18 novembre 2009
Portes ouvertes, chez Thierry Michon
L'an dernier, à pareille époque, pour les portes ouvertes du Domaine St Nicolas, Thierry Michon était sous d'autres cieux, au Canada, ou ailleurs!... Si bien qu'à réception de son message, nous conviant à une petite dégustation à la Croix Bégaud, de l'Île d'Olonne, en ce week-end de la mi-novembre, on se dit que, malgré son éventuelle absence, une découverte de quelques 2009, ce pourrait être très intéressant!... Et puis, comme le vigneron de Brem est plutôt très joueur, son absence (regrettable cependant, à plus d'un titre!) serait l'occasion d'éviter de tomber dans ses chausse-trappes, lors d'une dégustation à l'aveugle sur fûts. Son sport préféré, la pipette piégée, a fait de nombreuses victimes, y compris parmi les plus qualifiés des dégustateurs de la planète, en visite dans la région!... Que celui qui n'a jamais pris un chardonnay pour un chenin chez Thierry, ou inversement, me jette le premier Mikasa!... Pour voir s'il casse ou pas!...
Cette fois-ci donc, le voyageur des Olonnes est bien là!... Nous allons donc passer quelques heures en sa compagnie. Avec Thierry Michon, la mise en bouche ne se fait pas forcément de manière très conventionnelle. Je crois bien que le premier vin qui coula dans mon verre, ce jour-là, c'était une cuvée Reflets rouge 1997!... Histoire de mesurer tout le potentiel de garde et la fraîcheur restituée par un vin du domaine!... Impression confirmée par un blanc Les Clous 2004, au mieux de sa forme.
Ensuite, sur une base de chenin planté en 1993, conduit depuis en biodynamie, Le Haut des Clous 2006 est du genre remarquable!... Tension et dynamisme, persistance et équilibre, voici le premier représentant de ce millésime très réussi au domaine, que le vigneron de Brem tient en haute estime, plus que les 2005, par exemple!... Plus tard, nous pourrons le constater avec la cuvée Jacques 2006 (85% pinot noir et 15% cabernet franc) et surtout la (déjà!) rare Plante Gâte 2006 (pinot noir), qui rejoint désormais nombre de grands crus bourguignons. La version 2004 de cette dernière est également très pleine et intense.
Avant de passer dans le chai d'élevage, quelques jolis blancs encore, avec Franc Blanc 2006, frais et pimpant et bien sur la cuvée Maria 2005, de chardonnay largement vêtue, puissante, onctueuse et quelque peu déroutante, avec sa pointe très légèrement saline. Mais que dire alors, de cette même Maria, millésimée 2001, qui révèle toute la qualité de ce terroir argileux, sur sous-sol de schistes. Un phénomène!... Une très belle expression, franche, pure... Une bouteille qu'il faudrait absolument glisser dans une dégustation à l'aveugle de quelques beaux flacons de la Côte de Beaune!...
Pour ces journées, la cave et le cuvier sont ornés de quelques oeuvres d'un artiste local, Jean-Claude Flamen, qui joue adroitement de divers matériaux, tels que verre et inox, ainsi que de la lumière des heures du jour. Nous apprécions quelques instants, les oeuvres exposées, passant d'un foudre à l'autre et nous gagnons la salle de jeu de Thierry Michon : le chai à barriques. Faites vos jeux, rien de va plus!...
En quelques minutes, ceux qui voient défiler dans leurs verres ces chenin, ces chardonnay, ce pinot noir ou cette négrette, savent qu'ils ont pénétré dans un autre monde!... Le fossé qui sépare désormais les autres domaines vendéens du Domaine St Nicolas, tient du Grand Canyon!... Quinze années de biodynamie sur les plus beaux terroirs de Brem, écoutez la différence!... Et encore, il en reste quelques autres, friches oubliées, à planter et ainsi, revenir au coeur du vignoble historique de St Nicolas de Brem. Thierry Michon est, tout entier, tourné vers l'avenir. Soyez patients, bientôt cet inventaire des "Grands Crus de Brem" sera à découvrir sur La Pipette aux quatre vins!...
Le côté passionnant de cette séance de dégustation tient surtout dans le fait que le vigneron de Brem "découvre" ses 2009 en même temps que nous!... En règle générale, il manque de temps!... Et quelques dizaines de barriques, ça ne se déguste pas en deux coups de pipette!... Si bien qu'il s'en remet parfois, pendant ce temps d'élevage, à l'avis éminemment qualifié de quelqu'un comme Jacques Lardière, du Domaine Jadot, à Beaune, vendéen d'origine, qui ne manque pas de passer, de temps à autre, quelques heures à la Croix Bégaud, histoire de mesurer les progrès de ce diable d'Olonnois!...
Après chenin et chardonnay, certains plein d'éclat, nous passons en revue les pinot noir de la Grande Pièce, ou de Plante Gâte. Certaines barriques neuves contiennent des jus intenses et puissants. La persistance est parfois nuancée d'arômes d'eucalyptus ou de menthol, qui ne manquent pas d'interpeller Thierry Michon. La négrette du Poiré, quant à elle, qui ne manqua pas d'inquiéter le vigneron, lors des vendanges (la faute à des pluies conséquentes, sur la zone côtière vendéenne, le 19 septembre!...), est dotée de tannins fins, presque "nebiollesques"!...
En guise de conclusion d'une après-midi étonnante, la note finale, l'apothéose gustative, nous est donnée par un exercice assez complexe : la dégustation des "matrices", les vins de presse du millésime 2009. Ils seront, pour la plupart, réintégrés aux jus de goutte et portent la trace du terroir et de la trame aromatique et tannique des cuvées. Et là, Thierry sait qu'il tient successivement en bouche, l'identité même de ses parcelles... La dimension humaine du métier de vigneron n'est-elle pas de tenter de laisser les vignes s'exprimer pleinement?... En moins de deux décennies, y parvenir à ce point, n'est pas le moindre des mérites de Thierry Michon, surtout dans un vignoble qualifié, par quelques imprudents, de seconde zone!... Désormais, nous en sommes certains, les hiérarchies sont faites pour être bousculées.
12 novembre 2009
Les vendanges 2009, en Fiefs Vendéens
Alors qu'une très grande majorité des vignerons de France et de Navarre avait de quoi se réjouir des conditions de vendanges et des qualités intrinsèques de ce millésime 2009, il était intéressant, à plus d'un titre, de consulter les vignerons vendéens sur le sujet. Et d'évoquer avec eux l'avenir du vignoble des Fiefs Vendéens... Des fieffés fiefs, qui ne voient pas le bout du tunnel, dans la course à l'AOC!...
Faut-il le rappeler, les vins des Fiefs Vendéens sont toujours à ce jour, le cul (de bouteille) entre deux chaises!... Il font donc partie des futurs bannis des classifications, puisque les VDQS (Vins Délimités de Qualité Supérieure), ou AO-VDQS, doivent disparaître des tablettes avec la réforme des AOC, qui vont en profiter pour devenir des AOP (Appellation d'Origine Protégée). Mais, au fait, ces appellations ne l'étaient-elles pas déjà?... Cette disparition se solde par une obligation : postuler à l'AOC (ou AOP) ou admettre d'être "rétrogradé" en IGP (Indication Géographique de Provenance, ou Protégée), appelée à succéder aux Vins de Pays, également condamnés.
Ces VDQS maudits ne sont plus, semble-t-il, que dix-sept de nos jours en France : huit en Loire, huit dans le Sud-Ouest et un en... Lorraine. Bien sur, pour ceux-ci, la procédure pour être promu en AOC semble une évidence, mais l'on sait depuis peu, que certains responsables de syndicats viticoles, comme celui du Gros-Plant du Pays Nantais notamment, se sont prononcés pour un passage en IGP, du fait des limitations de rendements éxigées par l'AOP, de la déclassification de certaines zones et, au final, des craintes éprouvées en matière d'équilibre économique local.
En Vendée, nous sommes là sur des aires délimitées, dites Fiefs du Cardinal en 1963 (jadis, Richelieu, qui fût évêque de Luçon, dans le Sud-Vendée, "diocèse le plus crotté du royaume" selon ses dires, avant d'en découdre avec les Mousquetaires du Roi, fit don de ses vignes à la population misèreuse...). Déjà à cette époque, pas une véritable promotion!... En 1984, ces Fiefs obtiennent le VDQS Fiefs Vendéens. En route pour l'AOC!... But, long is the road!... Après moult tergiversations, une avancée semble décisive en 2008, avec le passionnant travail sur les terroirs, réalisé par un groupe de géologues angevins, faisant suite à celui de l'INAO, qui a laissé la plupart des vignerons quelque peu perplexes... Compilation des résultats, édition et présentation des rapports, le temps passe... Il semble que l'AOC sera acquise pour les vendanges... 2010. Mais aujourd'hui, rien n'est moins sur!... Une réunion importante (décisive?) qui devait se tenir en novembre 2009 ne semble plus figurer sur l'agenda!...
Alors, que se passe-t-il?... Manque d'appuis politiques?... Déconsidération d'un vignoble qui, de l'extérieur, est souvent "classé" comme pourvoyeur de boissons fraîches, destinées à la clientèle estivale, notamment avec les rosés?... Dossier mal ficelé, mal boutiqué, comme on dit ici?... Manque d'enthousiasme des premiers concernés, les vignerons, qui pour certains, ont un peu le sentiment que le scénario s'est littéralement englué, à force de vouloir satisfaire un peu tout le monde, ou du moins de tenter de faire le moins de mécontents possibles, surtout au niveau des acteurs principaux?...
Le problème semble être que certaines orientations ont peut-être pris la forme de non-décisions. Devait-on absolument conserver l'assemblage de cabernet et de pinot noir, au titre de l'originalité?... Pourquoi ne pas admettre dans le décret, la production de mono-cépages, comme ces cuvées issues de pure négrette, qui seront parfois les vedettes locales (voire au-delà) de ce millésime 2009?... D'autres régions ont opté pour un calendrier, avec des étapes successives, afin "d'améliorer" le statut et l'image de leur vignoble, même au risque de faire quelques erreurs, vite corrigées, souvent très naturellement.
Autre aspect des choses, était-il opportun de continuer de s'appuyer sur cette notion, un rien vieillotte, de Fiefs Vendéens, (appellation qualifiée "d'improbable" dans l'article récent d'un mensuel, consacré à Thierry Michon) au titre de la dispersion du vignoble?... N'était-ce pas là l'occasion de mettre sur pieds une AOC Vendée?...
Ce que l'on devine de la situation actuelle, c'est notamment une disparité assez grande d'un secteur, d'un fief à l'autre. Ainsi, dans la zone de Mareuil et Rosnay, nombre de vignerons, en caves particulières, ont disparu, ces dernières années. On les compte maintenant sur les doigts d'une main et trois d'entre eux sont quasiment en position dominante, préparant ainsi leur passage en AOC... et s'armant pour une concurrence future sévère. C'est un peu dommageable au titre de la diversité!... Quant à la bio-diversité, dans certains secteurs, aie, aie, aie!...
Pour les autres fiefs, mis à part celui de Brem, qui fait face et s'organise dans la foulée de Thierry Michon, du Domaine St Nicolas et Samuel Mégnan, du Domaine Aloha, pour une meilleure promotion et, à la fois, pour une plus grande conservation du vignoble de la zone, la situation n'est pas simple. A Pissotte, on ne compte qu'un seul vigneron, Xavier Coirier. A Vix, ils ne sont que deux, avec des orientations très différentes : le Domaine de la Chaignée, lié aux célèbres Pépinières Mercier, installées dans ce village, sur la route de La Rochelle et Christian Chabirand, de Prieuré La Chaume, en conversion bio et non prétendant, dit-on, à l'AOC. Enfin, du côté de Chantonnay, un seul domaine également, celui des Orion Père et Fils, le Domaine de la Barbinière, qui postule à l'AOC, alors qu'il ne pouvait prétendre au VDQS jusqu'à maintenant. Quelques vignerons isolés également du côté de Talmont-St Hilaire, voire de Beaulieu sous la Roche et d'autres, au nord du département, que l'on peut rapprocher de la zone du Muscadet.
Après avoir dressé cette sorte d'état des lieux, soulevant de multiples interrogations, allons voir comment ces vignerons vendéens ont vécu ce millésime 2009?... Pour la plupart, il s'inscrit résolument au niveau des exceptionnels!... Ils savent aussi tous qu'il faut laisser "bouillir" et être sérieux jusqu'au bout. Un soupçon d'inquiétude peut apparaître chez certains "bons" : ce n'est pas un millésime où le vigneron fait la différence et donc, il y aura sur le marché des vins "très corrects" à petit prix, issus d'une viticulture conventionnelle et productiviste. Un bol d'air pour ceux-là, après deux, voire trois millésimes délicats et pour ceux-ci, la nécessité de pousser jusqu'à l'excellence!...
C'est Jérémie Mourat qui nous communique un semblant de rapport de millésime, pour le Château Marie du Fou et le tout nouveau Clos Saint André : mois d'août chaud et ensoleillé, avec des pluies le 3 (20 mm) et les 18 et 19 (5 mm). Septembre très chaud et ensoleillé (31° à l'ombre le 9!). Le ban des vendanges est fixé au 10 septembre. Début de la cueillette des pinot noirs destinés à Marie du Fou le 16. 14,1% potentiel!... C'est pas tous les ans!... Au Clos Saint André, début les 25 et 26 sur les chardonnay. 12,9% potentiel. Ils
sont pressés en grappes entières et fermenteront dans des oeufs Nomblot. Le 17
septembre, de la pluie (13,5 mm), celle qui va déstresser l'Anjou!... Ce sera la seule journée pluvieuse de septembre!.. Historique!...
Premier tri de chenin au Clos Saint André, le 12 octobre. Pressurage en grappes entières. 13,2% potentiel, acidité 4,9. Ce tri, Jérémie le veut sur le fruit et il ira aussi dans un oeuf en béton. Le second tri de chenin du Clos a lieu le 19 octobre. 14,5% potentiel, sans botrytis, avec un joli passerillage dû aux vents de nord-est des dernières semaines. Ce tri sera dirigé vers un foudre de 35 hl de Seguin-Moreau. "Et le 20 octobre, il pleut!... Mais, on le savait (merci Météo-France!...) et on a fini!..."
Le jeune vigneron de Mareuil sait qu'il est encore tôt pour tirer des plans sur la comète. Mais, il retrouve des matières qui lui rappellent la chair des 2005, avec sans doute plus de fond. Les rouges sont très colorés, les tannins très mûrs. Les chenin, quant à eux, allient le plus souvent richesse et fraîcheur. Un constat que l'on fait aisément en dégustant quelques échantillons prélevés sur cuves, lors d'un passage récent au domaine, malgré que les fermentations soient souvent en cours. Mention spéciale pour la négrette, très expressive et un chenin botrytisé, vinifié en sec, qui pourrait faire une remarquable cuvée d'exception!...
Quelques échos de la côte ensuite et de Brem notamment : Samuel Mégnan a surtout apprécié (et ses vendangeurs avec lui!) d'avoir beaucoup moins de tri à faire dans les vignes, du fait du bon état sanitaire des raisins et de l'homogénéité des maturités. Quantité et qualité des jus sont au rendez-vous!... Les cabernets ont été ramassés juste avant les pluies, avec déjà un beau fruit et une belle couleur. Un tri de chenin botrytisé a montré 20% potentiel, avec 1h30 de vendange pour 5h de tri!... Souvenirs, souvenirs!...
Cap au Sud-Vendée, avec quelques échos en provenance de Vix. C'est là que se situe le Prieuré la Chaume, de Christian Chabirand. Un millésime 2009 qui a fini par rassurer complètement le vigneron, au terme d'une première année de conversion bio : "A la vigne et sur le plan sanitaire, une année plutôt exceptionnelle sur La Chaume!... En fait, RAS!... Pas plus de mildiou sur feuillage que sur grappe, même pas en fin de printemps, comme cela fut le cas sur certaines zones vendéennes, pas d'oïdium non plus. Des sorties sans gel et une floraison régulière." Au final, une excellente maturité, avec des raisins très sains, gorgés de fruit et de sucre. Des rendements supérieurs aux prévisions (30 hl/ha au lieu des 25 attendus).
"A la cave, des mouts rentrés dans des conditions idéales, avec un tri manuel qui n'a rien à voir avec les années passées. Ils partent instantanément en fermentation, mais ces dernières s'avèrent très lentes et la crainte d'un arrêt de fermentation est notre préoccupation du moment (le 22/10)!... La richesse en sucre et donc en alcool potentiel, y est sans doute pour quelque chose. Finalement, une seule maladie déclarée : de la pourriture noble sur un peu de chenin... De quoi s'amuser un peu!..."
C'est dans un petit village du bocage vendéen, St Philibert du Pont Charrault, que se situe le Domaine de la Barbinière. Un domaine qui propose des Vins de Pays de Vendée depuis plus de vingt ans, en s'appuyant sur la logique des Fiefs Vendéens, au point que, dès le début des démarches en vue de l'obtention de l'AOC, l'idée d'un nouveau fief à Chantonnay, fut admise de tous, ou presque... A la Barbinière, il y a Philippe, le père, qui a toujours joué le jeu de la conquête de l'AOC!... Sera-t-il récompensé de son abnégation et de sa constance?... Il y a désormais, en plus, les deux fils, Alban, aux manettes côté vignes et Vincent, option cave. Les trois s'accordent à dire qu'ils n'avaient jamais ramassé une si belle vendange!... "Les degrés sont très élevés, les acidités sont basses sur les rouges et correctes sur les blancs. La maturité des pellicules est superbe, ce qui se traduit pour l'instant, par des couleurs intenses. La vendange manuelle a permis d'attendre la pleine maturité phénolique, même si quelques grains commençaient à pourrir... Le fruit est très présent. Tout cela laisse espérer de beaux vins. Reste à réussir les vinifications, qui peuvent parfois être délicates, avec de tels degrés."
Un tour du cuvier tend à démontrer le potentiel du millésime!... Les cépages, séparés pour la plupart jusqu'à maintenant, sont souvent à leur meilleur, avec notamment, un superbe gamay issu du secteur du Charpe et des cabernets purs, denses et massifs, aux expressions nettes et franches. Voilà qui laisse augurer de belles cuvées!...
Il nous reste le "petit dernier" des Fiefs!... Le Domaine des Jumeaux, de Jean-Marc Tard, à Chaillé sous les Ormeaux, dans le secteur de Mareuil. Voilà encore peu de temps, Jean-Marc n'était pas vigneron, ou alors le dimanche. Il était caviste, aux Sables d'Olonne. Il avait bien quelques arpents de chenin, du côté du Querry-Pigeon, sur la commune de Talmont-St Hilaire, mais c'était très anecdotique et seulement connu de quelques initiés. Et puis, un jour, il s'est mis en quête d'un vignoble, comme pour réaliser, concrétiser un rêve, nourri par quelques millésimes de Chemin du Querry.
Après quelques mois, il se met sur les rangs d'un domaine de plus de neuf hectares, planté de pinot noir, gamay, cabernet et négrette. Il en devient finalement l'acquéreur et décide, au préalable, de le convertir à l'agriculture biologique!... Un défi!... Et qui plus est, un résultat qui déclenche, à mots couverts, l'admiration de ses confrères et voisins mareuillais. Il faut dire que transformer les parcelles comme il l'a fait en quelques semaines, au printemps dernier, par un travail soigné des sols, a de quoi surprendre. Et rappeler à certains, au passage, quels sont les tenants et aboutissants du métier de vigneron!...
De son vignoble, Jean-Marc Tard a fait un jardin, tiré au cordeau!... Et que l'on ne nous dise pas désormais, en Vendée et ailleurs, que ce n'est pas possible!... D'ailleurs, on peut se demander, si son travail et son enthousiasme n'ont pas fait là, la démonstration de ce que devrait être le vignoble vendéen, celui qui veut s'inscrire dans une démarche de progrès, dans le cadre d'un passage en AOC. La question mérite d'être posée : pourquoi ne pas inscrire les parcelles de la future appellation dans la logique suivante : travail des sols obligatoire, pas de désherbage chimique, pas d'utilisation de produits de synthèses, ni de systémiques sur les vignes. Après tout, d'autres appellations, comme Savennières par exemple, ont pris de telles orientations!...
La Vendée n'est pas démunie pour choisir de telles options. A mi-chemin de La Roche sur Yon et de Mareuil sur Lay, oeuvre une association, Longs Crins, qui propose des prestations dans la vigne, les vergers, les jardins, au moyen de la traction animale. C'est elle qui intervient désormais au Clos Saint André, de Jérémie Mourat. Lorsqu'on sait que le lycée agricole yonnais, le Lycée Nature, s'inscrit tout entier dans une démarche bio et que la préfecture vendéenne dispose également d'un haras national, on imagine assez facilement les liens qui pourraient se tisser et, pourquoi pas, voir une petite économie locale dédiée au vignoble vendéen se mettre en place. Comment peut-on encore prétendre qu'il s'agit là d'orientations rétrogrades?...
Pour ce qui est de leur millésime 2009, Jean-Marc Tard et le Domaine des Jumeaux ne pouvaient espérer meilleurs augures!... Une année sans difficulté particulière, des vendanges confortables, des jus qui se positionnent comme des référents, au moment même où le vigneron a le plus besoin de jauger ses parcelles et de situer l'expression des différents cépages, sur leur sol respectif. Pensez-donc, un premier millésime!...
Au domaine, la cueillette commence le 21 septembre par les gamay. La crainte d'être débordé, avec un mois de septembre chaud et ensoleillé, incite le vigneron de Chaillé à se lancer, mais les degrés oscillent entre 11 et 12% potentiel. "J'aurais du attendre une semaine de plus!..." La fin de la première période est consacrée au pinot noir de la Citadelle. Pour l'instant, les rendements atteignent 38 hl/ha!... Dès le lundi suivant, le pinot noir des Rochettes est ramassé à 13,5°. Une belle qualité de raisins, sur une très belle parcelle.
Le samedi 3 octobre, vendanges au Querry, pour le premier tri de chenin : 14,5° au mustimètre!... Seules les grappes botrytisées sont ramassées. Il faudra attendre dix-sept autres jours pour attaquer la dernière ligne droite : les deux parcelles de négrette remplissent les caisses, 13,5 et 13,8°!... Merci Dame Nature!... Les jours suivants, quelques averses surviennent. La négrette est à l'abri, elle qui n'aime guère la pluie! C'est au tour des cabernets franc et sauvignon de la Citadelle et du Moulin. Les maturités sont superbes!...
Avec le recul de quelques semaines, les jus se montrent très intéressants : un gamay sur des arômes très nets de framboise fraîche. Une négrette tout à fait gourmande et des cabernets aux tannins souples, ronds et frais. Les chenins ne manquent pas d'intérêt non plus, même s'ils n'ont pas encore digéré tous leurs sucres. Pour Jean-Marc Tard, "2009, de la vigne à la cave, c'est une année de joie et d'émotion!..."
Avec un tel potentiel, on a envie de croire et d'espérer en l'avenir des vins de Vendée!... Il est clair que l'occasion est belle, cette année, de faire la démonstration d'un savoir-faire, en même temps que de montrer une forme d'attachement à la tradition viticole locale. Certes, les vignerons sont de moins en moins nombreux dans le département, mais, quelque part, ils sont les survivants, les héritiers de tous ceux que comptait la Vendée, naguère. Après tout, voilà à peine plus de vingt ans, il s'agissait là du troisième département français, pour le nombre de déclarants de récolte!... Alors, misons avec les vignerons, sur un bel essor, plutôt que sur un tour de vis!... Et pour apprécier de jolies cuvées, rendez-vous en 2010!...
12 juillet 2009
Portes ouvertes... aux fruits de mer!...
La météo nous promet un dimanche façon humido-grisou... Autant profiter de la soirée estivale qui précède!... Et celle-ci se déroule au rythme du décorticage des langoustines ou des crevettes roses, accompagnées de mayonnaise crémeuse, ou des grands slurps du gobage des huîtres (qu'il ne faut d'ailleurs pas gober, faut-il le rappeler?...).
Pour accompagner ces fruits de mer et puisque nous passons cette soirée au coeur de la Vendée, ne cherchons pas midi à 21h, un Fiefs Vendéens fera parfaitement l'affaire et notamment ce Franc Blanc 2004, du Domaine St Nicolas, cher à Thierry Michon. Jolie fraîcheur et du caractère, pour cette cuvée pur chenin, cépage dont on dit, parfois, qu'il n'est pas le compagnon idéal des produits de la mer... Mais, la trace de la proximité du littoral transparaît quelque peu dans l'expression de ce vin, à moins que ces impressions ne soient que vaguement suggérées à nos cerveaux. Surfons donc, sur une touche délicatement iodée, une minéralité un rien saline et une sorte de richesse solaire, comme les effluves de la forêt de pins, sous la chaleur estivale...
Pour rester dans l'actualité de ce domaine de Brem et à destination notamment des visiteurs de passage, prenez note que celui-ci propose des Portes ouvertes les vendredi 17 et samedi 18 juillet prochains, avec une visite guidée du chai et la possibilité de déguster lors de ces deux journées, de 10 h à 19 h, une série de cuvées hors du commun!...
Consultez d'autres comptes-rendus Flash sur les Dégustantanés du blog d'Olif
21 mai 2009
Fiefs Vendéens, du nouveau !...
C'était à l'occasion des vendanges 2008, courant octobre. J'avais évoqué ici-même, un vigneron peu connu du vignoble vendéen et même, très occasionnel, puisque toujours caviste aux Sables d'Olonne, à l'époque!... Il ne proposait que quelques centaines de bouteille de chenin sec, le Chemin du Querry, issu d'une petite parcelle, sise sur la commune de Talmont-Saint Hilaire, non loin de Port-Bourgenay.
Mais, Jean-Marc Tard, puisque c'est de lui qu'il s'agit, exprimait alors clairement sa volonté de donner une nouvelle orientation à sa vie : vendre sa cave sablaise et devenir vigneron, à temps plein, dans les Fiefs Vendéens!... Bien sûr, il avait alors une petite idée derrière la tête!... Quelques mois plus tard, le voilà installé en Pays Yonnais, dans un petit village qui compte quelques hectares classés en Mareuil. Bienvenue à Chaillé sous les Ormeaux, village connu pour sa Maison des Libellules, sur les coteaux du Yon, au tout nouveau Domaine des Jumeaux!...
Il s'agit, en fait, de l'ancien Domaine des Rochettes, qui comptait 14 ha sur les communes de Chaillé, St Florent des Bois et Le Tablier et appartenant à la famille Laurent, bien connu en Vendée (et ailleurs) pour sa production de produits destinés au bâtiment et, accessoirement, pour le vecteur de communication du Vendée Globe, sous la marque PRB. Les dernières années, l'ensemble de la production était écoulé par le négoce.
Désormais, certaines parcelles (1,8 ha de chenin et 1,2 de chardonnay!) ayant été arrachées, pour cause de projet de lotissement (toujours le bâtiment!... Et quand il va, tout va!... La crise?... Quelle crise?...), le domaine compte près de neuf hectares, dispersés sur les trois mêmes communes. Notez que la parcelle sur St Florent est hors appellation et sera probablement arrachée, afin de pouvoir planter (du blanc!) dans certains secteurs plus favorables.
Première découverte donc, en compagnie du vigneron, de certaines parcelles. Il faut noter avant tout, que Jean-Marc Tard s'est inscrit immédiatement dans une démarche bio. Tout le vignoble est placé en reconversion. Il est non seulement, le seul vigneron de la commune, mais le seul (pour le moment) ayant opté pour la méthode dans le secteur de Mareuil, hormis Jérémie Mourat, pour son Clos Saint André.
Le moins que l'on puisse dire, c'est que le vigneron est travailleur!... Il est impressionnant de voir, juste quatre mois après son installation, l'état d'un vignoble qui, en janvier, était couvert de ronces!... Sans
parler de la taille, qu'il a du organiser, tant bien que mal, alors qu'une partie des raisins n'avaient même pas été ramassés en 2008!... Et de la vétusté des locaux,
comptant néanmoins une série de cuves en béton plutôt intéressantes (dont certaines pleines de vinaigre!...), mais aussi du matériel hors d'âge!...
En premier lieu, passage dans le secteur dit Les Rochettes, sur la commune de St Florent des Bois, avec deux parcelles distinctes. Tout d'abord, Le Paradis, un coteau exposé est-sud-est, planté de deux hectares de gamay (voir ci-dessus). Un sol peu profond, avec parfois de gros galets blancs, site connu comme étant celui d'une très ancienne carrière. L'extrémité ouest de la parcelle, près de la friche de genêts, sera à terme, planté d'un cépage blanc. A priori, le gamay de cette parcelle sera destiné à la production d'une cuvée de rosé, à moins que les informations glanées au fil du temps n'incite le vigneron à proposer un rouge et, pourquoi pas issu, d'une vinification en macération carbonique?...
De l'autre côté du chemin, un autre coteau exposé ouest-sud-ouest : Les Rochettes, planté d'un peu plus d'un hectare de pinot noir, cépage largement majoritaire au domaine. Le sol est assez léger, plutôt sablo-limoneux. Une parcelle très convoitée... qui donne de bons espoirs à Jean-Marc Tard. Comme sur l'ensemble des secteurs, les vignes ont une quinzaine d'années et sont plantées à 5 400 pieds à l'hectare environ. Il reste encore du travail, sous le rang notamment (à la pioche!...), mais la terre semble respirer la santé!... Dès l'an prochain, il n'est pas impossible qu'un rang sur deux soit enherbé, afin notamment de faciliter les interventions, si nécessaire...
Nous traversons ensuite le village, pour passer rive droite du Yon. Nous passons à proximité de la petite vigne enclavée, dite Le Moulin, plantée de cabernet franc plus ancien et pénétrons dans la parcelle dite de La Citadelle. Sur la gauche, une grosse dominante de pinot noir là encore (1,8 ha) et des sols composés, en partie, d'argiles assez légères. Globalement, une exposition ouest-nord-ouest.
Quelques hectomètres encore et nous voici désormais au lieu-dit Les Noues, sur la route de Nesmy. On trouve là, 60 ares de négrette plantée en 1989 (photo 2), plus une parcelle en fermage, qui devrait être arrachée d'ici peu. Là aussi, une vigne qui rempli d'espoir le vigneron!...
Bien sûr, il faudra de la patience aux amateurs et de l'abnégation (pour le moins!) au vigneron. Mais, il s'agit bien là d'un nouveau mousquetaire du bio en Vendée. Après Thierry Michon, rejoint désormais par Samuel Mégnan, à Brem, mais également Jérémie Mourat, à Mareuil, pour son Clos Saint André. La route est encore longue...
Du nouveau donc, que les Revevineuses et Revevineurs pourront découvrir dès ce soir, dans le patio du Chai Carlina, à St Jean de Monts!... Du moins partiellement, puisque n'est disponible, pour le moment, que le Chemin du Querry 2007. Mais, seront présents également, pour l'occasion, Anne et Alain Chauveau, du Domaine Roche Buffère, un autre vignoble assez récent, situé lui à Rosnay, dans le secteur de Mareuil également, dont j'aurais certainement l'occasion de vous reparler avant longtemps!...
16 avril 2009
Et si on parlait de terroir!... (2)
Voilà quelques jours, vous avez pu découvrir les dessous d'Aloha, grâce à Samuel Mégnan, du domaine éponyme, un p'tit jeune qui monte dans le vignoble vendéen et qui évoquait sur son blog, le passage dans les vignes du domaine d'une petite équipe de géologues-enquêteurs ligériens. Ceux-ci, mandatés par le Syndicat des Fiefs Vendéens, se sont lancés dans un long travail de fourmis (à moins que ce ne soit plutôt des taupes!...), afin de faire apparaître au grand jour, à ciel ouvert, le terroir des Fiefs.
Ces passionnés sont Vincent Courtin (sols), Dominque Rioux (cartographie) et Sébastien Cesbron (carto et enquête). Ils sont les représentants d'une association, "Cellule Terroirs Viticoles", qui est notamment soutenue par Interloire et proche de l'Unité Vigne et Vin, au centre INRA de Beaucouzé, près d'Angers.
Il s'agit donc là, d'une étude contractuelle, effectuée dans la période préalable au classement en AOC des différents secteurs du département (hormis le nord, rattaché au Muscadet), les fameux Fiefs Vendéens. Ceux-ci sont au nombre de quatre : Mareuil, Brem, Pissotte et Vix. Mais comme pour les Trois Mousquetaires (qui eux, souvenez-vous, étaient quatre!), on dénombre finalement cinq zones, puisque celle de Chantonnay sera également classée dans le décret d'appellation, alors qu'elle ne pouvait prétendre auparavant qu'à la dénomination Vin de Pays de Vendée (ou du Jardin de la France).
J'ai donc été convié, à cette occasion, à une après-midi réfrigérante, mais bigrement passionnante, par Philippe Orion et ses deux fils, Vincent et Alban, du Domaine de la Barbinère, à St Philbert du Pont Charrault, petite bourgade à une lieue de Chantonnay, où ils sont les seuls représentants de la viticulture locale, au milieu d'étendues largement dédiées à l'élevage et à la culture céréalière.
Après donc Mareuil et Rosnay, Vix, Pissotte et Brem, notre trio angevin est donc revenu battre la campagne chantonnaysienne et creuser quelques fosses supplémentaires. Au total, pas moins de 36 de ces fosses auront été creusées dans les différents sites de la future appellation. De toute évidence, une somme d'informations inégalées, à un moment clé pour la viticulture locale. Viendra bientôt, le temps de la restitution et nous ne pouvons qu'espérer, que les vignerons des Fiefs Vendéens sauront tirer tous les enseignements de cette mine de données... sorties du sol. Certaines de ces infos viendront en percuter d'autres (voir ci-après). Parfois, elles confirmeront les bons choix. Ailleurs, elles mettront le doigt là où ça fait mal!... Il ne faudrait pas que ce trésor soit enfoui, de nouveau, dans les sols multiples et variés du département, par une génération de viticulteurs qui ont là, l'occasion de faire prendre un tournant décisif aux vins de Vendée. Le défi est à la hauteur de l'attente des consommateurs... et, en terme de perspectives, des générations de vignerons à venir!...
Au cours de cette après-midi, nous allons voir et lire cinq fosses, dans des secteurs où ne sont plantés que des cépages rouges. C'est le seul regret que l'on peut avoir en la circonstance. Il eut été intéressant de voir les dessous d'une parcelle de chenin, par exemple. Bien sur, tout commence par un regard sur la carte géologique de la région. Mais, il faut prendre les informations qu'on y puise avec prudence, puisque seules, les formations profondes y sont représentées. Les formations superficielles ne le sont pas, pas plus que les matériaux de surface plus récents, ni les altérites. Mais, entrons un peu dans le détail...
Nous sommes dans le secteur de la Filtière, dans une vigne de gamay. La fosse nous montre des amphibolites, bleu sombre. Une roche qui atteste d'anciens océans et qui s'est formée au niveau des dorsales océaniques, issues du magma terrestre. A une certaine époque, l'Océan Ligérien, qui séparait le Massif Central et le Massif Armoricain s'est fermé, sous la pression des continents qui se rapprochaient. Ce pincement de la croûte océanique remonte à la surface (à l'éocène, -30 millions d'années) et est ensuite
fortement altéré, du fait du climat chaud et humide de l'époque. Se forment alors, des argiles rouges et des matériaux jaunes, au revêtement noir. Sur les premières, se met en place un sol, celui que l'on trouve ici : il s'agit donc d'un sol sur argiles rouges, sur altérites d'amphibolites.
Plus bas, dans la parcelle, les sols sont directement sur les amphibolites (70 à 80 cm). Un topo-séquence aurait permis de montrer les différentes zones : 1- dans le bas du coteau, altérites d'amphibolites, milieu roche, moins de 70 cm, 2- en remontant, milieu altération, entre 0,70 et 1,20 m et 3- sur le haut, milieu altérite, avec les argiles.
Ici, les roches sont basiques, riches en fer, manganèse et oligo-éléments. Elles s'opposent aux gneiss, orthogneiss et granite, plutôt siliceuses. Nous sommes sur un bon sol viticole, sans trace d'eau. Les racines colonisent bien les différents horizons : sol organique, horizon de structuration, argilo-limoneux, rouge et jaune, bien structuré, puis les altérites d'amphibolite. Pas d'hydromorphie à craindre. En clair, un bon support pour le cabernet franc et surtout la négrette. Plus bas, dans le coteau, une zone prédisposée pour le chenin.
Nous n'avons que quelques dizaines de mètres à parcourir pour rejoindre la deuxième fosse, dans une parcelle plantée de pinot noir. Mais là, tout est différent... Nous sommes sur une hauteur qui domine la vallée. Cette dernière témoigne du tracé d'un grand fleuve ancien, qui remonte de la plaine de Fontenay le Comte. Nous sommes, probablement, à l'intérieur d'un grand méandre de ce fleuve, ou dans une sorte de crique. Le matériel qu'on découvre là est résolument sableux, genre sable gris. La surprise, c'est d'y trouver des galets roulés en surface et jusqu'à une bonne profondeur, dans un sol argilo-sableux du pliocène. Mais, plus encore, c'est la présence de gros blocs, des conglomérats, des ciments d'amendes quartzeuses qui étonne les spécialistes!... Les bandes verticales, tout à fait visibles, laissent supposer que nous sommes là, dans une zone avec des placages.
Les membres de la Cellule Terroirs Viticoles laissent transparaître leur scepticisme, quant aux qualités de ce sol viticole. Les racines de la vigne se sont installées dans le sol superficiel, mais ne franchissent pas cette barrière argilo-sableuse. Plus bas, dans le coteau, c'est sans doute très différent, mais le haut de la parcelle a un bon potentiel... pour faire un camping, suggère, rieur, un des participants!...
Au moment de remonter en voiture, pour changer de secteur, Philippe Orion ne me cache pas sa perplexité. En effet, lors d'une précédente visite d'autres géologues, en vue du passage en AOC, il avait été retenu que cette dernière parcelle était jugée "excellente", alors que la précédente devait être "déclassée"!...
Nous voici maintenant dans une parcelle plantée de cabernet, au lieu-dit le Fuiteau. Cette fosse a été creusée à la demande du vigneron, qui espère avoir ainsi quelques informations nouvelles, un éclairage, sur les raisons qui font que ce petit secteur, au coeur de la parcelle, connaît chaque année des difficultés, évidentes, lorsque le feuillage jaunit.
Nous sommes sur une zone supposée être schisteuse. En fait, la fosse révèle un sol graveleux ou argilo-sableux. Non loin de là, la pente est assez forte et cela, sur les deux rives du Lay. Nous sommes en fait sur des placages alluviaux de rivière. Les cailloux qu'on trouve là, sont anguleux, en liaison avec le réseau hydromorphique des rivières actuelles, dont l'origine remonte au quaternaire.
L'horizon de surface est colonisé par les racines. Au-delà, nous remarquons de fines bandes grises, horizontales et parallèles, à différents niveaux. Nous pouvons voir également que des racines plus grosses, des pivots, s'enfoncent à travers le sol poreux sablo-graveleux, puis argileux en profondeur, afin d'atteindre ces fins cordons gris et y puiser quelques oligo-éléments plus riches. Une très fine chevelure se développe alors, à l'extrémité des pivots et uniquement dans ces couches très fines. Est-ce l'origine des difficultés de la plante?...
Nous passons ensuite sur la rive gauche du Lay, au lieu-dit le Charpre. C'est du gamay qui est planté là. Philippe Orion avoue quelques a priori et une sorte de scepticisme quant à cette zone. Or, la coupe de terrain révèle un très beau sol viticole. L'horizon de surface est certes, assez profond, mais les racines le colonisent parfaitement. Elles plongent en quête de la roche, qui se trouve être ici, du schiste en feuillets verticaux, que l'on devine très favorables à l'installation et à l'alimentation de la plante. L'idéal eut peut être été de voir là des chenin...
Dernière étape de notre périple, la Salissonière, pour une parcelle plantée de cabernet. Les notes me manquent (pour cause de défaillance technique), mais nous sommes de nouveau dans une zone où les argiles, dans toute une palette de jaune, sont très présentes. Là encore, les racines de la vigne éprouvent quelques difficultés à pénétrer ce sous-sol.
Comme à chaque fois et comme convenu, le trio angevin, suite au constat visuel et à la brève analyse, extrapole au sujet des cépages et des porte-greffes utilisés sur les parcelles concernées. Et c'est bien là, que l'on devine tout l'intérêt de ces menus travaux... avant une nouvelle plantation, notamment!... Les choix n'en seraient que plus opportuns et nettement moins empiriques!... Le vigneron prendrait sans doute moins la parole du pépiniériste... pour argent comptant!... La méthode se révèle, à l'évidence, un excellent complément aux carottages, pratiqués le plus souvent.
Il ne faut pas voir dans ce compte-rendu, une démonstration scientifique, mais une simple tentative pour traduire un constat et des conversations successives entre des spécialistes, qui tentèrent là d'expliquer les choses le plus clairement et le plus simplement possible et des profanes, qui se dirent que, finalement, ils auraient dû se pencher sur le sujet depuis bien longtemps!...
Les Orion père et fils auront sans doute un peu la tête dans les étoiles, après cette après-midi!... Et, très vite, d'autres questions surgiront : quelle stratégie adopter?... Quels axes de progrès doit-on "prioriser"?... Doit-on chercher à mettre en valeur certains secteurs et éviter une débauche d'énergie trop importante, pour ceux qui le méritent moins?... Quelle planification pour demain et après-demain?...
Un père qui assume parfaitement ses choix, après avoir fait évoluer un domaine, qui dépasse désormais les trente hectares et dispose d'un bon capital de sympathie. Deux fils, prêts à prendre la relève et à infléchir certains choix. Le Domaine de la Barbinière est tourné vers l'avenir et la lecture de ses sols, parfois anciens, ne peut que le faire aller de l'avant. Et croire en sa bonne étoile!...
NB : il va de soi que les commentaires de tout lecteur, plus féru que moi-même en matière de géologie et d'étude des sols, sont les bienvenus, y compris pour apporter quelques correctifs et précisions. Merci d'avance!...
14 mars 2009
Samuel Mégnan, star du petit écran!...
Parfois, il arrive que l'on prenne une initiative toute simple et que l'on se retrouve propulsé à la une, en première page, en haut de l'affiche.
Samuel Mégnan, du Domaine Aloha, à Brem sur Mer, tout près de la côte vendéenne, rêvait d'un avenir meilleur pour son petit vignoble en Fiefs Vendéens. Un avenir sans chimie et une évolution vers le bio. Travaillant seul sur ses quelques hectares, il ne pouvait éviter l'achat de matériel. Investir?... Oui mais... Les banques?... Sans doute...
Et puis, il lui vint l'idée d'une souscription. A peine lancée, celle-ci attira les médias de toutes origines. Presse locale, presse nationale et même France 3 et sa célèbre émission Thalassa, qui nous fit découvrir
en quarante cinq secondes les vendanges de vins de sable!... (sic).
Dernière en date, TV Vendée nous propose 1 minute 49 de bonheur, avec un petit reportage ciblé sur cette actualité. Décidément, Samuel Mégnan, le seul vigneron qui s'abrite du soleil, sur son tracteur, en
installant une planche de surf au-dessus de sa tête, s'y entend en matière de com'!... D'ailleurs, je me dis que le syndicat des Fiefs Vendéens, à la recherche de nouveaux partenaires "influenceurs", devrait lui confier cette tâche, incontournable de nos jours!... Aloha, c'est quand même l'image même du dynamisme, de l'innovation, de l'initiative percutante... et ce n'est peut-être pas fini!...
A quand le journal de Claire Chazal?... Et encore plus, les Guignols de Canal +... Il est vraiment phé-no-mé-nal!.. (air connu)... Pas sur la tête, Samuel, pas sur la tête!...
09 novembre 2008
Des nouvelles de Vendée
Ce serait exagérer que d'affirmer qu'en Vendée, on est tous accros voile!... Mais, s'il n'y avait pas que des Vendéens, aujourd'hui aux Sables d'Olonne, on peut dire quand même que les gens du coin y tiennent à leur Vendée-Globe!...
Aujourd'hui, tous derrière Dee Caffari dans le chenal, dès 9h et la foule des grands jours sur les jetées du port. La foule, avant même le lever du jour. Incroyable!...
Après le flux, le reflux!... Les solitaires sont désormais seuls en mer et tous les bateaux accompagnateurs ont regagné le port, chargés qu'ils étaient de candidats au mal de mer!... Certains, un rien espiègles, soutiennent que c'est dimanche et repas de fête pour les poissons et crustacés de la côte!...
Exclu-Pipette : déjà un retour au port, pour l'un des participants!... Dominique Wavre, sur Temenos, connaît des problèmes électriques et rentre pour réparer. Et repartir très vite... Nos amis suisses vont être navrés!...
Accros voile, pas sur donc, mais en ce moment, à la maison, ce sont les St Jacques qui cassent la baraque!... Et pour l'occasion, une très jolie recette de Coquilles St Jacques dorées au poêlon et chutney d'endives à l'orange. Le tout, associé à un Brem de Thierry Michon, comme il se doit et notamment ce Franc Blanc 2004 y répondant parfaitement.
Bon vent à tous!... On se revoit dans trois mois, à peine!...
Consultez d'autres comptes-rendus Flash sur les Dégustantanés du blog d'Olif
20 octobre 2008
Vendanges 2008 sur le Chemin du Querry
Nous attaquons la dernière décade d'octobre. L'été indien sur le vignoble de Vendée!... Cette année, c'était confortable d'attendre le bon moment pour vendanger... Tee-shirt de rigueur pour la cueillette, en ce samedi, au lieu-dit Les Eaux, sur la commune de Talmont-St Hilaire, chef-lieu de canton de Vendée situé au sud des Sables d'Olonne (cet aimable port de pêche, dont vous allez tous entendre parler dans les prochaines semaines, pour cause de Vendée Globe!...) et faisant partie de l'aire d'appellation de Brem (au nord de la capitale des Olonnes!), en Fiefs Vendéens, AOVDQS, selon la terminologie dont il convient d'user.
Dans ce secteur, il reste très peu de vignes. En fait, la commune est grande et côtière, mais la pression immobilière n'est pas un vain mot!... Elle compte un port de plaisance, Port-Bourgenay, un golf, un château médiéval qui fut, dit-on, la demeure de Richard Coeur de Lion soi-même, un hippodrome et... quelques jolies criques pour le farniente... mais, devrais-je les évoquer celles-ci?...
Non, La Pipette aux quatre vins n'est pas devenue le site promotionnel de cette commune!... Nous sommes là, en fait, pour partir à la rencontre d'un vigneron, comme il se doit et de ses soixante ares de chenin!... Un vigneron, que dis-je?... Un néo-vigneron!... Avec vingt années d'expérience de sommellerie et huit années en tant que caviste, dans le centre ville des Sables d'Olonne, il vient de franchir le pas : son avenir, c'est désormais celui d'un vigneron à part entière!... Démarche courageuse, par les temps qui courent!...
Nous sommes donc en compagnie de Jean-Marc Tard, qui nous présente là Les Rochais, 60 ares de chenin, tout ce qui reste du vignoble familial, environ 7 ha naguère, largement plantés d'hybrides, selon la tradition locale en vigueur, voilà plus de trente ans. Ces vignes ont environ vingt cinq ans et depuis 2002, il en cultive le sol et en prends le plus grand soin. Aujourd'hui, pour une grosse matinée, une petite dizaine de personnes est venue pour ce deuxième passage. Là comme ailleurs, les quantités sont réduites, vis à vis d'une année moyenne, même si le gel de printemps n'a pas sévi ici, toute proximité du littoral oblige.
Les paniers remplissent les bastes. Ces dernières prennent place sur la remorque brinqueballante du vétuste tracteur. En à peine quelques minutes, elles rejoignent le pressoir, au lieu-dit Les Hautes Mers. Le bâtiment lui-même est un ancien séchoir à tabac. Nous ne sommes pas dans un chai moderne, au design épuré. L'installation n'offre peut-être pas toutes les garanties, selon les traités de l'oenologie actuelle. Malgré tout, dans le garage tout proche, deux cuves inox thermorégulées témoignent de la volonté du vigneron de soigner l'élevage. Celui-ci, après un second soutirage, sera prolongé en barriques non neuves.
D'ailleurs, goûtons donc au millésime 2007, qui sera mis en bouteilles dans une semaine. La pipette, assez rétro elle aussi, dans son genre, permet de procéder à un assemblage de trois des barriques. Ce vin s'exprime plutôt bien, avec un gras certain, bien soutenu par une acidité de bon aloi. Jolie surprise!... Le lendemain même, nous pourrons découvrir un échantillon de la première mise, qui date de trois semaines environ. Là, l'expression est peut-être un peu en retrait, mais le vin montre une belle matière. A l'aération, on retrouve un caractère chenin très net, mais une belle richesse, moelleuse et droite.
Bien évidemment, il est quasiment impossible d'être ou de devenir vigneron avec soixante ares de chenin!... Fussent-ils situés au coeur de la Coulée de Serrant!... Jean-Marc Tard le sait bien, lui qui n'a pu obtenir de droits de plantation dans le fief familial!... C'est pourquoi, sa quête d'un vignoble l'a poussé vers un autre Fief Vendéen : Mareuil, où il devrait pouvoir disposer bientôt de sept hectares de cabernet, gamay et chardonnay, sur la commune de Chaillé sous les Ormeaux. Le voilà prêt à relever le défi!... Et ce que l'on découvre avec le Chemin du Querry laisse à penser que la future AOC vendéenne pourrait bientôt compter un talent supplémentaire, même s'il n'est pas rigoureusement issu du sérail. En tout cas, une personnalité et des cuvées à découvrir.
04 août 2008
Perspective mareuillaise
Voilà tout juste un an, je vous proposais de découvrir la naissance, que dis-je, la gestation, d'un nouveau vignoble au coeur de la Vendée viticole, des Fiefs Vendéens : le Clos Saint André, de Jérémie Mourat, à Mareuil sur Lay.
Un message récent du jeune vigneron mareuillais ne pouvait que m'inciter à constater, de visu, l'évolution du projet :
Je voulais simplement te dire que les travaux avancent au Clos Saint André.
Nous finirons de planter 6.30 Ha (!) de chenin la semaine prochaine, avec les 40000 tuteurs qui vont avec, afin de les travailler en bio. Les bras commencent à être lourds...
Mais le projet avance.
L'impatience de sortir le premier millésime aussi...
Bientôt (millésime 2009) le verdict!
Nous avions, en effet, convenu de nous revoir pour apprécier l'ampleur du travail. Pour tenter de l'apprécier, du moins, pour ma part. Car, je crois qu'un amateur, fusse-t-il curieux de "vivre" en spectateur attentif un tel programme pluriannuel, ne peut véritablement mesurer toute sa dimension, au moins dans sa "quotidienneté"!...
Il fait lourd en cette soirée estivale. De sombres nuées circulent encore et Jérémie Mourat, faisant le cumul des pluies de ces derniers jours, devine que le travail ne va pas manquer dans les prochaines semaines. Les 9 ha du Clos Saint André sont désormais plantés de chenin (et du "minimum légal" de chardonnay, pour bénéficier de la future appellation Fiefs Vendéens). Une étape déterminante, s'il en est, sur ce coteau en pente douce, qui regarde couler le Lay. Chaque jour qui va passer, chaque semaine, vont désormais apporter leur lot d'informations. Les trois hectares plantés en 2007 sont déjà observés par Jérémie et son équipe, déterminée et motivée comme jamais par ce challenge.
Ce n'est pas encore la vie de château pour Jérémie Mourat, qui exprime parfois une sorte d'impatience tranquille. Et, à ce stade, ce ne sont pas encore les séances de dégustation qui se succèdent, mais plutôt les carnets de chèques!... Même s'il peut, si besoin est, s'appuyer sur une structure des plus solides (Les Vins Jean Mourat Père et Fils), des choix, sans doute déterminants, se succèdent, comme ce tracteur-enjambeur (poids plume dans sa catégorie et hypoconsommateur). Viendront plus tard, les cuves Nomblot en forme d'oeuf et les barriques issues de plusieurs tonnelleries.
La construction du chai est programmée elle aussi, dans le bas de la parcelle, près des arbres de son voisin, amateur de cabanes. S'il n'y avait cet obscur projet immobilier, dans une zone de friches naturelles, en bordure du clos, tout irait pour le mieux, dans le meilleur des mondes...
La démarche bio est clairement affichée. Avec son compère Jérome, il multiplie la découverte de quelques
flacons références. Des rencontres aussi, comme lors du passage récent au domaine d' Eddy Oosterlinck, du
Domaine du Juchepie, en Anjou, dont la cuvée, le Sec, a laissé une très belle impression au jeune mareuillais.
Chaque jour qui passe éclaircit l'horizon du vigneron, mais les doutes demeurent. Dès 2010, il faudra convaincre et séduire, verre en main. Une cuvée, qui se veut, d'ores et déjà, haut de gamme, avec pour objectif la grande restauration et les marchés à l'export, qui sont curieux de telles démarches. Les perspectives laisseront alors la place à la prospective. Et Marie du Fou saluera alors comme il se doit, en son noble château mareuillais, le jeune chevalier, de retour d'un tournoi dont il doit sortir vainqueur!...
Hola, preux Chevalier de Saint André !... Rendez-vous en 2009!...






















































































































































