La Pipette aux quatre vins

Partir à la découverte du vignoble, des vignerons et des vins.

28 avril 2008

Un certain regard...

21 et 22 avril : tout le monde s'est donné Rendez-Vous en Beaujolais!... Rien que le Beaujolais!... Tout le Beaujolais?... C'est la troisième édition de cette manifestation mise sur pieds (et portées à bout de bras, peut-être, certains jours!...) par Inter-Beaujolais, sur quatre sites cette année (au lieu de six en 2006).

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Le Beaujolais, ses dix crus, ses climats, son paysage plein de charmes, sa réputation planétaire, ses terroirs variés, ses châteaux, sa tradition familiale (on ne compte plus les vignerons de la cinquième, sixième, voire septième génération!...) et... sa crise épiphénomènale!...

Pourtant, les Beaujolais, on est certains d'aimer ça, diantre!... Bien sûr, depuis quelques années, la version "Primeur" connaît moins de succès que naguère, le troisième jeudi de novembre!... Et nombreux sont ceux qui ont fait cet amalgame curieux entre répression de la maréchaussée et certaines dérives de l'oenologie moderne. Au point d'évacuer complètement qu'une tartine de rillettes accompagnée d'un verre de rouge au bar, ça a parfois des côtés sympas, pour tenter d'oublier certains aspects de notre quotidien!... Arômes de banane écrasée mis à part!...

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Le Beaujolais est-il une forteresse, dont le donjon renferme une Belle au bois dormant?... Celle-là même qui attend un Prince charmant et son beau cheval blanc!... Ou plutôt Cendrillon, dont la pantoufle de verre ne saurait résister à la texture de certains sols de la région?...

Pendant deux jours, les Rendez-Vous déroulent le tapis rouge. Architecture historique réhabilitée, jardins à la française, logistique soignée. Rien ne manque!... Conviction, enthousiasme, les acteurs n'en manquent pas non plus et, notamment, Jean Bourjade, Délégué Général d'Inter-Beaujolais et Anne Masson, attachée de presse.

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Seulement voilà!... Ces deux journées, sur plusieurs sites, cela permet aux visiteurs (grâce à la navette, c'est plus facile!) de porter... un certain regard sur le vignoble... Certes, la météo de ces deux jours, façon grisaille humide, n'est guère favorable. Mais, à cette époque de l'année, la vigne rasée de près, si elle laisse apparaître les formes, les pentes, la difficulté évidente de certains coteaux, montre aussi tout ce qu'elle subit, à longueur d'année!...

Par le plus grand des hasards, sans doute, le dernier numéro de la revue L'Amateur (The Wine Lovers) propose un article de Michel Bettane, intitulé : "Alerte en Beaujolais". Il parle de "vignes naines, de sols bétonnés et morts... de millions de bouteilles stéréotypées..."

Dès la première lecture et... les premiers kilomètres, le doute est présent dans les esprits. Personne ne peut le nier. L'évidence selon laquelle une région viticole en crise peut, toute entière, s'enferrer dans une argumentation quasi suicidaire devient évidente : diminuer la densité de plantation?... Mécanisation des vendanges?...

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Pourtant, tous les vignerons de la région ne sont pas sur cette longueur d'onde. On peut le constater aisément en se rendant sous la toile et sur la paille de la Beaujoloise!... Chez Marcel Lapierre!... La passion est là!... Jusqu'à ce jour donc, deux mondes qui ne se côtoient guère. Les uns pestant contre les agréments, les autres enviant les réussites à l'export, ou dans la restauration, de leurs voisins.

Ont-ils vocation à se lorgner durablement en chiens de faïence?... Pas sûr!... Les uns avouent être allés, presque subrepticement à Cambon, les autres apprécier le passage de ces quelques visiteurs 'hors clan"!... Tout n'est pas gagné, certes. Mais, il reste tant de place pour un dialogue constructif et porteur d'espoir. Bien sûr, il faudrait d'abord se retrouver en une seule et même manifestation. Histoire de donner un sens au mot avenir.

C'est peut-être là, le rôle de l'inter-profession locale : des rencontres, des arbitrages et - pourquoi pas? - des Rendez-Vous qui se dérouleraient à Lyon, dans un espace symbole de la ville et de la région, en s'appuyant sur le travail déjà fait par Anne Masson notamment : un "coeur du Beaujolais", autour des vigneronnes, des jeunes et des pionniers et tout autour les grandes maisons locales, les domaines historiques... Simple suggestion!...

En d'autres régions, un tel rassemblement a atteint ses objectifs : tout le monde est au même endroit et tous les visiteurs le savent!... Alors qu'aujourd'hui, certains ne vont que sur les Rendez-Vous, pendant que d'autres ne vont qu'à la Beaujoloise!... Bien sûr, il reste bien des contingences à aborder et à régler.

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Un certain regard... un regard appuyé sur cette région. Mais, en aucun cas, un regard plombé d'une noirceur insondable!... Le Beaujolais a des ressources. Des hommes aussi, et des femmes!... Personne n'y attend un quelconque sauveur. Au pays de Jules Chauvet (disparu en 1989), "homme d'esprit et homme de la terre... discret et impérial", comme le dit François Morel, dans la revue Le Rouge & Le Blanc, pas besoin de "faiseurs de vin"!... La 'Voie Chauvet" est désormais arpentée par quelques "disciples", natifs des crus : les Lapierre, Foillard, Breton, Descombes, Métras et autre Pacalet, suivis de près désormais par les Lapalu, Chermette, Jambon, Ch. Pacalet et autre Jean-Luc Gauthier.

Ce pays a de l'avenir!... Plein les vignes et les verres!... Quelque chose me dit que cette dégustation très attendue, lors des très prochaines REncontres VEndéennes autour du VIN, à St Jean de Monts, pourrait nous le démontrer. Vous en doutez?... Rendez-Vous... au Chai Carlina!...

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19 avril 2008

Jean-Christophe Garnier, vigneron à St Lambert du Lattay (49)

Les jours et les mois passaient, sans que ne soit terminé le triptyque... L'idée en était apparue, naguère, alors que trois visites successives, auprès de vignerons angevins, en vue d'un article destiné à la version papier de La Pipette, voulant évoquer la "Nouvelle vague angevine", avait provoqué autant de réponses identiques.

En effet, à la question : "Et s'il fallait citer trois noms composant la future nouvelle vague, la vague d'après, quels seraient-ils?...

A ma grande surprise, les trois vignerons - Richard Leroy, Stéphane Bernaudeau et Olivier Van Ettinger - rencontrés à quelques semaines d'intervalle, me firent la même suggestion : Claude Pichard, Cyril Le Moing et Jean-Christophe Garnier!...

Après Sauné et Fline, il était donc temps que je me rendre rue du Val d'Hyrôme, à St Lambert du Lattay!...

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Il fait une sorte de grisaille ouateuse en ce jeudi d'avril. Juste trois jours après ce coup de gel, qui pourrait être plus problématique que prévu... En début de semaine, Jean-Christophe Garnier n'a pas eu le sentiment que la vigne et ses bourgeons n'aient eu à souffrir intensément de cette baisse soudaine de température (entre -2° et -4° quand même!...), mais aujourd'hui, à y regarder de plus près, certaines pousses ont déjà noirci!... Cela s'ajoutant à quelques échos inquiétants du proche vignoble (Montbenault KO?...Les Noëls seront rares!...), il faudra surveiller ça de très près dans les prochaines semaines!...

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Nous prenons la petite route qui mène au coeur du Layon et, plus certainement au Château du Breuil. Premier arrêt avant même de franchir le pont sur la rivière, au lieu-dit Bézigon. C'est là que le vigneron de St Lambert dispose de 1,3 ha de chenin, plantés voilà 25 à 30 ans, sur des vieux schistes érodés, très drainants, facile à travailler, assure-t-il!... Seule la pointe, dans le haut, est plus argileuse. Il l'a d'ailleurs arrachée et semée, cette année, d'une vieille variété de seigle. Après cinq ans de friches, il pourra procéder à la sélection des bois, l'hiver prochain et plantera la jeune vigne l'année suivante.

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Nous sommes là rive gauche, avec une orientation nord. "C'est pas mal d'en avoir des comme ça!..." souligne Jean-Christophe, avec malice. Un peu plus bas, dans le coteau, une jeune plante de 2000 du Domaine des Griottes.

Indiscutablement, notre hôte est plutôt fier de cette parcelle et il mesure aisément tout son potentiel. Le lieu offre, de plus, un très beau panorama. D'ouest en est, vue sur Suronde, La Soucherie, Le Breuil, la nouvelle parcelle d'Eric Morgat, la réserve de plantes méditerranéennes, Les Treilles, Pierre Bise...

Après ces quelques instants de contemplation, il nous faudra ensuite, à peine quelques minutes pour passer le pont et nous arrêter à proximité de l'ancienne maison du garde-barrière, vestige champêtre de la voie ferrée qui suivait la rivière, jadis. Nous sommes donc passés rive droite, pour découvrir une parcelle qui donne beaucoup d'espoir à J.-C. Garnier. Il en dispose depuis quelques mois seulement. Encore du chenin, sur 1 ha, le Clos de la Roche.

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Le vigneron du Val d'Hyrôme avoue d'ailleurs, que ces deux parcelles, dans ce secteur, lui paraissent riches de promesses pour l'avenir. Un très beau terroir, qu'il faut apprendre à connaître, qu'il faut dompter parfois. Trouver la méthode, pour qu'il s'exprime au mieux à travers des blancs secs d'abord, puis plus tard, avec des liquoreux, comme il se doit, au coeur du Layon. Il se réjouit au passage, d'être le voisin, là encore, du Domaine des Griottes (La Roche) et de Stéphane PZ, qui vient de reprendre une petite parcelle de cabernet.

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Installé depuis 2002 à St Lambert, Jean-Christophe Garnier dispose également de vignes à Champ sur Layon et, notamment au lieu-dit Les Dreuillés. Il ne cache pas des débuts difficiles, avec des parcelles ne générant pas un plein épanouissement, le tout combiné à la restauration de la maison et aux naissances, puis aux toutes premières années des enfants. Passage obligé...

Désormais, il n'a pas pour objectif de s'étendre. Les 3,5 ha actuels lui semblent un juste compromis, avec l'arrière-pensée de trouver dès que possible une parcelle de grolleau, pour faire un peu de rouge.

Autre projet immédiat, l'aménagement des locaux. Le projet est à l'étude, mais les pressoirs, quant à eux, sont déjà bien ancrés au sol!..."Des petites merveilles!...", selon Jean-Christophe. Il se fait une fierté d'avoir dégotter ces Pressoirs Garnier, à Redon. Du genre patrimonial, mais permettant, selon lui, un travail idéal!...

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Crédit photos : Jean-Christophe GARNIER

Pour finir, une courte dégustation des vins disponibles : un Anjou blanc générique 2006, issu de Champ sur Layon, déclassé en Vin de table, avec beaucoup de fraîcheur. En provenance du même secteur et plus précisément des Dreuillés, un autre Vin de table 2006, tonique et agréable.

Le troisième blanc sec devait être mis en bouteille les jours suivants : un Vin de table 2006 également, mais issu de Bézigon. Droit, plus tendu et d'une jolie persistance. Suivent des Bruts natures, issus de grolleau gris, friands et expressifs, dont un à suivre de près, non dégorgé à ce stade. Enfin, avant le dernier Brut 2006, issu de chenin, un assemblage curieux de liquoreux 2005 et 2006, qui ne verra la bouteille que fin 2009!...

Jean-Christophe Garnier, pas à proprement parler une découverte, pour tous ceux qui fréquentent le salon Anges Vins, à St Aubin de Luigné, notamment, mais un membre à part entière de la nouvelle vague angevine, celle qui surfe sur une forte volonté de bien faire et sur une grande fidélité à quelques principes, garants d'une production naturelle, mais aussi d'une qualité d'expression des vins, qui doit réjouir tous les amateurs passionnés.

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09 mars 2008

Grande Champagne : Cognac passion, selon Pascal Fillioux!...

Lors d'une précédente rencontre, Monique Fillioux nous avait prévenus : "Si vous souhaitez rencontrer mon mari, prenez rendez-vous quelques jours à l'avance, il est toujours très occupé!..."

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Dont acte. Quel meilleur jour qu'un 29 février, journée bonus au calendrier, pour passer quelques heures avec Pascal Fillioux?... Celui-là même que d'aucuns, aux quatre coins de la planète, surnomment tantôt "One Man Show" ou encore la "Légende vivante"!... Ce qui, chaque fois, ne manque pas d'affecter la modestie du vigneron et maître de chai du Domaine de la Pouyade, à Juillac le Coq, au coeur de la Grande Champagne et de l'appellation "Premier Cru du Cognac". En passant successivement de la distillerie, chauffe en cours, au chai à barriques et jusqu'au bureau du maître des lieux, sans oublier un détour par les vignes, il nous fut aisé de comprendre qu'au-delà de l'homme passionné, nous avions, à cette occasion, le privilège de passer une bonne partie de cet après-midi avec un artiste!... Un peu comme si nous nous étions glissés dans le décor à peindre d'un impressionniste, ou auprès de la paillasse de laboratoire d'un "nez", dans les locaux de tel ou tel parfumeur-créateur.

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Nous pénétrons dans le bureau alors même que la famille Fillioux est confrontée à d'insolubles problèmes d'installation téléphonique!... Un logis XIXè et la téléphonie moderne ne font pas forcément bon ménage de prime abord!... Mais, tout sera opérationnel très bientôt!... Indispensable, pour le moins, alors même que les appels arrivent ici de toute la planète!... En effet, pas moins de 90%, au bas mot, de la production est destinée à la clientèle étrangère.

La visite commence dans la commune voisine, Angeac-Champagne, où se situe la distillerie familiale. Un aspect particulièrement intéressant en ce moment, puisque les distillations, les chauffes, sont en cours, sachant qu'elles doivent prendre fin avant le 31 mars, date limite fixée par le décret d'appellation Cognac.

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Un bâtiment ancien, certes, mais qui cache quelques petites merveilles de chaudières!... Il y règne une douce température. Des effluves assez difficiles à identifier circulent, une sorte de ronronnement se fait entendre. Quelque part, on a un peu le sentiment d'entrer au coeur d'un barrage hydraulique ou dans la salle des machines d'un paquebot à l'escale. On a très vite envie d'en savoir plus!... Ça tombe bien! Pascal Fillioux nous confie un document qui explique les grands principes de la distillation à Cognac. Et nous montre tout cela sur pièces!...

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Naguère, ces chaudières étaient chauffées au bois... On imagine le surplus de travail : l'entretien de la forêt, la coupe, le transport en charrettes, pendant plusieurs mois d'hiver... Des rythmes oubliés sans doute. Aujourd'hui, c'est le gaz qui alimente la chauffe, avec contrôle des températures automatisé et une technologie qui permet quelques progrès, comme ce chauffe-vin, qui suppose de substantielles économies d'énergie.

Deux chauffes sont nécessaires pour la production de Cognac. Pour la première, on incorpore pas moins de 22 à 25 hl de vin à environ 8,5°. L'alambic charentais est composé d'un "oignon" et du "col de cygne". Le premier tient son nom de sa forme. Dans la zone de production moins qualitative des Fins Bois, il ressemble plus à une "olive". Le second dirige le liquide vers le "serpentin". A l'extrémité du tuyau, au terme des deux premières heures, coulent les "têtes" (environ 10 litres à 60°). Puis, à suivre, pendant près de 8 à 9 heures, le "coeur" ou "brouillis" (environ 7 hl à 28°) et enfin, les "queues" (1,5 hl à 3°), le tout, pour une durée totale de onze à douze heures. La température de coulage se situe idéalement entre 12 et 14°.

Vous l'aurez compris, c'est la deuxième chauffe, ou "bonne chauffe" qui est déterminante. Pour celle-ci, on incorpore dans la chaudière 22 à 25 hl de brouillis à 28°. Au bout de 2h30, on extrait 25 litres de "têtes" à 75°, puis environ 7 hl de "coeur" à 70° (pendant 5h30), 6 hl de "secondes" à 30° (pendant 4h15) et enfin, 1,5 hl de "queues" à 3° (pendant 45 mn). Deux tours de cadran sont donc nécessaires pour produire 700 litres de "coeur", qui seuls sont destinés à devenir du Cognac Grande Champagne.

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Au sortir de la distillerie, les eaux-de-vie rejoignent le chai, pour un élevage qui va durer de nombreuses années. Leur teneur en alcool est d'abord rabaissée, par adjonction d'eau osmosée, pour atteindre progressivement 58°. C'est le meilleur rapport entre la surface du bois et le volume d'alcool.

C'est un peu là que tout l'art du maître de chai va commencer à s'exprimer!... Aucune eau-de-vie ne peut être mise sur le marché avant trois ans. Chez Pascal Fillioux, toutes celles qui seront vendues entre trois et dix-huit ans vieillissent en "fûts roux", qui ont entre cinq et six ans. Celles, destinées à un élevage de vingt ans et plus, passent d'abord au moins deux ans en fûts neufs (chêne à gros grain du Limousin), puis seront placées dans des vieux fûts, afin que soit "digérés" les tannins du bois. Et c'est au-delà des ces vingt années que le bois va livrer toute la puissance de ses arômes de vanille, noix de coco, cannelle, épices et porter les arômes de fruits (orange, poire, mandarine, banane) et de fleurs (jasmin, rose, giroflée, fleurs de printemps). A noter que sur la photo de droite, ci-dessus, les deux premières "fillettes" de gauche sont pleines d'une eau-de-vie d'un an!... La première a été placée en vieux fûts et la seconde en fûts neufs!...

Plus tard, bien plus tard, il s'agira de procéder aux assemblages pour que les différents Cognac proposés par la Maison Fillioux gardent leur personnalité. D'ici-là, il aura fallu composer avec les anges, qui ne manquent pas de prélever leur part : 4% d'évaporation par an!... Ils ne s'en font pas quand même!...

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Avant de rejoindre le bureau de Pascal Fillioux pour une dégustation, celui dans lequel il aime s'enfermer, se blottir, le dimanche matin, avec ses deux chiens, pour faire ses gammes ou composer de nouveaux accords entre vénérables eaux-de-vie, petit détour par les vignes toutes proches.

La Grande Champagne, ce n'est pas moins de 13 000 hectares de vignes, sur les 80 000 de l'ensemble de la région. Soit, par exemple, l'équivalent de tout l'Armagnac.

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Le domaine compte à peu près 25 hectares d'ugni blanc, exclusivement. Certaines parcelles sont plantées depuis 80 ans. Et ce sont celles qui se portent le mieux!... "Aah!... les nouveaux clones!...", répète Pascal Fillioux, à qui veut l'entendre. "Au bout de vingt ans, il faut arracher et replanter!..." D'autres parcelles ont été plantées au sortir de la guerre, alors même que deux prisonniers allemands, se virent confier par le grand père Filloux, la production de greffons, lorsque celui-ci disposait de sa propre pépinière, à l'époque où la sélection massale était encore admise!... La densité de plantation ne dépasse guère 2500 pieds à l'hectare. Le juste compromis, selon le vigneron, qui a adopté une taille Guyot double et qui s'attache à respecter la distance entre les rangs et la hauteur du feuillage adéquate. Pas de culture bio, à proprement parlé, mais un travail du sol, un rang sur deux, chaque année.

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Au terme de ce tour d'horizon, nous voilà donc dans l'alcôve!... Là-même, où naissent parmi les plus beaux Cognac qui nous soient proposés de nos jours!... En voici quelques-uns :

- La Pouyade :
Issu d'eaux-de-vie à 42° assez jeunes, élevées en fûts récents. Un caractère parfumé, avec un fruit puissant et beaucoup de tonicité. Belle longueur.

- Très vieux :
Eaux-de-vie à 40°, passées en fûts neufs et datant de la fin des années soixante-dix. Un Cognac classique,29022008_031 29022008_030exubérant, avec une succession de parfums remarquable! Un peu de zeste d'orange en finale et une retro façon vieux Porto.

- Cigare Club :
Plus de fûts neufs pour ces eaux-de-vie et un élevage prolongé. Et d'incroyables fragrances d'amande et de boîte à cigares!... Flatteur, profond, onctueux... Si vous voulez épater vos amis, n'hésitez pas!...

- Expert Collection :
Une cuvée nommée "Spécial Amateur" pour l'Italie!... Un autre style, d'un certain classicisme, mais qui ne lâche rien pour ce qui est de la puissance. A ce stade, on comprend mieux la nécessité de composer une gamme.

- Réserve Familiale :
Des eaux-de-vie de 50 ans et plus!... Le Cognac façon nectar!... Tout y est : des saveurs de rancio qui font la grandeur des Cognac, vieux Rhum, épices, vanille, cuir. La bouche est pleine, onctueuse... interminable!...

Un peu l'expression de toutes les richesses de nos provinces, dans cet après-midi passé à Juillac le Coq!... Mais pas de cocoricos intempestifs!... En effet, il semble que nous perdons de vue la production de ces eaux-de-vie et toutes leurs qualités. Au-delà de nos frontières, d'autres s'en sont aperçus!... Certains marchés se ferment, d'autres s'ouvrent... Naguère, les mots Cognac et crise étaient presque indissociables!... Désormais, il va falloir gérer la pénurie!... Et si nous quittions nos autoroutes, pour nous glisser sur les chemins du Pays Charentais?... Pendant qu'il en est encore temps!... A la Pouyade, en tout cas, les générations se suivent (avec Christophe, la cinquième fait ses gammes!...), partons à leur rencontre!...

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12 février 2008

Bonnezeaux, perplexité légitime?...

Un titre curieux, non?... En fait, la vraie question serait plutôt : Bonnezeaux peut-il proposer le meilleur?...

Une visite attendue, que le tour d'horizon de ce cru du Layon, bien connu des amateurs! Parce que c'est, sur le papier, toujours un plaisir de faire un tour dans ce coin d'Anjou... De plus, c'était là, la première occasion d'évoquer les "parcelles majeures", avant même de les appeler peut-être un jour "premier cru". Elles ont pour nom Fêle (ou Fesles), La Montagne, Le Malabé ou Beauregard. Et peut-être aussi Les Melleresses ou d'autres.

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Mais, avant d'aller plus loin, posons la question sans détour et sans faire nécessairement le voeu, d'ailleurs, de lui trouver une réponse : ces crus (et les vins qui en sont issus), au sol et au terroir apparemment superbes, offrent-ils la meilleure expression possible, ou en sont-ils le reflet flouté?... Peut-on découvrir actuellement des Bonnezeaux à même d'épater les amateurs de toutes origines?...

Si vous avez la chance, comme moi, de faire ce tour de vigne avec quelqu'un qui vous ouvre les yeux, il est certain que les questions, avec le recul de quelques heures ou de quelques jours, ne vont pas manquer! Et en premier lieu : sommes-nous capables, nous amateurs, d'évaluer la grandeur de certaines cuvées, à travers leur "gras", leur "liqueur", leur "volume en bouche"?... Ensuite, avons-nous eu si souvent que ça, l'occasion de déguster de grands moelleux-liquoreux qui expriment tout leur terroir, leurs schistes, leurs rhyolithes, qui soient comme des cuvées-témoins, nous permettant de découvrir et d'identifier, à coup sur, les vins corrigés, qui annihilent toute expression micro-locale?

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Ne nous y trompons pas! Et peut-être, rassurons-nous au passage!... Certains vignerons du Layon n'hésitent pas, parfois, à rappeler les anecdotes amères de dégustations organisées, çà et là, pour attribuer telles ou telles récompenses et qui les voient distribuer à l'aveugle "Liger d'Or", voire "Médaille Capus", à des vignerons qu'ils préfèreraient voir loin du podium!... Retenons donc, que la vérité n'est pas toujours dans une dégustation ponctuelle!... D'ailleurs, où est cette vérité?...

Alors, mettons-nous au travail et partons à la découverte!... Même s'il nous arrive parfois de penser, grâce à l'actualité, à ces coureurs cyclistes que l'on portait aux nues et que l'on a découvert un jour capables de s'attaquer à l'Alpe d'Huez de façon très... strong!... Il n'est d'ailleurs pas impossible que les mêmes supporters de ces champions ne les sifflent, un jour prochain, lorsqu'ils s'apercevront que, de retour à l'eau claire (il est permis de rêver!...), les coureurs mettent moitié plus de temps pour gravir la même montagne.

Allons! Faisons fi des digressions!... Chaussures aux pieds, cartes en mains, à nous deux Bonnezeaux!...

Tout d'abord, comme sur les premières photos et celles ci-dessous, remarquons que nombre de parcelles situées sur les coteaux rive droite du Layon sont en friches et cela, depuis nombre d'années!

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Si bien, qu'au moment de tenter d'identifier les "premiers crus" du Layon, on peut imaginer aisément toutes celles qui ne sont, de nos jours, que landes, broussailles, bois, etc...

Il convient de préciser, avant d'aller plus loin, que cet article a été entamé le 14 juillet 2006, au lendemain, ou presque, d'une découverte pédestre des coteaux layonesques. Plus de dix-huit mois plus tard, il n'est pas encore achevé. Sans doute, faut-il, pour l'essentiel, y voir là le trouble ressenti ce jour-là.

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Il est près de midi. Le temps est sec et chaud depuis plusieurs jours. Nous sommes un peu en-dessous du moulin de La Montagne. Nous marchons presque silencieusement. Soudain, le vigneron qui m'accompagne s'arrête :

- "Tu as remarqué?..."
- ...
- "Ce silence... Nous sommes au coeur de l'été et on n'entend rien! Pas un chant d'oiseau, pas un grillon!..."
- "Troublant, en effet!..."
- "Ton idée de balade dans le vignoble, elle finit par me donner le bourdon!..." rit-il.

Et l'on se dit alors, que nous pouvons faire notre, cette maxime que lança un jour Hubert Reeves, astrophysicien bien connu, sur un plateau de télévision : "La trace laissée par un homme de son passage sur Terre, c'est à l'échelle de la durée de vie de la planète, un peu comme un éclair qui illumine, un quart de seconde, le ciel d'une belle nuit d'été!..."

Sans doute, me direz-vous, certains tenants d'un progrès technologique irréversible, auront tôt fait de retourner cela à leur avantage. Ces avancées scientifiques sont indispensables et espérées par les populations (toutefois Sir Alexander Flemming disait : "La pénicilline guérit les humains, le vin les rend heureux!..."). Mais, parfois, elles causent des dommages tout autant irréversibles. Sans une prise de conscience collective, à l'échelle locale d'abord, comme par exemple, au niveau d'une appellation d'origine contrôlée viticole, nous ne léguerons aux générations futures qu'un ersatz, qu'une pâle copie des caractères fondamentaux d'un terroir, dont nous ignorerons tout d'ailleurs, au moment de passer la main.

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Et comment alors, se prévaloir d'une origine contrôlée, d'une identité propre à quelques hectares pouvant être élevés au rang de "grand cru"?... Certes, toute classification ne revêt pas que des avantages et bien des dégustations permettent de relativiser ces hiérarchies. Mais, un vigneron sincère peut-il affirmer sans sourciller, qu'il est pleinement heureux de travailler chaque jour et de transmettre des arpents de vigne sans la moindre vie, comme passés au karcher, afin qu'ils soient solides et qu'ils permettent le passage d'engins de plus en plus monstrueux, limitant le nombre de tâches et d'interventions humaines? Feint-il d'ignorer que la moindre pluie orageuse ravine coteaux et chemins, au point de faire appel le lendemain du déluge, à quelque autre monstre permettant de rendre de nouveau accessibles les passages. Il pourra ainsi répandre tous les produits "salvateurs" possibles et inimaginables!...

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Il ne s'agit pas là, pour l'heure, d'élever la culture biologique au rang de vertu absolue, même si elle me semble très importante, voire essentielle. De même, espérant éviter là que l'on me reproche d'ignorer cet aspect, je peux affirmer sans détour que chacun sait le poids de la nécessité de l'équilibre économique d'une structure agricole ou viticole. Néanmoins, à l'aube de ce nouveau millénaire, les vignerons qui s'arc-boutent (pour certains!...) dans leurs vignes depuis quarante, voire cinquante ans, sont-ils à même de définir, d'identifier et d'évoquer sereinement la "minéralité" d'un cru tel que Bonnezeaux?... Au moment de transmettre, ont-ils décidé au préalable, d'ignorer cette approche de leur production, au profit de la plus moderne technologie à la vigne et des "mérites" de la science oenologique au caveau?...

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La balade débute du côté du Château de Fesles. Après la Sansonnière, il faut tourner sur la gauche. La carte IGN nous indique Fêle!... Nuance toponymique, sans doute. Le vignoble de l'appellation s'étend de chaque côté de la route départementale, ce qui est déjà une information en soi. En effet, les meilleurs terroirs du secteur semblent être regroupés autour du château, tendance sud et ouest. A gauche du chemin dans lequel nous nous sommes arrêtés, les schistes gris-jaunes sont remplacés, par zones entières, par du fallun, amalgame de sable coquiller, bien connu dans la région.

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Reprenons notre route vers le nord. A proximité du château... d'eau, laissons le village de Chavagnes sur la droite et tournons vers l'ouest. A quelques encablures, le Petit Bonnezeaux, que nous traversons. Un dernier virage à 90° et nous voilà au pied du célèbre moulin de La Montagne. Nous nous arrêtons au milieu du coteau dominant Thouarcé.

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La première impression nous laisse... perplexe, quant au sol qui nous entoure et, par endroit, quant à la tenue des vignes... Quelques pas encore et nous atteignons la saignée creusée dans le coteau. Il s'agit là du tracé de l'ancienne voie de chemin de fer qui suivait, jadis, le cours du Layon. La coupe franche laisse apparaître, malgré la végétation, des schistes verdissants, mais aussi très peu de sol sur la roche mère. Il serait intéressant de savoir ce que font les racines de la vigne dans ce secteur...

Non loin de là, des schistes pourpres apparaissent sur le sol. En ne faisant que quelques dizaines de mètres, il est possible d'en découvrir une grande variété : jaunes, gris, bruns... La richesse de ce terroir devient une évidence!...

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Nous voici maintenant à mi-chemin, entre Thouarcé et le hameau de Bonnezeaux, dans le secteur du Malabé. Sur un coteau exposé pour partie est, mais aussi sud. Une parcelle qui appartient au Domaine Les Grandes Vignes, de Jean-François Vaillant, en cours de conversion en culture biologique et ancien terrain de moto-cross (pour partie, en AOC Bonnezeaux, eh oui!...). On trouve là des schistes gris-jaunes qui se présentent en fines ardoises et, par secteur, d'autres qui se délitent sous la pression des doigts. Pas, à proprement parlé, une vigne facile à travailler, tant elle impose d'y intervenir dans un dévers inconfortable.

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Encore quelques pas et nous sommes maintenant près de vénérables ceps, sur une terre grise et sèche, sorte de gros buissons, curieusement taillés... Mais, ce qui est le plus troublant, c'est cette exposition... quasiment nord!... Atmosphère...

La dernière étape de la balade nous ramène vers le village, mais nous bifurquons vers Beauregard, qui comme son nom l'indique, nous offre une belle vue sur le secteur!...

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Pour tout dire, sans doute, le plus beau terroir de l'appellation, notamment par la variété des schistes qui apparaissent au sol : gris, pourpre, bleus... Certains vignerons du cru le portent en haute estime. Et cette interrogation, qui revient comme un leitmotiv : connaissons-nous actuellement, la pleine expression des vins issus de cette terre?...

C'est le temps des questions. Et cette indicible impression que nous n'aurons peut-être pas la possibilité d'y répondre... Il reste beaucoup à faire pour inverser la tendance. Au coeur de certaines AOC, de certains villages, une prise de conscience se concrétise par des évolutions des décrets d'appellation qui vont dans le bon sens, par petite touche : chaptalisation interdite, machine à vendanger repoussée loin des coteaux réputés...

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L'INAO, lui-même, souhaite une remise à plat du cahier des charges des appellations. Les syndicats s'y sont donc attelés. Depuis peu, le Conseil d'Administration de celui des Coteaux-du-Layon et Layon-Villages vient de proposer à l'Assemblée Générale quelques aménagements : le degré minimum, à la récolte, est passé de 13 à 14° pour les Layon et de 14 à 15° pour les Villages. Les SGN sont passés de 17,5 à 19°. Aucun vin ne sera "chaptalisable" au-delà de 19°, ce qui signifie que si l'on récolte à 18, on ne peut chaptaliser que d'un degré pour atteindre 19 (alors qu'il est autorisé 1,5° de chaptalisation avec une récolte à 16, par exemple). De plus, une demande de dérogation sera possible pour les vins très riches (Carboniféra par exemple). Ils seront donc agréés, malgré un degré inférieur à 10.

Un progrès par petites touches, certes. Mais, après de longs débats, une forte majorité favorable s'est dégagée. Reste la validation par l'INAO. L'essentiel est que ce soit débattu et que les hommes ne se contentent pas de duels à fleurets mouchetés, les uns tenants d'un immobilisme conservateur, les autres d'un idéalisme utopique. Un progrès et une avancée, à l'échelle des vignerons du cru, qui demain, rechercheront peut-être davantage de solutions collégiales (travail des sols par le cheval, par exemple), à l'heure où des financiers de toutes origines, certes sincères et passionnés nous dit-on, prennent pieds sur les berges de l'Hyrôme, du Layon ou de la Loire. Ou du moins, sur les superbes coteaux qui surplombent ces cours d'eau paisibles...

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15 décembre 2007

Eric Morgat, des Grands Crus en Anjou!...

Belle après-midi hivernale à Savennières et aux environs, en compagnie d'Éric Morgat, avec qui nous avions convenu de longue date, de cette découverte des nouvelles parcelles dont il dispose et d'un retour sur celle que l'on peut qualifier de parcelle fétiche, surplombant la Loire et la Pierre Bescherelle, qui n'a d'égal en matière de profil de grand cru, que les plus beaux vignobles de Condrieu ou de l'Hermitage rhodanien, voire de certains autres, du Valais ou du Dézaley vaudois.

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Pour Éric Morgat, l'année 2007 se termine plutôt en douceur. Elle a pourtant connu son lot d'évènements, tantôt pleins d'une charge émotionnelle intense et légitime (un mariage en Espagne, au coeur de l'été, avec Ana-Maria!...), mais aussi du fait du stress généré par l'aménagement en cours de l'ex-propriété familiale, le Château du Breuil, dont il s'est vu confier la lourde charge. Passons rapidement sur un double déménagement (exit le Domaine de la Monnaie!...) domicile et domaine viticole, qui n'était pas aisé à régler d'un claquement de doigts et finissons sur les affres d'un millésime hors normes, ayant nécessité le double de traitements d'une année normale!... Dure, dure, la vie d'artiste!... Et comme on ne peut passer sous silence l'engagement du vigneron dans les instances locales*, on comprend aisément qu'il aspire à une année 2008 aux allures de long fleuve tranquille, telle la majestueuse Loire, qu'il a le loisir d'observer parfois...

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Un rendez-vous axé, donc, sur la découverte des nouveaux crus du vigneron, tant à Savennières et Épiré qu'à Beaulieu sur Layon. Commençons par ce dernier, situé dans le secteur du Château Pierre-Bise, de Claude Papin et plus précisément des Rouennières. Un terroir hors normes!... Pour Éric Morgat, un mélange de survivance familiale et de souvenirs d'enfance. Nous sommes là en vue de la demeure qui fut celle de ses parents, un domaine qui a toujours proposé des moelleux-liquoreux et à quelques pas d'un site peu commun dans la région, le coteau de Pont Barré (une réserve de plantes... méditerranéennes plutôt rares où, l'été, chantent les cigales!), qui porte notamment les vignes de Jo Pithon, pour sa cuvée Les Treilles. Ce fut là, le terrain de jeu des enfants du coin et malgré la pente, le jeune Éric mena souvent l'assaut du rocher, où s'étaient embusqués quelque troupe d'indiens, à moins qu'il ne s'agisse parfois de sarrasins, succombant sous la lame de quelque preux chevalier croisé!...

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Suivons le guide!... Si l'on entend parfois les cigales dans ce site exceptionnel, Éric Morgat n'a pas eu besoin de se faire violence pour s'atteler à un travail de fourmi!... La préparation de cette terre rachetée au Breuil ne s'annonçait pas facile, en vue de la plantation d'un hectare de chenin. Mais la passion et la perspective de produire un grand Coteaux-du-Layon surpassaient l'effort nécessaire.

A l'origine et depuis très longtemps, il s'agissait là d'un ancien pâturage pour les vaches ou les chevaux. De tout temps, ils s'y sentaient bien et étaient d'une belle santé. Malgré la rareté de l'herbe pendant l'été, les troupeaux préféraient ce coteau, à l'herbe grasse des prés inondables, sur les rives du Layon. Question de vibrations, peut-être...

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Nous sommes là dans une zone de roches volcaniques, les spilites. On les brise aisément et on découvre alors leur beauté. Parfois, dans des zones de faille, des quartz agglomérés se sont intercalés. Bien sûr, les jeunes plants mis en terre en 2003, 2004 et même 2005 ont souffert, le temps qu'ils prennent leur aise. Mais, cela a permis de revoir les sélections, tant clonales que massales. La densité est de 5000 pieds l'hectare. Les porte-greffes sont des gravesac, 101-14 et poulsen.

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Sur cette parcelle, qui porte le nom de Moulins à Vent, Éric Morgat a réalisé là, en 2007, ses premières vendanges. Guère plus de 6 hl!... Mais, déjà dans l'esprit de ce qu'il voudrait proposer avec ce Coteaux-du-Layon : un degré nature situé entre 17 et 20° maximum et une expression optimale du terroir. A n'en pas douter, quelques pas sur ce coteau et dans cet environnement plus ardèchois qu'angevin, suffisent à laisser présager quelques flacons majeurs pour la région. Néanmoins, soyez patients, la réservation n'est pas encore ouverte!...

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A peine le temps de contempler l'avancement des travaux au Château du Breuil et il nous faut reprendre la route de Savennières. Nous voici dans la très aristocratique Roche-aux-Moines. Pourtant, au moment de la Révolution Française, Savennières est Bleue!... la Bourgeoisie, de diverses origines, un rien médocaine dans son approche du paysage (grandes demures...) est républicaine et veut jouer son rôle dans l'Histoire. Le curé du village est un prêtre-jureur. Tout cela, par opposition au Layon de la rive gauche de la Loire, catholique et royal. Très longtemps, jusqu'à nos jours ou presque, nous retrouverons cette différence "culturelle" jusque dans le vignoble. Là-bas, des vignerons-paysans qui taillent, vendangent, vinifient et dirigent les domaines. Ici, le royaume des maîtres de chais, tous d'origine locale, qui se cotoient souvent et comparent leurs expériences.

Sur notre gauche, la Coulée de Serrant et le Domaine Laroche, en contrebas, sur notre droite, le village. Nous sommes au coeur d'un ensemble de parcelles qui appartenaient toutes au Château de Chamboureau. Elles furent cédées en 2005. Éric Morgat possède là un demi-hectare, le Pré Rigourd. A peine quelques rangs. Sur leur droite, une plantation récente de Claude Papin. Plus bas dans le coteau, quelques arpents à Damien Laureau. Sur la gauche, il reste une parcelle de Chamboureau et une autre au Domaine des Forges, de la famille Branchereau.

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Cette parcelle est assez récente, plantée en 1999. Elle a été entièrement reprise. Il s'agit là d'altérites de schistes sur un sol assez important. Parfois même de schistes talqueux, ce qui offre, malgré la densité de cailloux, une grande porosité. Les racines de la vigne peuvent ainsi explorer profondément. Cela confère aux vins beaucoup de structure, mais sans que la vigne n'ait à souffrir de stress hydrique. Jusqu'à cette année, les quelques hectolitres issus de cette parcelle sont intégrés à la cuvée du domaine, L'Enclos. Mais, bientôt... un Savennières-Roche-aux-Moines du Domaine Éric Morgat, à n'en pas douter!...

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Le soleil approche de l'horizon lorsque nous gagnons le Coteau de la Pierre Bescherelle, à Épiré. Un hectare défriché en 2002, planté en 2004 et 2005. Et, là encore, un terroir exceptionnel et un sol couvert de schistes de différentes formes. Ardoisiers dans le haut et offrant de superbes pierres à la tranche noire, parsemée d'éclats de mica, dans certaines zones. Magnifique!... Vous avez dit Grand Cru?... Bien sûr, il nous faut encore patienter avant de découvrir la classe pressentie de ce qui pourrait être le Clos des Petites Rivières. Jusqu'en 2009, pour ce qui est du millésime!... Et donc, quelques temps de plus avant la mise en cave!... Dure, la vie d'amateur!...

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A l'issue de ce tour d'horizon, passage au Château de Coulaine, où se situe désormais le chai d'Éric Morgat, en attendant la nouvelle construction, près de son domicile. Dégustation de quelques lots de 2007, qui se goûtaient admirablement bien ce jour-là, avec un fruit d'une très grande pureté et une tonicité très agréable. Retour également sur les 2006, en cuve et non encore assemblés. Un millésime aux acidités élevées, sans fermentation malolactique. Au final, ils vont sûrement dénoter avec les versions les plus récentes de L'Enclos. Dans le plus pur respect de l'effet millésime!... Et c'est tant mieux!...

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Il va sans dire que les trois terroirs d'Éric Morgat, à l'instar des Mousquetaires d'Alexandre Dumas, sont quatre!... Le dernier est quasiment virtuel, pour l'instant. Il porte le nom de Clos Ferrard. Plus de trois hectares, à proximité du Moulin de la Petite Roche et en bordure de la route de La Possonnière. C'est là que se situe la maison du couple Morgat. Et c'est là encore, une très belle zone. A terme, on y trouvera121207_002 donc le nouveau chai et... quelques hectares de chenin, comme il se doit!... N'en doutons pas, là comme ailleurs, de quoi porter Savennières très haut dans la hiérarchie des crus d'exception!... Qu'on se le dise!...

*: un engagement qui porte ses fruits, puisqu'il semble que le Syndicat des Vignerons de Savennières, cher à Luc Bizard, du château d'Epiré, a pris cette année, deux options plutôt déterminantes, sous l'impulsion d'Éric Morgat, notamment : l'interdiction d'utiliser la machine à vendanger, ainsi que celle de chaptaliser!... Pas rien!... Une troisième, l'interdiction de traiter chimiquement dans le rang, est restée en suspend, pour le moment. Quand on sait, de plus, que la plupart des domaines-vitrines de l'appellation s'oriente vers culture bio et travail des sols, il y a de quoi espérer en des jours meilleurs et en des vins exprimant enfin, la grandeur d'un terroir magique!... Ainsi, les domaines Laroche, du Closel et Chamboureau se mettent dans les pas, en quelque sorte, de la Coulée de Serrant. Pour ce qui est de Chamboureau, surprise : un nouveau conseiller, dit-on, y intervient désormais (à long terme?...) : Stéphane Derenoncourt, soi-même!... Décidément, ça bouge dans les Grands Crus de la Loire angevine!... 

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12 novembre 2007

Gilles Berlioz, en Savoie : la foi qui soulève les montagnes!...

Après le Marestel de la Montagne du Chat, une bonne nuit passée au bord du Lac du Bourget, nous voici, de bon matin, au pied du Massif des Bauges, dans la Cluse de Chambéry, pour une rencontre avec un vigneron qui monte, qui monte... Gilles Berlioz. Passionné et passionant, il est de ceux qui vous laissent l'impression, après avoir passé près d'une journée en sa compagnie, que de telles rencontres, dans la vigne et verres en main, rapprochent amateurs et vignerons. Que vous dialoguez, certes, de chaque côté du rang de vigne, mais qu'aucun fossé, qu'aucun monde ne vous sépare. Cela tient, sans doute, à une forme de générosité et de sincérité qui émanent du vigneron de Chignin. A sa soif de partager de bons moments et d'exprimer ce qui l'anime désormais : sa foi en la qualité des crus de Savoie, ces terroirs trop souvent négligés, qu'il veut participer à révéler, à relever même, grâce à une culture saine et authentique, soutenue par la biodynamie. Montagnes de Savoie, gare à vous!...

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Nous sommes donc là, dans le cru de Chignin, au coeur de la Cluse de Chambéry qui en compte cinq autres : Monterminod, Saint-Jeoire-Prieuré, Chignin-Bergeron, Apremont et Abymes. Un village composé de plusieurs hameaux : Le Villard, le Chef-Lieu, le Viviers... C'est dans ce dernier que vit Gilles Berlioz. Il est encore assez tôt, mais nous voilà partis sur les routes qui serpentent aux alentours, à la découverte des parcelles, 19_201007_011chacune, composante distincte du domaine. La diversité, toute la bio-diversité même, qui anime et motive, chaque jour, la démarche du vigneron chignerain!...

En premier lieu, nous nous arrêtons face à une forte pente, un coteau nommé Le Tournaz, qui inspire le respect, lorsqu'on devine la somme d'efforts qu'il impose. Treuil et chenillards incontournables!... Vendanges musclées aussi!... L'endroit idéal, planté de 13 ares de chignin-bergeron, la roussanne du Grand Sud, pour que Gilles Berlioz expose la foi qu'il a dans ses choix, malgré toutes les difficultés qui vous sautent au visage ici. Des efforts, des difficultés, mais au final, l'espoir d'obtenir, petit à petit, la quintessence issue de ces terroirs hors pair.

Gilles Berlioz s'est installé en 1990, dans les pas de son père. Jusqu'en 1999, il dispose de 7,5 ha, locations comprises, en culture conventionnelle. Les années quatre-vingt-dix composent une décennie "étrange" en Savoie. C'est l'âge d'or!... La plupart des vignerons sont en polyculture. Les vaches et le Beaufort tiennent là une place importante. Puis, survient l'annonce et l'organisation des Jeux Olympiques d'Hiver 1992, à Albertville. Le boom de la viticulture locale, avec tout ce qu'on peut supposer de travers et deimages_7_ conséquences durables : course aux rendements, hausse des prix... A cette époque là, le vin part en vrac à 14,50 francs le litre à la coopérative!... A la veille de Noël 1991, un représentant du négoce local vient acheter au Viviers, l'intégralité de la dernière récolte, cash!... Quelques semaines plus tard, les JO débutent dans l'allégresse, avec Philippe Découflé!...

Depuis, les choses ont bien changé. On disait jadis, après la dernière guerre, que le litre de vin de Savoie ne valait guère plus que le litre de lait destiné au Beaufort et nous n'en sommes peut-être désormais pas si loin, au vu des prix du vrac du côté d'Abymes!... La région vit une crise majeure. Pas moins de 20 000 hl de vin ont été liquidés cette année, les stocks sont conséquents. Comme souvent, à quelque chose, malheur est bon. Et Gilles Berlioz n'est pas le dernier à le souligner, lorsqu'il évoque quelques noms de confrères qui, comme lui, se tournent vers la bio : Jacques Maillet, à Chautagne ou Dominique Belluard, à Ayze, pour ne citer qu'eux. Il en dénombre une quinzaine, avec notamment quelques reconversions en cours sur Apremont.

Changement fondamental également pour Gilles Berlioz, au début des années 2000. Après avoir abandonné, petit à petit, les vignes en location, il ne garde que 3,5 ha, qu'il va convertir intégralement en bio en 2004, puis en biodynamie, à partir de 2005. "La biodynamie, c'est le bout de la bio!..." dit-il.

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Les espoirs qu'il place dans la méthode se conjuguent avec ceux qu'il met dans la parcelle suivante, au lieu-dit Bordio (bourdeau en français -sic -), où il a planté en mars 2006, 70 ares de mondeuse, certes, mais aussi 13 ares de persan, cépage traditionnel savoyard pratiquement abandonné et qui retrouve un nouvel essor. Ses qualités reviennent au goût du jour avec, le plus souvent,19_201007_014 une acidité soutenue, pouvant compenser les surmaturités recherchées par certains vignerons. On dit de lui également qu'il pinote et donc, que de futurs assemblages avec la mondeuse, la grand-mère de la syrah, pourraient donner de très beaux résultats.

Le terroir est composé là, pour l'essentiel, de pierres roulées, jadis par le glacier. Une sorte de moraine et très peu d'argile, avec une exposition ouest et des pentes très ventilées, le plus souvent par la bise du nord. Une zone où les températures peuvent allègrement monter l'après-midi, notamment en été, ce qui permet d'atteindre de bonnes maturités.

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Ensuite, passage sur la parcelle dite Les Châteaux (ou Bugnon). "Super parcelle", sur une petite pente, ventilée nord-sud. C'est le royaume du bergeron, sur 108 ares. Il s'est lancé là sur un protocole de trois ans avec le GRAB, Groupe de recherche en agriculture biologique, en vue de traitements au moyen d'huiles essentielles. 2007 n'était pas l'année idéale pour ce genre d'expérimentation, mais les perspectives favorables sont loin d'être négligeables.

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Enfin, découverte de la quatrième parcelle, Les Crays, plantée de 90 ares jacquère, de 15 ares de roussette et de 5 ares de mondeuse. Avant de rentrer paisiblement, presque songeurs au domaine, pour une belle dégustation. Décidément, ces terroirs de Chignin semblent avoir un beau potentiel!... D'ailleurs, le vigneron du Viviers ne cache pas, au passage, son intérêt pour la géologie. Un domaine où il espère aussi avancer, pour mieux comprendre et progresser encore.

Une belle série de vins nous attend, à la table des Berlioz!... Certes, ils ne sont plus tous disponibles, mais Gilles nous propose un tour d'horizon à sa façon. Même Christine Berlioz, charentaise d'origine, infirmière de son état, attentive chaque jour, aux côtés du vigneron, s'en étonne! Nous voilà partis pour une découverte tous azimuts, au cours de laquelle les rouges succèdent aux blancs et inversement!... Plutôt fun!...

- Chignin 2006, Jacquère :
Issu de la parcelle des Crays. Tonique et citroné. Un plus de fraîcheur, dû aussi à sa légèreté naturelle (10,8°). "Le Muscadet de la Savoie", s'amuse Gilles Berlioz!...

19_201007_027- Mondeuse 2004 :
Joli nez sur le fruit, avec une évolution épicée. Une petite pointe de réduction qui participe au caractère de ce vin. Pas d'élevage en fûts, mais une belle structure élégante.

- Chignin-Bergeron 2005 :
Un nez plutôt original, avec des notes sur le thé ou le tilleul, puis brioche, plutôt qu'abricot. Un bel ensemble, opulent, mais non dénué de fraîcheur. Droit et net.

- Gamay 2005 :
Issu d'une vigne désormais arrachée. Collector, en quelques sortes!... D'un beau rouge rubis et un joli fruité,19_201007_029 sur la cerise en bouche. Une acidité bien présente pour un vin de ce type, assez difficile à identifier. L'emprise du terroir?... Un gamay qui pinote, très séducteur.

- Mondeuse 2005 :
Struture et fermeté. Du volume, de l'ampleur, mais une buvabilité certaine dès maintenant. Les fruits d'un équilibre de bon augure!

19_201007_031- Chignin-Bergeron 2006 :
Tout en fruit à ce stade!... Sur une dominante agrumes. Un vin qui a difficilement obtenu l'agrément! Une rétro un peu briochée des plus agréables.

- Altesse 2002 :
La roussette de Savoie dans un très beau millésime au domaine. 13,5° nature et une dominante sur les fruits confits, avec des notes de résine. Un nez très fin, nuancé et une belle acidité, qui lui donne une très belle élégance minérale.

- Chignin-Bergeron 2004 :
Un vin que Gilles Berlioz place très haut dans sa hiérarchie des cuvées produites jusqu'à ce jour! Equilibre et19_201007_030 fraîcheur. Un beau vin, complet, naturel, très séducteur.

- Chignin-Bergeron 2002 :
Encore une réussite dans un millésime classé plutôt difficile.

- Altesse 2006 :
Très beau potentiel, mais une cuvée qui se fait rare.

- Mondeuse 2002 :
Un vin qui tend à démontrer le potentiel de garde des mondeuses les plus récentes. Et aussi, leur accessibilité.

Après une telle série, il ne nous reste plus qu'à passer à table!... En effet, avant de reprendre la route à destination de la Vendée, nous avions convenu d'un petit casse-croute réparateur. En fait, c'est un repas 19_201007_015savoyard auquel les Berlioz nous ont convié!... Ni plus, ni moins!... De succulents diots, des pommes de terre, le tout cuisiné avec des sarments de vigne, suivi d'une brioche typique et régionale. Un régal!...

Au final, une rencontre en tout point remarquable!... Des vignerons de Savoie, nous citons souvent ceux issus des généalogies régionales les plus larges et les plus connues : Quénard, Trosset, Magnin... Mais, la région s'est trouvée un ambassadeur, qui ne redoute pas de franchir les frontières et les océans, certain de la qualité et du potentiel des vins savoyards. Qui plus est, il porte un nom célébrissime!... Alors, musique, maestro!...

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06 novembre 2007

Vendanges tardives au Domaine Aloha, à Brem sur Mer

Non, non!... Vous ne rêvez pas!... Samuel Mégnan, du Domaine Aloha, à Brem sur Mer, au coeur des Fiefs Vendéens, sollicitait les vendangeurs en ce dimanche 4 novembre!... Il y avait Brice de Nice, il y aura désormais Liquem de Brem!... Toute la liqueur qu'on aime!... Point commun, me direz-vous : le surf!... Certains souligneront malgré tout, qu'attendre le botrytis à Brem, ça ne vaut guère mieux que de guettez la vague à Nice!... Que nenni!... Il faut de l'âme, du fond, de l'Âme de Fond, bien sûr!... Et celui qui, pour un peu, emporterait volontiers sa planche sur son tracteur, prêt à dompter la vague, au moindre signal de windguru, n'est pas du genre à faire le bel ara (Belharra, évidemment, comme on dit à Hendaye!). Ça ne rigole pas!... Gare aux étourneaux!... Vingt ares à vendanger et, au final, je vous le donne en mille, on va se régaler!..

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L'après-midi débute dans l'ordre, par une séquence étirements et assouplissements des bras, pour ôter les filets qui protégeaient les grappes des étourneaux gourmands, malins et tenaces. Puis, observation et consignes du boss : "C'est simple, aujourd'hui, vous ramassez tout, je me charge du tri!..."

Oui, chef!... Après, c'est assouplissements, portages et commentaires. Samuel se lance quant à lui, dans un tri impitoyable. La qualité finale est à ce prix. Il faut mettre le nez dans les grappes, goûter les grains duveteux, pas toujours ragoûtants, couper, trier encore et encore. Nous échangeons sur le jus qui manque un peu, résultat d'une prise de risque maximum, un peu trop poussée et sur quelques souvenirs de vendanges tardives... très botrytisées!...

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La partie champêtre touche à sa fin. Une éclaircie illumine le coteau. La rivière qui coule en bas, paisiblement, c'est l'Auzance. On en plaisante, bien sûr : les premiers Coteaux de l'Auzance du Domaine Aloha!... Mais, Samuel n'en jouera pas, cette cuvée n'a pas encore de nom. Un vigneron voisin vient aux nouvelles. A Brem, Thierry Michon ne sera plus tout à fait seul avec sa cuvée Soleil de Chine!... L'heure de vérité approche, direction le pressoir!...

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La quantité de raisin s'avère suffisante. Quel volume de jus faut-il en attendre?... Au début, le réfractomètre affiche 15° potentiels. Trente minutes plus tard, 19°! Le vigneron du Poiré jubile presque. Encore une heure, les 23° sont atteints!... Les dernières gouttes affichent 23,5°!... Ouah!... Il y en aura une barrique, de ce nectar, à 21° de moyenne!... Le liquide brunâtre surprend en bouche, avec un fruit net et tout à fait clean!... Je me répète peut-être, mais on va se régaler!... Et tant pis pour vous, les étourneaux!... 'Vous reste plus qu'à envahir les platanes du boulevard!... Encore quelques jours!...

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02 novembre 2007

Domaine Dupasquier, à Jongieux (Savoie) : Marestel Grand Cru!...

Les routes savoyardes serpentent. Le GPS semble formel. A peine quelques minutes et nous voilà à Aimavigne, petit village faisant partie de la commune de Jongieux. C'est là que nous avons rendez-vous avec Noël Dupasquier, au pied du coteau de Marestel.

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Par une telle après-midi d'automne, Marestel se donne des airs de grand cru alsacien. Pas de ceux que l'on prend d'assaut, la fleur au fusil. Ceux, par contre, qui vous laissent très vite à penser que vous êtes là sur  une terre bénie des dieux de la vigne et du vin!... Visuellement, esthétiquement, un peu Rangen, voire un rien Corton, mais par dessus tout, très Marestel!...

Une terre, un cru, qui vous suggèrent aussi très vite, tout le travail des générations qui se sont succédées là. Noël Dupasquier est le représentant de la quatrième. Son fils, David et peut-être même sa fille, se 19_201007_001préparent à la succession, en douceur, forts de quelques certitudes peut-être, nées de l'expérience, de l'observation des aïeux, mais aussi de la transmission orale de la connaissance du lieu.

Nous sommes là au pied du Mont Charvaz, qui culmine aux environs de 900 m, la Montagne chaude, où, selon les géologues, les sources d'Aix les Bains prennent naissance, passent sous le lac du Bourget et rejaillissent en sources thermales. Le village se situe lui aux alentours de 300 m. Les vignes grimpent jusqu'à 400 ou 450 m. A l'abri de la montagne, le coteau de Marestel est exposé plein ouest. Il se caractérise par ses sols composés d'éboulis calcaires sur une faible épaisseur de terre. C'est un des quatre crus de l'appellation Roussette de Savoie, avec Monthoux dans le même19_201007_006 secteur, Monterminod près de Chambéry et Frangy, plus au nord, non loin de Seyssel.

Le cru de Marestel (prononcez Marétel!) est le royaume de l'altesse, cépage dont on ne connaît pas vraiment l'origine, mais auquel il semble que l'on ait admis une parenté avec le furmint du tokay hongrois. Il est connu pour sa fragilité au printemps, sujet à la coulure. Les grappes se composent de petits grains légèrement ovales. La teneur en sucre et en acidité est souvent élevée. A maturité, les gr