"Vous verrez, il n'y aura pas de froid, cet hiver!..." Nous étions nombreux à y croire, voire à l'espérer. Pas du côté des vignerons, qui endurent pourtant une trop longue vague de froid, lorsqu'ils faut passer des journées entières de taille sur des parcelles bien ventilées, mais qui savent les bienfaits de quelques jours au-dessous de zéro. Finalement, la météo leur a donné satisfaction et février leur a offert une quinzaine glaciale, sous l'égide du célèbre Moscou-Paris!... Cet anticyclone centré sur l'Europe, qui véhicule une bise venue en ligne directe de Scandinavie, avec sa cohorte de températures négatives du matin au soir et du soir au matin!... Du coup, voilà la Loire qui se prend, l'espace de quelques jours, pour le St Laurent ou la Volga!... Pas chaud devant!...

12022012 037

Et l'on repense alors aux éventuelles conséquences d'une telle froidure, avec les souvenirs de février 1956, qui reviennent à la mémoire des plus anciens. Le grand gel de cette année-là, qui détruisit nombre d'hectares de vignes et de fruitiers, pourrait-il revenir dans l'actualité? Vous parlez d'une histoire, en pleine campagne électorale!... Peu probable cependant, avec une telle intensité. Depuis, d'autres hivers ont laissé quelques souvenirs : 1963, 1985, 1987, ou encore 1954 et 1966. Et pour tout dire, amis vignerons, quel constat faites-vous pendant ou après ces périodes réfrigérantes?... La vigne est-elle atteinte dans sa chair, ou tire-t-elle bénéfice de la neige qui persiste et de la glace?

vignes sous la neige

"Même la brouette à sarments est au chômage technique..." s'amuse Marc Houtin, de La Grange aux Belles, en Aubance. "J'aime assez l'idée de la saison qui nous impose son rythme... Plus possible de travailler dehors, alors on s'adapte. On fait de l'étiquetage, on décale les mises en bouteilles prévues et on s'avance dans les affaires administratives (chose rare!). Les vignes sont belles, le soleil brille, mais de quoi se plaint-on?..."

De la bonne humeur, voire une forme d'humour très... second degré, avec Olivier Van Ettinger, de Faye d'Anjou, assez coutumier du fait, au point de... glacer parfois ses interlocuteurs, dit-on : "C'est vrai que c'est une période terrible! J'ai peur de devoir me faire amputer de deux doigts à cause du froid... Mon chien est resté prisonnier des glaces de schistes. Je vais devoir investir dans un attelage de chiens de traîneaux pour décavaillonner... Quelle misère! Et je n'ai même pas fini de lire Zola!... Sinon, ça va ; j'observe et endure les tribulations du monde avec détachement et fatalisme... Bon, je ne sais pas si mon intervention va vous être très utile." Brrr... C'est L'Assommoir et Germinal en Anjou!... Un p'tit Layon pour vous réchauffer?...

  12022012 001   12022012 008   12022012 009

Dans le Layon toujours, mais du côté de St Aubin de Luigné, Philippe Delesvaux nous adresse, avant toute chose, quelques remarques façon coup d'oeil dans le rétro, teintées d'une... froide logique et d'une bonne dose de pragmatisme : "En hiver, il fait froid... Enfin une saison marquée, jusque là tout est normal. On a perdu la mémoire des saisons et ce depuis longtemps. Sous Louis XIV, un éditorialiste se plaignait déjà que les étés étaient moins chauds et les hivers moins froids que durant son enfance. Je suis né le 7 février 1956 et il faisait -20° à Paris. Les légumes gelaient dans les magasins. En 1963, la France était prise par la glace, comme en 1985, 1995 et 1996."

12022012 010   12022012 012   12022012 016

"Et la vigne dans tout ça?... Après un mois de janvier doux (et novembre et décembre du même tonneau!), on assistait à une montée de sève dans les sarments. Le froid est donc le bienvenu pour bloquer cette montée, retarder le débourrement de printemps, afin de nous protéger (peut-être!) des gelées printanières. Les hommes souffrent du froid. Tailler par des températures inférieures à -7°/-8° n'est pas conseillé pour la vigne. Heureusement pour les vignerons, les vêtements ont fait de réels progrès et nous sommes mieux protégés que nos prédécesseurs. On n'en adapte pas moins le travail aux conditions climatiques : nettoyage, rangement, bricolage, travail de bureau... Pas question pour moi de toucher au vin en cave, il faut le laisser remonter en température avant de soutirer. Nous devrions très vite retrouver des conditions plus normales." Et pour ce qui est de surveiller l'évolution du 2010, c'est bien noté!...

12022012 019   12022012 021   12022012 022

Et donc, oublier tout aussi vite ces journées glaciales!... Dans le Pays Nantais, Marc Ollivier, au Domaine de la Pépière et ses bâtiments au coeur d'un petit village dans un vallon, doit faire preuve d'imagination pour certains aspects pratiques du quotidien. "Pour la vigne, on est évidemment content du froid. Pour le reste, tout est plus compliqué. Par exemple, les camions ne peuvent plus accéder au domaine depuis le début de la semaine. Il faut donc trouver un copain vigneron qui peut recevoir nos camions et transporter au préalable nos palettes chez lui. Pour les vins en cuves aériennes, le froid les dépouille et on a une idée plus précise du résultat final. Pour les cuves souterraines, c'est le contraire. De toute façon, les vins sont trop froids pour les goûter dans la cave!..." Nous verrons donc cela plus tard.

12022012 027   12022012 032   12022012 033

Des nouvelles également du Centre-Loire, qui a subi quelques températures record ces derniers jours, tout comme une partie de la Touraine, avec de plus, une bise marquée, intensifiant le "ressenti". La météo nationale a parlé de -18° à -20°!...

C'est Alexandre Bain, en Pouilly Fumé, qui nous donne la tendance régionale : "Super bénéfique pour les vignes! La sève descend dans les racines, ce qui préserve un maximum d'énergie pour le débourrement en avril. Les vignes ne sont pas taillées, c'est parfait. Mon cheval voit sa ration complétée en foin, plus orge et avoine. Il a refait du poil!... Nous avions labouré avant la période de gel et je souhaite recommencer prochainement. Côté cave, le froid affine les arômes du vin et facilite la sédimentation."

NEIGE CRAVANT 573   NEIGE CRAVANT 578   NEIGE CRAVANT 591

Les photos ci-dessus ont été prises par Pascal Lambert, du côté de Cravant les Coteaux, dans le Chinonais, ce qui tend à démontrer, s'il en était besoin, que personne ne fut épargné par cette vague de froid en Val de Loire, si ce n'est le vignoble littoral le plus occidental, qui n'a vu que la pluie.

25 ans que nous n'avions vu la Loire charrier des glaçons, comme dans une presque débâcle!... Une sorte de growlers (que l'on appelle aussi bourguignons, allez savoir pourquoi!), un peu comme ceux (plus dangereux) du Pacifique sud, sur la route des voiliers de la Course autour du Monde, fleurtant parfois avec les 40è Rugissants, voire les 50è Hurlants!... Gageons néanmoins que nous allons oublier très vite la rudesse de cette quinzaine de février 2012. D'ailleurs, j'en suis certain, vous avez déjà rangé gants, passe-montagne et écharpe. Finalement, le temps passe si vite et dans à peine plus d'un mois, le printemps sera là.