Quel rapport, me direz-vous, entre le vin et la généalogie? Ma passion pour le premier reste la même et l'intérêt que je porte à la seconde ne s'est limité, jusqu'à ce jour, qu'à une recherche plutôt ponctuelle des traces de mes ancêtres du côté paternel. Ce patronyme, Rapiteau, est connu de longue date pour être vendéen. Même si la Vendée n'est pas le département le plus facile à investiguer en la matière, pour cause de conflits post-révolutionnaires (1793-1796), qui eurent souvent pour conséquence la disparition des registres paroissaux établis parfois depuis le XVIè siècle (1539, François Ier promulgue l'ordonnance de Villers-Cotterêt, rendant obligatoire la tenue de registres d'état-civil), on trouve quelques documents, notamment du fait qu'ils étaient parfois établis en double exemplaire, dont l'un était caché et fortuitement retrouvé plus tard. Avec les nombreuses recherches réalisées par de véritables érudits de la généalogie depuis quelques années, moult arbres ont pu être construits et, pour ce qui est des Rapiteau, les plus anciennes traces sont souvent natives des Sables d'Olonne. Faut-il en tirer quelque conclusion, comme celle hypothétique de découvrir là des huguenots?...

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Source : www.pagnylaville.com

L'enquête mérite sans doute d'être menée! Tout comme à propos du lien incontournable avec l'Histoire, qui ne manquait pas de provoquer des déplacements de toutes sortes, à cause des conflits, des épidémies, de la misère noire dans certaines campagnes (au point que villages ou hameaux migraient comme un seul homme - femmes et curé compris - vers des contrées plus hospitalières) ou parfois, des compétences particulières des uns et des autres. Et peut-être aussi le hasard des rencontres, lorsqu'on était présent lors d'un mariage comme témoin ou ami de l'une ou l'autre des familles. Le hasard, c'est aussi cela qui m'a permis de faire une découverte étonnante, voilà quelques mois. Dans un moment de désoeuvrement, oserais-je l'avouer, ou lors d'une recherche historique quelconque, en vue de compléter un article, je tapais presque machinalement dans la barre prévue à cet effet par Google les trois mots suivants : mariage rapiteau rémond. Ce dernier patronyme étant celui de ma famille maternelle, connu pour être breton, plutôt des Côtes d'Armor, même si les Rémond sont présents un peu partout sur le territoire, avec des orthographes multiples et variées. En recherchant des actes de mariage, les spécialistes savent bien que l'on peut y découvrir deux générations complètes, les parents des époux étant nommément indiqués, ce qui est sensé apporter un condensé d'informations, sans compter l'identité des éventuels témoins, par exemple, porteurs d'autres informations.

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Passage de cigognes à Pagny la Ville le 12 août 2020

La réponse de Google ne pouvait manquer de m'étonner!... Je découvrais ainsi que Pierre Rapiteau et Jeanne Rémond s'étaient mariés dans le village de Pagny la Ville le 28 janvier 1670, le premier était le fils de Hugues Rapiteau et Marcienne Signenot, la mariée fille de François Rémond et de Claudine Hugon. Je dois à de solides accoudoirs de ne pas être tombé de ma chaise!... Parce que, précision importante, ce village de Pagny la Ville est situé en Côte d'Or, non loin de Pouilly sur Saône et Seurre, dans la partie Est du département (qui n'en était pas un à cette époque). Et donc, bien loin de la Vendée et de la Bretagne, supposées terres originelles de ces patronymes. De plus, elle est située, cette petite agglomération, sur la rive gauche de la Saône, qui serpente mollement dans la plaine, mais est également bordée dans sa partie sud-est par le canal Rhin-Rhône (apparu après la Révolution Française), le séparant de Pagny le Château. Deux cent quatre vingt cinq années séparaient donc cette union de celle de mes parents!... Presque trois siècles! Comment était-ce possible?... Il semble, après une rapide recherche que deux, voire trois générations de Rapiteau furent présentes jusqu'au début du XVIIIè siècle dans cette région. Quelques-uns sont aussi signalés par les archives dans le Jura voisin, à Nance et au lieu-dit Les Brantus, sis à Chapelle-Voland.

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Bien sûr, du fait de cette présence dans le département historiquement viticole de la Côte d'Or, on peut imaginer que quelques membres de cette branche de Rapiteau ont pu être présents eux-même dans le vignoble. Justement, on retrouve la trace de Rapiteau en Saône-et-Loire, dans la première moitié du XVIIIè siècle, à Chaudenay et à Saint Sernin du Bois. Plus tard, on note la naissance d'un François Rapiteau à Chambolle-Musigny en 1783, cette branche étant présente là au moins jusqu'au milieu du Premier Empire. D'autres également à Ladoix-Serrigny. De plus, on ne peut ignorer la présence à Meursault de la maison de négoce bien connue Ropiteau Frères, dont les racines bourguignonnes remonteraient au XVIè siècle. La variante, voire l'erreur de transcription peut-elle être invoquée pour cette lettre o qui a remplacé le a?... Dans un même ordre d'idée, notons qu'à Brochon, entre Fixin et Gevrey-Chambertin, se trouve une rue du Rapitot, qui apparaît parfois sous l'orthographe rue du Rapiteau. Enfin, voilà trois ou même quatre décennies, un vague souvenir m'indique qu'il existait dans la région un Domaine Rapiteau, qui exportait tout ou partie, naguère, de sa production vers les Etats-Unis et dont je ne retrouve pas la trace aujourd'hui...

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On peut aussi se tourner vers le Dictionnaire étymologique des noms de famille et prénoms de France. Celui d'Albert Dauzat, réédité en 1981, n'est pas d'un grand secours. On y apprend que le nom de Ropiteau est un nom de hameau de Chéméré, en Mayenne, mais qu'en Bourgogne, avec sa variante Robiteau, c'est un hypocoristique (forme linguistique exprimant une intention affectueuse, un diminutif sympathique) de Robert. On dit aussi que Rapiteau, "surtout porté en Vendée, est un nom de sens incertain, à rapprocher de Rapit (87), lui aussi obscur." D'autre part, certains étymologistes soutiennent que de nombreux noms de famille peuvent avoir pour origine des lieux particuliers. Ainsi, dans une supposée période post-médiévale, un ancêtre, enrôlé dans une structure quelconque (armée, entreprise, chantier...) aurait eu à donner son identité. Peut-être aurait-il alors indiqué son prénom. Devant le grand nombre d'homonymes, un "recruteur" aurait cherché à le distinguer par la caractéristique principale du lieu où il habitait alors. Par exemple Laforêt, cas de celui qui vivait dans les bois. Dans le cas de Rapiteau, on peut supposer que le recruté aurait expliqué qu'il vivait au bord d'un torrent ou d'un cours d'eau rapide. L'explication peut apparaître pour le moins capillotractée, mais... Allez savoir! Et, dans le cas qui nous interresse, l'homme pouvait alors habiter au bord de la Saône, connue pour ses crues et ses débits importants.

The_birth_of_the_Duke_of_Burgundy_at_Versailles_on_6_August_1682_by_Antoine_Dieu

Reste à identifier les évènements d'une époque, tout ou partie du XVIIè siècle, qui auraient pu motiver d'éventuels déplacements de population. Car, la question mérite d'être posée, là aussi : y a-t-il eu mouvement de supposés ancêtres et dans quelle direction? Vers l'Ouest ou vers l'Est? La chronologie évenementielle doit donc être consultée, afin d'émettre quelque hypothèse. On sait que le XVIè siècle fut propice à certaines migrations. Des Protestants quittant la France pour rejoindre l'Allemagne, par exemple, après avoir traversé moult provinces, parfois hostiles. Le XVIIè siècle peut être qualifié de période troublée. La première moitié de celui-ci, sous le règne de Louis XIII, voit également une opposition certaine entre Catholiques et Protestants. En 1627, c'est le siège de La Rochelle. En 1630, si le service des Postes devient public dans tout le Royaume, de nouvelles conspirations apparaissent, dans lesquelles le Duc de Lorraine est un acteur important. En 1635, sont créés l'Académie Française et le Muséum d'Histoire Naturelle, alors que la France s'établit en Guadeloupe. 1636 voit le Prince de Condé se rapprocher de l'Espagne, mais échouer dans une tentative contre Dole, à guère plus de trente kilomètres de Pagny la Ville. Louis XIII meurt en 1643, Louis XIV lui succède pour un règne de soixante douze ans (meurt en 1715). A partir de 1667, la France est opposé à diverses coalitions, les traités de paix succédant aux combats et à diverses redistributions territoriales. Ainsi, en 1668, la France restitue la Franche-Comté, jusqu'à ce qu'elle la rachète en 1679, suite au traité de Nimègue. C'est à cette époque que Louis de Lorraine vend la baronnie de Pagny à Louis XIV pour 700 000 livres!...

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Me voilà donc dans l'expectative. Suis-je ventrachoux pour le meilleur et pour le pire, ou pourrais-je affirmer, qu'en certaines circonstances, je suis fier d'être Bourguignon?... Comme indiqué plus haut, les recherches généalogiques ne manquent pas pour ce qui est de la Vendée. En revanche, il n'en existe guère pour ces Rapiteau de Pagny la Ville, habitants sans doute éphémères de cette contrée lointaine. Et comme vous pouvez le constater ci-dessous, il n'est guère aisé de se lancer dans de telles recherches, sans avoir acquis quelque accoutumance avec la lecture des actes anciens. Encore, faut-il être reconnaissant aux archivistes de la Côte d'Or, d'avoir réalisé un tel travail et au Temps de nous les avoir transmis. En saurais-je plus un jour?... Sauf à croiser la route d'un généalogiste ferru d'histoire ancienne ou un historien du Grand Siècle passionné de généalogie, ce sera difficile. Mais, il n'est pas impossible que je me rende un jour dans ce petit village au bord de l'eau, histoire d'en humer l'atmosphère et, peut-être, d'en savoir plus...

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