Christophe Landry, à Arsac : la belle nature de Margaux
Décidément, les amateurs se doivent de ne pas jeter la cognée après le manche, lorsqu'ils parcourent le Médoc. Il y a ainsi quelques découvertes qui valent le détour, des îlots de nature qui rassurent quant à la nature humaine. Avidité et cupidité ne sont pas forcément la règle à Margaux. Mais, c'est parfois au prix d'une lutte au quotidien, le combat d'une vie. Lorsqu'on pénètre le monde de Christophe Landry, du Château des Graviers, à Arsac, on prend en même temps, une bouffée d'air et d'espoir en un monde (viticole) meilleur en intraveineuse.

Le cheval qui parlait à l'oreille du cheval
Le vigneron d'Arsac a un homonyme, helvète underground du Val de Travers (Tronches de Vin, page 138), mais le Christophe Landry qui nous reçoit ce jour n'aime pas les histoires qui partent de travers. Il aime donner du temps au temps. Chaque option prise est mûrement réfléchie. "Je me considère comme quelqu'un de très lent..." Finalement, ça tombe plutôt bien, puisque du côté des autorités viticoles, il faut encore plus de temps pour rédiger et valider le moindre texte modifiant un décret d'appellation. Mais, à force d'abnégation...
Christophe Landry est le représentant de la cinquième génération sur le domaine. Il est de retour sur ses terres depuis le milieu des années 90. Pas pour bouleverser les choses, mais pour prendre le relais de ceux qui, avant lui, ont défendu l'authenticité et la sincérité des vins d'Arsac, une des cinq communes composant la vaste AOC Margaux depuis l'été 1954. Cette appellation, dont la révision fut officialisée en 2007, après environ vingt années de procédure, notamment sous l'impulsion du Château d'Arsac, célèbre Cru Bourgeois, qui regagna ses lettres de noblesse après une longue lutte. Ce petit séisme dans les coutumes margalaises eut pour conséquence de rendre possible d'autres démarches du même ordre. Et c'est ainsi que le vigneron du Gravier, au moment de reprendre en mains le destin de ce Cru Artisan, demanda et finit par obtenir le classement en AOC Margaux de quelques parcelles assez remarquables. Il faut dire que cette révision semble cohérente, tant le parcellaire de l'appellation fut déterminé en 1954, le plus souvent , à la demande des propriétaires eux-mêmes. En effet, certains vignerons, à l'époque, peu enclins à découvrir de nouvelles contraintes réglementaires, choisirent de conserver leur patrimoine en AOC Haut-Médoc (datant de 1938), plutôt que d'adopter celles de nombreux Grands Crus Classés et Crus Bourgeois, plus exigeantes. Bien sur, cette tendance s'est depuis inversée et, sur place, chacun peut le constater en voyant régulièrement des parcelles passer dans l'escarcelle de tel ou tel grand cru, misant sur l'expension patrimoniale. A 2,5 M€ l'hectare, il est aisé de le comprendre!...
Le domaine compte treize hectares de vignes dans trois secteurs. Le premier - Le Soc (b) - est situé à proximité immédiate des bâtiments et ses 2,5 ha restent un peu le coeur historique du Câteau des Graviers. Non loin de là, dans le secteur dit de Monbrison (c), un autre îlot de 5 ha environ cotoie les parcelles de quelques grands crus et assimilés, tels Issan, Rauzan-Ségla, Prieuré-Lichine ou Marojallia par exemple. Nous sommes là sur l'une des trois terrasses du fleuve, ancien lit de la Garonne, composées pour l'essentiel de graves pyrénéennes du Quaternaire, dont l'épaisseur et la proportion d'argile (souvent faible) varient selon les endroits, formant de très légères déclivités - les croupes médocaines - assez peu marquées ici. Une grande proportion de merlot et cinquante ares de cabernet franc. C'est ici également que l'on retrouve une parcelle de 1,20 ha, en Haut-Médoc à l'origine, reclassée en AOC Margaux en 2007. Toutes ces vignes ont été plantées par le grand-père de Christophe, après le grand gel de 1956, conseillé en cela par la Chambre d'Agriculture de la Gironde, très active à l'époque, pour une sorte de refondation du vignoble et la perspective de la fin du XXè siècle.
L'ensemble du domaine est en biodynamie depuis 2009 (conseillé par Anne Caldéroni). Cette évolution vers la méthode mise au point par Steiner s'est faite de façon assez naturelle, puisque, en prenant connaissance de quelques-uns de ses grands principes, le vigneron d'Arsac constata notamment que l'application de tisanes de plantes ou le respect des phases lunaires étaient déjà en vigueur au domaine. Evolution naturelle mais réfléchie, comme il se doit. D'autant qu'en effectuant quelques visites à Pauillac (Pontet-Canet) ou en Saumur-Champigny, il ressent le besoin d'une analyse fine propre à ses vignes, à ses parcelles. Pour lui, la biodynamie n'est pas une recette strictement transposable d'un lieu à l'autre. Il va donc mettre en oeuvre une phase d'observation absolument déterminante, d'autant qu'il se nourrit d'un grand projet global, dans le cadre exceptionnel du Poujeau de Perrain (d). "C'est notre paradis!... Il n'existe que deux endroits comme ça à Margaux. L'un ici, à l'extrémité sud de l'appellation et l'autre entre Soussans et Avensan, au Château de Boston, chez Vincent Ginestet, le petit-fils de l'ancien propriétaire de Château Margaux."
Bordé de bois et d'un ruisseau, il s'agit là d'un éco-système, dans lequel onze hectares ont été reclassés en AOC Margaux en 2007, à l'état de prairie depuis un demi-siècle. Les onze années de procédure (et de doute aussi, suite au projet de gravières de GSM et à celui d'un contournement routier) ont permis une lente observation du site, grâce notamment à Pierre Bécheler, un ami géologue bien connu dans les vignobles et son épouse passionnée par la faune et la flore locales. Ainsi, plusieurs dizaines de fosses ont été réalisées dans un premier temps, afin d'identifier rigoureusement les composantes du sol et du sous-sol (voir ci-dessus) et sont même recreusées chaque année, dans le but premier de mesurer l'évolution de l'implantation des racines de la vigne depuis 2009, date de l'apparition des premiers cabernet sauvignon (1,80 ha).
De la même façon, il n'était pas rare d'apercevoir le trio, naguère, au coeur de certaines belles nuits d'été, équipé d'un groupe électrogène, d'un projecteur et d'un grand drap blanc, afin d'effectuer quelques comptages de tous les insectes présents dans cet espace. Et c'est ainsi d'ailleurs que fut identifié le fadet des laiches, une espèce de papillon très menacée en Europe, comme le précise la revue Le Rouge et le Blanc, dans un de ses plus récents numéros. Au moment de collecter et de résumer toutes les données obtenues, les amis de Christophe ne manquèrent pas de l'interroger sur ses objectifs, en matière de faune et flore notamment. "En fait, mon souhait est de garder l'ensemble du vivant, même après la plantation de la vigne."
Dès 2009 donc, quatre des cinq premiers hectares étudiés sont plantés de cabernet sauvignon et de merlot (80 ares), suivis en 2010 de petits verdots, issus des vignes centenaires du Château Moutte Blanc, à Macau, au bord de l'estuaire, ainsi que de carménère et de malbec, ce dernier choisi dans le Blayais et planté sur les graves les plus maigres du secteur. Certains rangs sont composés de clones divers, mais aussi de spécimens issus de différentes collections. Bien sur, le choix des porte-greffes ne s'est pas fait au hasard et l'option de l'enherbement est observée de près. On constate aussi que la terre est plus brune, puisque le sol est moins lessivé par les pluies, que dans le secteur précédent. La démarche globale s'accompagne de plantation de sauge et de romarin, par exemple, autant d'herbes destinées aux tisanes biodynamiques. Pour les habitants du cru, il s'agit là souvent de "vignes sales", qui deviennent des "vignes vivantes", avant d'être définitivement des "vignes riches"!...
Le rêve du vigneron, devenu son objectif, c'est d'appliquer la notion de terroir dans sa globalité : "Vu la richesse d'un tel site, on doit être en mesure de produire des tisanes avec les herbes issues de celui-ci..." C'est à cette fin que Christophe Landry va prochainement aménager un bâtiment permettant le séchage et la conservation des variétés de fleurs et d'herbes nécessaires aux préparations.
Pour saisir toute l'ampleur du projet, il faut porter son regard au-delà de la petite route qui borde ces parcelles. On découvre alors treize hectares de prairies, où les deux chevaux du domaine semblent être heureux et en confiance. Pour le moment, le travail du sol avec la participation de ce duo équin n'est pas d'actualité. "Ce n'est pas ma priorité pour l'instant, au regard de tout ce qu'il faut mettre en oeuvre pour que la méthode apporte quelque chose de plus à la vigne. Le cheval sera l'aboutissement, lorsque je pourrais travailler avec eux à 100%." Il estime à cinq le nombre de chevaux nécessaires pour les treize hectares. "J'aime beaucoup la vigne, mais j'aime trop les chevaux pour que ce soit à leur détriment." Actuellement, il préfère partir randonner avec eux dans les Corbières, pour son plaisir, plutôt que de les soumettre à un travail trop exigeant, à supposer que le choix de la race soit cohérent. "De plus, je pense qu'à la vigne, il faut marcher derrière le cheval. On est presque certain de penser à lui, lorsqu'on ressent la fatigue et les effets de la chaleur."
Non loin de là, on trouve également cinq autres hectares de vignes en AOC Margaux, sur un terroir somme toute différent. Ces parcelles sont exploitées actuellement en fermage par Michel Théron, du Clos du Jaugueyron, un de ses plus proches voisins, composant avec lui une sorte de binôme sensible à cet environnement local. Tout près, dans un espace déboisé par les tempêtes de 1999, viendra bientôt s'installer un petit troupeau de vaches, des Jersaises, choisies notamment, après une longue réflexion là encore, pour la qualité de leur lait et le taux de matière grasse assez record de celui-ci. Ce lait sera destiné à la production de fromage par un autre de ses voisins. Il pourra ainsi récupérer le petit lait destiné à certains traitements et les bouses pour les préparations. Toujours le terroir!... Enfin, à la limite des 48 ha de l'ensemble, regroupés suite à divers échanges, achats et remembrement effectués patiemment depuis dix ans, l'implantation d'une oseraie est à l'étude, certaines variétés d'osier étant elles aussi utilisées en biodynamie. Encore et toujours le terroir!...
Après une telle découverte in situ, il peut paraître presque accessoire d'évoquer vinification et élevage. Pourtant, là encore, certaines options semblent déterminantes pour tirer la quintessence des cépages et des sols. Notons également que chacune des variétés de vignes est taillée avec la méthode la plus adadptée. Ainsi, on compte 61% de cabernet sauvignon taillé en guyot double, 26% de merlot, en guyot double à fenêtre, 5% de cabernet franc en cordons, tout comme le petit verdot (3%), du malbec (3%) en guyot simple inversé tous les ans et 2% de carménère en guyot simple. Au cours de l'été, la vigne ne subit ni rognage, ni écimage, ni effeuillage.
La cueillette est manuelle avec tri sur pieds et au bout du rang, s'étalant en fonction de la maturité des raisins. Un large cuvier inox permet des vinifications par parcelle, avec des processus adaptés aux cépages. Ainsi, le cabernet franc subit une macération carbonique, malbec et petit verdot sont vinifiés cuves ouvertes permettant quelques pigeages, les carménères, quant à eux, sont vinifiés dans deux barriques de 600 litres posées sur galets roulants, permettant de les faire tourner sur elle-mêmes autant que nécessaire. Merlot et cabernet sauvignon suivent le processus classique de macération de six à huit semaines.
Pour l'élevage, les barriques de chêne français sont privilégiées (dont 25% neuves) pour une durée de douze à seize mois. Là encore, la démarche est originale : Christophe Landry a rencontré, voilà quelques années, un merrandier de Mont-près-Chambord, dans le Loir-et-Cher, avec lequel il a sympathisé. Celui-ci a depuis créé sa propre tonnellerie et ainsi, chaque année, au début mars, il choisit avec lui les arbres destinés à la fabrication des barriques de l'année suivante. Histoire d'aller au bout du bout de la démarche!...
Lors du passage au domaine, le chai contenait le millésime 2012 en cours d'élevage et quelques barriques de 2011, l'essentiel du volume de ce millésime étant déjà remonté en cuves, en vue de la mise. A noter que le rendement à l'hectare ciblé chaque année est de l'ordre de 45 hl/ha. En 2012, celui-ci est d'environ 40 hl/ha, ce qui tend à démontrer que les aléas climatiques et difficultés diverses identifiées çà et là, n'ont eu qu'un impact minime au Château des Graviers. Rappelons quand même que la densité de plantation imposée par le décret d'appellation est de 7000 pieds/hectare.
Avant de laisser la place à un groupe de visiteurs de passage (activité intense et prenante en cette période!), dégustation de trois millésimes - 2007, 2009 et 2010 - du Château des Graviers, dont la tendance principale allie des tannins assez soyeux à une fraîcheur notoire. Les vins du domaine montrent une dynamique des plus intéressantes, que l'on pourra retrouver à table, sans attendre une hypothétique évolution favorable, tant leur accessibilité actuelle semble apte à procurer du plaisir aux plus exigeants. Cependant, il serait bon de destiner quelques flacons à une conservation plus longue, chacun sachant à quel point les vins de Margaux recèlent parfois de subtiles et goûteuses vérités organoleptiques.
Arsac n'est pas forcément la commune-phare de la célèbre AOC médocaine, mais elle compte quelques jolis domaines, tenus par des vignerons sensibles à la sauvegarde de l'environnement et à une production de vins respectueux d'une certaine philosophie, rappelant quelques pratiques anciennes authentiques, sans pour cela céder à une quelconque nostalgie rétrograde. Nous aurons ainsi l'occasion, avant longtemps, de découvrir le Clos du Jaugueyron, la Closerie des Moussis, mais aussi le Château de Boston à Soussans, autant de domaines peu enclins à céder aux sirènes d'une vinicolarisation mondiale des vins.
Si vous n'avez pas programmé de visite dans le Médoc prochainement, vous pouvez vous rendre samedi prochain 18 mai au coeur de la Corrèze, à St Cernin de Larche, non loin de Brive la Gaillarde, à l'occasion du premier salon Au fil du vin, qui invite deux bonnes douzaines de vignerons "au plus près de leur terroir et de la nature"!... Et parmi eux, Christophe Landry, pour qui ce sera quasiment une première.
T'en bois une tronche!... (6)
Séjour à Bordeaux!... Nous avons droit à un rideau de pluie pour le jeudi de l'Ascension!... Toute la pluie tombe sur moi (air connu)!... Ne reste plus qu'à passer en cuisine. Passage au Bassin d'Arcachon pour dénicher quelques huîtres d'Irlande et de Gallice (cherchez l'erreur!), mais surtout des langoustines crues. Il faut dire que les morilles séchées n'attendent plus qu'elles, pour une recette de langoustines flambées au Cognac et aux morilles. Terrrrrible!...
En soi, rien de très complexe, mais les arômes et saveurs se bousculent. Autant leur associer un vin qui décoiffe. Et pourquoi pas un Côtes du Jura 2008, du Domaine Macle, en mode oxydatif. Une sorte de mariage entre terre et mer, entre la montagne et l'océan.
Voilà à peine quelques jours, les morilles jurassiques jouaient les perce-neige sur les hauteurs frontalières franco-suisses. Et ces langoustines courraient les océans. Il y avaient peu de chance qu'elles ne se rencontrent. Ce qui finalement se vérifie, puisque ces morilles ont vu le jour dans les vignes de Léognan. Rassurez-vous cependant, les crustacés n'ont pas été pêchés dans un lac de moyenne montagne du Grand Est!...
Le vin, quant à lui, vient bien de Château-Châlon. Un des grands maîtres en la matière, Laurent Macle, Tronches de Vin (p 154) parmi les plus remarquables du grand Jura, nous a concocté ce nectar. 80% chardonnay et 20% savagnin, le tout doté d'un très beau support acide, permettant de répondre aux saveurs maritimes et capable d'insufler des notes de noisettes sèches et d'épices douces. Une expression des plus étonnantes, évoluant au long cours de la dégustation.
Et à part ça?... Tout baigne! Vous reprendrez bien un peu de tarte aux fraises?... Demain, il fera beau, une virée dans le vignoble girondin s'impose!...
Escapade gourmande et nantaise
Cela faisait longtemps que nous n'avions opté pour une telle petite soirée, lorsqu'un groupe d'une huitaine de personnes, sortant du bureau, saute dans un minibus affrété par Vigne'Horizons, à destination du vignoble du Muscadet et d'une jolie table de la ville de la Duchesse Anne, en Bretagne forcément, comme dirait Frédéric Niger Van Herck!...
La soirée est plutôt douce et ensoleillée. Une petite heure de route nous sépare du Domaine de l'Ecu, au Landreau. Les vignerons Guy Bossard et son associé Frédéric avaient une journée chargée, agrémentée d'un petit casse-croûte, à Préfailles, du côté de chez Anne de Bretagne, ci-dessus déjà nommée. Au vu des photos apparues sur Facebook le midi, histoire d'illustrer le repas (il est joueur, Fred!), je me suis inquiété un instant du devenir notre rendez-vous... Mais, comme nous sommes l'un et l'autre un poil en retard (le quart d'heure vendéen, me direz-vous!), la visite peut commencer en temps et à l'heure.
Petit tour, avant toute chose, dans les vignes et au chai, non loin de là. On peut y apprécier le récent décavaillonnage d'une vieille vigne de gros-plant sur un beau terroir de gneiss. Cette parcelle sera bientôt arrachée (trop de manquants) et replantée en melon. De Bourgogne, pas nantais!... Il s'agit du cépage du Muscadet (pour ceux qui l'ignoreraient encore!). Quant au melon nantais, il a souvent laissé sa place à la mâche, chez les maraîchers de la région.
On peut y apprécier également toutes ces petites pousses, symboles d'une renaissance annuelle, source d'espoir en une belle récolte... Et là, nous ne pouvons qu'avoir une pensée pour les vignerons du Saumurois qui, en quelques instants, le lundi précédent, ont vu ces fragiles bourgeons grillés par le gel. Très peu de dégâts par ici. Guy Bossard pense que c'est peut-être du à la lente remontée des températures au lever du jour, ce qui évite une sorte de flash, lorsque le soleil d'une journée très claire réchauffe l'air ambiant trop rapidement.
La proximité de parcelles conduites en conventionnel permet également à Frédéric de revenir un peu plus en détails sur ce qui oppose ce mode de culture à la biodynamie, méthode adoptée par Guy Bossard dès 1992 pour les premières parcelles, pour une généralisation en 1996 (de source vendéenne, en provenance de Brem sur Mer, où Thierry Michon dispose de quelques archives, lui qui fête d'ailleurs les 20 ans en Bio-D du Domaine St Nicolas!...), après déjà vingt années de conduite des vignes en agriculture biologique. Au passage, Frédéric précise que la méthode a des exigences le plus souvent respectées au Domaine de l'Ecu, mais qu'une certaine dose de pragmatisme ne nuit pas. Ainsi, lorsque les circonstances l'éxigent (telle une bonne dépression atlantique, à quelques encablures de l'océan et les pluies qu'elle véhicule), ce n'est pas un petit noeud lunaire sur le calendrier, qui va cloîtrer les vignerons devant l'écran de leur ordinateur jusqu'au lendemain, sous prétexte que...
Au chai, découverte de la nouveauté du domaine : les amphores. A l'horizon, se profile une nouvelle cuvée, dont les jus millésimés 2012 sont issus pour partie de vignes sur granite. Malgré les difficultés que la méthode d'élevage implique, notamment l'évaporation, ou la transpiration, la dégustation de quelques jus laisse entrevoir de belles choses... Un peu de temps aussi, consacré aux rouges du domaine. Certains connaissent déjà un franc succès sur les salons du monde!... Même si ce ne sont que des échantillons prélevés sur amphores ou sur barriques. Pour un peu, tout aurait déjà franchi l'Atlantique!... Ces rouges sont au nombre de trois : un premier (en amphore) en mode résolument glouglou et cabernet franc, vinifié un peu façon semi-carbo (oui, je sais, ça devient compliqué de suivre!) qui devrait être mis en bouteille prochainement. Vous pouvez dégainer, mais il n'y en aura pas pour tout le monde!... Le second est également un cabernet, mais ayant suivi un cursus fermentation-macération plus classique, avec quelques pigeages et remontages en douceur. Il est doté d'une matière souple et de tannins assez polis. Enfin, le troisième est un pinot noir (sur gneiss et/ou granite, je ne me souviens plus...), élevé en barriques jusqu'à l'été prochain sans doute. C'est du haut-vol!... Reposez votre téléphone, c'est déjà trop tard!... A moins que...
Retour au caveau ensuite pour redécouvrir les différentes cuvées disponibles au domaine. En dégustant ces Muscadets successivement, les 2011 notamment, on peut apprécier les qualités et l'accessibilité du millésime, ainsi que deviner la nouvelle marche franchie par le domaine. Ainsi, les cuvées Gneiss, Orthogneiss et Granite, bien connues des amateurs passent un cap, qui est sans doute du à l'allongement de la durée des élevages (18 à 20 mois désormais). Ces trois vins, dont on ne pouvait que constater certaines années, la proximité d'expression et de texture (sauf pour granite parfois), semblent voler de leurs propres ailes désormais. Gneiss reste dans une logique plutôt tendre et facile, avec une approche caractéristique des sols siliceux, voire sablonneux (un peu comme un cabernet de Chinon ou Bourgueil sur sable, vis-à-vis des graviers ou des parcelles de coteau), Granite exprime une belle tension et du volume, alors qu'Orthogneiss est peut-être bien sur la plus haute marche du podium 2011!... Une très belle densité, un caractère vibratoire et une allonge remarquable!... Un Muscadet pour la prochaine décennie!... Enfin, Taurus 2011 nous fait passer dans une autre dimension et un autre univers. Où le melon de Bourgogne semble devoir mérité son nom d'origine. Le plus Beaunois des Muscadet du cru, sans nul doute!... A noter qu'une réflexion est en cours au domaine, quant à l'apparition d'une cuvée en cru communal de Goulaine. Affaire à suivre!...
Il est déjà plus de 21h!... Quelques cartons divers et variés dans le coffre et nous prenons la route de Nantes et du Picolo!... Encore le Picolo?... Ben oui, j'en connais qui sont accros!...
Il faut dire qu'un récent message d'Eva avait de quoi faire saliver!... Elle a d'ailleurs tenté, voilà peu, de passer incognita au 6, rue Mazagran, mais ce n'était pas parfait (ah, ces stars des réseaux sociaux et de l'édition associés!), puisque quelques tweets n'ont pas manqué d'informer Thomas, le maître des lieux, vite rassuré par la teneur de commentaires illustrés ("Ah, les meilleurs ris de veau de toute la vie!"). Pas du genre à s'affoler Thomas, même quand les clients arrivent tard. Et un petit groupe de neuf personnes, ce n'est pas ce qui va l'effrayer! De toute façon, il a tous les atouts dans ces manches pour nous faire patienter, surtout dans sa cave. Et pour nous balader aux quatre coins du vignoble, nous piéger à volonté!... Ça commence avec la mise en bouche : Miss Terre 2012, de Marc Pesnot. A l'aveugle, je pars dans le Loir et Cher... Un régal! Va pas falloir tarder à passer à la Sénéchalière!...
Côté cuisine, un choix maritime nous est proposé : maquereaux marinés ou salade de couteaux, avec une sorte de petite julienne de légumes divers. Ça respire l'océan!... Avec, un chenin Panier de fruits 2009 de Jean-François Chéné en bonne forme. Thomas nous propose une transition assez remarquable : Le Moelleux de Muscat (genre 19 gr tonique) d'Anne-Marie Lavaysse, du domaine Le Petit Gimios, à St Jean de Minervois. J'avais déjà goûté un autre vin de ce domaine, lors d'un précédent passage... Une visite s'impose... avant longtemps.
La suite nous régale d'avance. Nous avons à hésiter entre une andouillette maison et une recette de pieds de porc. J'opte pour la seconde et le régal pressenti est au rendez-vous!... Ça respire le bonheur dans l'assiette!...
Jolie finesse, arômes, saveurs, cuisson des légumes tip-top.
Un premier rouge nous arrive en carafe. Roc cab' 2012 de Babass, Thomas n'ignorant rien de mes récentes visites dans le vignoble angevin. C'était facile pour lui, en la circonstance, puisqu'il est passé à Beaulieu sur Layon deux jours après moi!...
Pour conclure et en vue du dessert chocolaté, nous découvrons une très belle cuvée de Jean-Christophe Garnier et je dois avouer être passé à côté lors du dernier salon Anges Vins, prévoyant une prochaine visite au domaine. Mais, Les Tailles 2011, c'est une très belle réussite, avec une fraîcheur qui nous inspire un grolleau de bonne facture. Et c'est pourtant du cabernet!...
On se laisse glisser jusqu'au bout de la nuit, avec le gâteau fondant au chocolat et chacun admet volontiers la qualité du repas, goûteux et copieux et celle des accords proposés par Thomas Noble, grand maître en la matière, dont on ne peut que louer la connaissance parfaite de sa cave et la volonté intacte de transmettre sa passion aux Nantais (et quelques autres!), qui veulent bien se laisser guider au pays des vins naturels.
Le temps d'un petit café, une heure de route... Il est près de trois heures du matin lorsque je retrouve ma couette. Belle soirée nantaise!...
Printemps 2013 : foutu climat!...
Il est à peine plus de huit heures du matin en ce 1er mai et un fort orage éclate à La Roche sur Yon, avec éclairs, coups de tonnerre, vent soutenu et forte pluie mêlée de grêle!...Qu'est-ce que c'est que cette histoire?... Du jamais vu à une telle date!... Ca donne envie d'aller chercher un brin de muguet, quelque part dans la ville désertée, à destination des belles z'encore z'endormies!... On a connu de plus jolis débuts mai, tels ceux qui nous permettaient d'aller pique-niquer à la plage, ou ramasser le muguet sauvage dans la forêt autour du circuit automobile de Linas-Montlhéry, à l'époque du Bol d'Or ou des 1000 kms de Paris... Nostalgie again!...
Mais, il y a pire que cette météo perturbée (depuis déjà quelques temps!), qui chagrine les humeurs urbaines. Dans le vignoble, le petit matin du lundi 29 avril a été quelque peu réfrigérant. Au point que la vigne renaissante et printanière, avec ce qu'elle contient d'espoir en une belle récolte, a parfois subi les assauts du gel matinal. Bien sur et à l'opposé de ce qui s'est passé les 20 et 21 avril 1991, tout le monde n'a pas eu à souffrir de la même peine. Mais, pour certains...

St Emilion, le 23 avril 1991
Des images et une détresse parfois, qui contribuèrent à la création de La Pipette
Dès lundi midi, les réseaux sociaux bruissent de quelques échos en provenance de Saumur notamment. Antoine Sanzay, alerté par la température matinale (-3°C), file dans ses vignes des Poyeux, pour faire un constat amer. Les dégâts sont conséquents!... Difficile de ne pas céder à la détresse. En fin de journée de ce 1er mai, le vigneron de Varrains apporte quelques précisions : "J'ai 80% de mes vignes gelées à 80%!... J'ai pris gros!..."
D'autres échos nous parviennent, certains rassurants, d'autres moins :
Thomas Carsin, du Clos de l'Elu : "J'ai fait un rapide tour de vignes ce matin et je n'ai pas observé de dégâts. On avait pourtant -3°C ce matin, mais sur une durée courte, semble-t-il... On en saura plus dans les jours à venir."
Du côté de Savennières, Tessa Laroche respire : "A priori, chez nous on a rien. Il faisait 0°C. Pour le Saumurois, je crois -4°C..."
En Côtes-de-Castillon, Thierry Valette, à Puy Arnaud, n'a pas constaté de problème non plus. A peu près le même constat, non loin de là, de la part d'André Chatenoud, au Château Bellevue, de Lussac : "Il faisait juste 0°C lundi matin, pas assez pour geler la vigne... mais j'ai entendu parler de dégâts en Sauternais et Graves, ainsi que quelques spots en Entre-Deux-Mers... Affaire à suivre!" Du côté du Domaine de Chevalier, en Pessac-Léognan, les tours anti-gel ont rempli leur office (l'alarme s'était déjà déclenchée samedi matin), mais quelques bordures de parcelles ont néanmoins été touchées. C'eut pu être bien pire!...
Valérye Mordelet, aux Loges de la Folie, a des nouvelles moins rassurantes : "La situation est très hétérogène sur Montlouis, selon les parcelles et forcément le destin marque certains plus que d'autres... Certaines vignes ont gelé entièrement, d'autres pas du tout (tant chez nous que chez les collègues). Certaines sont à peine touchées. Difficile de donner un chiffrage définitif, la vigne est une plante pleine de ressources et tous les bourgeons, à ce jour, ne sont pas éclos. Mais, nous n'avons pas été épargnés... après 2012, la situation devient compliquée et aléatoire pour notre encore "jeune" domaine. D'ici un mois, nous en saurons un peu plus..."
En Loir-et-Cher, c'est Noella Morantin qui nous donne une tendance : "Nous sommes passés à côté cette année. Ouf!... Je sais que, malheureusement, beaucoup ont de gros dégâts... C'est dur." Pas besoin de long discours...
Peu de nouvelles d'Anjou à ce jour, mais le message en provenance de La Grange aux Belles, de Marc Houtin et Julien Bresteau, n'a rien de réconfortant : "On a quatre hectares touchés (cabernet franc et grolleau), dont un de cabernet franc carrément vendangé!..."
Plus loin vers l'est, Éric Nicolas, du Domaine de Bellivière, est en partie rassuré : "Quelques dégâts dans des bas de pente, où stagnait la brume, mais rien de vraiment alarmant, les aires touchées ne représentent pas grand'chose. Il faudra surveiller les pousses brunies. J'espère pour nos amis, qu'il n'y a pas trop de dégâts pour eux non plus..." En Pouilly-Fumé, Alexandre Bain signale qu'il n'a rien remarqué de négatif dans son vignoble.
Au Domaine Mélaric, Aymeric Hilaire est presque étonné : "Le Puy est passé totalement à côté! Pas un bourgeon de gelé! On a la chance d'être assez haut et de ne pas craindre la gelée, comme celle de lundi. Par rapport aux collègues de Champigny et de Montlouis, on a eu une sacrée veine!..."
En Anjou, Patrick Baudouin est quelque peu rassurant : "Pour l'instant, une parcelle de jeunes vignes en taille de formation... grillée, à Princé... compliqué cette année de travailler les sols à temps. Cela n'a pas du arranger les choses. Mais pas de désastre global, sous réserve d'inventaire complémentaire dans la semaine." De son côté, au Clau de Nell, Sylvain Potin respire : "Rien n'a été observé sur notre butte de Sauné, mais il est vrai que la peur était présente."
Avant de partir à la recherche de muguet pour sa dulcinée Catherine, Philippe Delesvaux nous rassure quelque peu : "C'est gentil de prendre des nouvelles, mais, non, pas de soucis ici. Il faut dire qu'on est en altitude!... Bon muguet!"
Un brin de muguet porte-bonheur, que nous offrons volontiers à tous les vignerons, chaque année, exposés aux conséquences d'un gel printanier, à une saison qui se veut régénératrice, mais qui, immanquablement, cache ce genre de turpitudes. Des évènements climatiques qui sonnent comme un rappel, ne pouvant que nous conforter dans l'idée que notre soutien, au quotidien, reste de bon aloi.
En fin de journée, Facebook apporte d'autres nouvelles. Ainsi, Lise et Bertrand Jousset, à Montlouis, semblent gravement touchés. Déjà en 2012... Du côté de Vauxrenard, en Beaujolais, Isabelle Perraud évoque, en publiant une photo prise ce jour, la grêle tombée pendant plusieurs minutes!... "C'est arrivé d'un coup! J'étais sur la route avant l'orage. C'est devenu tout gris, comme si la nuit allait tomber, avec un drôle de brouillard. Ca m'a angoisée... Et quand je suis arrivée, là, ça a commencé à grêler et ça a duré trop longtemps... On ne peut pas encore dire s'il y a beaucoup de mal, mais c'est pas bon..."
Une petite semaine passe. Nous attendions des nouvelles de Xavier Caillard, à Brézé. Elles ne sont guère bonnes... "Pas de miracle pour les vignes en position basse - c'est à dire pour l'ensemble du vignoble - surtout en ce printemps humide et "herbeux"... donc gelée sévère : minimum 50/75% (suivant reprise ou non des bourgeons brunis et de la fertilité des cadets). Ce sera donc une fois de plus demi-récolte, au mieux. Presque une habitude... mais pourtant toujours aussi pénible à vivre et qui pourrait finir, à force, par devenir redhibitoire..." De son côté, Didier Chaffardon n'a pas été épargné non plus : "Dans la même veine et je ne crois pourtant pas rêver... J'ai un vraiment joli terroir à rouge, mais très gélif également. Bilan : entre 40 et 60% partis dans un autre songe... et un peu les boules je dois dire."
En Muscadet, Marc Ollivier est rassuré : "Pas de dégâts dans les Muscadet du Domaine de la Pépière. Pour les rouges, qui sont plutôt situés en bas des pentes, à peu près 25% de gelé."
Pour oublier ces journées grises, quoi de mieux qu'une virée en Anjou?... Et celle que vous pourrez programmer entre le 11 et le 13 mai prochain, du côté de St Barthélémy d'Anjou, promet beaucoup. Il s'agira d'un week-end artistique et gastronomique - Vin & Compagnie - proposé par la Compagnie Jo Bithume, associée pour l'occasion aux Anges Vins et à En joue connection. On y trouvera donc la fine fleur des vignerons d'Anjou sans artifices et la visite permettra de découvrir le bouillonnement artistique angevin. Les plus gourmets de passage pourront aussi constater à quel point la région se situe parmi les plus gastronomiques.
Coté vignerons donc : Baraut, Battais, Baudouin, Bertin, Boutin, Bureau, Chaffardon, Chêné, Le Clos de l'Elu, Courault, Cousin, Crasnier, Daviau, Delatte, Delmée, Fleuret, Garnier, Garreau, La Grange aux Belles, Herbel, Hodgson, Lambert, Mahé, Marchais, Ménard, Mosse, Oosterlinck, Pithon Paillé, PZ, Rochard, Rocher, Les Roches Sèches, Saurigny, Les Vignes de Babass. Pas mal!...
Et côté scène : Mlle Orchestra, Le Petit Monde, Traz Fusion, Paddock.
Le samedi soir, il sera possible d'apprécier la belle cuisine de Rémi Fournier, le chef du restaurant angevin Chez Rémi. Pour résumer, un week-end que l'on pourra apprécier en famille. A noter à ce propos que l'entrée sera gratuite pour les enfants!...
Vendredis du Vin # 55 : Extra-time : Grolleau marque!...
A l'invite de David Faria, alias le Bicéphale Buveur, les Vendredis du Vin, #55 nous emmène au foot!... C'est même l'angoisse du gardien de but au moment du penalty!... Ça, c'était le titre d'un film allemand de Wim Wanders, millésimé 1972, à l'époque où les cinéastes aimaient donner des titres à rallonges à leurs films. Je vous parle d'un temps...
C'est l'heure de jour de foot donc. Y'a péno dans les arrêts de jeu!... Le gardien de but pose les talons de ses crampons sur sa ligne de but. A peine dix mètres le séparent du ballon, que l'avant-centre de l'équipe adverse vient de poser sur le point blanc, le point de penalty. Je suis à peine didactique là, parce que tout le monde ne maîtrise pas le sujet, je le sens bien. L'attaquant va-t-il nous gratifier d'une panenka?... Dans les tribunes, les supporters des deux équipes se rongent les doigts jusqu'au sang. De quel côté sera l'exploit?... Vous ne savez pas tous ce que c'est que l'angoisse du supporter au moment du péno!... Le film en 72, la panenka en 76 et, pour ceux qui se souviennent, la finale de la Coupe de France 1971, qui fit chavirer la Bretagne, pour la dernière apparition de cette grande fête dans le stade de Colombes. Un stade en rouge et noir, qui chante Allez Rennes sur le ton de l'Ave Maria des pardons bretons bretonnants. C'était le 20 juin, fin de saison, les joueurs sont plutôt cuits. Tout le monde pense que Rennes a déjà joué sa finale en demi, battant Marseille... aux pénos, grâce notamment à son gardien Aubour, qui en arrête un certain nombre (malgré Skoblar, Magnusson et consorts!) et qui se permettra de jouer à la pétanque, lui le Tropézien, avec les artichauts envoyés sur la pelouse par les supporters bretons, en pleine finale!... Mais, c'était sans compter Keruzoré et André Guy, l'avant-centre de l'époque, qui marqua le seul but du match, sur penalty, sans prendre cependant le gardien lyonnais, Chauveau, à contre pied. Faut dire que ce n'était pas un filet de sole, celui-là!...
Ah, insondable nostalgie!... Mais, revenons à nos moutons. David nous a demandé de parler de contre pied et plus exactement du vin qui vous envoie aux fraises ou aux pâquerettes, c'est selon les goûts. Et justement, en matière de goût, il nous arrive parfois d'avoir de ces surprises, notamment à table. Parmi les contre pieds les plus évidents, en matière d'accords mets-vins, le fait de servir un poisson avec du vin rouge. Certes, je vous l'accorde, il existe quelques recettes fameuses (lamproie, alose à la bordelaise), mais, on peut aussi tenter une sauce Bercy (histoire de digérer la réception de nos feuilles d'impôt!) composée comme il se doit d'échalottes et de champignons, le tout mouillé de vin rouge. Ce dernier peut être un grolleau angevin, tel que celui de Babass, le Groll'n roll 2011, avec sa structure légèrement acidulée, s'appuyant sur des notes de fruits routes, qui vous rappelle un instant, le temps des cerises... Là, à l'ombre du prunier, vous pouvez servir des filets de sole, après une courte cuisson au four, avec juste ce qu'il faut de fleur de sel et de poivre de Madagascar. Et vous souvenir de ces quelques bons moments passés dans les stades, lorsque les amoureux de foot étaient de vrais supporters...
Petite chronique en Anjou nature
L'après-midi s'annonçait assez belle, même si la météo du moment n'était pas d'une exemplaire stabilité. Dans la voiture, j'avais quelques exemplaires de Tronches de vin à déposer chez Didier Chaffardon. Belle occasion de rencontrer quelques vignerons lecteurs, puisque j'avais également rendez-vous avec Sébastien Dervieux, alias Babass, ex-associé du Domaine des Griottes, avec Pat Desplats.
Avec Didier, une précédente rencontre nous avait permis de faire le tour du sujet, vignes, vins, cuvées... Mais, avec le vigneron de St Mélaine sur Aubance, il y a toujours de la nouveauté, d'abord parce les millésimes se suivent, là comme ailleurs, mais ne se ressemblent pas, là encore plus qu'ailleurs. Chaff', c'est tout le contraire d'un blasé!... De toute façon, il n'est pas du genre à se laisser porter par la continuité sans changement. Il faut que ça bouge, il adore quand ses vins le surprennent, quand Mozart s'acoquine avec Wagner!... Tiens, comme cette cuvée de chenin 2012, qu'il va sans doute garder à part, si la tendance actuelle se confirme : des arômes de viognier, une dynamique et un équilibre de roussanne!... Clin d'oeil de la nature à ce Savoyard, qui fit une partie de ses classes dans le Sud-Est?... A trop aimer ce style de surprise, il doit provoquer un effet papillon d'un nouveau genre, au point que le chenin se fait rhodanien, le temps d'une vendange! Une touche de magie!...
A part ça, là comme dans le reste de la région, 2012 ne se montre pas très exaltant. Sauf exception, les lots sont plutôt dans un mode gourmand, mais la tension est en retrait. L'expression est parfois un brin diffuse, mais surtout diverse, ce qui tend vers une certaine confusion. Les assemblages ne seront pas simples... Cependant, chez Didier, il y a au moins une piste à suivre dans les trois couleurs : blanc, rosé et rouge.
Parmi les dernières nouveautés, l'un des voeux du vigneron exprimé en 2012 est désormais exaucé. En effet, lui qui aspirait à vinifier quelques ares de grolleau, a enfin trouvé une parcelle (60 ares environ) de ce cépage. Selon ses dires, cette vigne se situe à l'écart, dans un endroit hors du commun, au point qu'il est étonnant qu'elle ne fut pas déjà arrachée par ses anciens propriétaires. Un défi à relever, comme Didier Chaffardon les aime! Avant de prendre le chemin de Beaulieu sur Layon, redécouverte de la cuvée Safran, désormais en bouteilles et du concentré de Layon, toujours en bonbonne, qui devrait porter le nom de Confiturine (tout un programme!), avec ses arômes hors du commun et un équilibre à se damner.
A Beaulieu, rendez-vous avec Babass, au coeur du village, rue Rabelais, la bien nommée. Je le découvre attablé avec Jean-François Chêné notamment, en train d'apprécier une cuvée de blanc de Damien Bureau. C'est l'heure de la pause, avant une séquence décavaillonage, dans une parcelle de Jean-François, située non loin du bourg, à peu près à mi-coteau, au dessus de la rivière. Le dévers n'est pas très marqué, mais tant le réglage de la machine que l'effort physique imposé, impliquent une attention de tous les instants. La taille de cette parcelle n'est pas terminée, mais le vigneron la reporte au maximum, vu sa réputation d'être quelque peu gélive. En fait, elle sera très bientôt taillée en à peine quelques heures, grâce à l'aide de vignerons du cru. L'entraide, un aspect des choses qui n'est pas un vain mot ici.
Les vignes de Babass, quant à elles, sont situées sur la commune de Rochefort sur Loire, un peu en arrière du plateau sur lequel est implantée la grande antenne de l'émetteur TV, que les visiteurs ne peuvent manquer, dans le paysage qui domine le Layon. La vie du GAEC qui présidait aux destinées du Domaine des Griottes ayant pris fin en 2010, un partage a redistribué les cartes. Sébastien a finalement récupéré 2 ha 40 de vignes dans ce secteur, plantées en 1956 et 1957, où quelques altérations de roches schisto-gréseuses (si l'on en croit e-terroir de Techniloire) côtoient des limons de plateau. Il dispose là d'environ un hectare de chenin, 63 ares de grolleau et 80 ares de cabernet, y compris une petite parcelle de 24 ares (six rangs de chenin - 19 ares - et deux rangs de cabernet) plantée en 1989, par la famille Haquet, frères et soeurs, bien connus dans la région pour être les véritables précurseurs du bio et du vin nature, bien avant l'heure, si l'on peut dire. L'aîné, Joseph, est décédé voilà quelques années, mais on peut découvrir ce reportage assez récent de France 3, consacré à Anne et Françoise, qui ont certes cessé leur activité de vigneronnes, mais qui résident toujours du côté du Breuil, non loin de là.
On peut penser que Babass se sent un peu l'héritier de ces deux octogénaires qui lui ont confié les arprents de cette micro-parcelle. L'attention qu'il leur porte au quotidien ou presque, en témoigne, lui qui est arrivé dans la région avec ses parents, dans sa plus tendre enfance. A l'adolescence, il a quelques copains fils de vignerons et s'oriente vers la vigne presque naturellement. Il suit quelques modules de formation pour adultes en viticulture et l'aventure débute.
La nouvelle situation impliquait également le recherche de nouveaux locaux. Il a donc trouvé une grange dans un hameau de Chanzeaux, qu'il va pouvoir aménager au mieux, avec salle des pressoirs (verticaux, dont un acheté à Suronde depuis peu) dès que possible, cuvier, espace de stockage... L'ensemble n'est pas rigoureusement hors d'eau (fluctuat nec mergitur!) et la température ambiante quelque peu fluctuante, mais ce dernier aspect n'est pas vraiment pour déplaire au vigneron, lorsque les fermentations lambinent...
Côté cuvées,il peut y avoir trois ou quatre blancs selon les millésimes : Navine, sec (2500 bouteilles en 2011) et liquoreux, Nuées bulleuses, option pet' nat' et la sélection Joseph, Anne, Françoise, toujours à part et issue de la parcelle de 24 ares. En 2012, Babass souhaitait disposer d'un bon volume de bulles et va donc proposer 3500 bouteilles de Nuées bulleuses. Cependant, la récolte fut si maigre (puis rincée au final!) qu'il n'y aura pas de Navine cette année.
Pour les rouges, Le Groll'n roll et Roc Cab' (respectivement composé de grolleau et de cabernet, chacun l'aura compris), les raisins sont encuvés entiers dans des cuves de 50 hl :
"Je ferme bien le chapeau flottant et avec le poids, il y a une partie du raisin immergé dans le jus de tassement. Celui-ci fermente et assure le CO² pour le dessus. On peut donc dire qu'il y a une phase liquide en bas et une phase solide en haut. En 2011, il y avait tellement de jus que tous les raisins étaient immergés, expliquant peut-être une extraction plus traditionnelle. Au contraire, pour 2012, même avec des baies dont la peau était prête à craquer, le jus n'était qu'à la moitié du marc, ce qui donne au vin un côté plus primeur-carbo... Il n'y a pas de chauffage et généralement, on n'a pas beaucoup d'inertie dans la cuve, ce qui favorise une "infusion" plutôt qu'une "extraction" et qui, de surcroît, favorise aussi l'intégration des tannins de la rafle, qui sont néanmoins très intéressants. En plus, sans soufre, on constate une oxydation de l'ensemble des tannins, ce qui lisse vraiment et permet une certaine gourmandise (le côté aubergine confite...)."
La démonstration n'est pas rigoureusement académique, mais elle témoigne d'une grande sensibilité, point extrêmement important pour qui veut produire des "vins naturels" cohérents, en plus d'une part de rigueur au moment des vendanges et au cuvier. A noter que le vigneron de Beaulieu n'est pas un adepte des surmaturités et, de plus, privilégie des rendements moyens qui vont dans ce sens, oscillant entre 25 et 40 hl/ha selon l'année, ce qui parfois peut relever de la performance, lorsque le millésime réclame une attention de tous les instants. Au final, des rouges gourmands avec du caractère, qui séduisent notamment à l'export, vers des destinataires réclamant toujours plus ce type de vins "nature", comme au Danemark ou au Japon, par exemple. Ces vins, que d'aucuns qualifient de borderline parfois, font la démonstration qu'ils sont de plus en plus souvent universels et sans frontière. Pas seulement, parce qu'ils ont quitté leurs attributs conventionnels et qu'ils voyagent sous le vocable "vin de France", mais parce qu'ils aiment marcher pieds nus sur le sable, ne portant parfois qu'un vieux tee-shirt et un bermuda en jean, troué et aux franges délavées... Les "nature" vous gagnent?... Piquez une tête, cet été, ça vous évitera une prise de tête!...
Avis de coup de vent sur Bordeaux!
Voilà un titre qui pourrait me valoir une flambée statistique du côté des visiteurs de La Pipette aux quatre vins, surtout à l'issue de la semaine des Primeurs à Bordeaux!... Une semaine marquée par les rafales de suroît et les fortes averses venues de l'Atlantique. En ce jeudi, une fois n'est pas coutume, Vigne'horizons a convoqué quelques amateurs pour une sortie bien arrosée, au cours de laquelle la pluie ne se permet pratiquement aucune pause, ce qui nous empêche toute incursion pédestre dans la vigne, rejoignant ainsi la plupart des vignerons, qui se demandent comment ils vont, dans les prochaines semaines, pénétrer dans les rangs, pour les travaux de printemps.
Étape matinale du côté de Tauriac, chez Valérie Godelu, au Domaine Les Trois Petiotes. Un nom qui a une histoire, comme il se doit, inspiré par les naissances successives des trois filles de ce couple de vignerons, à des moments clés d'une chronologie qui les a amenés là, du côté de Bordeaux, voilà à peine quelques années. Il se trouve que le domaine se compose également de trois parcelles plantées de malbec, de merlot et de cabernet, destinées à composer une partition façon Côtes-de-Bourg résolument ambitieuse et représentative, sans doute, de ce que devait être naguère, les vins de cette partie de la région, avant que quelque responsable local ne déclare froidement que les crus du Bourgeais (et du Blayais sans doute) doivent trouver leur voie et leur salut dans la grande distribution!... Tout en continuant de solliciter Valérie et ses jolies cuvées, dès qu'il s'agit de promouvoir la qualité potentielle des vins du secteur!...
Chez les Godelu, l'histoire ne dit pas encore si chaque petiote a choisi sa parcelle ou si telle ou telle n'est pas plus malbec que merlot et la dernière cabernet. Ni si l'espace proche du chai, bientôt planté (en 2014) de cépages blancs régionaux (sauvignon blanc et gris, sémillon, muscadelle, colombard) de bonnes origines, n'a pas vocation à devenir la quatrième petiote, ou le petiot de la famille. Une autre naissance à prévoir? Allez savoir!... En tout cas, ces blancs devraient être plantés à haute densité et sur échalas, comme l'histoire du vignoble local le précise, permettant également l'utilisation du cheval, pour lequel Valérie vient de suivre une formation. A terme, un compagnon à quatre pattes devraient donc également rejoindre le domaine.
En cette journée d'avril au fil des averses, le repli dans le chai s'impose de lui-même. Pour une dégustation des vins en cours d'élevage tout d'abord et ce, malgré les conditions météo. En effet, nous sommes nombreux à avoir déjà constaté, qu'un système dépressionnaire ambiant et tapageur a la fâcheuse tendance à compliquer la dégustation, au regard des conditions anticycloniques qui semblent, elles, bien plus favorables. On peut penser également qu'une consultation attentive du calendrier biodynamique permettrait d'optimiser le choix de telles journées. En ce jeudi, il s'agit d'un jour fruit en bélier et la veille d'un noeud lunaire à éviter... Valérie nous propose de commencer par une barrique du millésime 2012, mais le tasting du jour ne s'annonce pas des plus expressifs. A noter que pour ce dernier millésime, tous les cépages ont été assemblés dès le départ, vu les quantités réduites, conséquence d'une année particulièrement difficile à la vigne. Une sorte de passetoutgrain à la mode bordelaise!... Rappelons que 2008 fut le premier millésime proposé par le domaine, autre année difficile, mais la vigneronne de Tauriac nous explique que son statut de novice, à l'époque, ne lui permit pas de mesurer toute la difficulté subie au quotidien. En revanche, l'année passée a laissé un lourd sentiment de frustration et, du coup, 2013 est attendu de pied ferme, avec l'espoir qui va avec.
2011, quant à lui, n'est pas encore assemblé. Malgré les difficultés gustatives du jour, Valérie apprécie de pouvoir expliquer là, à quel point la réunion des trois cépages est importante dans le résultat final des Trois Petiotes : le malbec, avec sa structure dotée d'une bonne acidité, le merlot et sa rondeur souvent séductrice et le cabernet exprimant un côté masculin, viril, parfois musclé, sans être bodybuildé. Le marqueur cassis est toujours présent, sur le merlot notamment ce jeudi, sans être aussi exubérent qu'avec les millésimes précédents à ce stade. La dégustation se prolonge, comme il se doit, avec les diverses "expériences" tentées par Valérie, qui se veulent le reflet, l'illustration de chaque année. Ainsi, en 2009, ce fut En attendant Suzie, du cousu main, au bilan carbone record, puisque réalisée alors même qu'aucune énergie n'alimentait les locaux et dont le potentiel impose une bonne garde, même si la cuvée reste très abordable. En 2010, l'année était propice aux belles maturités et là, c'est le cabernet franc qui fit exception. Il n'y en a guère plus d'une barrique et la mise approche. Pour ce qui est du nom de la cuvée, il vous faudra encore patienter, brainstorming en cours!... Pour 2011, c'est le merlot qui était à l'honneur. En fin de vendanges, les grappes étaient atteintes de pourriture noble!... En effet, pendant quelques jours, un micro-climat typiquement sauternais sévit : des brumes matinales stationnaient juste autour des pieds, puis étaient chassées par un vent chaud, suffisamment fort pour passeriller les raisins. Résolument hors normes et à suivre! Enfin, lors des dernières vendanges de 2012, c'est cette fois une petite barrique de malbec qui fait exception, le tout non égrappé et vinifié en macération carbonique.
Pas de quoi s'ennuyer avec Valérie Godelu décidément!... On pourrait presque imaginer une démarche façon Patrimoine SD, de Sébastien David, avec un vin décoiffant par millésime. Et on peut croire à l'apparition d'autres nectars, lorsque les blancs auront poussé. Il serait étonnant que cette native du Jura ne nous gratifie pas de quelque oxydatif made in Côtes-de-Bourg. A suivre!...
Après une pause gourmande au Caffé Cuisine, à Branne, une table sympathique pour qui s'aventure dans le vignoble, direction Vignonet et le Château Vieux Taillefer, cher à Catherine et Philippe Cohen. Le couple de vignerons de Vieux Taillefer est formé d'un duo de passionnés plutôt éloignés de la pensée unique, quasi incontournable dans le paysage de cette région viticole majeure de Bordeaux, si ce n'était quelques personnalités remarquables. D'ailleurs, dès leur installation en 2006, la formation bourguignonne de Catherine et certains choix affichés ne manquèrent pas d'être soulignés et qualifiés par certains de quelque peu exogènes à St Emilion. Si l'on ne revêt pas les habits communs, on est vite montrés du doigt... Le couple a, comme il se doit au début d'une telle aventure, dépensé de l'énergie pour faire connaître sa démarche, mais a très vite pris un certain recul avec la nécessité absolue de la reconnaissance de ses pairs. Au passage, Philippe Cohen nous donne son sentiment sur la fameuse semaine des Primeurs qui se termine et, comme il se doit, il n'est pas tendre : "A quoi bon courir après des notes, lorsque la presse, spécialisée ou pas, a déjà décidé, bien avant le printemps, de la qualité globale du millésime?..." Il se réjouit bien plus de réunir quelques amis "artisans vignerons", à l'occasion d'Anthocyanes, lors du week-end qui précède la semaine de tous les dangers et ce, sur sa terrasse surplombant la Dordogne. Si, d'aventure, quelques professionnels de passage poussent jusqu'à Vignonet, ils seront à même d'apprécier, entre deux échantillons, quelques huîtres de diverses origines, dont le vigneron émilionnais est gourmand et fan.
La propriété compte actuellement environ 4,8 ha de vignes réparties dans le vignoble de St Emilion. En effet, le postulat de départ était de réunir des raisins venant de toutes les composantes terroir du cru : des sables limoneux, des graves sur un sol argilo-siliceux (non exempt d'argiles bleues et de crasse de fer), une part d'argilo-calcaire et des sols sur calcaires à astéries. Au-delà des parcelles du domaine, lors de la reprise, il a fallu une conjonction de hasards pour que toutes soient présentes dans le panel. C'est désormais chose faite depuis l'acquisition de vieux merlots sur la commune de St Christophe des Bardes. Un achat qui allait se compléter, presque par surprise, de la mise à disposition de trois rangs de cépages blancs quasi historiques. En effet, le même propriétaire, confronté aux effets de l'âge, estima alors qu'il ne pouvait plus vendanger cette petite parcelle plutôt destinée à une consommation familiale et réclama l'aide de la famille Cohen, obligé de rentrer précipitamment de vacances pour en assurer la vendange!... Oh, surprise! La méprise était totale et il s'agisssait bien alors de vendanger des blancs, d'en assurer le pressurage et d'en définir l'élevage! Avec, au passage, la découverte d'un cocktail surprenant, puisqu'on trouvait là du sémillon, des sauvignons blancs et gris, mais aussi du merlot blanc et du chasselas, voire une poignée d'autres cépages difficiles à identifier!... Au final, bon an mal an, depuis deux ans, six cents bouteilles de Blanc du Château Vieux Taillefer, en Vin de Table comme il se doit (l'INAO ne se voyant pas admettre, bien sur, la mention Bordeaux sur les étiquettes!...), que Philippe Cohen destinait en priorité à ses assiettes d'huîtres, mais qui désormais, prennent intégralement le chemin du Japon!... Pas impossible d'ailleurs que cette anecdote n'apparaisse bientôt dans un futur manga, au pays du Soleil Levant!...
Le mauvais temps nous imposant de rester à l'abri, notre petit groupe découvre un cuvier béton sur mesure, dont les cuves tronconiques ont été dimensionnées selon la surface des parcelles et le rendement moyen de celles-ci. L'élevage se prolonge ensuite en barriques majoritairement non neuves, issues de la Tonnellerie Cavin ou d'Ana Sélection, avec des bois provenant des forêts de Fontainebleau, Jupilles et Tronçais. Des choix résolument originaux, voire novateurs, pour la région, que l'on peut considérer, sans que le couple n'en prenne ombrage certainement, comme influencés par quelques relations bourguignonnes. Nous apprécions au passage quelques échantillons de merlot, mais comme le matin, la dégustation s'avère assez compliquée, du fait de la météo du jour. Quant au Château Vieux Taillefer 2010, en bouteilles, son potentiel de garde ne fait aucun doute, de par son équilibre.
Un domaine qui batit son avenir, étape après étape. La prochaine se situe au coeur de St Emilion et des Grands Crus Classés. En effet, Philippe Cohen a déniché un espace libre qui va lui permettre de construire les locaux nécessaires à son activité de négoce, mais aussi de planter quelques ares de merlot sur une parcelle restée en friche depuis quelques dizaines d'années et ce, sur les meilleurs terroirs de la Côte!... Avant toute chose, il ne manquera pas de solliciter l'avis de ses amis Lydia et Claude Bourguignon (décidément, la Bourgogne!), qui ne manqueront pas à leur tour, de se pencher sur le sol et le sous-sol de ce qui pourrait bien être une pépite cachée... Reportage à venir, ici-même, lors de la plantation.
Comme on peut le voir, Bordeaux ne compte pas forcément qu'une flotte de cuirassés, aptes à affronter la tempête et toutes les mers, parfois tumultueuses, de la planète. La région compte aussi quelques frêles esquifs bien menés, qui aiment régater et défier les lourds navires, mal armés pour tourner autour de trois ou quatre bouées d'un parcours olympique, continuant de filer sur leur aire, au moment où il faudrait virer de bord. L'ombre du Titanic ne planerait-elle pas sur le vignoble bordelais certains jours?... Pour nombre d'amateurs désormais, la médaille ne tombe pas forcément dans l'escarcelle du plus puissant. Faut-il y voir un idéalisme débridé ou un accès de lucidité?...
Vour pouvez retrouver ces deux vignerons respectivement aux pages 112 et 72 de Tronches de vin, le guide des vins qu'ont d'la gueule!...
Château Lamery : et à Bordeaux, ça va bien?... Autrement!...
Au début du XXè siècle, la famille de Jacques Broustet habitait déjà St Pierre d'Aurillac, mais plus bas dans ce petit village de la rive droite de la Garonne, non loin de Langon. Plus bas, au point qu'en 1930, les habitants durent quitter précipitamment leur maison, en passant par les fenêtres, auprès desquelles venaient accoster les barques des sauveteurs. Ce fut ce qu'on appelle la crue du siècle, pour les mémoires de la région. En plus des dégâts, elle fit de nombreuses victimes. Des évènements qui laissent des traces quasi indélébiles, même pour les générations suivantes et futures.
Ce n'est pas, bien sur, ce qui motiva le vigneron de Lamery à se tourner vers la vigne et le vin, peu de temps avant le nouveau millénaire, mais bien, en revanche, ce qui décida à l'époque, en 1935, son grand-père à un repli vers cette maison, lorsqu'elle se libéra, avec les 2 ha 50 de vignes qui l'entouraient. Maison qu'ils occupent toujours aujourd'hui. Non que la pente soit marquée - le coteau ne débute vraiment qu'à quelques centaines de mètres - mais depuis, jamais l'eau du fleuve ne revint lécher les colonnes, à l'entrée du chemin.
C'est donc en 1998 que tout bascule pour Jacques Broustet. Il ne le sait pas vraiment encore, car il s'inscrit alors dans la pratique d'une double activité, dont la principale se situe à Bordeaux dans l'informatique. Il commence alors à passer quelques week-ends sur place, car son père vieillissant, il sent qu'il doit prendre le relais, pour éviter la perte de ce petit patrimoine. Problème : il a tout à apprendre sur le sujet! Au cours des deux premières années, il reçoit l'aide paternelle, mais pendant ce laps de temps, les divergences se font jour. Le fils veut résolument opter pour une viticulture biologique, ce qui est loin d'être l'orientation du père!... Dès 2000, Jacques Broustet continue seul, grâce à quelques conseils de membres de sa famille, également vignerons dans la région, puis en suivant divers cours dispensés dans le secteur, le tout complété de saines lectures.
Dès cette époque-là, l'utilisation annuelle d'engrais disparaît et, année après année, la proportion de produits divers est réduite progressivement. En 2006, il est toujours en viticulture conventionnelle et ses rendements sont de l'ordre de 48 hl/ha. C'est à peu près à ce moment qu'il vend son entreprise à Bordeaux et glisse pleinement vers le statut de vigneron. Il découvre également le livre de Nicolas Joly, Le vin du ciel à la terre, qui ne manque pas de l'interpeler. L'option biodynamie s'impose doucement à lui.
A peu de temps de là, il rencontre Alain Déjean, de Sauternes et David Poutays, un de ses voisins dans le secteur. Avec eux, il apprend l'essentiel de la biodynamie, tout en gardant un certain recul... Les premières années, les rendements sont divisés par trois. L'impact est de taille!... En 2008, il n'y a pas de Château Lamery. Dans une soif d'apprendre et de comprendre, il fait d'autres voyages, en Bourgogne notamment, puis prend contact avec l'AVN, qui l'oriente vers Michel Favard, à St Emilion, un des vignerons bordelais dont on admet qu'il est une sorte de référent de la méthode, avec une pratique déjà ancienne de la Bio-D. Au quotidien, les choix de Jacques Broustet obéissent à un certain feeling et une forme d'ingéniosité, avec l'objectif d'adapter ses besoins, en matériel notamment, à un niveau d'investissement supportable. Ainsi, son dynamiseur, inspiré, dit-il, des travaux et réflexions d'Alex Podolinski, chantre australien de la biodynamie, vaut le détour!... Aujourd'hui, il se sent désormais à l'aise dans ses choix, même s'il avoue passer encore trop de temps sur Internet (le poids d'une carrière dans l'informatique?), plutôt que dans ses vignes. Divers intervenants, ponctuellement, le secondent lorsque les échanges, pas forcément virtuels, s'imposent.
Il faut dire que créer du buzz, communiquer, le vigneron de St Pierre (il n'a pas vendu son vin au Pape, mais il en serait capable, le bougre!) en a très vite mesuré la nécessité. Pour vivre, trouver des marchés, il convenait de se démener, notamment sur la toile, dès le début de l'aventure. D'autant qu'un millésime comme 2009 a été généreux, avec ses 13 000 bouteilles disponibles! Quelques flacons lâchés ici ou là, à Paris en particulier (il compte pas moins de trente cinq lieux de vente identifiés dans la capitale!) et Lamery s'envole. Pour Seattle d'abord, avec Garagiste Wine, puis dans diverses directions : Grande-Bretagne, Belgique, Canada, Suisse, Japon, Luxembourg, Pays-Bas, Danemark, Suède... Pas moins de 80% de la production passent désormais les frontières. Le vin de Lamery a connu un franc succès dès le début, mais la demande actuelle semble confirmer cet enthousiasme immédiat. Autrement, le Bordeaux!...
Seul rouge du domaine, Autrement, mais pas seul vin du domaine, puisqu'un moelleux ou liquoreux est également disponible, le Défi de Lamery. Issu de 22 ares de sémillon, dont certains ont 65 ans, ce vin illustre un peu le côté fantasque du personnage, qui le rend attachant. En effet, les quelques barriques contenant ce vin restent à l'extérieur, à quelques mètres à peine de la voie ferrée Bordeaux-Marseille!... N'intervenant pas sur les fûts avant la mise (lors d'un jour fruit vers le 14 juillet, en lion), il souligne qu'il remercie au passage, chaque année, la SNCF, de lui assurer le "batonnage", vu les vibrations générées par le passage des convois!... Quelques amis suisses ayant cru bon d'ajouter, pour rester dans son registre préféré, que le choix des mises au moment de la Fête Nationale, permettait à ses vins de profiter de la dose supplémentaire de soufre dans l'atmosphère, du fait des feux d'artifices!... Si ce n'est pas de la haute stratégie, ça!...
Le domaine compte donc, à peu près, 4,5 ha (y compris un hectare - cabernet franc et cabernet sauvignon - pris en fermage, depuis deux ans) de vignes rouges (dont une bonne partie plantée en 1973, à 1,80 m et 2 m) comprenant les quatre cépages dans des proportions proches : merlot, malbec, cabernet franc et cabernet sauvignon, le tout sur des sols largement limoneux et très légèrement argileux. Depuis quelques jours seulement, il dispose de deux nouvelles parcelles à un kilomètre environ, au tout début du plateau : 25 ares de malbec planté en 1970 et 35 ares de merlot planté en 2002, au lieu-dit Fouques. Le vigneron attend beaucoup de ces nouvelles vignes, issues d'un domaine de six hectares, cultivé en bio depuis toujours. Il se dit impressionné par la terre légère, vivante, de ces quelques arpents.
Ceci dit, pas de quoi bouleverser la vie du domaine, ni les choix pour lesquels le vigneron de l'Entre-Deux-Mers a opté, voilà un peu plus de dix ans : un tri manuel de la vendange intransigeant, qui emmène parfois Jacques Broustet jusqu'au bout de la nuit, lorsque le millésime l'impose, un élevage sans la moindre intervention, une mise attentive... Peu de chance également que vous ne rendiez visite au vigneron, sans qu'il ne vous fasse part, avec humour, de son quotidien et de son entourage : un nonagénaire de père toujours très actif, qui s'occupe de ses ruches et de ses arbres fruitiers, sans oublier le tracteur collector, qu'il utilise dès que le besoin s'en fait sentir et sans oublier également, cette charmante octogénaire bordelaise, qui l'assiste dans de nombreux travaux et que vous pourrez peut-être croiser, à l'occasion d'un salon, ici ou là.
A l'heure de l'incontournable semaine des Primeurs à Bordeaux, celle qui veut rappeler à toute la planète vinique, que les célèbres crus des deux rives de la Garonne génèrent de l'or, surtout à quelques actionnaires, on se sent presque rassurés de constater qu'une poignée de producteurs s'appuient encore sur ce que ce métier contient de familial et de traditionnel, sans pour autant rester figé dans un savoir-faire passéiste. Et on prie, au passage, pour que les amateurs français s'ouvrent, chaque jour plus nombreux, à de tels vins, comme ceux de moult pays de notre planète bleue et verte.
REVEVIN 2013 : annulation générale!...
Et le combat cessa faute de combattants...
A vaincre sans péril, on triomphe sans gloire,
Diront ceux qui trouvaient ces jours de mai grisants.
Loin de nous l'idée de presser de bonnes poires!...
La mort dans l'âme, nous devons donc nous résoudre
A faire de cette Ascension, une porte qu'on claque.
Non que nous manquions cette fois de grain à moudre.
Hors de question de faire de la plage un cloaque!
L'objectif était bien le plaisir au plus haut.
Mais, il en va ainsi parfois des bonnes idées,
Le soleil et la brise glissant sous le patio,
Elles perdent leur substance au fil des années.
Revevin a vécu, joyeux, sans infamie.
Les années sont passées, font-elles bien leur âge?
L'espoir reste de ne point perdre des amis.
Il est temps cependant de rejoindre la plage...
L'émotion ne fut pas sentiment le moins fort
Traçant le chemin dans les vignes aux quatre vents
Pour que chacun s'attache au Chai comme à un port
Et qu'il en parle un jour à ses petits-enfants.
Allons, il est l'heure, ne soyons pas nostalgiques.
Il nous faut sabrer habilement le flacon,
Que fusent les bulles d'une cuvée champagnique
Qu'ainsi, simplement, nous soit acquis le pardon.
Tronches de vin fait salons, à l'Ouest!...
C'est le principe du balancier!... Après les festivités de lancement orientales et parisiennes, Tronches de vin met cap à l'Ouest. A Nantes tout d'abord, puis du côté de Rennes, le week-end suivant. Croisons le verre!...
Commençons par le dernier né, Vertivinies, émanation bien pensée du club d'amateurs de Vertou, dans la banlieue nantaise, à savoir Vertivin. Jocelyn Gombault en est le président fondateur et le principal animateur, avec à ses côtés notamment Romain Mayet, bien connu dans le vignoble pour ses compétences en matière de terroirs du Muscadet en particulier. Un club Vertivin?... Non, une ruche!... Moyennant une adhésion annuelle fort raisonnable, vous pouvez ensuite intégrer divers "groupes", qui affichent des contenus, des approches et des thèmes différents. Il y a là le Groupe Découvertivin (approche plus théorique sur la vigne, le vin, la dégustation), le Groupe Vertivingstone, permettant d'explorer une appellation ou une zone viticole (avec dégustation-plaisir au bout du compte), le Groupe Vertivinus et son approche plus "genius", plus scientifique (tout est relatif!), le Groupe Salivertivin plus dédié à la dégustation pure et dure et enfin le Groupe Verticadet pour ceux qui veulent "décortiquet le Muscadet"! Expertise recherchée, afin de voir naître un collectif de "passeurs de Muscadet". N'oublions pas les Ateliers Libertivin, quelques séances orientées vers des dégustations plus prestigieuses, ni les sorties dans le vignoble, la possibilité de quelques achats groupés, les repas accords mets-vins... Pour être clair, le top!...
Non contents de proposer une telle organisation, les Vertiviniens ont eu une superbe idée : proposer un salon aux amateurs, lors d'un week-end printanier. Et comme il se doit, club bien pensé, salon bien pensé! Il faut un certain courage pour se lancer dans une telle aventure, mais surtout, il faut "trouver le créneau", tant ces manifestations se multiplient. Pour les Vertivinies, Salon des Nouveaux Talents de Loire donc, les 6 et 7 avril prochains, pas moins d'une douzaine de jeunes vignerons, de l'Auvergne au Muscadet, seront présents au Château de la Frémoire. On entend par "jeunes", des vignerons installés depuis moins de cinq ans et qui connaissent déjà quelques jolis succès dans diverses dégustations. En clair, dans un mode résolument "tronchable"!... Parmi ceux-ci, Mélaric, Les Roches Sèches, Mathieu Coste, Helda Rabaut, pour ne citer que ceux-là!... Les Vertivisiteurs pourront donc également trouver quelques exemplaires de Tronches de vin et ce, toute l'après-midi du samedi.
Les Nantais ont bien de la chance en ce premier week-end d'avril, puisque le dimanche 7, les Anges Vins descendent la Loire et vont accoster sur l'Ile de Nantes. Ils passeront ainsi la journée au Karting, 6 rue de St Domingue, alors tous en piste! Point de rhums ni de cigares (quoique...), mais quelques éminents représentants du vignoble angevin et layonesque, avec tout ce qu'il faut de vins "bios et sans artifices". Une bonne partie du collectif habituel sera de la fête avec, qui plus est, deux invités du Pays Nantais : Jérôme Brétaudeau d'une part, Marc Ollivier et Rémi Branger d'autre part. Un bon plan donc, pour votre dimanche, amis nantais et voisins bretons et vendéens, d'autant que, là encore, de nouveaux exemplaires de Tronches de vin seront également disponibles. Que du bonheur!... Les Anges Vins toujours par monts et par vaux, puisqu'on peut déjà noter le prochain rendez-vous fixé aux amateurs : du 11 au 13 mai, à St Barthélémy d'Anjou, sur le site de la compagnie Jo Bithume pour Vins et Compagnie, avec en plus, la présence des vignerons de la nouvelle vague angevine, à savoir En joue connection.
Entre ces deux dates, marquées au vin rouge sur vos agendas, ne manquez pas non plus la 10è édition de Vini Circus, à Hédé, entre Rennes et St Malo. Du 13 au 15 avril, le Festival des Vins Nature fête ses dix ans. Et comme le précisent les organisateurs, ça devrait être exceptionnel du délire!... Pas moins de soixante vignerons de France et de Navarre et une programmation musicale et artistique à la hauteur de l'évènement. Sans oublier que vous pourrez trouver là, encore plus d'exemplaires de Tronches de vin, puisque Marie Rocher en personne, co-éditrice avec les Editions de l'Epure de "l'anti-guide", sera présente, assistée de l'ami Olif, venu de son lointain orient jurassien (en fait, il ne peut se passer de la Bretagne!) et de votre serviteur, disposés que nous serons bien sur, à délivrer quelques dédicaces, pour ceux qui le désirent.
Donc Hédé toi et le ciel t'Hédéra!... Des concerts, des spectacles, des démonstrations de cuisine... et carte blanche à Ronan Tablantec, le saltimbanque préféré des Vinicircussiens!... Sans oublier les Repas des vignerons, préparé le samedi soir par Rémi Fournier, du restaurant Chez Rémi, à Angers et le dimanche soir, par l'équipe du restaurant Le Bruit qui court, de Châteaugiron, bien entourés par les indispensables bénévoles.
On ne sait pas vraiment de quoi mai sera fait... mais pour avril, on tient le bon fil!











































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