La Pipette aux quatre vins

30 mai 2021

Non è pericoloso sporgersi!...*

C'est une drôle de sensation de disposer de nouveau de billets d'avion!... De plonger dans l'étude de la carte routière d'une contrée lointaine (n'oublie pas ton GPS!), de décrypter les guides de voyage disponibles, de composer un trajet multi-supports (train-métro-bus-avion et idem au retour), avec une quasi inévitable étape parisienne (c'est parfois tordu, lorsqu'on vit dans nos lointaines provinces. Tranquilles, mais lointaines). Et de disposer enfin d'un certificat de vaccination glissé dans le passeport et devant nous s'ouvrir les frontières, qui n'existent plus en Europe de Schengen... mais qui existent quand même! Je me demande comment nous allons appréhender le fait de se retrouver dans une cabine d'avion bien pleine, de fréquenter tous ensemble les mêmes espaces dans les aéroports... Pour ma part, ma dernière escapade remonte à début juillet 2020, en Corse, lorsque les avions étaient encore complets, que nous devions tous y porter le masque... et faire une déclaration sur l'honneur que nous n'avions pas été touchés par la Covid 19 et que nous ne fréquentions pas de personnes atteintes par le virus!...

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Parmi les objectifs de l'année 2020, figurait en effet la Sardaigne!... Ses dimensions en font la deuxième île de Méditérannée après la Sicile, mais on la connaît assez peu, malgré son histoire multi-millénaire. D'ailleurs, on a parfois le sentiment d'être peu nombreux à la découvrir, si on se réfère, par exemple, au Guide du Routard, bien moins épais que les guides d'autres destinations îliennes. Est-ce un critère fiable?... On sait cependant que cette île est devenue une destination estivale très prisée, notamment d'une certaine jet-set bling-bling mondiale, lassée d'autres plages aux eaux turquoises (pas si nombreuses que cela ici, d'ailleurs!) et qui se complait à montrer son dernier yacht sur la Costa Smeralda, du côté de Porto Cervo. Je vous rassure de prime abord, mon objectif est tout autre!... Mon moyen de locomotion également, d'ailleurs, même si une circumnavigation, de marina en marina, est plutôt tentante et doit avoir un certain charme!...

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Avant de mettre le cap sur l'Italie, je ne manque jamais de solliciter quelques conseils amicaux auprès d'Elena Pantaleoni, vigneronne de La Stoppa, en Emilie-Romagne, mais qui, connaissant bien son pays, peut indiscutablement me donner quelques pistes à suivre, me conduisant là où on fait bon!... C'était en juillet 2017, comme le temps passe!... Et la Covid-19 n'a pas arrangé les choses. Son tiercé gagnant était alors le suivant : Dettori - Montisci - Manca. L'un est au nord de l'île, l'autre au sud et le dernier plutôt dans le centre-est!... Elle est joueuse, Elena, les distances et les voyages ne lui font pas peur!... Ces trois domaines sont considérés comme des référents sardes, pour diverses raisons. Je me dis alors qu'en cherchant bien, je pourrais agrémenter mon périple de quelques découvertes, façon pépites. Avec l'aide la plus amicale qui soit d'Alessandro Dettori, je sais que désormais, ce voyage devrait rester dans les annales, revêtant même quelques aspects quasi initiatiques, vu que les compagnies aériennes proposent dès cet été de nouveaux vols et que les confinements et autres couvre-feux ne sont plus que des mauvais souvenirs!...

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Doutant  alors de mon choix en matière d'aéroport (de plateforme aéroportuaire, comme on dit de nos jours!) d'arrivée, Alessandro Dettori me confirma que Cagliari, tout au sud, était la bonne option. Interrogé quelques jours plus tôt, il me permettait de constater que sa réflexion et sa stratégie était des plus fines. Je lui avais donc demandé de me conseiller trois ou quatre domaines moins connus que les référents ci-dessus et je pouvais notamment constater toute l'affection qu'il porte à ses confrères parmi les plus passionnés, mais aussi à son pays, à la force de ses traditions et peut-être, à un léger déficit de notoriété des vins de Sardaigne, en France notamment. Lorsque je suggérais qu'il m'oriente également vers des producteurs hors normes d'huile d'olive et de fromages en particulier, éventuellement d'autres choses, il me répondit avec humour : "Seule chose, il faut savoir que vous gagnerez cinq kilos en cinq jours!..." Mystère de la traduction spontanée : dans quel sens? Perdus pour cause d'hyper activité dans le vignoble ou pris du fait de la gastronomie sarde?... Faites votre choix!... La réponse au retour!

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C'est donc au sud de la Sardaigne que doit débuter cette sorte de voyage initiatique des us et coutumes sardes, du moins pour ce qui est des vins. On pourrait s'attendre à un certain classisisme, mais on découvre vite, ne serait-ce qu'en faisant quelques recherches çà et là, que la tradition a du bon ou, du moins, que l'attachement de la nouvelle génération à tout ce qui a construit et renforcé les précédentes est fort et motivant. Les meilleurs vignerons de Sardaigne sont désormais prêts à promouvoir les cépages autochtones dans leur version locale, comme le cannonau (grenache noir), le bovale sardo (carcajolo nero ou muristellu en Corse), le nasco ou le nuragus, sans oublier la malvasia ou le vermentino bien implanté aussi et quelques autres.

En 1999, les frères Marchi, au domaine Sa Defenza complètent d'une dizaine d'hectares, la première plantation de vignes réalisée par leurs parents. Celle-ci était surtout destinée à abreuver leurs amis et la nouvelle génération pense tout d'abord suivre le même chemin. Depuis, plusieurs cuvées sont disponibles en bouteilles, après des essais façon "vins de garage" et quelques turpitudes administratives, en vue de la construction de la nouvelle cave!... Elles sont issues d'une vinification des plus naturelles et à la vigne, le choix d'une "agriculture synergique" est une option forte et déterminante. Ici, pas de travail des sols, les herbes spontanées et la faune contribuent à la qualité de l'ensemble. Le tout est complété d'oliviers, de pruniers, de pêchers et de quatorze hectares d'un maquis méditérannéen typique. Sans oublier un blé ancien, dont la farine permet de proposer aux environs, les meilleures pizzas du monde!...

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A suivre, la découverte du Sulcis Iglesiente, l'extrême sud-ouest de l'île, que l'on a coutume de qualifier de région la plus pauvre de Sardaigne. C'est sans doute pour cela que nombre de ses habitants choisirent de travailler dans les mines de charbon de Carbonia, par exemple, au milieu du XXè siècle. Depuis, les enfants de ceux-ci se tournent vers la vigne, comme celle plantée dans le sable qui recouvre le sol carbonné. Enrico Esu en est un des meilleurs exemples et sa cuvée NeroMiniera vaut le détour, toute de carignano composée au nom du père paysan-mineur, avant de mettre cap au nord.

Quelques courtes heures de route pour passer dans la partie septentrionale de l'île. Magomadas est le fief de la malvasia di Bosa, chère à Giovanni Battista Colombu, décédé en 2012, un des protagonistes de Mondovino, le célèbre film de Jonathan Nossiter. C'est là que Piero Carta soigne, bichonne ses quelques arpents de malvoisie. Nous sommes là au royaume de l'artisanat, que dis-je? de la haute couture. Et ce n'est pas un vain mot, puisque la cité médiévale de Bosa est aussi connue pour ses brodeuses des rues, qui rivalisaient de talent, en fixant le "filet" sur un cadre en bois et brodaient ensuite les symboles typiques de la tradition sarde, telle que la grappe de raisin, symbole d'abondance. Notez que les bouteilles de malvoisie ne sont guère abondantes chez Piero Carta!... Celui-ci n'a pas céder aux sirènes supposées plus rémunératrices des vins doux, mais conserve la tradition d'un élevage oxydatif, ce qui lui vaut, au passage, d'être invité au futur salon Bi Ranci, à Perpignan. Une référence en la matière!

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A Sassari, on n'est qu'à quelques kilomètres du golfe de Turritano. De là, vous pourrez rejoindre la Corse en prenant le ferry à Porto Torres et peut-être même l'apercevoir par temps clair. La petite ville de Sennori est le fief de la famille Dettori. Alessandro est le représentant de la cinquième génération de vignerons installés en Romangia, sous-région du Logudoro (lieu doré en français), l'un des quatre royaumes, ou judicats, de la Sardaigne médiévale, disposant alors d'une grande autonomie entre les VIIIè et XIIIè siècles. "Je ne cherche pas à satisfaire les marchés, je produis des vins qui me plaisent à moi, des vins de ma terre, les vins de Sennori. Ils sont ce que je suis et ne sont pas ce que tu voudrais qu'ils soient." Profession de foi.

La région est historiquement riche du fait notamment de son agriculture et de son artisanat, mais aussi par les traces de son passé, avec nombre de ruines nuragiques, romaines, byzantines, médiévales et aragonaises. Le territoire est composé de vallées (badde en sarde) qui ont valeur de crus. Au domaine Dettori, c'est Badde Nigolosu, un amphithéâtre naturel, au sol à prédominance calcaire. Tout autour, la végétation est foncièrement méditérannéenne : oliviers, caroubiers, myrte, anis, figuiers... Les vins sont presque tous monocépages et issus d'un parcellaire précis. On trouve là vermentino, cannonau, monica, pascale et moscato. Tous sont proposés en IGT Romangia, appellation la plus authentique aux yeux des vignerons du domaine. A ne pas manquer!

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Avant de regagner le sud et Cagliari, pour prendre le vol de retour, il me faudra franchir les montagnes mystérieuses du centre de la Sardaigne... Je ne pourrais assister au célèbre carnaval de Mamoiada, qui se déroule le 17 janvier, le plus ancien et le plus caractéristique des traditions de l'île, mais je suis certain d'y puiser un peu de l'âme sarde. A la Saint Antoine, une douzaine de mamuthones et presque autant de issohadores, les uns couverts de peaux de chèvres noires, les autres d'un costume coloré, défilent en procession dans la petite ville. Ambiance!... C'est là que je dois rencontrer Giovanni Montisci, vigneron, dont les deux hectares de sols de granit décomposé, propose un des meilleurs cannonau de l'île, façon vignoble de montagne. Il fut mécanicien, hérita de quelques petites parcelles de vieilles vignes, se forma patiemment auprès de deux anciens vignerons du cru et finit par pratiquer ses premières mises en 2004. Depuis, on dit que Châteauneuf-du-Pape, le Priorat et même Barolo n'ont qu'à bien se tenir!... Bigre!

Une petite centaine de kilomètres plus au sud, se situe Nurri. Nous sommes également là aux environs de 650 à 700 mètres d'altitude. Gianfranco Manca est artisan boulanger et vigneron : Pane-Vino. Des terroirs variés (argiles, schistes, calcaires), six hectares de parcelles familiales récupérées à la fin des années quatre-vingt et une vision "artistique" du vin!... Il dispose d'une trentaine de cépages sardes connus ou oubliés, auxquels il a ajouté des variétés italiennes, mais non locales. Les amateurs parlent de vins d'intuition et d'émotion. Lui aussi, pendant dix ans, il approfondit ses connaissances, rapproche parfois la panification de la fermentation du vin. Dès lors, en 2005, il propose des vins un peu comme des oeuvres d'art très personnelles, qui traduisent les pensées et le vécu de l'année. Gageons que le millésime 2020 pourrait nous surprendre!... On dépasse ici largement la notion de terroir et de cru. Une autre planète au final, dont on a peut-être du mal à revenir, mais c'est sans doute ce qu'on attend, certains jours, après des semaines et des mois passés à imaginer virtuellement nos escapades... Non, décidément, il ne faut pas que je le rate cet avion, début juillet!...

index*: Il n'est pas dangereux de se pencher

Pour paraphraser !es anciennes recommandations SNCF, celles que l'on pouvait lire jadis (je vous parle d'un temps que les...) dans les wagons des trains rapides partant vers l'Ouest notamment (souvenirs...), le temps où les passagers pouvaient ouvrir les fenêtres, lorsque la chaleur estivale faisait transpirer tous ceux gagnant leur lieu de villégiature!... Le Mans, Le Mans, six minutes d'arrêt!... Attends! Je vais chercher un sandwich à la rillette, il y a une marchande sur le quai!... (les meilleurs du monde). Souvenirs! C'est sûrement parce que c'est la Fête des Mères!...


15 mai 2021

Christophe Bosque, à Gorges (44) : la passion selon De Vini!...

Depuis quelques années, il est devenu un personnage incontournable, de par sa stature notamment, de la plupart des salons au naturel. Mais Christophe Bosque, un temps agent sans frontières, est passé de l'autre côté du miroir, histoire de défier la force et plus encore, son côté obscur, surtout quand le printemps brûle, à cause d'un gel ravageur, tout espoir d'une vendange réjouissante. Avec lui, il y a peu de chance de constater que les évènements peuvent l'abattre. "Je suis plutôt un warrior!..." De toute façon, il est très probable que tout se termine dans un grand éclat de rire, à un degré variable de l'échelle de Richter de l'humour, même quand il reçoit ses visiteurs un jour façon noeud lunaire, selon le calendrier biodynamique, ou lorsqu'une alerte jaune orage et vent fort est annoncée dans la région. Le genre de circonstance calendaire où il arrive qu'on se découvre un certain intérêt pour la comptabilité, alors même que les échantillons se confinent (c'est d'actualité, vous me direz!) dans un mutisme déroutant non-révélateur!... Baisse de pression, mais pas dépression au Domaine De Vini!...

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Le vigneron de Gorges rechigne quelque peu, depuis ces matinées glaciales dévastatrices, à marcher dans les vignes. Pourtant, près de sa cave, on devine que les melons de Bourgogne du secteur sont à classer dans la catégorie vieilles vignes. Il dispose ici de 1,2 ha (+ 0,4 dès l'an prochain) plantés vers 1950 et longtemps entretenus à l'ancienne : aucun produit chimique et travail au cheval, ce qui permet de croire que l'enracinement est profond, sur ce sous-sol granitique. Tout près, on devine les premières parcelles classées en cru communal de Clisson. Bien sûr, avant la reprise, ces vignes étaient entretenues de façon très conventionnelle, mais le patrimoine semble intéressant, avec très peu de manquants. C'est un crève-coeur de constater à quel point les inflorescences sont rares... "C'est presque du 100% ici... Si on fait cinq à dix hectos cette année, ce serait un miracle!..."

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Les installations sont classiques de la région, avec notamment quatre cuves enterrées "à la nantaise", dont les parois sont couvertes de carreaux de grès, deux fois 90 hl et deux fois 70, ce qui représente une capacité d'élevage et de stockage plutôt confortable. Il faut y ajouter trois jarres en grès, pour tenter quelques expériences et autres variantes. Notez que s'il dispose de vignes sur granite, le vigneron ne cache pas une certaine prédilection pour les jus issus de gabbro, par sensibilité personnelle et sans doute pas du fait de sa découverte de la viniculture auprès de Bruno Cormerais notamment, connu pour ses cuvées sur granite de Clisson. Au final, l'équilibre de son entreprise tient aussi largement à son activité de négoce, un véritable moteur et une dynamique qui lui permettent de laisser libre cours à ses coups de coeur. Et ainsi, ne pas s'enfermer dans une logique implacable.

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"En fait, à l'école, j'étais un cancre intergalactique!..." Reprendre les études à trente-neuf ans s'avère compliqué, mais il passe son BTS en 2008, afin de s'installer. Avec un copain, le Nazairien d'origine vinifie dans le Sud et tente d'y vendre son vin. Malgré tous ses efforts, les difficultés apparaissent et il est impossible d'enchaîner les millésimes. Qu'à cela ne tienne, il se lance en solo dans une carrière d'agent, pour laquelle il trouve une certaine stabilité au bout de trois ans. Mais, cette stabilité, au bout de sept ou huit ans, quand elle se limite aux frontières nationales et à une clientèle régionale peinant parfois à comprendre ces vins dits nature, le laisse perplexe. Lui qui se définit à l'origine comme "un buveur d'étiquettes, mais passionné de vin", quelque peu formaté par sa formation, passé de façon quasi aventureuse des grands salons internationaux (Vinexpo par exemple) à Millésime Bio, seulement fréquenté à l'époque par quelques pionniers, prend de véritables claques en matière de dégustation, mais ne rêve que d'une chose : faire découvrir ces nectars aux passionnés. 2009, avec les journées passées à Renaissance des Appellations, entre autres, lui permet de découvrir et de définir ce qu'il aime, même si les vins naturels lui imposent, au début, une sorte de gymnastique intellectuelle, que bien d'autres, comme lui, ont découvert verre en main.

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Avant d'être un passionné qui se résout à faire de l'alimentaire, Christophe Bosque change de cap et de destination. Il franchit les frontières (Espagne, Italie, Allemagne, République Tchèque...) et se lance dans l'import. Suite à son passage sur certains salons fétiches, comme H2O végétal, en Catalogne, il connaît un certain succès qui le remet sur pieds. Façon de parler, puisqu'il connaît une année noire en 2017, en se blessant malencontreusement dans son chai, ce qui le laisse sur le flanc pendant de longs mois. Si les importations ne cessent d'augmenter, il garde un bras et un oeil côté vinification. En fin d'année, il récupère des raisins et en fait un jus original : du grenache et du carignan, bien nés sur un calcaire du quaternaire de la région de Pézenas d'un côté, de la syrah et du cabernet sauvignon sur lauzes venant du secteur d'Avignon de l'autre : savant cocktail et Divin Poison 2017!... En 2018, il compose entre rencontres déterminantes et coups de Trafalgar. La période finit de lui ouvrir les yeux : perplexe quant à la fidélité de ses partenaires, encouragé par d'autres, lorsqu'ils constatent la qualité de sa cuvée, il décide donc de produire ses propres vins.

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Bien sûr, il faut vendre, se faire connaître dans le registre producteur. Il fréquente le salon des Vignerons de l'Iréel, une identité qui lui sied, n'en doutons pas, puis traverse l'Atlantique à l'occasion de Raw Wine, à New York, où il côtoie quelques référents du Muscadet. Le succès est de nouveau au rendez-vous, catégorie vins nature, mais sans dogme. Avec le millésime 2020 ("La nature a été généreuse cette année!"), la gamme s'est élargie. On retrouve les cuvées "historiques" : Ce qi nous lie (sur gabbro de Maisdon sur Sèvre), Divin Poison, mais aussi Gabbrodo, issue de vignes de Monnières et Armagueridon, un chenin sur schiste venant de Faye d'Anjou, après neuf mois d'élevage en cuves de grès. Pour les deux derniers, vous découvrez, ci-dessus, en exclusivité, les nouvelles étiquettes!... Symbolique et identitaire, parfois mâtinée de souvenirs de jeunesse surgissant de sa mémoire.

Fort et fier de vendre ses vins sur trois continents (dont USA et Japon), Christophe Bosque est en capacité de proposer régulièrement désormais, de jolies cuvées, dont certaines l'intègrent pleinement dans la production de Muscadet au naturel. Bien sûr, comme la plupart de ses voisins, 2021 a jeté un froid givrant sur l'ambiance locale!... Mais, on peut compter sur le vigneron de Gorges pour rebondir et défier le plus sereinement possible ce qui pourrait le faire trébucher. Le goût sûr, une sensibilité qui l'incite à rester à l'écoute de ses clients, un parcours dont les embûches ne purent le stopper et une envie très forte de partager ce qui compose le monde du vin, De Vini, c'est du solide!...

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09 avril 2021

Gel printanier dans le vignoble : une fatalité?...

Par le plus grand des hasards, je me suis trouvé dans le vignoble bordelais, voilà trente ans, du côté de St Emilion, Pomerol et Fronsac, au lendemain du 21 avril 1991, jour connu pour être celui du gel noir. Ne cherchez pas de bouteille du millésime 91 dans votre cave, elles sont infiniment rares!... Après trois très belles années (88, 89 et 90), la sanction climatique venait de tomber!... Les conséquences n'étaient pas forcément les mêmes qu'aujourd'hui, parce qu'un tel phénomène, même s'il était bien connu et redouté des vignerons, n'était pas encore répétitif, comme c'est le cas, lors de ces dernières années. On craignait tout autant les orages de grêle, les pluies soutenues au moment des vendanges, les tempêtes dévastatrices lors de la période de la fleur... Pour certains, depuis 2016, tout s'est déréglé. La conjonction d'hivers souvent très doux, des débourrements de la vigne souvent remarquables dès les premiers jours chauds fin février ou courant mars et pour certains, l'influence de dérèglements plus systémiques (températures élevées aux pôles, évolution des courants marins notamment dans l'Atlantique Nord...) sont les critères d'une évolution qui ne manque pas d'inquiéter et dont certains effets (pluies automnales diluviennes, fortes tempêtes...) peuvent être associés aux observations faites par les uns et les autres.

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En 1991 donc, comme on peut le constater sur ces premières photos, le bilan visuel était catastrophique. Très peu de pieds furent épargnés, d'autant que la lutte, telle qu'elle s'organise aujourd'hui (bougies de paraffine, pailles humides brûlées...) n'avait pas cours. A peine connaissait-on les éoliennes, quant aux hélicoptères, les très grands crus médocains allaient être bientôt les seuls à pouvoir en user. Le bilan humain était de ceux qui laissent des traces, de par les images d'un paysage planté de ceps noircis par le gel implacable, comme brûlés par un souffle venu d'ailleurs. Ce matin-là, nous le passions sur la Rive Droite et avions rendez-vous avec Maryse Barre, au Château Pavie-Macquin. Sa voix était pleine des trémolos de son émotion, face au désastre, elle qui tentait alors de mettre en place la biodynamie à la propriété (ils étaient rares à cette époque-là!), en compagnie notamment de Stéphane Derenoncourt, arrivé depuis peu dans la région. Tout d'abord peu conscients des conséquences, nous fûmes gagnés par ce désarroi et cette émotion. Nous comprenions, même débutants en matière de dégustation et d'approche du vignoble, que la vie de vigneron, même si elle mérite d'être vécue, est soumise à tout un lot d'incertitudes, dont certaines remettent en cause le travail d'une année, voire plus, en quelques minutes. Je crois qu'en quittant Pavie-Macquin ce jour-là, j'avais décidé de créer La Pipette, alors modeste et très artisanale publication, non pas pour parler uniquement de dégustations comparatives ou évaluer les différentes parutions en librairie, mais pour aller à la rencontre de ceux qui ont fait de la vigne et du vin, leur vie de passion et de frisson, de joies et de peines.

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J'ai donc repris la plume (le clavier cette fois!) pour contacter de nouveau tous ces vignerons croisés dans diverses occasions, souvent réjouissantes et savoureuses. Je ne m'attendais pas à des réponses rapides, spontanées, tant ils étaient tout d'abord dans l'action et dans cette lutte acharnée pour sauver ce qui pouvait l'être. Je sais aussi que d'aucuns préfèreraient cacher leur peine, leur désarroi, parfois leur colère contre tout ce qu'on suppose être à l'origine de cette évolution climatique qui a quelque chose d'implacable. Mais, l'un des premiers à me répondre fut Julien Guillot, du Domaine des Vignes du Mayne, à Cruzille (71). Il m'a envoyé le message ci-dessous, dans lequel il me semble deviner une forme d'espoir, malgré le tourment d'une nuit et d'une journée terribles, quand le constat vous laisse presque sans mot :

"Salut Philippe, je suis content de te lire ce soir. Pour l’instant le chaos est tel que je n'ai plus de réflexion. Tout perdre par le gel n'est même plus une forme d'injustice ou quoique ce soit dans le genre. Nous sommes comme tous les paysans du monde face au mythe de Sisyphe, qui n'est pas du tout un mythe mais bien une réalité : L’ÉTERNEL RECOMMENCEMENT! Qu'est-ce qui est important? Quels sont les gens qu'on aime? Ce sont surement les vraies questions. Tous autant qu'on n'est, malgré l'éducation et la bienveillance réciproque, nous ne sommes que des voyageurs solitaires qui se croisent et dans le meilleur des cas se rencontrent. Je suis très admiratif du lien que tu souhaites souligner dans toutes ces vies parallèles de vignerons. En tout cas j'espère et compte sur toi pour en faire une compilation intelligente, ce dont je ne doute pas une seconde, mais surtout réjouissante pour accepter l'inacceptable. Avec toute mon amitié. Julien."

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Les mots sont forts. Ils pourraient être ceux de nombre de vignerons de toutes régions, qui ont eu à subir ce coup du sort. Et il pourrait y en avoir d'autres, de ces nuits glaciales!... Alors justement, c'est plus tôt que certaines années. Peut-on espérer dans les contre bourgeons?... Je n'en parle pas en expert, bien sûr... Les échos aperçus, lus et vus sur les réseaux sociaux notamment, tout au long de cette journée, laissent craindre le pire pour certains. Comme souvent, tout le monde ne sera pas à la même enseigne. Certains mesurent le poids d'une telle calamité, mais tentent de se tourner vers l'avenir, comme Olivier Humbrecht, en Alsace, par exemple, non sans admettre que la chance d'un impact moindre est inscrit dans la règle de ce jeu cruel : "Nous avons eu des températures allant de -1,5 à -2°C mardi et mercredi matin, donc des températures supportables par la vigne. Seul le cépage Gewurztraminer avait vraiment débourré dans les vignobles précoces (Turckheim) d’environ 1cm. Les températures plus faibles à partir de samedi dernier ont fortement ralenti le débourrement ailleurs. Il y a peut-être quelques dégâts sur les jeunes plants, sur les vignes qui n’ont pas été buttées pendant l’hiver (ce n’est pas notre cas, nous buttons fortement les vignes), autrement, nous avons eu beaucoup de chance…"

D'autres évoquent la difficulté d'avoir une bonne stratégie, tout en rappelant qu'il est difficile d'adopter celle qui répond durablement au problème. Ainsi, Rémi Branger, au Domaine de la Pépière, au coeur du Muscadet : "Point difficile à faire... Hier matin, nous avons gelé sur une partie du domaine... Nous avions acheté l'an dernier des bougies pour protéger une partie du vignoble. L'idée était de protéger 3 ha (sur les 42 dont on dispose, même si cela ne fait pas beaucoup, c'est déjà un début!) et de disposer de deux jeux de bougies, soit une protection de deux fois dix heures environ. Hier matin donc, nous les avons allumées vers 5h. La nuit dernière devait être plus calme, nous ne pensions pas avoir besoin de nous lever.... et nous avons allumé les bougies ce matin à 2h30. Une grosse partie de la matinée, avec l'équipe, a été occupée à mettre en place le deuxième jeu de bougies, car le premier était complétement utilisé. La nuit dernière a finalement été plus froide que celle d'avant, le gel est monté plus haut sur nos parcelles... Nous sommes inquiets encore pour la nuit de lundi prochain, elle risque d'être froide, humide et longue... Si c'est le cas nous ne disposerons plus de bougies et nous serons à la merci des froids suivants, car nous sommes encore bien loin des saints de glace!... [ndlr: 11, 12 et 13 mai] Concernant les phénomènes météorologiques, nous avons depuis quelques années un réveil beaucoup trop précoce par des températures trop hautes pendant une dizaine de jours. Ce phénomène n'existait pas autrefois ou se passait bien plus tardivement. Pour les options contre les gelées, il y en a très peu : les bougies en sont une, mais certaines d'entre elles dégagent beaucoup de fumée (entrainant probablement bientôt des problèmes de voisinage...), les éoliennes fixes en sont une autre. Pour avoir discuté avec des amis vignerons, quand elles ont été mutualisées, le bruit de celles-ci pose aussi des problèmes quand elles sont en action plusieurs nuits durant. Pour les habitations à proximité cela correspond à avoir en permanence le bruit d'un hélicoptère!... Notre vrai questionnement, en tant que vigneron, est de savoir si ce phénomène va continuer à se produire et surtout dans quelle proportion?...  Combien d'années de gel pour combien d'années sans gel?..."

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Alors, que faire?... On peut difficilement taxer les vignerons de manque de réflexion quant à leur devenir. Dans nombre de contrées et sous nombre de lattitudes, ceux-ci ont analysé les conséquences des fortes chaleurs estivales, au point de rechercher de nouvelles parcelles en altitude et à privilégier quelques versants nord plus frais. Etait-ce un risque au regard des printemps actuels?... Ainsi, les vignerons insulaires en Corse, mais aussi à Majorque et en Sardaigne connaissent depuis cinq ans, parfois plus longtemps, ces descentes d'air froid, orientées au nord-est (qu'ils nomment souvent mistral d'ailleurs), possiblement problématiques, quand la douceur des journées précédentes faisait oublier l'hiver encore si proche. Ces jours-ci, il se confirme que la Corse (catastrophe générale annoncée à Figari, dégâts à Patrimonio, chez Antoine Arena notamment, mais sans doute beaucoup plus largement) et les Baléares (Can Majoral) sont touchées. Du côté des vignerons sardes, voyons ce qu'ils en pensent. Tout d'abord, Piero Carta, qui dispose de 1,5 ha de malvoisie sur trois parcelles, tout près de la côte Ouest, en deux épisodes : "Chez nous aussi, il y a ce problème... En deux jours, la température a chuté de quinze degrés! Et il y a du vent, du mistral. Je pourrais avoir des problèmes..." Puis le lendemain : "Voilà, le gel a frappé une de mes trois parcelles! Cette vigne est gelée à 40% et il risque de faire froid encore la nuit prochaine. J'essaie de protéger la plante avec de la zéolite. Avec Pedro Marchi (Sa Defenza, voir ci-après), nous faisons des essais avec le macérat de chanvre, après le gel. Il faut donner une charge hormonale à la vigne, afin de la faire réagir. On essaie ainsi d'encourager les bourgeons dormants, pour qu'ils développent des parties vertes, pour remplacer celles qui sont brûlées par le gel. Même s'ils ne sont pas fructifères, au moins, ils permettent de garder la plante en vie... De toute façon, maintenant, la zéolite et le kaolin servent à protéger la plante de l'humidité qui, avec les basses températures, devient de la glace."

Du côté de Pedro Marchi, dans le sud de la Sardaigne : "La dynamique de la météo a changé et nous devons nous habituer à ce changement, en observant et en réagissant en conséquence. Chez nous, l'année dernière, le gel a fait plus de 50% de dégâts! Des dommages plus faibles cette année, mais il reste du froid à venir... Depuis deux ans, j'essaie le macérat de chanvre, mais c'est encore très expérimental. Cependant, l'an dernier, cela m'a donné des résultats étonnants. Attendons pour avoir quelques certitudes..."

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Au sud-ouest de l'île, Enrico Esu précise : "Il faut savoir que le risque de gel printanier a toujours été présent, peut-être a-t-il récemment augmenté un peu, allant jusqu'à frapper à la fin du mois d'avril. Traditionnellement, sur les gobelets, on faisait la taille en deux périodes : la première en décembre, en diminuant la plante, mais en laissant de longs sarments. On taillait quand il commençait à faire froid, puis on finissait la taille à la mi-mars, ne laissant que les bourgeons pour la production. De cette façon, on évite d'avoir, à cette période, des bourgeons trop longs. A ce jour, ceux-ci sont en phase cotonneuse, donc beaucoup plus résistants au gel éventuel. Cependant, avec le passage à d'autres types de tailles, comme le Guyot, il devient plus difficile de travailler en prévention contre les gelées."

De son côté, Giovanni Montisci, vigneron dans le centre de la Sardaigne, en moyenne montagne, fait davantage preuve de fatalisme, en s'appuyant sur la distribution de ses parcelles : "Dernier jour froid ce jeudi. Nous attendons moins 4! Nous gardons l'espoir! Nous ne disposons pas des moyens de lutte comme en France. Si le gel brûle et ruine les bourgeons, patience... On vendangera lors d'un autre millésime. Toutes nos petites parcelles sont situées dans des zones différentes. En général, il n'y a jamais trop de dégâts..."

Quelques précisions apportées par Alessandro Dettori, dont le domaine est situé près de la côte nord-ouest de l'île : "Il y a des zones de la Sardaigne qui subissent le gel, comme la Gallura, au nord-est, ou le Sulcis, ou vit et travaille Enrico Esu. Un autre secteur souffre du changement climatique : Mamoiada, dans la province de Nuoro, où travaille Giovanni Montisci. Quant à nous, heureusement, nous sommes situés entre deux et quatre kilomètres de la mer et cela nous aide beaucoup! Le minimum constaté cette fois : 3°C!..."

En guise de conclusion provisoire, d'autres informations viendront sans doute compléter cet article prochainement, tout en remerciant également ceux qui ont bien voulu répondre à mon message et en leur souhaitant de surpasser cette épreuve, laissons la parole à Anne Houillon-Overnoy, au coeur du Jura, très durement touché à nouveau : "Que peut-on ajouter ????? Nouvelle cata … Ma foi, nous n’avons pas le choix. La nature se venge des abus commis par l’humain… Redressons-nous en nous disant qu’il y a pire."

Enfin, je ne résiste pas cependant à vous communiquer les deux réponses successives de Brunnhilde Claux, au Domaine de Courbissac, en Minervois-La Livinière (souvent cité parmi les rares secteurs épargnés). La première, le mercredi 7 : "Chez nous, heureusement, pas de gel pour le moment!" Le lendemain, inquiet des échos concernant une partie du Languedoc, je l'interroge de nouveau. Le vendredi 9, nouvelle réponse : "Non, rien, presque un miracle!..." Cela illustre parfaitement le fait que le gel ne se pose pas partout, sans que l'on puisse vraiment comprendre pourquoi, sauf à étudier de près les conditions aérologiques locales, le mode de culture, la nature des sols... Je devine aussi, du fait de ses réponses laconiques, que la vigneronne de Courbissac mesure sa chance, car elle n'a sûrement pas ignoré cette semaine, à quel point certains de ses collègues sont aujourd'hui meurtris par cette météo...

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La semaine se termine avec l'arrivée de quelques nouvelles en provenance de la Coulée de Serrant et de Virginie Joly. A noter que la rive droite de la Loire semble avoir été épargnée, dans ce secteur du moins... "La semaine fut longue du coté de Savennières! Trois matins de gel et un impact très variable. En ce qui nous concerne, pas de dégâts. Nous avons allumé des bougies, des agrofrosts et quelques éoliennes pour une protection "physique". Les veilles et apres-midi de gel, pulvérisations de dilutions homéo + tisane d'ortie + thé de compost. Il y a certainement des choses à chercher dans le domaine de l'homéo pour un effet protecteur ou anti-brûlure. Une taille plus tardive est une option mais fatigue beaucoup les ceps, donc a long terme, sans doute pas idéale. Ces périodes font ressortir la solidarité, l'entraide et les échanges d'expérience, ce qui est toujours positif!..."

Avec quelques heures de recul, Henri Duporge, au Château Le Geai, à Bayas (33), nous fait part de quelques réflexions : "Le gel se généralise comme tous les aléas climatiques, nous devons trouver des solutions environnementales, comme la plantation de haies brise vent, tailler le plus tard possible, garder un manteau herbeux, etc... Dans tous les cas, je suis attristé des techniques de nuages de fumée et de chaufferettes, qui ne sont qu'un pansement sur une jambe de bois, et quelle est la cohérence?... Idem pour les orages de grêle! Je suis bref pour l'heure, car je pense que le sujet est plus profond qu'il n'y parait."

171704514_4103496743034871_3899659767091353709_nOn peut aussi ajouter que ce début de semaine, à compter du 12, pourrait être cruel pour un grand quart nord-ouest de l'Espagne, où le centre de la Galice et le Bierzo, notamment, voient un flux de nord-est s'installer, avec des températures négatives au lever du soleil (de 0 à -4° selon les secteurs), qui ne seront pas sans conséquences...

Comme on peut le constater sur la photo de gauche, les effets de ce gel printanier sont pour le moins curieux, puisque le feuillage juvénile d'arbres situés en pleine campagne est affecté dans sa hauteur. Le bas est grillé par le froid, alors que le haut n'a guère souffert!... Etonnant!...

Alors même que je me réjouissais auprès de Virginie Joly, du fait que Savennières soit quelque peu épargné, celle-ci postait ce matin un premier message inquiétant : "Ce matin ça a tapé dur sur Savennieres! Trop tôt pour évaluer, mais les bourgeons étaient littéralement pris dans la glace..." Lui demandant si la situation concernait ses voisins : "Oui c'est général! Et encore on est plutot mieux servis!... Emmanuel Ogereau dit avoir quasiment tout perdu, Belargus aussi, Morgat a taillé plus tard, donc semble épargné, chez les Laureau, la semaine dernière, c'est passé, mais ce matin je ne sais pas. Pour René Papin, c'est mitigé selon les endroits, le Closel ça allait a peu près hier mais... Bref! Mardi soir est a nouveau annoncé à -3°... Je pense surtout aux jeunes qui s'installent depuis cinq ou six ans... Dramatique! Ca gèle trois années sur quatre! Quand on n'a pas les épaules financières solides, c'est catastrophique!..."

Au terme de cet épisode glaçant, réception d'un long message d'Hélène Thibon, la "Dame de l'Ardèche" et du Mas de Libian. Pas trop assomé par la météo des derniers jours, le domaine garde quelques traces d'autres épisodes dévastateurs au cours de ces plus récentes années. Bien sur, sa réflexion est riche, tant pour ce qu'on pourrait faire et ce que l'on ne peut pas faire... Marquée de plus, du sceau du bon sens paysan, quelque chose qui lui est cher!...

"J'ai mis un peu de temps à répondre, il faut dire que des épisodes comme ça, ça secoue... Ici, nous ne pouvons nous plaindre car nous avons été relativement épargnés, même s'il y a de la casse. Effectivement, des secteurs ont gelé alors que de mémoire d'homme, il n'y avait jamais eu de gel. Que dire? Que parfois ça arrive! Le dernier grand gel dans le sud date de 1991, un 21 avril. Tout le Vaucluse, les Bouches-du-Rhône, le Var, avaient gelé. Mon beau-père, à Grimaud, sur les coteaux face à la mer, avait tout perdu : déclaration de récolte : -95%! Ce fut encore plus tardif et encore plus violent. Qui s'en souvient? L'homme est ainsi fait, et pour se protéger il oublie. Et les paysans ont la faculté de mettre les mauvaises années de côté, pour mieux se réjouir des cadeaux de la Nature. Qui se souvient du millésime 2013 dans le sud, où tous les grenaches ont coulé? Nous avons fait entre 1 et 5 hl/ha : ça valait un gel!... Là aussi, beaucoup d'émotion à l'instant T, puis la récolte 2014 a été prolifique (sauf pour des gens comme nous qui avons subi une grêle terrible, avec une tempête qui a causé la mort de deux personnes). Qui parle encore du gel du 26 mars, l'année dernière, particulièrement terrible dans le centre Var : deux nuits à -6°C? Un ancien de chez nous, qui venait de s'installer, vient de perdre ces deux premières récoltes...

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Voilà, ce qui est frappant cette année c'est que pratiquement toutes les régions ont gelé, que ce fut particulièrement violent et que nous avons des moyens bien plus importants pour communiquer notre détresse. Que cette catastrophe nationale survient après plusieurs mauvaises années. Je ne pense pas qu'il faille voir que cet épisode, mais d'une façon bien plus globale, le dérèglement climatique dans son ensemble. Car des gels, des grêles, il y en a toujours eu il y en aura encore et beaucoup, mais que l'année dernière, il y ait eu un coup de froid le 26/03, c'est bien normal! Ce qui ne l'était pas, c'est que les vignes étaient à deux feuilles étalées. Nous avons des hivers de plus en plus doux (prolifération des insectes, des champignons, débourrement précoce, manque de froid pour les mises, etc) et des printemps qui ressemblent à nos hivers, puis un été si sec et si chaud que l'on se demande bien si nous sommes encore en zone tempérée!... Faire appel à la recherche? Grand Dieu non! Car, que pourrait-on nous proposer? Du matériel de protection anti gel high-tech, qui va polluer un max et coûter une fortune? Du matériel végétal OGM? Non, non, on ne fera qu'aggraver le mal à long terme. L'assurance gel-grêle n'est pas la solution non plus, en partant du principe que les assurances ne sont pas des entreprises de bienfaisance, les paysans y perdront à coup sur... Tailler plus tard, oui bien sur, mais dans le sud, début avril les vignes poussent de toutes façons. Choisir un porte-greffe plus tardif (je pense que nous sommes déjà nombreux à le faire) on gagne 1 à 3 jours, ce n'est pas suffisant. Faire remonter des cépages du sud de l'Europe? Aucune incidence sur le gel : les vignes poussent! L'agronomie : elle ne protège pas du gel, en revanche une excellente agronomie va minimiser les dégâts sur le long terme : une plante en bonne santé est plus résiliente. Il faut supporter et s'entraider mais peut-être pas qu'entre paysans : ça ne suffit plus! Car tout le monde est impliqué : tout le monde mange trois fois par jour et tout le monde doit s'intéresser, protéger, aider le monde paysan à l'agonie. Alors, pourquoi ne pas envisager un fond d'aide mutualiste où il y aurait les paysans, les structures territoriales, la grande distribution, enfin tout l'aval qui se nourrit sur la production paysanne?... Et que ce fond appartienne réellement aux paysans!..."

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24 mars 2021

Tonnellerie D - L'artisanat au sommet

Lorsqu'on se déplace dans le vignoble pour rencontrer les vignerons et découvrir leurs vins, il est souvent aisé d'inventorier les partenariats des uns et des autres, en listant notamment les tonnelleries sollicitées, souvent prestigieuses. Mais parfois, au hasard des rencontres ou au cours d'un repas, on découvre que, pour certains, la discrétion des relations est essentielle. Quand la confiance s'installe, pas besoin forcément de diversifier les fournisseurs, sous tel ou tel prétexte, comme vous l'expliquent certains grands crus. Ainsi, lorsqu'on sait que le Clos Rougeard, Romain Guiberteau ou Sylvain Dittière, pour ne citer que ceux-là, élèvent leurs cuvées dans des barriques de Michel Dussiaux, on se dit qu'il n'y a pas vraiment de hasard...

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C’était un soir de fin d’été, début septembre 2019, avant toute forme de confinement, lorsque les vignerons sont préoccupés par la vendange qui se profile. Justement, quel sera le profil du millésime, cette fois-ci ?... Cependant, un certain nombre de ces vignerons angevins et saumurois répondirent favorablement à l’appel. On trouvait là aussi, Alex, un caviste d’Angers bien connu, ceux qui composent les plats en cuisine, à l’Auberge des Isles, de Montreuil-Bellay et votre serviteur. Histoire d’ouvrir le cercle des initiés. Quelque dix-huit mois plus tôt, Charles-Emmanuel Girard, conseiller trop tôt disparu d’éminents vignerons ligériens et Nady Foucault, du Clos Rougeard, avaient hissé le pavillon mayday de l’urgence en mer, à défaut de déclencher quelques fusées rouges, moins discrètes et s’envolant comme les particules incandescentes fuyant le brasero du tonnelier : les activités de la Tonnellerie D, à Saint Georges sur Cher, en même temps que Michel Dussiaux, pouvant faire valoir ses droits à la retraite, allaient cesser définitivement, après une période qui ne permit pas de prévoir une quelconque reprise. Les vignerons de la région allaient se sentir orphelins…

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Heureusement, trois mousquetaires, basés dans le Sud-Ouest, comme il se doit, veillaient ! Gilles Cossanteli, Jérémie Le Duc et Julien Delpeuch, découvrant et approfondissant l’histoire de la Tonnellerie D, ne purent se résoudre à baisser les bras et voir partir ainsi, tout un pan de la tradition viticole, en admettant au passage, quelque peu marris, que la transmission d’un tel savoir ne pouvait être réalisée et satisfaite. Ils se lancèrent donc dans la composition d’un dossier, dans lequel le financier devait côtoyer la tradition, voire l’affectif. Après quelques mois de négociations, la Famille Heriard-Dubreuil, par l’intermédiaire d’un de ses membres, Nicolas, au nom d’une célèbre tonnellerie cognaçaise, reprenait celle, façon micro-structure, du Loir-et-Cher. Et en même temps, tout le savoir qui va de pair.

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Désormais, Michel Dussiaux quitte régulièrement sa Touraine, pour transmettre ce savoir et sa méthode à un autre Nicolas, jeune compagnon tonnelier, hébergés tous deux par un artisan-tonnelier non loin de Saint-Emilion. Il ne cache pas sa joie de constater que sa vie passée à mettre en forme des barriques, va se perpétuer entre les mains d’autres passionnés. Il ne manque pas, au passage, de transmettre son exigence, tant pour ce qui est de la qualité des bois, du séchage, comme de la précision des chauffes et des petits « secrets » de fabrication, mis au point patiemment, au fil des années, afin d’atteindre une expertise que de grands ateliers lui envient. Certes, l’extrême confidentialité de la diffusion de ces barriques, présentes encore voilà peu, dans un rayon d’une centaine de kilomètres autour de son point d’origine, va désormais s’élargir et s’ouvrir sur d’autres horizons. Déjà, une bonne trentaine de vignerons compose le champ d’action de la Tonnellerie D, désormais.

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Dans le cadre bucolique de l’Auberge des Isles, chère à Adrien et Guillaume Pire ou Aymeric Hilaire, vignerons au Puy-Notre-Dame et sous les remparts du solide château médiéval, la soirée qui se voulait être le lancement officiel de la Tonnellerie D sur ses nouvelles bases, autour de Michel et Monique Dussiaux, réunissait quelques-uns des clients historiques de la maison. En plus de ceux cités plus haut, on retrouvait également Tessa Laroche, Stéphane Rocher, Kenji Hodgson, Brendan Tracey, Patrick Baudouin nouvellement convaincu, même si d’autres étaient absents pour diverses raisons, comme Richard Leroy, Antoine Foucault ou Stéphane Erissé notamment, ainsi que quelques disciples du Clos Rougeard ou de Romain Guiberteau, enthousiastes de la marque depuis des lustres. Verres en main, tout en appréciant au passage l’excellente cuisine du lieu, chacun pouvait évacuer quelques interrogations somme toute légitimes, lorsqu’on évoque ce type de relance. D’aucuns exprimèrent leur ressenti en montrant, que s’il ne tenait qu’à eux, ils auraient bien préservé jalousement le « secret » de la Tonnellerie D dans le giron ouest-ligérien !... Rien d’autre que de l’humain, finalement!... Depuis, sont entrés dans le cercle des domaines comme Trévallon, Bélargus, Combel La Serre, Les Bruyères, cher à David Reynaud ou Mader en Alsace, sans en oublier d'autres, en Suisse, Autriche et Italie.

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Pour conclure, revenons en quelques phrases sur l’historique de la Tonnellerie D. Celle-ci vit le jour en 1932, sous l’impulsion de Georges Marchoux, l’aïeul de Michel et Monique Dussiaux. En 1948, un ouvrier tonnelier, Jacques Dussiaux, âgé de seize ans, intègre l’atelier. Il reprend la tonnellerie en 1956, travaillant seul avec son beau-père pendant plusieurs années. En 1974, son fils Michel débute dans l’entreprise, mais celle-ci traverse quelques années difficiles, du fait des conditions climatiques notamment : gel, sécheresse… En 1984, Michel, le fils, reprend la tonnellerie, non sans diversifier la production, jusqu’à la fabrication d’instruments de musique afro-cubaine, des congas, à compter de 1985, au point que la marque de congas MD (pour Michel Delaporte) est rachetée, devenant une référence en la matière. En 2002, Monique rejoint son mari dans l’entreprise, pour toutes les tâches administratives et satisfaire ainsi à l’équilibre de l’ensemble, contribuant à sa notoriété. La dimension artisanale d’une telle structure n’est plus à démontrer. Gageons que son avenir s’inscrit désormais dans ce qui fait son ADN, afin que tous les vignerons, y compris ceux qui composent la nouvelle génération, y puisent les meilleures raisons de produire les nectars de notre futur, qui plus est, sous toutes les latitudes. En effet, ce sont des barriques issues d’une tradition implacable et transpirant une modernité incontestable : fraicheur, grand respect du fruit et du vin. Il n'est que de déguster, par exemple, une cuvée Carbone 2017 du Domaine Andrée à son top pour s'en convaincre!...

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21 mars 2021

Château Sigalas-Rabaud : le charme discret d'un Premier Cru Classé artisanal

"Un jardin à Sauternes!" C'est un peu comme ça que Laure de Lambert Compeyrot aime à présenter aux visiteurs le Château Sigalas-Rabaud, à Bommes. Aujourd'hui directrice générale de la propriété et représentante de la sixième génération depuis 1863, comme propriétaire de ce Premier Cru Classé, elle fait figure d'exception, puisque tous ses voisins immédiats sont dans les mains d'une des plus grandes concentrations de grandes fortunes : LVMH, Peugeot, Denz, Axa, Rothschild... Autre particularité : alors que tous ceux-ci atteignent et dépassent quatre-vingt-cinq hectares, Sigalas, d'un seul tenant sur la croupe sud de l'ancien Rabaud, ne dépasse guère quatorze hectares. Le propriétaire des lieux en 1903, Pierre Gaston de Sigalas, ne conserve alors que la Ferme, élégante chartreuse du XVIIè et cette grosse douzaine d'hectares très homogène, le Bijou de Sigalas. En 1951, la famille de Lambert des Granges relance la propriété, en consentant de lourds investissements, afin de moderniser l'ensemble et lui rendre son luxe d'antan et sa réputation. Mission accomplie sans nul doute, puisqu'au milieu des années 70, parait au Seuil, le guide Les bons vins et les autres, dont l'auteur est Pierre-Marie Doutrelant, reporter pour Le Monde et qui écrit ceci à propos de Sauternes : "Château d'Yquen pourtant et une quinzaine d'autres propriétés échappent encore à la loterie et à la décadence des vins de Sauternes. Parce que leur réputation et leur petit volume de production leur permet d'obtenir des prix honnêtes. Yquem le premier, bien que quelques fois rattrapé ou dépassé certaines années par cette petite merveille de Sigalas-Rabaud, 14 hectares."

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C'est une découverte que d'accéder à Sigalas-Rabaud. Une petite route rectiligne et légèrement montante mène aux batiments. Ici, pas de restauration tapageuse en cours, ni de construction d'un chai enterré, oeuvre d'un architecte dans l'air du temps. Il s'agit plutôt d'entretenir l'ensemble de ce patrimoine familial par petites touches, sans la moindre extravagance, parce que c'est l'un des très rares à posséder encore ce statut parmi les Premiers. Surprise aussi d'apprendre que le château ne s'étend toujours que sur les quatorze hectares de cette croupe idéale, qui penche vers le sud et domine la vallée du Ciron. On a pourtant coutume d'être presque intimidé par les immenses surfaces dont disposent les prestigieux crus de Sauternes. En m'accueillant, j'ai l'impression que Laure de Lambert est fière et satisfaite de me surprendre quelque peu par ce qui caractérise ce cru.

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Cette après-midi hivernale est douce et lumineuse. Pourquoi refuser un petit café?... D'autant qu'il s'agit d'un café affiné dans des barriques de Sigalas Rabaud!... Sugar?... J'aurais du penser au cigare. Peut-être un autre axe de progrès du château?... Cohiba et Sauternes hors d'âge!... Les visiteurs américains, qui passent ici une nuit avec vue sur Yquem, seraient définitivement conquis!... La presse régionale écrit, à propos de Laure de Lambert, qu'elle "est une femme étonnante, chaleureuse, pétillante et tenace". Dynamique également. Quelqu'un qui va de l'avant, parce qu'elle relève un défi depuis une quinzaine d'années et son retour à Sigalas. En 2003, elle remplace au pied levé son père, lors d'un voyage au Canada, à la rencontre des clients. A cette occasion, elle mesure à quel point elle représente là un patrimoine et une tradition relevés par la qualité des vins, unanimement appréciés Outre-Atlantique. Dès son retour, elle se construit un solide bagage à Sup Agro Montpellier, puis en fac d'oenologie à Bordeaux. Les planètes s'alignent, les exigences familiales sont satisfaites pour éviter de nouvelles difficultés.

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Mais, il faut concrétiser ses rêves. Débutant comme ouvrière de chai, elle apprend patiemment, tout en posant moult questions, cela va de soi. A la fois curieuse et héritière, c'est un statut qu'il faut assumer!... Elle prend la direction technique en 2013, puis est nommée directrice générale en 2014, rachète une partie des parts, malgré certains avis familiaux et devient ainsi la principale actionnaire du Château Sigalas-Rabaud. Quelques années plus tard, elle a pris toute la dimension de la propriété, appréciant au passage sa dimension humaine et formant avec Marion Clauzel, directrice technique, un duo féminin compétent et doté d'une sensibilité porteuse de projets et d'envies. Womendowine!... Certes, les premiers pas des premières années en agriculture biologique n'ont pas abouti, mais une démarche prenant en compte biodiversité et transmission d'une terre vivante aux générations futures est intégrée au travail quotidien. Disparition des herbicides et pesticides, remplacés par le travail du sol et l'emploi de la confusion sexuelle. Observation attentive et régulière de toutes les parcelles, afin de réagir en temps voulu. "J'ai un problème avec le cuivre! En 2020, d'après nos calculs et la quantité de pluie tombée pendant le cycle végétatif, nous aurions dû passer plus de vingt fois dans les vignes!... Le tassement des sols pose question, non?... Tout ça me laisse pour le moins perplexe!..."

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Pour ce qui est des vins et des cuvées proposés, Laure de Lambert fait preuve d'initiatives toutes plus intéressantes les unes que les autres. Avec, en plus, matière à secouer le cocotier sauternais!... Déjà connue pour être de celles et ceux qui soutiennent l'idée d'un "Sauternes sec", la vigneronne de Sigalas travaille sur des essais innovants. Résultat, depuis quelques temps, le 5 de Sigalas est proposé, vin blanc doux sans soufre ajouté, avec 85% de sémillon et 15% de sauvignon, élaboré avec les vignes mêmes du Grand Vin. Celui-ci, ainsi que le "second vin", Lieutenant de Sigalas, donnent libre cours à l'expression du sémillon (respectivement plus de 90% et 83%), mais sans atteindre des sommets en matière de sucre résiduel, ce qui propose des équilibres moins... liquoreux, non dénués de fraîcheur. Deux blancs secs également, issus de parcelles dédiées à leur production, depuis 2009. Il s'agissait alors de l'application des préceptes de l'Ecole Dubourdieu. Tout d'abord, La Demoiselle de Sigalas (70% sémillon), mais aussi La Sémillante, apparue en 2013. Cette dernière est née de la volonté de Laure de Lambert de proposer un 100% sémillon (cépage présent ici à 85% de l'ensemble) et de mettre sur la table un grand blanc à la bourguignonne. Conseillée au départ par Pierre Lurton, lui-même géniteur d'un sémillon monocépage en Australie, elle a l'espoir de retrouver les parfums et le bouquet des très vieux sémillon (Fieuzal, Gilette...) qu'elle a eu l'occasion de déguster, voilà quelques années. Une dynamique donc, de l'initiative, d'autant que d'autres essais sont peut-être en cours... A quand un sec sans sulfites ajoutés?...

La visite de ce Premier Cru Classé de Sauternes est donc des plus recommandables, sur la Route des Vins de Bordeaux, Graves et Sauternes, dont Laure de Lambert a d'ailleurs pris la présidence en début d'année, très investie dans l'oenotourisme. C'est sans nul doute intéressant à plus d'un titre, mais notamment par la démarche vigneronne et artisanale qui en émane. On peut penser qu'il existe un monde entre ces Premiers aux étiquettes gravées à l'or fin et quelques-uns des micro-domaines de l'ensemble Sauternes-Barsac, souvent bien cachés au coeur des 1800 hectares vallonés de l'appellation, où on totalise pas moins de 140 vignerons, sur les communes de Barsac, Bommes, Fargues, Preignac et Sauternes. Mais, de par ses caractéristiques, Sigalas-Rabaud pourrait être une sorte de pont entre ces différentes entités marquées par leur histoire et le poids de la tradition. C'est un poncif que d'affirmer que les Sauternais ont de l'or en bouteilles!... Mais, s'ils infléchissaient un tant soit peu ce qui les gouverne, ils ne manqueraient pas de tirer les dividendes des efforts consentis pendant des décennies, générations après générations, afin que leurs vins pénètrent avec volupté l'espace-temps, sans perdre leur âme, ni modifier leur ADN séculaire.

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17 mars 2021

Domaine de l'A, jardin secret et laboratoire de Stéphane Derenoncourt, à Sainte Colombe

Dès 1999, Christine et Stéphane Derenoncourt, lançant leur activité de consulting, n'imaginaient pas s'inscrire dans le paysage saint-émilionesque, sans produire eux-mêmes un vin, qui soit le fruit de leurs réflexions et de leurs choix. En fait, depuis son arrivée dans le vignoble bordelais, auprès de Paul Barre, à Fronsac, mais aussi ensuite de Maryse Barre, au Château Pavie-Macquin, dès le tout début des années 90, l'idée d'être lui-même vigneron habitait Stéphane, même si ses origines dunkerquoises ne traçaient pas le chemin avec évidence. Pour un peu, en arpentant avec lui le paysage vallonné aux confins de la côte sud de St Emilion, dans le calme d'une matinée de fin d'hiver, on pourrait le surnommer Monsieur de Sainte Colombe!... Mais, point de musique barroque ici, ni de viole de gambe, l'instrument mis à l'honneur, presque révélé au grand public par le film sorti en 1991 (année du gel noir), Tous les matins du monde, d'Alain Corneau, avec un remarquable Jean-Pierre Marielle et les Depardieu père et fils!... Si on s'attardait sur les goûts musicaux de mon hôte du jour, ce serait plutôt Iggy Pop, Franck Zappa, Tom Waits ou The Velvet Underground, pour ne citer que ceux-là, comme le révèle le livre de Claire Brosse, Wine on tour. Bienvenue au Domaine de l'A!...

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Il ne faut pas croire pour autant, que l'on trouve ici des vins "rock'n'roll"!... La dégustation sur fûts de quelques lots démontre au contraire que la phase élevage est un peu le symbôle même de l'exigence qui a cours au domaine. L'ensemble des parcelles, qui atteint environ une douzaine d'hectares désormais, peut, sous certains aspects, servir de laboratoire et ainsi, lui permettre de faire les suggestions voulues aux clients de Derenoncourt Consultants, sans pour cela faire la démonstration d'une exubérance forcenée. Même si la production d'un blanc issu de chardonnay, depuis quelques années, fait la part belle à quelques choix... non régionaux!...

Au départ, le domaine comptait environ quatre hectares, dont 2,5 plantés d'une vigne quinquagénaire. A petits pas, l'achat de parcelles, dont un bon nombre se situant dans cette sorte de cratère offrant de multiples orientations, allait permettre d'arriver à un seuil raisonnable, non pas de rentabilité, mais d'horizons différents. Ici, se côtoient des vignes d'une vingtaine d'années, avec des sélections massales en provenance de grands crus de St Emilion et Pomerol, plantées par le couple Derenoncourt et aux bons soins d'Henri, natif du Castillonnais et responsable technique au quotidien du Domaine de l'A.

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Le terroir présente quelques variantes, mais nous sommes là dans la continuité de la côte sud argilo-calcaire de St Emilion. Un des voisins immédiats est le Chateau Faugères, Grand Cru de cette appellation. "Souvent, il s'agit de terroirs un peu frais, mais magiques, avec beaucoup de calcaire!" ne manque pas de s'enthousiasmer Stéphane. Il tempère cependant cet avis, en rappelant que l'on obtient de bons résultats ici, lorsqu'on ne dépasse pas 30 hl/ha. Mais à Castillon, qui totalise 2200 ha et où 25% des domaines sont engagés en agriculture biologique, la tendance est plutôt à pousser à 60 hl/ha... Résultat, le plus souvent, un manque d'identité et toute la difficulté à valoriser son travail mieux que dans nombre d'appellations génériques ou régionales de la région.

Depuis une dizaine d'années, l'aventure en vue de proposer un blanc sec hors normes a débuté. Une très belle parcelle sur une hauteur, face à l'ouest, une forte proportion de calcaire, pourquoi ne pas planter du chardonnay?... Une préparation attentive, cinq années de jachères et désormais, une petite vingtaine d'ares plantés à 12000 pieds/hectare sur échalas, travaillés à la main ou au cheval. Inutile de préciser que les visiteurs de la région sont nombreux. La parcelle est très observée et il se murmure que d'aucuns se sont lancés sur les traces du Domaine de l'A!...

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Juste au-dessus de cette parcelle, on débouche sur le plateau offrant d'autres options, un secteur très ventilé, que le vigneron destine au cabernet franc, peut-être finalement son cépage fétiche. Gros travail de restructuration en cours, avec une grande exigence au quotiden, ou presque, du fait des portes-greffes. A chaque pas, en compagnie de Stéphane Derenoncourt, on comprend que rien n'est laissé au hasard, pour proposer des vins exprimant un lieu et racontant une histoire, fut-elle encore récente. Un exercice de style, comme une musique que l'on compose chaque année, pour accompagner le nouveau millésime. Son expérience d'une trentaine d'années pourrait le rassurer quant aux recettes à appliquer, mais si l'on veut mettre en bouteilles des vins libres, il faut accepter d'être surpris par les fruits de l'année. Et chercher de quelconques ressemblances d'un millésime à l'autre n'est pas une fin en soi. Peut-être cela fait-il partie des échanges qu'il peut avoir avec ses clients, ceux du domaine et ceux qu'il croise dans son activité de conseil.

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En découvrant la cave voutée, juste sous le cuvier construit sans ciment, avec brique, chaux et bois uniquement, on se dit que Stéphane Derenoncourt aurait pu être bourguignon!... Une voute en berceau, inspirée de l'architecture romane des caves bourguignonnes, un peu comme une coque de bateau à l'envers, qui lui rappelle peut-être, du même coup, ses origines maritimes des bords de la Manche et du Nord. Réalisée en 2005, ventilée naturellement et d'une température constante, elle donne l'illusion d'avoir traversé les siècles!... On pourrait y passer des heures!... D'autant que, verres et pipette en main, se glisser d'une barrique à l'autre révèle tout le talent du vigneron et sa fidélité à ses idées, quant à la maturité de la vendange. Au-dessus, le cuvier lui permet de travailler les parcellaires. Selon les millésimes, pas plus de trois à cinq pigeages, les vins (sur)extraits ne sont pas de son goûts. Dans un coin de la cave, une série de bonbonnes en verre habillées de noir et de la contenance d'une barrique bordelaise (225 litres). On y trouve le blanc issu de chardonnay, assez étonnant à ce stade, mais aussi une sélection de rouge partie pour une expérience nouvelle. Le projet prend en compte que le vin n'est pas influencé par l'élevage en barriques et la micro-oxygénation qui va avec. On met les pieds sur une autre planète que Bordeaux connaît peu. De plus, cet élevage sous verre, qui a débuté en 2018, sera prolongé jusqu'en 2024. Il s'agira, au final, d'un assemblage de cinq ou six millésimes de cabernet franc!... Ca va déménager!... Une autre option que les essais d'élevage en dolias italiennes, que l'on rencontre parfois. Rendez-vous dans trois ans!...

Comme on peut le voir, celui qui a réuni autour de lui, dans le cadre de Derenoncourt Consultants, une équipe dynamique d'un peu moins de vingt personnes prêtes à parcourir la planète, non pas pour transmettre une supposée bonne parole, mais plutôt pour analyser en détail un lieu et contribuer à la production de vins authentiques et identitaires, n'en éprouve pas moins le besoin de se recentrer certains jours sur ce lopin de terre de Sainte Colombe et de Castillon. Celui-ci a toutes les caractéristiques d'un jardin secret, mais qui aurait une face cachée recherche et développement, permettant de se projeter dans le futur en conservant les savoir-faire et un bon sens paysan, indispensables à notre avenir viticole. Au passage, si vous en disposez, ouvrez donc le millésime 2013 du domaine. Après quelques années de purgatoire, il ne manquera pas de vous étonner!...

15 mars 2021

Château Auney L'Hermitage, à La Brède (33)

La Brède (en deux mots depuis 1987) est devenue une banlieue dortoir très appréciée des Bordelais. Elle est peut-être plus connue, malgré tout, pour son château entouré de douves, qui vit la naissance, en 1689, de Montesquieu, philosophe des Lumières. " L'air, les raisins, les vins des bords de Garonne et l'humeur des Gascons sont d'excellents antidotes à la mélancolie..." disait-il, dans ses célèbres Pensées. Ne dit-on pas, de plus, que le vignoble des Graves est le plus ancien de Bordeaux, puisque des vignes y furent plantées il y a deux mille ans?... Aujourd'hui, si l'aire d'appellation s'étend sur 4650 hectares, on n'en dénombre plus que 3450 plantés de vigne, surface qui est réduite de cinquante hectares environ chaque année, à coups de ronds-points, de lotissements et autres motifs d'aménagement. Si on ajoute à cela que la moitié des vignerons sont septuagénaires et que l'autre moitié, souvent sexagénaires, ne voit guère d'issue lorsqu'ils arrêteront, faute de repreneurs, gageons que la mélancolie pourrait bien gagner les vignerons et les amateurs passionnés de ces vins à nuls autres pareils.

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Parfois, cependant, au hasard de journées portes-ouvertes, d'un petit marché réunissant diverses productions locales (ici, le premier samedi de chaque mois) ou sur le fil d'actualité des réseaux sociaux de notre XXIè siècle, il nous est permis de nous replonger, avec un soupçon de nostalgie, sous le charme d'une viticulture que l'on pouvait croire disparue. Sylvie et Christian Auney, à la tête du Château Auney l'Hermitage, n'en sont pas moins des acteurs de notre temps, même s'ils font ressurgir les senteurs et les arômes de vins, à la fois charmeurs et discrets, porteurs de souvenirs d'une époque presque révolue.

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Christian Auney évoque amusé ce vignoble qu'il a découvert avec son épouse, voilà trente ou quarante ans, lorsque Labrède n'était pas encore La Brède et que la pression foncière ne concernait pas encore cette commune, où l'on comptait alors pas moins de soixante-dix déclarants de récolte. Actuellement, il en reste cinq!... Dont deux "historiques", le Château Méric, avec sa démarche biologique depuis trois générations ou encore le Château Lassalle, le plus proche voisin.

Pour composer son vignoble de 8,5 ha environ, le vigneron de La Brède a du procéder à des achats ou locations de petites parcelles, en réussissant à convaincre des propriétaires possédant souvent moins d'un hectare, voire à peine cinquante ares et produisant plutôt un vin de consommation familiale. La particularité de ce vignoble, c'est qu'il était souvent bordé de bois (très fréquentés par sangliers et chevreuils, fin connaisseurs en matière de maturité des raisins!...), au point que l'on peut qualifier l'ensemble de vignoble de clairières. Sur La Brède et la commune voisine de St Selve, Christian Auney identifie cinq de ces espaces, souvent entourés de bois, que l'on peut identifier comme tel. L'ensemble comprend un peu plus de 5,5 ha de rouges (3 ha de merlot, 2 ha de cabernet sauvignon, 60 ares de petit verdot et 25 ares de malbec) et environ 2,5 ha de blancs (1 ha de sémillon, 1 ha de sauvignon, dont une petite moitié de sauvignon gris et 50 ares de muscadelle).

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Le terroir est typique des Graves, dans la mesure où il est composé de dépôts de graviers et de galets, souvent mélangés à du sable et de l'argile dans des proportions variables. Les géologues, bon connaisseurs du secteur, identifient souvent la terrasse sur laquelle se situe un domaine, en découvrant tel ou tel type de petits galets, présents à un seul étage, selon que l'on s'éloigne du fleuve. Ces terrasses sont elles-mêmes parcourues par de modestes cours d'eau, autant de petits affluents de la Garonne, qui ont découpé celles-ci au fil du temps, en formant des croupes et laissant apparaître un calcaire friable, ici les faluns de Labrède, par exemple.

Les vins proposés sont le plus souvent, au fil des millésimes, au nombre de quatre, à savoir deux blancs et deux rouges. Il pourrait en être autrement certaines années (comme ce sera le cas avec le millésime 2019), mais la production de nouveaux assemblages est parfois freinée, du fait des accidents climatiques, surtout depuis 2013. Ainsi, les blancs se composent, pour la cuvée dite Classique, de muscadelle (40%), puis à parts égales, de sauvignon gris et de sémillon, alors que la cuvée Cana s'appuie sur une majorité de sauvignon blanc (40%), puis dans de mêmes proportions, de muscadelle et de sémillon. Pour les rouges, une cuvée Classique forte de 60% de merlot comprenant un soupçon de malbec, 30% de cabernet sauvignon, 10% de petit verdot environ. La cuvée Cana rouge se compose elle de 70% de cabernet sauvignon, à peine 30% de merlot et d'une touche de petit verdot. 2019 verra donc l'apparition d'une cuvée Avant Garde où là, le petit verdot est largement majoritaire (60%), associé à 20% de cabernet sauvignon et 20% de merlot, une orientation des plus séduisantes à ce stade.

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Fort de son expérience et l'âge aidant peut-être aussi, Christian Auney se sent presque pousser des ailes, avec une envie assumée d'être créatif. Pourquoi pas d'autres assemblages, ou l'adjonction à l'ensemble de ces fameux cépages anciens, dont certains parlent à Bordeaux depuis quelques temps, comme le castets par exemple?... Lorsqu'on le pousse un peu dans ses derniers retranchements, du fait peut-être de ces arbres qu'il côtoie au quotidien, l'idée d'une vigne grimpante, quitte à la conduire en pergola, le titille même!... Histoire de se lancer un défi avant de tirer sa révérence et prendre sa retraite!...

Mais, le vigneron de La Brède est un sage. Toutes ces années lui ont permis de découvrir quelle devait être la teneur de ses relations avec ses voisins. Ici, on ne se livre guère, il convient d'être discret et peu curieux. Pourtant, les interrogations ne manquent pas, surtout lorsqu'on défend l'idée d'une viticulture biologique, que le vignoble est confronté à la présence de la cicadelle et que les vignerons subissent le poids d'une administration tatillone. Depuis un certain temps, Christian Auney a fait le choix d'un suivi attentif, en confiant la surveillance à une entreprise, dont une biologiste vient pratiquer des comptages de la faune présente dans ses parcelles et le repérage des prédateurs. Les données sont donc compilées sur un document produit par un organisme indépendant. Ainsi, il ne sait pas ce qui se passe chez ses voisins, mais lui est à même de connaître la situation chez lui. Mais, ne comptez pas, cependant, sur Christian Auney pour se mettre hors jeu!... La notion de solidarité communautaire, au sein d'une appellation, est très présente à son esprit. Les combats d'arrière-garde ne l'intéressent guère, même si certaines orientations et décisions prises lors des assemblées générales de l'ODG (organisme de défense et de gestion) local (ou syndicat) peuvent le laisser perplexe... "Mais, pourquoi refuser aux autres, la possibilité de tenter de sauver leur peau, dans le marasme que nous traversons?..." Au Château Auney l'Hermitage, Christian Auney est un preux et vaillant représentant de l'artisanat et de la dimension humaine dans le vignoble bordelais. Pas une sorte de Don Quichotte s'agitant dans le paysage. Il le connaît bien, d'ailleurs, ce paysage!... Vous n'avez qu'à lui parler de nombre de ces oenologues-conseils qui sillonnent la région... Il en a consulté quelques-uns, "parce que j'avais envie de savoir ce que je devais faire pour faire de meilleurs vins..." Il vous racontera alors toutes ces anecdotes illustrant sa relation avec eux. De quoi rire et sourire, verre en main, avec ces cuvées qui raviront les amateurs de passage, proposées à un tarif des plus raisonnables, ce qui ne gâte rien, par les temps qui courent!... C'est à La Brède et c'est un talent à découvrir!...

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31 janvier 2021

Anjou : escapade en altitude!...

En janvier, il faut parfois trouver et découvrir des ressources insoupçonnées, au fond de soi, pour partir dans le vignoble. Cette année, avec guère plus d'une demi-journée par semaine de soleil jouant à cache-cache avec les nuages, on se dit en plus, que la situation météorologique dépressionnaire ne va peut-être pas faciliter la dégustation, comme on le constate parfois. Malgré tout, prendre la température du vignoble, après cette année hors normes qui, malheureusement, ne demande qu'à jouer les prolongations, n'est pas vain. Qui plus est, lorsque le choix se porte sur quelques sommets de l'Anjou viticole, soit, dans l'ordre le Domaine aux Moines, de Tessa Laroche, la Coulée de Serrant, chère à Virgine Joly et Richard Leroy, à Rablay sur Layon.

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Brouillard et forte pluie nous accompagnent selon les secteurs, tout au long du chemin. Nous franchissons cependant sans encombre le Pont dit des Lombardières, entre Rochefort sur Loire et Savennières. Sans doute plus aisément que les troupes de Jean sans Terre, roi d'Angleterre depuis la mort de son frère Richard Coeur de Lion qui, revendiquant le titre de Comte d'Anjou, se lança à l'assaut de l'imprenable forteresse de la Roche aux Moines le 2 juillet 1214. Mais, ses alliés et lui-même durent se retirer devant la bravoure des troupes du Sénéchal Guillaume des Roches, allié du roi de France Philippe Auguste, ce qui conditionna ensuite le résultat de la Bataille de Bouvines (voir Le dimanche de Bouvines, de Georges Duby), le 27 juillet de la même année.

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Nonobstant les conditions climatiques, nous prenons d'assaut le pont-levis et le portail (grand ouvert, c'est plus facile!) du Domaine aux Moines, où nous avons rendez-vous avec Tessa Laroche. On sait l'enthousiasme et la détermination dont a fait preuve la vigneronne de Savennières, pour faire évoluer à petits pas l'appellation Savennières-Roche-aux-Moines, fleuron de la rive droite de la Loire, depuis quelques années. Trouvant quelques alliés (tel le roi de France huit siècles plus tôt) auprès de la petite dizaine de vignerons du cru, également détenteurs de quelques arpents sur le célèbre éperon rocheux dominant le fleuve, elle a eu la satisfaction de voir paraître, au Journal Officiel, le 10 octobre 2019, l'homologation du nouveau cahier des charges de l'appellation, après moult tergiversations inévitables dans notre noble contrée. Ce n'est pas néanmoins la fin de l'histoire, puisque la promotion en "Grand Cru", que l'on peut trouver légitime, au même titre que Quarts-de-Chaume ou la Coulée de Serrant, dans les tuyaux depuis quelques temps, va sans doute devoir attendre quelques années... En même temps que l'apparition éventuelle de "Premiers Crus" en appellation Savennières, voire même dans d'autres secteurs angevins, comme à Bonnezeaux ou pour certains coteaux de l'Anjou (Les Treilles, par exemple). Si ces différentes zones semblent connues des uns et des autres, vignerons et représentants de l'INAO, on peut considérer que les planètes ne sont pas encore alignées et que leur prochaine conjonction favorable n'est pas connue!... Même si un "rééquilibrage" tarifaire s'est mis en place petit à petit, entre appellation générique et supposés Grands Crus. La prochaine étape devrait être l'apparition, sur les étiquettes, des appellations "Coulée de Serrant" et "Roche-aux-Moines", dissociées de Savennières, mais il reste à s'entendre sur le bien fondé de l'affaire... A suivre!...

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Tessa Laroche est à la tête d'une douzaine d'hectares, soit le tiers, à peu près, de l'appellation Roche-aux-Moines. On se glisse sous les deux grands pins face à l'entrée, tentant de nous mettre à l'abri de cette pluie fine qui tombe maintenant sans discontinuer. Nous découvrons ainsi la parcelle la plus proche, juste en-dessous, désormais en friche pour quelques années, avant la nouvelle plantation, qui sera issue d'une sélection massale attentive, réalisée avec les vieilles vignes du domaine grâce à la pépinière mise en place. C'est là que se trouvaient les vieux cabernets quasi centenaires confectionnant l'Anjou-Villages du domaine, dont les qualités étaient soulignées par nombre d'amateurs. Mais, le Roche-aux-Moines rouge n'existant pas, il était cohérent de dédier cette surface au chenin. C'est donc chose faite, le rare et ultime millésime 2018 n'étant déjà plus disponible, du fait de la quantité produite très restreinte et même si la promotion de cette cuvée n'était jamais faite par le passé. Tentez votre chance pour quelques flacons, mais ce sera difficile!...

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Petit tour à l'intérieur du Clos, pour découvrir le jardin (dont on ne peut que louer l'élégance, notamment aux beaux jours), jusqu'au Berceau des Fées, un groupe de pins disposés très attentivement où, dit-on les fées et farfadets du voisinage aiment à se retrouver dès l'arrivée de l'été... C'est un conte légendaire, croyez-vous? Par sûr... De retour dans les locaux où l'on peut déguster confortablement, locaux qui devraient d'ailleurs voir quelques aménagements dans les prochains mois, il est temps d'apprécier la cuvée, dans sa version 2019, du Berceau des Fées, avec une large base de jeunes vignes, mais dont l'expression s'affine et s'affirme avec les millésimes successifs. Ici, pas de sulfites ajoutés, pas de filtration et un élevage prolongé jusqu'en novembre 2020, pour un résultat tout à fait séduisant. Dans le même millésime, la cuvée Roche-aux-Moines exprime un très beau potentiel. Quant à l'Anjou-Villages 2018, dans son ultime livrée, il est lui aussi tout-à-fait réussi. Le Domaine aux Moines, créé en 1981 par Monique Laroche (décédée en juin dernier), infatigable lorsqu'il s'agissait d'arpenter les salons de France et de Navarre et toujours prête à défendre ardemment la notoriété de Savennières et de ses crus, vit une très belle maturité, avec de belles perspectives. Et on peut compter sur Tessa pour garder les pieds sur terre et gérer un ensemble qui a trouvé un bon équilibre et une bonne dynamique. Gageons que l'on devrait retrouver les chenins du domaine dans le dossier spécial Anjou blancs de la Revue du Vin de France, à paraître en avril prochain. Il faut dire que Pascaline Lepeltier et Alexis Goujard, venus récemment chercher dans ces murs la tranquillité de la salle de dégustation, auront payé de leurs personnes, au travers de séances marathon, tant les blancs secs de la région sont légion, voire aussi nombreux que les troupes du roi de France s'opposant à l'envahisseur. Palsembleu! Rangeons nos estocs et filons jusqu'au prochain portail!...

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A peine quelques dizaines de mètres, nos chevaux (fiscaux) n'auront point eu l'occasion de s'échauffer!... Nous voici à la célèbre Coulée de Serrant, au château dit de la Roche aux Moines, lieu des combats de 1214. Il ne reste rien ou presque de la forteresse, puisque sa destruction fut ordonnée en 1592, pratiquement au terme de la période dite des Guerres de Religion, lorsque nous étions là à la frontière des territoires contrôlés par les Protestants (Poitou, Aunis, Vendée...) et de ceux aux mains des armées que l'on peut qualifier de "catholiques et royales" (Anjou, Touraine...). Curieusement, deux cents ans plus tard, ces deux termes associés qualifieront les troupes contre-révolutionnaires venues notamment de Vendée. Il est possible de découvrir de façon panoramique tout le vignoble, en faisant quelques pas sur l'allée fortifiée plantée de vénérables cyprés, que l'on appelle le Cimetière des Anglais.

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En pénétrant dans l'enceinte de la propriété, on a parfois le sentiment de franchir les marches vous permettant d'atteindre la passerelle du temps. En effet, ce sont des moines cisterciens, installés dans le monastère construit dans la coulée même, qui plantèrent là les premiers ceps et ce en 1130.  Nous sommes alors à l'époque des premières croisades, les Normands occupent la Sicile. Gênes, Venise, Amalfi et Pise ne vont pas tarder à étendre leur influence sur la Méditerranée. Les Croisés, faisant escale à Chypre, ne tarderont pas à découvrir la Commandaria, vin doux naturel quasi mythologique produit sur cette île, qui sera vite présent sur toutes les tables royales européennes. Notons d'ailleurs que le même Philippe Auguste, cité plus haut, envoya partout ses messagers afin qu'ils collectent les meilleurs vins blancs pour en établir une hiérarchie. Le premier classement des vins!... Le résultat apparaît dans un poème composé aux environs de 1224, par Henri d'Andeli. Connue sous le titre Dit des vins de France, la Bataille des vins est donc le premier concours connu. Si l'on en croit la liste des vins "appréciés" et celle des vins "excommuniés" (sic), nombre de vignobles actuels y avaient leur représentants. La Coulée de Serrant n'y apparaît pas en tant que telle, mais peut-être était-elle associée à d'autres vins de Loire... Quoiqu'il en soit, nous pouvons déguster, en compagnie de Virginie Joly, le produit de la 889è vendange de la Coulée de Serrant (7 ha de fortes pentes exposées plein sud), soit le millésime 2019, ainsi que 2007 (plus de botrytis) mais aussi le Clos de la Bergerie 2019 (3,2 ha sur des pentes douces plutôt orientées à l'est) et Les Vieux Clos 2015 (5,5 ha sur des pentes parfois fortes exposées est), issus des différentes parcelles. Juste ce qu'il faut pour sauter de la passerelle et continuer notre route, en pensant à ceux qui passèrent par ici voilà quelques siècles et aux autres qui franchiront ce portail dans un millénaire...

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Ultime visite du jour, Richard Leroy, à Rablay sur Layon. Pas trop de temps disponible pour nous, couvre-feu à 18h oblige. La météo est toujours exécrable, pas un temps à mettre un vigneron dehors, alors que la taille bat son plein! Mais, le vigneron de Rablay a répondu favorablement à diverses sollicitations et nous ne sommes pas loin d'une dizaine à déguster les lots actuellement en cours d'élevage. Comme l'indiquait Tessa le matin, la semaine semble être très favorable aux visites, qu'il s'agisse de professionnels divers ou d'amateurs, à moins que la perspective d'un nouveau confinement... Pour les premiers, il faut rappeler que nous sommes là dans la période dite des salons. Dans le sud, Millésime Bio a cependant proposé sa première édition de salon 100% digital!... Un succès, disent les organisateurs, au point qu'une seconde session est d'ores et déjà programmée les 18 et 19 mars prochains. Quand on sait ce que cette manifestation a généré, ces dernières années, de "offs" divers en Languedoc-Roussillon, on imagine sans peine quelques frustrations...

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La Loire avait coutume d'accueillir tous ces étonnants vagabonds du verre à déguster dans les jours suivant le rendez-vous sudiste. Mais las, impossible de se réunir dans les conditions imposées par les contraintes sanitaires. Pas de rendez-vous donc fin janvier et début février. Le Salon des Vins de Loire a donc proposé une réunion de toutes les initiatives angevines et saumuroises (Greniers Saint Jean, Demeter, Dive Bouteille, etc) dans un même lieu, soit le Parc des Expositions de la cité des Ducs d'Anjou. Depuis, consciente des difficultés, Sylvie Augereau, organisatrice de le Dive, avait donné son accord mais, elle vient de revenir sur cette option, trouvant les dates des 11 et 12 avril bien trop proches du marasme actuel. Sans qu'il y ait nécessairement de cause à effet, il se murmure que cette réunion de la mi-avril a du plomb dans la carafe!... Autre option possible, un rendez-vous à la mi-juin, au moment de Wine Paris et Vinexpo 2021, qui se tiendront (normalement!) du 14 au 16 juin, à la Porte de Versailles. On peut penser qu'à Angers, les vignerons pourraient se rencontrer les 13 et 14. Il n'y aurait qu'un jour de chevauchement et ce pourrait être le moyen d'attirer les acheteurs internationaux sur les deux sites, pour peu que mesures barrières, vaccins et green pass (?) aient rassuré la population... et nos dirigeants. Les spéculations vont donc bon train!... Ce qui ne nous empêche pas d'apprécier les chenins de Richard Leroy, versions Rouliers et Noëls de Montbenault 2019, issus de différents lots et de barriques de nombreux horizons. Les vendanges furent très précoces (tout début septembre), ce qui confirme la tendance exprimée au Domaine aux Moines et à la Coulée de Serrant. La pureté et l'élégance de certains jus en étonnent plus d'un!... Le dégré d'exigence du vigneron s'exprime dans le verre. Ses trois hectares donnent le meilleur d'eux-mêmes!... On devine qu'il n'y en aura pas pour tout le monde, d'autant qu'il est déjà difficile de satisfaire toutes les demandes... On en est à espérer que ces bouteilles ne deviennent pas que des objets de spéculation, tant elles méritent de figurer sur la table des amateurs. Pas de doute, nous sommes bien là au sommet!...

15 janvier 2021

Il se passe toujours quelque chose en Fiefs Vendéens!...

Ciel bas et bruine collante sont de la partie ce jour. Pendant que les navigateurs du Vendée Globe s'approchent de l'Equateur, on se prend à rêver de températures estivales, d'un paysage vert... Mon GPS zélé, cherchant le plus court chemin, m'a suggéré de sortir de la route principale, pour emprunter des chemins de traverse (que je ne rechigne pas à découvrir le plus souvent!) qui, en janvier, ne sont parcourus que par les tracteurs de la contrée, ou part d'autres, afin de tenter d'échapper à la maréchaussée locale. Ce qu'on a coutume de surnommer les "chemins à quatre grammes", voire anti couvre-feu!... Ce crachin, cette boue sous mes roues motrices mais toutefois incertaines, quelques petites embardées et... mon cerveau qui vagabonde... Je longe les haies ayant survécu au remembrement, je coupe les chemins creux du bocage, vais-je devoir faire face à une horde de Chouans en patrouille, vétus de leurs capes, leurs grands chapeaux et armés de leurs faux, dont la lame affûtée lâche des éclats au moindre rai de lumière?... Allons! Moins de deux kilomètres à parcourir!... J'ai rendez-vous avec Frédéric Fagot, au lieu-dit Le Treuil. L'étymologie nous précise qu'il ne faut pas voir là l'utilisation d'un appareil du fait des fortes pentes, ici le vignoble s'étend sur un doux vallonnement, mais plutôt parce qu'il s'agit là d'un mot que l'on doit prononcer treil et qui se trouve être le nom vendéen de pressoir. On dit aussi que, jadis, c'était le lieu où, à l'origine, les tenanciers apportaient leurs redevances en complant pour y faire le vin du seigneur, selon Benjamin Fillon, célèbre érudit poitevin du XIXè siècle.

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Un grand hangar volumineux sans marque ni enseigne. Pratique sans doute, même s'il a nécessité quelques aménagements et que d'autres se profilent. La cuverie en fibre atteste de volumes importants. Bientôt, elle sera remplacée par de l'inox et des contenants en provenance du Muscadet. En même temps que la stratégie de production, qui vient d'évoluer de façon radicale avec le millésime 2020. Frédéric Fagot est champenois. A Rilly la Montagne, au sud de Reims et non loin de Mailly-Champagne, il dispose d'un vignoble qu'il doit convertir au bio prochainement, le Champagne Fagot-Dapremont. Voilà quelques années, il a récupéré quatre hectares de vignes du grand-père, au coeur du secteur de Mareuil, dans les Fiefs Vendéens. Mais, depuis sa plus tendre enfance, la Vendée est une terre de vacances estivales et familiales. Petit à petit, il a pu découvrir le microcosme et les particularités de la viticulture vendéenne, en vigneron averti et professionnel du vin. En Champagne, il est aussi à la tête, depuis plusieurs décénies, d'une entreprise de mise en bouteilles.

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Photo : Ouest-France

Il se rend compte très vite que la Vendée possède quelques "grands faiseurs", négociants solides et bien implantés et juste quelques vignerons, défenseurs une certaine idée de la viticulture locale et d'une forme ancienne de mode de vie. "Je ne sais même pas si nous sommes une quinzaine aujourd'hui!..." Néanmoins, par souci de cohérence économique notamment, il cherche à s'agrandir au-delà des quatre hectares récupérés. Ainsi, il reprend un petit vignoble, suite à l'arrêt d'un couple de vignerons voisins. En même temps, il demande et obtient des droits de plantation, par le biais des nouvelles directives européennes. A ce jour, il est à la tête d'une quinzaine d'hectares situés sur trois communes voisines : Rosnay, Château Guibert et Le Tablier. Depuis son installation, le produit de ses vignes était destiné au négoce Mourat, bien connu à Mareuil sur Lay. Vigneron en conventionnel depuis bien longtemps, il admet de passer au bio, à la demande insistante du négociant. Les premières années de conversion sont difficiles et la rentabilité de l'ensemble ne peut satisfaire Frédéric Fagot dans ces conditions.

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En 2020, après mûre réflexion et malgré le contexte sanitaire, il décide de produire ses propres vins, non sans faire preuve d'oiginalité. Fort d'une bonne clientèle dans l'est de la France avec son Champagne, il décide de proposer une gamme innovante pour la région, sans chercher, à priori, à gagner des parts de marché au niveau local. Il a pu constater que la demande et les niveaux de prix pratiqués ici n'étaient guère rémunérateurs. Et ce, même si, fort d'une sorte d'idéal, il veut ouvrir sa gamme avec des prix raisonnables et accessibles à la majeure partie de la population, comme il le pratique avec sa production champenoise.

Après quelques recherches, il opte pour l'achat d'amphores en terre cuite (dolias) auprès d'un importateur bordelais (Vin et Terre). S'il dispose actuellement d'une petite demi-douzaine de celles-ci, il ne cache pas que le parc va être très largement augmenté, pour arriver très vite à une bonne trentaine d'exemplaires. D'autre part, disposant aussi d'une bonne proportion de sauvignon, il décide, sans exclusive, de mettre l'accent sur ce cépage.

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Le conservatoire de la négrette vendéenne, non loin de la cave

A ce jour, il propose donc un sauvignon de cuve méritant déjà toute l'attention des amateurs, avec une jolie expression sur les agrumes, que l'on ne peut qualifier strictement de variétale. Celui-ci, pour information, sera présenté, avec ses qualités du moment, au Concours Mondial du Sauvignon, les 12 et 13 mars prochain, à Torres Vedras, au Portugal. Il sera disponible prochainement, puisqu'une mise est prévue avant longtemps, en même temps que le Rosé 2020, un aimable assemblage de pinot noir, gamay et cabernet dans une version très claire et très actuelle, comme on a pu en voir quelques-uns, l'été dernier, sur les terrasses ensoleillées du sud de la France, entre autres. "Je n'ai pas pu m'en empêcher, je fais des vins pour les filles!" ajoute le vigneron dans un éclat de rire.

Bien sûr, la dégustation des deux vins en cours d'élevage en amphores était très attendue. Le sauvignon tout d'abord, issu des mêmes parcelles que le précédent, montre très vite tout son potentiel. Une expression droite, rectiligne, persistante, finale saline comprise. On se dit presque, l'espace d'un instant, qu'on n'attendait pas le sauvignon à pareille fête!... On cherche des références, mais il y en a peu. Le vigneron le confesse : "Malgré mes recherches, je n'en ai pas trouvé d'autres ayant bénéficié d'un tel élevage!" Dans le cas contraire, n'hésitez pas à l'informer!... La seconde cuvée en amphores est un pinot noir vinifié en blanc. Les Champenois maîtrisent, parfois même les Vendéens, puisque Jérémie Mourat en propose également, mais en version méthode traditionnelle. Cette cuvée marche dans les pas du sauvignon. C'est élégant, droit et doté d'une jolie finesse. Le support acide dote le vin d'une bonne capacité à évoluer dans un tel support. Quel sera la durée de l'élevage?... Rien n'est écrit à ce stade. Affaire à suivre!... Notez que Frédéric Fagot se projette dans l'avenir malgré les incertitudes du moment. Parmi ses envies, l'apparition d'une ou deux amphores dédiées à un vin orange dès le millésime 2021 est plus que probable. Pourvu que Dieu nous prête vie!... Le vigneron de Rosnay n'est pas homme à provoquer de quelconques séismes dans sa terre d'accueil, mais il a, de toute évidence, capacité à en surprendre plus d'un!...

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01 janvier 2021

Bonne Année 2021 : vin, vaccin et rock'n'roll!...

Après avoir passé l'année 2020 (celle qui devait être l'année 20 sur 20, ou vin sur vin!) à attendre de supposés feux verts, en vue de quelques escapades, je me prends à espérer que 2021 ne lui ressemble pas comme une soeur jumelle!... Même si, comme pour bien d'autres choses, nous avons tous appris à voyager dans le virtuel, seule façon d'éviter le poids de quelques frustrations.

2021

En fait, on se surprend à ne plus faire de projets, mais plutôt à se tenir prêts dès que l'ouverture se présentera. Sommes-nous encore à même de planifier, de prévoir, de prédire?... Après l'année des masques, des tests, voici venu le temps des seringues! Et des débats à n'en plus finir, entre ceux qui se feront vacciner, selon l'ordre et la chronologie établis par nos dirigeants et ceux qui refuseront de confier leur épaule (et le reste) à la science!... On se prend à espérer que nous ne ferons pas davantage le constat d'une société coupée en deux, au fil des mois. Qu'aucune nouvelle forme de ségrégation n'apparaisse... les détenteurs d'un "green pass" et les autres!... En restant en contact avec les habitants de quelques pays voisins, on mesure à quel point la plupart des populations reste pour le moins déroutée par les évènements et l'incertitude ambiante. Le vaccin va-t-il nous protéger durablement? Va-t-il tranquiliser tous ceux qui nous entourent?...

vin et rock

En tout cas, il sera encore possible de sortir quelques flacons de nos caves et d'écouter (un peu fort!) les meilleurs souvenirs d'une époque rock'n'roll, histoire de couvrir le bruit souvent grinçant d'un monde qui ne manque pas de nous inquiéter, certains jours. Liberté de voyager, mise sur pieds de projets ébouriffants, rencontres insolites, programmes aboutis, on se donne rendez-vous en 2021, parce que la vie mérite bigrement d'être vécue, n'en doutons pas, encore moins aujourd'hui!... Belle Année à vous tous! Portez-vous bien, prenez soins de vous et de ceux qui vous entourent.

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