La Pipette aux quatre vins

20 juin 2014

Xavier Courant, Domaine de l'Oubliée, à Bourgueil

Virée en Touraine. Un rendez-vous annulé?... Qu'à cela ne tienne, un autre pour le remplacer! Il faut dire que les options à Bourgueil ne sont pas rares, même si le coeur tourangeau - Chinon, Bourgueil, St Nicolas de Bourgueil - n'a pas vraiment entamé, d'un même élan, sa "révolution culturelle", culturale plutôt, à l'image d'autres appellations ligériennes, où la poussée du bio, voire du "nature" a fait quelques émules, même si cela se traduit davantage par le dynamisme de certains vignerons, acteurs également, à leurs heures, des réseaux sociaux. Dans ce petit village de St Patrice, entamons notre Bourgueillothérapie!...

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Xavier Courant fut naguère caviste (Vignes et Saveurs) en Région Parisienne, à Fontainebleau. Il est aussi cinéphile et les noms de ses cuvées, reprenant les titres de films de Bertrand Blier, en témoignent. Mais, il ne s'est pas fait de cinéma, le jour où il a décidé de passer de l'autre côté de la caméra. Le script n'était pas écrit d'avance, néanmoins, il fallait déjà trouver un titre. Ce fut le Domaine de l'Oubliée.

Cette petite commune, sise entre Tours et Langeais, est connue dans la région pour quelques évènements survenus au cours de l'Eté 42 été 44, lorsque quelques membres de l'Armée des Ombres prirent le chemin de l'Allemagne, peu de temps après Le Jour le plus long. Les acteurs de La Bataille du Rail ne pouvaient plus rien pour eux, même si quelques avions alliés, bombardant Le Train dans la gare du village, permirent à de très rares Francs-Tireurs de jouer la fille de l'air et le rôle envié, à ce moment-là, d'Un condamné à mort s'est échappé.

Le vigneron de St Patrice peaufine son radioguidage par téléphone, afin que nous le trouvions sans peine, sur les hauteurs du petit bourg. Une clairière entre le cimetière et les bois, mais pas de Rencontre du 3è type à craindre. Nous pénétrons sur une parcelle de 70 ares faisant partie d'un ensemble sur le premier coteau de l'appellation Bourgueil (Touraine en blanc). Ce secteur a inspiré Xavier dans sa recherche d'un nom de domaine, puisqu'il était quelque peu délaissé depuis plus de cinquante ans, lorsque nombre de vignerons du secteur ont préféré planter sur les sables et graviers, dans la plaine, à l'heure d'une franche mécanisation. D'ailleurs, si l'on en croit le cadastre local, pas moins de huit propriétaires se sont partagés naguère cette parcelle, ce qui laisse supposer à quel point la vigne n'était qu'une culture d'appoint aux céréales diverses et cultures maraîchères, ne comptant souvent, au final, que pour une consommation familiale.

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Au total, le domaine compte environ six hectares, avec une diversité de sols et terroirs de bon aloi, pour celui qui veut proposer la "gamme tourangelle", nom que l'on peut donner aux vins nuancés, selon qu'ils viennent des coteaux ou des terres alluvionnaires. Ici même, sur le coteau de St Patrice, un peu plus de deux hectares sur des argiles à silex, avec une couche sableuse plus ou moins importante et une roche mère calcaire très en profondeur et peu influente. A noter, deux autres "spots", dont un d'1 ha 80 sur des sables d'alluvions, appelés ici "graves moites", puis 1 ha 20 sur argilo-calcaire, au bord de la route de Bourgueil. Enfin, sur la route de St Michel sur Loire, une parcelle rectangulaire de 75 ares, gagnée naguère sur la forêt et plantée en 2004 de chenin. Celle-ci est, de plus, clôturée afin d'éviter le passage des chevreuils gourmands de jeunes pousses printanières et de raisins sucrés au moment des vendanges. Dans les parcelles boisées bordant les vignes, souvent composées de bouleaux, on trouve aisément de vieux pieux en ardoise et même des fils, témoignant de la présence de breton, le cabernet franc tel qu'on le nommait jadis sur les bords de la Loire ou de grolleau, selon les endroits. En y regardant de plus près, on remarque même des lianes s'enroulant autour de certains troncs, ce qui ne manque pas de rappeler à quel point la vigne est une liane vivace et pour le moins résistante.

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Le vigneron de St Patrice s'est installé en 2009 et a pu sélectionner ses parcelles dans un ensemble qui comptait environ dix-huit hectares, le GAEC Chasle-Ménard, dont les deux associés s'étaient séparés en 2008. Avec sa volonté de travailler en bio, il reprend ces vignes en conventionnel "pas trop lourd", où seul le cavaillon était désherbé. A noter que Hervé Ménard a conservé deux hectares à Bourgueil et il est aussi prestataire dans la région, travaillant les sols avec son cheval.

Lors de sa formation, Xavier, qui a failli un temps s'installer en Aubance, à St Jean des Mauvrets, est passé par la Vendée et le Domaine Saint Nicolas, cher à Thierry Michon, à Brem sur Mer, mais aussi chez Romain Guiberteau, dans le Saumurois. Dans la préparation très pragmatique de son installation, le choix des vignes fut complété par la récupération du chai du domaine, vite agrémenté d'un bâtiment de stockage et d'élevage des plus rationnels. De quoi produire sereinement et faire face aux premières échéances. Heureusement, l'aventure débute par des millésimes comme 2009 et 2010, voire 2011 qui ne se sont pas révélés comme les plus compliqués de l'histoire. "On avait du vin! L'espace d'un instant, je me suis mis à croire que c'était un métier facile!..." s'amuse le vigneron. Bien sur, depuis, les choses se sont un peu gâtées, pour qui veut maintenir une production et un rendement permettant de faire face aux échéances inévitables, inhérentes à la création d'un nouveau domaine. "Je visais 35 hl/ha de moyenne, mais déjà en 2011, on tombe à 23. Pour 2012 et 2013, on descend à 17 hl/ha!... Et le dernier est très léger... Désormais, j'en suis à espérer pour 2014 un retour au niveau de 2011..."

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La gamme du Domaine de l'Oubliée a, de toute évidence, été composée avec soins, un peu comme si les goûts et papilles du caviste avaient mis le vigneron sur les rails. Le chenin, Existe en blanc 2012, mis en bouteille en décembre dernier, est droit et sincère. Deux passages dans la parcelle, pressurage, débourbage rapide, puis passage en barriques, deux venant de Montlouis et la troisième de Bourgogne. Le premier rouge, Merci la vie 2013 est voluptueux et pleine de fraîcheur fruitée. Une sorte d'hymne à la vie et aux plaisirs simples de la table qu'on partage avec des amis de passage. Des vignes quadragénaires, une partie des raisins vinifiés en macération carbonique et une moitié égrappée, un joli cabernet!... Deux autres rouges ensuite, plus complexes et plus ambitieux : Tenue de soirée 2011 et Notre histoire 2010, traduisant davantage l'impact des terroirs nuancés de l'appellation (bas de coteau limono-argileux pour le premier et coteau argilo-siliceux avec placage de sables éoliens pour le second), et qui démontre bien tout le potentiel du cépage, dans les millésimes proposant un équilibre satisfaisant et permettant de plus, de mener des élevages (macération de quatre semaines et élevages de moins d'un an en barriques non neuves) optimisant la qualité recherchée dès la vendange.

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Xavier Courant n'est sans doute pas homme à faire du bruit, à s'agiter et à parler pour ne rien dire. Indiscutablement, il a opté pour laisser la parole à ses vins. Même si les derniers millésimes étaient autant de chausse-trappes, il a pu mesurer le potentiel de ces vins de cabernet franc et de Bourgueil. S'il ne sera pas le premier à en démontrer la grandeur dans les grandes années, il a quelques belles cartes à jouer et déjà quelques professionnels l'ont bien compris, puisque certaines cuvées figurent en bonne place sur de belles cartes des vins. De plus, il s'est aussi orienté vers l'export (USA, Allemagne, Belgique, Suisse...) et, sans beaucoup de bruit, trouve sa place dans le paysage des amateurs de cabernet ligérien. Il ne pouvait en être autrement, avec ces vins sincères, francs, juste accompagnés par un vigneron désireux d'y intégrer son ressenti, sa sensibilité, plutôt que tout le savoir d'un apprentissage encore récent et une histoire qui reste à écrire pour l'essentiel, comme un scénario guidé par quelques images, plutôt que par un dialogue se voulant achevé avant même les premiers tours de manivelle. Alors, moteur!...

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07 juin 2014

Gérard Marula, au coeur du pays de Rabelais

Une grande silhouette au pays de Rabelais, pas gargantuesque pour deux sous, ni pantagruélique non plus d'ailleurs!... Gérard, si ce n'était sa casquette vissée sur son crâne, on le verrait volontiers coiffé d'un grand chapeau, en Don Quichotte du Véron. Il ne faut pas le prendre cependant pour une sorte d'idéaliste rêveur (même s'il rêve parfois d'un idéal meilleur!), qui s'attaquerait aux moulins à vent de la région, il garde les pieds sur terre, même si, à Thizay, il est au coeur du pays de Rabelais et que les plus proches communes sont Lerné et Seuilly (où se situe La Devinière, maison natale de l'écrivain). Cela ne parle qu'aux lettrés et/ou lecteurs du célèbre auteur tourangeau, puisque c'est de la première que partit l'armée de fouaciers du roi Picrochole, pour attaquer les bergers de la seconde, où se trouvait les troupes de Grandgousier. La seule avant-garde, dit-on, "comptait seize mille quatorze arquebusiers et trente mille et onze aventuriers"!...

007Il ne reste que quelques vestiges des châteaux moyenâgeux de la région, mais c'est au Pissot, rive gauche de la Vienne que Gérard Marula est installé depuis 2005 (il se qualifie volontiers de "jeune vigneron"!), dans un petit village de maisons et caves troglodytes surplombant la route de Saumur. Naguère, on dénombrait là cinq foyers et quatre puits et les habitants vivaient en quasi autarcie, pratiquant une polyculture on ne peut plus classique pour la région.

Une compagne, Nadine, artiste plasticienne et angevine, contribue à ce que ses débuts, en tant que vigneron, se fassent chez Jo Pithon, au coeur du Layon. Au cours de ses investigations pour trouver vignes et cave, il rencontre Etienne de Bonnanventure, du Château de Coulaine, qui lui propose de travailler avec lui, à Beaumont en Véron. Cependant, dans son contrat, une clause lui permet d'avoir quelques arpents de son côté. Il commence sur cinquante ares et aujourd'hui, il dispose de trois hectares, surface un peu juste à ses yeux. Il espère trouver bientôt cinquante ares de plus, afin d'arriver à un seuil satisfaisant. Il avoue que les deux derniers millésimes, 2012 et 2013, ont démontré la fragilité économique de son modèle et, pour tout dire, si 2014 devait montrer le même profil, il serait tout bonnement contraint d'arrêter. Certes, sa petite entreprise est dotée d'une bonne souplesse, mais l'hermétisme des banques à son encontre (il n'est pas si "jeune vigneron" que ça, à leurs yeux!) ne lui donne guère d'options possibles. La liberté d'action s'accorde-t-elle avec la loi du marché?... (vous avez quatre heures). Notons que 95% des vins produits par le domaine sont destinés à la restauration (il figure même de façon exclusive, pour ce qui est des Ligériens, sur la carte de quelque étoilé parisien!) et aux bars à vins.

001Le jour de notre passage, Gérard Marula attend la visite de cavistes flamands, mais il ne sait trop où ils en sont de leur voyage, si bien que nous ne pouvons nous rendre dans les vignes. Celles-ci sont situées, pour partie, à Beaumont en Véron, en AOC Chinon, sur des sables éoliens en coteaux, avec très peu d'argile et sur plateau, avec la roche mère affleurante. Le tout, à guère plus de trois kilomètres à vol d'oiseau, mais il faut franchir la rivière et un pont pour gagner l'autre rive, ce qui complique les choses et augmente les distances. Le reste est implanté sur la commune de Lerné, à deux kilomètres environ, en AOC Touraine, sur des argiles et des sols plus vieux, aux confins de l'Indre-et-Loire, de la Vienne et du Maine-et-Loire. Dans ce dernier secteur, avant le phylloxera, plus de 50% des terres étaient en vigne, mais depuis, ce sont les céréales qui dominent, grâce à la généreuse PAC européenne!... Une partie de l'appellation qui s'en trouve délaissée, sorte d'enclave à peine reconnue, alors qu'elle dispose du même cépage dominant que Chinon, Bourgueil, St Nicolas de Bourgueil et Saumur-Champigny, à savoir le cabernet franc, ainsi que du chenin. En blanc, la dernière évolution et les dernières décisions encouragent la plantation de sauvignon, au détriment de ce dernier, avec lequel il n'est plus possible de proposer des vins tranquilles, puisque ce cépage est désormais réservé aux vins de base pour la bulle régionale. De plus, les monocépages en rouge et rosé ne sont plus autorisés. L'AOC Touraine-Coteaux-de-Seuilly, espérée pendant plusieurs années, a finalement été retoquée et les responsables du syndicat tourangeau ont conseillé aux vignerons concernés de se rapprocher de l'appellation Chinon. Ceci est désormais acté et devrait être officialisé en 2016 ou 2017, peut-être avant, au grand dam cependant des vignerons qui ont planté du sauvignon...

marula02La dégustation débute par le fruit d'une nouvelle parcelle, dont 2013 est le premier millésime : Que votre joie demeure, sorte d'hommage à Jean Giono plutôt qu'à Bach. Du cabernet repris en fermage sur Beaumont en Véron et une terre ayant subi les traitements chimiques depuis longtemps. Ceci combiné aux conditions du millésime fait qu'au final, la matière est légère (11°), tout comme la robe du vin, qui évoque davantage, selon le vigneron, "un Tavel d'Eric Pfifferling plutôt qu'un cabernet chinonais!" Quelques précautions ont été prises pour la protection de l'ensemble, mais nous en avons là, néanmoins, un cabernet frais et... joyeux

Fer de lance du domaine actuellement, le Clos de Baconnelle, dans sa version 2012 en AOC Chinon, est doté d'un bel équilibre et d'une expression nette et gourmande, malgré une mise récente. Un clos qui a souvent subi les foudres des participants aux dégustations d'agréments du cru : refusé en 2008, non produit en 2009, suite à la perte d'une cuve, refusé encore pour acescence en 2010 et 2011, malgré des analyses démontrant que le vin est nettement en dessous de la norme, en matière de volatile!... Fermez le ban!...

Le blanc, la cuvée Ange 2011, est d'une extrême rareté puisque jusqu'en 2013, elle n'était issue que d'une vigne de dix ares. A l'avenir, ce sont vingt-deux ares de sols pauvres sur Lerné qui permettront de satisfaire les amateurs, au-delà peut-être des trois barriques produites, en moyenne, annuellement. Souvent, de grosses tensions et en 2011, presque 15° potentiel!... Un vin qui ne pourra qu'honorer bientôt son entrée en appellation Chinon.

008En attendant de pouvoir découvrir, dans d'autres circonstances, ce vin mis en bouteilles en février dernier, le Clos de Baconnelle 2011 montre tout son potentiel de garde, avec une expression sur la puissance, mais gardant une franche originalité. Guère plus de 2 à 3000 bouteilles de cette cuvée sont proposées chaque année, il ne faut guère tergiverser, si vous souhaitez conserver quelques flacons pour l'avenir!... Faut-il rappeler que les cabernets de Touraine ont un potentiel de garde non négligeable, d'autant que le vigneron de Thizay, recherche plutôt la matière, au travers de vendanges assez tardives (fin octobre parfois!), mais en privilégiant une photosynthèse optimale.

En rouge, la gamme se complétait jusqu'à maintenant de deux autres cuvées provenant aussi des argiles de Lerné : Les Gruches et le Haut Midi. Désormais, la seconde disparaît en l'état et 2011 en était le dernier millésime. En effet, Gérard Marula a parfois évoqué, avec ses confrères et ses amis surtout, les relations difficiles avec son propriétaire, qui n'a jamais compris que son fermier refuse l'utilisation d'herbicides en tous genres!... Si bien qu'il a décidé d'abandonner ce fermage sur 1,5 ha, ce qui va impliquer une forme de "restructuration" du domaine, vu la proportion de vignes que représente cette parcelle. Cette cuvée laissera cependant quelques beaux souvenirs aux amateurs, de par sa composition même, puisque issue d'une complantation de cabernet franc, cabernet sauvignon, grolleau et même parfois (accidentellement!) de trois rangs de chenins (10 ares), le tout ramassé en même temps.

005Les Gruches 2010, en AOC Touraine également, est une expression de cabernet franc plutôt singulière, associant complexité aromatique et une certaine forme d'austérité, selon certains. Un flacon que l'on aura plaisir à conserver cependant, histoire de mesurer les conséquences de vendanges particulières : le raisin fut ramassé le 22 octobre, alors qu'un gel survint dans la nuit du 21 au 22, avec pour conséquence immédiate, les difficultés que l'on imagine pour la cueillette matinale (raisins à 3 ou 4°), mais surtout la perte significative de matière colorante.

Singularité. C'est peut-être le premier qualificatif que l'on peut employer pour l'homme et ses vins de Chinon et Touraine. Malgré que, depuis déjà quelques temps, les amateurs, voire même peut-on dire, les fans du domaine soient pluriels. Vigneron singulier aussi, parce que sur Chinon, il est pratiquement le seul à suivre le chemin d'un autre cabernet franc, où le poivron n'est pas la règle. D'autres vignerons du cru, à l'image de quelques-uns de Bourgueil ou St Nicolas, vont-ils suivre ses pas?... Il faut dire que les Chinonais (et certains amateurs parfois) vivent encore avec le souvenir de quelques grands millésimes, comme 1989 et 1990 (je vous parle d'un temps...), dont certaines cuvées de vieilles vignes démontrèrent la grandeur quelque peu épisodique du couple cépage-terroir tourangeau. Oui, parfois, l'ensemble peut être grand. Mais, s'ils sont devenus fans, ceux qui ouvrent parfois les flacons proposés par Gérard Marula, c'est qu'ils ont découvert que le temps ouvre souvent vers d'autres perspectives. Donnez six, huit ou dix ans (parfois plus!) à quelque Haut-Midi ou Clos de Baconnelle et vous intégrez un autre espace-temps, ne pouvant que vous ouvrir les yeux sur ce qu'étaient sans doute, jadis, les cabernets de Touraine et du Pays de Véron. Ne cherchons pas plus loin les raisons qui ont sans doute illuminé Rabelais, lorsqu'il créa les personnages légendaires de Gargantua et Pantagruel!... Et apprécions aujourd'hui comme il se doit les bouteilles de ce "facteur de vins", en relisant, joyeux, quelque récit de bataille des guerres picrocholines.

La troisième photo de l'article est issue du blog www.ideemiam.com

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30 mai 2014

Carnet d'adresses en Catalogne française

Le Roussillon prend volontiers cette appellation de Catalogne française!... Le coeur de la région et les plus catalans de ses habitants rêvent sans doute du jour où la Catalogne espagnole jouira d'une plus grande autonomie, qui pourrait éventuellement permettre aux Pyrénées-Orientales de faire sécession, sans avoir à prendre les armes, bien sûr, que celles de la parole, du dialogue et de la foi en une identité particulière franco-espagnole, mais catalane d'abord. Notez qu'au-delà des Catalans eux-mêmes, il est possible de croiser parfois des vignerons anglo-saxons, ou d'autres venus de l'hémisphère sud, qui ne manquent pas de vous faire remarquer qu'une IGP Côtes Catalanes est souvent davantage porteuse, dans l'esprit de certains acheteurs, qu'une AOP Côtes-du-Roussillon-Villages, n'en déplaise aux tenants d'appellations fourre-tout qui, faut-il le rappeler, ne nous préserve guère de l'emploi de produits de toutes sortes, voire (et c'est bien de cela dont il faudra parler un jour!) impose le désherbage chimique, comme c'est le cas de certains villages, par le biais de décisions de syndicats locaux.

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La région, parlons des P-O cette fois, offre un large panel de vignobles, de vignerons et de vins à découvrir. Pour nombre de visiteurs estivaux, l'offre attendue se limite au rosé acheté en vrac, pour accompagner les grillades, ou au muscat que l'on propose à l'apéro, mais juste lorsqu'on est sur la terrasse du mobil-home, dans un camping front de mer d'Argelès-Plage et que la partie de pétanque sous les acacias se termine. Sachant que le département, comme la plupart, est né en 1789, sur la base d'un territoire et d'une dimension permettant de se rendre en moins d'une journée de cheval au chef-lieu, les visiteurs souhaitant découvrir toutes les facettes du vignoble peuvent s'inspirer de cela, pour faire le choix d'un hébergement plus ou moins identifiées. Rappelons qu'il n'est pas simple aujourd'hui, de contourner Perpignan au galop, par les chemins de traverse!...

Suggestion de gîte donc, pour un séjour agréable : le Mas Bazan, situé à Alenya, pile-poil entre la capitale départementale et la mer, entre Saleilles, St Nazaire et St Cyprien, plutôt situé dans la zone maraîchère. Un mas viticole restauré, datant du XIXè siècle, qui propose aussi une table d'hôtes agréable, si vous n'optez pas pour les quelques possibilités que l'on trouve dans le coin (bar à vins, restaurants...), qui méritent aussi le détour. Et lorsque vous quittez les lieux, au bout du chemin, vue imprenable sur le Canigou, comme une présence dans le paysage...

029Le planning de rendez-vous, préparé à l'avance, souffre parfois de quelques décalages ou contretemps inévitables. Cependant, les réseaux sociaux, pour peu que vous restiez en ligne, vous permettent parfois de combler agréablement un début d'après-midi. Frédérique Barriol-Montès, du Domaine La Casenove, à Trouillas, nous a repérés sur son radar facebookien et nous propose gentiment de passer au Mas Gaubert. Là encore, une grande maison catalane typique, mais aussi une grosse quarantaine d'hectares sur les argiles et les premières terrasses des Aspres. Un domaine viticole très ancien et une propriété dans la famille d'Étienne Montès depuis 1569, que ce dernier a rejoints à la fin des années 80, après une carrière de photo-reporter de l'Agence Gamma, couvrant les plus grands évènements sur la planète, en Amérique du Sud et Centrale notamment. La Casenove, peut-on l'expliquer comme cela, semble souffrir d'une sorte de déficit d'image depuis quelques années... Cela tient-il à sa production récente, à quelques commentaires parus dans la presse spécialisée ou à une sortie du listing des domaines à la mode?... Au final, malgré trois apparitions dans le célèbre Carnet de vigne, de Sylvie Augereau, on en oublie de l'inscrire sur notre carnet de route et c'est dommage!...

Frédérique nous accueille donc pendant qu'Étienne se remet d'une journée à la vigne et se change. Une belle série d'une dizaine de cuvées nous attend. Deux blancs tout d'abord, dont Les Clares Petites 2013, assemblage de grenache blanc et de roussanne doté d'une belle fraîcheur et d'un bon allant. Même duo de cépages dans des proportions voisines, mais issu de plus vieilles vignes, pour Les Clares 2007, dont le volume et le gras sont sans doute dus à la fermentation et l'élevage d'un an en barriques faites de bois baltes, notamment des chênes lituaniens. Un vin qui mérite toute notre attention, tant il s'ouvre sur une expression originale.

028Le premier rouge, La Colomina 2011, se compose de 50% de carignan planté en 1955, de grenache, de syrah en proportions voisines et de 10% de mourvèdre. Élevage en cuve uniquement et joli caractère sudiste avec de subtiles notes fruitées, mais néanmoins une bonne structure, peut-être sous l'influence des sols argileux du domaine. Un plus de puissance pour La Garrigue 2010 (40% carignan, 40% syrah et 20% grenache), apportée sans doute par quatre semaines de macération et des notes de fruits mûrs et d'épices apportant une belle cohérence aromatique. Grosse impression ensuite avec Torrespeyres 2004, assemblage de 50% de syrah élevée longuement en barriques et 50% de carignan de cuve. Le vin, qu'il a fallu attendre, avec quelques années de patient élevage, s'ouvre sur un très beau bouquet d'arômes tertiaires et une structure trouvant son équilibre entre puissance et intensité acidulée. Une très belle confirmation, quelques jours plus tard, avec un carré d'agneau pascal!... Une fois encore, le vin démontre tout l'intérêt de la patience qu'il faut avoir parfois. Ultime rouge de la soirée, la Cuvée Commandant François Jaubert 2010, 100% syrah trentenaire issue d'argiles sur terrasses. Intensité et droiture qui confinent à une sorte d'austérité. Un vin droit dans ses bottes d'officier de cavalerie, que quelques campagnes vont certainement dérider!... Noir, des bottes au plafond, mais la poussière du temps va sans doute patiner cette cuvée haut de gamme. Enfin, impossible d'écarter les VDN du domaine. En premier lieu, le Rivesaltes rouge 2007, 100% grenache noir égrappé. Muté ensuite à 1035 de densité avec 5 à 6% d'alcool, la macération, au total, s'étend sur un mois et demi. Ensuite, élevage en milieu réducteur pendant deux années. Beaucoup d'ampleur et une invitation aux desserts chocolatés, notamment. Pour finir, le Rivesaltes ambré 15/10 2002, élevé lui en milieu oxydatif pendant plus ou moins dix ans, selon les millésimes. Un très beau volume et une complexité aromatique toute catalane, pour ce vin délectable, qui peut vous porter à table, pour peu qu'on cherche et trouve les accords adéquats. Nous quittons cette demeure que l'on imagine aisément chargée d'histoire(s), séduits par une gamme qui n'avait, ce jour-là, rien à cacher, tant elle se livrait sur un profil séducteur et gourmand. Et charmés par l'accueil de Frédérique et Étienne Montès, dont nous aurons plaisir à retrouver les vins sur notre table avant longtemps.

013Au rayon des bonnes tables, trois adresses à signaler dont une confirmation, mais d'autres, indiscutablement, pourraient intégrer la rubrique. En premier lieu, jolie découverte à St André, chez Laurent et Martine Brozetti, venus depuis peu dans la région, en provenance du Haut-Doubs : La Table de Cuisine, au coeur du village. De très jolies associations de saveurs et de goûts, une petite pointe jurassienne, sur la carte des vins surtout, mais parfois aussi dans les plats proposés. A ne pas manquer, si vous passer dans la région, mais pensez à réserver, guère plus de vingt couverts servis simultanément. Cuisine du marché, sélection attentive de bons produits, j'en connais qui pourraient en faire leur cantine!...

Passage à Calce et pause de midi au Presbytère, sur la place du village, au pied du clocher, juste à côté de la cave de Jean-Philippe Padié, tout prêt de celle de Thomas Teibert et quelques autres représentants de "l'école de Calce"!... Prenez votre temps, vous êtes dans l'oeil du cyclone!... Un peu le quartier général des vignerons du cru, qui viennent le jour de notre passage, boire un verre et saluer le nouveau maire tout juste élu. En fait, le bistrot de la Place de la République est devenu un "restaurant multiservices" : dépôt de pain, bureau de poste... On y trouve aussi le journal, du gaz et l'épicerie courante. Mais, il reste un restaurant, façon brasserie où l'on se régale et où chacun trouve plat du jour à son appétit, comme cette superbe côte de cochon noir appréciée ce jour-là.

060A Perpignan, au coeur de la ville, à une ou deux rues de la gare, l'endroit dont toute la région parle!... Le Garriane, pour Garry, aux fourneaux, australien doté d'une belle expérience dans de multiples étoilés de la planète et Ariane qui nous laisse faire les découvertes, avant de nous guider sur le chemin des trouvailles de son compagnon en cuisine. Le midi, un joli menu variant avec les saisons est proposé et le soir, c'est un menu-dégustation, avec neuf fruits (et légumes) de l'imagination débordante du chef.

On se régale, ça va sans dire!... Même les seconds de certaines grandes tables locales viennent dîner lorsqu'ils sont libres! Prenez garde cependant, c'est tout petit et cela tient dans la salle d'un ancien petit bar de quartier, donc, il est indispensable de réserver, ou vous avez de la chance!... Notez que la carte des vins (natures ou assimilés) est bien fournie, tant en blancs qu'en rouges. En cette soirée, au cours de laquelle Benoît Danjou nous accompagne, nous avons opté pour un blanc de Foradori, Fontanasanta 2011, un Manzoni bianco venu en droite ligne des Dolomites.

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Pour finir, ou presque, n'oublions pas d'évoquer pleinement notre passage à Calce. Alors même que nous dégustons en compagnie de Thomas Teibert, dans la cave qui a vu quelques talents locaux faire leurs premières armes, voilà que Jean-Philippe Padié nous rejoint, pour nous préciser qu'il est pris dans une sorte de tourbillon de la vie. En fait, il rentre chez lui peu avant midi, pour faire son sac, sauter dans sa voiture qui va l'emmener à Toulouse, puis un avion pour Paris et un long courrier pour Montréal, où il ne va pas pour exercer ses talents de flyng winemaker, mais à l'invitation de son importateur québécois. Quel enfer, cette vie de vigneron!... Il nous laisse, de ce fait, entre les mains de sa jeune collaboratrice, chargée de nous faire apprécier les cuvées du millésime 2013.

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Où l'on apprend que pour Calice 2013, ce sont cette fois des vignes d'une vingtaine d'années qui composent la cuvée, au lieu de vignes de quarante ans habituellement, mais on retrouve la fraîcheur et le fruit. Le Tourbillon de la Vie, dont 2013 est le second millésime, est une jolie cuvée de négoce, composé à 100% de maccabeu sur granites, avec une belle tonicité et un caractère franc et agréable. En appréciant les autres cuvées en cours d'élevage - Fleur de Cailloux, Petit Taureau... - nous apprenons qu'il n'y aura pas de Ciel Liquide cette année, pour cause de sangliers dévastateurs et un peu trop gourmands de raisins gorgés de sucre!... Mais, décidément, les vins du domaine restent toujours une belle piste à suivre, un ballon à saisir, parce que JPP sait mouiller le maillot!...

012Ultime information, plus en terme de perspective que de note destinée à votre agenda ou carnet d'adresses, un message récent de Benoît Danjou, qui nous signale la première manifestation autour du rancio sec, une journée importante pour lui, qui est le Président des Rancios secs du Roussillon : Be Ranci!... Voici le texte écrit par Jean Lhéritier pour l'occasion  : "Les rancios secs reviennent de loin" :

"Le pays catalan a ses traditions. Le petit tonneau de vieux rancio de qualité, hérité du grand-père, en fait partie. C'est la « bota del reco ». Le rancio sec appartient à une famille de vins que l'on retrouve sur l'arc méditerranéen, de Montpellier à Alicante : des vins non ouillés, à oxydation maîtrisée, à très long élevage, à fort potentiel de vieillissement. Mais, élément le plus ancien de notre patrimoine, ce vin ciselé par le temps était pourtant menacé d'extinction à l'orée des années 1980, faute d'existence légale. A le commercialiser, il ne restait que 4 ou 5 producteurs sur la Côte Vermeille et 2 en Roussillon. Réduit au statut peu valorisant de vin de table, il ne pouvait même pas dire son nom. Devant cette situation, Slow Food a engagé un programme pour en faire une sentinelle, c'est à dire un produit à sauvegarder et à promouvoir au nom de la biodiversité et du patrimoine. A partir de 2004, le rancio sec s'est organisé en association (celle qui propose aujourd'hui Be Ranci !). Les producteurs ont pu entamer une démarche d'IGP, auprès de l'INAO, qui a abouti en 2012 ! Nos vins sont donc aujourd'hui IGP Vins de pays des Côtes catalanes, mention rancio sec, ou bien  IGP Vins de pays de la Côte Vermeille, toujours mention rancio sec. Parallèlement, de nombreuses dégustations ont été assurées depuis 10 ans dans des salons (Aux Origines du Goût à Montpellier, Eurogusto à Tours, Salone del gusto à Turin...). La dernière en date de ces présentations a été l'invitation de 19 producteurs au Mas Marroch, superbe lieu où les frères Roca, du Celler de Can Roca, accueillent leurs manifestations prestigieuses. Enfin, le lundi 2 juin, plus de 20 vignerons investissent, à Perpignan, la belle galerie d'art contemporain Acentmètresducentredumonde."

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"Ainsi, tout comme le vin jaune est la perle des vins du Jura, le rancio sec peut devenir le fleuron de la viticulture catalane. Il peut en quelques années forger sa notoriété, enrichir et rendre plus attractif le patrimoine de notre pays catalan. En revendiquant son identité, le rancio sec catalan peut se projeter des oubliettes de l'histoire à la plus excitante modernité." En attendant peut-être, de se retrouver à Banyuls, à l'Ascension 2015?... Affaire à suivre!...

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29 mai 2014

Vendredis du vin # 66 : une recette goûteuse!...

Ce mois-ci, c'est Iris Rutz-Rudel, de Lisson Estate, qui nous convie à une rafale de tramontane!... La Présidente à vie des Vendredis du Vin prend la route 66, au guidon de sa Harley, à l'occasion des VdV #66!... Vrooomm!... C'est un peu pour être tous, en quelques sortes, les Hell's Angela Mwine, si j'ose dire!...

vdv-logo[1]Le Roussillon, c'est l'occasion de piocher dans une offre des plus larges : blancs secs sudistes, mais exprimant la "minéralité" des multiples terroirs de la région, rouges souvent capiteux, mais dont la "typicité" s'élargit vers des notes de fruits frais, quand la surmaturité n'est pas recherchée et bien sur, tous les vins doux naturels (pour un peu, on aurait oublié que le N de VDN signifiait naturel, n'en déplaise à certains!) en mode réducteur ou oxydatif.

Bref, une belle occasion aussi de se lancer dans la recherche d'un accord met-vin original, mais goûteux. Pour cela, il faut d'abord se rendre au marché, avec une petite idée derrière la tête et notamment le choix, avant toute chose, du flacon destiné au dîner, en l'occurence, un Banyuls blanc Les Escoumes, du Domaine de la Casa Blanca, dont les locaux sont situés sur les hauteurs de Banyuls. C'est simple, c'est une maison blanche adossée à la colline...

Quelque chose me titille ce matin-là : lapin, poire, gorgonzola... Surprise, le web ne manque pas de recettes alliant ces trois ingrédients!... Un beau lapin, donc, bio de préférence, coupé en morceaux (non, je ne prends pas la tête, Madame PhR va pousser des cris!), des poires même si ce n'est plus trop la saison, des conférences pour l'occasion et du Gorgonzola de chez Sacha, à l'Opéra des Fromages. La marchande de fruits et légumes me permet de trouver de la sauge fraîche - parfait! - et finalement, le soir même, je trouve au Chai Carlina (que j'évoque à dessein en ce week-end de l'Ascension...) les dix centilitres de Porto blanc qu'il me fallait également!...

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Histoire de pimenter la recette, si l'on peut dire, puisqu'elle est plutôt composer d'une association de douceurs, le plat est accompagné d'asperges des bois (ornithogalum pirenaicum, ou aspergette, à ne pas confondre avec l'asperge sauvage, asparagus acutifolius, comme vous le préciseront tous les spécialistes!) de saison, ce qui en fait une recette printanière, alors qu'on pourrait penser, de prime abord, qu'elle est plutôt automnale.

Madame PhR, rentrant en ce dimanche d'une escapade en randonnée dans les Bardenas Reales (non, ses absences ne m'inspirent pas, ce sont ses retours, mauvaises langues que vous êtes!...), apprécie cet accord met-vin comme il se doit et s'étonne au passage que le Banyuls s'évapore à ce point dans les verres!... Grandeur des arômes et saveurs et décadence gourmande!...

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17 mai 2014

Loïc Roure, bienvenue au Jajakistan!...

Direction le Haut-Fenouillèdes!... Ou presque. En tout cas, la haute vallée de l'Agly. En clair, le Jajakistan!... Lansac, Rasiguères (où nous avons rendez-vous), Planèzes, au nord de la retenue d'eau du barrage sur l'Agly, Cassagnes, à l'est du lac, le tout entre Latour de France et les Corbières. Cette contrée a reçu son surnom de la bouche de Cyril Fahl, semble-t-il, lorsqu'il a vu débarqué un soir de 2003, chez Jean-Louis Tribouley, ce grand escogriffe coiffé d'un couvre-chef pachtoune, façon Massoud, originaire de St Étienne (42), passé par un café-restaurant de la Drôme ou encore les bureaux d'Amnesty International, à Lyon et travaillant alors chez Gérald Oustric, en Ardèche. Il a gardé le souvenir de quelques vacances estivales et familiales, naguère, à Espira de l'Agly et revient dans la région pour voir s'il n'y aurait pas quelques vignes disponibles dans le secteur...

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Un copain caviste parisien lui suggère de se rendre à Lesquerde, où il y a peut-être quelque chose à faire... Lors d'un repas chez Jean-François Nicq, à Montesquieu des Albères, il croise Bruno Duchêne, juste arrivé, lui aussi, à Banyuls. D'ailleurs, pour ces derniers, 2002 était le premier millésime en P-O. Seul Jacques de Chancel est installé depuis 2001 à Latour de France et encore, n'est-t-il pas inscrit dans leur sens du bio pour son Domaine de l'Ausseil. Loïc Roure apprend à cette occasion que Chapoutier vend des vignes en bio depuis quatre ans dans ce village. Bruno lui conseille de passer voir son ami Jean-Louis Tribouley, qui pourra sans doute lui en dire plus. Pour ce dernier, comme pour Cyril Fahl, 2002 est aussi le premier millésime. Le futur vigneron revient plutôt sceptique de sa découverte des vignes de Chapoutier... Il dîne alors avec les deux vignerons de Latour, qui le mettent alors sur la piste de quelques parcelles, qui leur avaient été proposés au moment de leurs installations respectives. Au bout de la nuit, il repart avec quelques extraits de cadastre et lève le poing, certains que son futur est né sous ce ciel noir et étoilé du Roussillon : OUAIS!... Bienvenue au Jajakistan!...

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Un territoire aux contours parfois sévères, lorsqu'on le contemple à cette époque de l'année, au sortir de l'hiver et au moment où les vignes taillées court (plus ou moins!) laissent apparaître les sols secs et souvent désherbés, malheureusement, comme ceux qui sont dans le giron de la Cave de Caramany qui impose, dit-on, à ses vignerons, des traitements chimiques pour bénéficier de l'appellation village. Une route, une piste plutôt, en lacets, nous conduit sur les hauts de Rasiguères, histoire d'embrasser le paysage. Sur les flancs des coteaux, de la vigne avec des expositions opposées. Et sur cette sorte de plateau, à 340 m d'altitude environ, du grenache planté en 1966 sur un sol de schiste et de grès. On aperçoit, de l'autre côté de la vallée, un ensemble de parcelles de carignan, grenache, syrah ou maccabeu, partagé avec d'autres vignerons, exposé nord, sur des gneiss et sur la commune de Cassagne. Une zone que Loïc Roure apprécie particulièrement pour ses rendements réguliers, ses vins frais, l'absence de stress hydrique et le fait que le secteur ne soit pas exposé à la grêle, phénomène pour le moins récurent par ici. Le seul problème que lui connaisse le vigneron, c'est la quasi permanence de la présence du vent, compliquant les traitements printaniers notamment.

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Ici, à Rasiguères, en 2012, deux hectares distincts de vigne ont subi la grêle à trois reprises, en avril, mai et juin!... Au final, guère plus de trois hectolitres produits. Cette année-là, ce n'est pas moins de 4 ha 20 qui ont été grêlés à 100%!... Si on ajoute les conséquences d'une forte coulure en 2013, les deux derniers millésimes ne sont donc pas sans conséquence, puisque ce sont les deux plus mauvais depuis cinquante ans, pour le département des Pyrénées-Orientales, devenu le moins productif de France, rapport surface/production, selon une annonce officielle récente!... Heureusement, 2011 avait été une très belle année (la plus belle en volumes depuis cinquante ans d'ailleurs!), mais la météo locale est pour le moins génératrice de stress, quand on sait que certains évènements climatiques extrêmes peuvent survenir, comme cette grêle estivale qui ravagea une bonne partie du vignoble de Lesquerde en 2010.

084Le Domaine du Possible compte donc actuellement une dizaine d'hectares répartis dans la région, sur des terroirs allant de l'argilo-calcaire, au schiste et aux arènes granitiques de Lensac et Lesquerde. Pas toujours très simple de composer avec des parcelles se situant aussi bien à Caudiès de Fenouillèdes (4 ha) qu'à Tautavel (fermage qu'il abandonne cette année), situées à près de vingt kilomètres de part et d'autre de la cave de Lansac. Lors de son installation en 2003, Loïc avoue qu'il avait parfois opté pour des "rougnes", ces vieilles vignes au bout du rouleau qu'il vaut mieux ignorer. Il a donc arraché depuis 2 ha 20, tant à Latour de France qu'à Montner.

Nous découvrons ensuite, cependant, un secteur où se trouvent des vignes largement centenaires, puisque plantées en 1900. Du grenache gris, du carignan noir et, plus haut dans la pente, du maccabeu. On trouve là également des syrahs sur échalas, âgées de 35 ans environ, qui ne produisent guère plus de quarante caisses de raisins chaque année!... Il faut dire que la pente est forte et le sol pour le moins aride. Mais, ces dernières ne sont jamais malades et ne nécessitent que deux poudrages par an. "Par-fait!..." Peu de végétation trouve sa place ici, si ce n'est ce qu'on appelle les "pinceaux" dans la région, sorte de touffe d'herbe fine sans racinaire, qui ne concurrence donc pas la vigne dans ces zones sèches. Par contre, on y trouve aussi des séneçons du Cap, sorte d'engeance végétale, arrivée en France, naguère, par les tanneries du Tarn important des toisons venant d'Afrique du Sud et contenant des graines de cette herbe, qui n'a pas manqué d'essaimer dans tout le sud de la France, surtout quand aucun désherbage n'est pratiqué. Deux, peut-être trois floraisons par an, inutile de dire qu'il faut les arracher, d'autant que la plante sécrète un suc toxique qui, lorsqu'il tombe au sol, empêche toute végétation de pousser. Seul vertu qu'on peut lui reconnaître, l'attirence de pucerons, dont elle est parfois envahie et donc, dans la logique d'une chaîne alimentaire cohérente, l'arrivée de colonies de coccinelles s'y attaquant. La vie animale est bien faite, pour peu qu'on la respecte.

085Les installations du domaine sont situées à Lansac, dans les locaux à priori confortables de l'ex-cave coopérative communale. Ceux-ci ont été libérés peu de temps avant l'arrivée du vigneron, du fait des regroupements par étapes successives, en vigueur dans la région. Ainsi, la cave de Planèzes-Rasiguères intègre également Lansac, voire Bellesta et Cassagne, avec les conséquences qu'on peut deviner sur la disparition de certains domaines et l'abandon de vignes. La cave est partagée avec Edouard Laffitte (Domaine Le Bout du Monde), qui y vinifie également ses cuvées. Ils ont en commun un projet d'aménagement extérieur, en vue d'un meilleur stockage de tout le matériel, ce qui permettra ensuite d'optimiser les locaux, afin qu'ils conviennent mieux à la production des diverses cuvées proposées par les deux vignerons. Une étape qui se déroulera en douceur, une fois la période électorale passée... forcément quelque peu animée, comme dans nombre de villages de France!... Pour un peu d'ailleurs, Loïc Roure aurait pu endosser le costume de maire, suite aux demandes de quelques habitants de Lansac, mais la raison l'a emporté et peut-être aussi une réflexion personnelle qui lui a permis de se projeter dans l'avenir. Non qu'il ait le moindre regret d'avoir fait tous ces choix pour le Haut-Fenouillèdes, mais il avoue aujourd'hui (sans être sous l'emprise d'une quelconque substance!) que, si c'était à refaire, il irait s'installer directement à Banyuls, notamment pour la qualité de vie, même si les mauvaises langues disent parfois que c'est une zone dangereuse pour les couples, ajoute-t-il en riant!... N'empêche que nous apprenons au passage qu'il a mis quelques billes dans le projet en cours (managé par Bruno Duchêne, voir par ailleurs) au coeur de la cité banyulencque, avec l'idée sans doute de tourner une page, quand le temps sera venu.

088Entre un week-end festif, à l'occasion des 50 ans de Jean-Louis Tribouley la semaine précédente et la perspective du suivant, non moins fatigant sans doute, à Marseille, à l'occasion de La Remise, Loïc Roure a procédé à quelques mises partielles de cuvées 2013, ce qui nous permet de découvrir les vins du dernier millésime. Tout d'abord, Charivari 2013, 100% carignan venu des gneiss de Cassagne, en macération carbonique et un joli équilibre, s'appuyant sur les 12,23° affichés! A peine une petite pointe métallique (la carbo!) due à la proximité de la mise et qui doit se remettre en place rapidement. A suivre, Tout bu or not tout bu 2013, issue d'un "faux négoce en partie vrai!" Grenache et mourvèdre en semi-carbonique, un tiers, voire un quart de la cuve étant foulé, plus ou moins refroidie, selon les éventuelles difficultés rencontrées lors des fermentations pour telle ou telle parcelle. A noter que pour Couma aco, il s'agit de parcelles très précoces de syrah de Rasiguères et de syrah de Tautavel, le tout égrappé, l'exposition sud-ouest en coteau imposant des vendanges à 14° dès la fin août et la mise à l'écart des rafles. Cette année cependant, des vendanges ont pris fin les 7 et 8 octobre, avec des carignans ramassés à 12,2° sur les hauteurs de Cassagne. Pour les rouges, pas de soutirage, mais souvent de petites "aérations" en cours de fermentation, en prenant et en réinjectant du jus dans le bas de la cuve. Presque à chaque fois, les pressurages se font alors qu'il reste quelques sucres et les malos se font également sur sucres, mais cet aspect-là est désormais maîtrisé. A noter que le vigneron estime parfois que ses vins manquent... d'un supplément d'âme et, pour cela, il a décidé d'élever une partie des jus dans deux barriques et ce pour chaque cuvée, jusqu'à l'assemblage définitif. A suivre!...

Pour les blancs, Loïc fait part de sa perplexité depuis 2009, sauf pour 2013 s'annonçant plus à sa convenance. Quelque chose qui s'est inversé par rapport aux premières années, au cours desquelles, estime-t-il, ils étaient mieux réussis que les rouges... Évolution de sa propre perception?... Comparaison avec d'autres?... Il faut dire qu'il totalise à peine plus d'1 ha 20 de cépages blancs (20 ares à Lansac et à Rasiguères, 56 ares à Latour et 15 à Caudiès). En 2011, il a du jeté les 3/4 des volumes et encore n'a-t-il pas mis le reste sur le marché!... Depuis deux ans, il utilise un pressoir du type Vaslin et pratique un débourbage attentif, phase qui ne pouvait se faire avec le pressoir vertical utilisé auparavant. En 2013, carignan gris et maccabeu (près de 70%) ont été assemblés à la cuve pour la première fois, puis passés en barriques à la fin des sucres, il y a juste un mois. Les jus sont secs et sans la moindre volatile.

091Nous passons ensuite à la cuvée Le Fruit du Hasard 2013, élevée en barriques uniquement et qui, pour le moment, doit se remettre de deux oxygénations successives après la mise en barriques et la mise en bouteilles partielle. Caudiès 2013 se compose de syrah (souvent destinées à C'est pas la mer à boire) et de carignan égrappés, plus un peu de grenache cette année, le tout issu de marnes schisteuses plus profondes et sur des zones plus plates. L'objectif, en venant dans ce village proche des Corbières, n'était autre que de "faire du volume". Or, depuis deux ans, alors que les bios peuvent espérer 35 hl/ha et les autres entre 40 et 55 hl/ha, on est loin du compte!... De la même façon, les achats de raisins pour la partie négoce se sont avérés très limités en 2013, vu les conditions du millésime. Ainsi, à Vença, sur les quatre à cinq tonnes espérées de grenache et syrah sur argilo-calcaire, guère plus d'1,8 t au final. Sur Latour de France, 660 kg au lieu de trois tonnes et rien d'autre à Caudiès. Heureusement, quelques volumes étaient disponibles chez des vignerons en bio à Montner. La gamme sera donc moindre que d'autres années, il faut bien faire le dos rond en ces temps difficiles et l'espoir de produire 25 hl/ha chaque année difficile à satisfaire.

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Si nombre d'amateurs connaissent les "vins plaisir" de Loïc Roure, on ne sait pas toujours à quel point le Domaine du Possible se gère parfois sur le fil, du fait, notamment, des conditions climatiques. De plus, le vigneron, connu pour son humour rieur et son sens de l'auto-dérision, apparaît aussi très exigeant avec sa production. Quelques succès, au fil des années, ne l'ont pas installé dans une auto-satisfaction pérenne, loin s'en faut!... Aujourd'hui, on devine qu'il admet une marge de progression certaine dans ses vinifications et ses choix en la matière. Il a aussi sans doute besoin de se recentrer sur ses meilleures parcelles, plutôt que de courir le vignoble du Haut-Roussillon. Pour lui, le temps est peut-être venu de faire quelques petits pas déterminants, parce qu'il sait mieux où il va et que les grandes lignes sont tracées. "J'ai parfois un peu de mal à choisir entre fromage ou dessert, mais pour les choses les plus importantes, je n'ai jamais eu de mal à trancher!..." Au fait, le Jajakistan est-il exposé aux secousses telluriques de toutes sortes?...

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08 mai 2014

Domaine Danjou-Banessy, à Espira de l'Agly

Que de changements au domaine, en à peine quelques années!... Au cours de deux passages précédents, en mars 2008 et fin 2009, nous avions pu découvrir quelques petites merveilles proposées par ce domaine familial, bien ancré sur les berges de l'Agly quasi-maritime, très différent du Haut-Fenouillèdes. En novembre 2011, lors d'un passage du vigneron, cette fois, au Chai Carlina, à St Jean de Monts, bien connu des ReVeVineurs, nous prenions connaissance du chambardement en cours au domaine : nouvelles cuvées de terroir, mise à disposition de quelques trésors, option rancios, etc... Depuis, Benoît Danjou a indiscutablement pris confiance (la paternité récente?), lancé de lourds travaux au niveau des bâtiments, continué à sillonner la campagne environnante pour découvrir de nouveaux terroirs, projeté de futurs aménagements, en vue de partager sa terre catalane avec ses amis, le tout, bien soutenu par son épouse, aidé d'autre part par Sébastien, son prof d'anglais de frère (en "double activité" aménagée grâce à un proviseur arrangeant!) et boosté par quelques jolis succès et commentaires flatteurs, ici ou là, sans qu'il n'en perde pour autant la tête!...

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Nous voilà partis pour un tour d'horizon des parcelles et terroirs. Certains semblent abordables pour le commun des véhicules, mais Benoît nous invite à prendre place dans un 4x4 collector qui laisse à penser que les chemins à emprunter ne sont pas tous carrossables... Le vigneron veut nous montrer ses dernières découvertes situées dans un endroit hors du commun : Les Escounils. Des parcelles dans la forêt, à flanc de montagne, comme une langue de terre gagnée depuis des lustres sur la végétation, des terrasses successives, des banquettes, un terme qui convient peut-être mieux, le tout orienté nord-ouest/sud-est. Pas besoin d'être devin pour imaginer à quel point ces terres sont exceptionnelles. Au total, douze hectares de très vieilles vignes, lâchés par un grand domaine de la région et repris par trois vignerons du cru, dont Benoît Danjou.

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Des grenaches blancs et gris, comme cette parcelle de 80 ares et de plus de 90 ans (ci-dessus). De nombreux manquants certes, mais une bonne reprise de la vie, grâce notamment à la biodynamie (quelques essais en cours) et le travail d'un sol argileux, ou la roche calcaire affleure parfois. Nous sommes là entre 200 et 250 mètres d'altitude. Certaines des dites banquettes sont plantées de muscat, dont certains non taillés depuis deux ans. L'objectif, pour ces zones, est de racheter la terre, arracher, semer des céréales et ensuite replanter, lorsque le temps sera venu, parce que ce sol semble être excellent pour les blancs, avec une forte minéralité probable, même pour les rouges, présents par complantation des trois grenaches notamment. Ici, on trouve trace de schiste en plus du calcaire, mais aussi de grès rose, avec quelques chênes-lièges en bordure de la forêt et moins de pins. On note aussi la présence de galets ronds ayant peut-être glissé dans la pente, au fil des siècles et millénaires. En fait, la démonstration de toute la variété des sols d'Espira de l'Agly, ce qui incite le vigneron à travailler à la parcelle, avec désormais pas moins de dix à douze cuvées, "histoire de faire plaisir à l'imprimeur!..."

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Le domaine compte actuellement une vingtaine d'hectares, dont trois à quatre en fermage (un hectare sous les Truffières). Parmi cet ensemble, pas moins de six à sept hectares de muscat, base historique de bien des entités de la région. Aujourd'hui, 90% des raisins de ce cépage sont destinés au négoce. Le vigneron avoue qu'il se demande s'il consomme lui-même, en famille, plus d'une bouteille de Muscat de Rivesaltes par an!...

Après avoir découvert le secteur dit des Terres Noires, au nord-ouest du village, en compagnie de Lucien Salani, retour dans cette même partie de la commune, qui offre quelques micro-terroirs et autant de nectars. C'est dans le bas du coteau que se situe le secteur de La Truffière (1 ha). Des sols argileux sur un socle calcaire. Nous sommes là juste à la limite d'une zone de schistes et de calcaire qui se chevauchent dans le sous-sol. Ce dernier réserve quelques surprises, si l'on en croit le chasseur de trésors que Benoit a croisé là un jour, armé de sa poële à frire (un détecteur de métaux, bien sur), qui disait avoir trouvé là nombre de pièces romaines. Il semble qu'un cimetière romain soit identifié ici, en profondeur, non loin d'une voie romaine passant jadis dans ce paysage.

038Au sud de la petite route, la parcelle de carignan complanté, Les Myrs (1 ha), reprise en fermage, donne de grands espoirs aux deux frères Danjou, avec des sols de schistes et de marnes. En face, La Truffière, avec 33 ares de carignan gris (La Truffière blanc), carignan noir et grenache (La Truffière rouge), cuvées connues pour leur finale saline et leur tension. Les grenache n'ont pas moins de 60 ou 70 ans, les carignan noirs au moins 80, dont la plupart sont dans la famille depuis plusieurs générations.

Autres vignes familiales sur les mamelons proches, L'Estaca, 55 ares de grenache noir (80 à 90%) complanté, sur des marnes et du schiste (présence de mica et d'éléments ferrugineux). Dans la contre pente, orientée nord-ouest, L'Espurna, 55 ares de cinsault, sur un sol très sec, avec une majorité de quartz. Pendant quatre ans, Benoît a tenté de planter pour combler les manquants, mais ici, rien ne pousse!...

Nous continuons à grimper dans le coteau. On y trouve de vieux muscats, âgés au moins d'une soixantaine d'années, chose plutôt rare pour un cépage qui est souvent arraché dès qu'il atteint trente ans. A proximité d'un petit mas, restauré dans quelques années sans doute, pour permettre aux clients du domaine de goûter... le paysage et quelques cuvées autour de quelques grillades, une parcelle qui pourrait relever d'un conservatoire des variétés rares de vigne : 300 pieds de jaumet (ou jaoumet), appelé aussi la Madeleine de Jacques ou le St Jacques. Un cépage pour le moins prime, puisqu'il mûrit à la mi-juillet, le saint se fêtant le 25 de ce mois. En fait, le premier raisin de bouche cultivé en France, sur échalas, avant même le chasselas de Moissac. Particularité de ce cépage, il prend bien l'oxydation. A prévoir donc au domaine avant longtemps, un essai de vin de voile, comme il se doit, pour ce passionné d'oxydatifs et de rancios!...

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Les parcelles de maccabeu les plus hautes dans la pente ont été arrachées. Pas de plantations programmées là, mais peut-être seulement quelques semailles. A terme, elles pourraient être dédiées au rêve qui se construit doucement dans l'esprit de Benoît Danjou : une exploitation viticole qui s'orienterait vers une polyculture vivrière!... Ici, il se pourrait bien qu'on trouve avant longtemps quelques vaches de l'Albera, la massanaise, dont on a retrouvé quelques rares spécimens non loin de Banyuls. Une race, abandonnée au profit de la charolaise produisant le double de viande, mais qui est tout à fait adaptée au climat et à la sécheresse de la région. Et qui, quelque part, porte toute la fierté sanc e or, aspect des choses auquel le vigneron d'Espira ne peut rester insensible.

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Au final, il est intéressant à plus d'un titre de découvrir tout l'aspect géologique (du moins, pour ce qui est des sols) et les composantes terriennes du travail et des choix d'un vigneron. Benoit Danjou admet volontiers que s'il était à Calce, par exemple il aurait sans doute une autre vue des choses, parce que là-bas, il faut jouer avec la pluralité des sols dans certaines parcelles. Ici, on peut, d'après lui, jouer et tenter d'optimiser le duo terroir-cépage, faire valoir son identité, notion très recherchée de nos jours, notamment parce que ses ancêtres, à force d'obervations, ont déterminé ce qu'était la meilleure option, parmi de multiples possibles.

Le domaine est certifié bio depuis trois ou quatre ans (label Ecocert), sans que ce soit affiché sur la contre-étiquette. "Cela n'a pas changé grand chose pour nous, au domaine. On l'a fait un peu sous la pression de certains importateurs qui aiment produire des documents sur le sujet. Et puis, de toute façon, c'est bien ceux qui sont en chimie qui devraient le mettre sur l'étiquette!..."

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En dégustant le premier vin, Coste 2012, un 100% maccabeu bien armé pour être une belle mise en bouche, nous évoquons avec les deux frères la grosse évolution commerciale du domaine en quelques années. Voilà peu, Danjou-Banessy était surtout connu dans les P-O, un peu à Lyon et sur quelques tables à Paris. Désormais, les cuvées, au volume très limité parfois, ont franchi quelques frontières, mais plutôt vers des pays limitrophes, surtout parce que Benoit et Sébastien tiennent à un bilan carbone le plus positif possible. Ils sont désormais bien diffusés en France, sauf dans le Grand Ouest, qui est un peu le parent pauvre. Tant pis pour les amateurs et les gastronomes bretons et ligériens!... Il faut savoir que les Danjou sont très attachés également à la qualité des relations qu'ils peuvent avoir avec leurs diffuseurs. Certains ne manquent pas de participer aux vendanges et sont devenus des amis. Pas question de laisser partir les cuvées du domaine dans n'importe quelles mains!...

056Lors de cette séance de régalade, c'est l'occasion, pour Benoît Danjou, de faire une sorte de profession de foi, la sienne, celle qui le porte chaque jour. Ce jeune homme a du carignan catalan dans les veines, n'en doutons pas!... "Le plus souvent, les grenache sont vinifiés en vendanges entière et les carignan égrappés. Mais, il n'y a pas de recette type, on s'adapte au millésime! Parfois, tout est non égrappé, une autre fois, on égrappe partiellement. Le grain est important, mais la rafle aussi. Pendant les vendanges, on goûte tout, tous les jours! On est présents dans toutes les parcelles. On y passe énormément de temps, mais on croque le raisin!... Quand on le croque ce raisin, c'est sucré, forcément. Or, le sucre annihile tous les arômes. Donc, on sépare la pellicule, les pépins et la pulpe, c'est important!..." Ce qu'on appelle peut-être des pré-vendanges chirurgicales?...

"Il faut goûter tout séparé. Dans la pulpe, on va avoir la densité du vin. Dans la pellicule, ce sera la qualité des tannins. Les pépins, quant à eux, on ne les croque pratiquement pas. On s'est aperçu, contre l'avis des oenologues, que lorsque le pépin est marron chez nous, en visuel sans le goûter, le grain est déjà en surmaturité et d'est trop tard!... Ces oenologues prônent encore dans le département, de récolter à maturité phénollique, terme inventé par les scientifiques et à contre-courant de ce qu'on veut faire au domaine!... La maturité phénollique d'un grenache noir en 2006 se situait à 17°, dans certains endroits! Ce n'est plus de la maturité, mais de la surmaturité, avec des arômes de Maury, de Rivesaltes ou de Banyuls, ce n'est plus un rouge!..."

"On a déjà vinifié des vins secs à 17 ou 18° même, avec au final, aucun sucre. Qui peut dire que tel ou tel fruit est mûr?... Je ne dis jamais ça. Je dis seulement : ce raisin, il me plaît, c'est avec ça que je veux faire mon vin et on va aller le cueillir dès demain! Pour moi, un vin rouge, c'est du fruit rouge! On s'accroche trop à certaines choses dans le sud. Après, il y a toute la complexité d'un terroir derrière, mais pour moi, ce n'est pas du fruit noir compoté. Les goûts, ça reste subjectif. Certains vont préférer des peaux plus acidulées, d'autres plus sucrées, mais nous, on fait nos vins avec nos sens. On goûte avec méthode et on prend une décision. Ce n'est pas du hasard!"

057De plus, Benoît nous l'avoue : "2012, c'est un des plus beaux millésimes que j'ai eu la chance de faire!" La Truffière blanc est déjà abordable et d'une belle pureté. On passe ensuite au "ploussard catalan"!... Les Myrs 2012, dont c'est le premier millésime. Un vin qui a passé quatorze mois en fûts anciens. Un carignan très très vieux, pour lequel une extrémité de la parcelle est en marcottage, l'ensemble se passant fort bien de soufre. Selon le vigneron, un carignan travaillé à contre-courant de nombre de ceux qu'on trouve dans le sud, ni robuste, ni lourd. Une belle touche florale, un croquant qui propose une belle acidité. Des sols avec moins de calcaire cependant et plus de schistes ferriques. De la griotte, pour une belle pureté de fruit. Voilà un carignan qui pinote!...

Un travail en levures indigènes bien sur, aucune filtration même sur les blancs, ces dernières ayant très vite été abandonnées après un seul essai, il y a près de dix ans!... A suivre, Espurna 2011, le nom catalan de l'étincelle provoquée par la pioche sur le quartz, du cinsault dans un autre style, plus sudiste sur ce millésime, entre fruits rouges et noirs, après un élevage de 22 mois dans un seul demi-muids. Plus de richesse, de matière, même s'il ne s'agit que d'infusion, en mouillant le chapeau, lors des vinifications et plus du tout d'extraction. Cette matière qui se fait à la vigne, le credo du vigneron. Celui-ci qui s'offusque parfois, lorsqu'il entend dire des vins du Languedoc-Roussillon que ce sont des rouges qui tâchent. "Pour ce qui est du Roussillon en tout cas, dans la vallée de l'Agly, la roche-mère affleure dans les vignes, on est en contact avec le minéral et cela doit équilibrer les forces, avec la climatologie qu'on a. C'est bien le but!..."

Parmi les nouveautés, Les Mirandes 2011, une cuvée d'exception, genre explosive! Une vigne de syrah plantée près d'une carrière de roc de mirande, une roche quasi basaltique, un schiste plein de petits mica, dont on garnit les ballasts des voies ferrées. Pendant les travaux à la cave, les ouvriers y ont laissé quelques perceuses, les mûrs étant parsemés de cette roche indestructible. Ca goûte du diable!... Du fumé, de l'encre de seiche, du graphite!... Ma doué!... Selon le vigneron, une parenté quasi certaine avec certains St Joseph sur granite, même si on n'a pas encore trouvé trace de cette roche sur la parcelle.

Estaca 2011 (le piquet ou le tuteur en catalan) : de l'infusion encore, mais souvent, de la vendange entière foulée aux pieds par le vigneron (qui n'aime guère les macérations carboniques, sauf pendant l'été, sous la tonnelle, lorsqu'elles viennent du Beaujolais!), dans une petite cuve, dans laquelle le contenu des petites caisses de raisins est introduit petit à petit, pour éviter toute trituration et l'astringence qui peut en découler. Infusion de deux à trois semaines, puis les jus écoulés par gravité dans un demi-muids (dans les très bonnes années, une barrique de 500 litres et une autre de 228 litres en plus), soit 5 à 7 hl sur un demi-hectare!... Du grenache à 90%, avec une belle structure tannique due aux rafles, à la fois aérien et robuste. Des notes de fraises écrasées, marqueur habituel du cru et un soupçon de pétale de rose. Du grand art!...

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Et de grands vins de gastronomie aussi, point important qu'il ne faut pas négliger pour les vins de ce domaine, qui ont désormais leur place sur les plus grandes tables et les cartes des vins les plus réputées. Avec Benoît Danjou, on devine que nous sommes là en présence d'un vigneron qui sait prendre ce succès récent (coup de coeur de la Revue du Vin de France pour le millésime 2008!) avec ce qu'il faut de recul. Inutile de céder à un dithyrambe par nature excessif, ce ne serait pas la meilleure façon de le mettre à l'aise. Mais, il sera sans doute le plus heureux des vignerons, si vous prenez un peu de temps pour découvrir ses vignes en sa compagnie. De toute façon, il sait bien, question de gènes sans doute, que son métier est très exposé à divers risques, notamment les plus naturels et qu'il faut donc sans cesse se remettre en question, chercher de nouvelles voies, explorer. Ça tombe bien, le Roussillon est un formidable terrain de jeu pour ce genre d'explorateur. N'hésitez pas à vous mettre dans ses pas!...

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01 mai 2014

Trilogie salonnesque parisienne

Pas moins de trois salons en quarante-huit heures, en cette fin avril, au coeur de Paris, c'était tentant!... De plus, deux d'entre eux avaient pris position dans les arrondissements du XIè et du XXè, ceux de ma prime enfance. Belleville, Ménilmontant, pour l'enfant de Charonne, comment dire... ne point y prendre part, non mais, tu détonnes!... Une fin de semaine, lundi compris, entre Pâques et 1er Mai. Entre procession romaine et défilé entre Nation et Bastille. Ça tombe bien, vignerons et amateurs se sont précipités dans ces lieux divers et variés, pour défiler verre en main, processionnellement, parce que le vin le vaut bien!...

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Après, il reste à s'organiser, aspect indispensable des choses. Se munir de quelques tickets de métro-bus, mettre en poche un petit guide de Paris pratique ou activer Google sur son téléphone. Arrivée tardive dans la Capitale en ce samedi soir, ça bouge partout! Rien à voir avec les places supposées centrales de nos petites préfectures de province. Rendez-vous à Bastille, pour aller dîner, malgré l'heure, à deux pas de la Rue de la Roquette, au restaurant Volver, rue Keller. Une adresse évoquée, voilà peu, dans l'émission dominicale "On va déguster", sur France Inter. Un endroit incontournable pour celui qui veut apprécier une succulente entrecôte de la Pampa!... Ah, la vache!... Un régal! Le resto catégorie cantine, façon coeur de Buenos Aires. Guère plus d'une vingtaine de couverts et encore, deux grandes tables à partager. Une télé diffuse un match de foot. On s'attend à voir surgir le cousin de Maradona de derrière le bar. Des maillots sous verre, comme des reliques, Boca Juniors, River Plate, Independiente... Et ce steak, ma doué!... Petite sauce chimichurri, sans doute (je ne suis pas un spécialiste). Et je ne vous parle pas du dessert, un fondant au chocolat coeur de dulce de leche!... Les babines, on s'en lèche, d'ailleurs!... Côté vin, un Pinot Noir Oak Cask 2012 de Trapiche, from Mendoza, pour rester en phase, avec l'hémisphère sud. Bienvenido!... Une heure du mat'! Ça bouge toujours dans le quartier. Ça parle plus fort aussi, non?... Un taxi passe. Hep!...

004Le lendemain, c'est dimanche. Il pleut sur le Quai de Seine. Quelques arbres m'empêchent de voir la mer le bassin, mais ce ne sont pas des palmiers, à peine des platanes. A qui se fier?... Pas vraiment le temps d'une grasse matinée, il faut que je file à un anniversaire : les 30 ans du Rouge & du Blanc, avec 30 jeunes vignerons venus de toute la France, mais pas que. Ça se passe à La Cartonnerie, dans le XIè, aux confins du Xè et du XXè, entre les métros Goncourt et Belleville, trois-quatre stations depuis Stalingrad. A onze heures pétantes, je suis face au n°12 de la rue Deguerry. Les fidèles de la paroisse St Joseph des Nations, qui sépare cette rue de la rue Darboy (ça ne s'invente pas!), se présentent pour la messe dominicale. Dans les locaux en partie rénovés de cet ancien atelier de fonderie de la fin du XIXè siècle, reconvertie en manufacture de cartons dans les années 50 et jusqu'en 2002, les vignerons finissent de s'installer. Avec tous ces canons, ça va cartonner!... Un endroit un peu hors du temps, avec une superbe verrière centrale, un site que l'on imagine aisément dédié aux tournages de fictions diverses. Pour un peu, on verrait surgir les Brigades du Tigre dans leur torpédo pétaradante!... M'sieur Clemenceau!... Ah, d'ailleurs... Non, c'est François Morel qui virevolte d'un espace à l'autre. En place!... Trois petites salles, de part et d'autre de la verrière, on peut craindre une forte affluence. Yaïr Tabor et Jean-Marc Gatteron soulignent que j'ai peut-être fait le bon choix, en venant si tôt. Tôt?! Mais, c'est juste la bonne heure!... Ces jeunes (et moins jeunes) talents sont connus des amateurs, du moins ceux qui fréquentent les salons de l'hiver. Mais, une bonne partie ne quittent guère leur vignoble et il est fort agréable de les retrouver là : Cyril Dubrey, Julien Guillot, Pablo Höcht, Cyril Fahl, Marjorie Gallet, Jean-Yves Péron, Jérémie Mourat et Jérémie Huchet ou encore Fabien Jouves. Toutes les régions sont (bien) représentées et on devine que nombre de Parisiens peuvent ainsi faire de passionnantes découvertes. De plus, une présence étrangère (Autriche, Espagne, Grèce et Italie) vient compléter le plateau, ce qui tend à rappeler que les passionnés qui furent à l'origine de la revue et ceux qui sont venus les rejoindre depuis quelques années, ont toujours voulu insister sur "l'universalité" du monde de la vigne et du vin, soulignant trimestre après trimestre, que les vignerons passionnants n'étaient pas une spécialité franco-française. "Être au plus près du vin, avec un mélange - le plus juste possible - de passion dans l'approche et d'esprit critique dans l'analyse, en toute indépendance, sans complaisance injustifiable ni agressivité injustifiée." C'était là, la présentation originelle de la démarche de ces pionniers, en 1983. Et de préciser aujourd'hui : "Les 30 années à venir seront un combat pour les vins de terroir dignes de ce nom, plus que jamais et Le Rouge & le Blanc - avec sa bande de guetteurs et goûteurs de vins - en sera. Qu'on se le dise!" En tout cas, l'occasion de rappeler aussi, à quel point cette indispensable revue inspira sans doute nombre de blogueurs du 3è millénaire, prêts à les rejoindre dans leur passion, verre en main, dans les vignes éparses, plus ou moins lointaines et jusqu'au coeur de Paris!...

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Le temps d'avaler une sorte de hamburger au lieu jaune et aneth frais préparé par le team d'Antony Cointre (vous ici!), sans oublier les spécialités gourmandes du Sud-Ouest du Domaine de Saint Géry, j'opte pour une petite marche à pieds afin de rejoindre La Bellevilloise, rue Boyer, quasiment en haut de la côte de Ménilmontant, à deux pas supplémentaires de la rue des Pyrénées. C'est bien là et non pas 89è Rue d'une grande métropole nord-américaine, que se déroule Sous les pavés, la vigne! évènement parisien qui a pris des allures d'incontournable dès sa première organisation en 2013. Il faut dire qu'Antonin Iommi-Amunategui, alias AIA pour les intimes, déjà coupable d'un blog à succès, No Wine is innocent, ou NWII, a tout (bien) fait pour proposer une affiche complète et cohérente. Tout d'abord, 50 vignerons venus d'un peu tous les horizons, "des artisans-vignerons et leurs vins actuels, naturels, commercialisés hors des circuits de la grande distribution, parfois chahutés par l'administration", que ce soit en France ou en Italie.

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Aux côtés de ces producteurs talentueux, quelques auteurs passionnés, comme Michel Tolmer, qui dédicace encore et toujours, parfois jusqu'au bout de la nuit, son désormais célèbre Petit traité de dégustation, Mimi, Fifi et Glouglou, ou encore Isabelle Saporta, journaliste et chroniqueuse, couverture, cheveux et regard noirs, déjà auteure de quelques livres pour le moins polémiques sur le sujet sensible de l'agriculture intensive et qui, avec son dernier pavé (arraché à l'affiche du salon!) dans la mare (le marigot, diront certains), Vino Business, fait quelques vagues sur les plages trop tranquilles du vignoble bordelais, au point que certains lui promettent un ressac revanchard (parfois en termes pour le moins insultants)!... Pas encore lu le bouquin, mais suis quasiment sur d'y entrevoir tout ce qui illustre et fait Bordeaux aujourd'hui, au-delà même de St Emilion : certains jours, un paternalisme "soumitif", d'autres, une soif d'expansion que seuls, quelques conseillers fiscaux et patrimoniaux, à la solde de divers fonds de pension "exotiques", peuvent vraiment comprendre et admettre, au final, un rêve de puissance permettant aux plus grands de la région de s'exonérer, peut-être un jour, du carcan des règlements qu'ils feignent de suivre à la lettre et de louer. Gageons qu'Isabelle Saporta ne tardera guère à trouver d'autres pistes d'investigation, même si certains tenants d'un égocentrisme narcissique à la bordelaise ne lui dérouleront pas le tapis rouge la prochaine fois!... Heureusement, il y avait là, sur le parquet de la Bellevilloise, Gombaude-Guillot, Lamery, Les Trois Petiotes et les Closeries des Moussis, autant d'exemples démontrant que l'on peut voir les choses autrement, même sur les bords de la Garonne et sur les rives de l'estuaire de la Gironde!...

014Sous les pavés, le vin donc, aussi. L'Ardèche bien représentée, avec les Azzoni, Oustric et Bock notamment. Et à propos de bocks, des bières également, dont la célèbre Cantillon, venue dans les valises de Patrick "Bock" Böttcher, histoire de reformater les papilles, si nécessaire. Pour cela, il y avait aussi le nectar d'abricots du Clos des Cîmes. Beaujolais, Bourgogne, Champagne, Languedoc, Val de Loire, Roussillon et même Italie comptaient de belles délégations et les visiteurs (très nombreux le dimanche après-midi!) ne déléguaient pas leurs compétences pour apprécier les nombreux canons. Chacun pouvait faire une pause auprès des auteurs disposés à d'éventuelles dédicaces, avec parmi ceux-ci Ophélie Neiman, sans oublier Aurélie Portier et Guillaume Nicolas-Brion, avec leurs "Dix façons de préparer la peau", aux célèbres Éditions de l'Epure, maison avisée, s'il en est, en matière de choix éditoriaux, option cuisine et cave.

Dans l'optique d'être éclectique, le salon proposait aussi, le dimanche un débat : "Désobéissance civile dans le vignoble : résistance ou délit?" vaste sujet de réflexion, avec comme participants principaux Emmanuel Giboulot et Jonathan Nossiter, le premier ayant eu maille à partir avec la justice pour avoir refusé d'utiliser certains produits de traitement imposés par les autorités locales bourguignonnes et le second pour évoquer et présenter (en avant-première le lundi soir) son nouveau film "Naturel resistance", tourné auprès de vignerons italiens très engagés pour la défense des vins naturels. N'ayant pu assister finalement ni à l'un ni à l'autre (on notera que le film était projeté au cinéma Étoile-Lilas, Place du Maquis du Vercors!), je ne suis pas à même d'en faire état largement? Peut-être, trouverez-vous quelques échos ici ou ?...

Indiscutablement, une réussite que ce salon sur les hauts de Ménilmuche, puisque les vignerons en redemandent. Il faut dire que le panel est bien choisi, permettant aux uns et aux autres de faire quelques belles découvertes, les occasions "nationales à dimension humaine" de se croiser n'étant pas si nombreuses que cela. Là, un Ardéchois pouvait consacrer un peu de temps pour (re)découvrir Bordeaux. Un Catalan trouvait la Loire au bout de sa rangée. Les Beaujolais n'avaient plus à franchir les Alpes pour apprécier quelques nectars italiens!... Bien joué!...

Figurez-vous qu'en plus, en descendant au métro Ménilmontant, vous pouviez sauter dans une rame de la ligne 2, Nation-Étoile, descendre à Pigalle, trouver la rue Frochot et découvrir au n°2, le Cercle Central, un cercle de jeux transformé, en ce dernier lundi d'avril, en salon dédié aux vins de Loire, Les Affranchis, proposé par Laetitia Laure. Pas moins de 35 vignerons ligériens et avec un tel plateau, il y a matière à la franchir, la Loire, dans les deux sens, pour une bonne virée de galerne!... Palsambleu!... Comment ignorer tous ces Muscadets : Jo Landron et ses béquilles (ça va mieux, merci!), Frédéric Niger Van Herck et ses cuvées amphorisées (difficile de n'en citer qu'une, on se régale!) ou encore Marc Pesnot et ses nouvelles cuvées expérimentales, voire Jérôme Bretaudeau et Jacques Carroget (que je ne suis pas encore allé voir, mais ça va venir!). Des Chinon, des Anjou, des Savennières, sans oublier Bourgueil, Vouvray, Saumur et même la Sologne et l'Orléanais!... Toujours un plaisir de déguster en compagnie d'Etienne Courtois. Juste à ses côtés, Reynald Héaulé, pas ménagé par la météo depuis quelques années, avouant qu'il s'en est fallu de peu qu'il n'abandonne, voilà peu...

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Un peu à bout de souffle et les papilles chahutées, après quelques bonnes heures sur le pont, la perspective de retrouver le métro qui, cette fois par la ligne 12, Porte de la Chapelle-Mairie d'Issy, va me déposer au bout du tapis (pas celui du Multicolore!) roulant de Montparn' et dans le hall des grandes lignes, m'incite à quitter ce lieu, jadis Cercle des Arts et Lettres, devenu lieu de pratique du poker et autres jeux. Son vitrail superbe, le bois, le laiton, le cuir évoquent un peu le décor d'un paquebot des années folles. Quelque chose qui vous invite à la rêverie, au point de vous donner envie d'organiser de telles manifestations dans un port, quelque part sur la côte atlantique... Alors, vignerons et amateurs, êtes-vous prêts à changer d'horizon?... Dans le TGV, je saisis mon livre de chevet actuel : "L'extraordinaire voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikea", de Romain Puértolas, aux Éditions Le Dilettante. Pas de doute, autant de salons à ne pas aborder en dilettante, quel que soit le côté du lit à clous où on se trouve!...

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26 avril 2014

Thomas Teibert, Domaine de l'Horizon, à Calce (66)

On peut dire que c'est le petit dernier de l'Ecole de Calce!... Le dernier arrivé s'entend, parce que pour ce qui est du niveau actuel des vins, il arrive désormais très haut dans la hiérarchie locale. Une sorte de club amical, dont la plupart des membres revendique son goût prononcé pour le cinéma dialogué par Audiard, au point de proposer chaque année, dans leur petit village, une réunion qui vaut le détour : Les caves se rebiffent, comme ce sera le cas le 10 mai prochain, avec quelques invités extra-catalans de talent. A coup sur, une journée entre gens de bonne compagnie chez Les Tontons Flingueurs, qui n'hésitent pas, pour l'occasion, à dégainer à coup de calibres de 75 et Touchez pas au grisbi, sauf pour vous procurer quelques flacons qui pourraient bien vous mettre la dalle en pente!...

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Thomas Teibert est allemand. Et pas autrichien, même s'il est distributeur exclusif (et oenologue) pour la France des célèbres cuves Stockinger et des remarquables verres Zalto, le tout issu de ce pays d'Europe centrale. Il l'est également d'ailleurs, pour la Tonnellerie Boutes, notamment pour le nord de l'Italie. Une région de l'Europe qu'il connaît bien, puisqu'il était régisseur de la Tenuta Manincor, au bord du lac de Caldaro, en Alto Adige, lorsqu'il découvre, à l'occasion d'une dégustation en 2003, les vins de Gérard Gauby, le maître d'école justement. Il n'a jamais vu de vins du Sud comme ceux-là!... Il est positivement impressionné, parce que ce jour-là, les vins de Gauby sont au-dessus des grands Bourgogne et grands Bordeaux présents. "Je suis alors vraiment scotché par leur fraîcheur et leur minéralité!" Trois mois plus tard, n'y tenant plus, il vient jusqu'à Calce, pour tenter de comprendre ce qui se passe ici et percer le secret!... Mais, comme d'autres peut-être, il tombe littéralement amoureux de la région et en conclue que, "s'il fait du vin, ce sera ici!"

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Gérard Gauby lui propose de venir de temps en temps, pour s'imprégner du lieu et travailler un peu, afin de découvrir l'essentiel des us et coutumes de la viticulture catalane. En même temps, son contrat en Italie évolue vers du consulting. le vigneron de Calce lui explique ce qu'il faut acheter et ce qu'il faut éviter, lui apprenant à bien observer avant de faire ses choix. Il s'installe dès la fin 2004 et va effectuer ses premiers achats de vigne en 2006, pour atteindre aujourd'hui quatorze hectares et une trentaine de parcelles plantées en gobelet uniquement, avec une légère dominante de rouges, ce type de vins sudistes étant souvent réclamés par sa clientèle en Suisse, Allemagne et Autriche. Comme pour la parcelle que nous découvrons sur les hauteurs du village, toutes les vignes du domaine "voient la Méditerranée", d'où le nom de Domaine de l'Horizon. "Calce, c'est comme une île, le plateau d'un volcan..." La plupart des domaines sont dans les collines, à 250m d'altitude et désormais tous en bio, depuis que le Château Lafforgue a franchi le pas voilà deux ans. Seul, la coopérative est en conventionnel.

022Perpignan n'est à guère plus de vingt kilomètres, mais la température ambiante est toujours trois ou quatre degrés plus basse que dans la plaine. De plus, avec la tramontane ou le vent marin et l'altitude, les cépages en gobelet s'auto-sélectionnent et les souches qui résistent au régime assez virulent de la météo locale, sont alors armées pour produire des raisins de qualité. Ceci dit, Thomas Teibert a déjà arraché près de trois hectares depuis son arrivée, toujours des vignes peu productives et ce, après quelques années d'observation. Il faut dire que sur les quatorze hectares, dix sont plantés de vieilles vignes, dans leur configuration classique (1,50m x 1,50m) et quelques grenaches blancs sont même centenaires. Du fait des relatives faibles pentes, les labours sont pratiqués au chenillard. Au niveau de la plante, un effeuillage attentif permet d'aérer la souche de l'intérieur et éviter ainsi, l'essentiel des problèmes de maladies, mais pas à l'extérieur, afin de préserver le style des vins, en protégeant les raisins du soleil direct. D'une façon générale, c'est la biodynamie qui est utilisée, cependant les 500 et 501 ne sont pas préparées au domaine. Quelques tisanes en cours d'année et un épandage de compost tous les deux ou trois ans, sur certaines parcelles, sinon un engrais organique est utilisé si nécessaire. Au fil des millésimes, tout en s'adaptant aux conditions climatiques de l'année, le but du vigneron est de vendanger tôt mais mûr (à peine!), quelque chose qui se joue sur le fil!... Les raisins doivent être croquants, la peau un peu dure et le tout ramassé dès le matin, en petites cagettes, dans le but de conserver des raisins frais. Depuis ses débuts, les rendements n'ont guère dépassé douze à dix-huit hectolitres à l'hectare, ce qui est, avoue Thomas, quelque peu limite...

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Un portail à dominante vert écaillé, des mûrs qui témoignent de la diversité des roches locales, Thomas Teibert est installé dans la "cave des débutants"!... Là-même où Gérard Gauby a produit ses premières cuvées en 1983 et ce, jusqu'en 1997 inclus. C'était l'époque où pas moins de 100 000 bouteilles sortaient de cet espace plutôt réduit!... Aujourd'hui, Thomas ne peut guère dépasser 30000 flacons, malgré les derniers aménagements. "Il y a eu beaucoup d'évolutions pour travailler dans le haut de gamme aujourd'hui..." Avant lui, Olivier Pithon et Jean-Philippe Padié ont également fait leurs débuts dans cette cave. Elle n'est pas classée au titre des espaces "faiseurs de talents", mais elle pourrait bien l'être un jour, par les générations futures de vignerons et d'amateurs!...

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La dégustation qui suit permet au passage à Thomas Teibert d'expliquer en quelques mots, où se situent ses goûts, en matière de vins produits et/ou dégustés. Le Domaine de l'Horizon rouge 2008 (1/3 grenache et 2/3 carignan) lui en donne aisément la possibilité. Il préfère ce type de rouge étroit, venant des trois grands terroirs principaux de Calce (schiste, calcaire et marne), alors que dans la plaine, on trouve plus de sables et de galets roulés. "En 2008, il n'y a pas eu un seul jour à plus de 30°, mais aussi pas une goutte de pluie!..." A l'époque, pas d'extraction, fermentation en cuves bois, pendant deux semaines, sans pigeage ni remontage. "On dirait du pinot!"

Pour ce qui est de 2013, "un millésime que je n'aime pas, peut-être surtout du fait des faibles quantités, moins de 12 hl/ha! Les malos, on ne sait pas si elles vont se faire!..." Au passage, il souligne les contradictions et les difficultés qui se présentent aux vignerons en ce moment, à propos du style des vins : "Si on ne veut ni réduction, ni traces de bretts, on doit très vite écarter les lies, mais pour travailler sans SO2, il faut les conserver!..." Un langage volontiers didactique, qui laisse entrevoir toute la difficulté des choix... et des risques.

012Du côté des blancs, principalement du maccabeu (70%), associé à du muscat petit grain (30%) pour L'Esprit de l'Horizon 2012, issus de vignes ayant entre 25 et 50 ans. Fermentation en bois sur lies pendant neuf à dix mois. Une très jolie touche saline, où le muscat se fait assez discret (il semble qu'il soit plus aromatique en 2013). Pour le Domaine de l'Horizon, association des mêmes cépages dans des proportions proches, avec en plus, du grenache gris issu de vieilles vignes. La fermentation est prolongée de trois mois supplémentaires. Il faut préciser que très peu de vignes de blanc dépassent 70 ans, surtout pour ce qui est du maccabeu. Noter que pour ces vins blancs, le pressurage se fait en grappes entières pendant quatre à cinq heures, "presque sans tourner le pressoir", ce qui permet d'obtenir des jus très clairs. Pas ou peu de turbidité donc, repos pendant une nuit, sorte de "débourbage naturel", puis passage en fûts selon le lot. Sont utilisés des fûts de 500 ou 600 litres, mais également des foudres de 12 ou 20 hl. Un aspect important pour le vigneron, qui privilégie cette sorte de diversité, évitant les expressions trop monolithiques. Chaque parcelle est différente et il faut, si possible, les laisser s'ouvrir dans leur style propre, sachant qu'en plus, l'intérêt est d'avoir, au terme de l'élevage, des vins qui s'expriment de façon singulière et obtenir ainsi un style vivant.

Pour les rouges, une large dominante de carignan (cuvaison en raisins entiers pour un tiers à deux tiers de la vendange), un tiers de grenache (raisins entiers uniquement) et très peu de syrah. Les plus jeunes vignes sont égrappées. Les élevages se déroulent dans des contenants identiques aux blancs. L'Esprit de l'Horizon rouge 2011 se montre un peu sur la réduction (comme ce fut le cas du 2012, dégusté aux Greniers St Angers). Thomas avoue au passage que ce problème de réduction sur les carignans est assez difficile à gérer et que cela reste typique de ce cépage. Ici, les vignes ont une douzaine d'années. Cet assemblage compte aussi 30 à 35% de syrah d'une bonne vingtaine d'années. Une jolie touche saline et minérale, une rétro qui s'ouvre sur des arômes de syrah. Pour ce vin, l'élevage s'est limité à un an en fûts, alors que pour le 2012, du fait des volumes plus importants (17 hl/ha), la moitié des jus passa dix mois en cuves béton sur lies. A noter qu'un rosé en pressurage direct est aussi produit (entre 1000 et 1500 bouteilles selon les années), mais il est destiné, pour l'essentiel, au marché allemand.

027Au domaine, d'une façon générale, tous les vins sont filtrés, parce qu'avec le recul, Thomas Teibert estime que la non-fitration génère plus de problèmes que d'avantages. Certes, les vins non filtrés conservent du "gras", mais lui préfère les vins plus serrés. De plus, il n'est pas obnubilé par la façon dont les vins se dégustent lors de la première année de bouteille. Un sujet très polémique dans un domaine qui n'en manque pas!... A ses yeux, il en va de même du "sans soufre", dont il n'est pas friand. Il est cependant fan des vins d'Overnoy, "mais les bons vignerons sont rares"!... Surtout ceux capables de produire des vins constants, réguliers.

Pour ce qui est du SO2, les vins du domaine se situent entre 40 et 60 de soufre total et entre 10 et 25 de libre. Sur certains blancs, on note 25 de libre à la mise et 50 de total, sachant qu'au bout de quelques mois, les 25 sont devenus 15!... Des mesures qui semblent très acceptables pour le vigneron.

Comme on peut le deviner, Thomas Teibert n'est pas homme et encore moins vigneron, à céder aux effets d'une quelconque mode. Il ne veut surtout pas non plus, proposer des vins marqués par une méthode, quelle qu'elle soit. Pas de langue de bois non plus, pour ce qui est de l'origine des chênes, chez quelques tonneliers, pas plus que pour la biodynamie, qu'il a adoptée depuis longtemps. Au calendrier biodynamique et ses jours fruit, racine, etc... il préfère de loin se fier aux grands rythmes de la Lune, montante ou descendante, mais surtout, associer cela à la pression atmosphérique, point essentiel à ses yeux. On le voit, s'il fait partie intégrante de la communauté calcéenne, il sait faire valoir ses idées issues de réflexions personnelles approfondies et chaque sujet important a est abordé le plus objectivement possible. Il faut dire qu'avec vingt-cinq ans de vécu, vignes et caves, son recul est des meilleurs. Il admet volontiers que ses vins ont évolué avec lui et avec ses propres goûts, depuis qu'il est arrivé à Calce. Aujourd'hui, il essaie de faire des vins qui lui ressemblent, ainsi qu'à sa terre, sans qu'il soit nécessaire de tenter d'en copier d'autres. Mais, il n'est pas impossible que ces cuvées remarquables en inspirent d'autres, en Roussillon ou ailleurs.

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21 avril 2014

Anjou : en avril, il faut suivre le fil... d'actualité!...

Vous connaissez sûrement ce film culte, Les Demoiselles de Rochefort?... Eh bien, en ce mois d'avril, elles ont pris de la bouteille!... Et cela n'a rien à voir avec les dernières photos de Catherine Deneuve apparues récemment dans le New York Times!... Ce ne sont pas à proprement parler des soeurs jumelles, mais elles nous offrent parfois des verres quasi jumeaux!... Je veux juste évoquer là les appellations Quarts-de-Chaume et Coteaux-du-Layon Chaume, sises toutes deux sur la commune de... Rochefort sur Loire.

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Après vingt ans de démarches et de promotion de l'idée même de "Grand Cru", Quarts-de-Chaume a obtenu ce label au combien mérité. Dans le même temps, Chaume est promu au rang de Premier Cru des Coteaux-du-Layon. Ce sont les deux premiers du genre pour toute la Vallée de la Loire. Claude Papin, président du syndicat de l'appellation Quarts-de-Chaume, qui s'en félicite au nom de (presque) tous les vignerons du cru, espère au passage, qu'à terme "cette reconnaissance encouragera une réflexion sur de nouvelles délimitations des autres appellations pour la création d'autres crus dans la Loire." On peut raisonnablement penser que Coulée de Serrant et Roche-aux-Moines ont également le potentiel pour atteindre le sommet de la pyramide des classifications. Bonnezeaux sans doute aussi, pour peu que les vignerons arrivent à se mobiliser sur une véritable démarche de qualité et de mise en valeur du cru, en optant notamment, pour une augmentation du degré minimum naturel à la cueillette, le non usage de la chaptalisation ni de la cryoextraction (la cryosélection, selon Florent Baumard!) et bien sur, une délimitation rigoureuse des meilleures parcelles.

Chacun sait que ce genre de démarche collective débouche rarement sur un rapprochement humain sans arrière-pensée et des réunions de syndicat viticole se déroulant dans l'allégresse générale. Mais, ce qui a prévalu depuis 2011 et l'apparition officielle des décrets, a de quoi mettre en évidence les amers du chenin. Certes, la vingtaine de producteurs de Quarts-de-Chaume (et le double pour Chaume) s'est recentrée en grande majorité autour de l'objectif à atteindre, mais les chausse-trappes de la famille Baumard en ont laissé plus d'un perplexe. Ces derniers en avaient appelé, en dernier recours, au Conseil d'Etat, mais celui-ci, par son arrêt du 26 février dernier, confirme l'obtention des deux distinctions. Il ne reste donc plus qu'à travailler pour rendre leurs lettres de noblesse aux grands liquoreux d'Anjou et redonner envie aux amateurs, de mettre de nouveau ces crus sur leur table.

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Encore un Grand Cru, mais option Gueules de Vignerons, cette fois!... De bien belles images et le coup d'oeil d'un expert en la matière, Jean-Yves Bardin, photographe-auteur de son état, qui tire le portrait des vignerons de Loire et d'ailleurs depuis quelques années, proposant depuis quelques semaines, aux Éditions Anovi, Vignerons d'Anjou, une galerie de tronches réunissant la plupart des plus grands talents angevins et saumurois du moment. Une préface d'Étienne Davodeau et des textes de Patrick Rigourd viennent compléter ce casting talentueux.

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Vous ne manquerez pas de croiser avant longtemps l'auteur de cet album, notamment à l'occasion de divers salons ou portes ouvertes chez les vignerons de la région, en attendant peut-être de nouvelles aventures de celui-ci, dans d'autres vignobles de France et de Navarre.

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19 avril 2014

Domaine de la Casa Blanca, à Banyuls et Collioure

C'est une maison blanche adossée à la colline, on n'y vient pas forcément à pied, mais c'est possible. On ne frappe pas non plus, parce que c'est souvent ouvert. Il s'agit en fait d'une grande bâtisse avec un grand portail, comme les plus grands domaines de Banyuls en généraient, il y a désormais bien plus de cent ans. Lorsqu'on reprend de tels bâtiments, à notre époque, on doit parfois se demander ce qu'on va pouvoir faire de tout cet espace qu'il faut entretenir. Au moins, on est presque certains de ne pas manquer de place!... Pour en faire encore plus, on casse ces grandes cuves millésimées 1937, désormais inutiles et on découvre derrière un mur de briques, la roche, le schiste banyulenc. Juste la place d'un trésor, de millésimes légendaires... Mais rien finalement!... L'histoire eut été presque trop belle, il va donc falloir la reconstruire...

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La Casa Blanca, c'est un des plus vieux domaines familiaux produisant Banyuls et Collioure. Fondé en 1870, par un ancien maire de la ville, venu du Nord de la France, pour goûter toute la douceur de l'extrême Sud. Il ne tarda pas à vendre son nectar à la Reine Victoria et même à l'Elysée, dit-on. Il fut même un des co-fondateurs, à l'époque, de la cave coopérative locale. En 1983, un de ses descendants, Alain Soufflet, juriste dans le Nord lui aussi, décide de reprendre le domaine, en s'associant avec Laurent Escapa, ex-vigneron de la Coopérative.

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C'est Hervé Levano qui nous présente le domaine, en cette fraîche fin d'après-midi de mars. Il fait partie du trio d'associés complété par Valérie Reig, qui s'est lancé dans l'aventure, au moment où les héritiers ont cédé leurs parts. Il est arrivé en 1999, comme ouvrier au domaine. Né à Paris, il y fait ses études, après avoir passé son enfance à Bruxelles. Sa formation d'océanographe l'amène dans la région, où il anime un club de plongée local. Il publie même un livre sur les épaves de la côte, après avoir également travaillé dans une maison d'édition parisienne et passé un an à Banyuls pour vendre son bouquin. Pour sauver son emploi au domaine, il s'associe vite avec Laurent. En 2010, Valérie, ex-professeur d'équitation les rejoint, notamment pour compléter le projet en faisant appel à des mulets pour les labours.

Le domaine compte huit hectares et la plupart sur les coteaux. C'est une des raisons pour lesquelles le trio ne revendique pas de viticulture biologique. En effet, la conversion est une volonté affichée, mais elle ne se met en place que progressivement : 20 ares en 2005, 3,5 ha en 2014, à terme, l'ensemble sans doute. Depuis 1989, les engrais chimiques ont été abandonnés et, petit à petit, tous les produits de synthèse. Pas de technique oenologique non plus, pas d'enzymage et utilisation des levures indigènes seulement.

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Hervé nous rappelle objectivement ce qui conditionne la "rentabilité" des vignobles de la région. Comme on peut le constater de visu, sans se lasser de ce paysage, nombre de parcelles pentues sont dotées de mûrs, destinés à freiner l'érosion, aidés en cela par le système d'évacuation des eaux pluviales. Mais, dans ces vignes âgées de 70 ou 80 ans, parfois plus, une viticulture conventionnelle quasi généralisée a limité notamment, le développement des racines. Ces dernières sont abreuvées en surface depuis des lustres et le système racinaire ne s'étale que dans l'épaisseur de terre superficielle. Il est alors tentant, pour un vigneron s'orientant vers le bio, de procéder à un enherbement qui permette aux racines de la vigne de rechercher ses nutriments, ainsi que la fraîcheur, dans la roche mère. C'est d'ailleurs ce que le domaine a essayé pendant trois ans, à certains endroits, mais une année particulièrement sèche a mis en péril ces vignes désignées pour l'expérience, du fait d'une trop grande concurrence de l'herbe, assoiffée elle aussi par la canicule. Une trop grande baisse des rendements met alors cette rentabilité en péril, elle aussi, pouvant également mettre en évidence la forte concentration des raisins restants (la surmaturité est moins recherchée de nos jours...) et la difficulté à les vinifier à sa guise. On comprend mieux pourquoi nombre de vignerons du cru ne peuvent se résoudre à faire d'autres choix que la chimie conventionnelle.

Certes, une alternative est possible, mais aucun domaine ne peut l'admettre que progressive et à la condition de pouvoir valoriser le travail et les efforts de plusieurs années successives, à travers un prix de vente revalorisé de la bouteille, avec en plus, la nécessité vite évidente de pratiquer une vente au caveau, vers le grand public. Activité exigeante en matière de présence, mais l'été est largement pourvoyeur de visiteurs.

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Le trio de la Casa Blanca a donc opté pour une reprise des labours. Avec une conséquence première qui fait pour le moins débat : la suppression des mûrs. On les accuserait vite de détruire le paysage, voire de mettre en péril les vignes, du fait d'une accentuation supposée de l'érosion. Mais, ce travail du sol permet justement à l'eau des fortes pluies de moins ruisseler et de pénétrer plus régulièrement dans le sol, malgré la pente. Il faut dire qu'il s'agit d'un double labour : horizontal grâce aux mulets et dans la pente au moyen d'un treuil acquis dans le Valais suisse, le chenillard étant souvent dangereux du fait des dévers. Ces labours ne débutent qu'en janvier, loin des pluies parfois diluviennes de l'automne et jusqu'en avril. Pour l'une ou l'autre des techniques (mulet et treuil), il faut compter pas moins de vingt heures à l'hectare, soit un total de quarante!... On comprend mieux alors la recherche d'une rentabilité objective!...

"Nous sommes en 2014, un avion de ligne passe au-dessus de ma tête. Je suis entre le Soleil qui se lève et la Lune qui se couche. Sur une colline face à la mer, mes pas avancent dans le sillon de l'outil, tiré par mon mulet, ouvre dans la terre. Nous avançons en rythme, le temps a repris sa juste place, tout est calme. Lentement, sillon après sillon, le travail s'accomplit. A ce moment-là, la magie s'élève, quelque chose que l'on ressent comme une prière. Nous sommes en 2014, on va sur la Lune, pourtant je n'ai plus de doute à marcher dans les pas et avec la sagesse des anciens." (Extrait de la fiche consacrée au domaine par l'interprofession régionale).

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Le domaine propose pour moitié des Collioure rouges et des Banyuls rimage (pour rim, raisin en catalan et âge, après que Porto ait contesté l'emploi du terme vintage), en fûts uniquement, pas en cuves, soit, bon an mal an, 15 à 18000 bouteilles. Rappelons que les deux crus peuvent être issus des mêmes parcelles, l'AOC Collioure étant réservée aux vins secs (rouges AOC en 1971, rosés en 1991 et blancs en 2003) et les Banyuls (blancs ou rouges) aux VDN. Les Banyuls dits traditionnels impliquent une durée d'élevage de trente mois minimum (pas au domaine), en milieu oxydatif, sans ouillage. Ils peuvent être aussi "hors d'âge" (élevés en dame jeanne ou dans des fûts entreposés à l'extérieur ou en cave). Les Banyuls Grand Cru (AOC en 1962, les autres furent reconnus dès 1936) imposent 75% de grenache noir. A la cave, on trouve notamment quelques vieux fûts dont certains, dit la légende, contiennent des lies qui n'ont jamais été changées depuis le XIXè siècle!... On dit même qu'ils ont contenu auparavant du rhum!... Des petites quantités sont rajoutées de temps en temps (2008 et 2009), selon le principe approché d'une soleira. Celui dégusté lors de notre passage contenait une majorité de 2004.

044Deux Collioure rouges 2012 proposés à la dégustation, avec deux mises décalées, la première début juin, la seconde fin janvier. Le premier se compose de 60% de grenache noir, 15% syrah, 15% mourvèdre et 10% carignan. Des vignes d'une vingtaine d'années en moyenne, des raisins foulés, égrappés, des macérations de trois semaines, sans remontage ni pigeage, levures indigènes. Un joli vin sur la puissance. Le second est plus souple et plus rond, composé de grenache et de syrah, c'est la cuvée Lluminari. 2013 se présente un peu comme 2011, dans un registre moins concentré que 2012.

On entre ensuite dans l'univers des Banyuls, avec le blanc tout d'abord, Les Escoumes 2012. Grenache gris et grenache blanc en proportions égales. Plutôt des vignes d'altitude, plein nord. Pas moins de 100 gr de sucres résiduels et un équilibre étonnant, qui compense cette "sucrosité". En 2013, pas plus de 65 gr de SR, ce qui est le strict minimum pour l'appellation. Pour tous ces vins mutés, le principe est le même : on mute avec 5 à 10% d'alcool à 96°, plutôt 6 à 7% au domaine, sur des vins en pleine fermentation, sur grains, lorsqu'il reste environ 100 gr de sucres.

En Banyuls rouge, deux cuvées. La première Pineil 2011, issu d'une vigne face à la mer, sur la route de Cerbère. L'élevage ne dépasse pas douze mois, selon la réglementation en vigueur pour les rimage. En principe, les fûts doivent être ouillés, pour un élevage en milieu réducteur, mais dans le cas des deux Banyuls du domaine, pas d'ouillage et cependant, pas la moindre trace d'oxydation. La seconde, Roudoulère 2012 est dotée d'une robe plus noire, profonde. Les raisins viennent de vignes encaissées, avec parfois quelques raisins secs. Une tendance plus compotée, avec des arômes délicats de cacao.

Voilà donc un domaine qui tente de rebondir sur le contenu d'une part de tradition séculaire, de par les vins doux naturels du cru et la remise aux goûts du jour de techniques anciennes, qui ont cependant tendance à souligner que certaines contraintes sont quelque peu sorties des mémoires. Le poids d'une modernité ayant cédé aux pulvérisateurs, fussent-ils à dos et à la chimie limitant le nombre de passages, mais aussi l'effectif en matière de personnel. Lorsqu'on dresse l'oreille, en se promenant dans le vignoble local, on apprend vite que Banyuls et Collioure ne se portent pas si bien que cela. Les domaines plus "performants" ont rarement le souhait de s'agrandir, alors que les "micro-propriétés" sont parfois aux mains de vignerons sur le point de partir à la retraite sans successeurs, ce qui fait que les friches ont tendance à s'étaler et pourraient devenir de plus en plus visibles, dans un décor que les habitants veulent continuer, coûte que coûte, à préserver jalousement et à mettre en valeur. Le trio du Domaine de la Casa Blanca mesure bien désormais les difficultés, mais veut surtout rester conscient de cet équilibre fragile. Fragile, mais peut-être le seul actuellement, à se tourner vers un avenir réunissant, à terme, une viticulture respectueuse de l'environnement, la préservation d'un patrimoine rare et le plaisir des amateurs.

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