13 août 2007
La Fête des Vignerons de Vévey, en Suisse
Attention!... La lecture de cet article ne doit pas décider, nécessairement, de votre prochain séjour sur les bords du Lac Léman!... En effet, il s'agit là d'un flash-back sur un évènement, plutôt méconnu en France
notamment et ailleurs, je suppose, qui s'est déroulé en 1999, à Vévey, pour la dernière fois
du XXè siècle. La date de la prochaine édition, pour tout dire, n'est pas connue. Mais, comme on admet volontiers qu'elle ne se déroule qu'une seule fois par génération, tous les vingt-deux ans, il vous reste un peu de temps avant de faire une croix sur le calendrier de l'année... 2021!... En effet, c'est là la date supposée des futures festivités, destinées notamment à saluer et récompenser les meilleurs vignerons du Canton de Vaud, mais d'aucuns estiment que ce pourrait être 2025, voire 2031 (toujours une année impaire), tant le budget de l'affaire s'avère de plus en plus conséquent!... Bienvenue à la Fête des Vignerons!...
Imaginez un peu, une sorte de Puy du Fou, puissance dix, relooké par Goude ou Découflé. 5 050 acteurs-figurants, dont 670 écuyers, la plupart vivant dans le Pays de Vaud, voire sur la Riviéra vaudoise même. Vingt jours de représentation au coeur de l'été. Les arènes au bord du lac, pleines de 16 000 spectateurs à chaque rendez-vous du Spectacle et lors des quatre Cortèges. Ils sont fous ces Vaudois!... En tout cas, sacrément passionnés, pour offrir avec tant de fierté, tant de soin, une fête teintée de gigantisme, à l'image - pourquoi le nier?... - d'un budget assez "kolossal" : pas moins de 54 Millions de francs suisses!...
Un beau temps estival nimbe le lac et ses pentes environnantes d'une légère brume de chaleur. Venant de Montreux, le bateau déverse quelques passagers curieusement costumés. Ils participent au Cortège, en
cette fin de matinée. Parmi eux, une dame, entre deux âges, nous explique que c'est la troisième fois qu'elle y prend part. C'est avec une émotion certaine, qu'elle évoque 1955, année où elle était une très jeune fille, représentant comme nombre d'autres, au cours du spectacle, les très jeunes vignes. En arrivant sur le Quai Perdonnet, le pas se ralentit, la foule se presse. Dans un square, une silhouette de bronze, très photographiée, nous rappelle la présence, ici, naguère, de Charlie Chaplin. Les notes joyeuses d'un orchestre sur la place proche, des rires non loin de là : la ville est en fête!... Et LA fête à Vevey, on connaît!...
En nous approchant de la Place du Marché, les rencontres curieuses se multiplient : deux cent-suisses
écarlates, plumes au vent, posent pour la photo avec trois jolies vendangeuses gitanes. Cérès, alias Demeter, oubliant son statut de divinité du jour, une flûte de Champagne à la main, trinque avec Arlevin, le roi des festivités. L'Abbé-Président et ses Conseillers se congratulent, en se dirigeant vers la cantine de Chardonne, où ils pourront apprécier une entrecôte Bacchus, à moins que leur choix ne s'oriente vers des filets de perche au citron.
C'est que le temps est beau, saluons les astres. Le Soleil aujourd'hui, et demain la Lune qui, éternelle
joueuse, tamisera la lumière ambiante au coeur du spectacle. C'est qu'en ce 11 août 1999, c'est le jour de l'éclipse totale (ou presque) de Soleil!... Au moment même où les Vignerons-guerriers surgiront et livreront bataille aux nuées chargées de grêle et finiront par remporter une victoire héroïque!... Plus tard, l'Armailli entonnera le Ranz des vaches, la séquence émotion pour tous les Vaudois présents. Cors des Alpes, lanceurs de drapeaux et troupeaux de vaches altières (non, ce n'est pas un lapsus
calami de laitières!), dont les sonnailles rythment le chant du Choeur rouge.
Ne vous y trompez pas!... Tout ceci est très sérieux. Depuis 1770, la Confrérie des Vignerons de Vévey, qu'on appelait à l'époque Abbaye de l'agriculture, dite de St Urbain, se donne pour objectif de récompenser les vignerons-tâcherons de la région. Les experts désignés passent dans le vignoble, au cours des mois qui précèdent, notent, jugent et classent les plus valeureux viticulteurs. Certains seront couronnés (5 en 1999), d'autres distingués (19) et enfin, les plus nombreux, primés (73). Des médailles de vermeil, des médailles d'argent, distribuées au cours de la cérémonie du Couronnement, qui transforma l'ancienne Parade en Fête des Vignerons. Le spectacle fut ensuite structuré, s'appuyant sur le rythme des saisons. Les divinités se multiplièrent, les ornements traditionnels,
très couleur locale, se glissèrent dans la parade. C'est là, sans doute, le ferment de l'enthousiasme collectif, qui ne manque pas d'étonner les visiteurs.
Depuis le début du XXè siècle, cinq représentations donc : 1905, 1927, 1955, 1977 et 1999. Cette dernière était la douzième ou la treizième depuis l'origine, au XVIIè siècle. A quand la prochaine donc?... Nul ne le sait vraiment. 2021, pour respecter le rythme de 22 ans, adopté depuis 1955. Certains parlent de 2024, d'autres de 2034. Sont-ce là les généreux mécènes (les Fondations AR&J Leenaards et Sandoz) et les Compagnons de la Fête (Banque Cantonale Vaudoise, Nestlé...) qui prennent conscience de l'ampleur du financement?...
Indiscutablement, une célébration à nulle autre pareil!... Une fête résolument estampillée "Canton de Vaud"! Les Suisses allemands, les Valaisans sont, pour la plupart assez perplexes, face à cette quinzaine façon Bacchanale, cette fête romaine qui célèbre le vin et les sens. Certains éminents spécialistes suisses de l'Antiquité se réjouissent d'ailleurs que leurs compatriotes se permettent à leur tour de libérer leurs pulsions, à l'instar des Grecs et de leurs dionysies. Dans un article du journal Le Temps, le psychologue Jacques Chappuis, lui-même moissonneur en 1977, donne quelques axes d'analyse.
Gageons que, quelques jours, quelques mois après la Fête, la gueule de bois des participants doit être aux dimensions de ces festivités estivales et les crus de Lavaux ou de la Côte, Epesses ou Dézaley n'y sont sans doute pour rien!... Et que dire de François Rochaix, concepteur, directeur artistique et metteur en scène, mobilisé durant sept ans!... Ou encore François Debluë, désigné en qualité de poète dès le début 1995?... Porte-parole d'une génération!... Pas une mince affaire!... Et qui pour relever le défi du nouveau millénaire?... Rendez-vous en 2021... ou 2024!...
17 novembre 2006
La Pipette, version papier
Il est presque prêt, le numéro 38 tant attendu!... Il sera à disposition des amateurs passionnés au cours de la dernière quinzaine de l'année. Pour saluer tous ceux qui en étaient les fidèles lecteurs et supporters depuis quinze ans et qui avaient exprimé leurs regrets, en quelques sortes, de la voir passer au second plan, à moins qu'elle ne soit un jour la newslatter du blog!...
Malgré son tirage (toujours aussi artisanal!) en nombre limité, vous pouvez aussi en disposer, vous, les amateurs-lecteurs de ce blog et même si vous ne connaissiez pas, jusqu'à ce jour, la version papier-bristol. N'hésitez pas à en réclamer un exemplaire par e-mail, en me communiquant une adresse postale.
Retour sur les petits suppléments, qui se glissèrent pendant toutes ces années, au fur et à mesure de la parution des trente-sept numéros. En fait, l'idée en est venue dès l'origine, ou presque, de cette "aventure" : mon regard s'attardant sur les livres et autres romans que je lisais à cette époque, j'en vins à m'interroger sur l'idée que pouvaient se faire ces écrivains, ces romanciers, du vin et de ses plaisirs. Une courte lettre, envoyée à leur attention, vers leurs maisons d'éditions et, quelques semaines plus tard, les premières réponses de leur main, sur la carte bristol!... Une certaine émotion, sans doute, à leur découverte! Un plaisir, certainement aussi, que je vous laisse découvrir ci-dessous, sans oublier d'en goûter tout l'humour, parfois!...
































