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La Pipette aux quatre vins
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20 juillet 2023

Thomas Liberge, cap sur l'avenir à l'Île d'Olonne et Brem sur Mer!...

On ne manque pas de se réjouir, lorsqu'on apprend subrepticement qu'un jeune vigneron a opté, depuis peu, pour ce terroir d'excellence de Brem sur Mer, sur la côte vendéenne. Quand celui-ci revendique un statut de paysan-vigneron, on se dit qu'il est forcément animé par des pensées positives. En plus, il se projette vers le futur avec quelques idées innovantes... En revanche, on peut affirmer qu'il ne ménage pas sa peine, puisque, avant même d'entrer pleinement dans le vif du sujet, il enfourche son vélo pour parcourir le vignoble français pendant l'été 2022 et rencontrer des vignerons de différentes régions (2200 km à travers la Champagne, l'Alsace, le Jura, le Bugey, l'Ardèche, le Languedoc, le Roussillon, Gaillac, l'Auvergne et la Loire, excusez du peu!...), tant quelques-uns fraîchement installés que d'autres prêts à transmettre leur savoir. Alors, en route, vite!...

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Le moins que l'on puisse dire, c'est que le jeune homme (il approche juste de la trentaine) avale les kilomètres sans problème!... En effet, dès 2020, il quitte son orientation toute tracée vers l'informatique et part pour un premier périple "afin de rencontrer certains acteurs, dans divers domaines agricoles, de la transition écologique". C'est à cette occasion qu'il découvre la vigne et le vin. Petit à petit, nait l'idée d'un projet agricole dans ce monde. C'est ainsi qu'après un passage dans le Muscadet, il débarque au Domaine Saint-Nicolas, cher à Thierry Michon et que l'opportunité de vinifier ses premiers raisins (et de passer un BTS viticulture-oenologie) le conforte dans ses premières impressions.

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Nous ne sommes pas loin du hameau de la Brardière et à une extrémité du parc des six éoliennes de Chemé, à l'Île d'Olonne. Le terrain est doucement vallonné (dans les vignes, on se rend parfois mieux compte de ces pentes délicates, de ces versants presque insoupçonnés...). L'Auzance, rivière vendéenne d'une quarantaine de kilomètres se jetant dans l'Atlantique après avoir reçu l'apport de la Ciboule, de la Vertonne et de quelques autres rus, en fait un petit fleuve côtier, coule à proximité. Au final d'ailleurs, se forme un estuaire, celui du hâvre de la Gachère, où on pratiquait naguère l'ostréiculture, aspect des choses qui n'a pas manqué d'interpeller le jeune vigneron, qui a du coup inscrit cette activité dans un vague projet de développement... Mais, ne le répétez pas!...

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Bien sûr, d'autres choses n'ont pas manqué d'interpeller le jeune homme!... Parmi celles-ci, les racines même du vignoble vendéen et son histoire. Notamment, l'immédiate période post-phylloxérique, au cours de laquelle, les vignerons installés dans ce secteur côtier, eurent l'idée, pour survivre, de planter des vignes (hybrides ou pas) dans les dunes bordant l'océan, permettant aux plants de résister au facheux puceron. C'était le cas dans cette zone de Brem et Brétignolles sur Mer, mais aussi largement plus au sud, jusqu'aux années quatre-vingt, aux alentours de La Tranche sur Mer, où l'on pouvait voir de belles parcelles de vignes plantées en contrebas de la route côtière, à proximité de la forêt de pins de cette région, connue également pour sa culture de l'ail, des oignons, y compris de fleurs, puisque cette petite station balnéaire fut longtemps connue pour sa Fête des fleurs, essentiellement des tulipes. Quelques photos et cartes anciennes en attestent d'ailleurs. Voir au passage le livre de Claude Belliard, Gaston Godard et Jean-Pierre Camuzard, Histoire et traditions de la vigne et du vin en Vendée (aux Editions du CVRH).

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Comme le talent n'attend pas le nombre des années, on peut parfois voir naître sa propre légende dès ses débuts. Thomas Liberge n'en a sans doute pas fait le calcul, mais notre imaginaire est parfois apte à en écrire les premiers mots. Ainsi, peut-être un jour, à peine arrivé dans la région, au coeur de l'été, délaissant son vélo pour cause de forte chaleur, il saisit sa planche de surf et traversa les dunes brûlantes pour rejoindre un des spots réputés du secteur, Sauveterre par exemple, le bien nommé pour un amoureux de la Terre, en prévison d'un coucher de soleil des plus romantiques... Surprise!... Il découvre à cette occasion que les dunes comptent encore, dans la micro-biodiversité locale, quelques pieds de vigne isolés, au milieu d'autres buissons parfois et qu'en se penchant dessus, on peut y voir la présence de quelques grappes ou grapillons en pleine forme... Au terme de la session, il en parle à d'autres surfeurs et promeneurs de passage et dès le lendemain, s'en va glaner les grappes diverses et variées. Quelques heures plus tard, un premier "Vin des Dunes " est né!... Magique!...

Stop!... Avant d'aller plus loin, simple mise en garde : ne tentez pas de le joindre à tout prix, il n'y en eut que quelques flacons et désormais plus aucun n'est disponible. Il ne vous reste plus qu'à alimenter votre imaginaire de passionné, en attendant!... Et sans doute, à découvrir ses deux premières cuvées du millésime 2022 : un délicieux pétillant naturel From Vino to Disco, à base de 50% pinot noir et de 50% de négrette, ainsi qu'un enjoleur pinot noir rouge tranquille, Les Michel.le.s également, pour lequel il a appliqué la méthode dite "faire trempette"!... Il ne s'agit pas d'un fantasme de surfeur, mais d'une pratique connue en Anjou notamment. Les raisins sont en partie pressés, la moitié souvent et ensuite ceux-ci rejoignent l'autre partie du volume de vendange qui elle, subit une macération pour y faire... trempette!... Pour ce qui est du décryptage de l'identité des cuvées, un autre post serait sans doute nécessaire!...

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Comme vous pouvez peut-être l'imaginer, d'autres voyages sont possibles à l'avenir, en compagnie de Thomas Liberge. Cela passera par la plantation d'un hectare de chenin, mais aussi la recherche de cépages anciens, dont certains sont déjà présents dans la région, avec l'arrière-pensée de créer un conservatoire de cépages vendéens. Quelques bois ont été récupérés çà et là et plantés, avant même la création de celui-ci : folle, marocain (du cinsault à prioiri!), portugais bleu, grand noir de la calmette (?), rayon d'or, jurançon blanc, gouais blanc, corbeau... Sans doute aussi une haie fruitière en bordure des parcelles dont il dispose et d'une autre voisine qu'il espère récupérer. Des arbres aussi et peut-être créer une sorte de ferme maraîchère et un "jardin-forêt"... Au-delà de ces projets, le jeune vigneron défend l'idée de s'appuyer sur une "agriculture de conservation des sols", en limitant notamment les passages de tracteur, en restructurant ces mêmes sols, ceux-ci étant déjà entretenus en bio depuis au moins vingt ans. On verra sans doute aussi apparaître un blanc issu de pinot noir (pour les huîtres?). Et puis, son vin des dunes et notre conversation lui ont fait naître une sorte de rêve : créer une parcelle, peut-être collective avec les vignerons du cru, replantée dans le sable des dunes, en franc de pied...

C'est certain, la part du rêve est présente chez nombre de vignerons. Bien sûr, il faut faire face, de temps en temps, aux difficultés, notamment climatiques, qui surviennent au survol d'un nuage ou par une froide matinée d'hiver... Mais, la passion est présente aussi!... Que voilà de belles journées en perspective, verre en main!...

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