La Chabotterie, à St Sulpice le Verdon
Nous voici au coeur du bocage, dans une petite commune entre Nantes et La Roche sur Yon : Saint Sulpice le Verdon. Là-même, au Logis de la Chabotterie, où le dernier carré des fidèles du Chevalier François-Athanase Charette de la Contrie, dit Charette, fut capturé, un jour de mars 1796, par les troupes du général républicain Travot. Ce fut là, l'épisode qui mit un terme à la Guerre de Vendée, au cours de laquelle, les troupes royalistes vendéennes défièrent, en même temps que les Chouans dans une partie du Grand Ouest, la jeune République Française, principalement entre 1793 et 1796.
Ce personnage emblématique nourrit la légende et les historiens se sont penchés sur son parcours au cours de ces années afin, notamment, de retrouver "L'or de Charette", le trésor perdu du Roi de la Vendée!... Il se murmure que celui-ci serait composé de "six mille louis d'or, de dollars américains et de livres sterling du même métal!"... Fichtre!.. De quoi se concocter une belle cave!... Avis aux chasseurs de trésors!...
Cependant, de nos jours, le Restaurant de la Chabotterie, de Thierry Drapeau, n'est sans doute pas le moindre des trésors du lieu!... Il fut élevé au rang des "étoilés Michelin" en 2006, en même temps que la Villa Dilecta, aux Sables d'Olonne. Il est, pour beaucoup désormais, le leader des belles tables vendéennes.
Un rang que peu d'autres chefs lui contestent, il est vrai!... En tout cas, il est indiscutablement sur le podium!...
Pour ce dîner à deux, nous avons opté pour un "Menu Plaisir". Deux plats choisis par le chef, avec une orientation viande ou poisson, selon les informations données au maître d'hôtel, par les clients eux-mêmes. Le choix de vin intervient aussi, sans doute, dans celui fait en cuisine. En l'occurrence, un Viognier de Georges Vernay, Le Pied de Samson 2004. Le repas commence par un couac, dont je suis entièrement responsable. J'ai omis de préciser que je mange pour ainsi dire de tout sauf... les escargots!... Et paf! Pas manqué!... Nous voyons arriver deux jolies assiettes de p'tits gris!... Je me répands en plates excuses... Les deux plats repartent!... Au grand dam de Madame PhR, qui en salivait à l'avance, à l'idée de déguster ces chers mollusques, un de ses péchés mignons!... Mais, avec la formule choisie, les convives mangent la même chose!...
"Pourtant, nous dit-on, les Anglais eux-mêmes, franchissent le Channel régulièrement pour venir apprécier ici cette recette!..."
Désolé!... Ce sera pour une autre fois!... Néanmoins, nous ne serons en rien déçus par la suite des évènements!... Le "substitut" sera un très joli ensemble de saveurs et d'arômes, avec en premier lieu :
L'artichaut de Macau, fine tartelette flammeküche à la truffe d'automne, panini tomate à la pancetta, coeur de sucrine assaisonné de crème épaisse légèrement vinaigrée. En tout point régalique!...
Le plat suivant, le Turbot sauvage en côtelette cuite en casserole, royale de moelle à la compotée de pied de veau, gratin de blettes, barbe en jus court tranché à l'huile d'olive (ouf!) illustre parfaitement ce que revendique Thierry Drapeau : travailler la cuisine d'instinct, basée sur l'intuition, la créativité, à l'image de ses maîtres, Jean-Pierre Jacob, en Savoie ou Gilles Tournade, à Rouen. Nous avons là une superbe association de poisson et de légumes croquants, dont des germes de soja et trace d'une "sauce aigre-douce" tonique et surprenante! Là encore, une palette de goûts étonnante!... Bien joué!...
Le repas en était alors pratiquement à son terme, non sans apprécier un beau plateau de fromages, tendance wagonnet, des mignardises goûteuses et un succulent dessert à base de fraises et de pamplemousse. C'est à ce moment là que nous effleure l'idée, finalement, que la cuisine c'est très simple!... Et pourtant, il est indiscutable que certains l'élèvent au rang de l'art. De l'art culinaire, s'entend!...
Avec une telle cuisine, on se prend à rêver d'une carte des vins qui vous donne des fourmis dans les papilles!... Celle de la Chabotterie, à ce jour, est conséquente, façon volume encyclopédique, mais a un peu de mal, sans doute, à se défaire de son grand classicisme : nombreux Bordeaux, Jadot, Delas, Chapoutier, Guigal, Ott, Hugel... Le Roc des Anges, de Marjorie Gallet, y apparaît néanmoins!... Sera-t-il une sorte d'éclaireur, qui ouvre la voie à tous les autres, ceux-là même qui font trembler les murailles du conventionnel, dans les caves de nos plus belles tables étoilées?... Fut-elle sise, céans, dans une modeste porcherie d'époque, joliment restaurée!...
La nuit est tombée. La campagne vendéenne, autour du Logis de la Chabotterie, se nimbe d'une brume vaporeuse. Les lanternes de la calèche tremblent aux premiers tours des roues, sur les pavés, en franchissant le portail. Les chevaux soufflent et prennent leur rythme, au trot, dans l'allée qui mène jusqu'à la route.
"Mais, dis-moi, qui était cet homme dans la pénombre, avec sa cape et ce grand chapeau, près de l'étang?!..."











