domaines. Et l'illustration même, la mise en évidence d'un Bordeaux à deux vitesses et le voisinage de deux mondes que tout semble opposer, mais qui reste, à plus d'un titre sans doute, solidaire et teinté de conformisme, voire de paternalisme. Il serait cependant intéressant de situer la qualité des vins d'une propriété de cette taille (elles ne sont pas si nombreuses que cela dans le secteur!) dans une logique bio, voire nature. Mais, il est sans doute plus facile de surfer sur la vague de la com' bordelaise et de se laisser porter par le mascaret du négoce local. Ramer à contre courant n'est pas chose aisée à Bordeaux, il est parfois fort!... Notez cependant que Merlet a opté pour un travail des sols intégral et l'abandon de tout herbicide.
~ Château Le Sartre ~
Cap au sud en guise de conclusion de cette journée. Après la traversée de Léognan, passage à proximité du Château de France assez fréquenté, puis de Fieuzal, ce dernier illustrant parfaitement certaines options grandiloquentes, en matière de modernisation des installations, au vu des travaux de ces derniers mois. Il reste à espérer, pour les investisseurs au moins, que les choix récents influent sur le résultat final, verre en main. Au-delà de la dictature d'une communication bien orchestrée, évidemment!... Rendez-vous lors de futures portes ouvertes?...
Nous sommes là aux limites sud de l'appellation Pessac-Léognan. Plus loin, ce sont les Graves. Le Sartre, domaine dans la "mouvance Perrin" de Carbonnieux, a bénéficié d'un bon capital de sympathie lors de ses premières participations aux portes ouvertes. D'élégants bâtiments, un chai classique, vaste et teinté d'une sorte de réserve, avec juste ce qu'il faut d'équipement pour produire dans de bonnes conditions. Rien de tapageur, mais du concret et du pragmatique. La dégustation des 2009 démontre aussi l'adoption d'une technique éprouvée et sans doute rassurante pour les propriétaires. Côté papilles, c'est somme toute assez rigoureux, un rien austère, limite un peu braque, mais résolument tourné vers l'avenir. Du moins, faut-il l'espérer...
Le temps de saluer la chienne du domaine, sorte d'épagneul anglais, assez âgée pour exprimer d'un regard à quel point le défilé de tous ces visiteurs perturbe sa quiétude, l'empêchant de courir la campagne environnante avec ses maîtres et nous regagnons nos pénates, pour un dîner sympathique autour d'un black bass au beurre blanc, accompagné de pâtes à l'encre de seiche.
Point de noirceur excessive cependant, au moment de tirer une conclusion de cette journée!... Mais finalement, que reste-t-il de nos Bordeaux (air connu)?... Une communauté de vins qui ne peut nier sa parenté, ses cousinages. Naguère, nous gardions tous ces crus quelques années, dans l'espoir qu'ils nous charment de leurs particularismes, de leur identité à un terroir. Y compris pour les blancs de Pessac ou de Léognan, par exemple. Désormais, ils sont souvent validés technologiquement et produits, au sens littéral du terme, pour séduire, pour être consommables et pour supporter de longs voyages en porte-containers thermo-régulés. Comme si les vins avaient besoin de ces ambiances aseptisées (de l'inox des cuves aux cales des bateaux) pour ne pas faire de croche-pieds aux heureux consommateurs des nouveaux marchés.
Mais, les fruits générés par une (viti)culture ancienne (oubliée?) doivent-ils être aujourd'hui nécessairement conformes, installés dans la rigueur technique et scientifique pour être consommer? Pour ma part, je n'ai plus envie de "consommer" ces vins, pas avant qu'ils ne retrouvent leurs charmes (fussent-ils qualifiés de désuets par certains) dévoilés naguère, lors de "verticales" somptueuses. Il ne s'agit pas là de nostalgie, mais plutôt d'évolution des goûts, lorsqu'on s'attache à ne pas mettre sur un piédestal des vins qui ne le méritent plus, qui ne nous surprennent plus... Bordeaux semble parfois foncer à tombeau ouvert (l'expression tient-elle lieu de funeste prédiction?...) dans une impasse, en faisant le choix d'une fuite en avant technologique et financière, parce qu'elle est devenue une forteresse imprenable, dans l'esprit de la plupart des acteurs locaux. Pourtant, elle devrait se souvenir que ses archives historiques contiennent encore la trace, le vague souvenir de châteaux fortifiés, engloutis à jamais par les marais et les sables des rives mouvantes du fleuve...
Relisons Victor Segalen un instant : "Le divers décroît. Là est le grand danger terrestre. C'est donc contre cette déchéance qu'il faut lutter, se battre, mourir peut-être avec beauté."
Chronique de la virtualité bordelaise
Début décembre. Week-end des PO en PL. Lisez portes ouvertes en Pessac-Léognan. Un rendez-vous qui ravive quelques jolis souvenirs de dégustation, lorsque tous les crus de cette région du nombril bordelais étaient des Graves. Je vous parle d'un temps que les moins de trente ans ne peuvent pas avoir dans leurs notes de
dégustation!... Ma mémoire laisse remonter à la surface quelques relents savoureux de repas, où pièce de boeuf grillée et Graves rouge 1986 (Château Respide-Médeville, je crois) nous laissaient presque sans voix, avant même la poire et le fromage!...
D'aucuns penseront peut-être que succomber à l'appel d'un tel rendez-vous en terre girondine tient, pour ce qui me concerne, d'une pratique quasi éhontée de l'auto-flagellation. Oui, je l'avoue, rares sont les bouteilles de cette noble région à rejoindre les gradins de ma cave, depuis quelques millésimes. Mais, il m'est difficile de l'ignorer à plus d'un titre. Et même si une large dégustation printanière en a plongé plus d'un dans un abîme de perplexité... Bordeaux porte son regard très loin au-delà des mers, entend ses plus chers (nouveaux) supporters, mais peut-être est-il comme le fils prodigue?... Serons-nous encore là, lorsqu'il reviendra frapper à la porte?...
Voilà que, ces dernières semaines, un peu en guise de préparation à ce week-end itinérant, je me laisse guider par Jean-Marc Quarin, dégustateur régional émérite, dont nombreux sont ceux désormais, à reconnaître les mérites. On consulte, on compulse et on s'aperçoit que le classement laisse apparaître quelques surprises. Et notamment, en n°21, un Château Branon, à peu près uniquement connu de Robert Parker!... En fait, il faut sonner au portail du Château Haut Bergey, à Léognan, pour en savoir plus. Dont acte.
Reprenons quelques lignes du dégustateur bordelais (originaire de Châteauneuf du Pape! A ce propos, je ne peux que vous conseiller au passage, la lecture de sa chronique n°121, parue en octobre dernier, concernant deux douzaines de célèbres cuvées de grenache et de syrah, "des crus qui fascinent le microcosme du vin, mais heureusement pas tout le monde!") qui évoque Château Branon, un de ses coups de coeur : "Aujourd'hui, Branon est l'un de mes Bordeaux préférés. Il possède une signature aromatique unique... C'est un vin à la française,
élégant, parfois discret et impossible à cracher, même lorsque je le goûte à la barrique. Très peu de cru possède une telle distinction sauf les premiers du Médoc!..." Ça donne presque soif!...
Cap sur Haut Bergey donc, pour tenter de découvrir la chose. Le château, situé tout près de Léognan, est la propriété des Vignobles Garcin, animés par Sylviane Garcin (soeur de Daniel Cathiard, propriétaire de Smith Haut Laffite, à Martillac). Ce domaine a été racheté au milieu des années 90. Dès le début des années 2000 (à confirmer), d'autres rejoindront le giron : Barde Haut, en St Émilion Grand Cru, Clos l'Eglise, à Pomerol et donc Branon, en Pessac-Léognan, sans oublier la Bodega Poesia en Argentine.
Le Château Branon, physiquement, c'est une demeure genre XVIIIè en ruines, puisque ayant brûlé voilà quelques années et située sur une croupe, tout prêt de la route qui mène de Martillac à Léognan. Pour ce qui est du vignoble, il est actuellement limité à deux hectares en production de vignes quadragénaires, dit-on... Nous avons bien pris rendez-vous pour en découvrir la substantifique moelle, mais nous apprenons dès notre arrivée sur place qu'il est impossible de déguster ce cru!... "Nous ne faisons pas déguster ni Branon, ni Clos l'Eglise." En fait, nous n'avons pas même la possibilité d'en enfleurer l'âme, la part des anges, s'évaporant par les pores des barriques neuves entreposées au deuxième étage du chai à barriques, puisque seul le niveau un, réservé à Haut Bergey est visible!...
Nous apprenons quand même au passage, que Branon est vinifié en foudres de bois de 50 hl, puis élevé pendant dix-huit mois en barriques neuves de chênes français de 225 litres, dont les bois sont choisis dans la Forêt de Tronçais (pauvre forêt, il en reste?...). La fiche technique nous précise que le vin se compose de 50% de merlot et de 50% des deux cabernets. Enfin, pour situer le problème de sa rareté nationale, 11200 flacons du millésime 2010 seront mis sur le marché et l'on sait déjà que 80 à 90% de ceux-ci mettront le cap sur les plus grandes
places de la planète, version wine label tasting - États-Unis, Asie, etc... - à la seule lecture du Wine Advocate!...
Voilà, tout est dit!... Quelques crus bordelais sont entrés dans l'ère de la virtualité vinique!... Financière aussi, sans doute... Speculat nec mergitur!... Parfois, le mystère étant à ce point entretenu qu'on s'interroge sur leur réalité, leur existence même... En tout cas, ceux qui courent la campagne, à l'heure des Primeurs, n'ont pas même le souvenir d'en avoir approché l'étiquette. Ce que l'on sait, c'est que Robert Parker gratifie la propriété d'un 96-98 sur les deux derniers millésimes (93-96 par le Wine Spectator), ce qui a eu pour conséquence immédiate de voir le prix de vente à la propriété (eh oui, c'est possible!) passer de 63 euros pour le 2008 à 122 euros pour le 2009!... Et la bouteille dans la vitrine, elle est factice?...
Nous prenons congé rapidement, non sans avoir trempé nos lèvres dans le Haut Bergey blanc 2009, L'Etoile de Bergey rouge 2002 (thanksgiving est passé, ne reste plus que le Calendrier de l'Avin, pour un jour de pluie!) et Haut Bergey rouge 2003, un trio qui ne nous laissera pas un souvenir impérissable...
- Bonjour Bordeaux!...
- Tu crois qu'on va faire les Portes Ouvertes demain?...
- Même pas peur!...










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