Un titre curieux, non?... En fait, la vraie question serait plutôt : Bonnezeaux peut-il proposer le meilleur?...

Une visite attendue, que le tour d'horizon de ce cru du Layon, bien connu des amateurs! Parce que c'est, sur le papier, toujours un plaisir de faire un tour dans ce coin d'Anjou... De plus, c'était là, la première occasion d'évoquer les "parcelles majeures", avant même de les appeler peut-être un jour "premier cru". Elles ont pour nom Fêle (ou Fesles), La Montagne, Le Malabé ou Beauregard. Et peut-être aussi Les Melleresses ou d'autres.

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Mais, avant d'aller plus loin, posons la question sans détour et sans faire nécessairement le voeu, d'ailleurs, de lui trouver une réponse : ces crus (et les vins qui en sont issus), au sol et au terroir apparemment superbes, offrent-ils la meilleure expression possible, ou en sont-ils le reflet flouté?... Peut-on découvrir actuellement des Bonnezeaux à même d'épater les amateurs de toutes origines?...

Si vous avez la chance, comme moi, de faire ce tour de vigne avec quelqu'un qui vous ouvre les yeux, il est certain que les questions, avec le recul de quelques heures ou de quelques jours, ne vont pas manquer! Et en premier lieu : sommes-nous capables, nous amateurs, d'évaluer la grandeur de certaines cuvées, à travers leur "gras", leur "liqueur", leur "volume en bouche"?... Ensuite, avons-nous eu si souvent que ça, l'occasion de déguster de grands moelleux-liquoreux qui expriment tout leur terroir, leurs schistes, leurs rhyolithes, qui soient comme des cuvées-témoins, nous permettant de découvrir et d'identifier, à coup sur, les vins corrigés, qui annihilent toute expression micro-locale?

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Ne nous y trompons pas! Et peut-être, rassurons-nous au passage!... Certains vignerons du Layon n'hésitent pas, parfois, à rappeler les anecdotes amères de dégustations organisées, çà et là, pour attribuer telles ou telles récompenses et qui les voient distribuer à l'aveugle "Liger d'Or", voire "Médaille Capus", à des vignerons qu'ils préfèreraient voir loin du podium!... Retenons donc, que la vérité n'est pas toujours dans une dégustation ponctuelle!... D'ailleurs, où est cette vérité?...

Alors, mettons-nous au travail et partons à la découverte!... Même s'il nous arrive parfois de penser, grâce à l'actualité, à ces coureurs cyclistes que l'on portait aux nues et que l'on a découvert un jour capables de s'attaquer à l'Alpe d'Huez de façon très... strong!... Il n'est d'ailleurs pas impossible que les mêmes supporters de ces champions ne les sifflent, un jour prochain, lorsqu'ils s'apercevront que, de retour à l'eau claire (il est permis de rêver!...), les coureurs mettent moitié plus de temps pour gravir la même montagne.

Allons! Faisons fi des digressions!... Chaussures aux pieds, cartes en mains, à nous deux Bonnezeaux!...

Tout d'abord, comme sur les premières photos et celles ci-dessous, remarquons que nombre de parcelles situées sur les coteaux rive droite du Layon sont en friches et cela, depuis nombre d'années!

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Si bien, qu'au moment de tenter d'identifier les "premiers crus" du Layon, on peut imaginer aisément toutes celles qui ne sont, de nos jours, que landes, broussailles, bois, etc...

Il convient de préciser, avant d'aller plus loin, que cet article a été entamé le 14 juillet 2006, au lendemain, ou presque, d'une découverte pédestre des coteaux layonesques. Plus de dix-huit mois plus tard, il n'est pas encore achevé. Sans doute, faut-il, pour l'essentiel, y voir là le trouble ressenti ce jour-là.

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Il est près de midi. Le temps est sec et chaud depuis plusieurs jours. Nous sommes un peu en-dessous du moulin de La Montagne. Nous marchons presque silencieusement. Soudain, le vigneron qui m'accompagne s'arrête :

- "Tu as remarqué?..."
- ...
- "Ce silence... Nous sommes au coeur de l'été et on n'entend rien! Pas un chant d'oiseau, pas un grillon!..."
- "Troublant, en effet!..."
- "Ton idée de balade dans le vignoble, elle finit par me donner le bourdon!..." rit-il.

Et l'on se dit alors, que nous pouvons faire notre, cette maxime que lança un jour Hubert Reeves, astrophysicien bien connu, sur un plateau de télévision : "La trace laissée par un homme de son passage sur Terre, c'est à l'échelle de la durée de vie de la planète, un peu comme un éclair qui illumine, un quart de seconde, le ciel d'une belle nuit d'été!..."

Sans doute, me direz-vous, certains tenants d'un progrès technologique irréversible, auront tôt fait de retourner cela à leur avantage. Ces avancées scientifiques sont indispensables et espérées par les populations (toutefois Sir Alexander Flemming disait : "La pénicilline guérit les humains, le vin les rend heureux!..."). Mais, parfois, elles causent des dommages tout autant irréversibles. Sans une prise de conscience collective, à l'échelle locale d'abord, comme par exemple, au niveau d'une appellation d'origine contrôlée viticole, nous ne léguerons aux générations futures qu'un ersatz, qu'une pâle copie des caractères fondamentaux d'un terroir, dont nous ignorerons tout d'ailleurs, au moment de passer la main.

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Et comment alors, se prévaloir d'une origine contrôlée, d'une identité propre à quelques hectares pouvant être élevés au rang de "grand cru"?... Certes, toute classification ne revêt pas que des avantages et bien des dégustations permettent de relativiser ces hiérarchies. Mais, un vigneron sincère peut-il affirmer sans sourciller, qu'il est pleinement heureux de travailler chaque jour et de transmettre des arpents de vigne sans la moindre vie, comme passés au karcher, afin qu'ils soient solides et qu'ils permettent le passage d'engins de plus en plus monstrueux, limitant le nombre de tâches et d'interventions humaines? Feint-il d'ignorer que la moindre pluie orageuse ravine coteaux et chemins, au point de faire appel le lendemain du déluge, à quelque autre monstre permettant de rendre de nouveau accessibles les passages. Il pourra ainsi répandre tous les produits "salvateurs" possibles et inimaginables!...

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Il ne s'agit pas là, pour l'heure, d'élever la culture biologique au rang de vertu absolue, même si elle me semble très importante, voire essentielle. De même, espérant éviter là que l'on me reproche d'ignorer cet aspect, je peux affirmer sans détour que chacun sait le poids de la nécessité de l'équilibre économique d'une structure agricole ou viticole. Néanmoins, à l'aube de ce nouveau millénaire, les vignerons qui s'arc-boutent (pour certains!...) dans leurs vignes depuis quarante, voire cinquante ans, sont-ils à même de définir, d'identifier et d'évoquer sereinement la "minéralité" d'un cru tel que Bonnezeaux?... Au moment de transmettre, ont-ils décidé au préalable, d'ignorer cette approche de leur production, au profit de la plus moderne technologie à la vigne et des "mérites" de la science oenologique au caveau?...

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La balade débute du côté du Château de Fesles. Après la Sansonnière, il faut tourner sur la gauche. La carte IGN nous indique Fêle!... Nuance toponymique, sans doute. Le vignoble de l'appellation s'étend de chaque côté de la route départementale, ce qui est déjà une information en soi. En effet, les meilleurs terroirs du secteur semblent être regroupés autour du château, tendance sud et ouest. A gauche du chemin dans lequel nous nous sommes arrêtés, les schistes gris-jaunes sont remplacés, par zones entières, par du fallun, amalgame de sable coquiller, bien connu dans la région.

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Reprenons notre route vers le nord. A proximité du château... d'eau, laissons le village de Chavagnes sur la droite et tournons vers l'ouest. A quelques encablures, le Petit Bonnezeaux, que nous traversons. Un dernier virage à 90° et nous voilà au pied du célèbre moulin de La Montagne. Nous nous arrêtons au milieu du coteau dominant Thouarcé.

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La première impression nous laisse... perplexe, quant au sol qui nous entoure et, par endroit, quant à la tenue des vignes... Quelques pas encore et nous atteignons la saignée creusée dans le coteau. Il s'agit là du tracé de l'ancienne voie de chemin de fer qui suivait, jadis, le cours du Layon. La coupe franche laisse apparaître, malgré la végétation, des schistes verdissants, mais aussi très peu de sol sur la roche mère. Il serait intéressant de savoir ce que font les racines de la vigne dans ce secteur...

Non loin de là, des schistes pourpres apparaissent sur le sol. En ne faisant que quelques dizaines de mètres, il est possible d'en découvrir une grande variété : jaunes, gris, bruns... La richesse de ce terroir devient une évidence!...

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Nous voici maintenant à mi-chemin, entre Thouarcé et le hameau de Bonnezeaux, dans le secteur du Malabé. Sur un coteau exposé pour partie est, mais aussi sud. Une parcelle qui appartient au Domaine Les Grandes Vignes, de Jean-François Vaillant, en cours de conversion en culture biologique et ancien terrain de moto-cross (pour partie, en AOC Bonnezeaux, eh oui!...). On trouve là des schistes gris-jaunes qui se présentent en fines ardoises et, par secteur, d'autres qui se délitent sous la pression des doigts. Pas, à proprement parlé, une vigne facile à travailler, tant elle impose d'y intervenir dans un dévers inconfortable.

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Encore quelques pas et nous sommes maintenant près de vénérables ceps, sur une terre grise et sèche, sorte de gros buissons, curieusement taillés... Mais, ce qui est le plus troublant, c'est cette exposition... quasiment nord!... Atmosphère...

La dernière étape de la balade nous ramène vers le village, mais nous bifurquons vers Beauregard, qui comme son nom l'indique, nous offre une belle vue sur le secteur!...

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Pour tout dire, sans doute, le plus beau terroir de l'appellation, notamment par la variété des schistes qui apparaissent au sol : gris, pourpre, bleus... Certains vignerons du cru le portent en haute estime. Et cette interrogation, qui revient comme un leitmotiv : connaissons-nous actuellement, la pleine expression des vins issus de cette terre?...

C'est le temps des questions. Et cette indicible impression que nous n'aurons peut-être pas la possibilité d'y répondre... Il reste beaucoup à faire pour inverser la tendance. Au coeur de certaines AOC, de certains villages, une prise de conscience se concrétise par des évolutions des décrets d'appellation qui vont dans le bon sens, par petite touche : chaptalisation interdite, machine à vendanger repoussée loin des coteaux réputés...

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L'INAO, lui-même, souhaite une remise à plat du cahier des charges des appellations. Les syndicats s'y sont donc attelés. Depuis peu, le Conseil d'Administration de celui des Coteaux-du-Layon et Layon-Villages vient de proposer à l'Assemblée Générale quelques aménagements : le degré minimum, à la récolte, est passé de 13 à 14° pour les Layon et de 14 à 15° pour les Villages. Les SGN sont passés de 17,5 à 19°. Aucun vin ne sera "chaptalisable" au-delà de 19°, ce qui signifie que si l'on récolte à 18, on ne peut chaptaliser que d'un degré pour atteindre 19 (alors qu'il est autorisé 1,5° de chaptalisation avec une récolte à 16, par exemple). De plus, une demande de dérogation sera possible pour les vins très riches (Carboniféra par exemple). Ils seront donc agréés, malgré un degré inférieur à 10.

Un progrès par petites touches, certes. Mais, après de longs débats, une forte majorité favorable s'est dégagée. Reste la validation par l'INAO. L'essentiel est que ce soit débattu et que les hommes ne se contentent pas de duels à fleurets mouchetés, les uns tenants d'un immobilisme conservateur, les autres d'un idéalisme utopique. Un progrès et une avancée, à l'échelle des vignerons du cru, qui demain, rechercheront peut-être davantage de solutions collégiales (travail des sols par le cheval, par exemple), à l'heure où des financiers de toutes origines, certes sincères et passionnés nous dit-on, prennent pieds sur les berges de l'Hyrôme, du Layon ou de la Loire. Ou du moins, sur les superbes coteaux qui surplombent ces cours d'eau paisibles...