Week-end pascal pour mettre cap au sud et fuir le nord (et même la neige en Vendée!), mais la bise a poussé un peu plus loin que prévu et nous a rattrapé. Quelques repas et le chocolat qui coule à flots, certes, mais pas seulement. Il reste quelques menus travaux dans la vigne, du côté de Léognan notamment, un bon moyen de griller quelques toxines, après le barbecue!...

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Une parcelle de sémillons quadragénaires destinés au Grand Vin blanc du Domaine de Chevalier, star de Pessac-Léognan, s'il en est. 10 000 pieds à l'hectare, il faut bon dos lorsqu'on attaque la taille!... Même dans cet écrin, au milieu de la forêt des Landes girondines. Impression de beau temps, fraîcheur ambiante cependant, juste bien pour tirer les bois et les brûler. Certes, que voilà de jolis sarments pour les grillades de l'été, mais craquer une allumette, c'est plus pratique en l'absence de cochon de lait.

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Il ne restait qu'une dizaine de rangs à débarrasser des tas de sarments issus de la taille, l'affaire d'une grosse heure à trois, pendant que Horta se lance dans une approche et une étude géologique du sol. Fumée blanche, tout va bien! On n'est pourtant pas à Pape Clément!... Ne reste plus qu'un peu de pliage sur les ceps taillés en guyot double et d'acanage sur la taille en côt, dès la semaine prochaine. Dans à peine quelques jours, dès que les sols seront moins spongieux par endroits, il sera temps de décavaillonner. La vigne pleure, certains bourgeons commencent à gonfler... La peur du gel printanier et de ses ravages impose des mesures adéquates : pas moins de huit tours antigel sont parées, en cas d'alerte. Ne reste plus qu'à faire le plein pour les moteurs et finaliser les réglages pour les alarmes.

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Bon, c'est pas l'tout, après l'effort, le réconfort!... Pour un peu, les bonnes résolutions auraient volé en éclats. Comme c'est presque l'heure des Primeurs à Bordeaux, nous voilà à même de faire quelques découvertes. En premier lieu, les cuvées issues d'une propriété sauternaise rachetée l'hiver dernier par le Domaine de Chevalier : le Château Haut-Caplane, vingt-cinq hectares dont les parcelles sont imbriquées pour partie, dans celles d'Arche, Rayne-Vigneau, Clos-Haut-Peyraguey, Yquem  et Guiraud... Il s'agit désormais du Clos des Lunes, qui se décline presque comme les médailles olympiques : Lune Blanche, Lune d'Argent et Lune d'Or. Trois nouveaux étages de la fusée Chevalier, version Bordeaux blancs secs. Un type de vins, dont la demande augmente sans cesse. Nombre de Grands Crus sont à la recherche permanente de vignes et de domaines, comptant des hectares de sauvignon et de sémillon.

Lune Blanche est un blanc de cuve proposé à moins de dix euros. Fraîcheur acidulée, quelque chose qui devrait convenir aux huîtres. Dès la seconde bouteille, on imagine aisément la stratégie : proposer une gamme progressive. Lune d'Argent, avec une dominante sémillon, passe, semble-t-il, pour moitié en barriques. Plus de volume, d'onctuosité, destination coquillages cuisinés. Lune d'or a, de toute évidence, plus d'ambition. Mais aussi une signature Chevalier! Il s'agit là d'un échantillon prélevé sur fût, avec une touche d'exotisme, pour ce qui est des arômes et un toasté pas ménagé! Malgré tout, même si on peut imaginer ce vin destiné à une gastronomie plutôt pointue (crustacé cuisiné, poisson de qualité) et que l'on confirme la parenté avec la "maison mère", la dégustation de Chevalier blanc 2012 révèle plus de complexité et une pointe sauvignon assumée : citron confit, agrumes mûrs, vanille alizés... L'acidité est assez soutenue (gage de garde?) et la finale glisse vers des amers solides et droits. Tout ça n'est pas en place, ni fondu, mais la texture est séduisante. Enfin, il reste un peu de tarte aux fraises pour découvrir le Sauternes 2011 du Clos des Lunes, dans un registre classique et un équilibre médian.

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Quelques kilomètres dans le paysage bordelais nous permettent de franchir les siècles et traverser les échelles du temps. Lequel de ces trois bâtiments sera visible et sur ses fondations au siècle prochain?... Si désormais, il ne s'agit pas de défendre le vignoble des envahisseurs venus de diverses contrées hostiles, les préoccupations actuelles sont plus orientées vers l'efficacité et l'obéissance à quelques règles de merchandising, appliquées au positionnement sur la planète entière. Et, malgré la crise (mais, qu'est-ce qui va bien chez nous?...), certains s'inscrivent dans une logique qui les pousse toujours plus loin. Certes, les Grands Crus de Bordeaux et d'ailleurs sont désormais connus pour leurs capacités à rapporter des devises (un peu comme le nucléaire et le militaire, ce qui ne manque pas d'en interpeller certains, même si leur créneau est plutôt celui du luxe, comme les parfums ou la mode, dit-on...), on ne peut tout à fait oublier que ces grands domaines bordelais ont subi, eux aussi, certaines crises gravissimes dans le passé, un peu comme le commun des mortels finalement. Sont-ils désormais blindés comme des coffres-forts suisses?... Qui vivra verra!

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Le rouge 2012 de Chevalier se présente, dans ce dernier échantillon, d'une couleur profonde, d'un rouge très soutenu. Le premier nez est assez diffus et le fruit mûr plutôt classique de la plupart des derniers millésimes est aux abonnés absents! Il s'agit là d'un tout autre registre proposant des notes de légumes verts, associés à quelque épice douce. C'est plutôt rigoureux, un rien austère, sans pour autant être végétal (pas de céléri en vue) et encore moins marqué par de la verdeur. La texture en impose cependant et les tannins assez polis prolongent la finale. Mais le registre aromatique de l'expression à ce stade est assez surprenant. Serait-ce là une tendance du millésime?... Attendons les commentaires, sur tous ces GCC, des plus éminents spécialistes, qui ne vont pas tarder à déferler dans le vignoble bordelais!...