La Pipette aux quatre vins

22 mai 2018

Domaine Charles Joguet, à Sazilly (37)

Chinon comptait depuis fort longtemps quelques domaines référents, voire historiques. Au fil des décennies et des générations, certains ont évolué vers plus de modernité, avec parfois de fortes convictions mais, pour quelques-uns, au risque de se perdre dans des circonvolutions d'organisation et de communication, un peu comme s'ils poursuivaient un rêve inaccessible... D'autres sont très longtemps restés campés sur des positions faisant référence à la tradition, au terroir séculaire, à un mode de production refusant certaines évolutions et ce, malgré les mises en garde émanant parfois d'avis extérieurs pas toujours objectifs, mais aussi parce que le marché du vin n'est pas figé, comme il le démontre depuis quelques années. Enfin, pourquoi le nier, les amateurs, avec leurs souvenirs qu'ils qualifient d'impérissables, avaient parfois tendance à remuer le couteau dans la plaie, avec leurs papilles à jamais marquées des millésimes 1989 et 1990, masterwines au pays de Rabelais!... Indéniable référent chinonesque de cette supposée grande époque, le Domaine Charles Joguet devait lui aussi se ranger à l'idée de cette indispensable mutation. C'est désormais chose faite, mais la route est longue. Et les animateurs de la célèbre Dioterie ne manquent pas de le préciser et de le reconnaître, lorsqu'on les rencontre.

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On peut cependant dire que cette évolution, intervenue principalement en 2006 avec le passage en agriculture biologique, certifiée au cours de la décennie suivante, était quelque peu contenue dans "l'héritage" de Charles Joguet. Celui qui était connu pour ses activités artistiques, évoquées sur le site qui lui est consacré, devenu vigneron très jeune, au décès de son père en 1957, peu de temps également après cet hiver 1956, qui laissa le vignoble français meurtri par un froid terrible, était sans doute très attaché à ses racines et à ce domaine familial, dont les plus vieilles parcelles de la Dioterie remontaient au moins à 1830, voire même avant la Révolution Française.

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Dès le début des années quatre-vingt, Charles Joguet, âgé d'une cinquantaine d'années, cherche à pérenniser ce travail de longue haleine et à s'entourer. En 1983, arrive Michel Pinard, qui va s'occuper des vignes et des vinifications jusqu'au millésime 2004. Entre temps, en 1985, Jacques Genet et sa famille s'associent au vigneron de Sazilly, augmentant au passage la surface du vignoble d'une dizaine d'hectares sur Beaumont en Véron, pour que la propriété atteigne près de quarante hectares, comme c'est le cas aujourd'hui. Désormais, la tendance est plutôt à regrouper les vignes sur la rive gauche de la Vienne, à l'exception du célèbre Clos du Chêne Vert, un magnifique coteau de deux hectares, exposé sud-ouest, avec un sol argilo-calcaire, où voisinent argiles à silex et tuffeau jaune, comme on l'appelle dans la région. Une vigne qui participe à la légende du domaine, surtout lorsque Charles Joguet évoquait naguère son achat, lors d'une vente à la bougie mémorable!... C'était en 1976, année au cours de laquelle fut replantée cette parcelle, qui n'allait pas manquer ensuite d'épater les amateurs.

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En 2006, se produit donc un certain nombre d'évènements, tant pour ce qui est du patrimoine lui-même que de l'organisation humaine de l'ensemble. C'est cette année-là que Anne-Charlotte Genet prend en main les destinées du domaine, principalement pour tout ce qui est relations extérieures et commerciales, ainsi que tout ce qui touche à la communication. C'est aussi à ce moment-là que Kévin Fontaine, fort notamment de quelques expériences en Nouvelle-Zélande, Afrique du Sud et Canada, embarque dans l'aventure, pour prendre en charge la bonne gestion des vignes et des vinifications. Simultanément, six hectares situés principalement sur des sables sont vendus, afin d'en acheter six autres sur la proche commune d'Anché, d'un terroir plus qualitatif. Dès ce moment, l'équipe composée d'une douzaine de personnes sous la responsabilité de Kévin, permet de distribuer les rôles par secteurs : taille, travaux en vert, etc... Le but étant la responsabilisation de chacun et d'établir un dialogue permanent, évitant ainsi une gestion trop "jupitérienne" (c'est très actuel comme vocabulaire!) de l'ensemble. Quelque chose qui doit aider à une bonne mise en place progressive de la biodynamie dans le vignoble, en respectant les énergies, tant des parcelles que des hommes et des femmes.

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Il est difficile d'être exhaustif, pour ce qui est de tous les projets évoqués par les responsables du domaine, tant ils expriment d'axes de progrès. Ils ne revendiquent d'ailleurs pas d'innovations absolues, au regard de toutes les initiatives nouvelles prises çà et là, mais ils ont la conviction que leurs apports participeront à faire avancer les vins, ce qui reste essentiel. Il s'agit parfois d'investissements lourds et s'ils ont planifié prudemment ces avancées, ils espèrent surtout, comme d'autres, que les calamités climatiques voudront bien les épargner. Indéniablement, ils veulent surtout jouer le rôle qui leur revient parmi les grands domaines régionaux, ceux-ci étant un peu les garants d'une production régionale authentique de qualité.

En 2006 également, se prend une décision fondamentale : la passage à une agriculture biologique. Elle est surtout motivée par les résultats de l'étude des terroirs de René Morlat, à Angers. Quelques essais sont réalisés sur certaines parcelles dès 2005 et 2006, puis en 2007 et 2008 en vue d'une généralisation. La certification est obtenue en 2013. Entre temps, il a fallu faire face aux conséquences pratiques et quotidiennes, pour un vignoble réparti sur vingt-cinq kilomètres et intégrer tous les paramètres, notamment humains. Sont également intervenus, les inventaires faunistiques et floristiques pour la Dioterie, les Varennes, Anché et les Silènes. Ceux-ci ont déterminé qu'il n'y avait pas de rapport absolu avec les terroirs, mais ils ont motivé la création de zones tampons, la plantation d'arbres, dont quelques fruitiers et de haies, la construction de murets, afin de favoriser l'implantation d'insectes et de fleurs patrimoniales. Tout cela, en phases successives, qui permettront aux visiteurs de constater, petit à petit, toute l'évolution du domaine. A noter au passage, que celui-ci a fait l'acquisition d'un large espace de terres agricoles sur le plateau dominant le coteau des Varennes, afin d'y créer une zone tampon (et de se mettre à l'abri des effets d'une agriculture conventionnelle), ce qui témoigne de la volonté de revaloriser la biodiversité locale.

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La gamme proposée par le domaine reste assez large et s'exprime pour l'essentiel, par parcelle et par terroir. Un aspect qui a participé à la réputation du Domaine Charles Joguet, puisque son créateur avait, de longue date, opté pour ce choix, une option quelque peu d'avant-garde à l'époque, d'autant qu'elle était accompagnée de la mise en bouteille, chose rare dans les années cinquante et soixante. Cette dernière douzaine d'années a permis à la nouvelle équipe de mieux identifier les différents terroirs, en intégrant l'impact des micro-climats locaux, comme pour le secteur Anché-Sazilly, protégé de façon significative par une petite rivière, la Veude, un affluent de la Vienne. Les deux premières cuvées, Silènes et Les Petites Roches, sont des rouges de cuve. la première issue surtout de jeunes vignes et la seconde, une sélection des plus belles parcelles. A noter que ces deux vins, que l'on peut considérer comme des entrées de gamme (avec le Rosé issu de saignées) passent néanmoins deux hivers au domaine avant d'être commercialisés. Une pratique qui s'est d'ailleurs généralisée, puisque toutes les cuvées passent deux hivers en masse, après élevage, avant la mise en bouteilles.

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La Cuvée de la Cure, trois hectares à Sazilly, est issue d'un terroir argilo-graveleux. Des vignes trentenaires sur des alluvions de la rivière, qui auraient pu être arrachées, mais conservées notamment pour leur situation en contrebas de la route, avec une tendance à emmagasiner de la chaleur l'après-midi. Le plus souvent, cette cuvée passe par un élevage d'un an en barriques de quatre vins. Les Charmes, vignes situées sur Anché dans un paysage bien ventilé et sur des sols argilo-calcaire, offrent une expression intermédiaire entre les cuvées proposées sur la rondeur et le fruit et les "grands crus". Élevage d'environ seize mois, dont sept dans des barriques de quatre à cinq vins. Les Varennes du Grand Clos, 4,5 ha qui vont du plateau et du coteau argilo-calcaire dans le prolongement de la Dioterie, jusqu'aux sols silico-argileux du bas de ce même coteau. Un peu l'emblême du domaine, qui selon les années, passe de dix à seize mois en élevage. Toujours un beau potentiel de garde et une trame aromatique souvent séduisante dès sa prime jeunesse. C'est dans le bas de ce secteur que se situaient naguère les vignes franches de pied, qui proposèrent de très beaux millésimes. Arrachées depuis quelques années, elles ont démontré que l'expérience mériterait d'être renouvelée... Affaire à suivre!

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Il faut bien sur évoquer les deux porte-étendards du domaine : le Clos du Chêne Vert, situé sur la rive droite non loin du Coteau du Noiré de Philippe Alliet, où sol et micro-climat influent sur chaque millésime et le Clos de la Dioterie, 2,5 ha de très vieilles vignes, dont certaines auraient été plantées en 1912, dotée d'une exposition nord, contribuant sans doute à la profondeur, à la finesse et à la complexité du cru. Dans ces deux cas, des cuvaisons plus longues, une extraction optimale et un élevage de douze à dix-huit mois en barriques d'un à trois vins. Ces deux vins restent la signature du domaine et il ne faut pas hésiter à donner du temps au temps, pour les apprécier pleinement, avec une cuisine de qualité. Enfin, n'oublions pas le Clos de la Plante Martin, le blanc issu de chenin comme il se doit dans la région. Un peu plus de trois hectares sur argilo-calcaire, situés à Saint Georges sur Vienne. Ici, la surmaturité est recherchée, afin d'obtenir un vin sec, gras et complexe. Élevage en barriques, un tiers neuves et deux tiers de un et deux vins.

32595106_10216189788835407_4583610534472974336_nLe Domaine Charles Joguet est donc résolument tourné vers l'avenir. Mais, après les douloureux épisodes de gel (-50 à 60% en 2016 et -40% en 2017), il faut s'armer de patience. Pour Anne-Charlotte Genet, les axes de progrès sont nombreux, "mais le risque est de ne plus avancer, tant il y a à faire..." Après la maîtrise des rendements (30 à 45 hl/ha pour l'ensemble des parcelles) et une plus grande rigueur pour obtenir une qualité de vendange optimale, un des points importants se situe dans le renouvellement du vignoble, avec une sélection massale attentive. Un suivi individualisé des ceps est en place depuis quelques années, ainsi qu'une taille très attentive pour obtenir une bonne répartition de la végétation et limiter à trois le nombre de passages en vert. Au cuvier, un contrôle des températures, avec des macérations à froid de huit à quinze jours, permet une extraction en douceur de raisins couverts de jus. De plus, suite à la réforme des agréments (on évite ainsi de jouer au chat et à la souris avec le préleveur!), ceux-ci étant repoussés du mois de janvier à la mise en bouteilles, les fermentations malolactiques se déroulent dans le temps et les soutirages sont limités à trois, ce qui permet désormais moins de manipulations, moins de stress pour les jus et une certaine stabilité aromatique, sans oublier une limitation des apports en SO2. Pour ce qui est des élevages, entre 2010 et 2012, une relation attentive a été mise en place avec trois tonnelleries (Saury, Meyrieux et Atelier Centre France) et l'utilisation de barriques de 400 litres se généralise peu à peu depuis 2013, même s'il reste encore quelques plus petits contenants. Kevin Fontaine explique que de nouveaux essais sont tentants, mais le manque de place actuel et les effets du gel contrarient quelque peu ces avancées, d'autant que de récents essais d'un chenillard dans les vignes, afin d'éviter le compactage des sols, donnent des résultats intéressants...

A la Dioterie, on a donc besoin d'un peu de temps encore, même si le domaine a, depuis plus d'une décennie, avancé sur tous les fronts. La sagesse est-elle une vertu tourangelle?... On peut le penser, parce que la douzaine de personnes oeuvrant là a résolument pris son destin en main et que chacun sait qu'il faut parfois faire des pauses, évoquer ses difficultés et soumettre à l'ensemble les idées qui font résolument avancer. Bienvenue en Rabelaisie!...

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06 mai 2018

Escale à Santorin

La Crète, c'est un peu la bouche souriante d'un smiley, lorsqu'on regarde la carte marine de la Mer Égée!... A peine plus au nord, se situent la volcanique Santorin et Anafi, surgie de la mer sur ordre d'Apollon, dit-on, pour sauver les Argonautes en danger. Elles sont un peu comme les deux premières bouées sur la route du Septentrion. En navigant depuis Agios Nikolaos, sur la côte nord-est crétoise, il faut mettre un poil d'ouest sur le cap pour atteindre Vlychada, près du Cap Exomitis, la pointe sud de Santorini, comme on l'appelle ici. Encore faut-il que le meltem et ses rafales de nord soient en sommeil, nous ouvrant la porte sans avoir à tirer des bords carrés!...

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Vlychada a quelque chose d'insolite, avec sa petite marina en double fer à cheval, où se côtoient petits bateaux de pêcheurs côtiers, yachts de baroudeurs des mers de toutes nationalités, qui font escale ici parce que l'accueil y est des plus courtois (et des moins chers!) et catamarans de luxe, chargés de distraire pour quelques heures d'une navigation parfois musclée, quand Éole en rigole, les touristes souvent asiatiques, venus sur l'île parce qu'elle fait partie des sites à visiter une fois dans sa vie, comme le disent tous les guides de voyage du monde.

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Vous pouvez y trouver, sans difficulté, la terrasse d'un petit restaurant accrochée à la falaise, To Psaraki (le petit poisson), qui vous offrira une vue imprenable sur le site et cette ligne d'horizon plein sud. A l'heure de midi, lorsque la chaleur impose déjà de se coiffer d'un chapeau de paille aux bords quelque peu déchirés, tant il a franchi de fuseaux horaires, il sera l'heure d'apprécier un ouzo glacé (ou deux!) et quelques mézès. Glissez quelques glaçons dans votre verre et l'ouzo à l'anis étoilé et aux aromates dessus, pour faire craquer la banquise, plutôt que l'inverse. Cela devient vite une sorte de cérémonial, lorsqu'on séjourne dans ce pays!... Pita, légumes crus, féta, olives et tzatziki... Juste de quoi se restaurer, avant de chausser ses lunettes de soleil et de partir à la plage!...

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Elle est juste à quelques dizaines de mètres!... Ici, le sable de la plage a toutes les nuances de gris, sous la lumière de la mi-journée et le bleu hellénique du ciel!... On peut y marcher, tout simplement, ou s'y prélasser en regardant les vagues déferler, mais lorsqu'on se tourne vers la falaise, à moins que ce ne soit une dune, on peut tenter de déchiffrer les hiéroglyphes, sûrement des tags laissés par Éole et ses copains, demi-dieux grecs de l'Olympe comme lui, venus surfer dans le coin avec quelques princesses d'Athènes ou de Thèbes.

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Avant de reprendre la mer, hasard des rencontres typiques des pontons et des ports de plaisance!... Un Breton vivant sur l'île depuis des années, après avoir cessé son activité d'apiculteur dans le Finistère et cédé toutes ses ruches, avait besoin d'un petit coup de main. Manoeuvre dans le port pour son solide monocoque, au terme de la saison estivale et de ses navigations méditerranéennes. No problem. Il m'invite ensuite à prendre une bière à la taverne, mais juste à l'heure de notre départ. Au moment où nous larguons les amarres, il accourt sur le quai et me tend un sac en plastique opaque! "C'est du bon, je crois!..." Dedans (je le verrais plus tard, une fois au large!), ce flacon, Château Haut Marbuzet 2006!... Merci André !... Il ne reste plus qu'à passer à table pour saluer ce souvenir et se donner envie de retourner à Santorin... bientôt!...

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Pour l'occasion, deux cuisines se rencontrent. Pour un St Estèphe issu des graves günziennes médocaines, quelque part entre Cos d'Estournel et Montrose, il faut une recette avec du répondant. Les rognons de veau crémés, flambés au Cognac de La Pouyade, accompagnés de quelques champignons de Paris, ont ce potentiel pour que s'affirme toute la volupté du vin. En guise de complices du jour, afin de se transporter au-delà des mers, quelques aubergines grillées, associées à un tzatziki typique de la cuisine crétoise. Au fil du temps, le vin s'ouvre sur des arômes de tabac blond, de fruits secs et d'épices. Ses tannins se sont joliment arrondis, même si la trace de l'élevage est toujours identifiable, comme une marque de jeunesse. Certains millésimes de ce cru ont fait de lui l'égal de nombre de "classés". Une renommée que l'on ne peut lui nier, quelques douze années plus tard.

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21 avril 2018

Quelques journées girondines...

L'année 2017 fut précoce, au point de mettre les vignerons en danger en cas de frimas tardifs, ce qui ne manqua pas d'arriver avant la fin avril. En 2018, entre record de précipitations pendant l'hiver, grisaille persistante et absence de températures élevées, ou leur extrême rareté, le profil de l'année s'annonce très différent et désormais, tout en croisant les doigts, on peut affirmer qu'il est peu probable que le gel ne s'invite au sinistre festin d'une matinée glaciale. Quelques journées passées dans le Bordelais nous permettent de prendre la température, mais aussi, de faire quelques découvertes.

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~ La Grappe, Derenoncourt Consultants ~

Voilà quelques années que je ne m'étais pas aligné sur la ligne de départ de cette compétition à spéculations multiples : les Primeurs à Bordeaux. Celle qui va décider de la tendance pour le dernier millésime. Alors, qui sera la gagnante de l'année? Rive Droite? Rive Gauche? Les GCC seront-ils à la hauteur de leur réputation? Quelle sera la surprise du millésime, sortie de derrière les fagots?... Fort d'une invitation dans le cadre des plus confortables du Château La Gaffelière, option dominicale "journalistes et blogueurs", je ne pouvais lâcher La Grappe, pour d'autres cadres, parfois luxueux, ou d'autres encore où les échantillons sont cantonnés à leur seule position dans la liste alphabétique des crus, toutes régions et tous terroirs confondus.

30265328_10215913057797304_2501685812739964928_nAu passage, lors de ces quelques jours, l'occasion aussi d'évoquer ce travail de consultant viticole et/ou vinicole, devenu quasiment incontournable dans tous les vignobles ou presque. Une tendance qui se veut parfois du coaching, avec même une option "cellule psychologique" lorsque le gel atteint le coeur des propriétés et les esprits des propriétaires, voire des investisseurs. Il faut aussi désormais compter sur "l'envolée" vers l'option bio et biodynamique, qui pourrait bien faire passer avant longtemps le Bordelais sur le podium des régions, remontant du diable vauvert, au regard des surfaces de vignes cultivées selon cette tendance. Deux critères le laissent entrevoir : la puissance financière de nombre de propriétés, à même de supporter plus aisément les investissements nécessaires et... la volonté de ne pas être le dernier d'une AOC à passer en bio!... N'en déplaise aux consultants phyto, qui sillonnent le vignoble, comme autant de capteurs de tendance et même si les plus grands fournisseurs travaillent déjà, n'en doutons pas, à la production, ainsi qu'à la diffusion de produits répondant aux critères des labels bio, tout en ne perdant pas de vue que l'autorisation de mise sur le marché (ou AMM) n'est pas pour demain, mais plutôt pour après-demain. "Parker, c'était le Bordeaux business, maintenant la pression sociétale est une réalité..."

Pour illustrer cela, Stéphane Derenoncourt et ses associés (Simon Blanchard, Julien Lavenu et Frédéric Massie, mais aussi Romain Bocchio et Hannah Fiegenschuh) ont créé un "pôle phyto" en 2015, confié à Pauline Lagarde, afin de faire face efficacement à ce véritable appel d'air vers le bio. Le tout était de permettre une approche attentive et soignée des propriétés tentées par une conversion, en chiffrant le mieux possible les conséquences d'un tel choix. Une fois le germe implanté dans les cerveaux des vignerons, il s'agit d'être pragmatique et de découvrir vers quel horizon un tel changement les amène. Pour ce qui est des données chiffrées, trois domaines avaient fait appel à ce pôle en 2015-2016, on en est maintenant à dix-huit et sans doute à vingt-cinq au terme de cette année 2018. Tendance, vous avez dit tendance?...

Avant de plonger le nez dans le verre, afin de découvrir justement la tendance du millésime 2017, rappelons les grandes lignes de la jeune histoire (bientôt vingt ans quand même!) de Derenoncourt Consultants : l'entreprise Vignerons Consultants voit le jour en 1999, au moment ou Stéphane et son épouse Christine créèrent le Domaine de l'A, du côté de Castillon. C'est le Château Pavie-Macquin qui sera le premier client, une propriété que le néo-consultant d'alors connaît bien, puisqu'il vient d'y passer l'essentiel des années 90, au côté de Maryse Barre, puis de Nicolas Thienpont. Propriété qui a d'ailleurs atteint le niveau envié de Premier Grand Cru Classé de St Emilion voilà quelques années.

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Avant de changer d'identité en 2010 pour devenir Derenoncourt Consultants, l'entreprise se développe en à peine plus de quinze ans. Une quinzaine de personnes y travaillent aujourd'hui et on compte désormais douze consultant(e)s, intervenant dans pas moins de 130 domaines de dix-sept pays. Si l'essentiel se situe à Bordeaux, vingt-trois domaines sont également consultés dans plusieurs régions françaises et pas moins de vingt-six dans dix-sept pays d'Europe (le premier fut espagnol, Alonso Del Yerro en 2003), d'Amérique du Nord (dont Francis Ford Coppola en 2008, pour son vignoble californien) et du Moyen-Orient.

Passons à 2017, sorte d'année de galère du fait du gel printanier, qui n'aura pas touché les domaines, loin s'en faut, de la même manière. Pour certains, il fallait consentir à quelques sacrifices, en écartant toute la deuxième génération de grappes (qui ne rattrape que rarement le décalage de cinq semaines, surtout si août et septembre ne sont pas à la hauteur de l'attente), pour privilégier la vendange des secteurs protégés, ce qui permet, au passage, la production de véritables parcellaires, chose rare dans la contrée. D'autant que les parcelles destinées aux seconds vins, voire même celles qui sont intégrées certaines années dans le grand vin, furent souvent écartées et vendues en vrac, au négoce. Mais, le gel n'était finalement pas la seule difficulté du millésime...

30515937_10215913058317317_4032393057314799616_nEn abordant le sujet en compagnie de Simon Blanchard, il était donc plus simple de comprendre les disparités constatées d'un cru à l'autre (même si elles le sont bien souvent à ce stade) et de faire, a posteriori, le constat de la belle qualité de certains échantillons et l'austérité de quelques autres.

Il ne faut pas oublier un point important, à propos de l'épisode de gel en avril 2017 : le vignoble a été doublement frappé. D'abord, les 20 et 21 avril, par une gelée blanche conséquente, avec 20 à 50% de dégâts, notamment dans le secteur de St Sulpice de Faleyrens, commune située entre la route de Castillon et la Dordogne, puis les 27, 28, voire même le 29 avril, par ce qu'on a coutume d'appeler le gel noir. Très tôt au cours de ces nuits, la température est descendue jusqu'à -4° ce qui, combiné au rayonnement solaire du lever du jour, a anéanti et grillé la végétation précoce de l'année. Pas étonnant que certaines propriétés annoncent alors être touchées à 100%!... On n'avait tout bonnement pas vu ça depuis 1991!...

Autre aspect important, la météo estivale, sans fortes températures en août et ce que Simon Blanchard appelle un "septembre très bordelais", souvent couvert, type de fin d'été que l'on avait un peu oubliée, après de récentes années chaudes. Résultat : on se trouve donc en présence d'un "millésime de demi-corps", pour lequel il faudra rechercher l'équilibre, plutôt que l'extraction. De plus, le constat fait par les conseillers en goûtant les raisins juste avant les vendanges, c'est que ceux-ci étaient "très chargés en mallique", ce qui implique que les vins seraient sensiblement modifiés après la fermentation malolactique, avec donc un support acide non négligeable. Quelque chose de surprenant, surtout en tenant compte de la précocité annoncée du millésime, mais qui infome sur la nécessité de savoir stopper les élevages, le moment venu, dans les prochains mois. Ceci dit, 2017 venant après un millésime 2016 sur la puissance ayant nécessité un certain "enrobage" obtenu par une prolongation éventuelle des élevages, va impliquer que ceux-ci débuteront souvent plus tard pour 2017. Finalement, un millésime qui se situe quelque part entre 2012 et 2014, ce qui s'avère être plutôt une bonne surprise et des qualités que l'on reconnaît à ces années qui ont fait la réputation de Bordeaux. En tout cas, la réflexion en cours ces toutes dernières années sera boostée après un tel épisode de gel : pour beaucoup, il s'agit maintenant de s'équiper en tours antigel, même si la configuration du terrain peut avoir son importance lors de ces nuits glaciales et sachant que la vérité d'une année n'est pas forcément celle de l'année suivante en la matière. Au passage, rappelons que les conseillers restent très prudents lorsqu'ils s'adressent aux nouveaux investisseurs dans le vignoble, en leur précisant qu'ils ne doivent compter, en moyenne, que sur le volume de huit millésimes sur une série de dix consécutifs. Sur la dernière décennie, précisons qu'avant 2016 ayant permis de faire plus que le plein, 2015, 2014 sont considérées comme des années "normales", après 2013 (quart de récolte) et 2012 (demi-récolte), 2011 à 2009 normales, mais aussi 2008 pour laquelle on compte un tiers seulement des quantités habituelles.

30261318_10215913709773603_2162552021066973184_nAu chapitre de la dégustation des 57 vins proposés et soumis à l'avis des professionnels et des amateurs de passage, notons que pour La Grappe, les échantillons sont classés selon leur terroir, quelle que soit leur origine géographique, au sein du vignoble bordelais. En premier lieu, 18 vins issus de sols de sables ou de graves, puis 15 venant de coteaux argilo-calcaires, 18 de plateaux argilo-calcaires, plus une petite série de blancs.

Première tendance importante : à l'exception d'un échantillon, aucun des vins présentés n'étaient identifiables à ce nez boisé-vanillé si caractéristique des années 2000 (et avant), dont on dit volontiers maintenant qu'il était au goût du célèbre dégustateur venu d'Outre-Atlantique, celui-ci faisant au passage la pluie et le beau temps d'alors dans la cotation des primeurs. On a peut-être beau jeu de le dire aujourd'hui, mais que n'a-t-on dégusté des jus de planches et des tisanes de chêne pendant quelques années!... "Depuis, il y a eu le Bordeaux bashing, mais les gens reviennent parce qu'on fait maintenant des vins buvables!"

Bien sur, déguster une telle série de vins ne se fait pas sans fatigue gustative, surtout quand on a quelque peu oublié cette pratique. Il va de soi qu'en tirer des conclusions définitives sur l'évolution de ces échantillons relève de sa capacité à lire dans une boule de cristal ou la position des planètes (biodynamie oblige!) à leur naissance. Néanmoins, en prenant connaissance de leurs caractères particuliers, parfois identifiés comme issus des conséquences du gel lui-même, il est possible de comprendre ce qui fait qu'un vin est plus disert qu'un autre, voire flatteur, ou que d'autres sont pour le moins austères. Gageons que certains propriétaires ont du mal eux-mêmes à s'y retrouver parfois, tant le millésime, du point de vue des assemblages notamment, est différent de la production habituelle. Citons par exemple le Château de Malleret, Cru Bourgeois du Haut-Médoc, 100% merlot cette année (au lieu de 60% cabernet sauvignon, 35% merlot et 5% petit verdot), dont la touche florale est des plus plaisantes. Dans la même appellation, le Château d'Agassac, 90% cabernet sauvignon pour sa part, aura besoin d'un peu de temps. Autre "contre exemple", le Château Larrivet Haut Brion, en Pessac-Léognan, 90% cabernet (70% sauvignon et 30% franc), montre une certaine fermeté, mais soutenue par une bonne tension. Dans le même secteur, le Château Les Carmes Haut Brion confirme ce que certains professionnels pense de lui cette année, en le situant au niveau de la plupart des Premiers GCC!... Il devrait figurer parmi les pépites du millésime. A noter également le Château Bel-Air, à Pomerol, 100% merlot, avec un joli fruit, un brin confituré, mais plutôt expressif.

30261909_10215913057317292_1288988469430845440_nPour ce qui est des coteaux argilo-calcaires, on passe allégrement des expressions fruitées et plutôt enjôleuses de certains aux bouches quelque peu austères d'autres, avec l'inconnue qui s'impose vite dans les esprits, de leur évolution. Prime peut être donnée à la densité que certains vins semblent posséder à ce stade, comme le Château Toumalin, à Canon Fronsac, au nez assez puissant, ou le Château Guadet (St Emilion GCC), assez expressif, soyeux et non dénué de rondeur. Au risque d'être soupçonné de "fayotage" (brownnosing in english), le Domaine de l'A est séduisant et droit. Quant au Château La Gaffelière, sa tension du moment est bien soutenue par une jolie fraîcheur. En provenance des plateaux argilo-calcaires, citons le Château Maison Blanche, Cru Bougeois de l'AOC Médoc, avec une fraîcheur de fruit, qui sert bien sa finale "calcaire", ou encore le Château La Rousselle, à Fronsac, assez plaisant, avec un ensemble sur la rigueur et la puissance qui pourrait bien se fondre. Malheureusement, certains crus n'étaient pas disponibles ce jour-là, tels que Petit Village, Larcis Ducasse, Beauséjour Duffau-Lagarrosse ou encore Pavie-Macquin. Dommage!...

Du côté des blancs (peu nombreux), pas grand chose à signaler, si ce n'est le Château Hostens-Picant, Les Demoiselles, en Sainte Foy-Bordeaux, avec une légère dominante de sémillon, plus du sauvignon et un peu de muscadelle, proposant une expression assez complexe, avec du gras et de l'ampleur. Ce qui provoque une conversation à propos des blancs de Bordeaux, dont on dit désormais, que certains sortent du "cadre Dubourdieu", avec cette option d'alors de récolter avant la maturité, ce qui en faisait des "vins de nez", plutôt que des "vins de bouche". Selon Simon Blanchard, le salut pourrait venir des initiatives qui se font jour, notamment du côté de St Emilion, où du riesling, du chenin ou du chardonnay se plantent désormais, ce qui pourrait au passage orienter les vins vers une IGP permettant de sortir du carcan bordelais. Pour les autres, le sémillon devrait devenir le cépage "référent" de la région avec, pourquoi pas, un peu de sauvignon, mais surtout de l'ugni blanc.

On évoque là le futur, mais il faut bien admettre que les conseillers (ou coaches, c'est selon) de Derenoncourt Consultants sont bien placés pour se projeter dans l'avenir et détecter les nouvelles tendances, dont celles auxquelles on ne peut qu'être sensible, surtout quand on se targue de soutenir l'idée que les cépages autochtones, voire endémiques, sont une indéniable source de progrès et ce, dans nombre de pays. Ainsi et Simon Blanchard le rappelle, lorsque l'entreprise est sollicitée dans des pays tels que l'Ukraine, la Turquie, le Liban, l'Autriche, voire même la Syrie, les premiers contacts avec les vignerons et les propriétaires se soldent souvent par les mêmes demandes : il s'agit, au départ, de produire un top cabernet, un top merlot ou un top chardonnay, afin de faire de certaines cuvées, le top niveau du domaine. Or, l'expérience montre désormais que certains essais de vinifications des cépages locaux peu connus révèlent souvent leur potentiel et leurs charmes, ce qui finit par en faire les nouvelles stars locales et internationales. Indéniablement, la planète vin est en ébullition et l'on ne peut que s'en réjouir!...

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~ L'Esturgeonnière, caviar d'Aquitaine ~

Produire du caviar au coeur de la forêt des Landes, à proximité du bassin d'Arcachon, voilà une idée qui peut paraître saugrenue. Pourtant, depuis plus d'un quart de siècle, les esturgeons naissent et vivent dans le grand Sud-Ouest, pour produire le caviar d'Aquitaine. Pas moins de quatre entreprises ont créé une association de producteurs, qui multiplient actuellement les démarches en vue de la création d'une IGP, sans oublier le label EPV, Entreprise du Patrimoine Vivant. La ferme piscicole de L'Esturgeonnière, créée en 1991 au coeur de la forêt du Teich, produit désormais quatre tonnes de caviar chaque année. Voyons dans quelles conditions.

30441134_10215922239866850_3830733592464457728_nA l'origine, l'idée vient de l'immagination d'un mareyeur arcachonnais, Michel Zinsus, répondant à la volonté de la commune du Teich de valoriser un forage lui appartenant, destiné à la géothermie. Son projet retenu, il y fait construire 2500 m² de bassins, plus un laboratoire de découpe du poisson. En effet, l'idée reste alors la production d'un poisson à chair blanche, dont la rareté laisse supposer qu'il puisse être vendu largement au-dessus du prix du marché. Mais, les premières difficultés arrivent après quelques années, d'autant que le poisson n'est commercialisable qu'au bout de trois ans, au lieu des deux prévues au départ.

Jusqu'au milieu des années 90, tout le caviar que l'on trouve en France vient du bassin de la Mer Caspienne, de la Mer Noire et du delta du Danube. Mais, les esturgeons sauvages y sont aujourd'hui en voie de disparition. Après l'esturgeon européen, dit Acipenser Sturio, présent en France dans les Années Folles, mais disparu pour cause de sur-pêche, le CEMAGREF, devenu l'IRSTEA désormais, introduit un nouvel esturgeon dans les années 70, l'Acipenser Baeri, un esturgeon sibérien qui fait son cycle en eau douce et qui va parfaitement s'adapter, notamment aux conditions du Sud-Ouest. En 1997, les premiers grains de caviar apparaissent au Teich, mais de façon confidentielle, d'autant que les professionnels, à cette époque, sont pour le moins perplexes. En 1999, Michel Berthommier conduit le rachat de l'entreprise pour le groupe auquel il appartient alors. C'est la naissance de la marque Perlita.

ecloserie_caviar_aquitaineEn 2005 et 2006, c'est la période des grands travaux, après une étude en vue de doubler la surface des bassins et augmenter la capacité de production. Il s'agit de passer de 150 à 300 tonnes de poissons présents sur place et d'atteindre 3,5 tonnes de caviar à moyenne terme (dix ans). Mais, cela passe aussi par la mise aux normes des installations et la construction de systèmes de filtration mécanique et biologique.

Dès 2007, quelques amis et financiers permettent à Michel Berthommier de racheter l'ensemble, avec pour but de créer l'écloserie Nurseteich (2008) et de devenir le premier groupe en France à maîtriser tout le cycle de production sur un même site, de la reproduction au conditionnement, en passant par la naissance des alevins et l'élevage dans différents bassins, garantissant une traçabilité détaillée et rigoureuse.

La structure compte désormais quarante deux bassins sur 5000 m², dont treize d'alevinage, vingt cinq de grossissement et quatre pour les géniteurs. Bien sur, une des préoccupations principales se situe dans le respect de l'environnement, pour une structure qui pompe 350 l/s dans la Leyre, rivière aux sources multiples, née au coeur des Landes, qui malgré ses 550 km de longueur, traverse surtout des zones forestières, rarement agricoles. Il va de soi que l'exigence est bien de rejeter cette eau avec les mêmes qualités qu'au moment du pompage, ce qui implique une station de traitement des plus efficaces (filtration mécanique à 35 microns et filtration biologique sur lits fluidisés). La géothermie, quant à elle, permet de garder une température relativement constante de l'eau, notamment en hiver, le profil thermique parfait se situant entre 6 et 22° au fil de l'année. En dehors, on peut constater une plus forte mortalité ou l'allongement du cycle de production. Malgré tout, les conditions climatiques peuvent influencer la production. Ainsi, cette année, après un hiver très pluvieux et des épisodes de précipitations importantes, l'eau des bassins est plus trouble qu'à l'accoutumée, du fait du lessivage du bassin versant. On peut donc constater une forme de stress chez les poissons (qui sont tous équipés de puces électroniques), ce qui peut conduire à l'atrésie, un stade dépassé de la production des oeufs, les gros grains de caviar se rétractant quelque peu, le "caviar Perlita Rare" devenant effectivement d'autant plus... rare!...

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50000 alevins naissent au début du printemps et grandissent jusqu'à l'été. 35000 sont sélectionnés et huit ou neuf ans plus tard, 7000 à 7500 femelles produisent le caviar. Ils sont ensuite transférés dans des petits bassins à l'air libre, dès qu'ils atteignent une dizaine de grammes. Ils vont ensuite grandir puis être de nouveau transférés dans de plus grands bassins, au moyen de tuyaux leur évitant tout stress et... apprendre à nager sur le dos, comme sur la photo ci-dessus!... Les poissons sont regroupés par génération jusqu'à l'âge de cinq ou six ans. Vers l'âge de deux ans et demi à trois ans, c'est le sexage : on détermine leur sexe par échographie. Les mâles sont alors vendus pour leur chair et les femelles marquées d'une puce électronique. La production de caviar s'étale entre sept et onze ans environ. Vers huit ou neuf ans, on détermine la taille des grains, de nouveau par échographie (la taille minimum recherchée est de 2,6 mm). Quand l'échographie est concluante, les poissons sont sélectionnés pour une future production de caviar, jusqu'au prélèvement de la gonade (la poche contenant les oeufs). Les grains sont ensuite triés par lot, selon leur taille, leur couleur et leur texture, tamisés, rincés, puis on y ajoute du sel le plus pur possible. Brassés, égouttés, ils sont ensuite mis en boîte (de 20 à 500 g), moins d'une heure et demie après le tri.

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Source : Caviar Perlita

Même si le caviar reste un produit d'exception et de luxe, on en apprécie pas moins sa production artisanale et ce qui est mis en oeuvre ici, du point de vue de l'exigence environnementale, notamment pour assurer la pérennité d'une entreprise comptant pas moins de quinze salariés aujourd'hui et proposant ces produits dans trente deux pays (30% à l'export). Bien sur, les consommateurs de ce caviar, passé en quelques années des longs courriers des seules (ou presque) compagnies aériennes aux épiceries fines de nos grandes cités, peuvent voir en l'élevage la perte d'une sorte de romantisme culinaire. On vous l'accorde, apprécier le caviar frais, avec ses notes de fruits à coques (noix, noisette), dans une petite cuillère en nacre, en corne ou en ivoire pour ne pas altérer son goût (il faut bannir les cuillères en argent ou métal argenté, que diable!), accompagné d'un vin blanc minéral ou d'un Champagne Brut, plutôt que de la traditionnelle vodka, tout en se transportant sur les rives de la Mer Caspienne ou lors d'une étape de la Route de la Soie, a quelque chose d'intemporel et d'irremplaçable... La part du rêve, sans doute!...

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~ Anthocyanes, CDP Finewines ~

A l'invitation de Philippe et Catherine Cohen, passage à la gare de St Emilion, sans même craindre le moindre mouvement social, pour apprécier comme il se doit la dégustation des vins proposés par CDP Fine Wines, en présence, le plus souvent, des vignerons venant de plusieurs pays, en plus d'une sélection d'excellents producteurs français.

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L'occasion de reprendre contact, en vue d'une future visite, avec le Domaine Charles Joguet, mais aussi de revoir Patrick Essa, vigneron à Meursault, au Domaine Buisson-Charles et bien sur René Barbier, ainsi que son épouse Isabelle, venus comme il se doit en camping-car depuis Gratallops, au coeur du Priorat!... Comme chaque année, la possibilité de déguster quelques grandes cuvées, mais point de primeurs ici, tant il est délectable et appréciable de laisser couler quelques centilitres de nombre de ces grands vins déjà en bouteille, au terme de vinifications que l'on imagine des plus attentives, qui plus est dans les verres Zalto, proposés pour l'occasion. Quelque chose qui rappelle toute la sensualité de la dégustation... lorsqu'on veut bien oublier le mode sanction et notation de certains épisodes de la vie des vins.

29 mars 2018

Abbaye de Lérins, à St Honorat : vignoble et paix pour l'île aux moines

A vingt minutes du Palais du Festival de Cannes, Saint Honorat se cache derrière Sainte Marguerite, très différente d'ailleurs, du point de vue géologique. Les visiteurs sont le plus souvent unanimes : ce lieu dégage quelque chose d'unique, de paisible, de reposant. Même si elle fut jadis, dit-on, le lieu du repos éternel des Cannois, l'île de Saint Honorat abrite de nos jours et depuis des siècles, une communauté religieuse active, puisque cistercienne. C'est la doctrine bénédictine qui est ici appliquée : ora et labora. Autrement dit : prie et travaille!... Notez qu'il n'est pas si incongru d'évoquer le Septième Art, puisque, entre 2010 et 2013, s'est tenu ici le Festival de Silence, devenu désormais le Festival Sacré de la Beauté, avec une demi-journée réservée à une vingtaine de personnalités du cinéma, invitées à l'Abbaye, alors même que se déroule la célèbre manifestation cinématographique. L'histoire ne dit pas si cette initiative se prolonge sous la même forme et si les cuvées de Lérins reçoivent, à cette occasion, une palme d'or!...

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Avant d'en venir à la production insulaire de vins, avec une logique économique nécessaire, la restructuration du vignoble datant des années 1990, l'île de Saint Honorat a connu moult évènements liés à la conjoncture historique, au fil des siècles. Même si les Romains connaissaient l'île sous le nom de Lerina, elle était alors inhabitée et infestée de serpents, disait-on, un peu comme Tinos, mais ici, Poséidon n'est pas venu, en personne, faire régner l'ordre dans la faune locale. Néanmoins, Honorat d'Arles, s'y installe vers 405 de notre ère, avec la volonté d'y vivre en ermite. Il y fut rejoint, grâce aux réseaux sociaux de l'époque révélant sa présence solitaire sur l'île, qui finalement n'avait rien de celle de Robinson, par quelques compagnons, ne tardant pas à être évêques et même saints, tel Saint Patrick, venu étudier ici, avant d'entreprendre l'évangélisation de l'Irlande... et d'en chasser, selon la légende, tous les serpents!... Pendant les siècles qui suivirent, la vie monastique est interrompue à plusieurs reprises, pour cause d'envahissements divers et variés, des musulmans défaits à Poitiers aux pirates sarrasins, puis aux pirates génois et aux Espagnols, jusqu'à devenir une garnison française. Au moment de la Révolution, l'île est déclarée "bien national" et vendue à une riche actrice de l'époque. Il faut attendre la deuxième moitié du XIXè siècle pour que la communauté religieuse soit rétablie en 1859, sous l'impulsion notamment des moines cisterciens de l'Abbaye de Sénanque, qui s'y installent. Le cloître est construit au XIè et XIIè siècle, l'ensemble agrandi jusqu'au XIVè, puis ensuite au XIXè.

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De nos jours, l'Abbaye de Lérins compte vingt et un moines, dont la plupart travaille à la vigne, notamment au moment des vendanges et pour certains travaux en vert. L'un d'eux distille, en vue de la production de liqueurs. Bien sûr, la vigne est présente sur l'ile depuis des lustres (XIè siècle?), même si elle fût très longtemps réservée à la production de vins destinés aux repas des moines, mais surtout à la célébration du culte et de l'eucharistie. Les vignes sont regroupées dans la partie centrale de l'île, sur un total de 7,5 ha. Pas moins de sept cépages sont présents, dont les bourguignons chardonnay (1 ha 52) et pinot noir (85 ares), comme un clin d'oeil aux moines de l'Abbaye de Cluny. On trouve par ailleurs : 53 ares de clairette, 30 ares de viognier, 3,76 ha de syrah, 53 ares de mourvèdre, plus un plantier de 50 ares de rolle, qui sera en production à compter de 2020.

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C'est Hugo Millet qui se charge de m'acceuillir pour la visite. Forézien d'origine, connaissant bien la Bourgogne (DNO à Dijon, puis expériences professionnelles à Beaune et Gevrey-Chambertin), il est présent à St Honorat depuis deux ans environ, avec un statut de maître de chai et oenologue, chargé en fait de toute l'organisation d'un domaine classique, de la vigne à la mise en bouteilles, avec l'aide de deux autres permanents et de divers prestataires ponctuels. En haute saison, pas moins d'une vingtaine de personnes travaillent ici, mais cela comprend tous les emplois liés à l'accueil des visiteurs pendant l'été.

Pour ce qui est du terroir, nous sommes là en présence d'un socle calcaire, mais les sols sont plutôt profonds et argileux (de 30 cm à plus d'un mètre) avec la particularité, pour certaines parcelles, de contenir jusqu'à près de 3% de matière organique, ce qui est plutôt important. Le vignoble est en agriculture biologique de fait, depuis l'origine, puisque aucun produit chimique de synthèse n'a été utilisé jusqu'à ce jour. Pour certaines exigences commerciales, l'ensemble est désormais en conversion depuis deux ans, afin d'obtenir le label bio sur le millésime 2019.

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D'une façon générale et traditionnellement, les vendanges sont pratiquées cépage par cépage et parcelle par parcelle. C'est aussi pour cela, au-delà de la présence de variétés non régionales, que l'abbaye a opté jusque là pour une production en IGP Méditerranée, même si certains assemblages existent déjà ou sont envisageables. Actuellement, pas moins de huit cuvées sont disponibles sur le marché. Elles portent toutes des noms de saints et même d'une sainte, les moines s'étant laissés convaincre pour une forme de parité, même si la communauté monastique n'est ouverte qu'aux hommes.

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Pour les rouges, la cuvée considérée comme l'entrée de gamme est Saint Honorat. Elle est composée à 100% de syrah, plutôt issue des jeunes vignes (+/- 15 ans), vinifiée pour l'essentiel en cuves inox. Parfois, certains lots en élevage y sont intégrés et, certaines années, une petite proportion de mourvèdre. Saint Sauveur est issue des vieilles vignes de syrah âgées d'une quarantaine d'années. Les pinot noir de la cuvée Saint Salonius sont du même âge, tout comme les mourvèdre de Saint Lambert. Pour ces trois vins, la durée de l'élevage en barriques s'étend sur vingt deux mois en moyenne. A noter qu'il existe également une cuvée Saint Eucher, issue des jeunes pinot noir et des volumes qui n'intègrent pas Saint Salonius. Ce vin n'est disponible que sur l'île, notamment pour les visiteurs qui s'y restaurent. Enfin, les plus beaux mourvèdre sont vinifiés et élevés séparément, afin de composer le Clos de la Charité, vendu chaque année aux enchères, dont le produit est versé au profit d'une petite dizaine d'associations diverses.

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Du côté des blancs, l'entrée de gamme, c'est Saint Pierre. Elle est vinifiée en cuves inox est composée de 60 à 65% de clairette, 25% de chardonnay et le reste de viognier. Un vin qui se veut dynamique et sur la fraîcheur. Viennent ensuite Saint Césaire, 100% chardonnay, Saint Cyprien, 100% viognier et la petite dernière, Sainte Ombline, 100% chardonnay également, mais issue d'une sélection de vieilles vignes, fermentée en fûts et vinifiée en levures indigènes. Ces blancs sont élevés en moyenne pendant dix mois. Au final donc, une gamme assez large et originale, même si une marge de progression subsiste sur certains aspects des vinifications avec, comme l'espère Hugo Millet, la possibilité de s'appuyer davantage sur les levures indigènes, l'éventualité de pratiquer des élevages en utilisant d'autres contenants et d'autres matières, voire en jouant sur les assemblages, s'appuyant au passage sur les données propres à chaque millésime.

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Ce petit vignoble de Saint Honorat et de l'Abbaye de Lérins fait donc la démonstration de la capacité qu'ont les vignes insulaires à produire des vins de qualité, notamment par la constance de leur climat, pour peu que tout soit mis en oeuvre pour y parvenir. Et même si ce climat, comme on peut le constater ci-dessus (photo prise lors de l'hiver 2010) est capable de quelques extrêmes et de quelques excès. Comme on peut le constater à Porquerolles, aux Embiez et sur d'autres îles, la vigne est sans doute moins exposée aux périodes de fortes chaleurs estivales et bénéficie parfois d'une fraîcheur et d'une humidité nocturnes, qui peuvent s'avérer tout à fait positives. Nous n'en sommes pas encore à décréter que sans insularité, rien n'est possible viniquement parlant, mais il paraît de plus en plus intéressant de se pencher sur ces domaines méconnus, qui ne devraient pas tarder à faire constater leurs particularismes et toutes leurs qualités.

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19 mars 2018

D'île en presqu'île du Var : des domaines pas forcément anecdotiques!...

Leurs particularismes font leur charme. Îles et presqu'îles du Var, hauts-lieux du tourisme, cachent parfois un domaine viticole et quelques hectares, voire seulement quelques arpents de vigne, dont la destination première est de produire des rosés destinés à satisfaire tous ceux qui viennent prendre du bon temps, à pied, à cheval (-vapeur) ou en bateau, dans ces petits paradis hors du commun. Des rosés, comme tous les vignerons de Côtes-de-Provence en proposent, mais, oh surprise! parfois quelques jolies cuvées de blancs ou de rouges peuvent surprendre les amateurs, parce que, derrière ces cuves pleines de jus aux reflets saumonés, gris ou pelure d'oignon, on trouve aussi des hommes et des passionnés, aptes à mettre en valeur leur production plus éclectique qu'on ne le pense. Partons donc à la découverte du Domaine des Embiez et du micro-domaine de la Presqu'île de Giens.

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~ Domaine des Embiez ~

Depuis 1958, l'Île des Embiez, que dis-je, l'Archipel des Embiez, forme avec l'Île de Bendor, au large de Bandol, ce que l'on a coutume d'appeler les îles Paul Ricard. En effet, c'est à cette date, que la société éponyme s'est portée acquéresse de ces petits paradis. Cependant, l'histoire des Embiez ne débute pas au coeur des Trente Glorieuses, mais remonte à l'antiquité, avec quelques vestiges de campement de pêcheurs et de navigateurs, sans compter les épaves chargées d'amphores datées du Vè au IIè siècle avant J-C. On imagine aisément le paradis des plongeurs que cela représente. Ce n'est sans doute pas tout à fait un hasard, si le trio Cousteau-Dumas-Tailliez (les Trois Mousquemers) y tournent, en apnée, le premier film sous-marin français, Par dix-huit mètres de fond, au coeur même de la Seconde Guerre Mondiale, en 1942. L'année suivante, sera tourné Épaves, mais cette fois avec le premier scaphandre autonome "Cousteau-Gagnan".

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Le terme Embiez vient du nom latin ambo qui veut dire deux. En fait, à l'origine, il s'agissait de deux îles, St Pierre et La Tour Fondue, reliées par des limons et des alluvions, sur lesquels ont été créés des marais salants, qui cessèrent toute activité en 1937. A cet endroit, fut creusé, à partir de 1960, le port actuel de St Pierre, aisément accessible à partir du Brusc. Le port de plaisance compte pas moins de 750 anneaux.

Des habitants de Six-Fours-Les-Plages, la commune sur laquelle sont situées ces îles, la famille Lombard en fut propriétaire à partir de 1520, afin notamment de reprendre l'exploitation des salins, après les moines de l'Abbaye de St Victor, installés là depuis 1068. Mais, c'est à ce moment-là que furent plantées les premières vignes entre 1580 et 1600. L'île connut une période plus sombre, au début du XIXè siècle, lorsque le sel fut exploité pour produire de la soude, à destination des savonneries régionales. Des dégagements d'acide chlorhydrique provoquèrent de nombreux dégâts sur la végétation et la santé des populations environnantes. L'usine fut fermée en juin 1847, par arrêté préfectoral, suite à l'une des premières pétitions connues en France.

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Source : www.lesilespaulricard.com

"Quand Paul Ricard achète les Embiez en 1958, il fait le voeu de protéger ce paradis naturel et d'en faire une destination pour tous. Dès les années 1960, visionnaire, il voit déjà la civilisation des loisirs comme une évidence." Gageons qu'il n'avait pas tort!... Pour ce qui est du vin, le vignoble réapparaît au tout début du XXè siècle. Véritablement exploité en 1922, il a la réputation de proposer un vin de consommation locale. Abandonné pendant la dernière guerre, il fut remis en état en 1947 et depuis par le Domaine des Embiez. Celui-ci compte dix hectares et une trentaine de parcelles. C'est le seul domaine viticole de la commune de Six-Fours et tout est fait dans la cave de l'île, y compris les mises en bouteilles.

Depuis l'été 2017, c'est Étienne Pats qui a pris les rênes du domaine. Même si celui-ci appartient à la holding familiale Ricard, la structure bénéficie d'une certaine indépendance vis à vis de la société Paul Ricard. Elle fonctionne comme une petite unité de production, avec cependant l'intervention de quelques prestataires et quelques exigences de résultats malgré tout. Dans le cadre reprécisé lors de son arrivée, le vigneron a entamé pour le vignoble une conversion en agriculture biologique, qui sera effective et labellisée en 2020. A noter qu'il sera bien placé pour faire diverses suggestions en la matière puisque, à ses heures, il est aussi vigneron à Pierrefeu du Var, où il possède quelques arpents. S'il ne propose plus de vins en bouteilles depuis 2011 et 2012 (catégorie "vins de garage nature!"), il vend ses raisins à différents vignerons du cru. Originaire de la région, il a toujours travaillé dans le Var et en bio.

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Le Domaine des Embiez s'étend sur dix hectares, plutôt dans la partie centrale de l'île, avec une forte influence maritime et de plus, largement exposé aux effets du mistral. La combinaison des rafales et de l'air salin n'est pas d'ailleurs sans poser quelques problèmes, qui peuvent aller jusqu'à perturber la photosynthèse, même si les parcelles sont parfois séparées de haies de résineux, apportant aussi leur lot d'inconvénients.

On dénombre trois îlots de vignes principaux : La Tour Fondue, avec 50 ares de grenache et 1 ha de cinsault. Puis, Le Gaou et Le Cabanon, qui comptent 30 ares de rolle et 1 ha d'ugni pour les blancs, plus 55 ares de grenache, 55 ares de syrah, 60 ares de cinsault, mais également 45 ares de cabernet sauvignon, 1 ha 45 de merlot, plus un complément de 20 ares de cinsault. Enfin, le secteur dit de La Ferme, avec 55 ares de cinsault, 84 ares de grenache (dont 50 en IGP du Var), 10 ares de cabernet sauvignon en IGP et du Château d'Eau, lui aussi partagé, avec 60 ares de grenache, dont 30 en IGP et 65 ares de cinsault. Un des deux rosés (grenache et cinsault) du domaine ainsi que le rouge (merlot, cabernet, grenache, syrah et cinsault) sont proposés en IGP, le banc et le second rosé (grenache, cinsault, syrah) sont des Côtes-de-Provence. Il reste deux parcelles en cours de plantation : 50 ares de syrah (en IGP) et 20 ares de rolle (Le Gaou), qui sera plantée en 2019. Il est difficile de calculer l'âge moyen des vignes, mais il se situe aux alentours de vingt ans. D'autre part, on remarque une assez forte proportion de sols argilo-calcaire, avec aussi quelques schistes plus ou moins dégradés.

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Arrivé depuis quelques mois seulement, Étienne Pats espère influer sur le cours des choses, à petites touches, même s'il sait bien qu'un cycle complet de la vigne ne sera pas forcément suffisant pour comprendre ce terroir à variantes multiples, très exposé aux conditions climatiques et à l'éventuel manque d'eau. Heureusement, il semble pleuvoir davantage que ces dernières années, en février et mars 2018, ceci devant permettre de constituer quelques réserves... et compliquer au passage les interventions dans la vigne. Mais, la conjonction de certains éléments plaide en faveur d'une évolution importante au domaine. D'abord, la volonté affichée par les propriétaires de prendre en considération les exigences environnementales, sur une île où séjournent nombre de touristes et de par les activités qui y sont pratiquées, randonnée, VTT, etc... Les Embiez sont et doivent rester des territoires vivants, où la faune et la flore restent diverses et riches.

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D'autre part, la production vinicole, même si elle est principalement destinée à la consommation locale (hôtels, lieux de séjour divers, avec 600 à 700 lits, nombreux séminaires, navigation de plaisance...), n'en contient pas moins un potentiel novateur et original, dont une partie est à redécouvrir. Déjà, quelques choix techniques vont dans le sens d'une plus grande qualité : renouvellement de la cuverie, orientation vers des vinifications plus naturelles, en s'appuyant notamment sur les levures indigènes et pourquoi pas, réflexion sur l'encépagement, même si merlot et cabernet sauvignon sont des repères forts pour la clientèle de passage, jusqu'à ce jour. Quand on sait qu'avant 1990, l'île était largement plantée de vieux cépages provençaux, il y a peut-être matière à faire des Embiez un cru exceptionnel, fort d'une typicité marine et de jolies trames salines.

Comme quoi, il ne faut jurer de rien!... Une notoriété locale privilégiée et bien entretenue peut, un jour, être bousculée par la passion et une part de remise en cause. Et les données marketing (la couleur des rosés, les teintes pastel des étiquettes ou des capsules, en accord avec les eaux cristallines et le bleu du ciel d'été...), avec, au-delà de ça, les goûts standards satisfaisant la majorité silencieuse des visiteurs estivaux, à la peau halée et saline, peuvent être chahutés, sans que pour cela, on consente à une révolution de palais inappropriée. Le Domaine de l'Île des Embiez est armé pour cela. A suivre!...

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~ Domaine de la Presqu'île de Giens ~

Sur la route qui mène à l'embarcadère pour Porquerolles, une signalétique récente ne manque pas d'interpeler les visiteurs. Le nom de l'unique domaine viticole de la presqu'île est précédé d'une grappe de raisins. Pas de doute, de la vigne se cache au coeur de la végétation et des superbes villas de cet espace protégé. Un panneau dissuade de continuer sur la petite route pentue, mais pourtant, le Mas du Port Auguier est bien là.

Régis Gautier (et sa grand-mère Yvonne) est en quelque sorte le dernier des mohicans vignerons de Giens, représentant de la huitième génération de la famille!... On est surpris d'apprendre que la presqu'île de Giens comptait encore, voilà quelques décennies, une bonne vingtaine de petits domaines viticoles, à vocation familiale le plus souvent, mais où les Varois et les touristes de passage s'approvisionnaient en cuvées couleur locale, le plus souvent rosées. Mais la pression immobilière a eu raison, au fil des ans, des ultimes résistances, même s'il reste, parait-il quelques micro-parcelles dans les jardins de certaines villas.

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Cette pression, le grand-père de Régis fut un des premiers à la subir et à résister, malgré son jeune âge. Cette histoire locale confine à la légende et, pour un peu, il faudrait la raconter en langue provençale, ou emprunter à Mistral, Daudet, Pagnol et autre Giono, quelques formules évocatrices, parfumées de lavande ou du thym de la garrigue. Nous sommes en 1924, les Gautier sont sollicités par la Comtesse de Béhague, riche Parisienne, mécène et collectionneuse bien connue, qui souhaite agrandir sa propriété appelée La Polynésie. Mais Félicien, alors âgé de sept ans, s'élève contre cette vente. "Parce que je veux être paysan!" déclare-t-il à ses parents. Ceux-ci ne peuvent alors se résoudre à cette cession et la petite propriété agricole va traverser le temps jusqu'à nos jours.

Yvonne Gautier va tenter de conforter le domaine au fil des années. Il n'y a pas si longtemps que ça, elle récoltait les pommes de terre nouvelles, qu'elle partait vendre au marché tôt le matin. Elle faisait de même avec les fleurs d'allium de son jardin, qu'elle cueillait et déposait à la gare de Hyères, afin qu'elles soient expédiées à Londres, où elles étaient très prisées.

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Bien avant, on dit même qu'une petite parcelle de carignan abreuvait les amis de la famille, dans les années 1880 et qu'une autre de chasselas permettait de produire un petit vin blanc que, là encore, les Anglais appréciaient particulièrement. Mais, Mamie Gautier se rendit vite compte que le tourisme allait être la manne de la région. Elle fit construire sur certains de ses terrains les maisons qui allaient devenir autant le lieux de villégiature. Si bien que de nos jours, une vingtaine d'hébergements permettent d'accueillir les Varois et les autres, au milieu des vignes, avec vue sur mer.

Actuellement, le domaine totalise 1,6 ha, sous forme de petites parcelles bien surveillées par les occupants des mobil-homes, plantées de divers cépages. D'autant que les hôtes des cabanons sont partie prenante lors de la cueillette, au moment des vendanges. En effet, le vigneron leur a suggéré de former l'Association des Vendangeurs Arbanais (le nom des habitants de la presqu'île), afin d'organiser cela au mieux et dans les règles, non sans les convier, en fin de journée, à de sympathiques soirées barbecue.

28058393_10215484729409362_300385023245197139_nChaque année, le domaine produit entre 8 000 et 10 000 bouteilles, même si en 2017, il a fallu compter avec la sécheresse, réduisant de 30% la production habituelle. Comme souvent dans la région, le rosé domine (5 000 bouteilles), souvent épuisé dès le mois de septembre. Il se compose de 70% de grenache, 10% de syrah, 10% de cinsault et 10% de mourvèdre. Pressurage à froid, macération courte, dans le plus pur style des rosés de Provence actuels. Le blanc, 50% rolle et 50% clairette, aux quantités très réduites, est plutôt destiné à la consommation de coquillages et de poisson. Quant aux rouges, 20% mourvèdre, 30% syrah, 30% cabernet et 20% grenache, il est de constitution plus solide, une petite quantité (150 bouteilles) est même proposée en magnum, suite à un élevage d'un an, en fûts non neufs pour la plupart. Enfin, n'oublions pas le muscat petit grain qui, malgré de très faibles volumes, complète aimablement la gamme, avec le plus souvent, guère plus de 60 gr de sucres résiduels. Fermez les yeux, vous êtes sous la tonnelle... Vous entendez les cigales?...

Sur place, ne cherchez pas les installations permettant vinification et élevage. En effet, en 1990, le père de Régis fit la connaissance de Jacques Pélépol, vigneron au Château Sainte-Croix, dans l'arrière-pays. Il lui confia ses raisins et c'est ainsi que naquit le Mas du Port Auguier. Depuis, cette forme de tradition perdure et Régis Gautier vinifie toujours dans les collines, à Carcès, à deux pas de l'Abbaye cistercienne du Thoronet.

Certains pourraient en conclure qu'il s'agit là d'un curieux équipage, mais deux activités somme toute complémentaires (déjà vues dans le cadre bucolique du Domaine d'Anglas, dans l'Hérault, par exemple) peuvent contribuer à un équilibre satisfaisant. Pour peu que gestion et passion se rejoignent le moment venu. Il va de soi qu'ici, l'objectif du vigneron n'est pas de devenir un référent international des Côtes-de-Provence, mais plutôt de satisfaire les gens de passage, le temps d'un coup de soleil, parce que le vin est partage. On peut en conclure que cela reste anecdotique, mais pourtant, même si c'est sans doute davantage possible aux Embiez, il s'en faut de peu que la recherche d'un simple équilibre financier (pas toujours évident à atteindre et à maintenir) ne débouche sur le retour à quelques traditions locales, à base de cépages anciens, en même temps qu'à des vinifications résolument naturelles. Après tout, le vignoble de Bellet, au coeur de l'agglomération niçoise, n'est pas si loin que ça, avec son braquet et autre folle noire, voire pignerol et mayorquin. Voici donc deux domaines auxquels on ne peut nier une dimension patrimoniale, même si les vignerons ne s'inscrivent pas dans une démarche de prestige. Mais, ils méritent indiscutablement le détour.


14 mars 2018

Porquerolles, c'est aussi un vignoble!...

On peut même presque dire que l'Île de Porquerolles, ce sont trois vignobles!... Si proches l'un de l'autre et si différents. Le Domaine La Courtade est sans doute le plus connu, mais il ne faut pas oublier le Domaine Perzinsky et bien sur, le Domaine de l'Île. Ce dernier est en fait celui qui est à l'origine de la création de ce vignoble insulaire, qui pourrait peut-être prétendre à une appellation propre, même si ses sols sont très proches de ceux de la frange côtière des Côtes-de-Provence ("au-delà de l'autoroute, c'est le calcaire qui domine!") et que l'île pourrait sans doute intégrer la récente AOC Côtes-de-Provence-La Londe, apparue en 2008. Allez, quinze ou vingt minutes de ferry-boâte, ça ne vous fait pas peur!?...

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En fait, en dépassant le fort de la Tour Fondue, qui garde la Presqu'île de Giens, je me demande un peu ce que sont ces trois domaines qui totalisent environ quatre vingt hectares de vignes, sur une île qui atteint à peine 12,5 km². Surtout quand on sait qu'elle est surtout recouverte de forêts, forte de hautes falaises sur sa côte sud et pleine du charme de ses belles plages, faisant face au Continent. Un havre de paix?... Peut-être au mois de février, lorsque des vêtements chauds sont indispensables, pour les randonneurs qui remplissent presque le petit ferry ce matin là, mais, de toute évidence, souvent prise d'assaut lorsque les beaux jours arrivent, même assez tôt, dans cette contrée des plus agréables. Dans le chenal, on aperçoit parfois la baignoire grise et sombre d'un sous-marin se dirigeant vers Toulon, bénéficiant ce jour d'un ciel matinal partagé et d'une mer grise, contribuant à sa furtivité relative. Très vite, on touche le port, largement occupé de vaisseaux dédiés à la plaisance estivale.

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Un peu d'histoire avant toute chose : au fil des siècles, Porquerolles est d'abord considérée comme une place forte, puisque les fortifications y apparaissent dès l'époque de François 1er. L'île devient aussi un lieu de garnison, notamment sous Napoléon 1er, puis on voit apparaître une fabrique de soude destinée aux savonneries de Toulon et de Marseille, qui ne manquera pas de provoquer divers dommages sur l'environnement. Porquerolles va aussi subir quelques incendies, dont trois plus importants, en 1856, 1865 et surtout en 1897. Ce dernier dévasta l'île pendant quinze jours.

En 1911, François-Joseph Fournier, de retour du Mexique, où il avait fait fortune dans les mines d'or et d'argent, rachète l'île (1100 hectares). Il s'y installe avec sa femme et ils y auront sept enfants, dont six filles. Il remet en valeur l'agriculture, avec notamment des arbres fruitiers, du maraîchage, l'élevage de bovins, des céréales, des orangers et des pomélos, encourageant au passage une forme d'autosufisance partielle. Mais surtout, il plante 170 hectares de vignes sur les quatre plaines naturelles et sablonneuses de l'île, comme autant de pare-feux. Du coup, cela devient une des plus grandes exploitations vinicoles de France et l'on dit que son épouse, Sylvia, sera une des créatrices des Côtes-de-Provence. Womendowine!... F-J Fournier décède en 1935, puis les installations sont quelque peu vandalisées pendant l'Occupation. En 1957, l'île est partagée pour quatre de ses filles, sur la base des quatre parties du vignoble. A cette époque, l'Etat rachète les droits de plantation, mais l'une des filles, Lélia, épouse Le Ber et son mari Dominique, replantent vingt hectares dans la plaine dite du Brégançonnet, du côté ouest et construisent une nouvelle cave. En 1971, l'Etat français rachète presque toute l'île, pour en confier la gestion au Parc National de Port-Cros, qui va ensuite rechercher des partenaires, afin de préserver et entretenir Porquerolles, en encourageant notamment l'installation de vignerons, qui devront cependant défricher certaines surfaces.

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Source : www.histoire-eau-hyeres.fr

~ Domaine Perzinsky ~

C'est le plus petit des trois domaines de l'île de Porquerolles et peut-être le moins connu, sans doute parce qu'il a été le dernier à s'implanter. Les armoiries historiques de la famille, colorées de bleu, de rouge et d'or, apparaissent en bonne place sur les étiquettes et les documents du domaine. En fait, les frères Alexis er Cyrille Perzinsky sont les représentants de la troisième génération d'une famille russe, qui émigra au moment de la Révolution de 1917, passa par la Tunise, puis s'installa en Bourgogne. Cyrille, ainsi que ses deux soeurs, fit des études d'oenologie à Beaune, avant de partir vers le sud, dans le Rhône, puis au Château de Pibarnon, où il fut maître de chai pendant huit ans, ainsi qu'une année au Château Vannières, le tout au coeur de Bandol. Alexis quant à lui, plus jeune, fut d'abord électronicien, mais il est, au final, le déclencheur de leur aventure porquerollaise.

Ce dernier découvre Porquerolles en 1986, imaginant vite que c'est le lieu idéal pour réaliser le rêve qu'il partage avec son frère : créer leur propre vignoble. Suite à une rencontre fortuite avec le conservateur du Parc National de Port-Cros, il se voit proposer des terres qui restent à défricher, mais où il sera possible de planter une dizaine d'hectares de vigne, toujours considérée, par les autorités, comme le meilleur pare-feux. Après près de cinq années d'effort, la première parcelle de mourvèdre est plantée en février 1991, la première récolte sera millésimée 1993.

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Bien sûr, dix hectares, c'est le seuil de la rentabilité. Et encore! Le bail emphytéotique leur a confié dix-sept hectares, mais avec actuellement 1,5 ha en réserve. Il faut dès lors négocier, pour obtenir l'échange de trois hectares proches des parcelles déjà plantées. En 2015, le projet d'extension est jumelé avec de nouveaux objectifs commerciaux. Leur beau-frère, Richard Auther, ex-directeur de La Courtade, les rejoint dans ce but, mais finalement, il quitte la France, fin 2017, pour prendre en main un immense domaine de 180 ha au coeur de... l'Ethiopie!... L'aventure c'est l'aventure!... Et pour ce qui est du développement du domaine, il faudra patienter. Au fil de la conversation, avec Cyrille Perzinsky notamment, on comprend vite à quel point et aux yeux des deux frères, toute évolution, même pour aller vers la production de cuvées haut de gamme ou améliorer la distribution, à l'export par exemple, entraîne des investissements qu'il faut pouvoir supporter. Chez les Perzinsky, on sait compter!... Et le rêve a les pieds sur terre.

"Si j'avais quarante ans aujourd'hui, je serai passé en bio!" Au moment d'atteindre la soixantaine, Cyrille préfère garder cette sécurité que l'approche raisonnée lui a apportée. A ce jour, il ne se voit pas capable de supporter la perte d'une récolte et l'éventuelle solution curative, en cas d'attaque de maladie, le sécurise. En février, on découvre des parcelles entièrement enherbées, grâce à un semi d'orge "made in Provence", ni bio, ni OGM, qui va disparaître avant le 1er avril. "Je fais confiance à notre fournisseur régional. Certains optent pour d'autres céréales labélisées d'origine lointaine... Chacun sa vue des choses!... Mais, les faisans, les perdrix et les sangliers sont à leur affaire, de toute évidence!..." Tiens, à ce propos, ces derniers semblent être venus à la nage, voilà quelques décennies. En droite ligne, si l'on peut dire de Port-Cros, distante d'une douzaine de kilomètres! Mais, c'était grâce au courant ligure qui suit la côte, bien sûr!... Et ils ont l'air de se plaire à Porquerolles!...

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La densité de plantation se situe à 4000 pieds/ha. Le vignoble est organisé pour être largement mécanisé, du griffage à la vendange. On trouve 35% de mourvèdre, 15% de cinsault, 10% de syrah, 7,5% de grenache, ainsi que du cabernet franc, cépage qui, selon le vigneron, n'est guère adapté à la région. Pour les blancs, 25% de la surface totale est plantée de rolle, mais aussi d'un peu de sémillon. Les sols sont ceux de la Provence schisteuse, constitués par un socle silurien composé de phyllades. Dans les parcelles dédiées à la vigne, on trouve des schistes dégradés, qui proposent plutôt des sols sablonneux, dans lesquels on rencontre aussi du quartz. Particularité de l'île : elle ne compte aucun cours d'eau permanent, mais les eaux sont filtrées grâce à la perméabilité des sols, si bien qu'on trouve des réserves substantielles non loin de la surface, dans ces parties plus poreuses. Un terroir que l'on peut rapprocher de fait, de certains vignobles prestigieux, comme la vallée de la Moselle, Collioure, Andlau, Priorat et même certaines parties de l'Anjou. Bien sur, il faut aussi prendre en compte le climat propre à la situation insulaire : les températures moyennes se situent à 15,3°C, avec un minimum de 6,5°C et un maximum de 26,7°C. Cette amplitude thermique permet notamment à la végétation, de mieux supporter la sécheresse estivale. Les précipitations sont faibles, de l'ordre de 650 mm de pluie sur 70 jours par an. Enfin, le mistral permet de lutter plus efficacement contre les maladies cryptogamiques.

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Bon an mal an, le Domaine Perzinsky met sur le marché entre 50 000 et 60 000 bouteilles, dont 10 000 environ à l'export. Les choix de vinification sont somme toute classiques, le matériel et la technique privilégiée attestant d'une certaine rigueur de production, obéissant à des objectifs commerciaux constants et à la satisfaction d'une clientèle largement locale (les restaurants) et estivale. Il faut noter que 38% des ventes se font au domaine même, auprès de touristes de passage qui, au terme de leurs randonnées ou de leur séjour, viennent faire quelques achats avant de reprendre le bateau. Avec une gamme dont les prix se situent entre dix et moins de quinze euros au domaine, on peut comprendre l'attractivité de celui-ci. Voici donc une entité viticole, à défaut d'être véritablement une propriété au sens exact du terme, qui a pris sa place dans ce paysage enchanteur, avec modestie et une certaine humilité, mais avec détermination et l'envie de bien faire. Après tout, lorsqu'on passe du rêve à la réalité en quelques années, on se battit autant de certitudes, mais la sagesse obtenue grâce à cette expérience est d'une richesse certaine, n'en déplaise aux donneurs de leçons de tout poil.

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~ Domaine de l'Île ~

Voici donc où se situe la genèse de la Porquerolles viticole. Quelque part entre la Plage d'Argent et la calanque du Brégançonnet, côté ouest. C'est là que Lélia Le Ber, née Fournier et son mari Dominique vont planter une vingtaine d'hectares de vigne et construire une cave, entre Trente Glorieuses et Baby Boom. Aujourd'hui, c'est donc leur fils, Sébastien Le Ber, qui est propriétaire de cette partie du vignoble porquerollais. Ce dernier va gérer l'ensemble dès 1980, mais décide d'agrandir en 1987, en louant à l'Etat une quarantaine d'hectares, dont presque la moitié plantée de vigne aujourd'hui, y compris cinq hectares d'oliviers. Cette quatrième vallée de l'île est située à l'autre extrémité de Porquerolles et porte le nom de Notre-Dame. Au total, environ 34 hectares actuellement en production, dont 18 en propriété, à proximité de la cave et de la maison, avec pas moins de 65% de rosés proposés sur le marché, guère plus de 20% de blancs et 15% de rouges.

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Le personnage clé du domaine, c'est indiscutablement Sami Aburabi, qui cumule les responsabilités et ne rechigne pas à les assumer : chef de culture, maître de chai, régisseur ou directeur quoi!... Nous n'avons échangé que quelques minutes au téléphone, avant mon arrivée à Porquerolles, mais j'ai en mémoire ce que ses amis, ou ceux qui l'ont rencontré, disent de lui. Certains évoquent son indiscutable humanité et d'autres sans doute davantage son aura. Peut-être, tous ne savent-ils pas qu'il est palestinien de Palestine, puisque né à Nazareth, tout en revendiquant une absolue laïcité. N'empêche que l'été prochain, il retournera dans son pays, avec toute sa famille, pour quelques vacances studieuses, puisqu'il sera sollicité pour ses conseils et son expérience, par un tout nouveau domaine viticole de la région de Canaan. Il n'aura pas pour mission de transformer l'eau en vin, ni même le vin en eau (quoique, en Palestine...), mais de transmettre tout ce qu'il a appris, au fil des années, en observant, en écoutant la nature et toutes celles et ceux qui ont goûté les vins du Domaine de l'Île.

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Sami est arrivé au domaine en 2001. Le propriétaire lui donne alors les clés d'un ensemble qu'il faut sans doute restructurer et exploiter, au sens noble du terme, en déchiffrant les composantes de chaque parcelle et en extraire la quintessence, afin notamment de proposer des vins, mais surtout des rosés de gastronomie, ceux qui ne laissent pas indifférents les consommateurs. Tout commence par un rajeunissement du vignoble, en faisant un choix de cépages et de porte-greffes plus cohérents. Aujourd'hui, on compte 6,5 ha de syrah, près de 7 ha de grenache, 4 ha 20 de mourvèdre, 5 ha de cinsault, 3 ha de tibouren et 6 ha de rolle, seul cépage blanc du domaine. Du côté de Notre-Dame, une parcelle de 1 ha 50 de syrah a été arrachée voilà six ans et vient d'être replantée : dans le bas, plus limoneux, un grenache 435C sur porte-greffe Paulsen et dans le haut, plus rocheux, un clone 135C, le tout sera conduit en gobelet.

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En quelques phrases, on comprend mieux à quel point le vigneron doit faire corps avec sa terre. Depuis dix ans, il a imposé et organisé des vendanges par terroir et non pas par cépage, ni par parcelle. Des vendanges à la carte, au sens littéral du terme. Le but paraît évident : la recherche d'une maturité optimale, si bien que les vendangeurs sont mobilisés pendant trois semaines, en moyenne. Le profil même des parcelles de vigne sur l'île est assez constant. Encore faut-il en comprendre l'influence. Une pente assez douce orientée sud-nord, la présence des arbres ceinturant les vignes, avec la nécessité de mesurer l'influence de l'ombre sur les bordures, même aux beaux jours, pendant le cycle de la plante. La cueillette est à ce point "chirurgicale", que lors du prélèvement et de la dégustation des raisins, au préalable, Sami va parfois indiquer aux vendangeurs qu'il faut s'arrêter au milieu d'un rang, là-même où il faudra revenir le lendemain.

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La clé de tout ça tient en quelques explications et autant de gestes. Le vigneron considère que le vignoble se partage en trois terroirs différents : la partie basse, côté nord, plus proche du niveau de la mer, qui apporte une touche saline, parfois iodée, la partie médiane, à mi-pente, qui donne des notes de fruits frais plus ou moins prononcées et le haut, qui apporte du fruit confit, voire sec, en même temps que la structure et pour certains cépages, la puissance façon vins du Sud. Toutes les cuvées sont composées de cette façon, dans le but de parvenir à un équilibre satisfaisant, en se gardant d'obtenir des rouges confiturés ou des rosés insipides. Ces derniers sont d'ailleurs appréciés par les amateurs, pour leur évolution sur trois ou quatre ans.

Au cours de la visite, Sami vous expliquera aussi l'influence des pentes, celles que l'on distingue et celles que l'on devine, grâce à ses gestes illustrant les ruisseaux éphémères, ceux qui permettent parfois à la roche mère d'affleurer et ceux qui provoquent quelques surépaisseurs d'alluvions, modifiant la couleur de la terre. Le vignoble est en agriculture biologique, avec des rendements de 30 à 35 hl/ha le plus souvent et, pour les vins, pas le moindre passage sous bois. Les rosés sont composés de 25% des cépages grenache, cinsault, mourvèdre et tibouren. Les rouges de syrah et de grenache, les blancs uniquement de rolle, ou vermentino.

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A Porquerolles, Sami Aburabi est vigneron, pour un domaine qui ne manque pas de supporters, mais cela de l'empêche pas, parfois, de monter sur les falaises et de regarder la mer. Parce que c'est sans doute un habitant de la planète, avant d'être strictement porquerollais. D'ailleurs, il va certains jours à la pêche, en accédant au bord de mer par quelque chemin escarpé, histoire d'attraper au lancer des daurades ou des sars. Comme il est aussi cuisinier à ses heures (je ne saurais trop vous recommander d'échanger, par exemple, une bouteille de vin contre un pot de marmelade d'oranges amères de sa production, lors de votre prochain passage!), il n'est pas impossible que vous vous retrouviez à sa table, si vous en avez le loisir et le temps. "Je cuisine volontiers français en hiver, mais l'été, les grillades, les épices, les fruits exotiques..." Et le rosé du Domaine de l'Île peut alors couler jusqu'au bout de la nuit!...

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 ~ Domaine La Courtade ~

En se rendant dans le vignoble, on est parfois confronté à certaines difficultés, notamment l'indisponibilité de ceux qui sont sensés vous recevoir. Malgré les quelques précautions d'usage et ma prise de contact largement en amont de cette journée passée à Porquerolles, je n'ai pu visiter La Courtade, ce domaine qui était à mes yeux, jusque là, ni plus ni moins que le référent pour l'île. Et ce, pour cause de mise en bouteilles qui, si j'ai bien compris, ne se déroule pas sur place, mais sur le Continent, mobilisant tous les acteurs du domaine. La faute à pas de chance!...

Rappelons que la création de La Courtade remonte à 1983, à l'initiative d'un architecte local, Henri Vidal. Le domaine compte alors trente cinq hectares de vignes en agriculture biologique dès l'origine (certification Ecocert obtenue en 1997). Au décès de leur père, les enfants d'Henri Vidal ne peuvent faire face à la gestion du domaine viticole et à l'entretien du superbe mas. Ce dernier est cédé à la Fondation Carmignac en 2013, avec l'ambition d'y installer un centre d'art contemporain. Peu de temps après, Laurent Vidal décide de céder les vignes et c'est Edouard Carmignac en personne qui rachète le domaine en novembre 2014. Quelques changements dans l'organigramme s'en suivent : Michel Couturier est confirmé comme chef de culture. Florent Audibert, oenologue, remplace Richard Auther comme directeur d'exploitation et depuis quelques mois, Hugues Carmignac est en charge du développement commercial. Le vignoble s'étend, à peu près au centre de l'île, de la plage de La Courtade à l'Oustaou de Diou, une calanque étroite à l'abri du mistral.

Actuellement, le domaine commercialise 100 000 bouteilles, mais l'objectif est de doubler d'ici à 2021. Il faut dire qu'une profonde restructuration, voire une véritable mutation est en cours. Près de huit hectares ont été arrachés dès la reprise et chaque année, trois hectares seront replantés. Aujourd'hui, l'encépagement comporte sept hectares de mourvèdre, six de rolle, cinq de grenache, deux de syrah et deux de sémillon, auxquels on peut ajouter trois hectares de plantiers, notamment de cinsault, cépage nouvellement apparu à La Courtade. L'objectif est là encore de proposer 70% de rosés, blancs et rouges se répartissant pour les 30% restants, avec deux niveaux de gamme : Les Terrasses, issues d'une vinification en cuves inox et La Courtade, dont les trois vins passeront en barriques. (Source: Force 4, Conseil et Communication, pour le Domaine La Courtade).

Edouard Carmignac est un homme d'affaire avisé, son parcours parle pour lui et vaut mieux qu'un long discours. Il est aussi passionné d'Art Contemporain et aime pratiquer le polo et la musique. C'est aussi, dit-on, un amateur passionné, notamment par "les grands vins blancs sur la tension, la vivacité et dotés de relief qui opèrent leur charme sur lui." On peut également lire plus loin : "Cette opportunité de rachat représente pour lui une véritable aubaine de vivre sa passion, en réveillant la belle endormie qui disposait néanmoins des fondements viticoles nécessaires à sa réhabilitation et son développement." Dont acte. Mais gageons que les amateurs sont prêts à en apprécier les nouveaux contours... pour peu qu'ils puissent en franchir le portail!...

06 mars 2018

Bandol, une diversité de haut vol!...

Vu de loin, on a coutume de considérer Bandol comme une appellation assez homogène, avec la prédominance du mourvèdre, parfois qualifié de cépage "difficile", du fait notamment d'une maturité plutôt tardive, apte cependant à produire des vins puissants, tanniques, taillés pour la garde, capable, de plus, de proposer des rosés que l'on peut qualifier de gastronomie, y compris de millésimes plus anciens. Pour peu, on en oublierait les très beaux blancs, où le rolle domine parfois, mais pour lesquels de vieilles clairettes, de l'ugni blanc ou du bourboulenc apportent à coup sur, une jolie subtilité. Que l'on se rassure, les "épisodes cévenols" et leurs pluies diluviennes de septembre n'affectent plus que très rarement cette partie de la Côte d'Azur et les vignerons obtiennent désormais les maturités voulues bien plus tôt, sans que l'on puisse affirmer qu'il s'agit là du réchauffement climatique, plus que la volonté de proposer des vins frais et plus ouverts dès leur prime jeunesse. Voici deux domaines à ne pas manquer.

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~ Domaine Castell-Reynoard ~

Julien Castell a des choses à dire. Elles traduisent un engagement, une passion et des convictions fortes. Notamment parce qu'il est le représentant de la quatrième génération présente sur ce domaine de huit hectares (dont sept en production) situé à La Cadière d'Azur. Bienvenue à Castell-Reynoard. Il n'y a que quelques centaines de mètres à parcourir, en quittant l'autoroute, pour atteindre la propriété apparue dans le paysage bandolais en 1855 grâce à Henry Reynoard, officier de marine et grand voyageur. L'art et le vin le passionnent. En 1867, il ouvre une brasserie à Toulon, puis s'oriente vers la production de vin. En 1892, il acquiert un vignoble sur la commune et y construit sa cave. De fil en aiguille et par alliance, Joseph Castell en devient le propriétaire en 1927. Il faut attendre 1956 pour que Alexandre regroupe le tout, puis Jean-Marie en 1989, qui agrandit la cave et l'adapte en baptisant le domaine Castell-Reynoard. Ce dernier est toujours régisseur, depuis 1982, du domaine proche Lafran-Veyrolles, voisin des Pibarnon et autre Tempier, catégorie référents historiques de l'appellation.

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En 2009, Julien Castell prend la suite d'un domaine sain, puisqu'il n'a jamais connu la chimie. Il l'oriente aussitôt vers la biodynamie, afin de conforter tout le travail effectué patiemment par les précédentes générations. En rachetant quelques nouvelles parcelles jusque là en agriculture conventionnelle, il mesure au passage toute la difficulté des premières années de conversion. Au cours de ces années de "défrichage", pendant desquelles il va s'intégrer à un paysage et définir les axes de travail, il va aussi s'attacher à chercher la fraîcheur dans ses vins, tentant de les rendre accessibles, mais sans en précipiter la mise sur le marché. Que diable, il s'agit de Bandol quand même!... Ainsi, en rouge, les cuvées "haut de gamme", telle que Clos Castell, sont disponibles dans les millésimes 2011 et 2013, Tradition Castell est proposée dans les années 2009 à 2012. Seule Coeur de Vigne est accessible en 2013, 2014 et 2015.

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"Depuis 2016, j'ai décidé d'orienter mes objectifs sur l'avenir et dans la recherche d'une agriculture diversifiée et durable. Une agriculture qui sera créatrice plutôt que destructrice." Une profession de foi qui pose les bases d'une détermination et d'une exigence pleines et fortes. Le vigneron n'a guère plus de trente ans, mais le canevas de son projet a pris forme, même s'il sait qu'il ne doit pas se laisser déborder et prendre chaque chose en son temps. Ainsi, depuis trois ans, même s'il ne veut pas s'enfermer dans un label, le vignoble est officiellement en conversion et les vins du millésime 2017 seront Demeter. Un dossier a même été déposé auprès de Biodyvin. Notez que cette évolution vers le bio est une véritable tendance dans la région, dont on dit parfois qu'ele fait partie des privilégiées, pour ce qui est des conversions facilitées par une météo favorable : peu d'humidité, vent souvent persistant pendant le cycle de la vigne... Ceci dit, la pluviométrie est parfois extrêmement faible (ces trois dernières années notamment) et l'impact du mistral est souvent problématique.

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Depuis deux années donc, Julien Castell s'est lancé dans une nouvelle approche, en effectuant au passage de gros travaux de recherche. Ceux-ci concernent notamment la taille. Le but principal étant de préserver les équilibres naturels de la plante dès ce moment de l'année, qui va conditionner tout le reste, ceci permettant d'arrêter les vendanges en vert et tout écimage, la conservation de l'apex étant chère à nombre de biodynamistes. D'autre part, le vigneron de La Cadière d'Azur a, dès son installation, opté pour des traitements à base de plantes, tout en limitant l'utilisation du cuivre et du souffre ("Faut-il parler de vins naturels lorsqu'on use de ces deux produits, si l'on s'en tient à la stricte définition des mots nature et naturel?..."), puisque le premier n'était plus répandu ces deux dernières années, même s'il va devoir y revenir en 2018 à dose homéopathique (maxi 300 gr/ha), les vignes le réclamant, selon lui, étant encore peu habituées à se défendre seules à ce stade. A noter que, malgré trois années de sécheresse cumulées, aucune trace d'esca, ce qui est du, de toute évidence, au mode de taille. Ce qui n'empêche pas Julien de mettre à l'essai, sur soixante ares, une nouvelle plantation de dix porte-greffes (à 6000 pieds/ha, 1,30 m par 1,30 m, les vignes étant plantées en équidistance pour favoriser une prospection des racines plus harmonieuse et en utilisant le nombre d'or) sur lesquels seront greffés divers cépages, dont le monastrell d'Alicante (le mourvèdre des origines), mais aussi la malvoisie, le maccabeu, le picardan, le carignan blanc, le grenache blanc (naguère présent dans l'AOC) et quelques autres comme la counoise, qui faisait partie avant 1955 de l'encépagement des Bandol, mais qui fut naguère écartée par les instances. Pour le vigneron, la priorité est de faire bon, l'AOC devant, à ses yeux, tendre vers cela.

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Mais, aujourd'hui, son projet essentiel juste lancé, c'est la mise en place d'un agroécosystème viticole, car pour lui, "la monoculture, c'est la mort des sols"!... Ainsi, depuis peu, un petit troupeau de moutons contribue à entretenir l'inter-rang, celui-ci n'étant plus travaillé sur 90% du vignoble depuis au moins deux ans. Seul le rang est travaillé au cheval. D'autre part, il utilise le quad pour les traitements, si bien que son tracteur est à vendre!... Dans un même ordre d'idée, des poules devraient bientôt apparaître dans les parcelles. Une démarche qui n'est pas sans rappeler celle de Ludovic Engelvin, en Languedoc. Cependant, la démarche ne s'arrête pas là : elle s'accompagne de la plantation de lisières pré-forestières de chênes, de fruitiers et de buissonnants autour de certaines parcelles, afin de diminuer l'effet du mistral (quelques partenaires et une levée de fonds le permettront), mais aussi par la plantation de glands et de noyaux (400 à l'hectare, un arbre pour 25 m²) au coeur même des parcelles, ceux-ci devant trouver les conditions pour pousser. Le but est de créer une légère canopée et disposer ainsi d'un effet parasol, de l'ombre donc, afin de réduire l'évapo-transpiration, protéger le sol, créer une bio-masse et à terme, provoquer un apport de minéraux. Il s'agira de cacher la terre, garder l'humidité et voire apparaître, à terme, des champignons, organismes capables de contrarier le phylloxera. On peut donc penser qu'à un horizon plus ou moins lointain, il sera possible de planter en franc de pied, en minimisant les risques. Tout ceci est inspiré au vigneron par les sols forestiers, sur lesquels l'homme a peu d'impact. Même s'il considère être dans une phase intermédiaire entre travail et non-travail du sol et qu'il lui faudra entre cinq et huit ans pour apprécier pleinement une profonde mutation, Julien Castell peut constater une plus grande souplesse du mulsh, de l'inter-rang, avec un retour des vers de terre et des... sangliers, notamment depuis que les moutons ont remplacé le broyage.

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Mais, ne nous y trompons pas, la finalité reste bien la qualité des vins, avec mise en évidence de leur complexité et de leur équilibre. Le domaine est planté actuellement de deux tiers de mourvèdre, 80 ares de carignan, plus un peu de cinsault et de grenache (une partie de celui-ci, mal implanté, sera bientôt surgreffé). Du côté des blancs, 50 ares au total dont 90% de clairette, plus 5% d'ugni blanc et 5% de rolle. Les terroirs sont très différents, un peu à l'image de l'appellation, avec des expositions diverses et un étalement notoire des maturités. Julien considère être en pleine découverte de ces variantes et n'écarte pas l'idée de produire des parcellaires à terme. La cave, quant à elle, fut agrandie lors de son installation, mais la partie datant de 1892 permet de prolonger l'élevage dans de bonnes conditions. Il se sépare petit à petit de sa cuverie inox et privilégie désormais le bois (foudres, barriques et demi-muids) pour tous ses vins. Démarche que l'on peut qualifier de courageuse : il garde chaque année mille des six milles bouteilles produites, ainsi que quelques grands contenants pour les blancs et les cuvées haut de gamme.

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Pour ce qui est des vinifications, elles se déroulent en petites grappes entières pour les rouges depuis le millésime 2016, avec pour les jus destinés à certaines cuvées, de très courtes macérations carboniques de un à trois jours. Foulage au pied, léger pigeage, deux remontages à l'air quotidiens, pas de thermorégulation. L'idée, c'est l'infusion, avec une macération d'un mois. Sur cuves, nous dégustons un premier rouge (80% mourvèdre, 10% grenache, 10% cinsault) très abordable, puis un 100% mourvèdre destiné au Clos Castell, plus puissant et ferme, dont les jus viennent de parcelles plus argileuses. Pour les rosés, Julien est plus joueur!... "Je m'ennuie avec le rosé!" En fait, il les produit dans le même esprit que les blancs, histoire de dérouter quelque peu les amateurs!... Celui proposé en Vin de France, la cuvée For my dad, apparaît d'ailleurs parfois sur la carte des blancs de certains établissements renommés. Autre tendance avec le rosé Coeur de Vigne, dont la dernière version est non millésimée. En effet, il s'agit d'un assemblage des jus 2016 et 2017. Une option qui pourrait s'inscrire dans le temps à l'avenir, pour peu que restaurateurs et sommeliers adhèrent à l'idée.

28056003_10215463169270372_2534896339432884245_nLa dégustation de quelques vins disponibles montre une belle progression de gamme. Avec tout d'abord, L'Esprit du Vivant, le rouge frais et gouleyant, à base de 90% de carignan, composé à 80% de 2015 et à 20% de 2016. Deux rosés ensuite, dont Coeur de Vigne NM, avec ses 13,5%, mais beaucoup de spontanéité, puis Coeur de Vigne 2015, issu d'un pressurage direct, parfois un peu plus lent, plus doux et des sols argilo-calcaire en majorité sur Bandol. Aucun de ces rosés n'est issu de saignées. Coeur de Vigne rouge 2013 et vinifié à 50% en grappes entières et à 50% éraflé, alors que Tradition Castell rouge 2012 (80% mourvèdre, 10% grenache, 10% cinsault), 100% éraflé, montre du caractère et tout l'intérêt de se pencher parfois sur des Bandol issus de millésimes supposés moins réputés.

Selon le théorème se voulant bourguignon - blanc sur rouge, rien ne bouge! - les deux cuvées For my dad 2016 se succèdent ensuite. For my dad blanc est qualifié de "Blanc de blanc" sur l'étiquette. Il est vinifié en foudre. For my dad rosé ("Rosé de rosé") est lui identique au premier dégusté (70% mourvèdre, 20% cinsault, 10% grenache) et vinifié sans sulfite ajouté, en barriques et demi-muids. Les deux vins proposés en Vin de France possèdent une très belle personnalité, démontrant notamment tout le remarquable travail fait par le vigneron sur les amers et la fin de bouche.

Ceci nous permet au passage d'aborder, entre autres, le sujet des sulfites. En fait, tout est lié au choix de Julien de ne pas travailler avec le tourisme et conserver ainsi, un objectif qualitatif fort et constant. D'autre part, sa production est en "100% transparence". Ainsi, tous ses clients reçoivent un dossier exposant sa démarche globale, dont la dernière page est d'une part, composée d'un tableau précisant les quantités de divers produits répandus dans la vigne et ce, sur les cinq dernières années. On y retrouve soufre, cuivre, amandement organique, bouse de corne (500), silice de corne (501), ortie, prêle et autres plantes sous forme de tisanes. D'autre part, l'origine et les doses limites préconisées par les différents labels (biologie et biodynamie) de tous les intrants utilisés à la vigne et lors des vinifications jusqu'à la mise en bouteilles : soufre sublime, cuivre, bentonite, phosphate diammonique et dioxyde de soufre (sulfites). Pour ces derniers, les analyses montrent que L'Esprit du Vivant ne dépasse pas 10 mg de SO2 total et 4 mg de SO2 libre. Les rosés, quant à eux, se situent autour de 30 mg de SO2 total. La dernière mise des rouges (2015) ne dépasse pas 17 mg de total. Pour les récentes mises de blancs, 60 mg de total  et 12 mg de libre (foudre neuf méché) et pour les rosés, 32 mg de total et 8 à 12 de libre.

On le voit, la relation entre Julien et sa clientèle est basée sur la confiance. Certes, tant chez les amateurs que pour certains professionnels, il est de plus en plus apprécié, par les uns et les autres, que le vigneron dise ce qu'il fait et fasse ce qu'il dit. Avec en plus, la possibilité de voir avancer et progresser une gamme, parfois large, au rythme des orientations nouvelles, qui ont besoin de temps pour pleinement s'exprimer dans le verre et à table. Le vigneron de La Cadière d'Azur est de ceux pour lesquels on devine aisément tout le potentiel, mais aussi la détermination de faire bon et de faire bouger les lignes, même au coeur d'une appellation qui cache mal quelques certitudes, s'appuyant sur une notoriété ancienne. Ici, il ne suffit pas de se pousser du col et Julien Castell espère faire école (et nous aussi!) avec ses savoureux Bandol, tout en montrant sa volonté d'être présent durablement dans un espace naturel et vivant, qui offrira à l'avenir une diversité riche, par le biais d'une approche paysanne et sincère.

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~ Domaine de Terrebrune ~

Nous voici à Ollioules, l'extrémité Est de l'appellation. Terrebrune, cher à Reynald Delille, n'est pas à proprement parlé le plus connu des Bandol. Ceci est du, à priori, à la grande discrétion de son propriétaire, qui ne fréquente guère les salons où l'on cause, si ce n'est Vinisud (que l'on dit d'ailleurs en perte de vitesse et d'influence). Pourtant, comme il est écrit dans la revue Soif d'aujourd'hui, chère à Sylvie Augereau et Antoine Gerbelle (aux Éditions Tana), Terrebrune ne compte pas pour des prunes!... "Terrebrune n'a jamais vendu son âme aux anthocyanes bodybuildées et reste le meilleur antidote à cette dérive." Un Bandol qui pinote? Ça ne peut qu'attirer les amateurs!...

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Le domaine compte pas moins d'une trentaine d'hectares, dont les parcelles sont situées sur Ollioules et Sanary sur Mer, avec parfois des terrasses dominant la mer. Au-delà de cette limite, toutes les routes mènent à Toulon. Ici, le sol est composé d'une argile brune, qui inspira le nom du domaine, mêlée à un cailloutis calcaire. Mais, la particularité essentielle de ce vignoble, pour partie sous influence maritime, c'est avant tout son sous-sol : le trias, une zone d'affleurement du fond marin peu commune, remontant à 220 millions d'années. Une roche calcaire fissurée, dans laquelle les racines de la vigne s'enfoncent, en restituant la minéralité et la salinité du terroir.

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Lorsqu'on visite le domaine, cette sorte d'ex-voto à la gloire d'une terre riche de nutriments essentiels, apparaît à l'extrémité de la cuverie inox et des espaces de stockage. C'est le véritable trésor de Terrebrune!... Celui qui, dans un premier temps, fit de ses vins des Bandol si originaux, qu'on leur reprocha un manque de typicité, même si l'encépagement des premières années expliquait cela en grande partie.

Terrebrune fut créé de toutes pièces en 1963, par Georges Delille, le père de Raynald, actuellement aux commandes. Passé par l'Ecole Hôtelière de Paris, sommelier dans de grands hôtels de la Capitale, passionné de vins, il se lance dans les Arts de la table, en créant ses propres lignes de décor. Il rencontre un certain succès, mais son amour du vin l'amène du côté de Bandol. Là, il découvre cet endroit qui a tout pour déclencher le rêve : une petite bastide au milieu de vignes abandonnées, des oliviers séculaires, des fleurs aux mille couleurs, le bleu du ciel, l'air de la mer et cette lumière incomparable... Un enchantement et un potentiel rare!...

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Il se met alors au travail et retrousse ses manches. Il terrasse, restaure les restanques, puis plante la vigne après quelques années de repos des terres. Plus de dix années seront nécessaires pour reconstituer le vignoble. En 1975, la cave est construite, enterrée comme il se doit, pour permettre d'utiliser la gravité (malgré les difficultés liées au sol qu'on imagine!) et définir immédiatement de bonnes conditions pour l'élevage. Ce n'est qu'en 1980 que sortent les premières bouteilles, année au cours de laquelle Raynald, le fils, intègre le domaine après ses études d'oenologie en Bourgogne (si le Bandol pinote...) et un petit passage par le Bordelais.

Tout est mis en oeuvre pour produire des vins authentiques et sincères. Depuis l'origine, le vignoble est en agriculture biologique : pas de désherbant, ni systémiques, ni produits de synthèse. Labours attentifs, y compris au cheval, afin de passer au plus près des plants, piochage, grande rigueur pour la vigne, maîtrise des rendements (maxi 40 hl/ha à Bandol), vendanges manuelles. A noter que la biodynamie fut un temps adoptée, mais finalement abandonnée, l'adhésion de tous n'étant pas acquise d'avance, comme le vigneron d'Ollioules put le constater.

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Pour les vins, les assemblages restent le plus souvent constants. Pour les rouges, 85% mourvèdre, 10% grenache et 5% cinsault et ce, depuis 1998, date à laquelle une restructuration du vignoble, à l'initiative de Reynald Delille, a permis de rapprocher les vins du domaine, de ce qui est communément proposé dans l'appellation (auparavant 50% de mourvèdre). Pour les rosés, 60% mourvèdre, 20% grenache et 20% cinsault et pour les blancs, 50% clairette, 20% ugni, 20% bourboulenc, 5% rolle et 5% marsanne. Pressurage direct pour les blancs et rosés, qui ne voient que la cuve inox et sont mis en bouteilles dès le mois de mars suivant les vendanges. En revanche, le rouge est l'objet de toutes les attentions. L'élevage se prolonge jusqu'à dix-huit mois dans de grands foudres de quarante à soixante hectolitres, renouvelés depuis quelques millésimes, à raison d'un par an. Ensuite, le vin est mis en bouteilles pour dix-huit mois encore et entreposé dans les galeries sombres, fraîches et humides du domaine, afin d'être proposé à une meilleure maturité.

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C'est là que quelques trésors sont entassés!... Depuis l'origine, une centaine de bouteilles de rouge étaient conservées chaque année, mais désormais, une plus grande quantité, de rosés notamment, sera entreposée au fil des millésimes et ce, dans la toute récente cave souterraine de stockage, celle dont rêvait le vigneron depuis nombre d'années. Il est à noter que la demande de rosés plus anciens devient tendance dans la bonne restauration, notamment celle du Midi. Il faut dire qu'après dégustation, tant sur place (un rosé 1997!) que lors de Vinisud, avec notamment des rouges 2006 et 2012, plutôt connus pour être des "petits" millésimes, force est de constater que Bandol recèle quelques pépites, qui n'ont pas besoin de la réputation de supposées grandes années.

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Source : Domaine de Terrebrune

Il y a donc quelques raisons de croire que les a priori que l'on entretient parfois à propos de certaines appellations méritent d'être laissés de côté, mais nous le savions déjà!.... Animé par l'objectif d'autres découvertes prévues dans les îles proches, je dois à de bonnes lectures ou à des conversations impromptues d'avoir fait étape à La Cadière d'Azur et à Ollioules. Bien m'en a pris et je ne suis pas loin de penser que d'autres trésors se cachent dans la garrigue et sur les contreforts du Gros Cerveau, un des points culminants du secteur. Gageons que notre cerveau, justement, ne s'en porte que mieux, lorsqu'il s'irrigue de la contemplation de tels décors et de la dégustation de telles trouvailles.

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07 février 2018

En février, cap au sud!...

Début février, il faut faire le moteur tourner!... Proverbe vinopostalien!... Un début d'après-midi ensoleillé, pour peu, il nous faudrait les lunettes de soleil. La piste du petit aérodrome est enfin sèche. Il faut y mettre tout son coeur, pour ouvrir cette porte de hangar!... Kruiiik, kruiiik grincent les galets dans le rail qui commençait à rouiller. "La rouille aurait un charme fou si elle ne s'attaquait aux grilles..." Reprendre son souffle et sortir l'avion de son cocon hivernal. Allez pousse!... Hisse!... "Ne luttons pas, comme eux, contre le temps. Contre la rouille, il n'y a rien à faire." Quand je le vois comme ça, presque souriant sous le soleil, j'ai comme des vibrations dans la paume des mains. Tout passer en revue, un peu de carburant coule dans le réservoir vide. Une fenêtre de la petite tour de contrôle s'ouvre. Pour elle aussi, ça faisait plusieurs semaines de fermeture!... C'est le président de l'aéro-club qui me fait un grand signe : "Tu voles?" Pouce en l'air, je termine le ravitaillement. J'ouvre le cockpit, retour sur les instruments, la radio est sur la bonne fréquence. Allez, contact!... Vrooom!... Ça fume un peu!... Vibrations dans le dossier du siège, c'est l'avion qui reprend vie, son sang passe de nouveau dans ses veines... J'ouvre le petit hublot à glissière. Un écouteur sur l'oreille gauche et l'autre sous la joue droite, pour analyser les bruits et vérifier que rien n'est suspect. "Bon, Juliet, on va faire quelques tours de terrain?..." Je communique mon intention de prendre l'air. "OK Juliet-Papa, autorisé décollage, piste 28, vent au 230, 5 noeuds." On pousse le régime pour atteindre la bonne vitesse. Tirer doucement sur le manche. Ah, ça y est, je vole!...

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Il y aura deux phases bien distinctes dans cette première escapade de l'année : la première à Montpellier, à l'occasion de Vinisud, la seconde dans le Var et les Alpes Maritimes, parce que les îles de ces deux départements comptent des domaines viticoles à ne pas manquer. Le salon, dont c'est la 14è édition, annonce pendant trois jours 1500 exposants des pays du pourtour méditerranéen, une zone de production que l'on peut qualifier d'historique à bien des points de vue, qui diffuse de plus en plus ses vins vers l'extérieur du Bassin de la Mare Nostrum.

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Source : www.lesilespaulricard.com

Pour ce qui est des îles, triple objectif : Porquerolles tout d'abord, l'antique Proté et ses 1254 ha, qui ne compte pas moins de trois domaines viticoles, La Courtade, bien connu des professionnels et des amateurs passant sur certains salons, mais aussi le Domaine Perzinsky et le Domaine de l'Île, qui relèvent tous les trois de la dimension patrimoniale de la viticulture provençale. Nous sommes là dans ce qu'il est convenu d'appeler les Îles d'Hyères, avec notamment Port-Cros, coeur du parc national et Île du Levant, dont 90% de la surface n'est autre qu'un terrain militaire et, pour le reste, un camp naturiste. L'ïle de Porquerolles est accessible en hiver, au départ de la Presqu'île de Giens, sur laquelle se situe également un autre domaine viticole de trois hectares, à découvrir au passage.

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Ensuite, l'Île des Embiez qui, avec l'Île de Bandor, en face de Bandol, fait partie de ce que l'on appelle les Îles Paul Ricard, ce dernier ayant acheté le tout en 1958. Ceci dit, les Embiez comptait alors un vignoble de dix hectares, dont l'origine remonte à 1901. Le Domaine des Embiez possède donc bien une dimension historique, qu'il sera intéressant de tenter de capter.

Pour finir, destination Cannes, avec au programme une courte traversée, en laissant l'Île Sainte Marguerite à bâbord, pour atteindre l'Île Saint Honorat, sur laquelle se situe l'Abbaye de Lérins, où vivent et travaillent une vingtaine de moines vignerons de l'ordre cistercien, obéissant, en ces lieux, à la règle de Saint Benoît depuis l'an 405, même si la gestion plus "professionnelle" du vignoble de l'abbaye remonte à 1990. "L'excellence n'est pas un état acquis, mais un but vers lequel on marche". Une phrase essentielle sur le site internet de l'abbaye, dont l'auteur est Frère Marie Pâques, qui finalement en rappelle une autre de Lao Tseu : "Le but n'est pas seulement le but, mais le chemin qui y conduit."

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Quelque chose qui devait bigrement inspirer Antoine de Saint-Exupéry et ses compagnons, lorsqu'il s'agissait de survoler l'immensité parfois hostile du désert, l'océan interminable ou de franchir la Cordillère des Andes!... Contact!...

"La femme du pilote, réveillée par le téléphone, regarda son mari et pensa : je le laisse dormir encore un peu. Elle admirait cette poitrine nue, bien carénée, elle pensait à un beau navire. Il reposait dans ce lit calme, comme dans un port, et, pour que rien n'agitât son sommeil, elle effaçait du doigt ce pli, cette ombre, cette houle, elle apaisait ce lit, comme, d'un doigt divin, la mer. Elle se leva, ouvrit la fenêtre, et reçut le vent dans le visage. Cette chambre dominait Buenos Aires..." (extrait de Vol de nuit, de Saint-Exupéry).

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01 janvier 2018

Bonne Année 2018!...

Offrir ses bons voeux par le biais d'un blog n'est pas forcément la forme la plus actuelle pour le faire, surtout quand l'auteur s'évertue à lui conserver un look très début des années 2000, au bon vieux temps (quasi kitsch!) du rock'n roll de la com' 2.0!... En plus, ne reculant devant aucun sacrifice, je me suis permis de piquer deux photos sur la page Facebook de l'ami Olivier de Pontarlier (ça sonne pas mal ça!), en espérant qu'il ne m'en voudra pas trop... Il faut dire que c'était tentant, toute cette neige précoce, qui a mis les massifs de la moitié Est cul par dessus tête. Enfin, façon de parler, parce qu'ils sont tous bien équipés dans le coin!... Des pneus hiver aux skis de fond, avec tous ces biathlètes chercheur d'or au JO!... Ce qui n'est pas le cas sur la côte atlantique, où cela fait bien trois ans désormais, que l'on n'a pas vu le moindre flocon, si ce n'est quelques volutes nocturnes, du côté de la Suisse vendéenne (si, si, ça existe! Points culminants, le Puy Crapaud, avec ses 269 m et le village de St Michel Mont Mercure, à pas moins de 290 m!... J'en vois qui rigolent dans le ski de fond!...). Par ici, c'est plutôt sea, surf and sun!... Et avant que la discipline soit olympique, y'a quelques millésimes à passer dans les pressoirs!...

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Et puis ces deux pistes sous nos yeux, auxquelles on peut trouver valeur de symbole, parce qu'elles illustrent un peu ce qui fait notre vie. Le choix, sans qu'il n'y en ait de bon ou de mauvais, à priori. Le choix que l'on fait, même sans avoir besoin de lire les indications. A droite, une piste que l'on pourrait qualifier de plus facile, parce qu'elle redescend doucement vers la vallée, où l'on pourra se réchauffer et se réconforter avec une boisson chaude, dans un chalet aux odeurs de sapin et de fromage fondu. A gauche, celle qui monte encore un peu, qui vous entraîne vers le versant nord, avec sa neige gelée et ses virages qu'il faudra maîtriser d'une glisse assurée, au bout de laquelle, on arrivera trop tard pour avaler le vin chaud, que tant de monde aura apprécié, par une si belle journée. Et puis d'ailleurs, la première est-elle vraiment la plus facile? La seconde n'est-elle pas celle qui vous procurera le plus de satisfactions et de plaisir?

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Alors, en 2018, filez sur la trace!... Faites preuve d'imagination, repoussez vos limites, remettez en cause les acquis qui vous emprisonnent (les bouleversements façon non retour ne sont pas forcément indispensables), soyez vous-mêmes, partez au devant de ce qu'il vous reste à découvrir (et ce n'est pas rien, soyez-en certains!), franchissez les fuseaux horaires et les degrés de latitude, partez à la découverte d'autres mondes, rencontrez d'autres peuplades, buvez d'autres vins, tous meilleurs les uns que les autres!... Et revenez nous raconter tout ça!... Même si, d'ici là, ce sera l'été et d'autres ciels bleus nous réjouiront alors!...

Je vous souhaite donc une belle et Bonne Année 2018, avec tout ce qu'il faut dedans : santé, prospérité, réussite à tous les étages... Mais, surtout prenez soin de vous. Quant à vous, vignerons et vigneronnes, prenez soin de vos vignes, afin de nous régaler et de nous surprendre. De notre côté, on croise les doigts pour que le climat cesse de vous turlupiner, de vous agacer, de vous atteindre...

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16 décembre 2017

Château La Haie, à Blaye : le vigneron ne craint pas les obstacles!...

On a besoin parfois de mener sa vie comme une course d'obstacles, celle-ci s'imposant à nous selon les circonstances. Mais, à Pleine-Selve, petit village de Gironde à la limite de la Charente-Maritime, François Décombe, vigneron de son état depuis 1994 sait aborder les haies qui se présentent à lui. Dans sa jeunesse, il était cavalier-soigneur!... Avant qu'il ne soit obligé de se tourner vers la vigne auprès de son oncle, pour faire face aux exigences de la vie. Sur ce territoire qui sépara, au fil des millénaires, les Santons des Bituriges, les duchés de Gascogne et du Poitou, les provinces de Saintonge et de Guyenne, découvrons le Château La Haie et ses 6,5 ha du Blayais, désormais au coeur de la Nouvelle-Aquitaine administrative.

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Nous sommes là dans la partie la plus septentrionale du vignoble bordelais, mais aussi du secteur que l'on appelle désormais Blaye-Côtes de Bordeaux. On peut qualifier cette partie du Blayais lui-même de secteur de St Ciers sur Gironde, séparé de l'estuaire de la Gironde et du secteur de Blaye, par un marais assez étendu, peu propice à la culture de la vigne. Mais, les premières pentes offrent des croupes argilo-graveleuses ou sablo-argileuses assez intéressantes. De prime abord, on peut supposer que la viticulture locale a définitivement un caractère artisanal, de par le fait qu'elle voisine avec une agriculture plus variée. Cependant, il existe quelques propriétés de grandes tailles, obéissant à une logique économique exigeante. Le prix de vente à la bouteille impliquant alors des vendanges mécanisées et des rendements élevés, par exemple. Sur les 6940 hectares de l'AOC Blaye-Côtes de Bordeaux, les rendements autorisés sont de 52 à 65 hl/ha pour les rouges et de 62 à 72 hl/ha pour les blancs (source Wikipedia).

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L'artisanat en matière de vignoble et de production de vin existe cependant. Il est un peu, vis à vis des célèbres châteaux bordelais, ce que l'ébéniste est à Ikéa, si on peut se permettre ce raccourci de langage. L'écart se creuse inévitablement, de par le coût des investissements notamment, chaque année plus lourds. Curieusement, ces extrêmes ont trouvé un point de convergence, surtout depuis ces dernières années, au cours desquelles le climat fait désormais plus qu'inquiéter les actionnaires et les propriétaires des grands domaines : l'approche bio, voire l'adoption de la biodynamie gagnent du terrain à Bordeaux, mais il convient de rester prudents et vigilants. Ceux qui pratiquent depuis longtemps la méthode savent que certains opportunistes et même quelques responsables de syndicats envisagent de surfer sur ce qu'ils qualifient de "mode", un changement de cap essentiel pour ce qui est de la qualité de la production et son authenticité, ainsi que pour la protection et la sauvegarde de l'environnement, la santé de tous les intervenants, de la vigne au chai et même au voisinage immédiat des propriétés. Ne pouvait-on pas entendre récemment, lors d'un week-end portes ouvertes, un vigneron expliquer que son domaine était à la fois "en [lutte] raisonnée et en biodynamie"?!... Sauf à négliger le sens des mots ou à le modifier, on peut penser que ce discours pourrait être tenu par d'autres et devenir un argument essentiel de la communication de certains, ceux-ci partant sans vergogne du principe que leurs visiteurs ignorent tout, pour la plupart, des exigences d'une "approche bio", l'emploi de ce seul mot de trois lettres suffisant à rassurer une population sous l'emprise de certains discours médiatiques, perdant chaque jour qui passe, tout sens critique.

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Voici donc un artisan-vigneron, au sens magistral du terme : François Décombe, à la tête de 6,5 ha de vignes à St Palais et St Ciers sur Gironde, tous cépages compris, à savoir sauvignon et ugni blanc d'une part, cabernet sauvignon et merlot d'autre part. Un artisan et un vigneron donc qui s'étonne, depuis deux ans, de découvrir les constats que ses voisins en conventionnel peuvent faire. Ainsi, certains sont contraints de se précipiter à vendanger pour cause de maturité quasi explosive, les raisins atteignant 15° avant la cueillette, alors que dans ses vignes, le vigneron de Pleine-Selve situe ses prélèvements entre 12,5 et 13° maximum, ceci lui permettant de patienter jusqu'à la bonne maturité, rafle et pépins compris. De la même façon, d'importantes attaques de mildiou, comme celles constatées ces dernières années, semblent être mieux contenues que chez certains vignerons en conventionnel. Il s'agit là d'ailleurs d'un constat fait également dans d'autres régions (Muscadet, Anjou, pour ne citer que celles-là).

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On imagine ce qu'une installation, au milieu des années 90 dans les "Côtes de Bordeaux" peut supposer de difficultés. Surtout quand on a tout à apprendre, ou presque, en matière de viticulture. Depuis 1991, année du gel noir, les millésimes "difficiles" se succèdent et chacun rentre la tête dans les épaules. Il faut donc se faire une place dans le paysage et ces trois ou quatre années peu enthousiasmantes vont permettre à François Décombe de se faire la main, bien assisté par son oncle, qui lui permettra rapidement de louer, voire d'acheter quelques vignes. Jusqu'en 2000, le travail à la vigne est des plus conventionnel, comme tout un chacun dans la région de Blaye, ou presque. Cette année-là, il croise quelqu'un qui l'initie au bio et fait quelques essais. Dès 2002, il en augmente la proportion et débute la conversion de l'ensemble en 2004, y compris en Demeter, suite à une rencontre fin 2003 avec Paul Barre, pionnier de la méthode dans le Bordelais.

24232056_10214775935209950_1396950840161644493_nA cette époque là, il a pris ses marques et commence à envisager certaines décisions déterminantes. Arracher une parcelle d'ugni blanc qui compte de nombreux manquants, planter une très belle parcelle de sauvignon blanc de quarante ares, qui a désormais quinze ans environ, sur un sol sablonneux, avec un peu d'argile, parfois compacte, bordée d'une belle friche (la sauvegarde de la faune sauvage locale est un véritable leitmotiv pour le vigneron) et un peu à l'écart des autres vignes très conventionnelles.

François Décombe n'est en rien belliciste. Il sait qu'il est relativement isolé et ne cherche pas à provoquer ceux qui n'ont jamais abordé le bio. Certaines autorités locales lui ont parfois laissé entendre qu'il devait se soumettre à certaines règles (densité de plantation, tenue des vignes, rognage...), au risque de perdre l'agrément indispensable pour revendiquer l'appellation d'origine protégée. Un aspect auquel le vigneron tient fermement, surtout au moment où il peut presque évoquer une notoriété grandissante, lui permettant d'écouler une bonne partie de son stock (son très joli blanc sauvignon-ugni est très vite indisponible), après les premières années au cours desquelles il a fallu batailler. Mais, nous y reviendrons.

Autre secteur, non loin de là, plutôt en pied de coteau, avec des sols bien filtrants sur des argiles blanches. Au total, 3,5 ha, essentiellement plantés de merlot (65% du total des rouges du domaine) et d'un peu de cabernet sauvignon. Un très bel ensemble avec une friche au coeur des espaces plantés et même un point d'eau, que le vigneron s'est bien gardé de combler, malgré les suggestions de certains de ses voisins, au risque de voir les vignes basses inondées, en cas de fortes pluies. Comme si le tracé des rigoles conduisant à des fossés plus importants, puis au marais proche n'était pas là pour quelque chose et pour la bonne sauvegarde du paysage!...

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Un troisième secteur enfin, classé quant à lui en appellation Bordeaux, 50 ares de cabernet sauvignon plantés voilà trois ans, avec Lilian Bérillon. Une vigne qui donne beaucoup d'espoir au vigneron. On devrait dire "déclassé" tout en bas de la hiérarchie des AOC par le syndicat local, pour cause de proximité avec le marais, mais cette "sanction" concernant également une autre parcelle proche, ne semble pas véritablement appropriée. Il en est ainsi des bizarreries administratives...

24232271_10214775936689987_146121964068305174_nVoilà donc de quoi faire une belle découverte dans le "Bordelais d'en bas"! Celui qui se trouve justement dans les "Hauts de Bordeaux", tout au nord!... Lorsque l'on parle avec François Décombe, il n'est pas rare que l'on évoque aussi ses débuts, notamment pour les aspects commerciaux. Au moment de son passage en bio, puis en biodynamie, la logique était d'augmenter ses prix. D'autant que les vins étaient précédemment proposés en vrac et que la première mise en bouteille impliquait de fait un surcoût. Mais là, les conséquences sont immédiates : toute la clientèle ancienne déserte et tourne le dos au vigneron!... Il prend alors son bâton de pélerin, avec l'aide un agent opérant sur Paris et découvre le "Bordeaux bashing" pratiqué par toute une catégorie de professionnels, dont certains restaurateurs qui ne proposent plus de vins de Bordeaux sur leur carte depuis bien longtemps!... Le genre de constat encourageant, lorsque vous débutez!... Ceci dit, gageons que désormais, les choses ont un peu évolué. Seuls peut-être certains "Grands Crus" ont à se plaindre de la façon dont certains les traitent. Mais, sont-ils vraiment en phase avec ce que l'on attend, verre en main?...

Avec le Château La Haie, il y a donc quelques jolis vins à découvrir. Pour ce qui est du blanc, comme indiqué ci-dessus, il est des plus rares!... Voyez au printemps prochain, et tentez votre chance dès la mise. Du côté des rouges, deux belles surprises, avec tout d'abord, le Bordeaux 2014, 80% merlot et 20% cabernet sauvignon, élevé dix-huit mois en cuve béton, agréable et joliment équilibré, mais aussi le Blaye 2016, 100% merlot, qui n'est resté en cuve que douze mois (au lieu de dix-huit habituellement), pour cause de stock épuisé des millésimes précédents. Après les gels de 2016 et 2017, on comprend aisément qu'il est important de rester présent sur le marché. Quoiqui'l en soit, ce Blaye est une petite merveille de fruit, avec des arômes de cassis exubérants, une densité et un équilibre tout à fait remarquables. La prime aux interventions des plus réduites, au cours d'une vinification qui s'est très bien passée et d'une sélection particulièrement attentive dans les parcelles.

A Pleine-Selve, chez François Décombe, rien de rutilant donc. Tout se passe dans une sorte de minimum vital où pourtant, tout est mis en oeuvre pour produire des vins sincères et droits. Finalement, c'est peut-être bien cette catégorie de vigneron-artisan qui fait honneur à Bordeaux.