La Pipette aux quatre vins

Partir à la découverte du vignoble, des vignerons et des vins.

07 octobre 2008

Le plus rhodanien des coteaux de l'Anjou!...

Que l'on regarde du côté des coteaux du Rhône valaisan ou entre Vienne et Valence, le long du Rhône pré-alpin français, on ne peut s'empêcher de trouver un air de famille à ces fortes pentes, sous des cieux différents, mais qui, par les difficultés qu'ils imposent aux vignerons, en font des crus quasi légendaires.

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En ce début octobre, c'est l'heure des vendanges aux Treilles!... Jo Pithon a rassemblé les forces vives de la famille et quelques amis de passage, pour ramasser le chenin de ce coteau exceptionnel de la vallée du Layon. Un site exigeant tout au long de l'année et qui plus est, à l'heure de la cueillette. Point de treuil aux Treilles, ni de monorail pour se jouer de la pente!... Il faut, avant tout, compter sur ses jambes et sur ses bras. Sportif!...

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Un Grand Cru du Val de Loire que ce coteau des Treilles!... Comme d'autres pentes, d'autres parcelles sises tout au long du Layon. Et un excellent moyen de les découvrir, que de suivre le tracé de l'ancienne voie de chemin de fer, qui allait de Chalonnes à Thouarcé et Doué la Fontaine. Amateurs de rando pédestre et de VTT, pensez-y pour une découverte de l'Anjou viticole!...

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Pas certain que les vendangeurs ne prennent le temps de contempler le paysage des Bonnes Blanches et de Bézigon, sur l'autre rive du Layon!... A peine le temps d'une pause. Il faut faire vite, le week-end sera court et le dimanche venteux et pluvieux...

D'ailleurs, il faut aussi veiller à conserver son équilibre!... En effet, le sol est meuble et composé pour l'essentiel de schistes pourpres, bruns ou jaunes.

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Ces vendanges, pour Isabelle et Jo Pithon, ainsi que pour Joseph, c'est comme un nouveau départ. Les Treilles, ce sera un peu le fer de lance du nouveau Domaine Pithon-Paillé. Y seront associées, des cuvées d'Anjou rouge et blanc de La Fresnaye, ainsi qu'un peu de Savennières. Sans oublier bien sûr, la gamme composée autour des raisins achetés dans diverses appellations : l'Anjou du Clos Frémur, mais aussi des Bourgueil, Chinon, ainsi que du grolleau.

Ici, Jo Pithon espère disposer d'une vingtaine d'hectolitres... La vendange est saine, mais les raisins plutôt petits. Les grappes comptent aussi une proportion non négligeable de grains secs. Il faudra jouer... serré, tout en maîtrisant les pressées.

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De quoi donner de la profondeur de champ aux perspectives des vignerons de St Lambert du Lattay!... Des espoirs aussi, en s'appuyant sur l'expérience des uns et l'enthousiasme des autres, pour peu que la situation ubuesque dans laquelle se trouve actuellement Joseph, le fils, trouve son épilogue dans les prochaines semaines et que tout finisse par une belle noce!...

Et pendant ce temps, non loin de là...

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22 juillet 2008

Anjou blanc, Anjou rouge, ça nous bouge!...

Deux petits repas, en toute simplicité et deux flacons pour nous régaler!... Un duo qui nous vient d'Anjou, dont les aptitudes sont évidentes, à faire d'un simple menu, somme toute classique, une régalade!...

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Prenez un rôti de porc dans l'échine. Associez-lui des oignons et de l'ail en chemise, ainsi que des tagliatelles, puis des poivrons rouges confits. Servez chaud, justement assaisonné, avec comme partenaire, un Anjou rouge de La Grange aux Belles, de Marc Houtin, dans la cuvée dite 53 et dans le millésime 2006. Un cabernet suave, rond, aux délicats arômes de fruits rouges mûrs, mais possédant néanmoins un caractère affirmé et un volume en bouche, pouvant faire de lui un partenaire de plats relevés, si ce n'est résolument épicés. Un vin qui se goûte bien depuis le début et qui évolue joliment!...

Cette cuvée 53 de Marc Houtin est-elle à rapprocher d'une autre cuvée angevine Joseph 53, un Savennières de Gérard Bossé, du restaurant Les Tonnelles, vinifié par Jo Pithon?... Allez savoir!... Y célèbre-t-on l'année de plantation d'une vigne ou la mort de Staline, à moins que ce ne soit celle de Django Reinhardt ou la première ascension de l'Everest, par Hillary et Norgay?... Je doute que ce soit pour célébrer le couronnement de la Reine d'Angleterre ou la naissance de Dorothée!... A vous de jouer!...

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Un plat de poisson plutôt facile à mettre en oeuvre et un chenin au caractère affirmé!... Plaisir garanti!... La recette, une aile de raie bouclée, sauce aux herbes. Le flacon, un Anjou blanc, Le Cornillard 2004, de Patrick Baudouin.

La raie est cuite au court-bouillon, la sauce se prépare sur une base de tomates pelées, coupées en dés. Échalotes, herbes diverses et variées (persil, cerfeuil, estragon), un peu de fromage blanc, un citron vert, deux doigts de moutarde, un soupçon de sauce Worcestershire, de l'huile d'olive, sel, poivre et baies roses moulues. Un peu de riz, si on le souhaite. Ça se déguste tiède, ou froid, sur votre terrasse ensoleillée...

Le vin mérite un peu de fraîcheur. Appréciez le pour sa vigueur, son gras, sa longueur, très chenin sur schistes!... Serré, dense, intense, on l'imagine aisément sur une viande blanche!... D'ailleurs... je me demande si... l'Anjou rouge... sur un poisson!... Faites comme il vous plaira!...

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05 juillet 2008

En Anjou, on a retrouvé Jo !...

La nouvelle était tombée à la veille du Salon des Vins de Loire 2008!... Elle circulait alors, tantôt déformée par les uns, parfois dramatisée par les autres!... Jo Pithon, vigneron en Anjou, référent pour nombre de ses pairs (voir Le Rouge et Le Blanc n°69 et 70), était chassé de ses terres par son associé-investisseur!... Le vigneron de St Lambert du Lattay et sa compagne Isabelle venaient d'annoncer à leurs amis, leur décision de se retirer du deal en vigueur!... Pour la plupart des visiteurs et des exposants, certains bien informés, d'autres moins, c'était là, toute la démonstration de la puissance de l'argent, au mépris de toute forme de relations humaines.

Il faut dire que de tels modes de fonctionnement, pour les domaines de la région, ne sont pas légion!... Un vigneron de notoriété en pleine activité, dans une période difficile, trouve un partenaire financier, un investisseur, prêt à réinjecter des sommes importantes, à devenir majoritaire (le plus souvent), pour mettre sur pieds un nouveau projet, voire un projet novateur, qui ne le serait pas forcément à Bordeaux ou à Beaune, mais qui, vu de St Lambert du Lattay ou de Thouarcé, produit une certaine perplexité dans le vignoble...

Comme le dit Jo Pithon : "Quand tu deviens minoritaire, tu l'es pour de bon!..." On imagine alors, à quel point il devient important de voir s'installer entre les hommes, des relations de confiance, si ce n'est amicales.

Pas forcément si rare que ça... D'ailleurs, au moment même où notre entretien à bâtons rompus débute, un véhicule s'arrête non loin de nous. C'est Patrick Baudouin, venu saluer Jo Pithon en voisin (il dispose de nouvelles vignes dans le secteur) qui en descend. Voilà un autre référent du Layon, qui a opté pour ce type d'accord, même s'il s'agit d'une situation et d'un partenaire quelque peu différents...

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En cette journée de juillet, plombée d'un ciel gris assez menaçant, Jo m'a donné rendez-vous au Château de la Fresnaye, à St Lambert, sur la route de St Laurent de la Plaine. Je franchis le grand portail et découvre une grande façade, austère, dont la pierre gris-bleu sied à merveille, en ce mercredi, aux nuées sombres. Un château du XVIè, construit façon Moyen-Âge!... Je me gare entre un châtaignier et un vénérable acacia. La lourde porte s'ouvre et mon hôte franchit le pont-levis.

Holà, messire Chevalier, descend de ton destrier fidèle!...

Pour Jo Pithon, serait-ce la vie de château?... Il s'amuse de l'effet produit et m'assure, rieur, que finalement, tout ne va pas si mal!...

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Avant toute chose, une découverte des lieux s'impose. Notez bien que la demeure est à vendre. Son propriétaire est un grand voyageur... C'est aussi une propriété viticole, mais les vignes viennent d'être vendues, ainsi que tout le matériel dans le cuvier restauré. Ce qui semble laisser quelques regrets aux occupants en villégiature... Mais, le temps n'est pas à la nostalgie. Il ne s'agit pas de faire ressurgir les fantômes du passé, malgré le lieu qui s'y prête quelque peu!... Après des semaines, des mois de doutes, la perspective de travailler avec leur fils, Joseph, donne à Isabelle et Jo Pithon de belles raisons de croire en un avenir meilleur.

Joseph, du haut de ses vingt-trois ans, est aussi un grand voyageur. Ontario, Virginie, la Bourgogne, le Roussillon... et au final, l'Anjou et le Layon, pour venir travailler dans le site exceptionnel des Treilles, qui finalement reste dans le giron familial.

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La pluie nous laisse un répit. C'est l'idéal pour faire un petit tour dans le parc. Le temps d'un petit coup d'oeil dans le rétro!...

Jo Pithon est vigneron depuis 1978. A l'entame des années 90, il commence a être connu et dispose d'environ 13 ha. Survient alors le gel dramatique de 1991. Il décide alors de réduire la toile en ne gardant que 4,5 ha de chenin, sur les meilleurs terroirs. Ses options, tant à la vigne (conversion en bio) que pour l'élevage payent. De 1992 à 1994 (des millésimes difficiles), il propose de bons vins, si bien qu'il apparaît dans les médias spécialisés, au point d'être cité par la Revue des Vins de France, comme Vigneron de l'Année 1994!...

Viennent ensuite trois très beaux millésimes pour les moelleux-liquoreux : 1995, 1996 et 1997. Comment ne pas surfer sur le succès?... Tous les flacons partent sans difficultés!... Seulement, effet de balancier (?), la Loire connaît à suivre trois nouveaux millésimes très moyens : 1998, 1999 et 2000. Dans ces circonstances, les acheteurs sont les premiers à faire le dos rond, d'autant qu'ils ont rempli leurs caves de grands vins de garde, au cours des années précédentes!... La baisse sensible des ventes se confirme tout au long des années 2000 et 2001. Comble de malheur, les Pithon ne disposent alors quasiment que de moelleux!... L'équilibre financier devient impossible à maintenir.

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Au cours des ultimes années du XXè siècle, alors qu'il taille la vigne sur le coteau des Bonnes Blanches, Jo Pithon flashe sur le coteau d'en face, rive droite du Layon, qu'il aperçoit à travers les arbres dénudés. Il en fait part à Isabelle, qui va alors tout mettre en oeuvre pour pouvoir les acquérir.  Il ne faudra pas moins de trois années pour réunir 70 parcelles (dont une de 8 m²!) appartenant à 25 propriétaires différents!... Et disposer ainsi de 2,7 ha... de friches!... Pour planter (début en 2000), ils cherchent donc des partenaires et les trouvent grâce à leur importateur américain de l'époque. Bien joué!... C'est aujourd'hui ce qui va permettre au couple de fermer la parenthèse d'une période difficile.

Pour entamer le XXIè siècle, Jo Pithon trouve, par ailleurs, un nouveau partenaire financier, qui finalement, devra quitter la région pour raisons professionnelles, au bout de deux ans. Des relationsChamboureau régionales le Chamb_2mettent alors en contact avec Philip Fournier, industriel angevin, qui se montre enthousiaste. Le Domaine Jo Pithon compte alors 10 ha, auxquels vont très vite s'adjoindre 15 ha sur Rochefort sur Loire. Un grand projet voit le jour!... Objectif : 40 ha et construire un chai en 2006, avec structure d'accueil complète!...

C'est à ce moment là que le Château de Chamboureau, de Pierre Soulez est mis en vente. Le vigneron de St Lambert fait tout pour pouvoir s'occuper d'un domaine enthousiasmant, au coeur de la Roche-aux-Moines et y parvient grâce à son partenaire... dont l'ambition grandit, grandit...

Début 2007, évènement décisif, la première rencontre entre Philip Fournier et Stéphane Derenoncourt, flying winemaker bordelais bien connu et curieux, voire gourmand, de pouvoir "travailler" les blancs et notamment, le chenin. Les deux hommes se plurent!... Contrat!... Jo Pithon fait alors part de son scepticisme, mais il connaît bien le Bordelais, depuis longtemps et à plus d'un titre!... Les premiers flottements surviennent à l'été 2007 : Jo Pithon est alors écarté de la prise de décisions à Chamboureau et... pour le reste du domaine!... Le courant ne passe pas, les hommes ne se parlent plus, ou feignent de s'ignorer. Le partenaire financier fait alors part de son intention de changer le nom du domaine. La stratégie commerciale, mise en place depuis des années, chancelle, du moins aux yeux du vigneron angevin!... Un dernier désaccord au sujet des futures étiquettes et, cette fois, c'en est trop!... Jo Pithon quitte le navire et avoue aujourd'hui, que c'est devenu depuis, comme un immense soulagement!...

Bien sûr, tout n'est pas simple!... Il ne peut pas, notamment, remettre son nom sur ses bouteilles, du moins, sous la même forme. Il faut reconstruire une stratégie globale. Mais, il reste les Treilles, plus 1,5 ha de chenin et 70 ares de cabernet du coté de St Aubin de Luigné... et une famille réunie, devant de nouvelles perspectives.

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Dès 2008, naîtront deux cuvées issues de ce coteau, peut-être LE grand cru de la région!... Avec son sol, mieux que de longs discours!... Nous sommes là sur la faille qui nous amène jusqu'à la Pointe du Raz, lieu chargé de toute une symbolique!... On y trouve des spilites (420 millions d'années), qui côtoient des grès décomposés, poudingues et autres galets compressés (350 millions d'années) et même des traces de charbon, une veine carbonifère dans laquelle, il n'est pas rare de trouver des fougères fossiles!... Un site qui ne peut laisser indifférent, surtout les botanistes, les géologues, visiteurs réguliers et les amateurs de papillons (dont une espèce rare), ainsi que les membres de la LPO, laquelle désormais gère cet espace privilégié.

Et la vigne me direz-vous?... Elle est là!... Du chenin, planté à environ 7000 pieds/hectare!... Et une pente comme un défi, à 60% à certains endroits!... Le chenillard est un peu vétuste, il vient de chez Pierre Gaillard, en Côte Rôtie, mais il est aussi le symbole de la solidarité des vignerons, que les Pithon ont pu mesurer depuis le début de l'année, forte et constante, parfois inattendue.

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2008, une année de reconstruction donc. A 52 ans, Jo Pithon repart pour un nouveau cycle. Au-delà des 5 ha dont il dispose, une activité de négoce se met en place. Il va pouvoir acheté du raisin (en bio, le plus souvent), dans plusieurs secteurs de l'Anjou, voire même en Quarts-de-Chaume ou en Roche-aux-Moines!... Les flacons porteront une autre signature, une autre marque. Sans doute, pourrons-nous les découvrir lors du Salon des Vins de Loire 2009. Pour fermer la parenthèse. Comme une sorte de pied de nez à l'infortune. Une pierre dans le jardin de certains... Qu'on se le dise : en Anjou, on a retrouvé Jo!... Amateurs et passionnés peuvent se réjouir!...

Posté par PhilR à 20:40 - Vignoble live - Commentaires [5] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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