La Pipette aux quatre vins

31 août 2018

"Le 31 du mois d'août"... et même le 5 de septembre!...

"Le 31 du mois d'août
Nous vîmes venir sous l'vent à nous
Une frégate d'Angleterre
Qui fendait la mer et les flots
Pour aller attaquer Bordeaux"

Cette chanson, bien connue des marins, commémore le combat du 31 août 1800 au cours duquel le corsaire Surcouf, qui commandait "La Confiance", captura le navire anglais "Kent", comptant à son bord quatre cents hommes d'équipage et armé de trente huit canons.

"Buvons un coup, buvons en deux,
A la santé des amoureux,
A la santé du roi de France
Et merde pour le roi d'Angleterre
Qui nous a déclaré la guerre!"

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Notre frêle esquif nommé Walsrode n'aura pas de telles arguments belliqueux, mais il doit nous permettre de mener à bien cette campagne qui s'annonce passionnante. Actuellement amarré dans la marina d'Agios Nikolaos, sur la côte nord-est de la Crête, il sera prêt à appareiller dès le premier week-end de septembre. Jacques, le skipper, alias Captain Ouzo selon la légende, sera à bord dès le 31 du mois d'août (hardi les gars!) et je le rejoindrai le 5 de septembre. Faire les pleins, avitaillement adapté et route pêche dès le 7 ou le 8, selon la météo du moment, bien sûr!...

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Il nous faudra donc mettre cap au nord, peut-être lutter contre le meltem, voire tirer des bords carrés... et pourquoi pas mettre le moteur en marche, afin de gagner notre première escale!... Voici ce que l'on pouvait lire ici-même en 2017, à propos d'une autre escapade programmée mais non aboutie, suite à divers contretemps et malentendus. Il n'y a guère de raisons d'en modifier le moindre mot, ou presque :

L'entrée en matière devrait être consacrée à Samos, grâce à Jason Ligas, qui est ici un peu chez lui. C'est l'île la plus proche de la Turquie. Ici, se côtoient l'hyper-tourisme et un arrière-pays souvent viticole. L'ouzo de Samos est bien connu, mais surtout le muscat, une production incontournable qu'on ne peut écarter d'un virement de bord inopportun. Il faut dire que Dionysos en personne, enseigna, semble-t-il, les secrets de la viticulture aux Samiotes. La déesse Héra, soeur et femme de Zeus, y aurait vu le jour. C'est aussi la terre natale d'Esope, bien connu pour ses fables et de Pythagore, célèbre pour son fameux théorème et ses tables de multiplication, mais aussi du philosophe Épicure, que l'on ne saurait blâmer!... Et là, certainement des richesses viti-vinicoles à découvrir.

DSCN0569_0Autre moment très attendu, avec le passage sur Icaria, située à dix mille nautiques de Samos, comme elle faisant partie des Iles du Nord de la Mer Égée. La légende précise que son nom viendrait du fait qu'Icare serait tombé dans ses eaux, pour s'être trop approché du soleil. Mais, c'est une île attractive à plus d'un titre. D'abord pour la réputation de ses vins, avant que le phylloxera ne survienne, dans les années soixante, mais aussi pour la richesse de sa flore et de sa faune (nombreuses espèces endémiques), l'humanisme de ses habitants, notamment pendant la guerre civile (1945-1949) et bien sur, la longévité des Icariotes, puisque cette île fait partie des cinq "zones bleues", ces endroits du monde où l'on compte une proportion bien plus forte de centenaires qu'ailleurs, avec la Sardaigne, une région du Costa Rica, Okinawa, au Japon et Loma Linda, en Californie. Côté vins, la journée passée sur cette île devrait nous permettre de découvrir le Domaine Afianes, un rendez-vous à ne pas manquer!...

Enfin, faisant fi, si possible, d'un timing serré et de la nécessité de composer avec la météo marine locale, un petit détour par Patmos est également programmé. Cette île fait partie de l'archipel du Dodécanèse. Elle est connue notamment pour son festival international du film et pour être aussi un lieu de villégiature de quelques stars du grand écran. Mais, c'est surtout là que se situe le monastère de St Jean le Théologien puisque, dit-on, c'est dans une grotte de cette île que l'Evangéliste y rédigea L'Apocalypse. Allez savoir!... Il nous sera donc possible d'y découvrir Patoinos, ou le Domaine de l'Apocalypse justement, une démarche globale mise sur pieds par des Gréco-Suisses, qui semble en tous points passionnante. Là encore, un rendez-vous très attendu avec le vigneron-oenologue du domaine, Dorian Amar.

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A l'instar d'Ulysse lui-même, il faut un jour prendre la route du retour. Il sera temps de mettre cap au sud et avant même de croiser au large de Santorin, prévoir peut-être une ou deux escales encore, à Astypalea et à Levitha, où dit-on, on peut apprécier le fromage du seul berger de l'île... Mais, peut-être est-ce une légende?...

Dans son dernier opus, Un été avec Homère, Sylvain Tesson écrit : "Il faut séjourner sur un caillou pour comprendre l'inspiration d'un artiste aveugle, vieux nourrisson allaité de lumière, d'écume, de vent. Le génie des lieux nourrit les hommes. Je crois à la perfusion de la géographie dans nos âmes." Tous ceux qui ont navigué ainsi entre les îles se souviennent sans doute qu'ils se sont laissés porter par leur imaginaire, à la vue de ces rochers tous différents, ces cailloux comme posés sur l'eau. On surveille la carte marine en veillant aux indications du sondeur, à ce que nous soufflent l'anémomètre et sa girouette en tête de mât, mais parfois l'attirence est trop forte. "Les instructions nautiques parlent d'un mouillage idéal..." Quelques minutes plus tard, on jette l'ancre à quelques encablures de la côte. Plus tard, au moyen de l'annexe du bord, on rejoint la petite plage dorée, puis le sentier bordé de buissons secoués par le vent et on gagne à pied la petite auberge quasi antique, qui propose cette cuisine locale inimitable.

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Au comble de ma rêverie, pour un peu, j'allais oublié ce message de Gianni Economou, qui me convie à une visite du domaine, du côté de Sitia, avant la fin de ce séjour aux couleurs incomparables. Une grande attente, en vue de la découverte de cette winery où naissent parmi les plus grands nectars, toute Grèce confondue!... Comment ne pas être comblé?...

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Retour au port, avant de reprendre un vol pour Nantes. Et peut-être quelques cartes postales, comme celle ci-dessus que j'adore. Cette fratrie qui nous vient de Mykonos. "Cette pièce?... Mais, elle est en ooorrr!..." Ça vous rappelle forcément quelque chose!... Des souvenirs de voyage, ils se bousculeront assurément, lorsque mon regard se portera sur les eaux éclatantes de la Méditerranée glissant sous les ailes de l'Airbus du retour. Mais, pas besoin de coups d'oeil dans le rétro pour se tisser une mémoire bleue, il suffit d'écouter le sable crisser sous nos pas... Alors, rendez-vous ici même dans quelques semaines, si vous voulez en savoir plus!... See you soon!

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12 août 2018

Languedoc : balade sur les Terrasses du Larzac

Depuis quelques années, les Terrasses du Larzac sont devenues une composante remarquable du vignoble languedocien. Depuis 2014, c'est désormais une appellation à part entière, connue pour sa situation géographique particulière et des amplitudes thermiques fort profitables à la production de jolis vins. Pas moins de trente deux communes du centre nord de d'Hérault sont concernées et, le moins que l'on puisse dire, c'est que le coeur de l'AOC (les environs de Montpeyroux, Saint Jean de Fos et Aniane) compte à lui seul une foule de talents, des vignerons "historiques" de la région aux néo-vignerons passionnés, capables de proposer quelques nectars sur à peine quelques arpents de terre.

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Source : www.terrasses-du-larzac.com

~ Mas des Fous, Laurent Parentini ~

Voici une découverte que je dois à Facebook!... Après un échange de messages, rendez-vous est pris lors d'un prochain passage. Ça tombe bien, un séjour à Brissac, près des gorges de l'Hérault, en ces derniers jours de juin particulièrement ensoleillés et chauds, va concrétiser cette éventuelle rencontre.

Laurent Parentini et sa compagne angevine Anne habitent Viols le Fort, un petit village au passé médiéval, entre Saint Martin de Londres, Argelliers et Puechabon, qui fait partie de la Communauté de Communes du Grand Pic Saint Loup, ce qui n'a pas empêché le vigneron de se tourner vers l'ouest et notamment Saint Jean de Fos pour trouver quelques vignes. Vigneron, il l'est à ce jour plus par passion, puisqu'il est aussi, à ses heures, professeur d'histoire et géographie dans un collège proche. Le Mas des Fous a été créé en 2012, sur la base des trois hectares actuels, achetés à un vigneron désireux de faire valoir ses droits à la retraite, mais qui ne voulait pas arracher ses vignes. Un joli sol de galets roulés pour le cabernet et le carignan, plus un substrat argilo-calcaire pour le grenache, le tout situé à Saint Jean de Fos, au coeur de l'IGP Saint Guilhem le Désert.

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Source : Le Mas des Fous

Il faut aussi noter que Laurent Parentini dispose également d'un hectare de blanc (grenache blanc et marsanne), dont les raisins rejoignent la cave coopérative locale, faute de matériel adapté et d'espace suffisant. Il faut dire que les locaux sont des plus exigus : le cuvier se situe dans un ancien fournil et le chai à barriques occupe une sorte de remise creusée dans le roc (le top pour ce qui est de la température et l'hygrométrie!), le tout appartenant à une bâtisse datant du XVIIè siècle. Les vignes sont en conversion bio depuis cette année, mais aucun engrais chimique ni herbicide n'est utilisé depuis longtemps.

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L'idée de la construction d'un local plus adapté fait partie des réflexions en cours, puisque si le nombre de bouteilles produites s'étale entre 1000 et 3400 jusqu'à ce jour, Laurent confesse qu'il doit récupérer une nouvelle parcelle, à proximité du village de Viols le Fort, sur des éboulis à 250 mètres d'altitude. Des vignes abandonnées depuis une dizaine d'années, qui pourraient bien ainsi échapper à la pression immobilière et ne pas se transformer en lotissement!... Ce qui serait une manière de revanche pour celui qui est bien issu d'une famille de viticulteurs, qui fit tout, en son temps, pour que ses enfants échappent à la terre et qui se demande encore si le représentant de la dernière génération n'est pas un peu... fou!... D'où le nom du domaine, chacun l'aura compris!...

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Au programme du jour, la dégustation de trois jolies cuvées se déroulant dans la bonne humeur!... Tout d'abord, Papach-Ros 2016, le rouge gorge en occitan. 60% de grenache et 40% de carignan, issus d'une vendange manuelle, foulée et égrappée. Macération traditionnelle séparée entre vingt et quarante jours, avec pigeage et remontage. Élevage en cuves pendant six mois, puis en bouteilles pour une durée de quatre mois environ. Une fraîcheur et un croquant épatants, des arômes de petites baies bien mûres, une délicate sucrosité, le tout contribuant à une belle longueur évoluant vers les épices douces.

Des caractéristiques proches pour Le Carignan ! 2016. Un pur carignan donc, issu de vignes plantées dans les années 80. Toujours la même fraîcheur, que l'acidité naturelle du cépage renforce peut-être, sans compter cette expression dominante sur la cerise noire. Les tannins souples et fins confirment une bonne impression d'homogénéité et de générosité. Enfin, Petits Grains 2015, que l'on peut qualifier de plus ambitieux, du fait de son élevage en barriques de deux ou trois vins durant pas moins de dix-huit mois, mais qui restitue aussi une belle fraîcheur. Du cabernet sauvignon très mûr à 80%, avec 10% de carignan et 10% de grenache. Une certaine complexité qui se révèle, soulignée par une longue finale poivrée et épicée des plus agréables. Au final, un Petits Grains 2013, 80% cabernet sauvignon et 20% de grenache, qui montre de belles qualités également, tout en démontrant au passage à quel point ces vins du Languedoc ont cette capacité à défier le temps, mais aussi à se laisser apprécier dès leur prime jeunesse. Voilà donc des vins qui peuvent se glisser dans de belles sélections régionales, mais aussi dans la cave des amateurs friands de quelques nectars surprenants, malgré une notoriété en devenir, qui ne manquera d'être encouragée par des cavistes astucieux, voire visionnaires. Suivez mon regard!...

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~ La Jasse Castel, Pascale Rivière ~

Une suggestion de Laurent Parentini, qui effectua naguère quelques stages au domaine. Celui-ci appartient à Pascale Rivière, qui le créa il y a vingt ans à Montpeyroux. Ex-professeur en matière de commerce international, journaliste à ses heures, elle se lança dans cette aventure en 1997, avec 2,5 ha. Depuis, le domaine a atteint une douzaine d'hectares et un nouveau bâtiment fonctionnel a été construit voilà peu sur la route de Gignac, à Saint Jean de Fos.

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Pascale Rivière, un petit bout de femme qui puise son énergie dans ses vignes. Forte d'un apprentissage et d'une expérience accumulée au fil des années (elle a notamment travaillé auprès de Sylvain Fadat), elle a gardé une âme d'aventurière, mais donne volontiers la priorité au partage de tout ce qu'elle a pu apprendre, avec en premier lieu, un libre arbitre efficient. On devine très vite qu'elle ne s'en laisse pas compter, surtout par les sornettes en tout genre ou les effets de mode. Ce qui ne l'empêche pas d'être tentée par certaines nouveautés, comme le travail avec la terre cuite et donc des élevages en jarres, malgré quelques doutes ultimes, qui sont peut-être inscrits dans ses gênes. Il faut dire que pour ce qui est de la poterie, Saint Jean de Fos peut être considéré comme un centre important, puisqu'il y existe une association de potiers et de nombreuses boutiques mais, curieusement, personne ne s'est lancé dans la fabrication d'amphores et autres contenants, pourtant largement utilisés chez les vignerons du cru, mais venant d'Italie ou d'Espagne, voire d'autres contrées lointaines.

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La Jasse Castel (bergerie en occitan et Castel, nom d'un ancien propriétaire de la dite bergerie), domaine en culture biologique depuis 2008 (Ecocert) est morcelé en diverses parcelles, profitant ainsi de la grande variété des sols du secteur de Montpeyroux : galets roulés près de l'Hérault, argiles, sables, cailloutis sur les hauteurs du Causse, avec des sous-sols plus ou moins calcaires et parfois des marnes. Le Causse, avec ses 350 mètres d'altitude fait la fierté de la vigneronne. "Ces vignes sont les plus hautes de l'appellation! Plus hautes que les Cocalières de Sylvain Fadat!..." précise-t-elle avec humour. En 2009, elle y a planté six cépages blancs : grenache blanc, carignan blanc, roussanne, chardonnay, mais aussi chenin et petit manseng!... Depuis, est apparue une cuvée, El Abanico, qui se révèle être un véritable défi. L'ensemble est vendangé le même jour, ce qui a pour conséquence de réunir le plus souvent deux cépages en sous-maturité, deux autres à pleine maturité et les deux derniers en surmaturité. Ou la recherche de l'équilibre improbable, défi à la cuisine de qualité!... Le millésime 2016 (cette année là, tout fut vendangé avant le 13 septembre, veille de pluies diluviennes annoncées) se révèle intéressant, mais la vinification en barriques d'un vin de chez François Frères lui confère un style et une expression légèrement toastée. Mais que voulez-vous, la vigneronne aime ça!...

36374533_10216523203970577_8579973751091757056_nUn second blanc, L'Egrisée 2017 (la poudre de diamant utilisée par les joailliers) est un blanc de cuve, avec une base de grenache blanc, plus un peu de carignan blanc et de la roussanne. Une jolie fraîcheur, qui peut convenir à tout un menu, de l'apéritif au fromage.

Du côté des rouges, on dénombre pas moins de cinq cuvées, qui composent une gamme très homogène. En premier lieu, Tutti Frutti 2017, le rouge léger gourmand à souhait, qui vient de remplacer le traditionnel rosé du domaine, avec une base de cinsault et de grenache. Ensuite, La Pimpanella 2017, la pivoine en occitan ou la femme dégourdie du côté de Toulouse!... Grenache, syrah et cinsault pour une cuvée identitaire très Languedoc.

La Jasse 2016, en AOP Terrasses du Larzac, est proposée sur une base de syrah issue d'un sol argileux, sur un sous-sol très calcaire, élevée en barriques de deux vins. Un grenache de cuve et un peu de vieux carignan viennent apporter de la complexité à ce vin sans fard, plutôt dans l'air du temps languedocien. Bleu Velours 2015 est un assemblage issu de toutes les vignes de Montpeyroux. Syrah, grenache, carignan et cinsault sont vinifiés ensemble et élevés dans des barriques de trois à cinq vins. Du volume et une volupté recherchée, d'où le choix de son nom, même si le vin n'est pas dénué d'élégance et d'une certaine fraîcheur. Enfin, Les Combarioles 2015, en Terrasses du Larzac également, dans un esprit très grenache mûr, avec 25% de syrah passée en barriques. Le grenache reste en cuve et le tout est élevé pendant quinze mois environ. Une belle restitution d'un terroir de graviers très filtrants, sur un support calcaire. La plantation de ce grenache s'étant faite en deux phases : 71 ares en 2002 et 60 ares en 2007.

Une gamme qui s'est donc construite sérieusement, avec le temps, mais on n'imagine pas Pascale Rivière se lancer dans de quelconques élucubrations viniques. Parce qu'elle sait sans doute que les amateurs la connaissent pour une forme de sérieux et qu'elle accepterait sans doute difficilement que cette production féminine soit taxée d'approximations. Son métier, elle a certes envie d'en partager les mystères et les bons côtés, mais elle semble exprimer le fait que cela reste une sorte de combat au quotidien, ou la solidarité est souvent virtuelle. Cette solidarité, plus féminine à ses yeux, qu'elle retrouve sans doute dans l'association Vinifilles, "un bataillon au féminin engagé dans la viticulture en Occitanie", dont elle est une des animatrices et fédérée depuis 2009. A l'heure où l'engagement pour telle ou telle cause est vite dénigré, voire moqué, on peut être rassuré de croiser le chemin de telles personnes.

04 août 2018

Languedoc : balade en terre de Sommières

En fait, nous voici aux confins du Languedoc et de la Provence. Il suffit de franchir le cours du Vidourle pour passer, historiquement d'une province à l'autre. Le vigneron que nous rencontrons ce jour, Robert Creus, habite justement du côté de Salon de Provence, aux portes de la Crau, mais ses vignes sont dans les alentours de Sommières. Il a de longue date une démarche singulière, lui qui fut d'abord un amateur passionné de dégustation, mais qui en compagnie de son père, se lança un jour de 1996 dans la production de vins à son image, histoire de mettre en application ce qu'il préconisait parfois, verre en main. En clair, des vins naturels issus de vieilles vignes guère exploitables pour le commun des vignerons du coin.

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~ Terre Inconnue, Robert Creus ~

Il faudrait presque parler de terres inconnues et éparses, puisqu'il s'agit en fait d'une dizaine de petites parcelles pour environ quatre hectares, éparpillées sur trois ou quatre communes de ce terroir de Sommières si particulier, avec sa dominante calcaire apte à restituer une expression si originale, pour peu qu'on le laisse s'exprimer. C'était le but premier de Robert, lorsqu'il procéda à cette sélection parcellaire : vivent les vignes libres!... Plus d'engrais depuis 1996, pas le moindre traitement depuis 2015 (ni bio, ni biodynamie). Objectif : l'auto-protection de la vigne à terme, à l'image de ce qui se passait jadis dans la nature, lorsque la plante poussait dans la forêt. Pour exemple, cette syrah sursaturée d'engrais lors de son achat, capable de produire trente à quarante grappes par pied qui, après quatre ou cinq ans et autant de vendanges en vert, ne propose désormais que quatre ou cinq grappes, avec tout ce que cela suppose de qualités.

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Non loin de Restinclières, une première parcelle au bord d'une route passagère. Deux mille pieds pour 20 ares de serine venant de St Joseph (Alain Paret), l'ancienne syrah qui existait avant le phylloxera. Un espace lumineux, ouvert sur un paysage de collines, avec une orientation nord. Comme pour les autres parcelles, la météo du début juin a dopé la pousse de l'herbe et le prochain passage du vigneron se fera à la débroussailleuse.

A Saint Geniès des Mourgues, à quelques encablures, tout d'abord un carignan cinquantenaire sur une trentaine d'ares, dans un écosystème protégé. La conduite en gobelet est de loin la préférée du vigneron. Bien sur, l'éparpillement de ces petites parcelles a un avantage certain en cas de grêle, celle-ci frappant le plus souvent de façon très localisée.

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Sur la même commune, mais à distance, d'autres secteurs dont vingt ares de tempranillo dans une végétation herbeuse touffue, qui interpelle Robert quant à l'urgence de son intervention. Mais, une autre chose ne manque pas de l'étonner cette année : malgré tous les échos de mildiou, cette vigne n'est absolument pas touchée par les maladies, alors que ces dernières années, elle était la première à souffrir de diverses attaques. Va comprendre, Charles!... Non loin de là, vingt ares encore d'un carignan plutôt en bas de pente.

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Enfin, à quelques kilomètres à peine, deux très belles parcelles, dont une sur un joli coteau (voir en haut) et vingt ares encore d'un très vieux carignan planté pendant la Seconde Guerre Mondiale, tout entier destiné à la cuvée Léonie, "gérée comme à l'époque, sans la moindre chimie"!... En moyenne, cette vigne ne permet de produire qu'entre 300 et 600 bouteilles chaque année. Un nectar des plus rares!...

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Chacun l'aura deviné, la dégustation des vins de Robert Creus nous transporte aisément en... Terre Inconnue!... Curieusement, le vigneron compose une gamme pour laquelle on ne peut pas donner de hiérarchie, avec l'impression étonnante que l'ordre de passage n'a pas vraiment d'importance, si ce n'est pour les deux oxydatifs que l'on destine au final. C'est peut-être bien là donner un sens au vin que l'on propose, surtout lorsqu'il exprime toutes les qualités de son terroir, en toute liberté.

La cloche de l'église du village sonne au moment où nous prenons possession de nos verres (un signe?), on commence avec Guilhem 2015, 40% grenache, 40% merlot, 10% carignan et 10% tempranillo, assemblage pour le moins original. Il s'agit en fait de la réunion de certaines parcelles qualitatives. Des baies noires au nez, des notes d'épices douces et une fraîcheur notoire en bouche, malgré une mise récente, à la mi-juin. Un vin plein, gourmand et délicat. Une entrée de gamme peu commune, succédant à la cuvée Les Bruyères (90% carignan élevé en cuve), qui n'est plus proposée, du fait notamment des difficultés de production, dans un contrebas inondable. Pour le fun, nous continuons avec Rosemary 2015, 80% merlot et 20% grenache, la cuvée proposée par l'un des complices de Robert Creus, en la personne de Mark Ratcliffe, sujet britannique présent à St Cômes et Maruéjols pendant l'été. On imagine aisément les joyeuses soirées dans la campagne gardoise avec un tel nectar!...

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Nous passons ensuite à Léonie 2012, 100% carignan, "un cépage tardif et acide" rappelle le vigneron, issu d'un sol argilo-calcaire qui, depuis qu'aucun engrais n'est utilisé, souligne cette acidité garante de fraîcheur. A suivre, deux exemples qui évoquent la typicité même du domaine et son originalité : Los Abuelos 2011 (les grands parents), avec son étonnant nez d'agrumes (pomelos) et une attaque d'une fraîcheur remarquable. En fait, ce vin possède une acidité de blanc issu d'un terroir calcaire. Il est en place à ce stade, malgré un évident potentiel de garde. Los Abuelos 2015, 100% grenache comme le précédent, révèle un nez de pamplemousse épatant. 14 à 15° nature et une fraîcheur septentrionale!... On rêve d'une belle cuisine de qualité pour se confronter à de telles bouteilles, y compris auprès de poissons et crustacés, peut-être à l'espagnole, s'appuyant sur toute la complexité aromatique du vin (notes de fraise, de chocolat...).

De nouveau, la cloche sonne. C'est l'angélus! Avec Sylvie 2008, voici une cuvée composée de syrah et de serine. Solide, délicatement tannique et des notes de vanille, en provenance du terroir, avec la tendance très fraîche du millésime. Là encore, un élevage prolongé, dans des barriques remontant parfois à 1996. Ensuite, nous passons à Los Abuelos 2005 oxydatif, resté sous voile pendant cinq ans. Un joli équilibre très évocateur, suggérant le cigare et les sauces au chocolat, magnifié par le terroir calcaire. "C'est une richesse ce calcaire! En France, nous possédons 70% des sols calcaires du monde entier!..." Pour finir, Los Abuelos 2005 oxydatif également, mais resté sous voile pendant dix ans, avec de délicats arômes de chocolat et une complexité incroyable. Sans doute, un vin qui rejoint dans l'imaginaire gustatifs des amateurs, les grands Xérès, oxydatifs expagnols dont Robert est fan. Là, un bon cigare s'impose!...

Malgré des ventes régulières en Belgique, en Grande-Bretagne et aux États-Unis, Robert Creus disposera bien de quelques bouteilles, si vous passez par Saussine, ou peut-être Vic le Fesq, commune où se situe son chai. Et même après le millésime 2017, absolument catastrophique, puisque le gel printanier destructeur a anéanti 90% de la récolte!... Sans compter les vendanges tardives du fait du manque d'eau pendant l'été et une maturité peu académique... Au final, 300 kg de vendanges qui composeront peut-être une sorte de passetoutgrain façon Terre Inconnue!... Néanmoins, le domaine propose des vins dont l'approche artisanale et artistique est certaine. D'aucuns diront peut-être qu'on ne sort pas indemne de la dégustation de ces cuvées, mais pour notre plus grand plaisir, leur dimension culturelle étant certaine. Tous les fans vous le diront!...

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~ Emrys, Jean-François Driutti ~

Autre "disciple" de Robert Creus, un passionné habitant Gallargues le Montueux, dans le Gard. En plus de sa pleine activité de kinésithérapeute, Jean-François Driutti s'est trouvé quelques vignes, au total 94 ares en deux parcelles et le Domaine Emrys est ainsi né en 2012. Le but étant de proposer des vins naturels, en laissant libre cours au terroir et en s'appuyant sur une vinification traditionnelle et particulièrement attentive. En fait, du cousu main!... Au point qu'en 2017, on peut même parler de dimension artistique!...

Emrys, c'est Merlin l'Enchanteur des légendes celtiques, parce que pour le vigneron gardois, la fabrication du vin a quelque chose de magique. Lorsqu'on se met à presser des raisins, on s'en remet un peu à la baguette magique de notre feeling. Et il n'est pas certain que la volonté absolue de vouloir tout maîtriser de A à Z soit le meilleur moyen de produire les suprêmes nectars. Certes, au final, on est parfois en deçà de l'objectif qualitatif que l'on se fixait, mais d'autres fois, dès l'ouverture de la bouteille, on sait qu'on pénètre un autre monde...

36307620_10216508522843558_5615002576480108544_nDeux parcelles donc. Une première de syrah, sur un terroir calcaire genre tuffeau à Salinelles et une seconde de grenache sur l'argilo-calcaire de Saint Christol. Parfois, quelques grappes d'autres cépages, proposées par un ami, viennent compléter la vendange. Le plus souvent, les rendements se situent entre 9 et 25 hl/ha au mieux, le choix d'une taille courte explique aussi cela. A la vendange, sélection attentive des grappes selon la maturité des rafles, égrappoir-fouloir manuel. La cuvaison se fait partiellement en grappes entières. Les fermentations sont lentes, la macération durant de trois à quatre semaines. Le plus souvent, la durée d'élevage, en barriques usagées, est d'une dizaine de mois. Le pressoir est également manuel. Bon an mal an, la production se situe entre 600 et 1800 bouteilles, mise, bouchage et étiquetage manuels, comme il se doit. Rigoureusement artisanal!...

Côté vins, les cuvées se nomment Hocus et Pocus. Au fil du temps et s'il fallait les qualifier d'un mot, le vigneron les voit ainsi : Hocus 2012, 100% syrah, une première mais puissance extrême. Hocus 2013, 80% syrah et 20% grenache, sur la fraîcheur. Hocus 2014, 80% syrah et 20% merlot : finesse. Pocus 2014, 80% merlot et 20% grenache : gourmandise. Hocus 2015 (80% syrah et 20% grenache) ainsi que Pocus 2015 (80% merlot et 20% grenache) : complexité convient à ces deux cuvées qui'l faut désormais savoir attendre. Hopus 2016, 50% syrah, 35% grenache et 15% roussanne : gourmandise!... Un opus qui nous emmène sur quelque chose d'autre... Un mourvèdre 2017 dont se serait emparé la fée Morgane, à moins que ce ne soit Viviane... Mais, pour ça, laissons la parole à Julie, l'épouse de Jeff, qui a pris en charge ces raisins avec passion : "Le mourvedre, c'est la dernière parcelle vendangée. Les rafles et les baies étaient bien mûres, la couleur était parfaite, le millésime était prometteur. J'ai donc tenté une vendange entière, pour gagner en souplesse et en structure. Puis j'ai pris le risque d'une macération longue de trois mois en cuve.  Comme à notre habitude, nous avons pressé le raisin à la main, au pied et au pressoir manuel. L'élevage était de huit mois en cuve, les tanins se sont polis naturellement avec le temps je ne l'ai donc pas passé en fut." On attend avec impatience ce nectar!...

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31 juillet 2018

Stéphane Gros, Le Champ des Barbiers, Argelliers (34)

L'été venu, il fait bon écouter les cigales et marcher dans l'argile des vignes languedociennes. Ciel bleu, chaleur, l'été du Sud, quoi!... Pourtant, à Argelliers (prononcez Argellierses), nous sommes dans un endroit assez particulier, du point de vue climatique. Un petit flash-back vers un article paru ici en 2014, ou une consultation des pages 200 et 201 de Tronches de vin n°2 vous permettra de reprendre contact avec cette terre aride et difficile, où naguère on ne trouvait que moutons et charbon de bois. Mais Frédéric Porro, le beau-frère de notre hôte du jour, a démontré, avec sa compagne Stéphanie Ponson que, lorsque les difficultés liées à la météo locale étaient moins cruelles, il est possible de produire sur ces terres, des vins très identitaires du Languedoc, mais bourguignons dans l'esprit. Bienvenue au Champ des Barbiers qui, selon la légende, permettait jadis aux coiffeurs et barbiers du village de venir prélever ici les fleurs qui leur étaient utiles!...

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A l'instar de son beau-frère, Stéphane Gros est d'une nature discrète et humble. Si ce n'était les compétences d'Alexandre Pons, ès-qualité de dénicheur de nectars, voici un domaine qui passerait inaperçu. D'ailleurs, le vigneron est presque surpris qu'on s'interresse à lui!... Ses vrais débuts remontent à 2007, sous l'impulsion de Frédéric Porro. Avant, son père était coopérateur et vendait sa vendange en l'état. Au moment de prendre sa retraite, ce dernier cache mal son amertume, à voir toutes ces vignes arrachées. C'est ainsi que le fils décide de se lancer dans l'aventure.

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Il faut dire que la propriété possède quelques belles parcelles de vigne et qu'après une restructuration attentive, elle compte aujourd'hui pas moins de onze hectares, y compris les derniers plantiers de l'année. On dénombre notamment 60 ares de chardonnay, 40 de viognier, 80 de sauvignon et 40 de vermentino, plus 50 ares de sauvignon, 50 de grenache blanc et 60 de vermentino plantés en 2018, pour les blancs. Du côté des rouges, 1,5 ha de syrah, 70 ares de vieux cinsault, 40 de grenache et 40 de cinsault plantés cette année, mais aussi, 1,16 ha de grenache, 1 ha de cabernet, 35 ares de tempranillo et 50 ares de mourvèdre que l'on découvre en s'engageant dans un chemin de randonnée, permettant d'accéder à la parcelle dite de Fondelette, surnommée le Petit Nice par les habitants du cru, puisqu'elle n'est jamais touchée par le gel, chose rare dans cette région!...

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D'ailleurs, Stéphane Gros nous emmène ensuite à la sortie du village, sur la route de La Boissière, où il possède une parcelle de 70 ares d'un vieux carignan planté en 1970 (ainsi que 30 ares d'ugni blanc) particulièrement ravagée par la gelée du printemps 2017. Au point qu'il envisage de l'arracher purement et simplement, au vu des contingences climatiques touchant encore plus fortement cette coulée, parfois parcourue d'un vent glacial de nord.

Il faut dire que ce terroir, argilo-calcaire tendance calcaire, usant pour les outils, dont on pourrait louer les qualités, du fait notamment de ces grandes amplitudes thermiques, y compris estivales (il faisait 7° le matin du 23 juin dernier!), est une source d'inquiétude pour les vignerons, au point qu'il est nécessaire, certaines années, de trouver des ressources insoupçonnées pour faire face au découragement. Malgré la faible distance, il n'est pas rare de constater, au petit matin, deux à trois degrés de différence avec le village situé sur la crête proche. Ainsi, en 2017, le vigneron a perdu là 90% de ses blancs et au moins 50% des rouges!... Au chapitre des difficultés diverses, il faut ajouter que le village est situé en "zone noire" pour les sangliers, qui ne manquent pas de prélever la vendange, lorsqu'elle est à leur goût!... Au point que dès cette année, la plupart des parcelles seront clôturées, afin d'éviter toute intrusion de ces mammifères quelque peu envahissants.

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L'ensemble est travaillé en agriculture biologique depuis des années, la plupart des parcelles étant plantées à la densité de 5000 pieds/hectare. Les cuvées sont proposées en IGP Pays d'Hérault plutôt qu'en Pays d'Oc, qui n'accepte pas le tempranillo, mais il n'est pas impossible que ces vins rejoignent avant longtemps l'AOC Terrasses du Larzac, très en verve en ce moment. Le plus souvent, il s'agit d'assemblages, sauf pour le tempranillo et le mourvèdre l'an dernier.

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Côté dégustation, la mise en bouche se fait grâce au blanc Les Nigelles Rescapé 2017!... Une cuvée rarissime, mais qui rappelle que quelques raisins sont là pour évoquer les difficultés de ce métier. Le vigneron, navré de ne disposer que de quelques grappes, a finalement ramassé tous les blancs ensemble et les a pressés dans une sorte de "passetoutgrain" fort agréable, à la jolie finale saline, particulièrement sapide. Pas plus de six hectolitres au final, alors qu'une année normale permet d'en produire quatre vingt au minimum!...

36284663_10216499852146796_6569353195938643968_nA suivre, Les Nigelles 2016, avec une base de 60% de sauvignon, 20% de chardonnay et 20% de viognier, mais sans exubérance aromatique, un joli équilibre et une belle fraîcheur. Notez qu'ici, les vins sont non filtrés, non collés et sans intrants divers et variés.

Au chapitre des rosés, signalons Les Beaux Jours 2017, 50% grenache et 50% cinsault, dans un style rosé de pressurage, mais sans que ce soit la règle tous les ans, puisque le millier de bouteilles n'est pas forcément proposé chaque année. Un vin de l'été, comme le suggère son nom.

A signaler également, L'Esprit Libre 2016, catégorie rouge léger que l'on peut volontiers rafraîchir : 50% grenache, 30% cinsault, 10% mourvèdre et 10% syrah, là encore un assemblage qui s'adapte à chaque millésime et qui se destine notamment aux bars à vins. Bien sur, on ne peut ignorer Solitaire 2016, le 100% mourvèdre (du Petit Nice!), issu d'une vinification traditionnelle (c'est le cas pour tous les rouges), avec un pigeage doux une fois par jour (sauf une syrah qui bénéficie d'un remontage ou d'un délestage si nécessaire) et une macération d'environ trente jours.

Une jolie découverte estivale, mais au mois d'août, ne vous précipitez pas, car c'est pour Stéphane Gros le temps des vacances, qu'il passe en famille en Espagne, au sud de Valence où, entre beaux-frères, ils ont planté des agrumes de toutes sortes!... On se demande d'ailleurs, si le Petit Nice ne pourrait pas devenir un jour le Petit Menton!... Affaire à suivre!...

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03 juillet 2018

Viens planter ton cep!...

Voilà une façon très pacifique de célébrer le 18 juin, mais aussi de passer à l'action!... En tout cas, de joindre l'utile à l'agréable, même pour ceux qui sont peu habitués aux travaux des champs et des vignes. Heureusement, les membres de l'association Les Vignes de Nantes, notamment la plupart des meilleurs producteurs de Muscadet étaient de la partie. En ce lundi pluvieux, il s'agissait donc de planter une parcelle préparée à l'avance, dans le secteur des Houx, appartenant aux Domaines Landron.

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Comme on peut le deviner, une telle plantation obéit à quelques règles. Le vigneron ayant choisi une densité, les cordeaux sont disposés à une distance précise et les espaces entre chaque plant doivent être respectés. Chacun prend possession des plants qu'il a achetés (la somme récoltée revenant à l'association Do It Your Sel, qui accompagne le polyhandicap), s'équipe d'une "bicyclette" (un curieux instrument qui n'a rien à voir avec le Tour de France!) et de tuteurs. Pour cette occasion, nous faisons équipe avec Jacques Peneau, bien connu pour son blog Bonum Vinum et nous nous partageons ce matériel.

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Sous les yeux avisés (et vigilants!) de Jérôme Bretaudeau, Julien Braud et Gwénaëlle Croix (Domaine de la Pépière) notamment, nous parvenons à faire les trous calibrés voulus, même si parfois, la roche n'est pas loin de la surface (vous avez dit terroir?), mettre les plants dans la bonne position (il s'agit d'amorcer ou d'imaginer la forme future du cep sur le rang), reboucher avec la terre extraite, tasser un peu, planter le tuteur. Et hop! Dans trois ans, le vin obtenu s'appellera "La Cuvée des Vignes de Nantes" et sera vendue aux enchères au profit d'une association. Une initiative qui sera répétée chaque année chez un des dix-huit vignerons de l'association crée en 2011, à l'initiative de Fabien Chéneau, Marie Chartier-Luneau et Christophe Hu.

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Et comme, dans ce genre de circonstance, tout finit par... un cochon grillé, tous les professionnels et assimilés se retrouvaient au port de La Haie Fouassière, sur les bords de la Sèvre Nantaise, qui servait naguère au transport du sable, de la chaux, de la fouasse (que l'on dit volontiers vendéenne, mais on admet qu'elle puisse avoir donner son nom à cette jolie bourgade du vignoble nantais!) et du... vin bien sur. Il était donc ainsi possible de refaire ses gammes, ou d'apprécier à leur juste saveur tous les Muscadets proposés ce jour-là, dont nombre de "crus communaux", désormais au nombre de dix (Clisson, Gorges, Le Pallet, tous trois reconnus en 2011, Goulaine, Château-Thébaud, Mouzillon-Tillères, Monnières-St Fiacre, La Haye Fouassière, Vallet et le petit dernier Champtoceaux, en partie sur la rive droite de la Loire, ces sept en cours de reconnaissance) pour lesquels on ne dira jamais assez qu'ils devraient être présents dans toute bonne cave qui se respecte et sur les tables de tous les gourmets, dans bien des occasions. Belle journée et un grand merci aux organisateurs!...

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19 juin 2018

L'Envolée du Saumur Puy-Notre-Dame : une journée bien arrosée!...

La météo de ce printemps 2018 est un mystère!... A moins qu'elle ne nous éclaire quant à notre futur?... Certes, nous avons tendance à oublier ce genre d'épisodes ne datant que de quelques années (1998?), mais faire le constat que tout le pays, ou presque, est à ce point sous le joug de "gouttes froides" générant des flux d'orages et de pluies diluviennes a de quoi surprendre. Dans certains départements, le record du nombre d'impacts de foudre a été largement battu. Chaque jour, nous arrivent des informations évoquant des pluviométries locales exceptionnelles, des chutes de grêle parfois dantesques et fatalement des dégâts pour l'agriculture, l'arboriculture et bien évidemment la viticulture. Alors que chacun pouvait se réjouir d'avoir évité les sinistres matinées de gel printanier, voilà que d'autres craintes surviennent... y compris pour les organisateurs d'une sympathique journée de découverte, comme l'Envolée du Saumur Puy Notre-Dame, qui espéraient mieux, tant la campagne ponote mérite le détour, tout autant que ses vins!...

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Pour ma part, j'ai pu découvrir les vins de ce nouveau "cru" par le biais de dégustations, dans le cadre des Greniers Saint Jean notamment, des cuvées proposées par Aymeric Hilaire et sa compagne Mélanie. Depuis 2013, ce dernier m'invite à venir découvrir cette nouvelle vague de vignerons (et de vigneronnes!) qui animent ce petit coin du Saumurois. Car, en effet, au-delà de cette dynamique de cru, née de l'obtention de l'AOC Saumur Puy Notre-Dame fin 2009, sous l'impulsion notamment de Philippe Gourdon, du Château de la Tour Grise, est apparue une nouvelle génération venue d'ailleurs, forte d'expériences professionnelles diverses et animée par une envie de proposer de très beaux cabernets francs (et quelques chenins aussi, voire divers pet'nat'!). Avec de plus, la possibilité certaine de mettre en valeur de très beaux terroirs.

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Le Puy Notre-Dame est avant tout une petite cité historique, dont l'origine remonte à la présence d'une église romane dédiée à Marie (1123). A la fin du XIIè siècle, Aliénor d'Aquitaine fit construire l'église Notre-Dame sur l'emplacement de la précédente. Il s'agissait alors d'une petite ville protégée par des remparts, mais qui fut saccagée au XVIè pendant les Guerres de Religion, après avoir été occupée par les Anglais au XIVè, pendant la Guerre de Cent Ans.

Aujourd'hui, si ce village conserve quelques traces de ce riche passé historique, il est devenu le support d'un "cru du Saumurois" réunissant dix-sept communes du Maine et Loire, plus cinq autres situées dans le département de la Vienne, tout proche. Les parcelles, sur des sols majoritairement calcaires (éocène, jurassique et argilo-sableux du Turonien), situées entre 50 et 105 mètres d'altitude environ, appartiennent à une vingtaine de vignerons, dont la moitié environ en agriculture biologique ou évoluant vers celle-ci. Cette altitude permet de mettre l'appellation à l'abri de l'essentiel des gelées printanières. De plus, le massif des Mauges, à quarante kilomètres plus à l'ouest, dévie ou stoppe une bonne parties des pluies océanes.

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Comme indiqué ci-dessus, Philippe Gourdon, en compagnie de Bruno Albert, alors président du syndicat et à la retraite lui aussi désormais, a posé les fondations de cette nouvelle AOC/AOP. Ils ont donc obtenu la possibilité de faire valoir toutes les qualités d'un terroir, au bout de longues années de lutte, d'autant plus que cet inévitable combat (rien n'est simple dans notre beau pays!) long d'une trentaine de millésimes, n'était pas gagné d'avance, puisqu'il s'agissait d'une création et non pas d'une promotion. Et pour donner du sens à tout cela, celui qu'on surnomme le "Géo Trouvetout du vignoble" a lui aussi passé la main (dernier millésime en 2014), en partageant son domaine d'environ vingt-cinq hectares en quatre entités, afin que quelques jeunes néo-vignerons puissent montrer à l'avenir de quoi ils sont capables.

Parmi les animateurs de cette nouvelle vague saumuroise, Guillaume Reynouard, du Manoir de la Tête Rouge (président du syndicat) et Aymeric Hilaire, du Domaine Mélaric sont ceux qui parlent sans doute le mieux de cette "fièvre ponote" et de cette terre à nulle autre pareille, dans laquelle le cabernet franc (et un peu de cabernet sauvignon à hauteur de 15% maxi) exprime des qualités de fruit et de structure hors du commun. Il faut dire que le contenu du décret du 12 octobre 2009 montre un degré d'exigence rare, auquel la nouvelle génération adhère sans réserve.

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Sans entrer dans le détail, il faut savoir que chaque année, les vignerons doivent engager leurs parcelles auprès du syndicat dès le début d'année, afin de revendiquer l'AOC. Les grandes lignes tiennent dans un rendement de 50 hl/ha (au lieu de 57 pour les Saumur rouges), un dédoublement obligatoire (supprimer le contre bourgeon qui donne un rameau supplémentaire), plus un désherbage total interdit, accompagné d'un labour obligatoire au milieu du rang, ainsi qu'un maximum de sept yeux sur le cep. Ainsi, début juillet, le syndicat organise un tour des parcelles engagées, qui sont alors confirmées ou pas. Densité de plantation, 4500 pieds/ha minimum, le titre alcoométrique volumique naturel minimum est de 12%. Enfin, les vignes doivent avoir au minimum trois ans, pour produire du Puy Notre-Dame et la durée d'élevage doit atteindre huit mois.

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Cette zone du Saumurois fut longtemps plantée majoritairement de chenin, puis, à partir des années 50, une forte demande de rosé de cabernet (pour la tarte aux fraises!) imposa le retour de ce cépage, que l'on appelle souvent le breton dans toute cette région, avec enfin une nouvelle tendance vers les rouges à compter de 1975 environ. A propos, n'hésitez pas à consulter le travail d'Henri Galinié, historien présent lors de cette journée, dont le blog Cépages de Loire est absolument passionnant, avec un travail étonnant sur les noms de cépages, notamment ceux qui ont disparu ou extrêmement rares.

Désormais les noms à suivre sont David Foubert, Pauline Mourrain et Laurent Troubat, Emmanuel Haget ou encore Thibault Stéphan et Jonathan Maunoury, en plus de ceux cités plus haut, sans oublier le Château de Fosse-Sèche, cher à Guillaume et Adrien Pire, voire d'autres encore qui pourraient élire domicile dans le secteur. D'ailleurs, vous êtes conviés à la 2è édition du Salon des vignerons bio du Puy Notre-Dame, qui doit s'y dérouler Place de la Collégiale le 2 juillet prochain.

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En tout cas, rendez-vous est pris pour une nouvelle visite au coeur de l'été, afin de découvrir ces domaines et leurs terroirs dans le détail et ainsi, les évoquer ici-même! A bientôt, au Puy Notre-Dame!...

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12 juin 2018

St Emilion : de Côte en Côte!...

Personne ne peut ignorer à quel point le vignoble de Saint Émilion est multiple et varié. Ce qui en fait tout le charme certainement. Qui plus est, fort d'une cité médiévale et d'une juridiction inscrites au Patrimoine mondial de l'humanité par l'UNESCO depuis 1999. Selon les critères retenus par cet organisme, elle constitue "l'exemple remarquable d'un paysage viticole historique qui a survécu intact" et "illustre de manière exceptionnelle la culture intensive de la vigne à vin dans une région délimitée avec précision." C'est un ensemble de huit villages organisés et unis dès le Moyen-Âge autour de la commune libre de Saint Émilion (dixit Wikipédia). Pas moins de 5400 hectares (les AOC St Émilion et St Émilion Grand Cru), regroupant près de huit cents propriétés, entre Libourne à l'ouest et Castillon la Bataille à l'est, la Dordogne au sud et la Barbanne au nord. Croix de Labrie serait un des plus petits domaines (2,5 ha), quant à savoir quel est le plus grand par la superficie, c'est une autre histoire!...

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Curieusement, alors que l'on parle de "fièvre du bio", ici comme ailleurs dans le Bordelais, il se trouve pourtant des propriétés qui font ou qui ont fait machine arrière!... Parce que le défi, même après plusieurs années, implique que la prise de risque, pour certains, est toujours trop importante à leurs yeux, surtout avec les paroles encourageantes des vendeurs de produits phyto-sanitaires!... Un peu comme pour une grappe de raisin, les domaines voisinent, se touchent, font partie d'un tout, mais finalement chacun est un peu dans sa bulle. Et l'essentiel est souvent de maintenir un niveau constant de production, le plus rémunérateur possible au regard des investissements consentis. Est-on, ou devient-on un acteur majeur de l'appellation, lorsqu'on est capable de produire des volumes exceptionnels, comme en 2016 pour certains, au point qu'il faut lâcher une bonne partie du 2014 à un prix indécent pour un Grand Cru Classé de St Émilion, au risque d'ébranler quelque peu la notoriété acquise par un classement quasi immuable, quoiqu'on en dise?... Si tant est que l'on sache définir ce qu'est un prix décent!... Indécent peut-être pour les voisins de ce cru qui eux, n'ont pas osé vendre leur âme au diable, fut-il dans la grande distribution et ses foires aux vins. De toute façon, ils ne savent sans doute pas quel genre de décisions sont prises chez leurs propres voisins, de l'autre côté du chemin de terre argileuse...

Deux visites dans une même journée mais, après (longue) réflexion, une seule évoquée ici, une seule identifiée. Celle qui m'a permis de découvrir St Étienne de Lisse et le Château Mangot, appartenant de longue date à la famille Todeschini. La nouvelle génération a opté pour l'agriculture biologique certifiée (en 2019), parce que le marché tend à le réclamer, même si une certaine vigilance et un respect de la nature étaient déjà en vigueur depuis longtemps. Pourtant, avec les conditions actuelles du millésime et un printemps particulièrement pluvieux, on peut voir poindre l'inquiétude et les interrogations, avec un mildiou galopant et les risques de coulure, même dans les discours chargés de convictions.

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 ~ Château Mangot ~

Selon Karl Todeschini, nous sommes là dans la plus grande propriété familiale de St Émilion. Mangot, c'est 34 hectares d'un seul tenant sur vingt et une parcelles. Pas moins de quarante mètres de dénivelé entre la parcelle la plus basse, en pied de côte et celle se situant sur le plateau calcaire. Ce qui fait dire à un client du domaine que, du château, en regardant vers le sud, ce sont les Côtes-du-Rhône et de l'autre côté, la Côte Rôtie!... Le tout est complété par une seconde propriété, le Château La Brande, en Castillon-Côtes-de-Bordeaux, avec pas moins de seize hectares sur dix parcelles, entre quinze et soixante dix mètres d'altitude et de jolis terroirs composant un très intéressant patchwork : argilo-calcaire, calcaire avec veines de silex pour celui-ci, argilo-calcaire, calcaires à astéries et molasse calcaire pour le premier.

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"Nos vignes les plus élevées sont à près de cent mètres d'altitude, c'est à dire comme à Ausone, Troplong-Mondot et sur la butte de Fronsac!" De quoi donner de la confiance au vigneron, qui ne tarit pas d'éloges pour ce terroir hors du commun. Mais, on devine aisément que pour lui, il est absolument interdit de passer à côté. Il est clair qu'à Mangot, on connaît la chance de disposer d'un tel ensemble. Pas de doute, tout doit être mis en oeuvre pour en extraire la quintessence, en s'appuyant sur un bon sens terrien avant tout. "A Mangot, une partie des parcelles est composée de ces calcaires à astéries typiques du coeur du village de St Émilion et de la zone réunissant les plus grands crus. Il faut mettre cela en valeur et le retrouver dans nos vins!"

Si l'histoire de Château Mangot remonte au début du XVIè siècle, la propriété est entrée dans la famille à compter de 1954, grâce aux grands-parents Jean et Simone Petit. En 1989, leur fille Anne-Marie et son mari Jean-Guy Todeschini reprennent l'ensemble. En 2008, Karl et Yann reviennent à l'issue de leurs études et de quelques expériences à l'étranger notamment. Mais, la génération précédente a bien oeuvré, avec une restructuration complète du vignoble, ce qui a permis d'obtenir l'agrément en St Émilion Grand Cru de l'ensemble de la production de Mangot en 1998. Dans la foulée, la propriété se lance dans la construction de nouvelles installations en 2000 et 2001. A l'issue de ces travaux, un remarquable outil parfaitement étudié et pensé va permettre, quelques années plus tard, de donner les clés à une nouvelle génération ambitieuse, qui se doit aussi d'être talentueuse pour développer avec passion cet héritage.

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Pas de doute, Karl Todeschini manage cet avenir avec détermination. S'il garde les pieds sur terre et se forge son opinion sur les choses de la vigne et du vin avec le recul voulu, il semble être prêt à tout essayer et ce, de la vigne à la bouteille. Si la propriété est désormais certifiée ISO 14001 (SME Bordeaux) et également Haute Valeur Environnementale de niveau 3, le passage en agriculture biologique certifiée, elle aussi, implique de nouvelles exigences qui, parfois, font quelque peu grincer des dents le vigneron. Tourné vers l'avenir, ce dernier avoue qu'il a un peu de mal à se plier à un label défini en 1987, celui-ci incluant certaines interdictions de produits pourtant "naturels", intellectuellement parlant. Que n'a-t-on déjà entendu parlé, çà et là, de dogme?...

Depuis quelques années, au delà des choix innovants ou des options de vinification, l'accent est mis sur tous les petits détails qui doivent apporter un plus et donner une authenticité sincère pour toutes les cuvées proposées. Ainsi, M de Mangot, le rosé (80% merlot et 20% cabernet franc) apparu en 2009, fruit de l'imagination des deux frères, est vinifié comme un grand vin blanc : pressurage direct, suivi d'une vinification à basse température sur lies en cuve inox, mais aussi en barriques neuves de 400 ou 500 litres. Une étonnante personnalité, avec une attention toute particulière pour le packaging : bouchon en verre et six fonds de bouteilles différents du meilleur effet.

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A la vigne, tout est mis en oeuvre pour obtenir une vendange de qualité, les dernières évolutions étant de réduire le plus possible le travail des sols. Ceux-ci permettent notamment d'obtenir, depuis quelques années, et de rechercher une maturité optimale très groupée dans le temps, très loin de la surmaturité, mais avec des tannins bien mûrs, le tout permettant d'user d'une très faible extraction.

Dans un souci pédagogique à destination des visiteurs, des tableaux expliquent les grandes phases des vinifications, au sein d'un chai traditionnel bordelais, avec ses cuves inox et le cuvier béton au bas d'une légère pente, dans le but d'utiliser le plus possible la gravité. Néanmoins, on peut considérer que 60% des vinifications restent classiques, 20% se déroulent dans des cuvons permettant un pigeage doux et ce, à destination de micro-cuvées expérimentales (un peu l'approche laboratoire en vraie grandeur!), les 20% restant étant des vinifications intégrales en barriques, notamment pour les cabernets, afin de tenter de contenir leur explosivité et leur très forte personnalité. Seules les levures indigènes sont prises en compte, le sulfitage d'intervenant que lorsque c'est nécessaire. Enfin, la plupart des vins sont assemblés en masse pendant six à douze mois dans les cuves béton.

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Ce fourmillement d'idées, cette recherche permanente débouchent sur la production de plusieurs cuvées dont quatre de rouge à Mangot, mais qui sont comme autant d'expressions, démontrant la recherche d'une forte personnalité pour tous ces vins. Le Château La Brande, le Castillon, est doté d'une jolie fraîcheur, avec 70% de merlot et une certaine pureté de fruit. Château Mangot se veut représentatif de l'ensemble des parcelles du domaine, mais avec des vinifications et élevages lot par lot, afin de respecter la qualité des raisins. Le but est d'y retrouver toutes les facettes des différents terroirs. L'Autre Mangot symbolise à lui seul la recherche patiente et totale en vigueur au château. 60% merlot et 40% cabernet franc, vinification en levures indigènes, sans soufre ajouté ni aucun intrants, élevage de six mois en amphores et en jarres de terre cuite. Un pur plaisir, pour tous ceux qui apprécient le jeu permanent de la dégustation et un bon moyen de surprendre quelques amis!...

La Cuvée Quintessence de Château Mangot est issue d'une sélection de vieux merlots qui poussent quasiment sur la roche mère affleurante. De la haute couture de A à Z et un potentiel de garde indéniable. Puissance et profondeur ne sont pas ses moindres qualités. Enfin, le Château Mangot Todeschini est un pari osé, avec un assemblage atypique pour la Rive Droite, où les deux cabernets dominent (30% de merlot seulement). Vinification intégrale en barriques de 225 ou 400 litres. Après un entonnage par gravité en baies entières, extraction sans contact par rotation des contenants sur eux-mêmes. Il s'agit plutôt là d'une infusion pelliculaire en douceur. Après écoulage et pressurage vertical, chaque lot est entonné par gravité en barriques neuves pour seize à dix-huit mois. Un vin presque extravagant, d'une autre dimension et qui démontre à quel point on peut prendre, au coeur du Bordelais, des orientations novatrices tout à fait étonnantes. Après tout, pourquoi la "tradition" serait-elle seule à avoir droit de cité à Saint Émilion?...

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A propos de tradition, juste quelques mots pour évoquer la nouveauté à Château Mangot!... Dans les prochaines semaines, un vin blanc sera disponible. En effet, le domaine gardait la trace, dans ses archives, des commentaires élogieux apparus dans le Féret 1898, où "les blancs de Mangot étaient reconnus pour leur finesse et leur distinction." Cela ne pouvait que titiller les frères Todeschini, alors même que nombre de châteaux de la Rive Droite plantent des cépages blancs, ou sont déjà en mesure d'en proposer quelques flacons. Mais ici, point de sauvignon ni de sémillon!... A quoi bon?... 85 ares ont donc été plantés de trois cépages : roussanne (50%), chardonnay (25%) et colombard (25%)!... Un assemblage inter-vignobles, sans doute inspiré par quelques dégustations, auprès d'amis de toutes régions. Mais indiscutablement, un résultat final très attendu!...

Mangot ne peut donc être taxé d'immobilisme. Qu'on ne s'y trompe pas, d'autres évolutions sont sans doute dans les cartons et quelques essais en cours, tant à la vigne qu'au chai. Cela contraste quelque peu avec cette autre propriété à peine évoquée plus haut. Mais là, on a peut-être juste fait le choix de jeter le bébé avec l'eau du bain. Ce qui n'implique pas d'ailleurs qu'un strict retour en arrière s'est opéré. Après le passage en bio, puis le retour au conventionnel, certaines options ont évité le pire : abandon des CMR (agent chimique cancérigène, mutagène ou génotoxique et toxique pour la reproduction, ou reprotoxique), travail des sols maintenu au rythme des quatre façons et enherbement, ce qui tend à lui donner bonne figure... Reste que ce sont plutôt les vins qui sont pénalisés à la dégustation et l'ultime millésime en bio en fait la démonstration par ses qualités, malgré ses dix ans. Derrière les Côtes, il y a toute une économie, personne ne peut le nier. Elle contribue à quelques équilibres, mais une plus grande dynamique, solidaire et respectueuse de l'environnement, pourrait aussi insuffler un vent nouveau, bien plus régénérateur que les brises légères qui soufflent çà et là, pour le moment.

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29 mai 2018

Une journée dans le Berry : l'appel de la forêt

Mardi 15 mai. Dehors, il fait un temps quasi hivernal. 12°, pas plus à Sancoins (18) et dans les environs, pluie fine, horizon bouché. Heureusement, nous allons pouvoir nous réchauffer auprès des braseros de la tonnellerie Atelier Centre France. Un lieu éminemment artisanal, mais aussi patrimonial, à n'en pas douter. Visite guidée. Mais, comme il ne faut pas perdre de vue ce qui conduit à cette production que l'on peut qualifier de bi-millénaire, puisque nos ancêtres les Gaulois semblent être à l'origine de la fabrication des tonneaux, un passage s'impose à la Merranderie Bourdier, mais aussi dans la célèbre Forêt de Tronçais, qui compte pas moins de trois douzaines de grands chênes vieux de plus de trois cents ans... et beaucoup d'autres!... Respect et humilité au pied de ces grands arbres!...

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~ Atelier Centre France Tonnellerie ~

Lors des dernières années, j'ai eu la possibilité ou la chance de déguster certains vins blancs en cours d'élevage, notamment à l'invitation de Richard Leroy ou de Tessa Laroche, pour quelques chenins d'Anjou ou de la Roche-aux-Moines, sur des barriques en provenance de deux ou trois tonnelleries différentes. Ce genre de dégustation d'un même vin élevé dans des contenants du même âge, issus de plusieurs fabricants, a forcément quelque chose de très instructif. Dans ces diverses occasions, quelle ne fut pas ma surprise de constater que les fûts en provenance d'Atelier Centre France ne marquaient pas les vins!... Il fallait, bien sur, tenter d'en percer le secret...

Il faut admettre avant tout, que la tonnellerie de Sancoins, un peu au sud de Bourges, même si elle a commencé à se faire un nom dans les vignobles de France et de Navarre, cultive quelque peu la discrétion et entretient habilement la fibre artisanale, chère à tous ceux qui ont acté sa création en février 2010 et proposé les premières barriques, dès le mois de juin de cette année-là.

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On imagine aisément que la tonnellerie berrichonne a été portée sur les fonds baptismaux au terme de quelques rencontres et peut-être de quelques repas réunissant des amis, dont l'expérience en la matière avait aiguisé la sensibilité et l'envie de proposer autre chose... Des acteurs déjà riches, pour certains, d'années passées chez de célèbres fabricants, sensibilisés par des artisans à l'écoute de vignerons, dont la production avait parfois du mal à s'accommoder des principes (et des modes) en vigueur dans la tonnellerie moderne.

Il fallait donc rassembler l'enthousiasme et les compétences de chacun. Parmi eux, Claude Briant, très actif auprès de grands domaines de Californie et d'Oregon notamment depuis 2003, pour une grande tonnellerie française. Philippe Le Métayer, directeur financier depuis vingt ans dans la merranderie et la tonnellerie, spécialiste en collecte de fonds dans le secteur agricole et forestier, ne pouvait que motiver deux acteurs essentiels, tels que Jean-Laurent Bourdier, exploitant forestier et merrandier en chênes exclusivement, représentant de la sixième génération d'une famille établie dans l'Allier et le Centre France.

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Bien sur, il fallait s'assurer le participation et toute la compétence d'un directeur technique, capable de manager une équipe d'une douzaine de personnes dans un atelier de tonnellerie, où chacun doit intégrer la notion d'approche artisanale, avec les exigences de qualité imposées par un marché ouvert mais assez fortement concurrentiel. C'est Philippe Grillot, merrandier depuis 1984 et tonnelier depuis une quinzaine d'années, qui fut chargé d'apporter les réponses au cahier des charges et d'organiser la fabrication répondant aux demandes d'une clientèle forcément exigeante (et sans doute parfois inquiète), lorsqu'il s'agit de confier son vin à un tel partenaire que le bois, fut-il de chêne de qualité. Mais, l'homme est aussi doté d'une mémoire olfactive des plus performantes, comme il le démontre lors de chauffes successives. Il est tout à fait saisissant de capter l'évolution des arômes du bois, après quelques passages sur les braseros, permettant d'obtenir différents profils de chauffes spécifiques à Atelier Centre France, selon la demande des clients. Quelque chose qui n'est pas forcément facile à transmettre, même si là, un des tonneliers semble marcher sur ses traces...

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Philippe Grillot était aussi un proche de Didier Dagueneau, célèbre vigneron de Pouilly-Fumé. Au hasard de diverses rencontres, ce dernier lui a permis de comprendre vers quel type de chauffe s'orienter, afin de satisfaire ceux qui produisent de grands vins blancs secs, désireux de travailler avec la barrique, mais sans masquer ni travestir les arômes de cépages tels que le sauvignon notamment. C'est aussi le vigneron de St Andelain qui lui a conseillé de se lancer vers les gros contenants (500 et 600 litres), actuellement très en vogue. Mais, ceci ne manqua pas de déclencher une réflexion globale, guidant Atelier Centre France vers une offre qui lui est propre, tant pour ce qui est des assemblages de bois que des processus de cintrage.

Dans sa communication, la tonnellerie ne manque pas de préciser que les bois sont issus de forêts de "l'Allier Centre France" uniquement. Un infime pourcentage vient de la Forêt de Tronçais (au vu notamment des prix atteints par ses lots devenu rares), Atelier Centre France travaille avec des merrandiers, dont les Ets Bourdier, non loin de là, à Lurcy-Levis, qui fournissent les palettes de merrains qui sèchent à l'air libre, au minimum vingt quatre mois, à proximité de l'atelier, sur un seul niveau, afin d'éviter tout lessivage néfaste.

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Par phases successives, les merrains sont visuellement analysés en fonction de leur fil (qui doit être droit sur toute la longueur), leur grain (fin, moyen, gros) et transformés en douelles par des opérations mécaniques (dolage, évidage, flêchage, jointage). Selon, la dimension du fût, les douelles sont ensuite choisies et assemblées, de façon relativement aléatoire, en fonction de leur largeur et de leur grain. Un cerclage provisoire va permettre de les maintenir et de les manipuler pendant le cintrage. Les fûts fabriqués ici vont de 225 jusqu'à 600 litres.

outils-2A ce stade, on entre dans la phase essentielle du cintrage. En premier lieu, le "cintrage feu", caractérisé par un contact direct du bois avec le feu, ce qui doit apporter les notes de boisé et de grillé, mais avec une faible extraction du fruit. L'un des secrets de la tonnellerie Atelier Centre France, c'est de proposer aux vignerons une variante dite "cintrage vapeur", opération au cours de laquelle les fûts passent sous une cloche à vapeur, avant le cintrage lui-même, afin de purger le bois, ou de le dégorger, de certaines substances phénoliques à caractères astringents. C'est ce mode de préchauffe qui permet une extraction optimale des arômes.

Cette approche correspond aussi, au-delà de toute évidence qualitative, à la volonté de la tonnellerie de se mettre à l'écoute de ses clients, sans pour autant céder aux demandes quelque peu farfelues. Il va de soi que l'on est ici dans le cadre d'une production industrielle, mais à caractère artisanal, sans pour autant revendiquer la possibilité de satisfaire certaines exigences, comme ont pu le faire dans le passé, des ateliers de confection oeuvrant pour la haute couture, par exemple. Nous sommes bien dans un univers de passionnés, mais du genre responsables, afin de respecter toutes les composantes, matérielles et humaines, imposées par une telle fabrication.

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Il reste ensuite quelques opérations qu'il faudra conduire avec la même attention, notamment pour tous les aspects que l'on pourrait qualifier de finition. Bien sur, une traçabilité minutieuse s'impose, afin de rapprocher bon de commande et fiche de fabrication. Toutes les barriques sont donc identifiées avant de rejoindre le hall de stockage, en vue des expéditions par container qui interviennent à intervalles réguliers. En effet, il faut savoir que Atelier Centre France travaille en France dans nombre de régions, comme la Bourgogne, le Bordelais, la Champagne, le Languedoc, le Rhône et le Val de Loire, ainsi qu'à l'export avec des pays comme les Etats-Unis, la Nouvelle-Zélande, l'Italie, l'Aurtiche, l'Allemagne entre autres.

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Avec moins de dix ans de présence sur le marché de la tonnellerie, Atelier Centre France en impose déjà au monde des grands vins, par sa rigueur et sa passion. Ses dirigeants ne parient pas sur une communication tapageuse et jusqu'à maintenant, ils sont absents des grandes messes proposées dans les halls d'exposition des rendez-vous mondiaux supposés incontournables. Pour eux, the place to be, c'est plutôt la forêt, les domaines viticoles, les vignes... Pourtant, l'évolution de l'entreprise va désormais bien au-delà du simple frémissement. Il suffit de parcourir le vignoble pour rencontrer aujourd'hui de plus en plus de vignerons qui connaissent cette tonnellerie et sont prêts à la solliciter. D'autres, qui la découvrent, au hasard de conversations verre en main, ne manquent pas d'être interpellés et ce, dans tous les pays. Indéniablement, une telle démarche artisanale a encore de beaux jours devant elle!...

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~ Merranderie Bourdier ~

Voici le partenaire principal du tonnelier. Pour découvrir le travail de la scierie Bourdier, c'est Camille, représentant de la septième génération de Bourdier, qui nous guide pour une visite de l'entreprise. Celle-ci, créée en 1847 par Auguste Bourdier, qui était alors charpentier-charbonnier à Lurcy-Levis, dans l'Allier, à l'orée de la Forêt de Tronçais, a traversé le temps pour se spécialiser dans les chênes de grande qualité. Tous les arbres présents sur le parc de treize hectares ne sont pas destinés à la merranderie, puis aux tonnelleries, mais la sélection est néanmoins particulièrement attentive. "Ce que vous voyez ici, c'est 5 à 10% du volume de la forêt et de sa réalité! C'est environ 35% de ce volume qui est destiné à faire du merrain. C'est la quintessence de la forêt!..."

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La merranderie Bourdier s'est donc spécialisée dans le bois haut de gamme. Six à sept personnes travaillent dans l'atelier de merrain. Même s'il est nécessaire de disposer de matériel performant, on devine aisément que l'intervention humaine est essentielle, notamment celle du fendeur, qui oeuvre au feeling pour réduire les plots à quelques quartiers de bois. Une observation attentive est nécessaire lors de chaque phase, afin d'écarter, si cela s'impose, les bois non adaptés à la fabrication de merrains. Il faut ensuite écorcer le bois et retirer l'aubier (le bois extérieur plus clair sous l'écorce). En moyenne, on considère que seulement 20% sont conservés pour la fabrication des barriques. Heureusement, tout le reste est réorienté vers d'autres productions.

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Avant même d'en arriver à cette phase, après la réception des lots de bois, il faut aussi être attentif au ressuyage, lent et naturel, qui dure de 18 à 24 mois, sur la plate-forme dédiée d'une surface de trois hectares. Ensuite, vient le séchage, véritable science selon l'entreprise. Pas moins de mille mètres cube de capacité de séchage, pour descendre et stabiliser les bois à 12% d'humidité.

On imagine donc aisément la part de confiance qui doit s'installer entre le merrandier et le tonnelier, d'autant que le premier est souvent confronté aux conditions fluctuantes du marché du bois. Les ventes aux enchères organisées par l'Office National des Forêts ou par des coopératives de propriétaires forestiers privés sont parfois animées, notamment lorsqu'on constate des augmentations régulières du prix des lots, comme c'est le cas depuis quelques mois. On peut donc acheter le bois sur pied, mais l'acheteur doit prendre en charge l'abattage et le débardage (pour peu qu'il puisse entrer dans les parcelles, lorsque les conditions climatiques sont dégradées!) ou "bord de route", les grumes étant alors mises à disposition des acheteurs par le propriétaire... au bord de la route.

Une part de mystère demeure donc, surtout lorsque notre regard se porte sur ces bois, pour lesquels, seul un oeil averti peut déceler ces petits défauts, presque invisibles, qui vont décider de la mise à l'écart ou pas de telle ou telle grume. L'expert doit donc être infaillible pour satisfaire le tonnelier. Indiscutablement, il faut du temps pour en arriver là, un peu à l'image de ces grands arbres qui forcent le respect.

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~ Forêt de Tronçais ~

Pour conclure cette journée très... boisée, un passage au coeur de la célèbre forêt de Tronçais s'imposait malgré la pluie (avec la gentillesse et la disponibilité de Charlotte Le Métayer, une des chevilles ouvrières de la tonnellerie Atelier Centre France, en charge de l'accueil des visiteurs, mais qui ne manque pas, certains jours, d'aller à la rencontre des vignerons), afin d'y contempler quelques grands chênes tricentenaires de la Réserve Biologique Colbert, que l'on nomme Stebbing, Emile Guillaumin, Charles Louis-Philippe ou encore Arbre de la Résistance, par exemple.

En s'arrêtant à proximité d'un des "ronds" de la forêt, ces intersections de grandes allées forestières, on se surprend à guetter la course d'un attelage, quatre chevaux et un carrosse qui pourraient surgir au galop, transportant les inspecteurs forestiers de Colbert. Le plus ancien de ces chênes serait la Sentinelle, près du Rond de Richebourg. Il aurait montré sa première feuille en 1580!... Le Chêne carré daterait de 1630, les Jumeaux, deux chênes sessiles nés de la même souche dans les années 1640. Nous sommes en fait dans une sorte de cathédrale... Et on lève les yeux vers le ciel et la cime de ces arbres en gardant le silence... Respect. Les arbres de la Futaie Colbert (13 ha) sont âgés en moyenne de 320 ans. L'ONF estime que ces chênes sont entrés dans une phase d'écroulement progressif, au point de devenir dangereux!... Mais, on est pourtant bien auprès de ces arbres, dont certains permirent de construire tant de navires à voiles tout aussi prestigieux!...

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Finalement, point de carrosse, ni d'inspecteur perruqué!... Désormais, ce sont nos SUV de l'ère moderne qui parcourent la forêt, ce qui ne doit pas manquer de la surprendre. Allons, il est temps de la laisser en paix, ces arbres vivent ensemble depuis des centaines d'années. Comme le disent les techniciens de la forêt désormais : "Laissons ces colosses âgés de plus de trois siècles s'éteindre doucement."

26 mai 2018

Vous boirez bien un verre de genouillet?...

Je suis en retard. En cette fin d'après-midi, la météo est poisseuse à souhait : pluie fine, nuées basses. Nous sommes le quatorze mai et on peut s'inquiéter quelque peu, se demander à quelle sauce la poussée tardive de la vigne va être mangée!... Direction Quincy et plus exactement, le Domaine de Villalin, cher à la famille Smith. Objectif principal : découvrir le cépage genouillet!... Un de ceux évoqués dans le livre d'André Deyrieux, A la rencontre des cépages modestes et oubliés, aux Éditions Dunod, dont la deuxième version est parue récemment. Indéniablement, un "guide" qui, à l'instar de Tronches de vin, peut être glissé dans votre boîte à gants, tant il est apte à vous emporter, lui aussi, dans tous les recoins du vignoble, voire même dans des contrées où la vigne est seulement inscrite, désormais, dans l'histoire et la mémoire des traditions locales, puisque arrachée depuis des lustres.

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A Quincy, nous sommes au pays du sauvignon et de ses vins le plus souvent frais et fruités, que l'on met volontiers sur la table avec quelques huîtres et saveurs océanes. Des arômes d'agrumes frais, parfois de buis ou de pipi de chat, ce dernier plutôt le marqueur de raisins manquant de maturité. Mais, cela paraît pour le moins réducteur, pour une appellation qui a fêté ses quatre-vingt ans en 2016, forte d'un potentiel historique remarquable, dont on trouve trace au fil des siècles, du romain Quintius, valeureux légionaire venu s'installer là en -14 avant JC, à l'obtention de l'AOC en 1936. Il n'est que d'apprécier, au passage, le non moins remarquable travail de recherche, ainsi que la documentation qui est disponible désormais, fruit d'une volonté du syndicat viticole local et des vignerons du cru. A voir donc, la brochure "De Quintius à Quincy" et celle évoquant le "Sauvignon conté au fil des siècles", présentant au passage le Jardin-Labyrinthe de vignes de Quincy.

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A l'évidence, Maryline Smith, vigneronne au hameau du Grand Villalin (curieusement le seul secteur de l'AOC situé sur la rive droite du Cher), est une férue d'histoire, passionnée de traditions locales, d'héritage vinicole à transmettre et de biodiversité. Au mur du caveau de dégustation, une carte aux teintes pastel, datant de 1806, semble donner le la de la conversation qui va suivre. En fait, la découverte d'un cépage ancien tient souvent du hasard absolu, un peu comme lorsqu'on découvre la présence d'un papillon rare, dans une zone où il est admis qu'il a disparu depuis longtemps, par exemple le fadet des laiches, chez Christophe Landry, du côté de Margaux.

Dans le cas du genouillet, qui serait issu d'un croisement du gouais blanc et du tressot noir, il s'en est fallu de très peu, puisqu'à la fin des années 80, trois pieds sont repérés chez Rolland Houry, au village des Bordes, à Issoudun, alors que trente années plus tôt, il en restait encore deux hectares. Et c'est peu au regard des trois mille hectares de ce cépage qui composaient le vignoble aujourd'hui disparu de la région d'Issoudun, entre l'apparition du phylloxera et la fin du premier conflit mondial. Le vignoble de Quincy a survécu au puceron dévastateur grâce à l'opinaitreté des vignerons du cru, alors que celui de la "Champagne berrichonne" est devenu un des plus grands greniers à blé de France, option grandes cultures.

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Bien sur, chacun l'aura compris, il faut donner du temps au temps! On obtient pas les bois en vue d'une nouvelle plantation du jour au lendemain. En 1993, dix pieds sont plantés dans le conservatoire des cépages de la Société Pomologique du Berry, à Tranzault. A partir de ces pieds, d'autres rejoignent le Domaine de Vassal et la collection de cépages de l'INRA de Montpellier. En même temps, les plus célèbres ampélographes valident ces premiers travaux. En 2002, l'URGB (Union pour les Ressources Génétiques du Berry), avant de devenir l'URG Centre, décide de relancer le genouillet. Mais, cela ne va pas sans de longues tractations administratives et politiques. Le Ministère de l'Agriculture finit par accepter l'idée d'un protocole d'expérimentation en 2005. Au mois de novembre de cette même année, une parcelle expérimentale est plantée au Domaine de Villalin, à Qunicy, chez Maryline et Jean-Jacques Smith, Environ 150 pieds, simultanément à 150 pieds de gamay (qui seront ensuite surgreffés). En 2009-2010, les premières vinifications sont réalisées sous l'égide du SICAVAC, le Service Interprofessionnel de Conseil Agronomique, de Vinification et d'Analyse du Centre. Après d'indispensables tests génétiques et une expertise visuelle, le Ministère publie l'Arrêté du 29 septembre 2011 (paru au JO du 4 octobre), ce qui permet d'intégrer officiellement le genouillet dans la liste des cépages de cuve autorisés. Dès 2012, il pourra donc être planté légalement. Reste à lui trouver les terroirs adaptés, les porte-greffes les plus judicieux, les modes de conduite ou encore la vinification la plus valorisante. La parcelle d'origine du Domaine de Villalin (1 ha aujourd'hui, avec 50 ares plantés en 2012 et 50 autres en 2014) devient une vigne-mère de greffons, la multiplication est désormais possible pour de nouvelles aventures!...

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Au domaine, les premières cueillettes de cet hectare ont été orientées vers la production d'un rosé. mais, comme le démontre ce 2017, le rouge est doté d'un joli équilibre et d'une sympathique pureté de fruit, genre cerise noire. Il met en évidence une acidité notable, ce qui laisse supposer une bonne capacité de vieillissement, comme certains textes anciens le laissent supposer. A ce stade, on peut imaginer que ce cépage pourrait être assemblé avec d'autres plus connus, parmi ceux qui atteignent désormais des degrés naturels relativement élevés, phénomène que l'on attribue de nos jours au réchauffement climatique... En attendant, d'autres parcelles ont été plantées, comme chez Vincent Chauvelot, à Vesdun, dans la zone de Chateaumeillant, ou à Reuilly, au Domaine Charpentier ou chez Michel Cordaillat.

Une dynamique nouvelle très active dans la région Centre, où les cépages rares sont plutôt nombreux. Ainsi, Pierre Picot, du côté de Chateaumeillant, a replanté du gouget noir, mais on trouve aussi du meslier-saint-François, de l'orbois, du gascon (présent d'assez longue date chez les Courtois, en Sologne), sans oublier le romorantin et le pineau d'Aunis, qui a sans doute pour orginine la région des Coteaux du Vendômois et du Loir, mais qui connait un certain succès dans le Saumurois notamment. Voici de nouvelles raisons de se rendre, au 11 novembre, du côté de St Côme d'Olt, au coeur de l'Aveyron, à l'occasion des Rencontres des Cépages Modestes, créées par André Deyrieux, histoire de croiser le verre en s'étonnant et "d'aller chercher le passé pour se proposer un nouveau futur"!...

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22 mai 2018

Domaine Charles Joguet, à Sazilly (37)

Chinon comptait depuis fort longtemps quelques domaines référents, voire historiques. Au fil des décennies et des générations, certains ont évolué vers plus de modernité, avec parfois de fortes convictions mais, pour quelques-uns, au risque de se perdre dans des circonvolutions d'organisation et de communication, un peu comme s'ils poursuivaient un rêve inaccessible... D'autres sont très longtemps restés campés sur des positions faisant référence à la tradition, au terroir séculaire, à un mode de production refusant certaines évolutions et ce, malgré les mises en garde émanant parfois d'avis extérieurs pas toujours objectifs, mais aussi parce que le marché du vin n'est pas figé, comme il le démontre depuis quelques années. Enfin, pourquoi le nier, les amateurs, avec leurs souvenirs qu'ils qualifient d'impérissables, avaient parfois tendance à remuer le couteau dans la plaie, avec leurs papilles à jamais marquées des millésimes 1989 et 1990, masterwines au pays de Rabelais!... Indéniable référent chinonesque de cette supposée grande époque, le Domaine Charles Joguet devait lui aussi se ranger à l'idée de cette indispensable mutation. C'est désormais chose faite, mais la route est longue. Et les animateurs de la célèbre Dioterie ne manquent pas de le préciser et de le reconnaître, lorsqu'on les rencontre.

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On peut cependant dire que cette évolution, intervenue principalement en 2006 avec le passage en agriculture biologique, certifiée au cours de la décennie suivante, était quelque peu contenue dans "l'héritage" de Charles Joguet. Celui qui était connu pour ses activités artistiques, évoquées sur le site qui lui est consacré, devenu vigneron très jeune, au décès de son père en 1957, peu de temps également après cet hiver 1956, qui laissa le vignoble français meurtri par un froid terrible, était sans doute très attaché à ses racines et à ce domaine familial, dont les plus vieilles parcelles de la Dioterie remontaient au moins à 1830, voire même avant la Révolution Française.

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Dès le début des années quatre-vingt, Charles Joguet, âgé d'une cinquantaine d'années, cherche à pérenniser ce travail de longue haleine et à s'entourer. En 1983, arrive Michel Pinard, qui va s'occuper des vignes et des vinifications jusqu'au millésime 2004. Entre temps, en 1985, Jacques Genet et sa famille s'associent au vigneron de Sazilly, augmentant au passage la surface du vignoble d'une dizaine d'hectares sur Beaumont en Véron, pour que la propriété atteigne près de quarante hectares, comme c'est le cas aujourd'hui. Désormais, la tendance est plutôt à regrouper les vignes sur la rive gauche de la Vienne, à l'exception du célèbre Clos du Chêne Vert, un magnifique coteau de deux hectares, exposé sud-ouest, avec un sol argilo-calcaire, où voisinent argiles à silex et tuffeau jaune, comme on l'appelle dans la région. Une vigne qui participe à la légende du domaine, surtout lorsque Charles Joguet évoquait naguère son achat, lors d'une vente à la bougie mémorable!... C'était en 1976, année au cours de laquelle fut replantée cette parcelle, qui n'allait pas manquer ensuite d'épater les amateurs.

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En 2006, se produit donc un certain nombre d'évènements, tant pour ce qui est du patrimoine lui-même que de l'organisation humaine de l'ensemble. C'est cette année-là que Anne-Charlotte Genet prend en main les destinées du domaine, principalement pour tout ce qui est relations extérieures et commerciales, ainsi que tout ce qui touche à la communication. C'est aussi à ce moment-là que Kévin Fontaine, fort notamment de quelques expériences en Nouvelle-Zélande, Afrique du Sud et Canada, embarque dans l'aventure, pour prendre en charge la bonne gestion des vignes et des vinifications. Simultanément, six hectares situés principalement sur des sables sont vendus, afin d'en acheter six autres sur la proche commune d'Anché, d'un terroir plus qualitatif. Dès ce moment, l'équipe composée d'une douzaine de personnes sous la responsabilité de Kévin, permet de distribuer les rôles par secteurs : taille, travaux en vert, etc... Le but étant la responsabilisation de chacun et d'établir un dialogue permanent, évitant ainsi une gestion trop "jupitérienne" (c'est très actuel comme vocabulaire!) de l'ensemble. Quelque chose qui doit aider à une bonne mise en place progressive de la biodynamie dans le vignoble, en respectant les énergies, tant des parcelles que des hommes et des femmes.

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Il est difficile d'être exhaustif, pour ce qui est de tous les projets évoqués par les responsables du domaine, tant ils expriment d'axes de progrès. Ils ne revendiquent d'ailleurs pas d'innovations absolues, au regard de toutes les initiatives nouvelles prises çà et là, mais ils ont la conviction que leurs apports participeront à faire avancer les vins, ce qui reste essentiel. Il s'agit parfois d'investissements lourds et s'ils ont planifié prudemment ces avancées, ils espèrent surtout, comme d'autres, que les calamités climatiques voudront bien les épargner. Indéniablement, ils veulent surtout jouer le rôle qui leur revient parmi les grands domaines régionaux, ceux-ci étant un peu les garants d'une production régionale authentique de qualité.

En 2006 également, se prend une décision fondamentale : le passage à une agriculture biologique. Il est surtout motivé par les résultats de l'étude des terroirs de René Morlat, à Angers. Quelques essais sont réalisés sur certaines parcelles dès 2005 et 2006, puis en 2007 et 2008 en vue d'une généralisation. La certification est obtenue en 2013. Entre temps, il a fallu faire face aux conséquences pratiques et quotidiennes, pour un vignoble réparti sur vingt-cinq kilomètres et intégrer tous les paramètres, notamment humains. Sont également intervenus, les inventaires faunistiques et floristiques pour la Dioterie, les Varennes, Anché et les Silènes. Ceux-ci ont déterminé qu'il n'y avait pas de rapport absolu avec les terroirs, mais ils ont motivé la création de zones tampons, la plantation d'arbres, dont quelques fruitiers et de haies, la construction de murets, afin de favoriser l'implantation d'insectes et de fleurs patrimoniales. Tout cela, en phases successives, qui permettront aux visiteurs de constater, petit à petit, toute l'évolution du domaine. A noter au passage, que celui-ci a fait l'acquisition d'un large espace de terres agricoles sur le plateau dominant le coteau des Varennes, afin d'y créer une zone tampon (et de se mettre à l'abri des effets d'une agriculture conventionnelle), ce qui témoigne de la volonté de revaloriser la biodiversité locale.

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La gamme proposée par le domaine reste assez large et s'exprime pour l'essentiel, par parcelle et par terroir. Un aspect qui a participé à la réputation du Domaine Charles Joguet, puisque son créateur avait, de longue date, opté pour ce choix, une option quelque peu d'avant-garde à l'époque, d'autant qu'elle était accompagnée de la mise en bouteille, chose rare dans les années cinquante et soixante. Cette dernière douzaine d'années a permis à la nouvelle équipe de mieux identifier les différents terroirs, en intégrant l'impact des micro-climats locaux, comme pour le secteur Anché-Sazilly, protégé de façon significative par une petite rivière, la Veude, un affluent de la Vienne. Les deux premières cuvées, Silènes et Les Petites Roches, sont des rouges de cuve. la première issue surtout de jeunes vignes et la seconde, une sélection des plus belles parcelles. A noter que ces deux vins, que l'on peut considérer comme des entrées de gamme (avec le Rosé issu de saignées) passent néanmoins deux hivers au domaine avant d'être commercialisés. Une pratique qui s'est d'ailleurs généralisée, puisque toutes les cuvées passent deux hivers en masse, après élevage, avant la mise en bouteilles.

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La Cuvée de la Cure, trois hectares à Sazilly, est issue d'un terroir argilo-graveleux. Des vignes trentenaires sur des alluvions de la rivière, qui auraient pu être arrachées, mais conservées notamment pour leur situation en contrebas de la route, avec une tendance à emmagasiner de la chaleur l'après-midi. Le plus souvent, cette cuvée passe par un élevage d'un an en barriques de quatre vins. Les Charmes, vignes situées sur Anché dans un paysage bien ventilé et sur des sols argilo-calcaire, offrent une expression intermédiaire entre les cuvées proposées sur la rondeur et le fruit et les "grands crus". Élevage d'environ seize mois, dont sept dans des barriques de quatre à cinq vins. Les Varennes du Grand Clos, 4,5 ha qui vont du plateau et du coteau argilo-calcaire dans le prolongement de la Dioterie, jusqu'aux sols silico-argileux du bas de ce même coteau. Un peu l'emblême du domaine, qui selon les années, passe de dix à seize mois en élevage. Toujours un beau potentiel de garde et une trame aromatique souvent séduisante dès sa prime jeunesse. C'est dans le bas de ce secteur que se situaient naguère les vignes franches de pied, qui proposèrent de très beaux millésimes. Arrachées depuis quelques années, elles ont démontré que l'expérience mériterait d'être renouvelée... Affaire à suivre!

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Il faut bien sur évoquer les deux porte-étendards du domaine : le Clos du Chêne Vert, situé sur la rive droite non loin du Coteau du Noiré de Philippe Alliet, où sol et micro-climat influent sur chaque millésime et le Clos de la Dioterie, 2,5 ha de très vieilles vignes, dont certaines auraient été plantées en 1912, dotée d'une exposition nord, contribuant sans doute à la profondeur, à la finesse et à la complexité du cru. Dans ces deux cas, des cuvaisons plus longues, une extraction optimale et un élevage de douze à dix-huit mois en barriques d'un à trois vins. Ces deux vins restent la signature du domaine et il ne faut pas hésiter à donner du temps au temps, pour les apprécier pleinement, avec une cuisine de qualité. Enfin, n'oublions pas le Clos de la Plante Martin, le blanc issu de chenin comme il se doit dans la région. Un peu plus de trois hectares sur argilo-calcaire, situés à Saint Georges sur Vienne. Ici, la surmaturité est recherchée, afin d'obtenir un vin sec, gras et complexe. Élevage en barriques, un tiers neuves et deux tiers de un et deux vins.

32595106_10216189788835407_4583610534472974336_nLe Domaine Charles Joguet est donc résolument tourné vers l'avenir. Mais, après les douloureux épisodes de gel (-50 à 60% en 2016 et -40% en 2017), il faut s'armer de patience. Pour Anne-Charlotte Genet, les axes de progrès sont nombreux, "mais le risque est de ne plus avancer, tant il y a à faire..." Après la maîtrise des rendements (30 à 45 hl/ha pour l'ensemble des parcelles) et une plus grande rigueur pour obtenir une qualité de vendange optimale, un des points importants se situe dans le renouvellement du vignoble, avec une sélection massale attentive. Un suivi individualisé des ceps est en place depuis quelques années, ainsi qu'une taille très attentive pour obtenir une bonne répartition de la végétation et limiter à trois le nombre de passages en vert. Au cuvier, un contrôle des températures, avec des macérations à froid de huit à quinze jours, permet une extraction en douceur de raisins couverts de jus. De plus, suite à la réforme des agréments (on évite ainsi de jouer au chat et à la souris avec le préleveur!), ceux-ci étant repoussés du mois de janvier à la mise en bouteilles, les fermentations malolactiques se déroulent dans le temps et les soutirages sont limités à trois, ce qui permet désormais moins de manipulations, moins de stress pour les jus et une certaine stabilité aromatique, sans oublier une limitation des apports en SO2. Pour ce qui est des élevages, entre 2010 et 2012, une relation attentive a été mise en place avec trois tonnelleries (Saury, Meyrieux et Atelier Centre France) et l'utilisation de barriques de 400 litres se généralise peu à peu depuis 2013, même s'il reste encore quelques plus petits contenants. Kevin Fontaine explique que de nouveaux essais sont tentants, mais le manque de place actuel et les effets du gel contrarient quelque peu ces avancées, d'autant que de récents essais d'un chenillard dans les vignes, afin d'éviter le compactage des sols, donnent des résultats intéressants...

A la Dioterie, on a donc besoin d'un peu de temps encore, même si le domaine a, depuis plus d'une décennie, avancé sur tous les fronts. La sagesse est-elle une vertu tourangelle?... On peut le penser, parce que la douzaine de personnes oeuvrant là a résolument pris son destin en main et que chacun sait qu'il faut parfois faire des pauses, évoquer ses difficultés et soumettre à l'ensemble les idées qui font résolument avancer. Bienvenue en Rabelaisie!...

Posté par PhilR à 11:12 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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