Nous y voilà!... C'est l'heure de la cueillette au terme d'une année difficile pour nombre de vignerons. Pas tous bien sur, puisque toutes les régions n'ont pas subi les turpitudes de la météo de la même façon. Globalement, le sud s'en tire sans doute mieux, y compris le quart sud-ouest et le nord en a bavé des ronds de chapeaux!... Pour beaucoup, des rendements réduits et parfois rien, ou presque, dans certaines parcelles, à cause du gel, de la pluie et de la fraîcheur sur la fleur, puis de la grêle. Et souvent, une longue période où l'alternance d'ondées et de chaleur en a rajouté une couche!... Une année physique en somme, où septembre, après un mois d'août plutôt sec, laisse de l'espoir. Seulement voilà, la patience s'impose désormais, puisque les vendanges ne débuteront pas avant la fin septembre, dans bien des cas. Rien de très exceptionnel en soi, puisqu'on risque de se rapprocher de la moyenne tout à fait dans la normalité (un mot à la mode!), après quelques millésimes plutôt précoces, mais, les petites pluies attendues et espérées ne doivent pas se tranformer en méchantes averses. Et il se trouve que les prévisions à géométrie variable laissent parfois quelques craintes... On croise les doigts!...

120511 EMBOURBEMENT

La parole aux vignerons donc, qui nous font quelques résumés très explicites. En premier lieu, Thierry Germain, expert ès-Saumur-Champigny au Domaine des Roches Neuves, positive tant bien que mal : "2012 sera un millésime de vigneron, où l'équilibre de la plante restera le plus important, tant la pression mildiou et oïdium a été importante cette année, du fait des conditions climatiques médiocres d'avril à fin juin. Cependant, dans notre malheur, le froid de juin a fait millerandé les raisins et nous nous retrouvons avec une petite récolte et des toutes petites grappes, ce qui devrait nous permettre d'aller jusqu'aux vendanges avec de bonnes maturités, si septembre veut bien être clément... Comme tous les millésimes tardifs, nous devrions avoir de jolies fraîcheurs et des vins sur le croquant, donc des vrais vins ligériens. Attention cependant au végétal qui ne sera pas loin, surtout dans les parcelles tardives habituellement. Pour l'instant, nous ne pouvons pas dire grand chose d'autre. Il faudra attendre de rentrer la vendange, car septembre reste le mois le plus important pour finaliser la véraison et donc la maturité, comme nous avons pu le constater sur les derniers millésimes. Il ne faut pas oublier qu'avant 2000, nous vendangions toujours entre le 5 et le 10 octobre, donc pas de panique et soyons à l'écoute de la nature."

Pas le même recul encore, ou le même vécu, pour Sébastien Fleuret, micro-vigneron en Anjou, mais un peu la même tendance : "Mes premières impressions?... On n'est pas près de vendanger! C'est très en retard cette année, il ne se passera rien avant octobre chez moi!..."

Le 2 septembre, Hervé Bizeul, du Clos des Fées, en Roussillon, était à la veille de couper ses grenache gris. "Globalement, je pense que nous sommes cette année encore les plus privilégiés en France. Certes, nous avons eu des épisodes de grêle sur certaines parcelles, certes l'oïdiun était virulent, mais comme d'habitude - et rien ne vaut le soufre - il ne fallait pas effeuiller pour éviter la courte canicule de l'été (ce que nous allons commencer à faire demain), mais les vignes sont magnifiques, encore vertes, revigorées par l'orage de vendredi (le 31 août), avec vingt millimètres qui arrivent à point. Deux semaines de beau temps en perspective, donc, un très beau millésime au niveau raisins. Sur le vin, je ne suis pas de-vin!... Peu de volumes quand même, suite à de petites sorties et de la casse au vent, surtout sur les syrah, ce qui permettra de tout ramasser au moment opportun, sans se presser. Grosse pression d'eudémys sur la plaine et donc, pour certains, obligation de rentrer vite en revanche. J'ai un peu honte, vu la pression qu'on du subir mes confrères..."

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Au printemps prochain, le Roussillon fera-t-il de nouveau débat?... Affaire à suivre!... D'ici là, vous pouvez suivre la chronologie des vendanges au domaine, sur le blog du vigneron.

Du côté de Bordeaux, Cyril Dubrey, au Château de Mirebeau, en Pessac-Léognan, est en pleine réflexion philovinique!... Sans doute, est-il prêt, mais la nature lui impose de patienter : "Nous pourrions intituler votre demande : humeurs de pré-vendange. Ce millésime 2012 réclame une étroite et intime connaissance de l'homme et de sa vigne. J'irai même dire une "intériorisation" profonde de sa vigne. Cette année est vraiment celle de l'homme-vigne. Mais, pour revenir sur terre, une autre qualité à avoir est la patience : savoir attendre pour avoir le meilleur de sa vigne. Et ça, c'est encore un joli challenge!...

La Champagne n'est pas des plus gâtées, cette année, c'est le moins que l'on puisse dire!... Cependant, il semble que le moral de Benoît Tarlant remonte, à mesure que la cueillette approche : "Je ne vais pas refaire le fil de l'année, ça ne sert à rien de ressasser les mauvais moments et se miner le moral pour rien. La saison était éprouvante et longue. Il a fallu une véritable abnégation vigneronne pour continuer avec la même envie... En même temps, on pourra tous se dire, dans les prochaines saisons, en discutant de l'année : "Ah, toi aussi tu as fait 2012! Tu te rappelles..." C'était une nouvelle bataille de la Marne, en quelques sortes!... "Bref, la quantité est réduite, du fait du nombre de grappes, évidemment, mais aujourd'hui, on voit aussi que les grains sont petits. Le Pinot Meunier oscille entre 60 et 90 grammes dans le meilleur des cas, cela dû à une fleur sous un temps pluvieux. Les équipes de vendangeurs seront réduites cette année. Cependant, il nous reste tous les espoirs pour la qualité d'un millésime. Intrinsèquement, les potentiels d'équilibre sucre/acidité sont superbes. Le botrytis est inexistant, avec des degrés qui oscillent atour de 9,3° potentiel à dix jours des vendanges (le 6 septembre). A nous de faire grand avec peu!..." Ci-dessous, millerandage sur Petit Meunier, au lieu dit la Pierre de Bellevue.

ptitmeunier

Cap au sud ensuite, puisque Xavier Ledogar évoque la situation des Corbières : "Effectivement, cette année est un peu bizarre dans notre région des Corbières! Pas d'hiver pluvieux, d'où un manque de réserves. Printemps humide, mais avec de petites pluies, favorable aux maladies. Il fallait être très vigilant!... Ensuite, les premières chaleurs ne sont arrivées qu'au mois d'août! Et quelles chaleurs!... Je ne savais pas trop comment aller évoluer cette maturité... Vers le 20 août, avec mon frère Mathieu, nous avons décidé de vendanger un maccabeu et un carignan blanc, situés plein sud en bord de garrigue. Nous avions peur de perdre trop d'acidité, primordiale pour nos blancs du sud. Le 28, ramassage des cinsault, avec déjà des degrés potentiels à 13,5. Heureusement, les caprices météorologiques se sont calmés. Depuis la fin du mois, les nuits sont fraîches, les jours moins chauds. Il est tombé une vingtaine de millimètres d'eau début septembre et les raisins mûrissent plus lentement. L'aromatique, qui jusque là faisait défaut, commence à s'exprimer. La qualité phénolique devrait être au rendez-vous."

"Le 5 septembre, nous avons cueilli des listans, terret blanc et gris, ainsi que de la clairette. Ces cépages composent une petite parcelle de 400 souches appartenant toujours à mon grand-père. Eh oui, au Domaine Ledogar, c'est une affaire de famille!... Le 6, c'était au tour de notre deuxième vigne de carignan blanc, située sur un sol argileux profond et exposé plein nord, ainsi que du grenache blanc et gris. Les baies sont goûteuses, bien fruitées et avec une pointe d'acidité. Si tout se passe bien, nous poursuivrons par la syrah et le grenache, puis carignan et mourvèdre qui se font toujours attendre..."

Xavier et Mathieu devant une souche de Listan (2)   Xavier et le Carignan Blanc   Grenache Blanc et Gris

Quelques nouvelles ensuite du "front tourangeau", comme le nomme Marie-Thibault Cabrit, du côté de Langeais et Azay le Rideau, coeur de la Touraine : "Un temps béni ici, depuis début août, qui nous permet de souffler après une saison végétative très très éprouvante! Pour les parcelles qui n'ont pas gelé et dont les raisons ont été maintenus face au mildiou et autres soucis (oïdium, cicadelle...), le climat actuel est rêvé (enfin!) : beau et frais. Du coup, maturités lentes et état sanitaire parfait pour l'instant. L'hétérogénéité, due à une floraison froide, humide et donc très longue (trois semaines), est un problème, car elle va imposer des tris importants y compris sur les rouges... Ce millésime va vraiment partager les vins issus de vendanges manuelles et de vendanges machine, un vrai millésime de vigneron(ne)s donc!... Marie évoque au passage, dans son post-scriptum, "la disparition accidentelle d'un grand vigneron, Christian Chaussard, qui a beaucoup oeuvré pour la cause des vins naturels."

Double hommage appuyé nous venant de Catalogne, en guise de préambule, de la part de Laureano Serres"Millésime marqué par une double catastrophe, les disparitions de Christian Chaussard et de Jean-Paul Rocher. J'espère que rien de ce genre ne se reproduira. Mais, tout d'abord, remercier ces deux personnes, pour leur humanité et leur dévouement. Ils m'ont donné et fait partager des choses inoubliables pour moi." A propos de cette campagne 2012 : "La fleur avait du retard, en raison d'un froid tardif et d'un peu de pluie en avril et mai, la seule de l'année pratiquement!... Il a fait très chaud ensuite et nous avons une excellente qualité sanitaire de la vigne et des raisins. Des traitements ponctuels au soufre ont seulement été nécessaires, en fonction des endroits et des variétés. La production est généralement inférieure à une année normale dans mon cas, avec une maturation plus précoce et un bon niveau d'alcool potentiel. Le travail sur la plante permet de bons résultats, dans une année très difficile, avec moins d'eau que jamais!... Attendons de voir les vins de cette année 2012, étrange, sèche et froide au début, puis chaude brutalement."

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Enfin, Charlotte Carsin, du Clos de l'Elu, en Anjou et Layon, nous fait une très belle synthèse de ce millésime. "Une année atypique. Depuis notre installation en janvier 2008, nous avons connu des printemps plutôt chauds et secs et des pluviométries faibles pendant tout l'été. En 2012, en revanche, mis à part le mois de mars avec ses deux semaines estivales, nous avons connu un printemps pluvieux d'avril à juillet, combiné avec des températures fraîches. De quoi justifier le retard de la vigne sur le plan phénologique. Avec des pluies abondantes quasi-hebdomadaires tout au long de la saison, jamais nos vignes n'auront été aussi verdoyantes en plein mois d'août!"

"Première conséquence : une floraison en période froide et humide... donc pas terrible pour les rendements, surtout sur les grolleau et gamay, ainsi que sur nos chenins les plus précoces. Globalement, cela donne des grappes lâches, peu compactes et des maturités hétérogènes, y compris même au sein des grappes."

"Ce type de météo a également engendré une pression de maladie élevée (mildiou et oïdium), ce qui a obligé les vignerons à avoir un sens aigu de l'observation et à anticiper les scénarios. Une année à risques donc, qui nous a amenés à effectuer huit traitements contre trois seulement l'année passée. Enfin, les terrains détrempés n'ont pas franchement facilité le travail des sols, avec des risques d'embourbement importants. Pour finir, la date des vendanges n'aura cette année rien à voir avec celle de l'année 2011, puisque nous pensons commencer aux alentours du 20 septembre (le 1er l'an dernier!), ce qui est à peine plus tard que la moyenne."

"Un millésime malgré tout prometteur. Dans ce contexte, nous avons le sentiment que les vignerons bios (habitués aux rendements limités) s'en sortiront mieux que ceux qui travaillent en conventionnel, car nos rendements s'annoncent à peu près équivalents à ceux des années passées. La conjugaison d'une récolte "petite à moyenne" avec des maturités "moyennes à tardives" donne un millésime tardif, source de finesse et de maturités accomplies, avec des équilibres intéressants sur le plan gustatif. L'alternance de températures fraîches la nuit et chaudes en journée joue en notre faveur, car elle contribue à la conservation de l'acidité dans le raisin (source de fraîcheur dans le vin). Pour résumer, si le temps sec et ensoleillé se maintient dans les semaines à venir, 2012 promet d'être un millésime fabuleux! Mais attention de ne pas s'emballer trop vite, seule la météo aura le dernier mot."

"Nous nous apprêtons donc à connaître des vendanges rapides, pointilleuses, avec un tri rigoureux et sévère à la vigne. Pour cela, nous avons embauché une grosse équipe de vendangeurs (une bonne vingtaine de saisonniers), afin d'être le plus réactif possible et de ramasser avec le doigté qui s'impose."

Voilà pour ce qui est de cette première salve d'informations remontant du vignoble. Des perceptions différentes, comme autant de sensibilités. Certains vignerons cachent mal leur envie de qualifier ce millésime 2012 comme étant, d'ores et déjà, à oublier ; d'autres gardent l'espoir d'être payés en retour de leurs efforts, tout au long de ce printemps et de cet été curieux. Un grand merci à eux d'évoquer leur travail avec toutes ses difficultés, en toute sincérité et le plus spontanément possible. Merci encore à Thierry Germain, Xavier Ledogar, Benoît Tarlant et au Clos de d'Elu d'avoir enrichi leurs envois de quelques images.

A suivre!...