A quatre jours d'intervalle, deux occasions de sillonner les rues de la capitale des Pays de la Loire (ben non, pas de Bretagne, c'est encore raté!) pour de bonnes causes : le vin et les voyages maritimes. Pour la seconde, le rendez-vous avec le Biche, c'est un peu raté également, mais ce n'est peut-être que partie remise.

Le mardi d'abord, pour répondre à une invitation de l'appellation Pessac-Léognan, diffusant une information de l'Agence Force 4, agence de com' viti-vini et organisatrice de manifestations, telles que ce salon proposé pour la première fois à Nantes. Un site de plus en plus fréquenté par les Nantais et les autres, quelque part entre Les Machines de l'Île (de Nantes) et le Hangar à bananes, haut lieu de l'animation urbaine locale. Direction la Compagnie des Rivages, tout près de la cale des sous-marins. Ça fleure bon l'ambiance fluvio-maritime!... Mais, point d'embruns au programme, le grand bleu règne sur Nantes!...

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Pas moins d'une quinzaine de châteaux et domaines de la célèbre appellation bordelaise présents pour l'occasion. Et la possibilité de voir et revoir des productions que l'on peut apercevoir, pour certaines, lors des traditionnelles portes ouvertes de début décembre (ou encore le samedi 13 juin prochain, juste avant l'ouverture de Vinexpo, pour le Samedi Blanc) mais cette fois hors les mûrs et loin de la Garonne. Bon, deux jours après le week-end Vini Circus et ses vins naturels, il y a de quoi procéder à une sorte de recalage (ou décalage?) des papilles. Même pas peur!... Mais aussi, peut-être, renforcer nos arguments quant à l'évolution de nos goûts... Qu'est-ce qui fait que nous sommes désormais un certain nombre à dire que l'ennui naquit un jour de l'uniformité, selon la célèbre phrase d'Antoine Houdar de la Motte, à propos des plus renommées AOP bordelaises?...

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Quelques flacons à apprécier donc et quelques conversations de salons aussi, avec parfois, les propriétaires eux-mêmes ou, en tout cas, les responsables commerciaux de ces grands domaines, en terme de surface notamment pour certains. Des châteaux et non des moindres, puisque étaient présents Latour-Martillac, Couhins, Chevalier ou encore Carbonnieux, pour ne citer que ceux-là. Pour ce dernier, Philibert Perrin présente La Croix de Carbonnieux 2012 en blanc et rouge, ainsi que le GCC Carbonnieux dans le même millésime, en insistant sur la "constance" du cru et ses cent hectares. Les deux blancs sont composés invariablement de 70% de sauvignon et de 30% de sémillon, alors que les rouges sont une association de 60% de cabernet sauvignon et de 40% de merlot, si ce n'est que le grand cru contient environ 5% de cabernet franc et 5% de petit verdot. On se dit que l'expérience mériterait d'être vécue, d'une dégustation verticale sur plusieurs millésimes, afin d'en savoir plus de l'évolution de tels vins conceptuels. Au-delà de l'élevage, le grand cru exprime-t-il lui aussi une constance ou d'éventuelles "corrections " de trajectoires?... Bonne question!...

008Autre approche avec Rémi Édange, du Domaine de Chevalier, prompt à décrire avec force détails, voire emphase métaphorique, les soins apportés au moment de la vendange, des blancs notamment, sorte d'intimité recherchée entre le vendangeur et la grappe... Et puis aussi, pour faire part de son étonnement parfois, face aux difficultés qui surviennent à la vigne, au fil des années et à l'inconstance cette fois des rendements. "Avec 10000 pieds/hectare, on devrait atteindre des volumes que la météo capricieuse des derniers millésimes nous empêche d'obtenir! Et dans nos petites entreprises, tout le monde serait content! Du propriétaire-manager qui gère sa société au salarié qui espère une meilleure prime!..." Ma p'tite entreprise connaît parfois la crise!... Un aspect de l'on néglige, verre en main, nous autres amateurs et qui tend peut-être à creuser le fossé entre producteurs et consommateurs. Cela dit, le Domaine de la Solitude, blanc et rouge 2012, puis Chevalier, blanc et rouge 2011 tiennent leur rang, avec une mention pour le grand cru blanc, toujours aussi classieux (exclamation gainsboroïde, comme dit le wiktionnaire!) et d'une dimension peu commune.

Entre ces deux GCC, un autre cru, peu connu, dont les quelques dix hectares sont cernés par des parcelles classées, mais aussi par une nature que la propriétaire, Stella de Sigoyer-Puel, tente de préserver : Château Bardins, à Cadaujac. Un demi-hectare de blanc et le reste en vignes rouges, afin de composer un Pessac-Léognan (2008 et 2010 ici) sur la base de 50% de merlot, 25% de cabernet sauvignon et 25% de cabernet franc. Une approche qui se veut respectueuse de l'environnement, même si l'agriculture biologique est ici remplacée par une certification ISO 14001. Depuis 2005, les levures indigènes sont privilégiées et aucun pesticides, ni produits de synthèse ne sont utilisés. En tout cas, les deux millésimes proposés incitent à une découverte in situ. A suivre!...

002Pas le temps de continuer du côté de Léognan ou de Martillac (parfois, seules les bouteilles sont disponibles sur les tables...), si ce n'est pour saluer Stéphane Savigneux, vigneron au Château d'Eyran, déjà croisé lors des Portes Ouvertes hivernales et dont le rouge 2011 se montre suave et très abordable. Notez que quelques représentants d'autres régions sont également présents mais, pour tout dire, certains ne vont pas forcément nous conduire au ciel... Sauf les nombreux muscadets, représentés par Les Vignes de Nantes pour l'occasion et que nous retrouverons bientôt à La Baule, avec le MOB, d'où l'impasse du jour. En plus des Graves, deux médocains sont là aussi, dont le Château Dillon (lycée de Blanquefort), mais aussi le Château Marquis d'Alesme Becker et Château Labégorce Zédé, respectivement 3è Grand Cru Classé (en 1855) et Cru Bourgeois Supérieur (en 2003) de Margaux. Longue et aimable conversation avec Delphine Dariol-Kolasa à propos de Bordeaux et de tant d'autres choses. A la question du pourquoi de cette plutôt large représentation bordelaise, la directrice commerciale pour ces deux crus répond sans ambages. En fait, il semble que quelques propriétés de la région, notamment de la Rive Gauche, estiment que les fondements de l'organisation commerciale en vigueur à Bordeaux, aient quelque peu éloigné les domaines d'une partie de leur clientèle, en particulier la restauration dite de qualité, avec qui les relations directes n'existent plus. Depuis une ou deux décennies, les prix se sont envolés et la hiérarchie quasi-pyramidale d'intermédiaires n'a guère apporté de clarté, ni de lisibilité. Or, d'aucuns, au vu de leur tarif sur la place de Bordeaux (de 15 à 30 euros HT), estiment qu'ils pourraient être plus présents sur les cartes des vins de belles tables, notamment dans des villes comme Nantes, dont l'attractivité est louée par les Bordelais eux-mêmes, c'est dire!...

010Mais, l'entretien s'élargit à ce qui fait que les amateurs aussi s'esquivent parfois, lorsqu'on évoque les propriétés du Médoc. Combien de ces "crus classés" qui ne valent plus tripette, immuables dans la hiérarchie de 1855, mais en dessous de tout, parfois depuis des années?... Marquis d'Alesme est bien placé pour le savoir, vilipendé par les experts ("le pire classé du Médoc!") avant sa reprise par la famille Perrodo, en 2009. Comme pour d'autres, une rédemption est en cours. Et depuis, les responsables de la commercialisation se démènent pour livrer aux papilles des amateurs (et des professionnels) Labégorce 2007 et Marquis d'Alesme 2010 (plutôt réussi), premiers millésimes du renouveau des deux propriétés. Mais, qu'en est-il du présent et de l'avenir?... Vous le saurez en patientant ou en dégustant dans d'autres circonstances. Ce qui peut paraître curieux, c'est que les "repreneurs" n'imaginent pas un instant s'affranchir de l'immuable : ces façades de pierres blanches sur l'étiquette, ce même graphisme, ces armoiries séculaires qui ne signifient plus grand chose... Et depuis, jusqu'à ces winemakers à la valeur "notoriétale" ajoutée!... Delphine Dariol-Kolasa confie finalement : "Ce n'est pas simple de bouger les lignes de façon significative lorsqu'il y a quarante ou cinquante salariés derrière!... Le bio?... On consulte, notamment pour ce qui est de la biodynamie. Il ne faut pas croire, mais dans le Médoc, on a tous une case verte dans un coin de notre cerveau, parce qu'on devine, on sait bien, qu'une évolution devient incontournable. Ce sont nos clients, notamment aux États-Unis, qui finiront par mettre le doigt là où ça fait mal!..." Pour un peu, verre en main, on se prend à espérer : une sensibilité différente, nuançant la parole d'experts de la finance (droits dans leurs bottes, ne cessant d'évoquer le retour sur investissements immédiat), encourageant la recherche d'une production quasi-artistique, à valeur "culturelle" ajoutée cette fois, la production de parcellaires authentifiant les terroirs (il y a dans le Médoc, des croupes de graves pyréno-garonnaises, presque castelneuviennes, méritant autre chose que des mariages douteux avec quelques clones plantés sur des limons bas de pente!), ou encore la possibilité de vivre les millésimes. La révolution à Bordeaux?... Et pourquoi pas?... Prévenez-moi, que j'y mette un R majuscule!...

Allez, point d'éléphant dans un magasin de jolies bouteilles!... Du coup, la conversation se termine autour des cuvées (bio) du Château d'Estoublon, de Fontvieille, dans l'appellation (toute bio ou presque) des Baux de Provence, présentant quelques jolis vins, dont deux rouges 2009, où syrah, cabernet sauvignon et mourvèdre font bon ménage, se livrant pleinement, pour notre plus grand plaisir.

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Samedi à Nantes, au coeur des vacances de printemps. Les familles se pressent pour voir déambuler l'éléphant des Machines qui, lorsqu'il dresse sa trompe, n'est pas loin de vous asperger, si vous restez dans son rayon d'action!... Depuis quelques jours, il est possible de suivre la navigation, le cabotage plus précisément, du Biche, thonier dundee groisillon (de l'île de Groix, bien sur!), affrété par la plate-forme brestoise de transport à la voile, le TOWT, TransOceanic Wind Transport. Venant de Bordeaux, son arrivée était prévue à 18h, mais finalement, le bateau, sautant l'escale prévue à Paimboeuf, est venu s'amarrer au ponton Nantilus dès 7h du matin, profitant de la marée. A vrai dire, j'aurais bien aimé remonter l'estuaire et le fleuve, pour arriver au coeur de la cité des Ducs de Bretagne à son bord...

11150346_10206396066598472_1630946847565810177_nDans sa cale, point de poisson du large, mais des bouteilles de Bordeaux et de la bière du Devon. Trois jours plus tard, il chargera cinq tonnes de Muscadet et appareillera pour Lorient, Belle-Île, Douarnenez, St Mâlo, puis Brest, Camaret pour enfin regagner Lorient, via Groix. Tout cela dans le cadre du programme Héritages littoraux, lancé par le Conseil Régional de Bretagne, pour renouer avec la tradition ancestrale du transport à la voile de vin destiné notamment au Royaume-Uni et à la Bretagne. Parti de Lorient avec de la bière et des échalotes, le Biche est aussi passé par l'Île d'Yeu. Le tout visant la création du label "Transporté à la voile". Mille milles sans émission de CO2, mille sabords, on est content pour la planète!... On n'en est pas encore au cargo à voiles, mais on avance et c'est tant mieux!...

label-transport-voileEt pour saluer la marine à voile et boire à la santé des marins en escale à Nantes, quoi de mieux qu'un bar à vins où la musique est bonne, bonne, bonne?... Stany Guyot, aux Carafés, convie les amateurs de passage, chaque samedi (parfois le vendredi) à un concert, genre jazz mâtiné de s(a)oul, voire de blues et même parfois franchement manouche. Ce soir, Lisa Urt et Marc Pouplin, le talentueux guitariste nantais. En plus, pas besoin de quitter l'île de Nantes!... Il faut dire aussi que là, il n'y a pas que la musique qui soit bonne. La cuisine et la cave aussi!... Adresse très recommandable donc, pour ceux qui bossent et qui cherchent une cantine sympa le midi, façon bistrot de quartier, ou pour ces matelots qui passent deux ou trois jours à terre. Notez que les aviateurs sont aussi les bienvenus!...

11162458_10206396247642998_6540397309134349532_n   11016960_10206396729455043_4408639277041016859_n   13713_10206396667893504_6713493272065320303_n

Pour l'occasion donc, on se régale de rillettes de sanglier et d'une terrine de foie de volailles au Porto et au Cognac, sans oublier les antipasti et un petit dessert souligné de caramel au beurre salé!... Slurp!... Les flacons du domaine chinonais Jaulin-Plaisantin, un chenin et un cabernet franc, répondent à l'invite à merveille!... Sans oublier, la suggestion du boss pour finir la soirée : un vendanges tardives croate de Vlado Krauthaker, Grasevina 2011 (ou welschriesling), superbe et ultime incitation au voyage. Just a perfect day!...

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