La Pipette aux quatre vins

21 novembre 2016

La Crête viticole est tournée vers l'avenir (1)

En Crête, on dénombre pas moins d'une trentaine de domaines viticoles structurés, comme autant d'ambassadeurs d'un certain art de vivre, mêlant contenu antique et modernité parfois galopante. Pas besoin de régime particulier pour se lancer à la découverte des vins de cette île, bon nombre, dont ceux revendiquant une approche biologique, ont les armes pour nous séduire et nous étonner. Avec pas moins de 260 km d'ouest en est et son Mont Ida au centre, qui culmine à plus de 2450 mètres, on pourrait presque imaginer que la viticulture locale est soumise à quelques nuances climatiques, sachant qu'elle se répartie en deux, voire trois régions différentes. Mais, avant de tirer des conclusions à ce sujet, il faut d'abord partir à la découverte de sites viticoles parfois étonnants.

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~ Monastère de Toplou ~

La route moderne, sorte de voie rapide, qui doit traverser l'île de La Canée à Sitia est en chantier. On a parfois l'impression qu'on n'est pas près d'en voir la fin. Cela a-t-il un rapport avec la "crise grecque"?... Pas si grave finalement, parce qu'un touriste louant une petite voiture quelque peu bridée (aucune allusion à son origine, notez-le bien!) peut sans doute goûter encore mieux aux paysages. On approche de Palekastro, lorsqu'il faut bifurquer vers le Cap Sideros, pour atteindre le Monastère de Toplou.

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La voiture file, à vitesse réduite somme toute, sur le toboggan d'un paysage quasi désertique. Nous ne perdons pas de vue la mer d'un bleu intense. Des sables, un sol léger, des oliviers penchés sous l'influence d'un vent dominant, un peu comme les pins ou les chênes verts de notre côte atlantique. Pas ou très peu de constructions. On se dit vite que l'on arrive dans un lieu hors du commun. Est-ce que c'est aussi ce que pensaient les envahisseurs divers, au fil des siècles, qui sont passés par là? Un monastère perdu à l'extrémité d'une île, ils devaient imaginer aisément que leur forfait serait longtemps caché et leurs chevaux bien chargés après leur expédition punitive. Avec notre petite voiture rouge, nos intentions sont tout à fait pacifiques et nous ne remplirons pas notre coffre, vu les conditions de transport dont nous disposons. Pourtant, quelques flacons eurent été les bienvenus!...

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Un peu d'histoire avant tout chose. Le Monastère de Toplou a été bâti au XIVè siècle. C'est alors ce qu'il convient d'appeler l'époque byzantine et la renommée du lieu est grande jusqu'au début du XVIIè, notamment après la conquête de Constantinople par les Turcs. Mais, en 1612 survient un terrible tremblement de terre détruisant une bonne partie des constructions de l'est de la Crête. Dans l'intervalle, le monastère eut à souffrir des attaques successives et régulières des pirates, voire même de celle des Chevaliers de Malte en 1530. Au XVIIè, le bâtiment prit sa forme actuelle, car les Turcs le sachant largement exposé, voulurent le fortifier, afin qu'il puisse résister aux diverses attaques. Au passage, il lui donne son identité actuelle, en lieu et place de Notre-Dame d'Akrotiriani (c'est à dire du cap, du fait de la proximité du Cap Sideros). Selon le rite orthodoxe, le monastère est dédié à la Vierge et à St Jean le Théologien. Un symbole aussi pour les Crétois, puisqu'il contribua fortement à la révolution grecque contre les Turcs en 1821. De même, lors de la Seconde Guerre mondiale, il servit parfois de refuge à la résistance locale en lutte contre l'occupation allemande et ce, jusqu'en mai 1945. C'est dans ses mûrs également que fut installé un émetteur radio très utile aux Anglais installés au Caire, pendant cette même période.

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Si le monastère a produit de tout temps, ou presque, quelque vin destiné aux besoins de l'église et aux évènements locaux, la restauration relativement récente du bâtiment a aussi inspiré l'Abbé Philotheos Spanoudakis, suggérant de réorganiser le vignoble ancien dans les années quatre vingt dix. La Toplou Winery en elle-même, alliant construction traditionnelle et modernité datant de 2006. Inutile de préciser que l'on ne parle guère le français dans ces contrées lointaines, même si nous aurons quelques surprises à ce propos à Santorin notamment. La conversation s'engage donc en langue anglaise, que je ne maîtrise pas aussi bien que mon interlocutrice, il faut bien l'avouer, mais on se débrouille. Après quelques recherches çà et là, notons que Toplou Estate compte pas moins de 35 ha de vignes en culture biologique. A bien y regarder le paysage et malgré la proximité de la mer, on comprend aisément que la conduite en bio ne doit guère poser de problèmes. D'autant que la pluviométrie locale annuelle est du genre à faire palir un Finistérien!... Il arrive fréquemment que le cycle annuel de la vigne ne voit pas la moindre goutte de pluie!...

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Une cuverie tout à fait moderne. Peu ou pas d'élevage en barriques. Une volonté de proposer des vins modernes, mais respectueux d'une part de tradition, puisque les cépages internationaux (chardonnay, syrah et merlot) côtoient les variétés locales connues des amateurs passionnés ou moins diffusées. Deux blancs secs sont proposés : un joli assemblage de thrapsathiri et de vilana tout d'abord, puis un chardonnay assez classique, mais sans expression variétale exacerbée. A noter au passage un fort joli rosé qui, semble-t-il, connaît un certain succès sur les terrasses ensoleillées des lieux de vilégiature locaux, puisqu'il n'est plus disponible. Une gamme plus large de rouges dans le même esprit : un assemblage liatiko-mandilari, puis un duo merlot-syrah moins intéressant (par manque d'objectivité?) et enfin une cuvée pure syrah plus ambitieuse, qui est élevée en barriques de un ou deux vins. Enfin, le "red sweet wine" habituel, à base de grappes de liatiko séchées au soleil, dont l'équilibre est fort plaisant. Bien sur, on ne peut passer sous silence la traditionnelle tsikoudia, eau de vie issue d'une distillation très attentive et la dégustation se termine avec trois jolies cuvées de cette substance à apprécier avec modération, la route étant longue et ensoleillée. Autre très belle découverte, l'huile d'olive biologique, issue de koroneiki, la variété principale cultivée dans la région de Sitia.

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Après cette belle visite d'un vignoble hors du commun, nous pouvions prolonger notre balade jusqu'à la palmeraie de Vaï, avec pas moins de cinq mille palmiers entourant une superbe plage... envahie de touristes, avec parking payant et alignement de parasols!... Mais, heureusement, grâce au Routard de Captain Ouzo, il nous fut donné de découvrir une petite plage de sable fin, au pied du site minoen d'Itanos. Température de l'air : 25°, de l'eau : 23°... Que croyez-vous qu'il arriva?... A suivre, la découverte du vignoble de Peza, dans le centre de l'île, non loin d'Heraklion et de Knossos.

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01 novembre 2016

Adrien De Mello parcourt le Monde, mais revient en Anjou!

Son grand-père quitta son Portugal natal et débarqua en Bretagne dans les années vingt pour trouver du travail, cela ne pouvait qu'inciter Adrien De Mello à parcourir le Monde!... Les hasards de la vie le conduisent au Québec où il arrive en avril 2003, pour une première expérience de vinification à l'été suivant. Il y restera jusqu'en 2006, avec un poste d'adjoint au vinificateur d'un domaine très conventionnel. Parallèlement, il complète son apprentissage avec de saines lectures, comme le livre de Jules Chauvet qui ne manque pas de l'interpeller. Un stagiaire beaunois passe quelques temps au Canada et l'incite à faire une formation (BPEA) à Beaune, afin d'acquérir quelques bases solides et conforter ce qu'il a pu apprendre sur le terrain.

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Il effectue un stage en Afrique du Sud ("pour apprendre ce qu'il ne faut pas faire!"), mais finalement échoue au diplôme. Il trouve néanmoins du travail aux États-Unis, où il est confronté au climat chaud et très humide du vignoble de Virgine. Quelque peu formateur!... Dès 2007, il est de retour au Québec, mais sans perspectives enthousiasmantes, il opte pour un retour en France en 2010. Il rejoint alors la Vallée du Rhône, en intégrant l'équipe du Domaine Duseigneur, où il va vinifier quatre millésimes et pratiquer la biodynamie.

Est-ce cette expérience accumulée ou le compteur des années qui tourne? Adrien éprouve le besoin de se rapprocher de sa Bretagne natale et l'Anjou, lorsqu'on vient de la vallée du Rhône, c'est presque la dernière étape, les Marches de Bretagne. Il habite à Beaucouzé, au nord d'Angers, mais lorsque survient l'été 2016, il obtient la possibilité d'occuper la cuverie du château de la Genaiserie, à St Aubin de Luigné. Un sacré coup de bol, pour bien des habitants du coin! De plus, il va pouvoir installer son bureau et sans doute, une salle de dégustation, à l'étage, inoccupé depuis près de vingt ans et en cours de restauration. Une tomette ancienne et des fenêtres à restaurer et, lorsqu'on regarde le paysage, on a un peu l'impression d'être dans le château arrière, la dunette, d'un vaisseau ancien du XVIIIè. Tonnerre de Brest! L'aventure commence!...

028Du côté des vignes, la surface actuelle totale est de l'ordre de 3,5 ha, avec 2,8 ha d'un seul tenant, dans un secteur gélif, au bord du Layon (Les Gâts), face au coteau de Chaume. C'est Thomas Carsin qui lui a proposé ce lot cultivé en bio. Un secteur qui va le confronter, dès son installation, aux affres de la météo et de son influence sur l'activité viticole. Dès son arrivée, en décembre 2015, il subit une forte averse de grêle, ce qui ne manque pas de l'interpeller, puisque, comme on dit parfois dans le vignoble, les orages porteurs de grêlons impriment leur marque selon des couloirs, des axes restant souvent les mêmes au cours d'un même cycle annuel.

Néanmoins, c'est le gel qui va se révéler dévastateur lors de son offensive printannière de 2016, dont on dit qu'il est finalement assez proche, du fait de ses conséquences, de celui de 1991, le gel noir. De quoi recouvrir d'un voile noir de deuil l'initiative courageuse du vigneron dès son premier millésime... Heureusement, la solidarité va jouer au moment des vendanges, puisque Philippe Delesvaux, dont Adrien s'est déjà rapproché pour une pratique optimisée de la biodynamie, va lui vendre quelques raisins et lui permettre d'être proche des quantités produites et exigées pour le bon équilibre financier de son domaine. Mais il s'en est fallu de peu, avec pas moins de 80% de raisins manquants!...

030Pratique attentive de la biodynamie, emploi très limité de sulfites à la mise et travail dans la vigne avec le cheval. En plus de la volonté affichée de proposer des vins authentiques non dénués d'originalité, le jeune vigneron de la Genaiserie s'appuie aussi sur un vécu solide - il dit volontiers préférer vinifier des rouges que des blancs - tout en admettant qu'il a beaucoup de choses à découvrir avec les vins de la région. En premier lieu, il ne désespère pas de percer les mystères du chenin, cépage dont il avoue tout ignorer ou presque et, pour cela, son premier millésime angevin va lui permettre de capter quelques tendances importantes : botrytis ou pas pour produire des secs? Sans oublier la découverte de la palette aromatique sous l'influence d'une plus ou moins grande maturité. Il sera intéressant d'entendre son analyse, parce qu'elle sera le fruit d'un regard nouveau sur ce que peuvent être les grands blancs secs de la région. En tant que membre de la plus récente génération installée (celle en place depuis à peine plus de trois ans semble donner l'impression déjà d'être composée de vieux briscards!), avec Liv Vincendeau et Thomas Batardière notamment, Adrien De Mello va certainement avoir son mot à dire, pour peu que les papilles des amateurs soient ouvertes et prêtes pour de nouvelles aventures!...

032Et voici donc Toscane (à droite sur la photo), une Comtoise de sept ans. Le vigneron de St Aubin veut en faire sa partenaire privilégiée pour travailler les sols de ses vignes. Pour l'heure, elle est restée quelques mois sans activité appropriée, il va donc reprendre l'entraînement avec elle dans les prochaines semaines.

Lors de notre passage au domaine, au printemps dernier, il était possible de découvrir les premiers jus. Pour la plupart, il s'agissait de mises récentes, sauf pour le sauvignon, qui était encore en barrique, comptant à ce moment-là 8,5 gr de sucres résiduels. Cabernet franc et cabernet sauvignon, associés pour composer la cuvée Globule rouge, venaient de partir en malo.

Le sauvignon blanc (Globule blanc) est issu du bas de la parcelle située sur un léger coteau. Des sols très profonds, un degré naturel assez bas - 11,5° malgré tout - et une vinification en cuve. Le chenin, quant à lui, occupe le haut de la butte sur des schistes. Il est destiné à la cuvée Les Gâts. Sous la petite route parallèle à la rivière, dans la partie gélive, des gamay et gamay fréaux destinés à une cuvée de soif (Gamins). A noter aussi, Do Little, du sauvignon surmûri, pressé au Musée de la Vigne de St Lambert du Lattay, contenu de deux bonbonnes de verre. 19° potentiel, SR indéterminés et une mise qui pourrait se faire de façon très originale, puisque prévue dans des bouteilles de bière de 33 cl, genre Chimay!... Le tout composant la gamme actuelle du Domaine de la Petite Soeur.

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Pour le moment, Adrien De Mello compose avec les éléments et avec cette période indispensable, où il faut découvrir les vignes, capter l'influence de certains choix sur les vinifications, mais aussi les réactions du marché et de la clientèle. Le domaine n'en est qu'à ses balbutiements, même si certaines options se profilent déjà. Du haut de ses trente-cinq ans, le vigneron a déjà engrangé de l'expérience et cumule quelques rencontres influentes. Il va indiscutablement porter ses efforts sur les vinifications des blancs. Le but : "garder de la tension et donner de l'épaule!" S'il a quelque peu navigué à vue pour ce tout premier millésime, certaines avancées importantes sont à prévoir dès le prochain. Il ne faudra donc pas forcément tirer de conclusions trop hâtives avec les premiers flacons ouverts. Mais, les amateurs passionnés ne l'ignorent pas.

De toute façon, que ce soit en Anjou ou ailleurs, il est intéressant de partir à la découverte des nouvelles entités viticoles, non pas pour être en quête perpétuelle de la nouveauté, mais pour se rendre mieux compte de la respiration qui anime une appellation ou une région. Parfois, quelques domaines référents montrent des difficultés, voire des réticences, à faire bouger ce qui marche. On se surprend presque à parler d'une forme d'immobilisme. Certains de ces grands noms acceptent l'idée de se faire bousculer par les réflexions et les analyses des plus jeunes. C'est finalement ce qui permet d'évoquer la bonne santé de certains secteurs de notre carte des vignobles. Dans le Val de Loire, il est clair qu'on peut se réjouir de voir arriver de tels talents. Parce que, avec quelques autres, ils sont prêts à se confronter à la diversité des goûts et des couleurs. Et c'est tant mieux pour tous ceux qui ont soif de ces découvertes.

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01 juin 2016

Liv Vincendeau, la Loire pétillante

Les maisons s'égrainent le long de la petite route des Lombardières, en bord de Loire. C'est là, dans ce village largement exposé aux crues du fleuve que se situe le Domäne Vincendeau. Du moins, la maison de vie et les installations où sont vinifiés et élevés les vins d'une entité viticole créée en 2014. Avec son mari angevin et pour leurs deux enfants, Liv rêvait de trouver une maison en bord de Loire. Du même coup, voilà deux ans, ils ont eu la possibilité d'acheter cette vénérable et typique construction datant de 1911, ayant résisté aux débordements historiques de la Loire, comme le signale l'échelle des crues sur la façade. Le bâtiment adjacent, datant quant à lui de 1904, était plutôt à vocation agricole et pas viticole, mais il se révèle apte à recevoir cuvier et petit chai à barriques en sous-sol, même si le tout n'est pas hors d'eau bien sûr.

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L'utilisation du terme "Domäne" se veut un clin d'oeil à la langue d'origine de Liv, car elle est allemande. D'une noble région viticole, le Rheingau, même si ses parents n'étaient pas vignerons. Elle fait ses études en Angleterre, puis à Strasbourg et c'est en Alsace que "l'Histoire du Vin en France l'a happée"!... A partir de 1999, elle suit des formations successives (production, commerce...), y compris une session conduite du cheval, au célèbre Haras du Pin. Du fait de ses origines allemandes, l'option vers la biodynamie est presque une évidence, tant elle a connaissance de la méthode Steiner depuis son enfance.

Un bonheur ne venant jamais seul, elle a la chance de trouver au même moment, un lot de parcelles à vendre. Ce sont les Vignobles Grosset qui se séparent de quelques hectares d'un seul tenant, au lieu-dit Le Raguenet, sur les hauteurs de la commune de Rochefort sur Loire, en AOC Coteaux-du-Layon-Rochefort, non loin du Château de l'Eperonnière, en haut d'une sorte d'amphithéâtre donnant sur la Loire. Sous nos yeux, le fleuve, la cathédrale d'Angers, le clocher d'Epiré, la Roche-aux-Moines, la Coulée de Serrant, dans un paysage à 360°, ou presque!... A l'origine, elle ne souhaitait que trois hectares, mais en achète finalement sept, y compris les friches et les prairies.

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C'est peu dire que Liv a tout à découvrir de ce paysage et de ce vignoble ligériens. Lors de notre passage, le décavaillonnage était en cours, grâce pour l'instant à un intervenant, en attendant qu'elle conduise elle-même un cheval de son choix. Dans une parcelle de chenin âgé de onze ans, prêt à débourrer, elle décrit avec passion les composantes du sol : schiste gris-vert, phtanite bleu nuit, avec des veines de quartz, comme pour le terroir de Bonnezeaux et quelques schistes pourpre. Quatre hectares d'un vrai terroir à liquoreux, même si elle dispose aussi de cinquante ares de grolleau noir, plutôt rare dans le secteur, une plantation assez récente qu'elle destine au rosé et aux bulles.

Mais la vigneronne, malgré des débuts récents, ne se laisse pas emporter par sa passion. Son pragmatisme est exemplaire. Elle est surtout attentive à réussir une bonne conversion en bio de ses vignes, étape par étape ("il y a un vrai enjeu au niveau matériel!") mais ne manque pas d'inspirer une bonne confiance à ses voisins. Ainsi, les a-t-elle déjà convaincus d'opter pour la confusion sexuelle, même si leurs pratiques, pour le reste, demeurent plutôt conventionnelles. De plus, même si elle avoue un meilleur feeling avec les vinifications en blanc sec et rosé, elle se défend au passage de pratiquer une course aux bas rendements. Sa préoccupation du moment serait plutôt de développer son réseau commercial, avec quelques visées légitimes vers l'export.

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"Rassurez-vous, vous pouvez déguster! Je n'en suis pas encore au stade où je peux dire : je n'ai plus rien à vendre!" Où Liv nous démontre, avec humour, qu'elle connaît déjà bien le milieu!... Il est donc temps de découvrir les cuvées disponibles :

-(Loire) Gold, ou Gold plutôt, pour respecter la réglementation des AOP, qui interdit d'utiliser certains termes en Vin de France. Il s'agit d'un 100% chenin et d'une méthode ancestrale, vendangée à 12°, arrêtée avec 24 gr de sucre, pour ensuite aller vers la prise de mousse avec les sucres des raisins. Dosée extra-brut. Un pétillant élégant et fin.

On en profite pour aborder le sujet des sulfites ajoutés. Pour la vigneronne de Rochefort, le choix est clair : le moins possible de sulfites, mais pas zéro. En 2014, millésime de ce pétillant, il s'agissait pour Liv d'une reprise de tous les aspects et les approches de l'oenologie. Par prudence, elle a donc sulfité un petit peu au pressoir, puis un peu au dégorgement, pour atteindre 50 mg/L de SO2 total. Ses motivations tiennent au fait qu'elle apprécie les vins fins et élégants, y compris au niveau de l'expression aromatique. "Le jour où quelqu'un m'apprend à faire des vins de ce style là sans soufre, je signe, mais ça me semble un peu compliqué!..." Avec la récolte 2016 à venir, elle va essayer de travailler avec des gaz inertes au pressoir, plutôt qu'avec du soufre. "On commence seulement à comprendre que, quand on ne met pas de soufre, certains micro-organismes, dont les bactéries, se développent et ce sont les amines biogènes, dont l'histamine, qui déclenchent des allergies." Indiscutablement, un sujet qui fait encore débat, notamment sur la toile!...

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- Le Raguenet, Anjou blanc sec 2014 : un chenin élevé sur lies pendant six mois, fermentation malolactique partielle constatée, sans action particulière pour l'empêcher ou pas. Un blanc dynamique et frais, avec une jolie intensité. Si Liv le juge nécessaire et judicieux, l'élevage de cette cuvée sera prolongé jusqu'à douze, voire dix-huit mois, lorsque le bâtiment sera isolé.

- L'Arpent du Saule, Rosé de Loire 2015 : en cuve juste avant la mise. Issu d'une vigne en fermage à proximité du centre équestre de Rochefort. Du gamay, du cabernet franc, du grolleau noir et du grolleau gris vendangés ensemble. Autant de cépages (parmi d'autres!) autorisés pour cette appellation. Une jolie fraîcheur, mais de la tenue, pour un vin que l'on destine à nos repas sur les terrasses ensoleillées de l'été à venir.

Avec Liv Vincendeau, voilà un exemple de jeune femme et de jeune vigneronne qui a tout ce qu'il faut pour faire pétiller la Loire!... Quelqu'un dont les valeurs, joliment précisées sur la page dédiée du site internet du domaine, sont fortes et montrent à quel point sa détermination la guide au quotidien. Quelqu'un aussi qui sait rester à l'écoute. Elle n'a pas débarqué sur la planète Anjou avec un catalogue de certitudes, comme si elle venait d'atterrir sur Mars, avec une check-list labellisée NASA!... De toute évidence, elle fait partie intégrante de son environnement, comme de son village. Elle l'a déjà adopté et ne demande qu'à être appréciée notamment pour son travail. N'en doutons pas, les premières cuvées disponibles font déjà d'elle une référente en puissance de la dernière génération installée. Décidément, l'Anjou noir, entre Layon et Loire, est plein de ressources!...

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15 mai 2016

Thomas Batardière, du nouveau à Rablay sur Layon

Lors des journées de dégustation aux Greniers St Jean, à Angers, fin janvier dernier, le catalogue proposait quelques nouveaux noms représentant l'Anjou et le Layon. Non qu'il s'agissait là d'inconnus pour les plus attentifs parmi les amateurs et professionnels, mais plutôt de ceux qu'on peut regrouper sous la bannière des futurs talents d'une région qui voit se succéder des vagues de vigneronnes et de vignerons prêts à en découdre avec le chenin, le schiste, le grolleau et le cabernet, sans oublier spilite et rhyolite. De nouvelles vagues donc qui, pour un peu, classeraient au rang de vieux briscards les Kenji Hodgson, Stéphane Rocher et autre Nicolas Bertin. Que dire alors des Richard Leroy, Joël Ménard ou Mark Angeli?... Des dinosaures?... Sans doute pas, parce que pour tous ces jeunes (et autre moins jeune en proie à une sorte de démon de midi de la vigne et du vin, tel Dominique Dufour, autre rablayen à suivre, cultivant ses 70 ares des Aussigouins comme un jardin!), les exemples dont il faut s'inspirer, sont bien ceux-là. Même si parfois, certaines cuvées s'élèvent indiscutablement au niveau des meilleurs, toute hiérarchie bue. Avant Liv Vincendeau, à Rochefort sur Loire et Adrien de Mello, à St Aubin de Luigné, première escale dans la Grande Rue de Rablay sur Layon, à quelques pas de chez le roy Richard!...

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Thomas Batardière est né à l'aube des années 80 à Angers, avant de passer l'essentiel de son enfance dans la Sarthe. Presque vingt ans plus tard, il passe par l'Ecole du Louvre, puis prépare une licence d'anthropologie, notamment à Aix en Provence, mais se consacre principalement à une activité de vidéaste entre 2005 et 2008. C'est à ce moment qu'il opte pour un diplôme de sommellerie. Parcours pour le moins original!... Dans la foulée, il intègre comme salarié le Château Yvonne, dans le Saumurois, pour trois millésimes. Dès 2011, il se met cependant en quête de vignes, mais le prix à l'hectare du côté de Saumur est parfois très élevé, voire disuasif pour un jeune tentant de convaincre une banque! Il continue ses démarches en Anjou, à St Lambert du Lattay d'abord, puis à Rablay sur Layon, où il va découvrir quelques parcelles intéressantes.

001Direction le coteau de la Madeleine, qui offre une vue imprenable sur Rablay. A l'extrémité des terrasses "bulldozérisées" naguère par un domaine local, un petit parking, dans la montée qui mène au plateau de Montbenault et aux Aussigouins. A proximité, la parcelle dite Le Clos compte deux hectares et deux propriétaires, le Château du Fresne, à Faye d'Anjou et Thomas Batardière (60 ares). Du chenin planté en 1958 ou 1959. Une vigne que le jeune vigneron rablayen a récupérée tardivement en 2012, si bien que le premier millésime proposé est 2013. Avant, la culture était très conventionnelle et on pouvait constater 40% de souches manquantes, mais sans trace d'esca. Depuis trois ans, pas moins de 1600 plants ont permis de complanter la parcelle. Le vigneron a opté pour une taille en cordon de Royat et sait qu'il doit être très attentif toute l'année. Quelques mouillères, peu de sol (30 à 40 cm d'argile maximum), puis la roche mère en dessous et donc le besoin d'être rigoureux, les argiles primaires, le schiste décomposé imposent de ne pas laisser l'herbe pousser, la vigne risquant de s'asphyxier si l'été est chaud, du fait de l'exposition sud-sud-ouest, même si le secteur a la réputation d'être aéré. La proportion de jeunes vignes va-t-elle suggérer au vigneron la création d'une cuvée particulière? Pas sur. D'autant qu'il a aussi planté trente ares l'an dernier, sur les terroirs de Montbenault, où on trouve plus de cailloux rouges (spilite, ryolithe) et l'ensemble des jus issus du secteur pourraient être assemblés à terme.

La seconde cuvée du domaine, L'Esprit Libre, est composée de chenins typiques de Rablay, issus de vignes de quatre vingt dix ans quelque peu à bout de souffle malgré tout, mais aussi de quinze ans. Pour ces parcelles, le terroir est plutôt homogène avec des graves et des sables rouges le plus souvent présents sur le plateau des Sablonnettes, de l'autre côté du village. Soit au total, 2 ha 80 de chenin que Thomas bichonne, n'ignorant rien des difficultés à mener le cépage où il le souhaite.

Au global, environ 3 ha 50 de vignes, avec lesquels le vigneron pense trouver l'équilibre, même s'il a racheté et replanté du grolleau (+/- 50 ares) et qu'il envisage de planter 25 ares de ce même cépage dans son grand jardin, près de la maison qu'il retape dans le bourg de Rablay. En production actuellement, moins d'un hectare de grolleau justement et treize ares de cabernet en plein bourg. Le grolleau est notamment situé dans la parcelle dite de Caseneuve, exposée nord-nord-est, face au coteau de Faye d'Anjou. Une vigne non palissée, mais peu exposée au vent, en revanche assez gélive. Ce cépage, c'était un peu une découverte à son arrivée dans la région. Selon Thomas, il se révèle assez facile à travailler en bio : peu ou pas sensible à l'oïdium (pas de soufre), juste un peu de cuivre pour combattre le mildiou. De plus, après la gelée, la vigne "relame". Ainsi en 2013, après un gel à 100%, il produit quand même 18 hl/ha cette année-là! En 2014, il va compter 42 hl/ha sur des grolleau de plus de quarante cinq ans. Il note cependant un peu de mortalité due à l'esca dans la partie voisine des gamay fréaux, sur une surface de 37 ares.

003Côté vinifications, des choix fermes et précis, afin de travailler sans sulfites ajoutés avant la mise. Pour les blancs, les raisins sont pressés sans débourbage, les jus passant directement du pressoir aux cuves inox pour les deux fermentations. Le premier soutirage n'intervenant que quelques semaines avant la mise en bouteilles, la veille de la filtration, en principe début août suivant les vendanges. La mise, quant à elle, n'est pratiquée qu'en septembre, afin de conserver un rythme annuel, tant à la vigne qu'à la cave.

Pour les rouges, grolleau et cabernet, il s'agit de macérations en grappes entières. Encuvage des raisins dans des volumes ne dépassant pas dix hectolitres, ce qui permet de remplir les cuves et de laisser infuser pendant un mois environ. Cela commence comme une macération carbonique pendant quatre à cinq jours, le marc se tasse, le niveau du jus monte et la fermentation s'enclenche à faible température du fait des petits volumes et de la faible inertie des petites cuves, par opposition aux grandes cuves en béton qu'il faut refroidir, d'où des vins rouges plus opulents et plus charnus dans ce cas là. Thomas y perçoit une perte dans la palette aromatique, pour ces jus vinifiés en grands volumes, aspect qu'il essaie d'éviter avec ses cuves de dix hectolitres. D'une façon générale, la taille des contenants et le choix des volumes sont déterminants pour le jeune vigneron de Rablay. Ainsi, il utilise des barriques de cinq cent litres pour les élevages.

Première cuvée en blanc, L'Esprit Libre 2015, est le produit de ce que le vigneron appelle un millésime facile. "Quelque chose qui n'était pas trop punchy au début, mais heureusement, les jus se retendent en ce moment. Ceci dit, on est seulement à mi-chemin de l'élevage!" Le Clos des Cocus 2015 va être doté d'un beau volume. De l'ampleur, mais devrait retrouver sa finale habituelle souligner par une belle acidité.

Du côté des rouges, Thomas Batardière revendique un Grolleau 2015, Amor Fati, quelque peu décalé. Pas un canon au sens exact du terme, mais des tannins, de la rafle et un côté sèveux... "Le grolleau, c'est un peu le parent pas très noble, le garçon pas très bien élevé de la famille des pinots noirs." De la personnalité donc et une réservation absolument nécessaire pour disposer de quelques flacons, surtout avec un rendement de 30 hl/ha, ce qui lui a valu quelques sarcasmes de la part d'un vigneron référent du village. "Comment fais-tu pour faire moins de quarante avec du grolleau?...". Autre rareté, le Cabernet 2015, Clos des Noëls, issu d'une vigne plantée en 1931 : une jolie présence et une belle originalité d'expression. A noter que ces rouges sont ni soufrés au soutirage, ni filtrés.

004

Rablay sur Layon, un petit village au bord d'une paisible rivière. Quelques fortes personnalités vigneronnes pour ce cru où quelques jeunes passionnés sont désormais installés, dotés eux aussi d'un franc caractère, mais porteurs de convictions toutes aussi fortes. Thomas Batardière fait partie de ceux-là et ses débuts sont plutôt probants. Ne tardez pas à découvrir leurs vins, avant qu'ils ne deviennent très rares!... Production artisanale, presque artistique oblige!...

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05 mai 2016

Coups de gel dans le vignoble!...

Le gel printanier tardif, comme en cette dernière semaine d'avril, est rarement sans conséquence, il ne faut pas être grand clerc pour le comprendre!... Effets sur la vigne elle-même, qui ne sera pas fructifère pour la récolte 2016 et qui ne produira pas de bois afin de pratiquer une taille adéquate pour le millésime suivant, mais effets induits également sur la santé économique des domaines, souvent tus par les vignerons, mais qui peuvent pousser certains producteurs dans le gouffre. Faut-il le rappeler, la micro-publication La Pipette, devenue votre blog préféré, La Pipette aux quatre vins, est née un jour de printemps 1991, au lendemain même du gel noir dont avaient été victimes bon nombre de vignobles français. En effet, au cours d'une visite à St Emilion et Pomerol, particulièrement touchés cette année-là, j'avais pu mesurer le désarroi de Maryse Barre notamment, alors en charge du Château Pavie Macquin, mais aussi l'ampleur des dégâts d'une seule matinée, d'un seul lever du jour... Quelques heures, quelques jours après cet évènement climatique du printemps 2016, d'une ampleur certaine, vu le nombre de régions viticoles touchées (sans parler de celles qui venaient de subir la grêle quelques jours plus tôt!), il paraissait normal de donner la parole aux vignerons. Un grand merci à tous ceux qui ont répondu à mon message, malgré l'amertume, la colère parfois, contre les éléments nous rappelant avant tout la fragilité de l'Homme et de certaines de ses activités face à la Nature.

13124998_10208038230827135_1954199455070211488_nLe premier à répondre, le 28 avril, fut Aymeric Amiel, du Domaine des Amiel, dans le Languedoc. Il fait partie des épargnés de cette semaine de gel, mais néanmoins, il sait à quel point la météo peut être cruelle : "Ici, en Languedoc, nous n'avons pas eu de problèmes. Depuis le mois de janvier, nous sommes inquiets au sujet de potentiels gels tardifs. Il a fait doux, très doux même tout l'hiver, donc on craignait un retour de bâton une fois la végétation sortie. Pour le moment, nous sommes épargnés et espérons que ça durera. Au contraire, il fait beau, chaud, venteux, donc ça pousse vite et c'est sain. Il y a du raisin, pour le moment, tout est au beau fixe. On savoure pleinement, conscients qu'il pourrait en être tout autrement..."

Le même jour néanmoins, Gilles Ballorin, de Morey Saint Denis, en Bourgogne, nous donne d'autres échos de manière assez laconique, ce qui traduit assez bien l'état d'esprit dans lequel se trouvent les vignerons touchés : "Pour le domaine, 80% des vignes touchées, tous cépages confondus sur Marsannay et 30% sur les Fixin, Morey et Nuits St Georges, sur les appellations villages. Profite bien des 2014!"

Toujours en ce 28 avril, c'est Julien Védel, vigneron à Vouvray, mais aussi salarié de Philippe Foreau qui, dans un long message, va nous donner une tendance assez vertigineuse! En effet, il a pu obtenir quelques informations dans tout le vignoble ligérien et on prend donc là conscience de l'ampleur des dégâts : "Comme vous le savez certainement, le vignoble ligérien (mais pas que, Champagne et Bourgogne aussi) a subi deux épisodes de gel ces derniers jours. Le premier lundi de la semaine dernière, qui était assez soft, avec juste quelques bourgeons atteints chez Philippe Foreau dans une plante et les complants qui sont dans une cuvette. Le deuxième épisode d'hier matin (le 27) a été beaucoup plus préjudiciable. La Loire a morflé! Du Muscadet à Sancerre, avec des secteurs à 100% et ce malgré les bougies ou les traitements préventifs. Gel le plus important depuis 1991! Il est encore difficile à estimer à ce stade le pourcentage de perte finale, les contre bourgeons peuvent sortir, mais ils ne sont que rarement fructifères"

"Les quelques infos chez les copains font froid dans le dos : tous les Noëls de Montbenault de Richard Leroy, les Poyeux d'Antoine Sanzay (et j'imagine du Clos Rougeard), les Menetou de Pellé à 90%... Ceci restant à confirmer de vive voix par les vignerons après quelques jours. Sur Montlouis, Ludo Chanson annonce 40% et Xavier Weisskopf, qui avait déjà pris le lundi précédent, serait à 95% et, de colère, dépit et résignation, aurait menacer (un temps!) d'arrêter son activité (espérons que non!). Il faut dire qu'après le gel de 2012, le gel encore puis la grêle en 2013, l'addition comme à être lourde!"

"Venons en à Vouvray : de grandes variabilités selon les secteurs, avec Reugny et Vallée de Cousse comme souvent très touchés. Malgré les bougies, Pinon serait touché à 85%, Brunet à 50%, Michel Autran un petit 10%. Huet n'annonce pas de chiffre, mais j'ai bien peur que cela dépasse les 30%. Chez Philippe Foreau, selon les secteurs et l'âge des vignes, de 95% à quasi rien de perte, à priori 15 à 20% sur le domaine globalement. Il faut dire que nos sols étaient propres, c'est à dire sans herbe qui retient l'humidité et amplifie le gel. Ce sont là encore des jeunes vignes assez proches du sol, les complants et deux parcelles gélives qui sont touchées."

"Et moi dans tout ça? J'attendais que les dégâts soient bien visibles pour me rendre compte. Mes vieilles cocottes de 90 piges ne sont quasi pas touchées! Ouf!... Par contre, plus de la moitié de mes complants sont partiellement ou totalement grillés... Et ça, c'est les boules, vu le temps que j'ai passé à les chouchouter, ils auraient du rentrer en production cette année! En fait, le secteur de la Rue Neuve à Vernou et Noizay a été beaucoup moins touché que le reste de l'appellation. Mais bon, je ne vais pas me plaindre par rapport aux copains!"

En guise de conclusion, Julien apporte quelques autres échos : "Pas grand chose à ajouter si ce n'est que sur Bourgueil, Chinon et St Nicolas de Bourgueil, gros dégâts! Les jeunes comme Herlin ou les filles du Domaine d'Ansodelles vont avoir beaucoup de mal... Sept hectares sur seize d'ores et déjà vendangés chez les Breton et les Caslot, qui ont beaucoup de vignes dans graviers, auraient mangé très durement aussi..."

13076706_10208038231307147_5321355073310646871_nDes nouvelles du Muscadet ensuite, suite au message de Rémi Branger, du Domaine de la Pépière, à Maisdon sur Sèvre : "Quelques infos suite au gel : pour l'instant, nous estimons à 25% la perte due au gel. 7 ha, dont les bourgeons n'ont plus l'apparence que l'on souhaiterait, ont été touchés sur le domaine suite au froid du 25 avril. Le reste ne semble pas avoir été atteint. Suite aux différentes conversations, il semblerait que nous faisons partie des "chanceux"! Voici d'autres informations : les communes proches de La Chapelle Heulin sont au minimum touchées à 50% par le gel du mercredi 27. Proche de Vallet, 50% également. Clisson et Gorges, entre 80 et 90% suite au gel de lundi et mercredi. Pour notre part, nous allons nous attacher à conserver le maximum de grappes que la vigne va nous donner dans les vignes non gelées et obtenir des rameaux corrects pour la taille de l'année prochaine dans celles qui ont gelé. Voilà ce que je peux dire actuellement."

Le Centre Loire (Loir et Cher, Orléannais, Sancerrois) paye assez régulièrement un lourd tribut lors des matinées froides du printemps. Bien sur, les vignerons du secteur ne sont pas épargnés. C'est Thierry Puzelat qui dresse un premier bilan : "Effectivement, les nouvelles sont plutôt moroses. Nous avons gelé une première fois le 18 avril, les dégâts à ce stade paraissaient supportables (20 à 30% de perte), mais le gel d'hier matin (le 27), plus violent, n'a laissé que peu de bourgeons valides. Nous devons attendre encore quelques jours pour faire un état des lieux précis, mais on suppose une perte de 50 à 75% sur l'ensemble de nos vignes. Localement, chez mes collègues, le bilan est à peu de chose près le même, sauf chez les quelques-uns équipés de tours antigel et de quelques endroits privilégiés et peu gélifs. On va essayer de ne pas verser dans le catastrophisme, mais cela annonce quelques années de galère pour beaucoup d'entre nous et, en particulier, pour les plus jeunes vignerons, plus endettés."

Le vendredi 29, Xavier Caillard, désormais entre Saumurois et Anjou, nous donne aussi quelques nouvelles : "Mes contraintes personnelles font que j'en suis encore à la taille... Les bourgeons encore dans leurs bourres étaient protégés! Mais, les premières vignes taillées (premières feuilles étalées) sont très peu atteintes (pas d'impact sur la récolte). Le vignoble, pourtant exposé au levant et avec de l'herbe, a très peu souffert. Nous sommes situés à Coutures, à l'extrème ouest du Saumurois, entre Loire et Aubance et il semble que la gelée a été moins forte à cet endroit."

13087597_10208038231947163_3088290192945169661_nNouvelles du Beaujolais ensuite, avec Isabelle Perraud, à qui nous devons aussi les photos qui illustrent cet article : "Pour ce qui est de notre situation ici, à Vauxrenard, c'est mitigé. Toutes les parcelles ont été touchées plus ou moins. Difficile pour le moment de dresser un bilan, parce que la vigne n'est pas beaucoup poussée. Bruno pense que sur les parcelles les plus touchées, on est à 50% de dégât... C'est encore un coup dur. On va se servir des plantes pour redonner une impulsion à la vigne. Consoude et fleurs de pissenlits en tisane."

Le samedi 30, c'est au tour d'Alexandre Bain de nous donner son sentiment : "Le soleil a en effet brillé comme bien souvent cette semaine. Malheureusement, la fin de nuit avait été bien trop fraîche pour nos jeunes bourgeons de l'année. Les bois, baguettes étaient recouverts de givre. La seule chose que l'on ait pu sauver, ce sont les pommes de terre du jardin... en les buttant! J'estime que la perte est de l'ordre de 60% minimum à 100%. Le gel a frappé toutes nos parcelles. L'année va nous paraître bien longue, les lendemains bien difficiles."

Le même jour, nous arrive des infos opposées de la part de Sébastien Dervieux, alias Babass, à Beaulieu sur Layon, qui fait partie des épargnés : "Pour ma part, je n'ai pas été touché par le gel. La situation "haute" de mes parcelles et la ventilation ont joué en ma faveur... ce qui n'est malheureusement pas le cas de tout le monde sur les coteaux classiquement gélifs. Voilà les nouvelles de mes vignes, tu comprendras que je ne t'envoie pas de photos de bourgeons indemnes!..."

Dans un secteur proche, à St Aubin de Luigné, Catherine et Philippe Delesvaux s'en sortent au mieux également et nous informent le 2 mai : "A priori, pas trop de dégâts chez nous : les haies (plus touffues qu'en 1991!) ont protégé du vent et les mûrs de schiste ont joué les bouillottes sans doute. Tristes pour les amis qui n'ont pas eu cette chance..."

Ce n'est pas le cas de Laura Semeria, au Domaine de Montcy, en Cour Cheverny, qui nous adresse le 3 mai, un message laconique qui traduit quelque peu sa détresse : "Oui, nous avons gelé aussi, comme tout le Val de Loire..."

Pas certain que Laura trouve un quelconque réconfort, si ce n'est celui de partager un extrême désarroi, auprès d'Athénais de Béru qui, à Chablis, essaye de garder un tant soit peu le sourire, mais le 4 mai, le constat est très rude : "Le Chablisien a été très touché et plus particulièrement la colline de Béru et de Viviers à 100%! C'était l'épicentre "comme ils disent" et bien, je te confirme qu'il ne reste rien... rien de rien! Tout a grillé : combinaison d'une nuit entière à -4° plus une petite neige légère qui s'est gentiment déposée sur les vignes, plus un grand soleil le lendemain... Justement, tout le monde parle de 91! Et bien, on va pouvoir parler de 2016! Voilà pour les nouvelles du front ;-)"

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1991? La photo ci-dessous, prise au lendemain du gel noir cette année-là, à St Emilion, illustre bien l'ampleur d'une telle catastrophe. Un quart de siècle plus tard, une gelée mémorable touche de nouveau la plupart des vignobles. Bien sur, tous les vignerons et tous les domaines ne sont pas atteints de la même façon. De prime abord, la moitié sud de la France semblait épargnée, mais dans les tout derniers jours, quelques échos nous sont venus du Var et même du Bordelais (sauvé dans un premier temps, du fait de la couverture nuageuse), où de nombreux hectares ont également été touchés. Pas d'échos récents des appellations de l'Est de la France, mais il semble également que les vignobles allemand et suisse aient eu à souffrir de ces matinées réfrigérantes.

Ne nous y trompons pas, le malheur des uns ne fait pas cependant le bonheur des autres!... Il ne nous reste plus qu'à tenter d'exercer une forme de solidarité, en nous tournant dès maintenant, vers les millésimes 2014 et 2015, souvent d'ores et déjà connus pour leurs qualités. Et attendre, avec les vignerons, des jours et des années meilleurs!...

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03 janvier 2016

Bonne Année 2016!...

Le vent souffle sur la côte atlantique. Il pleut des cordes, voire il tombe des hallebardes pour certains. Bientôt, il va neiger sur les massifs et les accros aux skis de toutes sortes vont s'en donner à coeur joie. Un temps à se laisser porter par le courant, sauf que là, en ce dimanche tristoune, le 3 janvier d'une année dont on se demande ce qu'elle nous réserve, on se prend une claque qui tend à renforcer cette p... de nostalgie : l'annonce de la mort de Michel Delpech!... Bon, je ne suis pas en train de vous faire croire que j'étais un fan absolu de celui qui chantait (bien) Chez Laurette à l'heure où d'aucun s'entourait de Claudettes, mais certains refrains, qui passaient presque en boucle sur Radio-Luxembourg ou Europe 1 et sur les transistors de nos vacances estivales, entre deux retransmissions de passages de cols du Tour de France, sont presque inscrits dans nos gènes. Je le reconnais volontiers, même si alors, j'écoutais davantage, Jon Anderson et Steve Hackett.

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Et puis, comme la vie finalement, c'est une sorte de grand tricot où les fils se croisent, s'emmêlent et s'entremêlent, il est assez curieux de rappeler que l'un de ses derniers spectacles début 2005, salué par la critique et par ses fans, avait été repris dans un album dont le nom était Ce lundi là au Bataclan... Du coup, sa célèbre chanson Que Marianne était jolie, chantée ce soir de février, prend une teinte et un ton particuliers...

Somme toute, que 2016 prenne son envol!... Montez à bord, pour un Vol de Nuit, cap sur la Croix du Sud peut-être, parce que la vie mérite tellement d'être vécue... Belle Année à toutes et tous!...

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15 décembre 2015

Le calendrier de l'Avin d'Eva : am stram gram!...

Eva Robineau, vous connaissez!... Mais si!... La Fée des Tronches!... Ligérienne, option Mauges angevines... Depuis... depuis... plusieurs années, elle nous propose le Calendrier de l'Avin, histoire de partager nos coups de coeur sur la blogosphère vinique. Comme ça, juste avant les Fêtes, afin d'évacuer un peu l'amer de cet hiver, entre drames de l'actualité et consultation électorale révélatrice d'un état d'esprit pour le moins préoccupant de nos compatriotes. Alors, quoi de mieux que du sucre... résiduel?...

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Vous allez me dire que je la joue facile cette fois ! L’Avin d’Eva avec un coup de chenin, elle ne manquera pas de s’en faire l’Echos, comme on peut dire à l’agence éponyme. Surtout que là, on est dans le domaine du génétiquement correct. Le chenin, l’eau de chenin voire le sang de chenin, c’est quelque chose qui coule dans ses veines à Eva, elle qui est née princesse au château de Beaupréau. Pour un peu, on en oublierait que le sujet, c’est la quille du jour !... Le 15 décembre, 25è jour du mois de Frimaire, officiellement dénommé (selon Wikipédia) jour du grillon (allez savoir pourquoi !), comme les autres jours de l’année, c’est forcément l’anniversaire de quelque chose.

001Des naissances, des disparitions, des évènements… En 1791, le United States Bill of Rights (les dix premiers amendements de la Constitution américaine) entre en vigueur. En 1809, Napoléon divorce de Joséphine de Beauharnais. Un autre 15 décembre, trente et un ans plus tard, ses cendres seront inhumées aux Invalides. Destinée… Des personnages célèbres, comme Néron (en l’an 37 de notre ère), La Rochefoucauld (en 1613), Eiffel (en 1832) sont nés un 15 décembre. D’autres, comme Sitting Bull (en 1890), Glenn Miller (en 1944) ou Walt Disney (en 1966) sont morts à cette même date.

A propos de grillons en revanche, je ne sais s’ils sont la panacée pour accompagner le vin du jour, mais pourquoi pas ?... Ben quoi, des grillons trempés dans le miel à l’apéro, avant votre réveillon de Noël ou du Jour de l’An, ce n’est pas une bonne idée, ça ?... Du miel d’acacia bien sûr, pour être en phase avec une tendance de l’expression aromatique du vin du jour, un grain noble de Philippe Delmée* de 2011, non filtré, sans sulfite ajouté et 6° d'alcool comme le précise l’étiquette. Le nom de cette cuvée en Vin de France ?... La Grosse Nadine !... Vous z’allez m’dire qu’elles sont pas toutes grosses les Nadine et, au passage, loin de moi l’idée de faire de la politique aux lendemains des Régionales, mais là, quand même, grosse impression !... On y trouve des fragrances d’agrumes confits, d’abricots, d'épices lointaines et une très fine pétillance à l'ouverture, qui vous donne une idée de sa nature résolument nature à Nadine !... Un grain noble nature donc, dans sa plus belle expression !... Pour un 15 décembre, pas mieux !... Si vous êtes curieux, gourmands et sages, j'évoquerai plus tard la future verticale des Quarts-de-Chaume du Château de Suronde et de Francis Poirel et même ce "Chaume 1er Cru 2003" (c'est ce que nous dit l'étiquette un rien mystérieuse de ce flacon) confiée naguère par le Château de Bellerive, toujours en Quarts-de-Chaume, un jour de collecte échantillonesque, option SR!...

*: en cliquant sur ce lien, vous n'aurez pas le CV, sa vie, son oeuvre de Philippe, vous découvrirez un "Wine trip in Paris" datant de septembre 2012. Un reportage savoureux, sur le blog Wine Terroirs, en compagnie de Philippe Delmée et de Kenji Hodgson, les deux vignerons angevins parcourant les XIè et XXè arrondissements de la Capitale (qui se trouvent regrouper les lieux de ma plus tendre enfance), avec quelques adresses évoquées dernièrement, lors des attentats du 13 novembre dernier, la rue de Charonne, Le Repaire de Cartouche, etc... Histoire aussi de ne pas oublier les terrasses vivantes de nos villes et de saluer la mémoire des victimes de cette soirée terrible...

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05 novembre 2015

La Vinopostale : un commerce, mais pas que!...

Six semaines et demi !... La Vinopostale s’inscrit désormais dans le paysage commercial local de La Roche sur Yon (la Manathan de l'Ouest comme la surnomme Jacques, dans Bonum Vinum), avec moins de quatre mètres de vitrine, mais qui ne manquent pas, dit-on, d’interpeller le chaland qui passe !... La rue des Halles, piétonne à l’essai jusqu’en fin d’année, mérite qu’on s’y attarde et plus encore à l’avenir. Plus de la moitié des pas-de-porte inoccupés à ce jour auraient trouvé preneur. Promesse de conjoncture plus favorable ?... Des préoccupations nouvelles pour quelqu’un comme moi, peu habitué et peu connaisseur surtout des contingences du petit commerce. Il faut dire que mon idéal est nuancé sur le sujet, même si, inévitablement, l’objectif est de tenir. L’Association des Vitrines du Centre Ville propose un habillage pour la période des Fêtes de fin d’année : un tapis rouge, un sapin en bois, etc… En fait, je cherche un égouttoir à bouteilles un peu vintage, qui ferait un joli sapin de Noël !...

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Au fil des semaines, je dois parfois tempérer mes envies de commandes nouvelles, celles qui relèvent d’une forme de militantisme, parce qu’il y a tant de vignerons et de domaines qui méritent d’être évoqués et présents sur les supports de bouteilles de la boutique, le tout dans l’esprit de Tronches de vin, le guide qui emmène les amateurs là où il y a du vin. Novembre et décembre ont un bon poids dans le prévisionnel des cavistes et dans celui de La Vinopostale, bien sûr. 3-days pass à l’occasion de l’inauguration officielle, du 12 au 14 novembre, puis le Beaujolais Primeur (naturel bien sûr !) le jeudi 20 et la longue glissade jusqu’aux repas de fête de Noël et Jour de l’An, comme il se doit. Je parle de glissade, puisque certains prévisionnistes (Météo ours Thoiry), aperçus sur les réseaux sociaux ces derniers temps, nous annoncent l’hiver le plus froid depuis un siècle !... Il va falloir que je ressorte mes recettes de vin chaud et que je convoque un spécialiste de la châtaigne grillée, avec doudoune, polaire et mitaines de laine !... Fermez les yeux, vous sentez cette odeur, un peu comme sur les grands boulevards de la Capitale ?... Autrement, vous pouvez aussi opter pour des fonds d’écran polynésiens et tropicaux sur vos PC, tablettes et smart-phones, un bon moyen de lutter contre le froid !... Si, si !...

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Toujours en attente du site internet de La Vinopostale, permettant notamment un click n’collect très tendance (vous faites votre choix en ligne, vous réglez et vous passez ensuite à la boutique), n’hésitez pas, néanmoins, à consulter sur la page Facebook (en lien direct à partir du site), l’album présentant les étiquettes des vins disponibles, intitulé « Pré Flight Checklist » !... Un bon plan de vol, avant le décollage !... Vous pouvez aussi découvrir les derniers parachutages et arrivages, toutes catégories : des verres, des livres, des BD, des produits de diverses origines, sans oublier les annonces de salons, dont La Vinopostale est parfois partenaire.

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Après toutes ces considérations, relevant d’une certaine logique commerciale, comment ne pas évoquer tout ce qui construit une telle initiative pour proposer des vins vivants et tenter de mettre en valeur le travail de quelques hommes et femmes, fiers de leurs choix et de leur passion, certains d’être avant tout des agriculteurs, des artisans, parfois des artistes quand le vin étonne au plus haut point ?... C’est aussi pour cela qu’on peut trouver dans le casier de tri postal (made in La Poste) du magasin, non seulement toute la production des Éditions de l’Epure, mais aussi le dernier livre de Jonathan Nossiter (avec Olivier Beuvelet), Insurrection Culturelle, un essai transformé au lendemain de la Coupe du Monde de rugby, où il est suggéré que le monde de la Culture pourrait s’inspirer du mouvement en cours chez les vignerons proposant des vins naturels, afin de ne pas sombrer dans la marchandisation et résister face à quelques logiques risquées, voir destructrices, à moyen ou long terme.

12112258_10207782847747134_2719998122477468692_nEn évoquant cela de vive voix (inspiré peut-être par l’échange récent de mails que j’ai pu avoir avec l’auteur de Mondovino et de Résistance Naturelle) avec Julien Gudéa, artiste plasticien nîmois, connu pour sa collection de sculptures en résines polymères, je ne pouvais qu’être sensible aux formes évoquant l’aéronautique, avant même les grappes de raisin, dont bon nombre ont déjà rejoint (en version pinot noir ou chardonnay !) quelques grandes maisons de Champagne. Si bien que, dès cette semaine, un "ovni" orange et blanc (vin blanc ou orange ?) viendra prendre sa place dans le décor de la boutique, ce qui ne manquera pas d’étonner, sans doute, les amateurs de passage !... Après, pour ce qui est d’une expo future, option art contemporain, dans le CYEL yonnais, futur pôle culturel urbain de la ville, remettons-nous en aux édiles locaux !...

Mais, revenons à nos flacons ! Parmi les plus récentes entrées, quelques vigneron(ne)s qui ne peuvent nier la dimension culturelle de certaines de leurs cuvées. Ludovic Engelvin est de ceux-là, jeune homme aux multiples facettes, tantôt berger, peintre ou vigneron. Mais aussi Mylène Bru ou encore Alexandre Bain, que quelques responsables de la bienséance réglementaire ont prié d’évacuer leur horizon de Pouilly Fumé !... Bien sûr, il n’est pas nécessaire de revendiquer cette supposée dimension culturelle pour avoir droit de cité au 4 rue des Halles et la dimension humaine, teintée d’universalisme certains jours, suffit largement. Tout autant que le partage de quelques moments passés ou parfois de quelques visites dans le vignoble.

12191174_841237402656474_2484539837427571466_oTiens, à propos de partage : quel meilleur moment que celui des vendanges pour cela ?... Du coup, apprécions la série de photos (ci-dessous), envoyée par Aymeric, du Domaine des Amiel, jeune vigneron languedocien, qui nous propose quelques nectars au naturel et nous rappelle l’importance de ces moments de vie.

Ceux aussi qui marquent un tournant dans la "construction" d'un domaine viticole sur le long terme, avec l'édification d'un nouveau chai, outil de travail certes, de la vinification à l'élevage, contribuant au passage à améliorer sensiblement les conditions de travail du personnel, mais aussi bien évidemment à véhiculer une image forte, positive et dynamique. C'est ce que réalise aujourd'hui Thierry Michon, dans son fief vendéen (nouvelle AOP où, soit dit au passage, la proportion d'hectares en bio devrait devenir majoritaire avant longtemps!) de l'Ile d'Olonne et des vins de Brem. Le Domaine Saint Nicolas revêt désormais les habits d'un dynamiseur du vignoble et pas seulement pour sa pratique de la biodynamie!... Avec son chai moderne, il rejoint Jérémie Mourat et Christian Chabirand, dans la catégorie des vignerons vendéens bâtisseurs!...

1781874_10208178623962093_4826192865663771740_nL'actualité du moment, ce sont aussi les salons qui (re)fleurissent à l'automne, tels les colchiques dans les prés (de notre enfance) et qui pourraient aussi bénéficier d'une météo des plus douces, ce qui contribue à rendre encore plus agréable, ces rendez-vous où l'on peut croiser le verre avec nombre de vignerons. Dans la région, citons tout d'abord les Anges Vins, fêtant au passage leur dixième anniversaire (comme le temps passe!) du 28 au 30 novembre, dans leur salle Jean de Pontoise, à St Aubin de Luigné, au coeur du Layon, mais aussi Saumur So Bio, les 28 et 29 novembre, qui n'en est qu'à sa deuxième édition, mais qui réunit presque tout ce qui se fait de mieux dans le Saumurois actuellement. Auparavant, les 14 et 15 novembre, Jean-Marc et Swanny, de Grains de Raison, proposeront à Nantes, sur une péniche, sur les bords de l'Erdre, le Salon des Vins Vivants, avec une quinzaine de "créateurs de vins naturels"!...

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Ce qui nous amène à évoquer le rendez-vous proposé par La Vinopostale, les 12, 13 et 14 novembre, soit l'inauguration décalée dans le temps (difficile de solliciter les vignerons en pleines vendanges!) et qui voudrait l'être aussi un peu dans la forme. Trois jours pour croiser le verre (là encore!) avec ceux qui nous étonnent au quotidien, qu'ils soient des référents de leur région et appellation, ou des jeunes, quasi débutants, mais oh combien passionnés!... Vous pourrez donc rencontrer et déguster le jeudi 12 avec Julie Bernard, installée à Aizenay, au coeur de la Vendée, ainsi que François Gorvan-Cosson, brasseur quant à lui à Notre Dame de Monts, au coeur du Marais Breton, mais aussi Manu Landron et Marion Pescheux, de La Haye Fouassière, le vendredi 13, ainsi que Marc Pesnot de St Julien de Concelles. Enfin, le samedi 14, Rémi Sédès, descendant de ses Coteaux d'Ancenis et Tessa Laroche, représentant Savennières et Roche-aux-Moines, ainsi que l'incontournable chenin angevin. Ce même jour, vous pourrez aussi croiser Ludovic Bodin, jeune ostréiculteur du Port Chinois, à L'Epoids, qui vous proposera ses huîtres naturelles. Sans oublier quelques délectables charcuteries sèches et en conserves, originaires du Tarn et de la montagne sud-auvergnate, déjà présentes à la boutique.

Bien sûr, il nous fallait aussi penser aux aspects logistiques, ainsi qu'au confort des visiteurs, fussent-ils passionnés au point de venir en ciré et bottes, prêts à braver la tempête!... Même si les premiers éléments de l'enquête concernant la prévision météorologique de cette période laissent croire au calme et à la douceur, nous n'avons pas opté pour le classique barnum installé au milieu de la rue (qui aurait été, de toutes façons, difficile à gérer en cas d'avis de coup de vent!), mais grâce à l'aide d'Elodie, du magasin voisin Tout en direct.fr, nous disposerons d'un espace couvert, agréable et lumineux... jusqu'au bout de la nuit!... Enfin, peut-être pas!... A bientôt donc, au 4 rue des Halles, à La Roche sur Yon!...

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Crédit photos : Frédéric Séré

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04 octobre 2015

Vendanges 2015 : un beau (grand?) millésime?... (2)

Seconde approche des conditions de ce millésime qui, selon la plupart des vignerons, laisse entrevoir de beaux, de grands espoirs. Même après certains épisodes météorologiques, qui auraient pu s’avérer catastrophiques, vue partois, leur expression extrême, comme parfois dans le grand Sud-Est, on devine le soulagement dans les propos des vignerons, qui laissent donc aussi entrevoir que 2015 sera une belle année.

Le 17 septembre dernier, Romain Pion, installé à Félines-Minervois, déjà connu et apprécié dans notre modeste préfecture de province, La Roche sur Yon, pour ces cuvées Comme au bon vieux temps du rock’n’roll, notamment la marsanne, nous fait un petit résumé : "Ici, ça va, plus de peur que de mal avec la grêle !! J’ai juste un petit carignan qui a été un peu tabassé, que j’ai soigné à l’argile et qu’on va rentrer d’ici peu… Le millésime 2015 s’annonce sympa !"

vendanges 2015 au Sentier au Sud   vendanges 2015 H&H la pause du matin   vendanges 2015 H&H

Du côté de l’Alsace, Hubert et Heidi Hausherr ont aussi le sourire le 24 septembre : "Nos vendanges ont été relativement rapides. Les rendements sont faibles (17 hl/ha en moyenne) mais le jus est de très belle qualité… Il n’y a plus qu’à attendre la fin des fermentations pour juger sur pièce !" Et de joindre à l’envoi quelques jolis clichés.

vendanges 2015 H&H la retrousse à mi chemin du pressurage, décompactage des marcs   vendanges 2015 H&H sortie de la vendange avec le cheval   vendanges 2015 H&H le gâteau de marc à la fin de la pressée

Le 25 septembre, Olivier B, vigneron sur les pentes du Ventoux, cache mal son enthousiasme : "Ben voilà, je viens de lire ton dernier billet et on dirait qu’ils ont presque tous fini… J’étais parti pour y aller le 28, soit deux semaines après les blancs (p… d’habitude qui ne veut et ne voudra jamais rien dire !) ouf tant mieux… So, on vendangera maybe le 5 octobre comme ça, il n’y aura plus personne sur la route et je confirme, c’est ma seizième vendange et je n’ai jamais ramassé d’aussi jolis blancs. Inch allah pour les rouges qui tiennent et… long vol à la Vinopostale !"

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Retour très attendu aussi en provenance de Champagne, ce même 25 septembre, avec Benoît Tarlant, toujours auteur, au passage, de très belles photos. "Pour le feedback, ton message est arrivé la veille du jour J, donc, je n’ai pas pu te le faire avant ou pendant… trop de tension. Maintenant, que les fermentations mènent bon train, je peux prendre un peu de temps."

"Nous avons donc commencé le 9 septembre (le ban des vendanges du village était au 5) avec de magnifiques raisins de pinot meunier, qui iront sans aucun doute à la genèse de La Vigne d’Or. Cette année, impossible de définir un classement entre cépage, ils sont tous à un niveau superbe. La Champagne va faire de beaux vins dans toutes ses régions. Il fallait juste trouver le bon rythme pour faire de très grands vins."

IMG_20150909_075231"La première semaine nous a permis de vendanger de façon relax et cool sous le soleil, alors que la deuxième nous a vraiment donné un rythme de vendanges, avec des averses, du vent, du soleil, de la pluie, du froid. Bref, de vraies vendanges, celles qui te font puiser dans tes ressources et où tu ressens l’ardeur du travail. Le paroxysme a été atteint le mercredi 16 septembre, une journée dure, qui s’est terminée par un paysage mystique !... Après ce moment épique, j’ai vendangé mes plus grandes parcelles, Les Crayons, Mocque Tonneau, L’Ilôt des Sables, les BAM du four à chaux, des jus énormes !!!"

"En aparté, c’est aussi une année où on a pu se faire plaisir avec les pinots, avec des rosés, des rouges, de la matière. En clair, une année de tous les possibles, où tout est magnifique ! Voilà pour 2015 !"

Eric Texier ne manque pas, lui non plus, le même jour, de nous adresser un compte-rendu de vendanges, par l’intermédiaire de sa newsletter. Pas de doute, le Rhône va nous étonner cette année !... "Voilà ! Ce mercredi 17 septembre, tous les vins sont finis, décuvés et mis au propre… Une situation inconcevable il y a quinze ans de ça. Changement climatique ou météo exceptionnelle, 2015 restera pour nous comme une campagne hors du commun. Dans le Rhône Nord, tout s’est enchaîné parfaitement, sans réel souci sanitaire et sans les effets caniculaires de 2003. A part quelques traces de black rot dans les grenaches de St Julien, rien à signaler. Peu de pluies, mais juste à temps pour soulager la vigne, du soleil mais des nuits fraîches, hors tout début juillet, une chaleur sans conséquence sur les chasselas vendangés le 18 août, pour Martin, notre fils, qui prend la suite sur les pétillants. Puis roussannes sur le coteau de Brézème, vieilles marsannes à St Julien, clairettes et vieilles roussannes : tous les blancs étaient rentrés fin août. Belles maturités et acidités à peine croyables !... Une récolte tellement hors norme qu’il nous est difficile d’en imaginer le résultat final !"

"Les rouges sont rentrés la première semaine de septembre, sous le beau temps et avec une équipe fantastique : travail efficace et ambiance festive. Ce n’est pas demain la veille que nous vendangerons à la machine ! Là encore, pas d’excès : raisins mûrs mais pas surmûrs, plus équilibrés que 2009 et sans une énorme structure tannique comme en 2005. Nous avons fait des cuvaisons courtes (9 à 12 jours) et sans extraction. Tous les vins ont été décuvés avec des sucres et sont en train de finir gentiment comme des blancs."

IMG_20150916_194732 (1)"Pour le plaisir cette année, deux micro-cuvées verront le jour : des grenaches gris arrivés des vignes de Tom Lubbe, ainsi que des serines de Clusel Roch, surgreffés au Mas à St julien, qui donneront une tinaja de gris et une pièce de serine."

"Une ombre au tableau radieux de ces incroyables vendanges, avec la disparition de Noël Verset, ce grand bonhomme qui nous a tant inspirés. Ah ! Ce magnum de 2002 partagé avec toute l’équipe, le dernier soir ! Un joli vin, comme aurait dit Chauvet."

"En bref, 2015 n’a été que bonheur ! Nous ferons tout pour vous transmettre cette émotion dans les vins."

Fanny Breuil, infatigable voyageuse, qui sillonne la planète pour évoquer les vins italiens, entre autres, avec les amateurs passionnés, nous communique, le 29 septembre, quelques infos en provenance de La Stoppa, célèbre domaine d’Emile-Romagne, cher à Elena Pantaleoni et Giulio Armani : "Les vendanges à La Stoppa se sont bien passées et les qualités rentrées sont belles. Le soleil dans les vins résume le millésime. Cependant, le domaine a souffert des ravages de la flavescence dorée et ce sont quatre hectares de barbera qui ont été touchés cette année ! Un véritable soucis quand on sait qu’il n’existe pas de solution contre la maladie, à part un arrachage, puis quarantaine du sol et replantation ensuite."

"La récolte produira de l’Ageno, Malvasia Frizzante et du Trebbiolo, les récoltes étant insuffisantes pour pouvoir produire les cuvées de réserve Barbera et Macchiona… malheureusement !" Voici quelques infos venant en droite ligne de Rivergaro :

"C’est la malvasia di candia aromatica, pour l’Ageno, qui a donné le coup d’envoi des vendanges le 27 août. La qualité était très belle avec des degrés alcooliques de 13°. Ce millésime solaire est cependant également plus frais en dégustation grâce à des acidités élevées."

IMG_20150916_194938"2015 ne verra pas de production de Vigna del Volta et le choix difficile a été fait de vendre ces raisins, la tendance des marchés étant plus frileuse sur les vins de dessert."

"2015 était une année de production de bonarda ! Ce cépage est versatile et ne produit pas régulièrement : une fois tous les trois ans ! Cependant, le rendement est resté faible. Ainsi, toute la production ira dans le Trebbiolo et il n’y aura pas de Macchiona, ou très peu, à cause de la très faible récolte."

"Pour les raisins rouges, le millésime 2015 est solaire, les raisins étaient tous bien mûrs et avec peu d’acidité (contrairement à la malvasia). C’est un très beau millésime qui donnera un Trebbiolo gourmand et souple."

"Le domaine doit cependant faire face au problème de flavescence dorée, maladie ayant détruit la production de quatre hectares de barbera. Elle est transmise par un phytoplasme véhiculé par les cicadelles. Malheureusement, on ne connaît pas de traitement contre cette terrible maladie provoquant des ravages irrémédiables, seul l’arrachage, la mise au repos des parcelles plusieurs années et la replantation de ceps ayant subi un traitement au chaud (NDLR : à la chaux?) en pépinière fonctionnent ou des traitements contre le vecteur (ici la cicadelle) mais ils ne sont pas bio."

Enfin, en ce 3 octobre, à 12h34, un ultime SMS nous arrive!.. C'est Tessa Laroche, à Savennières, qui nous donne une tendance angevine : "Les vendanges sont finies. Les blancs depuis mercredi soir et les rouges hier midi. Vendanges très belles, saines, mûres. Beaux équilibres. L'entonnage est commencé. Tout fermente bien et se goûte bien. A bientôt!..."

D'autres nouvelles à venir peut-être prochainement, mais déjà un tour d'horizon plutôt enthousiaste dans les vignobles de France et de Navarre. A suivre donc, verre en main!...

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30 septembre 2015

La Vinopostale : créateur d'entreprise tu seras!...

Presque deux semaines. Toutes proportions gardées et tout lyrisme mis de côté, je me sens un peu comme un pilote de L’Aéropostale, en train de revêtir son manteau de cuir. Les moteurs tournent. Au petit matin, il attache sous le menton son casque de cuir lui aussi, levant son regard vers le ciel clair, son esprit déjà tourné vers une destination lointaine. Les lueurs du soleil levant commencent à avaler les étoiles. Il sait que la route est longue et qu’il pourra suivre l’écume des vagues d’une part, la ligne de crête à l’horizon d’autre part.

001La ville, la rue des Halles révèlent une clientèle, multiple et variée, comme il se doit. Il y a ceux qui tombent des nues, en découvrant l’enseigne et la vitrine, ceux qui avaient déjà entendu le bruit des moteurs, ceux qui, revenant du marché quelque peu chargés, découvrent et affirment qu’ils reviendront très vite (vivement le prochain marché !), ceux qui n’en ont pas l’air, mais qui, en quelques mots, vous montrent qu’ils connaissent le monde du vin ("en effet, il y a naturellement des sulfites dans tous les vins !" rassurés peut-être, de ne pas entendre quelque énormité sur le sujet), celles et ceux enfin, qui font de la terrasse tricolore (aux couleurs d'un drapeau qui n'existe pas), leur nouveau quartier général, parce que les vins proposés sont en mode glou-glou et les charcuteries sèches délectables !...

Bien sûr, en même temps que cette clientèle doit découvrir la cave, ses horaires, ses rythmes, il faut aussi apprendre quel est le mode de fonctionnement (oh ! la vilaine expression !) de tous ces visiteurs, ces clients. Ceux qui aiment découvrir seuls, ceux qui boivent volontiers vos paroles en même temps que le verre qu’ils tiennent dans leur main, ceux qui se laissent bercer par l’atmosphère du lieu et qui repartent finalement avec un livre ou une saucisse sèche, plutôt qu’une bouteille.

12039441_10207661524194121_1554190184541066880_nEt puis, il y a tous ceux qui vous veulent du bien !... Et qui vous parlent de référencement modèle, de choix pour assurer vos vieux jours, d’aménagement complémentaire de la boutique. Sans oublier les organismes officiels plus ou moins subventionnés, comme ceux qui font de vous un créateur d’entreprise, un de ceux qui potentiellement va créer de l’emploi dans notre beau pays et qui vous assurent, qu’en faisant appel à eux et à leurs compétences, tout est désormais possible !... Comment leur dire, leur rappeler (parce qu’ils le savent déjà !) que le monde change, que leur modèle économique pyramidal et "corporate" a du plomb dans l’aile, comme parfois les avions chargés de courrier qui survolaient le désert et quelque population hostile? Une récente étude, évoquée voilà peu sur une radio nationale, montre que la nouvelle génération de "diplômés" sort de formation et passe directement à la case entrepreneuriale, zappant volontiers la dimension salariale. Faut-il y voir un refus des logiques passées ou un désir de liberté et d’action, comme ces pilotes de la Postale, qui volèrent contre vents et marées, parce que le courrier devait passer coûte que coûte, en ayant parfois une forme de mépris à peine avoué des conventions établies, une priorité donnée aux activités aventureuses ?...

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Un vent de liberté, d’action et de partage souffle sur La Vinopostale !... Il s’agit de faire découvrir quelques cuvées gouleyantes, d’évoquer le parcours de vignerons passionnés, parfois débutants et pleins d'enthousiasme, si ce n'est leur peur fugace d'une sombre nuée survolant le vignoble, ceux qui en ce moment vendangent et espèrent en un grand millésime, généreux et goûteux. D’aucuns optent pour de nouveaux matériaux et de nouveaux contenants dans leur cuvier, certains construisent de leurs mains les locaux dont ils rêvaient et d’autres sortent du tribunal rassérénés, après de nombreux mois de lutte, certains que des combats méritent d’être menés encore de nos jours, au nom des générations futures.

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Sommes-nous de taille, alter-cavistes et amateurs passionnés, pour être enfin légitimes à évoquer l'histoire de la conquête des airs, au moment où il faut conquérir les papilles et les goûts?... J'aimerais satisfaire ceux qui me disent "en avoir marre de toujours boire les mêmes vins"!... Il faudra sans doute quelques rencontres à l'avenir, entre les vignerons, comme ceux qui me parlent en ce moment d'un très beau millésime 2015 et ceux qui, de l'autre côté de la bouteille et du verre, sont d'ores et déjà prêts à s'enthousiasmer aux futures découvertes.

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"Ce n'est pas la liberté qui manque mais les hommes libres" dit le proverbe. Loin de moi l'idée de revendiquer ce statut rare et privilégié après seulement quinze jours d'une activité nouvelle, mais certains m'ont montré la voie, au travers de diverses rencontres, pour que chacun puisse apprécier demain de choisir librement ce qu'il aime, au moment d'ouvrir une bouteille. Le vin doit passer, dans toute sa dimension universelle.

Posté par PhilR à 22:41 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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