Coups de coeur et coup de froid en Anjou-Saumur
L'hiver, pour un peu, aurait tiré sa révérence en catimini et serait parti sur la pointe des pieds. Quelques inquiétudes commençaient à s'exprimer dans le vignoble et certains appelaient de leurs voeux une franche chute des températures pour février. Et voilà-t-y pas que Météo France nous gratifie d'une alerte météo option neige pour le 30 janvier et parle désormais de l'installation, pour quelques temps, du Moscou-Paris, un flux hideux et glacial qui va nous installer dans un transit réfrigérant. Pas chaud devant!... D'autres, encore moins rassurants, nous rappelaient récemment que les froidures de février 1956 s'étaient installées après un début d'hiver exceptionnellement doux... sans que l'on puisse tous s'en souvenir précisément et pour cause. Je vous parle d'un temps que les moins de soixante ans ne peuvent guère connaître.
Du côté du Château de Brézé, dans le Saumurois, Sylvie Augereau semblait également dans les confidences des dieux du climat ligérien (à moins que, lassée des commentaires revenus à ses oreilles depuis deux ans quant à la température ambiante de la Dive), puisqu'une efficace installation de moyens chauffants permettait aux uns et aux autres de converser aimablement, sans claquer des dents. Du moins, le dimanche... En fin de journée, il faisait presque chaud dans certains endroits!... Mais, le lundi matin, les premiers flocons apparurent à l'heure du petit déjeuner et tombèrent toute la journée. Le temps du passe-montagne était revenu, sans que cela n'altère la bonne humeur ambiante!... Éventuellement, une garbure fumante pouvait réduire joliment les effets du froid, pour ceux qui n'ont pas la chance de fréquenter les contrées subpolaires où se déroulent l'Elfstedentocht, la Vasaloppet, la Transjurassienne et autre Percée du Vin Jaune!...
Pour ce week-end genre marathon biodynature, il fallait donc être en forme et couvert. En forme dès le samedi 29 au matin, à l'heure ou s'ouvraient les portes des Greniers Saint Jean, où les vignerons pratiquant la biodynamie répondaient à l'appel de Mark Angeli, Virginie et Nicolas Joly. Toujours un superbe plateau, où l'on notait quelques absences et quelques nouveaux venus de diverses contrées. Bien sur, il est impossible d'être exhaustif en matière de dégustation à cette occasion et les visiteurs prennent aussi le temps de converser, de confronter parfois les points de vue, d'évoquer quelques canons enthousiasmants et accessoirement, de se restaurer sur place ou non loin de là, à la table d'Autour d'un cep par exemple, où les convives viennent parfois, eux aussi, de contrées lointaines : passionnés brusseleirs, cavistes webistes, blogueuses et blogueurs, geeks insatiables, star du web...
Côté salon, un plaisir de revoir Laureano Serres et Joan Ramon Escoda, ainsi que Nuria et Diego Soto, tous venus de leur Catalogne espagnole et souvenirs de quelques chaudes journées de l'été dernier. Insondable nostalgie... A Angers, le temps est toujours sec et ensoleillé. Quelques centaines de mètres en sortant de table, pas mieux avant de se lancer à la découverte de très beaux flacons, comme en cachent les vignerons des Greniers. Parmi les plus exaltants du jour, la série de Billes de Roche et Clos de la Cerisaie, du Clos Mélaric, en Saumur-Puy Notre Dame, dont les progrès se confirment d'année en année, mais leurs supporters sont déjà nombreux!...
D'autres jolies rencontres sous la majestueuse charpente : Michèle Aubery, du Domaine Gramenon et ses grenaches 2010, les Chateauneuf-du-Pape du Domaine Pierre André de Courthezon, la très belle série chez Jean David (nez rouge, pompon rouge!), de Séguret, sans oublier Matthieu Barret, à Cornas et Hélène Thibon, en Sud Ardèche, ce qui fait un Rhône très dense, puisque étaient aussi présents Jean Delobre, le Domaine Montirius, Jean-Pierre Monier et David Reynaud.
Comme d'autres régions, Alsace et Jura avaient quelques ambassadeurs prestigieux, avec les Tissot, Deiss ou Humbrecht. Du côté de Bordeaux, les domaines issus d'appellations dites satellites tirent brillamment leur épingle du jeu en de telles circonstances. Ainsi Thierry Valette, du Clos Puy Arnaud, proposait de jolis échantillons. Enfin, la Bourgogne comptait un sympathique représentant en la personne de Julien Guillot, du Domaine des Vignes du Maynes et ses parcelles millénaires!... Ce dernier n'avait pas son pareil pour nous expliquer joyeusement comment le marc proposé est validé au domaine, par la grand-mère nonagénaire!... Bon pied bon nez, la vénérable macônnaise!...
Certains ne manquèrent pas de découvrir (plutôt deux fois qu'une!) les cuvées d'Elisabetta Foradori et de son domaine sis dans les Dolomites, superbe passerelle pour joindre les Greniers à l'Hôtel des Pénitentes, non loin de là, où les Puzelat, Chaussard, Mosse, Villemade et Bonhomme invitaient quelques amis et non des moindres. Pour les mêmes raisons de timing (Brézé est à 75 km), il était difficile en ce dimanche de prolonger la prière auprès d'Agnès Mosse, pénitente supérieure pour l'occasion et ses amis. Néanmoins, nous avons pu y apprécier comme il se doit, deux très belles séries chez Patrick Meyer et Éric Pfifferling, plutôt rares dans les salons, mais essentiels. En tout cas, une belle réussite pour une première!...
En Loire, nul n'est sensé ignorer la... Dive!... Ni la Loire d'ailleurs!... Il faut dire que Sylvie Augereau mobilise toujours les talents ligériens, la fin janvier venue, pour un meeting aux teintes internationales, qui se déroule dans les douves et recoins du Château de Brézé. Un site sans équivalent pour un salon où s'exprime la force du vin tranquille, en ces temps pré-électoraux. Et la démonstration que tous les vignobles, toutes les contrées peuvent produire des nectars, option nature pur fruit, pur jus.
Dans la coursive pentue de ce grand vaisseau qui ne risque pas le chavirage, il est possible de faire quelques belles rencontres, parfois didactiques et d'autres teintées d'une sincérité qui laisse filtrer quelques difficultés. L'Ardèche (avec Gilles Azzoni, Gérald Oustric et Sylvain Bock) parle d'une seule voix, ou presque, lorsque Manu et Vincent, du Domaine Les Deux Terres évoquent les raisons pour lesquelles Jérôme Jouret doit abandonner l'identité qu'on lui connaissait (clap de fin aux Clapas!), un phénomène connu également des Angevins du Domaine des Pierres Sèches (vu aux Greniers), pour cause de dualité ardéchoise d'ailleurs.
Non loin de là, bref retour sur les conséquences d'un séisme au Chili, avec Louis-Antoine Luyt, tout entier tourné vers l'avenir, à travers ses très belles cuvées du millésime 2010. Quelques coups d'oeil à la carte, pour éprouver encore plus l'envie de partir découvrir le vignoble chilien...
A quelques pas, l'Italie est bien représentée par Luca Roagna, Gian-Marco Antonuzi (Le Coste) venu sans Clémentine, très occupée par la génération future, ou encore Dario Princic, vigneron de Venezia-Giulia, au-delà de Venise, aux confins de la Slovénie. De très beaux blancs issus de longues macérations, pour ce voisin de Josko Gravner, dont nous avons pu croiser récemment une cuvée élevée en amphores. Quelques regrets, au passage, de n'avoir pas pris le temps de déguster les vins de Paolo Vodopivec, venu également de cette lointaine contrée.
Dehors, la neige tombe à gros flocons. Elle peut bien tomber. Pour le retour?... Même pas peur!... Puisqu'il en est ainsi, continuons de déambuler dans les salles et galeries du château. Parmi les vins appréciés çà et là, deux très beaux Champagne étiquetés Vouette et Sorbée, Blanc d'Argile et Fidèle, chez Hélène et Bertrand Gautherot, puis un Morgon zéro soufre 2011 (parmi d'autres) chez Marie et Matthieu Lapierre, pour le moins gouléyant!... Avec Jean-Claude Chossart, du Domaine Jolly-Ferriol, assez longue conver-station à propos des rancios catalans, preuves liquides à l'appui, suivies de la belle série d'Anjou et Chinon de Nicolas Reau. Enfin, très belle confirmation des vins (découverts au Picolo à Nantes, voilà quelques temps) de Raynald Héaulé, venu pour la première fois à la Dive, en droite ligne de son Orléanais, déjà plein de ressources... courtoises et dont Laetitia est absolument fan!... Mais, son avis vaut de l'or, nous pouvons le confirmer!... A noter également les cuvées un rien espiègles de Chahut et Prodiges ("y'a du vin, là!"), ou encore celles de Noëlla Morantin, tous tourangeaux pour le meilleur et le meilleur!...
En somme, que du plaisir!... Bien sûr, tout n'est pas toujours rose et croire que tout va bien dans le meilleur des mondes, simplement parce qu'on évoque les sensations procurées par quelques jolis flacons, serait un brin excessif. Ce fut d'ailleurs l'objet du débat amical, lors de soirées gourmandes entre blogueurs, à l'occasion de ce week-end ligérien. Alors même que certains suggèrent la création d'un organisme certificateur qui distribuerait ses agréments à qui souhaite s'exprimer sur Internet à propos du vin, la question reste posée de la forme à donner au sentiment que l'on éprouve lorsque nos papilles dévissent ou que le langage de certains comporte quelques zones d'ombre troublantes. Nous sommes nombreux à opter pour le silence. Mais, est-ce la conduite à tenir, à la veille de l'introduction sur le marché des lois du bio industriel?... S'agit-il d'un manque de courage, ou d'un "droit de réserve"?... Parfois, le silence est d'or et vaut mieux que mille mots caustiques et grincements de dents. Nous nous en tiendrons donc, le plus souvent, à ce que le monde du vin contient d'humanité et de ferveur, certains jours, lorsque s'ouvrent les bouteilles et que l'on croise le verre jusqu'au bout de la nuit!... N'en déplaise aux censeurs de tout poil!...
Seule difficulté rencontrée ce lundi, la météo locale qui ne nous a pas permis de regagner Angers en temps en heure, afin de rencontrer les Vignerons bio de Loire, venus prendre possession à leur tour, des Greniers Saint Jean. Ce n'est que partie remise sans doute, mais ce petit grain de sable, ces flocons de neige plutôt, dans le tempo de ces trois jours en Anjou, laisse quelques regrets quant à la possibilité de réunir dans une même ville, si ce n'est en un même lieu, tous ces vignerons qui participent à générer notre enthousiasme.
Fin janvier, y'a bon aux salons!...
Ce dont on peut être certains en ce début d'année, c'est que janvier va finir en beauté!... En effet, huit à dix jours de folies se profilent pour les passionnés (et les professionnels également, soyez rassurés!) au cours de la dernière décade du mois. Le mois du blanc (et du rouge!) voit les occasions de rencontres se multiplier, même si désormais, quelques institutions salonesques sont bien gravées dans la pierre de nos calendriers. Pour avoir le détail de ces multiples manifestations, vous pouvez aussi consulter Le Petit Guide Loisel des Vins, alias Château Loisel.
Néanmoins, voici une petite sélection nationale qui pourrait motiver des déplacements tous azimuts, à l'heure où la météo n'est pas forcément des plus maniables. Alors, prudence si vous privilégiez votre véhicule habituel, d'autant que le climat actuel, largement sous l'influence des masses d'air océaniques plutôt tempérées pourrait bien décider de changer de cap ou de tourner casaque!... N'y voyez pas de la prévision et encore moins de la prédiction, mais on finit par se dire que l'hiver viendra bien un jour... Et n'oubliez pas le dicton : "Noël au balcon, la Dive aux tisons!" (pas sur la tête Sylvie, pas sur la tête!). N'hésitez pas cependant à glisser vos moon boots dans le coffre, on ne sait jamais!... Temps de braise à Brézé?... Le gagnant gagne une semaine de taille dans le Jura, avec hébergement à Mouthe!... Souriez, vous êtes figés!... Faut-il vraiment rappeler quelques souvenirs de météo angevine en janvier?...
Avant de trouver refuge sur les bords de la Loire, il faudra d'abord mettre le cap su sud, avec une ouverture du 20 au 23 janvier, à l'occasion du 84è Marché aux Vins d'Ampuis Côte Rôtie. Un grand classique quasi historique, avec une soixantaine de vignerons proposant (à la vente) des vins de Côte Rôtie donc, mais aussi de
Condrieu, St Joseph, Cornas, Hermitage, St Péray et Crozes-Hermitage. Des noms très connus, mais aussi quelques absents...
Encore plus au sud, au bord de l'étang de Berre, non loin d'Istres, Arles, Salon de Provence et sur la commune de Miramas, le Domaine de Sulauze, cher à Karina et Guillaume Lefèvre, vous propose les 2è Rencontres pour l'Agroécologie. Les 21 et 22 janvier, dans un domaine de 500 hectares regroupant vigne et animaux divers (chevaux et taureaux de Camargue notamment), vous pourrez participer aux conférences de divers intervenants, qui ont pour but essentiel de combattre l'agriculture industrielle. Bien sur, le dimanche, un salon des vins et produits bio succède à la soirée festive, avec moult participants de haut vol : Viret, Milan, Brun, de Villeneuve, Dejean, Hauvette, Saladin, Barosi, Meyer, Berlioz et Quinta do Infantado, pour ne citer que ceux-là!... Très belle mise en bouche avant...
... le 19è Millésime Bio, au Parc des Expositions de Montpellier, du 23 au 25 janvier. Un grand salon plébiscité jusqu'à ce jour par les vignerons qui y participent, malgré son développement des dernières éditions. Surtout
pour l'égalité de traitement de tous les vignerons exposants, mais aussi pour son organisation globale, souvent citée en exemple, au regard de ce qui se passe sous d'autres cieux... Suivez mon regard!... A noter que cette année encore, Millésime Bio sera le cadre d'une Rencontre de Facebookien(ne)s, option passion vinique, qui s'annonce des plus joyeuses!...
Après ce bol d'air sudiste, vous pouvez remettre cap au nord. C'est le pays du long fleuve tranquille et de la douceur angevine qui vous attend. Et là, il faut vous convaincre que vous pénétrez dans la sphère d'une sorte de Festival de la Vigne et du Vin. Un peu comme s'il s'agissait d'un "Avignon", d'un "Marciac" ou d'un "Cannes", version flacons et ivresse. Le programme est dense, multiple. Il y a des projections privées, des sortes de "offs". D'ailleurs, on se demande si ce week-end de la fin janvier n'est pas devenu le rendez-vous majeur de l'hiver dans l'Ouest et... qui est le off de l'autre?...
Cette année, ouverture aux Greniers Saint Jean, rencontre internationale de vignerons et domaines appliquant peu ou prou la biodynamie. Attention! Ce n'est
pas à proprement parlé Renaissance des Appellations, même si cela en est l'émanation. C'est Mark Angeli qui manage, bien aidé par Virginie Joly. Les participants sont membres de l'association ou pas, mais tous sont certifiés bio. Plus de 120 vignerons y sont attendus, quelques-uns venant d'Espagne, d'Italie, d'Autriche et du Portugal. Grosse délégation ligérienne comme il se doit, mais Languedoc, Roussillon, Rhône, Provence et même Bourgogne sont bien représentés.
Pour la 13è édition de la Dive Bouteille, Sylvie Augereau nous convie à un Grand Meeting (Présidentielle oblige!),
au Château de Brézé, les 29 et 30 janvier. "Plus d'une centaine de candidats avec des promesses plein les cartons". Une belle liste qui dit "non au souffrage universel direct"!... "La force du vin tranquille" et "tous en campagne pour voter Bulles-Blanc-Rouge"!... La Dive, une partie de campagne qui n'a pas son pareil!... Tout ce qu'il faut pour passer un beau dimanche à la campagne. A boire, tavernier!... Avec juste ce qu'il faut de modération, bien sur.
Les plus modérés seront-ils au rendez-vous de l'Hôtel des Pénitentes?... Rien n'est moins sur!... C'est là, néanmoins, qu'un quarteron de vignerons (Puzelat, Chaussard, Mosse, Villemade et Bonhomme) convie quelques amis pour un partage rédemptionnel qui devrait valoir le détour. Cela se déroule également les 29 et 30 janvier, de 11h à 18h. Vous pourrez donc participer à l'office du matin
sans la moindre difficulté. Ils pensent à tout!... Mais, vu la qualité de la sélection des vins de messe, ce serait pêcher de préférer la pêche à la ligne ou la grasse matinée!... Amen!...
Et voici le petit dernier!... Le Salon des Vignerons Bio de Loire, qui va réunir une centaine de vignerons le 30 janvier, aux Greniers Saint Jean également. Une initiative qui semble venir d'un petit groupe de viticulteurs de la région, mécontents du nouveau positionnement, en terme de dates notamment, du Salon des Vins de Loire, qui lui, se déroulera du 6 au 8 février, au Parc des Expositions d'Angers. Quelques noms vus par ailleurs, dans d'autres circonstances, mais aussi des producteurs rares ou débutants en qualité d'exposants dans ce type de manifestation. A n'en pas douter, quelques pépites à découvrir!...
Que voilà un programme chargé, n'est-il pas?... Mais, au combien passionnant avec cette concentration de talents. Une très belle occasion de se réunir et de passer quelques soirées amicales, façon troisième mi-temps gustative, mais cette fois à table, parce que, comme le dit ce proverbe montois entendu hier soir, au Chai Carlina : "Qui boit du mauvais, ne mange pas que du bon!..."
Ceci dit, après ce long week-end au coeur de l'hiver, il ne vous restera que quelques jours pour vous remettre de vos abus et reprogrammer votre GPS cap plein sud!... En effet, février a quelques cartes dans sa manche, avec notamment la version montpelliéraine de Haut les vins! qui se déroule au Château de Flaugergues, les 19 et 20 du mois. Une petite trentaine de vignerons y sont attendus.
Ce sera une superbe ouverture au 10è Vinisud, qui se déroule également à Montpellier, du 20 au 22 févier. Un salon qui nous ouvre des horizons, même si l'objectif de donner une vitrine aux productions de tout le Bassin méditerranéen coince un peu, puisqu'on constate à ce jour, l'absence des vignerons de toute la péninsule balkanique, y compris la Grèce, ainsi que de la Turquie, cette dernière ne ménageant pourtant pas ses efforts en matière de promotion à l'international. Mais, il en va des relations mondiales comme de la météo!... Elles sont parfois, les unes comme l'autre, quelque peu changeantes!...
Allez, pendant ces prochaines semaines, changez d'air!... Si vous n'y trouvez pas votre content, c'est à désespérer!...
Des Bastilles à prendre en 2012?...
A l'heure des grandes (bonnes?) résolutions (révolutions?) pour l'année (de tous les dangers?) qui se profile, retour sur quelques organisations récentes, parisiennes, mais pas seulement. Des salons en comité restreint parfois, mais pas des salons où l'on cause. A l'opposé des musées louvresques, où il est de bon ton d'être présent, dans le carrousel très parisien de la journalisto-guidocratie bien pensante. N'y aurait-il pas quelques Bastilles à prendre au passage, en cette noble année 2012, olympique qui plus est, que certains nous prédisent ultime et nous conduisant inexorablement au cataclysme final?... Ah, ça ira, ça ira, ça ira!... La Bastille?... Prenons-la par la mer et le fleuve!... Pour les autres, descendez à la station près de la Colonne de Juillet. Il ne faudra certes pas manquer de courage et de conviction sous la mitraille, mais le progrès, l'ouverture, la reconquête, comme nous avons pu l'entendre de l'autre côté de la Méditerranée ces derniers mois, ne seront accomplis que pour et par les générations futures. C'est une question de salut public, la terreur en moins. Citoyens passiovineurs, à vos carafes et flacons, soyons prêts à croiser le verre!...
Espace Beaujon, du 9 au 11 décembre derniers, se déroulait la 5è édition de Buvons nature! "Le rendez-vous des puristes du vin", tel que l'affichent les organisateurs. Une petite douzaine de vignerons sous la bannière des vins naturels. Point d'association aux statuts dûment déposés, encore moins de doctrine, mais plutôt un groupe qui se forme, se déforme, apparaît, disparaît, un peu comme ces musiciens qui se retrouvaient non loin de là, dans le 8è arrondissement également, au Boeuf sur le toit, pour de délicieuses et précieuses jam sessions, en trois mots, faire un boeuf, jusqu'au bout de la nuit!...
Le Grand Sud y avait quelques éminents représentants : Frédéric Rivaton, Jeff Coutelou, Yvo Ferrera de L'Escarpolette (ça sonne pas mal ça!) avec un merlot Olifquasidépendance (non?!...) ou encore Gilles Azzoni (avec une jolie roussanne!), mais la Loire, notamment, ne s'en laissait pas conter, avec François Blanchard, Jean-Pierre Robinot (qui n'est pas le père de qui vous savez...), ou encore Jérôme Saurigny et le petit dernier, Jean-François Chêné. Seul mot d'ordre de l'année, rue du Faubourg-St Honoré : présenter des vains sains (sans aucun intrant ni sulfite)!...
Au cours de la soirée, Mesdames Olif et PhR ne manquèrent pas, à l'instar des "tricoteuses" de la Révolution Française, d'émettre quelques avis verre en main, d'apprécier quelques nectars et de s'enthousiasmer aux lois du naturel, pour peu qu'on le chasse et qu'il revienne au galop!... Irons-nous ce soir à Versailles, danser la carmagnole?... Non, Mesdames!... Mais, nous sommes fort aise que nos goûts en matière de "vins nature" soient en quelques sortes validés. La femme serait-elle l'avenir du blogueur?...
Après une soirée très goûteuse dans un sympathique estaminet, La Robe et le Palais, rue des Lavandières Ste Opportune, non loin de l'ex-Place de Grève, de sinistre mémoire révolutionnaire, mais qui nous permit de suivre de bonnes grâces, les suggestions vineuses de Fabien, puis une nuit réparatrice (ça use la vie parisienne!), nous pouvions envisager notre embarquement auprès des mariniers de la Mélody Blues.
Vignerons en Seine, proposé par Isabelle Jomain, a désormais pris son... escale de croisière!... Bien amarrée face au Batofar et à la Bibliothèque Nationale, à moins d'un quart de mille du Ministère des Finances de Bercy, la péniche, forte de son équipage talentueux, attend ses visiteurs. En fait, une flopée de talents venue de tous les horizons : Breton, Fleury, Pithon, Lescaret, Milan, Gourdon, Bellivière, Frick, Gombaude-Guillot, que du lourd!... Et d'autres qui marchent dans leurs pas : Les 2 Ânes, le Domaine Saladin, Philippe Peulet, Le Loup Blanc, La Grange Tiphaine, Le Sang des Cailloux... Du solide, pour qui craint le roulis!...
Et si votre estomac subit une sorte de mal de mer (dû aux vaguelettes lors du passage des autres péniches!), vous pouvez y apprécier, sur la terrasse ensoleillée, les pains de L'Autre Boulange (et même "les meilleurs flans de Paris"!), les huîtres de Marennes, sans oublier L'Arbre à café et le cacao de Claudio Corralo!... Vous êtes repus?... Il vous reste quelques courtes heures de TGV!... Bon voyage!...
Laissons les lumières de la grande ville, les vaches espagnoles et quelques souvenirs d'enfance parisienne derrière nous pour retrouver l'Anjou. A deux connections de là, En joue connection : le premier salon "nouvelle vague du Layon", le salon des champs, à Champ sur Layon. La toute nouvelle génération angevine se faisait fort de recevoir comme il se doit les Anges Vins, ceux par qui naguère, l'Anjou s'en est trouvé tourneboulé. René Mosse apprécie au passage les cuvées (très originales, catégorie zéro soufre!) de Jérôme Lambert, Xavier Amat (venu de Saumur) découvre celles d'Olivier Picherit. Non loin de là, Eddy Oosterlinck ne cache pas sa surprise de déguster des vins à ce point accomplis chez Cédric Garreau, Stéphane Rocher ou auprès du Domaine des Pierres Sèches. Olivier Cousin, quant à lui, s'enthousiasme d'une telle initiative et trinque sans vergogne avec Damien Bureau, Kenji Hodgson et Philippe Delmée, à coup de Raide Bulle!... Ambiance garantie!... Jean-Christophe Garnier, Stéphane Pz ou Toby Bainbridge semblent interpellés, mais finalement, pas plus que cela, les "Grands Frères" sachant bien que ce groupe ne manque pas de qualité, d'originalité et de fidélité à ses idées et à sa terre.
A la Bastille, sur la Seine ou aux Champs, beaucoup de raisons de s'enthousiasmer, de partir à la découverte de nouveaux horizons, de remettre quelques compteurs à zéro. Notre passion pour le vin et la dégustation ne peuvent s'amoindrir en 2012. De nouveaux talents relèvent le défi, reprenez votre screwpull de pèlerin, il y a tant de quilles à ouvrir.
Et pour cette nouvelle année 2012?... Je vous la souhaite riche en découvertes, afin que ceux qui recherchent le flacon parfait, comme les surfeurs cherchent LA vague, soient au plus près du graal vineux. Que sur le zinc de votre bar à vins préféré, surgisse enfin le boson de Higgs de la vinisphère!... Whhaaoufff!... Élémentaire, cette particule, mon cher Watson!... Prenez le temps de vivre, vous allez encore dire, comme chaque année, que le temps passe top vite. Mais surtout, partagez!... Les flacons, l'émotion, l'émotion des flacons... Belle année 2012 à toutes et tous!...
REVEVIN 2012 : c'est Noël!...
Chose promise, chose due!... Les plus impatients s'interrogent, perdent le sommeil peut-être!... A quelques encablures de Noël, le programme des 9è REncontres VEndéennes autour du VIN, qui se dérouleront comme d'habitude au Chai Carlina, à St Jean de Monts, et ce, du 17 au 20 mai 2012 tardait à débouler sur la toile!... Le voici!... A vos agendas!... C'est du lourd!...
C'est avec une joie non dissimulée que nous accueillerons en guise de soirée d'ouverture, après La Clef des Terroirs, de Guillaume Bodin en 2011, au Ciné Monts, deux artistes, chacun dans son genre. En effet, Étienne Davodeau et Richard Leroy nous feront l'amitié d'être présents en cette soirée du jeudi, pour un open bar de la bonne humeur et sans doute, pour quelques dédicaces de leur bande dessinée que le monde nous envie : Les Ignorants. Le but sera également, bien sûr, de croiser le verre, avec les quelques flacons dont il est question dans cet album : Arena, Ganevat et quelques autres!... La chasse aux nectars est ouverte!...
~ Vendredi 18 Mai, 10h : Gilles Azzoni, ambassadeur de l'Ardèche ~
Alors même que nous connaîtrons notre nouveau Président de la République pour les cinq prochaines années depuis quelques jours seulement (à moins que ce ne soit le même, allez savoir!...), REVEVIN et le Chai Carlina sont d'ores et déjà certains de conserver leur triple AAA!... Azzoni - Ambassadeur - Ardèche.
En effet, Gilles Azzoni sera parmi nous pour évoquer sa petite vallée de l'Ibie, mais aussi cette viticulture qui oeuvre pour la mise en valeur de vins qui collent à leur terre d'origine. Ardèche, quelle nature!... Et comme il ne rechigne pas à être l'ambassadeur ardéchois d'un jour (voire plus!), il aura carte blanche pour sélectionner quelques cuvées et domaines du cru, qu'ils soient de Valvignères, St Maurice d'Ibie, Villeneuve de Berg ou Alba la Romaine!... Allez, je suis certain que vous entendez déjà le cricri des cigales et la douce mélodie des torrents qui dévalent la montagne!... En tout cas, une rencontre importante pour la culture de tout passionné!... Et cela, à deux cents mètres de la plage!...
~ Samedi 19 Mai, 10h : René Barbier, Clos Mogador en Priorat ~
Il est de ces domaines viticoles au firmament de la renommée internationale comme de certaines stars!... Passer un certain niveau, quelque part au-dessus des nuages, on se dit que seul le hasard peut nous permettre de les croiser, presque incognito... Et justement, le hasard nous révèle parfois que derrière le vigneron, parfois encensé par la critique depuis longtemps, il y a un homme qui apprécie surtout les moments de partage, plutôt que les honneurs et les soirées guindées. René Barbier est de ceux-là.
Dès 1992, Clos Mogador est élevé au pinacle, à la veille des Jeux Olympiques de Barcelone, par Pierre Crisol, fondateur du guide Gault et Millau des vins. "Meilleur vin de Catalogne!..." Toute la presse spécialisée mondiale accourt alors à Gratallops, au coeur du Priorat!... Robert Parker, lui-même, ne sait plus à quel saint se vouer!... Les notes tombent!... Le vigneron est flatté de tant d'honneurs, mais sourit dans sa barbe fleurie, face à un tel tintamarre et reste conscient de la somme de hasards et de chances, qui nous font parfois basculer d'un côté ou de l'autre de la réussite.
René Barbier nous réserve quelques surprises pour cette séance hors du commun. Mais, il a lui aussi carte blanche et nous n'en saurons rien avant l'heure. Sachez néanmoins que nous n'aurons pas à le pousser dans ses derniers retranchements pour qu'il évoque avec passion la Catalogne, le Priorat, sa vigne et sa terre qu'il protège et qu'il chérit, bien aidé désormais par ses deux fils. C'est un immense plaisir de le recevoir sous le patio du Chai et, sans nul doute, un grand moment de vie et de partage.
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Crédit : excellencedeloire.com
~ Dimanche 20 Mai, 10h : Éric Nicolas, Domaine de Bellivière ~
Sur un petit coteau de Jasnières, ou en Coteaux du Loir, Éric et Christine Nicolas ont fait, en à peine quelques années, un nom de leur domaine : Bellivière. Les vignerons ligériens le placent très haut dans une supposée hiérarchie des crus de la Loire, tant pour ses chenins que ses pineau d'Aunis, tout comme les amateurs et les professionnels, qui citent souvent son nom plutôt que l'appellation.
Nous avions coutume de recevoir un Angevin, pour nos douces matinées dominicales sous le patio (sauf exception), mais Éric Nicolas est prêt à relever le défi, avec sa gamme progressive, régulière et quelques cuvées remarquables. Et sans doute, quelques surprises!... Un vigneron qui, millésime après millésime, élève les crus de la Vallée de la Loire vers les sommets, afin qu'elle soit définitivement considérée comme l'égale des plus grands vignobles. A ne pas manquer!...
Voilà donc le trio majeur de ce week-end de l'Ascension, mais ce n'est pas tout!... Les vendredi et samedi soir, deux repas-dégustations, comme il se doit. Nous reviendrons aux classiques, en proposant une cuisine locale, option Mer le premier soir et option Terre le second. Comme les années passées, les participants pourront apporter des flacons de leur choix (un par personne et par soirée), sur la base des thèmes de la matinée : Ardèche et Espagne, mais quelques exceptions sont néanmoins possibles, nos hôtes étant curieux de tout ce qui coule de... cave!...
Bien sûr, nous gardons l'idée des deux "offs", préambules apéritifs aux deux repas. Cette année, ils seront très ligériens. En premier lieu, le vendredi à 18h30, nous dégusterons l'ensemble des Roche-aux-Moines dans un même millésime. Rappelons que le nouveau décret d'appellation, paru en septembre dernier, apporte de nouvelles exigences destinées à élever la qualité globale des vins de l'appellation et que les sept vignerons du cru y adhèrent pleinement. Pas de dégustation marathon cependant, au retour de la plage, nous avons bien entendu vos remarques à ce sujet!... Vous pourrez donc profiter largement de votre séjour en bord de mer!... Pour l'occasion, nous aurons le plaisir d'accueillir, à l'ombre du patio, Tessa Laroche (et peut-être Virginie Joly), tout à fait habilitée(s) à nous présenter ce Grand Cru de Loire!..
Pour le samedi soir, nous resterons fidèles à l'idée d'accueillir de jeunes vignerons ligériens (ou nouvellement installés). Avec les effets de la dynamique actuelle, notamment en Anjou et Layon, le choix ne s'avère par forcément des plus simples. Finalement, nous avons opté pour un couple de vignerons, qui symbolisent parfaitement l'universalité de la vigne et du vin : Kenji Hodgson et Mai Sato. Il est Canadien, elle est Japonaise. Ils sont installés à Rablay sur Layon depuis à peine plus d'un an et font partie de la toute nouvelle vague angevine, En Joue Connection. Ils en seront certainement les dignes représentants. De plus, Kenji est certes devenu vigneron, mais il ne peut renier son passé d'amateur de vin et de dégustation qu'il fut, avant de devenir journaliste ès-vins en Colombie Britannique, du côté de Vancouver et de publier moult guides des vins.
En espérant que ce programme des festivités vous plaise et vous tente, rappelons que nous restons à votre disposition pour tout complément d'information, notamment concernant les possibilités d'hébergement, qui sont larges et multiples à St Jean de Monts, du camping au gîte, en passant par diverses catégories d'hôtels. Voici d'ailleurs quelques pistes : Hôtel Babord Tribord, contigu du Chai Carlina, ouvert à compter de la fin janvier 2012, suite au changement de direction. A noter également : L'Orée des pins, le moins onéreux, L'Hôtel de la Forêt, le plus calme, à dix minutes à pieds et bien sur, L'Espadon, avenue de la Forêt, à dix minutes également. Autre option, le camping le plus proche, à une vingtaine de minutes à pieds : Les Sirènes, avenue des Demoiselles.
Quelques précisions d'ordre pratique enfin : chaque séance de dégustation est ouverte à une vingtaine de personnes au maximum (+/-2). Les repas (Céline au piano!) peuvent accueillir 25 participants (+/-2). Les inscriptions sont possibles dès maintenant (paiement intégral, mais dépôt du chèque en mai prochain). Pour obtenir le dépliant nécessaire à l'inscription, contactez-moi en utilisant l'onglet "Contactez l'auteur" (en haut de la page) ou passez-moi un e-mail ou un texto, en m'indiquant une adresse postale. Les participants des dernières années recevront directement un message et la pièce jointe très prochainement, si ce n'est déjà fait. A noter que, sans que ce soit exclusif et en cas de forte affluence, nous privilégierons les inscriptions pour l'ensemble du week-end (ou au moins, aux trois séances du matin). En effet, nous avons pu constater par le passé que la séance du dimanche matin comptait un nombre inférieur de participants, par rapport à celles du vendredi ou du samedi, ce qui est quelque peu dommageable pour le vigneron participant.
Il ne vous reste plus qu'à dresser la liste de votre panoplie indispensable du parfait ReVeVineur : short, tee-shirt, lunettes de soleil, tongues, serviette de plage, crème solaire et... bonne humeur!... Vous êtes parés?... Rendez-vous à St Jean de Monts, en mai prochain!... En attendant, nous vous souhaitons de passer de belles fêtes de fin d'année 2011. @ bientôt en Vendée!...
En joue connection!... Surfers, restez branchés!...
Voici quelques années, un groupe de joyeux lurons layonesques, vignerons à leurs heures et pas ennemis de la joie, se dit : "Et si nous tenions salon?..." En moins de temps qu'il en faut pour sacrifier une bouteille de pet' nat', Anges Vins était née!... Les Mosse, Angeli, Baudouin, Leroy, Daviau et consorts se retrouvaient dans la salle Jean de Pontoise, à St Aubin de Luigné, pour ce qui est devenu un des plus jolis rendez-vous de l'hiver. Quelques p'tits jeunes qui montent se sont glissés sur l'affiche dès les débuts, même si certains ne participent plus aux (d)ébats.
Mais depuis, une nouvelle Nouvelle Vague agite le Layon et mascarette la vallée, un soupçon plus rock'n'roll!... Et si j'évoque la musique anglo-saxone, c'est qu'il s'agit bien d'airs venus d'Outre-Manche et d'Outre-Atlantique, que l'on écoute en montant le volume (même après 22h!) et pas nécessairement de cuvées un tant soit peu barrées!... Et quand bien même!... Même pas peur!... Prêts pour surfer la vague?...
Depuis 2010, Thomas Boutin et Sébastien Fleuret, les "locataires" de la Papinerie, à Rochefort sur Loire, frappaient à la porte des "grands frères". Des sollicitations qui avaient tendance à faire débat au sein des Anges Vins... Ouvrir?... Mais à qui et comment?... Vingt vignerons et autant de domaines, un plafond pour le type d'organisations choisi. Les "doublures parrainées", apparues lors des dernières éditions du salon de St Aubin de Luigné, n'étaient pas forcément du goût de tous les membres de l'association layonesque. On finit par se mettre d'accord, la raison l'emporte, plus de débordements, il y a assez de ceux de la rivière!...
Ne restait plus qu'à prendre le taureau par les cornes : créer une nouvelle association de vignerons, souvent jeunes et (très) nouvellement installés. En joue connection était née et bien née!... En plus des deux rochefortais cités plus haut, notons la présence de deux "grands frères" qui apportent une forme de caution à l'affaire : Marc Houtin et Julien Bresteau, de La Grange aux Belles, mais aussi Olivier Picherit, du Clos des Sables, quadra et industriel parisien en pleine reconversion (bio qui plus est!) en vigneron angevin, chez qui se déroulera le salon des 17 et 18 décembre prochains.
Les autres sont jeunes, parfois moins jeunes, pleins d'espoir, de niac et d'origines diverses : Nicolas Bertin et Geneviève Delatte, de L'Echalier, Damien Bureau, Philippe Delmée, Stéphane Rocher, de La Ferme du Mont Benault, Kenji Hodgson et Mai Sato, jeune couple canado-japonais au titre de l'universalité du groupe, Cédric Garreau, Gildas Béclair, Jérôme Lambert et le trio bretono-tourangeau-poitevin Jean-Marc Brousset, Thibaut Ducleux et Julien Delrieu, installés à La Guimardière de Faveraye-Machelles. D'autres encore vont les rejoindre, si ce n'est déjà fait : Charlotte Battais, Sylvain Martinez ou encore Xavier Marchais. Premières rencontres.
~ Nicolas Bertin, L'Echalier ~
Un tout jeune vigneron de Rablay sur Layon, sur 1,5 ha à ce jour, dont il partage le développement avec sa compagne Geneviève Delatte. Une petite cave au 5 de la rue de la Roche, sous une maison au coeur du village. Foi et humilité, qui déclenchent forcément la sympathie. Sans doute, la parfaite illustration des composantes de la nouvelle association solidaire. Nicolas fait des projets. Il a posé les rails de sa vie de vigneron ligérien, en sachant ce qu'il doit aux autres et certain qu'il apprend chaque jour. Rablay, c'est un fief qui le porte!...
Originaire d'une famille d'agriculteurs du nord d'Angers, il rêvait donc de faire du vin. Il passe au sud de la Loire pour franchir le Rubicon (à moins que ce ne soit le Rubilayon?) et peut ainsi acquérir de l'expérience au Domaine Pierre Chauvin, de Rablay, en conversion bio. Non loin du bourg, il trouve en 2008 une parcelle disponible de jeunes vignes, appartenant au Château de la Fresnaye, à St Aubin de Luigné : L'Echalier. C'est la seule cuvée disponible à ce jour, hormis un peu de pet' nat'. Il opte aussitôt pour un élevage d'un an en barriques (originaires de Bordeaux et de Bourgogne) et les millésimes successifs dégustés - 2008, 2009, 2010... - semblent fidèles aux caractéristiques de ces dernières années. Pour 2011, il observe attentivement l'évolution des jus séparés, selon qu'ils viennent du haut de la parcelle (des graviers assez profonds), de la partie intermédiaire (mélange de sable et d'argiles) ou du bas (plus d'argiles sur schistes), avec une évolution différente des sucres. Une seconde cuvée pourrait apparaître cette année, selon l'élevage en cours.
A proximité de cette parcelle, la construction d'un nouveau bâtiment est prévu, regroupant habitation et cave. Sur les quelques arpents disponibles, la plantation de pineau d'Aunis et de grolleau est quasiment programmée. Enfin, Nicolas doit récupérer en 2012 une parcelle de 1,5 ha de vieilles vignes de chenin, plantées en 1929 et 1942 - Les Nouelles - non loin de chez Joël Ménard.
Une soif de progrès, animée par une franche passion et l'adhésion totale à ce qui fait la trame de la charte d'En joue connection : pas de produits chimiques, pas de levurage et une réflexion permanente sur le soufre. Nicolas Bertin se sent bien dans cette mouvance tournée vers l'avenir. Un premier nom à retenir!...
~ Domaine Les Pierres Sèches ~
Lors d'une récente visite à Stéphane Bernaudeau, en venant des Nourrissons, celui-ci ne manqua pas de me signaler ce domaine tout jeune, apparu en janvier 2010, du côté de la Guimardière, sur la commune de Faveraye-Machelles et sur les coteaux du Lys. A l'origine, un domaine créé en 1974, mais qui arrêta de vinifier dès 1975!...
Nous rencontrons l'un des membres du trio qui s'est associé pour reprendre le domaine : Julien Delrieu. Avec Jean-Marie Brousset et Thibaut Ducleux, ils ont pris les rênes de ce vignoble de 16 ha au 1er janvier 2010, après une longue et patiente recherche... sur Internet!... En fait, ils sont issus d'une même promo de formation viticole à Tours et, par ailleurs, copains de fac' de Marc Houtin. L'un est originaire de Rennes, le second de Tours et le troisième de Poitiers. Le choix du lieu aurait presque pu se faire en utilisant une cible, dont les bords passeraient par ces trois villes, pour pointer sur la carte cette petite commune angevine!... A l'issue de leur formation, ils restent en contact, imaginant sans peine que leur complicité estudiantine pourrait servir de support à un projet concret. Mais, ils doivent se séparer pour suivre chacun leur chemin : Thibaut est alors en Allemagne, Julien à St Malo et Jean-Marie à Paris. Et c'est là qu'intervient Internet!... Pendant un an, ils cherchent, ils échangent, tracent alors des plans sur la comète en sollicitant les banques... En septembre 2009, l'une d'elles accepte : feu vert!... Julien, qui avait travaillé quelques temps chez Vincent Carême, s'imaginait bien, avec ses deux amis, travailler le chenin à Vouvray ou en Touraine. Mais, finalement, C'est l'Anjou qui leur sied!... Ils sont même tout à fait d'accord sur un nom de domaine : Les Pierres Sèches...
Et puis, et puis, tout se complique parfois... La veille de notre passage, soit après plus de dix-huit mois de travail, un premier millésime sur le marché et un second en cours de vinification et d'élevage, le trio reçoit un courrier leur précisant que le nom du domaine est déjà porté, la marque déposée, par un autre domaine viticole de l'Ardèche. Stupeur!... Cataclysme!... On devine aisément les conséquences d'un tel problème. Et plusieurs milliers de bouteilles du millésime 2010 sont déjà en circulation!... Passé ce moment d'angoisse, les trois vignerons optent bien sûr pour la négociation et, la prise de contact se passant bien, obtiennent de pouvoir commercialiser ce millésime sous ce nom involontairement plagié. Mais, au-delà, il faudra changer d'identité. C'est la règle. Réflexion en cours.
Le domaine compte donc 16 ha, dont 9 à 10 sont vinifiés sur place, le reste étant confié au négoce. Du chenin, à hauteur de 5,7 ha, un peu de chardonnay (non vinifié, si ce n'est un essai en barriques en 2011), 2 ha de grolleau, 6,5 ha de cabernet franc et un autre essai de cabernet sauvignon. La gamme se décline en deux parties : Le Jeau, des vins de soif élevés en cuves et des vins plus ambitieux, passés en barriques bordelaises pour les rouges et en double barriques pour les blancs.
L'aventure continue donc!... Les heureux possesseurs de flacons estampillés 2010 peuvent se réjouir de posséder quelques exemplaires "collector"!... Les enchères sur e-bay vont s'envoler, dans quelques années!... Pensez donc, un domaine virtuellement mis sur pieds, rendu au virtuel par les évènements!... Pour le reste, rien à craindre, les trois jeunes hommes ont la tête (bien faite) sur les épaules. Ils devraient rebondir sans plus de difficultés que cela. Et pour la nouvelle identité du domaine?... Patientons encore quelques semaines pour en savoir plus. A suivre!...
~ Stéphane Rocher, La Ferme du Mont Benault ~
Voici un jeune vigneron qui ne manquera pas de vous expliquer que l'informatique et la com' ont leurs limites dans le temps, surtout quand on les pratique à hautes doses. La campagne "Fruits et légumes, au moins 5 par jour", c'est lui!... Mais, la vie parisienne a vite quelque chose d'inquiétant, pour un p'tit gars d'Anjou qui rêve de faire du vin, comme ses oncles de Faye!... Ce changement de cap ou de vie, Stéphane va le mûrir pendant trois ans comme salarié d'une cave, Avenue Patton, à Angers. Un excellent moyen de partir à la rencontre de la clientèle angevine, parfois jeune et féminine (fac' voisine oblige), façon "primo-accédants" au vin et à ses plaisirs. Il s'installe à la Ferme du Mont Benault (ex-Château de Montbenault) pour quelques essais et une bonne évaluation de ce qu'il reste à faire, avant de franchir le pas et s'installer définitivement. C'est chose faite en fin d'année 2010, sur 4 ha en production et un potentiel de 5,5 ha supplémentaires, en friche actuellement, mais bien situés sur le haut de la partie nord du coteau de Montbenault, coupé en deux par la route de Beaulieu sur Layon à Thouarcé.
Une sorte d'inventaire commence alors. Des vieilles vignes parfois, comme ce vieux grolleau, mais dans une zone par trop hydromorphe et qui sera donc arraché. En fait, ce sera le cas des parcelles de la partie basse du coteau, remplacées par de nouvelles plantations sur la pente, où l'on trouve des schistes pourpres et de la rhyolite, qui parfois se désagrège. Du chenin certainement et peut-être du pineau d'Aunis et du grolleau.
A quelques centaines de mètres, 80 ares de vieux chenins de plus de 75 ans (ses mémères!), Les Pélioches, Sur des éboulis de rhyolite et du sable, seront bichonnés, même si la parcelle est enclavée et cernée de vignes en agriculture conventionnelle. Un peu plus loin, tout près de Beaulieu, une autre parcelle de chenin (dont le 2011 donne de beaux espoirs!) sera la base d'un Anjou blanc sec plutôt orienté vers la gastronomie. Au final donc, l'objectif de regrouper quelque peu les parcelles en conservant les vieilles vignes et "faire remonter" le reste du parcellaire sur le coteau proche des bâtiments.
Mais, pour illustrer la vraie dimension de son projet, Stéphane veut donner du sens à ses convictions en expliquant qu'il veut exploiter une ferme, au sens large du terme. Les parcelles arrachées seront destinées aux céréales. A terme, il est probable que des animaux seront également présents dans les prés alentour, ceci en phase avec la rénovation en cours du château voisin, dont le nouveau propriétaire souhaite revoir, autour de chez lui, toutes les composantes d'une entité agricole et viticole. A noter également que le vigneron dispose de belles surfaces de bâtiments de part et d'autre de la cour et qu'il loue ces locaux à d'autres jeunes vignerons (toujours cette solidarité et cette entraide), qui rejoindront certainement l'association prochainement, à savoir Xavier Marchais (ex-informaticien parisien lui aussi!), qui vient de reprendre quelques arpents juste en face du Domaine de Juchepie, d'Eddy et Mileine Oosterlinck, ou encore Vincent et Stéphanie Debout, qui s'y installeront en 2012. Une plateforme de pressurage est même prévue au milieu du chai!... Souvent, des vendangeurs de Mark Angeli, créateur de vagues souvent talentueuses!...
Côté vins, Stéphane Rocher propose lui aussi deux gammes distinctes. La première, la gamme Pergola, se veut simple, fruitée, gourmande, très accessible. Le but avoué est de séduire des consommateurs (dont une bonne part de voisins) qui recherchent des vins à mettre à table tous les jours, d'un prix raisonnable (moins de 6 € départ cave) et qui plus est, tous bio. Du chenin, du cabernet et du gamay (macération carbonique pour le rouge) simples et friands, mais dont la qualité n'est en rien galvaudée. L'idée est de séduire et d'encourager la découverte de cuvées plus complexes, plus élaborées.
Pour le moment, le "haut de gamme" se cantonne dans un registre tendre ou moelleux. Stawberry Fields est un rosé d'un jour moelleux, issu de gamay teinturier récolté en surmaturité, muté par centrifugation et filtration stérile. Juste une gourmandise!... Strawberry Fields Forever!... Grappe de soleil 2009 est un chenin tendre (25 gr de SR). La version 2011, déjà disponible, est en mode moelleux (115 gr de SR) et très séduisante. Enfin, un pétillant est également disponible, Grappe de bulles.
Bien sur, à ce stade, Stéphane expérimente, fait quelques essais, en rouge notamment avec le 2011, mais aussi en blanc sec, avec un élevage attentif en barriques. Les jus des chenins issus de la parcelle de Beaulieu sont bien posés et ouverts. Du côté des rouges, il a séparé la vendange pour mesurer l'impact de vinifications différentes. Infusion ou grappes entières, par exemple, cette dernière cuve semblant dotée d'un beau potentiel!... Voici là, les tenants d'un troisième volet à découvrir bientôt!...
Que voilà encore un jeune vigneron la tête sur les épaules!... Même si son regard se perd parfois sur ce coteau qu'il imagine dans quelques années. De l'autre côté de la route, un dolmen défie le temps, même s'il fut naguère quelque peu "bricolé". Mais, Stéphane est sans nul doute sensible à ce que ces pierres levées symbolisent, au point peut-être d'en illustrer de futures étiquettes, pour graver dans le granit ce qu'il construit patiemment. Après tout, son nom est Rocher!...
~ Kenji Hodgson et Mai Sato ~
Le parcours de Kenji Hodgson est d'abord celui d'un passionné de vins et de dégustation. Au point qu'il publie voilà dix ans, avec son ami James Nevison un guide des vins Have a glass (Bois un verre, dont le but est d'informer les débutants sur le sujet : régions, cépages, comment déguster...) puis ensuite Had a glass. "This book will change your wine life"!... Pour résumer, des éditions successives qui désignent le Top 100 des meilleurs vins à moins de 20$. Simple et efficace. Vous l'aurez compris, tout cela se passe là-bas, loin, du côté de Vancouver et de la Colombie Britannique.
Mais, son job de journaliste ne le comble pas tout à fait, pour ce qui est de vivre sa passion pleinement. Après quelques années, il souhaite en savoir plus quant à la fabrication de tous ces nectars qui le régalent. Mai n'y est sans doute pas pour rien, c'est au Japon qu'il fait un stage dans un domaine viticole, puis ils reviennent au Canada à l'issue de celui-ci. Ils s'installent à quatre cents kilomètres de Vancouver, dans la Columbia Valley et y restent pendant trois années. Mais là encore, le partage des tâches dans le domaine qui emploie Kenji à quelque chose de frustrant : il ne travaille qu'au chai, sans avoir le moindre contact avec la vigne et le terroir. Au moment des vendanges, il est au pressoir et voit défiler de lourdes bennes de raisins dont il ne sait rien!... "Le vin au Canada, c'est un peu trop comme en Napa ou en Californie!..."
Il quittent donc le Canada et mettent le cap sur la France, visa en poche, pour une circum-vendanges-action qui commence dans le sud. Lors de leur séjour au Japon, Kenji et Mai avaient découvert les "vins nature". Par un winemaker japonnais de leurs connaissances, ils obtiennent quelques adresses en Loire. Ils rendent ainsi visite successivement à Claude Courtois, Mark Angeli et Olivier Cousin. Trio gagnant!... Mai avoue rieuse : "Claude, c'est le premier vigneron que nous avons rencontré!.. Ce fut un choc!... Nous n'avions rien vu de tel nulle part."
A l'issue des vendanges chez Mark Angeli, ils ont très envie de tenter leur chance en Anjou, avec des vins nature, plutôt que de rentrer au Canada, avec un bagage incertain et quelques doutes sur la possibilité de s'installer dans ce grand pays, où le monopole d'état dicte sa loi. En 2010, ils ont la possibilité de récupérer environ un hectare, en petites parcelles dispersées, sur la commune de Thouarcé : leurs petits jardins secrets!... Dès 2011, ils reprennent deux nouveaux hectares. Aucune parcelle de dépasse 50 ares!... Les voilà lancés dans cette nouvelle aventure!... Le scénario se met en place. Moteur!...
Mai Sato, elle qui a étudié la production dans le cinéma à Vancouver, ne se fait pas de film et reste les pieds sur terre : "Quand on est venu en France, on avait prévu d'y rester un an. Maintenant, on a des visas pour trois ans renouvelables une fois, donc six ans au total. On a l'objectif de rester. Après, on ne sait pas encore... Mais, comme la première fois, j'imagine qu'on trouvera une solution si on décide de rester encore plus longtemps. C'est vrai que nous avons le mal du pays, de temps en temps, surtout pour la famille. Mais maintenant, nos vignes sont un peu comme nos enfants et ce serait aussi dûr de partir d'ici!..."
Voilà un jeune couple de vignerons qui illustre parfaitement l'universalité de la vigne et du vin. Et ils sont en Anjou, en Layon, bien entourés de quelques amis comme Philippe Delmée, avec qui ils partagent un chai dans la campagne pour le moment, tant que l'un et l'autre n'auront pas trouver le local qui va bien. Il y a quelque chose de rassurant à constater que cette petite communauté angevine est ouverte sur le monde, presque sans frontières.
Vous pourrez donc tous les rencontrer ce samedi 17 après-midi et dimanche 18 décembre, pour le premier salon En joue connection, qui se tient au Clos des Sables, à la Raimbaudière de Champ sur Layon, chez Olivier Picherit. Une bonne occasion de découvrir de nouveaux visages et quelques jolis flacons, n'en doutons pas!...
Quant aux autres vignerons, nous leur rendrons visite en début d'année 2012 et, en premier lieu, à leur Président, Philippe Delmée, dont les cuvées appréciées rapidement l'autre soir, m'interpellent déjà!... Vous pouvez retrouver ici quelques informations à propos de Sébastien Fleuret, micro-vigneron à Rochefort sur Loire, mais également de Marc Houtin et Julien Bresteau, de la Grange aux Belles. Rendez-vous en Anjou!...
Viva Anjou libre!...
A St Aubin de Luigné, ce week-end, se déroule la 6è édition de Anges Vins, at home!... Quelques barbes et tempes grisonnent désormais, aussi bien côté vignerons que visiteurs, mais les esprits et les coeurs de la plupart débordent de jeunesse, de défi, d'envie de découvertes, de soif d'aujourd'hui et de demain!... Viva Anjou libre!...
Chenin, grolleau, breton et pet' nats' sont de la fête!... Une vingtaine de vignerons et autant de domaines se retrouvent donc dans la salle Jean de Pontoise, curé de St Aubin au XVIè siècle, accessoirement, propriétaire d'un château et d'un domaine sur la commune parisienne de Kremlin-Bicêtre et évêque de Winchester!... Heureuse époque!... On dit même qu'il fût, avec son père Bernard de Pontoise, médecin du Pape Alexandre VI Borgia, à Rome, dont l'écusson figure d'ailleurs en bonne place, sur l'un des mûrs de l'ancien presbytère ligérien!... Curieux cocktail en fait, à y regarder de plus près, que de réunir dans un même lieu, le Kremlin, Winchester et les Borgia!... Pas étonnant finalement, d'y retrouver une certaine propension de certains acteurs à dégainer avec aisance ou de prôner... que Viva la Revoluccccion!...
C'était la minute historico-déjantée, offerte par La Pipette aux quatre vins!... Il faut quand même rappeler au passage que nous avons là les représentants de deux vagues successives de vignerons, voire trois. La première peut-être qualifiée "d'historique", avec les Cousin, Daviau, Chaffardon et Ménard, à laquelle on peut adjoindre les Angeli, Baudouin, Mosse, Pithon (toutes générations confondues) et Oosterlinck, tous détenteurs de quelques clés du terroir layonesque. Puis, vint ensuite la "nouvelle vague" de la fin des années 90, dont les représentants les plus connus sont Richard Leroy et Stéphane Bernaudeau (avec Olivier Van Ettinger à l'époque) et enfin, les jeunes qui montent, composant une cordée insatiable : Jean-Christophe Garnier (avec Cyril Le Moing par ailleurs, mais plus Claude Pichard, parti vers d'autres aventures), mais aussi les Courault, Chéné, Rochard, Bainbridge (l'Angleterre garde un oeil sur l'Anjou!), Stéphane PZ, Herbel, Saurigny, sans oublier le Domaine des Griottes, qui furent souvent les acteurs attentifs et discrets, au sein des domaines plus connus et qui ont vite aspiré à voler de leurs propres ailes, n'ignorant rien des difficultés à surmonter, mais s'appuyant sur la forte solidarité en vigueur dans le groupe Anges Vins.
Un groupe qui attend et observe avec attention l'arrivée de la future nouvelle vague angevine, réunie au sein de la nouvelle association En joue connection, dont la douzaine de membre tiendra salon les 17 et 18 décembre prochain au Clos des Sables, à la Rambaudière de Champ sur Layon. On peut même être enclin à penser que la rencontre vaudra doublement le déplacement, de par les découvertes à y faire bien sûr, mais aussi par la présence amusée des "anciens", dont certains semblent attendre avec une certaine impatience de se retrouver de l'autre côté de la barrière!... Juges et partie... d'en éclats de rire!... Et quand on sait que d'aucuns, tel Olivier Cousin, pensent que cette tendance à l'installation de jeunes vignerons devrait s'étendre dans la région, du fait notamment que certains "conventionnels" sont prêts à lâcher quelques parcelles çà et là, afin de réduire leur aire d'action (et d'influence!) qu'ils estiment trop vaste désormais, on peut penser que l'Anjou bio et le Layon vont connaître un fort mascaret, que les amateurs et professionnels ne manqueront pas de surfer!... L'Anjou rejoignant ainsi pleinement les dynamiques de l'Ardèche, du Roussillon et du Jura, souvent cités comme exemples, avec d'autres comme la Touraine ou le Beaujolais, voire une partie du Rhône et même la Savoie. Renouvellement des livres de cave et cartes des vins à prévoir et/ou à espérer!...
Quelques jolies quilles donc, appréciées lors de ce samedi brumeux. Difficile d'être exhaustif en une petite journée de dégustation qui reste, rappelons-le au passage, une suite d'impressions saisies au cours de conversations avec les vignerons et l'occasion de prendre, avant tout, rendez-vous pour des visites futures (et pour certaines repoussées depuis longtemps, pour manque de temps!). Néanmoins, on peut citer sans crainte une jolie série chez Stéphane Bernaudeau, où Terres Blanches 2010, en éclaireur du millésime (très botrytis au domaine) laisse à penser que les Nourrissons ne nous laisseront pas sur les Sables!... Les rouges également, Chantelée 2010 (gamay/grolleau) et Les Vrilles 2010 (pur cabernet) sont dotés d'une belle dynamique.
Avec Didier Chaffardon, on s'étonne toujours des cuvées proposées, qui ne laissent personne indifférent. L'Indolent 2009 et qui plus est, Isidore 2009, avec 28 à 30 gr de sucres résiduels environ, surprennent les aficionados du domaine, qui proposa naguère des versions de la deuxième cuvée, catégorie lame de samouraï!... Dans un autre registre donc, mais la finale d'Isidore apporte ce tranchant habituel et une belle impression de tension en rétro. Un vin que Didier place très haut dans sa hiérarchie personnelle, de ceux produits au domaine!... L'Incrédule 2010 (100% cabernet franc) est très homogène, solide. Tout en appréciant un verre de L'Ailé Faon rose (attention de ne pas en apercevoir avant la fin de la journée!), agréable pet' nat' rosé pur fruit, on apprend au passage que le vigneron dispose de barriques de liquoreux 2011, catégorie monstres indomptables, à plus de 35° nature!...'Pas être facile d'ammener ça au bout!... A suivre!...
Chez Jean-Christophe Garnier, un très joli Bézigon 2010, mais La Roche 2009 n'est pas en reste!... A noter que le vigneron va pouvoir faire construire un nouveau bâtiment, devenu indispensable, et que le domaine va atteindre un total de 6 ha, avec la reprise de 2,5 ha de rouges, dont une partie intéressante de vieux pineau d'Aunis. Ne perdez pas le fil, à St Lambert!...
Non loin de là, la gamme de Bruno Rochard se montre cohérente et solide. Pas de fausse note et toujours sa cuvée de pur grolleau de 90 ans, Les Coteaux Kanté 2010, en guise de porte étendard du Domaine de Mirebeau.
Il convient de citer également Toby Bainbridge qui, après six ans de bons et loyaux services chez Agnès et René Mosse, prend son envol en solo. S'il a été une piste à suivre, parfois, ces dernières années, le voilà prêt à prendre la route, avec notamment le pétillant grolleau primeur Belle Julie 2011, plus anecdotique que le pur cabernet franc 2010, HWY.8 (pour Highway n°8, la route qui traverse le paysage de ses parents en Angleterre!), solide et frais, sans oublier la cuvée Rouge aux lèvres 2010. Nouvelle aventure, mais sans doute pas Highway to Hell!...
Enfin, souvent citée au cours de cet après-midi, par les uns et les autres, la série de 2010 proposée par Benoît Courault se révèle assez remarquable. Trois blancs élégants et frais, d'où Gilbourg ressort grandi, comme une sorte de leader du domaine et peut-être du cru. Mais, les rouges s'élèvent au niveau des chenins. Les Tabeneaux 2010 (cabernet franc et grolleau), La Coulée (pur grolleau) et Les Rouliers (100% cabernet franc) forment une trilogie emballante!... Y'a du talent dans ces flacons!... A ne pas manquer!... La visite au domaine s'impose depuis longtemps, elle devra vite se concrétiser!... (arrête de rire, Benoît!...)
La journée se termine. Tout en appréciant un verre d'Anjou blanc de René Mosse et en devisant avec Richard Leroy (dont les lots de 2011, goûtés au domaine deux jours plus tôt, révèlent déjà toute leur élégance, leur pureté et une définition de style remarquable!) voilà-t-y pas qu'Etienne Davodeau est annoncé!... Le vigneron de Rablay suggère qu'on ne fasse pas d'annonce au micro, afin de prévenir toute émeute!... Néanmoins, les quelques visiteurs qui ont pu faire l'achat de la déjà célèbre bande dessinée Les Ignorants, proposée à l'entrée du salon, ont la chance d'obtenir du même coup, la double dédicace de l'auteur et du vigneron. Gâtés, va!... Courtoise conversation au passage. Rendez-vous est pris... pour plus tard!...
Vendredis du Vin # 40 : tu es Lapierre et sur Lapierre...
... je cuisine volontiers une saucisse de Morteau avec des lentilles vertes du Puy!... Une association très "France profonde", garantie authentique : la lentille ne peut être qu'auvergnate, la saucisse jurassienne que de Morteau et le Morgon MMIX que de chez Lapierre!... Avec ça, on peut en bâtir des délices d'automne, bien avant le sacro-saint troisième jeudi de novembre et pour répondre à l'invitation d'Olif, manière de couper l'herbe sous les pieds de l'effervescence médiatique en toc du 27 Brumaire prochain, fût-il (vous croyez?) de l'An 220 de notre ère!...
Refaire ses gammes donc et si nous fûmes en Nivôse, il s'en serait fallu de peu que je n'ose proposer Gammes en May, gouleyante cuvée de Thierry Michon, histoire de donner le ton, avec un vin quelque peu "déloyal", au sens légal du terme, puisque la loi inaotique (j'ai écarté là inaoesque, de peur qu'on lise ubuesque!) nous impose dans nos Fiefs Vendéens quelque assemblage complexe!... "Dans le Marais Breton, Monsieur Michon, nous ne sommes pas à Morgon!..." n'aurait sans doute pas manqué de souligner Monsieur de Robes(la)pierre, condamnant Thierry le frondeur à l'exil ou à abreuver jusqu'à plus soif les participants au chapitre 40 des Vendredis du vin!... D'ailleurs, naguère, nous ne fûmes guère plus de quarante, mais par un prompt renfort... nous nous vîmes 635 (à ce jour!) en arrivant au port, ceci pour paraphraser védévinement la tirade du Cid de Corneille, prénommé... Pierre!... Et pour souligner au passage que les CR des VdV risquent de devenir... d'une certaine ampleur!... Heureux présidents du futur!...
Et si je prends la parole à cette occasion, c'est aussi pour évoquer la réception d'un livre que les passionnés et les "facteurs" de vins ne peuvent ignorer : La parole de Pierre. Une série d'entretiens avec Pierre Overnoy,
vigneron à Pupillin, dans le Jura, dont on peut reprendre un extrait de l'avant-propos de François Morel, de la revue Le Rouge et le Blanc :
"On ne sait pas très bien s'il raconte sa vie à travers la vigne ou la vigne à travers sa vie : les deux se confondent dans une même générosité attentive où l'exigence persévérante et la sensibilité affective sont inséparables. C'est cette ligne de conduite qui lui a fait choisir l'agrobiologie contre l'agrochimie, la vinification sans soufre avec les levures indigènes contre les produits industriels, la prise de risque contre "l'assurance tous risques". La pureté et l'harmonie, voilà la "philosophie" vigneronne que Pierre Overnoy
nous transmet. Sachons entendre la parole de Pierre."
Parole de Pierre, vin de Lapierre, on peut construire les fondations, voire les fondements de notre plaisir à table. Comme avec ce Morgon puissant, un rien espiègle de prime abord, assez pour que certains le jugent par trop indiscipliné. Puis, à l'aération, il révèle un fruit dense et la palette d'arômes nous entraîne loin de ce que nous attendions, avec des notes de pain d'épice sortant du four, qui surgissent dans une rétro tendance florale!... Et cette puissance qui suggère la pierre chaude!... Un vin qui vous prend à bras le corps!... Et pour d'autres, la première quille qu'on a pris dans ses bras!...
REVEVIN 2011 : Domaine de Bablut, avec Christophe Daviau
Carte blanche à Christophe Daviau, du Domaine de Bablut, pour une dernière matinée pluvieuse, sous le patio confortable du Chai Carlina, cette année, lors des REncontres VEndéennes autour du VIN 2011!... Peut-être pas le plus connu des domaines de la région, mais personne ne peut nier son ancrage historique dans le secteur de Brissac-Quincé, puisqu'on sait que la famille Daviau y est présente depuis 1546. Pas moins d'une trentaine d'hectares, aux confins du Massif Armoricain et du Bassin Parisien, entre Anjou noir et Anjou blanc, entre schistes et calcaire. Autant de bonnes raisons de convier le vigneron de Brissac à une séance dans la lignée de celles proposées, les années précédentes, par les Poirel, Leroy, Baudouin, Delesvaux, Ménard et autre Oosterlinck, tous grands maîtres ès-chenin, des secs aux liquoreux!... Membre, lui aussi, du groupe Anges Vins, il est également une sorte de référent en matière de culture s'appuyant sur la biodynamie, puisqu'il fait la démonstration, au quotidien, que la méthode est applicable autrement que sur quelques micro-parcelles, isolées dans le paysage.
Carte blanche, c'est donc le vigneron qui nous réserve quelques surprises et la traditionnelle dégustation dominicale de liquoreux et autres douceurs peut s'étendre, comme cette année, à d'autres cuvées emblématiques du domaine. Et si le Domaine de Bablut compte en son caveau, dont on ne peut que recommander la visite, quelques nectars étonnants, avec force sucres résiduels, il est aussi connu pour ses rouges, ses blancs secs et ses canons à apprécier pour la soif.
- Domaine de Bablut 2010, Anjou-Villages-Brissac :
Grenat soutenu. Joli nez de fruits rouges, avec une pointe cassis. Un échantillon prélevé sur cuve (mise prévue en avril 2012), dans toute sa jeunesse, mais expressif et intense. Tannins assez présents et de la chair pour cette assemblage de cabernet sauvignon sur schistes et de cabernet franc sur marnes. Une sorte de synthèse plutôt élégante.
- Rocca Nigra 2010 :
Un cabernet sauvignon sur schistes ardoisiers et grès armoricain d'un très beau rouge profond. Au nez et à ce stade, une dominante de fruits rouges et de bourgeon de cassis. Le vin, après une longue cuvaison de 63 jours, présente des tannins assez marqués, solides, denses. Cependant, l'équilibre perçu laisse supposer tout le bénéfice que ce vin va tirer d'un élevage de dix-huit mois environ. Un CS très ligérien!...
- Petra Alba 2010 :
Rouge grenat profond. Très beau nez de fruits rouges, puis de baies noires. Acidité assez soutenue, mais rien que de très normal, puisque la fermentation malolactique est en cours, ce qui tend à pénaliser le vin et à rendre difficile sa dégustation spontanée. Il s'agit là de cabernet franc issu de sols argilo-calcaires, façon marnes à ostracées et d'une cuvaison de 65 jours. Un très beau potentiel, mais un vin qu'il faudrait garder quelques années, pour qu'il révèle à table toutes les marques de ses origines et sa minéralité potentielle.
- Anjou blanc Princé 2009 :
Jolie robe or pâle. Le nez est sur une tendance fruit-fleur, avec une touche d'acacia et de poire. Élégance agréable en bouche, avec une finale sur la fraîcheur.
- Anjou blanc Ordovicien 2009 :
Or brillant. Beau nez de fruits jaunes, puis touche miellée. La bouche est assez onctueuse, riche et sur une constante fruits secs, miel. Un équilibre assez flatteur, mais il faut attendre un peu que le chenin restitue sa dynamique, sa tension.
- Anjou blanc Ordovicien 1999 :
Vieil or. Une approche sur le miel sauvage de la lande, puis quelques notes beurrées. La bouche montre tout le registre des fruits mûrs, mais le vin est d'une belle persistance, portées par de beaux amers. Garder ce chenin, que je ne saurai voir autrement qu'à table!...
- Anjou blanc Ordovicien 1989 :
Vieil or soutenu. Miel et fruits blancs très mûrs, avec une petite pointe oxydative. Le premier vin vinifié par Christophe Daviau, strictement issu des mêmes terroirs que le 2009. La bouche est d'une belle ampleur, avec une finale sur les amers.
- Coteaux de l'Aubance GrandPierre 2009 :
Or brillant, Nez très séducteur de miel floral, fin et délié. La bouche est douce et tendre, avec 115 gr de sucres résiduels. En finale, la sucrosité domine un peu à ce stade, mais cet Aubance est plein d'élégance. Un potentiel pour la garde, mais sa dégustation est plaisante dès maintenant pour les impatients.
- Coteaux de l'Aubance GrandPierre 1999 :
Doré intense. Toute l'intensité d'un nez de miel et de fruits secs. Belle longueur, avec une finale grasse, onctueuse, pour un vin issu à 100% de raisins botrytisés. Moins de 100 gr de sucres résiduels et une dynamique certaine, soulignée par l'apparition d'une expression sur des arômes tertiaires. Pour les amateurs de pourriture noble!...
- Coteaux de l'Aubance SGN 1999 :
Or intense soutenu. Un nez étonnant, à la fois sur le miel sauvage et les épices. Un vin fort de 170 gr de sucres résiduels, dont on ne peut que souligner la densité et le volume!... Ample et puissant.
- Coteaux de l'Aubance SGN 1989 :
Vieil or brillant. Nez miellé et aérien, avec une franche expression de tilleul et de menthol, voire de verveine. La bouche est dense, mais laisse une sensation de très bel équilibre. 160 gr de sucres résiduels sur ce millésime. Le vin est d'une remarquable persistance, pure et volumineuse. De la force et de la personnalité.
C'était donc la note finale à cette 8è édition de REVEVIN, à St Jean de Monts, qui nous aura permis de faire un nouveau tour d'horizon de nos vignobles et de nos terroirs. Un week-end aux teintes estivales, surtout du fait de sa situation exceptionnelle en juin, sauf le dernier jour, je vous le concède!... Quatre jours, qui nous auront fait passer d'une soirée à Ciné-Monts, à quelques nectars du Layon, en passant par Pessac et Léognan, Saumur, Brissac-Quincé et Trévallon!... J'en passe et des meilleurs!... Merci donc à Guillaume Bodin, à Thierry Michon, à Jérôme Brétaudeau, à Frédéric Lelong, à Antoine Sanzay, à Christophe Daviau et à Eloi Dürrbach qui nous aura fait la joie d'être parmi nous. Merci également à tous les domaines et vignerons qui ont contribué, une fois de plus, à la réussite des séances prévues pendant trois jours. Merci à la famille Gallard et à Céline, qui mettent tout en oeuvre pour la bonne marche de ces week-ends. Et merci, bien sur, à tous les participants, les passionnés, qui viennent des quatre coins de France et de Navarre, nous faisant confiance et apportant leur bonne humeur.
Nous avons rendez-vous en 2012, entre le 17 et le 20 mai pour la 9è!... Déjà, nous travaillons à son programme et sans vouloir "cultiver l'exceptionnel", nous allons tenter d'avoir quelques invités passionnants!... Nous nous attacherons également à entendre certaines de vos remarques, quant à la durée des séances et aux nombres de vins proposés à la dégustation certains jours, afin de vous ménager du temps libre et vous permettre de profiter de "l'espace St Jean de Monts", puisque notre organisation s'appuie aussi sur cela.
Merci encore à Maxime Sabourin pour ses quelques croquis et à Franck Jeunemaître, pour ses délicieux chocolats, qui ont pu être associés à quelques VDN d'origines multiples le samedi soir.
Et à l'année prochaine, du côté de la Plage des Demoiselles!...
Vendredis du Vin # 38 : j'aurais voulu être un caviste!...
... pour pouvoir faire mon numéro! Quand l'avion se pose sur la piste, à Rotterdam ou à Rio!... Où on se dit parfois qu'il s'en faut de peu que la vie ne bascule!... Pour se dire aussi, certains soirs, qu'il vaut mieux qu'elle n'ait pas basculé!... Si Patrick Böttcher nous interpelle, nous lance cet appel pour évoquer les cavistes qui ne partent pas en vacances, eux, c'est aussi pour que l'on prenne le temps de lire entre les lignes, à l'occasion des VdV #38!... Parce qu'enfin, cet espace de liberté que semble offrir cette profession de caviste n'est pas vraiment une sinécure, par les temps qui courent!... D'ailleurs, ils ne sont
pas rares à devoir cesser leur activité ou à devoir adopter une position de repli, face à cette satanée conjoncture!...
Voilà quelques années, alors que j'errais au quotidien dans ma grande entreprise (rassurez-vous, je n'ai toujours pas mis fin à cette errance, même si je ne suis pas à plaindre, diront certains!... Et ils n'ont pas tort d'ailleurs!...), une opportunité se présenta dans ma petite préfecture de province. Un peu trop petite et un peu trop de province, d'ailleurs!... Mais ça, nous le savions déjà. A deux pas de notre domicile, un espace assez sympathique, quoique limité en surface viable, se proposait dans le cadre séduisant de la salle de spectacle locale, dotée du statut envié de Scène Nationale.
Ceci dit, ce bar n'avait jamais marché... Si bien qu'il était inoccupé depuis plusieurs années. La Ville souhaitait donc le voir évoluer. Un vote du conseil municipal et tout devenait possible. Par chance, nous fûmes parmi les premiers informés. Contacts téléphoniques, quelques plans sur la comète... "Votre proposition nous intéresse, montez votre dossier et on en reparle!..."
Quelques semaines plus tard, toujours très peu de candidats... Le dossier se construit patiemment : travaux, banque, équipements, déco et même quelques contacts avec des vignerons. Le temps passe, la Ville s'impatiente un peu... D'autres personnes sur la ligne de départ sans doute... Les élus en charge de la culture souhaitent, disent-ils, que cet espace soit de nouveau ouvert pour la future saison de spectacle.
Habitués et habitants du centre ville, nous en profitons pour être plus attentifs à la vie et au potentiel affiché par celui-ci, pendant tout ce temps. Un ou deux établissements, tendance "citadelle", non loin de là, mais dans un autre style. Notre attention nous éclaire petit à petit, nous ouvre les yeux : des jours et des périodes peu "porteuses", une exposition plein nord synonyme d'ombre et de courants d'air peu
amènes, quelques mises en garde, ici ou là...
Néanmoins, le dossier est adressé au Maire. Le bar à vins-cave a déjà un nom : L'Aéropostale!... Pour ce que ce nom porte d'évocateur et son potentiel à nous faire voyager, à nous transporter. Et pour son côté universel aussi, qui va avec notre envie de proposer des vins du Monde entier. Un espace qui évoque l'Aventure de ces passionnés d'aviation qui repoussèrent leurs limites, pour transporter du courrier et aussi pour saluer René Couzinet, avionneur à La Roche sur Yon, naguère.
Tout est ficelé. On se prend à rêver. Contact!... Les moteurs vrombissent!... Déjà, le parfum des épices et de la terre chaude nous envahissent!... La date de la décision est proche. Et puis, un matin, on se demande si on est prêt à croire en cet avenir... Et deux heures plus tard, on informe la Mairie que finalement, on renonce!...
Alors, me direz-vous, qui ne risque rien n'a rien!... Que la chance sourit aux audacieux... Alors, je dis bravo aux audacieux!... De l'audace, toujours de l'audace... Et au bout, en 2011?... Quoi?... Nous n'étions pas prêts pour vivre avec la peur et ces joies si éphémères. Bien sûr, l'établisement en question est ouvert aujourd'hui, sous un autre nom, mais pour faire quoi?... Quel prix à payer pour une forme d'indépendance fragile, teintée de frustration?...
Alors, bon sang!... Mais foncez chez votre caviste et, pendant vos vacances, chez le caviste de vos amis, y compris ceux du web 2.0!... Voilà un métier qui apporte plaisirs, découvertes, rencontres, passion. Finalement, ce sont un peu les descendants de tous ceux qui tenaient ces bars de villages et de quartiers, aujourd'hui disparus. Ceux qui étaient, certains jours, les sentinelles de notre quotidien. Et, en plus, ils ne manquent pas d'audace, ni de courage!...
Allez, je vous raconte ma vie, là!... Pardonnez cet écart, mais lorsque j'évoque ce projet passé, ça me démange dans le bas du dos!... Peut-être bientôt, moi aussi, je vous ferai mon numéro... à Rotterdam ou à Rio!...
REVEVIN 2011 : Domaine de Trévallon, avec Eloi Dürrbach
Il était une fois un domaine provençal dans la force de l'âge, tout auréolé d'un succès forgé avec le temps, mesuré à l'aune de travaux titanesques. Pas une terre historique, bâtie de quelque forteresse de pierre blanche ou rousse, regardant un quelconque estuaire, mais naguère, un espace de garrigue sauvage à souhait, entourant un mas aux volets bleu ciel de Provence. Pourtant, la vigne qui pousse là, sans être centenaire, élève le vin qui en coule, au rang de Grand Cru et ce, depuis ses origines, ou presque.
Eloi Dürrbach, au Domaine de Trévallon, admet volontiers que la vie est sans doute faite, pour partie, de hasards et de rencontres, mais ce serait sans doute oublier un peu vite le travail et la passion. Avait-il vraiment le but de redonner ses lettres de noblesse aux vins de la région des Baux de Provence toute entière, lorsqu'il vint s'installer là en 1973?... Pas certain. Sans doute, s'était-il penché sur l'Histoire vinicole de la région, pour en capter le contenu essentiel, qui donne la sève originale à ce cru : les cépages historiques, ceux qui avaient droit de cité, selon les générations passées, avant même le phylloxera. Las! Les caciques régionaux, à peine une décennie plus tard, le bannirent alors qu'ils tentaient eux-mêmes de se faire entendre au-delà des berges du Rhône et des escarpements des Alpilles!...
Depuis, sans doute, le domaine jouit d'un statut particulier (qui n'a rien de celui d'un martyr!) dans l'esprit des amateurs et peut-être des vignerons eux-mêmes, dont certains ne pouvaient manquer de participer à une telle séance. Pour ma part, une verticale de Trévallon, c'était une sorte de rêve à réaliser, à satisfaire, comme un alpiniste amateur rêve du Mont Blanc ou comme un passionné de navigation à voile espère traverser l'Atlantique un jour.
Sensations, images teintées d'utopie et puis, finalement, le partage assez exceptionnel, sous le patio du Chai Carlina, en cette matinée quasi estivale, très sud!... Neuf millésimes en rouge et trois en blanc!... Les années 2000 revues et dégustées. Nous étions comblés d'y prendre part, surtout en compagnie du vigneron lui-même.
- Blanc 2009 :
Or pâle. Le nez est intense, complexe, à dominante florale, nuancé de fruits à chair blanche. Sensation de volume dès la mise en bouche et de richesse onctueuse. Très belle expression gourmande et fraîche, même si tout n'est pas rigoureusement en place. Rétro passionnante d'herbes sauvages et surtout une touche "calcaire", sorte de sensation tactile qui évoque le grain des galets blancs du cru!... Étonnant potentiel!...
- Blanc 2005 :
Or brillant. Nez plutôt expressif dans un style assez classique fruits-fleurs. Encore un beau volume en bouche, dense, intense, onctueux. Séduisante finale anisée, qui s'étire grâce à un équilibre porté par une pointe saline.
- Blanc 2000 :
Or soutenu. Le nez donne immédiatement une sensation de profondeur, avec une pointe de beurre frais et d'amande, soutenant la pêche mûre, presque miellée. Grande complexité évidente. La bouche évoque la
plénitude!... Volume, ampleur, densité... Finale fraîche, un rien truffée, qui fait de ce vin un phare pour une belle cuisine de poisson, y compris avant-gardiste!...
- Rouge 2008 :
Une teinte pivoine avenante. Nez plein de fraîcheur fruitée, prune, cerise. La bouche est délicatement charnue, avec les tannins d'un millésime plus léger peut-être. Plutôt réussi et sans doute destiné à une consommation plus rapide, au regard d'autres années plus denses, mais une jolie réussite.
- Rouge 2007 :
Robe intense, profonde. Nez assez ouvert et complexe, qui va des baies noires aux épices douces. En bouche, très beau grain, plein de finesse et de densité. Tannins racés, qui tapissent la bouche de façon gourmande. Belle longueur, la finale s'étire... Du grand art!...
- Rouge 2006 :
Robe profonde. Nez très original, où les fruits rouges laissent un peu de place à la figue, aux fruits secs. La bouche révèle une certaine fermeté et un côté austère, mais la structure s'allonge en une finale complexe et multiple, fruits compotés, épices, olives.
- Rouge 2005 :
Rubis profond. Beaucoup de charme dans ce nez fruité, puis sur une pointe d'herbes de cuisine. Sur la puissance, avec un volume riche qui en impose. Pas bodybuildé pour deux sous, mais les tannins en imposent, avec toujours cette complexité d'expression, qui se termine sur une rétro remarquable de fruits rouges mûrs. Potentiel énorme!...
- Rouge 2004 :
Belle robe profonde. Le nez montre un soupçon de fruits confiturés, qui laisse soupçonner une lente évolution vers les arômes tertiaires. Un peu de rigueur dans les tannins plutôt serrés de prime abord, mais
là encore, le vin est d'une expression délicate, nuancée, ce qui tend à démontrer la qualité de lecture du vigneron, pour chaque millésime.
- Rouge 2003 :
L'échantillon n'est pas net. Légèrement bouchonné.
- Rouge 2001 :
Légères traces d'évolution sur cette robe profonde. Une pointe de cerises à l'eau de vie au nez, un peu de fruits secs et d'épices. La bouche est droite, tonique, ferme. Une forme de rigueur, mais la finale est exubérante et complexe. Élitiste et généreux.
- Rouge 2000 :
Belle robe rubis, avec une nuance tuilée sur le bord du disque. Les arômes sont complexes et l'expression offre la gamme Trévallon : fruits rouges, herbes, épices... La bouche se montre homogène, soyeuse, très propre, rappelant les arômes présents au nez, mais la texture est séduisante, gardant une belle fraîcheur sur la longue finale.
- Rouge 1995 :
Reflets orangés foncés. Les arômes sont résolument tertiaires, sur le cuir et le menthol. Le vin est ouvert, avec un équilibre sur la fraîcheur de fruits rouges et une rétro minérale à souhait!... Superbe impression de flacon au top!...
Quelques impressions, en guise de conclusion : ce que montre cette dégustation, en premier lieu, c'est la qualité de lecture de chaque millésime et du terroir, par le vigneron Eloi Dürrbach. Et sans doute, de la combinaison des deux également, le tout basé sur une observation au jour le jour. C'est le propre du producteur qui est en phase avec son domaine, ses parcelles. Bien sûr, on n'oublie pas que Trévallon peut prétendre au statut de "Grand Cru", mais sans les dérives ultra-com!... Et avec la liberté immense de faire le choix, si nécessaire, de ne pas produire un millésime trop difficile, comme 2002. Devenu impensable à Bordeaux ou ailleurs, à ce niveau de notoriété et de qualité!...
Le blanc atteint les sommets et pourrait être aisément désigné comme parmi les meilleurs compagnons de la table et de la cuisine. L'apport d'une petite proportion (à ce jour) de grenache blanc, comme c'est le cas en 2009 pour la première fois, va sans doute donner encore plus de complexité et d'ampleur à ce vin rare. Pour le rouge, une telle verticale traduit vraiment l'authenticité du cru et l'expression fidèle du millésime et ce n'est pas la moindre des belles surprises de cette journée!...




































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