750 grammes Tous les blogs Top blogs Cuisine Tous les blogs Cuisine
Tous nos blogs cuisine Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
La Pipette aux quatre vins
La Pipette aux quatre vins
Newsletter
Pages
Derniers commentaires
Archives
La Pipette aux quatre vins
Visiteurs
Depuis la création 1 112 223
31 octobre 2023

Surprise, les Bretons en pincent pour l'Anjou noir!...

Depuis quelques temps, les amateurs dressent l'oreille et les papilles, lorsqu'on évoque la péninsule armoricaine. Suite à une décision européenne, la viticulture bretonne peut enfin se développer et on ne compte plus les projets aux quatre coins de la Bretagne. Certains vont avoir du mal à se mettre en place du fait des défis qu'ils représentent, mais d'autres sont lancés. Une Association des Vignerons Bretons est née, regroupant les professionnels. D'aucuns parlent déjà de nouvel eldorado... Soyons prudents! Il reste tant à faire... En Anjou, en revanche, la dynamique est certaine depuis quelques années. D'ailleurs, lorsqu'on souhaite évoquer les nouveaux talents qui y apparaissent, il est difficile d'être exhaustif. Certaines mauvaises langues iraient même jusqu'à soutenir que dans la région, on donne un coup de pied dans une cuve, il en tombe deux tous les mois!... Nous n'irons pas jusqu'à une telle extrémité à risque (ça dépend de quel côté ils tombent...), mais il n'est pas rare d'en découvrir de nouveaux de temps en temps, par le biais notamment des réseaux sociaux et de leurs algorithmes!... Suivez mon regard... Or, surprise, parmi ces nouveaux venus, un Breton et une Bretonne pure souche, faisant en quelques sortes le chemin inverse, se sont lancés ces dernières années et proposent leurs premières cuvées, faisant face aux difficultés inhérentes aux tout derniers millésimes...

DSC_2978

~ Pierre-Gilles Euzen ~

Avec 2023, ce natif du Sud-Finistère attaque son troisième millésime. Arrivé dans la région angevine pour son activité professionnelle, il sent que celle-ci n'est plus vraiment en phase avec son idéal de vie et son équilibre. Un peu par hasard, il découvre qu'en étant dans la capitale des ducs d'Anjou et du roi René, il n'est qu'à quelques kilomètres de Rablay sur Layon, ou encore Beaulieu sur Layon et autres communes pourvoyeuses de quelques-uns des plus grands nectars issus de chenin. Une région, des crus qui ne lui sont pas inconnus, tant il fut presque biberonné par son oncle Joël, propriétaire avec son épouse Jocelyne de la Cave de la Presqu'île et du Mutin Gourmand, à Crozon, dans les années 2000, aux moment où nombre de vins naturels apparaissaient alors, avec leurs qualités, parfois leurs défauts.

Vignes La Pépiniere

Par hasard, lors d'une dégustation en 2019, il croise Simon Batardière qui, face à ce quadra partant pour la grande aventure, ne se perd pas en conjectures : "Tu presses, tu mets en barriques et topette!" Simple comme un coup de fil, disait la pub des PTT, jadis!... Petit à petit, le réseau s'élargit. Le vigneron évoque lui-même "un apprentissage pas à pas sans formation académique". Il arrive ainsi, grâce souvent au bouche à oreille, à composer son domaine. Dès 2021, la première parcelle se situe ainsi à Beaulieu sur Layon, La Pépinière, 80 ares de vieux chenin en coteau, âgés de soixante ans, en gobelets non palissés. Dès cette même année, il complante en massale ce chenin et plante quelques arbres fruitiers, avec des variétés anciennes angevines de pommiers et de poiriers, ainsi que des pêchers de vigne.

Puis, il récupère ensuite 1,5 ha de vieilles vignes hautes et larges de cabernet franc, âgées de soixante ans également, à La Fosse aux Loups, sur la commune de Rablay. Enfin, il complète le tout avec des vignes complantées, soixante ares de chenin entre vingt et soixante ans, plus vingt ares de vieilles vignes de grolleau, le tout à Montbenault, sur la commune de Beaulieu. Le panel de vignes est pour le moins intéressant, sauf qu'il est assez éloigné du domicile et du petit chai restauré, le tout situé à Vauchrétien, soit à une quinzaine de kilomètres de routes sinueuses de l'Anjou noir.

Une réflexion s'impose donc, afin de conserver une sorte de cohérence pour le projet. Un total de trois hectares environ, c'est l'objectif, mais celui-ci serait désormais de "garder les chenins sur schistes au bord du Layon et de trouver des parcelles en Aubance, sur des sols plus profonds et plus adaptés aux rouges. A la vigne, enherbement naturel entre les rangs, zéro chimie, pas d'engrais, traitements réduits au strict minimum et bien en deçà du cahier des charges bio. Vinification sans intrants, mais pas non-interventionniste pour autant. Le vin ne se fait pas toujours tout seul!..."

DSC_2979

Maintenant, il faut que tout cela se mette en place. On imagine aisément la part de rêve du vigneron débutant. Traduire l'impact de son ou ses terroirs, faire des vins qui lui plaisent, mais qui interpellent aussi l'amateur et topette!... Avec 2022, Pierre-Gilles Euzen (prononcez euzin, comme il se doit dans le Finistère) propose un chenin (ça rime!), A l'horizon, auquel il faudra un peu de temps passé en bouteilles pour s'exprimer totalement, mais également un rouge, L'Instant d'après, un cabernet franc issu d'une délicate infusion, que l'on peut apprécier, à ce stade, légèrement rafraîchi, dans l'esprit d'un rosé colloré ou d'un rouge clair, selon la définition que chacun en fait!... Le vigneron de Vauchrétien ne fera pas part à ce stade de certitudes. Il va avancer pas à pas, certain également que l'entraide et l'écoute en vigueur dans la région, pour peu que vous intégriez un groupe de "voisins" souvent confrontés en même temps aux affres du climat notamment, lui permettra de s'ouvrir d'autres horizons. A suivre!...

MjAyMzA4Y2YyZDA5NTAwNTdjODU5N2NjODUwZTEzOWY2YjdkNTE*

~ Adèle Coguic ~

Voici un autre exemple d'installation récente, s'appuyant résolument sur un mode artisanal autour d'une production de vins naturels. Ce n'est sans doute pas strictement lié au hasard, mais les fils menant à ce changement de vie sont parfois presque liés à une forme d'imaginaire. Adèle Coguic a d'abord été animatrice en EPHAD pendant seize ans du côté de Durtal, commune limitrophe du Maine-et-Loire et de la Sarthe. "Un public âgé rural qui n'est sans doute pas pour rien dans ma reconversion (les discussions autour des travaux de la terre, la connaissance de la nature et du vivant, la transmission orale...)". Après cette sorte de déclic et une curiosité certaine pour le vin, elle éprouve le besoin d'en savoir plus. Elle approfondit ses connaissances par le biais du cycle du WSET 1 à 3 (Wine and Spirit Education Trust), puis d'une mention supplémentaire de sommellerie à Angers, entre 2019 et 2023.

On devine aisément à quel point les rencontres avec les vignerons croisés lors de différents stages sont déterminantes. En 2020, elle effectue ses premières vendanges chez Didier Chaffardon, pionnier des vins naturels en Anjou. En septembre de cette même année, elle quitte définitivement l'EPHAD et se lance dans l'aventure. En 2021, les vendanges se déroulent chez Emilie Tourrette-Brunet, une autre révélation de la région. Pour renforcer sa formation, elle passe par le lycée agricole de Montreuil-Bellay, pour des stages de taille, travaux des vignes et vinification.

DSC_2980

"J'ai appris et j'apprends beaucoup avec eux..." En 2022, Didier Chaffardon lui propose de reprendre une parcelle de gamay de 80 ares à Mozé sur Layon. Désormais, une autre parcelle située dans la même commune, 90 ares de cabernet franc, complète l'ensemble. La vigneronne s'est désormais lancée dans la recherche de chenin, de quoi totaliser environ trois hectares, limite basse de la rentabilité, selon ce qui se dit.

Bien sûr, une des plus grandes difficultés actuelles est de trouver un local, afin d'entreposer les cuves et organiser les vinifications, obstacle à un développement serein identifié dans la plupart des régions, surtout pour les jeunes débutants non-originaires des secteurs viticoles choisis. Mais, cette fois, la chance a sourit à Adèle, puisque cinq jours avant les vendanges 2022, elle peut enfin prendre possession d'un local à Saint Saturnin sur Loire. Désormais, les premières cuvées sont disponibles : un gamay rosé gourmand, avec une pointe de sucres résiduels, qui fleur bon les séquences apéritives et un gamay rouge, qui devait au préalable être un vin primeur, proposé avant la fin de l'année, mais qui, finalement, a un peu traîné des pieds ou qui a pris son temps, pour devenir une cuvée printannière. Des vins de pur plaisir, sans prétentions, mais très accessibles, embouteillés et capsulés, un peu façon Chaffardon, qui a démontré que la méthode permettait aussi de garder les vins sans difficultés.

DSC_2981

Encore des nouveaux venus donc en Anjou!... Et notamment en Anjou noir!... Une région où l'on verra sans doute cohabiter de plus en plus, ces micro-domaines tournés vers la qualité, formant une mosaïque s'appuyant sur celle des terroirs désormais bien identifiés, avec d'autres structures aux objectifs bien éloignés de ceux des premiers, pour lesquels la logique de forte production, de hauts rendements, conduit à une production de masse, pouvant satisfaire le négoce traditionnel et la grande distribution, en proposant notamment des "méthodes traditionnelles" portant bien mal leur nom, à des tarifs supposés compétitifs!... L'écart se creuse entre les deux hémisphères de la viticulture... Il n'est que d'arpenter le vignoble angevin pour s'en rendre compte.

* : Photo de Laurent Combet, le Courrier de l'Ouest

Commentaires