Escapade champêtre en Anjou
Le printemps s'est installé avec la nouvelle lune de la mi-avril... Va-t-elle le porter un mois durant et donner envie à la suivante d'en faire autant?... Tout le monde l'espère et ainsi, éprouver le besoin de parcourir les vignes sous un franc soleil, avec les vignerons, qui chasseront par la même occasion les peurs indicibles du gel tardif ou de la grêle de printemps. Croisons les doigts avec eux!...
A Martigné-Briand, qui voit son château en ruines renaître, grâce à une restauration quasi titanesque, nous sommes presque à la limite de l'Anjou Noir et de ses schistes avec l'Anjou Blanc et son tuffeau. Comme partout dans la région, la nature explose. Les haies se perlent de blanc. C'est le moment de mémoriser quelques arômes de fleur d'aubépine, de sureau, de prunellier et tant d'autres arbustes!...
Pour cette matinée printanière, j'avais rendez-vous avec Sylvain Martinez. Pas le plus connu des vignerons angevins, mais un réel espoir, sensible, déterminé, à l'écoute de ses aînés, comme Olivier Cousin, chez qui il travaille depuis quelques années. A l'occasion de Renaissance des Appellations, à la veille du dernier Salon des Vins de Loire, à Angers, il avait été, pour nombre d'entre nous, la révélation de la journée!... Deux cuvées : Goutte d'O, issue d'un hectare de chenin cédé par Olivier Cousin et Corbeau, un grolleau noir des plus séducteurs, venant d'une parcelle de quelques rangs, sur un sol de tuffeau, à Chemellier, au-dessus de la grange du graveur Jules Mougin, au lieu-dit La Motte!...
Mais, une autre des raisons de ma visite à Martigné, c'est aussi que Sylvain Martinez est un conducteur avisé!... De chevaux, s'entend!... Cette semaine, au Domaine Cousin-Leduc, séquence décavaillonage!... Une activité qui remplace aisément des séances "forme sèche", en salle de musculation!... Paysan-vigneron, c'est bon pour la santé!...
Ce travail du sol n'est pas une nouveauté au domaine. Il faut dire qu'Olivier Cousin est un peu référent en la matière. En Val de Loire, on vient aussi bien de Sancerre et Pouilly Fumé que de Vendée, pour s'inspirer de la méthode. Décavaillonner, c'est plutôt physique, mais c'est aussi une question de feeling. "Il faut sentir la chose... Pas question de travailler, dégoulinant, jusqu'à épuisement!..." dit Olivier.
Ce matin, c'est Roméo qui s'y colle!... Un percheron de cinq ans qui tente de retarder l'échéance, un peu comme un lycéen qui traîne dans les escaliers, au moment de rentrer en cours de maths!... "Décavaillonner, ce n'est pas très compliqué!.." dit Sylvain. "En fait, le travail de l'hiver est déterminant. Si la roue peut s'inscrire dans la trace, tout devient presque facile!..."
Au fil des minutes, Roméo enchaîne les longueurs sans trop rechigner. En fait, Olivier Cousin explique qu'il attelle ses chevaux régulièrement et ainsi, il les commande. Ici, l'animal et l'homme collaborent. Et le cheval sait bien que là, le fouet ne claque pas, comme dans d'autres circonstances. "Allez Roméo, en avant!..."
Parfois, les visiteurs estiment, à l'oeil, que le labour est plutôt profond, mais en fait, le soc glisse sur la couche d'argile, qu'il ne faut surtout pas remettre en surface. Si la pluie survient alors, il peut être difficile de rentrer dans le bas des parcelles!... Guère plus de dix centimètres de terre sont retournés, mais c'est la présence d'herbe qui donne cette impression de volume. De temps à autre, un cep fragilisé, ou malade, souffre du passage de la décavaillonneuse. Mais, cela ne fait que révéler qu'il fallait le remplacer.
Plus haut, dans cette superbe parcelle au coeur du village, les deux autres chevaux du domaine ne sont pas en RTT!... Après être passés dans une parcelle destinée aux pommes de terre (rappelons que nous sommes ici dans une ferme!), Joker, onze ans, qui conduit parfois plus les stagiaires que l'inverse, passe une sorte de herse, pour égaliser le sol et arracher les herbes tenaces, le chiendent.
Derrière, Olivier a pris place sur un rouleau de sa fabrication, qui écrase l'herbe restante en la coupant, ce qui va accélérer son séchage, suivi d'un cercle métallique qui contribue à casser les plus grosses mottes de terre. C'est très artisanal mais efficace. Il faut dire que la méthode implique une bonne dose d'ingéniosité et un sens pratique novateur.
Bien sûr, nous ne sommes pas là dans la cour du Château Pontet-Canet!... Qui figure d'ailleurs en couverture de Sabots Magazine ce mois-ci, revue dont le contenu n'échappe guère, ni à Olivier Cousin, ni à Sylvain Martinez. D'ailleurs, la démarche du grand cru médocain interpelle quelque peu les deux vignerons angevins, qui se disent curieux de découvrir dans les meilleurs délais la "méthode bordelaise"!...
Le temps de partager un agréable pique-nique sous les arbres fruitiers couverts de fleurs blanches et de vider quelques flacons de vins d'Anjou et d'ailleurs et il me fallait laisser les paysans-vignerons de Martigné-Briand à leurs occupations champêtres. C'est qu'il reste quelques rangs et toutes les vignes à attacher!... Juste le temps, pour les chevaux, de s'abreuver quelque peu...






















