La Tour Eiffel a froid aux pieds, l'Arc de Triomphe est ranimé!... Il est presque vingt heures et nous avons rendez-vous chez Enrico Bernardo, dans son restaurant Il Vino, à l'angle de la rue de l'Université et du boulevard de la Tour Maubourg, au coeur du 7è arrondissement, pour un repas-dégustation autour de quelques vins insolites proposés par The Wine Snooper.

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Fort de ses titres de meilleur sommelier italien en 1996 et 1997, puis d'Europe en 2002 et enfin du Monde en 2004, Enrico Bernardo s'est forgé une expérience des plus solides en matière de vins du Monde, son ouverture d'esprit et sa soif de découvertes faisant le reste, au moment de proposer une telle soirée à un public parisien, que certains ont tôt fait de croire fermé et résolument classique. L'espace dédié à ce dîner est complet et les amateurs présents se laissent porter vers l'aventure, sous l'impulsion de Reynald Marin, jeune sommelier passionné et attentif.

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Le conteur d'histoires et d'anecdotes pour la soirée, c'est Gilles, The Wine Snooper, qui connaît parfaitement tous ces vins pour avoir grandement contribué à leur élaboration, révélant à l'assemblée qu'il est non seulement un explorateur de terroirs, mais aussi une sorte d'alchimiste, pouvant mettre en présence, voire même en osmose, des compétences et des sensibilités aptes à produire de grands vins.

Les six cuvées proposées sont toutes dotées d'une franche personnalité et démontrent, s'il en était besoin, que toutes les viticultures, y compris celles qualifiées parfois de mineures, ont le potentiel pour produire des vins de haute qualité, pour peu que la dynamique locale, notamment commerciale se mette en place. Derrière ces vins, souvent des hommes qui ne ménagent pas leurs efforts depuis quelques années, relevant des défis permettant de sortir d'une production basée sur le volume et destinée à une consommation locale. Lorsque de nouvelles exigences conduisent à ce résultat, il n'est pas étonnant que ces cuvées franchissent les frontières et ne s'accordent avec des cuisines de haute qualité, voire de prestige.

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Après une délicate mise en bouche très appréciée, grâce à Keush Origins, la première méthode traditionnelle extra brut produite en Arménie, dont il a été question assez largement ici, voilà quelques semaines, il nous est proposé un carpaccio de daurade, caviar osciètre et émulsion à l'aneth, en duo avec un blanc sec de Macédoine, Temjanika 2014, élaboré par Tikves, un domaine historique du pays, leader de la viticulture macédonienne. On connaît assez mal l'origine de ce cépage, mais il semble qu'il s'agisse d'une variété de muscat (blanc à petit grain?) adaptée aux climats chauds et secs de cette partie de l'Europe. Un accord percutant, où les senteurs de l'aneth répondent au fruité du vin. Un belle entrée tout en délicatesse.

Homard breton rôti, betterave, crosnes et bisque ensuite, on allait voir ce qu'on allait voir!... Une recette là aussi délicate, où les produits frais sont mis en valeur. L'association avec le sauvignon venu de Serbie, Onyx Blanc 2013, vinifié par Gazdinstvo Cilic est des plus réussies. Un sauvignon planté sur des sols argilo-calcaire, du côté de Lozovik, dans le centre du pays, pas très loin de Belgrade. La vinification est résolument inspirée de celle de Pessac-Léognan, pour ce vin mûr, mais dont le gras et la longueur ne jouent pas petit bras face au homard. Des notes d'élevage assez présentes à ce stade, mais une expression des plus séduisantes.

Misa Cilic est le représentant de la quatrième génération de vignerons pour le domaine familial. Il est surtout connu pour son talent de winemaker en Europe Centrale, mais aussi en sa qualité de designer de chai. La renommée de son père, sous l'ère yougoslave, était particulièrement appréciée dans cette partie du continent. Le premier vin rouge de la soirée nous vient de ce domaine également : Cabernet Merlot 2013, associé à un filet de boeuf poêlé, millefeuille de chou et pommes de terre, avec une pointe de genièvre absolument gourmande, pour s'accorder avec le fruit du vin évoquant de délicats arômes de cerise et une touche d'épices fines. Dans un style médium pour ce qui est du corps, mais une jolie élégance, avec finesse et longueur.

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Le second rouge, disponible naguère à La Vinopostale, avait été vu et apprécié dans un accord met-vin autour d'une cuisine d'abats (des rognons de veau flambés), semblant convenir à sa puissance et à sa forte personnalité. Mais, ce vin de Turquie, Acikara 2014, de Likya Vineyards a des ressources étonnantes. Associé pour l'occasion à un parmesan 36 mois, accompagné de focaccia aux olives noires, il montre une délicatesse séduisante et tonique. En provenance de la région d'Antalya, sur des zones à dominante calcaire, ce cépage local, cultivé entre 1100 et 1300 mètres d'altitude et issu d'une vigne bicentenaire, a de quoi surprendre. En tout cas, il fait la démonstration de l'intérêt de considérer, voire de privilégier les qualités des cépages autochtones, connus depuis des siècles pour leur cohérence avec le terroir et le climat.

Fromage et dessert en cette soirée gourmande, il fallait s'y préparer et peut-être prévoir un retour pédestre!... Pour ce qui est du dessert, une composition succulente : coing confit, pointes de cheese-cake, glace vanille, écume de marjolaine. Côté vin, pour accompagner cette douceur, cap sur la Roumanie et sur le Domaine Corcova, qui propose un moelleux millésimé 2013, d'un assemblage surprenant de chardonnay, de sauvignon et de tamaioasa romaneasca, qui n'est autre qu'une variante locale de muscat là encore. Des arômes flatteurs et un équilibre tout à fait en accord avec le dessert particulièrement gourmand, en guise de conclusion d'une jolie soirée.