La blanquette a pris un coup de froid!...
... à moins que ce ne soit un coup de chaud!... Avec les temps qui courent, nos cerveaux et nos organismes sont plutôt preneurs de cette cuisine roborative qui propose pot au feu, choucroute, boeuf bourguignon ou blanquette de veau, dans la plus pure tradition de nos recettes régionales.
Pour ce dimanche sensé annoncer le redoux, Mme PhR et moi étions donc d'accord pour une blanquette. La cuisinière, ne reculant devant aucun sacrifice, ni sa crainte d'une glissade malencontreuse en se rendant au marché, se charge de trouver tous les ingrédients. Mais, comme elle est joueuse à ses heures, elle décide, pour l'occasion, de remplacer les carottes traditionnelles, résolument orange, par une version violette ou pourpre, ce qui a pour conséquence directe de teinter l'ensemble lors de la cuisson!... Une vraie blanquette de schtroumpf!...
Et pour accompagner ce plat, au demeurant excellent, un flacon tout droit venu de Catalogne. Un Conca de Barberà de Joan Ramon Escoda, Les Paradetes 2007, assemblage de grenache, mazuelo (ou carignan) et sumoll tinto, dans une version 100% nature!... Une vraie nature en fait, parfait pour répondre aux excès de Dame Nature, certains jours.
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Tables gourmandes à Angers et Saumur
Lors des salons de janvier en Anjou, il est aussi possible de faire quelques jolies pauses-déjeuners, de préférence où l'on peut, de plus, négocier (ou apporter!) quelques belles quilles!... Pas vraiment les circonstances pour s'extasier d'une supposée haute gastronomie, mais plutôt l'espoir de s'étonner de quelques trouvailles, voire d'accords audacieux. Sans oublier les routes qui se croisent sans encombre entre un plat et un vin.
Premier exemple, en ce samedi midi, Autour d'un cep, situé rue Baudrière, à Angers, à un jet de pierre (par dessus le Maine!) ou en franchissant le Pont de Verdun, du parking qu'utilisent bon nombre de visiteurs des salons qui se déroulent aux Greniers St Jean. Jérémie Baron et Antoine Landron y officient depuis un peu plus de deux ans et ont désormais pris leurs marques.
Bien sûr, un groupe d'une douzaine de personnes (et moins sans doute!) se devra de prendre quelques précautions en réservant à l'avance, l'espace étant assez réduit, mais, la cuisine laisse une bonne impression. On devine que la composition du choix de cette formule bistrot est à géométrie variable, dictée tantôt par l'humeur du chef et tantôt par les produits disponibles sur le marché, selon les saisons. Le client peut donc, selon ses propres goûts, s'enthousiasmer d'un menu qui le comble, ou se dire qu'il n'est pas très bien tomber ce jour-là. Encore faut-il être bigrement difficile pour ne pas trouver chaussure à son pied, si je puis dire!... Cela fait tout le charme de la formule. Du côté de la carte des vins, il y a vraiment matière à se réjouir, avec un joli choix inter-régional.
Une formule voisine pour le micro-bistrot Chez Rémi, Boulevard Maréchal Foch de cette même ville, dont le street view de Google vous donnera sans coup férir, une idée du problème : réservation quasi-obligatoire!... Sachant que la façade, d'un rouge très repérable, ne fait guère plus de trois mètres de large, chacun imaginera aisément l'espace réduit et le nombre limités de couverts. Néanmoins, c'est un peu la coqueluche des Angevins et des amateurs de vins nature de passage, tant la carte des vins est louée de tous. D'autant plus compliqué d'y accéder certain jours et quelques souvenirs de repli inévitable vers d'autres enseignes voisines et quelconques.
Côté cuisine, on subodore aisément que le chef a pour devise : de l'audace, toujours de l'audace!... La petite soupe proposée ce jour pourrait être issue d'une matinée brumeuse ou, pire encore, d'un pari un peu fou avec un critique gastronomique new wave de passage!... Quels sont les ingrédients impossibles à réunir, gustativement parlant?... Eh bien, ce bouillon aux huîtres, foie gras, choux de Bruxelles et truffes avait un potentiel pour gagner le grand prix de l'anti-cuisine, ou envoyer son auteur aux pluches ad vitam aeternam!... Pourtant, les plus audacieux d'entre nous n'en croient pas leurs moustaches fumantes!... Ça fonctionne et plutôt bien!... Et comme les viandes (jambon espagnol, joue de boeuf en pot au feu et gigot d'agneau) font l'unanimité, le plaisir est entier. Côté vins, tout va bien, d'autant que la pratique du droit de bouchon, en vigueur dans nombre de bars à vins désormais, nous permet d'apprécier pour l'occasion, deux très beaux magnums apportés par les vignerons champenois de notre petite bande de gourmets-gourmands. Chez Rémi, belle est la nuit!...
La ville de Saumur recèle quelques jolies tables, les amateurs de passage ne l'ignorent pas. En cette soirée dominicale de la Dive bouteille, tout n'est pas ouvert et quelques enseignes affichent portes clauses. Les Canons, place St Pierre, fief local des vins bio et naturels (150 références annoncées) relèvent le défi. Chaud, les Canons, chaud!... Ce soir-là, une grande partie des vignerons présents dans les douves du Château de Brézé, ont opté pour cette position de repli gourmand. Et comme nombre d'amateurs, de cavistes et de vignerons visiteurs ont fait le même choix, ça se bouscule au portillon!...
La formule de cette cave à manger est similaire des autres adresses citées ci-dessus, avec des choix de saison et quelques classiques goûteux. Régalade assurée et pour l'occasion, ambiance d'enfer!... Quelques gros calibres circulent, des magnums venus du Jura et nombre de flacons d'origines diverses. En tout cas, la capicité de toute l'équipe a faire face dans la bonne humeur, à cette sorte de charge de la cavalerie sur la ville, plaide en sa faveur. A noter sur vos tablettes, sans la moindre hésitation!...
Bon, eh bien, si on passait à table?... Par ces temps de vive froidure, un pot au feu (joue, plat de côtes, queue de vache, etc...) nous attend, accompagné d'un Anjou rouge, comme il se doit. Bon appétit!...
Coups de coeur et coup de froid en Anjou-Saumur
L'hiver, pour un peu, aurait tiré sa révérence en catimini et serait parti sur la pointe des pieds. Quelques inquiétudes commençaient à s'exprimer dans le vignoble et certains appelaient de leurs voeux une franche chute des températures pour février. Et voilà-t-y pas que Météo France nous gratifie d'une alerte météo option neige pour le 30 janvier et parle désormais de l'installation, pour quelques temps, du Moscou-Paris, un flux hideux et glacial qui va nous installer dans un transit réfrigérant. Pas chaud devant!... D'autres, encore moins rassurants, nous rappelaient récemment que les froidures de février 1956 s'étaient installées après un début d'hiver exceptionnellement doux... sans que l'on puisse tous s'en souvenir précisément et pour cause. Je vous parle d'un temps que les moins de soixante ans ne peuvent guère connaître.
Du côté du Château de Brézé, dans le Saumurois, Sylvie Augereau semblait également dans les confidences des dieux du climat ligérien (à moins que, lassée des commentaires revenus à ses oreilles depuis deux ans quant à la température ambiante de la Dive), puisqu'une efficace installation de moyens chauffants permettait aux uns et aux autres de converser aimablement, sans claquer des dents. Du moins, le dimanche... En fin de journée, il faisait presque chaud dans certains endroits!... Mais, le lundi matin, les premiers flocons apparurent à l'heure du petit déjeuner et tombèrent toute la journée. Le temps du passe-montagne était revenu, sans que cela n'altère la bonne humeur ambiante!... Éventuellement, une garbure fumante pouvait réduire joliment les effets du froid, pour ceux qui n'ont pas la chance de fréquenter les contrées subpolaires où se déroulent l'Elfstedentocht, la Vasaloppet, la Transjurassienne et autre Percée du Vin Jaune!...
Pour ce week-end genre marathon biodynature, il fallait donc être en forme et couvert. En forme dès le samedi 29 au matin, à l'heure ou s'ouvraient les portes des Greniers Saint Jean, où les vignerons pratiquant la biodynamie répondaient à l'appel de Mark Angeli, Virginie et Nicolas Joly. Toujours un superbe plateau, où l'on notait quelques absences et quelques nouveaux venus de diverses contrées. Bien sur, il est impossible d'être exhaustif en matière de dégustation à cette occasion et les visiteurs prennent aussi le temps de converser, de confronter parfois les points de vue, d'évoquer quelques canons enthousiasmants et accessoirement, de se restaurer sur place ou non loin de là, à la table d'Autour d'un cep par exemple, où les convives viennent parfois, eux aussi, de contrées lointaines : passionnés brusseleirs, cavistes webistes, blogueuses et blogueurs, geeks insatiables, star du web...
Côté salon, un plaisir de revoir Laureano Serres et Joan Ramon Escoda, ainsi que Nuria et Diego Soto, tous venus de leur Catalogne espagnole et souvenirs de quelques chaudes journées de l'été dernier. Insondable nostalgie... A Angers, le temps est toujours sec et ensoleillé. Quelques centaines de mètres en sortant de table, pas mieux avant de se lancer à la découverte de très beaux flacons, comme en cachent les vignerons des Greniers. Parmi les plus exaltants du jour, la série de Billes de Roche et Clos de la Cerisaie, du Clos Mélaric, en Saumur-Puy Notre Dame, dont les progrès se confirment d'année en année, mais leurs supporters sont déjà nombreux!...
D'autres jolies rencontres sous la majestueuse charpente : Michèle Aubery, du Domaine Gramenon et ses grenaches 2010, les Chateauneuf-du-Pape du Domaine Pierre André de Courthezon, la très belle série chez Jean David (nez rouge, pompon rouge!), de Séguret, sans oublier Matthieu Barret, à Cornas et Hélène Thibon, en Sud Ardèche, ce qui fait un Rhône très dense, puisque étaient aussi présents Jean Delobre, le Domaine Montirius, Jean-Pierre Monier et David Reynaud.
Comme d'autres régions, Alsace et Jura avaient quelques ambassadeurs prestigieux, avec les Tissot, Deiss ou Humbrecht. Du côté de Bordeaux, les domaines issus d'appellations dites satellites tirent brillamment leur épingle du jeu en de telles circonstances. Ainsi Thierry Valette, du Clos Puy Arnaud, proposait de jolis échantillons. Enfin, la Bourgogne comptait un sympathique représentant en la personne de Julien Guillot, du Domaine des Vignes du Maynes et ses parcelles millénaires!... Ce dernier n'avait pas son pareil pour nous expliquer joyeusement comment le marc proposé est validé au domaine, par la grand-mère nonagénaire!... Bon pied bon nez, la vénérable macônnaise!...
Certains ne manquèrent pas de découvrir (plutôt deux fois qu'une!) les cuvées d'Elisabetta Foradori et de son domaine sis dans les Dolomites, superbe passerelle pour joindre les Greniers à l'Hôtel des Pénitentes, non loin de là, où les Puzelat, Chaussard, Mosse, Villemade et Bonhomme invitaient quelques amis et non des moindres. Pour les mêmes raisons de timing (Brézé est à 75 km), il était difficile en ce dimanche de prolonger la prière auprès d'Agnès Mosse, pénitente supérieure pour l'occasion et ses amis. Néanmoins, nous avons pu y apprécier comme il se doit, deux très belles séries chez Patrick Meyer et Éric Pfifferling, plutôt rares dans les salons, mais essentiels. En tout cas, une belle réussite pour une première!...
En Loire, nul n'est sensé ignorer la... Dive!... Ni la Loire d'ailleurs!... Il faut dire que Sylvie Augereau mobilise toujours les talents ligériens, la fin janvier venue, pour un meeting aux teintes internationales, qui se déroule dans les douves et recoins du Château de Brézé. Un site sans équivalent pour un salon où s'exprime la force du vin tranquille, en ces temps pré-électoraux. Et la démonstration que tous les vignobles, toutes les contrées peuvent produire des nectars, option nature pur fruit, pur jus.
Dans la coursive pentue de ce grand vaisseau qui ne risque pas le chavirage, il est possible de faire quelques belles rencontres, parfois didactiques et d'autres teintées d'une sincérité qui laisse filtrer quelques difficultés. L'Ardèche (avec Gilles Azzoni, Gérald Oustric et Sylvain Bock) parle d'une seule voix, ou presque, lorsque Manu et Vincent, du Domaine Les Deux Terres évoquent les raisons pour lesquelles Jérôme Jouret doit abandonner l'identité qu'on lui connaissait (clap de fin aux Clapas!), un phénomène connu également des Angevins du Domaine des Pierres Sèches (vu aux Greniers), pour cause de dualité ardéchoise d'ailleurs.
Non loin de là, bref retour sur les conséquences d'un séisme au Chili, avec Louis-Antoine Luyt, tout entier tourné vers l'avenir, à travers ses très belles cuvées du millésime 2010. Quelques coups d'oeil à la carte, pour éprouver encore plus l'envie de partir découvrir le vignoble chilien...
A quelques pas, l'Italie est bien représentée par Luca Roagna, Gian-Marco Antonuzi (Le Coste) venu sans Clémentine, très occupée par la génération future, ou encore Dario Princic, vigneron de Venezia-Giulia, au-delà de Venise, aux confins de la Slovénie. De très beaux blancs issus de longues macérations, pour ce voisin de Josko Gravner, dont nous avons pu croiser récemment une cuvée élevée en amphores. Quelques regrets, au passage, de n'avoir pas pris le temps de déguster les vins de Paolo Vodopivec, venu également de cette lointaine contrée.
Dehors, la neige tombe à gros flocons. Elle peut bien tomber. Pour le retour?... Même pas peur!... Puisqu'il en est ainsi, continuons de déambuler dans les salles et galeries du château. Parmi les vins appréciés çà et là, deux très beaux Champagne étiquetés Vouette et Sorbée, Blanc d'Argile et Fidèle, chez Hélène et Bertrand Gautherot, puis un Morgon zéro soufre 2011 (parmi d'autres) chez Marie et Matthieu Lapierre, pour le moins gouléyant!... Avec Jean-Claude Chossart, du Domaine Jolly-Ferriol, assez longue conver-station à propos des rancios catalans, preuves liquides à l'appui, suivies de la belle série d'Anjou et Chinon de Nicolas Reau. Enfin, très belle confirmation des vins (découverts au Picolo à Nantes, voilà quelques temps) de Raynald Héaulé, venu pour la première fois à la Dive, en droite ligne de son Orléanais, déjà plein de ressources... courtoises et dont Laetitia est absolument fan!... Mais, son avis vaut de l'or, nous pouvons le confirmer!... A noter également les cuvées un rien espiègles de Chahut et Prodiges ("y'a du vin, là!"), ou encore celles de Noëlla Morantin, tous tourangeaux pour le meilleur et le meilleur!...
En somme, que du plaisir!... Bien sûr, tout n'est pas toujours rose et croire que tout va bien dans le meilleur des mondes, simplement parce qu'on évoque les sensations procurées par quelques jolis flacons, serait un brin excessif. Ce fut d'ailleurs l'objet du débat amical, lors de soirées gourmandes entre blogueurs, à l'occasion de ce week-end ligérien. Alors même que certains suggèrent la création d'un organisme certificateur qui distribuerait ses agréments à qui souhaite s'exprimer sur Internet à propos du vin, la question reste posée de la forme à donner au sentiment que l'on éprouve lorsque nos papilles dévissent ou que le langage de certains comporte quelques zones d'ombre troublantes. Nous sommes nombreux à opter pour le silence. Mais, est-ce la conduite à tenir, à la veille de l'introduction sur le marché des lois du bio industriel?... S'agit-il d'un manque de courage, ou d'un "droit de réserve"?... Parfois, le silence est d'or et vaut mieux que mille mots caustiques et grincements de dents. Nous nous en tiendrons donc, le plus souvent, à ce que le monde du vin contient d'humanité et de ferveur, certains jours, lorsque s'ouvrent les bouteilles et que l'on croise le verre jusqu'au bout de la nuit!... N'en déplaise aux censeurs de tout poil!...
Seule difficulté rencontrée ce lundi, la météo locale qui ne nous a pas permis de regagner Angers en temps en heure, afin de rencontrer les Vignerons bio de Loire, venus prendre possession à leur tour, des Greniers Saint Jean. Ce n'est que partie remise sans doute, mais ce petit grain de sable, ces flocons de neige plutôt, dans le tempo de ces trois jours en Anjou, laisse quelques regrets quant à la possibilité de réunir dans une même ville, si ce n'est en un même lieu, tous ces vignerons qui participent à générer notre enthousiasme.
Vendredis du Vin # 42 : Les voyages et le vin
Belle matière pour le thème choisi par Guillaume Nicolas-Brion, à l'occasion du chapître 42 des VdV, premier de l'an 2012!... L'imagination au pouvoir, pour ceux qui ont bien quelques souvenirs de voyages, mais pas forcément des plus exaltants, surtout lorsqu'il s'agit de sortir des albums-photos, une table sous les cocotiers, dont la couleur pastel se marie joliment au vert des feuilles de bananier, ou au bord d'une piscine largement aseptisée...
Vous me direz, les voyages ce n'est pas forcément l'exotisme. Il y a aussi les rencontres, celles qu'on fait un jour, dans un endroit insolite ou dont on devine qu'on y reviendra sans doute jamais... Un refuge de montagne et sa terrasse ensoleillée, que l'on partage un midi, en même temps qu'une omelette et une bouteille de Fendant helvète, avec un guide de haute montagne et son client, frappés le lendemain par une noire malchance... Un cockpit de bateau à voile brûlant de soleil, au milieu de l'Atlantique, sous la pétole totale et qui sera le lendemain balayé par les vagues traîtresses d'une dépression océane. "Que je ne vois personne à la barre qui ne soit harnaché!... Ne t'inquiètes pas, demain, on ira boire une bière ou deux dans ce bar sur le port..."
Alors, lorsque le soir vient, que le vent s'endort et que le soleil semble faire une courte pause, juste un petit signe, avant de plonger et de disparaître, il faut s'arrêter, écouter le clapotis contre la coque, sortir de la cambuse la daurade coryphène pêchée le matin, puis cuisinée avec quelques oignons et sortir une bonne bouteille du sac à voile dans lequel elle avait trouvé refuge, pour éviter tout choc malencontreux et fatal!... Mais, il aurait fallu un blanc, non?... Tant pis, ce sera un rouge : Clos du Chêne Vert 1991, du Domaine Charles Joguet!... Mais, que faisait-il dans ce navire?... Trois semaines de mer l'ont ébranlé. On le serait à moins!... Il faudra lui donner sa chance au port, lorsqu'il sera remis de son voyage... Notez bien que rares sont les flacons capables de supporter une transat!...
Le vin n'est pas toujours l'objectif d'un voyage (ouf! Mme PhR ne m'écoute pas!...), mais il n'est pas rare de le croiser lors de nos escapades. Parfois, il s'embarque presque comme passager clandestin. Un statut que nous lui envions certains jours, pour dépoussiérer notre quotidien... et rêver d'un voyage en cargo qui nous amène d'îles en îles, en partageant ce vin sarde trouvé à l'escale, à la table de l'équipage.
Et ne se souvenir que du bien-être éprouvé au retour de cette traversée, lorsque l'organisme semble avoir changé de rythme et de régime (mais, tu es méconnaissable!). Plus de stress, plus d'impatience... Attendre un avion deux jours, en fêtant le retour à terre lors de longues soirées très musicales et quelque peu arrosées, en compagnie des marins d'un porte-avions américains au mouillage, patienter trois heures dans une gare parisienne fébrile (mais, où courent-ils tous comme ça?) pour ce train qui vous ramène au bercail... What else?... Le voyage accompli, la clé de notre vie!... En est-il toujours de même pour le vin?...
Appelez-le Giovanni Mourati!...
La Vendée au coeur de l'hiver. Janvier poisseux nous a fait croire qu'on aurait un hiver, l'espace de quarante-huit heures. Mais en fait, que dalle, que tchi!... La douceur nous rend amorphes. Le crachin atlantique semble lui-même s'ennuyer en tombant. D'ailleurs, tombe-t-il?... A peine quelques courtes rafales espacées qui ne le soufflent même pas. Dans une telle atmosphère, on craint de sombrer dans l'immobilisme, très couleur locale, certains jours!... Et puis, on se dit : pourquoi ne pas prendre des nouvelles du vignoble, où ce genre de météo a tout lieu d'inquiéter?...
Du côté de Mareuil sur Lay, un domaine mérite qu'on s'y arrête de temps en temps. D'autant qu'il est animé par un jeune homme ouvert sur le monde et dont le dynamisme ne se dément pas. Il n'a que faire de ce qui se murmure çà et là. Certains pourraient le qualifier d'enfant gâté, mais en fait, il avance pour le bien du Domaine Mourat, une grosse machine qui vit un bouleversement, que l'on peut encore conjuguer au futur, tant il reste à faire. Mais, Jérémie Mourat sait que parfois la vie ne tient qu'à un fil et les évènements ne manquent pas de le lui rappeler, parfois. C'est pas tant tracer des plans sur la comète qui le motive, même s'il sait le besoin d'être pragmatique certains jours, mais il faut aussi se donner les moyens de croquer la vie à pleines dents, pour n'avoir aucun regret et saluer au passage, en guise d'hommage, ses propres racines familiales. D'ailleurs, en découvrant quelques vins italiens, il se souvient que sa grand-mère est d'origine florentine. "Fort bien, pourquoi ne pas faire un chardonnay de macération alors, au coeur du bocage vendéen et peut-être bientôt du chenin?..." Le vigneron mareuillais n'a pas encore fait de demande de passeport italien, mais gageons que son passeport justement va compter quelques nombreux tampons avant longtemps!... Tenez, le mois prochain, il part faire les vendanges en Afrique du Sud!... Mais pas par goût de l'exotisme ou des vacances hors normes. Pour y acheter du raisin et vinifier dans la province du Cap!... Les vins du Clos Saint André étaient estampillés "Loire méridionale", mais désormais, avant longtemps, devrait apparaître un "Chenin austral"!... Comment dit-on Forza Giovanni en afrikaner?...
Certaines images laissent à penser que le domaine bétonne son avenir. Force est de constater qu'il y a de moins en moins de futailles dans le chai d'élevage. Par contre, on y découvre des oeufs en béton de différentes tailles, dans lesquels les tries et les cuvées du millésime 2011 sont en cours d'évolution. Le chenin a été vendangé en plusieurs passages. Tout ou partie des première et deuxième tries sont destinées au Clos Saint André proposé dans la nouvelle appellation AOC Fiefs Vendéens. Le premier lot est assez expressif, mais le second a d'ores et déjà un caractère minéral, sans doute dû à la parcelle, dite La Pierre, dont il provient. Le troisième est plus diffus et ne devrait pas entrer dans l'assemblage final, ce qui tend a démontrer que les tries les plus tardives n'apportent pas forcément le meilleur, contrairement à ce qu'on peut penser parfois. Souvent, on laisse sur pieds les raisins les moins aboutis lors des premiers passages, en espérant mieux, mais il n'est pas rare que le temps fasse son oeuvre de façon moins positive (hétérogénéité, météo plus variable...).
La surprise du millésime, c'est le nouveau type de blanc sec présent au domaine : un chardonnay "façon Gravner" de macération sur peaux!... Celle-ci a duré quarante jours, avec malo sous marc. D'inspiration résolument transalpine, cette cuvée n'a pas la prétention de rivaliser dans l'immédiat avec les grands vins de ce type, proposés en Italie, mais s'avère un très bel essai, en vue sans doute d'une autre tentative à base de chenin, dès le prochain millésime, si les conditions des vendanges le permettent. Soyez patient, l'élevage doit être long!... Autre surprise, Jérémie s'intéresse aux amphores, dont un exemplaire est déjà présent, mais pas encore opérationnel!... Puisque je vous dis qu'il faut savoir être patient!...
Du côté des rouges, nous avons juste dégusté la Grenouillère 2011 (100% négrette), élevée en cuve et qui ne verra sans doute pas le bois. Dans un millésime plutôt qualifié de difficile, ce cépage montre une expression de belle qualité et une matière assez solide.
Découverte ensuite du premier liquoreux vinifié par le vigneron mareuillais, issu du coteau des Terres Quarts et ramassé en quatre passages (non, il ne s'appelera pas Quatre Quarts!). Les troisième et quatrième tries, assemblées dans un même oeuf, ont quelques arguments : 10,5° d'alcool, 5,7 d'acidité et 160 grammes de sucres résiduels!... Il sera proposé en Vin de Pays du Val de Loire - Vendée IGP (ouf!). A suivre, il s'agit là d'un liquoreux des plus étonnants!...
La météo relativement clémente nous incite à un petit tour de vignes. Loin d'être complet, puisque le domaine totalise désormais 112 hectares. Il en compte une dizaine acquis récemment sur la commune de Rosnay. Cet ensemble composera à l'avenir la nouvelle entité séparée de la structure globale : le Domaine du Moulin Blanc, qui donc s'ajoute au Clos Saint André. Si ce dernier est positionné et certifié en agriculture biologique, le nouveau venu va le rejoindre, après la conversion d'usage et la restructuration du vignoble, qui s'accompagne d'un travail du sol. Il faut noter qu'un tiers de l'ensemble est ou va donc être en bio, mais qu'à terme, Jérémie Mourat veut faire évoluer l'intégralité du domaine vers cette méthode et cette approche, dans un souci légitime de cohérence. Un vrai défi pour les prochaines années!... Continuer de s'équiper, former des équipes motivées... Les ailes du moulin ne tournent pas encore dans le paysage et sur cette butte qui domine la vallée du Yon, mais elles pourraient bien réapparaître, selon le souhait formulé par le fils de Jérémie!... Enfin, au rayon des bonnes idées du vigneron (qui ne manque pas d'imagination, chacun l'aura compris), des claies pourraient être installées dans ce même moulin afin d'y faire sécher quelques grappes!... Du vin de paille au pays des Chouans, un bel hommage à ces moulins, devenus rares, symboles et messagers au temps des évènements de la Vendée Militaire. Les racines, toujours les racines!...
Un petit détour nous permet ensuite de saluer comme il se doit les "vieilles dames" du domaine : quelques arpents d'une négrette pré-phylloxérique plantée en 1870, qui ne doit sa survie, qu'à son implantation dans une parcelle sabloneuse (qui répond au doux nom de Mémé Gusta!) et aux bons soins de ces dernières années (choix d'un désherbage thermique, plutôt qu'un travail du sol qui comporte quelques risques, dans le cas de ces vignes franches de pied). Il est à noter que ce cépage fait partie intégrante de la nouvelle appellation (même si elle doit être assemblée pour décrocher le label, comprenne qui pourra!). Notons également qu'il a été décidé de mettre en place un "conservatoire de la négrette vendéenne", passage obligé pour son développement dans les Fiefs. Seule restriction à cette initiative : pourquoi faire subir à ce conservatoire une culture conventionnelle pendant sept ans?...
Finalement, la Vendée, même au coeur de l'hiver, ne manque pas d'activité!... Jérémie Mourat n'est pas du genre à rester les deux pieds dans le même sabot. Désormais, il prépare son voyage vers Le Cap, pour mettre à profit ses rencontres récentes avec quelques pointures locales : Hamilton Russel, Bruwer Raats, Kleine Zalze, La Motte, Beaumont, De Toren et quelques autres. Il va pouvoir vinifier sa première cuvée 100% chenin, en partenariat avec l'un de ces domaines. "Paysages et climatologie très "hors la Loire", on va bien s'amuser et s'affranchir de barrières géographiques pour exprimer un autre visage du chenin. Et là-bas, j'en ai goûté des terribles!!!..." Allez, roulez jeunesse!... Beau voyage, on attend ça avec impatience!...
En v'là d'la Loire, en v'là!...
Dans une semaine, nous y serons tous!... Comment ça, pas vous?... Pourtant, du côté d'Angers et Saumur, la trilogie du Biodynature vous attend aux Greniers Saint Jean (les 28-29), au Château de Brézé (les 29-30), puis, de nouveau aux Greniers (le 30). Une sorte de Rallye, avec parcours de concentration et quelques spéciales à parcourir - top chrono - dans un sens et dans l'autre, qui plus est, verre en main, ce qui ne devrait pas manquer d'interpeller la maréchaussée locale (gaffe quand même!). La météo semble prévoir une certaine fraîcheur humide, au point qu'il ne reste plus aux Ligériens qu'à importer quelques tombereaux de neige, pour satisfaire les visiteurs "orientaux" et leur appétit des grands espaces immaculés, jalonnés de sapins. Pour le bilan carbone, on verra plus tard. A propos d'appétit, des étapes gourmandes sont prévues en soirée dans quelques auberges locales (y aura-t-il de la tarte aux pommes?...) selon un tempo brusseleir!... Pas une semaine grand ordinaire, ça!... Dis, t'as vu monter Carlo?...
En guise de mise en bouche gourmande, une recette très océane aux saveurs exotiques : Coquilles St Jacques flambées au whisky et sa sauce crémeuse aux pistils de safran, le tout accompagné d'un Saumur blanc Les Salles Martins 2007, d'Antoine Sanzay, le véritable régional de l'étape!... En effet, ce dernier habite à Varrains, aimable petite commune du Saumurois argilo-calcaire, située à la sortie de Saumur, à quelques kilomètres à peine du Château de Brézé. Mieux, vous passerez même devant son portail!... Y aura-t-il de la tarte aux pommes, comme dans l'Ardèche du Monte-Carle, avant de prendre le départ de la spéciale chronométrée?... Affaire à suivre!...
Et pour ponctuer ce dîner, un joli fromage suisse, du Mont Vully, trouvé sur le marché yonnais, en duo avec un vin blanc italien issu d'une longue macération, véritable petite merveille : Breg Gravner Anfora 2005, de Josko Gravner, vigneron et figure du Frioul. Sauvignon blanc, chardonnay, pinot grigio et riesling italico, issu d'un élevage en amphores de plusieurs mois, en laissant le jus au contact des peaux.
Voilà qui me permet d'évoquer ce type de vins, qui ne manquent pas d'interpeller quelques vignerons ligériens cheninovores. Quelques essais, dans le secret des chais, seraient même en cours... qu'ils soient sous voile, à la jurassienne ou tendance Jerez, voire macération à l'italienne. Tel Jérémie Mourat et son chardonnay des Fiefs, mais nous en reparlerons très bientôt...
En v'là d'la Loire, en v'là!... Allez, venez rouler des épaules dans les douves des châteaux de tufeau et prendre le fleuve par les hanches!... La Loire est là!... Pour le meilleur et le meilleur!...
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Bordeaux au féminin pluriel
Vous prendrez bien un Bordeaux?... Le masculin est de rigueur avec une telle question, bien sûr. Un vin de Bordeaux, un verre de Bordeaux... Et pourtant, dans ce grand vignoble, quelques talents féminins s'expriment côté vigne et chai, avec passion et détermination. Il n'est pas trop tard pour s'en apercevoir et quelques domaines managés au féminin méritent plus qu'un détour, tant ils bousculent les habitudes, voire les hiérarchies. Et sur les frêles épaules de ces vigneronnes, reposent peut-être la grâce des Bordeaux du futur!...
~ Corinne Comme - Château du Champ des Treilles ~
L'appellation Ste Foy-Bordeaux n'est pas la plus connue de la région bordelaise. Il faut dire qu'avec à peine plus de 350 ha, une petite vingtaine de communes, sa vingtaine de vignerons et 80% de la production de raisins destinés à la cave coopérative, elle n'a pas matière à inonder le marché. Il y a bien un domaine qui se veut la vitrine du cru - Château Hostens-Picant - mais les vins de cette AOC, pourtant apparue dès 1937, ont du mal à sortir de l'anonymat.
Cependant, à Margueron, à l'extrémité Est de l'appellation, comme une sorte de vigie face à Saussignac et Duras, à moins que ce ne soit un semblant de guichet de péage, un petit mas au bord de la route semble ancré dans le paysage, un peu comme une bourrine isolée au bord d'un étier, sur une aquarelle du Marais Breton. C'est la maison de Corinne et Jean-Michel Comme, héritage familial au coeur des vignes.
A l'origine, le Champ des Treilles du grand-père de J-M Comme ne dépassait guère cinq hectares. A la reprise du domaine, en 1998, les époux Comme sont animés d'une forte détermination, mais Corinne l'avoue également aujourd'hui, d'une certaine naïveté. Ils n'ont pas fait le tour intégral du sujet avant de se lancer, mais savent néanmoins quelles orientations principales donner à leur aventure : trouver quelques parcelles pour augmenter la
surface et ainsi, atteindre dix hectares, puis planter de nouveaux rangs dans les vignes à deux mètres et augmenter la densité.
Mais, à l'orée du XXIè siècle, le couple Comme est dans une réflexion très large à propos de la viticulture, mais aussi de la vie, en général. Quelques doutes quant à leur formation et tout ce qu'ils ont appris à propos de la conduite de la vigne envahissent leurs esprits. Mais que faire?... Quelle orientation prendre?... Très vite, ils considèrent que pour l'essentiel, "le bio répond à la même logique que la chimie, en luttant contre la maladie, alors que la question reste de savoir pourquoi la maladie arrive..."
Quelques rencontres, quelques lectures ont alors été déterminantes. Véronique Cochran, puis son père François Bouchet, bien connu de nombre de vignerons en biodynamie. Cependant, c'est la découverte de la théorie définie par Francis Chaboussou, qu'il avait appelée la trophobiose, qui devait les captiver et les convaincre. Il faut dire
qu'en son temps, ce directeur de recherche et de station de l'INRA avait fait la démonstration dès 1970 (voir son livre Les plantes malades des pesticides publié de nouveau en 2011) que le recours massif aux pesticides crée des fragilités chez les plantes, qui vont conduire à augmenter encore plus l'usage de ces toxiques pour tenter de réduire les nouveaux dégâts causés par cette fragilité. Pour lui, tout parasite ne devient virulent que s'il rencontre dans la plante les éléments nutritionnels qui lui sont nécessaires. Quelque peu révolutionnaire à l'époque!... Mais les Comme, habitant au coeur du Médoc viticole et au milieu des vignes de Grands Crus Classés de Pauillac, ne pouvaient qu'y être sensibles, constatant depuis longtemps déjà les volumes extravagants de produits divers et variés, pulvérisés en masse dans les parcelles, de façon toujours augmentante et ne manquant pas de provoquer divers troubles sur leurs organismes de voisins non consentants, mais largement exposés.
Petit à petit, Jean-Michel et Corinne Comme découvrent que les recettes valables pour Pontet-Canet (rappelons qu'il est régisseur de ce GCC) ne sont pas celles qui conviennent au Champ des Treilles. L'approche par la biodynamie doit être nuancée, adaptée. A Pauillac, c'est "l'élément terre" qui doit être apporté, alors qu'à Ste
Foy, "typé terre", c'est "l'élément air" qu'il convient d'amener. Ici, la base des traitements est composée de décoctions de plantes diverses : ortie, achillée, tisane d'osier, de camomille ou de ronce, le tout dynamisé avec des dilutions de cuivre, ce qui a permis de réduire sensiblement les doses de celui-ci. Au niveau du travail à la vigne et au chai, la "philosophie" appliquée, c'est la non-violence pour toutes les interventions. L'idéal est que chaque pied est considéré pour lui-même. Une dimension sentimentale est véritablement intégrée dans la réflexion et dans l'action du vigneron (et de la vigneronne!) au quotidien.
Le Champ des Treilles propose tous les ans trois cuvées, deux rouges et un blanc. Nous avons, lors de notre passage, pu découvrir Petit Champ 2010, un rouge élevé en cuves, issu à 50% de merlot, 30% de cabernet franc, le reste de cabernet sauvignon et de petit verdot, doté d'une jolie structure et d'un grain élégant. Le blanc, Vin Passion 2011, composé à parts égales de sauvignon, de sémillon et de muscadelle est plein de charme, mais d'une expression minérale à la pointe saline, agrémentée d'une touche fruit-fleur des plus agréables. Tout comme le Grand Vin 2010, à dominante merlot et élevé en fûts, il sera mis en bouteilles à la mi-février.
Certaines années, d'autres vins sont proposés, tel Les Sens 2004, proposé ce jour. Il s'agit là d'un assemblage de 50% merlot et 50% petit verdot élevé en barriques neuves et issu des vignes de plus de soixante ans (plantées en 1945 et 1947) qui ont été doublées, à 10000 pieds/ha. Une très belle texture sur la puissance, aux tannins solides mais homogènes. En fait, cette cuvée n'apparaît que lors des "petits millésimes", soit 2002, 2004, 2007... et 2009. Dans un même registre épisodique, un liquoreux issu de sémillon, tel Vieilles Vignes 2007, est proposé de manière tout à fait aléatoire.
Ce type de vin passionne vraiment Corinne Comme, même si elle l'évoque rarement. C'est sans doute pour cela qu'elle a répondu favorablement à l'appel de Bérénice Lurton, du Château Climens, à Barsac, lui demandant d'intervenir en tant que conseil, en vue de l'application de la biodynamie sur les quarante hectares de ce Grand Cru Classé de Sauternes!... C'est désormais chose faite et ce célèbre château atteint sa troisième année en vue de l'agrément bio. Sans doute, la possibilité également pour la vigneronne de Margueron de compléter ses connaissances et d'apprécier l'observation de la vigne au-delà de la maturité, de l'accompagner dans sa sénescence, un stade souvent oublié par ceux qui ne produisent pas de liquoreux. Le temps des vendanges tardives, c'est le feu qui refroidit, le cinquième élément du taoïsme, doctrine finalement assez proche des quatre éléments de la biodynamie. Quelque part, la boucle est bouclée pour Corinne, femme et vigneronne, d'une sensibilité pour le moins remarquable.
~ Valérie Godelu, Les Trois Petiotes ~
Après un passage éclair à Vélines, en Dordogne, chez Isabelle Carles, autre vigneronne à qui nous ne manquerons pas de rendre visite plus longuement bientôt, notre route du retour passe par Tauriac, petite bourgade des Côtes de Bourg. C'est là, sur ce plateau du Sud-Bourgeais que Valérie Godelu (blogueuse à ses heures, tout comme Corinne Comme d'ailleurs) s'est installée avec ses Trois Petiotes. Une identité, un nom qui est plus que générique pour cette maman de trois petites filles, toutes nées à des étapes déterminantes de sa reconversion vers la viticulture : l'aînée au moment de la reprise de ses études (avec son mari Denis) à Beaune, la seconde à l'arrivée du couple à Bordeaux et la troisième lors de l'achat des... trois parcelles de vigne. L'histoire ne dit pas (encore) ce qu'il adviendra en cas d'arrivée d'une quatrième fille (ou d'un garçon)... "Impossible, la marque est déposée!..." s'amuse Valérie. Mais, après tout, les Trois Mousquetaires n'étaient-ils pas quatre?...
Originaire de Lorraine, Valérie a opté pour la vigne et le vin à l'approche de la trentaine, alors qu'avec son mari, elle subissait cette vie parisienne, qui ne pouvait être une fin en soi. Après une formation en Bourgogne qui participe à lui rappeler quelques souvenirs d'enfance, lorsqu'elle goûtait le "paradis" du côté de Juliénas, le couple se retrouve à Bordeaux, où Denis reprend son job, pour faire bouillir la marmite. Valérie fait quelques stages dans le vignoble, tout en restant à la recherche de quelques parcelles. Mais, cette quête de vignes est difficile, le budget est serré, aucun dérapage n'est permis et la location en fermage est privilégiée. Cependant, début 2008, la SAFER régionale se souvient qu'elle dispose de ces trois parcelles du côté de Tauriac. Leur particularité - elles
sont plantées à 1,50m au lieu d'1,80m ou 2m le plus souvent - fait qu'elles n'intéressent aucun des voisins, qui préfèrent des vignes "mécanisables", y compris pour les vendanges.
Les voilà donc propriétaires des Trois Petiotes!... Elles sont pratiquement d'un seul tenant : la première est plantée d'un malbec de 40 ans, la seconde de merlot de 35 ans et la troisième des deux cabernets de 30 ans environ, ce qui est exceptionnel pour le secteur, puisque toutes les autres parcelles, ou presque, sont arrachées à 25 ans!... Au total donc, à peine plus de trois hectares.
Trois ans plus tard, après quelques galères dans des locaux trop exigus (il y en a bien quelques-uns de libres à proximité, mais il est difficile parfois d'en disposer lorsqu'on est une "étrangère" qui se veut vigneronne, qui plus est!...), un chai flambant neuf est sorti de terre au bord du chemin. Quelques arpents ont été arrachés à proximité, ils seront replantés à l'avenir d'un cépage blanc... qui pourrait ne pas être régional. Affaire à suivre!... En tout cas, ces travaux récents ont aussi permis d'apprécier les qualités du sol et du sous-sol et si l'horizon de surface pouvait
être qualifié sans surprise de limono-sablo-argileux (à moins que l'on ne joue ce tiercé dans un autre ordre!), les argiles plus profondes sont bleues et rouges. Ces dernières ressemblent d'ailleurs à une sorte de latérite très teintée, contenant de petites concrétions de tailles diverses, plutôt surprenante. Un sous-sol pour le moins singulier que les vignerons du cru n'avaient jamais eu l'occasion d'identifier!...
Le moins que l'on puisse dire, c'est que l'installation de Valérie Godelu interpelle dans les environs. Les tenants d'une viticulture conventionnelle pure et dure sont aussi des pères de famille et parfois, ils avouent quelques troubles pour le moins préoccupants, au soir d'un traitement dans les vignes. Il est clair également que la faune qui revient en masse dans les Trois Petiotes et les ramasseurs de rosés des prés peuvent témoigner d'un retour à la vie déjà significatif.
Côté vins, le domaine propose donc une cuvée d'assemblage qui se veut l'expression d'un Bordeaux "classique". Pas celui des années 2000, au sens conventionnel et très Mondovino, mais plutôt ressemblant à ceux qui étaient produits dans le passé. Certes, Valérie ne fait pas référence à sa mémoire de ces vins-là, mais elle veut croire que son approche permettra de revenir à des vins exprimant pleinement les millésimes et les caractères propres à chaque cru. D'ailleurs, pour souligner ce trait, elle propose une cuvée domaine (bon an mal an, 40% malbec, 35% merlot et le reste en cabernet) véritable reflet de l'année, avec une expression assez sudiste et un marqueur cassis (sacré malbec!) soutenu. Au-delà, elle observe et veut produire simultanément une autre cuvée, ou une cuvée qui soit autre, dans le sens qu'elle participera à raconter l'histoire du domaine et dressera à terme, une sorte d'inventaire ou de chronologie descriptive des millésimes. Ainsi, en 2009, est née En attendant Suzie, issue d'un égrappage manuel (qui va d'ailleurs se généraliser au domaine à l'avenir!), de 70% de malbec et le reste de merlot, fermenté et élevé en barriques pendant 24 mois et le tout en utilisant uniquement la gravité. Une sorte de "cuvée no watt"!... Le résultat quant à lui?... En un mot comme en cent : é-nor-me!... La texture et la grande profondeur des jus (le lot dégusté était encore en cuve) laissent deviner le niveau de plaisir qu'un tel vin peut procurer à table, dans quelques temps!... Seul problème, vous l'aurez deviné, il n'y en aura pas pour tout le monde!...
Mais, rassurez-vous, nous ne sommes pas au bout de nos surprises avec Valérie Godelu et ses Trois Petiotes!... En 2010, devrait apparaître une cuvée 100% cabernet franc issue de raisins ayant atteint ou dépassé la pleine maturité, alors qu'en 2011, c'est un nectar issu de merlot atteint par la pourriture noble qui devrait voir le jour!... Ca va décoiffer!...
Pas de doute, les Côtes-de-Bourg ont recruté un vrai talent au mercato!... Et si les relations avec le syndicat viticole local se sont bien régularisées en à peine trois ou quatre ans, c'est que chacun sent bien, dans le landerneau local, qu'une telle passion au féminin mérite d'être appréciée.
D'ailleurs, la Pleine Lune, approchant de son périgée, se lève sur l'horizon, superbe!.... Elle avait rendez-vous avec le soleil, mais il s'est carapaté du côté de l'Océan, le bougre!... Le temps d'une photo, elle se partage en trois. C'est un signe ça!...
Vindicateur hacké menu!...
L'année commence à peine et les conneries avec!... A l'heure où l'on s'échange les voeux, de préférence les bons et où l'on y va gaiement pour ce qui est des bonnes résolutions, certains n'hésitent pas à flinguer, façon sniper du web!...
Vindicateur, un blog animé par Antonin Iommi-Amunategui, un rien vindic-acteur à ses heures, est la victime, depuis deux jours, de pirates qui n'ont pas hésité à torpiller son hébergeur pour avoir sa peau!... Résultat : trois ans et demi de passion et de conviction au panier!... Tout en espérant encore que ces données puissent être récupérées, on peut s'interroger sur l'origine de ce piratage. Un blog dédié au vin et à la dégustation, même s'il est connu et reconnu, a-t-il vraiment les épaules pour être un ennemi à abattre, aux yeux de certains?... Quelques phrases, quelques notes lâchées un jour sur une page du web ont-elles vraiment un poids tel, que cela mérite une riposte d'une telle lâcheté?... Il faut croire que oui.
Si naguère, La Pipette aux quatre vins fut qualifiée "d'arme de destruction massive" par un vigneron victime d'une réaction épidermique, en même temps que la diffusion d'un compte-rendu supposé négatif, ce fut davantage sous le coup d'un malentendu, qui n'eut pas pour conséquence de s'installer dans une rivalité haineuse, même si le ressentiment peut éventuellement perdurer. Là, il est clair que l'on a franchi une nouvelle étape, un nouveau stade.
On ne peut pas passer cela sous silence. Il faut s'en convaincre chaque jour, parce qu'un journal ne doit pas brûler, parce qu'un site ou un blog sur Internet ne doit pas subir l'assaut du côté obscur de la force... Il se trouve que je viens de finir la lecture de la bande dessinée (remarquable!) de Kris et Étienne Davodeau, Un homme est mort, qui relate la création d'un film-témoin, évoquant une période de grève et de contestation à Brest en 1950 et sa répression pour le moins disproportionnée. La gravité des faits (des manifestants blessés voire tué, pour l'un d'eux, par balle!) n'a jamais été vraiment admise par les autorités de l'époque.
C'est peut-être ce qui nous attend, si l'on n'y prend garde. L'indifférence est un des pires manquements de notre époque et nous ne sommes pas à l'abri d'y céder... Certes, l'homme n'est pas mort, mais il en est certainement affecté, parce qu'un blog, c'est certainement un peu de nous-même et là, c'est comme un morceau de chair qu'on arrache... Antonin ne manquera pas de ressources pour rebondir. Le feu brûle encore sur le chantier, n'en doutons pas!... Et que tout cela nous rappelle la fragilité de nos démarches numériques, comme il le dit lui-même!...
Fin janvier, y'a bon aux salons!...
Ce dont on peut être certains en ce début d'année, c'est que janvier va finir en beauté!... En effet, huit à dix jours de folies se profilent pour les passionnés (et les professionnels également, soyez rassurés!) au cours de la dernière décade du mois. Le mois du blanc (et du rouge!) voit les occasions de rencontres se multiplier, même si désormais, quelques institutions salonesques sont bien gravées dans la pierre de nos calendriers. Pour avoir le détail de ces multiples manifestations, vous pouvez aussi consulter Le Petit Guide Loisel des Vins, alias Château Loisel.
Néanmoins, voici une petite sélection nationale qui pourrait motiver des déplacements tous azimuts, à l'heure où la météo n'est pas forcément des plus maniables. Alors, prudence si vous privilégiez votre véhicule habituel, d'autant que le climat actuel, largement sous l'influence des masses d'air océaniques plutôt tempérées pourrait bien décider de changer de cap ou de tourner casaque!... N'y voyez pas de la prévision et encore moins de la prédiction, mais on finit par se dire que l'hiver viendra bien un jour... Et n'oubliez pas le dicton : "Noël au balcon, la Dive aux tisons!" (pas sur la tête Sylvie, pas sur la tête!). N'hésitez pas cependant à glisser vos moon boots dans le coffre, on ne sait jamais!... Temps de braise à Brézé?... Le gagnant gagne une semaine de taille dans le Jura, avec hébergement à Mouthe!... Souriez, vous êtes figés!... Faut-il vraiment rappeler quelques souvenirs de météo angevine en janvier?...
Avant de trouver refuge sur les bords de la Loire, il faudra d'abord mettre le cap su sud, avec une ouverture du 20 au 23 janvier, à l'occasion du 84è Marché aux Vins d'Ampuis Côte Rôtie. Un grand classique quasi historique, avec une soixantaine de vignerons proposant (à la vente) des vins de Côte Rôtie donc, mais aussi de
Condrieu, St Joseph, Cornas, Hermitage, St Péray et Crozes-Hermitage. Des noms très connus, mais aussi quelques absents...
Encore plus au sud, au bord de l'étang de Berre, non loin d'Istres, Arles, Salon de Provence et sur la commune de Miramas, le Domaine de Sulauze, cher à Karina et Guillaume Lefèvre, vous propose les 2è Rencontres pour l'Agroécologie. Les 21 et 22 janvier, dans un domaine de 500 hectares regroupant vigne et animaux divers (chevaux et taureaux de Camargue notamment), vous pourrez participer aux conférences de divers intervenants, qui ont pour but essentiel de combattre l'agriculture industrielle. Bien sur, le dimanche, un salon des vins et produits bio succède à la soirée festive, avec moult participants de haut vol : Viret, Milan, Brun, de Villeneuve, Dejean, Hauvette, Saladin, Barosi, Meyer, Berlioz et Quinta do Infantado, pour ne citer que ceux-là!... Très belle mise en bouche avant...
... le 19è Millésime Bio, au Parc des Expositions de Montpellier, du 23 au 25 janvier. Un grand salon plébiscité jusqu'à ce jour par les vignerons qui y participent, malgré son développement des dernières éditions. Surtout
pour l'égalité de traitement de tous les vignerons exposants, mais aussi pour son organisation globale, souvent citée en exemple, au regard de ce qui se passe sous d'autres cieux... Suivez mon regard!... A noter que cette année encore, Millésime Bio sera le cadre d'une Rencontre de Facebookien(ne)s, option passion vinique, qui s'annonce des plus joyeuses!...
Après ce bol d'air sudiste, vous pouvez remettre cap au nord. C'est le pays du long fleuve tranquille et de la douceur angevine qui vous attend. Et là, il faut vous convaincre que vous pénétrez dans la sphère d'une sorte de Festival de la Vigne et du Vin. Un peu comme s'il s'agissait d'un "Avignon", d'un "Marciac" ou d'un "Cannes", version flacons et ivresse. Le programme est dense, multiple. Il y a des projections privées, des sortes de "offs". D'ailleurs, on se demande si ce week-end de la fin janvier n'est pas devenu le rendez-vous majeur de l'hiver dans l'Ouest et... qui est le off de l'autre?...
Cette année, ouverture aux Greniers Saint Jean, rencontre internationale de vignerons et domaines appliquant peu ou prou la biodynamie. Attention! Ce n'est
pas à proprement parlé Renaissance des Appellations, même si cela en est l'émanation. C'est Mark Angeli qui manage, bien aidé par Virginie Joly. Les participants sont membres de l'association ou pas, mais tous sont certifiés bio. Plus de 120 vignerons y sont attendus, quelques-uns venant d'Espagne, d'Italie, d'Autriche et du Portugal. Grosse délégation ligérienne comme il se doit, mais Languedoc, Roussillon, Rhône, Provence et même Bourgogne sont bien représentés.
Pour la 13è édition de la Dive Bouteille, Sylvie Augereau nous convie à un Grand Meeting (Présidentielle oblige!),
au Château de Brézé, les 29 et 30 janvier. "Plus d'une centaine de candidats avec des promesses plein les cartons". Une belle liste qui dit "non au souffrage universel direct"!... "La force du vin tranquille" et "tous en campagne pour voter Bulles-Blanc-Rouge"!... La Dive, une partie de campagne qui n'a pas son pareil!... Tout ce qu'il faut pour passer un beau dimanche à la campagne. A boire, tavernier!... Avec juste ce qu'il faut de modération, bien sur.
Les plus modérés seront-ils au rendez-vous de l'Hôtel des Pénitentes?... Rien n'est moins sur!... C'est là, néanmoins, qu'un quarteron de vignerons (Puzelat, Chaussard, Mosse, Villemade et Bonhomme) convie quelques amis pour un partage rédemptionnel qui devrait valoir le détour. Cela se déroule également les 29 et 30 janvier, de 11h à 18h. Vous pourrez donc participer à l'office du matin
sans la moindre difficulté. Ils pensent à tout!... Mais, vu la qualité de la sélection des vins de messe, ce serait pêcher de préférer la pêche à la ligne ou la grasse matinée!... Amen!...
Et voici le petit dernier!... Le Salon des Vignerons Bio de Loire, qui va réunir une centaine de vignerons le 30 janvier, aux Greniers Saint Jean également. Une initiative qui semble venir d'un petit groupe de viticulteurs de la région, mécontents du nouveau positionnement, en terme de dates notamment, du Salon des Vins de Loire, qui lui, se déroulera du 6 au 8 février, au Parc des Expositions d'Angers. Quelques noms vus par ailleurs, dans d'autres circonstances, mais aussi des producteurs rares ou débutants en qualité d'exposants dans ce type de manifestation. A n'en pas douter, quelques pépites à découvrir!...
Que voilà un programme chargé, n'est-il pas?... Mais, au combien passionnant avec cette concentration de talents. Une très belle occasion de se réunir et de passer quelques soirées amicales, façon troisième mi-temps gustative, mais cette fois à table, parce que, comme le dit ce proverbe montois entendu hier soir, au Chai Carlina : "Qui boit du mauvais, ne mange pas que du bon!..."
Ceci dit, après ce long week-end au coeur de l'hiver, il ne vous restera que quelques jours pour vous remettre de vos abus et reprogrammer votre GPS cap plein sud!... En effet, février a quelques cartes dans sa manche, avec notamment la version montpelliéraine de Haut les vins! qui se déroule au Château de Flaugergues, les 19 et 20 du mois. Une petite trentaine de vignerons y sont attendus.
Ce sera une superbe ouverture au 10è Vinisud, qui se déroule également à Montpellier, du 20 au 22 févier. Un salon qui nous ouvre des horizons, même si l'objectif de donner une vitrine aux productions de tout le Bassin méditerranéen coince un peu, puisqu'on constate à ce jour, l'absence des vignerons de toute la péninsule balkanique, y compris la Grèce, ainsi que de la Turquie, cette dernière ne ménageant pourtant pas ses efforts en matière de promotion à l'international. Mais, il en va des relations mondiales comme de la météo!... Elles sont parfois, les unes comme l'autre, quelque peu changeantes!...
Allez, pendant ces prochaines semaines, changez d'air!... Si vous n'y trouvez pas votre content, c'est à désespérer!...
Nouvelle rencontre Est-Ouest à la 25è heure
Le dialogue Est-Ouest est toujours d'actualité, même un soir de réveillon du Jour de l'An!... Et pour saluer comme il se doit la nouvelle année 2012 ("On verra ça en 2012!..." disait Coluche à la radio, comme synonyme de compte la-dessus et bois de l'eau!... Une phrase que j'ai souvent utilisée, naguère à la maison, à destination de la nouvelle génération, qui pourrait bien me la renvoyer façon boomerang très bientôt et me faire une liste!...), il fallait bien une nuit bilatérale et des agapes réunissant autour de la table, produits de la diversité océane et vins à la singularité jurassique!...
Mais, une mise en bouche angevine était néanmoins la bienvenue. Le pétillant naturel de Kenji Hodgson et Mai Sato, Chalan Polan 2010, avait les arguments pour nous installer dans la douceur de la nuit (météo oblige).
Passons à table, après cette délicate entrée en matière à base de chenin layonesque. Et la matière, nous voulions la laisser s'exprimer, certains d'en trouver, dans l'expression pour le moins explosive des flacons choisis et cela malgré leur inévitable jeunesse. Foisonnement de particules aromatiques!... Sensations intenses!...
Les deux premiers orateurs pouvaient se congratuler : Les Chalasses Vieilles Vignes 2007 de Jean-François Ganevat, dont la texture saline semble se mettre (fort à propos!) sur son 31!... Le vin aurait-il deviné à quels partenaires il était associé pour l'occasion?... En premier lieu, un sourire d'escalopines d'ormeaux et sa tignasse ébouriffée de mesclun. Cuisson top, aller-retour dans un beurre juste fondu, avec une ou deux pincées d'un mélange ail-persil. Pas trop surtout, il faut garder l'iode maritime et les sels du calcaire marneux. Soupçon de poivre de Madagascar... On voudrait que cela dure... bien au delà de la 25è heure!...
Second acte. Après avoir goûté celui de La Chauve Souris, de Johan Strauss, à l'heure de la mise en bouche, nous mettons de nouveau Fanfan Ganevat et ses Vieilles Chalasses à contribution. Mais, cette fois, il revient avec du renfort!... Genre la charge de la cavalerie dans le désert aride, à la rescousse de la patrouille assiégée, victime d'une embuscade!... Château Chalon 1999 de Jean Macle. Vin de Garde, c'est écrit dessus. Mais là, elle ne s'est pas rendue et elle n'est pas près de mourir!... Il fallait une recette qui ait du répondant : Homard au vin jaune, associé à des chanterelles des bois et une émulsion de beurre doux, pour ne pas indisposer le vin jaune, comme il se doit.
Second acte mais façon crépusculaire!... On est portés, emportés. Les Chalasses prennent la mer. Le homard thermidorien endosse le maillot jaune sur les collines du Jura. Succulent!... Je ne sais si ce plat figure dans les 60 recettes pour 60 vins du Jura, mais elle pourrait bien y apparaître au titre de complément de saveurs et d'accord explosif!...
La nuit est d'or. La première heure de l'an 12 nous donne-t-elle l'air du temps?... C'est justement le nom de cette cuvée du Valaisan de Martigny, Christophe Abbet : L'Air du temps 1998, assemblage de marsanne et de petite arvine. Je l'attendais dans un registre moelleux, pour jouer avec une papillotte de mangue aux noisettes concassées, mais j'aurais du relire mes notes... C'est plutôt une saveur sèche, malgré la puissance (17° affichés) et une pointe oxydative, genre amontillado, quelque part entre fino et oloroso, avec une finale sur des amers assez exubérants, prégnants, comme un défi à l'équilibre des mondes. Un rendez-vous nord-sud non abouti. Et à mon humble avis, à goûter absolument sur des saveurs délicatement salées et iodées.
Surprise de taille donc, au moment d'atteindre la 26è heure!... Est-ce à l'image de ce qui nous attend en 2012?... Finalement, cela nous ferait peut-être du bien de sortir des rails et des voies toutes tracées et pas seulement gustatives.
Consultez d'autres comptes-rendus Flash sur les Dégustantanés du blog d'Olif















































































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