Il est des rendez-vous spontanés, voire instantanés. Et puis d'autres qui se construisent avec le temps. En fait, dès son installation ou presque, Julie Bernard est apparue dans la presse locale et l'environnement médiatique régional. Pensez donc, une jeune vigneronne qui s'installe en bio, au coeur de la Vendée, qui plus est, en dehors des fiefs revendiqués par le syndicat départemental!... Cela ne pouvait que déclencher une certaine forme de curiosité!... Et puis d'autres, comme Ariane et Alain, de Chéri, pense au vin, que l'on peut croiser sur les marchés de la région, m'avaient très tôt suggéré de la rencontrer. Mais, l'histoire de Julie se construit avec le temps. Installée depuis 2012 ("un millésime qui vaut bien cinq années d'expérience!..."), elle va indéniablement franchir un nouveau cap cette année. 2014 sera le premier millésime labellisé bio. Nouvelles étiquettes, nouvelles cuvées, passage en Vin de France, démarche résolument nature en sus!... De quoi secouer le microcosme... et sa clientèle!...

001Parfois, on devient vigneronne comme on claque une porte. Ici, c'est plutôt Michel Roblin, l'ancien propriétaire des Vignobles de l'Atrie, qui en 2012, s'apprêtait à le faire. A l'heure de la retraite et sans successeur-repreneur, il était sur le point d'arracher les 5,5 ha qui composent son domaine. Des parcelles pourtant dotées d'une histoire vieille d'un siècle, mais hors appellation. Il faut dire que, voilà à peine quelques décennies, tous les agriculteurs, éleveurs ou maraîchers de Vendée avaient leurs rangs de vigne, leur permettant de produire le vin de table de la famille. Il y avait bien sur moult hybrides, comme ici du Baco et du 26000 (en fait, très probablement du 26205 Joannès-Seyve, ou chambourcin), voire du 54-55 et le célèbre noah, le vin qui rendait fou!... Mais, cela fit qu'en 1987, la Vendée était le troisième département pour le nombre de déclarants de récolte!...  Il y avait donc une véritable culture de la vigne. D'ailleurs, non loin d'ici, à Beaulieu sous la Roche et à Coëx, il existait encore, voilà quelques années, des petites exploitations vigneronnes.

Lorsqu'on évoque les années 80, on a peine à croire qu'une véritable tradition était en vigueur. Avant Michel Roblin, le précédent propriétaire, Albert Guillet, venait à vélo du Poiré sur Vie, distant d'une petite vingtaine de kilomètres, pour entretenir les vignes et travailler les sols au cheval, avec Amourette et Cadeau, ses compagnons à quatre pattes. Une histoire à laquelle Julie ne peut être que sensible, d'autant que l'épouse d'Albert, aimable nonagénaire, vient toujours, une fois l'an, s'enquérir de l'état des vignes de son défunt mari. D'ailleurs, la vigneronne de l'Atrie envisage de travailler les sols au cheval dès que possible, grâce à l'intervention d'un prestataire installé sur la côte vendéenne.

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Vous l'aurez compris, Julie a un coeur grand comme ça!... Au terme de ses cinq années d'études de lettres classiques à Toulouse, celle qui est originaire du nord de la France, ne se voit guère enseignante. Pour l'instant, elle envisage de fêter son anniversaire avec quelques amis et pour cela, vient à l'Atrie s'approvisionner en vin, en vue des festivités. Elle découvre donc, au passage, l'histoire de Michel et de ses vignes, résolu, le coeur gros, à l'arrachage. Coup de foudre?... Allez savoir!... En guise de cadeau d'anniversaire, elle se dit après tout, pourquoi pas un changement radical de cap?... Elle resigne donc pour une nouvelle tranche d'études et prépare un diplôme de technicienne agricole, option viticulture, à Vallet, dans le Muscadet. Elle côtoie notamment, au cours de cette année de formation, Rémi Sédès, installé depuis, avec ses juments, en Coteaux d'Ancemis. Le monde est petit!...

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Avant même la reprise de la propriété, Julie Bernard effectue donc son stage de parrainage obligatoire in situ. Pratique pour avoir une meilleure connaissance du lieu. Seule condition : elle annonce à l'ancien propriétaire son passage en bio. Ce dernier n'est pas choqué outre mesure, puisque lui-même maraîcher bio depuis quelques années. En fait, il avait opté pour une viticulture en production raisonnée, pour la seule raison qu'il ne pensait pouvoir faire face seul à l'ensemble, en agriculture biologique. Ce stage se passe bien et la transition est assurée.

La vigneronne découvre donc ses parcelles, réparties en trois îlots principaux : l'Atrie tout d'abord, avec deux hectares où schiste dégradé et granite sont présents, avec notamment un secteur de poussière noire, où est planté le cabernet sauvignon (30 ares). Dans ce secteur, on trouve également grolleau gris et noir. De l'autre côté du CD 50, mais sur la même rive de la Boëre, petit affluent du Jaunay, le secteur de la Chavechère, soit 1,5 ha sur des micaschistes, où sont plantés le gamay (un peu de gamay chaudenay aussi) et le chardonnay. Non loin de là, 1,5 ha à la Buzenière (paragneiss) où l'on trouve cabernet franc et sauvignon. Les vignes sont plantées à 2,30 m, mécanisation oblige (même si la vente de la machine à vendanger fut la première décision de Julie!), mais les rouges sont bien implantés vu leur âge (80 ans minimum) et le travail des sols au cheval, en vigueur naguère. Les blancs eux ont une vingtaine d'années. Ils furent plantés pour remplacer les hybrides présents autrefois.

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Lors du passage au domaine, Julie descendait de tracteur, travail des sols oblige, mais quelque peu désappointée et confrontée à une panne de pompe hydraulique. "Avant, je n'imaginais pas à quel point on peut tomber en panne dans l'agriculture!..." N'ayant pas d'autre vigneron à moins de vingt-cinq kilomètres à la ronde, elle peut se trouver rapidement dans l'embarras. Heureusement, elle fait appel à un bon mécanicien non loin de là et ne soufre donc pas trop de la mécanique défaillante.

On pourrait penser qu'elle est également confrontée à un certain isolement, au-delà de sa situation géographique, même avec le reste des vignerons vendéens, ce qui est d'ailleurs un peu le cas ("Thierry Michon, je n'ose pas le déranger..."), mais, du fait de sa formation au coeur du Muscadet et de son option nature, elle s'est... naturellement rapprochée du CAB et du groupe assisté par Nathalie Dallemagne et son "labo itinérant". Cette dernière contribue aussi à mettre régulièrement les vignerons en relations, ce qui permet avant tout de confronter les expériences, point essentiel notamment pour ceux qui ont très peu de vécu dans l'activité viticole.

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Les installations sont, somme toute, assez vétustes et mériteraient un réaménagement qui se fera par nécessité dans quelques millésimes. Un cuvier bas de plafond qui complique les vendanges et quelques grandes cuves qui devront être détruites, afin d'entreproser un petit lot de barriques, pouvant être, à terme, dédiées au chardonnay, notamment. On notera aussi la très jolie roulotte tractée naguère par une ânesse, dans une autre vie ("j'en ai bien eu douze, déjà!"), à faire pâlir un fabriquant de cabanes de chantier et de bungalows de la région.

Peu de vins disponibles à ce jour, si ce n'est quelques 2013 ("pas trop mal après 2012!"), dans l'attente des 2014, qui seront sans doute mis en bouteilles début juin. D'ailleurs, ces jours-ci, nombre de particuliers (90% des ventes environ) prennent contact, tous aussi impatients de découvrir le dernier millésime. En effet, quelques fidèles acheteurs du prédécesseur de Julie sont restés fidèles au domaine, mais ils avaient l'habitude de s'approvisionner dès le début d'année. Or, pour Julie, ce sont les vins qui commandent et aucune mise précoce n'est justement de mise!... Notez au passage, qu'elle pratique des vinifications sans soufre, n'intégrant que 25 mg au moment de la mise, ce qui correspond aux normes de l'AVN, même si elle ne tient pas à s'enfermer, pour l'instant, dans le moindre carcan réglementaire.

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2014, un tournant donc, pour Julie Bernard, avec les nouvelles cuvées et leurs propres étiquettes, dessinées par Isabelle Flourac, dont celle, ci-dessus, du grolleau gris. A en croire les qualités de la version 2013 de cette cuvée, un vin appelé à devenir peut-être une sorte de fer de lance du domaine, avec le grolleau noir. Pas de cuvées d'assemblage pour le moment, si ce n'est pour le rosé (grolleau et cabernet), mais une réflexion est en cours à ce sujet (sauvignon et grolleau gris?). 2014, un bon souvenir avec des vendanges sous le soleil, entre le 15 septembre et le 20 octobre : "Du soleil et une maturité de dingue, jamais vu ça de toute ma carrière!..."

Comme on peut le constater, la vigneronne de l'Atrie pratique volontiers l'humour, avec ce qu'il faut d'auto-dérision. Elle a d'ailleurs beaucoup apprécié le récent one man show de Sébastien Barrier à La Chaume, Savoir enfin qui nous buvons!... On peut être certain, qu'elle aussi sait ce qu'elle veut. Boire bon et juste et inciter les amateurs à faire de même!... Pour cela, si vous passez dans le coin, faites un détour, en prenant la route qui mène de Beaulieu sous la Roche à Maché et venez découvrir la Vendée au naturel!...