01 mai 2009
Anjou noir, ciel noir!...
... et de belles couleurs dans les flacons et les verres!... Les nuées qui circulent en ce moment, nous offrent toute une panoplie de nuances dans la gamme des gris!... Tour à tour, la vigne s'illumine d'une éclaircie passagère, ou se nourrit d'une averse. La vigne, je l'aime bien en ce moment : promesse de lendemains qui chantent, espoir d'un beau millésime et à peine cette fragilité si évidente... Pas de froid pendant quelques jours, pas de rafales avant que les rameaux ne s'endurcissent, pas de grêle non plus...
Finalement, une après-midi agréable pour faire un petit tour de cave chez Cyril Le Moing et Nam-Joo Son, du côté du château de Fline, à Martigné-Briand. Au point que, nous pouvons déguster tranquillement devant la porte de la cave.
Selon Cyril, 2008 est dans la lignée de 2007, avec peut-être, un petit supplément d'âme et des équilibres qui doivent beaucoup à un plus d'acidité et de densité pour les blancs, ainsi qu'aux beaux jours de l'arrière-saison, très positifs pour les cabernets. Rendements très bas, cette année encore. Toutes les cuvées sont proposées en Vin de Table ("pour cause d'agrément fantoche et cohorte de cotisations vampiriques!..."). Contingentement inévitable!... Tentez votre chance!... Seuls, les gagnants...
- Schistes 2008, sauvignon :
La parcelle, sur Maligné, est entourée de haies et c'est celle qui a le plus souffert du gel. Récolté entre le 15 et le 20 septembre, à 13,4°. Rendement : 10 hl/ha. Cyril pense que le vin exprime plus un caractère sauvignon lorsqu'il est en barriques. Quelques mois de bouteilles laissent apparaître une expression plus complexe. Jolies notes agrumes, fines et élégantes. Les malos ne sont peut-être pas terminées, mais le vin
a du gras et une belle intensité. Très jolie rétro citronnée. A réserver pour une assiette de St Jacques crues, pêcher mignon du vigneron de Fline!... Comme pour tous les blancs, Cyril devrait tenter le zéro soufre, après avoir vérifié la tenue à l'air des vins.
- Les Gains de Maligné 2008, chenin :
Des chenins de cinquante ans, vendangés entre le 28 septembre et le 3 octobre, à 13,6°. Rendement : 12 hl/ha. Expression plus nuancée, mais là encore, du gras et de la densité!... Ramassés sans botrytis. Les vins ont moins de charme immédiat, mais plus de fond, de minéralité. Acidité plutôt soutenue, trace du millésime. A noter que, comme pour Schistes, cette cuvée est épuisée. En cours d'élevage, mais épuisée!... Ah ben oui...
- Vignes centenaires 2008, chenin :
Récolté de 30 septembre, à 13,4°. Rendement : 10 hl/ha. Vignes proches des Nourrissons, de Stéphane Bernaudeau, exposées aux vents d'ouest et surplombant le Lys, affluent du Layon. Tendu, droit, très belle persistance. Zéro soufre à ce stade également. Très beau potentiel, pour de belles recettes de poissons et/ou crustacés. Superbe!...
- Grolle Noire 2008, grolleau :
Tous les rouges de Cyril Le Moing sont vinifiés en cuvaisons courtes (7 à 13 jours) en vendange entière, pigés aux mains et entonnés à chaud. Comme pour les 2007, ils devraient être sans soufre.
Pour cette cuvée, des grolleau de soixante ans, 2/3 sur faluns et 1/3 sur argiles. Récolté en deux tris, les
29 septembre et 9 octobre, à 11,7° dans les deux cas!... Rendement : 16 hl/ha. Superbe robe sombre. Très belle intensité. Beau fruit tonique. Un parfait vin de soif!...
- Le Ponge 2008, gamay :
Des vieux gamay de cinquante ans, complantés sur le plateau graveleux de Thouarcé. Récolté le 27 septembre, à 12°. Rendement : 16 hl/ha. Très belle expression, assez exubérante, dans la gamme résine, encens, cendre froide... Là encore, une cuvée qui a du ponge punch!... Oh, la, la, le gamay!...
- Vignes centenaires 2008, cabernet franc :
Issu d'une nouvelle parcelle sur graves, située au Ponge également, cultivée en bio depuis 1998, par Olivier Van Ettinger et désormais partagée avec Stéphane Bernaudeau (qui propose un rouge, lui aussi!...). Récolté le 4 octobre, à 13°. Rendement : 10 hl/ha. Très beau fruit et belle complexité aromatique. Une touche assez austère, rigoureuse, mais un très beau potentiel. Comme pour tous les rouges, la malo n'est pas faite, mais le vin est d'une jolie persistance, élégante et droite.
- Le Bois du Gland 2008, cabernet sauvignon :
Assemblage des vignes trentenaires situées au Ponge et des jeunes vignes de la parcelle du Pin Perdu, à Maligné. Récolté le 12 octobre, à 13,8°. Rendements lilliputiens : 6 hl/ha (!). Tout le bénéfice de la patience!... Très belle maturité!... Dense, intense, droit, solide, mais des tannins soyeux. "Ah, Bordeaux, Bordeaux!..." dit Nam-Joo, rieuse!...
Une dégustation qui démontre, s'il en était besoin, les progrès constants de Cyril Le Moing, vigneron angevin, fier de ses vins, de ses terroirs, de ses cépages. Pour les deux derniers millésimes, il ne revendique pas, pour les vins, un aussi beau potentiel qu'en 2004 ou 2005 mais, il fait la preuve, sans doute, d'une meilleure compréhension de ses parcelles et d'une plus grande précision dans l'approche des maturités et des choix, en matière de vinifications. C'est, sans doute, forger son expérience dans la difficulté. Très peu d'interventions au cours des élevages, une option zéro soufre, qui reste un objectif fort et pérenne. Et donc, de très belles réussites, y compris dans les années difficiles!... Ah, si 2009 voulait bien se donner la peine...
Nous quittons Fline sous quelques gouttes de pluie... Direction Rablay sur Layon, où nous avons rendez-vous avec Joël Ménard, au Domaine des Sablonnettes. La journée est bien avancée, mais nous prenons le temps d'un petit tour dans les vignes les plus proches. Le domaine compte environ treize hectares, en majorité sur Rablay, plus une petite partie sur Faye d'Anjou, non loin de Montbenault.
Les Ménard sont installés là, au lieu-dit L'Espérance depuis dix ans, pile poil, mais les vignes étaient celles dont ils disposaient déjà, lorsqu'ils habitaient dans le bourg de Rablay, près de chez Richard Leroy actuellement.
De très belles parcelles de chenin, près de la maison, pour lesquelles il se réjouit, cette année, d'avoir pu organiser la taille et le travail des sols de façon optimum et trop content ainsi, de ne pas constater de retard à l'approche du mois de mai.
Joël Ménard est plutôt homme à rester les pieds sur terre et à ne pas tenir de propos excessifs ou grandiloquents, en matière de terroir notamment. Sa terre, pour laquelle il ne nie pas un lien sentimental fort. Ainsi, cette parcelle de trente ares, dans le village, après laquelle il peste bien, certains jours, parce que ce n'est pas la meilleure, mais qui appartenait à son grand-père, qui la travaillait à la main, piochant sur deux niveaux, trente jours de travail!... "Un vrai travail de bagnard!..."
Un brin de nostalgie semble poindre dans les propos du vigneron de L'Espérance. Mais, c'est plutôt là, rendre hommage à ses aïeux et donner un petit coup d'oeil dans le rétro : "A cette époque là, il valait mieux disposer de trente ares et vendre son vin, que de travailler chez un vigneron comme tâcheron!..." L'occasion de mettre l'accent sur une époque révolue, où une barrique de Layon payait un salarié toute l'année et où un même volume d'Yquem s'échangeait contre une barrique de Chaume!... La région n'aurait-elle pas raté un train?...
La conversation évoque aussi ces voisins qui sont très loin des choix d'une agriculture biologique. Joël Ménard en soupçonne même certains de faire machine arrière. Les parcelles enherbées, du moins, certains rangs, risquent de revoir les produits naguère abandonnés. Il faut dire que l'argument, entretenu çà et là, d'un meilleur indice, lors du "bilan carbone", va très vite ôter tout scrupule aux plus hésitants!...
Au rythme du passage de visiteurs, ou de l'expédition outre-Quiévrain de quelques cuvées, que nous apprécions simultanément, nos échanges s'orientent vers la prochaine édition des REncontres VEndéennes autour du VIN, à St Jean de Monts. En effet, Joël et Christine Ménard seront présents, sous le patio du Chai Carlina, le dimanche 24 mai, pour une "Carte blanche à Joël Ménard", qui pourrait bien nous réserver quelques surprises!... Une carte blanche, quelques cartons jaunes, voire rouges, dans la manche et quelques belles cuvées sur la table!... Belle matinée dominicale en perspective!...
10 novembre 2008
Cyril Le Moing, bilan des vendanges 2008
Lors de ma dernière escapade en Anjou, avant même de rendre visite à Olivier Cousin, j'ai pu rencontrer l'un de ses plus proches voisins, à Martigné-Briand, du côté de Fline, Cyril Le Moing, soi-même, pour un petit bilan des vendanges 2008. J'ai pu également apprécier ses talents aux fourneaux, qu'il exprime volontiers, dès que la vigne lui en laisse le loisir. Évocation rapide du menu, car si je vous dis que Cyril et Nam-Joo, justes de retour d'Erquy (22), chargés de grands sacs d'un coquillage, grande spécialité de la Baie de St Brieuc, qui offre moult possibilités de succulentes recettes (et d'accords avec le chenin angevin!...), vous allez penser que je suis devenu coquillovore!... Et d'un certain point de vue, vous n'aurez pas tort!...
Et donc, avant de passer à table, je me retrouve aux côtés de Matthieu Gondard, Marchand de Vins du côté de Montpellier, fan de chenin déclaré (mais pas seulement!) et de passage dans la région, à la recherche de quelques merveilles...
Le bilan du millésime 2008, Cyril Le Moing le dresse ainsi :
"Le début septembre est pluvieux et laisse apparaître quelques foyers de botrytis, sur le gamay notamment. Mais, le beau temps est de retour à partir du 12 et se maintient jusqu'à la fin des vendanges. Très beaux blancs ramassés sans botrytis, dans l'esprit des 2007, peut-être un peu plus denses et tendus. Les rendements sont bas, autour de 10 hl/ha, à cause du gel et avec 13,5° de moyenne.
Grolleau noir (Grolle Noire) et gamay (Le Ponge) sont ramassés à 12°. Ce seront des vins de soif, dans l'esprit des 2007, avec un peu moins d'acidité. Le beau temps est arrivé trop tard, pour faire monter les degrés sur ces cépages (rendements de l'ordre de 16 hl/ha), contrairement aux cabernets, qui ont pleinement profité de la belle arrière-saison. Le vin issu de la nouvelle parcelle (Le Ponge également) de cabernet franc centenaire (13° et 10 hl/ha) s'exprime déjà tout en longueur et finesse. Le cabernet sauvignon, quant à lui, celui de la cuvée Le Bois du Gland est, à ce stade, plus ramassé et tannique (13,8° et... 6 hl/ha, à cause de la coulure!) et dans l'esprit des 2004 et 2005, un peu moins dense toutefois."
Nous avons également pu revoir les blancs 2007 : le sauvignon, tiré sur cuve, Schistes, à la très jolie expression délicatement citronnée et le chenin, Les Gains de Maligné, assez intense, à la rondeur bien soutenue par l'acidité. Bientôt, nous pourrons aussi découvrir Le Coteau du Lys, issu de vignes centenaires de chenin, à peine mis en bouteilles.
Je devine d'ores et déjà votre question : où peut-on trouver les cuvées (rares) de Cyril Le Moing?... Anges Vins, à St Aubin de Luigné?... Raté! Cette année, vous ne pourrez l'y rencontrer que comme visiteur!... Renaissance des Appellations, la veille du Salon des Vins de Loire?... Encore raté!... En fait, il dispose de trop peu de vin disponible. Et donc, plus simple qu'un fidèle importateur japonnais, qui distribue au pays du Soleil Levant, vous pouvez vous tourner vers quelques cavistes et bars à vins, dont Arnaud Dietrich (Trink!), basé en Bretagne, la Cave Anthocyanes, à Orléans, ou encore Le Baratin (Paris XXè) ou Le Verre Volé (Paris Xè).
Et sinon?... Lui rendre visite!... L'Anjou, une bonne idée pour votre prochaine escapade!...
11 octobre 2008
La table d'octobre
Très court résumé d'accords mets-vins appréciés ces derniers jours. Deux jolis flacons croisés à table en ces premières journées d'octobre.
Tout d'abord, une tranche de foie de veau aux échalotes et au vinaigre de framboise s'est vue
associée à une bouteille que nous avait confiée Guillaume Keller, du Château de Fosse Sèche, lors d'une récente visite : "Goûte ça, tu m'en diras des nouvelles!..."
Il s'agit d'un St Emilion Grand Cru. Le Pavillon de Taillefer 2006. Les propriétaires
en sont Catherine et Philippe Cohen. C'est là, la seconde étiquette (un qualificatif à utiliser avec prudence...) du Château Vieux Taillefer, situé à Vignonet. Pour ceux qui connaissent un peu le vignoble de St Émilion, à priori pas le meilleur secteur. Des sables souvent, mais aussi une veine de graves!...
Et pourtant!... Une très jolie expression sur les fruits mûrs, puis, à l'aération, une "typicité crasse de fer" superbe!... Bel équilibre. Pas d'extraction façon GCC body-buildé!... Oh! La jolie découverte!... Beaucoup de subtilité, d'élégance. Une grande netteté en bouche et une sorte de fidélité affichée au terroir... Je commence à comprendre pourquoi Guillaume a flashé pour ces vins!... Un domaine qui secoue quelque peu le landerneau saint-émilionesque, dit-on!... En tout cas, dès mon prochain passage à Bordeaux, une visite s'impose!... Soif de tels vins de Gironde!...
La seconde bouteille est angevine. En ces temps de pêche aux bars et aux lieux, il nous fallait un blanc sec qui réponde au mieux, à une recette de Filet de lieu jaune. Ne cherchez pas, j'ai ce qu'il vous faut : un sauvignon de Cyril Le Moing, cuvée Schistes 2006, en Vin de table, comme il se doit, mais à la hauteur des meilleurs!... Pur, tonique, frais... Belle expression florale, une touche de citron, puis de fruits blancs. Un vin qu'il faut mettre à table, que diable!...
Et quelque chose me dit que ce vin pourrait sans doute s'entendre avec une escalope de volaille joliment crémée et quelques champignons des bois... Sitôt dit, sitôt fait!... Régalons-nous, tant qu'il en reste!...
Aussitôt sortis de table, nous avons foncé à la Salle du Manège, toute proche. Ce soir, y chantait Rokia Traoré... Scotchés!... Quel talent!...
Consultez d'autres comptes-rendus Flash sur les Dégustantanés du blog d'Olif
























































