En Crête, on dénombre pas moins d'une trentaine de domaines viticoles structurés, comme autant d'ambassadeurs d'un certain art de vivre, mêlant contenu antique et modernité parfois galopante. Pas besoin de régime particulier pour se lancer à la découverte des vins de cette île, bon nombre, dont ceux revendiquant une approche biologique, ont les armes pour nous séduire et nous étonner. Avec pas moins de 260 km d'ouest en est et son Mont Ida au centre, qui culmine à plus de 2450 mètres, on pourrait presque imaginer que la viticulture locale est soumise à quelques nuances climatiques, sachant qu'elle se répartie en deux, voire trois régions différentes. Mais, avant de tirer des conclusions à ce sujet, il faut d'abord partir à la découverte de sites viticoles parfois étonnants.

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~ Monastère de Toplou ~

La route moderne, sorte de voie rapide, qui doit traverser l'île de La Canée à Sitia est en chantier. On a parfois l'impression qu'on n'est pas près d'en voir la fin. Cela a-t-il un rapport avec la "crise grecque"?... Pas si grave finalement, parce qu'un touriste louant une petite voiture quelque peu bridée (aucune allusion à son origine, notez-le bien!) peut sans doute goûter encore mieux aux paysages. On approche de Palekastro, lorsqu'il faut bifurquer vers le Cap Sideros, pour atteindre le Monastère de Toplou.

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La voiture file, à vitesse réduite somme toute, sur le toboggan d'un paysage quasi désertique. Nous ne perdons pas de vue la mer d'un bleu intense. Des sables, un sol léger, des oliviers penchés sous l'influence d'un vent dominant, un peu comme les pins ou les chênes verts de notre côte atlantique. Pas ou très peu de constructions. On se dit vite que l'on arrive dans un lieu hors du commun. Est-ce que c'est aussi ce que pensaient les envahisseurs divers, au fil des siècles, qui sont passés par là? Un monastère perdu à l'extrémité d'une île, ils devaient imaginer aisément que leur forfait serait longtemps caché et leurs chevaux bien chargés après leur expédition punitive. Avec notre petite voiture rouge, nos intentions sont tout à fait pacifiques et nous ne remplirons pas notre coffre, vu les conditions de transport dont nous disposons. Pourtant, quelques flacons eurent été les bienvenus!...

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Un peu d'histoire avant tout chose. Le Monastère de Toplou a été bâti au XIVè siècle. C'est alors ce qu'il convient d'appeler l'époque byzantine et la renommée du lieu est grande jusqu'au début du XVIIè, notamment après la conquête de Constantinople par les Turcs. Mais, en 1612 survient un terrible tremblement de terre détruisant une bonne partie des constructions de l'est de la Crête. Dans l'intervalle, le monastère eut à souffrir des attaques successives et régulières des pirates, voire même de celle des Chevaliers de Malte en 1530. Au XVIIè, le bâtiment prit sa forme actuelle, car les Turcs le sachant largement exposé, voulurent le fortifier, afin qu'il puisse résister aux diverses attaques. Au passage, il lui donne son identité actuelle, en lieu et place de Notre-Dame d'Akrotiriani (c'est à dire du cap, du fait de la proximité du Cap Sideros). Selon le rite orthodoxe, le monastère est dédié à la Vierge et à St Jean le Théologien. Un symbole aussi pour les Crétois, puisqu'il contribua fortement à la révolution grecque contre les Turcs en 1821. De même, lors de la Seconde Guerre mondiale, il servit parfois de refuge à la résistance locale en lutte contre l'occupation allemande et ce, jusqu'en mai 1945. C'est dans ses mûrs également que fut installé un émetteur radio très utile aux Anglais installés au Caire, pendant cette même période.

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Si le monastère a produit de tout temps, ou presque, quelque vin destiné aux besoins de l'église et aux évènements locaux, la restauration relativement récente du bâtiment a aussi inspiré l'Abbé Philotheos Spanoudakis, suggérant de réorganiser le vignoble ancien dans les années quatre vingt dix. La Toplou Winery en elle-même, alliant construction traditionnelle et modernité datant de 2006. Inutile de préciser que l'on ne parle guère le français dans ces contrées lointaines, même si nous aurons quelques surprises à ce propos à Santorin notamment. La conversation s'engage donc en langue anglaise, que je ne maîtrise pas aussi bien que mon interlocutrice, il faut bien l'avouer, mais on se débrouille. Après quelques recherches çà et là, notons que Toplou Estate compte pas moins de 35 ha de vignes en culture biologique. A bien y regarder le paysage et malgré la proximité de la mer, on comprend aisément que la conduite en bio ne doit guère poser de problèmes. D'autant que la pluviométrie locale annuelle est du genre à faire palir un Finistérien!... Il arrive fréquemment que le cycle annuel de la vigne ne voit pas la moindre goutte de pluie!...

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Une cuverie tout à fait moderne. Peu ou pas d'élevage en barriques. Une volonté de proposer des vins modernes, mais respectueux d'une part de tradition, puisque les cépages internationaux (chardonnay, syrah et merlot) côtoient les variétés locales connues des amateurs passionnés ou moins diffusées. Deux blancs secs sont proposés : un joli assemblage de thrapsathiri et de vilana tout d'abord, puis un chardonnay assez classique, mais sans expression variétale exacerbée. A noter au passage un fort joli rosé qui, semble-t-il, connaît un certain succès sur les terrasses ensoleillées des lieux de vilégiature locaux, puisqu'il n'est plus disponible. Une gamme plus large de rouges dans le même esprit : un assemblage liatiko-mandilari, puis un duo merlot-syrah moins intéressant (par manque d'objectivité?) et enfin une cuvée pure syrah plus ambitieuse, qui est élevée en barriques de un ou deux vins. Enfin, le "red sweet wine" habituel, à base de grappes de liatiko séchées au soleil, dont l'équilibre est fort plaisant. Bien sur, on ne peut passer sous silence la traditionnelle tsikoudia, eau de vie issue d'une distillation très attentive et la dégustation se termine avec trois jolies cuvées de cette substance à apprécier avec modération, la route étant longue et ensoleillée. Autre très belle découverte, l'huile d'olive biologique, issue de koroneiki, la variété principale cultivée dans la région de Sitia.

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Après cette belle visite d'un vignoble hors du commun, nous pouvions prolonger notre balade jusqu'à la palmeraie de Vaï, avec pas moins de cinq mille palmiers entourant une superbe plage... envahie de touristes, avec parking payant et alignement de parasols!... Mais, heureusement, grâce au Routard de Captain Ouzo, il nous fut donné de découvrir une petite plage de sable fin, au pied du site minoen d'Itanos. Température de l'air : 25°, de l'eau : 23°... Que croyez-vous qu'il arriva?... A suivre, la découverte du vignoble de Peza, dans le centre de l'île, non loin d'Heraklion et de Knossos.