Un léger souffle de sud rend l'atmosphère presque tiède en ce dimanche matin, à St Aubin de Luigné. Quelques diables, poussés par des Angevins sortant d'une brume nocturne, roulent sur le gravier de l'allée permettant d'accéder à la salle Jean de Pontoise. Il faut rendre disponibles les flacons destinés à la dégustation et aux clients de passage lors de cette nouvelle édition automnale, la 7è, du salon Anges Vins, qui pourrait aussi s'appeler Anges Vingt, puisque le groupe reste immuable, contre vents et marées, dans sa diversité, malgré les difficultés liées notamment aux conditions d'un millésime comme 2012.

Avant même de passer aux choses sérieuses, verre en main, courte conversation avec Jean-Christophe Garnier qui estime que les vignerons du cru ne s'en sortent pas forcément trop mal, même si la qualité des blancs secs est plutôt présumée bonne, que les rouges seront dans un registre plutôt léger, dotés souvent de robes moins profondes, moins intenses (encore convient-il de nuancer...) et que les liquoreux seront extrêmement rares, voire tout bonnement occultés, pour cause de lessivage record (on parle de 200 à 300 mm de pluie pendant la période de vendanges).

D'autres avis viennent confirmer certains échos. Il y a ceux qui, chaque année, vendangent tôt et s'en sortent forcément mieux, dans ce millésime rendu encore plus difficile par la nécessité, pour certains, d'attendre des maturités éphémères puis... décadentes!... Ceux-ci, par pudeur ou réserve, ont souvent préféré garder le silence, plutôt que donner l'impression de fanfaronner pour cause d'optimisme par trop anachronique, quand les mines des uns et des autres ont commencé à s'allonger, sur les places de villages et dans le secret des caves. Certains Angesvins ne manquent pas de rappeler au passage que leurs voisins Tourangeaux (Montlouis, Vouvray, Bourgueil...) sont sans doute encore plus mal lotis qu'eux-mêmes!... Et que d'autres régions, à peine plus lointaines, n'ont même pas eu à choisir entre la peste et le choléra, portant les stigmates de tous les fléaux de passage!... 

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Avec Didier Chaffardon, on repasse en revue 2010 et certains 2011. Le sentiment du vigneron est tout de même assez réservé quant aux blancs secs 2012, que d'aucuns annoncent façon haut de gamme, mais qui pourraient être rattrapés par les effets conjugués d'une floraison laborieuse et de maturités hétérogènes. "Pas certain de les grands équilibres soient au rendez-vous..." L'Indolent 2010 (14 gr de SR et 14°) et Isidore 2010 (33 gr de SR et 13,2°) sont plutôt gourmands, mais ne manquent pas d'une jolie tonicité. Les rouges 2011, Fortuit et L'Incrédule, tout de cabernet composés, conjuguent expression exubérante et caractère marqué. Deux jolies pistes à suivre dans la région!...

Belle impression avec la série proposée par Patrick Baudouin, secondé désormais par Christophe Durand (ex-Suronde, où on ne sait pas trop ce qui se passe depuis quelques mois...), ce dernier découvrant à cette occasion l'ambiance Anges Vins. Mais Patrick, attentif et exigent mentor, ne manque pas de lui montrer au passage comment découper proprement une capsule congé, tel qu'il vient de l'apprendre lui-même, voilà peu, d'un éminent sommelier. On est pro ou on ne l'est pas!... Comme déjà souligné, la série de blancs secs du domaine propose désormais une sorte de hiérarchie (que chacun peut établir à son goût) ou, en tout cas une expression fidèle de terroirs et de parcellaires différents, exemple même de ce qu'on peut tenter de démontrer avec les Anjou blancs secs. Le Cornillard 2010 quant à lui, fait certainement partie des plus belles cuvées du moment dans le Layon. A noter également, la remise dans le circuit des cuvées Les Saulaies 2005 et Les Glanées 2006, sans oublier le Coteaux-du-Layon SGN 1999, autant de cuvées dont la complexité et la tenue ne peuvent que titiller les amateurs de cuisine de qualité. Gardez (un peu) vos Anjou!...

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Avec Olivier Cousin, on pénètre un autre monde. L'épisode de l'AOC (Anjou Olivier Cousin, faut-il le préciser?...) s'étire et le vigneron évoque les plus récentes péripéties, comme cette réunion parisienne au cours de laquelle il a appris que le vin n'était pas un produit alimentaire!... (sic!) Ça, plus les difficultés du millésime et on voit le regard d'Olivier qui pétille!... Va y avoir matière à monter en première ligne, surtout au moment où son fils s'implique dans la vie du domaine et semble approuver l'idée de succéder à son père (qui sera d'ailleurs bientôt grand'père!). Tout le monde n'a pas eu la chance d'avoir des parents vignerons!... Certes, il faut que chacun trouve sa place dans l'ensemble, mais l'esprit d'Olivier bouillonne, voire innove (il va d'ailleurs prochainement devenir centaure avec quelques compères!...), ce qui devrait conduire à un meilleur équilibre à terme. En attendant, il n'est pas le dernier à défier les augures défavorables d'un millésime difficile, comme le démontre sa bonbonne de gamay, gouleyante et fraîche, dans la continuité d'un solide Pur Breton 2011 (jeunes vignes de cabernet franc éraflé en semi-carbo), ou du Franc 2010 (vinification classique et traditionnelle) élevé deux ans en fûts et, qui plus est, du Franc 2007 (élevé quatre ans en barriques neuves). Groll'O 2011, le pet' nat' rosé issu des saignées destinées à concentrer les cuves (ce qui permet au vigneron de ne pas craindre outre mesure les qualités moyennes de la vendange cette année), régale jusqu'au bout.. du jour!..

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Toby Bainbridge a semble-t-il abordé ce millésime 2012 avec flegme, ce qui n'est pas vraiment une surprise pour un sujet britannique, fut-il Angevin!... Il pourrait y avoir de jolies surprises chez Toby, officiellement installé depuis juillet dernier et qui trace sa route avec détermination. En attendant, agréable retour sur la série des 2011, avec L'Acrobate, le rosé de grolleau, puis Les Jongleurs, 100% chenin, Rouge aux Lèvres, version grolleau noir en magnum et Highway 8, le cabernet franc apte aux longs voyages. Enfin, le moelleux - Ten - passé par des bonbonnes de verre, une mise en bouteilles très artisanale, ses 11° d'alcool et 170 gr de SR environ, raconte une histoire et rend hommage... bien au-delà d'un numéro de maillot de football américain.

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De son côté, Mark Angéli ne cache pas qu'il a l'impression cette année, de vivre une seconde jeunesse!... Est-ce, pour lui aussi, la présence de son fils à ses côtés au moment des vendanges ou, plus encore, les informations qui remontent du vignoble local?... Après des décennies au cours desquelles les vignerons bio layonesques avaient parfois l'impression d'entretenir des parcelles protégées, au coeur d'une contrée colonisée sans partage par une viticulture conventionnelle (un peu à l'image d'une région moyen-orientale, mais en plus pacifique), voilà qu'en cette année 2012, quelques grands domaines des vallées du Layon et de l'Aubance annoncent leur volonté de mettre en place la conversion de leurs vignobles vers l'agriculture biologique respectueuse de l'environnement. Et non des moindres!... Cady, Le Breuil, Yves Guégniard au Domaine de la Bergerie, La Roulerie, Christian Papin au Domaine de Haute Perche, le Château de la Génaiserie ou encore Jean-Yves Lebreton. Et peut-être d'autres que l'on peut intégrer à ce mouvement, tel Vincent Ogereau par exemple, proche de la démarche depuis plusieurs années. Mark estime à la louche que pas moins de 250 hectares s'inscrivent ainsi dans cette évolution capitale. Désormais, les grands domaines conventionnels sont devenus minoritaires, ce qui devient très encourageants et presque inattendu. Espérons que, Dame Nature, ayant voulu tester leur détermination cette année par quelques traquenards, ne les aura pas découragés!... Le vigneron de la Sansonnière n'y voit pas forcément les fruits d'un travail sur le fond, restant prudent sur les motivations des uns et des autres, mais il lui semble intéressant de vivre cette période - sorte de prise de conscience générationnelle - après bien des années de tension, voire de conflit parfois, tant les tranchées d'une guerre de position étaient entretenues sur les rives de la rivière. Dégustation au passage de La Lune 2011, avec à peine de sucre et Rosé d'un jour 2011, délicat et agréable.  

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Avec Stéphane Przezdziecki (toujours largement leader au scrabble des patronymes vinangevins), dont le domaine est plus connu sous le nom de PZ, on déguste avec plaisir Un bout de chenin 2011, joli sec et Sweet Lolita 2010, sympathique moelleux, mais aussi En Goguette, un gamay composé d'un volume 2010 un rien laborieux et d'une adjonction de 2011 résolument dynamique, ce qui compose un cocktail intéressant, sans oublier le cabernet franc Ma Polonaise 2011, plus structuré.

Non loin de là, l'autre Stéphane, Bernaudeau, marque aussi des points avec ses deux rouges disponibles à la dégustation, à savoir La Chantelée et Les Vrilles 2011. Les blancs, Nourrissons en tête, demeurent confidentiels, presque à l'image des cuvées composées par l'ancien propriétaire de la parcelle, Éric Callcut, dont on redécouvre aujourd'hui quelques nectars, notamment chez Pierre Jancou, au pays des vins Vivant. De son côté, Stéphane Bernaudeau ne dispose actuellement que de deux hectares environ. Il s'est donc lancé à la recherche de quelque jolie parcelle, 50 ares par exemple, mais ce n'est pas si simple à dégoter que l'on pourrait croire... Si vous avez un Bon Coin à lui proposer, n'hésitez pas à le contacter!...

A la table voisine, on retrouve Eddy Oosterlinck et ses nectars. Du Clos 2010 (le sec) à Quintessence 2005, en passant par Les Churelles et Les Quarts 2009, ainsi que La Passion 2006, le chenin de Juchepie rappelle à nos papilles à quel point l'or du Layon peut-être passionnant et grand. Même si, certaines années, le botrytis se joue du vigneron et lui tourne le dos!... Heureusement, cela ne se produit-il pas trop souvent. N'en doutons pas, Eddy lui donne rendez-vous en 2013!...

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Belle série de vins, notamment les sept blancs, en compagnie d'Agnès Mosse, sur qui les années n'ont guère de prise et dont c'était l'anniversaire voilà à peine quelques jours. Soufflons donc les bougies de ces chenin, de Magic of Juju 2011 (issu d'un achat de raisin) à Tenderness 2010 (catégorie demi-sec), en passant pas les Bonnes Blanches 2011, le Savennières, Arena 2011 et surtout Le Rouchefer 2011, généreux, intense et toujours doté d'une belle originalité. Une cuvée qui fait indiscutablement partie de l'élite locale et que l'on aurait plaisir à glisser dans une horizontale des beaux chenin secs du Layon.

Le temps encore, avant de reprendre la route, de quelques courtes conversations avec les uns et les autres, tel Richard Leroy, venu avec quelques bouteilles de Noël de Montbenault 2010, ou encore Patrick Desplats, ne serait-ce que pour évoquer ensemble le souvenir d'un joli flacon des Griottes, croisé voilà quelques jours au Picolo, à Nantes, voire Joël Ménard, avec qui rendez-vous est pris à la mi-janvier pour évoquer le premier volet de la trilogie évoquée plus haut, Tout le monde n'a pas eu la chance d'avoir des parents vignerons, puisqu'en compagnie de Christine, le duo des Sablonnettes est désormais un trio, depuis que leur fils Jérémy a pris quelques cuves en main. 

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Toujours un sympathique rendez-vous donc, que ce salon Anges Vins, que l'on peut qualifier d'incontournable, parce qu'il est pluriel, tant au niveau des personnalités des vignerons présents que du tour d'horizon des cuvées proposées par les uns et les autres.

L'Anjou lui-même est pluriel, on ne peut qu'en être convaincu, après avoir tenté de découvrir tout ce qu'il propose à destination des amateurs adeptes des vins naturels, mais aussi pour tout ceux qui privilégient des vins à peine plus policés, mais néanmoins tous fidèles à l'idée d'être représentatifs des sols et sous-sols desquels ils proviennent, sans perdre de vue la place essentielle de l'homme, quand bien même celui-ci ne cherche pas à revendiquer un rôle primordial. Tout est question d'équilibre, de détermination, de fidélité à ses idées, les vignerons angevins ne manquant pas au passage de le souligner dans ce genre d'occasion. Comme ne manqueront sans doute pas de le faire prochainement, les membres de la nouvelle vague locale, regroupés au sein de En joue connection, qui tiendra également salon les 15 et 16 décembre prochains, à Rablay sur Layon. Pas de problème, vous pouvez envisager de remonter le cours de la rivière pour vous y rendre, cet autre salon vaut le détour.

En tout cas, deux salons qui réunissent quelques tronches!.. Des Tronches de Vin bien sûr!... Si vous passez du côté de Besançon, le 14 décembre prochain et plus précisément aux Gourmands lisent, librairie-cave chère à Jérôme et Julie Letoublon, vous pourrez en savoir plus sur la parution de ce "guide" en mars 2013, apprécier quelques canons, rencontrer quelques vignerons... en attendant le renfort des Ligériens, comme il se doit!...