La Pipette aux quatre vins

12 avril 2015

Trois nuances de Graves rouges

Les plus perspicaces d'entre vous ne manqueront pas de me faire remarquer que je suis de passage à Bordeaux après la bataille!... La bataille des primeurs s'entend. En cette semaine quatorze de l'année quinze de notre nouveau millénaire, à cheval sur mars et avril, au cours de laquelle, comme chaque année, certains ont couru de châteaux en caveaux, plus sensibles, parfois, à l'épaisseur de graviers blancs des allées, qu'à la qualité intrinsèque des tanins ou à l'expression aromatique du millésime, en quête d'un pseudo graal vinique que l'on n'atteint jamais!... Pensez donc, des vins qui ont à peine plus de six mois de barriques!... Ces dernières identifiées parfois au moyen d'initiales (celles des tonneliers), dont les fabricants prennent bonne note, lorsqu'il faut conseiller les vignerons. Avec leur expérience des bois de chêne et des chauffes, ils collationnent les informations et savent désormais dresser le portrait "papillin" (à ne pas confondre avec Pupillin) des plus grands spécialistes en la matière, ceux-là même qui attribuent les notes si déterminantes, au moment de fixer les prix. Bancal, vous avez dit bancal?... Certains évoquent les effets d'une nouvelle chasse au dahu!... Pas faux!...

001Une trilogie de domaines à voir ou revoir, en cette éclatante matinée d'avril. Jacques Dupont dit, à propos de cette semaine :"C'est celle des minibus Mercédès, des voitures noires et des hommes tristes". Je revendique le deuxième critère, mais pour le reste, juste une petite berline, dont la moitié arrière est réservée à ma fidèle Horta (qui adore ces virées dans les vignes!) et des vignerons qui ne manquent pas d'humour, en plus d'avoir des choses à dire.

Première étape au Château Mirebeau, de Cyril Dubrey et son épouse Florence. Un couple que nous avions laissé "à la plage de Martillac", en juillet 2012, quelques mois avant son apparition dans Tronches de vin n°1. Cyril est de ces vignerons passionnés qui ne craignent pas d'évoquer les changements de cap et d'orientation, qui font souvent la vie d'un domaine. Parfois cependant, ils sont tus, de peur que le visiteur ne prenne cela pour une forme d'inconstance, dans une activité pour laquelle, certains amateurs et/ou consommateurs, préfèrent une continuité affichée, même au-delà des générations se succédant aux commandes. Ainsi, le vigneron de Mirebeau évoquait naguère sans la moindre crainte, le choix fait début 2005, de la biodynamie, un tournant culturel, au-delà même de l'option culturale.

Mais, dix ans plus tard, si la "plage" est toujours là (les quatre hectares de la propriété sont coupés en deux par l'ancien rivage situant le Mouvement burdigalien, vieux de 21 millions d'années), point de mangrove, ni de palétuviers, mais de l'herbe!...

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En effet, comme souvent, les excès climatiques sont porteurs d'informations et peuvent générer certaines décisions. Ainsi, jusqu'à il y a trois ans, Cyril Dubrey pratiquait les quatre façons mais, s'il fait désormais appel à un prestataire pour pratiquer les labours au cheval (qu'il ne souhaite pas utiliser dans sa com', a contrario de quelques illustres voisins, suivez mon regard!...), il n'en recherche pas moins à optimiser la méthode. Tontes et passages du chenillard viennent donc compléter le travail. Une évolution fondamentale, pour un vigneron qui avait à coeur, jusqu'en 2012, de présenter des vignes dites propres. "Mais depuis, j'ai pris 2013 sur la figure!..." Et là, il convient de rappeler quelques caractéristiques de l'année : 1200 mm de pluie, au lieu de 800 pour une année normale, deux fois 105 mm en deux jours, en juin, au moment de Vinexpo (certains se souviennent de soirées festives bien arrosées pendant la semaine!), au point que des amis américains du couple, présents en France à ce moment-là, évoquaient ce qui se murmurait déjà outre-atlantique (mais pas en France, grand dieu!), à savoir que 2013 était un millésime mort-né!...

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Conséquence quasi immédiate, à Mirebeau, on prend la décision de faire des économies : moins de travail, moins de produits, puisqu'on peut affirmer sans crainte, qu'il n'y a pas eu d'aussi mauvais millésime depuis certaines années 50!... Résultat, quatre barriques seulement de 2013!... Toujours est-il que Cyril, ne supportant plus de voir ses terres érodées de la sorte, se dit que sur des sols assez riches, il ne faut pas avoir peur de l'herbe et comprend mieux ce que les anciens propriétaires faisaient. De plus, les quatre façons ayant tendance, selon lui, à maintenir l'humidité et donc, à compliquer la gestion du mildiou sur des terres assez lourdes (argile), sans parler de la stagnation de l'eau, parfois, en bout de rang, il se fait fort de positiver la présence de l'herbe alors que, de son propre aveu, il pensait le contraire voilà peu. C'est ce qu'on peut appeler une remise en question!...

008Après donc une demi-récolte en 2012, une quasi impasse en 2013, voilà que 2014 se présente sous de biens meilleurs augures. Pas la moindre trace de mildiou pendant le cycle végétatif et pas moins de quatre-vingt barriques, soit environ 190 hl pour composer le Pessac-Léognan du domaine (pas d'éclaircissage et 45 hl/ha environ)!... Cyril et Florence ne boudent pas leur plaisir, d'autant que fermentation et élevage se sont déroulés au mieux. Si bien que, si l'assemblage se fait en principe à la sortie des malos, ils ont pu cette année respecter les lots, par cuves de vinification et donc par terroirs. D'où une dégustation passionnante et l'éventualité d'une analyse nuancée, pour les vignerons eux-mêmes.

Quatre lots à découvrir. Cyril pratique d'une façon originale : il assemble, dans un même verre, un peu de vin issu de trois barriques voisines, donc pas de fût PhR (après les inévitables RP naguère?) pour brouiller les pistes. Le premier lot, du merlot âgé d'une dizaine d'années, issu de la partie haute du vignoble, en barriques neuves de chez Darnajou depuis le mois de décembre et soutiré la semaine précédente : une bouche plutôt gourmande, avec une dominante aromatique sur l'eucalyptus et le cèdre. Le second vient des vignes de merlot du bas de la propriété, âgées de vingt ans. Des barriques neuves également et un caractère plus vibrant, avec une belle finale délicatement saline, une tendance plus serrée. Cyril préfère évoquer la "cristallinité" du vin, plutôt que sa "minéralité". Le troisième, du merlot encore, provient de barriques d'un et deux vins, doté d'une belle dynamique. Enfin, le cabernet sauvignon, assemblé dans la cuve avec un peu de petit verdot et de carménère, séjourne dans des fûts de trois et quatre ans. On est tenté de lui trouver un caractère plus austère, plus fermé. Notez qu'à ce stade, il n'y a guère plus de 30 mg de soufre total et l'ensemble se situant dans une moyenne de 13°. Du beau travail!... Le vigneron veut y voir le retour accordé par la vigne, pour le travail exigé par les années précédentes.

Pour finir, retour sur la version 2012, en bouteille depuis près d'un an. Stupeur!... Nous pénétrons un autre monde!... Le nez explosif suggère le mourvèdre, voire quelques nuances évoquant les grands Bandol. Près de 90% de merlot très mûr (le reste de cabernet sauvignon), ramassé entre 13° et 17° dès le début octobre, soit parfois, deux semaines avant la plupart des GCC de l'appellation. Le tout fut assemblé dans une même cuve trois jours seulement après la vendange et la malo terminée au bout d'un mois, malgré les conditions hors norme du millésime, à contre courant des préceptes de tout manuel d'oenologie. Trois voix pour, deux contre lors de la dégustation d'agrément en Pessac-Léognan, ouf!... Un phénomène!... Étonnez-vous!...

012A Pujols sur Ciron, nous retrouvons Vincent Quirac, au n°19 bis du Bourg, ainsi que dans Tronches de vin n°2. Nuances de Graves, nuances de vignerons. En voici un qui, avec ses deux hectares, n'a pas pour objectif de bousculer les hiérarchies, d'intégrer les classements. Il a surtout envie de faire les vins qu'il aime et quand ses quelques clients les apprécient aussi, tout va pour le mieux.

Certains jours, il se surprend à regretter le désert qu'il arpentait naguère, mais point de nostalgie. D'autant que désormais, il tire des bords avec quelques amis, dès les premiers beaux jours, sur le bleu du bassin d'Arcachon, sans perdre de vue le sable blond de la dune du Pyla. D'autres fois, si la météo est de la partie, c'est en montagne qu'il se carapate. Si vous l'interrogez sur son activité, Vincent pourrait bien vous répondre qu'il est une sorte de vigneron des petites surfaces et des grands espaces.

Il revient sans aigreur particulière, malgré la traversée plutôt douloureuse d'un fait météorologique, sur la grêle qui ravagea ses vignes en octobre 2013, juste avant de vendanger. Tout ce qu'il parvint à ramasser n'était qu'une sorte de bouillie, dont il tira le Vin de Grêle, avec représentation d'un grêlon sur l'étiquette. Il avoue d'ailleurs ne pas être vraiment fan de cette cuvée, mais elle a un indéniable succès. On se console comme on peut!... Bien sûr, nombre de vignerons bien avant lui, ont fait le constat que la grêle n'est pas sans conséquence sur la plante et ce, pendant deux ans. Vincent opta donc pour une taille courte début 2014, afin de laisser la plante se remettre, mais constata ensuite que les vignes sont restées très timides jusqu'à la fin du cycle. Et donc, au final, guère plus de 14 hl de rouges produits en 2014 (autant qu'en 2013), au lieu de 33 hl en 2012!... Si bien que le vigneron de Pujols ne peut plus guère satisfaire toute la demande, un aspect des choses auquel il ne s'attendait guère lorsqu'il a débuté!...

011Le merlot 2014 est donc encore en cuve (mise prévue fin avril 2015). Il est issu de vignes de sept ans. Ramassé tôt, les raisins sont passés par une macération carbonique ("qui a un peu foiré, comme d'hab!..."), l'ensemble se situant entre 11,5° et 12°. "Depuis 2012, j'ai tendance à faire des vins de moins en moins concentrés, un peu par choix et par goût personnel, mais aussi parce qu'ils plaisent de plus en plus..."

Au rayon des vins qui plaisent, rappelons le Sauternes 2010 du domaine, qui avait connu un franc succès. Il est désormais rejoint par le 2011, doté d'une belle dynamique et d'un équilibre qui ravira les amateurs, y compris ceux qui acceptent l'idée de le servir à table. En 2014, point de gros volume non plus, côté moelleux et liquoreux, puisqu'il compte sept hectolitres de Graves Supérieures, issus des dernières tries, mais guère plus de trois hectos de Sauternes, récoltés sur un hectare au total, puisqu'il disposait cette année pour la première fois, de la deuxième petite parcelle, véritable jardin, au coeur de Preignac. Du Sauternes de jardin, ce n'est pas donné à tout le monde!... Ce Sauternes, avec ses 125g de sucres résiduels, se situe dans la moyenne, alors que le Graves Supérieures, 55g de SR, composé d'une dominante de sémillon, avec une touche de muscadelle et de sauvignon, a un joli potentiel de vin que l'on partage volontiers à l'apéritif. Du genre de ceux qui vous permettent de prendre le contre-pied de quelque marque un peu trop établie dans le paysage...

A Barsac, il était intéressant à plus d'un titre de revoir le Château Massereau, cher notamment à Jean-François Chaigneau et à toute la famille. Indiscutablement, des travailleurs, arrivés dans la région au tout début des années 2000, avec des idées bien précises de ce que sont les qualités d'un grand vin. Une famille qui n'a sans doute pas eu le sentiment que l'intégration dans un vignoble traditionnel, tendance historique, est chose facile. Pourtant, il se murmure que certaines dégustations à l'aveugle auraient tendance à bousculer les hiérarchies trop bien établies.

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"2014? De belles maturités! Après 2011, 12 et 13, je signe tout de suite pour un tel millésime!... A la mi-octobre, les 2/3 de nos Sauternes étaient encore sur la vigne! Tout le monde avait fini!... Heureusement, le temps a tenu. Au final, une petite quantité - 7,5 hl - mais superbe!..." Le vigneron ne cache pas sa satisfaction. Le millésime est beau, le travail à la vigne, en août notamment, a porté ses fruits. Guère plus de 32 à 35 hl de rouges, mais de superbes jus ramassés dans le calme, parcelle par parcelle, malgré un début de vendanges le 22 octobre seulement!... A la fin de ce même mois d'octobre, seuls 2 hl étaient rentrés au cuvier, sur les 150 du total. Il y avait de quoi se faire peur!...

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On évoque ce beau millésime en trinquant avec la version 2014 du Clairet, qui fait son retour après une impasse de deux ans. Inutile de préciser qu'il est très attendu et les 2500 bouteilles (et 200 magnums), qui seront disponibles fin avril, sont déjà en grande partie réservées. Si un essai d'une barrique sans soufre a été réalisé (plutôt destiné à la consommation familiale), la cuvée compte guère plus de 30 de soufre total, pour 6 ou 7 de libre, cela plus pour éviter la malo et garder un vin vif, tonique. Mission accomplie!... Une superbe couleur pour ce Clairet, dont les Chaigneau sont de fervents défenseurs, dans une région qui, selon eux, a baissé depuis longtemps pavillon, face aux "blancs perlés du Sud, en mode chimico-levurés"!... Un sujet pour lequel, Philippe Chaigneau, le second frère, en charge de la promotion et de l'activité commerciale, ne décolère pas.

Pour le Sauternes donc, grande qualité de vendange, avec de plus, des fins de fermentations avant Noël!... Une performance, puisque c'est la première fois que cela se produit au domaine. Mais, la dégustation de quelques lots de rouges démontre encore mieux la qualité de l'ensemble. A ce stade, que ce soient des merlots ou des assemblages de cabernet franc et de petit verdot, un mot revient presque systématiquement : fraîcheur. Un maître mot pour Jean-François Chaigneau, un objectif incontournable. Le parc à barriques se compose de 40% de fûts neufs, 40% de fûts d'un vin et 20% de deux vins. Les barriques de trois vins sont destinées au Clairet et à la Cuvée X sans soufre (60% merlot, 30% cabernet et le reste en petit verdot).

La chronologie, verre en main, nous amène à ce qui composera la cuvée Socrate (assemblage de merlot, des deux cabernets et de petit verdot), puis à Elliot (100% petit verdot) qui, cette année et à ce stade, fait toute la démonstration du potentiel de ce cépage : une remarquable pureté de fruit rouge (cerise Burlat), tonique et intense à la fois. Une indéniable réussite, que l'on peut être avisé de réserver!...

Massereau, une troisième nuance de Graves rouges qui, pour beaucoup, reste à découvrir. Malgré une présence quelque peu fluctuante à l'export ces dernières années (notamment du fait du marché espagnol qui a chuté), Philippe Chaigneau s'active sur tous les fronts, anglo-saxons notamment et il ne faut pas être devin, ni grand clerc en matière d'exportations, pour prévoir qu'une proportion non négligeable de la production risque de franchir plus largement les frontières avant longtemps. Profitez-en, tant que le domaine fréquente encore quelques manifestations grand public en France, alors même qu'il sera présent à Londres, fin mai, avec l'objectif de séduire un nouveau public.

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06 avril 2015

Hervé Ravera, vigneron à Marchampt (69)

Marchampt, dans la montagne beaujolaise, n'est pas le plus connu des villages du Rhône viticole, mais fait partie de la trentaine de communes composant l'appellation Beaujolais-Villages dans le département du Rhône (plus les huit de Saône-et-Loire). Un peu plus de quatre cents habitants, une altitude se situant à peu près à quatre cents mètres, une viticulture largement traditionnelle (et conventionnelle), mais aussi un des vignerons, Gérard Belaïd, parmi les plus anciennement installés en agriculture biologique dans la région. Un pionnier, si l'on peut dire!... Mais, c'est aussi dans ce village, au lieu-dit Laval, que l'on peut rencontrer Hervé Ravera, qui a créé son domaine, Le Grain de Sénevé, en 2007, pour voir aboutir une reconversion vécue comme la réalisation d'un rêve, avec la force de la foi en soi, parabole oblige. Et la dégustation récente d'une de ses cuvées, 500 mètres 2011, nous a démontré, si c'est encore nécessaire, que souvent, le talent n'attend pas le nombre des années passées derrière le cheval, même si l'oeuvre grandit et se construit avec le temps!...

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Dans une autre vie, Hervé était infirmier. Son épouse est quant à elle sage-femme et le couple compte une belle volée de quatre jeunes enfants. De l'occupation, assurément!... Il n'est pas forcément aisé de trouver quelques parcelles, mais quand on en dégotte, qui plus est dans la montagne des Grobis (nom des habitants de Marchampt!), on admet difficilement de devoir faire trop souvent des kilomètres pour travailler les sols, traiter, vendanger... Mais, au final, la maison au coeur du petit hameau perché dans la pente, s'est avérée disponible et a pu être achetée par les Ravera. L'histoire devenait résolument cohérente...

Deux parcelles de vigne d'un total de deux hectares, 60 ares au-dessus et 1 ha 40 en dessous, uniquement plantées de gamay en gobelet, âgés d'une quinzaine d'années environ, pour les plus jeunes. En haut, la plus récente plantation a deux ou trois ans. Les ceps y sont un peu plus écartés que la norme et perpendiculaires à la pente, permettant ainsi au vigneron de passer dans les deux sens avec le cheval, ce qui représente une bonne économie d'énergie. Ici, on trouvait avant des vignes à bout de souffle (pour le moment, c'est nous qui le sommes, en attaquant la forte pente à pied!) avec beaucoup de plants américains, d'où la nécessité de remanier le vignoble dès le départ. Un peu plus haut encore, des surfaces naguère arrachées, où l'on trouve maintenant une plantation d'arbres fruitiers. Et peut-être bientôt des céréales?...

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Nous admirons le paysage sous nos yeux, malgré la météo hivernale. Non loin de là, au lieu-dit Le Fay, où se situent les chambres et la table d'hôte de Valérie et Roger Parseihian (Les Fées du Fay), en cette matinée de la fin mars, il a neigé, à plus de 600 mètres d'altitude. Marchampt a compté pas moins de trois cent hectares de vignes voilà seulement une dizaine d'années, mais désormais, il n'y en a plus guère que cent vingt. Ce n'est pas le cas dans tous les villages de la région, mais ici, une attention particulière semble être portée à la reprise des friches et des vignes abandonnées, un jeune agriculteur du cru remettant des vaches sur les coteaux. De plus, un éleveur (élevage laitier) de la commune voisine permet à quelques génisses de passer la crête pendant six mois et ainsi venir paître sur le versant sud de ce qui pourrait être un ancien volcan.

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Avant de s'installer, Hervé Revera a suivi une formation d'un an au CFPPA de Mâcon-Davayé, où il a même passé un Bac, puis a ensuite travaillé un an et demi chez Marc Guillemot, à Quintaine. Il a également sollicité Jean-Loup Cannelle, installé dans le Doubs, spécialiste en formation cheval et qui se déplace dans les fermes. Un aspect indispensable, puisque si le vigneron de Laval réalise désormais presque tous les travaux avec son cheval, répondant au nom exotico-musical de Reggae Night, il avoue avoir fait le choix de l'utilisation du cheval quelque peu à reculons. En effet, les pentes imposent ici de faire appel au treuil et Hervé, travaillant seul, ne pouvant mettre en oeuvre la méthode, du se résoudre à opter pour la solution équine, notamment pour répondre à son objectif d'une viticulture éco-biologique. Il ne le regrette pas, mais les premiers temps furent parfois difficiles, même si son compagnon à quatre pattes (de caractère!) bénéficie de près herbeux tout proches.

Autre intérêt séduisant de l'habitation, le large cuvier, même s'il ne fut pas utilisé entre 2003 et 2007. En effet, il offre presque la possibilité, dans sa configuration ancienne et actuelle, de travailler avec la gravité, ce que le vigneron ne manquera certainement pas d'exploiter à l'avenir, moyennant quelques petits aménagements. Au coeur de l'espace vinification, un très ancien pressoir vertical américain, ayant appartenu au grand-père de Christian Ducroux.

Depuis le début, selon les années, une ou deux cuvées (pour séparer le haut du bas) sont proposées : 500 mètres et Le Grain de Sénevé, avec une démarche résolument sans soufre (sauf circonstances le réclamant) et la dégustation démontre leur dynamique et leur spontanéité. Indiscutablement, Hervé Ravera a trouvé le chemin pour mettre en valeur les jus issus de ses parcelles. Vous pourrez également les retrouver les 18 et 19 avril prochains, à l'occasion de la Biojoleynes, en compagnie d'une belle équipe de vignerons bio et naturels.

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04 avril 2015

Philippe Jambon, vigneron à Chasselas (71)

Un petit village sur la ligne de partage entre Bourgogne et Beaujolais. Dans le département de Saône et Loire (71), mais bordé par celui du Rhône (69). Ici, on peut produire du Beaujolais, mais aussi du Mâcon ou du Saint Véran. Pour un peu, ce serait la capitale du Passe-Tout-Grains!... Guère plus de 170 habitants de nos jours pour ce qui fut jadis, dit-on, un relais sur la voie romaine de Lutèce à Lugdunum. Plus tard, Louis XIV était semble-t-il friand des vins de Chasselas et un char à boeufs faisait des allers-retours jusqu'à Versailles, voyage que quelques jeunes du village rééditèrent d'ailleurs en 1965, histoire de commémorer cette aventure.

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Chasselas, cela évoque bien sur le cépage, que d'aucuns imaginent volontiers, originaire de cette petite localité à la fois presque centrale en France et proche de la Suisse, où il tient souvent la vedette. Après tout, comment pourrait-il en être autrement?... Mais, on prête parfois à cette variété de raisin des origines bien plus lointaines : Liban, Egypte antique, Constantinople?... Comme d'autres ici, Philippe Jambon a souvent entendu parler de ces "légendes", mais à sa connaissance, il y a déjà bien longtemps que ce cépage a disparu de la contrée, contrairement à la Nièvre et à l'appellation Pouilly sur Loire. A moins qu'en cherchant bien, dans les bois de Roche Noire, qui surplombent le vignoble...

Ce qui fait l'une des particularités de la commune viticole de Chasselas, c'est son entrelacs de terroirs. En effet, on pourrait penser que les sols granitiques du Beaujolais et ceux de Bourgogne, où domine le calcaire puissent être rigoureusement séparés dans un vallon par une rivière, mais en fait, il n'en est rien. Ainsi, des parcelles se côtoient dans ce que le vigneron de Chasselas appelle un "chahut-bahut géologique et même volcanique", comme le chantait Guy Béart en 1969!... Avec en plus le manganèse, qui parsème les terres de Creuse Noire et parfois, noircit l'eau des robinets, si l'on en croit le site officiel de la commune!...

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Philippe Jambon est installé ici depuis 1997, après un passage par la restauration et même la sommellerie. Originaire du Haut-Beaujolais, à 15 kms de Chasselas, au-dessus de Villié-Morgon, il ressent l'envie d'être dans la vigne dès l'âge de quinze ans, mais ses parents n'ont pas de vignes. Il devra patienter jusqu'à l'année de son installation et que la surenchère des années 90 se calme, pour dégotter son premier hectare (50 ares à Balmont et 50 sur le plateau) sur la commune voisine de Leynes. A partir de 2003, il reprend plusieurs parcelles sur un coteau sud-sud-est, à proximité des Ganivets, afin de disposer d'un ensemble cohérent. Au total, près de 2 ha 50 d'un seul tenant, dans une bonne pente et au final, actuellement 4 ha 50 environ.

Le choix de ces vignes a surtout été motivé par la volonté de disposer d'un îlot abrité, protégé, notamment de la "pollution raisonnée" pratiquée par certains de ses voisins, même si parmi les plus jeunes, il est permis d'espérer, parfois un changement de cap... Il ne faut cependant pas généraliser, car la nouvelle génération obéit parfois à une logique curieuse. Alors que nombre de parcelles de gamay sont arrachées dans le secteur, il n'est pas rare cependant de voir de nouvelles plantations de chardonnay, d'aligoté, voire même de pinot noir, afin de répondre aux débouchés nouveaux et encouragés vers le crémant de Bourgogne. Mais, il faut savoir aussi qu'une vigne en Beaujolais-Villages s'échange actuellement aux environs de 5000 euros/hectare, alors qu'en St Véran ou Pouilly-Fuissé, le prix est parfois multiplié par trente ou cinquante!...

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Toutes les vignes du domaine sont enherbées et plantées uniquement de gamay âgé de 45 ans environ, désormais taillé en Guyot-Poussard. Elles sont donc situées pour la plupart sur un coteau assez marqué, qui ne facilite pas le travail du sol effectué au treuil, tant pour les trente ares de La Grande Bruyère que pour Les Ganivets. A l'origine (et ce fut une des raisons de leur achat), c'est la biodynamie qui y était pratiquée, même si désormais, Philippe Jambon se contente d'agriculture biologique. Elles étaient naguère sulfatées par Pierre Boyat, au moyen d'un enjambeur à trois roues, ce qui avait déjà un caractère... sportif et n'était pas forcément sans conséquences, au regard de l'espacement des rangs. Depuis quelques temps, Philippe a procédé à l'arrachage de deux rangs sur six, ce qui lui permet de passer au tracteur "fermier". Néanmoins, même s'il n'y a pas à craindre de dévers, la méthode n'est pas sans danger, ce que le vigneron exorcise avec humour : "Je vais sûrement mourir de quelque chose, mais si ce n'est pas avant l'heure, en tracteur, ça m'arrange!..."

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La discussion se prolonge à la cave située sous la maison ancienne, tout près de l'église romane du Clunisois. Si bien que Philippe Jambon s'y perd parfois quelque peu avec toutes ces barriques, dans lesquelles sont contenus plusieurs millésimes. Il faut dire que le vigneron chasseloutis (c'est le nom des habitants de Chasselas!) ne semble pas avoir vécu des années de rêve parmi les plus récentes. Mais, c'est bien pour cela qu'il porte un soin attentif à l'élevage, en le prolongeant comme il se doit. Selon lui, le millésime 2014 ne restera pas dans les annales : stress hydrique en mai-juin, puis de la pluie façon hallebardes en juillet, avec ensuite, une plutôt bonne fin de saison. Celui-ci fait suite à 2013 qui manquait de couleur et était doté d'une acidité importante, avec au début, un manque d'énergie notoire!... "C'est que si on n'arrive pas à y boire, on n'y vend pas!..." Heureusement, l'échantillon regroupant Balmont et la petite vigne de Baltaille se refait la cerise, pour composer à terme la cuvée Allez les verres!!! à moins que ce soit tout Roche Noire!...

affiche_2015_pour_blog__1_A suivre, Leynes 2012, pas moins de cinq barriques issues des trois hectares sur cette commune!... Et donc pas plus de trois hectolitres à l'hectare de rendement, résultat de l'année funeste au cours de laquelle trois semaines d'un gel d'hiver impitoyable, en février, faillit réduire le vignoble à néant, ou presque. Après trente mois d'élevage, le vin retrouve une certaine harmonie, selon le vigneron. Son fruit de départ étant de qualité et préservé, une mise printanière est plus que probable.

Suivent les blancs, jolis cocktails pour lesquels il faut patienter... Certains  fûts contiennent les 2012 et 2013, additionnés de petits volumes de 2009, 10 et 11 et inversement. Des compositions au feeling côtoyant quelques essais parfois imposés par les volumes réduits du fait des trois années - 2008, 2009 et 2010 - au cours desquelles la grêle a fait les dégâts qu'on imagine aisément.

Viennent ensuite notamment le 2011 de Jambonblanchard, grâce à l'achat de raisins chez Guy Blanchard depuis 2008, qui peine encore à finir ses sucres, ce qui perturbe quelque peu les sensations, puis le 2009 doté d'une grosse maturité, où là, les sucres semblent terminés, "à moins que ce soit la mémoire du sucre, selon une expression de Claude Courtois". Des blancs à mettre à table, même peut-être avec du boeuf, voire une fondue bourguignonne au vin blanc!... Grosse sensation encore avec le 2006, qui fermentait encore voilà quelques mois, mais qui est désormais sec. A suivre!... Même si l'on soupçonne que ces vins naturels ne sont pas à mettre entre toutes les papilles du jour au lendemain et qu'il faut les conduire au terme voulu, surtout s'ils partent pour le Japon ou pour San Francisco, comme c'est le cas d'une bonne proportion des vins du domaine. Règle incontournable pour Philippe Jambon : tous sucres réducteurs épuisés et malo finie avant la mise. Au-delà de la technique et des choix, une rigueur qui ne ternit pas la dimension artisanale, voire artistique, en tout cas culturelle, au sens noble et agricole du terme, donnée ici, ce qu'il convient de soutenir et de rappeler, même si et parce qu'elle est trop souvent évacuée dans notre vignoble actuel.

Autant de découvertes et de suggestions que les amateurs pourront retrouver à Leynes, les 18 et 19 avril prochains, à l'occasion de la 6è édition de la Biojoleynes, où pas moins de vingt-cinq vignerons en bio et biodynamie seront réunis, sans oublier l'ami Olif, présent pour dédicacer quelques Tronches de vin, auprès de la librairie mâconnaise Le Cadran Lunaire. A ne pas manquer si vous êtes dans la région ce week-end là!... Cette jolie manifestation suivant d'une petite semaine celles qui se dérouleront le 13 avril, au Château de Pizay, à savoir la Biojolaise, la Beaujoloise et la Beaujol'art, sans oublier le petit dernier, Beauj'all'wines, soit pas moins de 140 vignerons!... Suivez la piste des vignerons du Beaujolais, ils ont les moyens de vous surprendre et de vous les faire aimer!...

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31 mars 2015

Le Jura dans le vert

Lorsqu'on habite près de l'Atlantique, il faut une bonne dose de motivations diverses pour traverser le pays, parfois par des routes incertaines, voire dangereuses, à l'image de cette satanée RN 79, entre Montmarault et Mâcon, sur laquelle d'énormes véhicules immatriculés dans diverses contrées parfois lointaines (Bulgarie, Lettonie, Pologne...) et organisés en convois qu'il est impossible de dépasser, ondulent sur une route truffée de radars. Voyager d'ouest en est (ou inversement) par cette deux voies dite rapide est devenu une gageure. Heureusement, notre trajectoire avait une finale gourmande des plus attractives!...

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A peine arrivés dans la noble ville olifienne de Pontarlier, direction la montagne et L'Auberge des Montagnards, à Chaon, au bout du lac de St Point, où Walter n'a pas son pareil pour proposer les "meilleures grenouilles du Haut-Doubs"!... La saison est courte, les grenouilles rousses sortent du bois en mars, pour la période de reproduction, envahissent parfois les petites routes de montagne et bon nombre d'entre elles finissent... dans les assiettes des gourmands. Déglacées au vin jaune avant le terme de la cuisson, c'est un régal!...

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Le lendemain, cap sur Arbois et le Domaine de la Pinte, où se déroule la 5è édition du salon des vignerons bio du Jura, Le Nez dans le Vert qui, en à peine quelques années, a atteint une notoriété et une renommée que peuvent lui envier d'autres organisateurs de salons. Trente-six vignerons et domaines représentés et au moins autant d'importateurs venus de pays divers et variés, avec notamment une importante colonie danoise (hip, hip, hip, Jura!) et autres Nordiques (le ski de fond y serait-il pour quelque chose?...), Suisses, Hollandais, Britanniques, sans oublier une nombreuse participation japonaise, de l'incontournable et sympathique Yoshio Ito à Ryota Yamashita, remarquable sculpteur de barriques, qui sévit dans tous les vignobles et que nous retrouverons d'ailleurs lors de Vini Circus prochainement. Une présence internationale qui ne manque pas d'interpeler, puisque quasi équivalente, semble-t-il, à celle que l'on rencontre fin janvier et début février, à Montpellier ou Angers, ce qui laisse supposer à quel point les vins du Jura possèdent, à eux seuls, une force d'attraction hors du commun.

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Mais, avant même de monter à la Pinte, petite halte à Arbois, histoire de saluer Stéphane Planche, aux Jardins de St Vincent et passage quasi obligé (gourmandise oblige!) chez Hirsinger, célèbre chocolatier arboisien que personne ne peut ignorer, lors d'un séjour dans la région. De plus, il se trouve qu'Edouard Hirsinger nous invite pour le lendemain matin, afin de découvrir son laboratoire, nous permettant au passage d'assister au nappage et à l'ultime préparation de la gamme de printemps des chocolats de la maison. Slurpique, forcément!...

Ce qui est plutôt remarquable avec Le Nez dans le Vert, ce n'est pas nécessairement l'affluence record du dimanche ouvert au grand public (1041 entrées!) et même pas les 400 personnes attendues pour la matinée du lundi dédiée aux professionnels, mais bien plus cette sorte de confraternité qui anime la manifestation. Ici, on peut déguster aussi bien avec Stéphane Tissot, Fanfan Ganevat, Pascal Clairet et autre Philippe Bornard, que l'on peut classer parmi les poids lourds de la région (même s'ils ne tirent pas tous dans la même catégorie!), qu'avec des jeunes prêts à suivre leurs aînés sur les chemins de crêtes du succès. On peut citer là Jean-Baptiste Menigoz, Raphaël Monnier, Kenjiro Kagami, Etienne Thiébaud ou encore Valentin Morel, ce dernier pouvant endosser cette année le rôle de révélation du salon. Autres jolies séries également auprès de Fabrice Dodane, du Domaine de St Pierre, Philippe Chatillon, ou encore Renaud Bruyère et Adeline Houillon.

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Mais, le véritable régional de l'étape, c'est indiscutablement celui pour qui les vignerons du cru ont une tendresse particulière et les vigneronnes, les yeux de Chimène!... Je veux parler bien sûr de Pierre Overnoy, grand maître ès-vins du Jura et habitant de Pupillin, village qu'il est aisé de rejoindre à partir de la Pinte, puisque juste situé au bout de ce chemin de vignes qui franchit la colline. Un Pierre Overnoy qui ne manque pas de parcourir le salon verre en main, non pas pour adouber quelque émule, mais plutôt pour échanger quelques bons mots, en appréciant sans doute la multiplicité des tendances et des goûts, tout en constatant au passage les progrès, que chacun confirmera, pour les vins de son pays.

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Et à l'heure (du repas) où Emmanuel Houillon sort quelques nectars de derrière les fagots, pour peu que le ciel soit bleu et ne finisse par s'embraser d'une lumière intense, on peut se dire que le crépuscule du Jura n'est pas pour demain, surtout lorsqu'on constate au hasard des barriques de l'expo, à quel point certaines cuvées sont rares, voire même parfois l'embarras (à peine!) des vignerons, forcés d'avouer qu'ils n'ont rien à vendre jusqu'aux futures mises!...

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Vous avez dit dynamisme?... Une marque régionale que l'on trouvait aussi au travers des futurs lecteurs de Tronches de vin 2, qui se sont littéralement jetés sur les exemplaires proposés par la Nouvelle Librairie Polinoise, partenaire de la manifestation arboisienne, ce qui nous valu, à Olif et moi-même, de devoir dégainer le stylo entre deux dégustations, pour formuler quelques dédicaces personnalisées (bien sûr!) et ainsi, ménager nos organismes assaillis de divers nectars. Pas de doute, nous reviendrons en Jura, sans oublier les huîtres sauvages de Noirmoutier, afin de les apprécier, le soir venu, sur la terrasse du Domaine de la Pinte, un verre de vin jaune à la main. Un must absolu!... Ne faites plus l'impasse! Dans le Jura, tous les feux sont au vert!...

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20 mars 2015

Muscadet : Manu Landron et Marion Pescheux : bon sang ne saurait mentir!...

Lors d'un précédent passage chez Jo Landron, nous avions appris que son fils, Manuel, revenait au pays, après avoir parcouru une partie de l'hémisphère sud, option Nouvelle-Zélande et Chili, puis séjourné en Touraine. Jo aurait-il décidé de céder les manettes du ou des Domaines Landron?... Que nenni!... Certes, quelques jolies parcelles sont déjà une sorte d'héritage, mais Manu Landron et Marion Pescheux volent désormais de leurs propres ailes, comme s'ils s'étaient jetés, avec un deltaplane biplace, du château d'eau de Bellevue, pour un survol du vignoble de La Haye Fouassière, dont ils sont natifs tous les deux. A moins qu'ils ne se parent des ailes de Jonathan Livingston, au pays où l'on entend et où l'on voit parfois des goélands, rappelant à tout un chacun que la mer océane est proche. Voler de ses propres ailes, transgresser quelques certitudes du vignoble local et mener une existence hors du commun où les difficultés peuvent mettre en évidence et souligner les matins où "l'or d'un soleil tout neuf tremble sur les rides d'une mer paisible!..."

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A l'échelle du vignoble nantais, 7 ha 50, c'est plutôt un timbre poste, certains diront (notamment les banquiers du cru) presque un confetti!... Mais, pour Manu et Marion, même pas peur!... Il faut dire que Jo, pas mécontent au passage de réduire la voilure, dit-on, a sélectionné pour son fils une sorte de melting-pot de terroirs, façon terrain de jeu, afin de se forger une expérience. Terrain de jeu, façon de parler bien sûr et pour ce qui est du pot, à l'image des énormes cuves que l'on trouve parfois dans le sous-sol du vignoble, c'est raté!... En effet, à ce stade, le jeune couple s'imagine mal composer des muscadets d'assemblage, recette pour le moins classique dans les environs. Résultat, pas moins de neuf cuvées de parcellaires sont disponibles : quatre muscadets (ou vins de France?), deux pet' nat' (blanc et rosé), un rosé tranquille, un rouge issu de vieilles vignes et une folle blanche!... Fermez le ban!...

010Leur installation remonte à décembre 2013. Bien sur, ils ont pu faire quelques essais en vraie grandeur sur un hectare du domaine familial, mais ils travaillaient à ce moment là en Touraine et ce, depuis deux ans passés chez Xavier Weisskopf, puis Lise et Bertand Jousset, du côté de Montlouis. Même s'il ont encore en mémoire leur passage au Chili, chez Louis-Antoine Luyt (en mode wwoofing, selon Manu!), il est temps d'avancer plus concrètement.

Nous avons donc rendez-vous au pied du château d'eau pour un petit tour de vignes. Marion nous accueille et nous rejoignons Manu, occupé à tailler dans les parcelles situées au pied de ce monolithe de béton joliment décoré (ce n'est pas toujours le cas!), cette sorte d'amer des vignes, que l'on aperçoit aisément à la ronde. L'après-midi avance et, avant longtemps, ce dernier devra passer chez la nourrice, pour retrouver Ael, représentant de la plus récente génération de Landron.

Il y a là 2 ha 50 destinés à la production d'un Muscadet, mais aussi de l'un des pet' nat'. Un secteur, La Croix Moriceau, qui a donné du fil à retordre au duo, en 2014, avec une présence importante de ver de la grappe. Un phénomène mis en évidence, à priori, du fait de l'absence de haies par ici et donc de prédateurs, alors qu'ailleurs, rien que de très normal. Sur le versant sud, côté Sèvre Nantaise, un îlot sur le coteau du Breil, secteur sur orthogneiss, avec un peu de silice, mais aussi les 70 ares environ du Petit Mortier Gobin (PMG!), fleuron bichonné du domaine, planté dans les années 70 ou 80, avec son cocktail d'orthogneiss là encore, mais aussi de grès et de l'argile en surface.

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Marion évoque chaque parcelle avec passion et détermination. Avec Manu, on devine que l'histoire s'appuie sur des ressentis déjà anciens (tout est relatif, vu leur âge!), confortés par l'ouverture sur le monde, la richesse d'une découverte d'autres vignobles de la planète et une forte sensibilité à la nature. La jeune hayonnaise (c'est le nom des habitants de La Haye Fouassière) était, voilà quelques années, étudiante en histoire. Elle rencontre Manu un jour de vendanges et... Bacchus fit le reste!... Très vite pourtant, le jeune vigneron part pour un an, comme prévu, aux antipodes, en Aotearoa, le pays du long nuage blanc... Du coup, la jeune femme rate son année de fac, doit opter pour autre chose du côté de Caen, idée qu'elle n'apprécie guère. Désespoir, sortez vos mouchoirs!... Le temps d'une conversation téléphonique, qui lui permet de croire à la possibilité de trouver du travail au pays des All Blacks et la voilà dans un long courrier en vol pour l'hémisphère sud!... Aah, l'amoûûr!... A peine deux dizaines d'heures de voyage et elle se retrouve en Central Otago, dans un domaine en biodynamie, Felton Road, ce qui ne manquera pas d'être déterminant. D'ailleurs, dès leur retour du Chili, elle entamera une formation pour adultes, du côté d'Amboise.

Petit détour sur l'autre versant du coteau, du côté de la voie ferrée, avec notamment une parcelle de 40 ares entourée de maisons ou presque, sur gneiss et orthogneiss. Non loin de là, un autre carré sur amphibolite (ben oui, quand même!), mais pas forcément pour "copier" la cuvée vedette de papa!... D'ailleurs, Manu ne dispose pas des mêmes bacchantes que Jo, à peine une barbe naissante!... Il faut bien se construire une image, lorsqu'on commence à fréquenter les salons : après la Dive cet hiver, bientôt Vini Circus (11 et 12 avril, à Guipel), puis à suivre le salon Rue 89 des vins, Sous les pavés la vigne! cher à l'ami Antonin, les 3 et 4 mai prochains, sans oublier MOB, à La Baule, le samedi 25 avril. Notez aussi qu'une parcelle de gamay, en Coteaux d'Ancenis, vient compléter l'ensemble, histoire d'avoir toutes les cordes à leur arc, sans oublier une friche de 60 ares bientôt disponible à la plantation. Folle blanche?... Pinot noir?... A suivre!...

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Pour ce qui est des installations, pas facile de trouver une cave tout à fait adéquate et libre dans le Muscadet!... Finalement, c'est dans la commune voisine du Pallet que le couple a trouvé en même temps un logement familial, le siège du domaine Complémen'Terre et un espace permettant les vinifications. De grandes cuves souterraines bien sûr (l'ancien propriétaire vendait à la citerne!), mais une seule sert pour les débourbages. Et donc, une série de petites cuves aériennes, dont on fait le tour, afin de découvrir les jus 2014, puis les toutes récentes mises. Parmi ces dernières, la Folle blanche 2014 de Château Gaillard, étiquetée 68ares, à cause de la surface du petit cru avant tout, mais peut-être un peu aussi, pour son caractère printanier voire novateur (vous avez dit révolutionnaire?...) et ses 10,8° natures. C'est vif à souhait, follement tonique! En fait, ça respire le joli mois de mai avant l'heure!... Et le tout en zéro sulfite et illustrant parfaitement les vins de l'année : "hyper stables, malo partout, des fermentations qui se sont bien passées et une qualité de jus globalement superbe!..."

On goûte également La Croix Moriceau, Le Petit Mortier Gobin et Le Breil, comme autant de jalons que l'on va apprendre à identifier au fil des millésimes. Parfois, les mises récentes tendent la finale, d'autres cuvées peuvent encore attendre. Une autre façon de lire les muscadets. Nolem, quant à elle, est l'union de deux parcelles (histoire d'être l'exception qui confirme la règle) Les Landes et Les Ratelles, le tout passé en barriques. Le gamay rosé répond au doux nom bretonnisant de Ker Ma, alors que les pet'nat' portent les noms de Potion Mama Rosé et Potion Mama Blanc. Pour le gamay rouge, l'étiquette identifie tout simplement La Bouteille Rouge.

De la nouveauté donc, au coeur du Muscadet!... Et une volonté de faire bon, sans forcément partager toutes les conventions locales. Manu Landron et Marion Pescheux proposent des vins qu'ils aiment. Certes, ils ne sont pas insensibles à la notion de cru, qui se développe en Pays Nantais, mais certains aspects, comme bloquer les malos avec le soufre, ce n'est pas leur tasse de thé!... Ils entendent les suggestions des uns et des autres (Marc Pesnot leur souffle parfois : "Vous faites pas ch..., mettez tout en vin de France!"), mais ils semblent avoir les pieds sur terre. Ils veulent certes se laisser guider par leur instinct, mais savent que les réalités, économiques notamment, rattrapent les imprudents par trop rêveurs. Et peut-être avant longtemps, opter pour une évolution vers la polyculture. En effet, la soeur de Manu élève des brebis et produit des fromages dans la Sarthe, avec l'espoir de trouver des terres au pays, mais ce n'est pas simple... Et pourquoi pas des arbres fruitiers, du miel, un potager?... Indiscutablement, cette nouvelle génération veut faire bouger les choses et c'est tant mieux!...

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19 mars 2015

Rémi Sédès, vigneron en Coteaux d'Ancenis (44)

Il était une fois un musicien que l'intermittence incita, certains jours, à passer en continu, option nature et vigne. Non pour évacuer cependant, l'idée d'un projet alternatif. Rémi Sédès a voulu vivre son projet, intensément, dans toutes ses phases, toutes plus déterminantes les unes que les autres. Originaire du Jura, où il compte d'ailleurs quelques cousins vignerons à Château-Châlon, mais ayant toujours vécu à Paris, il se destine dans sa jeunesse à de sérieuses études agronomiques, mais le rythme endiablé des prépas le sort des rails. Il opte alors pour ce qu'il qualifie lui-même de vie de bohème...

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Les photos de Rémi et de ses chevaux sont de Pierre Darmangeat

Accordéoniste, il se glisse dans un petit groupe de l'Est, Les Tontons Zingueurs et forme aussi un duo avec son pote rom Juliano, Les Chavorés (les jeunes en français). Il gravite ensuite autour de la compagnie du Tire Laine, dans le quartier populaire lillois de Wazemmes. Quand la musique est bonne... On devine à quel point ces moments ont développé chez Rémi, une grande sensibilité et un goût pour les rencontres qui comptent.

En 2004, il tourne la page et commence à s'intéresser au vin. Il quitte alors le Nord, un peu comme Stéphane Derenoncourt a pu le faire naguère et met le cap sur le Nord... Libournais. Il apprend et se forme dans les vignes, souvent conduites en conventionnel "où on laboure parfois pour faire propre" à St Emilion, Fronsac, dans l'Entre-Deux-Mers, à la Cave coopérative de Guîtres et finalement en Côtes de Francs, au Château Le Puy.

001D'autres rencontres l'amènent à Nantes en 2010 et il travaille alors pendant deux ans chez Vincent Caillé, à Monnières, où il découvre vraiment le bio. De fil en aiguilles et de cep en sillons, il construit son désir de s'installer, même s'il faut partir de zéro. Il met la barre assez haute, puisque certes, avant tout, il lui paraît évident de pratiquer une viticulture bio, mais opte aussitôt pour la traction animale dès la reprise. C'est Jacques Carroget, producteur quasi incontournable de vins naturels en Pays Nantais, qui va alors lui proposer de reprendre 2 ha 50 sur la commune de St Herblon, en Coteaux d'Ancenis, rive droite de la Loire. Le défi est lancé, du coup, avec ses quelques économies, il acquiert, unique investissement, une superbe jument percheronne, Tocade des Forges, du célèbre élevage ornais. Comble de bonheur, il s'avère vite que celle-ci est pleine et depuis, la pouliche Céleste forme avec sa mère un duo équin qui ne manque pas d'étonner dans le paysage du nord de la Loire-Atlantique. "Je dis parfois que j'ai choisi Tocade, mais je me demande si, au final, ce n'est pas l'inverse!..." Coup de foudre?... Allez savoir! Désirant se familiariser avec le travail et la jument, certain de développer une indispensable complicité, il découvre l'univers fascinant du cheval et n'hésite pas à se former chez Frédéric Carlier, dans la Creuse, ferme école également fréquentée par le couple angevin Debout-Bertin ou encore Julien Braud, de Monnières lui aussi.

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Les vignes du domaine sont donc composées de deux îlots. Le premier ici-même, repris en mars 2013, des jeunes vignes adolescentes de gamay, en pleine forme, selon le vigneron, sur un terroir de micro-granite. Le second de 1 ha 50 de vieilles vignes, à une quinzaine de kilomètres, du côté d'Oudon, sur un beau coteau en Muscadet-Coteaux de la Loire. L'enthousiasme du début est vite bousculé par les premières difficultés, mais la prise de conscience, après dix ans de salariat, s'impose. Pour s'installer sans emprunter, grâce à un réseau fort, il propose une pré-vente de bouteilles par souscription du millésime 2013, ce qui lui permet d'acheter des cuves et lui dégage une petite trésorerie, afin notamment de payer les premiers vendangeurs. Mais, il convient de faire face, afin de proposer un millésime 2014 convaincant. De plus, il vient juste d'être papa d'un petit Noé et, habitant à Rezé, dans la proche banlieue nantaise, il ne s'épargne pas les trajets en train, même s'il a désormais opté pour quelques nuits passées en mobile-home sur l'autre rive de la Loire, chez un copain qui fait du fromage de chèvre et lui permet aussi de laisser Tocade et Céleste au pré.

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L'an dernier, il a du se résoudre à emprunter le tracteur de la CUMA pour les travaux à la vigne et bien faire connaissance avec elles. Mais, en 2015, l'essentiel se fera au cheval, jument et pouliche devant réintégrer le pré voisin au plus vite, au terme de la taille en cours. Le début d'année n'en sera pas moins rythmé par les journées obligatoires, auxquelles on se doit d'assister à la Chambre d'Agriculture de Loire-Atlantique, lorsqu'on sollicite quelques aides. Une formation qui ne manque pas de surprendre Rémi d'ailleurs, lui qui se retrouve au sein d'un groupe de stagiaires composé surtout de producteurs de lait (une "caste" très puissante en L-A!), ce qui fait de lui une sorte d'OVNI dans une session intitulée : "Placer votre projet dans le contexte actuel." Et pour cela, il n'entend parler que du prix du lait! Colère!...

005Pour produire ses premières cuvées, il a eu la chance de trouver un local au coeur d'un hameau voisin, Les Baux (mais pas de Provence!) dans lequel il a pu installer ses cuves et où il ne manquera pas d'aménager un petit caveau de dégustation avant longtemps. Cette sorte de grange ancienne est devenue un cuvier isolé un peu par l'entremise du hasard. Alors qu'il cherche un moyen économique de réaliser cette isolation indispensable, il croise la route d'une entreprise de démolition s'évertuant alors à démanteler les chambres froides d'un Leclerc de la région. Il en récupère les portes, qui vont lui permettre d'habiller la charpente du bâtiment. Qui dit mieux?... Mais, l'imagination et la débrouille animent la réflexion du vigneron. Il va ainsi confectionner avec du chêne de récupération, un chapeau de cuve dont le poids lui permet de rester immergé le temps voulu et ainsi, éviter tout pompage et toute aération inopportune. Plutôt ingénieux!...

Nous découvrons ensuite les cuvées millésimées 2014 en cours d'élevage. Le Blanc tout d'abord, le Muscadet, s'il passe l'agrément, sans trace de soufre à ce stade. Il reste encore un peu de sucres résiduels (15 gr environ), mais il est franc et net, avec un bon potentiel et de la matière. Le rosé 2014 (Tocade en 2013) ensuite : il reste aussi quelques sucres, +/- 9 gr, le tout issu d'un pressurage de gamay, comme il se doit, avec une très jolie gamme d'arômes. Ça goûte et c'est toujours sans soufre!... En rouge, il y aura sans doute deux cuvées (raisins ramassés les 1er et 9 octobre), dont une sélection issue du haut de la parcelle, où la roche affleure. C'est de cette partie que provient Trait Gamay 2013, sans soufre non plus, dotée notamment d'une épatante finale saline, dans un style gamay sur granite, mâtiné de saveurs océanes!... Très encourageant!... Egalement disponibles, quelques flacons de la Cuvée Noë 2013, le premier rouge de la gamme. Rémi Sédès ne fait pas du zéro soufre un dogme absolu et tient aussi à assumer son statut de débutant recherchant un équilibre satisfaisant, tant à la vigne, où le but est de favoriser la vie grâce aux labours plutôt que de désherber, qu'au cuvier, où il ajoutera deux grammes de soufre sans scrupules avant la mise, si le doute s'installe.

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Néanmoins, il apprécie comme il se doit le travail du GAB 44 (Groupement des Agriculteurs Biologiques de Loire-Atlantique) et notamment celui de Nathalie Dallemagne, chargée de mission "viticulture et oenologie naturelle" au sein du CAB (Coordination Agrobiologique des Pays de la Loire). Cette dernière contribue, par un appui technique énorme, à informer les vignerons de l'évolution de leurs cuves en cours d'élevage. Des prélèvements, des observations attentives au microscope grâce à un "labo itinérant" permettant aux vignerons de faire instantanément le point des levures et bactéries présentes dans les moûts et dans les vins. Sans oublier les analyses de pH, potentiel redox, oxygène dissous. Suivent une interprétation et d'éventuelles préconisations, en clair, tout ce qu'il faut pour éviter aux producteurs des prises de tête et démontrer, si c'est encore nécessaire, que les vins naturels ne sont pas forcément issus d'un empirisme dogmatique aux relents ravageurs!...

img668Rémi Sédès, un nom à suivre, un vigneron que vous pouvez inscrire sur vos tablettes!... Au milieu d'autres, vous pourrez le rencontrer à l'occasion de la 1ère édition de MOB (melon of bourgogne), le Festival du Vignoble Nantais, qui se déroulera le samedi 25 avril prochain à La Baule-Escoublac (Centre des Congrès Atlantia, 21, avenue du Maréchal de Lattre de Tassigny) de 10h à 19h, une initiative grand public proposée par Beehind, cher à Chloé Guéret, avec l'aide de l'Association des Vignes de Nantes et du Garage à Vins. Pas moins d'une trentaine de vignerons seront présents, les Landron (père, fils et même cousin!), Pesnot, Braud, Bretaudeau, Caillé, Orieux, Chevalier pour ne citer que ceux-là!... Un évènement, ni plus ni moins!... A vos agendas!...

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13 mars 2015

Vendredi 13, un bon plan pour le week-end : Tronches de vin 2!...

On espérait un p'tit air printanier et une p'tite brise légère qui porterait des effluves aériennes de fleur et de fruit, jusqu'au coeur des librairies, les bonnes (comme Agora, rue Clemenceau, à La Roche sur Yon), qui proposent à partir d'aujourd'hui Tronches de vin 2, le guide des vins qu'ont d'la gueule (toujours aux Éditions de l'Epure, avec Marie Rocher, co-éditrice), mais il faudra peut-être se résoudre à revêtir une petite polaire avant d'aller apprécier le contenu du second opus de "l'anti-guide" ou du "contre-guide", surtout si vous aviez pensé un instant le découvrir confortablement installé sur un banc du jardin public le plus proche de chez vous ou sur le granite d'un autre banc, au pied d'un calvaire breton ou face à la mer, pour exemples. Après tout, le printemps, ce n'est que vendredi prochain, même si c'est un peu aujourd'hui quand même, dans les coeurs et dans les verres!... Ça tombe bien finalement, nous pourrons sans doute l'apprécier comme il se doit, au coeur même du Jura!...

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Photo : Patrick Ximenes, Lecture d'un contre jour
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Pour avoir quelques avis sur le sujet, tenter de forger votre opinion de prime abord, vous pouvez aussi consulter quelques parutions récentes, voire quelques unes. Il y en aura peut-être d'autres et bien sur, n'hésitez pas à nous donner votre avis. En plus des journaux divers, vous pouvez aussi écouter la radio, comme par exemple, La Première RTBF, en Belgique, au cours de l'émission Bientôt à table, demain 14 mars, à 11h, au cours de laquelle interviendra notre inestimable renfort venu d'Outre-Quiévrain, Patrick Böttcher lui-même!... Voire même Graffiti Urban Radio, ce soir entre 17 et 18h, où votre serviteur aura le plaisir de s'exprimer sur le sujet, en attendant la prochaine émission des Petits Saignants, mercredi prochain, à partir de 20h.

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Au passage et puisque ce vendredi 13 est un peu hors norme, vous pouvez faire d'une pierre deux coups, lors de votre passage dans votre librairie préférée, puisque paraît aujourd'hui également, toujours aux Éditions de l'Epure, Trente nuances de gros rouge, de Philippe Quesnot, de Glougueule, un des complices de Michel Tolmer, auteur quant à lui des couvertures de TdV 1 & 2. Une saine lecture que les hommes (et les femmes) de glou ne peuvent pas manquer!... Allez, que diable! Un peu de truculence pour votre week-end!... Sans oublier d'ouvrir quelques canons!... A votre bonne santé!...

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13 février 2015

Tronches de vin 2 : gare aux récidivinistes!...

Ne poussez pas, il y en aura pour tout le monde!... Du moins, on l'espère!... En ce vendredi 13 février, veille de la St Valentin et à vingt-huit jours (oui, oui, plus que quatre semaines!) du vendredi 13 mars 2015, nous pouvons annoncer, rappeler plutôt, que Tronches de vin n°2 sera enfin disponible!... Chacun l'aura compris, nous avons fait tout notre possible, avec nos co-éditrices préférées, Sabine Bucquet-Grenet, des Éditions de l'Epure* et Marie Rocher, pour que les augures nous soient favorables, du moins au niveau des dates!... Non que nous craignions, de prime abord, quelque chat noir ou signe défavorable de nos superstitions refoulées, mais après tout, ça ne mange pas de pain!... C'était aussi, sans doute, parce que nous avions dans un coin de notre mémoire (pas seulement olfactive), le souvenir des difficultés rencontrées avant la parution du premier Tronches de vin. Vous vous souvenez peut-être : le but, c'est le chemin!... D'ailleurs, pour nous conforter dans cette recherche de l'absolu protecteur, nous n'avons pas lésiné sur les moyens, puisque, après tirage au sort, c'est Guillaume Nicolas-Brion, membre de la bande des six, qui s'est vu chargé de sillonner le monde pendant un an, afin de déposer quelques offrandes aux divinités locales, du Bassin méditerranéen à l'Amérique centrale. Avec ça, si on ne double pas le premier tirage de 3000 exemplaires dès le premier mois!...

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J'entends d'ici les rotatives!... Pour info, ce sont celles de Art & Caractère, implantée à Lavaur, non loin de Toulouse et pas loin non plus de Gaillac. TdV 2 ne manquera donc pas de pétillance, mais pas que. De douceur enjôleuse et de caractère mature aussi. Aura-t-il un accent rocailleux du grand Sud-Ouest?... Ah, les poncifs ont la vie dure!... Néanmoins, on appréciera au passage la devise de l'imprimeur qui nous va bien : "Un univers à part, où le projet chemine jusqu'à son terme, quel que soit son point de départ, s'enrichissant du talent et de l'implication de chacun." Pas étonnant que ce soit les chouchous de Sabine!...

Parlons de la "bande des six" évoquée plus haut. En effet, le "club des cinq" du numéro 1 s'est élargi d'une unité, avec ce renfort venu d'Outre-Quiévrain, en la personne de Patrick Böttcher, pas peu fier et impatient de se soumettre avec plaisir aux longues séances de dédicace, qui ne manqueront pas de se dérouler dans les brasseries wallonnes, voire flamandes, mais certainement au moins, chez Cantillon, au coeur de Brusselles, qui ne manquera pas de brusseler, quand le temps sera venu. Patrick, prompt renfort avant que d'arriver au port (sicilien certainement, à moins qu'un imbarcadero des lacs transalpins...), c'est aussi pour éviter un Waterloo éditorial (même pas peur!) et conforter notre offensive vers l'Alsace et l'Italie, d'ores et déjà alliées en Résistance Naturelle, comme nous le suggère Jonathan Nossiter dans son dernier film, cinéaste célèbre qui se trouve être d'ailleurs, l'auteur de la préface de TdV 2. Le monde au naturel est bien fait!...

²TDV - Guillaume   ²TDV - Patrick   ²TDV - Antonin

Renfort ès-notoriété aussi, en la personne d'Antonin Iommi-Ammunategui, le plus basco-latino-américain d'entre nous, puisque passé en un éclair du statut de "poil à gratter du web vinique 2.0" à celui de star des médias, option arsenic et vieilles dentelles, ayant accepté après mûre réflexion, le très envié titre de Meilleur Blog de l'année 2014, attribué par une célèbre revue spécialisée dans le conformisme vinique, ébranlée cependant, certains jours et récemment, par les fines bulles et la pointe de volatile (pour peu qu'elles soient quasiment indécelables, pffuuii, vade retro Satanas!). C'est du second degré, bien sûr! (je précise cela au passage, puisque depuis peu, B&D me suivent sur Twitter!).

Là-bas, dans les lointaines montagnes de l'Est, Olivier "Olif" Grosjean veille toujours sur l'origine du vin, comme s'il s'agissait du monde... Et ses goûts vont toujours vers ces cuvées, ces canettes et ces bolées, capables de l'étonner et de donner l'instant plaisir, surtout lorsqu'il s'adonne au ski de fond, sur les pistes de rêve de la Transjurassienne et autres sites labellisés du skating pontissalien. Lorsque le Moscou-Paris s'installe et que les paysages du Haut-Doubs s'illuminent de soleil et de bleu (de Gex), vous ne manquerez pas de le voir filer dans la trace, rejoignant au bout du suspense son épouse Catherine, franchissant parfois la ligne avant lui, parce qu'ayant refusé cette ultime pause Comté-Loirette, au milieu des sapins!... Il est l'auteur, pour l'essentiel, des Brèves de Tronches, nouveauté à découvrir dans TdV 2, rubrique qu'il composa au creux de l'hiver (à moins que ce ne fut l'été...), entre deux déneigements sportifs de sa terrasse, envahie chaque semaine de plusieurs mètres de neige!... Au printemps, pas de doute, Olif est en forme, prêt à croiser le verre avec les visiteurs de moult salons. Ultime précision : il fait parfois beau et chaud dans le département du Doubs (les joutes électorales n'y sont pour rien!) ou du Jura et les vins de cette contrée ne vous laissent pas forcément de glace!...

²TDV - Olif   ²TDV - Eva   ²TDV - Philippe

Pas de doute, Eva Robineau ne nous aurait jamais laissés tomber!... Et ce, malgré son nouveau statut de chef d'entreprise. Celle que l'on surnomme désormais Flying Railway Eva (pour ses allers-retours tégévinesques entre Angers et Paris) ne manquerait pour rien au monde l'invitation de quelques cavistes parisiens aux soirées gourmando-vineuses qui animent la Capitale!... Pour vos éventuelles futures demandes de dédicaces (pas en mariage, ce n'est plus open, la date étant d'ores et déjà fixée, désolé!), il vous faudra peut-être vous glisser dans la Salle des Pas Perdus, au bout du quai 20 de la Gare Montparnasse, qu'elle connaît désormais au moins aussi bien que le clavier de son iPhone 6, à moins qu'elle n'en soit déjà au 7!... Notez que rares sont ceux qui peuvent affirmer qu'elle a bien le mot twitter tatoué au bas du dos, comme le précise TdV 2, mais tout porte à le croire. Enfin, lorsque les circonstances l'y obligent, elle est aisément volontaire pour stocker dans sa cave quelques cartons de bouteilles de ses amis et ce, sans même de prélèvement au titre de quelque gabelle. Forcément, on l'aime!...

Enfin, pour ma part, ayant déjà évoqué ici-même nos projets, me permettant de passer de l'autre côté du miroir (ou du tire-bouchon) avant bien longtemps, quel ne fut pas notre plaisir (Madame PhR et Horta peuvent en témoigner, pour peu que l'on s'installe non loin d'une rivière ou d'un plan d'eau!) depuis la sortie de TdV 1 de charger la voiture pour les vacances, de poser notre tente au coeur des vignobles lointains et de découvrir quelques vignerons innovants et passionnés, que vous pourrez identifier prochainement. Au fil des quelques 280 pages de notre nouvel opus, vous croiserez 120 de ces vignerons de douze pays, plus la France, soit treize (on a tout fait, vous dis-je!), certains installés ou présents sur les salons depuis peu et d'autres beaucoup plus connus, indiscutables tronches du vin cependant, dont la notoriété et la passion se voient notamment confortées aujourd'hui par le passage de relais, la transmission à leur descendance, gage de leur passion indéfectible, voire de tronchité pérenne (je sais, les néologismes débridés mériteraient quelques guillemets).

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Voilà, Tronches de Vin 2 est en route!... Vous pouvez d'ores et déjà lui faire une petite place sur votre table de chevet ou dans le vide-poche de votre berline. Michel Tolmer nous a surpris par sa couverture colorée et quelque peu printanière. Féminine aussi, non pas pour illustrer une supposée parité, mais bien parce que le monde du vin est désormais peuplé de femmes à tous les niveaux de la production, de la vigne au chai, mais aussi de la dégustation ou de la promotion. Qui s'étonnerait encore aujourd'hui de croiser le regard (et le verre) avec une femme dans une cave, un bar à vins ou la salle d'un restaurant faisant appel aux talents d'une sommelière?... Mais, prenez garde quand même, à qualifier le nectar qu'elle vous proposera alors de "vin féminin", vous pourriez aisément risquer d'être accusé de sexisme de bas étage!...

Bien sûr, nous attendons désormais vos avis, comme nous le faisions en 2013!... Beaucoup de ceux qui avaient été exprimés alors par nos lecteurs nous avaient touchés, même s'il y avait bien quelques absents dans notre première liste (il y en aura encore!) et que parfois, les photos étaient quelque peu celles... d'amateurs (nous avons fait des efforts cette fois). Mais, nous revendiquons toujours ce statut qui nous pousse à parcourir tous les vignobles, avec nos sensibilités nuancées, nos perceptions parfois différentes, nos débats aussi, verre en main et tout ce qui nous rapproche et nous étonne dans ce monde des vins, de la vigne et des vignerons. Bonne lecture, les récidivinistes, quant à eux, sont parés!...

*: notez que ce même 13 mars 2015, sort également Trente nuances de gros rouge, de Philippe Quesnot, des récits truculents à ne pas manquer, pour chasser le... grey de notre monde!...

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12 février 2015

Julien Braud, la nouvelle vague en Muscadet

Début février glacial. En cette matinée, à Monnières, il fait froid à fendre l'amphibolite!... Pour un peu, le village serait jumelé d'office avec Mouthe, aimable localité jurassienne*, que dis-je? du Haut-Doubs, qui détient nombre de records de basses températures, là où le mercure des thermomètres gèle, dit-on, comme en janvier 1985, mais peut-être cela tient-il de la légende?... Cet hiver froid est plutôt le bienvenu pour les vignerons, qui ne craignent pas de passer des journées dehors à tailler, plutôt que subir la pluie.

Peut-être quelques amateurs et assimilés ont-ils déjà eu vent des premières cuvées proposées par Julien Braud?... Voire quelques pros, récemment, lors de la Levée de la Loire et ceux qui fréquentent, de temps à autres, la belle restauration nantaise, comme Les Chants d'Avril. Pourtant, ce membre de la nouvelle vague du Muscadet, n'en est qu'au tout début de son histoire, mais la passion qui l'anime va certainement lui permettre de rejoindre très vite les référents du vignoble local (si ce n'est déjà le cas!) et peut-être même, d'être un des leaders de la génération montante.

002Le Muscadet, que l'on dit parfois maritime, au regard de la proximité de l'Océan Atlantique et de son influence climatique, n'est pas loin de déborder de belles cuvées à découvrir et à mettre en valeur. Et tout cela avec le melon B, ou melon de Bourgogne, fils du gouais blanc et du pinot noir (comme nombre de cépages de la famille des Noiriens), introduit sur les coteaux de la Loire dès 1635, semble-t-il et plus certainement après 1709 et son hiver glacial, au cours duquel la mer gela et les vignes aussi!... (Et à Mouthe, quelle température fit-il cette année-là?...) Une variété de vigne adaptée à la région, ainsi qu'à ses sols et sous-sols, comme tend à le démontrer ce travail assez récent, permettant désormais de délimiter des Crus Communaux (Le Pallet, Clisson, Gorges, puis en cours de certification, Château-Thébaud, Monnières-St Fiacre, Mouzillon-Tillières, Goulaine, voire Vallet et La Haye-Fouassière), où granite, gneiss, orthogneiss, gabbro et amphibolite influent sur la dimension organoleptique des jus, avant même le travail des vignerons et l'influence de l'élevage.

Les premières cuvées de Julien ne manquèrent pas d'interpeller Vincent Caillé, vigneron monnièrois lui aussi. Il faut dire que leurs parents se croisèrent souvent, puisque leurs caves respectives étaient naguère voisines, au coeur du village. Julien Braud y est resté, puisqu'il dispose là d'un local et de quelques cuves souterraines aux dimensions raisonnables, celles du domaine familial n'ayant jamais atteint les volumes (100 hl!) apparus voilà quelques décennies dans le secteur.

Le jeune homme, âgé de 28 ans, au terme de ses études d'ingénieur viti-vini effectuées en alternance dans le Lyonnais et d'un apprentissage en Beaujolais, dans un domaine de Romanèche-Thorins, terre du cru de Moulin à Vent, revient au bercail pour les vendanges 2009. Quelque chose de logique, puisque Monnières et sa terre natale étaient connues jadis pour être le "pays des moulins"! Pendant trois ans, il travaille avec ses parents sur le domaine familial - Domaine du Fief aux Dames - où se succédèrent cinq générations, plutôt dans un mode conventionnel. Mais, Julien exprime alors, en 2012, sa volonté de travailler en bio, tout en cherchant à distinguer les terroirs. Il propose donc de reprendre trois hectares, tout en continuant à travailler à mi-temps avec son père. Il acquière en plus quelques parcelles qui étaient en fermage et reprend deux hectares, du côté du Moulin de la Justice, à un vigneron cessant son activité. Soit un total de 7,8 ha aujourd'hui, dont 5,5 ha en production pour le millésime 2014. Notez que certaines parcelles, plantées en 1936, représentent un véritable patrimoine, mais elles devront néanmoins être arrachées et replantées avant longtemps.

003Découverte des premières vignes dans le secteur de la Croix Barré, à quelques encablures seulement du bourg. Ce coteau légèrement bombé est connu pour être celui des Quarterons. Un site que Julien Braud affectionne particulièrement, avec ces vignes familiales datant des années 50, où il espère prélever des greffons, en vue de futures massales. Nous sommes ici sur le gabbro du Pallet (le village sur l'autre rive, en face), à gros grains et plus filtrant, par opposition au gabbro de Gorges et ses sols plus "argilisés", s'apparentant plus à l'altération des gneiss du secteur. Une butte rive gauche de la Sèvre Nantaise, bien ventilée et séparant le bourg de la rivière. Jadis, les moulins étaient alignés jusqu'à La Minière. Au total, pas moins de deux à trois hectares sur ce coteau, friche voisine comprise, sur laquelle, il ne manquera pas de planter quelques céréales, avant de faire "remonter" quelques droits. En effet, dans le village même, quelques petites parcelles, dont certaines sur des amphibolites, seront sans doute arrachées à moyen terme. Cette roche métamorphique, rendue désormais célèbre par Jo Landron, n'est pas affleurante ici et donc, les sols sont beaucoup plus riches. Conséquence, les vins sont résolument sur le fruit et ne permettent, selon le vigneron, que la production d'une bulle.

Inutile de préciser à quel point Julien est attaché aux notions de terroir. A la roche bien sur, mais aussi à la structure des sols qui conditionne beaucoup de choses. "Lorsqu'ils sont plus ou moins argilisés et plus ou moins sableux, cela influe énormément sur l'écoulement des eaux, la réserve utile en eau des terrains, mais aussi en azote et autres nutriments, avant même de parler d'expositions ou des vents dominants."

006Avant de passer à l'ouest du village, afin de découvrir le secteur des Jeunetais, petite visite à deux des vedettes locales : Othello et Volcan. Le premier est un superbe Percheron gris de treize ans, le second est un Breton brun de six ans, déjà impatient de travailler, même s'il a encore tout à apprendre (avec Frédéric Carlier dans la Creuse) ou presque, volontiers dominant. Ils sont pour l'heure dans un pré pentu dominant un méandre de la Sèvre et ils n'ont pas manqué d'interpeller les habitants de la commune!... Pensez donc, travailler avec le cheval dans le Muscadet!... Certains ont du se frotter les yeux!... C'est l'épouse de Julien, Apolline, passionnée de chevaux, qui lui a transmis le virus. Et depuis, le vigneron travaille les sols et peut constater à quel point il va pouvoir limiter le tassement de ceux-ci.

Ensuite, traversée de Monnières pour rejoindre le plateau des Jeunetais, non loin du Moulin de la Justice. Cette très belle parcelle donnant sur La Hallopière et dans laquelle le rocher affleure, est séparée par un chemin, des Grandes et Petites Herses où là, ce sont plutôt des gneiss altérés qui dominent, pouvant donner une bonne unité d'expression. Notez que si le vigneron appuie sur ces parcelles et leur identité, c'est que la tendance est à proposer avant longtemps des cuvées parcellaires, afin de conforter ce travail de fond. Une démarche quelque peu contrariée en 2012, puisque pour ses premières vendanges sur trois hectares, il ne récolta que 15 hl/ha en moyenne!... "On ne perd pas de clients, puisqu'on en n'a pas, mais, c'est quand même l'angoisse..."

A la vigne, au-delà du travail du cheval, Julien Braud souhaite mettre l'accent sur certaines phases essentielles à ses yeux, comme la pratique d'une taille redonnant un bon équilibre aux ceps et d'un ébourgeonnage attentif. Il utilise nombre de tisanes et décoctions, voire quelques préparations biodynamiques, sans pour cela, la moindre revendication jusqu'à maintenant.

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Il n'est que de déguster les jus du millésime 2014 prélevés sur cuves souterraines, pour constater que le jeune vigneron de Monnières a déjà trouvé son style. Jusqu'ici, les mises des deux premières années ont été pratiquées en novembre, mais Julien va proposer, dès les prochains mois, une cuvée 2014 dite de printemps, genre pur jus de gneiss (duo de vignes des Barres et du Fay d'Homme, sur des gneiss plus altérés, situées dans le village), avec juste ce qu'il faut de fruits blancs (poire) et de fraîcheur, ce qui ne manquera pas d'agrémenter nos dégustations printanières de coquillages, marée du siècle oblige!... Les Jeunetais (dont le style s'exprime le plus souvent sur le pain grillé) et Les Quarterons (souvent anisés, voire mentholés à terme) associent pour l'instant des arômes citronnés et une jolie touche saline, soutenue par une belle acidité.

L'emploi des sulfites ajoutés est limité le plus possible, par une pratique régulière de la dégustation en cours d'élevage et par une grande rigueur (tri attentif lors des vendanges) lors des fermentations. La seconde fermentation, dite malolactique, est en principe bloquée (elle s'est cependant faite en 2014, du fait des pH hauts, épisode ni gênant, ni recherché) et un très léger sulfitage intervient lors des mises, précédées parfois d'une très légère filtration sur plaques.

Les Jeunetais 2013 expriment tout leur potentiel, avec de très beaux amers en finale. Partis pour dix-huit mois d'élevage sur lies, Julien n'en fera la mise qu'à l'été 2015 sans doute, lorsqu'il aura le sentiment que le vin est absolument en place. Les Quarterons 2013 disposent d'un beau volume et d'une mâche étonnante. Un équilibre et une expression aromatique qui devraient s'affiner encore, puisque ce jus, qui composera le futur "Monnières-St Fiacre", est parti pour trente mois d'élevage et seule la dégustation indiquera dans quelques temps, si cette phase mérite d'être prolongée six mois supplémentaires. N'oubliez pas de réserver, on ne le répétera pas!...

Des blancs donc, mais aussi bientôt des rouges!... Du moins, un rouge, puisque Julien Braud a aussi planté 69 ares de pinot noir sur des gabbro très peu altérés, mais aussi sur des gneiss. A priori, l'idée est de proposer une jolie cuvée sur le fruit et on est presque déjà impatients de la découvrir, tant le jeune homme, amateur de vins droits et rectilignes a, de toute évidence, une forte capacité à étonner les amateurs. Il fait donc, au passage, la démonstration qu'il est au coeur d'une région en mouvement, avec quelques acteurs volontiers innovants. Il cite d'ailleurs parmi ceux-ci, Manu Landron et sa compagne Marion, installés sur Le Pallet, mais dont les vignes se situent sur La Haye Fouassière pour l'essentiel, ou encore Rémi Sedes, sur les Coteaux d'Ancenis et Jacques Février, à Oudon, autant de vignerons que nous ne manquerons de découvrir in situ avant longtemps. La nouvelle vague nantaise, n'en doutons pas!...

*: Notez qu'il existe une autre commune du nom de Monnières... dans le Jura!

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06 février 2015

Et si on passait à autre chose...

Au creux de l'hiver, le 1er décembre dernier, j'ai eu une sorte de flash, quelque chose qui me disait que je vivais là, le premier jour du reste de ma vie. C'est peut-être parce que la soudaineté de ce choix de nouveau statut professionnel et du coup, son côté incontournable et définitif me permettait de franchir une nouvelle porte. Mais aussi, sans doute, parce que la passion que j'essaie de partager - vins, vignes et vigneron(ne)s - appelle sans cesse à se tourner vers d'autres horizons.

A mon âge et en espérant que la vie me permette d'entamer encore plus loin la découverte de ce nouveau millénaire, j'ai une pensée pour une, voire deux générations de celles et ceux qui m'ont précédé. Un certain nombre d'entre eux ont cessé leurs activités professionnelles à l'âge que j'ai aujourd'hui et même un peu plus jeunes. Mais, c'était il y a trente ou quarante ans, à une époque où la pénibilité ou la rudesse de certaines tâches n'étaient pas montrées du doigt et assimilées à de supposés privilèges. De plus, cette génération, celle de mes parents, oncles et tantes, avait eu vingt ans entre 1940 et 1945. Prisonniers pendant de longues années en Allemagne, loin de leurs familles ou victimes de toutes sortes de privations pendant l'Occupation, voire combattants engagés dans une lutte acharnée sur divers champs de bataille, ils franchirent ce cap, parfois sanglant, de leur jeunesse, certains de sourire à la vie qu'il allait leur être donné de vivre et de partager, en traversant, clopin-clopant parfois, le baby boom et les Trente Glorieuses. Et que dire encore de ce grand-père qui passa plus de deux ans de cette même jeunesse dans les tranchées de Verdun ou de la Marne, un vendéen taiseux, dont je compris (mais un peu tard!) qu'il allait me manquer, au moment même où il expira sous mes yeux. Reposez tous en paix!...

Alors, au moment même où mon avenir professionnel s'inscrit dans un semblant de pré-retraite, comme on disait naguère, je vais prendre une sorte de virage, parce que la vie mérite d'être vécue pleine et forte, avec juste ce qu'il faut d'intensité, laissant la place, certains jours, à la découverte, au partage et à l'envie de continuer à parcourir le monde, à croiser des regards étonnés, qui brillent des reflets d'un vin que l'on vient de verser. Il ne nous reste donc plus qu'à croiser le verre au nom de la vie!...

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Je devine que certains voient là l'expression d'une forme d'idéal. Et d'aucuns pour me rappeler que l'idéalisme ne fait pas bon ménage avec la rentabilité économique. "Qu'avez-vous à proposer de plus que les autres?..." me demande ma conseillère cécéiste. Ce que les autres n'ont pas!... D'où cette idée de tenter d'être un "alter-caviste". Petite boutique, petit volume, petit stock, renouvellement saisonnier et une grosse envie de susciter la curiosité, convaincre que l'on peut découvrir, même dans nos contrées lointaines, ces cuvées rares, voire introuvables. Je sais que les réalités ne vont cesser de me poursuivre, au moins pendant quelques temps. C'est toute la difficulté du challenge. Mais, nous avons quelques atouts, comme ceux liés à ce qui doit être une activité d'appoint et la volonté de s'appuyer sur nos rêves d'indépendance et d'originalité.

Sans oublier l'envie de faire aimer le vin comme une sorte de totem culturel, de toutes les cultures et pas seulement franco-française. Tous les vins sont égaux en droit... d'accéder à votre table et à celle de votre entourage!... Ils racontent tous une histoire, celle d'hommes ou de femmes, qui parfois entrent en résistance contre des logiques économiques, sociales et sociétales pour le moins frustrantes. C'est aussi ce qui nous anime et c'est une façon de rejoindre... naturellement cette résistance. "Le vin est une question politique!" clame Antonin Iommi-Amunategui, qui propose No wine is innocent, élu Blog de l'année par la Revue du Vin de France (qui l'eut cru?) et par ailleurs co-auteur (avec Eva, Olivier, Patrick, Guillaume et votre serviteur) du guide Tronches de vin, le guide des vins qu'ont d'la gueule (dont le numéro 2 paraitra le 13 mars prochain). Alors, entrez en politique!...

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Voici donc ce qui n'est qu'une esquisse. Une boutique dans la ville. Le nom, une marque à déposer, n'a pas encore pignon sur web. Un site dédié est à l'étude. Concrètement, jardin, grands arbres et massifs divers sont là, tout proches, de l'autre côté de la rue La Fayette (nous voilà!). J'y inviterai volontiers les Languedociens François Aubry ou Ludovic Engelvin, afin de partager quelques-uns de leurs flacons, en même temps que leurs brebis pourraient pâturer sur les greens de la Mairie voisine!... Pas certains que cela plaise à tout le monde!... Pourtant, eux qui viennent des Terrasses du Larzac ou qui fréquentent le Causse ou le Mont Aigoual, ne manqueraient pas de rappeler les grandes heures post-soixante-huitardes et la présence des moutons sous la Tour Eiffel!... Et puis, avec la Place Napoléon à deux pas, les animaux sont un peu chez eux!...

Alors, Olivier Cousin, retour des Indes, avec ses chevaux?... Ou encore Christophe Landry, le Margalais, avec ses vaches jersiaises, voire les massanaises des Albères, ou albera, venues de Banyuls?... Je devine aisément que les cuvées d'Alice Brun, de Mollans sur Ouvèze, accompagnées de délicieux chèvres frais ou plus secs, venant en droite ligne de la montagne de Séderon, ne vous laisseront pas indifférents. Ni les abricots du Clos des Cîmes, lorsque l'été sera venu. La pêche à pied vous passionne, nulle marée du siècle ne vous échappe?... Alors, il vous faut les nectars made in Muscadet de Vincent, Marc, Fred et les autres, pour transcender ces saveurs marines.

Un mélange de passion et d'enthousiasme nous porte. Passe-t-on, avec toute la sérénité voulue, du statut d'amateur à celui de caviste, même si l'oenophilie partagée et l'oenotourisme peuvent apparaître comme des étapes dans un process d'évolution?... Accordez-moi encore quelques semaines pour être à même de le confirmer. Histoire que je prépare comme il se doit quelques cartes d'invitation et que le rêve devienne intégralement réalité. 

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