19 février 2012

Jérôme Bretaudeau, vigneron en Sèvre et Moine

Non, il ne s'agit pas là d'une faute de frappe! Le jeune vigneron qui monte en Pays Nantais n'officie pas, comme nombre de ses congénères, en appellation Muscadet de Sèvre et Maine. Et pour cause, il est installé à Gétigné, à deux pas de Clisson, sur les coteaux de la Moine, en appellation Muscadet, tout court!... Avisé, il ne se risquerait pas à jouer sur les mots. Nous ne verrons donc pas sur ses étiquettes de dénomination pirate Muscadet de Sèvre et Moine. Ce qui ne l'empêche pas de rejoindre désormais la liste des vignerons à suivre de la région, au côté des Landron, Ollivier, Bossard et autre Pesnot, pour ne citer que ceux-là.

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Jérôme Brétaudeau est animé par la passion. Pour la vigne et le vin, bien sûr, comment ne pas l'être lorsqu'on exerce le métier de vigneron de qualité, mais aussi plus largement et depuis encore plus longtemps, par le vin tout simplement. Il avoue détenir dans sa cave personnelle, quelques fleurons de la haute production bordelaise dans des millésimes comme 1986, 1989 et 1990. C'était au temps où l'ouvrier-vigneron sautait de son tracteur en fin de journée et brûlait quelques économies dans les foires aux vins régionales.

Au début des années 90, après ses études, il travaille en tant que chef de culture chez Alain Gaubert, à Vallet, sur un domaine en viticulture conventionnelle qui compte 25 ha. Il y restera à temps plein pendant treize ans. Cependant, dès 2001, il reprend les deux hectares de vignes de son père à Gétigné et s'installe en "exploitant secondaire", formule qui lui permet d'exploiter ses vignes et de s'équiper petit à petit. Un véritable sacerdoce, puisque les week-ends et les vacances sont sacrifiés à ses terres et aux cuvées balbutiantes. Néanmoins, au fil des ans, il reprend d'autres parcelles et finit pas s'installer en 2005 sur 6 ha. Le Domaine de Bellevue était né. Il totalise désormais 9 ha sur quatre communes : Gétigné (où il est le seul vigneron), Cugand (sur l'autre rive de la Sèvre Nantaise, donc en Vendée), Clisson et Vallet (parmi les petites villes phares de la région viticole).

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A Gétigné, il n'est pas forcément très simple d'être vigneron, dans la mesure où la pression immobilière est une réalité chaque jour plus présente. La commune, voisine de Clisson, est devenue très attractive avec quelques autres. Bientôt, un tram-train renforcera la proximité de Nantes, déjà à moins de trente minutes. La parcelle la plus proche du domaine illustre cela parfaitement : un peu moins d'un hectare de vieilles vignes de melon de Bourgogne, âgées de 50 à 60 ans, situées voilà encore quelques mois entre des friches et bordées désormais d'un côté par une clôture délimitant une large zone artisanale et une entreprise de transport dotée d'un immense parking bitumé. On y tourne volontiers le dos pour évoquer l'autre bordure de la parcelle, en friche également, 16022012 009mais que le vigneron espère récupérer à terme, pour replanter l'ensemble, puisque le tout est bien situé en appellation Muscadet. Un sol assez léger, à la granulométrie plutôt fine, sur des granites dégradés, très drainants et où le travail des sols est possible sans grandes difficultés.

Le choix d'une agriculture biologique et des parcelles en culture ont été comme une évidence pour Jérôme, dès son installation, d'autant que le contenu de stages effectués chez Jo Landron et Guy Bossard ne pouvait que le conforter dans sa démarche. Et cela d'autant plus qu'il pouvait disposer de trois hectares de terres familiales non loin de chez lui, sur un petit coteau rive gauche de la Moine, à faible distance du confluent avec la Sèvre Nantaise. Autrefois terres à vignes, cette grande parcelle, le Champ des Cailloux, devenue prairie pour les bovins de la ferme voisine, allait voir réapparaître de longs rangs de multiples cépages.

En effet, le vigneron allait pouvoir laisser s'exprimer là sa passion pour la chose vinique. Fort de la possibilité de sélectionner les greffons chez son ancien patron, également pépiniériste, il allait y planter quelques cépages qui lui donneront l'option de produire moult cuvées aux arômes et saveurs multiples, lui ouvrant d'autres horizons. Si bien qu'on trouve là désormais, en plus du melon et de la folle blanche, du chardonnay, du gamay, les cabernet franc et sauvignon, mais aussi du merlot, pinot noir, du sauvignon gris et du pinot gris. Le tout sur un sol caillouteux (galets de silice, quartz blanc et rose), là encore sur un sol assez mince, composé de feuilles de granit décomposé.

Après un détour par les abords de Clisson, nous passons sur la rive droite de la Moine et atteignons le village de Bournigal, où se situe une parcelle de 70 ares, Les Perrières, à l'extrémité est des Granits de Clisson, l'une des16022012 011 zones définies parmi les Crus Communaux du Muscadet, démarche confirmée et certifiée depuis juillet 2011 par l'INAO pour Clisson justement, mais aussi Gorges et Le Pallet. Pour Château-Thébaud, Monnières-St Fiacre, Rubis de la Sanguèze et les Schistes de Goulaine, il faudra attendre encore quelques mois.

Pour le moment, la vendange de cette belle parcelle pleine d'avenir n'est pas vinifiée et élevée dans les conditions exigées pour un Muscadet dit de 3è niveau (élevage sur lies prolongé 18 ou 24 mois), mais destinée à être assemblée avec les jus issus des parcelles granitiques de Gétigné. Ce sera le cas à terme, sans nul doute et certainement dès que la biodynamie sera mise en application sur l'essentiel des parcelles. Le but, pour le moment est de proposer deux expressions de Muscadet distinctes, grâce à la possibilité de disposer de parcelles situées sur la commune de Vallet, où le gabbro domine. Ces dernières, sises quelque part entre Rubis de la Sanguèze et Schistes de Goulaines, offrent un vin tendu et très classique, sur des notes citronnées qui évoquent coquillages et crustacés. En revanche, les jus issus des terroirs granitiques semblent plus construits, avec une colonne vertébrale qui se met en place doucement, un plus de rondeur et une tension qui s'exprime plutôt en rétro-olfaction.

La série dégustée ensuite montre des vins bien en place, avec une expression simple et fidèle aux qualités des différents cépages, notamment pour ce qui est des vins de cuves, dont les blancs monocépages, tel que le pinot gris et le sauvignon gris 2011, aimables et généreux. Le Muscadet Granit 2010, issu de cuves uniquement (seul les très bons millésimes font un passage sous bois, plutôt des demi-muids d'origine bourguigonne), exprime un joli caractère. Des barriques de 400 litres également pour Les Trois Brigands 2010, un chardonnay plein, doté d'un 16022012 008beau volume. A noter, au titre des expérimentations diverses, un chardonnay ouillé 2011, avec des notes oxydatives fines et déliées.

Côté rouges, dégustés ce jour, un cabernet franc 2011, vinifié en macération carbonique, avec pour objectif la rondeur et le fruit, puis un assemblage (75% cabernet franc et 25% merlot), Le Champ des Cailloux 2010, élevé dix mois en barriques de 225 litres, avec une prise de bois assez soutenue à ce stade. Enfin, une cuvée 100% merlot 2010, qui a passé dix mois également en demi-muids, à la texture flatteuse et homogène.

Voici donc un tenant de la nouvelle vague nantaise!... Un challenge que d'autres (pas si nombreux que cela) souhaitent tenter de relever dans une région très touchée par la crise et marquée par de nombreux hectares arrachés. Mais, une forme "d'épuration" n'était-elle pas nécessaire pour ce qui est de ces vignes plantées dans des secteurs qui n'auraient jamais du connaître autre chose que de la prairie destinée aux pâtures?... Parfois, la pression immobilière est forte, comme nous avons pu le voir. Ailleurs, du côté du Loroux-Bottereau et surtout de St Julien de Concelles, l'agriculture maraîchère productiviste est également une menace pour d'autres vignerons. Ceux-ci méritent toute notre attention et notre soutien. Il y a bien longtemps que le Muscadet a passé le stade du petit blanc de comptoir. Pensez-y, avant que quelques-uns de ces très beaux flacons ne franchissent tous le Rubicon, la Manche ou l'Atlantique!... Et qu'il ne nous reste plus que nos papilles crispées pour pleurer!...

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25 janvier 2012

Appelez-le Giovanni Mourati!...

La Vendée au coeur de l'hiver. Janvier poisseux nous a fait croire qu'on aurait un hiver, l'espace de quarante-huit heures. Mais en fait, que dalle, que tchi!... La douceur nous rend amorphes. Le crachin atlantique semble lui-même s'ennuyer en tombant. D'ailleurs, tombe-t-il?... A peine quelques courtes rafales espacées qui ne le soufflent même pas. Dans une telle atmosphère, on craint de sombrer dans l'immobilisme, très couleur locale, certains jours!... Et puis, on se dit : pourquoi ne pas prendre des nouvelles du vignoble, où ce genre de météo a tout lieu d'inquiéter?...

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Du côté de Mareuil sur Lay, un domaine mérite qu'on s'y arrête de temps en temps. D'autant qu'il est animé par un jeune homme ouvert sur le monde et dont le dynamisme ne se dément pas. Il n'a que faire de ce qui se murmure çà et là. Certains pourraient le qualifier d'enfant gâté, mais en fait, il avance pour le bien du Domaine Mourat, une grosse machine qui vit un bouleversement, que l'on peut encore conjuguer au futur, tant il reste à faire. Mais, Jérémie Mourat sait que parfois la vie ne tient qu'à un fil et les évènements ne manquent pas de le lui rappeler, parfois. C'est pas tant tracer des plans sur la comète qui le motive, même s'il sait le besoin d'être pragmatique certains jours, mais il faut aussi se donner les moyens de croquer la vie à pleines dents, pour n'avoir aucun regret et saluer au passage, en guise d'hommage, ses propres racines familiales. D'ailleurs, en découvrant quelques vins italiens, il se souvient que sa grand-mère est d'origine florentine. "Fort bien, pourquoi ne pas faire un chardonnay de macération alors, au coeur du bocage vendéen et peut-être bientôt du chenin?..." Le vigneron mareuillais n'a pas encore fait de demande de passeport italien, mais gageons que son passeport justement va compter quelques nombreux tampons avant longtemps!... Tenez, le mois prochain, il part faire les vendanges en Afrique du Sud!... Mais pas par goût de l'exotisme ou des vacances hors normes. Pour y acheter du raisin et vinifier dans la province du Cap!... Les vins du Clos Saint André étaient estampillés "Loire méridionale", mais désormais, avant longtemps, devrait apparaître un "Chenin austral"!... Comment dit-on Forza Giovanni en afrikaner?...

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Certaines images laissent à penser que le domaine bétonne son avenir. Force est de constater qu'il y a de moins en moins de futailles dans le chai d'élevage. Par contre, on y découvre des oeufs en béton de différentes tailles, dans lesquels les tries et les cuvées du millésime 2011 sont en cours d'évolution. Le chenin a été vendangé en plusieurs passages. Tout ou partie des première et deuxième tries sont destinées au Clos Saint André proposé dans la nouvelle appellation AOC Fiefs Vendéens. Le premier lot est assez expressif, mais le second a d'ores et déjà un caractère minéral, sans doute dû à la parcelle, dite La Pierre, dont il provient. Le troisième est plus diffus et ne devrait pas entrer dans l'assemblage final, ce qui tend a démontrer que les tries les plus tardives n'apportent pas forcément le meilleur, contrairement à ce qu'on peut penser parfois. Souvent, on laisse sur pieds les raisins les moins aboutis lors des premiers passages, en espérant mieux, mais il n'est pas rare que le temps fasse son oeuvre de façon moins positive (hétérogénéité, météo plus variable...).

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La surprise du millésime, c'est le nouveau type de blanc sec présent au domaine : un chardonnay "façon Gravner" de macération sur peaux!... Celle-ci a duré quarante jours, avec malo sous marc. D'inspiration résolument transalpine, cette cuvée n'a pas la prétention de rivaliser dans l'immédiat avec les grands vins de ce type, proposés en Italie, mais s'avère un très bel essai, en vue sans doute d'une autre tentative à base de chenin, dès le prochain millésime, si les conditions des vendanges le permettent. Soyez patient, l'élevage doit être long!... Autre surprise, Jérémie s'intéresse aux amphores, dont un exemplaire est déjà présent, mais pas encore opérationnel!... Puisque je vous dis qu'il faut savoir être patient!...

Du côté des rouges, nous avons juste dégusté la Grenouillère 2011 (100% négrette), élevée en cuve et qui ne verra sans doute pas le bois. Dans un millésime plutôt qualifié de difficile, ce cépage montre une expression de belle qualité et une matière assez solide.

Découverte ensuite du premier liquoreux vinifié par le vigneron mareuillais, issu du coteau des Terres Quarts et ramassé en quatre passages (non, il ne s'appelera pas Quatre Quarts!). Les troisième et quatrième tries, assemblées dans un même oeuf, ont quelques arguments : 10,5° d'alcool, 5,7 d'acidité et 160 grammes de sucres résiduels!... Il sera proposé en Vin de Pays du Val de Loire - Vendée IGP (ouf!). A suivre, il s'agit là d'un liquoreux des plus étonnants!...

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La météo relativement clémente nous incite à un petit tour de vignes. Loin d'être complet, puisque le domaine totalise désormais 112 hectares. Il en compte une dizaine acquis récemment sur la commune de Rosnay. Cet ensemble composera à l'avenir la nouvelle entité séparée de la structure globale : le Domaine du Moulin Blanc, qui donc s'ajoute au Clos Saint André. Si ce dernier est positionné et certifié en agriculture biologique, le nouveau venu va le rejoindre, après la conversion d'usage et la restructuration du vignoble, qui s'accompagne d'un travail du sol. Il faut noter qu'un tiers de l'ensemble est ou va donc être en bio, mais qu'à terme, Jérémie Mourat veut faire évoluer l'intégralité du domaine vers cette méthode et cette approche, dans un souci légitime de cohérence. Un vrai défi pour les prochaines années!... Continuer de s'équiper, former des équipes motivées... Les ailes du moulin ne tournent pas encore dans le paysage et sur cette butte qui domine la vallée du Yon, mais elles pourraient bien réapparaître, selon le souhait formulé par le fils de Jérémie!... Enfin, au rayon des bonnes idées du vigneron (qui ne manque pas d'imagination, chacun l'aura compris), des claies pourraient être installées dans ce même moulin afin d'y faire sécher quelques grappes!... Du vin de paille au pays des Chouans, un bel hommage à ces moulins, devenus rares, symboles et messagers au temps des évènements de la Vendée Militaire. Les racines, toujours les racines!...

Un petit détour nous permet ensuite de saluer comme il se doit les "vieilles dames" du domaine : quelques arpents d'une négrette pré-phylloxérique plantée en 1870, qui ne doit sa survie, qu'à son implantation dans une parcelle sabloneuse (qui répond au doux nom de Mémé Gusta!) et aux bons soins de ces dernières années (choix d'un désherbage thermique, plutôt qu'un travail du sol qui comporte quelques risques, dans le cas de ces vignes franches de pied). Il est à noter que ce cépage fait partie intégrante de la nouvelle appellation (même si elle doit être assemblée pour décrocher le label, comprenne qui pourra!). Notons également qu'il a été décidé de mettre en place un "conservatoire de la négrette vendéenne", passage obligé pour son développement dans les Fiefs. Seule restriction à cette initiative : pourquoi faire subir à ce conservatoire une culture conventionnelle pendant sept ans?...

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Finalement, la Vendée, même au coeur de l'hiver, ne manque pas d'activité!... Jérémie Mourat n'est pas du genre à rester les deux pieds dans le même sabot. Désormais, il prépare son voyage vers Le Cap, pour mettre à profit ses rencontres récentes avec quelques pointures locales : Hamilton Russel, Bruwer Raats, Kleine Zalze, La Motte, Beaumont, De Toren et quelques autres. Il va pouvoir vinifier sa première cuvée 100% chenin, en partenariat avec l'un de ces domaines. "Paysages et climatologie très "hors la Loire", on va bien s'amuser et s'affranchir de barrières géographiques pour exprimer un autre visage du chenin. Et là-bas, j'en ai goûté des terribles!!!..." Allez, roulez jeunesse!... Beau voyage, on attend ça avec impatience!...

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14 janvier 2012

Bordeaux au féminin pluriel

Vous prendrez bien un Bordeaux?... Le masculin est de rigueur avec une telle question, bien sûr. Un vin de Bordeaux, un verre de Bordeaux... Et pourtant, dans ce grand vignoble, quelques talents féminins s'expriment côté vigne et chai, avec passion et détermination. Il n'est pas trop tard pour s'en apercevoir et quelques domaines managés au féminin méritent plus qu'un détour, tant ils bousculent les habitudes, voire les hiérarchies. Et sur les frêles épaules de ces vigneronnes, reposent peut-être la grâce des Bordeaux du futur!...

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~ Corinne Comme - Château du Champ des Treilles ~

L'appellation Ste Foy-Bordeaux n'est pas la plus connue de la région bordelaise. Il faut dire qu'avec à peine plus de 350 ha, une petite vingtaine de communes, sa vingtaine de vignerons et 80% de la production de raisins destinés à la cave coopérative, elle n'a pas matière à inonder le marché. Il y a bien un domaine qui se veut la vitrine du cru - Château Hostens-Picant - mais les vins de cette AOC, pourtant apparue dès 1937, ont du mal à sortir de l'anonymat.

Cependant, à Margueron, à l'extrémité Est de l'appellation, comme une sorte de vigie face à Saussignac et Duras, à moins que ce ne soit un semblant de guichet de péage, un petit mas au bord de la route semble ancré dans le paysage, un peu comme une bourrine isolée au bord d'un étier, sur une aquarelle du Marais Breton. C'est la maison de Corinne et Jean-Michel Comme, héritage familial au coeur des vignes.

A l'origine, le Champ des Treilles du grand-père de J-M Comme ne dépassait guère cinq hectares. A la reprise du domaine, en 1998, les époux Comme sont animés d'une forte détermination, mais Corinne l'avoue également aujourd'hui, d'une certaine naïveté. Ils n'ont pas fait le tour intégral du sujet avant de se lancer, mais savent néanmoins quelles orientations principales donner à leur aventure : trouver quelques parcelles pour augmenter la 09012012 005surface et ainsi, atteindre dix hectares, puis planter de nouveaux rangs dans les vignes à deux mètres et augmenter la densité.

Mais, à l'orée du XXIè siècle, le couple Comme est dans une réflexion très large à propos de la viticulture, mais aussi de la vie, en général. Quelques doutes quant à leur formation et tout ce qu'ils ont appris à propos de la conduite de la vigne envahissent leurs esprits. Mais que faire?... Quelle orientation prendre?... Très vite, ils considèrent que pour l'essentiel, "le bio répond à la même logique que la chimie, en luttant contre la maladie, alors que la question reste de savoir pourquoi la maladie arrive..."

Quelques rencontres, quelques lectures ont alors été déterminantes. Véronique Cochran, puis son père François Bouchet, bien connu de nombre de vignerons en biodynamie. Cependant, c'est la découverte de la théorie définie par Francis Chaboussou, qu'il avait appelée la trophobiose, qui devait les captiver et les convaincre. Il faut dire09012012 025 qu'en son temps, ce directeur de recherche et de station de l'INRA avait fait la démonstration dès 1970 (voir son livre Les plantes malades des pesticides publié de nouveau en 2011) que le recours massif aux pesticides crée des fragilités chez les plantes, qui vont conduire à augmenter encore plus l'usage de ces toxiques pour tenter de réduire les nouveaux dégâts causés par cette fragilité. Pour lui, tout parasite ne devient virulent que s'il rencontre dans la plante les éléments nutritionnels qui lui sont nécessaires. Quelque peu révolutionnaire à l'époque!... Mais les Comme, habitant au coeur du Médoc viticole et au milieu des vignes de Grands Crus Classés de Pauillac, ne pouvaient qu'y être sensibles, constatant depuis longtemps déjà les volumes extravagants de produits divers et variés, pulvérisés en masse dans les parcelles, de façon toujours augmentante et ne manquant pas de provoquer divers troubles sur leurs organismes de voisins non consentants, mais largement exposés.

Petit à petit, Jean-Michel et Corinne Comme découvrent que les recettes valables pour Pontet-Canet (rappelons qu'il est régisseur de ce GCC) ne sont pas celles qui conviennent au Champ des Treilles. L'approche par la biodynamie doit être nuancée, adaptée. A Pauillac, c'est "l'élément terre" qui doit être apporté, alors qu'à Ste09012012 001 Foy, "typé terre", c'est "l'élément air" qu'il convient d'amener. Ici, la base des traitements est composée de décoctions de plantes diverses : ortie, achillée, tisane d'osier, de camomille ou de ronce, le tout dynamisé avec des dilutions de cuivre, ce qui a permis de réduire sensiblement les doses de celui-ci. Au niveau du travail à la vigne et au chai, la "philosophie" appliquée, c'est la non-violence pour toutes les interventions. L'idéal est que chaque pied est considéré pour lui-même. Une dimension sentimentale est véritablement intégrée dans la réflexion et dans l'action du vigneron (et de la vigneronne!) au quotidien.

Le Champ des Treilles propose tous les ans trois cuvées, deux rouges et un blanc. Nous avons, lors de notre passage, pu découvrir Petit Champ 2010, un rouge élevé en cuves, issu à 50% de merlot, 30% de cabernet franc, le reste de cabernet sauvignon et de petit verdot, doté d'une jolie structure et d'un grain élégant. Le blanc, Vin Passion 2011, composé à parts égales de sauvignon, de sémillon et de muscadelle est plein de charme, mais d'une expression minérale à la pointe saline, agrémentée d'une touche fruit-fleur des plus agréables. Tout comme le Grand Vin 2010, à dominante merlot et élevé en fûts, il sera mis en bouteilles à la mi-février.

Certaines années, d'autres vins sont proposés, tel Les Sens 2004, proposé ce jour. Il s'agit là d'un assemblage de 50% merlot et 50% petit verdot élevé en barriques neuves et issu des vignes de plus de soixante ans (plantées en 1945 et 1947) qui ont été doublées, à 10000 pieds/ha. Une très belle texture sur la puissance, aux tannins solides mais homogènes. En fait, cette cuvée n'apparaît que lors des "petits millésimes", soit 2002, 2004, 2007... et 2009. Dans un même registre épisodique, un liquoreux issu de sémillon, tel Vieilles Vignes 2007, est proposé de manière tout à fait aléatoire.

Ce type de vin passionne vraiment Corinne Comme, même si elle l'évoque rarement. C'est sans doute pour cela qu'elle a répondu favorablement à l'appel de Bérénice Lurton, du Château Climens, à Barsac, lui demandant d'intervenir en tant que conseil, en vue de l'application de la biodynamie sur les quarante hectares de ce Grand Cru Classé de Sauternes!... C'est désormais chose faite et ce célèbre château atteint sa troisième année en vue de l'agrément bio. Sans doute, la possibilité également pour la vigneronne de Margueron de compléter ses connaissances et d'apprécier l'observation de la vigne au-delà de la maturité, de l'accompagner dans sa sénescence, un stade souvent oublié par ceux qui ne produisent pas de liquoreux. Le temps des vendanges tardives, c'est le feu qui refroidit, le cinquième élément du taoïsme, doctrine finalement assez proche des quatre éléments de la biodynamie. Quelque part, la boucle est bouclée pour Corinne, femme et vigneronne, d'une sensibilité pour le moins remarquable.

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~ Valérie Godelu, Les Trois Petiotes ~

Après un passage éclair à Vélines, en Dordogne, chez Isabelle Carles, autre vigneronne à qui nous ne manquerons pas de rendre visite plus longuement bientôt, notre route du retour passe par Tauriac, petite bourgade des Côtes de Bourg. C'est là, sur ce plateau du Sud-Bourgeais que Valérie Godelu (blogueuse à ses heures, tout comme Corinne Comme d'ailleurs) s'est installée avec ses Trois Petiotes. Une identité, un nom qui est plus que générique pour cette maman de trois petites filles, toutes nées à des étapes déterminantes de sa reconversion vers la viticulture : l'aînée au moment de la reprise de ses études (avec son mari Denis) à Beaune, la seconde à l'arrivée du couple à Bordeaux et la troisième lors de l'achat des... trois parcelles de vigne. L'histoire ne dit pas (encore) ce qu'il adviendra en cas d'arrivée d'une quatrième fille (ou d'un garçon)... "Impossible, la marque est déposée!..." s'amuse Valérie. Mais, après tout, les Trois Mousquetaires n'étaient-ils pas quatre?...

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Originaire de Lorraine, Valérie a opté pour la vigne et le vin à l'approche de la trentaine, alors qu'avec son mari, elle subissait cette vie parisienne, qui ne pouvait être une fin en soi. Après une formation en Bourgogne qui participe à lui rappeler quelques souvenirs d'enfance, lorsqu'elle goûtait le "paradis" du côté de Juliénas, le couple se retrouve à Bordeaux, où Denis reprend son job, pour faire bouillir la marmite. Valérie fait quelques stages dans le vignoble, tout en restant à la recherche de quelques parcelles. Mais, cette quête de vignes est difficile, le budget est serré, aucun dérapage n'est permis et la location en fermage est privilégiée. Cependant, début 2008, la SAFER régionale se souvient qu'elle dispose de ces trois parcelles du côté de Tauriac. Leur particularité - elles 09012012 018sont plantées à 1,50m au lieu d'1,80m ou 2m le plus souvent - fait qu'elles n'intéressent aucun des voisins, qui préfèrent des vignes "mécanisables", y compris pour les vendanges.

Les voilà donc propriétaires des Trois Petiotes!... Elles sont pratiquement d'un seul tenant : la première est plantée d'un malbec de 40 ans, la seconde de merlot de 35 ans et la troisième des deux cabernets de 30 ans environ, ce qui est exceptionnel pour le secteur, puisque toutes les autres parcelles, ou presque, sont arrachées à 25 ans!... Au total donc, à peine plus de trois hectares.

Trois ans plus tard, après quelques galères dans des locaux trop exigus (il y en a bien quelques-uns de libres à proximité, mais il est difficile parfois d'en disposer lorsqu'on est une "étrangère" qui se veut vigneronne, qui plus est!...), un chai flambant neuf est sorti de terre au bord du chemin. Quelques arpents ont été arrachés à proximité, ils seront replantés à l'avenir d'un cépage blanc... qui pourrait ne pas être régional. Affaire à suivre!... En tout cas, ces travaux récents ont aussi permis d'apprécier les qualités du sol et du sous-sol et si l'horizon de surface pouvait09012012 019 être qualifié sans surprise de limono-sablo-argileux (à moins que l'on ne joue ce tiercé dans un autre ordre!), les argiles plus profondes sont bleues et rouges. Ces dernières ressemblent d'ailleurs à une sorte de latérite très teintée, contenant de petites concrétions de tailles diverses, plutôt surprenante. Un sous-sol pour le moins singulier que les vignerons du cru n'avaient jamais eu l'occasion d'identifier!...

Le moins que l'on puisse dire, c'est que l'installation de Valérie Godelu interpelle dans les environs. Les tenants d'une viticulture conventionnelle pure et dure sont aussi des pères de famille et parfois, ils avouent quelques troubles pour le moins préoccupants, au soir d'un traitement dans les vignes. Il est clair également que la faune qui revient en masse dans les Trois Petiotes et les ramasseurs de rosés des prés peuvent témoigner d'un retour à la vie déjà significatif.

Côté vins, le domaine propose donc une cuvée d'assemblage qui se veut l'expression d'un Bordeaux "classique". Pas celui des années 2000, au sens conventionnel et très Mondovino, mais plutôt ressemblant à ceux qui étaient produits dans le passé. Certes, Valérie ne fait pas référence à sa mémoire de ces vins-là, mais elle veut croire que son approche permettra de revenir à des vins exprimant pleinement les millésimes et les caractères propres à chaque cru. D'ailleurs, pour souligner ce trait, elle propose une cuvée domaine (bon an mal an, 40% malbec, 35% merlot et le reste en cabernet) véritable reflet de l'année, avec une expression assez sudiste et un marqueur cassis (sacré malbec!) soutenu. Au-delà, elle observe et veut produire simultanément une autre cuvée, ou une cuvée qui soit autre, dans le sens qu'elle participera à raconter l'histoire du domaine et dressera à terme, une sorte d'inventaire ou de chronologie descriptive des millésimes. Ainsi, en 2009, est née En attendant Suzie, issue d'un égrappage manuel (qui va d'ailleurs se généraliser au domaine à l'avenir!), de 70% de malbec et le reste de merlot, fermenté et élevé en barriques pendant 24 mois et le tout en utilisant uniquement la gravité. Une sorte de "cuvée no watt"!... Le résultat quant à lui?... En un mot comme en cent : é-nor-me!... La texture et la grande profondeur des jus (le lot dégusté était encore en cuve) laissent deviner le niveau de plaisir qu'un tel vin peut procurer à table, dans quelques temps!... Seul problème, vous l'aurez deviné, il n'y en aura pas pour tout le monde!...

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Mais, rassurez-vous, nous ne sommes pas au bout de nos surprises avec Valérie Godelu et ses Trois Petiotes!... En 2010, devrait apparaître une cuvée 100% cabernet franc issue de raisins ayant atteint ou dépassé la pleine maturité, alors qu'en 2011, c'est un nectar issu de merlot atteint par la pourriture noble qui devrait voir le jour!... Ca va décoiffer!...

Pas de doute, les Côtes-de-Bourg ont recruté un vrai talent au mercato!... Et si les relations avec le syndicat viticole local se sont bien régularisées en à peine trois ou quatre ans, c'est que chacun sent bien, dans le landerneau local, qu'une telle passion au féminin mérite d'être appréciée.

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D'ailleurs, la Pleine Lune, approchant de son périgée, se lève sur l'horizon, superbe!.... Elle avait rendez-vous avec le soleil, mais il s'est carapaté du côté de l'Océan, le bougre!... Le temps d'une photo, elle se partage en trois. C'est un signe ça!...

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13 décembre 2011

Que reste-t-il de nos Bordeaux?...

Depuis quelques temps, j'ai cet air qui me trotte dans la tête... Que reste-t-il?... Pas... Graves... au moment d'arpenter les Pessac-Léognan!... Deux journées portes ouvertes et près de quarante châteaux et domaines à découvrir, sur les soixante-quinze que compte cette aire d'appellation, créée en 1987 sur plus de 1700 hectares. C'est sur l'ancienne Banlieue Prévôtale que se situent les seize Crus Classés de Graves. Alors, grandeur ou décadence au pays des alluvions millénaires de la Garonne?... Deux journées pour se faire une idée, se rassurer ou conforter quelques doutes. Et mesurer aussi tout ce qui sépare ces quelques GCC, largement pourvus financièrement, au point de se lancer, pour certains, dans des travaux titanesques quasi injustifiables (par les temps qui courent!), si ce n'est par une certaine forme de mégalomanie, de folie des grandeurs des propriétaires et actionnaires et ces micro-domaines familiaux, ne dépassant pas même cinq hectares parfois, dont on peut se demander comment ils tiennent la tête hors... du vin ou comment ils résistent aux sirènes de leurs célèbres et puissants voisins. D'autres enfin, dont on peut deviner le soulagement d'avoir vu surgir un investisseur, un mécène, un passionné sachant compter!... Toutes les composantes donc, d'un microcosme bordelais par le bout de la lorgnette d'un week-end sur les graves et par les chemins qui conduisent à Mérignac, Pessac, Canéjan, Villenave d'Ornon, Cadaujac, Léognan, Martillac et St Médard d'Eyrans. A nous les PL!...

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Météo chafouine au programme, ce qui complique l'approche de certains crus, dont les plus grands, pris d'assaut à trois semaines de l'ouverture des festivités de fin d'année. Quelques offres alléchantes qui peuvent justifier l'affluence, mais souvent, à y regarder de plus près, sur des millésimes parfois qualifiés de mal-aimés : 2005 en blanc, 2003 en rouge, même si quelques exceptions sont toujours là pour confirmer la règle!... Le décor, quant à lui, n'a rien d'hivernal. La forêt, lorsqu'elle n'est pas composée exclusivement de pins des Landes girondines, les quelques bois épars, sont toujours vêtus d'or. Les feuilles mortes ne se ramassent pas encore à la pelle!... Routes étroites, chemins de terre sablo-argileuse, parkings quelque peu collants, il est tant de confier notre itinéraire au GPS du bord!... En premier lieu, cap sur la Garonne et les graves alluviales de St Médard d'Eyrans.

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~ Château d'Eyran ~

Un château qui ne manque pas de charme!... Le doit-il à son architecture équilibrée, l'impression qu'il donne d'être une demeure traversant les siècles, bravant les tempêtes, épongeant les inondations garonnaises?... Ou encore aux personnages célèbres qui le hantent peut-être encore, hommes et femmes de lettres notamment, qui le fréquentèrent aux prétextes de cousinages, amours ou amitiés : Montaigne, Montesquieu, George Sand...

Il appartient actuellement à la famille De Sèze (dont un ancêtre fut d'ailleurs avocat de Louis XVI!), après les De Sallegourde (sic!), Dubernet et De Budos, dont Guilhem fut le premier bâtisseur en 1317 (et également neveu de Clément V). Pendant la Seconde Guerre Mondiale, il fut occupé par les troupes allemandes et les vignes furent arrachées. Heureusement, le bouquet de magnolias de la cour, planté en 1855 dit-on, fait toujours l'admiration des visiteurs, en même temps que célébrer le fameux Classement des Crus de la Gironde.

La restauration du vignoble est assez récente, puisqu'il faut attendre l'arrivée d'un gérant, ou régisseur, Stéphane Savigneux, en 1984, pour reprendre la plantation des vignes, deux hectares chaque année (associés à quelques fermages), pour arriver à un total d'environ vingt hectares aujourd'hui : 50% de cabernet sauvignon, 45% de merlot et 5% de petit verdot, mais pas de cépages blancs à ce jour. Les sols sont assez homogènes, composés tantôt de graves sablonneuses et tantôt de graves sur un sous-sol argileux, assez typiques de cette partie du vignoble des Graves, située dans la bande de terre séparant autoroute et voie ferrée d'une part et fleuve d'autre part. Unité de terroir, mais malgré tout, quelques parcelles hétérogènes, comme le révèlent certaines périodes sèches, tel le début de l'été 2011, ce qui pourrait avoir quelques conséquences localisées sur la vigne, selon le vigneron.

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Agriculture conventionnelle affichée, "mais, on raisonne!..." souligne Stéphane Savigneux, amusé. Pratique de l'enherbement, mais pas de pratique bio, même si le vigneron semble mesurer l'importance de la vie du sol... Un cap qu'il se voit difficilement franchir actuellement.

Pour ces journées, Stéphane Savigneux se veut volontiers didactique, au point qu'il nous permet d'apprécier son Rosé 2011, afin d'expliquer ce que sont les arômes fermentaires, puis un échantillon des vins de presse 2011, qui laissent une impression plutôt positive. Pas une pratique courante pour les PO!... Les 2010, quant à eux, ont été rassemblés en cuves depuis peu, après un an d'élevage en barriques et vont être mis en bouteilles prochainement, après quelques interventions sensées les homogénéiser... Sont donc disponibles les 2008 (11,50 €) et 2009 (12,50 €), qui se révèlent assez séducteurs et abordables, avec des tannins gommés et un supplément d'âme et de structure pour le second. Notez que, du côté du chai, le vigneron précise qu'il ne levure pas et qu'il s'attache à utiliser le soufre aussi modérément que possible... Une découverte estampillée vignoble et tradition!...

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~ Château Lafargue ~

Mettons le cap sur Martillac et sur un château... qui n'en est pas un!... Point de bâtisse séculaire sur l'emplacement des installations de ce domaine familial appartenant à Jean-Pierre Leymarie, représentant de la troisième génération, qui prit les rênes en 1983, avec guère plus de deux hectares de vignes à l'époque. Aujourd'hui, un total de 18,5 ha, dont 2,5 de blanc (sauvignon blanc à 80% et gris pour le reste). Du côté des rouges, 55% de merlot, 30 à 35% de cabernet sauvignon et le reste en cabernet franc, plus une petite parcelle de petit verdot.

Viticulture conventionnelle là encore, avec apparition de l'enherbement et un travail du sol selon les parcelles. 12,5 ha sont regroupés autour du domaine, 2,5 sont plus près de Martillac, dans le secteur du Château Lespault et enfin, 3,5 ha sont situés sur St Médard d'Eyrans. Il s'agit là de parcelles appartenant à l'origine au père du vigneron. Dans le cuvier et dans le chai, on s'attache à être au plus près des techniques adoptées dans la région.  Les blancs sont vendangés à la main, puis suivent le cycle classique : macération carbonique, élevage de neuf à dix mois en barriques, avec bâtonnage, etc... Les rouges sont eux, intégralement vendangés à la machine et proposés en trois cuvées, lorsque la qualité du millésime justifie de la parution d'une "Cuvée Prestige". Côté "second vin", notons que les évolutions de l'oenologie moderne sont employées sans arrière-pensées, dans le but déclaré de réduire les coûts de production. Ainsi, quelques essais de copeaux et de "ministaves" (des douelles dans un sac à infusion!..) sont effectués en ce moment. Faut-il chercher plus loin l'explication à l'apparition, depuis quelques millésimes, de Bordeaux à prix plancher, au moment des foires aux vins?... Et il est bien possible que nous ne soyons pas encore au bout de nos surprises!... L'imagination règne en maîtresse insatiable dans le secteur!...

En attendant, découverte du Blanc 2009 (18,50 €) et du 2010 proposé en réservation. Ce dernier offrant un plus de fraîcheur à ce stade. Mais, il faut dire que les 2009, proposés actuellement dans les châteaux de la contrée, sont, pour la plupart, dans une phase délicate rarement séduisante : richesse imposante, prise de bois (pas partout de la meilleure des qualités!) et des amers en fin de bouche... qui vous rassurent quant à la réactivité de vos papilles!... Château Lafargue 2009 rouge est proposé à 16 €, la cuvée Prestige à 22 €.

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~ Domaine de la Solitude ~

A la Solitude, c'est raté pour une retraite spirituelle, en ce samedi!... La foule se presse!... Il faut dire qu'il est près de midi et qu'on y trouve de quoi se restaurer joliment!... Après avoir pris quelques minutes pour découvrir les installations et quelques cuvées, bien sûr!... La Solitude est devenue la vaillante écuyère de Chevalier, depuis que l'équipe d'Olivier Bernard, propriétaire du Grand Cru Classé de Léognan, en a pris les rênes. Objectif qualité résolument affiché, modernisation des installations en cours, la propriété des soeurs de la Sainte Famille, avec ses 32 ha (dont 7 de blanc), connaît une véritable révolution de palais, grâce à son dynamique fermier!... Pas question de satisfaire uniquement les bonnes oeuvres du lieu, mais plutôt de mettre en valeur un vignoble de qualité.

Mission accomplie, si l'on en croit les blancs et rouges 2009 et 2010 proposés à la dégustation : arômes délicats et jolie dynamique pour les premiers, trame onctueuse, fine et séduisante pour les seconds. Du beau travail, dans un style très accessible et gourmand. Tout pour séduire!... D'ailleurs, la foule en redemande!...

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A noter également, une autre propriété de Martillac, le Château Lespault-Martillac, repris en 2009 par le Domaine de Chevalier, dont le potentiel semble se confirmer, s'appuyant sur le terroir d'une des plus belles zones de l'appellation, si l'on en croit les premiers échantillons dégustés à l'occasion de ces portes ouvertes.

Un peu de fromage et de viande du Pays Basque en guise de coupe faim, quelques huîtres pour le soir, juste le temps de saluer, au moment de partir, Daniel et Isabelle, venus de leur Rive Droite et il nous faut reprendre la route. Échange d'informations sur les bonnes surprises de la matinée et la fréquentation des Grands Crus, de quoi réorienter le parcours de l'après-midi...

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~ Château Le Thil Comte Clary ~

Restauration à l'italienne à l'heure de la pause, puis cap sur Léognan, où des Grands Crus nous attendent, mais pas seulement. De l'autre côté de la route, un très beau château caché par la forêt, mais côté vignoble, une bâtisse austère, rigoureuse, minimaliste comme un chai qui ressemble à un modeste garage de campagne. On dit le domaine conseillé depuis peu par Stéphane Derenoncourt. Et pour nous, en cette journée, un rendez-vous raté avec des vins que d'autres ont pu apprécier... Est-ce dû à l'ambiance de l'espace de réception, où plusieurs groupes cohabitent simultanément?... A l'éclairage quelque peu triste?... Au discours tenu par la personne qui propose les échantillons à la dégustation?... Impossible de se forger une opinion!... Dans ces circonstances, nous préférons remettre à une autre fois la découverte du cru... Dommage!... Mais, presque inévitable lors de ce type de journée.

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~ Château Larrivet-Haut-Brion ~

Quelques centaines de mètres nous séparent de Château Carbonnieux. Mais là, c'est le rush du début d'après-midi!... Nous prenons donc la décision de continuer notre route vers Larrivet-Haut-Brion, qui est à peine moins fréquenté. Un fleuron des crus du secteur, mais pas un Grand Cru, au sens officiel du terme, même si le château en a acquis le standing. Les groupes s'y succèdent, nous passons de l'un à l'autre pour écouter quelques bribes des explications données par divers membres du personnel. Le chai, semi enterré, est assez remarquable. On y découvre toute la panoplie des modes d'élevage : barriques neuves, demi-muids, oeufs en béton, foudres ovoïdes en chêne...

A l'étage, une confortable salle de dégustation accueille les visiteurs. Les seconds vins 2009, blanc et rouge, sont proposés, sans laisser de souvenir impérissable. Du Grand Vin, nous ne pouvons apprécier que 2005 en blanc et 2003 en rouge. Un choix curieux... Le premier se déguste très moyennement, alors qu'on pourrait le croire à son apogée, le second nous laisse perplexe, surtout après une première bouteille bouchonnée, donnée en pâture aux amateurs de passage qui, pour la plupart, n'avaient pas identifié le défaut!... Et donc, le château passe du statut de plutôt bon souvenir, avec son blanc 2008 au printemps dernier, à une journée pour le moins en demi-teinte en ce samedi. La glorieuse incertitude du sport, diront certains!...

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~ Domaine de Merlet ~

Nous sommes toujours route de Cadaujac, sur une des plus belles croupes de la commune, celle de Haut-Bailly, fermé pour l'occasion. Seul le parking est accessible et c'est tant mieux!... Juste en face, de l'autre côté de la route, une maison basse typique de la région, sorte de longère de pierres blanches. Le nom n'y est pas gravé dans ce noble matériau, mais sur un panneau tout simple, sensé informer les automobilistes : Domaine de Merlet. Accueil musical, buffet de produits divers du grand Sud-Ouest, en avant pour la découverte!...

Ce domaine, ou Indivision Tauzin, renaît de ses cendres depuis 1989, grâce à la plus jeune génération de l'époque. Pas plus de 4,5 ha de cépages rouges : cabernet sauvignon à 75% et merlot noir pour le reste. On peut aisément imaginer que, s'il n'avait été restauré depuis vingt deux ans, ce vignoble abandonné aux herbes et aux ronces pendant de longues années, serait très convoité aujourd'hui. Peut-être l'est-il toujours d'ailleurs, vu les nobles crus qui le cernent, si ce n'est l'orientation quelque peu est des ses parcelles.

Déclinaison classique des cuvées : Domaine (10,50 € le 2009!) et Spéciale (15 €). Fermentation en cuves inox, macération de trois semaines, élevage d'une année en barriques, du très classique pour cette catégorie de domaines. Et l'illustration même, la mise en évidence d'un Bordeaux à deux vitesses et le voisinage de deux mondes que tout semble opposer, mais qui reste, à plus d'un titre sans doute, solidaire et teinté de conformisme, voire de paternalisme. Il serait cependant intéressant de situer la qualité des vins d'une propriété de cette taille (elles ne sont pas si nombreuses que cela dans le secteur!) dans une logique bio, voire nature. Mais, il est sans doute plus facile de surfer sur la vague de la com' bordelaise et de se laisser porter par le mascaret du négoce local. Ramer à contre courant n'est pas chose aisée à Bordeaux, il est parfois fort!... Notez cependant que Merlet a opté pour un travail des sols intégral et l'abandon de tout herbicide.

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~ Château Le Sartre ~

Cap au sud en guise de conclusion de cette journée. Après la traversée de Léognan, passage à proximité du Château de France assez fréquenté, puis de Fieuzal, ce dernier illustrant parfaitement certaines options grandiloquentes, en matière de modernisation des installations, au vu des travaux de ces derniers mois. Il reste à espérer, pour les investisseurs au moins, que les choix récents influent sur le résultat final, verre en main. Au-delà de la dictature d'une communication bien orchestrée, évidemment!... Rendez-vous lors de futures portes ouvertes?...

Nous sommes là aux limites sud de l'appellation Pessac-Léognan. Plus loin, ce sont les Graves. Le Sartre, domaine dans la "mouvance Perrin" de Carbonnieux, a bénéficié d'un bon capital de sympathie lors de ses premières participations aux portes ouvertes. D'élégants bâtiments, un chai classique, vaste et teinté d'une sorte de réserve, avec juste ce qu'il faut d'équipement pour produire dans de bonnes conditions. Rien de tapageur, mais du concret et du pragmatique. La dégustation des 2009 démontre aussi l'adoption d'une technique éprouvée et sans doute rassurante pour les propriétaires. Côté papilles, c'est somme toute assez rigoureux, un rien austère, limite un peu braque, mais résolument tourné vers l'avenir. Du moins, faut-il l'espérer...

Le temps de saluer la chienne du domaine, sorte d'épagneul anglais, assez âgée pour exprimer d'un regard à quel point le défilé de tous ces visiteurs perturbe sa quiétude, l'empêchant de courir la campagne environnante avec ses maîtres et nous regagnons nos pénates, pour un dîner sympathique autour d'un black bass au beurre blanc, accompagné de pâtes à l'encre de seiche.

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Point de noirceur excessive cependant, au moment de tirer une conclusion de cette journée!... Mais finalement, que reste-t-il de nos Bordeaux (air connu)?... Une communauté de vins qui ne peut nier sa parenté, ses cousinages. Naguère, nous gardions tous ces crus quelques années, dans l'espoir qu'ils nous charment de leurs particularismes, de leur identité à un terroir. Y compris pour les blancs de Pessac ou de Léognan, par exemple. Désormais, ils sont souvent validés technologiquement et produits, au sens littéral du terme, pour séduire, pour être consommables et pour supporter de longs voyages en porte-containers thermo-régulés. Comme si les vins avaient besoin de ces ambiances aseptisées (de l'inox des cuves aux cales des bateaux) pour ne pas faire de croche-pieds aux heureux consommateurs des nouveaux marchés.

Mais, les fruits générés par une (viti)culture ancienne (oubliée?) doivent-ils être aujourd'hui nécessairement conformes, installés dans la rigueur technique et scientifique pour être consommer? Pour ma part, je n'ai plus envie de "consommer" ces vins, pas avant qu'ils ne retrouvent leurs charmes (fussent-ils qualifiés de désuets par certains) dévoilés naguère, lors de "verticales" somptueuses. Il ne s'agit pas là de nostalgie, mais plutôt d'évolution des goûts, lorsqu'on s'attache à ne pas mettre sur un piédestal des vins qui ne le méritent plus, qui ne nous surprennent plus... Bordeaux semble parfois foncer à tombeau ouvert (l'expression tient-elle lieu de funeste prédiction?...) dans une impasse, en faisant le choix d'une fuite en avant technologique et financière, parce qu'elle est devenue une forteresse imprenable, dans l'esprit de la plupart des acteurs locaux. Pourtant, elle devrait se souvenir que ses archives historiques contiennent encore la trace, le vague souvenir de châteaux fortifiés, engloutis à jamais par les marais et les sables des rives mouvantes du fleuve...

Relisons Victor Segalen un instant : "Le divers décroît. Là est le grand danger terrestre. C'est donc contre cette déchéance qu'il faut lutter, se battre, mourir peut-être avec beauté."

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25 novembre 2011

Clau de Nell est ouvert!...

Non, il ne s'agit pas d'une erreur de frappe!... Inutile de chercher, le Clos de Nesle n'existe pas. Pas plus que la tour éponyme, depuis longtemps disparue. Moult amateurs peuvent penser que le domaine angevin, Clau de Nell donc, a lui aussi basculé dans le Layon ou la Loire!... Mais, il est solide finalement, sur cette croupe argilo-siliceuse de Sauné, hameau d'Ambillou-Château, à l'extrémité est de l'Anjou blanc. Plus loin, c'est le Saumurois. Même si le paysage et les caves troglodytiques y ressemblent bigrement.

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Mon dernier passage au Clau de Nell remonte à près de cinq ans. A cette époque, Nelly et Claude Pichard (révélation ligérienne du moment, avec Cyril Le Moing et Jean-Christophe Garnier!) sont pleins d'espoir. Ils sont arrivés de leur Couchois natal (Maranges, Santenay...) au début 2000, pour reprendre ce domaine assez ancien et réputé, faisant partie d'un tout en polyculture, comme c'est souvent le cas dans la région. On peut alors y découvrir les millésimes 2003 et 2004, qui ont permis au vigneron de démontrer tout le potentiel des grolleau, cabernet franc et cabernet sauvignon sur un tel terroir.

L'avenir semble tracé, mais dans les années qui suivent, Claude Pichard laisse s'exprimer toute sa sensibilité, dans la conduite de la vigne notamment, mais non sans prendre quelques risques, quant à la notion de rentabilité et d'équilibre du domaine viticole. Très vite, la clientèle s'interroge... et finit par se faire rare. En 2006, les vins 24112011 011passent à la trappe (problème de volatile?). En 2007, le mildiou envahit le domaine et le raisin est absent au moment des vendanges. En 2008, guère plus de 600 bouteilles sont produites. La situation est grave, si ce n'est désespérée...

Depuis quelques temps, Anne-Claude Leflaive, du célèbre Domaine Leflaive, à Puligny-Montrachet, a créé, de son côté, une structure de négoce avec son mari Christian Jacques, ainsi que Claude et Lydie Bourguigon, le CLAC, ou les Amis vignerons d'Anne-Claude L. Le but est de soutenir, de redonner un coup de pouce commercial à quelques domaines revendiquant culture bio et/ou biodynamie, mais néanmoins en difficulté. Claude et Nelly Pichard en font alors partie. Malgré ce soutien, le domaine est mis en liquidation judiciaire courant 2008 et, afin de le sauver, Anne-Claude Leflaive s'en porte acquéreur. Claude Pichard en restera le salarié jusqu'en novembre 2009, avant de s'orienter vers la poterie... Fin août de cette année là, juste pour les vendanges, un nouveau régisseur est recruté par la propriétaire : Sylvain Potin. Pas vraiment un inconnu, même si ce nom ne vous dit rien, dans un premier temps!... Mais, amateurs et professionnels, fréquentant les salons nationaux depuis quelques années, se souviennent certainement de celui qui représentait le plus souvent le domaine chilien de Clos Ouvert, ayant largement contribué à donner une image moins... mondialisée des vins du Chili. On sait ce qu'il advint du domaine sud-américain, suite au tremblement de terre de février 2010. Certes, l'aventure continue, mais sur d'autres bases. De son côté, Sylvain, fort de son expérience d'une dizaine de24112011 012 vinifications, même partielles, pour cause de séjours en pointillés à Maule et ailleurs, est prêt pour un autre défi et Clau de Nell possède un beau potentiel en la matière!...

A ce jour, le domaine compte toujours 7,8 ha de vignes largement exposées sud : 5 de cabernet franc, dont une petite partie de jeunes vignes de huit ans, le reste de 30 à 45 ans, 1 ha de cabernet sauvignon âgé de 55 à 60 ans et 1,8 ha de grolleau, dont 1,10 du même âge et 70 ares de vieilles vignes de 90 ans. A moyen terme (la parcelle est en cours de préparation), l'ensemble sera complété de 1,5 ha de chenin. Non, non, pas de chardonnay!... Au total donc, à terme, un peu moins de 9,5 ha.

Bien sûr, Sylvain Potin a pris le problème à bras le corps dès son arrivée : taille courte, reprise d'un travail du sol en surface (griffage), s'appuyant sur des sols vivants, du fait d'une pratique régulière, depuis une dizaine d'années, de la biodynamie. Bientôt, il espère permettre l'intervention du cheval, notamment dans les vieux grolleau, pour un travail plus précis, dans les vignes les plus fragiles. En tout cas, les progrès ne se sont pas fait attendre : 6 hl/ha en 2009, 10 hl/ha en 2010 et pour 2011, 25 hl/ha pour les grolleau et environ 30 hl/ha pour les cabernet franc.

A l'origine, les amateurs se souviennent sans doute des trois cuvées du domaine : A Vincent..., A Norbert... et A Gustave... sorte d'hommage aux générations passées des précédents propriétaires. Bien sûr, elles se déclineront sous un autre vocable et de façon quelque peu différente. Il y aura bien un pur grolleau et un pur cabernet franc, mais la troisième sera composée des deux cabernets, dans des proportions à définir, selon les millésimes. En 2009, les vins ont été proposés en Vin de France, mais dès 2010, l'appellation Anjou est revendiquée, ainsi qu'en 2011. Petit bémol pour les amateurs, les deux premiers millésimes sont intégralement destinés à l'export, sous forme d'allocations. Le vigneron ligérien espère bien voir quelques 2011 sur les belles tables françaises, mais, pour le moment, rien n'est véritablement défini à ce sujet.

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Nous gagnons comme il se doit, les caves dans le tuffeau pour déguster quelques lots du millésime 2010, en cours d'élevage. Les trois cépages sont vinifiés sur des bases proches : macérations douces de 22 à 25 jours, genre "infusion". Dans le cas du grolleau, vins de goutte et de presse sont assemblés. Entonnés début décembre 2010, la mise devrait intervenir en juillet 2012. Pendant toute la durée de l'élevage, peu ou pas d'intervention, si ce n'est un soutirage dans les prochaines semaines. A la dégustation, les vins sont d'une belle densité, avec une matière solide, assez austère parfois, mais la route est encore longue... Certains lots révèlent un fruit intense et pur.

Avant de prendre congé, passage dans la confortable cuisine, pour découvrir quelques 2011, qui n'en sont qu'au début de l'aventure!... La plupart des vins sont dans une phase marquée par la réduction, mais les robes profondes suggèrent de belles intensités de fruits rouges. Un des lots de grolleau est très ouvert, dynamique et d'une belle spontanéité. Le grolleau, la véritable future star du domaine, peut-être?...

Une belle redécouverte donc, en pays angevin!... Il nous reste plus qu'à espérer revoir quelques-unes de ces bouteilles dans quelques mois, même si la plupart d'entre elles iront briller sous d'autres cieux... A chacun son destin finalement!... Mais, Clau de Nell mérite sans doute d'être autre chose qu'un élément du patrimoine viticole français expatrié. Et nous serons vite quelques-uns à l'espérer!...

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26 octobre 2011

Escapade sarthoise : pas que des rillettes dans le 72!...

Parfois, il arrive que l'on évoque des vignobles sans les situer parfaitement. N'est-ce pas un peu le cas de Jasnières et Coteaux du Loir?... On les imagine assez bien au nord de la Loire, on accepte l'idée qu'ils soient officiellement reliés à la Touraine viticole (quoique...), mais d'ici à les positionner à coup sûr dans le département de la Sarthe, il y a un pas que nombre d'amateurs hésiteraient à franchir, un soir de Trivial Pursuit, option vins.

Pour s'en assurer, quelle meilleure solution que de se lancer à la découverte de domaines et du vignoble de la région, grâce à Vigne'Horizons, association très confidentielle, je le concède, dédiée au vinotourisme qui, à défaut d'Ardèche initialement programmée (et remise au printemps 2012), tente là de sortir quelques passionnés d'une nébuleuse incertitude. Ceci dit, en matière de brouillard, nous fûmes servis en cette matinée, puisqu'une malencontreuse nappe (qui eut servi voilà peu, la production de moelleux et liquoreux du millésime) ne nous permit pas d'apprécier comme il se doit le panorama du coteau des Jasnières. Ne dit-on pas cependant, que le célèbre Curnonsky déclama un jour : "Trois fois par siècle, Jasnières est le meilleur vin blanc du monde!" Pourtant, jusqu'au tout début des années 90, peu d'amateurs autres que locaux n'avaient de souvenir de dégustation de ces vins. A peine savait-on qu'il était issu de chenin!... Cependant, l'apparition de quelques cuvées exceptionnelles dans les millésimes hors normes 1989 et 1990, sous la marque Aubert de Rycke notamment, allait réveiller la belle endormie, qui ne tarda pas à être nommée révélation de l'année, au Salon des Vins de Loire!...

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~ Domaine de Bellivière ~

Premier rendez-vous prévu en cette journée, avec Christine et Éric Nicolas qui font désormais figure de porte-étendard des vins de la région. Une somme d'exigences, une attention de tous les instants, de toutes les phases et une part de remise en question permanente, qui font avancer tous ceux qui ne se contentent pas de quelques certitudes. Et, pour le moins, voilà un domaine qui avance!... Au point que les cuvées du domaine sont en passe de devenir les "vins de Bellivière", plutôt que des Jasnières ou des Coteaux-du-Loir!...

Pourtant, il ne faut pas voir là un domaine "historique" de la région, puisqu'il fut créé de toutes pièces au milieu des années 90. Une quinzaine d'années, c'est encore très peu, ce qui laisse imaginer la marge de progression de ce vignoble, qui compte aujourd'hui une petite quinzaine d'hectares en production avec, pour l'essentiel du chenin et du pineau d'Aunis.

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Avant de devenir vigneron, Éric Nicolas était un technicien de Total. Peut-être, n'était-il pas tout à fait dans le moule?... En tout cas, ce Picard d'origine rencontra un jour, un "conseiller d'orientation" de la multinationale pétrolifère, qui lui conseilla d'opter pour autre chose de plus personnel. La célèbre entreprise lui permit donc de suivre une formation de deux ans en viticulture-oenologie à Montpellier, qui pouvait lui mettre le pied à l'étrier. Ce fut bien le cas mais, il restait à bâtir...

Après une expérience peu fructueuse dans une structure coopérative du Sud-Est, Eric décide de s'associer avec une congénère de formation originaire des Coteaux-du-Loir. Tout semble se mettre en place dans de bonnes conditions mais, au bout d'un an, le propriétaire des vignes louées reprend son bien!... Tout s'écroule, sauf la détermination du vigneron, bien décidé à s'implanter dans la région.

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Il faut donc reconstruire et ce n'est pas simple dans ce vignoble morcelé. De plus, si les anciens du cru évoquent la présence de 3000 ha de vignes naguère, les dix kilomètres du coteau de Jasnières ne comptent plus actuellement que 120 ha plantés (dont 80% vendangés à la machine!) que se partagent vingt cinq vignerons et nombre de particuliers. C'est vers eux que se tournent les Nicolas, pour se reconstituer un capital terroir, souvent excellent au demeurant, avec ses argiles plus ou moins caillouteuses et ses perrons. Notons que l'on dénombre pas moins de seize déclinaisons de terroir sur Jasnières.

Éric et Christine Nicolas regroupent donc, dans un premier temps, 3,5 ha de vieilles vignes, de ci de là. Pas forcément une mauvaise affaire, parce que ces parcelles étaient souvent labourées par leurs propriétaires. Ils s'intallent donc et une nouvelle aventure commence en 1995. Dans un même temps, ils achètent 1,5 ha de friches en AOC Jasnières, qui seront plantés dès 1996. Au terme de ces vendanges 2011, le domaine totalise pas moins de cinquante-cinq parcelles sur cinq communes, en appellations Jasnières et Coteaux-du-Loir!... On imagine aisément la part de négociation en vue de la constitution d'un tel patrimoine!... D'autant que les us et coutumes locaux déclenchèrent quelques réticences, parfois à retardement, face à la méthode adoptée par le vigneron : travail des sols, culture biologique, enherbement, etc... Pourtant, ironie de l'histoire, les Nicolas récupèrent depuis deux ans certaines parcelles de vieilles vignes qui leur étaient inaccessibles voilà quelques années... Au bénéfice des qualités reconnues de leur travail et de leurs cuvées!...

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Le jour de notre passage, Éric Nicolas procède au décuvage attentif des rouges du millésime 2011. Au domaine, les presses sont toujours associées aux vins de goutte. Si bien que c'est Christine qui nous convie à un tour d'horizon des cuvées disponibles. Chacun peut ainsi noter une très belle progression de la gamme et une non moins remarquable cohérence de l'ensemble, malgré la nécessité de jongler avec un patchwork de vignes!... De plus, en dépit d'une mise assez récente pour les 2010, l'expression s'appuie sur une très belle pureté de constitution. A Bellivère, on peut affirmer sans crainte que les vins sont grands bien plus souvent que ne le l'affirme Curnonsky!...

En guise d'ouverture, Prémices 2010, un Jasnières issu de plusieurs parcelles de jeunes vignes en conversion, élevé en fûts usagés pendant huit à dix mois. Il reste 19 gr de sucres résiduels, ce qui lui confère une bouche tendre très séduisante, mais néanmoins une belle dynamique. Viennent ensuite L'Effraie 2010, des jeunes vignes 20102011 013en Coteaux-du-Loir cette fois (15 gr de SR) élevé pendant un an, puis Les Rosiers 2010, en Jasnières, issu de vignes qui sont âgées de 10 à 25 ans. Il reste là 12 gr de SR, mais avec un élevage identique au précédent, on ne trouve pas la moindre trace de celui-ci et une certaine complexité se dessine, malgré la proximité de la mise.

On franchit un palier avec Caligramme 2009 (10 gr de SR), un Jasnières de vieilles vignes de 70 ans élevé pendant vingt mois. Droit et tendu, à l'image de Vieilles Vignes Éparses 2009 (4 gr de SR), un Coteaux-du-Loir dont les vignes sont âgées de 70 à 90 ans et qui démontre une pureté étonnante, tout en tapissant la bouche de sensations tactiles, minérales. Il va falloir faire le voeu d'en garder un peu, pour s'étonner de son potentiel!... La surprise ensuite, avec Vieilles Vignes Éparses 2004 (6 gr de SR), qui s'exprime sur des arômes et des saveurs de racines, de cucurbitacées en tout genre!... Amateurs de soupe de courge et de préparations à bases de légumes anciens (cerfeuil tubéreux et autres gratins de patates douces et de panais), ne cherchez plus l'accord parfait, il est à votre porte!... Cette même cuvée prend toute sa dimension lorsqu'on peut en apprécier toute la diversité des millésimes. Ainsi, Vieilles Vignes Eparses 2005 (20 gr de SR) illustre des vendanges au cours desquelles le botrytis avait pris possession de tout le vignoble, sans partage.20102011 011 Résultat : un vin d'une remarquable ampleur, sur des arômes de rivages maritimes, de flore dunaire, d'iode, qui suggère les grands espaces. Un défi culinaire!... A conseiller pour les plus grandes tables!...

Du côté des rouges, mise en bouche sympathique avec Castor 2009, le cabernet, puis Pollux 2009, le gamay. Un fruit sèveux, des structures solides, mais pas la moindre fausse note. Vient ensuite Rouge Gorge 2010, un pur pineau d'Aunis, qui laisse délicatement entrevoir sa touche épicée et poivrée, qu'une tendance fruit-fleur agrémente joliment à ce stade. Enfin, en guise de finale et de dessert onctueux, Haut Rasné 2009, issu de jeunes vignes sur la commune voisine de Chahaignes, dont la vendange entre le plus souvent dans L'Effraie, sauf les années à tendance botrytis, comme ce fut le cas cette année-là. 75 gr de sucres résiduels, mais une pureté d'expression là encore, qui permet au vin de garder une très belle tonicité.

Pas de doute, ne perdez pas la tête, n'appliquez pas la politique de l'autruche, vous avez sous les yeux une des plus belles gammes de la Vallée de la Loire!... Et un domaine qui avance doucement, par petites touches. Un vigneron à l'écoute, qui plus est et qui ne campe pas sur de pseudo-certitudes, quant au travail dans la vigne, quant aux conditions d'élevage... Éric Nicolas évoque en quelques mots ses projets, comme la construction d'un chai à cinq niveaux, afin d'utiliser la gravité de A à Z. Quelques pas de plus vers une forme de perfection, qu'il refuse de rechercher, par simple humilité. Soyez-en certains, Bellivière va encore nous étonner!...

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~ Domaine Le Briseau ~

Décuvage à Bellivière, livraison urgente au Briseau, ce sont les Sarthoises qui nous reçoivent en cette belle journée d'octobre!... Christian Chaussard, président de l'AVN, Association des Vins Naturels, du moins jusqu'à la très prochaine assemblée générale prévue le 6 novembre à Paris, a du charger son fourgon et partir dès l'aube pour la capitale. C'est donc sa compagne Nathalie qui nous permet de découvrir ce domaine perdu dans la campagne du village de Marçon. Qui s'en plaindrait?...

Les Mortiers, c'est de prime abord, une sorte de no man's land improbable, que l'on croit surtout dédié à l'élevage ou un lieu perdu au milieu de nulle part, prisé des aventuriers en mal de paix céleste, mais les pieds sur terre!... D'ailleurs, Nathalie qui nous reçoit, semble être surprise de voir surgir chez elle, ce petit groupe d'amateurs, quelque peu en retard, venu troubler son timing de jeune maman!... "Je vous montre les vignes proches et je devrais m'absenter quelques minutes, pour aller chercher mes enfants..." No problem!...

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Christian et Nathalie ont mis du temps pour trouver leur Eden. Et souvent, plus à l'est d'ailleurs. Après un passage à Vouvray, le couple se met en quête de vignes en Ardèche, mais faute de bâtiment viticole disponible, ils doivent rebrousser chemin. Direction Bordeaux, mais pour le vigneron, l'expérience est de courte durée!... Nouveau départ vers l'est, où le Jura semble une option séduisante. Malheureusement, les difficultés ardéchoises ressurgissent... Et c'est donc un peu par hasard qu'ils se retrouvent dans la vallée du Loir. Au final, la région, assez sauvage, plutôt préservée (les chevreuils ne sont pas rares, de toute évidence!) et le terroir d'argiles à silex du plateau des Coteaux-du-Loir leur conviennent bien.

Ils se portent donc acquéreurs de quelques îlots de vignes, dont cet hectare des Mortiers en 2002, planté de gamay, de pineau d'Aunis, de cot et d'un soupçon de gamay teinturier, comme c'était souvent le cas, naguère. Ces vignes-là ont une trentaine d'années. Petit à petit, le pineau d'Aunis remplacera, le jour venu, les autres cépages. Au bout de la parcelle, on devine 1,80 ha de ce cépage vedette de la région, récupéré en 2006.

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Au total, le domaine compte environ dix hectares, dont huit en production, du fait des arrachages de 2010. Mais, non loin de la maison, de jeunes plantes rivalisent avec les coquelicots... Nous découvrons le cuvier assez récent où toute la vendange passe, y compris les moûts achetés çà et là, pour l'activité de négoce, Nana, vins et Cie, qui complète celle du domaine. Les élevages, quant à eux, se déroulent dans deux petits chais à barriques, à Marçon et dans l'appellation Jasnières, réglementation oblige.

Il est temps de passer à la dégustation. Celle-ci s'improvise presque, au grand air, du fait de la météo clémente. Une pile de palettes entre cuves et pressoir fait l'affaire!... Le caveau de type grand cru, ce sera pour plus tard!... Mise en bouche très agréable avec You are so happy, le pét' nat' façon Chau-Chau, composé de chenin et de sauvignon. Puis viennent deux jolis blancs du millésime 2009 : le Vouvray et Kharaktêr, incontournable du domaine. Seul 2010 de la série, You are so beautiful, le Pinot noir en provenance de Valencay, dans un style assez fool-fool!... Cote d'alerte 2009, pur cot comme il se doit, déborde de fruit sur une structure solide. Enfin, Patapon 2009 (pineau d'Aunis et gamay), puis Les Mortiers 2009 (100% pineau d'Aunis) s'avèrent solides et droits, pour peu qu'on leur laisse le temps de s'exprimer pleinement.

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Deux facettes donc, des vins de cette région qui ne manquent pas d'originalité. Il faudrait aussi prendre le temps de rendre visite à Jean-Pierre Robinot, du Domaine des Vignes de l'Ange Vin, à Chahaignes, ou encore à Renaud Guettier, à La Grapperie, sans oublier Émile Hérédia, au Domaine de Montrieux, en Coteaux-du-Vendômois. Tout cela pour faire le tour du Val de Loir nature!... Affaire à suivre, donc!...

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21 octobre 2011

Layon, randonnée Grand Cru!...

Il est des journées, au coeur d'octobre, qui vous donnent des ailes!... La matinée est fraîche certes, mais dès les premiers pas, on devine aisément que ce dimanche va forger nos souvenirs de randonnée de trois composantes essentielles : vigne, minéral et lumière.

Nous avons choisi l'option St Aubin de Luigné comme point de départ et d'arrivée de cette randonnée qui se déroule entièrement sur la rive droite du Layon et ses coteaux exposés au sud. Une petite place en bordure de la rue du Canal de Monsieur et à peine quelques centaines de mètres à parcourir pour trouver sans difficulté le chemin qui mène au Pont Barré, de St Lambert du Lattay, qui est en fait l'ancienne voie ferrée, tracée naguère sur les bords de la rivière pour acheminer le minerai depuis plusieurs sites du côté de Thouarcé. Un chemin très apprécié également des vététistes, qui trouvent là seize kilomètres au profil très... performant. Encore quelques pas et nous atteignons la commune de Rochefort sur Loire, sur laquelle sont situés les crus de Chaume et Quarts-de-Chaume, objectifs premiers de cette journée.

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Plutôt que de continuer sur le confortable GR 3d, il faut rapidement bifurquer dans la pente, en direction du petit hameau de Chaume. On trouve là le premier panneau d'informations rappelant les éléments historiques et constitutifs de ce vignoble hors du commun. Laissant à droite le portail fermé de Château Bellerive, nous traversons Chaume, franchissons ensuite un petit vallon pour atteindre L'Echarderie (Vignobles Laffourcade), puis un point haut qui offre une jolie vue sur les Quarts-de-Chaume, appellation Grand Cru depuis quelques semaines, qui compte environ 40 ha, mais où l'on totalisait en 2009, 33 ha en production pour une quinzaine de déclarants de récolte.

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Là, en regardant vers le sud et vers les pentes les plus marquées, se situent les Quarts-de-Chaume "historiques", sans doute les meilleurs terroirs. On dit qu'au Moyen-Âge, le tènement de Chaume était la propriété des Seigneurs de la Guerche (château en ruines sur la rive gauche du Layon), loué aux moines de l'Abbaye du Ronceray d'Angers qui, comme souvent à cette époque, tentaient d'y entretenir et d'y développer la culture de la vigne. On imagine aisément les recherches que ces moines durent entreprendre pour sélectionner ainsi les plus grands terroirs de notre beau pays!... Par cet accord, un bail à complant, pratique foncière courante à l'époque, les moines-vignerons devaient chaque année restituer au seigneur un quart de la récolte et de préférence le meilleur, eu égard au rang du maître des lieux.

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L'histoire nous dit parfois que ce sont les vignerons du cru qui payaient cette "dime" aux moines propriétaires. On peut donc imaginer que ces derniers soient devenus au fil du temps, ou par un accord ultérieur lié à quelque évènement, les titulaires des baux et qu'ils aient appliqué le même impôt à l'encontre de leurs ouailles. Réduction des vocations, bulle pontificale pour une plus grande pratique de la méditation dans les différents ordres, orientation vers plus de prédication dans les contrées lointaines, un tout, une "réforme" qu'il fallait peut-être bien financer à l'heure du replis dans les monastères urbains!...

On peut donc prendre le temps d'un détour jusque vers Suronde, sa tranquillité, ses grands cèdres vénérables et préférer à une remontée immédiate vers Plaisance, un cheminement dans le vallon et les parcelles qui remontent vers le nord, dans le secteur des Zerzilles, Chaume Premier Cru, chez Guy Rochais notamment.

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Nous regagnons ainsi le plateau de Plaisance, pour faire une large boucle autour du très beau domaine de la Soucherie, entouré de vignes dorées, dépourvues des dernières tries. Finalement, il n'y a qu'à Suronde qu'il reste quelques grappes.

Mais, avant de continuer vers l'est et le coteau de Pierre Bise, prenons connaissance d'une installation située en bas du vallon qui sépare Plaisance et Soucherie. C'est là, en effet, qu'une étude des transferts de pesticides dans un petit bassin versant viticole du Layon a été initiée par l'Université d'Angers, entre 2007 et 2009. Le panneau nous en détaille la problématique. Les détails des constatations faites alors (pages 15 à 18 du document) n'ont rien de très rassurant...

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Nous goûtons à la variété des paysages du site, marchant tantôt dans une superbe allée boisée, le long d'une coulée et découvrant quelques éléments très explicites du terroir local. Le chemin choisi regagne ensuite la mi-coteau et, en à peine quelques centaines de mètres, nous longeons la parcelle dite des Moulins à Vent d'Eric Morgat. Un hectare de jeunes chenins dédiés à la cuvée Litus, du vigneron de Savennières. Un secteur très différent du précédent, plus sec, plus "volcanique", au moins pour la variété des pierres qui jonchent le sol. Une terre qui apparaît plus aride, plus "sud" également par sa flore. Il s'agit là d'anciens pâturages exposés à tous les vents, qui restèrent très appréciés du bétail et des chevaux des exploitations voisines, plutôt que les prairies grasses du bord de la rivière, sans que l'on sache vraiment pourquoi, même en période sèche. Sans doute la "magie" du lieu, plus minéral, plus aérien.

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C'est l'heure de la pause et nous nous installons en bordure du chemin qui longe le coteau des Treilles, à proximité de la réserve naturelle régionale du Pont Barré, dont la faune et la flore ont un très net accent méditerranéen, dit-on. Arbres rares, bruyère et ajoncs, papillons multiples, un endroit, façon garrigue, qui respire la santé. Au loin, sur l'autre rive, on aperçoit le clocher de St Lambert du Lattay et, au premier plan, le coteau des Bonnes Blanches, cher à René Mosse, qui est sans doute le seul secteur au potentiel "premier cru" de la rive gauche du Layon.

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Le panneau ne manque pas de vous le rappeler : la descente est dangereuse, du moins à vélo!... Les randonneurs pédestres vont retrouver là, pendant quelques centaines de mètres, une sorte de sentier de montagne, qui permet d'apprécier la pente du coteau des Treilles, propriété de la famille Pithon et de rejoindre ainsi, ce que les géologues appellent parfois le "rift du Layon".

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De retour sur le plat et le GR 3d qui remplace la voie ferrée, il nous reste quatre kilomètres environ à parcourir pour rejoindre le bourg de St Aubin de Luigné. Deux options se présentent : entreprendre la traversée du coteau au coeur des vignes, sur les schistes qui glissent parfois sous les chaussures, ou rejoindre le véritable GR tout au long de la rivière qui, à cette époque de l'année, semble figée pour l'éternité, sous une pellicule verte de lentilles.

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Quatre kilomètres, c'est finalement très peu pour tout bon randonneur qui se respecte!... Juste le temps de mesurer l'importance de préserver ces espaces que l'on sait menacés. Et d'espérer que l'homme, vigneron ou marcheur du dimanche, n'oublie pas chaque jour qu'il fait partie d'un tout auquel il doit s'intégrer en prenant le temps d'observer, plutôt que d'exiger et de contraindre, au nom d'une supposée efficacité, voire au titre d'une quelconque rentabilité. Des paroles par trop idéalistes pour vous?... Et si on parlait de l'avenir des générations futures. On imagine un instant, qu'après une telle escapade, on puisse, au coeur de l'été, se tremper dans le Layon pour se rafraîchir. Le ferions-nous aujourd'hui?... Question de confiance qu'il nous faut retrouver. Parce que nos vies sont désormais pleines de doutes, au moment d'apprécier comme il se doit cette promenade que l'on pourra peut-être appeler un jour le Balcon du Layon, baignade comprise!...

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Quelques éléments concernant le terroir de Chaume sont également disponibles ici.

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12 octobre 2011

Vendanges 2011 : dernières nouvelles du front, etc...

Difficile de résister à l'envie de vous faire prendre connaissance du message d'Ivo Ferreira, de L'Escarpolette, à Montpeyroux, en Languedoc. Il signe la fin de cette période si importante : "J'étais en plein dans ces vendanges, lorsque j'ai reçu ce mail, auquel je n'ai pas eu le temps de répondre!... Toujours est-il que j'ai été très très fier de figurer parmi tous ces bons vignerons, dont certains vins m'ont passionné quand j'étais sommelier!!!"

"Mes vendanges ont commencé le 14 août par un muscat qui est sur une petite terrasse de Lagamas. On l'a ivo-ferreira-escarpolette-montpeyroux[1]récolté avec une dizaine de copains en deux heures. Ensuite, on est allé à la maison pour s'en occuper ; pendant ce temps là, d'autres copains sont passés à l'improviste et par hasard. Du coup, on était une quinzaine devant la saucisse grillée pour le déjeuner."

"S'en est suivie une petite sieste en début d'aprem', puis une baignade dans les gorges de l'Hérault... Ce dimanche, comme tous les dimanches de l'été, il y avait un concert de jazz au bar à vins "La Terrasse du Mimosa". Ça s'est prolongé jusqu'à minuit, puis un boeuf s'est improvisé à la maison et il nous a baladés jusqu'à quatre heures du mat'..."

"Tout ça pour te dire que mes vendanges ont été à l'image de cette première journée, complètement improbable, inattendue et inoubliable. Et ça se ressent dans les vins, qui ce sont tous terminés (sucres et malos) avec de belles matières très soyeuses!... En un seul mot : "Détendu!..." Si jamais tu balades ta pipette dans le coin, n'hésite pas à m'appeler!"

Merci Ivo, pas de problème, c'est bien noté!... (Photo ci-dessus : terredevins.com)

Avant même la mi-octobre, les vendanges 2011 sont, soit terminées, soit en cours de finition. Voyons les dernières nouvelles.

Voilà un peu plus d'une semaine, Benoît Tarlant, au coeur de la Champagne, nous fait un petit bilan de ses vendanges : "Globalement, de mon point de vue, une belle année dans la vallée!... Il y avait des raisins comme il faut, ni trop, ni trop peu et la maturité s'en est ressentie, avec de beaux équilibres : 10,3 en maturité, 8 en acidité et 2,97 en pH, moyenne pour l'ensemble de la cuverie. Ces chiffres, hors dégustations et avec des variations d'une vigne à l'autre, ne sont pas une fin en soi, mais ils donnent une tendance assez positive."

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Source : Blog de Benoit Tarlant

"On a eu un peu peur le tout premier jour d'un remake de 2010, avec quelques vignes un peu jeunes de meunier, un peu chargées, qui commençaient à pourrir. Ce sont les seuls qui, pour moi, sont en dessous du niveau. Le reste est de beau à très beau. S'il y avait quelques mots pour 2011, ce serait : ressenti, rythme et guêpes!..." Ne cherchez pas, c'est un code champenois!...

En Anjou, on s'active toujours!... Eddy Oosterlinck prend un petit moment pour nous communiquer quelques infos, quelques tendances et impressions : "Nous sommes en train de rentrer le rouge : 14,5° et absolument sain!" Du côté des blancs : "Une quantité acceptable de beaux secs entre 12 et 14°, des moelleux entre 19 et 21° et des liquoreux entre 23 et 30°!... En ce qui nous concerne donc, un très grand millésime en perspective!..." Décidément, le potentiel du coteau de Juchepie se confirme comme un des meilleurs de ce secteur du Layon et le travail d'Eddy et Myleine porte tous ses fruits, comme il se doit. Comme une paire d'as pour 2011 sur vos tablettes!...

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Non loin de là, les vendanges sont terminées depuis peu chez Stéphane Bernaudeau et ce dernier avoue que ce fut un vrai casse-tête!... "Du vinaigre, du vinaigre et encore du vinaigre!... Heureusement que septembre fut une sorte de mois d'août, car la récolte aurait été encore plus catastrophique, sachant que j'ai déjà récolté presque moitié moins de l'année dernière!..."

Quelques mots aussi, au passage, pour nous expliquer le sens de ce message aperçu récemment , par transparence du verre et du vin, au dos d'une étiquette de la cuvée Les Nourrissons 2004 : "Joyau était le cheval comtois avec qui je travaillais chez Mark Angeli et que j'ai trouvé mort, un matin dans l'écurie..." Un bel hommage à ce compagnon du labeur et du labour quotidien, qu'un autre Angevin apprécie sans doute à sa juste mesure...

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... même s'il est aux prises avec un sinistre sire de ce "noble" service de la Répression des Fraudes!... Répression, déjà, tout est dit!... Peu de chance qu'on y côtoie des amateurs d'humour autre qu'au premier degré!... Certes, Olivier Cousin pratique ce genre de sport avec éclat parfois, mais mérite-t-il vraiment que son navire, son frêle esquif authentique et naturel ne subisse les effets de cette vague scélérate?... Sylvie Augereau, sur Glougueule, essaie d'armer, voire "d'armurer", le pot de terre contre le pot de fer!...

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Soutenons-là en signant la pétition à destination du Procureur de la République, parce que, en plus, l'hypocrisie de tout ce qui entoure la pseudo-réforme des AOC-AOP devient insupportable!... En espérant malgré tout, qu'Olivier Cousin ne jette pas l'éponge!... 

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21 septembre 2011

Vendanges 2011 : tous ne triaient pas, mais...

... tous rêvaient d'autres millésimes!...

Vraiment, Dame Nature aurait pu faire mieux pour le premier millésime de la toute nouvelle et très attendue AOC Fiefs Vendéens!... Vous en connaissez, vous, des appellations qui ont eu ce type de météo, pour l'année d'obtention du précieux sésame?... Ça mériterait d'être vérifier!... Déjà, il y a toutes celles qui datent de 1936... forcément une bonne année!... Anjou, Arbois, Beaune, Château-Grillet, Gevrey-Chambertin, Sauternes, Vouvray... Et puis, Cahors en 1971 et Corbières en 1985. Remarquez, avec Côtes-de-Provence et Côtes-du-Roussillon, en 1977, il pourrait y avoir photo!... En plus, deux AOC "littorales", comme en Vendée, avec force rosés estivaux!... Un hasard, forcément!...

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En Vendée donc, quelques nouvelles des Fiefs. C'est Samuel Mégnan, du Domaine Aloha, dans le secteur de Brem, qui nous rassure quelque peu : "Pour ma part, très jolis raisins sans pourriture, mais avec des rendements très bas (ceci explique cela...). Jolis jus très nets de pinot noir et de gamay, avec un bel équilibre sucre/acide." Voilà pour ce qui est vendangé. Et pour ce qui reste?...

"Pour ce qui reste, gamay et pinot noir, pour faire du rouge, seront prêts dans quelques jours. Les chenin sont magnifiques (jaune doré), exempts de pourriture grise et la noble arrive tout doucement (slurp!!!). J'ai une crainte pour les cabernet qui ne sont pas rendus au bout... Il serait bien que le soleil les aide un peu... Un vrai millésime de vigneron!..."

Passons du côté de Mareuil, où Jérémie Mourat nous dit, le 17 septembre, qu'il rentre tout juste de vacances!... Mais non, c'est une blague!... A cette date, les 3/4 de la récolte 2011 sont logés en cave. Au domaine, la récolte a été exceptionnellement précoce, avec les premiers pinot coupés le 29 août!... Cependant, "les pluies et la fraîcheur de cet été rendent ce millésime plus compliqué que prévu."

"Côté réussite, les chenin sont super, avec de l'alcool et de la tension. Ça, c'est LE point de réconfort de 2011. Il a fallu tout de même jusqu'à trois tries sur le Clos Saint André, pour rentrer des raisins au top." Résultat : déjà deux tris à 20% (triés les 3 et 10 septembre!) qui fermentent doucement dans un oeuf (en béton), en attendant les prochaines tries!...

"Côté déception, cette satanée négrette... Ce cépage méridional n'aime vraiment pas la pluie. Nous avons dû dire adieu à quasiment la moitié des volumes pour sortir des jus satisfaisants!..." En cette fin de semaine, ce sera au tour des cabernet franc.

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Non loin de là, Jean-Marc Tard, du Domaine des Jumeaux, nous fait part de ses difficultés, le temps de passer un texto!... Il a commencé le 13 septembre par les pinot. Beaucoup de pourriture, un tri assez sévère s'impose, mais la maturité est plutôt bonne. A noter une acidité de 4,5 pour la négrette!... Samedi dernier, effeuillage dans les deux parcelles et "tri de dépourri" (une méthode utilisée par certains en Anjou, voilà quelques jours, avec des effets positifs, semble-t-il). "J'espère que la pluie ne va pas me jouer un sale coup!..." Premier passage dans les chenin prévu le 24. "Le gamay est magnifique!... Je dois le ramasser les 20 et 21. Merci la taille en gobelet!..."

Un peu plus vers l'est et le nord, Philippe Orion, du côté de Chantonnay, qui certes, croit toujours en sa bonne étoile, mais n'y va pas par quatre chemins!... Zéro langue de bois!... "Année très difficile, avec un printemps exceptionnel, un été pourri et de la pluie avant les vendanges!... Ceux qui ont travaillé à la vigne (effeuillage, éclaircissage et vendanges manuelles) et qui vont aussi travailler à la cave auront, je pense, une chance de s'en sortir!... Ce sera une année de vignerons : dégustations à suivre!..."

Ensuite, direction l'Anjou, côté Aubance, avec Christophe Daviau, du Domaine de Bablut, à Brissac-Quincé. "Nous avons donné les premiers coups de sécateurs tout début septembre, pour les cépages primes et nous sommes actuellement dans le suivi des maturités des cabernet et du chenin blanc." Les différentes pressées pour le Crémant de Loire sont faites (chardonnay, grolleau noir, chenin blanc et cabernet franc). Le Rosé de Loire (grolleau noir) et le sauvignon blanc sont en fermentation et diffusent de jolies senteurs dans la cave. "Cela semble prometteur... Les cabernet - que nous vendangerons en fin de mois, je pense - sont très hétérogènes au niveau de la maturité. Il va falloir bien gérer les parcelles les unes après les autres. Quant au chenin blanc, il y a peu de vendanges sur le coteau de Grandpierre, du fait d'un coup de gel en mai, les raisins peu nombreux sont superbes. Sur le plateau de Princé et la butte de Beaumont, la vendange est très jolie."

Et Christophe Daviau de conclure : "C'est certain que c'est une année peu commune... Nous avons eu l'été au printemps et l'été, la vraie saison, a été mitigé!... Le beau temps a eu du mal à s'installer durablement, sans pour autant avoir eu de grosses précipitations. La vigne a été limite en stress hydrique jusque mi-juillet, puis les petites pluies successives ont maintenu un feuillage vigoureux, mais sans excès. Les sols sont toujours aussi secs en profondeur. Pour l'instant, la vendange est saine et la maturité progresse bien. Nos vignes étant peu chargées, elles sont moins sensibles à une explosion de pourriture grise et... c'est tant mieux!..."

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Tiens!... Des nouvelles d'Olivier B, vigneron dans le Ventoux. C'est certain, il y aura un millésime 2011 au domaine!... "Ici, après une avance annoncée au débourrement d'environ deux semaines, les deux périodes froides et pluvieuses de début juin et début juillet ont ralenti le processus. Les dix jours de canicule de la mi-août ont fait un peu de mal, à tel point que deux de mes parcelles ont presque plus mal réagi qu'en 2003, certainement perturbées par ces alternances climatiques..."

"Côté raisins, je ramasse les blancs samedi 24. Cela aurait dû être déjà fait pour les roussanne, mais voilà, je ne fais qu'un pressoir de blanc avec les grenache et donc j'organise une seule matinée de vendanges. D'autre part, les travaux retardés de mon désormais célèbre hangar et la mise du rouge 2009 m'imposent cela."

"Côté rouges, les degrés potentiels sont haut - 14-15° - aujourd'hui, mais l'ambiance s'est considérablement rafraîchie ce week-end et donc, je vais certainement attendre une meilleure maturité de la pellicule (dégustation des peaux globalement sèches et herbacées ce jour). A la faveur des nuits fraîches, les sucres devraient plafonner et je pense attendre au moins jusqu'au 3, voire le 10 octobre (sortie du 4è album d'Yves Jamait!). Pas de vrai souci de botrytis à ce jour et donc, j'espère bien aller au moins au 3 octobre!..."

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En guise de conclusion, André Chatenoud, du Château de Bellevue, à Lussac-Saint-Émilion, nous envoie quelques images de cette période irremplaçable de nos mois de septembre, voire d'octobre. Vivement l'année prochaine!...

Posté par PhilR à 22:30 - - Commentaires [1] - Rétroliens [0]
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15 septembre 2011

Vendanges 2011 en Anjou : pas simple!...

Un superbe après-midi automnal (enfin presque!), pour prendre la température de l'Anjou vendangeur!... Où, pour l'instant, à quelques exceptions près, c'est plutôt le temps qui est... vengeur!... Après quelques millésimes que l'on peut être tenté de qualifier de confortables, ce qui n'évacue pas leurs particularités, qu'il fallait un tant soit peu gérer, 2011 arrive cul par-dessus tête!... "Un printemps chaud et sec, alors qu'on attendait de l'eau et de la pluie parfois conséquente lorsqu'il fallait du soleil!... Un millésime à l'envers!..." Paroles de vignerons!... En tout cas, 2011, millésime de vignerons!...

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Nous sommes à la mi-septembre et la précocité annoncée du millésime est toujours d'actualité mais, sur le fond, ce n'est donc plus l'avance au sens premier qu'il faut gérer mais, dans nombre de cas, il va s'agir de sauver ce qui peut l'être... Ou faire un pari sur une bascule météo qui mène nulle part!... Cette semaine, aussi loin qu'on se projette et si l'on en croit la météo, deux ou trois jours anticycloniques, avec faibles brises de nord ou de nord-est, devraient être suivis d'une instabilité récurrente. De toute façon, il reste cette humidité dans la terre et ces températures qui montent vite... Un cocktail qui pose problème!... C'est bien simple, nombre d'Angevins vont ramasser les premières tries pour les Layon, un signe qui ne trompe pas. Et encore, il ne faudra pas manquer de mettre le nez dans les grappes!...

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En premier lieu, passage chez Richard Leroy, à Rablay sur Layon. Une bonne adresse pour avoir quelques échos du cru. En fait, à cette date, Richard est dans les jus!... Pour ses deux cuvées, le Clos des Rouliers et les Noëls de Montbenault, du chenin, rien que du chenin. Et même du chenin de France, comme l'indiquent les cartons maison. Ici, le vigneron aime ramasser des raisins dorés et sains. Zéro botrytis!... La parcelle des Rouliers a été ramassée la veille et maintenant, il s'agit de passer le tout en barriques. Pour les Noëls, c'est déjà fait depuis plusieurs jours!... On goûte?... Allez!...

Les jus sont superbes de fruit et absolument nets. Les Rouliers sortent du pressoir, mais leur fraîcheur est remarquable. Les Noëls sont aussi en fûts, dont certains neufs et venant de Bourgogne. La fermentation avance et les jus sont toniques et droits, avec des degrés un peu inférieurs aux 2010 record.

Goûtons ces derniers, tiens, pendant qu'on y est. Le Clos des Rouliers est en bouteille depuis à peine plus de quelques jours (mais pas encore disponible). Grosse impression dès les premiers instants. Cela se confirme en bouche avec une structure façon cathédrale!... C'est du gothique angevin!... Croisée d'ogives, arcs-boutant, vitraux... "Je crois que c'est le meilleur que j'ai jamais fait!..." C'est dit!... "Mais bon, 2010, c'est un millésime exceptionnel!..." On passe aux Noëls de Montbenault, qui sont toujours en cuve!... Là, ça déménage!... En fait, il reste un peu de sucres résiduels, il va falloir patienter encore. La structure est énorme!... Ici, on construit façon granite ou rhyolite du fond des âges!... Vous voulez goûter du Leroy?... Inscrivez 2010 sur votre carnet!... D'ici la mise, vous pourrez très bientôt découvrir la suite de ses aventures, grâce à Etienne Davodeau!... A ne pas manquer!... On en reparle bientôt!...

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En quittant Richard Leroy, celui-ci me lance : "Tu devrais appeler Eric, il doit être en train de vendanger..." Sitôt dit, sitôt fait!... Éric Morgat est en pleine cueillette, en effet, sur sa parcelle des Moulins à vent, non loin du Breuil et de Pierre Bise, à proximité également des Treilles de la famille Pithon. Superbe parcelle, où le vigneron récolte pour sa cuvée Litus, du chenin sec sur spilite. Des vignes de huit ans qui se portent plutôt bien. Aujourd'hui, le vigneron est perplexe, notamment du fait des difficultés du millésime : un tri drastique s'impose, pas moins de 30% des raisins vont rester par terre!... Les grappes elles-mêmes sont partagées : une face aux raisins dorés et une face aux raisins verts. Pourtant, lorsqu'on goûte ces derniers, l'écart que laisse supposer la couleur des baies ne condamne pas les uns par rapport aux autres. Bizarre... Une des conséquences de cette situation impérieuse de tri : les vendanges s'étirent et on ne remplit qu'un pressoir par jour!... "Ça nous change des dernières années!..."

Du côté de Savennières, des résultats différents selon les parcelles. Il reste un peu de raisin sur celles qui composent L'Enclos, mais les 50 ares de Roche-aux-Moines étaient superbes. Par contre, du côté de Pierre Bécherelle, Éric a rencontré un peu les mêmes difficultés que du côté de Pierre Bise, avec une grosse proportion de pourri apparu très tôt. Un problème qui préoccupe d'ailleurs le vigneron, car il fait ce constat chaque année, sur ce "cru" qui a tout pour plaire de par sa morphologie, sa structure et la composition de son sol, mais dont l'approche culturale complique la donne. Faudra-t-il abandonner le travail du sol au profit d'un ré-enherbement, le temps que cette ancienne friche boisée ne brûle son humus et la proportion d'azote qui en découle?... C'est peut-être la clé, pour obtenir le rendement et la qualité de vendange attendus sur cette parcelle encore très jeune.

Éric Morgat évoque sa dix-septième vendange en Anjou, avec 2011. Une expérience qui se forge années après années, mais les difficultés d'un tel millésime ne manquent pas de l'interpeller... "Décidément, on a un drôle de métier..."

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Le troisième larron du jour n'a pas la même expérience que les deux précédents, loin s'en faut, en matière de vendanges et de vinifications. Il faut dire qu'il vient juste de mettre les doigts, voire la main tout entière dans le pressoir et l'engrenage du vin!... A ce jour, il est bien chercheur au CNRS, catégorie géographie de la santé, ce qui le transporte régulièrement aux quatre coins, si je puis dire, de la planète, mais arrive tant bien que mal, à travailler le sol de ses parcelles, à tailler, à vendanger et donc à vinifier pour la deuxième fois en vraie grandeur, mise à part une déjà célèbre Petite Graine, que les amateurs du web 2.0 ne peuvent ignorer.

Sébastien Fleuret, micro vigneron à la tête de 1,3 ha de vignes, met donc tout en oeuvre pour mettre sur la table des cuvées fidèles à ses goûts pour les vins dits naturels. Pour les vendanges, il compte bien évidemment sur les week-ends et la mobilisation de quelques copains les plus sensibles à ses suggestions d'accords vin-musique (une exclusivité maison!), mais la météo chaotique du millésime 2011 impose des interventions urgentes, comme en ce mercredi, pour un premier tri sur les chenins de Beaulieu, afin de proposer un blanc sec au long cours : Refaire le monde. Joli nom pour une cuvée, dont la version 2010 ne devrait être disponible qu'en mars 2012. Goûtée dans ses deux versions actuelles - cuve et fût - tout porte à croire que l'association des deux devrait séduire.

Notez que dès dimanche, si vous passez dans le coin, ce sera au tour des rouges, du cabernet franc, dont la version 2010 en rouge, Léon, connaît un franc succès (allez-y, il en reste un peu!), mais dont le vigneron a fait également un rosé pétillant, ou plutôt un "vin pétillant à peaux-rouges", Sitting Bulles, avec ses arômes de fraises des bois et sa fraîcheur, qui font courir (plus pour longtemps, il ne reste que quelques flacons!) ses plus fidèles supportrices angevino-parisiennes!... Suivez mon regard!...

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Cabernet, chenin, contre mauvaise fortune, bon coeur!... En Anjou, comme ailleurs, gardons notre bonne humeur lors de ces vendanges pas simples... et mangeons des crêpes au beurre!...

Posté par PhilR à 00:06 - - Commentaires [1] - Rétroliens [0]
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