La Pipette aux quatre vins

20 novembre 2018

Daniel Alibrand, Domaine de l'Alliance, à Fargues

Jusque sur les étiquettes, Sauternes brille le plus souvent de tout son or. Pourtant, Daniel Alibrand en parle sans détour : "Aujourd'hui, Bordeaux, c'est compliqué! Et lorsque vous dites que vous venez de Sauternes, tout le monde se sauve!..." Lorsqu'il s'est installé en 2005, on comptait encore 215 vignerons dans l'appellation. Ils étaient 153 en 2012, millésime catastrophique à cause d'une pluie intense au moment des vendanges. Pourtant trois producteurs seulement n'en proposèrent pas cette année-là... Le plus grand nombre avait donc opté pour les nouvelles technologies et/ou des corrections classiques... La plupart des vins ne laissèrent pourtant pas un souvenir impérissable chez les consommateurs, condamnant au passage 2013 et surtout 2014, "le plus beau millésime depuis quarante ans!". Six ans plus tard, on ne compte plus que 132 vignerons et désormais, le marché du foncier est ouvert, tant il y a de propriétés à vendre, sur lesquelles de grands groupes financiers se penchent avec gourmandise. Et même s'il se murmure qu'une bonne partie des Grands Crus Classés aimerait bien trouver acheteur. Pire, il semble qu'environ 80% des volumes produits soient vendus en vrac et que la cave coopérative des vignerons de Tutiac apparaisse désormais dans le paysage, pour régenter un territoire où aucune structure coopérative n'a jamais vu le jour. Au-delà de ces aspects économiques et mercantiles, il n'est qu'à circuler un peu dans le vignoble, pour se rendre compte que nombre de parcelles sont en très mauvais état et que certains ne contribuent guère à la bonne image de l'appellation, d'aucuns la qualifiant pourtant encore de prestigieuse.

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J'avais noté son nom sur un petit carnet, une suggestion sans doute de quelqu'un avec qui je croisais le verre. Le vigneron de Langon habite une petite maison à la façade enduite et rustique, au bord d'une route plutôt passagère, aux confins d'une zone artisanale et commerciale de la ville. Rien à voir avec les façades de pierres blondes des crus classés de la région!... Arrivé en début d'après-midi, je ne repartirais qu'à la nuit tombée. C'est rarement le cas, il faut bien le dire, du côté de ces grands domaines, où l'accueil se limite à une visite guidée ne s'écartant pas de la ligne bleue virtuelle, mais presque visible (comme sur les marathons), le plus souvent managée par un fleuron juste diplômé d'une école de commerce de préférence anglo-saxone...

Précisons-le si nécessaire, Daniel Alibrand et un de ces rares "marginaux" dans ce secteur du vignoble bordelais. Et comme il ne cache guère son ressenti vis à vis des décisions et des orientations de certains de ses collègues, les rencontres professionnelles font parfois des étincelles. Ceci dit, la vérité est dans le verre et ceux qui ont goûté les vins de l'Alliance savent à quoi s'en tenir. Ici, point d'osmoseur (on parle là des "techniques soustractives d'enrichissement des mouts") ni de chaptalisation. A Sauternes, refuser ces techniques, c'est faire de lourds sacrifices. Au Domaine de l'Alliance, depuis huit ans, les productions en attestent : 2011, 5,5 hl - 2012 : 0 - 2013 : 3 hl - 2014 : 3,5 hl - 2015 : 10 hl - 2016 : 12 hl - 2017 et 2018 : 0!... Depuis 2005, année de son installation, Daniel Alibrand rappelle au passage que seuls trois millésimes ont dépassé 10 hl/ha!... Lorsque Alexandre de Lur Saluces disait naguère, lorsqu'il était encore à la tête d'Yquem, que le rendement moyen pour une décennie se situait entre sept et neuf hectolitres par hectares, nombre de ses congénères se gaussaient. Pourtant... "Quand tu veux bosser correctement, tu es sur ces bases là!"

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Dans une autre vie, Daniel Alibrand, originaire de Touraine, était marin-pêcheur du côté des Sables d'Olonne et de Saint Gilles-Croix-de-Vie et donc souvent en mer, sur une autre planète. Un accident le contraint un jour à rester à terre. Sa belle-famille étant propriétaire de vignes du côté de Fargues, il décide avec son épouse de relever le défi. Aujourd'hui, les voilà à la tête de 6,5 ha, dont ils s'occupent seuls, sur pas moins de dix-neuf parcelles, sur lesquelles 50% du vignoble comptent plus de soixante-dix ans. Du Sauternes haute couture, puisque chaque spot compte rarement plus de cinquante ou soixante ares, avec une diversité de sols plutôt importante, puisqu'on passe aisément d'alluvions sur un support de graves argileuses très dures et des calcaires décomposés, aux alios, puis aux graves avec argiles ferriques, aux crasses de fer, mais pas sur des sols profonds et là encore, des calcaires décomposés en dessous. Notons également que, depuis quatre à cinq ans, les nouvelles plantations sont pratiquées sur des porte-greffes plantés au préalable. Depuis quelques années, c'est la biodynamie qui contribue à mettre en évidence les qualités de ces sols et à soutenir la plante (avec l'utilisation de tisanes diverses), malgré le problème du rayonnement actuel et des souches résistantes de mildiou et d'oïdium.

Un petit passage dans certaines parcelles montre à quel point les calamités climatiques deviennent problématiques. "On a fait le bilan l'autre jour, depuis 2005, il n'y a eu que cinq millésimes où il ne s'est rien passé!... La clientèle voit les prix monter et s'étonne, pourtant, il nous faut bien lisser pour supporter ces épisodes!" Ce secteur de Fargues n'était pourtant pas connu pour être gélif et connaître des chutes de grêle fréquentes. Il y avait bien eu 2008, avec sa gelée à -0,7° après une pluie tenace au cours de la nuit précédente, puis 2014, avec des orages de grêle limités et très localisés. Depuis, 2017, avec ses deux ou trois matinées à -4° voire -6° selon les endroits, a marqué les esprits. Pire, l'orage du 15 juillet 2018, à l'heure de la finale de la Coupe du Monde, a démontré ce que la nature pouvait avoir d'extrême : des billes de glaces sont alors tombées pendant vingt minutes!... La nuée, venue du secteur Giraud-Filhot est allée jusqu'à Langon, pour aller mourir ensuite à St Pardon de Conques! Un ravage!... Vingt-quatre heures plus tard, il restait soixante-dix centimètres de grêlons dans les fossés, malgré les 30° ambiants!... Résultats : nombre de pieds détruits, jusqu'à quatre-vingt impacts sur les rameaux et la nécessité de deux traitements au miel à trois jours d'intervalle, pour sauver ce qui pouvait l'être... Personne ne sort indemne de telles journées. Curieusement, la vigne montre sa capacité à réagir.  Une parcelle grêlée à 100% l'été dernier, qui a, de plus, gelé trois fois au printemps 2017, a pourtant développé une abondante végétation. Daniel Alibrand s'interroge face à ce constat : il est intimement persuadé que le végétal a une sorte de mémoire de la météo, pour s'adapter aux conditions de chaque année.

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Bien sûr, il ne s'agit pas de dresser un constat de tous ces problèmes pour s'en sortir. Depuis 2013, Daniel Alibrand se devait de proposer quelques blancs secs, s'il ne voulait pas disparaître, à défaut de rouges, pour lesquels il dit lui-même ne pas avoir la même sensibilité. Il démarre alors une petite activité de négoce et sillonne l'Entre-Deux-Mers. Là, il ne tarde pas à trouver de très beaux raisins issus de non moins beaux terroirs et cèle des partenariats en confiance, rémunérant les vignerons à la juste mesure, en connaissance de cause. Désormais, les secs représentent 40 à 50% de la production d'une année normale.

D'une façon générale, les raisins sont vendangés par parcelle, lot par lot, du fait des différences de maturité selon les terroirs, sémillon d'abord, puis sauvignon bien mûr ensuite. Pour les secs, débourbage après pressurage. Le lendemain, 80% des meilleures bourbes sont réintégrées et tout repart par lot au froid, dans des petits garde-vins. Quand tout est terminé, l'ensemble est assemblé en masse pour le début des fermentations. Vient ensuite l'entonnage, deux ou trois bâtonnages en début d'élevage pour enlever l'excès de CO2 et éviter ainsi les surpressions dans les barriques. Après, plus la moindre intervention, aucun bâtonnage, ce qui n'est pas tout à fait en phase avec la méthodologie régionale, loin s'en faut!... Pour les liquoreux, deux types d'élevage, court et long. Il faut entendre court, du fait d'une mise en bouteilles dès le mois d'avril suivant la vendange, ce qui fait d'Esquisse 2016, 100% sémillon et 130 gr de SR, le "vin interdit"!... Interdit, mais gage d'un grand succès auprès de ses clients restaurateurs!...

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Verre en main, les secs donnent immédiatement une grande impression. Ils sont tout en finesse, ciselés et droits. En premier lieu Définition 2017 (75% sémillon et 25% sauvignon) donne le la. Puis vient Définition 2016 (50/50), avec toutes les caractéristiques d'un grand millésime, plein et expressif. La série est complétée par une sorte d'ovni, Déclinaison 2017, 100% sémillon, au premier abord pour le moins déroutant. "Dès le premier nez, le cerveau dit sucre, la bouche répond sec!..." Le cépage, ne dépassant guère 12,5° dans les meilleures années, exprime ici tout son potentiel aromatique et sort le vin d'une supposée typicité. De très beaux amers poussent la fin de bouche et suggèrent des accords met-vin multiples et variés. Remarquable!...

Du côté des liquoreux, le Sauternes 2016 (85% sémillon, 10% des deux sauvignons, blanc et gris et 5% de muscadelle), 145 gr de SR, montre, comme le sec de l'année, un grand équilibre et une expression très fine, distinguée. Le Sauternes 2013 est dans un autre registre, malgré un assemblage très proche du précédent (85% sémillon, 10% de sauvignon blanc, pas de sauvignon gris cette allée-là et 5% de muscadelle), 140 gr de SR. Ici, on note un caractère résolument épicé, qu'il avait dès le départ et une complexité qui le destine à la table. Du pur plaisir, "avec un potentiel de quinze ans au moins!" malgré la réputation du millésime. A suivre, le Sauternes 2014, issu d'un millésime à la météo équilibrée, sans excès de température. "Les plus grosses acidités depuis 1966 à Sauternes! Un millésime de légende à Yquem!..." Pourtant, c'est l'année de la mouche Suzukii, "déjà présente dans le secteur en 2011, mais dont les effets furent ignorés parce que le Médoc n'était pas touché!" avec ses conséquences sur le volume produit par ceux qui travaillent bien. D'où cette réputation d'une petite année, parce qu'il faut bien admettre que pour beaucoup, petits volumes impliquent petit millésime!...

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Comme on peut le voir, une conversation et une dégustation en compagnie de Daniel Alibrand nous ouvrent d'autres horizons que ceux, bien policés, des responsables locaux et des supposés tenants d'une tradition séculaire. "Sauternes repose sur un mensonge collectif depuis des années!" Pour une large majorité du vignoble de Barsac, Fargues, Sauternes, la logique productiviste l'a emporté. Les plus grands domaines ont fait le choix d'être présents dans la grande distribution, alors même que la production de ces grands vins liquoreux, symbole d'un haut artisanat et d'une passion jamais démentie pendant des décennies, ne devrait viser que le marché traditionnel, cavistes, restaurateurs, le seul qui leur permettrait d'expliquer les fluctuations de la production, dues aux caractères même de ces vins, en plus des problèmes rencontrés désormais du fait de la météo. Pourtant, on arrache les vieux ceps à tour de bras et les GCC ne jouent plus tous le jeu de la qualité à la vigne. 2018 pourrait en faire la démonstration, au terme d'une année sèche, l'absence de botrytis et des pH bien trop élevés. Mais, là encore, il y aura des volumes grâce à la technologie et aux corrections consenties. Les querelles intestines dans les syndicats de la région court-circuitent le dialogue et laissent les plus passionnés se confronter avec leurs difficultés. Symbole de notre époque?... En attendant, vous pouvez passer au Domaine de l'Alliance, dont le nom et le logo - la salamandre - n'obéissent pas à de quelconques données historiques, illustrant les supports de com' de certains domaines, mais à des raisons très concrètes : l'alliance de l'homme et de la nature d'une part et la présence régulière de l'animal, en mars et avril, dans toutes les parcelles proches des bois, comme les marqueurs de tout ce qu'on doit préserver et apprécier, en se servant un verre de Sauternes vivant et authentique. Dont acte!...

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16 novembre 2018

Trois nuances de Graves rouges (et blancs), saison 2

Automne 2018. Après les informations qui ont circulé depuis le printemps, dans la plupart des vignobles français et des visites en Anjou et dans le Muscadet, il était intéressant de se rendre dans le Bordelais, région qui n'a pas été épargnée par les aléas climatiques. Là encore, ce combat contre les pluies diluviennes ou la grêle, puis contre un mildiou particulièrement actif, amène les plus combatifs, ou les plus chanceux, vers un millésime très réussi. A la mi-juillet, ce n'était pourtant pas écrit!...

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~ Cyril Dubrey, Château Mirebeau, Pessac-Léognan ~

Cyril et Florence Dubrey, même s'ils gardent le sourire, ont du mal, certains jours, à profiter de la plage!... Leurs quatre hectares entourés de lotissements au coeur de Martillac, sont partagés entre l'ancienne mangrove et le rivage provoqué voilà 19 millions d'années, par le Mouvement burdigalien, où les coquillages fossiles ne sont pas rares. Après une bonne année en 2016 et notamment un très beau rouge qui marchait sur les traces de l'exceptionnel 2012, il n'est qu'à contempler le chai à barriques, pour constater à quel point le gel de 2017 n'a laissé là que la portion congrue du millésime. Les lots dégustés sont composés d'un tiers de merlot, d'un tiers de cabernet sauvignon et d'un dernier tiers mêlant carmenère et petit verdot. Un beau potentiel pour l'ensemble qui s'ouvre déjà délicatement, à la dominante caractérisant une année "froide", avec des jus aux alentours de 13,5°.

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Pour 2018, rien ne va plus au domaine!... "Pour tout dire, c'est pire que 2013!..." En effet, Cyril Dubrey mise sur une barrique de blanc et peut-être deux pour le rouge au final. Le blanc sera un 100% sauvignon, qui exprime déjà une jolie tendance, sur de délicats arômes. Selon le vigneron de Mirebeau, les rouges seront capiteux à Bordeaux, se situant entre 15,2° et 15,5°! Quelque part entre 2003 et 2009. Après les rendements réduits en 2016 et 2017 (15 hl/ha environ), le résultat de l'année semble apporter là de l'inquiétude et renouvelle le questionnement de celui qui a adopté la biodynamie en 2005. "Parfois, j'ai envie d'exprimer quelques doutes quant au bio à Bordeaux!... Si on a la mousson chaque année au printemps..."

De plus, il faut bien dire que l'on entend parler, çà et là, de réussites exceptionnelles du côté des rendements... Ce qui gène quelque peu Cyril, lorsqu'on met en parallèle la virulence du mildiou. Plutôt que de s'étendre sur toute forme de suspicion, le voilà lancé dans un autre axe de réflexion : doit-il s'orienter vers des vignes espacées et des densités plus faible? Peut-on adopter une conduite en pergola, afin de lutter contre l'humidité de mai et juin? Pour lui, le problème, c'est la durée d'humectation de la feuille face à la maladie. Faut-il revenir au système ancestral des joualles? On le voit, Cyril Dubrey n'est pas désemparé face aux évènements, mais il sent qu'il doit évaluer une foule de détails et leur globalité, en essayant de savoir ce qui gêne. Aujourd'hui, on ne peut qu'espérer, pour le Château Mirebeau, une sortie par le haut de cette période difficile. Au passage, n'hésitez pas à passer au domaine, notamment lors des Portes Ouvertes du début décembre, comme chaque année.

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~ Jean-François Chaigneau, Château Massereau, à Barsac ~

La famille Chaigneau, d'origine vendéenne, s'est installée à La Pachère en 2000. Là, le Château Massereau, ancien relais de chasse des Ducs d'Epernon, veille sur les vignes depuis le XVIè siècle, ainsi que sur le cours du Ciron qui coule au bout des rangs, avec ses frondaisons vertes, en attendant les brumes matinales de l'automne, si favorables à la production de Sauternes. Avec son frère Philippe (grand voyageur en charge de la promotion du domaine) et le soutien de ses parents, Jean-François Chaigneau est un vigneron passionné, qui parle volontiers de tous les avatars qui se présentent à lui, au fil de l'année viticole, mais qui garde le sourire en toute circonstance. En fait, il compose avec la nature et la respecte d'autant plus. Le domaine n'est pas labellisé bio, mais HVE (Haute Valeur Environnementale). Depuis quinze ans, le cuivre est très peu utilisé, au bénéfice du zinc, des huiles essentielles citron et orange, contribuant à sécher le mildiou et à tous les stimulateurs des défenses naturelles de la vigne.

En cette veille, ou presque, de 11 Novembre, il a signé l'armistice avec le mildiou et la pluie, auxquels il a fallu livrer bataille, alors même qu'il était difficile d'entrer dans les parcelles. Mais, après le gel de 2016 qui avait touché les jeunes vignes et surtout celui de 2017, qui aurait pu provoquer une année blanche, si les soixante ares (dont vingt de petit verdot) acquis récemment sur Illats, en Graves, n'avaient permis de sauver ce qui pouvait l'être. Au total, quinze hectolitres de rouges et trente cinq de clairet issu de tout le reste des parcelles. Un vrai clairet dans la plus pure tradition, qui ne manque pas de supporters!...

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Avec 2018, pour la première fois, les vendanges des rouges étaient terminées (7/8 octobre) avant même la première trie de Sauternes (11/12 octobre), pour un final début novembre. Sur les 1,10 ha de Sauternes, on ramasse ici les raisins au stade confit-rôti, soit cette année, vers 13,5°, 180 gr de sucres résiduels après vinifications et 19 à 24° potentiels selon les tries. A noter que la production d'un second Sauternes, La Pachère, avec des équilibres à 13° et 100 à 120 gr de SR, rencontre un vif succès, notamment dans la restauration.

On a beau être au coeur de ce qu'il convient d'appeler le Barsac-Sauternes, il n'y a aucun blanc sec produit ici. La propriété qui compte actuellement 8,70 ha en production (replantation à venir pour atteindre +/- 10 ha) n'est pas en mesure de s'y consacrer, selon le vigneron, avant quelques années, avec le niveau d'exigence voulu et les installations adequat. En revanche, la part belle est donnée aux rouges, avec pas moins de six cuvées, en plus du clairet.

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La première cuvée en Bordeaux Supérieur - Tradition 2016 - se compose de 60% de merlot, 30 à 35% de cabernet et 5 à 10% de petit verdot. C'est une agréable entrée en matière, qui ouvre la porte à la seconde - Cuvée X 2015 - avec un assemblage proche, si ce n'est un petit peu plus de petit verdot, mais surtout absolument sans soufre, gâche d'un certain succès auprès des amateurs (et notamment aux États-Unis!). Autre cuvée à succès - la Cuvée K 2007 - actuellement proposée, qui démontre la tenue d'un Bordeaux Supérieur bien élevé. 40/45% de merlot, 40/45% de cabernet et le reste en petit verdot là aussi. Le tout passe quatorze à seize mois en barriques et séduit par sa disponibilité immédiate. Le 2008 sera bientôt proposé à la vente, vu le succès aux USA!... A suivre, le Château Massereau 2011, en Graves. 50/55% de cabernet, 30/35% de merlot et 10/15% de petit verdot. Élevage idem que le précédent. Une très jolie bouteille, qui se révèle à l'aération, avec une belle tenue dans le temps.

Mais, le point d'orgue de la dégustation se situe avec les deux cuvées haut de gamme - Socrate et Eliott - en cours d'élevage. Celui-ci est toujours de vingt-quatre à vingt-six mois, dans des barriques de 225 litres venant des plus grandes tonnelleries : Boutes, Darnajou, Demptos, Stockinger et Atelier Centre France. Pour les deux cuvées, fermentation, malo et élevage se déroulent en barriques. Des vins tout en finesse et en tension. Socrate 2016 se compose de 30% de merlot, 30% de cabernet sauvignon, 20% de cabernet franc et 20% de petit verdot, mais le plus souvent, les quatre cépages sont présents à parts égales. Pour Eliott 2016, il s'agit comme chaque année d'une cuvée 100% petit verdot. Deux vins tout en dentelle!... Que l'on peut éventuellement se procurer en primeur, afin d'alléger la facture, si toutefois, la clientèle étrangère (près de 50% des ventes) n'a pas tout absorbé!... Pas de fausse note pour ce domaine et le Sauternes 2016, toujours en cuve, souligne la qualité de l'ensemble!... A ne pas perdre de vue!...

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~ Vincent Quirac, Clos 19 Bis, à Pujols sur Ciron ~

Vincent Quirac fait du vin depuis quelques années, mais tant de choses meublent son imaginaire et sa sensibilité!... On a parfois le sentiment qu'il pourrait être ébéniste ou ferronnier d'art. En 2001, sa vie d'aventurier, qui se nourrissait au vent du désert et aux nuits passées sous les étoiles, a changé de cap, la faute aux évènements qui modifient parfois la face du monde et sa course. A cette époque, il n'y a qu'une quinzaine d'années finalement, Patrice Lescarret, son ami vigneron de Gaillac, lui met le pied à l'étrier. Très vite, il se lance, dégote quelques vignes par petite annonce et vinifie notamment des Sauternes, lui qui n'aime pas le sucre ou, du moins, qui apprécie l'acidité dans les vins sucrés. Bien sûr, le résultat interpelle vite les amateurs. Faut-il y voir l'oeuvre d'un visionnaire?... Il faut bien dire que de nos jours, ces liquoreux ne dépassant pas 120/125 gr de sucres résiduels connaissent un franc succès. En 2018, la seconde cuve, issue notamment d'une deuxième trie contenant 30% de raisins secs, ne devrait pas dépasser 95 à 100 gr de SR.

Installé dans l'ancienne salle de bal du village de Pujols sur Ciron, près de la mairie et de l'école, il se réjouit de ce millésime généreux, après le gel de 2017 et la grêle en 2016. "La plus belle année depuis mes débuts!" Avec ses deux hectares (0,6 de Sauternes, plus 0,4 récupérés en 2014, ainsi qu'un hectare de rouges en Graves), il totalise cette année 32 hl de rouges, 10 hl de Sauternes, plus 2 hl de blanc sec (85/90% sémillon et 10/15% sauvignon gris), dont c'est le deuxième essai après 2017. Du côté des rouges, quatre cuves tastées alors que les fermentations malolactiques ne sont pas faites, mais néanmoins, quelques perspectives intéressantes. Pour Vincent, la difficulté de l'année résidait dans le fait que pas la moindre goutte de pluie n'est tombée entre la fin août et les vendanges, ce qui a amplifié le casse-tête pour choisir le bon moment de la cueillette. Quelque chose qu'il met volontiers sur le compte de son manque d'expérience, mais s'il avoue que les vinifications des rouges, c'est "un peu du pif", les jus goûtés là montrent que le feeling fonctionne!...

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Le premier rouge est issu des vignes de merlot de dix ans. Il le destine à la cuvée diffusée en vin de France. 13° et une tonicité de bon aloi. Le second, ce sont les vieux merlots. A ce stade, plus de 13° et zéro souffre! Celui-ci fera la base du Graves. Du côté des vinifications et malgré des moyens techniques limités, il essaie de maintenir la température vers 20/22°, avec une extraction douce, un minimum de remontages au seau et juste un léger pigeage au début. Le troisième rouge, c'est du cabernet sauvignon avant malo également. 12/13° et une bonne structure associée à une expression aromatique très agréable. Enfin, la quatrième cuve (3 hl) contient 70% de cabernet sauvignon et 30% de cabernet franc, avec très peu de souffre et un peu plus d'extraction. Les assemblages se feront courant mars. Il devront permettre la production de vingt hectolitres de Graves, ce qui est dans la moyenne habituelle. Pour finir, là encore, les deux cuves de Sauternes présentent un très beau visage à ce stade, même si on est encore loin du final.

Le vigneron de Pujols sur Ciron trace donc sa route, tout en estimant sans doute, que la grande notoriété recherchée par certains n'est pas sa priorité, parce que finalement, les pas qu'on laisse dans le sable du désert, disparaissent lors de la première tempête. Ses vins de Bordeaux au naturel font certainement grincer quelques dents dans l'appellation des Graves notamment, ce qui lui a valu des "avertissements" en 2015 et 2016, le plaçant sous surveillance du syndicat local. Mais, après tout, la vie mérite d'être vécue pour tout ce qu'elle offre : une petite navigation dans le Bassin d'Arcachon, avec quelques amis, l'observation d'un vol d'oiseaux filant vers le sud au coucher du soleil ou le bruissement des arbres, l'automne venu, lorsqu'il fait encore si doux, pour nous permettre d'ouvrir une bouteille de Sauternes sur la terrasse...

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~ Pascal Lucin, Clos Louie, à St Genès de Castillon ~

Nous sommes aux portes de la Gascogne, que diable!... Comme les célèbres Mousquetaires, les trois vignerons de ce nuancier de Graves sont finalement quatre. En effet, le Duché de Gascogne, entre le IXè et le XIè siècle s'étendait vers le nord au-delà de Libourne. Pascal Lucin et son célèbre Clos Louie, en Côtes-de-Castillon, trouvent donc leur place ici, pour évoquer le millésime 2018 sur la rive droite. Là aussi, la bataille de Castillon contre les effets des pluies diluviennes et le mildiou fut âpre, mais indispensable pour ceux qui voulaient sauver la récolte.

Pour commencer, verre en main, nous dégustons deux cuves de la production de l'année. La première est composée de baies entières de merlot et de malbec, avec par dessus, des grappes entières de cabernet franc vieilles vignes du secteur de St Philippe d'Aiguilhe, où se situe, à proprement parlé le Clos Louie. Ce lot est à 14° et 3,40 de pH, "juste parfait" selon le vigneron. Il traduit parfaitement ce vers quoi le domaine tend désormais : pas plus de quatre pigeages, des cuvaisons de trois semaines, au lieu de prolonger quatre à six semaines avant, puis écoulage quand tout est harmonieux. Cette évolution vient d'une réflexion quant à l'extraction et après diverses conversations çà et là. "Une fois que tout est calé, c'est le bois qui doit prendre le relais et faire émerger les choses, c'est inutile d'aller chercher plus loin..." Pour Pascal Lucin encore, "il faut penser le vin comme quelque chose de raffiné, de distingué, qui accompagne la table, la cuisine, mais pas comme un produit issu d'un process - quel mot affreux souvent utilisé à Bordeaux!... - comme dans l'industrie."

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Photos : Clos Louie

La seconde cuve contient le cabernet franc et tout le reste issu des vignes de St Genès, moitié baies entière et moitié grappes entières, mais le tout poussé à maturité. L'ensemble se situe à 15° et 3,50 de pH. Là aussi, le vin traduit tous les changements intervenus depuis 2016, avec la nécessité d'opter pour une approche plus douce, le travail du raisin devant changer. Les fermentations sont en cours, mais que voilà des jolis jus, pour lesquels violette et fruits noirs nous interpellent!... A suivre, après les entonnages en fûts italiens de 600 litres de chez Mastro Bottaio, le célèbre tonnelier du Frioul, adoptés désormais, après les premiers essais dès 2008.

Mais, si nous nous orientons là vers un millésime exceptionnel, il le fut à plus d'un titre, notamment pour la violence du phénomène mildiou. A St Genès, au cours de la journée du 4 juillet, il est tombé 110 mm de pluie!... Mais, ce n'était pas tout, puisque les 7 et 8 juillet, il est tombé 50 mm à chaque fois, ce qui doit être une sorte de record pour cinq jours de précipitations... au coeur de l'été!... Après cela, bien sûr, impossible de rentrer dans les parcelles avec un tracteur, qui plus est un enjambeur, sans prendre des risques insensés. Là, il fallait disposer d'un atomiseur à dos en état et se résoudre à passer dans les vignes deux fois dans la semaine. Pas de dimanche pour les braves!... Vu l'état du terrain, il fallait sept heures à Pascal Lucin pour traiter cinquante ares!... Et encore, une partie du haut des parcelles étaient inaccessibles. C'était pour le moins physique, mais c'est à ce prix là que l'on sauve la récolte.

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Pour expliquer l'ampleur du phénomène, le vigneron évoque les informations obtenues auprès de la Chambre d'Agriculture de la Gironde : en fait, depuis que celle-ci collecte les informations chaque année, soit plus d'un siècle, jamais n'avait été constatés autant de repiquages successifs du mildiou. Le précédent record datait de 2008, avec 28 repiquages, mais cette année, ce n'est pas moins de 40 attaques qui se sont succédées!... Elles étaient telles que, chez les conventionnels, les produits systémiques ne couvraient pas, seuls les produits de contact (cuivre) le permettaient, d'où le desarroi de certains.

Conclusion de cette journée, la dégustation d'un Clos Louie 2011, qui montre bien le caractère du cru (tendance ferrugineuse issue des sols argilo-calcaire, sucrosité...), témoin d'un autre style, dans un mode plus austère, avec lequel la patience s'impose ou s'imposait. Non que le potentiel de garde des vins actuels soit remis en cause, loin s'en faut, mais ce flacon démontre à quel point il a besoin de quelques heures pour s'exprimer pleinement et donner sa pleine mesure. On y retrouve cependant la dimension artisanale, presque artistique des vins du domaine et l'on se prend à rêver de la production d'un blanc sec, vins plutôt rares dans la région, alors même qu'ils étaient très présents jusque dans les années 70, avec beaucoup de sauvignon gris, lorsqu'ils furent arrachés et remplacés par des cépages rouges. Mais, affaire à suivre! Gageons cependant que s'il découvrait un hectare de blanc dans la région, il n'est pas impossible de Pascal Lucin se laisse tenter, pour notre plus grand plaisir!...

09 novembre 2018

Antonin Jamois, L'Île Rouge, à Lugasson, Entre-Deux-Mers

Retour des Indes, ou du moins de la route maritime des Indes!... A notre époque, les trentenaires ne rechignent guère à enchaîner des vies successives, où l'aventure tient sa place, sans préjugés, parce que s'enfermer dans un lot de conventions et les limites d'un territoire, fut-il familier, nous donne parfois l'impression de perdre notre temps, de voir s'effilocher le fil de notre vie. Antonin Jamois, Parisien d'origine, est de ceux-là. Il est sans doute quelque peu attaché à la symbolique des choses et le choix du nom de son domaine traduit cela. Non que ses deux hectares, à peine plus, de vignes ne produisent que des vins rouges et même si c'est le cas pour l'instant, c'est plutôt sa vie d'avant qui l'a inspiré. En effet, installé à Lugasson, dans l'Entre-Deux-Mers depuis quatre ans, il a passé avant six années à Madagascar, pour y produire des crevettes, après des études d'agronomie, option aquaculture. D'où ce nom de L'Île Rouge, puisque c'est ainsi que l'on appelle l'île continent de l'Océan Indien, à cause du déboisement intense, laissant apparaître désormais, vue d'avion, la latérite de son sol. L'île verte est donc devenue l'île rouge...

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... et L'Île Rouge se trouve bien au coeur de l'Entre-Deux-Mers, quelque part entre Garonne et Dordogne. Une appellation qui compte près de 1500 hectares et pas moins de 250 producteurs. On y cultive, sémillon, sauvignon blanc et gris, ainsi que muscadelle, donc uniquement des vins blancs. Mais, le merlot n'y est pas rare et cela à destination des Bordeaux et Bordeaux Supérieurs. Dans cet espace entre les deux fleuves, on trouve également au nord, le long de la Dordogne, les appellations Graves de Vayres et Ste Foy-Bordeaux, alors que sur la rive droite de la Garonne, se situent les Premières-Côtes-de-Bordeaux, Côtes-de-Bordeaux-St Macaire, Entre-Deux-Mers-Haut Bénauge sur neuf communes, ainsi que Loupiac, Cadillac et Ste Croix du Mont pour les liquoreux.

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Un secteur où tout ne va pas pour le mieux, ayant largement souffert et sans doute encore, d'une forte logique productiviste, puisque pas moins d'une quinzaine de structures de caves coopératives cohabitent ici, ce qui, dit-on, en fait la plus grosse coopérative de France, où l'on vend la tonne de raisins pour +/- 650 euros, gage d'une surproduction recherchée. Pourtant, le paysage n'est pas désagréable, surtout quand le soleil perce les nuages, à cette époque où la vigne se couvre d'or. En venant du sud, on découvre un vallonnement plus marqué par les affluents de la Garonne, la partie nord ressemblant davantage à un grand plateau calcaire, que les affluents de la Dordogne cette fois ont à peine creusé, la ligne de partage des eaux étant tracée d'ouest en est.

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Sources : vinsvignesvignerons.com et Wikipedia

Des considérations qui n'ont pas obnubilé de prime abord le vigneron, celui-ci revenant l'esprit libre de l'hémisphère sud avec l'envie de concrétiser un vieux rêve : faire du vin et qui plus est, le plus naturellement possible. Ce qui ne l'empêche pas de se projeter dans l'avenir avec quelques projets. Après un premier essai de vinification sur le millésime 2014, il dispose d'un peu moins d'un hectare en 2015 et les premiers vins, en vraie grandeur apparaissent. Il s'agit alors de merlot, exclusivement issu désormais des 2,2 ha de vigne plantée en 2001, à 5000 pieds/hectare, sur des sols argilo-calcaire, où parfois la roche affleure.

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Très vite, il détermine des modes de production devant préserver la meilleure qualité possible, notamment en faisant l'acquisition d'une vieille carrière du XIXè siècle pour les élevages et le stockage. Au préalable, il choisit de travailler le plus possible par gravité avec un élévateur, devenu son compagnon de travail privilégié. Ayant adopté une culture biologique (qu'il étend d'ailleurs aux parcelles appartenant à sa belle-famille, voulant de plus, planter une haie qui le protégera du mode conventionnel adopté par ses voisins), il propose un pet'nat' rosé issu de merlot, comme il se doit, qui permet d'entamer les vendanges. Celui-ci passe huit mois sur lattes et est dégorgé à la main.

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Ensuite, en 2016 notamment, trois rouges sont apparus : un premier, Petite Terre, sur le fruit, élevé en cuve uniquement pendant dix mois, un second, Grande Terre, dans le même esprit, mais élevé en barriques pendant dix-huit mois environ et un troisième, Équinoxe, sorte d'ovni issu de six mois (entre les deux équinoxes) de macération en cuve ouillée, puis élevé en barriques. Et pour ces trois cuvées, aucun sulfite ajouté.

Mais, c'est pour la vigne que la réflexion en cours est la plus intense. Au-delà de la restructuration des plants eux-mêmes, des tentatives d'enherbement et d'apport de légumineuses se succèdent. A ce jour, l'expérimentation est toujours d'actualité... lorsque les aléas climatiques ne viennent pas casser la dynamique : cette année deux épisodes de grêle les 29 mai et 4 juillet ont déclenché ensuite un mildiou ravageur, ce qui ne fait que prolonger les effets de la gelée de 2017. Une trêve dans cette météo pour le moins compliquée serait la bienvenue...

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Mais, ce qui tient particulièrement à coeur au vigneron, ce sont les surgreffages débutés en 2017 et poursuivis en 2018. En effet, la biodiversité est un peu inscrite dans les gênes d'Antonin et pour apporter de la variété, il s'est tourné vers les cépages anciens. Ainsi, en 2017, il a surgreffé mille pieds de castets et poursuivi sur cette voie en 2018. Si d'autres cépages rouges pourraient apparaître à l'avenir, il ne cache pas que certains blancs l'interressent, comme le camaralet de Lasseube, une variété qualitative connue du côté de Jurançon. Il se retrouve donc à l'initiative de cette expérimentation, puisqu'ils sont peu nombreux, à ce jour, à prendre ce chemin, marchant quelque peu sur les traces de Loïc Pasquet, même si la culture en franc de pieds est impossible sur la plupart des parcelles de l'Entre-Deux-Mers, sauf à découvrir l'indispensable sol largement sableux.

Antonin Jamois en est donc au tout début d'une nouvelle aventure, mais il est fort de cette capacité à prendre des initiatives novatrices, écartant tout préjugé et peu enclin à se laisser enfermer dans les carcans de la viticulture actuelle, qui plus est, au coeur d'une région qui souffre et qui pourtant a beaucoup de mal à se remettre en question. La route est longue, mais les amateurs de vins naturels et d'une certaine forme de bon sens peuvent lui faire confiance, pour découvrir avec lui, verre en main, des espaces nouveaux, aux dimensions de notre monde multiple et varié.

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05 novembre 2018

Fiefs Vendéens : à Brem sur Mer, encore du nouveau!...

Longtemps figé dans une viticulture circonscrite à la petite dizaine de vignerons du cru côtier de Brem - si l'on excepte l'impressionant travail de Thierry Michon (et désormais ses fils), réalisé depuis le milieu des années 90 - le secteur viticole vendéen, largement pourvoyeur de cuvées que les touristes de passage se partagent pendant l'été notamment, connaît et découvre une nouvelle dynamique. Il faut dire que celui qui anime le Domaine Saint Nicolas, à L'Île d'Olonne ne s'en est jamais caché : "A Brem, on n'imagine pas à quel point les terroirs sont magnifiques, exceptionnels!..." Quelque chose qu'il a répété à l'envi, et à qui voulait l'entendre, sur tous les salons et auprès de tous ses visiteurs. Inévitablement, ça devait arriver aux oreilles de quelques passionnés, prêts pour de nouveaux défis. Et ce n'est peut-être pas fini!...

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~ Bastien Mousset, L'Orée du Sabia ~

Le dernier arrivé, à la Toussaint 2017, n'était pas forcément inspiré par les déclarations du vigneron de L'Île d'Olonne, parce que ce sont plutôt des raisons familiales, autant que sentimentales, qui l'ont amené sur la Côte de Lumière. Fort de ses vingt-huit ans, le voilà à la tête d'une dizaine d'hectares, dont certains étaient quelque peu abandonnés depuis plusieurs années. Porté par son père, industriel choletais, quinquagénaire rêvant de travailler la terre au grand air et le rejoignant désormais, ses moyens financiers vite remarqués dans la région et tout à fait assumés, vont lui permettre d'être vite opérationnel, malgré l'indispensable conversion bio, du fait du choix de la biodynamie.

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Symbole de ces investissements importants, le chenillard qu'il utilise pour butter la vigne de cette parcelle, où se côtoient chardonnay et gamay. Lui faisant remarquer, dans une tentative d'humour, qu'il y a peu de coteaux dans la région, laissant supposer l'emploi d'un tel matériel, il fait référence à sa jeune expérience, qui l'a guidé dans son choix. En effet, passé notamment par chez Romain Guiberteau, pendant un an et demi, il garde le souvenir d'avoir du traiter les douze hectares à la main, du fait de l'impossibilité d'utiliser le tracteur, après des pluies conséquentes. Or, après cette première année d'observation sur le terroir de Brem, il considère que certaines parcelles sont composées d'un sol limoneux relativement épais en surface, du fait notamment de la présence de granite décomposé, que les fortes pluies récemment constatées au printemps peuvent désormais potentiellement se reproduire, comme nombre de vignerons le craignent et justifier l'emploi d'un tel matériel. Mieux vaut prévenir...

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Indiscutablement, son parcours a renforcé sa capacité d'analyse. Après un passage de deux ans chez Charles Joguet, à Chinon, mais aussi au Chili (Viña La Rosa, à deux heures au sud de Santiago) et même du côté de St Emilion (Fombrauge), sans oublier des petits coups de main chez Thierry Michon notamment, dont il dit "qu'il a ouvert beaucoup de voies à Brem, mais que sans doute, il reste à découvrir", il sait mieux désormais ce qu'il veut faire et surtout ce qu'il ne veut pas faire. Ainsi, il évoque l'idée d'une production peu interventionniste, avec notamment un "sulfitage intelligent", pour le moins pertinent.

Dans un premier temps, le parcellaire dont il dispose nécessite un travail conséquent. Il se réjouit de l'encépagement, même si des changements sont à venir par surgreffage, en particulier d'un joli spot de cabernet sauvignon âgé d'une dizaine d'années, sur des schistes ardoisiers affleurants, qui deviendra chenin et même d'un second qui sera, à terme, du chardonnay, soit au total, 1,5 ha qui vont nécessiter un travail important. En effet, le jeune vigneron n'apprécie guère le cabernet sauvignon. Il se déclare d'ailleurs plus porté par les blancs et le pinot noir, qui donnent de bons résultats dans le secteur.

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Malgré ces perspectives pour le moins laborieuses, Bastien Mousset prend donc connaissance depuis un an de son nouveau terrain de jeu. Les vignes dont il dispose maintenant offrent moult possibilités, avec des îlots sur schistes de grès, parfois aussi des schistes et du quartz, voire de la rhyolite. On trouve aussi des vignes pour le moins originales dans le secteur, comme cette parcelle d'un hectare de pinot noir, dont une moitié de pinot noir alsacien. Ils sont vinifiés séparément, comme c'est le cas pour chaque parcelle, mais seront assemblés au final. Le plus souvent, la densité est de 6250 pieds/hectare.

Mais, le domaine n'est pas uniquement organisé autour de la reprise et de la restauration d'un vignoble ancien. L'autre grand axe concerne de nouvelles plantations sur un sol granitique, qui donne beaucoup d'espoirs au jeune vigneron. Pas moins de 2 ha 10 plantés en chenin, gamay et un peu de pineau d'Aunis (1000 pieds). Nous sommes là dans le secteur dit Le Clos, connu naguère pour la qualité de ses vins, mais avec de faibles rendements. Il a fallu être persuasif, auprès des multiples propriétaires, pour regrouper cet îlot d'une quinzaine d'hectares devenu une friche, sans jamais devenir constructible... "Aujourd'hui, la friche, c'est souvent l'abandon d'un écosystème!" Le but justement sera d'en recréer un, contenant des espaces destinés aux animaux, aux fleurs ou à des cultures temporaires pour travailler les sols, avec des plantes décompactantes. En clair, réinstaller une polyculture perdue depuis des lustres. Point d'orgue de ce projet, la mise à disposition de soixante quinze ares à l'un des saisonniers du domaine, afin de planter de la camomille et peut-être, à terme, en fournir aux vignerons du cru qui le souhaiteront et préparer ainsi d'éventuelles tisanes et autres décoctions.

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Bien sur, un tel projet ne pouvait souffrir de s'installer dans des locaux vétustes et peu commodes. Si bien qu'un bâtiment situé en plein centre de Brem sur Mer, face à l'office du tourisme (bien joué!) a été récupéré. Il est associé à une construction neuve en cours, l'ensemble étant né dans le bureau d'études d'un architecte ayant déjà oeuvré du côté de Mareuil sur Lay. Cuverie inox de 32 et 50 hl (plus tard sans doute de 10 et 22 hl également), contenants en béton (avec groupe de froid intégré, à l'image de ce qui équipe désormais un célèbre grand cru bordelais) de 15 et de 35 hl et barriques de bonnes origines (Rousseau et Atelier Centre France notamment). Les installations comprennent aussi un petit laboratoire pour les indispensables analyses.

Voilà de quoi faire de nombreuses expérimentations avec ce premier millésime et ce, dans divers contenants. A terme, seront proposés un rosé (pinot noir cette année), trois blancs (un assemblage AOP, un chardonnay et un chenin proposés sans malo), un rouge AOP, un ou deux pinots noirs (selon la qualité des raisins), une négrette si possible et un vin atypique de l'année selon les opportunités, comme le cabernet sauvignon 2018, avant qu'il ne disparaisse du parcellaire. Tous ces vins seront à découvrir lors des rendez-vous de l'hiver, comme la Levée de la Loire, début février 2019, au Parc des Expositions d'Angers. Certains jus dégustés lors de cette visite laissent entrevoir de solides perspectives et sans doute, une mise en valeur complémentaire de ce cru de Brem qui le mérite. L'Orée du Sabia, un terme patois signifiant Sablais (puisqu'on est aux abords des Sables d'Olonne), qui s'implante en douceur au coeur d'un très beau terroir, à l'orée d'une belle aventure.

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~ Éric Sage, Domaine de la Rose Saint Martin ~

Pas à proprement parlé un nouveau venu puisque celui-ci est installé à Brem depuis le printemps 2016. La conversion bio se poursuit et ce millésime 2018 propose du volume, le domaine n'ayant pas eu à souffrir des aléas climatiques, autant que les années précédentes. Si son nouveau voisin Bastien Mousset a entamé ses vendanges le 4 septembre pour les terminer le 26 du même mois, celles du domaine sont venues s'intercaler, si bien qu'une même troupe de vendangeurs est intervenue successivement sur les deux domaines. Une proximité qui convient au vigneron venu du Loir-et-Cher, celui-ci avouant parfois une forme de solitude, que la proximité d'autres vignerons ne laisse pas supposer, mais que la réalité du quotidien montre parfois.

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Cela ne l'empêche pas de cerner de mieux en mieux ce vers quoi il souhaite aller : les vins naturels!... Avec néanmoins, les garde-fous d'une vendange de qualité et d'une meilleure écoute de ses terroirs, sans prendre de risques inutiles lors des vinifications. Le potentiel montré dès le départ par certains secteurs avec vue sur mer, pour son pinot noir notamment, l'incite à se positionner sur une autre voie qu'un certain classicisme et qu'une absolue rigueur, gages d'une évolution risquée vers des limites qui pourraient l'enfermer dans un style certes rassurant (surtout lorsqu'on a trouvé une clientèle), mais fermant parfois l'horizon. Éric Sage revendique cette liberté, tant pour lui-même que pour ses vins et c'est sans doute une bonne nouvelle pour les amateurs qui apprécient ses cuvées!...

A ce stade, nombre de cuves montrent de très belles perspectives, pour un millésime 2018 qui prend des allures de référent dans ce secteur vendéen. Pinot noir, gamay, précoce de Malingre, négrette, chenin (dont un lot élevé dans une barrique d'Atelier Centre France), chardonnay semblent armés pour devenir de vraies cuvées de plaisir, que l'on met aisément à table, la destination finale des vins, aspect des choses que l'on ne peut oublier avec ceux du domaine. Ces deux vignerons sont donc bien les symboles vivants d'une dynamique qui anime maintenant cette commune maritime, qui n'en est pas tout à fait une, puisque non située sur le rivage!... En effet, Brem sur Mer permit en 1974 de réunir en association St Martin de Brem et St Nicolas de Brem, qui finalement fusionnèrent, après référendum, en avril 2000. Tous deux participeront certainement de sa réputation, auprès de Thierry Michon notamment, comme les détenteurs d'une tradition viticole ancienne, puisque, dès le Moyen-Âge, les moines de St Nicolas installés ici, vont développer cette activité, pour en faire une des richesses locales, qui se confirme désormais.

28 octobre 2018

Muscadet : millésime mythique, mais pas pour tous!...

2018 sera une grande année, un grand millésime, à plus d'un titre!... Après les moments de frayeur au printemps, notamment du fait des 70 ou 80 mm de pluie tombée en quelques heures et la nécessité de réagir au plus vite, lorsque le matériel ne tombait pas en panne, puis une sécheresse presque digne de 1976 ou 2003, quelques fortes chaleurs en moins au coeur de l'été, les vignerons du Muscadet peuvent avoir le sourire. Mais, tout n'est pas si simple... Certains, les plus avisés, les plus vigilants ou les plus chanceux, font le constat de rendements souvent pléthoriques, avec des jus d'une qualité exceptionnelle. Pour d'autres, il y a la frustration de passer à côté d'un millésime qui reste dans les mémoires, lorsque la nature vous donne tout, surtout après deux années compliquées!... La faute à une défaillance matérielle ou technique au pire moment... Année d'anthologie certes, mais à relativiser au moment de tirer un premier bilan, parce que certains font un peu grise mine. Ceci dit, pour les autres, il faut aussi apprendre à gérer ces degrés naturels, toujours plus élevés...

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~ Marc Pesnot, à St Julien de Concelles ~

Le vigneron de la Sénéchalière le dit : "Je n'ai rien ramassé à moins de douze!" Vingt hectares, six cents hectolitres en cuves, la belle année que voilà! "Avec les parcelles relativement déplantées et mes vieux rossignols, on a bien fait du 45 hl/ha!..." Ce qui n'est pas la règle au domaine, il faut bien le dire. Ce rendement, cette réussite, il les doit à son extrême vigilance au printemps. Meurtris par la catastrophe du millésime 2016 et ses vignes dévastées par le mildiou, puis par le gel de 2017, vigneron et domaine auraient eu du mal à se remettre d'un jamais deux sans trois, que les plus pessimistes voyaient dans leurs plus noirs cauchemars!... Même si Marc Pesnot n'est pas enclin à baisser les bras. Il aurait plutôt tendance à innover, à rechercher de nouvelles approches, à ne pas se précipiter sur les traces des autres. Pour un peu, on le qualifierait de vigneron alchimiste, lui qui n'utilise plus de produits depuis des lustres et qui pourrait évoquer avec vous sa colère contre les pratiques maraîchères de ses voisins. Le metam sodium, il l'a découvert voilà quelques années, lorsqu'une sorte de "nuage toxique" l'obligea à se réfugier chez lui, alors même qu'il travaillait dans le cuvier!... Odeur nauséabonde, les yeux qui piquent... Comment cela peut-il être autorisé?... En fait, il semble que ces effets soient dû à une mauvaise utilisation du produit (comme dans le Maine-et-Loire récemment, c'est ce que disent les services compétents de la Préfecture!), mais il semble aussi évident que ce soit plutôt une activité économique que l'on protège, plutôt que de chercher à mesurer l'impact sur la population. Nous souffrons pourtant d'une double, voire d'une triple pollution : la vision plastique sur des hectares, l'utilisation d'un produit douteux, plus le traitement des sols destinés à la production de la mâche, grâce au passage d'une sorte de sous-soleuse répandant des graviers, afin de permettre l'emploi des tracteurs en toutes saisons. Résultat : des sols inertes et anéantis, qui pourraient bien devenir un jour des friches agricoles inutilisables. Il faut se rendre dans ce secteur du Sud-Loire pour avoir une exacte vision du problème!...

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Confronté aux affres de la météo ou aux maladies de la vigne, Marc Pesnot se projette toujours vers l'avenir. De plus, ces toutes dernières années, il a abordé point par point, tous les secteurs qui méritaient attention et restructuration. Ainsi, il a fait construire un nouveau bâtiment afin de stocker tout le matériel viticole. Une partie de cette nouvelle construction va d'ailleurs devenir un espace fermé destiné à l'embouteillage. L'accueil des visiteurs a lui aussi été grandement amélioré, avec un espace bureau vitré et une cuisine faisant office de caveau de dégustation très confortable. A l'arrière-plan, le cuvier a été entièrement rénové, afin de conserver une hygiène indispensable et les cuves sont positionnées sur des supports adéquats. Mieux encore, l'espace de stockage qui cachait les six cuves souterraines, construites par son père et non utilisées depuis longtemps, a été revu, pour justement permettre la rénovation complète de ces dites cuves. Au total, pas moins de 300 hl peuvent être élevés ainsi sur lie, à la mode du Muscadet, pour des durées plus ou moins longues.

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Au final, une certaine rusticité de l'ensemble laisse la place à un outil cohérent, permettant d'ouvrir de nouveaux horizons. Et tous les fans des cuvées de la Sénéchalière ne peuvent que s'en réjouir. Parce que, au delà de ces transformations, il y a autre chose... Face à la perte quasi totale du millésime 2016, Marc Pesnot avait créé une petite structure de négoce lui permettant d'acheter quelques raisins, çà et là, auprès de vignerons en bio du Pays Nantais et ainsi, sauver ce qui pouvait l'être. Même s'il fait assez peu référence à ces vins "qui ne sont pas issus de ses propres raisins", il est en passe de développer ce secteur. Parce que, pour lui, la passion et l'initiative l'emportent toujours. Ainsi, il a fait l'acquisition cette année de cuves tronconiques d'occasion en chêne (auprès d'Emile Hérédia), afin de mesurer l'impact de tels contenants, en les comparant à ses cuves en fibre utilisées depuis longtemps. Pour cela, il a acheté des raisins sur granit et sur gabbro, du côté de Vallet et La Chapelle-Heulin et en a réparti les jus dans les deux contenants. Il a procédé de même avec des melons issus de ses parcelles schisteuses. Désormais, le match est lancé!... Réduction, oxydation ou oxydoréduction?... A suivre!

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A noter que le vigneron est en pleine réflexion quant à l'élargissement des ces achats de raisins. En effet, disposant désormais de grands volumes permettant des élevages en mode Crus Communaux (18, 24 ou 36 mois sur lie), ce dernier n'écarte pas l'idée d'une sélection attentives de raisins et donc, à terme, de proposer sa propre sélection de crus, tout en appliquant son propre mode de vinification soit, pour l'essentiel, des pressurages très doux.

La méthode Marc Pesnot est pourtant relativement simple. Qu'on le veuille ou non, elle se rapproche des vendanges et vinifications à l'ancienne, lorsqu'on donnait du temps au temps. D'abord, toutes les parcelles sont ramassées en deux passages. Puis, le pressurage se déroule à très basse pression, soit à 170 millibars (au lieu de 1,5 bars!) pendant douze heures. Les vins dégustés sur cuve pour l'occasion sont donc issus du premier et/ou du second passage et de différents secteurs. C'est ce qui détermine le style de la maison. Parfois, les fermentations malolactiques sont faites ou pas. Dans certaines est intégrée une proportion de "nuitage", même si la plus grande part de celui-ci est désormais en cuves souterraines pour dix-huit mois. "Cette année, dès le huit ou neuf septembre, on a ramassé du chasselas qu'on aurait pu vendre sur le marché, nickel chrome!..."

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Le nuitage est en fait une macération carbonique en grappes entières qui atteint dix-huit heures, pratiquée tous les matins des vendanges, sur des raisins les plus sains possibles. Ensuite, pressurage et passage en cuves immédiat. Les vins sont alors différents dès le départ, avec beaucoup de fruit aujourd'hui, malgré les degrés relativement élevés (11,9°). Autre nouveauté notoire : l'apparition d'un Muscadet Primeur : Coeur de raisin, qui sera disponible à la mi-décembre. Une option qui était absolument impossible jusqu'à maintenant, du fait des fermentations se prolongeant le plus souvent au-delà du Nouvel An.

Notez également que pour la seconde année, sera proposée la cuvée 13è heure, issue de la "recherche fondamentale" du vigneron!... En fait, il tire profit de ce pressurage de douze heures pratiqué sur toute la vendange, pour le prolonger une heure de plus, en augmentant très légèrement le grammage de la pressée. "Il s'agit d'explorer le grain de raisin, sans atteindre le tanin. On en tire quelques gouttes à chaque fois et tout est assemblé. Le melon est un cépage non aromatique, donc tout se trouve sous la peau. On recherche donc les flavones plutôt que les anthocyanes, sans destructurer." Résultat, un jus plus coloré, une expression aromatique exaltante, pour ce que Marc Pesnot considérait jusqu'à maintenant comme un "vin médecin", dont il intégrait quelques litres dans certaines cuves, si nécessaire. Mille bouteilles en 2017, un peu plus cette année, mais il n'y en aura pas pour tout le monde!... Il en sera de même pour l'Abouriou, puisqu'un peu plus de quatre hectolitres de jus de goutte seulement seront disponibles. Il va falloir se présenter au bon moment!...

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Pour finir, notons que les vignes ne sont pas en reste, pour ce qui est des évolutions en cours. En effet, après la reprise de la parcelle dite du Rocher, dont la complantation n'était pas des plus réussies, du fait de plusieurs facteurs ayant contrarié les jeunes plants, la folle blanche octogénaire donnera quelques bois, pour une massale très attendue, avec une plantation sur une zone "de rocher pleine peau"!... Peut-être l'année idéale pour le faire, ces vieilles vignes de quatre-vingt ans semblent reposées, après deux années de disette, au point qu'elles ont produit de gros bois et que leur feuillage jaune tient toujours!...

Il y aura donc encore quelques nectars à découvrir du côté de St Julien de Concelles, soyons en certains, chez un vigneron qui relève les défis de l'avenir, tout en travaillant à la marge (certains diront, goguenards, border-line!) de tout ce qui se pratique dans la région. Pour le plus grand plaisir des amateurs, dont certains quelque peu lassés par l'uniformité ambiante. Même si le Muscadet nous habitue désormais à la notion de crus et à l'apparition d'identités remarquables.

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~ Julien Braud, à Monnières ~

Un jeune talent qui en a surpris plus d'un, lorsqu'il a sorti son premier millésime, en 2013!... Mais un vigneron qui garde la tête sur les épaules, même lorsque les éloges se bousculent à la porte de son petit chai de la rue des Moulins, au coeur de Monnières, qui ressemble plus à une sorte de garage, mais avec quelques volumineux trésors en sous-sol, comme il se doit en Muscadet. Au terme de ses études, il revient travailler avec ses parents qui possèdent une quinzaine d'hectares de jolis terroirs dans la commune. Mais, il est vite animé par l'idée de voler de ses propres ailes. La génération précédente est toujours là pour l'aider, même si le millésime 2018 sera son dernier, histoire de profiter d'une retraite bien méritée, mais cela va permettre à Julien de procéder à une première restructuration.

Car, le jeune homme est posé et réfléchi. Très vite, il avait procédé à de nouvelles plantations qui produisent désormais, ce qui s'avère être un atout, avec cette année prolifique. En même temps, il a prévu quelques aménagements, comme cette plate-forme de réception, à l'arrière, presque sur le toit du bâtiment, ce qui lui a permis d'installer le pressoir, afin que 90% des volumes soient traités par gravité, à destination même de la cuverie aérienne. Un moyen essentiel pour travailler avec délicatesse et toute la sensibilité voulue.

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L'objectif est désormais de passer de 10,5 ha à treize, voire quinze hectares, en composant un ensemble cohérent, soit avec certaines parcelles du domaine familial, soit en récupérant celles qu'il connaissait déjà, mais appartenant à des vignerons sur le point de partir à la retraite. Parmi celles-ci, une vigne sur amphibolite, proche d'une des siennes, où cette roche métamorphique très recherchée dans la région est déjà présente, avec une dominante de gneiss. Cette évolution, ce projet d'agrandissement sont aussi motivés par l'arrivée de son épouse sur le domaine, suite à la naissance d'un troisième enfant. Au chapitre des conséquences quelque peu crève-coeur, le couple a pris la décision de se séparer et de revendre ses deux chevaux, qui participaient aux travaux des vignes. Mais cela n'est sans doute que partie remise, même s'ils ont pu mesurer au passage l'exigence de la présence des animaux sur le domaine et la nécessité de s'en occuper chaque jour.

D'autres réflexions sont en cours, comme l'opportunité, ou pas, de proposer des vins issus des crus communaux de Gorges et du Pallet, en plus de ceux de Monnières-St Fiacre, ces derniers ayant participé à la réputation du tout jeune domaine. Mais, il s'agit de ne pas mettre la charrue devant les chevaux, notamment au regard des évènements climatiques de ces dernières années, instillant toujours quelques doutes et suggérant la prudence. Julien Braud, comme ses collègues vignerons du Muscadet, sait qu'il faut parfois une part de chance pour faire face et continuellement s'adapter à l'évolution des choses, telle que l'élévation des degrés naturels, comme le montrent notamment les rares vins rouges proposés ici. En attendant, vous pouvez reprendre un peu de cette cuvée domaine 2015, qui s'exprime joliment en ce moment. Santé!...

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~ Domaine de la Pépière, à Maisdon sur Sèvre ~

Ultime étape du jour, ce domaine cher à Marc Ollivier désormais animé par trois associés, puisque Gwenaëlle Croix et Rémi Branger sont venus rejoindre le vigneron de Maisdon depuis quelques millésimes. Au point que le vigneron à la barbe fleurie est souvent préposé à l'accueil des visiteurs, avec lesquels il se montre volontiers pédagogue et didacticien. Car, ils sont nombreux encore, ceux qui circulent dans le vignoble nantais, en se demandant ce qui a bien pu faire une si mauvaise réputation aux vins de la région. Désormais, la qualité des ces crus ne se dément pas, il n'y a qu'à constater à quel point la plupart des restaurateurs nantais sont devenus, en quelques années, leurs plus fervents supporters.

carte_crus_du_Muscadet_2014Le Domaine de la Pépière peut être considéré comme un des domaines référents de la région, situé en grande partie entre Sèvre et Maine. Un domaine familial à l'origine, mais qui ne faisait guère de bruit, à l'instar de son vigneron, dont la revue Le Rouge et le Blanc disait naguère "qu'il ressemblait, avec sa barbe fournie, à une sorte de Karl Marx ne jurant que par son terroir, un sacré capital!" Pour un peu, si son système pileux n'avait été blanc depuis quelques années, on aurait pu le qualifier de Barbe Noire, lui qui écume la mer océane pour satisfaire son autre passion, à savoir la pêche en mer!... Que celui qui n'a pas goûté et apprécié un bar de ligne grillé avec force fenouil, associé à son Château Thébaud, tel que ce 2015 au délicat premier nez d'anis, lui jette la première pierre!...

Malgré cette révolution de palais (à ne pas confondre avec Le Pallet voisin!) qui a occupé l'essentiel de ces dernières années, Marc Ollivier préparant soigneusement sa retraite prochaine, n'en a pas moins fait sacrément évoluer son domaine. Celui-ci qui, voilà à peine plus d'uné décennie, était bien plus connu du côté de New York et de la Côte Est américaine (tous les amateurs de cette contrée connaissent le Clos des Briords, vous pourrez en faire le constat en allant sur place!) que chez les cavistes de France et de Navarre, s'est fait une place de choix chez tous les dégustateurs, d'autant que la pratique tarifaire du domaine est restée une des plus raisonnables de la région. La cuvée Domaine de la Pépière, qui se décline en deux ou trois mises annuelles, ne dépasse pas six euros et les crus communaux restent sous les douze euros, départ cave. Ces derniers, avec leur élevage sur lie façon longue durée et leur potentiel de garde, sont désormais parmi les plus belles affaires du marché!...

Cette démarche des "Crus Communaux" (sur la carte ci-dessus datant quelque peu, il manque le dixième cru, Champtoceaux, en partie sur la rive droite de la Loire, qui s'ajoute désormais aux neufs premiers, voir aussi ici), le vigneron de la Pépière avoue aujourd'hui qu'il ne fut pas parmi les premiers à l'adopter, même s'il participa aux premières réflexions sur le sujet. L'idée qu'il défendait alors, c'est que la dénomination de "Muscadet sur lie" devait continuer à apparaître sur les étiquettes, ce que ne prévoyait pas la nouvelle législation. Cela pouvait, en effet, paraître paradoxal, alors qu'il s'agissait bien de prolonger le séjour des vins sur des lies fines, ceci étant propre à la région et méritant d'être défendu, surtout que désormais, ce mode d'élevage tend à se généraliser dans la plupart des régions proposant des blancs secs, alors que le soutirage y était généralement pratiqué. Fâché dans un premier temps de cette forme de reniement, il finit par rejoindre les meilleurs de ses collègues, proposant dès 2007 un "Clisson" issu d'un sol caillouteux sur granite à deux micas, puis plus tard un "Gorges" (sol d'argiles à quartz sur socle de gabbro), un "Château-Thébaud" (sol caillouteux sur un socle de granodiorite) et même un "Monnières-St Fiacre" (sols argilo-sableux plus ou moins altérés sur socle de gneiss désagrégé).

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Si naguère, la gamme proposée par le domaine était assez large (avec même une cuvée élevée en partie en fûts d'acacia!), celle dite de "Muscadet de Sèvre-et-Maine sur lie" s'est resserrée autour des trois cuvées les plus emblématiques, à savoir la cuvée domaine, dite Domaine de la Pépière, issue de diverses parcelles, le Clos des Briords (granite de Château-Thébaud pour l'essentiel) et la très appréciée Gras Moutons, issue d'un sous-sol de gneiss. Ce trio permettant de proposer des expressions nuancées, avec chacune leurs fans. On aura aisément compris, d'autre part, tout l'intérêt de la panoplie des crus communaux, démontrant toute la diversité des terroirs du Pays Nantais. Enfin, il n'est pas rare de conclure la dégustation dans le petit caveau du domaine, par un millésime plus ancien, du Clos des Briords par exemple, comme ce 2009, qui exprime tout le potentiel de garde des grands vins issus du melon de Bourgogne. Allons! Il est grand temps d'élever dans votre hiérarchie personnelle tous ces "grands crus" et de leur donner leur juste place à votre table!... Désormais, les négliger, voire même les ignorer, serait une impardonnable faute de goût!...


13 octobre 2018

La lumière de l'automne en Anjou

Fût-elle supposée connue après nombre de kilomètres engloutis (et autant de verres!) pour la parcourir, une région comme l'Anjou viticole recèle bien des surprises. Notamment par la beauté de ses paysages, l'automne venu, lorsque la lumière d'un soleil plus bas sur l'horizon nous offre une sorte d'ambiance cuivrée, qui sied à merveille aux vignobles, dont les feuilles encore persistantes se parent de teintes allant du jaune doré au carmin foncé. Lever de soleil sur la Loire, au Thoureil, pour commencer cette journée.

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L'Anjou, s'appuyant sur une histoire plus que millénaire, pourrait paraître figé dans le temps. Ses habitants et tous ceux qui l'apprécient sont quelque peu les dépositaires de son évolution dans bien des domaines. Les observateurs de sa faune peuvent passer des heures au bord de l'eau ou dans les bois pour observer et transmettre leurs connaissances. Ceux qui restent admiratifs de tout le bâti plus ou moins historique ayant traversé les siècles, s'étonnent chaque jour de la qualité du tuffeau que l'on touche du bout des doigts, ainsi que des teintes que la pierre blanche (mais est-elle bien blanche?...) prend sous différents éclairages de la lumière solaire. Les amateurs d'une cuisine ligérienne, s'appuyant sur de succulentes traditions, se remettent aux fourneaux, parce que se nourrir de tant d'accords mets-vins est peut-être un des fondements de ce qui nous lie, dans notre société à géométrie variable. S'étonner encore, pour ne pas sombrer dans la médiocrité!...

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Parlons du vin justement. Que n'a-t-on pu lire à propos des vins d'Anjou?... Pour l'essentiel, des petits rosés, parfois demi-secs. De ceux qui s'accomodent avec toutes les préparations, charcuteries plus ou moins fines, poissons du fleuve auxquels la vase attribue des relents qui nous font grimacer... Certains persistent encore et signent, à propos de ces rouges, des cabernets certes, mais pas à même de rivaliser avec ceux de Bourgueil ou de Chinon. Les blancs quant à eux, au caractère nettement sucré et à l'expression souvent layonesque, fussent-ils secs, ne peuvent prétendre à rejoindre l'élite des grands vins cristallins, sauf rares exceptions admises çà et là. Ne souriez pas!... Vous n'êtes pas à l'abri de lire encore ces inepties!...

Pourtant, le frémissement ne date finalement pas d'hier. Mais, les Angevins ne sont pas de ceux qui font bruyamment savoir, à quel point leurs savoir-faire ont évolué. C'est vrai, qu'avant tout, il faut d'abord s'entendre. Les chapelles ne sont pas rares dans cette contrée. Pensez-donc, la région est déjà partagée du point de vue géologique : êtes-vous plutôt Anjou blanc ou Anjou noir?... Vos pieds sont-ils plutôt ancrés dans les schistes et grès du Massif Armoricain ou dans les calcaires du Bassin Parisien?...

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Voilà quelques années, pour beaucoup, il s'agissait de ne blesser personne. L'appellation Anjou semblait convenir à tous et faire valoir l'idée que la région pouvait prétendre à une hiérarchie s'appuyant sur des niveaux de qualité à l'évidence différents, c'était faire injure à nos pères et aux pères de nos pères. Même si donner une définition et par là même, promouvoir les 2400 hectares de l'AOC, largement rive gauche, mais aussi rive droite, relevait de la sinécure absolue!... Tenez, prenez les Anjou blancs secs par exemple : dès le début du troisième millénaire, les amateurs mesuraient bien à quel point ils avaient évolué, grâce à l'apport de quelques vignerons qui n'acceptaient pas l'idée même de faire, des chenins de la rive droite de la Loire, le paradigme viticole de l'appellation. Curieusement, à cette époque là, Savennières et ses crus, semblaient avoir du mal à prendre la mesure du phénomène, alors que la hiérarchie locale se dessinait presque naturellement. Et, au final, l'idée d'un classement à la bourguignonne a d'abord fait son chemin (de vignes) sur l'autre rive, avec les notions de "Grand Cru", pour Quarts-de-Chaume et de "Premier Cru" pour Chaume, même si cela s'est fait dans la douleur de certains combats d'arrière-garde dans les prétoires!...

Aujourd'hui, grâce au dynamisme de certains et de certaines, les appellations Coulée de Serrant et Roche aux Moines vont rejoindre Quarts-de-Chaume, se séparant même du village originel, qui n'apparaîtra que sur la contre étiquette, avec les références du producteur. Savennières pouvant alors se permettre de nommer à l'avenir quelques "Premiers Crus" qu'il ne sera pas très difficile d'identifier : Clos du Papillon, La Croix Picot, etc...

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La journée, passée sous un soleil automnal bienveillant, allait me proposer de faire de réelles découvertes, me permettant de faire connaissance avec de nouveaux "crus" se conjuguant au futur. Preuve, s'il en est, que la région ne cache plus désormais, ces initiatives enrichissantes et ces passionnés qui investissent le vignoble ligérien. Certains diront qu'il en est encore temps, parce que les vignerons savent bien que le foncier viticole régional grimpe dans l'échelle d'une inévitable spéculation. Il n'y a pas si longtemps, on pouvait faire l'acquisition de quelques hectares de vignes pour deux ou trois mille euros/ha. Désormais, il faut être bien plus solide, financièrement, pour trouver une propriété viable. La rançon d'un succès nouveau, des nouvelles hiérarchies locales et d'organes de communication plus attentifs...

Arrivé au Thoureil au lever du soleil, j'y retrouve Antoine Pouponneau, angevin pure souche, mais présent depuis dix ans dans nombre de vignobles (notamment en Corse, au Clos Canarelli et du côté de Bandol) au titre de conseil ès-culture et vinifications. En sa qualité d'oenologue et de "tête chercheuse", il parcourt le monde, tout en étant un acteur principal du laboratoire Biocépage, très actif dans la recherche et l'identification des levures indigènes, dont il avait été question ici en 2013.

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Dans une récente conversation, il a évoqué cette pépite, dont il s'est porté acquéreur depuis peu. Lorsqu'un vigneron parle de sa vigne avec une telle ferveur et une aussi grande conviction, on devine très vite que cela vaut le détour. "Les beaux vins proviennent des beaux endroits"!... Un spot hors normes qu'il connaît depuis quelques années, puisque c'était le terrain de jeu préféré, dans son enfance, de son épouse Alice, dont les parents habitent l'ancienne chapelle située juste sous le clos. Pour s'y rendre, on emprunte une rue étroite. Le lieu-dit est indiqué sur un petit panneau perdu dans la vigne vierge d'un pignon : Richebourg. Ça ne s'invente pas!... D'ici à appeler le futur domaine La Chapelle Richebourg!... Mais non, ce serait sans doute s'attirer les foudres des instances!...

Après les premiers contacts, remontant à 2008, avec les anciens propriétaires, le domaine d'un total de 6,5 ha est acheté en janvier 2017. Les premières vendanges datent donc de ce millésime. Pour ce qui est de ce "clos naturel" de 65 ares, il n'est visible que pour les randonneurs arpentant le GR 3, le long de la parcelle ou de la Loire!... La plantation remonte aux années 1982 et 1983. On y trouve 15% de cabernet franc dans le haut et pour le reste, du grolleau, le tout conduit en gobelet, ce qui ne manqua pas d'interpeler Antoine, du fait de ses affinités avec Bandol. Après y avoir effectué quelques carottages, il trouve une argile très pure apparaissant dès vingt centimètres. "C'est comme Pétrus, mais en mieux, il y a la vue sur la Loire!" L'exposition plein est correspond parfaitement à ce qu'il recherche plus largement : des terroirs frais. Si le bas de la parcelle révèle plus de sables et d'alluvions, le grès affleure à différents endroits.

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Pour succéder à une culture très conventionnelle, la conversion en bio a été immédiate et confiée en partie à Éric Dubois (ex-Clos Cristal) qui assure l'entretien des vignes. Cette année, les vendanges se sont déroulées les 9 et 10 septembre. Pour le reste du domaine, à savoir près de six hectares, la vendange est vendue en raisins à d'autres vignerons de la région. Ceci restera valable pendant deux ou trois ans, jusqu'à l'équipement patient en matériel du nouveau domaine. A noter que le clos n'est séparé que par quelques dizaines de mètres d'une parcelle de vigne appartenant à Sylvie Augereau. Sur le bas du même coteau, une grande parcelle contient nombre de cépages, notamment du pineau d'Aunis, avec une exposition assez proche de celle du clos. On peut imaginer qu'une certaine restructuration est nécessaire, mais c'est surtout une bonne connaissance des différents lieux qui reste la priorité des toutes prochaines années. Antoine Pouponneau n'écarte pas l'idée de plantations nouvelles dans certains secteurs, en exploitant peut-être la présence de sable. Il va de soi que le clos devrait être le porte-étendard du domaine, avec tout son poids historique veillant sur le fleuve et ses pierres taillées qui jonchent son sol. Le domaine, quant à lui, devrait porter le nom de "Grange Saint Sauveur" et si l'on en croit les premiers jus dégustés du millésime 2016 en cours d'élevage en barriques, il pourrait bien faire partie des révélations des futures dégustations hivernales, aux Greniers Saint Jean notamment!... Qu'on se le tienne pour dit!...

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Après un passage dans le cuvier du Domaine Bois Mozé, du côté de Coutures, où quelques jolis jus 2018 se goûtaient fort bien, ainsi que d'autres en cours d'élevage, Antoine Pouponneau me propose de découvrir un lieu hors normes, sur la commune de Blaison-Gohier : le Château de Chéman. Une bâtisse dont la plus ancienne partie remonte au XIIIè siècle, au coeur de 25 hectares d'un seul tenant, dont 17 de vignes, le tout quelque peu protégé par la Loire, à environ 1,5 km au nord, les gels de ces dernières années n'ayant pas, ou peu, affecté le lieu. C'est Didier Roux, amateur de vins et de dégustations, qui s'en est porté acquéreur en 2016, avec l'espoir de faire enfin son propre vin, après pas moins de vingt-cinq ans de recherche. Il devrait cesser son activité professionnelle dans deux ou trois ans et se prépare un après pour le moins passionnant. Avant lui, nombre de propriétaires se sont succédés dans ce lieu magique, dont Jan et Gardie Liebreks, des Hollandais, entre 2007 et 2016 et, après la Seconde Guerre Mondiale, Madame Antoine, forte personnalité locale d'origine italienne, qui vinifia jusqu'à la fin des années 80. Dans l'intervalle, ainsi que depuis 2010, des fermages successifs destinèrent les raisins à la cave coopérative locale, ce qui fait de cette propriété une belle inconnue ou une belle endormie. Le nouveau propriétaire devra d'ailleurs patienter jusqu'à la récolte 2021, pour vinifier les raisins du domaine, contrat oblige. A noter qu'il est parfois possible de déguster quelques cuvées produites par Jan Liebreks, avec notamment des cabernets francs 2009 et 2010, donnant actuellement toute la mesure de ce terroir hors normes.

Parce que voilà, si l'on est stupéfait, en arrivant sur le site, de découvrir ce coteau, cette croupe plantée de vignes, avec une autre presque miroir de l'autre côté des bâtiments, c'est que nous sommes à un endroit très particulier : la frontière, la ligne de fracture entre les calcaires de l'Anjou blanc et les schistes de l'Anjou noir. Une faille parcourue par un petit ruisseau né dans le bois voisin, qui va se jeter dans le Petit Louet tout proche. De chaque côté, un plateau bien ventilé et environ huit hectares répartis sur ces deux types de sol. Les fermages récents ont tenté de restructurer les vignes, afin de les adapter à une mécanisation intégrale, si bien qu'une partie (60%) fut arrachée et replantée. Certains cabernets et le grolleau l'ont été lors de la dernière décennie, ainsi que le chenin (1 ha).

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Heureusement, six à sept hectares de vieilles vignes ont été conservés, notamment des cabernets francs et sauvignons de trente à cinquante ans. On compte 14,5 ha de cabernets francs répartis sur les deux terroirs, 0,7 ha de cabernet sauvignon sur les schistes, 0,5 ha de grolleau et donc 1 ha de chenin. Les derniers Anjou rouge produits sont issus des schistes, les Anjou-Villages sur calcaire. La volonté de Didier Roux est de convertir l'ensemble au bio et à la biodynamie, même s'il doit désormais s'armer de patience, jusqu'au terme des vendanges 2020, pratiquant chaque année quelques micro-vinifications, lui permettant de mesurer le potentiel de ces terroirs.

Tous les visiteurs le soulignent : nous sommes là dans un lieu hors du temps!... Assez curieusement, les vins du domaine, même récents, sont quasi inconnus des amateurs et même des vignerons de la région. Il faut dire que le château lui-même, cachant quelques remarquables caractéristiques architecturales, n'est guère visible, puisque se trouvant dans un vallon protégé par les deux monticules. Mais, patience! Avant longtemps, on pourrait découvrir là un "cru" hors du commun, où tout sera mis en oeuvre, n'en doutons pas, pour que l'on puisse, verres en main, évoquer la magie du lieu... Que disions-nous plus haut?... "Les beaux vins proviennent des beaux endroits!..."

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Une expérience à nulle autre pareille!... Troisième découverte du jour, que je dois cette fois à Thomas Carsin, du Domaine du Clos de l'Elu, situé à St Aubin de Luigné. En fait, ce dernier vient de se lancer dans une aventure hors du commun. Depuis quelques temps, un restaurateur angevin bien connu, Pascal Favre d'Anne, un Savoyard venu naguère s'installer sur les bords de la Maine, pour y ouvrir notamment Le Favre d'Anne, étoilé Michelin, pilier de la restauration locale, le contacta pour évoquer son projet. Après une pause de près d'une année, passée à voyager à la découverte d'autres cuisines (Asie, Afrique du Sud...), le maître queux angevin revient avec un nouveau projet, l'ouverture d'un nouvel établissement, qui ne tarde pas, d'ailleurs, à retrouver son étoile. Mais, le chef ne manque pas d'idées!...

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Fin 2015, celui-ci achète une île sur la Loire!... Drôle d'idée, n'est-ce pas?... Elle fait pas moins de cinq hectares. Il s'agit de l'Île du Hardas, située sur la commune de La Daguenière. Notez qu'il existe pas moins de trente trois îles, rien que pour le département du Maine et Loire. Quelques vestiges photographiques montrent qu'elle fût jadis cultivée, notamment pas des maraîchers. Du coup, Pascal Favre d'Anne se dit qu'il pourrait bien en faire son potager!... Il faut dire qu'un sol de sables et de limons comme on en trouve là, ça peut aider!...

On a beau regarder vers l'est et vers l'ouest, pas la moindre goutte d'eau dans le bras de la Loire qu'il faut franchir pour gagner l'île. En fait, c'est une plage qu'on traverse à pieds secs!... Moi qui imaginait une séquence émotion dans une barque à fond plat et un épisode sportif à base de quelques coups de rames... On débarque dans un univers très... vert. Pas certain que le fleuve soit monté si haut depuis quelques années.

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Le projet intègre quelques arbres fruitiers plantés dès les premières années, mais aussi des ruches posées là par un apiculteur de la région. Un maraîcher devrait s'installer prochainement. Donc, depuis juillet dernier, Thomas Carsin y a aussi planté mille pieds de pineau d'Aunis et de grolleau. Certes, la terre y est très fertile et elle n'a pas tous les canons d'une terre à vigne, mais dans trois ans peut-être, on pourrait y produire une jolie petite cuvée. La vigne devrait y être conduite en échalas et si tout se passe bien pendant cette première année, la plantation pourrait être étendue. Le vigneron n'a pas fait le choix du franc de pied, même si cela aurait pu être intéressant, vu la texture du sol et d'autant plus en cas de crue, un peu comme dans les palus du Médoc, jadis. Il serait a priori étonnant que le phylloxera s'implante dans un tel espace. A suivre!...

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Dernière séquence de la journée, avec un passage chez l'ami Richard Leroy, du côté de Rablay sur Layon, partie intégrante de la commune nouvelle de Bellevigne en Layon... Mais, ne vous étendez pas sur le sujet, parce que c'est plutôt celui qui fâche le vigneron!... Par contre, vous êtes à la bonne place pour évoquer le millésime 2018 qui, pour beaucoup, gardera longtemps son mystère. Alors même que tout semblait perdu au 20 août, le mildiou sur grappe ayant fait son oeuvre très tôt dans la saison et que les raisins survivants restaient de petit diamètre, pas à même de produire beaucoup de jus, un phénomène rarissime fit que les grains grossirent subitement, dans l'espace d'une semaine. Aux environs du 10 septembre, le temps était venu de vendanger pour le Domaine Leroy et finalement, les rendements ont alors atteint 26 ou 27 hl/ha, ce qui est plutôt une bonne année pour le domaine.

43551189_10217311389874732_1544275892371456000_nTout en appréciant quelques échantillons sur fûts (très belle fraîcheur pour les Noëls, malgré des degrés naturels très... actuels!), nous évoquons les rendements tout à fait étonnants que certains (pas tout le monde cependant...) ont pu constater dans leurs vignes cette année. Il y a comme qui dirait pléthore dans certains endroits!... On a presque du mal à croire les chiffres annoncés!... Mais, on peut donc considérer que certains stocks seront donc à la hausse. Chez Richard Leroy, Les Rouliers 2018 se goûtent également fort bien. Quant aux 2017, actuellement en masse, ils se mettent en place, avec notamment, une très belle expression sur les agrumes confits pour les Noëls de Montbenault, à ce stade. Quelques visiteurs se présentant en cette fin d'après-midi, nous passons en revue les 2016, puis les 2015, sans oublier "le vin qui n'existe pas"!... Mais, ceci est une autre histoire! Pour en savoir plus, il vous faudra faire étape au 52, Grande Rue!...

Une journée chargée donc, très largement tournée vers l'avenir. Des vins en cours d'élevage, d'autres qui n'existent pas encore et même de jeunes pousses, à peine plantées!... Comme vous pourrez le constater, l'Anjou n'a donc pas fini de nous surprendre!...

01 octobre 2018

Yannis Economou : "I am Sitia!..."

Septembre 2018. Mon séjour en Crète touche à sa fin. Après de vaines tentatives pour rejoindre les îles de la Mer Égée, Samos, Ikaria et Patmos, du fait des conditions de vent et de mer, ne nous permettant pas de dépasser Kos et Astypaléa, je dispose d'un peu de temps pour (re)découvrir la région de Sitia, à l'est de l'île. Une région déjà aperçue en octobre 2016, à l'occasion d'une première visite, même s'il s'agissait alors de contempler la côte nord, sur la Mer de Crète. Mais, la zone d'appellation de Sitia s'étend des contreforts du Mont Ornos jusqu'à la côte sud donnant sur la Mer Lybienne. Si la carte "Wines of Crete", dont je disposais il y a deux ans, citait pas moins d'une trentaine de domaines viticoles d'ouest en est de l'île, il en manquait un des plus importants. Il faut pourtant dire que les spécialistes des vins grecs et crétois situent ce vigneron au sommet de la hiérarchie. Mais voilà, Yannis Economou se targue de n'être membre d'aucune organisation, ni promotionnelle, ni faiseuse de rois. Homme à la fois sensible et déterminé, ses convictions et la qualité de son travail lui permettent de produire quelques nectars que je me devais de découvrir, au coeur même de son petit village, sur le plateau de Ziros.

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~ Domaine Economou ~

En Crète, la circulation automobile est relativement simple et confortable, malgré les routes sinueuses, pour la plupart en très bon état. Elle a juste tendance à se compliquer lorsque les panneaux indiquant la direction à suivre ne sont pas traduits et que le nom des agglomérations n'est alors indiqué que dans l'alphabet grec!... Avec un peu d'habitude et une certaine science du décryptage, on arrive sans trop de difficultés à savoir quelle direction prendre, mais il est parfois nécessaire de faire deux ou trois passages au même endroit, avant d'être certain de choisir la bonne route. Ainsi, sur celle menant de Piskokéfalo au nord à Ierapetra sur la côte sud, à hauteur de Vori, il fallait prendre cette petite route qui monte en lacets, en direction d'Armeni et Ziros notamment. Non loin de là, le petit garagiste de Lithines, dans la chaleur estivale de cet endroit minéral et sec, me l'avait bien dit, mais en grec... A ce moment de l'escapade, en fait, je ne suis pas certain de pouvoir rencontrer le vigneron de Ziros, car je n'ai pu parler la veille au téléphone qu'avec son épouse. Mais, tout finit par s'arranger à mon arrivée au coeur du petit village. Le temps d'apprécier quelques petites côtes de mouton grillées, accompagnées de frites, dans le seul restaurant local et Yannis Economou me convie à une visite du domaine situé dans la vieille maison de ses grands-parents datant du XVIè siècle, non loin de l'église (et ses fresques remarquables), lorsque les Vénitiens occupaient cette terre, alors même qu'il en a terminé avec les vendanges 2018 la veille, 18 septembre.

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Yannis Economou est revenu dans son village en 1994, après une solide formation acquise essentiellement en Italie, du côté d'Alba, puis quelques séjours en Allemagne et en France, à Château Margaux notamment. Il s'attache alors à reconstituer le vignoble familial délaissé depuis la fin d'activité de son grand-père. Après plus de dix années passées en Europe continentale, il s'installe à Sitia, mais revient humer le plus souvent possible l'air du plateau de Ziros, ce petit village (740 habitants) de moyenne montagne (590 m d'altitude) où la neige n'est pas rare en hiver. Ici, l'activité économique est en recul, comme dans nombre de régions de ce type un peu partout, sous toutes les latitudes, mais cela a notamment pour effet de préserver une nature saine et authentique. Lorsque l'on marche dans les vignes, il n'est pas rare de pouvoir identifier les nombreuses senteurs de toutes les herbes aromatiques qui poussent entre les pierres, glissant sous les chaussures. Une tranquillité qui permet aussi au vigneron de Ziros de tenter de reconstituer, petit à petit, ce que fut le patrimoine familial, en faisant l'acquisition et en restaurant les vieilles maisons du village ayant appartenu aux membres de sa famille, avant que les évènements d'une période troublée du passé ne les chassent de la région, les poussant alors à l'exode. Les racines de Yannis sont bien ici, pas uniquement celles de ses vignes!...

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Le domaine s'étend au total sur quatorze hectares environ et sur trente huit parcelles réparties du nord au sud de l'appellation Sitia, à Ziros tout d'abord, mais aussi à Armeni, Papayannadès, Katsidoni, Axladia et Piskokéfalo pour l'essentiel, le tout à des altitudes se situant entre 300 et 750 mètres (source : Le Rouge et le Blanc n°127). Les vignes sont franches de pied et les gobelets sont souvent cinquantenaires, au moins. Ici, selon le vigneron, le phylloxéra n'est pas en mesure de faire son oeuvre destructrice. Les précipitations sont rares et même nulles d'avril à octobre, si bien que les racines de la vigne sont obligées de plonger dans ce sol sec pour trouver trace d'humidité, au point que le puceron ne trouve pas la moindre radicelle en surface pour s'implanter et survivre. Dans ces conditions, on imagine tout l'intérêt que le vigneron peut avoir à rechercher une expression minérale, plus que foncièrement aromatique, d'autant que les sols offrent une variété passionnante. Ici, c'est la plaque africaine qui fait pression sur la plaque européenne et, dans un espace réduit, les roches métamorphiques côtoient les roches sédimentaires, au point qu'altération de grès, calcaire et conglomérats divers composent parfois le sol d'une même parcelle.

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Avec Yannis Economou, la dégustation prend un tour quelque peu singulier. Le vigneron, après vous avoir montré les installations, où il convient de s'incliner en passant les portes et où les cuves de vinification et d'élevage, ainsi que les barriques (non neuves) ne disposent que d'espaces restreints, s'absente quelques instants à intervalles réguliers, puis vous propose quelques échantillons parmi les nectars non encore en bouteilles. Certains d'entre eux, notamment les rouges, sont souvent inscrits dans un long processus que Yannis ne stoppera qu'au moment où il ressentira toute la restitution du terroir, ainsi que la pureté de l'expression. En s'installant sous la tonnelle laissant largement passer le soleil, la vigne qui la compose n'étant guère compacte, le premier verre proposé contient du raki, la grappa maison!... Tradition locale!... Destinée notamment à recaler les papilles, mais qui ne casse pas le palais!... Ensuite, on passe aisément aux blancs secs : le Sitia blanc (vilana et thrapsathiri), droit et intense, puis l'assyrtiko (IGP Crète), long, complexe, aux notes épicées. Puis, vient ensuite son premier "vin de table" de la série, dont l'ampleur le dispute à la pureté...

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Certaines années, un rosé 100% liatiko apparaît. Celui-ci est coloré, charnu, floral mais sapide et minéral. Il ouvre parfaitement la série des rouges. Certains sont également 100% liatiko, d'autres sont du même cépage, mais associé avec une minorité de voudomato (10 à 20%) pour être proposé en AOC Sitia. Le premier rouge dégusté est d'une belle pureté d'expression et d'une rare complexité. On passe d'une étonnante touche florale à de délicats arômes de petits fruits rouges. Une matière tendue, fraîche, sapide, mais particulièrement buvable. On y trouve alors une filiation indiscutable avec certains nebbiolos du Piémont, lorsque Barbaresco ou Barolo sont élevés avec toute la patience voulue. Les vins ont tous une sorte d'énergie! La puisent-ils dans ce décor, les cailloux de cette terre, la blancheur de ces maisons?... Une impression que l'on retrouve dans le Sitia rouge moelleux, exclusivement issu de liatiko, avec ses arômes très subtils, se superposant de façon gourmande et charnelle, évoquant certains Portos Vintage. Et pour finir, découverte de ce qui pourrait être la tendance future du domaine : les "crus", issus de parcelles distinctes, pour aller au plus profond de cette terre de Sitia.

Lorsqu'on évoque avec Yannis Economou la viticulture de cette appellation Sitia et l'éventuelle présence d'autres domaines viticioles, il répond avec humour : "I am Sitia!" Ce qui est largement vrai, puisque s'il y avait naguère quelques vignerons livrant leurs raisins à la cave coopérative régionale, cette dernière a disparu depuis quelques années, la vigne étant largement remplacée désormais par les oliviers et la production d'huile d'olive plus rémunératrice. Il ne reste plus que la production dans un style "moderne" de la "Toplou Winery", associée au Monastère de Toplou, très visité sur la côte nord. Un style tendant à se généraliser en Crète, sauf à quelques exceptions près (Stilianou?), mais le vigneron de Ziros et de Sitia démontre, de façon magistrale, que l'authenticité et la sincérité peuvent conduire à une production hors normes et résolument référente. Cependant, on imagine aisément la difficulté que cela représente pour une personne découvrant ces vins naturels!... Le plaisir est tel qu'ils mettent la barre très haute, pour ce qui est de la perception sensorielle de ces nectars!... Au moment de quitter Ziros et l'une des parcelles de Yannis Economou, je croise un jeune couple de Bordelais, venant en droite ligne de la région de l'Entre-Deux Mers!... Si la curiosité de la nouvelle génération française la pousse à s'inspirer peut-être de tels vins, on peut croire en un certain avenir!...

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31 août 2018

"Le 31 du mois d'août"... et même le 5 de septembre!...

"Le 31 du mois d'août
Nous vîmes venir sous l'vent à nous
Une frégate d'Angleterre
Qui fendait la mer et les flots
Pour aller attaquer Bordeaux"

Cette chanson, bien connue des marins, commémore le combat du 31 août 1800 au cours duquel le corsaire Surcouf, qui commandait "La Confiance", captura le navire anglais "Kent", comptant à son bord quatre cents hommes d'équipage et armé de trente huit canons.

"Buvons un coup, buvons en deux,
A la santé des amoureux,
A la santé du roi de France
Et merde pour le roi d'Angleterre
Qui nous a déclaré la guerre!"

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Notre frêle esquif nommé Walsrode n'aura pas de telles arguments belliqueux, mais il doit nous permettre de mener à bien cette campagne qui s'annonce passionnante. Actuellement amarré dans la marina d'Agios Nikolaos, sur la côte nord-est de la Crête, il sera prêt à appareiller dès le premier week-end de septembre. Jacques, le skipper, alias Captain Ouzo selon la légende, sera à bord dès le 31 du mois d'août (hardi les gars!) et je le rejoindrai le 5 de septembre. Faire les pleins, avitaillement adapté et route pêche dès le 7 ou le 8, selon la météo du moment, bien sûr!...

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Il nous faudra donc mettre cap au nord, peut-être lutter contre le meltem, voire tirer des bords carrés... et pourquoi pas mettre le moteur en marche, afin de gagner notre première escale!... Voici ce que l'on pouvait lire ici-même en 2017, à propos d'une autre escapade programmée mais non aboutie, suite à divers contretemps et malentendus. Il n'y a guère de raisons d'en modifier le moindre mot, ou presque :

L'entrée en matière devrait être consacrée à Samos, grâce à Jason Ligas, qui est ici un peu chez lui. C'est l'île la plus proche de la Turquie. Ici, se côtoient l'hyper-tourisme et un arrière-pays souvent viticole. L'ouzo de Samos est bien connu, mais surtout le muscat, une production incontournable qu'on ne peut écarter d'un virement de bord inopportun. Il faut dire que Dionysos en personne, enseigna, semble-t-il, les secrets de la viticulture aux Samiotes. La déesse Héra, soeur et femme de Zeus, y aurait vu le jour. C'est aussi la terre natale d'Esope, bien connu pour ses fables et de Pythagore, célèbre pour son fameux théorème et ses tables de multiplication, mais aussi du philosophe Épicure, que l'on ne saurait blâmer!... Et là, certainement des richesses viti-vinicoles à découvrir.

DSCN0569_0Autre moment très attendu, avec le passage sur Icaria, située à dix mille nautiques de Samos, comme elle faisant partie des Iles du Nord de la Mer Égée. La légende précise que son nom viendrait du fait qu'Icare serait tombé dans ses eaux, pour s'être trop approché du soleil. Mais, c'est une île attractive à plus d'un titre. D'abord pour la réputation de ses vins, avant que le phylloxera ne survienne, dans les années soixante, mais aussi pour la richesse de sa flore et de sa faune (nombreuses espèces endémiques), l'humanisme de ses habitants, notamment pendant la guerre civile (1945-1949) et bien sur, la longévité des Icariotes, puisque cette île fait partie des cinq "zones bleues", ces endroits du monde où l'on compte une proportion bien plus forte de centenaires qu'ailleurs, avec la Sardaigne, une région du Costa Rica, Okinawa, au Japon et Loma Linda, en Californie. Côté vins, la journée passée sur cette île devrait nous permettre de découvrir le Domaine Afianes, un rendez-vous à ne pas manquer!...

Enfin, faisant fi, si possible, d'un timing serré et de la nécessité de composer avec la météo marine locale, un petit détour par Patmos est également programmé. Cette île fait partie de l'archipel du Dodécanèse. Elle est connue notamment pour son festival international du film et pour être aussi un lieu de villégiature de quelques stars du grand écran. Mais, c'est surtout là que se situe le monastère de St Jean le Théologien puisque, dit-on, c'est dans une grotte de cette île que l'Evangéliste y rédigea L'Apocalypse. Allez savoir!... Il nous sera donc possible d'y découvrir Patoinos, ou le Domaine de l'Apocalypse justement, une démarche globale mise sur pieds par des Gréco-Suisses, qui semble en tous points passionnante. Là encore, un rendez-vous très attendu avec le vigneron-oenologue du domaine, Dorian Amar.

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A l'instar d'Ulysse lui-même, il faut un jour prendre la route du retour. Il sera temps de mettre cap au sud et avant même de croiser au large de Santorin, prévoir peut-être une ou deux escales encore, à Astypalea et à Levitha, où dit-on, on peut apprécier le fromage du seul berger de l'île... Mais, peut-être est-ce une légende?...

Dans son dernier opus, Un été avec Homère, Sylvain Tesson écrit : "Il faut séjourner sur un caillou pour comprendre l'inspiration d'un artiste aveugle, vieux nourrisson allaité de lumière, d'écume, de vent. Le génie des lieux nourrit les hommes. Je crois à la perfusion de la géographie dans nos âmes." Tous ceux qui ont navigué ainsi entre les îles se souviennent sans doute qu'ils se sont laissés porter par leur imaginaire, à la vue de ces rochers tous différents, ces cailloux comme posés sur l'eau. On surveille la carte marine en veillant aux indications du sondeur, à ce que nous soufflent l'anémomètre et sa girouette en tête de mât, mais parfois l'attirence est trop forte. "Les instructions nautiques parlent d'un mouillage idéal..." Quelques minutes plus tard, on jette l'ancre à quelques encablures de la côte. Plus tard, au moyen de l'annexe du bord, on rejoint la petite plage dorée, puis le sentier bordé de buissons secoués par le vent et on gagne à pied la petite auberge quasi antique, qui propose cette cuisine locale inimitable.

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Au comble de ma rêverie, pour un peu, j'allais oublié ce message de Yannis Economou, qui me convie à une visite du domaine, du côté de Sitia, avant la fin de ce séjour aux couleurs incomparables. Une grande attente, en vue de la découverte de cette winery où naissent parmi les plus grands nectars, toute Grèce confondue!... Comment ne pas être comblé?...

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Retour au port, avant de reprendre un vol pour Nantes. Et peut-être quelques cartes postales, comme celle ci-dessus que j'adore. Cette fratrie qui nous vient de Mykonos. "Cette pièce?... Mais, elle est en ooorrr!..." Ça vous rappelle forcément quelque chose!... Des souvenirs de voyage, ils se bousculeront assurément, lorsque mon regard se portera sur les eaux éclatantes de la Méditerranée glissant sous les ailes de l'Airbus du retour. Mais, pas besoin de coups d'oeil dans le rétro pour se tisser une mémoire bleue, il suffit d'écouter le sable crisser sous nos pas... Alors, rendez-vous ici même dans quelques semaines, si vous voulez en savoir plus!... See you soon!

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12 août 2018

Languedoc : balade sur les Terrasses du Larzac

Depuis quelques années, les Terrasses du Larzac sont devenues une composante remarquable du vignoble languedocien. Depuis 2014, c'est désormais une appellation à part entière, connue pour sa situation géographique particulière et des amplitudes thermiques fort profitables à la production de jolis vins. Pas moins de trente deux communes du centre nord de d'Hérault sont concernées et, le moins que l'on puisse dire, c'est que le coeur de l'AOC (les environs de Montpeyroux, Saint Jean de Fos et Aniane) compte à lui seul une foule de talents, des vignerons "historiques" de la région aux néo-vignerons passionnés, capables de proposer quelques nectars sur à peine quelques arpents de terre.

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Source : www.terrasses-du-larzac.com

~ Mas des Fous, Laurent Parentini ~

Voici une découverte que je dois à Facebook!... Après un échange de messages, rendez-vous est pris lors d'un prochain passage. Ça tombe bien, un séjour à Brissac, près des gorges de l'Hérault, en ces derniers jours de juin particulièrement ensoleillés et chauds, va concrétiser cette éventuelle rencontre.

Laurent Parentini et sa compagne angevine Anne habitent Viols le Fort, un petit village au passé médiéval, entre Saint Martin de Londres, Argelliers et Puechabon, qui fait partie de la Communauté de Communes du Grand Pic Saint Loup, ce qui n'a pas empêché le vigneron de se tourner vers l'ouest et notamment Saint Jean de Fos pour trouver quelques vignes. Vigneron, il l'est à ce jour plus par passion, puisqu'il est aussi, à ses heures, professeur d'histoire et géographie dans un collège proche. Le Mas des Fous a été créé en 2012, sur la base des trois hectares actuels, achetés à un vigneron désireux de faire valoir ses droits à la retraite, mais qui ne voulait pas arracher ses vignes. Un joli sol de galets roulés pour le cabernet et le carignan, plus un substrat argilo-calcaire pour le grenache, le tout situé à Saint Jean de Fos, au coeur de l'IGP Saint Guilhem le Désert.

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Source : Le Mas des Fous

Il faut aussi noter que Laurent Parentini dispose également d'un hectare de blanc (grenache blanc et marsanne), dont les raisins rejoignent la cave coopérative locale, faute de matériel adapté et d'espace suffisant. Il faut dire que les locaux sont des plus exigus : le cuvier se situe dans un ancien fournil et le chai à barriques occupe une sorte de remise creusée dans le roc (le top pour ce qui est de la température et l'hygrométrie!), le tout appartenant à une bâtisse datant du XVIIè siècle. Les vignes sont en conversion bio depuis cette année, mais aucun engrais chimique ni herbicide n'est utilisé depuis longtemps.

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L'idée de la construction d'un local plus adapté fait partie des réflexions en cours, puisque si le nombre de bouteilles produites s'étale entre 1000 et 3400 jusqu'à ce jour, Laurent confesse qu'il doit récupérer une nouvelle parcelle, à proximité du village de Viols le Fort, sur des éboulis à 250 mètres d'altitude. Des vignes abandonnées depuis une dizaine d'années, qui pourraient bien ainsi échapper à la pression immobilière et ne pas se transformer en lotissement!... Ce qui serait une manière de revanche pour celui qui est bien issu d'une famille de viticulteurs, qui fit tout, en son temps, pour que ses enfants échappent à la terre et qui se demande encore si le représentant de la dernière génération n'est pas un peu... fou!... D'où le nom du domaine, chacun l'aura compris!...

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Au programme du jour, la dégustation de trois jolies cuvées se déroulant dans la bonne humeur!... Tout d'abord, Papach-Ros 2016, le rouge gorge en occitan. 60% de grenache et 40% de carignan, issus d'une vendange manuelle, foulée et égrappée. Macération traditionnelle séparée entre vingt et quarante jours, avec pigeage et remontage. Élevage en cuves pendant six mois, puis en bouteilles pour une durée de quatre mois environ. Une fraîcheur et un croquant épatants, des arômes de petites baies bien mûres, une délicate sucrosité, le tout contribuant à une belle longueur évoluant vers les épices douces.

Des caractéristiques proches pour Le Carignan ! 2016. Un pur carignan donc, issu de vignes plantées dans les années 80. Toujours la même fraîcheur, que l'acidité naturelle du cépage renforce peut-être, sans compter cette expression dominante sur la cerise noire. Les tannins souples et fins confirment une bonne impression d'homogénéité et de générosité. Enfin, Petits Grains 2015, que l'on peut qualifier de plus ambitieux, du fait de son élevage en barriques de deux ou trois vins durant pas moins de dix-huit mois, mais qui restitue aussi une belle fraîcheur. Du cabernet sauvignon très mûr à 80%, avec 10% de carignan et 10% de grenache. Une certaine complexité qui se révèle, soulignée par une longue finale poivrée et épicée des plus agréables. Au final, un Petits Grains 2013, 80% cabernet sauvignon et 20% de grenache, qui montre de belles qualités également, tout en démontrant au passage à quel point ces vins du Languedoc ont cette capacité à défier le temps, mais aussi à se laisser apprécier dès leur prime jeunesse. Voilà donc des vins qui peuvent se glisser dans de belles sélections régionales, mais aussi dans la cave des amateurs friands de quelques nectars surprenants, malgré une notoriété en devenir, qui ne manquera d'être encouragée par des cavistes astucieux, voire visionnaires. Suivez mon regard!...

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~ La Jasse Castel, Pascale Rivière ~

Une suggestion de Laurent Parentini, qui effectua naguère quelques stages au domaine. Celui-ci appartient à Pascale Rivière, qui le créa il y a vingt ans à Montpeyroux. Ex-professeur en matière de commerce international, journaliste à ses heures, elle se lança dans cette aventure en 1997, avec 2,5 ha. Depuis, le domaine a atteint une douzaine d'hectares et un nouveau bâtiment fonctionnel a été construit voilà peu sur la route de Gignac, à Saint Jean de Fos.

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Pascale Rivière, un petit bout de femme qui puise son énergie dans ses vignes. Forte d'un apprentissage et d'une expérience accumulée au fil des années (elle a notamment travaillé auprès de Sylvain Fadat), elle a gardé une âme d'aventurière, mais donne volontiers la priorité au partage de tout ce qu'elle a pu apprendre, avec en premier lieu, un libre arbitre efficient. On devine très vite qu'elle ne s'en laisse pas compter, surtout par les sornettes en tout genre ou les effets de mode. Ce qui ne l'empêche pas d'être tentée par certaines nouveautés, comme le travail avec la terre cuite et donc des élevages en jarres, malgré quelques doutes ultimes, qui sont peut-être inscrits dans ses gênes. Il faut dire que pour ce qui est de la poterie, Saint Jean de Fos peut être considéré comme un centre important, puisqu'il y existe une association de potiers et de nombreuses boutiques mais, curieusement, personne ne s'est lancé dans la fabrication d'amphores et autres contenants, pourtant largement utilisés chez les vignerons du cru, mais venant d'Italie ou d'Espagne, voire d'autres contrées lointaines.

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La Jasse Castel (bergerie en occitan et Castel, nom d'un ancien propriétaire de la dite bergerie), domaine en culture biologique depuis 2008 (Ecocert) est morcelé en diverses parcelles, profitant ainsi de la grande variété des sols du secteur de Montpeyroux : galets roulés près de l'Hérault, argiles, sables, cailloutis sur les hauteurs du Causse, avec des sous-sols plus ou moins calcaires et parfois des marnes. Le Causse, avec ses 350 mètres d'altitude fait la fierté de la vigneronne. "Ces vignes sont les plus hautes de l'appellation! Plus hautes que les Cocalières de Sylvain Fadat!..." précise-t-elle avec humour. En 2009, elle y a planté six cépages blancs : grenache blanc, carignan blanc, roussanne, chardonnay, mais aussi chenin et petit manseng!... Depuis, est apparue une cuvée, El Abanico, qui se révèle être un véritable défi. L'ensemble est vendangé le même jour, ce qui a pour conséquence de réunir le plus souvent deux cépages en sous-maturité, deux autres à pleine maturité et les deux derniers en surmaturité. Ou la recherche de l'équilibre improbable, défi à la cuisine de qualité!... Le millésime 2016 (cette année là, tout fut vendangé avant le 13 septembre, veille de pluies diluviennes annoncées) se révèle intéressant, mais la vinification en barriques d'un vin de chez François Frères lui confère un style et une expression légèrement toastée. Mais que voulez-vous, la vigneronne aime ça!...

36374533_10216523203970577_8579973751091757056_nUn second blanc, L'Egrisée 2017 (la poudre de diamant utilisée par les joailliers) est un blanc de cuve, avec une base de grenache blanc, plus un peu de carignan blanc et de la roussanne. Une jolie fraîcheur, qui peut convenir à tout un menu, de l'apéritif au fromage.

Du côté des rouges, on dénombre pas moins de cinq cuvées, qui composent une gamme très homogène. En premier lieu, Tutti Frutti 2017, le rouge léger gourmand à souhait, qui vient de remplacer le traditionnel rosé du domaine, avec une base de cinsault et de grenache. Ensuite, La Pimpanella 2017, la pivoine en occitan ou la femme dégourdie du côté de Toulouse!... Grenache, syrah et cinsault pour une cuvée identitaire très Languedoc.

La Jasse 2016, en AOP Terrasses du Larzac, est proposée sur une base de syrah issue d'un sol argileux, sur un sous-sol très calcaire, élevée en barriques de deux vins. Un grenache de cuve et un peu de vieux carignan viennent apporter de la complexité à ce vin sans fard, plutôt dans l'air du temps languedocien. Bleu Velours 2015 est un assemblage issu de toutes les vignes de Montpeyroux. Syrah, grenache, carignan et cinsault sont vinifiés ensemble et élevés dans des barriques de trois à cinq vins. Du volume et une volupté recherchée, d'où le choix de son nom, même si le vin n'est pas dénué d'élégance et d'une certaine fraîcheur. Enfin, Les Combarioles 2015, en Terrasses du Larzac également, dans un esprit très grenache mûr, avec 25% de syrah passée en barriques. Le grenache reste en cuve et le tout est élevé pendant quinze mois environ. Une belle restitution d'un terroir de graviers très filtrants, sur un support calcaire. La plantation de ce grenache s'étant faite en deux phases : 71 ares en 2002 et 60 ares en 2007.

Une gamme qui s'est donc construite sérieusement, avec le temps, mais on n'imagine pas Pascale Rivière se lancer dans de quelconques élucubrations viniques. Parce qu'elle sait sans doute que les amateurs la connaissent pour une forme de sérieux et qu'elle accepterait sans doute difficilement que cette production féminine soit taxée d'approximations. Son métier, elle a certes envie d'en partager les mystères et les bons côtés, mais elle semble exprimer le fait que cela reste une sorte de combat au quotidien, ou la solidarité est souvent virtuelle. Cette solidarité, plus féminine à ses yeux, qu'elle retrouve sans doute dans l'association Vinifilles, "un bataillon au féminin engagé dans la viticulture en Occitanie", dont elle est une des animatrices et fédérée depuis 2009. A l'heure où l'engagement pour telle ou telle cause est vite dénigré, voire moqué, on peut être rassuré de croiser le chemin de telles personnes.

04 août 2018

Languedoc : balade en terre de Sommières

En fait, nous voici aux confins du Languedoc et de la Provence. Il suffit de franchir le cours du Vidourle pour passer, historiquement d'une province à l'autre. Le vigneron que nous rencontrons ce jour, Robert Creus, habite justement du côté de Salon de Provence, aux portes de la Crau, mais ses vignes sont dans les alentours de Sommières. Il a de longue date une démarche singulière, lui qui fut d'abord un amateur passionné de dégustation, mais qui en compagnie de son père, se lança un jour de 1996 dans la production de vins à son image, histoire de mettre en application ce qu'il préconisait parfois, verre en main. En clair, des vins naturels issus de vieilles vignes guère exploitables pour le commun des vignerons du coin.

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~ Terre Inconnue, Robert Creus ~

Il faudrait presque parler de terres inconnues et éparses, puisqu'il s'agit en fait d'une dizaine de petites parcelles pour environ quatre hectares, éparpillées sur trois ou quatre communes de ce terroir de Sommières si particulier, avec sa dominante calcaire apte à restituer une expression si originale, pour peu qu'on le laisse s'exprimer. C'était le but premier de Robert, lorsqu'il procéda à cette sélection parcellaire : vivent les vignes libres!... Plus d'engrais depuis 1996, pas le moindre traitement depuis 2015 (ni bio, ni biodynamie). Objectif : l'auto-protection de la vigne à terme, à l'image de ce qui se passait jadis dans la nature, lorsque la plante poussait dans la forêt. Pour exemple, cette syrah sursaturée d'engrais lors de son achat, capable de produire trente à quarante grappes par pied qui, après quatre ou cinq ans et autant de vendanges en vert, ne propose désormais que quatre ou cinq grappes, avec tout ce que cela suppose de qualités.

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Non loin de Restinclières, une première parcelle au bord d'une route passagère. Deux mille pieds pour 20 ares de serine venant de St Joseph (Alain Paret), l'ancienne syrah qui existait avant le phylloxera. Un espace lumineux, ouvert sur un paysage de collines, avec une orientation nord. Comme pour les autres parcelles, la météo du début juin a dopé la pousse de l'herbe et le prochain passage du vigneron se fera à la débroussailleuse.

A Saint Geniès des Mourgues, à quelques encablures, tout d'abord un carignan cinquantenaire sur une trentaine d'ares, dans un écosystème protégé. La conduite en gobelet est de loin la préférée du vigneron. Bien sur, l'éparpillement de ces petites parcelles a un avantage certain en cas de grêle, celle-ci frappant le plus souvent de façon très localisée.

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Sur la même commune, mais à distance, d'autres secteurs dont vingt ares de tempranillo dans une végétation herbeuse touffue, qui interpelle Robert quant à l'urgence de son intervention. Mais, une autre chose ne manque pas de l'étonner cette année : malgré tous les échos de mildiou, cette vigne n'est absolument pas touchée par les maladies, alors que ces dernières années, elle était la première à souffrir de diverses attaques. Va comprendre, Charles!... Non loin de là, vingt ares encore d'un carignan plutôt en bas de pente.

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Enfin, à quelques kilomètres à peine, deux très belles parcelles, dont une sur un joli coteau (voir en haut) et vingt ares encore d'un très vieux carignan planté pendant la Seconde Guerre Mondiale, tout entier destiné à la cuvée Léonie, "gérée comme à l'époque, sans la moindre chimie"!... En moyenne, cette vigne ne permet de produire qu'entre 300 et 600 bouteilles chaque année. Un nectar des plus rares!...

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Chacun l'aura deviné, la dégustation des vins de Robert Creus nous transporte aisément en... Terre Inconnue!... Curieusement, le vigneron compose une gamme pour laquelle on ne peut pas donner de hiérarchie, avec l'impression étonnante que l'ordre de passage n'a pas vraiment d'importance, si ce n'est pour les deux oxydatifs que l'on destine au final. C'est peut-être bien là donner un sens au vin que l'on propose, surtout lorsqu'il exprime toutes les qualités de son terroir, en toute liberté.

La cloche de l'église du village sonne au moment où nous prenons possession de nos verres (un signe?), on commence avec Guilhem 2015, 40% grenache, 40% merlot, 10% carignan et 10% tempranillo, assemblage pour le moins original. Il s'agit en fait de la réunion de certaines parcelles qualitatives. Des baies noires au nez, des notes d'épices douces et une fraîcheur notoire en bouche, malgré une mise récente, à la mi-juin. Un vin plein, gourmand et délicat. Une entrée de gamme peu commune, succédant à la cuvée Les Bruyères (90% carignan élevé en cuve), qui n'est plus proposée, du fait notamment des difficultés de production, dans un contrebas inondable. Pour le fun, nous continuons avec Rosemary 2015, 80% merlot et 20% grenache, la cuvée proposée par l'un des complices de Robert Creus, en la personne de Mark Ratcliffe, sujet britannique présent à St Cômes et Maruéjols pendant l'été. On imagine aisément les joyeuses soirées dans la campagne gardoise avec un tel nectar!...

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Nous passons ensuite à Léonie 2012, 100% carignan, "un cépage tardif et acide" rappelle le vigneron, issu d'un sol argilo-calcaire qui, depuis qu'aucun engrais n'est utilisé, souligne cette acidité garante de fraîcheur. A suivre, deux exemples qui évoquent la typicité même du domaine et son originalité : Los Abuelos 2011 (les grands parents), avec son étonnant nez d'agrumes (pomelos) et une attaque d'une fraîcheur remarquable. En fait, ce vin possède une acidité de blanc issu d'un terroir calcaire. Il est en place à ce stade, malgré un évident potentiel de garde. Los Abuelos 2015, 100% grenache comme le précédent, révèle un nez de pamplemousse épatant. 14 à 15° nature et une fraîcheur septentrionale!... On rêve d'une belle cuisine de qualité pour se confronter à de telles bouteilles, y compris auprès de poissons et crustacés, peut-être à l'espagnole, s'appuyant sur toute la complexité aromatique du vin (notes de fraise, de chocolat...).

De nouveau, la cloche sonne. C'est l'angélus! Avec Sylvie 2008, voici une cuvée composée de syrah et de serine. Solide, délicatement tannique et des notes de vanille, en provenance du terroir, avec la tendance très fraîche du millésime. Là encore, un élevage prolongé, dans des barriques remontant parfois à 1996. Ensuite, nous passons à Los Abuelos 2005 oxydatif, resté sous voile pendant cinq ans. Un joli équilibre très évocateur, suggérant le cigare et les sauces au chocolat, magnifié par le terroir calcaire. "C'est une richesse ce calcaire! En France, nous possédons 70% des sols calcaires du monde entier!..." Pour finir, Los Abuelos 2005 oxydatif également, mais resté sous voile pendant dix ans, avec de délicats arômes de chocolat et une complexité incroyable. Sans doute, un vin qui rejoint dans l'imaginaire gustatifs des amateurs, les grands Xérès, oxydatifs expagnols dont Robert est fan. Là, un bon cigare s'impose!...

Malgré des ventes régulières en Belgique, en Grande-Bretagne et aux États-Unis, Robert Creus disposera bien de quelques bouteilles, si vous passez par Saussine, ou peut-être Vic le Fesq, commune où se situe son chai. Et même après le millésime 2017, absolument catastrophique, puisque le gel printanier destructeur a anéanti 90% de la récolte!... Sans compter les vendanges tardives du fait du manque d'eau pendant l'été et une maturité peu académique... Au final, 300 kg de vendanges qui composeront peut-être une sorte de passetoutgrain façon Terre Inconnue!... Néanmoins, le domaine propose des vins dont l'approche artisanale et artistique est certaine. D'aucuns diront peut-être qu'on ne sort pas indemne de la dégustation de ces cuvées, mais pour notre plus grand plaisir, leur dimension culturelle étant certaine. Tous les fans vous le diront!...

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~ Emrys, Jean-François Driutti ~

Autre "disciple" de Robert Creus, un passionné habitant Gallargues le Montueux, dans le Gard. En plus de sa pleine activité de kinésithérapeute, Jean-François Driutti s'est trouvé quelques vignes, au total 94 ares en deux parcelles et le Domaine Emrys est ainsi né en 2012. Le but étant de proposer des vins naturels, en laissant libre cours au terroir et en s'appuyant sur une vinification traditionnelle et particulièrement attentive. En fait, du cousu main!... Au point qu'en 2017, on peut même parler de dimension artistique!...

Emrys, c'est Merlin l'Enchanteur des légendes celtiques, parce que pour le vigneron gardois, la fabrication du vin a quelque chose de magique. Lorsqu'on se met à presser des raisins, on s'en remet un peu à la baguette magique de notre feeling. Et il n'est pas certain que la volonté absolue de vouloir tout maîtriser de A à Z soit le meilleur moyen de produire les suprêmes nectars. Certes, au final, on est parfois en deçà de l'objectif qualitatif que l'on se fixait, mais d'autres fois, dès l'ouverture de la bouteille, on sait qu'on pénètre un autre monde...

36307620_10216508522843558_5615002576480108544_nDeux parcelles donc. Une première de syrah, sur un terroir calcaire genre tuffeau à Salinelles et une seconde de grenache sur l'argilo-calcaire de Saint Christol. Parfois, quelques grappes d'autres cépages, proposées par un ami, viennent compléter la vendange. Le plus souvent, les rendements se situent entre 9 et 25 hl/ha au mieux, le choix d'une taille courte explique aussi cela. A la vendange, sélection attentive des grappes selon la maturité des rafles, égrappoir-fouloir manuel. La cuvaison se fait partiellement en grappes entières. Les fermentations sont lentes, la macération durant de trois à quatre semaines. Le plus souvent, la durée d'élevage, en barriques usagées, est d'une dizaine de mois. Le pressoir est également manuel. Bon an mal an, la production se situe entre 600 et 1800 bouteilles, mise, bouchage et étiquetage manuels, comme il se doit. Rigoureusement artisanal!...

Côté vins, les cuvées se nomment Hocus et Pocus. Au fil du temps et s'il fallait les qualifier d'un mot, le vigneron les voit ainsi : Hocus 2012, 100% syrah, une première mais puissance extrême. Hocus 2013, 80% syrah et 20% grenache, sur la fraîcheur. Hocus 2014, 80% syrah et 20% merlot : finesse. Pocus 2014, 80% merlot et 20% grenache : gourmandise. Hocus 2015 (80% syrah et 20% grenache) ainsi que Pocus 2015 (80% merlot et 20% grenache) : complexité convient à ces deux cuvées qui'l faut désormais savoir attendre. Hopus 2016, 50% syrah, 35% grenache et 15% roussanne : gourmandise!... Un opus qui nous emmène sur quelque chose d'autre... Un mourvèdre 2017 dont se serait emparé la fée Morgane, à moins que ce ne soit Viviane... Mais, pour ça, laissons la parole à Julie, l'épouse de Jeff, qui a pris en charge ces raisins avec passion : "Le mourvedre, c'est la dernière parcelle vendangée. Les rafles et les baies étaient bien mûres, la couleur était parfaite, le millésime était prometteur. J'ai donc tenté une vendange entière, pour gagner en souplesse et en structure. Puis j'ai pris le risque d'une macération longue de trois mois en cuve.  Comme à notre habitude, nous avons pressé le raisin à la main, au pied et au pressoir manuel. L'élevage était de huit mois en cuve, les tanins se sont polis naturellement avec le temps je ne l'ai donc pas passé en fut." On attend avec impatience ce nectar!...

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