La Pipette aux quatre vins

06 janvier 2020

Au feu!... L'Australie brûle! Et nous regardons encore ailleurs?...

Cette fois, c'est notre maison qui brûle!... Celle de milliers d'Australiens en premier lieu, mais l'incendie est à notre porte, même quand les ultimes climatosceptiques de tout poil ne voient en ce pays qu'une terre aux antipodes... Certes, ce pays a connu d'autres cataclysmes, comme on peut désormais qualifier ces incendies : en 1983, le "mercredi des cendres" avait fait soixante-quinze victimes dans les états de Victoria et d'Australie Méridionale. Pire encore, en 2009, l'Etat de Victoria avait connu un "samedi noir", au cours duquel pas moins de cent soixante dix-neufs personnes étaient décédées. Depuis vingt ou trente ans, des pics de chaleur atteignent quelques sommets, au cours de l'été australien, mais de nouveaux records viennent d'être battus.

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Photo de Ned Goodwin, Bendalong Beach, au sud-est de l'Australie

Ces crises incendiaires ne sont pas l'exclusivité de l'Australie. On se souvient des "tempêtes de feu" au Brésil, en Sibérie, en Grèce, en Espagne, au Portugal, en Californie, en Alaska, en Afrique du Sud et bien sur dans le sud de la France ou en Scandinavie et même au Groenland, ce qui ne laisse rien augurer de bon. Même si les causes sont parfois différentes. Parmi les activités fortement impactées par ces incendies, le vignoble. L'Australie est devenue le quatrième exportateur mondial de vins, notamment depuis que la Chine se révèle friande de ses rouges. Les régions situées au sud et au sud-est de l'île-continent sont considérées comme étant situées dans un secteur dit tempéré. Mais, depuis quelques millésimes, les températures estivales grimpent et les vendanges doivent être anticipées. Des recherches quant à l'implantation de cépages plus adaptés sont en cours. Mais, le goût des vins évolue et ce que certains craignent, c'est plutôt la mise sur le marché de vins médiocres. Pire encore, d'autres imaginent même qu'à l'horizon 2050, certains vignerons devront se reconvertir dans la culture de fruits à coque, beaucoup plus adaptés à la hausse des températures.

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Contactée très récemment, Emmanuelle Bekkers, une Française installée du côté de Aldinga Beach, au sud d'Adélaïde et à la tête, avec son mari Toby, de Bekkers Wine, dans la McLaren Vale, répond avec prudence et pudeur sans doute, à mon message : "Merci de votre soutien pour tous les Australiens qui sont au coeur des incendies. Je suis trop loin des zones affectées pour pouvoir commenter les incendies et même si nous avons des amis très proches qui ont tout perdu les nouvelles sont toujours incertaines. Malheureusement les incendies risquent de perdurer encore longtemps et je préfère ne faire aucun commentaire sur cette très triste et dramatique situation." Faut-il voir là ce que pourraient laisser, de traces et de cicatrices, ces évènements douloureux?... Dans quelques jours, le climat (toujours lui!) et les premières pluies automnales auront vocation à rassurer la population. Même si d'autres polémiques surgiront alors...

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Pour conclure, cette image produite sur la base de données de la NASA. Elle a déjà fait naître quelques polémiques sur les réseaux sociaux. Il s'agit d'une image en 3D réalisée par Anthony Hearsey, photographe australien. Elle situe tous les incendies qui se sont déclenchés entre le 5 décembre 2019 et le 5 janvier 2020. Soit toutes les zones où se sont déclarés des feux de brousse pendant un mois. Bon nombre sont éteints désormais. Il faut quand même rappeler que cette crise a débuté dès le mois de septembre dernier. Cette image illustre peut-être l'idée comme quoi les Australiens ne verront pas leur pays du même oeil désormais. Ils en capteront sans doute la fragilité et ne manqueront pas de s'interroger quant à son futur. On a peine à imaginer quelles seraient nos réactions d'Européens, si nous étions confrontés à un tel désastre...

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01 janvier 2020

2020, une année 20/20 ?

Que faut-il attendre d'une nouvelle année, lorsqu'elle s'ouvre?... Que faut-il souhaiter à tous ceux qui nous entourent?... Santé, prospérité, réussite... Comme il se doit! Pourtant, dans cette période de fin d'année qui nous conduit à... la galette des rois, il nous arrive parfois, un rien patraques de tous ces abus de bouche entre Noël et Jour de l'An, de craindre ce que nous réserve l'avenir. Dans une période de paix mondiale (encore convient-il d'être prudent, car trop de conflits, ouverts ou larvés, ternissent cette impression), on se prend à redouter une sorte d'embrasement, qui pourrait survenir d'on ne sait où, à moins que la Terre elle-même nous réserve des surprises à sa façon, comme ce fut le cas naguère, sur des rivages, pour le moment, lointains et exotiques...

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Prenez l'exemple du sympathique petit train à crémaillère, qui monte de la gare de Chamonix au Montenvers, afin d'accéder à la Mer de Glace. L'été, des milliers, voire des millions sans doute de visiteurs, y montent, parfois en tongs!... Heureusement, les plus mal chaussés redescendent par la même petite voie qui traverse la forêt!... On a parfois le sentiment qu'il est un peu comme une sorte d'horloge suisse (le Valais n'est pas loin!), indéboulonable, inexpugnable. Eh bien, au mois d'août dernier, un déraillement l'a immobilisé, sans faire de victimes cependant, obligeant les randonneurs à se (re)découvrir une certaine forme physique, puis fin novembre, une violente tempête de foehn s'est abattue sur la vallée, provoquant la chute de nombre de sapins sur la voie et nécessitant l'intervention (très efficace!) des bûcherons afin de dégager le passage. Enfin, peu avant Noël, de fortes chutes de neige ont certes comblé les skieurs, mais le risque élevé d'avalanche a lui aussi interdit l'accès à ce haut-lieu du tourisme, tant estival qu'hivernal!... Mais, désormais, vous pouvez tous accéder, de nouveau, à ce site glaciaire irremplaçable.

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Les évènements climatiques ou la technologie nous démontrent que parfois, il y a matière à être prudent et à se souvenir que rien n'est acquis d'avance, malgré nos sociétés hyper-protégées, leurs garde-fous, leurs sauvegardes, leurs disques durs nouvelle génération. Sans doute, en est-il de même de nous également?... A l'aube de cette année 2020, prenez soins de vous, goûtez à la vie, ne négligez rien qui puisse vous apporter le juste équilibre. Relevez les défis qui le méritent. Partagez vos rêves, surtout ceux qui ne manqueront pas de vous porter au fil des saisons, parfois au-delà de l'horizon. Bonne et belle année 2020!...

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14 décembre 2019

Le passé inspire-t-il notre présent, notre futur?... Vous avez quatre heures, quatre vins, quatre vents!...

"Les collines, sous l'avion, creusaient déjà leur sillage d'ombre dans l'or du soir. Les plaines devenaient lumineuses mais d'une inusable lumière : dans ce pays elles n'en finissent pas de rendre leur or de même qu'après l'hiver, elles n'en finissent pas de rendre leur neige." Ce sont les premiers mots, les premières phrases de Vol de nuit, d'Antoine Saint-Exupéry. Là, le biplan de l'Aéropostale ramenait le courrier de Patagonie vers Buenos Aires. Ajoutez le bruit du moteur, les vapeurs de carburant et d'huile et vous mettez les pieds dans une époque certes révolue, mais faisant un peu partie de notre monde actuel, pour ces rares aventuriers prêts à se projeter dans un avenir qui se veut meilleur. L'odeur du cuir de la cagoule du pilote, le poids des écouteurs que l'on repousse parfois sur la nuque, d'un geste mécanique, les paupières lourdes cherchant des étoiles sur l'horizon, bientôt la piste bordée de brûlots en permettant l'approche, à la tombée de la nuit... Le courrier ne mettra que quelques jours à franchir des milliers de kilomètres, alors qu'avant, il mettait des semaines.

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Source : www.argentina-excepcion.com 

Ces hommes avaient le sens de la vie. Ils marchaient à grands pas, volaient dans les nuages, lorsque certains trottaient menu sur les parquets grinçants et les tapis persans des salons d'une époque pariant déjà sur la finance (parfois la trahison d'une certaine éducation se glissait dans les mots et les phrases), ne rêvant que d'alliances mondaines souvent éphémères, quelques fois dangereuses, refusant de croire aux risques de relations internationales incertaines, fussent-elles d'un bon rapport. Nous sommes alors au tout début des années trente, l'horizon ne se pare pas encore de gris. Depuis quelques jours, les entrepôts de L'Aéropostale, du côté de Toulouse-Montaudran, reçoivent quelques victuailles et autres marchandises, avec notamment nombre de caisses de grands Bordeaux (sans doute aussi des Bourgogne) et de Champagne. Avant les fêtes de fin d'année, le courrier laissera un peu de place dans les carlingues à ces bouteilles, ainsi qu'aux toilettes proposées par le chic parisien. Les robes charleston remontent jusqu'au genou cette année, savez-vous?... En effet, certains chefs d'escales en réclament pour eux-mêmes et leurs épouses, à réception des invitations au bal du gouverneur local ou à la cérémonie des voeux de telle ou telle ambassade de France outre-Atlantique.

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La lecture de ces romans et de ces biographies se devait de me permettre de rêver. C'est un peu comme ça qu'est née La Vinopostale, cave alternative au coeur d'une petite préfecture de province. Trop petite sans doute, réclamant toujours plus de vigilance quant à son fonctionnement et son bon équilibre, freinant les ardeurs et l'enthousiasme indispensable à son développement. Pourtant, j'aurais aimé rester à la tête de cette escale sur la route de multiples découvertes, parce que c'est un plaisir intense de proposer aux amateurs, ce sauvignon espagnol vinifié en cuves ancestrales de granite, ce nectar turque apte aux alliances réveillonnesques, ce chenin (fandechenin!) du Swartland ou ces cuvées crétoises à nulles autres pareilles. Un plaisir aussi de contenter le chaland qui passe, heureux de sa trouvaille et qui va tout faire pour préserver son flacon, voire le cacher dans quelque réduit, jusqu'à cette soirée de la fin décembre, au cours de laquelle chacun veut être étonné, plus encore que les autres jours.

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Suis-je pour autant un passéiste ou un nostalgique invétéré?... Je m'en défends en tant qu'amateur, parce que ceux-ci sont toujours tournés vers le millésime à venir, toujours en attente d'un nectar, fruit d'une production novatrice voire... aventureuse, parfois. Certains de mes clients, des amateurs pointus, m'ont quelque peu flatté, en disant que ce concept avait dix ans d'avance!... Alors, si c'est vrai, je rejoins peut-être ceux qui sont à l'origine de l'Aéropostale, dont la règle était de "toujours aller voir". Un fil rouge que je fais mien, volontiers, lorsqu'il s'agit de découvrir le vignoble de Majorque ou des Îles grecques!... Le 1er mars 1931, la célèbre compagnie, lâchée par les politiciens de l'époque, sera mise en liquidation. En 1933, le gouvernement d'alors impose le regroupement des compagnies aériennes françaises sous le nom de Air France. L'aventure a continué!... Jusqu'en 2000, cette compagnie restera propriétaire, avec La Poste, de la SEA Aéropostale. Mais, pas sur que des caisses de grands crus ou des toilettes à la mode venaient alors encombrer les soutes de ces cargos modernes!...

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Fermons les yeux un instant... Il fait chaud à Cap Juby. L'avion en provenance de Casablanca vient d'atterrir. Celui à destination de Dakar, avec quelques autres escales programmées, est prêt à décoller. Le moteur tourne. Les employés de l'aéroplace passent les sacs en toile de jute de la Poste de l'un à l'autre. "Mais, n'oubliez pas d'arrimer comme il faut les malles et les caisses de vin!..." Haut-Brion 25, Latour 24, Richebourg 26... "Ils ne vont pas s'ennuyer à l'ambassade!..." sourit St-Ex', qui vient de prendre possession de bouteilles de Champagne qu'il aura du mal à rafraîchir!... Le temps n'est-il pas comme ces routes qui se croisent?... Avec leur infime et éphémère point commun, quelque part sur la Terre. A un siècle de distance ou presque, nos occupations réciproques ne sont pas si éloignées que cela, pour peu qu'on préserve une part de rêve à nos existences...

"Et le pilote Fabien, qui ramenait de l'extrême Sud, vers Buenos Aires, le courrier de Patagonie, reconnaissait l'approche du soir aux mêmes signes que les eaux d'un port : à ce calme, à ces rides légères qu'à peine dessinaient de tranquilles nuages. Il entrait dans une rade immense et bienheureuse."

"Il eût pu croire aussi, dans ce calme, faire une lente promenade, presque comme un berger. Les bergers de Patagonie vont, sans se presser, d'un troupeau à l'autre : il allait d'une ville à l'autre, il était le berger des petites villes. Toutes les deux heures, il en rencontrait qui venaient boire au bord des fleuves ou qui broutaient leur plaine."

"Quelquefois, après cent kilomètres de steppes plus inhabitées que la mer, il croisait une ferme perdue, et qui semblait emporter en arrière, dans une houle de prairies, sa charge de vies humaines, alors il saluait des ailes ce navire." Vol de Nuit, encore.

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01 décembre 2019

L'heure de la retraite sonne toujours deux fois!...

Il n'y a pas moins de deux cent quatorze ans, Napoléon déclara que cette nuit du 1er au 2 décembre 1805 était la plus belle de sa vie!... Il s'apprétait à livrer bataille du côté d'Austerlitz (au coeur de la République Tchèque actuelle, pas devant la gare!) et son armée venait d'allumer de multiples flambeaux (70 000 dit-on!) illuminant les bivouacs, comme pour saluer le premier anniversaire de son sacre!... L'épisode trompa quelque peu les adversaires, qui crurent à la retraite des armées napoléoniennes, mais il n'en était rien. L'Empereur passa une bonne nuit et, dès l'aube, lança quelques initiatives décisives sur le plateau de Pratzen. Un évènement qui confine à la légende!...

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Aucun rapport avec mon départ en retraite, me direz-vous! Et vous n'avez pas tort!... Pas plus d'ailleurs que dans le célèbre film The Postman always rings twice (Le facteur sonne toujours deux fois, en français), réunissant Lana Turner et John Garfield en 1946, mais aussi Jessica Lange et Jack Nicholson dans le remake de 1981. Ambiance torride dans le Midwest, bien loin de la froidure hivernale du centre de l'Europe... Mais, néanmoins, le point commun (on en trouve toujours un!) avec ma retraite, c'est que celle-ci s'est jouée en deux fois. En effet, étant le bénéficiaire d'un dispositif proposé par mon employeur (Orange, pour ne pas le citer) qui me permit de travailler à temps partiel pendant les cinq dernières années de ma carrière, j'ai pu cumuler mon activité pendant un certain nombre de mois, puis la cesser concrètement près de trois années avant son terme. C'était tout à fait approprié pour quelqu'un qui se découvre une âme de commerçant sur le tard, mais finalement, La Vinopostale, cave dédiée aux vins biologiques, biodynamiques et naturels ne pouvait s'inscrire dans la durée, sous cette forme incertaine...

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Cette fois-ci donc, ça y est!... J'ai reçu mon titre de pension et le courrier m'informant que j'étais, pour de bon, rayé des cadres!... Circulez, y'a plus rien à voir!... En ce dimanche 1er décembre 2019, bien loin d'Austerlitz, je me retrouve sur le quai de départ d'une autre vie... Et il y a tant de choses à faire, pourvu que Dieu me prête vie, un peu comme cette terre dont on n'est jamais propriétaire et qu'on ne fait qu'emprunter aux générations futures... Dire que les doutes sont absents serait largement exagéré. Trouver son rythme, partir vers d'autres horizons dès que possible, rester à l'écoute d'un chant d'oiseau, s'éblouir d'un coucher de soleil... Après quarante-trois années d'activité professionnelle, on aspire à autre chose. Une impression un peu bizarre, alors même que dans quelques jours, la contestation vis à vis du projet d'évolution de notre système de retraite va se mettre en place. Je n'irai sans doute pas battre le pavé, mais cette colère nous rappelle à tous et même à moi, qu'il faut faire le voeu, parfois et toute sa vie, de ne pas subir, de garder son libre-arbitre, d'exprimer nos doutes, de ne jamais craindre de parler au nom des valeurs et de la justice qui nous sont chères. Allez, restez vous-mêmes, portez vous bien et prenez soin de vous!... Et sortons le tire-bouchon assez souvent, pour goûter à la vie!...

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15 novembre 2019

Trésors des hauteurs du Minervois

Adossé à la Montagne Noire, dont il est séparé par les gorges de la Cesse, bordé au sud par le fleuve Aude, qui le sépare des Corbières, le Minervois viticole est vaste et divers. En 2008, on comptait pas moins de 4172 hectares de vignes, ce qui laisse supposer une grande variété d'expressions, en même temps que de terroirs. Entre les galets roulés de la plaine, les schistes et les grès du Causse, il est d'autant plus difficile d'évoquer une quelconque "typicité"!... En 1999, dans sa partie nord et centrale, cinq communes de l'Hérault (Azillanet, Cesseras, Félines-Minervois, la Livinière et Siran) ainsi qu'un village de l'Aude (Azille), le tout faisant partie intégrante du Petit Causse, proposent la création d'un "cru", auquel les vignerons locaux peuvent désormais prétendre, s'ils le souhaitent... Ça tombe bien, deux domaines, naguère présents dans l'offre de La Vinopostale, sont situés dans ce secteur, même s'ils ne revendiquent pas (encore) le "premier cru du Languedoc", selon l'élément de langage utilisé par la communication du syndicat local!...

Minervois

~ Brunnhilde Claux, au Domaine de Courbissac, à Cesseras ~

En sortant de table, après un déjeuner sous la pergola, au coeur de La Livinière, Brunnhilde, la vigneronne de Courbissac, nous convie à une petite découverte du Minervois, depuis les hauteurs du Petit Causse. En abordant la route qui serpente sur la crête (à moins que ce ne soit plutôt un plateau), on arrive tout d'abord dans une zone largement défrichée, semble-t-il destinée à de futures plantations, où la biodiversité locale a eu quelque peu à souffrir de l'utilisation de bulldozers et autres engins de terrassement... Nous sommes là aux environ de 350 mètres d'altitude, ce qui nous permet de contempler un magnifique paysage. Face à nous, plein sud, la Montagne d'Alaric, la table du Mont Tauch, puis plus loin, dans la brume, la chaîne des Pyrénées, le Canigou... De tout temps, les hommes ont peuplé la région. En témoignent un site néolithique proche (menhirs, dolmens et allées couvertes ne sont pas rares ici), un autre gallo-romain à Courbissac et toutes les chapelles romanes, qui assurent de la présence de la vigne depuis des siècles. Pas, à proprement parlé, un pays de néo-vignerons!...

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Un petit kilomètre supplémentaire, peut-être deux et nous gagnons de la hauteur pour atteindre la nouvelle parcelle, qui donne tant d'espoir à Brunnhilde Claux. Un léger dénivelé exposé sud, un sol d'origine marine, très riche, un vent quasi constant, le tout sur des grès, appuyés sur les calcaires de la Montagne Noire et, en premier lieu, les gorges de la Cesse. Une plantation toute récente, à laquelle la vigneronne est très attachée. "C'est la première vigne que je plante à trente-six ans! C'est tard!..." Au total, 1 ha 20 de gobelets plantés à deux mètres sur un et pas moins de huit cépages blancs : muscat, marsanne, grenache gris, terret, carignan blanc, picpoul, clairette et ribeyrenc!... A priori, nous sommes au lieu-dit Saint Georges, près du hameau de Fauzan. Peut-être parce que le dragon légendaire est dans les gorges proches... La vigne sera conduite de façon à former une sorte de canopée naturelle. Dès que possible, des arbustes divers et variés seront plantés en bordure de parcelle, afin de couper les flux de vent, certains jours. Il se dégage une grosse énergie ici. Peut-être celle qui émane d'une présence humaine très ancienne, dans cette terre de conquête, parfois colonisée.

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Le Domaine de Courbissac compte désormais dix-sept hectares, y compris la nouvelle plantation. Les vieilles vignes ont soixante ans et plus. On y accède par une petite route franchissant des gués (souvent à sec!) et serpentant entre des petites terrasses souvent plantées de vénérables vignes. La lumière diffère à chaque instant, selon l'orientation que l'on prend, sensation amplifiée par un soleil automnal. Depuis son arrivée ici, Brunnhilde semble faire corps avec ce paysage, malgré l'ampleur du travail et le défi des premières années. Elle a pris possession, si tant est que l'on puisse le revendiquer, d'un écosystème, d'une biodiversité, d'un paysage devenu un incroyable lieu de vie, pour elle et ses deux jeunes enfants, Fausto et Georges. Non loin de là, la remarquable Chapelle Saint Germain de la Serre se glisse dans le paysage, au détour d'une petite route. Une chapelle romane qui la fait rêver, depuis qu'elle fut élevée dans l'une d'elle par ses grands-parents.

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Passée par le Domaine Gauby, à Calce et par le Priorat, la vigneronne de Courbissac revendique résolument son positionnement en dehors des modes. Depuis seize ans, elle pratique les vinifications en grappes entières et c'est, pour elle, le moyen de respecter au mieux la vendange. Parfois, pour certaines cuvées, après un tri attentif, les raisins égrappés sont vinifiés dans une lente et douce macération, ou infusion. Ce qui est le plus frappant, c'est la dimension sensuelle partagée avec la vendange, le contenu des cuves même... "Le millésime 2016, par exemple, c'était une vendange césarienne!... Il fallait m'aider pour le libérer! Seule, je n'en aurais pas été capable!..." Et elle persiste et signe, avec humour : "Vigneron, c'est un travail de mec!..." Parmi les évolutions, les soutirages sont un peu plus fréquents que par le passé. Autre point essentiel, l'attention portée à l'hygiène de la cave. A ce stade, toutes les cuves sont sans adjonction de soufre, une petite dose étant admise lors des mises. Cette année, l'installation d'un groupe de froid s'est avéré essentielle. Enfin, autre caractéristique des vins du domaine : il n'y a pas la moindre dose de sucre résiduel, quelque chose qui n'est pas du goût de Brunnhilde.

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La dégustation du nouveau né, le millésime 2019, donne toute la dimension du travail accompli, de la finesse et de la sincérité des jus. Le premier, c'est un très vieux listan (ou palomino fino à Xérès) issu de vignes de soixante-dix ans. En principe, il sera associé à du terret gris pour composer la cuvée Les Traverses en blanc sec. Mais, la suggestion faite par un dégustateur de passage, de proposer le duo en vin orange, pourrait faire son chemin...  Toujours du côté des blancs, un muscat vinifié en grappes entières, issu d'une vigne de quarante cinq ans, destiné à la cuvée L'Orange. Doté de beaucoup de personnalité, il sera associé comme il se doit pour cette cuvée avec du grenache gris, de la marsanne, du terret et du carignan blanc. Le grenache, pour sa part, est doté d'une belle verticalité. A suivre, un joli mourvèdre destiné au rosé des Traverses.

En rouge, la syrah qui suit donne le la de ce que la gamme de cette couleur propose, en terme d'authenticité et de pureté d'expression, avec cette touche florale inimitable. Mourvèdre et grenache atteignent aussi une belle densité et sont francs du collier. A la vigne, soufre, cuivre et tisanes sont utilisés, le tout sans revendiquer aucun label. Au cuvier, jamais de filtration, ni aucune option technologique. "Certains, forts de leur label, ont des process et des issues étrangers à leur pensée initiale..."

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Le soleil se glisse derrière l'horizon, lorsqu'on évoque la gamme des rouges. Au-delà des Traverses (jeunes vignes de syrah, grenache et mourvèdre) et de la cuvée Les Farradjales (pur cinsault), ce que certains qualifient de "Premier cru", voire de "Grand cru", ce sont les porte-étendards du domaine : Roc du Pière (syrah de 40/45 ans et mourvèdre de plus de 65 ans, à la remarquable densité à ce stade) et Roc Suzadou (carignan de 70 ans et grenache de 90 ans), dont les échantillons 2019, en cours d'élevage, mettent la barre très haute. Ces cuvées jumelles sont potentiellement des références du Languedoc. Mais, il reste la toute nouvelle cuvée identitaire de Courbissac, dont nous avons la chance de goûter un échantillon : Notre Terre, toute entière issue d'une sélection de vénérables grenaches, vinifiés pour partie en pressurage direct, avec un ajout de grenache en grappes entières. Le tout sera logé en béton, le temps qu'il faudra. L'étiquette sera essentiellement composée d'une représentation très... expressive de Minerve (ou Cérès), déesse de la fécondité!...

Si Brunnhilde Claux n'est pas originaire de la région, elle en a cependant, selon toute évidence, capté les énergies. Elle sait aussi transmettre à ses vins la sienne, même si parfois, la vie en redemande toujours plus, afin de faire face aux divers chausse-trappes qu'elle nous réserve. Indiscutablement, la vigneronne de Courbissac sait profiter du soleil ou de l'ombre, lorsqu'elle est salvatrice. Elle sait aussi partager avec ses enfants une après-midi clémente, pour aller chercher quelques champignons. Plus tard, elle appréciera la lumière, qui lui permet de découvrir, sous un angle nouveau, le chevet de la chapelle romane voisine. Et parfois, nous régaler de ses quelques cuvées, qu'il faut s'attacher à découvrir au plus vite. Le haut du Minervois certes, mais le Minervois sensuel, presque spirituel pour le temps qu'il a traversé, fruit d'une terre sans pareil.

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~ Romain Pion, vigneron à Félines-Minervois ~

Non loin du village, dans les grottes de l'Abeurador, il se dit que quelques pépins de lambrusque, la vigne sauvage, datés de 10 000 ans ont été trouvés là, parmi d'autres graines. Rassurez-vous, il ne s'agit pas d'affirmer là que nos ancêtres peuplant la contrée étaient les premiers vignerons sur notre bonne vieille Terre, mais on peut penser que la commune la plus à l'ouest du département de l'Hérault et sur les contreforts de la Montagne Noire est appréciée, pour diverses raisons, depuis bien longtemps. Le domaine est né en 2010, d'un véritable coup de coeur du vigneron pour la région. Les premières parcelles, les plus basses (le coeur du village est situé à 150 m d'altitude environ) sont situées au lieu-dit Camplong, sur la route qui mène à Cassagnoles, petit village de montagne (430 m), où les particularités ne sont pas rares, malgré la petite centaine d'habitants. En effet, on trouve là ce qu'on appelle un quinquepoint (un point géographique où se rencontrent cinq entités administratives (ici des communes) de même niveau et distinctes, mais aussi la Curiosité de Lauriole, une route qui, par un effet d'optique, semble monter alors qu'elle descend!... Quelque chose me dit que ça doit bien plaire au vigneron de Félines, ça!... En tout cas, s'il vous parle un jour d'une route qui monte... et qui descend, vous pouvez le croire sur parole, sans craindre d'être enjominé, comme on dit en patois vendéen... et vous servir un autre verre de cuvée Rock'n'Roll, par exemple!...

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Et nous sommes en mesure de vous le confirmer, nous avons bien pris une route qui monte (avant de la redescendre, vous me suivez?...) pour découvrir les plus récentes parcelles de Romain Pion Vigneron. La vue de ce petit village où règne l'agricuture de montagne et notamment la viticulture, a quelque chose de magique. Disposant au cours des premières années de quatre à cinq hectares du côté de Camplong, Romain s'est mis sur les rangs pour acheter des raisins sur les hauteurs de Cassagnoles. Mais, sa démarche n'a alors pas abouti, même si quelques temps plus tard, on lui proposait d'acheter ces superbes parcelles. Si bien qu'aujourd'hui, le domaine atteint 8,5 ha, avec une bonne proportion de vieilles vignes sur de très beaux terroirs et même quelques friches.

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Le village est là, tout proche, mais 2,5 ha de parcelles se succèdent dans une série de petites terrasses, ou parfois, on peut admirer le travail opiniâtre des hordes de sangliers. Quatre-vingt ares d'une marsanne de quarante-deux ans, puis une autre de trente ares qui devra être replantée, puis deux autres vignes de syrah, dont celle qui alimente la cuvée Mademoiselle Syrah, le miroir en quelque sorte de Mademoiselle Marsanne, le cépage fer de lance du domaine avec l'emblématique Trois Cent Vingt, toute de marsanne composée également, avec un élevage prolongé. En plus, Romain dispose maintenant d'une autre parcelle de vieux carignans de soixante à quatre-vingt-cinq ans, qui pourront être associés à de la syrah pour Tchô Canon, ou pour autre chose. Il a même récupéré récemment une parcelle de merlot!...

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Mais le patrimoine en terme de surface de vigne n'est pas tout. En 2018, Romain et sa compagne Nolwenn ont aussi pris possession d'une maison en plein coeur du village, mais surtout d'une remise qui, une fois restaurée, lui permet de loger son cuvier rééquipé de cuves inox plus adaptées. Le tout est situé à deux pas de la petite place de la Mairie, tout près du pont franchissant l'Ognon, pont à l'autre bout duquel se situe d'ailleurs un des domaines référents de l'appellation Minervois-La Livinière, Borie de Maurel.

En moins de dix ans, on sent cette part de confiance qui pousse Romain Pion Vigneron vers plus de nouveautés, d'initiatives. Il n'y a pas encore si longtemps, il était presque étonné que l'on se réjouisse d'apprécier sa production de vins naturels proposés en Vin de France. A la vigne et au chai, pas de place pour l'aventure, si ce n'est celle qui ouvre fièrement de nouvelles perspectives. Tiens, en quelques mots, sous le ton de la confidence, il n'écarte pas l'idée de se glisser dans l'offre de l'AOP Minervois-La Livinière à l'avenir et de se confronter aux jurys d'agréments et diverses turpitudes, que d'autres fuient désormais. Mais, que ses fans se rassurent, cela ne l'empêchera pas de proposer quelque cuvée hors normes, sortie d'une vendange généreuse, à mille lieues de 2018, année pour le moins compliquée du fait des pluies abondantes, qui risquaient de mettre dans l'embarras celui qui s'est ouvert le chemin d'un futur au coeur du Minervois. Le millésime 2019 devrait en rassurer plus d'un!...


11 novembre 2019

Escapade en Catalogne du Nord!...

Cette période de l'année, qui fait passer bon nombre de nos régions de "l'été indien" de la saison des vendanges à la rudesse (parfois!) de l'hiver, est plutôt favorable aux escapades en Roussillon ou dans le Languedoc. Bi Ranci!, les (4è) Rencontres Européennes des Vins Oxydatifs Secs, se déroulait le 28 octobre dernier à Perpignan, "à cent mètres du centre du monde" et de la gare de Perpignan, guère alimentée par les trains venant du nord, vu les conséquentes inondations provoquées par le dernier "épisode méditerranéen" ou cévenol!... Pas moins de 70 domaines étaient présents, venant de plusieurs régions espagnoles (Andalousie, dont Jerez et Montilla Moriles, Valencia, dont Alicante, Castilla y Leon, Mancha et Navarra), de Catalogne (du sud! Conca de Barbera, Emporda, Montsant, Priorat, Penedes, Tarragona et Terra Alta), d'Italie (Sicile, Sardaigne et Piémont), de Hongrie, de Grèce (île de Zante ou Zakynthos) et du Portugal, avec Madère. La France était représentée par la Catalogne (du nord!), l'Occitanie, la Nouvelle Aquitaine, le Jura, comme il se doit et même la Loire layonesque!...

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La manifestation fut sans doute très proche de faire l'unanimité, au seul bémol près, pour certains, qu'il était impossible d'acheter quelques flacons, mais un salon strictement mercantile n'était sans doute pas dans les objectifs des organisateurs réunis autour de Marie-Louise Banyols et de quelques vignerons locaux. Peut-être un sujet à débattre, néanmoins, afin de fidéliser les producteurs venant parfois de loin... L'association, co-présidée par Alain Pottier (Domaine La Tourasse, à Port-Vendres) et Jacques Sire (Domaine des Schistes, à Estagel), avait bien fait les choses, dans un espace très bien adapté. Jean Lhéritier, ex-président de Slow Food France (entre 2004 et 2012), très attaché à l'idée que des vignerons du cru devaient présider aux destinées de l'association, avait bien fait passer le message. Quelques passionnés de vin et de dégustation, mais aussi quelques proches de ceux-ci, ont largement contribué à la bonne dynamique de cette journée.

Bien sûr, toute la variété des cuvées proposées à la dégustation, dans des verres spécifiquement destinés aux rancios, apportait le charme d'une telle découverte. Il fallait laisser ses certitudes au vestiaire et faire un effort de concentration, tant la complexité de ces nectars vous propulse aisément sur une autre planète!... Au-delà de cette approche gustative, on note également que parmi les grandes qualités de ces vins, figure en premier lieu, de donner l'envie de cuisiner, qu'ils suggèrent dès le premier nez!... Vous avez bien un petit guide de la cuisine catalane spéciale rancios sur vos étagères?...

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~ Domaine des Demoiselles et La Pipette, 20 ans plus tard ~

Peut-être n'avez-vous pas connu La Pipette d'avant?... Cette micro-publication très artisanale, née de l'envie de partager les découvertes, les escapades dans le vignoble, les dégustations, en bref, la passion autour du vin. Sa parution trimestrielle (à peu près!) déclenchait des envois en France et parfois, de l'autre côté de quelque océan, au titre peut-être de l'universalité du vin, de la vigne et pour tous les passionnés qui s'étonnent et aiment en parler, en tentant d'abolir les frontières. Pas plus de quatre à six pages au début, puis jusqu'à huit ou dix, voire douze, lorsque les derniers numéros parurent, au-delà de la quarantaine. Au cours du deuxième trimestre 1999, fut proposé le numéro 21. Dans l'actualité d'alors, les frappes de l'OTAN en Bosnie et la crise de la dioxine en Belgique et ailleurs... C'est si loin et si proche finalement... Et notre faculté à oublier assez énorme!...

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Nous n'avions pas oublié, malgré tout, le domaine cher à Isabelle Raoux et Didier Van Oothegem, à Tresserre, au coeur des Aspres, un petit village qui propose notamment, chaque année, fin octobre, la Festa de les Bruixes, ou Fête des Sorcières (l'histoire ne dit pas si les Demoiselles du Mas Mulès y participent!). Il était resté dans notre mémoire, aussi bien visuellement que gustativement, dans toute sa variété catalane. Avec d'autres, c'est un peu le pivot d'une viticulture traditionnelle, attachée à toutes les valeurs locales qui font l'identité de la région sang et or. La photo de la cour du mas construit au XVIIIè siècle ressemble trait pour trait à celle prise vingt ans plus tôt. Isabelle, représentante de la septième génération présente sur ces terres souvent argilo-siliceuses, est une femme de caractère, ayant une idée assez précise de ce qu'est la viticulture nord-catalane, malgré toutes les évolutions. Celles des goûts et des couleurs. Celles qui ont conduit, petit à petit, vers la préservation de toute une biodiversité et le respect absolu de l'environnement. Surtout quand les quarante hectares, dont vingt-huit de vignes, doivent être cédés, à terme, aux générations futures. Kilya, une autre Demoiselle, de la huitième génération quant à elle, sera certainement sensible à la préservation de ces terres.

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De retour au Mas Mulès en 1995, Isabelle et Didier n'y sont officiellement installés qu'en septembre 1998. L'ampleur de la tache est vite évidente, surtout lorsqu'il s'agit, pour la vigneronne des Aspres, de vinifier seule mille hectolitres, comme ce fut le cas cette année-là. Depuis, la production ne dépasse guère la moitié de ce volume, voire même le quart depuis 2018, avec les difficultés liées au mildiou notamment, ou encore aux conditions climatiques de 2019 et en particulier l'échaudage dont furent victimes certaines parcelles le 28 juin dernier, jour où la température extérieure a atteint 45 à 46°, avec sans doute, au niveau du sol, dix degrés de plus!... On imagine cette vision cauchemardesque pour Didier, qui ayant pris deux à trois heures de repos en début d'après-midi, du fait notamment de la nécessité de se lever très tôt par ces chaleurs caniculaires, découvrit grappes et feuillage littéralement passés au chalumeau!...

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Le Domaine des Demoiselles a opté pour une viticulture biologique dès 2000 et fut certifié en 2003-2004. Cette évolution était comme une évidence pour l'opiniatre vigneronne de Tresserre, mais pour qui l'étape décisive fut atteinte lorsque fut officialisée l'apparition des "vins biologiques" en 2012 et non plus seulement la transformation de "vins issus de l'agriculture biologique". Un point fondamental, que l'on aurait peut-être tendance à évacuer, surtout pendant cette sorte de période intermédiaire...

Isabelle et Didier sont aussi d'infatigables voyageurs, multipliant les déplacements dans toute la France et même à l'étranger pour faire découvrir leurs vins, mais aussi fidéliser leur clientèle. Quelque chose qui est sans doute inscrit dans les gènes de celle dont l'arrière-grand-père, Joseph, dans la première décennie du XXè siècle, quittait son pays pour aller vendre ses grenaches et ses carignans à Rennes!... Et il faisait le voyage avec sa charrette chargée de ses foudres. C'est d'ailleurs à l'une de ces occasions que le fier catalan rencontra Céline, jolie bretonne qui devint sa femme. C'était en 1909, voilà cent vingt ans!...

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Aujourd'hui au domaine, on peut déguster toute une gamme de vins, de Pierre de Lune 2018, un blanc sec à base de muscat petit grain et de marsanne qui "fleure bon les soirs d'été... de pleine lune" au Rivesaltes tuilé et au rancio sec, Evoe, sur une base de 1965. Depuis plus d'un siècle et l'époque où le Mas Mulès comptait quelque cent hectares de vignes, les vins ont certainement changé, mais on y retrouve quelques jolies cuvées fidèles à tout ce qui caractérise le pays. La moitié des parcelles sont de très beaux gobelets, ce qui dénote quelque peu dans un secteur ou de gros domaines (120 hectares et plus) optent pour un palissage de tous les cépages présents. Les Pierres Blanches 2017, 40% grenache blanc, 40% grenache gris et 20% macabeo, issue de vieilles vignes de 70 à 75 ans, cuvée illustrant toute la complexité des blancs secs de qualité de la région. La gamme Marieta, dans les trois couleurs, se veut plus légère et aérienne, sans rien renier de son identité. Du côté des rouges, une série intéressante, avec Cairo 2017, en IGP Côtes Catalanes et sa dominante carignan (70%), le reste de grenache noir, puis Le Mas 2017 (70% grenache noir et 30% syrah), qui exprime bien le style Côtes-du-Roussillon. On retrouve avec plaisir Le Partage 2014, en Côtes-du-Roussillon-Les Aspres, appellation apparue en 2003, après une longue bataille!... A partir du millésime 2015, la cuvée sera proposée en Côtes-du-Roussillon-Villages-Les Aspres et, à partir de 2017, sans doute dans une évolution intégrant des macérations plus courtes, issue aussi de vendanges égrappées. Il convient bien sûr de ne pas négliger les vins doux naturels du domaine : Dona del Sol, en Muscat de Rivesaltes, Solera, en Rivesaltes Ambré, Terra Granat 2011, en Rivesaltes Tuilé 100% grenache, ainsi que Kilya 2000 (100% grenache noir aussi, passé en barriques pendant dix ans) et Celina 2006, en Muscat de Rivesaltes. Evoe, en Rancio Sec, étant un peu le point d'orgue de la dégustation. Oh temps, suspend ton vol!... Et vous, heures propices, suspendez votre cours!... Laissez-nous savourer les rapides délices des plus beaux de nos jours!... Lorsque vous citez Lamartine dans le texte, c'est qu'il est peut-être temps de poser votre verre, ou de redemander deux doigts de ces nectars!...

Un domaine qui va donc de l'avant!... D'autant que, comme l'affirme Isabelle Raoux, "après la 24è vendange, le vin n'est pas une science exacte!" Chaque année, elle apprécie sans doute cela comme une évidence, en compagnie notamment de Brigitte Soriano, oenologue bien connue dans le région, qui l'assiste pour les vinifications depuis toutes ces années. D'autres choix, d'autres options pourront intervenir à l'avenir, comme la plantation vivement souhaitée par Didier du cépage xarel lo, afin de donner toute sa dimension catalane et sans frontière au Domaine des Demoiselles, si tant est que ce fut nécessaire!...

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~ Domaine Danjou-Banessy, à Espira de l'Agly ~

A quelques kilomètres de Tresserre, pour peu que l'on prenne, à certaines heures, quelques précautions quant à la circulation routière perpignanaise, il est possible de rencontrer les Frères Danjou, Benoit et Sébastien, toujours prêts à vous faire passer un bon moment dans leur chai à barriques enterré cachant quelques trésors. Avec leur physique de troisième ligne de l'USAP et leurs casquettes vissées sur le crâne, ils trouvent vite les mots pour exprimer leur passion, à grand renfort, ici aussi, de catalanitude, mais option nord. Comme au Domaine des Demoiselles, avec Isabelle Raoux, on mesure bien tout ce qui est inspiré par l'identité catalane, mais dans sa diversité. Si on regarde de près ce qui illustre la viticulture des Pyrénées-Orientales, vos interlocuteurs évoquent parfois à mots couverts tout ce qui différencie les secteurs de Banyuls-Collioure, des Albères, des Aspres, de l'Agly, des Fenouillèdes... C'est un peu à l'image des paysages et de la géologie, comme le montre la carte ci-dessous.

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Benoit et Sébastien Danjou ont pris conscience, voilà quelques années, des trésors qu'ils avaient sous leurs pieds, lorsqu'ils arpentaient leurs parcelles. Des argilo-calcaires, pour le maccabeu de la cuvée Coste 2018, des terres noires sur des schistes pour le carignan gris de La Truffière 2018, par exemples. La moitié des vignes est âgée de quinze à trente ans. Celles du grand-père ont entre soixante et cent vingt ans. Avec ce millésime 2018, que l'on peut découvrir encore en cours d'élevages, ceux-ci se prolongeant désormais une vingtaine de mois, au lieu de douze à quinze précédemment, il faut voir là une forme d'aboutissement. "C'est ce qu'on rêvait de faire depuis plusieurs années..." confesse Benoit. Millésime difficile s'il en est, avec un combat permanent contre le mildiou. "On s'est battu comme des morts de faim (ou de soif!). On n'a jamais pu s'absenter ensemble, il fallait monter la garde de façon permanente. Mais, quand on voit le résultat!..."

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Leurs sourires en disent long, tant ils ont le sentiment d'avoir dompté la nature, lorsqu'elle exprime son hostilité. "Coste 2018 évolue doucement sur la pierre chaude, malgré une pointe d'élevage toujours présente. Ce sera bien sur quatre ou cinq ans. Après, au-delà de six ou sept ans, le vin glisse vers les hydrocarbures!..." Ça pétrole, comme on dit parfois à propos de certains rieslings!... Le carignan gris de la future Truffière, "c'est un buvard à sols et à terroirs. Ça fait des vins sur la verticalité, avec des finales salines!..." Un cépage qu'il faut élever sur la réduction. Que celui qui n'aime pas ça, nous jette le premier verre!...

Les rouges sont tous dans un même registre de qualité. A propos des vins de cette couleur, les frères Danjou s'amusent de cette sorte de coup de génie qu'ils ont eu au terme des vendanges 2018. Il y avait finalement de belles quantités, pourquoi ne pas faire un primeur, qu'ils avait abandonné depuis au moins dix ans?... La cuvée s'appelle SuperNova. Un vin nouveau, peu ou pas sulfité, sorti un mois avant les Beaujolais Primeurs. Un pur mourvèdre, qui ne dépasse pas 10,5°. Du fruit pur glouglou, à moins que ce ne soit l'inverse!... Une partie fut même élevée pendant six mois, en vue d'une mise de printemps. C'est toujours un régal! N'en cherchez pas, "nous l'avons uniquement commercialisé dans le Triangle d'or, entre Perpignan, Toulouse et Barcelone!..." Ils sont joueurs les Danjou! En 2019, ils ont récidivé, mais avec du grenache cette fois et en très petite quantité!...

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Lors d'une précédente visite, j'avais pu découvrir l'esquisse du futur vinicole au Domaine Danjou-Banessy, quelque part entre Espira et Vingrau. Repris en 2013, le Clos des Escounils est désormais, depuis peu, leur propriété. Guère plus de 2 ha 20 sur une succession de terrasses, au milieu de la forêt. Des vignes centenaires, où seront bientôt plantés, dans une sorte d'évolution vers l'agroforesterie, des oliviers, des amandiers et peut-être d'autres essences d'arbres. Pour le moment, on trouve là principalement des vignes complantées en grenaches blanc, gris et noirs (pas plus de 6% pour ces derniers). Tout est ramassé simultanément en vue d'un pressurage direct, puis d'un élevage en foudre, pour vingt moins là encore. Ce clos, que l'on pourrait qualifier de "cru", n'est pas exempt de difficultés diverses, au point que, parfois, les frères Danjou en jetteraient leur casquette sur le sol, dans un (rare) accès de colère catalane!... L'année de la reprise en 2013, l'oïdium détruisit la récolte. En 2016, ce fut la sécheresse qui ne permit pas de ramasser une vendange significative. Les deux années suivantes, ce furent les sangliers qui se transformèrent en habiles vendangeurs!... En effet, les grenaches gorgés de sucre leur apportant leur besoin en liquide, plutôt rare ces dernières années, vu leur prolifération. De plus, non contents de grapiller, en pratiquant un égrappage attentif, ils cassent parfois les ceps, sans doute en se dressant sur ou contre eux, afin de permettre aux plus petits de trouver leur content de raisins. Bien sûr, la situation ne pourra rester en l'état et les deux frères réfléchissent à ce qui pourra endiguer le phénomène, celui-ci risquant de s'aggraver, du fait du développement des hardes dans toutes nos contrées. La présence de clôtures électriques ayant parfois montré ses limites, il n'est pas impossible qu'une solution plus solide soit envisagée...

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Pas de quoi ternir l'humeur de Benoit et Sébastien cependant, dont les vins connaissent un franc succès, malgré les petites quantités, notamment pour les cuvées telles Les Myrs (carignan) ou Les Mirandes (syrah), sans oublier Espurna (cinsault), Estaca (grenache noir) et bien sûr Les Truffières en blanc (carignan gris) et rouge (carignan noir et grenache). Il faut savoir que ses cuvées sont issues de parcelles allant de 33 ares à un hectare. Le mode de vinification n'est pas inscrit dans le marbre (égrappage ou pas), mais à chaque fois, il s'agit plus d'une patiente infusion, révélant des touches florales et une fine acidité, permettant d'inscrire ces vins pour une élégante garde. Tentez votre chance, au printemps prochain!... Que dire de plus de ce vignoble?... Monts et merveilles en Catalogne du nord!...

09 octobre 2019

Vendanges 2019 : Bordeaux rive gauche, rive droite

A ce stade, on peut qualifier les vendanges bordelaises du millésime 2019 de strictement de saison : pas de températures excessives, de rares ondées, un vent de sud-ouest qui adoucit l'ambiance et sèche la vigne en quelques heures. Mais, parfois, les choses s'accélèrent, les premiers champignons apparaissent, bientôt les ceps. Et là, il ne faut pas être grand clerc pour affirmer que le botrytis n'est pas loin. Pas celui (vainement?) attendu dans le Sauternais notamment, mais celui qui va imposer un tri drastique dans la vigne, à moins que l'on s'en accommode tant bien que mal... Osera-t-on parler de "millésime du siècle"?... A Bordeaux, cette année, deux choix étaient possibles. Vendanger tôt, en quête d'une supposée "fraîcheur", ou plus tard, après les faibles pluies de la deuxième quinzaine de septembre. Les partisans de chacune des deux tendances argueront de l'option la plus opportune au regard de leur terroir, ou de l'influence de tel ou tel conseil, ou encore de leur intuition la plus personnelle, mais il n'est pas impossible que, dès les Primeurs du printemps, on puisse constater la présence de deux "familles"... indépendamment des interventions oenologiques à venir.

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Pas toujours évident de disposer du temps voulu pour parcourir l'ensemble du vignoble bordelais. Ainsi, le Médoc et le Haut-Médoc ont été oubliés cette fois. Pour ce qui est de la Rive gauche, Graves et Pessac-Léognan donnent ici une tendance. Pour la Rive droite, Pomerol et Castillon. Bien sûr, c'est très peu, mais cela permet de capter au passage la perception qu'ont les vignerons à la tête de domaines très différents, tant pour ce qui est du nombre d'hectares que d'un certain nombre de critères : moyens, objectifs, production et sensibilité propre. A l'image ici de ce qui peut composer une flotte...

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Pour ce qui est du Domaine de Chevalier, Grand Cru Classé de Graves et de Pessac-Léognan, il s'agit plutôt là d'une sorte de croiseur quelque peu furtif, mais l'un des porte-étendards de l'appellation et de la hiérarchie bordelaise. En avançant au coeur des vieilles vignes, face aux bâtiments, le regard se porte sur cette houle verte qui semble venir du sud-ouest et s'écouler doucement jusqu'au bois proche, loin de mettre en péril le solide navire doté de la plus complète technologie. La cinquantaine de vendangeurs surfe dans les rangs serrés (10000 pieds/ha) de merlot, comme sur un mascaret fluvial. Il est grand temps de finir la cueillette, car le méchant botrytis, celui qui pourrait contraindre à un tri sévère, laisse poindre son duvet blanc.

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Il n'y a pas là matière à déclencher une alarme générale, mais cette semaine, la décision a été prise d'accélérer le rythme et de solliciter les vendangeurs jusqu'au week-end compris. Petit verdot et cabernet franc seront ramassés dans la foulée, le cabernet sauvignon ensuite, malgré quelques craintes quant à sa maturité. Sauvignon et sémillon, destinés au célèbre Blanc de Chevalier, ont été ramassés voilà quelques jours, si ce n'est quelques semaines, avec des maturités élevées, mais tout porte à croire que le potentiel est là. Les premiers prélèvements de merlot, au début de la campagne des rouges, ont laissé apparaître des degrés très élevés, comme il en va souvent des merlots de la région, depuis quelques années. Aujourd'hui, les pluies intermittentes des derniers jours (relativement faibles) ont fait grossir les baies et la pulpe des petits raisins du début donne désormais un volume de jus plus important, ce qui pourrait permettre des rendements proches de 2016. Après les deux derniers millésimes 2017 et 2018, voilà une forme de rééquilibre, qui tend à satisfaire les finances de certains crus. Ceci dit, le constat fait parfois dans d'autres secteurs (pas de noms!) laisse à penser que certains auront sans doute quelque peu tirer sur la corde, malgré la législation des appellations!... C'est humain, me direz-vous!... La nature est parfois généreuse et répond pleinement aux choix faits lors de la taille. Quant à la furtivité supposée de ce noble navire, elle n'a rien à voir avec une quelconque culture du secret. Lors d'un précédent passage, pour les vendanges des blancs en 2009, j'avais pu constater que celui qu'on surnomme "Monsieur Qualité" était le seul habilité à donner quelques informations chiffrées au sujet des vendanges et des premiers éléments de vinification. Il faut bien constater que c'est toujours un peu le cas, les éléments de langage sont toujours attentivement définis, en matière de communication. Allons voir si d'autres pratiquent cette même méthode...

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Comment définir vraiment Liber Pater?...Au-delà de la polémique liée à son prix de vente et si l'on s'en tient à ce qui flotte, ce pourrait être une sorte de prao expérimental, multicoque indonésien à l'origine, dont la version "amphidrome" peut se déplacer indifféremment en avant ou en arrière, afin de démontrer ainsi son degré d'innovation et... fuir la mitraille adverse!... Même si Loïc Pasquet en a pris son parti de ces critiques et des commentaires acerbes entendus et lus çà et là, il n'ignore pas qu'il faudra du temps pour que ses détracteurs acceptent de valider ses choix. Lui, il avance. Au moment de proposer le millésime 2015 (avec son étiquette stylisant le radeau de la Méduse des institutions viticoles!...) en appellation Graves et de lancer les vendanges 2019, qui ne manqueront sans doute pas de conforter sa vision, l'avenir qui se profile a quelque chose d'exaltant.

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Les vignes (quatre hectares actuellement) sont situées au lieu-dit Barreyre, sur l'anticlinal de Landiras, un "lieu" où l'on fait pousser et vivre la vigne depuis plusieurs siècles, selon des textes anciens. Pour exprimer ce lieu, Loïc Pasquet a planté là petit verdot et cabernet non greffés, ainsi que castets, saint macaire et autre tarnay à 20000 pieds/ha!... On est bien loin des densités en usage et des alignements sages et bien policés.

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Le petit chai à l'arrière du domicile laisse aisément supposer que nous sommes là dans le domaine de la haute couture ou de l'orfèvrerie. Certains parleraient volontiers de "vin de garage" à la vue de la porte cochère située dans cette ruelle de Podensac. En effet, cette année, du fait de la météo et du léger retard pour commencer les vendanges, le tri est extrêmement rigoureux : à la vigne tout d'abord, où les cueilleurs ont laissé de nombreuses grappes, puis au chai, où un second tri, destiné à écarter les grappes abîmées, évite d'alimenter le fouloir avec des raisins pouvant pénaliser le résultat final et enfin, sur la table vibrante permettant de ne garder que les grains foulés. "Je ne suis pas un partisan de la table de tri optique, elle ne permet pas la diversité. Sa sécurité uniformise la vendange!"

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Selon Loïc Pasquet, qui insiste pour que je brasse à pleine main le contenu de ce premier bac, on tient là un excellent millésime : "Quand on a ce toucher, ce velouté, ce soyeux de la matière première, c'est très bon signe!..." Dans la pièce voisine, sont entreposées les dolias italiennes, du grès dont l'intérieur est revêtu d'un matériau ressemblant à du verre, permettant de limiter l'apport en oxygène. Selon le vigneron, si la barrique convient aux vignes greffées, ces amphores sont la meilleure option pour les vignes franches de pied. Dans un futur plus ou moins proche, ces contenants seront entreposés à l'étage, les élevages (pas moins de deux années) se déroulant alors au rez-de-chaussée, afin d'utiliser la gravité. Au téléphone, le vigneron semble s'amuser en expliquant à son correspondant qu'ils ont récolté là, en cette première journée, de quoi produire une cinquantaine de bouteilles de Liber Pater 2019!... Au final, il y en aura bien un peu plus, mais si peu finalement!... "Liber Pater, beyond modes, beyond time", selon la devise choisie par le vigneron de Landiras!...

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Du côté de Pomerol, le Chateau Gombaude-Guillot, c'est un peu comme une goélette dont le pont en teck ferait quelque peu grincer les dents de tous les propriétaires de yachts modernes aux carènes identiques, bourrées de matériaux composites, d'électronique et d'aide à la navigation ne permettant que de passer d'un mouillage aux eaux turquoises à l'autre. De quoi faire avaler sa casquette au Capitaine Haddock!... A trois cents mètres, le clocher de l'église est le phare du plateau, sorte de port de plaisance de quatre kilomètres sur trois, où se côtoient (s'épient parfois!) les super-yachts aux noms biens connus : Clinet, Clos l'Eglise, La Croix de Gay, L'Eglise Clinet, La Fleur Pétrus, Pétrus, Le Pin, Trotanoy, etc... Que du lourd!...

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J'arrive à l'heure convenue avec Olivier Técher. Les vendanges ont débuté le 18 septembre et sont juste terminées. Désormais, il faut surveiller les fermentations en cours et prendre un certain nombre de décisions, notamment quant à la température lors des vinifications. Ici, la tendance est plutôt à ne pas dépasser 25°, alors qu'avant, elles pouvaient atteindre et même aller au-delà des 30°, comme souvent dans la région. Au même instant, Thomas Duclos pénètre dans le cuvier en effervescence. C'est l'un des membres du cabinet conseil OEnoteam, de plus en plus sollicité dans la région. Les trois associés (avec Stéphane Toutoundji, le créateur de la structure et Julien Belle) parcourent le vignoble en ce moment, ne passant que quelques minutes dans chaque domaine, distillant leurs conseils après avoir pris connaissance de la densité des jus et déguster à la volée le contenu de cuves seulement identifiées par un numéro. "Où en est la 3?..." Le conseiller, fort d'une mémoire olfactive et gustative dédiée seule aux vins en cours de création, rédige (oralement) une ordonnance pour les prochains jours, avant un autre passage.

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Certains qualifient Thomas Duclos "d'anti-Rolland"!... Ce qu'il n'apprécie guère. Il y a désormais une volonté à Bordeaux, qui est de proposer des vins "buvables" et pas seulement "dégustables" dans certaines occasions. Thomas Duclos et d'autres proposent désormais de vendanger plus tôt, mais davantage pour faire prendre conscience aux propriétaires de toute la diversité de leurs parcelles, celles qui apportent naturellement cette "fraîcheur", du fait de la nature de leur terroir et celles qui délivrent plus de structure, de fond. Il n'est donc plus question de collecter des raisins aux degrés records, aux arômes quelque peu confiturés, donnant des vins un rien monocordes et aptes à satisfaire un certain type de dégustateurs. Bordeaux et chacune de ses appellations prestigieuses doivent révéler au monde toute leur diversité. Les domaines doivent tout mettre en oeuvre pour souligner leur identité propre.

A Gombaude-Guillot, le millésime 2000 fut le premier certifié en agriculture biologique et la biodynamie y est pratiquée depuis 2006, sur les 7 ha 60 du domaine. Un engagement fort, aux accents loyaux et constants, après six générations d'hommes et de femmes depuis 1860. Sur le plateau, au coeur des 800 hectares de l'appellation, les graves siliceuses et le sous-sol argileux sont un support hors normes, lorsqu'il s'agit d'extraire la quintessence d'une expression, au point de renforcer parfois les trémolos dans la voix des amateurs. Ah, Pommmerrrol!... Mais, Gombaude, de par ses vinifications des plus naturelles, pourrait être considéré comme un témoin de notre époque, une sorte de vin étalon de la prestigieuse appellation en ce début du troisième millénaire. La part d'inconnue ne manquerait pas d'être gommée, si quelques-uns des voisins optaient pour une telle démarche (loyale et sincère) à leur tour, mais ceci est une autre histoire...

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Non loin de Castillon la Bataillle, Clos Louie, c'est plutôt un frêle esquif (à peine trois hectares en deux secteurs) que Pascal Lucin manoeuvre dans le port de Saint Émilion (et satellites). Il connaît bien la Côte et le reste, d'autant qu'il y est de plus en plus sollicité pour ses activités d'oeno-conseil, comme notamment au Château Daugay, propriété de la Famille Grenié, naguère partie intégrante de Château Angélus et qui vole de ses propres ailes depuis quelques années. Sans doute une piste à suivre à l'avenir!... Sa présence au Château Grand Pontet (on mange bien à la table de Madame Pourquet!) lui laisse somme toute le temps d'apporter tout le soin à son micro-domaine, dont les parcelles sont situées à St Philippe d'Aiguilhe et près de son domicile, à St Genès de Castillon.

Quelques messages successifs, au cours de cette période de vendange, ont donné le ton du millésime. Tout d'abord le 12 septembre : "Ce que l’on peut dire, c’est que nous sommes gâtés par le temps !!! Températures nocturnes basses pour conserver les arômes et journées chaudes pour concentrer. Une chose à souligner, ce sont les rendements plutôt généreux et l’état sanitaire top pour ceux qui ont bien travaillé. Pour Clos Louie, on va voir quand vendanger car on veut éviter les gros degrés."

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Une douzaine de jours plus tard, ça se précise : "Un petit mot sur la situation des vendanges. Pour Clos Louie, nous vendangeons samedi (28/09). Les analyses sont correctes : 14 d’alcool et 3,32 de pH, donc des moûts acides, ce qui est top ! On est à un pic aromatique, fruit frais des plus intéressants, à suivre !... 22 mm de pluie sans gravité. A St Émilion, la plupart commence en milieu de semaine." A peine deux semaines encore et le premier bilan de la cueillette, puis des premiers temps de vinification, permettent de croire à un très beau millésime : "Clos Louie 2019, en gestation : premier jour des vendanges, le 28/09 : raisins exceptionnels, très sains, murs sans excès. 14,14° d’alcool pour 3,32 de pH, dans les vieilles vignes de St Philippe. 14,40° et 3,42 de pH pour les merlots de St Genès, raisins éraflés, gardés entiers, décuvage au seau. Pas de levurage bien sur. Extraction uniquement par pigeage aux pieds. Cabernet franc et cabernet sauvignon récoltés mercredi 2 octobre : 14,5° d’alcool et 3,50 de pH. Beaucoup de goût dans ces raisins. Même vinification, sans groupe de chaud ou froid, respect de la matière et adaptation au millésime." Les dés sont jetés!... Rendez-vous dans quelques semaines, pour se faire une première impression du potentiel de ce qui semble être ici un très beau millésime.

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PS : pour compléter ses informations (et impressions) strictement bordelaises, un message de Olivier B, vigneron du côté du Ventoux, en date du 11 septembre : "Après moins 70%, gel en 2017 et moins 90%, mildiou en 2018, il semblerait que 2019 veut me sourire. Une année plus conforme à ce climat du Ventoux, avec soleil, mistral et une pluviométrie correcte malgré l'épisode caniculaire qui n'a pas fait de réel dégât ici. Un seul traitement sur les vignes (300g de cu et souffre mouillable) plus pour ma conscience après une pluie de juin avant fleur, que pour la vigne et deux poudrages sur Roussanne, sensible à l'oïdium au stade D-E et floraison. 15 mm le 1er septembre et 10 hier vont aider les baies à grossir. Chaque jour qui passe est un jour de gagné ici ou tout peut partir en 24 ou 48h (cf 2002). L'état sanitaire est parfait malgré la charge moyenne+ (photos ci-dessus du 2 septembre) voulue à la taille après la non récolte 2018. Vendanges prévues les 20-21 septembre pour les blancs et aux alentours du 6 octobre pour les rouges, si tout se passe pour le mieux. Yalla on y croit..."

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11 septembre 2019

Un jour, parce qu'y a rien qui dure toujours! Y'a rien qui soit toujours pareil!...

J'ai commencé à écrire cet article, ce post le 11 août, soit un mois avant ce 11 septembre, date de mon anniversaire, le soixante-deuxième pour ma part (comme le temps passe!). J'étais seul à Saint Magne, pour une sorte de mission de gardien de phare, au coeur des Landes Girondines. Un endroit qui a tout pour lui, qui gagnerait sans doute à être connu à plus d'un titre (mais que l'on garderait volontiers pour soi!), même quand on n'a pas lu le livre de Jean-Paul Kauffmann, La Maison du Retour et où le vent agite élégamment tous les acteurs de ce paysage vert, pins, chênes, olivier, rhododendrons, frangipanier et bambous du jardin... Le matin, j'avais fait bouilloter gentiment une jolie confiture d'abricots et même quelques petits pots d'un chutney destiné aux grillades estivales ou au foie gras des journées d'hiver, lorsque la température glaciale réfrigère cette contrée supposée si tempérée. Mais, la forêt surprend toujours en décembre ou en janvier par sa froidure matinale. Peu avant midi, j'avais sollicité Alexa et depuis elle me repassait tout le répertoire de Michel Jonasz. Y'a rien qui soit toujours pareil!... Que des chefs d'oeuvre!...

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Parfois, aux confins de la Gironde et des Landes, le vent tombe au point que plus rien ne bouge... Le seul bruit qu'on perçoit, c'est celui qu'on fait en nageottant, façon nageur de combat en retraite, dans la piscine dont l'eau est proche de trente degrés, suggérant quelque lagon lointain, à la turquoisité troublante. Tiens, à propos, le Rainbow Warrior III est présent au port de la Lune, à Bordeaux, depuis quelques jours!... Quand on pense à nos réflexions actuelles et à nos constats (parfois nos combats!) quant à la santé de notre planète et celles qui étaient d'actualité en 1985!... Essais nucléaires dans le Pacifique!?... Les générations futures nous le pardonneront-elles?... Tiens, Michel Jonasz était au Palais des Sports, cette année-là!... Puis, il s'est mis à pleuvoir, tôt le dimanche matin. Une bonne pluie, comme en rêvaient les vignerons bordelais, pour aller vers des rendements "corrects" pour ce millésime 2019. Alors, en attendant que le soleil revienne, j'ai repris le cours gondolieresque de mon livre du moment, encore un Kauffmann, Venise à double tour, sorte de roman policier qui arrive à son terme tant bien que mal, parce qu'une telle (en)quête (à mi-office) porte en elle le germe d'un semi échec... Que Venise ouvre toutes ses portes, celles des églises fermées, à celui qui voulait en faire un livre qui ne soit pas un catalogue, mais plutôt un guide de l'inaccessible, c'était comme la recherche d'un éditeur qui croit en votre projet, mais qui ne signe jamais le contrat attendu... "C'est pourtant une superbe idée!..." Mais...

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Mais, y'a rien qui soit toujours pareil!... Y'a rien qui dure toujours, même l'échec!... Et, y'a peu de chance qu'un dinosaure de la blogosphère vinique (fut-il the last!) ne soit mat avant l'heure!... Après tout, si la ligne d'arrivée, là, si proche, se dérobe, c'est qu'il y a bien quelques raisons... Et là, une semaine de solitude ne fait que vous renforcer. Pas sur des idées qui, au final, pourraient se révéler n'être que des blocages, mais parce qu'au fond, on ne gagne pas forcément parce qu'on a raison. Ou parce que la raison est toujours supérieure à la passion. Il faut simplement décider de continuer à avancer, parce qu'un jour, y'a rien qui dure toujours, y'a rien qui soit toujours pareil... Bien sûr, lorsqu'on se lance dans un tel projet, on le fait un peu pour soi. Beaucoup?... Vous croyez?... On se nourrit de l'inconnu, de ces voyages qui n'aboutissent pas exactement où on l'espérait... Lisez Kauffmann et vous comprendrez!... Les rencontres vous nourrissent aussi, celles que l'on provoque parce qu'elles sont listées sur un carnet de voyage, mieux qu'un agenda, celles qui surviennent au détour d'un chemin, sur une île grecque ou au coeur de la Crête, au moment où on s'y attend le moins, sous la tonnelle d'une paillote locale... On se dit alors qu'il faut mettre du vent dans le récit, celui qui gonfle les voiles ou celui qui donne une lumière particulière au paysage sous nos yeux... Et que dire alors de l'envie de partager tout cela dans un récit d'escapade!...

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Mais, la quête, si elle est un peu le chemin que l'on parcourt et qui enrichit, on a besoin de la voir aboutir. Pas par satisfaction personnelle égocentrée, mais aussi pour tenter de capter dans le regard de vos interlocuteurs quotidiens ou pas, ce qu'ils puisent dans le votre, forcément plus intense, puisqu'il se charge de toutes les lumières bleues du monde. Et puis, partager le contenu, c'est au-delà de la quête. A quoi bon être riche d'images, si c'est pour les enfermer dans une carte-mémoire ou un quelconque cloud?... Il y a déjà bien assez de nuages comme cela dans notre vie!... Alors, certains jours, il faut décider de partir, même quand la conjoncture nous freine...

Alors voilà! En cette mi-septembre, me voilà transformé en procrastinateur!... J'ai un buffet à peindre, je fais des confitures, la corvée des courses en tous genres n'en est plus une, je sors Horta faire un tour, à moins que ce ne soit l'inverse... Mais, je sens bien qu'y'a rien qui dure toujours, y'a rien qui soit toujours pareil!... Peut-être faudra-t-il que je saute dans un avion qui vole vers Venise, histoire d'aller contempler... les vignes d'Orto di Venezia, sur l'île de Sant'Erasmo, considérée comme le potager, mieux le jardin de la cité vénitienne et ainsi continuer ma quête.

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Celle-ci pourrait se conjuguer en mode Adriatique au départ de Venise : Hvar, en Croatie, Céphalonie et Zante, en Grèce et pourquoi pas Ithaque, voire Corfou, ces dernières dans les Îles Ioniennes... A moins que le sud de la Corse et la Sardaigne... Attention au départ!... C'est certain, un jour, y'a rien qui dure toujours, y'a rien qui soit toujours pareil!...

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09 septembre 2019

Les grandes marées approchent : recette des ormeaux en bocaux!...

La publication, voilà quelques années, d'une partie de pêche aux ormeaux, ainsi que l'évocation de dégustations succulentes de ces mollusques me valent de nombreuses visites sur le blog, principalement au moment des grandes marées d'équinoxe, favorables à la pratique de cette pêche. Après le coefficient 113 du 1er septembre dernier, les pêcheurs à pieds attendent avec impatience le lundi 30 septembre, avec un 116 qui se veut favorable!... Il s'agira là de l'équinoxe d'automne et du plus fort coefficient de l'année. Une aubaine, notamment si les conditions anticycloniques sont toujours d'actualité et les vents favorables, afin que la mer se retire et que certaines zones rarement découvertes soient accessibles aux plus téméraires. Mais attention!... La pratique n'est pas exempte de certains dangers et se retrouver sur un ilôt qui sera recouvert par la marée montante en quelques minutes peut vous mettre gravement en péril!... Sans oublier non plus la réglementation en vigueur : " L’ensemble des récoltes faites doivent, de plus, toujours être limitées à la consommation familiale du pêcheur (les volumes doivent être « raisonnables »)." Pour les ormeaux, la récolte journalière est limitée à vingt spécimens de neuf centimètres minimum, pêchés à la main ou à l'aide d'un crochet, ou croc à crabe. Rappelons que la plongée (apnée ou bouteille) est rigoureusement interdite, sauf pour les rares pêcheurs professionnels disposant désormais d'une aussi rare licence.

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Il me faut donc me glisser exceptionnellement sous la toque de Patrick Cadour, animateur du blog Cuisine de la Mer, afin de répondre favorablement à une récente demande d'une de mes lectrices. En effet, cette dernière constate que certains parlent de cette fameuse recette d'ormeaux en bocaux, mais que l'on ne trouve nulle part une méthodologie précise. Heureusement, notre grand-mère bretonne et trégorroise ratait rarement les grandes marées, notamment celle de l'équinoxe de printemps, qui lui permettait alors (je vous parle d'un temps...) de descendre dans la grève, de retourner quelques rochers (attention! si vous les retournez, vous les remettez en place ensuite) et de ramasser son content de coquillages. Ensuite, en prévision de la visite estivale d'enfants et petits enfants, peut-être en faisait-elle rissoler quelques-un dans la cheminée, mais l'essentiel était mis en bocaux, pour des dégustations futures. Et là... Il suffisait d'ouvrir ses papilles et de savourer en silence...

Donc, il faut avant toute chose préparer un court-bouillon avec du thym, du laurier, du persil, des oignons, du citron et des carottes coupées en morceaux, le tout bouillonnant une trentaine de minutes. Il convient ensuite de laisser refroidir ce court-bouillon et d'y plonger les ormeaux attentivement nettoyés, pour une durée relativement courte (environ dix minutes après reprise de l'ébullition). Quoi qu'il en soit, il convient de vérifier avec une pointe de couteau ou une fourchette le degré d'attendrissement des mollusques. Les bocaux doivent alors être stérilisés, puis on y plonge les ormeaux avec trois quarts de court-bouillon et un quart de vinaigre blanc. Il faut ajouter ensuite quelques petits oignons blancs (grelots), des morceaux d'une carotte pré-cuite et quelques clous de girofle.

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Voilà! Regardez, le soir tombe!... Installez-vous sur la terrasse, ouvrez un de ces bocaux, servez-vous un vin blanc sec de bonne origine, demain est un autre jour... Ces instants de torpeur estivale vous sont offerts par La Pipette aux quatre vins!...

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04 septembre 2019

Vendanges 2019 : premiers échos du vignoble

Les premiers jours de septembre ont pris une teinte quasi idéale pour les vignerons : nuits fraîches, belles journées ensoleillées, avec des températures montant graduellement jusqu'en fin d'après-midi. La météo semble stable, pas de vent et aucune précipitation ravageuse... Mais, parfois, c'est peut-être là que le bât blesse. Pour ce qui est, plus précisément, des (très) faibles précipitations enregistrées pendant cet été, ici où là. Été indien ou pas, certains vignerons vont devoir composer avec un millésime que beaucoup qualifient d'étrange... N'en doutons pas, les disparités seront de mise d'une région à l'autre!...

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Merci tout d'abord à ces vigneronnes et vignerons qui prennent le temps de répondre à mon message. Certains sont au coeur de la cueillette 2019, d'autres dans les starting-blocks, les derniers espèrent une perspective favorable, tant la météo du moment semble solide, rares sont ceux, mais il y en a certainement dans certaines contrées, qui ont terminé.

Dès le 2 septembre, c'est Hélène Thibon, du Mas de Libian, en Ardèche, qui nous communique ses impressions : "Les vendanges ont débuté le 26 août, date normale pour nous. Le gros va se couper cette semaine (36). Ce qu'il faut retenir du millésime, c'est la sécheresse, puisqu'il est tombé seulement 140 mm d'eau depuis le 1er janvier!... Les grains sont tout petits mais très sains. Belle acidité, du fait des nuits fraîches de la fin août. Encore plus fraîches ces jours-ci, ce qui laisse augurer d'une belle maturité sur les grenaches. Pour le rendement final, rendez-vous à la fin des vendanges!..."

69264660_2408421349239780_642399817535848448_nLe même jour, Guillaume Bodin, vigneron auprès de Marie-Thérèse Chappaz, à Fully, dans le Valais, nous donne une tendance quelque peu différente de celle captée dans le vignoble français : "Nous vivons une année assez compliquée en Valais avec, contrairement à nos amis français, beaucoup d’eau… Ce qui est une exception ici dans ce creux de montagne. Nous avons eu deux orages de grêle début août et mi-août, qui ont touché la moitié des parcelles à hauteur de 10-15% sur deux des trois secteurs principaux du domaine, c’est la première année depuis trente ans que Marie-Thérèse voit de la grêle sur vigne en Valais !..."

"Les vendanges s’annoncent compliquées avec des développements de pourriture par endroit, que nous avons limités manuellement avec l’équipe du domaine, la drosophile suzukii fait gentiment son apparition sur les cépages sensibles alors que nous sommes à trois semaines des vendanges mais nous gardons le moral, tout en restant constamment sur le qui-vive… Une vraie année de vigneron où il n’est pas possible de relâcher la pression". Gageons néanmoins que Guillaume trouve le temps d'évacuer quelque peu cette pression en escaladant d'ici-là les superbes voies tracées sur le granite des non moins superbes aiguilles de Chamonix!... Un vigneron qui n'a guère peur du vide, ni de la verticale!... Mais, travailler avec Marie-Thérèse, c'est tutoyer les sommets au quotidien, non?...

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Le 2 septembre également, Virginie Joly, de la Coulée de Serrant, à Savennières, faut-il le rappeler, s'inscrit dans un calendrier mobilisant les vendangeurs au cours de la deuxième quinzaine de septembre. Mais, les aspects positifs de cette phase de météo idéale en cours, ne permet pas d'évacuer les difficultés liées à la sécheresse : "2019, millésime pour le moins intéressant. Nous avons perdu environ 60% de la récolte sur nos parcelles de Savennières, et peut être 10/15% sur les parcelles de Roche-aux-Moines et Coulée de Serrant, globalement moins gélives. Un seul et unique traitement cuprique pendant la saison, du jamais vu, accompagné de 2 traitements au lait (anti mildiou et anti oïdium)!..."

"Une grosse campagne d'arrosage pour les complants par contre, la climatologie était idéale pour les maladies, mais beaucoup beaucoup moins pour la survie des jeunes et les moins jeunes ont subi aussi. Sur les deux mois d'été, un cumul de 20 mm d'eau totalement insuffisant, la situation se débloque un peu avec la rosée et heureusement les nuits fraîches désormais. Prévision de vendange entre le 15 et le 20 septembre, à affiner bien sûr."

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Le lendemain, 3 septembre, Olivier Humbrecht, du Domaine Zind-Humbrecht, présent à Turckheim et sur quelques magnifiques terroirs alsaciens, se montre plutôt optimiste : "Les vendanges s’annoncent plutôt belles en Alsace, après un épisode de fortes chaleurs au printemps et en juillet, nous avons eu des pluies salvatrices à partir de la fin juillet. Les vignes sont bien vertes et ne montrent pas de trace de stress hydrique comme en juillet."

"Les acidités sont encore hautes et la maturité avance à grand pas pour une récolte de taille moyenne à faible selon les terroirs. Le début des vendanges pour les secs est prévu le 12 septembre mais je suppose que cela commencera vraiment qu’autour du 20 septembre pour certainement s’étirer jusqu’à mi-octobre."

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Fortunes diverses!... En ce même 3 septembre, c'est ce que nous inspire le message de Laura Semeria, du Domaine de Montcy, à Cheverny, dans le Loir-et-Cher, patrie du cépage romorantin, cher à François 1er, selon la légende!... Une précédente rencontre, au printemps dernier, avait permis à la vigneronne chevernoise de faire discrètement part de sa perplexité quant aux météos printanières de ces dernières années. Des gels tardifs à répétition, de fortes chaleurs précoces, des précipitations parfois importantes... Au moment de se lancer pour les vendanges 2019, Laura ne semble pas avoir retrouvé sa pleine sérénité : "Les vendanges s’annoncent sèches. Ici il n’a pas plu depuis juin. Trois épisodes de gel durant le printemps, la sécheresse maintenant…. Un millésime très étrange... Les gamay grillent sur pieds !… Je n’avais jamais vu ça. On attend le premier pressoir (semaine prochaine) pour voir s’il y a quelque chose… De toute façon la pluie ne sera pas au rendez-vous !..."

69845882_2427912207531537_6771670087138017280_nToujours le 3 septembre, quelques nouvelles du Bordelais, avec Antonin Jamois, de l'Île Rouge, à Lugasson, du côté de l'Entre-Deux-Mers. Quelques informations précises quant à la santé du vignoble, en prévision du début de la cueillette, lors du week-end des 7 et 8 septembre : "Ici il a gelé deux fois en avril et mai. Un tiers de la récolte a donc malheureusement disparu. Il y a cependant quelques repousses sur les merlots qui permettront de conserver un peu d'acidité et de fruit s'il le fallait à l'assemblage. Cette portion de parcelle sera vendangée séparément et plus tardivement. Pour le reste la situation est meilleure, l'année s'est relativement bien passée. Le temps a été sec, probablement un peu trop et je crains d'avoir trop peu de jus. Mais le mildiou n'a pas été virulent et la vendange restante est dans une excellente situation sanitaire. Les merlots ont coulé car les conditions fraîches et humides sur la fleur n'ont pas permis une fécondation parfaite. De fait les grappes sont lâches, aérées, ce qui laisse augurer des petits rendements, mais une qualité assez exceptionnelle de la vendange, car la pourriture ne pourra que difficilement se développer."

"Les castets [NDLR : cépage ancien bordelais en cours de réintroduction dans certains domaines de la région] me posent plus de problème, la fleur plus tardive (mi-juin) s'est réalisée sur un temps sec. La fécondation est totale, les grappes sont très compactes et je crains des foyers de pourriture au sein des grappes. Je vais les surveiller de près et je ne tarderai pas trop à vendanger si le temps se dégrade. Je prévois l'année prochaine, si les conditions étaient identiques, de proscrire tout rognage sur ce cépage pour limiter la compacité des grappes."

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"Mais les conditions météo annoncées sont idéales ; un temps sec mais frais la nuit avec de grands écarts thermiques entre jour et nuit. L'acidité est belle et devrait être conservée par ce temps rêvé de maturation. Bref ici, après une année de labeur et malgré quelques aléas, j'ai beaucoup d'espoir pour ces prochaines vendanges. J'espère faire encore mieux l'année prochaine mais si je rentre tout ça, je serai déjà très heureux. Les merlots sont aujourd'hui à 12,1° potentiels et 5,45 d'AT et les castets à 10,6° et 6,3 d'AT. Je prévois, dès ce week-end, une vendange précoce sur merlot pour élaborer un pétillant et les week-ends suivants, j'étalerai les vendanges pour réaliser une cuvée en macération carbonique et une cuvée plus bordelaise à élever pour la garde."

20190822_192812En guise de conclusion de cette première salve vigneronne, en ce 4 septembre, un tour d'horizon de la situation en Champagne, avec Benoit Tarlant, à Oeuilly, fief des Champagne Tarlant. Pour illustrer ce curieux millésime, un cliché (à gauche) des raisins échaudés le 24 juillet!... Là encore, le cycle de la vigne ne s'est pas déroulé dans la plus grande sérénité : "Ici, les vendanges sont de plus en plus proches, je pense d'ici mardi prochain 10 septembre (à voir si le démarrage se fait avec toute l'équipe, ou en petit comité)."

"La saison fut épique par ici. Dans la vallée de la Marne, nous avons évité les gros gels d'avril. Seul le 5 mai nous a fait frémir de froid dans les bas de coteaux, mais sans être radical. Le printemps a commencé de manière assez humide, avec une pression mildiou et oïdium qui s'installait (ce qui ajoutait un stress pour mon équipe, depuis que l'ensemble du domaine est en conversion et plus seulement les approches parcellaires). Mais nous étions sur le pont pour faire face, avec des passages intégraux au chenillard."

"Cependant, à partir de fin juin, on est entré dans un cycle quasiment inverse, avec les différentes vagues de canicule. La première nous a aidé à contenir le mildiou, mais la deuxième (fin juillet) est devenue fatale pour les raisins exposés au soleil du sud-ouest. Un échaudage on ne peut plus brutal s'est déroulé, et les raisins sont passés de début de nouaison à sec, sans intermédiaire!... Des pertes qui oscillent entre 10% et 40% selon les lieux-dits, les expositions, les inclinaisons... Tous les raisins au levant sont restés intacts et en bonne forme, profitant de ces conditions chaudes pour aller vers la maturation avec une belle dynamique. On imaginait, vue le démarrage de la saison, une vendange de mi à fin septembre, mais l'accélération de prise de sucre nous fait réagir et anticiper un peu le démarrage. Mais on verra... C'est à présent la maturité phénolique qui va nous guider, et qui va donner l'empreinte de réussite à ce millésime."

Comme on peut le constater, les impressions, chez certains vignerons, laissent supposer, pour peu qu'on lise entre les lignes, de beaux espoirs en vue d'une production de qualité. Il est vrai que, au vu des conditions climatiques du moment, les vins dits de garde, aussi bien blancs que rouges, soutenus par une belle acidité, pourraient faire de belles bouteilles, si toutefois la maturité phénolique (anthocyanes et tanins) est atteinte, sans oublier la maturité physiologique (équilibre acidité-sucre) souvent essentielle. N'allons pas jusqu'à affirmer que les vignerons jouent à la roulette russe, mais les choix ultimes sont bien souvent une question de feeling!... A suivre!

PS : pour information, si vous souhaitez goûter aux vendanges "pour de vrai" et si vous êtes dans la région, vous pouvez passer une demi-journée au Domaine d'Anglas, à Brissac, au bord de l'Hérault. Un camping très agréable, mais aussi un domaine viticole bio, qui vous permettra de devenir un apprenti vigneron pour quelques heures!...

Posté par PhilR à 17:27 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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