La Pipette aux quatre vins

23 mars 2017

Afrique du Sud : le vent, la lumière, l'arc en ciel et les vins!... (2)

Seconde journée à Cape Town!... Le petit déjeuner est à la limite du raisonnable. Manges, tu ne sais pas qui te mangera! comme disait ma grand-mère. Longue conversation (en français!) avec Mrs Maartens. "Quel est votre programme aujourd'hui?" me demande-t-elle. Je lui réponds avec sans doute la lumière du Cap dans les yeux : "Le Cap de Bonne Espérance et Boulders Beach". Elle se met à rire. "Mais, vous savez que vous avez une chance incroyable!..." En fait, en ce deuxième dimanche de mars, devait se dérouler le Cape Town Cycle Tour!... Il s'agit d'une course cycliste mythique, dont c'est le quarantième anniversaire. Elle réunit chaque année trente cinq mille participants, qui parcourent plus de cent kilomètres d'une boucle autour du Cape of Good Hope. Inutile de dire que toutes les routes sont donc fermées à la circulation à cette occasion. "Mais, ce matin à six heures, les organisateurs viennent d'annuler le départ à cause du vent trop fort! Donc les routes vont être ouvertes." Incroyable!... Il faut dire qu'en plus, quelques incendies dans la végétation menacent, du fait de la chaleur et de la sécheresse, comme nous avons pu le constater la veille, non loin de Constantia. Ici, l'été 2017 est le plus chaud et le plus sec depuis quarante ans. Donc, tant pis pour les participants venus du monde entier, on imagine aisément leur déception. Certains vont tenter d'ailleurs de braver les éléments, non sans représenter quelques dangers dans la circulation. Mais, pour nous, l'Espérance est comblée!...

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La circulation est finalement quelque peu perturbée. De plus, malgré cela, on se dit qu'il serait intéressant de faire le tour de la péninsule, en descendant par la côte ouest. Mais, pas de chance, la route est coupée après Hout Bay, impossible de passer par Chapman's Peak, un site qui offre plein de cartes postales à nos regards étonnés!... Nous rebroussons chemin, passons de nouveau par Constantia et regagnons la côte est par la route intérieure, qui vaut aussi le détour. A hauteur de Simon's Town, force est de constater que la route nous appartient!... En ce milieu de matinée, peu de touristes savent encore que la route est ouverte et nous goûtons les paysages comme il se doit.

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Sitôt passé le péage, qui régule quelque peu la circulation au coeur du Table Mountain National Park (l'entité officielle qui régit les zones protégées de Cape Town), nous pénétrons dans un environnement sauvage, naturel, dans lequel les espèces, tant pour ce qui est de la faune que de la flore, sont multiples et variées. A cette époque de l'année (la fin de l'été ici), la végétation prend des teintes automnales, façon garrigue méditerranéenne, nuancée d'horizons ressemblant parfois à la lande bretonne. Indiscutablement, le coup d'oeil doit être parfois magnifique, lorsque toutes ces plantes, parfois difficiles à reconnaître, fleurissent à la fin du printemps et au début de l'été.

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Nous suivons d'abord la route qui mène à Cape Point, le plus haut promontoire, où se situe le phare signalant l'extrémité sud du continent, même si le Cape of Good Hope est situé un poil plus sud. Petite pensée au passage, pour tous les tourdumondistes, qui ont doublé cette pointe à la voile, avant d'entrer dans l'Océan Indien non loin de là, au Cap des Aiguilles (ou Cape Agulhas), qui est la véritable porte d'entrée vers les Quarantièmes Rugissants, comme tous les participants du Vendée Globe vous le diront!... Quelques marches pour atteindre le phare (à moins que vous ne préfériez le petit funiculaire, appelé le Flying Dutchman Funiculaire, le vaisseau fantôme éponyme croisant dans le secteur, selon la légende!), un musée, ainsi que les boutiques souvenirs indispensables. Au retour, il n'est pas rare de croiser quelques babouins sortant de la végétation, surtout quand l'heure de midi approche!...

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Pas de doute, l'air est pur dans le secteur!... Et les couleurs magnifiques, avec toutes les nuances de bleus inimaginables, du turquoise au bleu océan. Nous rebroussons chemin pour prendre la route qui mène au Cap de Bonne Espérance, un lieu où l'émotion est palpable : tout droit, vers le sud, il n'y a que l'Antarctique!... 34° 21' 25" sud. Ça vaut la photo!... Tout le monde vient prendre la pose derrière le panneau. On fait même la queue et on se prête l'appareil photo ou le téléphone!... Mais, c'est légitime, on fait de même au sommet du Mont Blanc, lorsqu'il y fait bon. Immortaliser l'instant!...

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Avant de reprendre la route, une petite grimpette sur le point le plus élevé du cap, histoire de se dégourdir et de se faire secouer par quelques rafales de sud-est. Ça ne sent pas le moisi par ici, comme on dit!... Ici, la surveillance de la qualité de l'air n'est pas une priorité absolue. Cette fois, pour le retour et puisque le trafic est des plus légers, je m'installe au volant (à gauche, roule à gauche!), histoire de m'acclimater, pour prendre la direction de Simon's Town et de Boulders Beach, où se situe la Penguin Colony, comme nous le précise notre carte routière.

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C'est un site mondialement connu, depuis que quelques reportages nous ont montré cette agréable station balnéaire, où la cohabitation avec ces volatiles n'est pas toujours très simple, surtout pour quelques habitants du lieu, oubliant qu'ils sont les derniers arrivés dans les parages!... Mais, dans la plupart des cas, tout le monde accepte leur présence et en mesure les enjeux. D'autant que c'est un vecteur non négligeable de la présence des touristes, qui viennent en toutes saisons.

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La faim ne nous tenaille guère, mais nous optons pour la terrasse de Seaforth Restaurant et sa vue imprenable. Des huîtres, un filet de poisson grillé et un Riesling de Hartenberg, à Stellenbosch. Ça sent les vacances!... Presqu'une météo à se baigner, mais l'eau est froide (déjà qu'elle est froide aux Sables d'Olonne, pour moi!), car c'est le courant de Benguela qui domine ici. Il contribue à alimenter une zone riche en nutriments et la vie marine y est abondante. D'où les nombreux mammifères marins qui fréquentent les lieux et notamment les baleines, que l'on peut observer à de nombreux points de la côte... quand c'est la saison. Pour l'heure, nous nous contentons aisément d'une demi-douzaine de pingouins, que nous ne manquons pas de saluer, évitant surtout de les importuner, en leur demandant des autographes par exemple (ce sont les stars du coin!...) Nous les croisons dans l'escalier, remontant de la plage. A se demander si la terrasse du restaurant n'est pas leur objectif du moment?...

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A peine quelques dizaines de kilomètres à parcourir ensuite, en suivant la côte et rejoindre Stellenbosch, qui sera un peu la plaque tournante de la semaine. Pour la soirée, repos à Klein Welmoed, une ferme au sens exact du terme, mais aussi une winery qui, comme bien d'autres, propose de superbes chambres d'hôtes et parfois même la table d'hôte. Vineyards and Olive Groves, précisons que les oliviers sont également très présents dans le paysage.

Demain est un autre jour!... Après un copieux breakfast (comme il se doit!) Benny et son jet Isuzu blanc quatre roues motrices viendra me chercher, pour découvrir quelque peu l'envers du décor de Kanonkop, qui vendange ses cabernet sauvignon. Ben oui, on bosse quand même un peu!...

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21 mars 2017

Afrique du Sud : le vent, la lumière, l'arc en ciel et les vins!... (1)

Un cap à franchir, changer de cap, définir le cap, maintenir le cap!... Un cap est toujours de Bonne Espérance, même s'il était, en l'occurence, naguère, celui des Tempêtes!... Je ne peux que confirmer ce que l'on me dit aujourd'hui, à mon retour d'Afrique du Sud : cinq jours, c'est trop court!... Mais, quel souffle!... Un pays, des paysages, une réalité qui ne peuvent laisser personne indifférent!...

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Une fois notre duo de "chasseurs de têtes et de cuvées hors normes" reformé, après un vol à émotion pour l'un, au départ de Paris et un looonnng voyage avec escale à Doha, au Qatar, pour l'autre, nous nous dirigeons vers l'un des nombreux comptoirs permettant la location de voiture. "Vous souhaitez une automatique?..." De préférence en effet, avec en plus la nécessité de s'acclimater à rouler à gauche. "En anglais ou en français le GPS?..." Disons français, parce que dans un pays où pas moins de onze langues officielles se cotoient, cela pourrait ne pas être simple de demander son chemin!... Ceci dit, une certaine, voire une bonne pratique de la langue anglaise est indispensable (ce n'est pas encore tout à fait mon cas), même si l'on croise parfois des habitants parlant le français avec un délicieux accent (Hi Jessica!). Petite précision, le véhicule à droite ci-dessous n'était pas disponible, même s'il est destiné à la pratique de l'oenotourisme en AfSud, activité en plein développement. Certainement un bon compromis, quand on sait qu'il faut parfois quitter les routes asphaltées pour gagner les wineries et pourquoi pas, croiser en chemin quelques animaux en liberté dans la contrée.

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Dès que l'on quitte l'aéroport, on se confronte aux paysages ("A gauche, roule à gauche!). Si mon coéquipier a un programme plutôt chargé dès le début de semaine, nous optons pour une bonne dose de tourisme pour ce samedi après-midi et le dimanche, histoire d'en prendre plein les mirettes et nous n'allons pas le regretter avec la météo du moment, malgré le vent fort - le Cape Doctor - un souffle de sud-est ressemblant un peu au mistral, connu pour ses vertus purificatrices, quand il ne porte pas atteinte au vignoble, en brisant les vignes.

Après un rapide conciliabule et la consultation d'une carte de la région, au programme de cette première demi-journée, Klein Constantia et Table Mountain. La tradition historique d'une part, qui nous rappelle que même si on assimile l'Afrique du Sud aux pays viticoles du nouveau monde, elle s'appuie souvent néanmoins sur un vignoble ancien, avec parfois des vieilles vignes, y compris dans le bush et, pour finir la journée, une séquence émotion (vu la météo!) dans le télécabine permettant d'accéder à l'un des plus beaux sites du pays.

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Le vin de Constance est de renommée mondiale depuis des lustres. On dit que Napoléon, Frédéric le Grand, Bismarck ou Louis-Philippe, pour ne citer que ceux-là, en étaient friands. Klein Constantia est apparue dès les dernières années du XVIIè siècle (il existe aussi Groot Constantia ou Constantia Uitsig dans le secteur), mais a connu des hauts et des bas, comme il se doit. Depuis les années 80, les propriétaires actuels ont restructuré le domaine, afin de rendre à ce vignoble son luxe d'antan. Dans la foulée de ces quelques grands hommes, pas de raison de ne pas y goûter!... Une jolie mise en bouche, avant de passer à autre chose de plus... étonnant.

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A l'heure qu'il est, presque quinze heures, il est temps de découvrir la cuisine sud-africaine. Mon pilote connaît un peu le secteur et nous prenons la route de Hout Bay, petite station balnéaire pleine de charme. Une plage, un petit port de pêche et un restaurant avec vue sur la baie : Mariner's Wharf. Ne cherchez plus, il y en a pour tous les goûts, coups de soleil compris sur la terrasse!... Au passage, nous y découvrons notamment des huîtres excellentes, juste grasses comme il faut et savoureusement accompagnées d'une petite sauce à base de concombre, comme nous les proposons parfois avec des échalotes et du vinaigre. Bien moins agressif pour les mollusques!...

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Au terme du repas, nous nous adaptons aussi au mode de paiement local : par carte certes, mais auquel on ajoute un pourcentage destiné à la serveuse ou au serveur, souvent noir(e) ou métisse. Parfois, les deux sont cumulables, mais il est préférable de disposer de quelques rands (la monnaie sud-africaine, 1000 rands = 70 euros environ) afin d'ajouter le pourboire. Il n'est pas rare de pouvoir manger pour moins de 400 rands à deux, ce qui est très raisonnable, à comparer avec bien des tables européennes (je parle bien de table, pas de mal bouffe!). Enfin, dans bien des cas, il faut aussi penser au "parking gardé". Un espace supposé public, même s'il n'est pas clôturé, mais simplement délimité par quelques rochers ou quelques pierres, est bien souvent sous la surveillance (plus ou moins efficace) d'un habitant du cru, qui cherche là, à se faire quelques piécettes, plutôt que de proposer des bacs de fruits à certains carrefours stratégiques, voire des lunettes de soleil. La société sudafricaine est une des plus inégalitaires au monde et le niveau de vie des 80% de noirs n'a pas progressé depuis la fin de l'Apartheid. Certains disent qu'il a même régressé, c'est dire!... Pourtant, nous avons à faire à des gens le plus souvent gentils et souriants. Qu'on s'en défende ou pas, notre regard européen, voire français, est forcément interpellé par certaines choses, comme les hauts mûrs entourant les jardins, surmontés d'une demi-douzaine de fils électriques. De telles inégalités engendrent l'insécurité, c'est une réalité absolue ici. Dans le pays, on prend (les blancs) sa voiture pour faire quelques dizaines de mètres. Il n'y a que les noirs qui marchent le long des routes, le matin ou le soir pour regagner leur township. Même le vélo est peu recommandé, comme en témoigne un cycliste allemand, rencontré dans l'avion du retour. A noter que, selon la même source, un secteur comme Constantia est jugé plutôt calme, mais il semble qu'il soit sous vidéo-surveillance intégrale. Quelque chose que l'on remarque mieux à vélo qu'en voiture...

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Après ces considérations sociologiques, que nous évoquons en route, nous mettons le cap vers Table Mountain (Tafelberg en afrikaans), afin d'y arriver avant la fermeture du télécabine. Un endroit quasi mythique surplombant la ville du Cap, qui fait partie des sept nouvelles merveilles de la nature (avec l'Amazonie, la baie d'Halong ou l'île de Komodo, par exemple). Un véritable roc, qui culmine à 1086 mètres, où la faune et la flore sont jalousement protégées. C'est le symbole de la ville et sa plus grande attraction touristique. Les nacelles tournent sur elle-mêmes et offrent aux passagers une vue saisissante à 360°.

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C'est la fin d'après-midi et le vent très fort rafraîchit l'atmosphère. Lorsque ce vent de sud-est souffle (toujours le Cape Doctor!), il arrive que les nuages débordent vers l'ouest. On dit alors, vu du bas, que la table est mise (en anglais, table cloth). C'est la fin de la journée, la nuit commence à tomber et nous vivons là, la séquence émotion du jour : la sirène hurle, va-t-on devoir descendre à pied?... Non, finalement, la cabine descend sur la face protégée du vent et nous regagnons la "terre ferme" sans encombre.

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Au terme de cette première journée, il ne nous reste plus qu'à rejoindre (à gauche, roule à gauche!) le quartier de Fresnaye et l'Avenue Normandie, que surplombe Signal Hill, une des collines qui encadrent Table Mountain, où se situe Maartens Guest House. Une très belle chambre d'hôte m'attend là, histoire de prendre un repos bien mérité, après trente-six heures sans réel sommeil réparateur. Le lendemain matin, il suffira d'un délicieux breakfast couleur locale (oh, les jus de fruits!) pour repartir du bon pied et découvrir le Cap de Bonne Espérance, un moment très attendu. A suivre!...

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09 mars 2017

Soirée vins rares et insolites, au restaurant Il Vino (75)

La Tour Eiffel a froid aux pieds, l'Arc de Triomphe est ranimé!... Il est presque vingt heures et nous avons rendez-vous chez Enrico Bernardo, dans son restaurant Il Vino, à l'angle de la rue de l'Université et du boulevard de la Tour Maubourg, au coeur du 7è arrondissement, pour un repas-dégustation autour de quelques vins insolites proposés par The Wine Snooper.

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Fort de ses titres de meilleur sommelier italien en 1996 et 1997, puis d'Europe en 2002 et enfin du Monde en 2004, Enrico Bernardo s'est forgé une expérience des plus solides en matière de vins du Monde, son ouverture d'esprit et sa soif de découvertes faisant le reste, au moment de proposer une telle soirée à un public parisien, que certains ont tôt fait de croire fermé et résolument classique. L'espace dédié à ce dîner est complet et les amateurs présents se laissent porter vers l'aventure, sous l'impulsion de Reynald Marin, jeune sommelier passionné et attentif.

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Le conteur d'histoires et d'anecdotes pour la soirée, c'est Gilles, The Wine Snooper, qui connaît parfaitement tous ces vins pour avoir grandement contribué à leur élaboration, révélant à l'assemblée qu'il est non seulement un explorateur de terroirs, mais aussi une sorte d'alchimiste, pouvant mettre en présence, voire même en osmose, des compétences et des sensibilités aptes à produire de grands vins.

Les six cuvées proposées sont toutes dotées d'une franche personnalité et démontrent, s'il en était besoin, que toutes les viticultures, y compris celles qualifiées parfois de mineures, ont le potentiel pour produire des vins de haute qualité, pour peu que la dynamique locale, notamment commerciale se mette en place. Derrière ces vins, souvent des hommes qui ne ménagent pas leurs efforts depuis quelques années, relevant des défis permettant de sortir d'une production basée sur le volume et destinée à une consommation locale. Lorsque de nouvelles exigences conduisent à ce résultat, il n'est pas étonnant que ces cuvées franchissent les frontières et ne s'accordent avec des cuisines de haute qualité, voire de prestige.

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Après une délicate mise en bouche très appréciée, grâce à Keush Origins, la première méthode traditionnelle extra brut produite en Arménie, dont il a été question assez largement ici, voilà quelques semaines, il nous est proposé un carpaccio de daurade, caviar osciètre et émulsion à l'aneth, en duo avec un blanc sec de Macédoine, Temjanika 2014, élaboré par Tikves, un domaine historique du pays, leader de la viticulture macédonienne. On connaît assez mal l'origine de ce cépage, mais il semble qu'il s'agisse d'une variété de muscat (blanc à petit grain?) adaptée aux climats chauds et secs de cette partie de l'Europe. Un accord percutant, où les senteurs de l'aneth répondent au fruité du vin. Un belle entrée tout en délicatesse.

Homard breton rôti, betterave, crosnes et bisque ensuite, on allait voir ce qu'on allait voir!... Une recette là aussi délicate, où les produits frais sont mis en valeur. L'association avec le sauvignon venu de Serbie, Onyx Blanc 2013, vinifié par Gazdinstvo Cilic est des plus réussies. Un sauvignon planté sur des sols argilo-calcaire, du côté de Lozovik, dans le centre du pays, pas très loin de Belgrade. La vinification est résolument inspirée de celle de Pessac-Léognan, pour ce vin mûr, mais dont le gras et la longueur ne jouent pas petit bras face au homard. Des notes d'élevage assez présentes à ce stade, mais une expression des plus séduisantes.

Misa Cilic est le représentant de la quatrième génération de vignerons pour le domaine familial. Il est surtout connu pour son talent de winemaker en Europe Centrale, mais aussi en sa qualité de designer de chai. La renommée de son père, sous l'ère yougoslave, était particulièrement appréciée dans cette partie du continent. Le premier vin rouge de la soirée nous vient de ce domaine également : Cabernet Merlot 2013, associé à un filet de boeuf poêlé, millefeuille de chou et pommes de terre, avec une pointe de genièvre absolument gourmande, pour s'accorder avec le fruit du vin évoquant de délicats arômes de cerise et une touche d'épices fines. Dans un style médium pour ce qui est du corps, mais une jolie élégance, avec finesse et longueur.

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Le second rouge, disponible naguère à La Vinopostale, avait été vu et apprécié dans un accord met-vin autour d'une cuisine d'abats (des rognons de veau flambés), semblant convenir à sa puissance et à sa forte personnalité. Mais, ce vin de Turquie, Acikara 2014, de Likya Vineyards a des ressources étonnantes. Associé pour l'occasion à un parmesan 36 mois, accompagné de focaccia aux olives noires, il montre une délicatesse séduisante et tonique. En provenance de la région d'Antalya, sur des zones à dominante calcaire, ce cépage local, cultivé entre 1100 et 1300 mètres d'altitude et issu d'une vigne bicentenaire, a de quoi surprendre. En tout cas, il fait la démonstration de l'intérêt de considérer, voire de privilégier les qualités des cépages autochtones, connus depuis des siècles pour leur cohérence avec le terroir et le climat.

Fromage et dessert en cette soirée gourmande, il fallait s'y préparer et peut-être prévoir un retour pédestre!... Pour ce qui est du dessert, une composition succulente : coing confit, pointes de cheese-cake, glace vanille, écume de marjolaine. Côté vin, pour accompagner cette douceur, cap sur la Roumanie et sur le Domaine Corcova, qui propose un moelleux millésimé 2013, d'un assemblage surprenant de chardonnay, de sauvignon et de tamaioasa romaneasca, qui n'est autre qu'une variante locale de muscat là encore. Des arômes flatteurs et un équilibre tout à fait en accord avec le dessert particulièrement gourmand, en guise de conclusion d'une jolie soirée.

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06 mars 2017

La Vinopostale, d'escale en escale!...

Au terme d'une expérience fort intéressante de seize mois, l'escale de La Vinopostale, au 4, rue des Halles, à La Roche sur Yon, a dû fermer hangar et bureau. Sur la petite piste d'atterrissage, quelques mousses et même quelques fleurs ont repris leur droit. Pour peu, on y ramasserait les premiers pissenlits printaniers!... Parce que, mine de rien, le printemps approche... Le printemps comme une renaissance!... Point de phénix légendaire (ou alors c'est un modèle d'avion?), mais la volonté de passer à autre chose, plus en rapport avec la passion qu'engendrent la découverte des vins, la rencontre avec les vignerons de tous les horizons et l'envie de crapahuter dans les vignes du Monde entier!... Dont acte!

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Au cours de l'année 2016, un petit avion, piloté par un de ces aventuriers du vin, The Wine Snooper, s'est posé à La Vinopostale, avec non pas du courrier, mais quelques flacons hors du commun, typiquement de ceux qui mettent mes papilles en alerte. On croise le verre, comme il se doit, on parle de nos activités réciproques... Derrière chacun de ces vins, des vignerons, des aventures, des histoires... L'un comme l'autre, il faut bien l'admettre, nous ne pouvons que constater à quel point la dégustation n'est pas forcément une fin en soi, si elle n'est pas pimentée des odeurs de la terre après l'orage, des parfums émanant d'un paysage, du souffle tiède d'une brise de pente dans un vignoble escarpé, des goûts d'une cuisine authentique et des rires de soirées vigneronnes, parfois autour d'un feu, au coeur de l'été.

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Au fil des conversations, les "explorateurs de terroirs" que nous revendiquons d'être à divers titres, conviennent aisément qu'il vaut mieux être deux, riches d'idées et d'enthousiasme, que seul, à s'interroger et à tempérer ses ardeurs!... L'activité professionnelle de l'un et les projets d'écriture de l'autre sont faits pour s'entendre, du moment qu'on soit capable, parfois, lorsque c'est nécessaire, d'opter pour les mêmes escales, même si chacun vole de ses propres ailes dans d'autres circonstances.

Le but est donc de sillonner les vignobles sans frontières, sans freins plus ou moins idéologiques, sans à priori perdant-perdant et de proposer aux amateurs passionnés et aux professionnels réclamant une part d'aventure dans leur quotidien, lui aussi teinté d'une passion indispensable, de mettre sur leur table (et dans leur cave) quelques pépites bien cachées dans l'immensité de la production vinicole mondiale. La recherche de pépites, c'est finalement un juste retour des choses pour un lecteur, un admirateur de J.M.G. Le Clézio et de l'un de ses livres, Le Chercheur d'Or.

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Après deux mois de réflexion et de préparation, le programme voit le jour : l'Afrique du Sud dès ce mois de mars, peut-être bientôt la Californie, Chypre en mai, l'Espagne et l'Italie sont aussi en perspective dès le début de l'été. Des séjours parfois express, mais aussi du temps pour rédiger quelques comptes-rendus, pour diffuser des images (indispensables à la part de rêve!...) ici-même, sur ce blog, mais aussi sur les pages Facebook personnelles ou celles dédiées aux différents supports (La Pipette aux quatre vins, La Vinopostale ou The Wine Snooper), autant d'axes de partage très actuels, mais incontournables.

Ces escapades serviront aussi mes projets d'écriture : ce blog revitalisé (après une période de mise en sommeil plutôt frustrante, activité commerciale oblige), la publication (si tout se met en place comme il faut) d'un "Carnet de Voyage" aux teintes maritimes et méditerranéennes et l'évocation de moult "Tronches de vin" potentielles, comme on en voit apparaître dans toutes les contrées et sous toutes les latitudes. Tiens, par exemple, au coeur de cette Afrique du Sud, désormais dans le viseur, tous ceux à classer parmi les "Young Guns" (chers à Roland Peens, de Wine Cellar, au Cap) de la nouvelle génération : Craig Hawkins, Jurgen Gouws, Marilise Niemann, voire Craig Sheard, parmi d'autres, puisqu'ils ne sont pas moins d'une petite vingtaine à être inscrits sur notre carnet de rendez-vous!... Tout ça, histoire de vous mettre des fourmis dans les baskets et vous titiller les papilles!... Pour ma part, c'est déjà fait!... Désormais, c'est le souffle des hélices et d'une nouvelle aventure qui me porte, qui m'emporte. Histoire de rejoindre quelque peu ceux de mes ancêtres qui m'ont donné à rêver...

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24 février 2017

Château Bardins, Pessac-Léognan

Cadaujac, banlieue bordelaise, quelque part entre l'autoroute des Deux Mers et la rocade encerclant la préfecture de la Gironde. Bouscaut, Carbonnieux, catégorie Grands Crus Classés, pour ne citer qu'eux, sont là, tout près, à moins de deux kilomètres. C'est là que Stella Puel dépense une grande partie de son énergie pour mettre en valeur ce cru moins connu, moins référencé, mais au combien important dans le paysage des Pessac-Léognan.

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Le souvenir d'avoir découvert les vins du Château Bardins, lors d'un salon nantais se déroulant sur le fleuve, cette Loire et son estuaire que les Bordelais s'étaient alors mis en tête de draguer quelque peu, à la recherche de contacts renouvelés avec la bonne restauration de la région des Pays de la Loire notamment, m'incitait de longue date à visiter ce cru. Ce jour-là, Stella Puel offrait ses vins à la dégustation entre le Château Carbonnieux de Monsieur Perrin et le Domaine de Chevalier, représenté alors par Rémi Edange, entre autres. De quoi se sentir petite avec ses neuf hectares de vignes, mais loin d'être intimidée, par cette proximité qu'elle connaît bien désormais, depuis qu'elle a repris le flambeau en 1997 (avec frère et soeur, tous représentants de la cinquième génération présente sur le domaine), dans le but de garder l'intégrité de la propriété, n'en déplaise aux traceurs d'autoroute et aux urbanistes de tout crin.

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Il faut bien admettre que l'on est parfois prompts à tirer des conclusions hâtives, quant à la tenue des domaines viticoles du Bordelais. Certes, une grande majorité de propriétés et non des moindres, n'expriment aucun scrupules à user de pratiques très éloignées des approches biologiques ("même si nous avons tous une case verte dans un coin de notre cerveau, parce que les choses sont en train de bouger!" comme le souligne la responsable commerciale de deux château médocains, croisée lors de ce même salon nantais). Si bien que l'on a tendance à mettre tout le monde dans le même panier de pollueurs. Or, à y regarder de plus près, on peut rencontrer des vigneron(ne)s préoccupé(e)s par les considérations environnementales et ce, depuis longtemps, notamment parce qu'ils mesurent l'intérêt de préserver ces poumons verts au coeur de la ville. Et en matière d'espace naturel, Château Bardins en est un bon exemple, avec ses vingt quatre hectares, où forêt, prairies et marais sont des composantes à part entière de l'ensemble.

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Lors de cette première conversation verre en main, à Nantes, Stella Puel m'avait expliqué que les choix du château, en matière de respect de l'environnement, passaient par l'obtention du label ISO 14001 et ce, depuis cinq ans désormais. Je dois avouer être quelque peu tombé des nues, à l'heure où sont évoqués tous les labels bio, parfois résolument militants, tous plus exigeants les uns que les autres... De plus, cette certification ISO 14001 n'est pas très souvent évoquée, même si l'interprofession bordelaise (CIVB) communique régulièrement sur le sujet. A peine sait-on que le Château Luchey-Halde, à Mérignac et sous l'impulsion de Bordeaux Sciences Agro, revendique ce choix, parmi quelques autres. Il faut quand même noter au passage que le Château Bardins dispose d'une station d'épuration qui lui est propre depuis 2005, même si la rivière coulant dans le léger contrebas de la propriété, côté nord, s'appelle L'Eau Blanche. Néanmoins, depuis 2015, le domaine s'est aussi engagé dans une conversion vers l'agriculture biologique (label Ecocert), sans conséquences pratiques particulières, puisque le cuivre, le soufre et les tisanes maison sont la règle ici depuis longtemps.

Un château du Bordelais, même s'il est construit sur de bonnes et solides bases (bâtisse du milieu du XIXè, chai et cuvier remontant sans doute au XVè, référencement par Pierre de Belleyme...), il se doit cependant de relever quelques défis, notamment ceux tenant à la réglementation en vigueur et, en particulier, tout ce qui tient aux aspects imposés par les décrets d'appellation.

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Parmi ces obligations structurelles, un des points importants tient à la densité de plantation. Le décret concernant l'AOC Pessac-Léognan impose 6500 pieds/hectare (5000 pour l'AOC Graves), avec l'obligation de satisfaire le cahier des charges avant 2030. Or, un contrôle de Quali-Bordeaux a révélé qu'un tiers de la propriété était planté à 4902 pieds/hectares, soit 98 manquants pour satisfaire le décret Graves (10 cm de trop entre chaque pied!). Depuis 2012, ce tiers permettait de proposer une cuvée en Graves, mais il a donc fallu l'arracher, car la phase intermédiaire (2020?) imposait de baisser le rendement, à proportion des manquants. Du coup, les parcelles nouvellement plantées, le sont à 6900 pieds/hectares, de quoi satisfaire le décret Pessac-Léognan. "La tempête est passée!" précise Stella Puel, quelque peu soulagée, malgré deux années de trésorerie manquante et quelques inquiétudes supplémentaires.

015La visite continue en compagnie de Célestin, le chat roux, qui a du être cocher dans une vie antérieure. Il nous laisse découvrir le cuvier entièrement renouvelé voilà deux ans, puisque les cuves en acier revêtu ont été remplacées par des cuves inox thermorégulées, pour nous rejoindre dans le chai à barriques (225 l et quelques 400 l), dont un quart est renouvelé chaque année. Comme souvent, plusieurs tonnelleries sont sollicitées. A noter que pour les blancs, l'élevage sur lies est pratiqué dans du chêne hongrois pendant environ neuf mois, avec une mise en avril ou mai selon les années, sans fermentation malolactique. Pour les rouges, du chêne français est privilégié, avec malgré tout, un peu de chêne américain. Un millésime poussant le précédent, les élevages ne sont pas prolongés outre mesure. A signaler que seules les levures indigènes sont utilisées.

Le bien-fondé de la restructuration d'une partie du vignoble est qu'il motive au passage quelques études plus approfondies des sols et sous-sols d'un cru. Stella Puel n'a donc pas manqué de faire creuser quelques fosses çà et là, lors de ces travaux, ce qui a permis d'infirmer ou de confirmer quelques impressions ou certitudes. La vigne est ici plantée sur une croupe graveleuse qui se draine naturellement vers la rivière. Les sols sont pour l'essentiel argilo-calcaire, avec quelques secteurs sablonneux bien identifiés, plus ou moins profonds, mais pas au point, selon la vigneronne, de tenter l'expérience des vignes franches de pied.

Encépagement assez classique pour les rouges : 50% merlot, 25% cabernet franc et 25% cabernet sauvignon. Côté blanc, c'est plus original avec un tiers de sauvignon, un tiers de sémillon et surtout un tiers de muscadelle, mais sur guère plus de trente cinq ares, ce qui en fait une denrée rare. Pour ces blancs, les vignes sont âgées d'environ 55 ans. Toutes les vendanges sont manuelles.

L'essentiel de la clientèle est française et plutôt orientée vers les particuliers et les cavistes. Château Bardins est cependant bien distribué sur l'Ile de la Réunion, où le frère de Stella Puel est retourné au pays de ses ancêtres, pour y exercer l'activité de caviste. Comme une vingtaine de vignerons français, le domaine fait partie du Groupement Vignerons et Patrimoine, ce qui a permis de commercialiser quelques volume au Canada. Indiscutablement, l'export vers d'autres contrées apparaît comme un des objectifs du proche futur, notamment une fois la certification bio acquise, celle-ci devenant un élément moteur, du point de vue commercial.

Au domaine, plusieurs millésimes sont actuellement disponibles (2010 à 2013) dans des registres différents, ce qui fait tout le charme d'une telle production. A la dégustation, un 2011 solide et un 2013 plus léger. Dommage, le 2003 n'est plus proposé!... Vous pouvez aussi découvrir le Château Bardins à l'occasion de quelques récitals de musique classique, de la fête médiévale de la Gerb'ode, voire des Ateliers de Bardins, dédiés à la dégustation (plusieures formules sont possibles) et animés par Pascale Laroche.

Si cette propriété est restée longtemps une résidence de villégiature, elle est désormais bien ancrée dans le patrimoine viticole bordelais. On peut même aller jusqu'à dire qu'elle fait honneur à la région et au vignoble local, démontrant au passage que la contrée aux mille châteaux n'est pas forcément et uniquement l'affaire des groupes financiers, des investisseurs et spéculateurs de tous poils. On trouve donc encore quelques domaines, qui pourraient bien être, à y regarder de plus près, les véritables piliers de l'avenir bordelais.

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17 février 2017

Liber Pater : Loïc Pasquet, les pieds sur Terre!...

Attention!... Il ne faut pas confondre Thomas Pesquet, la tête dans les étoiles, en orbite autour de la Terre, dans la station ISS, et Loïc Pasquet, vigneron sur le terroir des Graves de Bordeaux, quelque part du côté de Landiras. Le premier nous régale de quelques clichés de notre chère planète, le second a pour ambition de rendre aux vins de Bordeaux, leur luxe d'antan. Entendons-nous bien, l'objectif, le rêve peut-être, pour le moment, c'est de proposer aux générations futures de (re)découvrir les vins fins disparus, engloutis par le phylloxera, voilà plus de cent ans. Liber Pater est né, il n'y a guère plus de dix ans. Dès cette année, le millésime 2015 devrait nous donner une tendance. Que ceux qui ne sont pas tentés par cette découverte, me jettent la première grave!...

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En mars 2014, la Revue du Vin de France titre à la une : "Ils révolutionnent Bordeaux!" pour présenter un article qui évoque une grosse douzaine de domaines animés par des vignerons novateurs. Parmi ceux-ci, Loïc Pasquet et Liber Pater. Très peu de gens, y compris dans le microcosme bordelais, ont alors pu découvrir ce cru dont on sait peu de choses... si ce n'est son prix de vente, qui déclenche quelques quintes de toux dans les salons feutrés, tendus de tapisseries anciennes millésimées 1855, en attendant que, peut-être, cela ne contribue à mettre le feu aux poudres!...

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Avant de comparer, verre en main, ces vins à ceux de la région, commençons par prendre connaissance du lieu. Un aspect très important pour le vigneron, pour qui "il n'existe pas d'équivalents bordelais à la Romanée Conti"!... Pour lui, la notion de cru et de climat, au-delà des classements, si préservée par les Bourguignons, n'a pas droit de cité sur les rives de la Garonne et c'est ce que semble vivement regretter Loïc Pasquet. On pourra, bien évidemment, évoquer avec lui tout le poids de la culture locale, l'ancienneté de la tradition bordelaise, mais il n'en démord pas, au XXIè siècle, on doit être en mesure de tout mettre en oeuvre pour retrouver le goût des vins fins pré-phylloxériques.

Nous sommes sur des terres achetées en 2004. Au cours des premières années, sa passion et sa formation d'ingénieur le poussent a étudier ce terroir de plus près, parce que l'enjeu est de taille. Géologie des sols et sous-sols, adéquation sol-cépage... tout se doit d'être approfondi avant les premières plantations en franc de pied.

004Nous sommes là sur la ride anticlinale de direction ouest-est qui relie La Teste, Villagrains, Landiras et Miramont de Guyenne. Une formation géologique particulière qui nous ramène cinquante millions d'années en arrière, lors de la période dite "Grande Coupure", entre l'éocène et l'oligocène. Un pli se forme, plusieurs en fait, parallèles ou presque, du nord au sud entre Massif Armoricain et Pyrénées, ces derniers, du moins leurs graves, se déversent dans la région, grâce au fleuve ancien. Selon ses méandres et les variations de son cours, le cumul des sédiments forme des "îles", comme celle sur laquelle se situent les plantations du vigneron. Au niveau du sol et en y prêtant attention, on distingue un léger mouvement de terrain et l'éventualité d'un rivage, au-delà duquel, comme l'attestent les recherches récentes de Loïc Pasquet, le sol est nettement plus argileux, comme s'il avait été érodé et les graves emportées. Sur l'"île" en revanche, plusieurs mètres de ces petits cailloux blancs, mêlés au sable noir caractéristique, se sont accumulés. On appelle d'ailleurs cette parcelle "La vigne du haut".

002Au-delà de cette étude géologique poussée, le vigneron natif de Poitiers se penche d'encore plus près sur les quatorze sous-sols différents qu'il a identifiés sur les trois hectares du "clos". Quatorze, pas un de moins, auxquels il veut associer les cépages adéquats, sachant que, si les variétés communes au Bordelais (cabernet sauvignon, cabernet franc, petit verdot, malbec et carménère) sont ou seront bien présentes au final, un certain nombre de cépages oubliés vont leur être associés. Et là, tout se complique.

Rappelons les principes de base du défi : plantation en franc de pied, à 20000 pieds/hectares. Nécessité d'être en adéquation avec le lieu, mais avec l'obligation d'être extrêmement plus précis (au mètre près parfois!) que pour les plants greffés. De plus, les plants ont besoin de s'installer et de six à huit années sont nécessaires pour une bonne implantation des boutures. L'intérêt est que si le phylloxéra n'apparaît pas au bout de six ans, on peut considérer qu'il n'attaquera pas la plante à l'avenir. Enfin, dès la cinquième année environ, les jus issus de ces jeunes vignes, malgré tout, vont donner une qualité supérieure aux greffées, à âge égal. Néanmoins, après ces années d'observation, quelques déboires sont possibles. Ainsi, la moindre dénivellation de terrain, à peine perceptible à l'oeil nu, va condamner les cabernet sauvignon plantés dans une zone plus humide. Leur mauvaise forme, une fois constatée, va imposer de les arracher, pour les remplacer par le petit verdot, moins sensible au pourridié racinaire de la vigne.

009Ces cépages oubliés, quels sont-ils? En premier lieu, pour les rouges, le castets, originaire de la Gironde, mais dont on ne connaît pas l'origine exacte. Dans le Galet (Dictionnaire encyclopédique des cépages et de leurs synonymes), outil indispensable en la circonstance, il est dit "qu'il aurait été trouvé dans les bois du canton de Saint Macaire, né d'un semi de hasard et propagé par Nicouleau vers 1870". Pour d'autres, il aurait été importé des Pyrénées. Résistant au mildiou et à la coulure, doté d'un débourrement tardif évitant les gels printaniers, il avait tout pour plaire, si ce n'est sa vigueur permettant de gros rendements. Est-ce pour cela qu'il fut abandonné?...

Autre élément important dans l'assemblage futur, le mancin, appelé aussi tarnay coulant. Encore un vieux cépage bordelais, mentionné par Dupré de Saint-Maur, au XVIIIè siècle. On l'appelle aussi le mancin des palus, vu qu'il est alors très présent dans les palus du Médoc et du Libournais. A noter que Alexandre-Pierre Odart, ampélographe de la première moitié du XIXè, le signale cultivé dans de larges proportions au Château d'Issan. "Il est cueilli séparément avant les autres raisins et on en fait un vin d'une si belle couleur qu'on l'appelle le Rubis fondu d'Issan". Si le castets est très coloré, mais qualifié parfois de "bon ordinaire", le mancin est "corsé, très coloré, astringent, au goût très particulier, servant dans les coupages".

008Signalons aussi le Saint Macaire, qui était planté dans les palus du Médoc et de la région de Saint Macaire, comme il se doit. Sensible à l'oïdium, il donne un vin très coloré. Passé de 200 ha en 1958, à 8 ha en 1988, il semble qu'il soit désormais extrêmement rare. A noter qu'il en existe quelques plantations en Australie et en Californie. Selon le vigneron, cette variété se caractérise par des grosses baies et apporte de l'acidité.

A noter également le prunelard, que l'on rencontre du côté de Gaillac et dans le Tarn, parfois confondu avec le malbec, dont il est parent. Le marselan, quant à lui, est à l'essai et un dernier cépage sera planté à l'avenir, la pardotte, plutôt connu comme un "cépage secondaire du Bordelais", d'une extrême rareté.

Du côté des blancs, indispensables dans le paysage et la production des Graves, le sémillon et le sauvignon seront complétés par deux variétés : le lauzet, originaire du vignoble jurançonnais et considéré comme "un cépage très secondaire pour cette région, mais connu pour produire un vin sec assez riche en alcool, mais doté d'arômes fruités et épicés". Enfin, ultime plant prévu, le camaralet de Lasseube, un cépage de cuve originaire du Béarn très sensible à la coulure, devenu rare malgré qu'il fasse partie de l'encépagement en AOC Béarn et Jurançon. Son vin est qualifié "de fin, avec un goût relevé, tirant sur la saveur poivrée ou la cannelle".

Si une certaine forme de tradition a été adoptée à la vigne, il va de soi qu'une haute technologie est aussi incontournable et, dans ce cas, seule la culture in vitro permet d'avancer.

En parcourant ce "clos", on devine aisément la difficulté du travail, du fait notamment de la densité de plantation. Un travail du sol qui n'est possible qu'avec la mule, devenue la partenaire habituelle de Loïc Pasquet à la vigne. Notez que l'ensemble est certifié bio.

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Avec ce travail obstiné et passionnant, Loïc Pasquet espère arriver à ses fins, en restant pragmatique et sans idéologie de quelque ordre que ce soit. Cette année, il va arracher ses dernières vignes greffées, qui lui ont permis de produire quelques centaines de bouteilles depuis ces dernières années, celles-là même que l'on peut rencontrer en Russie, en Chine ou dans le Golfe Persique. Dans sa démarche actuelle, malgré les oppositions, parfois haineuses de certains ("ça fait partie du jeu!"), il a quand même la satisfaction de recevoir la visite de jeunes vignerons de la région, intéressés par ces cépages oubliés et la culture en franc de pied, qu'une carte ancienne (1878) rendait possible, puisqu'elle situait des secteurs entiers des Graves (et de l'actuelle AOC Pessac-Léognan) à l'abri du "puçeron ravageur". Pour le reste, tout se jouera dans les prétoires dès le mois prochain, avant que peut-être, à l'avenir, les choses ne commencent à bouger dans le vignoble bordelais, grâce à un vent réformateur.

"Protéger le goût, c'est une forme de résistance". Indiscutablement le credo actuel du vigneron de Landiras. Pour lui, il ne s'agit pas de savoir combien peut-on produire à l'hectare, mais plutôt est-ce que, ce qu'on produit et propose aux consommateurs est bon? On peut penser que le jeu en vaut la chandelle, même si nous devons attendre encore un peu pour constater que ces assemblages futuristes (avec un oeil dans le rétroviseur) sont à la hauteur de notre attente... et de celle du vigneron. Rendez-vous dans quelques mois, verre en main!...

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30 janvier 2017

Arménie, une histoire du vin pétillante!...

Amateurs de vin poussés par la passion, du haut de ces montagnes, six mille ans vous contemplent!... Non, ce n'est pas la statue équestre trônant au milieu de la Place Napoléon, à La Roche sur Yon, qui me pousse à remettre au goût du jour, cette citation bonapartesque bien connue. Mais, plutôt cette soif de découverte qui m'étreint désormais, qui me happe, qui me tire par la manche!... Après seize mois passés entre deux façades grisonnantes, à deux pas de la dite place, il est tant de faire un bilan des découvertes et des rencontres faites pendant cette période. Parce que, à force de clamer haut et fort que La Vinopostale pouvait en remontrer aux uns et aux autres, pour ce qui est des vins vivants, on en oublierait presque qu'il reste tant de choses à voir, à faire et à découvrir...

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Malgré l'immense diversité des vins de notre Hexagone national, je n'ai jamais perdu de vue ce que l'Espagne, l'Italie, la Suisse ou l'Allemagne, entre autres, pouvaient nous apporter et quelques belles cuvées venues de ces contrées avaient trouvé leur place dans l'alignement des supports de bouteilles. Non sans étonner quelques clients du cru, pas forcément prêts pour de telles découvertes. Et puis, un jour, quelqu'un franchit la porte de la boutique et, très vite, on devine que l'horizon est repoussé aux dimensions de la planète. Pas pour céder à une quelconque mode, mais parce que l'on détecte que l'aventure est parfois beaucoup plus qu'aventureuse et que, franchir les fuseaux horaires est d'une telle richesse, qu'on en revient forcément plus fort, plus humain, lorsqu'on revendique, un tant soit peu, le statut d'habitant de la Terre. Toutes celles et ceux qui ont franchi ce pas, ont cédé à ces vibrations intimes et à la force insoupçonnée de ce siège éjectable, savent de quoi je parle... Finalement, nous sommes tous un peu les acteurs et les archéologues de nos propres vies. Nos richesses, ce sont parfois celles que l'on enfouit au fond de nous, au lendemain d'un évènement, de quelque rencontre ou de quelque émotion intense. Plus tard, bien plus tard, il suffira aux autres de gratter la terre qui nous aura ensevelis, pour en apprécier la teneur, la substantifique moelle.

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Il était donc écrit que The Wine Snooper était de ceux pouvant contribuer à nous faire voyager, verre en main. Après un sauvignon catalan, -SO2, issu de vignes plantées à 1200 mètres d'altitude et vinifié dans des cuves en granite datant du XIIIè siècle de notre ère, qui plus est sans sulfites ajoutés, puis un rouge turc, Acikara, dont la vigne (repérée par quelque berger estimant la plante mère, un véritable arbre, sans doute âgée de deux cents ans) s'est abreuvée de la marque d'un terroir calcaire et délivre un équilibre hors du commun, que l'on peut destiner à une belle cuisine de gibier ou d'abats, avec des arômes de griotte confite, aptes à bousculer bien des pinots noirs bourguignons, c'est dans le registre des grands blancs vinifiés en "méthode traditionnelle" qu'il fallait aller chercher mon ultime coup de coeur vinopostalien. La cuvée s'appelle Keush Origins et nous vient d'Arménie (cf cette émission situant, à divers points de vue, cette région du monde), pays situé en Transcaucasie, disputant à la Géorgie voisine, l'origine historique de la vigne et du vin. Vous savez bien, bibliquement parlant, Noé et le déluge!...

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cf : http://oiv.edpsciences.org

L'histoire de l'Arménie viti-vinicole nous ramène donc six mille ans en arrière!... En effet, c'est désormais une certitude, puisqu'en 2010, une équipe internationale d'archéologues a découvert dans une caverne de la région de Vayots Dzor, au coeur du vignoble d'Areni, la trace de vinification réalisée par les habitants de l'âge du cuivre, aux environs de -6100 avant notre ère. Rien n'y manquait : pressoir rudimentaire, cuves de fermentation, pépins de raisin d'une variété toujours cultivée dans la région, restes de raisins pressés, sarments atrophiés, sans oublier les poteries imprégnées de vin et même des tasses destinées à boire le nectar de l'époque. De quoi émouvoir tous les Arméniens et sans doute plus encore les membres de la diaspora arménienne présente aux quatre coins du monde, désormais prête, au milieu des années 2000, à revenir travailler et investir au pays, une fois acquise la dynamique post-URSS.

DSC01357_1024x682Les années 2006-2008 signent le retour de quelques-uns de ces "aventuriers", après des décennies au cours desquelles ils avaient démontré leur génie de créateurs et de gestionnaires, dans les différents domaines qu'ils avaient choisis et où ils s'illustrèrent. Certes, ils restaient arméniens, mais disposaient aussi de la nationalité de leur pays d'accueil, tantôt argentins, américains ou encore italiens.

Parmi ceux-ci, Vahe Keushguerian, importateur de vins aux USA, mais aussi en charge de deux domaines en Toscane pendant quelques années. En 2006, il emboîte le pas de ses compatriotes issus de la diaspora arménienne rentrant au pays. Après les années soviétiques, notamment celles de l'époque Gorbatchev, au cours desquelles des milliers d'hectares de vignes furent arrachées dans le but de lutter contre l'alcoolisme, véritable plaie en Russie, il encourage la replantation afin de produire, en premier lieu, des jus destinés à la production de brandy, le "cognac arménien", source de devises non négligeable. D'autre part, l'idée de proposer des vins de qualités germe dans son esprit et la rencontre avec d'autres investisseurs va permettre de se lancer dans une autre aventure.

Parmi ceux-ci, Eduardo Eurnékian, un argentin qui a fait fortune en Amérique du Sud, dans la construction et la gestion d'aéroports sur tout le continent. Où l'on rejoint curieusement l'aventure de l'Aéropostale... Ce dernier va faire l'acquisition, dans son pays d'origine, de plus de deux mille hectares en zone viticole. En quatre ou cinq ans, il va y planter quelques 800 ha de vigne. Ensemble, ils vont produire le premier vin de l'ère moderne en Arménie, Karas, véritable vin de garage les premières années, qui apparaît en 2008. A noter que l'Argentino-arménien est aussi le propriétaire de la Bodega del Fin del Mundo, en Patagonie, ce qui explique aussi les interventions de l'incontournable Michel Rolland, aussi bien au Chili, que dans les premiers temps en Arménie.

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Très vite, Vahe Keushguerian travaille sur l'idée d'une replantation plus attentive dans son pays. Après l'utilisation de souches issues des cépages internationaux les plus connus, il prend conscience que le phylloxera n'étant pas présent sur ses terres, l'inquiétude de certains, née de l'apport exogène de ces variétés étrangères, comporte bien quelques risques pour le futur de la vigne dans le Caucase. D'ailleurs, le puceron dévastateur est soupçonné d'être déjà présent ici ou là. Il estime donc qu'il fait fausse route et décide de privilégier les cépages autochtones, qui sont légion. Mais, ses rêves sont aussi multiples.

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Au début des années 2010, naît le projet Keush. Pour tout dire, un vrai défi : faire les meilleures bulles possibles, avec des variétés locales, qui plus est anciennes et produire un vin profitant des bienfaits supposés d'une culture en altitude, issu d'un sol d'origine volcanique. Dans cette même région de Vayots Dzor, les vignes sont plantées à Khachik, petit village situé à cinq cents mètres de la frontière avec l'Azerbaïdjan, dans une sorte de no man's land créé à l'issue du conflit passé et à 1800 m d'altitude, ce qui en fait le plus haut vignoble en Arménie, pays où 90% des terres se situent malgré tout à plus de mille mètres. Donc, un éco-système unique au monde à une telle altitude, un sol limoneux sur un sous-sol de roche volcanique.

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Et c'est là qu'entre en jeu Jérôme Barret, Champenois de souche et oenologue quadragénaire sillonnant la planète depuis quelques années. Il a notamment travaillé pour l'Institut Oenologique de Champagne, en tant que consultant, dans les pays de l'ex-URSS, la Napa Valley ou l'Afrique du Sud, entre autres. Avec ses qualités et ses compétences, qui font de lui un des cinq français spécialistes de la méthode champenoise à l'échelle de la planète, il comprend vite les enjeux d'une telle initiative. Grand spécialiste des élevages et des assemblages, il parvient aussi à sensibiliser toute la chaîne de production, afin de disposer de raisins sains (vendanges manuelles en petits lots) facilitant l'utilisation d'une technologie moderne au niveau du chai.

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Les cépages utilisés dans cet assemblage sont le voskehat et le khatoun kharji. Le premier est un cépage de cuve blanc, "aux bourgeonnement aranéeux, avec de jeunes feuilles de couleur vert rougeâtre, dont les raisins mûrissent en 4è époque hâtive au début d'octobre", si l'on en croit le Dictionnaire encyclopédique des cépages de Pierre Galet. Il est aussi appelé khardji. Le second est également un cépage de cuve blanc, "dont la maturité intervient plutôt dans la seconde décade de septembre. Ce cépage est dit de vigueur moyenne à débourrement moyen au début avril". Mais, au-delà de ces considérations ampélographiques, il convient de signaler que la qualité optimale de la vendange est aussi obtenue grâce au travail d'un troisième homme, Arman Manoukian, homme de chai et de terroir (ayant aussi oeuvré en France), qui n'a pas son pareil pour dénicher des raisins de qualité, auprès des très petits vignerons de la région.

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Le projet Keush a donc abouti à la production et à l'arrivée sur le marché d'un "pétillant" hors du commun, disponible désormais en France. Pour autant, la cuvée Origins ne met pas un point final à l'aventure. Dans les prochains mois, devrait apparaître sur nos tables la cuvée Millennia 2013, un blanc de blanc issu de voskehat uniquement, ayant passé vingt quatre mois sur lies, avec un élevage partiel en barriques. Devrait également suivre un Rosé Brut, issu d'areni (cépage vedette dans la région éponyme, au coeur de l'oasis d'Arpa) et de voskehat.

Passion sans frontières donc, en ce début du XXIè siècle!... Ces nouveaux vignobles ne sont-ils pas en train de s'installer dans la modernité du nouveau millénaire et, par là même, reléguer nos appellations traditionnelles dans les étagères poussiéreuses de nos bibliothèques à vin et de nos grands principes protectionnistes? Misons-nous encore, au coeur de nos grandes régions viti-vinicoles, françaises, italiennes ou espagnoles, sur une production sincère et humaine? Ces septuagénaires, voire octogénaires arméniens, se souviennent de l'odeur de leur terre. Certes, ils ont des moyens financiers importants, leur permettant sans doute de franchir les étapes en mode 3G/4G, mais ils essaient d'intervenir à tous les étages : des plantations rationnelles, l'arrivée de nouvelles compétences, la formation, la promotion, le tout associé à une dynamique commerciale sans frontières. Indiscutablement, de nos jours, la "pétillance" est arménienne ou géorgienne, comme elle fut naguère argentine ou chilienne. L'histoire serait-elle en train de se répéter?...

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21 janvier 2017

La Vinopostale, fortune de verre!...

Je suis très tenté, en ce début d'année, alors que les solitaires autour du monde regagnent l'un après l'autre le port des Sables d'Olonne, d'évoquer la fin de l'aventure de La Vinopostale. Cela peut paraître présomptueux, voire prétentieux, de glisser sur cette actualité aventureuse, pour effectuer un quelconque parallèle mais, au moins cela me permet de... boucler la boucle!... En 2015, j'avais consacré quelques articles ici-même à la création de cette cave yonnaise dédiée aux vins vivants, il me parait normal, voire sain d'apporter une conclusion en quelques lignes. Histoire, diront certains, de clore la thérapie... avant de passer à autre chose.

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Quelques lignes, quelques mots aussi pour remercier ceux qui sont venus commenter mon post du 6 janvier dernier, sur ma page Facebook. Celui qui évoquait la "déconstruction" de La Vinopostale. Toutes les personnes qui m'ont soutenu au quotidien ne sont, bien sur, pas toutes intervenues ce jour-là et par ce mode réseausocial, mais celles qui l'ont fait ont sans doute donné leur sentiment pour toutes les autres. Et du mieux qu'elles pouvaient le faire, puisque ces commentaires m'ont vraiment touché.

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Ne comptez pas sur moi pour déverser ici un quelconque fiel d'une amertume débordante! A ceux qui pourraient se permettre de parler d'échec, on ne peut qu'évoquer l'expérience accumulée pendant seize mois, comme c'est là une pratique courante dans d'autres lieux, d'autres pays, dont la culture est si différente de la nôtre en la matière. Oh, certes! Tout n'était pas parfait dans mon projet! J'y ai - je devrais dire plutôt nous y avons - passé du temps pourtant, au préalable, mais fort de circonstances supposées favorables, professionnellement parlant, j'y suis sans doute allé un peu la fleur au fusil!... Nous savions qu'il fallait du temps pour imposer une idée, un style, une marque, mais pas autant que cela sans doute.

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Je ne suis pas très fier de fermer ainsi, si vite, cette escale de La Vinopostale, même si le petit aérodrome, dont la piste va de nouveau verdir, n'était pas idéal, dans cette rue des Halles yonnaise si décriée par certains, quasiment maudite pour d'autres!... En ouvrant un 17 septembre (diciassette! Jamais un Italien n'aurait ouvert un diciassette! Pour peu, qu'en plus, un chat noir ne traverse la rue ce jour-là! N'est-ce pas Luca?...), une fin d'année supposée porteuse, ne pouvait qu'être un cache-misère des débuts d'année frileux. En relisant mes publications de cette année 2015, sur ce blog, on ne peut que deviner une forme de doute s'installant subrepticement entre les lignes.

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Malgré les modalités et formalités, sorte de figures imposées par diverses autorités dans notre beau pays, j'ai le sentiment d'avoir eu la liberté de tenter ma chance. Et, il faut bien dire que cette impression est presque la même, pour ce qui est de ma liberté de fermer. Fallait-il persister lorsque le doute s'est installé?... Devais-je continuer à faire bonne figure, alors que la morosité commerciale devenait presque quotidienne?... Vous me direz, si tous les marins et tous les aviateurs n'avaient pas eu plus d'abnégation que moi, on en serait encore à l'âge de pierre de l'aventure!... Mais, pour ma part, je ne voulais que tenter de marcher dans leurs pas, pas les égaler, avec parfois un destin funeste... Carpe diem, d'accord! Mais en restant debout!...

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Alors voilà! Que reste-t-il de tout cela?... Des rencontres, parfois importantes, quelques cartons d'un petit stock au fond d'une cave et... le souffle d'une hélice au moment de monter à bord d'un avion, pour une nouvelle aventure. La poussière pique les yeux, le ciel chargé de nuages se libère des sombres nuées et indique qu'il est temps de remettre le cap sur l'avenir, histoire aussi d'être à la hauteur de l'affection ou de l'amitié de celles et ceux qui vous entourent. "Celui qui n'essaie pas ne se trompe qu'une seule fois" comme le disait mon ami rochelais Philippe, ami d'adolescence qui, n'en doutons pas, sait aussi de quoi il parle, quand il paraphrase Véronique Sanson.

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11 janvier 2017

Santorin aux deux visages

Un cratère effondré. Une caldeira. Et des paquebots qui viennent jeter l'ancre, au coeur du volcan, dont la dernière colère destructrice (l'éruption minoenne) remonte aux environs de 1630 avant J.-C. Non, il ne s'agit pas du remake d'un quelconque Titanic!... Si ce n'était pour admirer le fameux coucher de soleil de Santorin, pour peu, on trouverait cela quelque peu anachronique, de voir tous ces monstres d'acier transportant des milliers de passagers, venir faire escale au coeur de ce paysage, dont on se dit parfois qu'il pourrait un jour, retrouver au galop son naturel d'un lointain passé, chassé des mémoires. Une impression curieuse, qui me revient toujours à l'esprit, quand il m'arrive de poser les pieds, sur les bords d'un volcan endormi... comme naguère sur la lèvre du cratère du Capelinhos, sur l'île açorienne de Faial.

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Lorsqu'on évoque Santorin avec ceux qui ont eu la chance d'y séjourner et que l'on en vient à parler des vins produits sur cette île, on doit souvent faire face à des visages frappés de stupeur. "Du vin à Santorin?..." Comme si, forts d'avoir crapahuté dans les marches du sentier côtier reliant Oia à Fira, les touristes se contentaient de prendre quelque repos sur la terrasse d'un café tourné vers l'ouest, en oubliant de se pencher vers l'autre versant, celui qui descend vers l'est, en pente plus ou moins douce, sur laquelle on découvre sans peine quelques vignes et domaines viticoles. Pour cela, il faut aller vers Finikia, Vourvoulos, Pyrgos, voire Megalochori et quelques autres communes. Là, vous aurez peu de chance de croiser des jeunes mariés venus de tout l'Extrême-Orient, histoire de se faire flasher pour le meilleur et pour le pire dans un décor de rêve (qui remplace de plus en plus la Tour Eiffel sur les wedding photo albums à Tokyo, Pékin ou ailleurs!), mais vous passerez sans doute un bon moment avec quelques personnages, ces vignerons fiers de ce qu'ils proposent, mais suffisamment humbles pour parler de leur vie avec passion.

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Dans le numéro 79 de la revue Le Rouge et Le Blanc, parue à l'hiver 2005, l'histoire quadri-millénaire de l'île et de la région toute entière est forcément évoquée, avant même d'aborder le sujet qui nous intéresse : vins, vignes et vignerons santorini. Passer ainsi du vinsanto légendaire aux cuvées de notre époque moderne, vous invite au voyage et l'envie de découverte vient à grands pas.

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~ Domaine Sigalas ~

Il faut laisser Oia et ses foules de touristes derrière soi, descendre par la petite route qui mène à la côte nord et à ses plages, pour atteindre le Domaine Sigalas, un des référents historiques de l'île, en matière de production viticole. Le domaine fut fondé en 1991, quelques années après le retour sur son île natale de Pâris Sigalas, après des études à Paris (France) de... mathématiques. Il a donc désormais un quart de siècle et compte pas moins de vingt-sept hectares de vignes plantées de cépages locaux, dont principalement l'assyrtiko, très largement dominant sur Santorin (70% environ), connu pour ses capacités à résister au climat sec et aride, notamment à cause du vent omniprésent pendant l'été. Au domaine, il compose près de la moitié des cuvées proposées, avec parfois, un potentiel de garde remarquable, comme le démontre le millésime 1992, apprécié lors de la dégustation. Autres cépages présents : aidini, athiri du côté des blancs. Pour les rouges, les principaux sont le mandilaria et le mavrotragano, dont la version 2014 et pour le moins remarquable.

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Le domaine revendique la production annuelle de 300 000 bouteilles environ et les vins sont distribués désormais dans de nombreux pays : Allemagne, France, Belgique, Autriche, Pays-Bas, Angleterre, Chypre, Suisse, Hong-Kong, Chine, Suède, Singapour, Australie, Brésil, Etats-Unis et Canada, excusez du peu!... Côté vignes, on remarque des sols plutôt homogènes, très pauvres en argile, composés de sables, de scories volcaniques ou pouzzolane, une composition évitant totalement la propagation du phylloxera, d'où la grande proportion de vignes franches de pied. Bien sur, les plus vieilles vignes sont taillées en ambelia, ou corbeille, ou encore gobelet en couronne, système qui protège bourgeons et raisins du sable soulevé par le vent estival.

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Cependant, le Domaine Sigalas est aussi connu pour le choix du vigneron d'opter désormais pour un palissage et la taille Guyot des vignes récentes. Le but affiché est d'atteindre une densité de 6500 pieds/ha et permettre une production plus régulière, ainsi qu'une meilleure concentration. Dans l'article du Rouge et du Blanc, le vigneron soutenait que c'était "une question de survie pour le vignoble de Santorin, convaincu qu'il faut concilier la tradition (l'histoire) et la nouveauté (la connaissance)".

Lors de mon passage au domaine et malgré l'heure (midi), je n'ai pu rencontrer Pâris Sigalas (dommage, vu qu'il s'exprime en français sans difficulté!), mais le personnel en charge des touristes de passage m'a gentiment proposé une jolie dégustation avec, en exergue, les deux vins cités plus haut, soit le Santorini 1992 et le Mavrotragano 2014!... Mais, malgré le fait que l'on soit dans une zone très fréquentée par les touristes, les vins appréciés là possédaient une authenticité, sans céder à une quelconque mode et le potentiel de garde de la plupart n'avait d'égal que leur finesse et leur distinction. Un domaine majeur, à ne pas ignorer!...

Au passage, l'un des membres de l'équipe me conseillait une autre visite, dans un domaine tout récent, situé du côté de Vourvoulos, non loin de Fira et de la côte est de l'île.

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~ Domaine Vassaltis ~

Toujours à peu près les mêmes sols et la même vue sur mer, avec côté ouest les terrasses et quelques hauteurs dominant la plaine. Voilà un domaine flambant neuf, puisque le bâtiment à l'architecture moderne est terminé depuis six mois. Un joli outil, au milieu de quelques hectares d'assyrtiko, puisque Vassaltis Vineyards Winery est pour le moment dédié au cépage vedette de l'île. Un accueil sympathique et une rencontre intéressante avec Ilias Roussakis, un des membres du triumvirat qui est sensé manager l'ensemble. Il est plutôt le "winemaker" et a un avantage non négligeable à mes yeux : il parle parfaitement français!...

Pas de passage à l'étage inférieur, où une certaine technologie est concentrée et déployée (pressoirs pneumatiques, cuves inox...), mais notons que le travail par gravité est recherché. Il semble que guère plus de deux hectares entourant le bâtiment appartiennent au propriétaire, Yannis Valambous, mais que la pratique d'achats de raisins, largement développée ici comme en Crête, permette de disposer de raisins de qualité.

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Le premier millésime est estampillé 2014, mais je ne peux le déguster qu'à titre indicatif, puisqu'il n'est plus disponible. Pourtant, vinifié sans sulfites ajoutés, il semble à mes yeux très intéressant... Cependant, les autres cuvées (2015) relèvent certes d'une approche moderne et technologique, mais les choix, en matière d'élevage notamment, ne semblent pas privilégier le "boisé vanillé à tout prix"! Avec le troisième larron de l'équipe, Yannis Papaeconomou, oenologue lui aussi, on peut aisément penser qu'une certaine authenticité est là aussi recherchée, sans ignorer les aspects "marketing moderne" revendiqués ("la tradition et la nouveauté" comme dirait Pâris Sigalas!), notamment au niveau des visuels et des étiquettes.

Notez que malgré la présence d'un oenologue s'exprimant aisément dans la langue de Molière, les deux autres membres du trio étaient en voyage à Londres lors de mon passage. En effet, Ilias Roussakis m'explique gentiment que la France n'est pas un objectif prioritaire pour les responsables du domaine. Force est de constater que cela donne une impression de déjà vu, en Grèce et ailleurs. Faut-il évoquer notre supposé complexe de supériorité en matière de production vinique, pour qu'à ce point, les valeureux producteurs, ne serait-ce qu'Européens, rechignent à tenter leur chance chez nous?...

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Il ne nous reste donc plus qu'à franchir le Channel, à l'occasion de certains salons internationaux ou à espérer que quelque esprit ouvert sur le Monde ne nous permette de constater tous les progrès, présents et à venir, des vignerons santorini notamment. Au passage, mettons le cap sur Pyrgos, dans le sud de l'île pour découvrir les nectars d'un vigneron-artisan hors du commun.

~ Domaine Hatzidakis ~

L'homme, croisé rapidement lors de ma visite, est humble, mais indiscutablement passionné. Haridimos Hatzidakis, natif de Santorin, s'est lancé en viticulture en 1996, lorsqu'il décide de replanter un demi-hectare d'un petit vignoble abandonné depuis 1956, après le dernier tremblement de terre significatif sur l'île. Il dispose désormais d'une dizaine d'hectares, dont l'essentiel en location, entre 70 et 350 mètres d'altitude, sur les communes proches de Magalochori, Emborio et Akrotiri.

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Ici, la culture biologique est revendiquée. La plus grande attention est portée sur les domaines partenaires, dans lesquels le vigneron achète des raisins. Le Domaine Hatzidakis possède une cave, qui est à elle seule une véritable curiosité. Taillée dans le tuf, elle a été agrandie de façon substantielle, tant en surface qu'en volume. Ainsi, toutes les meilleures conditions sont désormais réunies, pour disposer d'un outil idéal, de la vendange à la dégustation, en passant par les vinifications et les élevages en contenants multiples.

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Mon arrivée tardive ne me permet guère de découvrir les particularités du vignoble alentour, mais je suis en revanche accueilli par un jeune homme, membre de l'équipe, qui transmet sa passion avec ferveur, notamment en me proposant une superbe dégustation. Toutes les cuvées disponibles du domaine sont là, de l'Aidani 2015 au Vinsanto 2003, catégorie nectar.

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Bien sur, l'assyrtiko tient ici aussi la vedette et les vins proposés à la dégustation rappellent, si besoin est, à quel point ce cépage possède les qualités lui permettant de rivaliser avec d'autres variétés plus connues et diffusées aux quatre coins de la planète. Néanmoins, il ne faut pas négliger les rouges, comme le mandilaria de Mylos ou le mavrotragano, décidément une très belle découverte locale.

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Indéniablement, le Domaine Hatzidakis est une véritable ruche, animée par un vigneron qui va de l'avant, jamais à cours d'idées, volontiers novateur, toujours prêt à se lancer dans de nouvelles aventures. Une impression quasi générale, tant en Crête qu'à Santorin. Qui peut se permettre de croire que cette viticulture souffre d'immobilisme, ou qu'elle s'appuie sur les seules traditions séculaires? De plus en plus, elle démontre son attachement aux racines anciennes, tout en mettant en oeuvre ce qu'il faut pour élever la qualité des vins et proposer une production authentique, s'appuyant sur l'expression de terroirs passionnants. Certes, elle est aidée en cela par les conditions quasi idéales du fait d'une météo favorable tout le long du cycle de la vigne, mais encore faut-il vouloir tirer la quintessence de la plante, sans céder aux sirènes de la pharmacopée oenologique. Gageons que nous allons désormais devoir être attentifs à tous ces vins méditerranéens et nous mettre à l'écoute de ces vignerons passionnants.

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En attendant de retourner sur place, afin d'approfondir cette recherche à peine entamée!...

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08 décembre 2016

La Crête viticole est tournée vers l'avenir (2)

Second épisode de notre découverte des vignobles crétois. A partir d'Agios Nikolaos, notre lieu de villégiature, cette fois, il faut mettre le cap vers l'ouest et Héraklion, sorte de capitale qui s'étend de plus en plus, survolée par un ballet d'avions transportant les touristes d'avril à octobre et où le littoral est de plus en plus bétonné, vu le développement des stations balnéaires, à la façon de celles d'Espagne, d'Italie, de France et d'ailleurs. En arrivant au niveau de la route contournante, on éprouve vite le besoin de fuir vers le sud, en direction des collines et des montagnes à l'horizon. Pas de difficulté particulière pour cela, si ce n'est que l'on comprend vite que les vignobles de la Crête centrale - Dafnés, Archanés et Peza - sont situés dans des vallées parallèles. Il nous faudra donc revenir sur nos pas pour les découvrir successivement. Ceci dit, on ne s'éloigne à chaque fois que d'une petite vingtaine de kilomètres de la capitale, qui ne l'est pas d'ailleurs, même s'il s'agit de la plus grande ville de l'île.

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Source : http://www.greekwine.gr

Nous prenons tout d'abord la direction du sud-ouest et donc de la zone d'appellation de Dafnès, plus particulièrement du village éponyme, pour y rencontrer Nikos Douloufakis. En s'éloignant de la côte nord, le plus surprenant est de découvrir un très beau paysage de coteaux, où la vigne le dispute aux oliviers, les deux se côtoyant en alternance le plus souvent, quelles que soient les orientations et l'altitude.

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~ Domaine Douloufakis ~

Nous suivons la rue principale du village, ainsi que les panneaux indiquant les différents domaines, puisque nous sommes là sur la route des vins de Crête. Une vingtaine de kilomètres nous séparent de la côte, mais on sent immédiatement que l'ambiance a changé. Les anciens du village se sont regroupés sur les terrasses de leur choix et regardent passer la petite Peugeot rouge. On a l'impression de pouvoir les retrouver là, immuables, quel que soit le jour de l'année. Pourtant, au creux de l'hiver, parfois, il neige dans ces collines. Le paysage a quelque chose du Beaujolais, les oliviers en plus. Ou alors de certains endroits du Roussillon, où il est plus facile de trouver ces arbres et de l'huile vierge.

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Nous nous faufilons dans un dédale de petites rues pour atteindre le domaine au coeur du village. Une jeune femme nous propose de patienter quelques minutes, le vigneron est sur le point de rentrer, il est presque midi. Je gare la voiture sur un parking proche, un gros pick-up blanc aux couleurs de Douloufakis Winery arrive. C'est bien Nikos, le représentant de la troisième génération de vignerons depuis 1930, l'époque du grand-père pionnier Dimitris. On se parle en anglais, avec nos accents respectifs, mais on se comprend. Il me propose de visiter la cuverie. Surprise : elle est répartie dans différentes pièces de ce qui pourrait être une maison traditionnelle. Trois ou quatre cuves en inox dans chaque espace. Je lui fais remarquer que ce ne doit pas être simple tous les jours, lors des vendanges. Il confirme aisément, mais au passage, il fait part de son attachement à ce lieu, qui porte la trace du passage et du travail de ses parents et grand-parents. "Pour rien au monde, je ne quitterai le coeur du village, malgré les difficultés que cela engendre. Nous y sommes tous très attachés!... Nous devons faire preuve d'imagination et nous adapter."

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La foi qui soulève les montagnes!... Avec Nikos Douloufakis, il est clair que nous sommes en présence d'un vigneron qui va de l'avant. Avant lui, peut-être s'est-on un peu perdu dans les orientations à prendre, c'est du moins ce que l'on entend parfois à propos du vignoble grec. La tradition tout d'abord, avec le retsina, qui ne laissait pas forcément de grands souvenirs aux touristes de passage, puis l'apparition des grands cépages internationaux (syrah, cabernet sauvignon...), au risque d'y laisser son identité et puis, désormais, la mise en valeur des cépages locaux tels que vilana, vidiano (en plein essor, avec ses arômes suggérant le viognier rhodanien), assyrtiko (absent ici) ou muscat of spina en blanc, ou encore liatiko, kotsifali et mandilari du côté des rouges.

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Au fur et à mesure de la discussion, le vigneron m'identifiant comme professionnel, puisque propriétaire d'un "wine shop", la confiance s'installe. Malgré l'heure et l'éventualité qu'il ait à repousser son repas de la mi-journée, il m'invite à prendre place dans sa voiture, pour une découverte du reste de ses installations, à savoir un grand chai d'élevage et de stockage. Au passage, j'admire le paysage, avec une sorte de cirque, dans lequel vigne et oliviers alternent. Le coup d'oeil rappelle aussi les alentours de Barolo ou Barbaresco, voire une bonne partie du Piémont. Un pays que Nikos connaît bien, puisqu'il y séjourna pour passer son diplôme d'oenologie, à Alba. Pour l'instant, il puise quelques centilitres dans différentes cuves contenant les jus des dernières vendanges et me tend le verre à cadence élevée. Les équilibres sont assez remarquables. Les vins en cours d'élevage en barriques ne montrent aucune extravagance aromatique. Si vous cherchez des vins maquillés, vous n'êtes pas à la bonne adresse!...

14729283_10210758038565045_2014343522808239882_nPuis soudain, me vient une interrogation. Lorsqu'on parle et que l'on déguste des vins grecs, pour peu qu'on ait, un tant soit peu, pratiqué la plongée sous-marine, qui plus est sur des épaves anciennes, on se rappelle les amphores, servant au transport du vin dans l'Antiquité. Alors que ce mode d'élevage se répand en Europe et notamment en France, en est-il de même en Grèce et en Crête? Nikos me regarde en souriant, amusé par la question. En guise de réponse, il me dit :"Vous avez un peu de temps devant vous?..." Quelques instants plus tard, nous sommes de nouveau à bord de son pick-up. Conduite façon Rallye de l'Acropole! Les rétroviseurs frôlent les façades. Nous filons jusqu'au village voisin. Le vigneron n'a pas trouvé mieux qu'une sorte de garage, à proximité de la maison de ses beaux-parents, pour entreposer presque secrètement ses dites amphores. Après quelques recherches, il en a défini la forme. Il a même choisi le potier et la terre qu'il fallait, à ses yeux, utiliser. Toute la dimension artistique de la production viticole, aux yeux de Nikos Douloufakis!...

Une sélection de jus blanc et rouge du millésime 2016 se trouvent là. Si je comprends bien, je suis le premier à les découvrir. Suprême honneur!... Il n'est pas encore certain de ce qu'il va en faire. A la dégustation, c'est un peu brut de... décoffrage! Mais, nous sommes seulement à la mi-octobre. Et déjà sur une autre planète. Quand la passion vous transporte vers d'autres rivages...

14729323_10210758039605071_4057430115798603357_nFinalement, je laisse le vigneron prendre son repas et vaquer à diverses occupations (il est en train de préparer une parcelle - voir au-dessus - destinée à une future plantation). Bien sur, il n'a pas manqué de me montrer ses vignes, pour évoquer aussi le terroir. Nous avons parlé du mode de culture. En fait, une partie de la conversation s'articule autour de l'approche biologique en Crête. On peut considérer que quatre ou cinq domaines, parmi la trentaine identifiés en "cave particulière" sur l'île revendiquent officiellement un label bio. Nikos Douloufakis explique qu'une culture bio est un choix presque naturel ici, avec des conditions météorologiques favorables. On peut même considérer que l'emploi de substances chimiques de synthèse est quasiment une aberration. A ses yeux, semble-t-il, la revendication du bio intègre toutes les pratiques, de la vigne à la cave, ce que certains ne sont pas prêts à assumer dans l'immédiat. Si je comprends bien entre les mots (la langue anglaise pratiquée en Crête est encore plus subtile!), c'est précisément son cas, même s'il tend à intervenir de moins en moins sur les vins en cours d'élevage et qu'il est de plus en plus sensible à l'utilisation modérée des sulfites. Ici, la gamme comprend pas moins d'une petite douzaine de cuvées, qui sont toutes à l'honneur de ce vigneron sincère et généreux, y compris avec les touristes de passage, qui n'ont même pas prévenu de leur visite!... Belle découverte du côté de Dafnès!...

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~ Domaine Stilianou ~

Nous voici partis à la découverte de l'appellation Archanés, du moins de l'un de ses représentants, en la personne de Ioannis Stilianou, vigneron à Kounavi. Heraklion n'est qu'à une quinzaine de kilomètres et la célèbre cité antique de Knossos à guère plus de dix ou douze minutes. Toujours la route des vins de Crête et les petits panneaux de couleur Bordeaux, qu'il est nécessaire de remarquer et d'identifier. Winery Stilianou, il faut quitter la rue principale du village en tournant à gauche. Une place, des maisons en travaux, les rues sont de plus en plus étroites, mais les indications sont toujours là. A droite, à gauche, cette fois, il faut quitter la route plus ou moins carrossable. Un chemin bordé de parcelles de vignes et d'oliviers. Quelques centaines de mètres plus loin, une maison traditionnelle, dont une partie sert de cuvier, une autre de chai d'élevage, sans oublier la salle de réception des visiteurs de passage, meublée de façon traditionnelle.

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Il faut dire que malgré le relatif isolement de ce domaine, le vigneron et ses parents sont bien occupés (et nous ne sommes qu'à la mi-octobre!) au cours de l'après-midi, puisque les voitures de location se succèdent presque sans interruption, souvent aux mains de touristes russes. Par chance, j'arrive dans un moment calme et Ioannis Stilianou accepte de me montrer ses vignes les plus proches. Il n'y a là que des variétés de cépages crétois. En rouge, kotsifali (notamment utilisé pour la production d'un rouge doux, issu de grappes exposées au soleil) et mantilari. Pour les blancs, vilana, vidiano et thrapsathiri.

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Un rosé est également proposé, issu des mêmes cépages rouges. La surprise vient surtout du fait que la production est très traditionnelle, s'appuyant sur une approche biologique revendiquée (malgré ce qu'on peut voir sur le site du domaine, mais l'achat de raisins est très pratiqué ici...). En plus du rouge doux, incontournable en Crête, il n'y a ici qu'un seul blanc (Theon Dora, le don des dieux), un rosé (Theon Dora également) et un rouge (Theon Gi, le don de la terre). Les deux premiers sont récents, frais, mais avec une belle texture, alors que le rouge proposé à la dégustation est un 2007!... Maturation en barriques de chêne françaises et nécessité d'un élevage prolongé sans doute. Pour terminer, Ioannis me confie un verre et m'invite à le suivre dans le cuvier. Là, il me permet de découvrir un jus très coloré, qui se révèle puissant et quelque peu austère. Il faut dire que la cuve contient le millésime 2008. Et juste à côté, il s'agit de 2009! Des vins que le vigneron laisse s'homogénéiser avant de les mettre sur le marché. Une démarche étonnante, sachant qu'il vient de récolter 2016!...

Pour finir, découverte d'une remarquable huile d'olive biologique, de celles que l'on déguste aisément à la petite cuillère!... A Kounavi donc, une découverte qui nous ramène au coeur d'une viticulture plus traditionnelle, plus familiale, même si cette notion est partout revendiquée en Crête, ou presque. En tout cas, une approche s'appuyant exclusivement sur les cépages locaux et une production obéissant à des critères très couleur locale. Néanmoins, des vins de qualité, qui ne cèdent pas à une quelconque course au modernisme, ni à une survivance de pratiques obsolètes.

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~ Domaine Paterianakis ~

Nous voici dans la zone de l'AOP Peza, à Méléssès. Le Domaine Paterianakis est qualifié de pionnier, en matière de culture et de production agrobiologique dans la région. Une vingtaine de kilomètres sépare ce grand bâtiment de construction récente de la ville d'Héraklion. Malheureusement, je n'ai pas prévenu de mon passage et je dois me contenter du survol des sept ou huit cuvées du domaine, confortablement installé au bar de la salle de réception. Remarquez, un client potentiel tout seul, avec sa tenue de touriste, dans une petite voiture rouge, se pointant à dix sept heures, qui plus est Français et venu, entre autres, pratiquer la navigation à voile, c'est plutôt rare dans le coin!... Pour un peu, ça ferait tâche!

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De plus, selon les infos qu'on glane ici ou là sur Internet, le bâtiment en question a été construit avec des matériaux locaux, issus de la terre même du domaine, de façon à utiliser la gravité. J'en conclue donc que tous les locaux techniques sont à l'étage inférieur. Pour ce qui est de la réception de la clientèle, il semble que tout soit prévu pour accueillir des groupes conséquents (de Russes notamment?). Une salle que l'on destine aisément à un mariage, ou un conseil d'administration de multinationale, voire à un congrès d'armateurs locaux et juste à côté, une immense terrasse, façon pergola, sur laquelle on pourrait aussi garer le car pullman aux vitres tintées, qui convient aux tamalous en goguette!...

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Pas de chance non plus, puisque je ne pourrais rencontrer les deux jeunes femmes qui managent l'ensemble, que par le biais d'une photo sur un magazine. "The ladies of Cretan wines"!... Elles sont les représentantes de la troisième génération présente au domaine. Côté vins, un survol donc de très jolies cuvées, le tout proposé par l'adorable maman des jeunes femmes, un peu surprise d'avoir des visiteurs simultanés (deux Suissesses sont aussi en train de déguster sur la terrasse), mais qui s'en sort très bien et non sans humour, avec renfort de gourmandises diverses, dont des morceaux de feta arrosés de l'huile d'olive bio du cru. Un régal!...

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Ici, on trouve donc une gamme dite "Melissinos", avec un rouge 100% syrah, un rosé (kotsifali et syrah) et un blanc où sont associés thrapsathiri et sauvignon blanc. Il y a aussi deux autres rouges composés de kotsifali et de mandilari, l'un en IGP Crête (la gamme "Melissokipos"), l'autre en AOP Peza. Puis enfin, trois autres blancs : le premier 100% vidiano (toujours le cépage vedette du moment destiné aux belles cuisines de poissons et de crustacés), un second 100% assyrtiko, dont l'échantillon de 2015 s'est montré très plaisant et un troisième 100% muscat de Spina, plutôt dédié aux apéritifs, avec des notes florales tout en finesse.

Encore une belle découverte donc, qui mériterait une visite plus complète, afin de s'imprégner du militantisme, de la passion et de l'énergie qui semblent prévaloir ici. Les vins sont globalement issus d'une approche assez technologique, mais sont dotés d'une franche personnalité. Là encore, comme précédemment en cette journée, il n'est pas question de céder à la facilité et c'est bien ce qui ressort de ce séjour en Crête. Une tendance forte qui pourrait bien porter le pays vers une notoriété certaine méritée. Après tout, il y a plus de quatre mille ans que la production de vin fait partie intégrante de l'ADN des Crétois!...

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