19 mai 2009
La grêle, un fléau pour les vignerons!...
Une vidéo postée par Benoit Tarlant, il y a presque deux ans...
En France, comme nous pouvons tous le constater, nous sommes dans une situation météorologique particulièrement instable. Il est quasiment certain que, si l'on regardait attentivement dans le rétro, on ne manquerait pas de trouver d'autres années comme 2009... Mais, malgré tout, de tels risques d'orages et de grêle à la mi-mai, ce n'est pas si fréquent!...
Pour tout dire, on se demande quand même, au passage, si ces constats ne sont pas assez nouveaux, au même titre que certaines violentes tempêtes hivernales, en zone tempérée, ou des cumuls de précipitations hors normes.
Voici quelques impressions de vignerons de St Émilion, interrogés suite à cette nuit du 12 au 13 mai d'un autre genre... En effet, il faut noter que cet orage de grêle est survenu au cours de la nuit (4h du matin!), ce qui laisse supposer la dose d'adrénaline supplémentaire, que les vignerons ont du ressentir, ou subir!...
Philippe Cohen, du Château Vieux Taillefer, à Vignonet, résume en quelques mots l'impression ressentie et l'émotion du lendemain, avec cette part de peur rétroactive : "Du jamais vu au dire des anciens, oui,
beaucoup de grêle... Nos vignes ont été épargnées, heureusement... Certains ont tout perdu..."
Non loin de là, André Chatenoud, au Château Bellevue, à Lussac-St Émilion respire : "Pas de dégâts à Bellevue!... Il y en a eu à 800 mètres!... Le couloir de grêle est parti de La Brède [Graves], en passant pas les Premières Côtes, puis vers Créon, Moulon, Génissac, a traversé la Dordogne, fait de gros dégâts à St Sulpice, puis vers St Émilion. Il n'y a plus rien sur les secteurs de Haut-Sarpe, Soutard, Trottevieille, Larmande, Dassault... Enfin, toute la commune de St Christophe est très sévèrement touchée, de même sur St Laurent, voire Castillon... Et des dégâts plus localisés, mais sévères sur Puisseguin. Je crois
qu'il ne s'est jamais vu un couloir de grêle aussi large et aussi violent, sur une aussi grande surface!... Évolution du climat?..."
Petits et grands crus, chacun a connu l'inquiétude, voire l'angoisse. Parfois, dès le lendemain, certains ont trouvé une forme de réconfort, en constatant à quel point, ils avaient été épargnés, vis à vis de certains. Alain Vauthier, du Château Ausone, fait le point de façon très pragmatique : "Ausone n'est pas touchée, sauf 10% du vignoble le plus au nord, mais pas très gravement. Par contre, sur les autres vignobles, nous avons des dégâts importants, mais moins que les secteurs Trottevieille, Soutard, Sansonnet, Haut-Sarpe, Destieux, Laroque, Lassegue, etc... C'est la première fois qu'il y a un nombre
d'hectares [touchés] aussi important en Gironde (peut-être 20 000 hectares sur 110 000). Cela posera d'énormes problèmes économiques à de nombreux crus : cours très bas + petite récolte 2008 + pas de récolte ou petite récolte en 2009 et, pour certains, petite récolte en 2010. Mais, malheureusement, comme après 1991 |gel], il faut que les viticulteurs assument les aléas climatiques..."
De son côté, Stéphane Derenoncourt se projette vite vers l'avenir. On devine, dans le contenu de ses réponses, à quel point il a du être sollicité par les vignerons inquiets... D'une certaine façon, il dédramatise et relativise la situation de certains, tout en constatant tout le désarroi légitime de quelques vignerons : "2 500 hectares touchés, mais à divers degrés. Perte de récolte importante dans le secteur de Trottevieille. C'est très impressionnant, car la vigne est jeune et tendre, mais ce n'est pas le drame, sauf pour quelques-uns. Déjà la force de la sève redresse les pousses. On y verra plus clair en fin de semaine, avec les cicatrisations."
- On peut supposer que les conséquences d'un tel orage de grêle, nocturne cette fois, sont très différentes, selon qu'il se produit en mai ou en juillet-août?...
"C'était à 4h du matin. En effet, c'est beaucoup moins grave, parce que ce sont encore des petites mannes, pas des grappes et qu'on est tôt dans la pousse, donc la force de la sève permet encore une pousse et une cicatrisation."
- Qu'en est-il de la possibilité d'intervention dans les vignes?
"Il a fallu attendre quelques jours, mais maintenant, tout est réglé. Les plus argileuses ont été faites au quad!..."
Alors, les moyens existent-ils vraiment, pour lutter contre un tel fléau et ses effets?...
De tous temps, d'ingénieux chercheurs ont tenté de mettre au point, des outils adéquats. Mais, peut-être faut-il commencer par s'informer?... De nos jours, il existe sur Internet un site dédié à la protection anti-grêle. Quelques canons sont parfois proposés... On peut aussi tenter d'ensemencer les nuages, à l'aide de fusées paragrêles, chargées d'iodure d'argent...
Mais, la lecture de certaines théories et la découverte de quelques matériels ne manquent pas de nous laisser perplexes, certains jours. Avec Bordeaux, le Sud-Ouest, Tursan notamment et d'autres régions, le Pays charentais a, lui aussi, été sévèrement touché. A Juillac le Coq, au coeur de la Grande Champagne, Monique Fillioux nous précise : "En effet, cinq hectares de nos vignes ont été assez fortement touchées. Pas d'autres solutions, que de subir cette nature parfois rebelle, à qui on en fait voir de toutes les couleurs!..."
Espérons donc, avec les vignerons, mais aussi les maraîchers ou les producteurs de fruits, que l'actualité ne sera pas trop ponctuée, cet été, de ces passages de sombres nuées dévastatrices. En tout cas, pour tous ceux qui seront prochainement du côté de St Jean de Monts, pensez à votre petite laine!... (private joke).
05 avril 2009
Château Vieux Taillefer, la passion selon St Emilion!...
En cette semaine pascale, quel meilleur propos que celui qui évoque la passion?... Toute la passion, rien que la passion, qui anime, au quotidien, Catherine et Philippe Cohen. Il s'agit là d'un couple de vignerons, approchant de la quarantaine, ayant travaillé moult années pour divers domaines et entreprises et qui s'est dit un jour : "OK! Maintenant, on tourne la page et on franchit le pas!..."
On a beau être animé par un fort enthousiasme et rassuré par quelques avis, tout n'est pas si simple!... Philippe, parisien d'origine était, d'assez longue date déjà, commercial dans le grand négoce local. Il a habité dix ans au coeur de St Émilion, en ignorant la Dordogne, si proche et si lointaine... Il avoue qu'il se souciait alors peu de la météo, si ce n'est pour savoir s'il fallait prévoir d'emporter un parapluie ou revêtir un imperméable. Les choses ont bien changé, pour lui qui est désormais sensible au moindre changement de la direction ou de la force du vent!...
Catherine, quant à elle, avait effectué son stage de 2è année de DNO (Diplôme National d'Oenologie) au Château La Fleur Pétrus, non loin de là. Repartie chez Drouhin, en Bourgogne, elle était restée en contact avec Jean-Claude Bérouet, qui finit par lui trouver le moyen de se faire une place dans différentes structures de la région bordelaise.
La Dordogne coule alors des jours tranquilles, mais l'idée de rechercher un domaine, un château à St Émilion mûrit lentement. Un jour, ils apprennent que le Château Vieux Taillefer est à vendre, là-bas, à Vignonet, au bord de la rivière, à quelques hectomètres de l'endroit où le mascaret finit sa course.
C'est une toute petite propriété de 3,6 ha. Seul et partant à la retraite, le vigneron veut vendre, après avoir oeuvrer longtemps avec une logique très traditionnelle : forts rendements, enrichissements, traitements classiques, pas d'éraflage et vente en vrac au négoce. Et qui plus est, en ayant perdu le statut de Grand Cru. En terme de perspectives, le challenge est dur à relever!...
Cela dit, l'ancien propriétaire était en fait un bon vigneron, qui leur laissait là un foncier irréprochable, avec 70% de vieilles vignes plantées en 1956, les manquants remplacés régulièrement (moins de 3% à la date de la vente) et après avoir fait les quatre façons pendant toutes ces années : un labour au début du printemps, pour déchausser les souches. Quand l'herbe se met à pousser, on remet un peu de terre sur les pieds. En été, on repasse pour aplanir le tout, dès qu'il fait chaud et que l'herbe devient plus rare et après les vendanges, on rechausse les ceps en vue de l'hiver.
La propriété est plantée à 90% de merlot et 10% de cabernet franc. Ce dernier se trouve au bord de la rivière, sur la parcelle dite du Pavillon, composée, pour l'essentiel, d'un sol limoneux, avec quelques petits galets éparpillés, sur un sous-sol révélant des argiles bleues. Il y règne une ambiance paisible, qui doit beaucoup, sans doute, à la proximité de la Dordogne, malgré la présence d'une route passagère, non loin de là.
Du merlot, du cabernet, quelques jeunes vignes enherbées, dans un même lot de deux hectares, qui retrouve de la vie. Bordée de cerisiers en fleurs, la terrasse herbeuse au bord de la rivière invite à la rêverie et l'ancienne maison, fin XVIIIè, du Chevalier Lacombe, ami de Parmentier et notable de Vignonet, y contribue aussi largement.
Philippe Cohen nous rappelle au passage, que ces sols réclament beaucoup d'entretien et de vigilance. Davantage sans doute, que ceux de la Côte, là-haut, dont la qualité de terroir se montre souvent naturellement correctrice. La densité de plantation atteint le strict minimum : 5000 pieds/ha, alors que l'on trouve le plus souvent 6500 pieds/ha dans le secteur.
Le temps d'un court trajet et nous nous retrouvons aux abords de la seconde parcelle du domaine. Celle-ci est tout à fait particulière. Elle forme une bande graveleuse, sorte de langue qui descend du village, avec une légère déclivité vers les deux bords. Des sols limoneux certes, mais avec une forte proportion de galets, qui plus est, sur une profondeur de cinq mètres, comme l'a révélé un carottage.
On y note un plus de précocité et on peut penser que les cabernets s'y trouveraient bien, mais elle est plantée uniquement de vieux merlots. De toute évidence, un endroit assez atypique porteur de beaucoup d'espoirs.
Installés juste avant les vendanges 2006, les Cohen savent bien qu'ils n'en sont qu'aux balbutiements. C'est la renaissance d'un "petit cru", qui pourraient aller titiller nombre de grands!... Malgré la formation de Catherine, ils se défendent de faire des St Émilion "à la bourguignonne". Mais, cela dit, en proposant deux vins, sans hiérarchie l'un par rapport à l'autre, issus de deux parcelles distinctes, le postulat de départ n'est pas très bordelais!... Mais, bigrement intéressant!...
A la vigne, ils ont opté pour un travail s'appuyant sur le calendrier lunaire. Philippe estime qu'une culture en biodynamie viendra d'elle-même, avec le temps. Dans le cuvier, après une certaine hésitation, ils ont choisi des cuves béton de chez Nomblot, notamment pour leur inertie thermique. Elles sont d'un volume adapté à chaque parcelle, selon leur superficie. Dans la mesure du possible, ils ne procèdent à aucun filtrage, ni collage.
Les vendanges sont faites avec le plus grand soin et avec force tri. Les raisins non foulés sont ensuite mis directement dans les cuves. Le pigeage est limité à une division du chapeau, dont les différentes parties sont immergées successivement, comme pour profiter d'une sorte de "tectonique des plaques". Parfois, de courtes saignées sont pratiquées, si nécessaire.
Après que les deux fermentations se soient effectuées en cuves, passage en barriques, pendant un an, pour le Pavillon de Taillefer et éventuellement prolongé pour le Château Vieux Taillefer. L'utilisation du soufre se limite à une protection médicinale par correctifs lors de l'élevage en barriques, mais rien à la mise.
- Pavillon de Taillefer 2007 :
Malgré la mise récente, une vraie cuvée de plaisir, avec l'éclat du fruit et de l'élégance.
- Château Vieux Taillefer 2007 :
Plus de structure, de densité. Avec une minéralité sous-jacente de bon aloi.
- Merlot 2008, prélevé sur fût, destiné à la cuvée du Pavillon :
Un fruit frais et beaucoup de fraîcheur tonique.
- Cabernet 2008 :
Vendangé au cours de la 3ème semaine d'octobre. Du fruit mûr et pas le moindre côté végétal.
Les jus destinés au Château Vieux Taillefer 2008 sont, pour certains, en fûts neufs. La prise de bois perturbe quelque peu la dégustation à ce stade, mais le vin semble exprimer un plus certain de minéralité et une belle intensité.
Les vins de la propriété connaissent déjà un franc succès, notamment à l'export, de par leur potentiel et les perspectives qu'ils proposent. États-Unis, Suisse, Italie, Danemark, Belgique, Espagne mais aussi Maroc et Israël ont déjà découvert ces cuvées. Gageons que les amateurs français, pour peu qu'ils restent ouverts, ne vont pas tarder à en faire autant!...
Peut-être à l'occasion de la future édition d'Anthocyanes, dont la première avait lieu récemment au château, du 29 mars au 1er avril, réunissant quelques grands noms du monde du vin : Clos Mogador, Fosse Sèche, Graillot, Deiss, Chapoutier, Egon Müller, Beaucastel, Rijckaert, Trapet, Villard, Gauby, Jayer, Olivier Pithon... etc... Ça bouillonne à Vignonet!... Qu'on se le dise!...
15 juin 2008
L'Antre deux verres, à St Emilion
Une piste à suivre pour tous ceux qui, au sortir d'une visite au château et d'une dégustation de quelque grand cru local, se découvrent une petite faim!...
Il faut le dire, depuis nombre d'années, les amateurs, en villégiature du côté de la petite ville aux escalettes pavées de pierres disjointes, ont l'habitude de se rendre à une adresse bien connue : L'Envers du décor, de François de Lignéris.
C'est d'ailleurs de là que vient Stéphane qui, depuis quelques années, propose une alternative, plutôt dans l'esprit, quelques dizaines de mètres plus bas, Escalette de la Grande Fontaine : L'Antre deux verres.
Un caveau dans la pierre, à l'ombre de la Tour du Roy et tout près du Grand Lavoir, qui permet d'accueillir des petits groupes et dont les recoins peuvent préserver l'intimité des couples de passage ou des hommes d'affaires.
On peut y apprécier moult tartines et plusieurs formules, allant du menu sur le pouce à une dégustation plus gastronomique. En tout cas, de jolies assiettes et des quantités slurpiquement gourmandes et copieuses.
Très jolie carte des vins également, que le sommelier de l'Antre assure vouloir augmenter et de plus, très ouverte sur toutes les régions. Y'a pas qu'Bordeaux dans la vie!... Vous pourrez sans doute aussi deviser aimablement sur les vins tendance, les cuvées oubliées, les flacons locaux trop chers... Stéphane est passionné et n'envoie pas dire ce qu'il a à dire!...
Juste un petit dessert (des cannelés, bien sûr!), un verre d'eau (mais pas plus!), café, l'addition et hop!... Vous pouvez attaquer la face sud de St Émilion, pour retrouver votre véhicule et repartir sur les routes, pour d'autres découvertes.
L'Antre Deux Verres
Escalette de la Grande Fontaine
1bis, rue de la Porte Ste Marie
33330 St ÉMILION
Tél. : 05 57 24 09 73
13 juin 2008
Escapade Saint-Emilionnaise
A peine quelques heures de route, un petit groupe qui se forme et nous voilà à St Émilion pour la journée!... Deux visites au programme de celle-ci : le Château Pavie-Macquin, Premier Grand Cru Classé, depuis la dernière révision du classement, en septembre 2006 et, non loin de là, le Château Bellevue, d'André Chatenoud, à Lussac-St Emilion.
Deux univers, à quelques kilomètres l'un de l'autre. Même si le premier (que dis-je, le Premier!) n'a jamais fait d'esbroufe, on perçoit aisément que le château a désormais un rang à tenir, même si la dernière décennie lui a permis de démontrer, verre en main, tout le potentiel du cru et le travail de qualité effectué, à longueur d'année, sous la houlette de Nicolas Thienpont et Stéphane Derenoncourt, ce dernier, "né", en quelque sorte, sur la côte Pavie, au début des années quatre-vingt dix!... Saluons, au passage, le parcours d'un jeune vendangeur, venu la guitare en bandoulière du pays des Ch'tis et qui est devenu, le temps de quelques millésimes, Stéphane le Syrien (cf RVF de mai 2008)!...
A Pavie-Macquin, il arrive que l'on ressente une atmosphère particulière... Est-ce le site lui-même, parcouru par quelque brise de pente?... Cette vue sur Pavie, Ausone et la plaine de St Émilion, lorsqu'on prend le temps de se glisser sous les majestueuses silhouettes des grands chênes, au sommet, ou presque, de la Côte?... A moins que ce ne soit cette petite maison en pierre et le chai à quelques pas....
On y arrive par une rue étroite, puis par un chemin de terre tortueux à souhait, façon route de montagne. Point de portail, ni de gravier blanc peigné chaque matin!... On qualifie souvent ce domaine de "cru paysan"!... Et cela lui va bien!... D'ailleurs, par temps pluvieux, gare à vos chaussures!... L'argile de Pavie-Macquin pourrait bien rester collée à vos basques!... Les vendangeurs des millésimes difficiles s'en souviennent!...
Depuis quelques années, c'est Sarah Wright, Irlandaise venue de Cork, voilà six ans, et collaboratrice de Nicolas Thienpont, qui accueille les visiteurs. Cordiale et sympathique, elle les guide dans les vignes, pour évoquer, avec franchise et conviction, le terroir hors du commun du lieu, puis vers le cuvier, pour parler longuement de sa passion pour les vinifications et le travail au chai.
Forte de cet enthousiasme communicatif, elle nous convie ensuite à une dégustation très intéressante (et rare!) sur le millésime 2007 : quatre échantillons issus de cuves et zones distinctes, puis ce qui sera l'assemblage final, pour quelques 60 000 bouteilles (47 000 en 2006)!... Millésime difficile certes, mais plutôt une jolie réussite ici, au point que, lors de la sortie des Primeurs, le 3 juin dernier, tout fut vendu en une heure!... A un tarif des plus attractifs, il est vrai!...
Au château, l'encépagement actuel (84% merlot, 14% cabernet franc et 2% cabernet sauvignon) se retrouve, le plus fidèlement possible, dans le Grand Vin final. La culture biodynamique, instaurée par Maryse Barre, à la fin des années quatre-vingt, n'est plus revendiquée de nos jours. On est plus dans une logique "bio raisonnée", avec enherbement entre les rangs.
- Daphnée 2007 :
Une cuve de merlot, des vignes de 35 ans en moyenne, situées près du chai. Du fruit rouge croquant, tant au nez qu'en bouche. Un support acide soutenu!... Net et frais. Le punch de l'assemblage final!...
- Cunégonde 2007 :
Du merlot encore, issu de vieilles vignes (60 à 70 ans) sur calcaire. Le vin est noir!... Et assez fermé au nez. Même en bouche, l'expression est en retrait. A la longue, on est plus sur la pureté minérale, avec une finale relevée par une belle acidité.
- Berthe 2007 :
Du merlot toujours, des vignes d'environ 35 ans, sur une belle zone argileuse. Assez fermé au nez!... Moins de prise de bois à ce stade. Belle expression, mais les tannins sont serrés, stricts, strong!... Droit, solide, monacal!... C'est du lourd!... Berthe aux grands pieds!...
- Julie 2007 :
Le coup de coeur de Sarah!... Du cabernet franc. Assez discret, nuancé. De la fraîcheur pour ce CF mûr!... Extraction contenue. Très jolie buvabilité, très Loire!... Des tannins fermes, mais un apport certainement intéressant au final!... On se demande... si une plus grande proportion de ce cépage...
- Assemblage final 2007 :
En quelques instants, on comprend mieux l'intérêt d'un tel assemblage!... Superbe flacon, délicatement réglissé, séducteur. Belle structure, sur la puissance, même si les sensations, y compris sensorielles, se succèdent. C'est du solide! Avec une forme d'austérité, qui confine à la noblesse de constitution, attendue pour un tel cru. Beau potentiel de garde.
Après s'être agréablement restaurés (voir par ailleurs), nous prenons l'orbite des satellites de St Émilion : St Georges, Montagne, Puisseguin et Lussac, pour une visite au Château Bellevue, en AOC Lussac-St Émilion. André Chatenoud ne peut nier ses origines savoyardes. C'est peut-être pour cela qu'il s'est installé, naguère, non loin de Montagne... St Émilion!... Les installations sont regroupées dans le cadre d'une jolie chartreuse bordelaise du XVIIIè, comme le précise la carte postale à disposition des visiteurs. Toutes les installations?... Pas tout à fait. Si vous disposez d'un peu de temps, le vigneron ne tardera pas à vous proposer la fraîcheur de sa cave. Après avoir déambulé dans les vignes, un portail dans la pierre vous permettra d'accéder aux quelques trois hectares d'une ancienne carrière souterraine de pierre blanche, celle-là même qui a permis de bâtir nombre des splendides bâtiments de la capitale girondine et que d'aucun, vendangeur-tailleur de pierre, sculpte, non sans talent, à l'occasion.
Le domaine compte une douzaine d'hectares de vignes, regroupées autour du château. On trouve là 95% de merlot et 5% de cabernet franc, voire même, quelques pieds de carmenère, cépage qui pourrait être réhabilité, en réapparaissant dans le décret d'appellation avant longtemps. L'ensemble est désormais en culture biologique depuis 2002. André Chatenoud s'avoue quelque peu perplexe quant aux modes de vinification choisis çà et là : égrappage, mise en cuve sans foulage, puis élevage sur lies... Il est certainement plus le tenant de choix plus traditionnels, moins chargés de risques.
Tout en continuant à deviser aimablement, nous avons pu apprécier plusieurs millésimes du Château Bellevue : 2005, puissant, à la structure équilibrée, mais pas encore tout à fait homogène (le plus grand vin fait au domaine, selon le vigneron!). 2003, assez typique de cette année hors normes, mais avec un bon potentiel de garde. 2001, moins riche, mais plus tendu et désormais, à boire, puis 1999, à la matière nettement en retrait et sur des arômes tertiaires, des notes façon gibier et humus.
Pour finir, à noter, une cuvée plutôt expérimentale, associant 1/3 de carmenère et 2/3 de merlot, Bixta Eder 2004, en langue basque dans le texte (Madame Chatenoud est originaire de l'extrême sud-ouest!...) et un très beau 2000 du château, très agréable, homogène, cohérent, dans la fleur de l'âge!...
Jolie journée donc, au pays de St Émilion, contrée bordelaise où l'on a plaisir à voir se côtoyer de tels grands crus et des domaines restant accessibles, tant pour ce qui est de l'accueil que des tarifs pratiqués départ cave. Il faut dire que les amateurs avaient tendance à oublier que Bordeaux gardait jalousement cette face cachée!... Indiscutablement, elle mérite votre regard!...
Bientôt, un autre rendez-vous dans le célèbre village!... Affaire à suivre!...






















































































