La Pipette aux quatre vins

18 mai 2023

Une vigne extraordinaire à La Roche sur Yon!...

Si La Roche sur Yon, modeste préfecture de province diront certains, est bien au coeur de la Vendée, elle n'est pas connue cependant pour être un territoire reconnu pour la qualité de ses vins, puisqu'elle ne figure pas dans la liste des Fiefs Vendéens. Seuls figurent dans la dite liste officielle des crus (des fiefs donc) Mareuil sur Lay, Brem sur Mer, Pissotte, Chantonnay et Vix, exprimant sans doute, toute la variété des sols vendéens, comme on peut le constater sur la carte géologique plus bas. Si le tracé des rues, à l'intérieur du Pentagone napoléonien de 1808, donne l'illusion d'un grand échiquier, la consultation d'InfoGeol (allez faire un tour sur Google Play ou l'App Store pour télécharger l'application indispensable aux amateurs de géologie!) confirme cette multiplicité des sols. Nous sommes là sur un "socle métamorphique" du "protérozoïque supérieur" avec des micaschistes, des micaschistes à silicate d'alumine, du paragneiss localement anatectique, à biotite, muscovite et parfois grenat, staurotide, sillimanite et autre méta-quartzite. Tout ce qui identifie la géologie locale dans un groupe dit de Nieul-le-Dolent, du nom d'une petite bourgade située à une petite vingtaine de kilomètres de la préfecture. Vous me suivez, bien sûr!...

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Mais, je n'ai pas l'intention de vous entretenir du potentiel des sols yonnais en vue de la revendication de leur éventuel classement. Même si je reste persuadé que certains fiefs ont été quelque peu écartés lors de la création du VDQS, puis de l'AOC/AOP et que, pour différentes raisons, la capitale de la Vendée, sur son territoire, ne pouvait être dépourvue, jusqu'à une certaine époque, de vignes alimentant les foyers locaux, voire les bars et tavernes de la petite ville. D'ailleurs, voilà un demi-siècle, on se réunissait, çà et là, pour procéder à quelques vendanges, dont on collecte d'ailleurs aujourd'hui les documents, notamment photographiques, en attestant l'existence. Même si quelques pieds de vigne subsistent encore dans certains jardins, soignés amoureusement par leurs propriétaires et que la mémoire collective, moins nombreuse désormais, se souvient de l'existence de la Tonnellerie Oger au coeur même de la ville, à moins d'un kilomètre de la Place Napoléon!... Quelques noms de rue, comme celle des Vignes Mallard, peuvent laisser supposer l'existence de diverses parcelles.

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Mais, mon propos du jour s'éloigne résolument des données géographiques, géologiques, toponymiques voire odonymiques. Il s'agit là d'évoquer toute la poésie que l'on devine parfois derrière la production de raisin et de vin. Et notamment de la gravure ci-dessus, reproduisant une photographie prise à la fin du XIXè siècle dans la ville de La Roche sur Yon, à moins de trois cents mètres de la place centrale. Nous sommes là fin 1882, alors même que le phylloxera frappe la région depuis au moins deux ans et qu'il faudra attendre encore quelques années, avant que le vignoble vendéen ne soit reconstitué, au moyen surtout des hybrides largement producteurs. Voici ce qu'en dit (dans le n°495 du 25 novembre 1882) la revue scientifique de l'époque, La Nature, informée par deux publications, une des Deux-Sèvres, l'autre de Marseille!...

"Par le temps de phylloxéra où nous vivons, il est intéressant de signaler une treille de chasselas qui a vivement excité la curiosité des connaisseurs par son étonnante fécondité. Un journal des Deux-Sèvres, une autre publication de Marseille qui nous ont été envoyés, ont annoncé qu’une vigne à La Roche-sur-Yon avait produit cette année 2115 grappes. Nous avons voulu avoir de plus amples renseignements à ce sujet. M. Émile Amiaud, photographe à La Roche-sur-Yon, a tiré, pour La Nature, une épreuve de la photographie que nous reproduisons ci-dessus, et qui représente cette vigne extraordinaire telle qu’elle peut être admirée contre la maison de pierre où elle s’est développée."

"Cette maison, située rue Molière, n°4, appartient à M. Mornet, cordonnier, qui a bien voulu nous transmettre quelques documents sur sa vigne merveilleuse. La note de M. Mornet est claire et précise; elle donne quelques indications pratiques de culture qui pourront être utiles aux amateurs; nous la reproduisons textuellement :

« La vigne extraordinaire dont il est question est un chasselas gris de Fontainebleau plantée entre les pavés qui sont à côté du mur de la maison. Le pied est bêché à la couronne et recouvert avec un peu de crottin de cheval deux fois par an. 'Toutes les branches sont taillées à la couronne le plus court possible, cette taille n’a lieu que du 1er au 15 avril, ce qui est le plus essentiel. Aussitôt que les bourgeons sont sortis, on pince les branches à la deuxième feuille au-dessus des bourgeons et toute l’année on continue à enlever tous les gourmands, afin que la sève s’accumule vers les organes qui sont destinés à donner un grand développement aux fruits, tout en conservant, une vie plus active dans la treille, ce qui donne la preuve d’un rendement de fruits beaucoup plus considérable tous les ans."

"Cette année 1882, cette treille a donné deux mille cent quinze grappes assez fortes. Ce produit considérable tient encore à ce que les extrémités des branches sont coupées courtes, afin que la sève s’arrête dans les parties inférieures pour que les produits prennent plus de force et soient plus nombreux. Pour compléter une semblable récolte avec une maturité hâtive et certaine, dans le courant du mois de juillet, on enlève toutes les feuilles.»

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Qu'est-il advenu de cette vigne avec le puceron ravageur de l'époque? A-t-elle survécu quelques années? Pour ce qui est du n° 4 de la rue Molière, il a quelque peu évolué bien sûr, même si on aurait tendance à trouver une certaine similitude entre cette maison mûrée et désormais brûlée et une dépendance voisine de l'époque, sans écarter l'idée que le n°4 est peut-être devenu n°8... Pour un peu, on se transformerait en archéologue rêveur du dimanche et, s'armant de quelque outil, irions-nous gratter le sol bitumeux, avec peut-être la perspective de trouver dans le sol citadin du XXIè siècle, des pépins de raisin vieux de cent quarante ans!... Après tout, n'a-t-on pas admis, désormais, l'origine de la vigne terrestre et des premières vinifications grâce à quelques résidus de vendanges et de pressées aux confins de l'Asie Mineure?... Quant au chasselas gris, qui peut être aussi doré, de Fontainebleau, même s'il s'agit plutôt d'une variété dite de table, il pouvait sans doute aussi composer une attractive cuvée, un peu à l'image du muscat de Hambourg, que certains ont déjà replanté?...

Pour le reste, je me remets au travail. Avant longtemps, je vous parlerai sans doute des parcelles du XXè siècle de la ville et des lieux où étaient entreposés les pressoirs accueillant les vendanges des différents quartiers, comme autant de crus de la commune. La petite histoire de la vigne et du vin à La Roche sur Yon est en marche!...


04 mai 2023

Maison Advinam : Anne Buiatti, joueuse de blouge dans les Graves!...

Une petite pluie fraîche et grise tombe sur Bordeaux et les alentours en ce samedi matin... Du genre de celles qui vous donnent aisément le blues, si elle perdure. Pas grave, parce que nous avons rendez-vous avec Anne Buiatti, vigneronne à St Morillon, qui se partage de temps en temps avec Calce, dans le Roussillon, où elle possède quelques arpents de syrah. Elle est sincère, spontanée, inventive, au point de proposer, entre autres, du blouge, nouvelle tendance mettant en bouteilles quelques nectars pur plaisir, alliant blanc et rouge pour une même cuvée. Bienvenue dans la Maison Advinam!...

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En achetant cette maison de St Morillon, alors en ruines ou presque, en 2016 et avec l'aide efficace de son mari Grégoire, Anne s'est sans doute donné la liberté d'action voulue et les moyens de laisser libre cours à sa créativité, notamment avec un outil et un chai optimisé aux dimensions, de plus, de son projet. Elle pourrait jouer dans la cour des Graves, puisque le village est au coeur de l'appellation, mais comment croire que ce serait un but en soi. Dans le choix de ce nom de domaine, Advinam, il faut simplement voir un clin d'oeil à l'expression ad vitam aeternam, mais plus que parier sur l'éternité qui ne nous est pas donnée, en pensant et en espérant faire les choses de façon durable. Un vigneron, navigateur à ses heures et d'origine parisienne, aurait pu opter pour fluctuat nec mergitur...

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Quelques années passées dans le Sud, trois autres de travaux, un horizon s'ouvrant sur un nouveau paysage et des projets plein la tête, Anne Buiatti est prête désormais à nous proposer ce qui bâtit son univers. Aussi curieux que cela puisse paraître, elle est arrivée en Gironde avec sa syrah, ses souvenirs de Calce, célèbre bourgade dans la montagne du Roussillon et l'envie de relever des défis, que peu de vignerons sont prêts à affronter. En effet, ayant passé plusieurs millésimes dans un petit domaine calcéen, à prendre soins notamment d'une vénérable syrah non loin du col de la Dona, elle ne put se résoudre à extraire toutes ses propres racines de cette terre schisteuse. Elle fit l'acquisition de deux hectares (dont 1,3 ha plantés à ce jour) au moment de la vente du domaine, avec l'arrière-pensée de vendanger en temps voulu, de transporter le tout à St Morillon et de vinifier ces raisins délocalisés. Avec en plus, quelques idées innovantes.

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Une fois sur place, elle déniche une parcelle de vigne proche du village et même une autre à Saussignac, à une centaine de kilomètres, histoire d'apporter une touche de piment à son quotidien de vigneronne, au cas où il en serait dépourvu!... Mais, elle est aussi heureuse et fière de présenter sa nouvelle parcelle de vigne, à quelques pas de la maison familiale, illustrant bien tout ce qui l'anime en terme d'initiatives "hors codes". Cette terre en friche à l'origine, achetée dès son arrivée dans la région, a été soigneusement préparée, avec le constat de l'apport de la biodynamie pratiquée sur un tel support. Pas moins de 70 ares aujourd'hui, en attendant plus, où l'on retrouve une plantation sur échalas, telle que celles bien connues dans certaines zones de la vallée du Rhône. Dès l'automne 2020, des cépages comme le carménère et le cabernet sauvignon ont été associés, mais aussi mérille et castets. Associés dans le sens que deux plans différents sont présents au pied de chaque piquet, dans le but d'augmenter la densité (plantation à 2m x 2m, du fait de l'utilisation d'un quad pour toute intervention). La vigneronne pense au passage qu'avec cette méthode, les maturités des raisins pourraient se rejoindre, comme cela a été constaté dans le Rhône, par quelques vignerons. Perspective singulière, dont on a hâte de mesurer les effets verre en main!...

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Le bouillonnement d'idées ne s'arrête pas à la vigne et au vin puisque, depuis quelques semaines, des brebis ont rejoint les terres du domaine. D'autre part, un projet de jardin en permaculture, avec mise à disposition d'une parcelle, est quasiment acquis, sans parler d'autres initiatives top secret!... Mais, il faut bien admettre que la dégustation des quatre cuvées disponibles est l'illustration de la dimension artisanale de la production, mais surtout de son originalité. En premier lieu, L'Allumée, en blanc et en rouge. Le premier est plutôt un "orange", puisque dit "blanc de macération", mais en fait, comme pour les autres cuvées, il s'agit plus d'une infusion prolongée selon le millésime. Du sémillon et du sauvignon à parts égales en 2022, une sorte de "Sauternes du futur 2.0" (appellation non contrôlée). Un pur plaisir, aromatiquement très abordable, y compris à table avec une omelette aux asperges, au parmesan râpé et à la ciboulette!...

Carte-GravesLa version rouge est peut-être celle qui motive en premier lieu la visite. Il s'agit d'un "blouge"!... Mais si, vous savez bien, cette nouvelle tendance apparue çà et là, un mélange hors conventions associant cépages rouges et cépage blanc dans des proportions variables selon les initiatives des uns et des autres. Ici, comme pour toutes les cuvées, la vendange est égrappée au moyen de paniers en osier confectionnés spécialement (voir photo plus haut), puis foulée délicatement et déposée dans le pressoir pendant quelques heures, ce qui lui donne sa couleur particulière. Fermentation en jus, puis écoulage dans les amphores (qui pourraient bien être enterrées à l'avenir...) pour quelques mois. La cuvée 2022 se compose de 70% de sémillon, 25% de merlot et 5% de malbec. Là encore, la garantie plaisir est certaine!... Le tout sans collage, sans filtration et sans sulfites ajoutés. Fermez les yeux, vous voyez bien, une terrasse en fin de journée estivale, chaude à souhait!... Juste le temps de laisser chauffer la plancha!...

Bouffonne 2020 (le terme de bouffonne par référence au bouffon du roi, au ménéstrel qui amuse les grands personnages de la cour, ceux-ci étant les grands vins de Bordeaux...) destinée elle aussi à surprendre. Trois cépages sont associés à parts égales : merlot, cabernet sauvignon et... syrah, dans le plus pur esprit des vins "hermitagés" au XIXè siècle, mais pas que, diront certains... Du jus, du velour, pour accompagner la viande déposée sur la plancha!... Selon le même process, les cépages sont égrappés et foulés, puis ils rejoignent une amphore et deux barriques pour chacun d'entre eux, pour une durée d'un an environ. Deux mois avant le terme, l'ensemble est assemblé en cuve tronconique, avant la mise en bouteilles.

Donna 2020 est la cuvée qui se veut plus prestigieuse, plus emblématique. Il s'agit de la syrah de Calce "made in St Morillon"!... Guère plus d'un millier de bouteilles pour cette pépite hors normes. Identité variétale d'une parcelle de schiste d'exception, dont les vendanges sont de plus en plus précoces. Egrappage, foulage, macération en cuve béton de sept à huit semaines. Ensuite, élevage de 18 mois dans une amphore et une barrique non neuve, puis une année de stockage en bouteilles.

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Bien sûr, les amateurs de Graves seront sans doute désorientés, mais les amateurs de vins pourraient en redemander!... Anne Buiatti vous accueille sur ses terres avec gentillessse, patience, passion. Il faut pénétrer le domaine avec les yeux ouverts, les oreilles disponibles pour partager une logique autre mais sincère et les papilles en éveil, parce qu'ici, les vins font preuve d'originalité, en nous poussant au passage, dans nos retranchements. Indiscutablement, on peut se laisser porter. Ici, le vin prend aisément une dimension universelle, sans frontière et non limitée à un espace clos de mûrs, fussent-ils vétustes et d'un âge respectable. Pas de portail doré que l'on retrouve sur l'étiquette. D'ailleurs, il est souvent grand ouvert!... On peut même penser que la vigneronne de St Morillon nous réserve quelques surprises, parce que sa passion pour la vigne et le vin, elle la vit, de toute évidence, aux dimensions de la planète.

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06 mars 2023

Olivier Rivière refranchit le Rubicon et les Pyrénées!...

Après avoir conforté sa formation auprès de Lalou Bize-Leroy ou d’Elian Da Ros, pour ne citer qu’eux, tout le monde s’attendait, voilà une bonne quinzaine d’années, à ce qu’Olivier Rivière ne s’installe en France pour exercer ses talents de vinificateur avisé. Ce fut presque le cas, puisqu’il avait posé quelques jalons du côté de Fitou. Mais, sa rencontre avec Telmo Rodriguez, autre talent bien connu en Espagne, fut décisive : « Tu peux franchir les Pyrénées, il y a de quoi bien t’amuser ! »

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Installé dans la Rioja, Olivier Rivière a pu laisser libre-cours, autant que possible, à ses idées pendant une décennie et demie. Et, le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il a convaincu jusqu’aux plus exigeants des amateurs. Aujourd’hui, habitant au Pays Basque, l’idée de refranchir les Pyrénées, du sud vers le nord cette fois, a germé. Et, en même temps, de se lancer un nouveau défi. Au Pays Basque même ? Non. Pourquoi pas sur les bords de la Garonne ? Les offres n’étaient pas légion, surtout celles que l’on peut qualifier d’abordables et sur de beaux terroirs. Finalement, c’est à Lansac, au cœur historique des Côtes de Bourg, qu’Olivier a décidé de s’installer et de restaurer petit à petit les installations anciennes du Château Vieux Lansac, situées juste en face de l’église romane du village datant du XIIè siècle.

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L’ex-propriété familiale, après quatre générations successives, totalisait une dizaine d’hectares de vignes, dont une grande proportion de merlot, comme il se doit dans la région, avec des parcelles dispersées autour du village et offrant des terroirs nuancés et des orientations variées, dont quelques versants nord, exposition qu’Olivier choisissait volontiers en Rioja. Précisons au passage qu’il est toujours présent en Espagne, même s’il a très légèrement réduit la toile, malgré ce qu’on a pu lire dans la presse ibérique.

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A Lansac, tout reste à faire aux Jardins d’Edina, la future identité du domaine, avec notamment un recours important au surgreffage pendant quatre ou cinq ans, afin de réduire la proportion de merlot et d’intégrer dans le vignoble cabernet franc et malbec notamment du côté des rouges, sans doute aussi trois hectares de cépages blancs, avec surtout du sémillon, voire un cépage espagnol !... Autre objectif important, les assemblages à la parcelle, afin d’obtenir une expression du lieu, pour que les différents terroirs apportent leur pierre à l’édifice. En rouge, on pourra découvrir à l’automne 2023, une première « Cuvée Domaine » et sans doute deux parcellaires un an plus tard : Broglie et Grand Puy. Il convient de noter que le vigneron, ayant consulté les dernières cartes géologiques publiées, a pris bonne note de la présence de calcaire parfois (pas si fréquent que ça dans le secteur), de zones plus sablo-limoneuses sur un socle calcaire, voire de présence de calcaire à astéries (Grand Puy), montrant des sols plus blancs très encourageants.

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Il convient de conclure sur les premiers jus produits avec les fruits des vendanges 2022. Des vendanges manuelles, au moyen de cagettes de vingt kilos, qui ne manquèrent pas de stupéfier les habitants du cru, tous rompus aux bienfaits supposés de la machine à vendanger. Le cuvier a connu aussi quelques changements au cœur de l’été brûlant. Certaines cuves en béton ont laissé la place voulue à des cuves ovoïdes du même métal, à diverses barriques de volumes différents et à un premier foudre, le tout de bonne origine. D’autres travaux sont envisagés et se feront avec le temps, y compris sur les bâtiments eux-mêmes. Pour ce qui est des vins donc, qui sont en cours d’élevage bien sûr et alors même que le vigneron n’est actif sur place que depuis le mois de juillet, les résultats sont absolument étonnants !... Très belle expression, pureté du fruit, texture et grain remarquables, on imagine l’exigence au cours de vendanges menées tambour battant, mais débutées alors même que toute la contrée en avait terminé depuis des lustres !... Pas de doute ! Le talent d’Olivier a lui aussi refranchi les Pyrénées !...

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04 mars 2023

Bordeaux en version artisanale : Clos Louie

Se rendre chez Pascal Lucin, à St Gènes de Castillon, c’est déjà la possibilité d’apprécier le paysage vallonné de l’extrême est de l’appellation St Emilion. Avec quelques autres, l’AOP Castillon-Côtes de Bordeaux fait partie de ce que l’on a coutume d’appeler le « Grand Saint-Emilionnais », quelque chose qui traverse le pays de Fronsac à Montravel, d’ouest en est, mais sans être intégrer cependant aux « satellites de St Emilion », tous situés plus à l’ouest que Castillon. On trouve dans leur liste Lussac, Saint-Georges, Puisseguin et Montagne. Non, Castillon, c’est comme Francs, ex-Côtes-de-Francs, ce sont des Côtes !... Mais, on trouve là cependant, quelques nectars qui défient souvent les hiérarchies.

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Les amateurs savent bien, depuis quelques années, que Pascal Lucin, avec son micro-domaine Clos Louie, n’a pas peur de ses voisins, à peine plus à l’ouest, dont certains en font des tonnes pour être de dignes représentants du « Classement de St Emilion ». Le vigneron de St Gènes sait donner libre cours à sa sensibilité et sait aussi se mettre à l’écoute de sa vigne et de son terroir. D’autant que, depuis l’origine de son aventure (2004, vingt ans bientôt !), il possède par héritage une vigne pré-phylloxérique qu’il soigne comme il se doit, au potentiel d’expression hors du commun. Bien sûr, comme d’autres, il a connu ces dernières années, des printemps difficiles. Gel tardif, offensive du mildiou, tout ce qu’il faut pour mettre à mal la confiance et remettre en question une approche ambitieuse pour ce cru façon timbre-poste.

edito_min_img_1477564895Dans leur maison ancienne, les Lucin se sont de tous temps adaptés malgré les espaces réduits, tant pour mener à bien les vinifications dans de bonnes conditions, que pour permettre aux élevages de se dérouler de façon optimum. Cette année, nous découvrons les prémices d’une restauration de certaines parties des bâtiments, mettant en évidence les murs extérieurs, mais aussi de petits chais pouvant accueillir les différents contenants utilisés. Il faut dire que Pascal Lucin, optant pour le bois, a fait le choix depuis quelques années de barriques allant jusqu’à 600 litres pour les élevages. Nous goûtons ainsi de superbes jus de 2022, issus d’une grande barrique du tonnelier tourangeau Marc Grenier et d’autres dans des modèles plus petits issus de chez Darnajou, le tonnelier de Montagne souvent qualifié d’orfèvre en la matière. Ce qui nous donne l’occasion de deviser à propos des grandes manœuvres se déroulant en ce moment dans le domaine de la tonnellerie et l’apparition de « géants » - l’un d’eux en possède pas moins de vingt-six désormais - adossés à de solides financiers, dans ce secteur générateur de cash…

Sans nul doute, 2022 sera une pleine réussite au domaine. D’abord, du fait des rendements atteignant 35 hl/ha sur l’ensemble des parcelles, alors que d’habitude, on ne dépassait pas là 15 à 20 hl/ha. De plus, les jus se situent environ à 14°, mais avec des pH bas, 3,35 pour le cabernet franc et entre 3,38 et 3,40 pour les autres cépages, gages d’un équilibre plutôt séducteur, entre la puissance et une dynamique tant aromatique que complexe, diverse et variée. Ah ! Cette tendance crayeuse du cru et parfois sa pointe truffée en rétro !... Pour rappel, pas de vendanges entières ici, si ce n’est 15% sur le cabernet franc en 2018, la sélection lors de la cueillette confine à l’orfèvrerie !... L’assemblage se compose en principe de 45% de merlot, le reste étant une addition des deux cabernets et du malbec plantés sur la propriété.

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Autre bonne nouvelle : Clos Louie s’agrandit ! Alors qu’elle comptait environ trois hectares, la propriété atteint désormais près du double. En effet, le voisin naguère propriétaire de la maison, mais aussi de quarante hectares de Castillon, n’a jamais réussi à mettre en valeur sa marque, vendant la très large partie de ses jus en vrac au négoce, malgré tous les soins apportés à la vigne. Résultat : de très belles parcelles voisines intègrent le domaine. Ce dernier est donc l’exemple même de ceux, dans la catégorie résolument artisanale, qui font aussi la richesse de toute la viticulture bordelaise, voire de sa culture, avec moins d’ors et de paillettes !...

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22 février 2023

Château Jean Voisin, St Emilion Grand Cru, en toute discrétion!...

A Bordeaux, dans le vignoble, on peut considérer que trois grandes catégories de domaines sont en présence : les Grands Crus, Classés de préférence, qui aiment à produire sur leurs étiquettes, leurs portails dorés et leurs façades blondes plus ou moins platine, les micro-crus revendiquant un artisanat assumé, dont certains rallient désormais ce qu'on appelle les "Bordeaux Pirates" et dont un bon nombre nous donne satisfaction dans notre quête d'authenticité et de variété gustative et ceux que les plus méchants des consommateurs pourraient qualifier de "ventre mou" de la production viticole bordelaise, comme s'il s'agissait d'un championnat aux destinées divergentes, un peu comme quand on évoque, verre en main ou pas, une compétition footballistique ou rugbystique. D'ailleurs, du côté de Saint-Emilion, qui nous intéresse justement, il est fréquemment question de classement, avec ses promotions et ses rétrogradations, le plus souvent polémiques!... Partons à la découverte d'un de ces crus, presque vicéralement discret, au point de nous recommander de ne pas citer le nom de son propriétaire, ni son pays d'origine, à charge pour nous de seulement évoquer sa passion pour l'automobile... et le vin!...

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~ Château Jean Voisin ~ Saint Emilion Grand Cru ~

Des Saint Emilion Grand Cru, il en existe... un certain nombre. Difficile d'en obtenir un décompte exact, puisque GC et GCC apparaissent le plus souvent dans un même ensemble. On peut donc connaître le nombre de "Classés", sous réserve de consulter le dernier "classement" à jour, mais pour le reste... Il est donc possible de retenir la superficie globale de quatre mille hectares classés en SEGC.

Le Château Jean Voisin en compte, quant à lui, une quinzaine d'un seul tenant. Nous sommes là sur ce qu'il convient d'appeler le "plateau" de St Emilion. Le paysage est caractéristique de ce secteur, en pente douce, légèrement inclinée vers le nord et le ruisseau de la Barbanne, affluent de l'Isle. Les sols sont de type sablo-argileux, issus de dépôts datant du tertiaire. Certaines cartes géologiques anciennes signalent la présence d'un "pseudogley de profondeur", un horizon de sols de teintes gris à beige, avec présence de taches de rouille. La célèbre "crasse de fer" revendiquée par tout Pomerol n'est pas loin!... La limite nord de l'appellation est proche. Pomerol, avec L'Evangile, La Conseillante et autres Figeac et Cheval Blanc, tous deux Premiers Grands Crus Classés "A" de St Emilion, sont à quelques hectomètres. Encore plus proches, un peu plus à l'ouest, Ripeau et la famille des Corbin, dont le château originel fut divisé et démantelé au moment de la Révolution Française.

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Cette élégante demeure au milieu des vignes respire l'Histoire, au moins celle de St Emilion. Alors même qu'à Bordeaux, Montaigne se voit renouvelé son mandat de maire le 1er août de l'année 1583, c'est Jean Voysin, éminente personnalité locale, qui se voit élu premier magistrat à la tête de la petite ville de St Emilion, poste qu'il occupera pendant deux ans. A-t-il alors choisi de s'installer dans cette contrée éloignée mais tranquille pour la qualité de ses terres?... Nul ne sait! Alors que le premier classement des crus de St Emilion apparaît en 1955, sur une décision prise en 1954 par le Syndicat viticole des vins de St Emilion (devenu depuis le Conseil des Vins de St Emilion), c'est la famille de négociants d'origine corrézienne Chassagnoux qui en devint propriétaire, s'attachant notament à diffuser le cru en Belgique et dans le nord de la France et ce, jusqu'en 2014. En 2015, la propriété fut vendue au propriétaire actuel et depuis, les investissements se succèdent pour donner la notoriété voulue au cru.

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C'est à cette même date qu'arrive au domaine Thierry Disclyn, qui fit ses armes au Château de la Rivière, à Fronsac, auprès de James Grégoire, avant la tragique disparition de ce dernier dans un crash d'hélicoptère en décembre 2013, en compagnie de Lam Kok, hongkongais qui venait de faire l'acquisition du célèbre cru fronsadais. Après un bref passage au Château Ripeau appartenant également à la famille Grégoire, Thierry Disclyn vint relever le défi du Château Jean Voisin.

Défi de taille s'il en est, même si la propriété d'un seul tenant possède quelques atouts. Il a fallu néanmoins dresser un véritable plan de bataille et convaincre l'investisseur étranger de faire le choix d'une chronologie destinée à produire un grand vin à moyen terme, plutôt que d'opter pour de lourds travaux sur le bâti. Dont acte. Le vignoble, très largement composé de merlot (90%, la fameuse proximité avec Pomerol...), tendance confirmée par les choix des anciens propriétaires qui en augmentèrent la proportion, a d'abord subi d'importants travaux de drainage.

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Autre décision importante : la restauration des cuves en béton, plutôt que leur remplacement par de l'inox, gage d'une possibilité d'atteindre une meilleure personnalité, indispensable par les temps qui courent. Cuves qui furent agrémentées, au passage, d'une décoration originale, fruit de l'imagination d'Elise, l'épouse de Thierry, aquarelliste de son état!... Une attention particulière fut apportée au choix des tonneliers et des barriques, ainsi que de leur volume et de leur âge. Si en 2016, c'est Hubert de Bouärd, du célèbre Château l'Angelus qui fut appelé en tant que conseiller, ce ne fut que de manière provisoire, le temps de s'apercevoir que d'autres choix pouvaient être faits...

A la vigne, quelques changements également, puisque la présence de cabernet franc pourrait se voir renforcée, alors même que le millésime 2022 permet la production d'un premier jus de petit verdot, encore très jeune et plutôt producteur, mais source de réels espoirs, au vu de ce qu'il propose sur ce millésime chaud qui, de plus, a permis une production moyenne de 47 hl/ha pour l'ensemble de la propriété.

Zonage
Document : Château Jean Voisin

Mais, à la vigne, comme chacun sait, les détails et la précison ont leur importance. Pas moins de dix-neuf parcelles ont été identifiées et leur potentiel respectif permet de faire les choix les plus adaptés pour les soins à y apporter. Si l'observation au quotidien est essentielle, pourquoi se passer d'une part de haute technologie?... Ainsi, la préparation des vendanges se fait par l'observation de la photo infra-rouge de la propriété issue du survol d'un satellite!... Les couleurs précisent la maturité des raisins, ainsi, il suffit d'arpenter le vignoble, de poser quelques centaines de mètres de rubalise comme on en voit sur les chantiers et ainsi de signaler au pilote de la machine à vendanger son champ d'action le plus précisément possible. Les secteurs les plus qualitatifs au moment du top départ de la cueillette étant alors réservés aux vendangeurs, ce qui permet une première sélection quasiment infaillible.

WhatsApp Image 2023-01-31 à 14Les amateurs les plus éclairés, tant de vin que de voitures prestigieuses de collection ont pu s'interroger sur l'éventuel rapprochement à faire entre ce domaine viticole et la célèbre marque de véhicules souvent prestigieux du début du XXè siècle... Gabriel Voisin, également constructeur d'avions et même de motos vécut passionnément, au moins autant que nombre de vignerons. Il n'est donc pas vraiment étonnant qu'une sorte de rapprochement ne se fasse depuis peu entre le Château Jean Voisin et les passionnés collectionneurs de voitures anciennes, à l'occasion de salons dédiés aux célèbres routières, même si aucune généalogie ne permet de rapprocher l'origine des deux familles.

Si ce cru de St Emilion connut, naguère, une certaine diffusion en France et même au-delà de nos frontières, il semble bien armé pour briguer une nouvelle notoriété et pour trouver un nouveau public, du fait de l'exigence de qualité affichée. Bien sûr, si les deux cuvées disponibles (Grand vin et Second vin, comme il se doit souvent dans la région) correspondent à une exigence partagée entre vigneron et amateurs, ce Grand Cru peut répondre à ce qu'on attend de la production saint-émilionesque, pour peu qu'on lui laisse aussi un peu de temps, afin d'asseoir les ambitions et les mettre en phase avec le potentiel. Et inversement!... A suivre et en route pour de nouvelles aventures!...

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01 janvier 2023

Bonne Année 2023!...

Il est de coutume que je vous offre ici, tous mes voeux pour la nouvelle année. Donc, avant d'aller plus loin, Bonne Année 2023!... Que vous y trouviez santé, prospérité et tout ce que vous souhaitez pour vous-même et vos proches, parfois dans les reflets d'un vin que vous aurez décidé de partager avec votre famille ou vos amis et ce, dès cette première nuit de l'année...

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L'habitude nous joue des tours :
Nous qui pensions que notre amour
Avait une santé de fer.
Dès que séchera la rosée,
Regarde la rouille posée
Sur la médaille et son revers.

Elle teinte bien les feuilles d'automne.
Elle vient à bout des fusils cachés.
Elle rongerait les grilles oubliées
Dans les prisons, s'il n'y venait personne.

Moi, je la vois comme une plaie utile,
Marquant le temps d'ocre jaune et de roux.
La rouille aurait un charme fou
Si elle ne s'attaquait qu'aux grilles.

Empruntons à Maxime Le Forestier et à sa chanson La Rouille, ces paroles qui marquent le temps d'ocre jaune et de roux... L'hiver peut-être nous inspire la mémoire de ce refrain, même si dans à peine quelques semaines, quelques mois, les couleurs, les fruits du printemps inspireront notre cerveau d'une autre façon... En ce moment et même déjà peut-être depuis quelques jours, les vignerons affutent leurs outils, leurs sécateurs, la rouille tombe pour la taille des vignes tournées déjà vers un autre cycle. La terre est humide, elle colle aux chaussures. Demain, elle sera plus légère. Une fine poussière se soulèvera sous nos pas. Et nous pourrons reprendre la route pour rendre visite à tous ces facteurs de vins, afin de découvrir leurs nouvelles cuvées, leurs nouveaux espoirs... Encore et encore, nous ferons connaissance avec de nouveaux talents et la découverte de nouvelles contrées sera l'apanage des curieux et des gourmands... Telle petite commune rurale, dans les colines et cette île qui surgira sur l'horizon, surprise de voir de nouveaux visiteurs... Peu de mots nécessaires pour échanger dans la langue du vin... Le bruit d'un bouchon libérant le nectar, le vin coulant dans les verres qui vite, teintent dans la soirée d'une nuit d'été... Vous y êtes!... Belle Année 2023!...

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23 août 2022

Guide des vins des îles de Méditerranée

Le 25 août 2022 marque la fin d'un cycle!... C'est le jour de la parution du Guide des Vins des Îles, Voyages en Méditerranée, selon l'intitulé exact apparaissant sur la couverture façon marinière estivale, proposé par les Editions Nouriturfu, incontournables des vins de qualité, des voyages, de l'aventure sous toutes ses formes. Dès cette date, une autre tranche de vie débute pour cet ouvrage : les feux de la rampe dans les rayons des librairies de France et de Navarre...

Guide des vins des îles (couverture)Tous ceux avec qui j'ai pu évoquer ce projet, au fil de ces cinq ou six dernières années (qui auraient dû être moins nombreuses si le COVID n'était passé par là...) ont souvent loué son originalité. Parfois, je croisais des regards interrogateurs façon "mais-où-a-t-il-été-chercher-une-idée-pareille-?... Certains jours, j'ai pu également me questionner sur la faisabilité de l'affaire!... Surtout quand les reports et diverses annulations viennent perturber mes prévisions de séjours. Et là, comme en 2020, on apprend à jongler avec les billets d'avion, ceux des ferries inter-îles et les sociétés de location de véhicule... Pas toujours très simple. Et plutôt à risque, d'un point de vue budgétaire!...

En fait, ma passion pour les vins et la dégustation ne date pas d'hier. Même si, dès le début, j'ai éprouvé le besoin d'aller à la rencontre des vignerons, j'ai également considéré que ce "monde du vin" était sans frontière. Et que même lorsqu'on a tendance à établir des classements ou de supposées hiérarchies, la plupart des productions méritent le détour sans a-priori. Dont acte!

Vous ajoutez à cela la lecture de quelques livres évocateurs, comme Je connais des îles lointaines, recueil de poésie de Louis Brauquier ou le plus pratique Guide des voyages en cargo, de Hugo Verlomme, un soupçon de récits de parents proches, marins ou aviateurs à leurs heures, plus un beau-frère, intrigué par mon projet, possedant un bateau à voile amarré dans une marina en Crète et la mayonnaise ne tarde pas à prendre. Sans oublier une épouse qui ne tardera pas à encourager ce rêve un peu fou.

Bien sûr, une des motivations principales était de franchir la porte de tous ces domaines, au nombre de quatre-vingt environ. Après un lent travail de recensement, quelques conseils éclairés, y compris de vigneronnes et de vignerons continentaux, il a fallu prendre des contacts, notamment pour certaines îles peu médiatisées en matière de vins (Majorque, Chypre) et... faire quelques impasses, laissant planer l'idée d'un Guide n°2 (je rêve, allez savoir!). Partant du principe que sur le moindre caillou habité de Mare Nostrum, il est possible de trouver de la vigne et pas seulement sauvage, être exhaustif relevait d'une sinécure façon quadrature du cercle!... Alors, pour ceux qui seraient tentés par un inventaire de la table des matières, vous ne trouverez pas les îles de la côte dalmate, en Croatie, deux ou trois îles turques qui auraient dû être visitées en même temps que certaines îles grecques manquent aussi à l'appel. Point de Malte non plus. Du côté des Baléares, Minorque, Formentera et Ibiza restent à découvrir, pas forcément après 22 heures, ni au coeur de l'été, la vie nocturne locale y étant bien identifiée!... Certaines îles, de par leurs dimensions, n'ont pas non plus été sillonnées en tous sens, comme la Sicile, vue uniquement côté Etna et Sicile baroque, dans le sud-est, au détriment de la région de Marsala, par exemple, ou des îles Eoliennes (un regret là!), voire de quelques cailloux proches de la côte toscane. La Corse n'a été abordée que sur sa moitié est, de Patrimonio à Bonifacio, mais la Sardaigne a été largement sillonnée, avec le concours des vignerons locaux. Impasses aussi en Crète, où les domaines affichant des pratiques bio sont de plus en plus nombreux. La liste pouvait être plus longue, tant les suggestions de dernière minute, sur place, étaient elles aussi nombreuses.

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Il ne vous reste plus qu'à vous laisser porter... Vous trouverez quelques vignerons référents, de leurs îles respectives mais aussi au sens large, parmi la production de qualité européenne. Des "petits nouveaux" aussi, animateurs de projets incroyables, sur des terres parfois difficiles, défenseurs d'une certaine éthique et véritablement passionnés. Sans oublier trois ou quatre producteurs de miel, pistaches, fromages, charcuteries locales, voire tables goûteuses... Pas d'huiles d'olive en revanche, puisqu'un guide ne suffirait pas à toutes les présenter, ne serait-ce que celles proposées par tous ces vignerons!... Pas de notes non plus, pas d'étoiles, pas de classement, pas de sélection, mais seulement des  rencontres et des découvertes. Fermez les yeux!... Vous ne trouvez pas que ça sent le thym sauvage et les relents iodés de la mer tout proche?...

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16 mai 2022

Viens planter ton cep! 2022

Les organisateurs avaient bien fait les choses!... Moins de deux jours après la victoire du FC Nantes en finale de la Coupe de France de football, ils avaient conviés quelques passionnés, afin de procéder à la plantation d'une nouvelle parcelle, du côté de Oudon, sur la rive droite de la Loire et du vignoble nantais. En plus, en ce 9 mai, nous avons eu droit à une journée estivale, de celles qui enchantent les vignerons, après quelques matinées réfrigérantes, à même celles-ci, de perturber leur sommeil et de réduire leurs efforts à néant, l'espace d'une aube glaciale.

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Le programme de la journée ne prévoyait pas de prendre d'assaut le château médiéval d'Oudon, cette aimable commune de Loire-Atlantique proche d'Ancenis, coincée entre l'autoroute A11, qui mène à Paris et la Loire qui elle, coule vers l'ouest, comme nul ne l'ignore. Elle fait aussi face à Champtoceaux, sur la rive gauche, dont le nom a été retenu pour identifier le seul cru communal en Muscadet Coteaux de la Loire, coteaux surplombant le fleuve sur ses deux rives. Les amateurs d'héraldique auront noté ce curieux blason aux armes de la famille des Malestroit, remontant à 1309. L'écu est d'un fond rouge. Y apparaissent neuf disques jaunes selon la définition suivante : "De gueules à neuf besants d'or, 3, 3 et 3. Rappelle la devise des Malestroit « Maison pleine d'écus ne grince jamais »." Pour un peu, on y verrait une sorte de plateau sur lequel seraient posés neuf verres de Muscadet!...

800px-Blason_fam_fr_de_MalestroitMais, avant même de penser aux écus, nous étions conviés à une petite randonnée nous menant sur une parcelle de gamay du Domaine Landron-Chartier, de Saint Géréon. Comme une petite vingtaine d'autres, ce domaine fait partie de l'association Les Vignes de Nantes, à l'initiative de cette journée. La première de ce genre, saluée unanimement, remontait à 2018, chez Jo Landron, à La Haye-Fouassière, mais les évènements climatiques printaniers de ces dernières années, plus la situation sanitaire, avaient interdit le renouvellement d'une journée permettant de réunir, cavistes, restaurateurs, amateurs, blogueurs autour des vignerons, contents de montrer au passage à ceux-ci, que leur métier n'est pas un métier facile!... Allons, il est temps de vous munir de plants, d'une "bicyclette" et de tenter de planter votre cep!...

Les participants sont invités à constituer des binômes et à se répartir dans la pente du coteau, en suivant la corde destinée à une plantation rectiligne. Un certain intervalle est requis, vis à vis de la densité de plantation demandée. On attrape le plantoir à vigne, aussi appelé cuillère tarrière, par ses deux poignées et on creuse à l'endroit indiqué. Cette année, la terre est sèche et légère sur cette parcelle réunissant gneiss et micaschistes. Premiers efforts. C'est à ce moment précis que notre dos se rappelle, pour certains, à notre bon souvenir!...

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Quelques vignerons présents s'amusent sans doute de voir ces touristes de passage, mais ils se montrent tout-à-fait tolérents et prodiguent leurs conseils afin d'éviter les malfaçons. Il faut placer l'oeil de telle façon, à regarder la Loire et pas l'inverse, non sans avoir tremper les racines dans un seau contenant une substance destinée à les stimuler. Ne pas oublier de tasser avec le pied ou un baton adéquat. Bien sûr, le soir venu, le vigneron va devoir revenir modifier un tant soit peu la position de certains plans, mais surtout, par les temps qui courent, il va devoir les arroser et peut-être, plusieurs jours de suite...

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Après de tels efforts, on se réconforte à la buvette installée en tête de rangs et on peut ainsi regagner la vallée en traversant la parcelle de vigne voisine, tout en appréciant la beauté de la nature cette année, qui explose malgré la sécheresse qui se confirme, le département du Maine-et-Loire tout proche étant déclaré alors, parmi ceux qui en souffre le plus.

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Et comme tout finit par un repas goûteux proposé cette année par Marché Noir, fumoir urbain nantais, précédé par une dégustation champêtre permettant de faire un tour d'horizon de tout ce que ces vignerons proposent, nous avons quitté Oudon repus et ravis!...

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05 mai 2022

Muscadet : Domaine Les Trois Toits : l'aventure est au coin du cru!...

Dans le Pays Nantais, Il n'est pas certain qu'une vie suffise pour évoquer tous les domaines qui portent haut l'étendard de ces vins blancs secs, Muscadet de melon de Bourgogne et Gros-Plant de folle blanche, convenant si bien aux huîtres, poissons frits et coquillages. Et ce, malgré les choix des acteurs des décennies précédentes, au cours desquelles, dans les années 80 et 90, le vignoble passa de 8 000 à 13 000 hectares, sous l'impulsion notamment du négoce tout puissant. Au final, pour faire machine arrière, puisqu'on compte actuellement environ 7 500 hectares plantés et au moins, 40% des vignerons partant à la retraite dans les cinq prochaines années, avec seulement un domaine sur cinq repris et plutôt sous forme de micro-structures. Il se dit de plus en plus, çà et là, que la région recelle donc quelques pépites, parfois des vieilles vignes, sans oublier les parcelles de crus communaux non encore identifiées!... Les globe-trotters que furent ces dernières années Vincent Barbier et Cécile Perraud ne pouvaient y rester insensibles!...

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Photo : @emelineboileauphotographie

Leur installation est assez récente, puisque la reprise du domaine, géré par Hubert Rousseau pendant vingt-cinq ans, remonte à 2019. Naguère, un domaine familial en polyculture, avant que leur prédécesseur n'opte exclusivement pour la vigne. Le Domaine Les Trois Toits, compte donc deux bâtiments se faisant face, l'un moderne et ergonomique, l'autre beaucoup plus ancien, composé de trois constructions mitoyennes, largement bâties du schiste local et couvertes de tuiles du pays. Qui dit trois bâtiments dit... trois toits et donc autant de possibilités de récupérer les eaux de pluie qui, en l'occurence, rejoignent deux cuves souterraines dans la cour, permettant de stocker tout le liquide nécessaire aux traitements d'une année, comme ce fut le cas en 2021. Malin!...

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Avant de s'installer à Vertou, le couple de vignerons eut de multiples opportunités de faire tamponner ses passeports. Séjour à Conakry, en Guinée, histoire, au passage, de découvrir les huîtres de palétuviers, mais sans le Muscadet, puis retour à Paris, où Vincent créé notamment un cercle oenologique, ce qui lui permettra de faire d'agréables rencontres et de très belles dégustations multiples et variées. Ensuite, départ pour Beyrouth, où restant sans activité pendant quelques temps, il sillonne alors la plaine de la Bekaa à la découverte des domaines viticoles en plein essor. Suivront Montréal pendant cinq ans, puis Londres et retour en France pour mettre sur pieds le projet nantais. Tout au long de son parcours, le vigneron, créant des cercles d'amateurs de vins et de dégustation, mesura à quel point la passion pour le sujet est quasi générale, même si les approches des uns et des autres, ainsi que la culture vinique des passionnés est sujette à des perceptions différentes selon les territoires.

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Le domaine comprend à l'heure actuelle une vingtaine d'hectares sur trois secteurs principaux, y compris les quelques arpents de gamay, de côt, de merlot, de folle blanche et même de vidal (à l'étude), influence québecoise, catégorie "cépages résistants" du côté de la Louée, devenue très vite le laboratoire en vraie grandeur des Trois Toits. Objectif : l'agroforesterie, plus précisément la vitiforesterie, appelée à devenir la règle sur tout l'ensemble des parcelles. Dès son arrivée, le couple de vignerons vertaviens rencontre le premier édile de la commune, à propos de quelques vignes en friche qui conviendraient bien à leur projet. Les négociations avec les propriétaires aboutissent vite et, au mois de décembre 2019, après dressage d'un véritable plan de bataille, les premiers arbres sont plantés tous les vingt-huit mètres, à sept mètres d'intervalle, soit cinquante-cinq arbres à l'hectare. On trouve là : merisiers, tilleuls, ormes de Lutèce, pommiers et poiriers francs de pied et quelques pêchers de vigne, pour la gourmandise du vigneron et ses souvenirs de la vigne de son grand-père.

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Un long et patient labeur commence alors, pour aboutir à la plantation de neuf rangs de gamay et de neuf rangs de côt au printemps 2021, plus un peu de merlot, sans oublier le seigle et le trèfle, couverts qui seront roulés très bientôt, afin de pailler l'ensemble. La parcelle se compose principalement de micaschiste, mais aussi de quartz, avec des profondeurs de sol allant de soixante centimètres à un mètre. La biodiversité est protégée et développée, du fait de la conservation de friches, "HLM à lapins qui nous ont causé quelques soucis..." précise Vincent, au passage.

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Un des aspects importants de l'ensemble, c'est la proximité de Vertou avec la grande métropole nantaise. Mais, néanmoins, on peut découvrir là des paysages partagés, même si la pression immobilière reste importante dans le secteur. Une bonne partie du domaine est située dans celui dit de La Nicolière, entourant les bâtiments, mais en plus de La Louée, c'est Le Bézier, ou La Ville au Blanc, qui transporte Vincent et Cécile vers le futur. En effet, ici, ils disposent d'environ deux hectares de melon de Bourgogne plantés sur des micaschistes parfois affleurants, ce qui en fait une parcelle du nouveau cru La Haye Fouassière, en cours d'étude par les instances. Ce devrait donc être le plus occidental des Crus Communaux et le plus proche de Nantes. Après tout, la légende veut que Saint Martin, lui-même, aurait créé une abbaye à Vertou dès le VIè siècle de notre ère et planté le premier cep de vigne du Muscadet!...

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En découvrant les vignes de ce lieu, on préssent la dimension passionnante de ce projet. Vincent le précise au passage : "Ici, les raisins produisent un jus hors du commun. J'ai tenté parfois de les assembler avec d'autres jus, mais impossible!... Le mariage ne fonctionne pas." L'espace devant nous forme une sorte de vallon avec de faibles déclivités, tourné vers le sud et donnant sur le bassin versant de la Sèvre, une des conditions sine qua non de son classement en cru. Le projet pourrait amener l'ensemble à une dizaine d'hectares de cru, pour lequel l'agroforesterie, en cours d'installation à La Louée, doit servir de laboratoire et restituer ainsi l'expérience acquise en la matière. Le tout comprendra l'installation d'un moyen de lutte contre le gel, sous forme d'un aspirateur à air froid, méthode utilisée par le vigneron lors de son séjour en Angleterre, intéressante pour son côté moins dévoreur d'énergie fossile. Un projet que le couple espère pouvoir partager, avec quelques proches et amis, par le biais de crowdfunding, ou financement participatif, outil qui ne manque pas de motiver quelques partenaires attentifs à de telles aventures, alliant production sincère et authentique, biodiversité et environnement.

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Du côté des vins, une diversité couleur locale, mais une gamme bien composée. En premier lieu, la "Gamme Domaine", comprenant un premier Muscadet, mais surtout un Gros-Plant distingué et original, avec une composante citronnée et une vigueur notoire, ainsi qu'un Abouriou rosé. Ensuite, la "Gamme Jules Verne", pour insuffler le voyage dans les verres et pour rendre hommage au célèbre écrivain nantais. Deux Muscadet la composent, Philéas et Cyrus, le second en mode nature, levures indigènes et sans sulfites ajoutés, sans oublier Ardan, un gamay audacieux, qui pourrait vous envoyer sur la Lune, lors de longues soirées entre amis, sur une terrasse estivale. Le tout est complété par la "Gamme Bulles" comprenant des "Vins mousseux de qualité", selon la dénomination officielle, Extra Dry en blanc et rosé, ainsi que deux pétillants naturels (Gun Club) dans les mêmes couleurs. A noter aussi une méthode traditionnelle, La Stilla (la cantatrice du Château des Carpathes, de Jules Verne, à ne pas confondre avec la Castafiore d'Hergé!), à base de folle blanche, qui ne manque pas de charme. Enfin, on peut se pencher aussi sur des cuvées de printemps telles que La Plage, issue d'une parcelle de sable et de petits graviers (l'idéal pour les cavistes balnéaires!) et Rooftop, en provenance des sols de schiste du domaine. A noter enfin que, dès le mois de juin prochain, sera mis en bouteilles la première version du cru La Haye Fouassière, millésimée 2020 (en 2021, il n'y en aura qu'une barrique), dont l'échantillon brut de cuve, disponible à ce jour, laisse entrevoir de beaux lendemains, après dix-huit mois d'élevage. Refaite vos gammes! Cuisine de poissons et crustacés se profilent!...

Une nouvelle aventure qui s'inscrit donc sur le temps long, indiscutablement. Mais, un défi qui ne fait pas peur à Vincent et Cécile. Tous les deux marathoniens, ils savent mieux que quiconque endurer ces efforts au long cours et en apprécier aussi toute la saveur.

18 février 2022

A Bordeaux, ils apportent du Listrac et du Moulis au moulin!...

Février en Médoc. Le vignoble sort doucement de sa léthargie hivernale. Les Grands Crus se tournent du côté de l'estuaire de la Gironde, au moment où les jours allongent. Leurs grandes façades de pierres blondes, ainsi que certains vestiges du temps jadis, vont bientôt se mirer dans l'eau tranquille. La plupart des vignerons le disent : "Heureusement, on a le sentiment d'avoir eu un hiver!..." Nous ne sommes qu'à la moitié du mois, mais la météo n'évoque pas la possibilité d'avoir, avant même la fin de celui-ci, ces chaudes après-midi qui font exploser la nature et la vigne, faisant craindre le contrecoup des matinées réfrigérantes du printemps.

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Si les AOC communales et médocaines les plus connues (Margaux, St Julien, Pauillac et St Estèphe) sont bordées par l'estuaire de la Gironde, deux autres, auxquelles on n'admet pas (à tort?) la même notoriété, sont au minimum à trois kilomètres de l'eau, orientées nord-est/sud-ouest. Au coeur de l'appellation Haut-Médoc, qui s'étend de Blanquefort, aux portes de la ville de Bordeaux, à Vertheuil et St Seurin de Cadourne, cinquante kilomètres plus au nord, aux confins du "Bas Médoc", Listrac et Moulis offrent une alternative gustative ne comptant aucun "cru classé" dans leurs rangs, mais le potentiel et la variété des terroirs (pas forcément identifiée strictement à ce jour) commence à intéresser les amateurs, en même temps qu'il suggère une part de remise en question aux vignerons. Les premiers ne manqueront pas de remarquer, lorsqu'ils (re)découvrent cette région, que bien des noms de Crus Bourgeois (Lestage, Fonréaud, Fourcas Hosten, etc...) apparaissant sur les panneaux d'affichage, les pancartes et les façades des deux crus, furent leurs amis des premiers instants de découverte de leur passion. Ceux-là même que l'on pouvait se procurer aisément sur les linéaires des magasins de proximité et ainsi, faire connaissance avec le "noble Bordeaux"!... Allons redécouvrir ce pays où, naguère, les moulins n'étaient pas rares!...

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~ Lucie Mançais, Château Bois de la Gravette ~

23 ans, il n'est jamais trop tôt pour bien faire!... Corneille ne faisait-il pas dire à Rodrigue, dans Le Cid : "Je suis jeune, il est vrai ; mais aux âmes bien nées, la valeur n'attend point le nombre des années". A mi-chemin des villages de Moulis en Médoc et d'Avensan, un petit quartier résidentiel laisse un peu de place à quelques parcelles de vigne et au chai de Lucie Mançais, fraîchement installée depuis deux ans. Il est vrai qu'en 2020, nous avions tous le temps et le loisir de réfléchir, afin de se projeter dans un avenir meilleur.

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Tout n'était pas écrit, lorsqu'en 2019, Lucie envisage, après une perspective de fac d'histoire, de devenir prof de sport!... Direction Font-Romeu et entrée en STAPS. Mais, finalement non... L'enseignement n'est pas forcément sa tasse de thé. Alors quoi?... Il y a bien ces quelques arpents de vigne, au coeur du Haut-Médoc... Tempête sous un crâne!... Il faut alors se réorienter afin de s'installer. Elle opte pour un bac professionnel viti-oeno en alternance, à Blanquefort. Les mauvaises langues disent que c'est la bonne voie... pour apprendre ce qu'il ne faut pas faire!... Mais, les bases permettent de se rassurer. En plus, elle va très vite se rapprocher de certains vignerons et vigneronnes du Medoc, parmi ceux qui "révolutionnent Bordeaux", comme le titrait en 2014 la Revue du Vin de France. Ces bios prêts à relever tous les défis!...

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Vendanges en compagnie de Pascale Choime et Laurence Alias, à la Closerie des Moussis, apprentissage au Château des Graviers, avec Christophe Landry, un des plus grands talents du secteur, le tout du côté d'Arsac et Margaux, sans oublier la proximité avec Michel Théron et son Clos du Jaugueyron et désormais, avec son quasi-voisin Maxime Julliot (voir ci-dessous), à Listrac. Pas de doute, avec de tels conseillers, l'horizon n'est pas si sombre, malgré les doutes, notamment ceux liés aux affres d'une météo capricieuse, dont on sait bien qu'elle peut être dévastatrice.

Installée dès le début sur les 3,5 ha appartenant à ses grands-parents, une moitié en AOC Moulis et l'autre en AOC Listrac (fermage depuis dix ans), elle a aussitôt entamé une conversion vers l'agriculture biologique. Elle a depuis complété l'ensemble avec un fermage d'un hectare environ sur Listrac, certifié bio, soit au total désormais 4 ha 31. Si bien que tout sera certifié dès 2023. Notons qu'elle dispose, au passage, de locaux bien pensés et adaptés à la taille du domaine.

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Dans cette récente période pour le moins crispante, au regard de tout ce qu'elle a à découvrir et intégrer, le tout s'aditionnant aux conséquences de la crise sanitaire, Lucie Mançais a mesuré l'importance de l'entraide, au sein d'un groupe de vignerons, qui sont souvent des voisins. Sans oublier le fait qu'elle est très largement épaulée par son père, qui ne travaille pas à plein temps avec elle, mais qui maîtrise toutes les taches inhérentes à la viticuture. Quelques barriques acquises à bas prix, un enjambeur rustique mais efficace, rendu disponible par un Cru Bourgeois du secteur, un ami graphiste attentif à ses idées d'étiquettes, il n'en faut pas plus pour se projeter dans le futur!... Si, avec le millésime 2021, pas moins de quatre cuvées seront proposées sur le marché (Mes grains de folie, Idyllik, etc, tout un programme!...), le premier essai sur 2020 - La Première Fois, trois mille bouteilles, vinifiées avec son cahier de cours - est de toute évidence, frappée d'un bon sens vigneron. Lucie estime qu'elle a tout à découvrir, de ses terroirs, de l'évolution en cours d'élevage, ce qui lui permettra de gagner en confiance. Elle voulait un premier vin de plaisir, accessible, simple mais exprimant sa personnalité de début d'aventure et c'est tout à fait raccord avec ses idées. On apprécie d'autant plus cette forme d'humilité qui, avouons-le, n'est pas forcément la règle dans le vignoble... Du coup, attendons avec patience ses futures nouveautés!...

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~ Maxime Julliot, SKJ Domaines ~

A Listrac-Médoc, dans le petit bourg de Donissan, on trouve aisément le petit chai de Maxime Julliot. Il est séparé, par un petit chemin, de l'extrémité du chai à barriques du Château Reverdi (voir ci-dessous), appartenant à la famille Thomas et qui lui a mis à disposition dès le début de son aventure. La genèse de celle-ci remonte aussi à 2020. "C'était l'année des prises de décisions, de bilan, de défi!" Le quadragénaire a roulé sa bosse néanmoins, dans les vignobles de Bordeaux, de France et de Navarre. C'est sans doute ce qui lui a permis de basculer sur ce projet qui ne manque pas de relever un défi intéressant, avec quelques exigences de production, son vécu permettant de mieux savoir sur quel pied danser. L'idée de base : faire tout soi-même et faire le plus possible de vente directe!...

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Photos : SKJ Domaines

D'origine parisienne et bourguignonne, Maxime Julliot découvre le vin dès sa jeunesse, pendant les repas familiaux toujours composés autour de quelques belles bouteilles de diverses origines, ouvertes au moment opportun. Nous sommes alors dans les années 80, on peut encore trouver quelques trésors et les conserver jusqu'à leur apogée, ce à quoi s'attache le grand-père du jeune homme. A sa sortie de l'ENITA (Ecole Nationale d'Ingénieurs des Travaux Agricoles, devenue Bordeaux Sciences Agro) au début des années 2000, le vigneron de Listrac entame un parcours somme toute classique : cave coopérative, puis passage au Château Luchey-Halde, propriété de l'ENITA, et d'autres à l'étranger, notamment la Bodega Chacra, en Patagonie, puis au Castello di Casole, en Toscane, non loin de Sienne.

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Entre 2012 et 2021, il travaille à Listrac pour les Vignobles Jander, dont le Château Sémeillan-Mazeau, qui se trouve être, sous son impulsion, le premier ensemble de l'appellation à être certifié en bio dès 2014. Expérience solide qui le pousse vers une activité de conseil dans cette partie du Médoc, mais le "rêve de gosse" de faire son propre vin, "avec le libre choix en terme de culture, d'environnement et de création" est très fort. Avec son épouse, la décision est prise dès 2020 de créer SKJ Domaines, micro-structure à ce jour, sur moins de trois hectares, dont l'identité porte les initiales de leurs deux noms.

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Dès les vendanges 2020, il achète mille kilos de raisins pour un premier essai (seul vin disponible à ce jour, 55% cabernet sauvignon et 45% merlot en AOC Moulis), avant même d'acheter quelques arpents à un ancien coopérateur de la Cave de Listrac. Ces vignes avaient été vendues à la SAFER, qui les avait cédées à Pascale Choime et Laurence Alias désirant augmenter leurs surfaces disponibles, mais la distance avec Arsac les incite à les proposer à Maxime Julliot, qui n'en demandait pas tant pour lancer son aventure. Donc, au total, 35 ares sur Listrac et 2 ha 20 sur Moulis, dont un demi-hectare, dans le secteur du Château Mauvesin, sur une résurgence calcaire plutôt rare - "dont on se demande même ce qu'elle fait là!" - qui offre des merlots plus frais, propres à produire un vin de soif sans soufre, nature, destiné à la cuvée K 2021, alias Vinsansrien, 100% merlot éraflé, foulé aux pieds et vinifié en macération carbonique et en cuve béton.

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Photos : SKJ Domaines

Listrac offre cependant des terroirs variés. Les géologues y ont identifié trois croupes de graves pyrénéennes, une de graves garonnaises et un plateau sur socle calcaire dans la partie centrale. Ainsi, le Château Fonréaud, par exemple, est situé sur une croupe où la roche mère calcaire affleure, par endroits, à une trentaine de centimètres. Dans certaines zones argilo-calcaires, on trouve aussi des marnes ou des molasses. L'AOC, apparue en 1957, s'étend sur 700 hectares plantés. Elle comprend un plateau à 43 mètres d'altitude, ce qui faisait d'elle, naguère, le "toit du Médoc", dans la communication ancienne. On comprend donc, de ce fait, la présence des moulins, puisque le canton de Castelnau en comptait près de quatre-vingt dix, aussi bien à eau qu'à vent, sur les quatre cents répartis dans la péninsule!...

La cuvée S 2021 pourrait être un Moulis, mais le vigneron a opté pour l'AOC Haut-Médoc, quelque chose qui parle davantage à la clientèle anglo-saxonne. Il s'agit de 90% de merlot et de 10% de cabernet sauvignon issus des parcelles situées à l'ouest de la route principale. Des terroirs classiques du Médoc, composés de sables et de graves, sur lesquels la concentration en tannins est parfois moindre. Cependant, l'ADN de la région intègre le fait que les vins doivent être aptes à supporter entre cinq et dix ans de bouteilles, d'où la nécessité d'un élevage sous bois. A l'écoulage, la moitié du volume est donc passée en barriques d'un et deux vins, le reste en cuve.

CD33C435-4D49-426B-A0B8-9014B1456BCFLa cuvée J 2021, quant à elle, sera bien un Moulis. "L'assemblage se veut plutôt pauillacais" selon le vigneron : 72% cabernet sauvignon et 28% merlot. Les 67 ares du premier composent en grande partie ce vin, dont l'élevage, d'une durée de douze à seize mois selon l'évolution, se fait sous bois neuf. Comme pour les autres cuvées, l'assemblage est opéré au sortir des fermentations malolactiques. Le vin se veut plus ambitieux, mais à ce stade, il demeure tout à fait cohérent avec l'ensemble.

Même si l'aventure ne fait que commencer pour Maxime Julliot, celui-ci laisse une place au jeu, option qu'il ne partage pas forcément avec ses collègues médocains. Du coup, comme d'autres de par le monde, ses trois mousquetaires (S,K et J) sont finalement quatre!... Dans un des espaces dont il dispose, une parcelle de Listrac complantée de cabernet sauvignon et de merlot sur argile, terroir plutôt froid sur lequel la maturité est parfois compliquée à atteindre, il souhaite s'inscrire dans des expériences successives, tous les ans, afin de mesurer la capacité de ce terroir à produire des vins décalés, peu en phase avec les canons locaux, mais avec un potentiel didactique, suceptible d'interpeller ses voisins et les amateurs. Pour ce millésime 2021, il s'agira d'un "french claret", aux reflets rosés, élevé en amphores jusqu'à l'été. Il s'appellera peut-être "Caberlot", si les douanes l'autorisent!... Mais rien ne dit que l'expérience soit renouvelée dans le futur!...

Comme on peut le voir, le Haut-Médoc se voit investi par quelques nouveaux vignerons à la démarche novatrice. Mais, de par leur trajectoire personnelle ou leurs racines locales, ils veulent s'inscrire dans une diversité de statuts, tout en étant intégrés à une tradition s'ouvrant à de nouveaux défis. Ainsi, on peut désormais citer d'autres propriétés, dans lesquelles les vignerons se tournent résolument vers le futur, comme par exemple le Château Liouner, de Daniel Bosq, à Listrac, ou encore le Château Anthonic, de la famille Cordonnier, à Moulis. Pas de doute, le Médoc offre désormais de nouveaux talents.

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~ Vignobles Thomas, Listrac-Médoc ~

A Donissan, petit village vigneron médocain, le Château Reverdi est l'exemple même de domaine familial. Audrey Thomas et son frère Mathieu ont mis depuis une vingtaine d'années leurs pas dans ceux de leurs parents et grands-parents. Chaque génération se doit d'apporter sa pierre à l'édifice, de l'eau au moulin. La photo ci-dessous illustre à elle seule cette dimension familiale et patrimoniale. Prise au moment des vendanges, à la fin des années 50, elle montre une famille au grand complet, avec un grand-père natif du village, où les cousins venaient bien sûr prêter mains fortes et une grand-mère native de Surgères, dont toute la famille d'agriculteurs venait aussi des Charentes, pour participer à la cueillette.

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Photo : Vignobles Thomas

Une histoire familiale, en trois générations, qui n'aura pas fait des Vignobles Thomas un château en Espagne, mais qui aura permis de bâtir et de conforter un patrimoine des plus respectables, malgré les périodes difficiles, les crises et les calamités climatiques ne manquant pas de survenir parfois. C'est le grand-père, Georges, qui créé le Château Reverdi en 1953, achetant les trois hectares et, en même temps, le nom à une famille italienne. Le Château l'Ermitage, pour sa part, vient de la grand-mère, entretenu par Roger, le frère de Georges. Entre 1981 et 2003, la deuxième génération avec Christian et Danielle, les parents d'Audrey et Mathieu, apportent des évolutions importantes. D'abord, en 1995, la reprise du Chateau l'Ermitage dans le même giron, afin de créer les Vignobles Thomas. Celle-ci introduit la nécessité de restructurer le vignoble, qui atteint, comme aujourd'hui, une trentaine d'hectares. Des investissements importants, afin de développer les outils de productions, interviennent également. Un chai à barriques de 800 m² et une salle de dégustation voient le jour, juste avant la transmission à la génération en cours.

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Celle-ci, depuis une vingtaine d'années, n'hésite pas à relever d'autres défis. Le vignoble est composé de six îlots distincts et compte au total 15 ha de cabernet sauvignon, 13 ha de merlot et 4 ha de petit verdot, ce dernier apparu en 2003 dans les assemblages, situé sur des sols plus argilo-calcaires et à la fois plus humides, mais dont on sent qu'il est appelé à faire évoluer, pour partie, l'identité des vins du Haut-Médoc. Depuis cinq à six ans, une profonde mutation est en cours au domaine : l'emploi des CMR a été banni en 2015, en même temps que le statut HVE a été adopté. Abandon des anti-botrytis depuis cinq ou six ans, puis travail du sol sous le rang depuis quatre ans. Le sentiment, au final, de conforter l'ADN paysan qu'Audrey et Mathieu revendiquent clairement. Mais, le véritable challenge que relèvent désormais le frère et la soeur, c'est le passage en agriculture biologique. 2022 est la deuxième année de conversion sur les trentes hectares. Malgré la perte de 70% de la récolte 2021 à cause du gel printanier, tous deux sont fermement décidés à surtout ne pas revenir en arrière, comme certains crus du secteur ont pu le faire après 2018 et les attaques féroces du mildiou, alors même qu'ils entamaient leur conversion...

vignoblesHeureusement, les Vignobles Thomas ont également conforté leurs capacités commerciales, en s'appuyant sur la reconnaissance de leurs pairs : lauréats de la Coupe des Crus Bourgeois avec le Château Reverdi 2014, ce dernier a accédé au statut de Cru Bourgeois Supérieur à compter du millésime 2018. Chacun accorde la valeur qu'il souhaite donner à ce genre de récompenses, mais elles restent néanmoins un signe de bonne santé et de cohérence, qui les rapprochent de crus possédant une plus grande notoriété. A la dégustation, Reverdi 2018 montre de belles qualités, qui n'ont plus rien à voir avec une "certaine rugosité", dont étaient affublés, voilà peu, les crus de Listrac, lorsqu'ils étaient récoltés en sous-maturité et en surproduction!... Autre vin disponible, Château l'Ermitage 2015, qui ne manque pas de charme, avec des tannins policés et une buvabilité faisant de lui un vin de plaisir, à mettre à table sans arrière-pensées. Ces deux crus représentent 80 à 90 000 bouteilles produites dans une année normale. Ils sont vendus pour l'essentiel en direct. Une quantité à peu près équivalente compose ce qu'on a coutume d'appeler les "seconds vins", en l'occurence Château Croix de Reverdi et Croix de Laborde, en Haut-Médoc, associant les jeunes vignes et les parcelles les moins qualitatives. Ces deux étiquettes sont distribuées par le négoce, qu'il soit français ou belge. La gamme est complétée par un rosé issu de cabernet sauvignon, ainsi que par une série de "cuvées éphémères", produites à l'occasion de la naissance des enfants de la quatrième génération!... Des séries limitées, bénéficiant d'un élevage de deux ans en barriques neuves. Eh, les enfants de la génération 4, vous savez ce qu'il vous reste à faire!... Relever les défis du futur et ouvrir de nouvelles portes, entrouvertes par vos parents, dans le Médoc du XXIè siècle...