La Pipette aux quatre vins

11 septembre 2017

Escapade dans les Iles grecques : Tinos, Samos, Icaria, Patmos...

Au coeur de l'été, même lorsque la chaleur ambiante incite au farniente plutôt qu'à la lecture des quotidiens et que le quotidien se limite aux bains de mer et au choix des boissons fraîches, à l'heure de l'apéro entre amis, sur les terrasses ombragées de nos lieux de villégiature, il faut parfois garder un oeil sur ce que nous propose la presse. Ainsi, la série intitulée par Le Figaro, Vignobles avec vue sur mer, avait de quoi... vous pousser jusqu'à la plage!...

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La plage, mais aussi les très beaux vignobles dans des coins improbables, ceux qui vous font aimer la Terre!... Des endroits où vivent des hommes passionnés et passionnants, ayant sans doute refusé la facilité (à supposer que le métier de vigneron soit facile quelque part!) et qui sont prêts à relever les défis les plus ardus. Certes, quand le dos devient douloureux, d'aucuns n'ont qu'à poser les yeux sur le paysage qui les entoure et ils retrouvent l'énergie indispensable, pour mettre en valeur ces vignes ancestrales ou restaurer les terrasses construites par les anciens.

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Alors voilà!... Après quelques échanges fructueux (la magie d'Internet!), rendez-vous est pris pour les premiers jours d'octobre. Grâce à Ewen Forner et Jérôme Binda, du Domaine de Kalathas, à Tinos, mais également avec l'aide de Jason Ligas, installé en Thessalonique, largement investi dans les vignobles des Cyclades et sans doute aussi, référent désormais, en matière de vins naturels en Grèce, un itinéraire inter-îles prend forme : Tinos, Samos, Icaria, Patmos...

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Que la lumière incomparable des îles soit!... Au programme donc, à compter du 5 octobre prochain, Tinos, à un jet de pierre de la (trop?) célèbre Mykonos. Le meltem, vent du nord caractéristique des Cyclades, y règne en maître. La mythologie en a fait la demeure d'Eole. Un bon plan pour tous ceux qui veulent se laisser porter par le vent!... De la vigne aussi, celle du Domaine de Kalathas, mais aussi celles des "papous" (à suivre!). Une géologie qui semble propice à l'expression et à la typicité des vins. En effet, on y trouve, dit-on, les micaschistes (du marbre aussi), le granit, mais aussi les amphibolites et la serpentine verte (c'est très Muscadet tout ça!). C'est aussi un important lieu de pèlerinage pour les orthodoxes grecs. Parfois, on y voit des pénitentes monter à genoux, l'avenue qui mène du port à l'église de Magalocharis dominant la ville, dans l'espoir d'expier leurs fautes, accompagnées parfois de leurs maris, qui eux, montent debout!... Les hommes pèchent moins, c'est bien connu!...

20170721_154608Dans les Cyclades, il est relativement aisé de se déplacer d'île en île. On prend le ferry un peu comme le bus, pour peu que l'on prenne bien en compte les lignes et les horaires. Parfois, on peut aussi utiliser les lignes aériennes intérieures, assez pratiques et permettant de gagner du temps, lorsque le séjour est plutôt intense. Ce qui n'empêche pas de goûter pleinement aux journées et aux soirées gourmandes.

Le début de semaine devrait être consacré à Samos, grâce à Jason Ligas, qui est ici un peu chez lui. C'est l'île la plus proche de la Turquie. Ici, se côtoient l'hyper-tourisme et un arrière-pays souvent viticole. L'ouzo de Samos est bien connu, mais surtout le muscat, une production incontournable qu'on ne peut évacuer. Il faut dire que Dionysos en personne, enseigna, semble-t-il, les secrets de la viticulture aux Samiotes. La déesse Héra, soeur et femme de Zeus, y aurait vu le jour. C'est aussi la terre natale d'Esope, bien connu pour ses fables et de Pythagore, célèbre pour son fameux théorème et ses tables de multiplication, mais aussi du philosophe Épicure, que l'on ne saurait blâmer!... Et là, certainement des richesses viti-vinicoles à découvrir.

Autre moment très attendu, avec le passage sur Icaria, située à dix mille nautiques de Samos, comme elle faisant partie des Iles du Nord de la Mer Egée. La légende précise que son nom viendrait au fait qu'Icare serait tombé dans ses eaux, pour s'être trop approché du soleil. Mais, c'est une île attractive à plus d'un titre. D'abord pour la réputation de ses vins, avant que le phylloxera ne survienne, dans les années soixante, mais aussi pour la richesse de sa flore et de sa faune (nombreuses espèces endémiques), l'humanisme de ses habitants, notamment pendant la guerre civile (1945-1949) et bien sur, la longévité des Icariotes, puisque cette île fait partie des cinq "zones bleues", ces endroits du monde où l'on compte une proportion bien plus forte de centenaires qu'ailleurs, avec la Sardaigne, une région du Costa Rica, Okinawa, au Japon et Loma Linda, en Californie. Côté vins, la journée passée sur cette île devrait nous permettre de découvrir le Domaine Afianes, un rendez-vous à ne pas manquer!...

Enfin, si le timing serré le permet, un petit détour par Patmos est également programmé. Cette île fait partie de l'archipel du Dodécanèse. Elle est connue notamment pour son festival international du film et pour être aussi un lieu de villégiature de quelques stars du grand écran. Mais, c'est surtout là que se situe le monastère de St Jean le Théologien puisque, dit-on, c'est dans une grotte de cette île que l'Evangéliste y rédigea L'Apocalypse. Allez savoir!... Il nous sera donc possible d'y découvrir Patoinos, ou le Domaine de l'Apocalypse justement, une démarche globale mise sur pieds par des Gréco-Suisses, qui semble en tous points passionnante.

Les passagers à destination d'Athènes sont priés de se rendre porte...

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29 juillet 2017

6è Paulée de l'Anjou noir, Bonnezeaux

Un évènement que les amateurs de ch'nin de l'Anjou noir ne rateraient pour rien au monde!... Le 17 juillet dernier, c'était la sixième édition de ce rendez-vous qui réunit les vignerons "engagés pour le respect de l'environnement, en adoptant une viticulture biologique ou biodynamique, mais aussi pour un respect du consommateur, en proposant des vins plus naturels et sans artifice". Parmi les participants et les invités, des restaurateurs, des cavistes, des journalistes, des blogueurs, souvent, pour la plupart, des clients fidèles. Après les premières éditions à Saint Aubin de Luigné, Chaudefonds sur Layon, Savennières ou dans le Haut-Layon, entre autres, cette fois-ci, cap sur Thouarcé (ou Bellevigne en Layon désormais!), aux confins de l'Anjou noir et du Massif Armoricain, là même ou l'Anjou blanc, le Bassin Parisien et leur calcaire tentent quelques incursions au coeur des schistes et autres roches de l'ère primaire.

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Même si c'était là l'occasion de refaire un tour d'horizon des productions angevines, de par la présence d'une trentaine de vignerons de la vallée du Layon et jusqu'à Savennières, il était donc aussi possible de se pencher sur Bonnezeaux, une appellation qui pourrait avoir vocation à être élevée au rang de "Grand Cru", comme Quarts-de-Chaume, du fait des sites et terroirs exceptionnels qu'elle compte sur ses cent vingt hectares. Il n'est pas question d'évoquer cet aspect des choses pour raviver de vieilles querelles locales, mais il faudra bien qu'un jour, la légitimité supposée d'une telle classification revienne sur le tapis, même si ce sont les générations futures qui acceptent d'en débattre. Il faut dire que, comme le rappelle Jean-François Vaillant, du Domaine Les Grandes Vignes, hôte de cette 6è Paulée, le sujet fut bien abordé naguère, alors même que René Renou (décédé en 2006) était président du syndicat local, mais que cela provoqua un véritable tollé, voire un vent de folie, qui faillit emporter les ailes du moulin de La Montagne!...

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On peut comprendre, de prime abord, les réticences des uns et des autres, à mettre en place de nouvelles classifications, notamment du simple fait que nombre de vignerons et de domaines pourraient être exclus du sommet de la hiérarchie, mais on en oublie peut-être un peu facilement la promotion globale que toute l'appellation pourrait en tirer. De plus, au final, on peut penser que les surfaces ainsi promues seraient très réduites et limitées à quelques secteurs remarquables des collines de La Montagne, du Mallabé, de Beauregard et peut-être de Fesles ou des Melleresses, à charge pour les géologues, tel Fabrice Redois, qui est dans son jardin en Anjou viticole et les vignerons de recenser même d'éventuels "Premiers Crus". L'établissement de cartes géologiques des sols, plus que des sous-sols, devrait permettre d'avancer sur le sujet de façon quasi incontestable. Après, ce n'est question que de bonne volonté... Je rêve?... A peine!...

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Bonnezeaux, c'est donc 120 hectares en AOC, mais seule une centaine est revendiquée par les quarante cinq vignerons du cru. Un nombre important de producteurs donc et l'on comprend mieux pourquoi la majorité absolue peut être difficile à atteindre, lorsque le syndicat se réunit... Le plus surprenant peut-être, c'est que malgré la dynamique actuelle en faveur d'une viticulture biologique dans la vallée du Layon et en Anjou, l'appellation reste pour le moins hermétique à la méthode. On connaissait naguère le Bonnezeaux bio de Mark Angeli, ceux désormais de Jean-François Vaillant, mais aussi de Benoît Rocher (Closerie de la Picardie), qui est dans sa troisième année de conversion, mais c'est tout!... Le Château de Fesles, qui avait converti tous ses chenins au bio, a fait machine arrière depuis un an. A noter cependant que l'emploi de désherbants chimiques est désormais proscrit dans l'appellation... de manière conventionnelle. Notons enfin que la perspective nouvellement apparue et discutée de proposer à l'avenir des Quarts-de-Chaume et des Chaume secs, pourrait inspirer les vignerons du cru à suggérer à l'INAO la possibilité de produire des Bonnezeaux secs sur le même principe. Mais, nous n'en sommes encore qu'au stade des éventualités. Il faut donc laisser le temps au temps. Le nom de ce cru, Bonnezeaux, est cité en 1055 par les moines du Gué du Berge. C'est un nom d'origine celte, qui fait allusion à une source ferrugineuse aujourd'hui disparue. Cependant, des thermes ont existé à Thouarcé de la période gallo-romaine jusqu'au début du XXè siècle.

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La Paulée de l'Anjou noir réunit donc de plus en plus de participants : 80 en 2012, sous l'impulsion notamment de Jo Pithon, à l'origine de cette initiative, puis 120 et plus les années suivantes, 265 en 2016 et certainement plus de 300 cette année. C'est aussi une association présidée par Charlotte Carsin, du Clos de l'Elu, à St Aubin de Luigné. Programme du jour : 4,3 km de marche à pied dans le vignoble, côté La Montagne, au départ du restaurant Les Terrasses de Bonnezeaux, naguère l'ancienne gare de Thouarcé-Bonnezeaux. Nous sommes là sur le tracé de la ligne reliant Poitiers à Angers, appelée localement "ligne du haut", par rapport à la "ligne du bas" qui relie Chalonnes sur Loire à Poitiers, en longeant le Layon. Ces "lignes" sont devenues des sentiers de randonnée, bien appréciés des amateurs, qu'ils soient cyclistes ou pas, puisque ces voies ont été abandonnées depuis 1944 pour la première, suite aux bombardements des ouvrages par les Alliés et 1953 pour la seconde.

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Bien sur, la balade est agrémentée de pauses à caractère informatif, voire didactique. La première est proposée par Fabrice Redois, qui évoque sans pareil le paysage, ses formes, ses couleurs, mais aussi, bien sûr, le terroir, ses composantes géologiques, ses influences climatologiques. En quelques minutes et en quelques phrases, il met notre cerveau en éveil. Après cela, inévitablement, on ne marche plus le nez en l'air (en tout cas, moins) et on scrute la terre et les cailloux sous nos pas.

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Deuxième étape, après quelques centaines de mètres dans les vignes, pour découvrir les chevaux d'Arnaud et Marie-Astrid Place, des prestataires de la région intervenant de plus en plus dans les parcelles angevines. Marie a fait le choix d'une des dix races de chevaux de trait reconnues et élevées en France : les Poitevins mulassiers. La race la plus menacée de disparition, puisqu'en 2011, on ne comptait que 71 naissances, alors qu'on dénombrait la même année 1142 Percherons et 4177 Comtois, par exemple. Marie nous explique au passage qu'à ses yeux, le travail avec le cheval est bien une activité à part entière, avec toutes les exigences fortes que cela implique. De toute évidence, elle trouve louable que quelques vignerons aient opté pour des travaux en vigne moins mécanisés, tout en étant très tentés par le contact et la relation avec l'animal, mais il lui semble difficile de tout concilier, sachant notamment que le cheval a besoin d'une attention et d'une activité régulière et même annuelle. En tout cas, elle insiste au passage sur la nécessité d'une réflexion approfondie en amont, en faisant fi de quelques idéaux, pas souvent en accord avec la réalité de notre quotidien.

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Nous passons ensuite à la troisième station du périple (rassurez-vous, il n'y en aura pas douze, c'est loin d'être un chemin de croix, même si on en trouve parfois, au détour d'un chemin!), en compagnie de Mark Angeli, du Domaine, que dis-je, de la Ferme de la Sansonnière, qui évoque l'agroforesterie. Une technique agricole qui a tout d'une innovation récente, puisqu'elle revient dans les conversations depuis peu, mais qui en fait existe depuis bien longtemps. Après tout, on a souvent dans nos mémoires des images de moutons en train de paître sous les cerisiers ou les pommiers. Parce qu'en fait, il s'agit bien de cela : utiliser un même espace agricole pour deux modes de culture juxtaposés, qui n'entrent pas en concurrence, plutôt que le dédier seulement à la vigne, par exemple. Précisions au passage qu'il faut donc intégrer l'arbre dans un environnement de production, comme peuvent le faire des maraîchers en intercalant des rangées de fruitiers, par exemple, au milieu des rangs de légumes. Exemple de filière intégrant l'arbre dans leur cahier des charges, le Pata Negra, les cochons élevés (et le jambon cru qui en est issu) au coeur de la Dehesa espagnole, système agroforestier couvrant quatre millions d'hectares en Espagne et au Portugal, où sont associés les chênes verts et les chênes liège, autant pour l'élevage que pour les céréales. En France, les porcs noirs de Bigorre, voire quelques élevages de volailles relèvent du même principe. En tout cas, une très belle parcelle chez Mark Angeli, qui en profite pour évoquer certaines de ses expériences passées, pas toutes couronnées de succès, comme la plantation en foule de vignes franches de pied qu'il a du arracher, ou la nécessité de surgreffer certaines parcelles de cabernet sauvignon, cépage finalement peu adapté à la région, selon lui.

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Le vigneron de la Sansonnière est aussi connu pour être un des plus actifs en matière de soutien aux jeunes désirant s'installer dans la région. Ils sont désormais nombreux à être venus vendanger chez lui un jour et à avoir fait le choix de vie si particulier d'être vigneron angevin. Mais, ce pourrait être n'importe où, ou presque... Cette démarche volontariste et résolument militante, permet aux jeunes nouvellement installés d'intégrer dès la première année, les salons réservés aux professionnels se déroulant fin janvier ou début février (Greniers St Jean, La Dive...) à Angers et Saumur, avec pour but d'écouler le premier stock issu d'un tout premier millésime. Un véritable défi, mais quelque chose qui permet de mettre le pied à l'étrier, tant les aspects commerciaux peuvent rebuter parfois et pour peu que le vigneron débutant "ne rechigne pas à se lever tôt le matin!..." Comme le rappelle au passage Mark Angeli!...

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Un petit tour en calèche pour regagner le Domaine des Grandes Vignes, où chacun pourra, verre en main, apprécier la récente production de la trentaine de vignerons participants, mais aussi aborder les grands principes de la biodynamie, méthode adoptée par quelques-uns de ceux-ci. Dégustation toujours intéressante, malgré la chaleur ambiante de cette journée, où l'on note à quel point il est possible de rafraîchir sa mémoire olfactive et gustative, quant aux "styles" des domaines les plus connus notamment. Les Baudouin, Laroche, Laureau (pour ne citer que ceux-là) ont une identité qui leur est propre, en particulier pour ceux qui ont l'habitude de déguster leurs vins régulièrement. Il en est de même d'autres vignerons du secteur, absents lors de cette journée (Leroy, Delesvaux...). Doit-on appeler cela "la patte du vigneron" ou s'agit-il à proprement parler de "l'identité terroir"?... Beau débat en perspective!... Au passage, à noter la très belle cuvée Ephata 2014, élevée en amphores pendant un an, par le Clos de l'Elu, cher à Thomas et Charlotte Carsin, ainsi que Le Bel Ouvrage 2014, l'un des Savennières de Damien Laureau, même si le prix public de ces deux cuvées contribue à en faire des vins rares et presque inaccessibles au commun des mortels, fut-il cheninivore!...

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Après l'effort, le réconfort!... Les chevaux et les enfants d'abord!... Chacun prit la direction du chai à barriques climatisés du domaine, afin de se restaurer d'un cochon grillé notamment. Un repas qui est toujours l'occasion de dialoguer avec les uns et les autres, en croisant le verre et en évoquant la prochaine édition, qui devrait se dérouler au Château du Breuil, début juillet 2018, cette fois, sans qu'il ne soit nécessaire de se préoccuper de la date de la finale de la Coupe du Monde de football ou du départ du Tour de France cycliste!...

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21 juillet 2017

Le vin à Chypre : Pitsilia

Cette fois, la voiture, habilement conduite par Kyriaki, arpente les routes de montagne de Chypre. Nous approchons des sommets des Troodos Mountains, du moins des villages les plus élevés du pays. Rien ne semble vraiment différencier cette contrée de sa voisine, alors que l'altitude double en quelques kilomètres. Les plus attentifs remarqueront que les résineux sont peut-être plus nombreux. Mais, pour la petite douzaine de villages viticoles accrochés aux pentes, le secret réside plutôt dans le sol et le sous-sol, comme le révèle la carte géologique de l'île. En effet, au coeur de l'île et de cette bande rose (ci-dessous), on distingue une zone quasi circulaire, que l'on pourrait identifier comme le cratère d'un volcan, une bouche ouverte jadis sur les entrailles de la Terre, par laquelle ont jailli quelques roches particulièrement intéressantes, notamment pour la culture de la vigne. On trouve là granite, gabbro, serpentine et bien d'autres nuances de minéraux, qui font la richesse de cette terre. Pitsilia est bénie des dieux selon certains, tant son sol, largement exploité, permet la culture des amandes, des olives, des noix et des pommes. Il n'est donc pas surprenant de découvrir là quelques domaines viticoles référents, forts pour certains, d'une tradition ancienne et d'une modernité assumée.

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~ Kyperounda Winery, à Kyperounda ~

Le village de Kyperounda (ou Kyperounta) est un des plus élevés et un des plus importants de la région. Il compte environ 1500 habitants. La petite cité est notamment connue pour son église orthodoxe, dédiée à Saint Arsénios le Cappadocien, construite sur une hauteur dominant la route, voilà seulement quelques années. Il aura fallu, dit-on, soixante dix ans pour la bâtir dans un style très minéral!... Bel exemple d'abnégation!... Nous trouvons sans difficulté Kyperounda Winery, édifiée dans un style proche de l'église, avec des mûrs associant toutes les pierres de la région. Le bâtiment en soi n'est pas très impressionnant côté parking, mais il faut se pencher par la rambarde à l'arrière, pour comprendre : la cave est verticale, avec trois à quatre niveaux différents. Gravité à tous les étages!... Et un ascenseur pour passer d'un étage à l'autre. En fait, nous le verrons quelques minutes plus tard, le domaine est résolument dans la verticalité!...

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C'est Minas Mina, oenologue en titre du domaine qui nous accueille. Il semble, de prime abord, être un peu surpris qu'un Français fasse un si long chemin pour bloguer à propos de Kyperounda... Je lui laisse entendre que je n'ai guère eu l'occasion, jusqu'à ce jour, de découvrir un vignoble aussi haut en altitude. Il m'indique au passage que nous sommes précisément, sur la terrasse, à 1200 mètres!... Pour lui montrer que j'ai quand même un peu potassé le sujet, je tente de le flatter quelque peu, en lui disant qu'avec les plus hautes vignes du domaine à 1450 mètres, il est, en quelques sortes, recordman d'Europe!... Ne goûtant que peu les flatteries, ou la détention de records, il me répond qu'en fait, ce n'est pas certain, puisque les vignes les plus élevées, à sa connaissance, sont situées aux Canaries. "A supposer que la plaque africaine, sur laquelle émergent ces îles espagnoles, est bien considérée comme européenne!... Après, c'est une question de politique..." C'est curieux, j'ai déjà entendu cela quelque part, depuis mon arrivée...

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Avant de pénétrer dans les locaux, je demande s'il est possible de voir ces vignes situées sur les hauteurs du village. Ni une ni deux, nous montons à bord du gros 4x4, traversons la route principale et grimpons les trois cents mètres de dénivelé par une étroite piste bétonnée, puis par un chemin de terre et de pierre, où les crabots ne sont pas de trop!... Nous arrivons finalement sur un belvédère permettant de contempler un paysage hors du commun. Sous certains angles, cela ressemble au Priorat. On trouve là une station météo, dont la girouette est absolument immobile. Le vigneron semble s'assurer qu'elle fonctionne bien, en la faisant tourner du bout du doigt. La mer est là-bas, vers le sud. Ici, il n'est pas rare qu'il neige en hiver, mais pendant le cycle de la vigne, la pluie est extrêmement rare. Les producteurs tirent le bénéfice de l'altitude surtout pour le différentiel de températures. En été, certaines années, celles-ci ne dépassent 30° que très rarement (1 à 2 fois, au plus chaud), alors que la côte est sous la canicule, avec parfois 45°!... Ceci entraînant également une grosse différence au niveau des maturités et les vendanges sont donc largement plus tardives. On imagine aisément que les cépages blancs (xynisteri, chardonnay, sauvignon...) ne s'en portent que mieux, au moment de restituer de la fraîcheur.

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En fait, Kyperounda Winery est un domaine récent, puisque sa création remonte à 1998. En recherchant quelques informations çà et là, on comprend qu'il s'agit d'une sorte de "coopérative de village", puisque pas moins d'une quarantaine d'investisseurs locaux sont à son origine. L'arrivée d'un premier investisseur principal, Photos Photiades Group, rejoint par les Grecs de Boutaris Wines, a donné une impulsion déterminante, avec la construction de cette cave moderne dès 2003. Au-delà des choix ambitieux de plantation et de production, la puissance commerciale du partenaire grec a permis une plus large diffusion et une pénétration plus importante sur le marché continental. Avec ses 300 000 bouteilles produites chaque année, Kyperounda Winery se place exactement dans la zone médiane, entre les petits producteurs indépendants (comme ceux que nous avons vu la veille et le matin même) et les géants de Limassol.

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Les raisins nécessaires à cette production sont de trois origines, récoltés sur une quinzaine d'hectares, dont un tiers appartenant au domaine, un tiers acheté à des vignerons du secteur, plus ou moins sous contrat et un autre tiers provenant d'autres aires d'appellation comme Paphos ou Kilani, avec en plus ceux destinés à la production de Commandaria, ces derniers devant être ramassés et vinifiés dans l'un des quatorze villages de l'aire officielle, mais les élevages pouvant se faire à l'extérieur de celle-ci. Sur la petite dizaine de cuvées disponibles, je vais pouvoir en découvrir cinq, vu que le temps de mon interlocuteur semble désormais compté... Côté blancs, le xynisteri tout d'abord, un joli sec élégant et droit. Cette cuvée Petritis est un peu le fer de lance du domaine. Deux chardonnay ensuite, dont celui venant de la zone de Paphos, riche et intense, puis Epos 2015, récolté dans le village, mis en bouteilles à l'issu d'un élevage de neuf mois en barriques (il y en ici a pas moins de deux cent cinquante au total, venues de France!), avec une expression et un style qui se veulent bourguignons. Plutôt une belle réussite qu'il faudrait comparer à l'aveugle. Côté rouges, deux syrah, la première dite de Limassol (comprenez plus proche de la côte), très intense et volumineuse, puis le pendant d'Epos, assemblage de 50% de syrah et de 50% de cabernet sauvignon (vignes de Kyperounda), élevée pendant deux ans en barriques neuves de 300 litres la première année et de 600 litres la seconde. Indiscutablement, des vins ambitieux qui mériteraient d'être comparer à l'aveugle avec des cuvées d'origines diverses. Ceci dit, au vu des sols et sous-sols exceptionnels de la région, ajoutés à l'intérêt des vignes plantées en altitude, on peut se demander si l'expression aromatique fidèle au cépage doit être l'ambition première du domaine, même si l'un des objectifs est de se positionner au mieux, parmi les leaders mondiaux. La richesse du terroir de Kyperounda est incomparable et cette winery a toutes les cartes en main pour le démontrer.

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~ Tsiakkas Winery, à Pelendri ~

Quelques kilomètres à peine pour atteindre Pelendri, autre petit village de montagne. En bord de route, un panneau que l'on traduit sans trop de difficultés, à moins que je ne commence à lire la langue?... On pénètre dans le domaine en franchissant une porte minérale, taillée dans le roc, où de hauts cyprès semblent monter la garde, avant de passer le portail. Nous arrivons chez Costas Tsiakkas, une figure de la viticulture chypriote, un personnage, une Tronche, au sens littéral du terme, parce qu'il aurait sans doute pu figurer dans la liste de ceux dont nous avons conté l'histoire, naguère. Débordant d'énergie, tonique, tant physiquement que mentalement, le prototype même d'homme et de vigneron, qui se laisse porter par ses idées nouvelles et ses projets, aussi grands soient-ils.

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Tsiakkas Winery, c'est déjà une longue histoire. L'an prochain, cela fera trente ans que Costas et son épouse Maria auront créé le domaine, mais sur de bonnes bases familiales et en s'appuyant sur l'histoire d'un village, où la vigne et le vin font partie des fondements d'une société pastorale. Ici, on produit du vin depuis des temps immémoriaux. Naguère, son commerce était alors très local et quand il y en avait de grandes quantités, il était servi gratuitement lors des fêtes locales ou familiales. En 1960, Chypre gagne son indépendance. Dans l'île, de grands groupes se mettent à produire en grande quantité, au moment où le continent injecte des vins bas de gamme, destinés à la consommation quotidienne. C'en est trop pour les vignerons des montagnes!... Ne pouvant rivaliser, ils doivent, pour un grand nombre, quitter leur village afin de trouver du travail dans les villes et abandonner leurs vignes, y compris celles plantées sur les terrasses, jusqu'à mille mètres et plus, représentant un authentique patrimoine.

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En 1988, Costas Tsiakkas n'a guère plus de vingt et un ans. Il vient de passer deux ans en Californie, à l'Université d'UCLA, à Los Angeles, pour y obtenir un MBA (Master en Administration des Entreprises), mettant à profit son séjour pour mesurer à quel point les vignerons américains ont progressé et obtenu une reconnaissance mondiale en à peine plus d'un siècle. Il rentre au pays fermement décidé à créer sa propre cave, mais entame une carrière dans la banque, qu'il prolongera jusqu'en 2001, non sans avoir, dans l'intervalle, planté divers cépages sur les cinq hectares qu'il possède sur les terrasses alentour. Les premiers (lourds) investissements lui permettent d'obtenir quelques succès, avec notamment un rosé issu de mavro, dont il vend quelques milliers de bouteilles, en plus d'un mavro rouge et d'un xynisteri.

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En plus de l'achat de raisins jusque du côté de Paphos, il tente aussi quelques expériences, comme la plantation de riesling, mais après un voyage en Alsace, il renonce finalement, estimant qu'il ne pourra proposer à Chypre des vins du niveau de ceux des contreforts des Vosges. En revanche, il obtient un franc succès avec le sauvignon, au point qu'il met sur le marché, dit-on, 70% de la production chypriote de ce cépage. Il dispose également de merlot, de cabernet sauvignon, de chardonnay, mais se tourne de plus en plus vers les cépages locaux. Parmi ses projets actuels, la construction d'une route permettant d'accéder à une partie de la montagne, ou de nouvelles terrasses permettront la plantation de yiannoudhi, de promara ou encore de vamvakada, le nom que l'on donne ici au maratheftiko, sans oublier le xynisteri. Des travaux qui représentent une tâche titanesque, puisque ces zones naguère plantées de vignes, sont abandonnées depuis cinquante ou soixante ans, ce qui a permis à la nature de reprendre ses droits et aux pins noirs de pousser et de se développer allègrement. Quelques beaux spécimens donnent une idée de la fertilité de ce secteur pour les résineux, même si les conditions hivernales sont parfois rudes.

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Une construction au caractère familial et traditionnel, située à mille mètres d'altitude illustre tout l'attachement du vigneron à sa terre. Micro-climat, hivers froids et étés doux, sols pauvres très en phase avec la vigne, travail attentif au niveau du vignoble, tout est mis en oeuvre pour proposer de jolies cuvées, dans la pure tradition de qualité des vins qui ont fait la réputation du secteur. Nous nous installons dans le bureau de Costas Tsiakkas, en compagnie de son oenologue, pour découvrir une série de cuvées très intéressantes. En premier lieu, un blanc sec, Xynisteri 2016, avec du caractère et une jolie expression aromatique, renforcée par la présence d'environ 3% de muscat. Une mise en bouche sur les agrumes et une délicate évolution vers les fruits blancs, un ensemble très agréable. Deux jolies surprises ensuite (parce que je n'attendais pas ce cépage à pareille fête), avec les deux cuvées de Merlot 2015, que le vigneron soumet à ma supposée sagacité. Le premier, vinifié uniquement en cuve, est ouvert et original. D'une belle texture et d'une souplesse louable, il ne s'exprime pas dans un registre classique et parfois ennuyeux. Joli vin! Le second, élevé en barriques, est plus ambitieux, mais dans une phase de type "prise de bois" qui contrarie la dégustation. Potentiel certain cependant, pour une cuvée sur laquelle Costas Tsiakkas mise beaucoup, de toute évidence.

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A suivre, un beau Vamvakada 2015, profond, intense et doté d'une belle dynamique, suivi d'un Yiannoudhi 2014, élevé dans des barriques non neuves, pour lequel le fruit et la puissance mettent en évidence la complexité et l'originalité de ces cépages, lorsqu'ils sont mis en valeur de cette façon. L'expertise du domaine en la matière est indéniable. Elle n'est pas contestable non plus pour les deux produits vedettes de Tsiakkas Winery, qui obtiennent diverses récompenses, tout en suscitant de plus en plus la curiosité des amateurs. Ils sont proposés depuis 2005. En premier lieu, la Commandaria 2011, dont les raisins proviennent de vignobles d'altitude, dans la zone d'appellation, comme l'impose la réglementation. Pour l'essentiel, du xynisteri séché au soleil, élevé pendant quatre ans et un résultat remarquable, du fait de l'équilibre parfait entre le fruit, la douceur et l'acidité. Un modèle du genre, indéniablement!...

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En guise de conclusion, un petit verre de Zivania, spirit of Cyprus, armé pour rivaliser avec nombre de spiritueux mondiaux. "C'est un peu notre Armagnac!..." précise Costas avec malice. Une évolution moderne de la tradition locale de production d'alcool blanc, bénéficiant ici d'un long élevage dans des fûts de Commandaria, le dotant d'une superbe couleur et d'une expression aromatique des plus subtiles.

Très belle journée, pour conclure ce séjour (trop court pour espérer être exhaustif, mais passionnant pour que le Ministère du Commerce de Chypre en soit vivement remercié!), qui permettait de découvrir la force d'un paysage et d'un vignoble, mais aussi la passion de vignerons armés pour pénétrer mieux encore le marché international. Que ce soit la puissance d'un réseau de distribution, comme pour Kyperounda Winery, ou la conviction et la connaissance en matière commerciale pour Costas Tsiakkas, nombre de ces vins pourraient surprendre les amateurs, lors de dégustations à l'aveugle. Seulement voilà, s'ils ne peuvent prétendre inonder le marché (que les Dieux de l'Olympe natifs de Chypre nous en préservent!), d'abord parce qu'un certain nombre d'acteurs locaux privilégient la qualité, on s'attend désormais à ce que de nouvelles initiatives nous permettent de les découvrir et de les voir évoluer. La présence d'une sélection de vignerons chypriotes lors de Vinexpo ou de Prowein pourrait donner un élan, même si l'on a parfois le sentiment que les meilleurs producteurs sont désormais convaincus qu'ils doivent tenter de percer avec la dynamique et le potentiel que représentent les cépages originaires et/ou endémiques de l'île. D'autant que l'évolution climatique, même si elle s'inscrit dans le temps, risque de pénaliser les variétés internationales, supposées "amélioratrices". Indiscutablement, une génération est en train de donner l'impulsion nécessaire. La suivante pourrait en prendre pleinement conscience, pour peu qu'en plus, nous restions, quant à nous, ouverts et disposés à devenir des amateurs aux dimensions de la planète.

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07 juillet 2017

Le vin à Chypre : Krasochoria de Lemesos

Beau programme, concocté par le Ministère du Commerce, à l'occasion de cette découverte du vignoble chypriote!... On a beau être amateur de vin et de dégustation depuis plus de trente ans et revendiquer cette approche non professionnelle, se lancer dans une investigation objective, si ce n'est exhaustive de la Chypre viticole, peut faire craindre, à priori, quelques errements, si ce n'était le professionnalisme des organisateurs de ce périple. En effet, Constantinos, mon interlocuteur parisien de l'ambassade de Chypre à Paris, m'avait bien laissé entendre que la visite d'au moins un des quatre membres du "Big Four" était possible et même probable, au regard du poids économique de ces quatre entreprises viticoles (environ 90% de la production de vin), mais il n'en fut rien. Un signe des temps, peut-être, que de vouloir montrer et démontrer qu'une autre viticulture était en marche dans l'île, si ce n'est une révolution en cours, même s'il ne viendrait à l'esprit de personne sur place de renier les KEO, ETKO, SODAP et LOEL, ces grandes coopératives qui ont permis à quelques vignerons de pointe actuels de se forger une expérience et de composer leur rêve. En quelques heures, j'allais ainsi pouvoir rencontrer un autre "Big Four", un quatuor d'artistes passionnés, parmi ceux qui sont désormais en passe d'impulser un élan nouveau aux activités viticoles de Chypre. Pour le plus grand plaisir des amateurs (et les autres) du monde entier!...

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~ Zambartas Wineries, à Ayios Amvrosios ~

Un petit village d'à peine plus de trois cents habitants sur les premiers contreforts sud de la montagne de Troodos. Nous sommes sur la route des vins numéro quatre, dite des villages viticoles de Limassol. On en dénombre une vingtaine, dont la plupart riche d'un patrimoine bâti ancien, comme ici, l'église du XIVè siècle, dédiée à Saint Ambroise. Mais, ce patrimoine est aussi aux environs, dans les vignes, qu'on cultive là depuis la nuit des temps antiques, entre 500 et 1150 mètres d'altitude, souvent sur des terrasses (re)entretenues depuis des générations. Dans cette zone d'appellation, on compte pas moins de vingt-trois cépages présents, dont souvent les plus internationaux (sauvignon, chardonnay, cabernet, merlot...) voire même oeillade et mattaro, mais aussi ceux qui font de plus en plus la fierté des vignerons du cru : mavro, lefkada, maratheftiko et autre xynisteri. Précisons au passage que les cépages autochtones, c'est quelque chose qui est inscrit dans les gènes des Zambartas.

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Le Domaine Zambartas en lui-même est récent, puisque créé en 2006 par le père de Marcos Zambartas, Akis, passé notamment par Montpellier et qui fit une longue carrière, au point de diriger l'un des géants nationaux, KEO, pendant de longues années. Mais, son rêve, au-delà de tout autre, c'était créer un vignoble sur la base de son savoir et de sa passion. Bien sur, son approche, pendant les décennies de sa carrière de vinificateur dans le secteur industriel, était aux antipodes de celle qu'il souhaitait appliquer pour son petit domaine : proposer des cuvées très chypriotes dans l'esprit, dans des volumes réduits, mais capables de se hisser au niveau des vins dits de classe mondiale. Un défi comme l'oeuvre d'une vie!...

Il faut dire qu'Akis Zambartas avait bien préparé son affaire. Pendant au moins trois années, il s'est lancé dans la recherche et l'identification des cépages anciens de l'île. On savait bien qu'ils étaient là, éparpillés dans le vignoble et ce, depuis fort longtemps. Ces cépages sont issus de variétés de raisins cultivés notamment pendant la domination ottomane (1571-1878). Bien sur, il était alors interdit de vendre du vin, les quelques volumes produits étaient réservés à la sphère domestique et encore, s'agissait-il de raisin de table. Mais, dans les parcelles, étaient complantés des raisins autres, permettant notamment de donner de la couleur au vin produit. Ces variétés se sont pour beaucoup perdues, mais la vigne est résistante et quelques plants sont arrivés jusqu'à nous.

18582647_10213012416923095_398459168026035904_nAkis Zambartas a donc sillonné Chypre, au moindre appel d'un vigneron lui signalant qu'il avait une ou des variétés anciennes dans ses vignes, souvent dispersée(s) au coeur de parcelles de mavro ou de xynisteri. Tâche immense, malgré les encouragements de quelques amis et la coopération des viticulteurs. Au bout du compte, après avoir éliminé les doublons, les synonymes et les homonymes, voire quelques trouvailles plutôt farfelues et réalisé quelques micro-vinifications, le vigneron arrête une liste de douze cépages endémiques : mavro, xynisteri, maratheftiko, yiannoudhi, composant un premier carré d'as, de plus en plus présent dans le vignoble, auquel il faut adjoindre spourtiko, morokanella, promara, ofthalmo, katomiltiko, marouho, kanella et flouriko. Un patrimoine qui nous projette dans un futur antérieur passionnant!... Bien sur, il faut le temps désormais de faire quelques essais, même si certaines variétés sont supposées mieux adaptées au climat local, que les grands cépages internationaux (dans la mesure ou les meilleurs vignerons tendent, de plus, à réduire les interventions et les intrants divers proposés par l'oenologie moderne), sachant enfin que la tendance est à planter de nouveau en altitude. Certaines de ces tentatives ne sont pas forcément concluantes, pour manque de corrélation évidente entre la plante, le sol et le sous-sol. Enfin, un cépage comme le yiannoudhi pose des problèmes au niveau de la pollinisation, au point qu'il est parfois associé dans les parcelles, avec une autre variété comme le xynisteri, par exemple.

Ces recherches attentives ont trouvé la meilleure conclusion possible, dans le fait que Pierre Galet, le célèbre ampélographe, est venu en personne valider cette recherche, ce qui a valu au vigneron d'être honoré par la prestigieuse Académie Internationale du Vin (AIV). Ce dernier est malheureusement décédé en 2014, mais son fils Marcos (aidé par son épouse Marleen) a repris le flambeau avec passion, talent indiscutable et ouverture d'esprit le poussant à glaner des avis dans le monde entier.

Marcos Zambartas termine ses études de chimie à Londres au moment où son père décide de construire sa cave. Il commence à développer son amour pour le vin et opte dès 2007 pour un master de la vigne et du vin, en s'inscrivant à l'Université d'Adélaide, en Australie, notamment parce que les conditions climatiques de Chypre et la shiraz qui y pousse, semblent assez similaires de celles de la Barossa Valley, au nord-est de la grande métropole australienne, plutôt que des syrah de la Vallée du Rhône. Et aussi un peu sans doute parce que Akis Zambartas s'est lié d'amitié avec Angela Muir, flying winemaker britannique, qui a oeuvré dans le monde entier et beaucoup dans le vignoble chypriote. Au retour, dès 2008, de Marcos dans l'île (après un passage en Provence, à Mangawhai, en Nouvelle Zélande et chez les Frères Kays, dans la Vallée de Mc Laren, en Australie), le père et le fils décident de travailler ensemble, toujours en quête d'informations leur permettant de progresser, par des contacts réguliers avec le monde du vin, mais surtout en optant pour tous les aspects ouvrant sur une plus grande qualité générale des produits.

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Le domaine possède actuellement cinq hectares et en loue au moins quatre autres. Il est en conversion vers une agriculture biologique, à la moitié des trois années permettant d'obtenir le label. La production des quelques 75 000 bouteilles annuelles passe aussi par l'achat de raisins et une collaboration attentive avec certains vignerons de la région, en plus du recrutement d'une équipe de passionnés, oeuvrant dans tous les secteurs, des vendanges à la mise. Dès 2006, les nouvelles plantations furent organisées : 2 ha de maratheftiko (2006 et 2009) à Pachna, le village voisin, pour partie planté en gobelet ou sur vignes palissées, afin d'évaluer chacune des méthodes et leur influence pour ce cépage. En 2013, l'acquisition de xynisteri (gobelets de 27 ans) près du village de Mandria, dans les montagnes de Troodos, donnait une impulsion nouvelle, notamment dans la recherche de parcelles situées en altitude, nécessitant de plus, la reconstruction de mûrs en pierres traditionnels, soutenant les terrasses les plus élevées. Les plus jeunes vignes datent de 2015. Il s'agit du cépage lefkada, planté sur des terrasses exposées au nord-ouest. Ce dernier donnant de grands espoirs au domaine, notamment en vue d'un assemblage avec de la shiraz. N'oublions pas le sémillon, planté en 2008, sur une pente exposée au sud-est, destiné à un assemblage avec le sauvignon blanc. Enfin, le domaine possède désormais un vignoble centenaire planté de mavro, à Ayios Nicolaos, véritable fierté, apte à raconter une histoire, en plus de proposer un nectar hors du commun.

18622554_10213012425483309_4933649025271538218_nLe vigneron étant quelque peu accaparé par une mise en bouteilles en cours (même s'il réapparaît par épisodes), c'est son épouse Marleen qui nous permet de découvrir la gamme disponible. Un ensemble construit avec attention, pour lequel le choix premier de proposer des cuvées issues des grands cépages est équilibré par la volonté évidente de mettre en valeur les variétés autochtones. Devant les volontés clairement affichées (recherche de parcelles en altitude, passage en bio...), on peut se demander si les vins proposés maintenant ne sont pas ceux d'une sorte de période intermédiaire, entre les premiers pas en vue de créer une marque capable de s'élever au plus haut niveau de la hiérarchie internationale (ce qu'on peut considérer acquis, au vu des récompenses obtenues çà et là) et un autre temps permettant de prendre, avec quelques autres, le train d'une révolution donnant la parole à ce que Chypre peut mettre en bouteilles ce qu'elle a de meilleur, à savoir les cépages endémiques, nécessairement adaptés à la géologie locale (l'étude attentive des sols reste sans doute à faire), au climat inévitablement évolutif, comme dans le monde entier et à une démande grandissante de productions originales, typiques et sincères.

Du côté des blancs secs, deux Xynisteri, dont un 2016 fruité, sec, assez léger, peut-être un peu bousculé à ce stade par une mise récente, mais que l'on pourra associer avec coquillages et poissons grillés. Le Xynisteri 2015 est un parcellaire issu de la vigne plantée en gobelet et âgée de près de trente ans, passant à 60% en barriques, ce qui lui procure un joli équilibre et indiscutablement une capacité à évoluer agréablement pendant les toutes prochaines années. Belle découverte ensuite avec le Rosé 2016, "skin contact", issu de 60% de lefkada et de 40% de cabernet franc. Jolie couleur et bon équilibre, pour un vin qui ne rendra pas indifférente sa consommation sur les terrasses ensoleillées de l'été. Du caractère et de la présence. Bien joué!

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Pour les rouges, une gamme plutôt ambitieuse et solide : tout d'abord, un duo version 2015 de mourvèdre (70%) et yiannoudhi (30%), issu de jeunes vignes. L'exemple même d'association pouvant interpeller les amateurs, par son originalité et la cohérence qu'elle démontre. Ensuite, le Maratheftiko 2015, sans doute considéré au domaine comme l'un des fers de lance du futur des Zambartas Wineries. Élevage en barriques attentif et de qualité, belle structure et beau potentiel de garde. Enfin, un autre duo 2015, que l'on pourrait soupçonner d'être destiné à la partie plus anglo-saxonne des amateurs, avec un assemblage de shiraz et de lefkada, un élevage d'un an en barriques de chêne américain, mais au final, un équilibre des plus intéressants et un vin nullement maquillé. Potentiellement, une cuvée qui pourrait surprendre dans une dégustation à l'aveugle de syrah!...

De toute évidence, un domaine au fort potentiel, où Marcos Zambartas a pris les rênes par la force des choses, mais en étant animé sans doute, par la volonté d'être fidèle à la détermination et à la passion de son père, sorte de visionnaire de l'avenir des vins de Chypre. Tous les deux se sont appuyés sur leur formation scientifique et une technologie indispensable à leurs yeux, afin d'obtenir les premiers succès, mais Marcos semble vouloir montrer qu'une autre voie, moins technique, plus respectueuse encore de la qualité de la vendange, aspect essentiel à ses yeux, doit lui permettre d'avancer sur le chemin de l'expérience. De plus, fort de ses nombreux contacts, qui, par petites touches, lui inspirent d'autres progrès, il engrange tout ce qui aiguise sa sensibilité et précisera ses choix à l'avenir. Belle découverte au coeur des collines chypriotes!...

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~ Vlassides Winery, à Koilani ~

La découverte de ce domaine, à proximité du petit village du Koilani, peut surprendre. Une petite route serpentant dans les collines, tout à coup, le paysage s'ouvre sur la vallée. A quelques encablures des premières maisons, des toupies de béton ont permis de tracer un chemin pentu jusqu'à un magnifique bâtiment moderne, terminé en 2012. Ses lignes semblent vouloir répondre au paysage de vignoble ancien tracé de terrasses. C'est l'oeuvre de l'architecte Heracles Papachristou. Et un peu aussi le fruit de l'imagination de Sophocles Vlassides, vigneron quadragénaire, revenu dans le pays de sa famille dès 1998, après de brillantes études de chimie à Londres, puis un diplôme d'oenologie en Californie, à l'Université de Davis. En cette matinée, découverte de Vlassides Winery.

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Sophocles Vlassides n'est en rien exubérant, mais dès le premier contact, on devine aisément que l'on a à faire à un homme, un vigneron de convictions. Déterminé, par son travail, à marcher sur les pas de son grand-père maternel, qui était le propriétaire de quelques parcelles et de son oenologue de père, il décida donc, à l'aube du troisième millénaire de se donner les moyens de créer un vignoble chypriote modèle. Fort d'une d'approche technologique, de par sa formation et de la nécessité de montrer son talent de winemaker sur des bases connues, il opte vite pour la syrah, puis entre autres, pour le cabernet sauvignon et le merlot, ainsi que le sauvignon blanc et le xynisteri, ce dernier valeur locale indiscutable. Cinq à sept hectares autour de la cave, mais au total seize à dix-sept hectares pour le domaine, celui-ci devant atteindre rapidement le seuil de vingt hectares, le tout étant situé entre 700 et 1000 mètres d'altitude. Cette surface produisant donc, à terme, 70% des quantités de raisins voulues pour atteindre 120 000 bouteilles annuelles, grâce à l'apport de raisins sélectionnés chez quelques vignerons indépendants du cru. A l'horizon plus lointain, l'ambition de Sophocles étant de disposer en propre, de terres permettant d'atteindre cet objectif.

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Malgré une gamme déjà bien établie, il ne faut pas perdre de vue que l'ensemble reste très expérimental. En effet, comme on en a le sentiment parfois à Chypre, il semble présent dans les esprits que l'utilisation des grands cépages internationaux n'est peut-être pas la panacée sur le long terme, du fait notamment des conditions climatiques évolutives, tendant à l'obtention de maturités très élevées, ces dernières révélant une forme de perplexité des consommateurs. Si bien que, la tendance actuelle chez les meilleurs, est plutôt à réfléchir et à expérimenter dans d'autres directions. Ici, le vignoble a été restructuré dès 2005, avec tout d'abord l'adoption de techniques choisies - vignes palissées plutôt que gobelet et irrigation permettant de lutter, si nécessaire, contre la sécheresse estivale et la chaleur - mais aussi, plantation de variétés autochtones supposées plus adaptées.

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Ainsi, aux alentours même de la cave, certaines parcelles sont désormais plantées en franc de pied de yiannoudhi (à noter le diamètre étonnant de celui-ci pour une vigne d'un an!), cépage rouge pour lequel il est nécessaire de planter une autre variété afin de permettre la polinnisation (ici, des plants épars de xynisteri, çà et là, plutôt que des rangs en alternance), ou encore du promara, cépage blanc assez rare à ce jour. On trouve aussi un peu de maratheftiko, mais le vigneron ne semble pas convaincu qu'il soit vraiment adapté dans l'écosystème local, ainsi que de l'aghiorghitiko, plutôt présent dans le Péloponèse grec.

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En découvrant de telles installations dans le calme d'une saison éloignée des vendanges, on s'interroge parfois sur le fait qu'elles soient bien conçues dès le départ et que leur ordonnancement soit bien à la hauteur des attentes des utilisateurs. On imagine aisément que l'architecte et le vigneron se soient consultés en vue de l'optimisation de l'ensemble. Ici, comme pour les plus récentes installations à Chypre, le bâtiment a été construit à flanc de colline et l'utilisation de la gravité reste un objectif. Mais, le fait d'enterrer la construction a également pour but de rechercher la relative fraîcheur du sol et d'éviter ainsi de trop grands écarts de température pendant l'été.

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Large espace d'accueil, vue panoramique, parquet naturel, puits de lumière, tout est fait pour que la visite et la dégustation se passent dans les meilleures conditions. Il ne reste plus qu'à déguster quelques cuvées. Un premier trio est proposé dans la gamme dite Grifos, plutôt destinée à une consommation courante, ou à une première approche. Grifos 2 et 3 au programme, soit le blanc et le rosé. Le premier est un assemblage de 78% de xynisteri et de 22% de sauvignon blanc, dont on peut apprécier la fraîcheur. Le second, doté d'un joli fruit, se révèle plutôt original, avec 75% de shiraz et 25% de grenache.

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Bien sûr, après cette mise en bouche, il est très tentant de découvrir les autres vins en cours d'élevage. Pour cela, nous gagnons l'étage inférieur (en partie climatisé!) où divers essais, comme autant d'orientations pour le futur, tendent à démontrer que Sophocles Vlassides a enclenché un processus forcément novateur. Ce choix de mettre en valeur et de montrer le potentiel des cépages locaux, va aussi dans le sens d'une plus grande recherche de l'expression des parcelles, si ce n'est du "cru", le vigneron ramenant sa production à la dimension des micro-climats identifiés, à force de vendanges, d'observation attentive et de collecte de données diverses, pendant tout le cycle de la vigne.

Prélevés sur fûts, les quatre derniers vins atteignent une autre dimension : tout d'abord, le yiannoudhi, issu d'une première récolte, doté d'un potentiel étonnant. On dit parfois, que le jus de la première vendange montre l'énergie et la densité que les vins auront quelques années plus tard... Si c'est le cas, voilà une piste à suivre!... Beau potentiel également d'un aghiorghitiko élégant et même d'un merlot évitant les arômes confiturés. Enfin, l'assemblage merlot-cabernet sauvignon-shiraz est construit pour une longue garde.

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Voici donc un autre domaine tourné vers l'avenir, dans les villages viticoles de Limassol!... En quelques heures, à Chypre, on passe donc aisément du statut de visiteur curieux, un rien perplexe, du fait de notre méconnaissance du pays, à celui d'amateur passionné par ces découvertes et par la démarche de ces quelques pionniers, devant revêtir de fait, les habits d'ambassadeurs de leur viticulture, en même temps que ceux de chercheurs de terres et de rêves nouveaux. On constate donc déjà cette sorte d'ébullition, de brain storming en cours, alors même que ces quelques nouveaux référents sont encore plutôt peu nombreux. Il n'est pas impossible que l'on puisse déjà parier sur l'apparition d'une nouvelle génération, inspirée par ces quadras traçant de nouvelles voies. La Chypre viticole a de beaux jours devant elle!...

21 juin 2017

Halloumi, emblème national, a way of live!...

Parlons fromage!... Lorsqu'on débarque à Chypre en tant que modeste ambassadeur mets et vins du pays aux mille fromages, ne serait-ce que le temps d'une courte visite, on se dit qu'il est impossible de négliger la découverte du halloumi!... Du quoi?... me direz-vous!... Le halloumi est LE fromage de Chypre. Non pas qu'il soit unique dans cette île, mais parce qu'il est l'emblême du pays. Il existe bien quelques apparentés au Moyen-Orient, mais il n'y a de halloumi qu'à Chypre. C'est une marque déposée à Chypre bien sur, mais aussi au Royaume-Uni, aux États-Unis (American Trademark Authorities) et en Jordanie. Depuis 2000, il est également enregistré en tant que Community Collective Trademark de l'Union Européenne, ce qui signifie que l'utilisation de la Marque est régie par des règlements spécifiques qui exigent, entre autres, que la production de fromage soit effectuée par des utilisateurs autorisés conformément à des normes de production, d'étiquetage et d'origine très rigoureuses.

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~ Ferme A.P. Polycarpou et fils, à Prastio Avdimou ~

Le petit village de Prastio est situé à 38 kilomètres de Limassol et à 45 de Paphos. A une altitude d'environ 380 mètres, la petite place sur laquelle nous nous arrêtons permet de voir la mer à l'horizon. On devine aisément que cette situation privilégiée doit attirer les résidents étrangers. Et c'est bien le cas, puisque le village peuplé d'environ 250 habitants, voit nombre de ses habitations devenir la propriété de touristes européens, puisque pas moins de cinquante maisons sont désormais occupées par ces derniers, le plus souvent des Britanniques.

Prastio, c'est donc le village natal de la famille Polycarpou. Avec Andreas, c'est la cinquième génération qui produit du halloumi traditionnel et ce n'est sans doute pas fini, puisque le représentant de la sixième est né voilà juste quelques semaines!... Humilité, disponibilité et générosité, autant de qualités qui naissent de la fierté de proposer de tels produits et d'en fabriquer chaque jour que Dieu fait. Même si les trophées, gagnés pour la plupart à Nantwich, Birmingham ou Londres, se bousculent sur l'étagère, dans la cuisine, à côté de coupes gagnées lors de compétitions de basket-ball!...

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Il n'est guère plus de neuf heures du matin, mais il faut se mettre à table!... Halloumi per tutti!... Et de l'anari aussi, une variante fraîche qui ressemble à la ricotta. Ce dernier se consomme tiède (ce jour-là en tout cas) légèrement nappé de miel ou de carob syrup, ou sirop de caroube en français. Il faut savoir que le caroubier est un arbre quasi emblématique, lui aussi, de Chypre. La caroube fut longtemps "l'or noir de Chypre", en tant que principal produit d'exportation agricole de l'île, mais sans doute aussi moyen de subsistance, dans les périodes de vaches maigres, de par la farine qu'elle permettait, entre autres, de produire.

Le halloumi quant à lui, peut se consommer aussi après être passé sur un grill, ou poêlé, éventuellement dans un peu d'huile d'olive. C'est un fromage qui ne fond pas pendant la cuisson, du fait de son point de fusion très élevé, particularité de la méthode de production. Il s'accompagne le plus souvent de courgettes crues, de poivron et de petites tomates, voire de tranches fines de jambon fumé. Sa texture assez ferme est plutôt surprenante, car assez éloignée de nos canons, en matière de dégustation de fromages. De forme circulaire au départ, il est salé, puis plié en deux par son diamètre. Sa maturation est de quarante jours. Il est ensuite conditionné dans un emballage contenant, outre son petit lait, de la saumure et parfois des feuilles de menthe ciselées, pour les propriétés antiseptiques de cette plante, ce qui évite l'altération du fromage. Dans ces conditions, on peut le conserver au frais assez longtemps.

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Après un court passage dans l'ambiance surchauffée, quasi tropicale, du petit laboratoire, situé juste derrière la maison, où les cuves sont chauffées au feu de bois, Andreas m'invite à rendre visite aux brebis. Il en possède un millier, originaire de l'île grecque de Chios, à huit kilomètres de la côte turque, réputée pour être l'île natale d'Homère. Ils furent introduits ici-même en 1968, dans le but d'améliorer la race locale de moutons. Ces brebis de Chios ont la réputation d'être prolifiques et de produire des quantités de lait substantielles, plus adaptées à une agriculture intensive, mais respectueuse cependant des rythmes biologiques, puisque environ un tiers des brebis ne donnent pas de lait, destiné à la production de halloumi, à tour de rôle, pendant qu'elles ont des agneaux.

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Les animaux profitent d'espaces naturels sur une centaine d'hectares, dont certains sont loués à quelques voisins. Le parcage est possible par secteurs successifs, car il faut tenir compte de la sécheresse ambiante, entre mai et octobre. Certaines parcelles, situées sous quelques arbres, sont exploitées de façon limitée, afin de préserver la qualité de leur flore. Il faut dire que le halloumi de Prastio est connu pour bénéficier de la grande et riche diversité de celle-ci. On peut, par ailleurs, considérer que la production est "biologique de fait", puisque aucun produit chimique n'est utilisé dans l'espace naturel, si ce n'est quelques fertilisants et que, de plus, la race de brebis est des plus résistantes, évitant ainsi toute utilisation de produits pharmaceutiques.

18622400_10213012270599437_1930769481279995105_nBon an mal an, c'est donc pas moins de cinquante tonnes de halloumi qui sortent de la ferme Polycarpou, dont une partie est destinée à l'export, à destination notamment de Hong Kong et de la Grande Bretagne. On peut penser aisément qu'un tel produit, à ce degré de qualité, dans le respect de la tradition, doit pouvoir intéresser bien d'autres pays, surtout qu'il correspond désormais à un style de cuisine que l'on peut qualifier d'internationale : planches de jambons, légumes et fromages, que l'on grignote entre amis, sur une terrasse ensoleillée, lorsque l'heure de l'apéritif, version dînatoire, a sonné. Sans parler des autres produits proposés : anari déjà évoqué plus haut, yaourts au lait de brebis, fresh trachanas soup ou encore flaouna.

Point important également, le halloumi d'Andreas Polycarpou est composé à 100% de lait de brebis. Ici, on ne déroge pas à la tradition familiale, en respectant par dessus tout la recette et les préceptes de la grand-mère. Pourtant, lorsqu'on recherche des informations concernant ces fromages, on nous explique le plus souvent qu'il est composé de lait de brebis ET de lait de chèvre (en fait, la norme prévoit 100% de lait de brebis ou 100% de lait de chèvre ou un mélange des deux), mais qu'en plus, on peut ajouter une certaine quantité de lait de vache. Mais là, les puristes ne l'entendent pas de cette oreille!... Surtout quand on sait que l'une des principales raisons de cette incorporation de lait de vache est motivée par des considérations économiques, puisque ce dernier est bien moins cher à l'achat que les deux autres. Ceci dit, d'autres motivations, comme la disponibilité de tel ou tel lait explique également ce choix.

Mais Andreas n'en démord pas!... La tradition a du bon et pour lui, le halloumi n'en est que meilleur. D'autant qu'à ses yeux, produire ce fromage, c'est un véritable et authentique "way of life"!... "Pour le reste, tout n'est que politique..." Et merci encore, Monsieur Polycarpou pour votre humour et votre sincérité.

18581821_10213012494885044_5698038879619627267_n~ Charalambides Christis Ltd ~

Après cette matinée bucolique (complétée de plus par un passage chez Marcos Zambartas, vigneron à Ayos Ambrosios, que j'évoquerai prochainement), retour à Limassol, afin de visiter une importante unité de production de produits transformés et notamment de halloumi.

Indiscutablement, nous avons là un des poids lourds chypriotes de l'agro-alimentaire, ainsi que sur le marché de l'emploi local. Pas moins de trois cents personnes travaillent dans cette usine et autant dans une autre, non loin de Nicosie. Officiellement, entre 580 et 630 employés, selon l'activité saisonnière fluctuante. En 1957, Charalambides est la première entreprise à produire et mettre sur le marché de Chypre, du lait frais pasteurisé. En 1965, Christis fait de même, mais avec en plus, la production de yaourts et de halloumi chypriote. Ils étaient faits pour s'entendre!... Dans les années 2000, ce sont les grandes manoeuvres : en 2002, puis 2007, les deux entreprises sont successivement rachetées par Delta Vivartia S.A. Dès l'année suivante, la fusion est actée par la création de Vivartia (Cyprus) Limited. En 2011, Alexis Charalambides et Menelaos Shiacolas et leurs partenaires financiers font l'acquisition de 90% de Charalambides Christis Ltd, puis acquièrent les 10% restant en 2014, faisant de la compagnie, une holding 100% chypriote. Depuis, l'ensemble s'est donné pour mission d'être la meilleure entreprise de l'agro-alimentaire du pays, mais surtout la plus innovante, tenant compte des standards internationaux, proposant des produits à haute valeur nutritionnelle pour les consommateurs. Dont acte!... Une véritable profession de foi pour s'intégrer au business de la mondialisation, mais les dirigeants, à l'image de Spyros Bonatsos, Exports Manager de l'unité de Limassol, se font forts de rappeler les valeurs de l'entreprise : travail d'équipe et esprit familial, impartialité, honnêteté, intégrité, qualité à tous les étages, innovation et responsabilité.

Ceci dit, nous sommes là dans une unité de production qui se doit de protéger son travail et ses modes de fabrication. Donc, vous ne verrez rien des locaux où est produit le halloumi. Pour la visite, je suis guidé par Andrea, sympathique responsable de département Recherche et Développement, qui ne me dira rien de son travail au quotidien (nouvelles recettes, nouveaux produits?). Avant toute chose, je dois laisser mon identité sur un grand registre, au bas d'une page sur laquelle je constate que le groupe précédent de visiteurs venait du Mc Donald local!... Et oui, les Mc Do ici, glissent du halloumi (ou autre chose) dans les burgers!... En quelques minutes, me voilà équipé de pied en cap, avec une blouse sur mon bermuda, des ballerines bleues du meilleur effet sur mes chaussures, masque et bonnet.

Évidemment, la production est foncièrement différente de celle entrevue le matin même, à Prastio, du fait notamment des quantités, mais aussi de l'addition de lait de vache, sur la base des pourcentages autorisés par la loi. On constate aussi la rigueur et les précautions prises, ne serait-ce que pour passer d'un local à l'autre : il faut à chaque fois marcher sur des rouleaux, se laver et se sécher attentivement les mains. En fait, il y a quatre aires de productions distinctes au total : lait pasteurisé, yaourts divers, produits UHT et fromages.

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Charalambides Christis Ltd est donc placée très haut dans la hiérarchie locale du secteur, occupant une position de leader sur le marché du lait pasteurisé, du lait frais chocolaté et des yaourts blancs, mais aussi pour le halloumi traditionnel, le kefalotyri (autre fromage), la crème UHT et les jus de fruits importés de Grèce. L'importation est d'ailleurs une activité en plein développement, notamment afin de satisfaire la demande de produits destinés à la restauration, au regard de l'importante activité touristique. Ainsi, sont importés des légumes et des pâtes surgelés, ou encore de la feta (de Grèce), ainsi que de la margarine et même du cheddar en provenance du Royaume Uni, présence britannique oblige. Pour ce qui est de l'exportation, elle est orientée vers pas moins de trente huit pays, dans lesquels de nombreux grands distributeurs sont servis, tels que Metro, Carrefour, Mc Donalds ou encore Tesco, pour ne citer que les plus connus.

Juste le temps d'apprécier le halloumi tel qu'il est souvent dégusté dans le pays : des morceaux de galettes de pain, que l'on ouvre par le milieu. On y glisse le fromage passé sur le grill et des morceaux de courgettes, par exemple. C'est prêt!... Nous prenons congé de nos hôtes fort sympathiques, nous ayant permis de découvrir la production industrielle du halloumi, mais en constatant que la passion pour ce produit, véritable emblème du pays, répétons-le, est entière, même quand il faut faire face aux contingences liées à une grande production.

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Il ne nous restait plus qu'à découvrir la cuisine chypriote, en nous rendant au Carob Mill, à la Karatello Tavern plus exactement, agréable terrasse d'un restaurant situé dans le quartier piétonnier de Limassol, le temps de se régaler d'une Village Salad et d'un Combo Grill, composé de succulentes viandes grillées, diverses et variées, sans oublier le halloumi!... Bon appétit!...

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19 juin 2017

Chypre : un vignoble émergent aux racines millénaires!...

Chypre est une île, mais, c'est aussi un pays!... De ceux dont le paysage vous transporte aisément au fil des siècles de son histoire plutôt tourmentée. En quittant la voie rapide côtière qui relie Larnaka, Limassol et Paphos et en se dirigeant vers le nord, on atteint aisément les montagnes de Troodos, où le Mont Olympus culmine à 1952 mètres. L'Histoire, avec un grand H, quelque chose qui pèse aujourd'hui énormément dans la vie des Chypriotes. Voir ceci, pour en avoir un aperçu original!...

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Source Wikipedia : Mosaïque chypriote à la gloire de Dionysos, à Paphos

A l'annonce de la possibilité de découvrir Chypre, on a vite le sentiment d'avoir, en quelques sortes, un monde nouveau qui s'ouvre devant soi. Non que je me prenne pour un descendant de quelque explorateur, qui marcherait dans les pas d'un ancêtre parti en quête d'un monde meilleur, mais plutôt avec l'obligation de m'informer en amont, pour ne pas passer à côté de ce voyage et satisfaire la dimension contractuelle du projet. En fait, comme l'immense majorité des Français, je dois avouer ne rien connaître de ce pays aux portes du Moyen-Orient, marqué par les présences successives des Templiers de la famille de Lusignan (trois siècles), des Vénitiens (moins de cent ans), des Ottomans (trois siècles également), puis des Britanniques de 1878 jusqu'en 1960 (sans parler de l'Antiquité ou de la période hellénistique). Cette méconnaissance actuelle de nos compatriotes est curieusement illustrée de nos jours, par le fait que les Français les plus nombreux sur l'île, sont (ou étaient) peut-être les militaires revenant de leur séjour en Afghanistan, cette sorte de porte-avion à l'est de la Méditerranée ayant été choisi par notre Ministère de la Défense (des Armées désormais) comme "sas de décompression", avant le retour dans la métropole.

Autre illustration de cette non connaissance des lieux, le fait de découvrir, à mon arrivée à l'aéroport, que l'on roule à gauche sur les routes chypriotes (influence britannique oblige) et, qu'exceptionnellement, on peut avoir besoin d'un vêtement de pluie entre mai et octobre, ce qui reste malgré tout fort rare. Le paysage, dès le lendemain, me permettra de constater à quel point le manque d'eau reste un problème, notamment pour l'agriculture locale.

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Du côté de la vigne et des vins, Chypre garde jusqu'à nos jours un côté plutôt mystérieux, un peu comme son porte-étendard millénaire, quasi mythologique, la célèbre Commandaria. Ce vin doux naturel porte ce nom parce que, à l'origine, les Templiers français organisèrent l'île en commanderies, comme autant de territoires qui produisaient leur propre vin, en faisant sécher les raisins au soleil, ce qui permettait de produire ce nectar. De nos jours, le décret de 1993 limite sa production à quatorze villages situés au nord de Limassol, entre 500 et 900 mètres d'altitude, sur un sol à dominante volcanique. On distingue plusieurs commandaria : St John Commandaria, lorsqu'elle est élaborée à base de mavro (cépage rouge) sur des terres volcaniques, St Barnabas, lorsqu'elle est issue de xynisteri (cépage blanc) et élevé en fûts pendant quatre ans, St Nicholas, lorsque c'est un assemblage des deux variétés, Alasia quand ceux-ci sont présents à part égale et Centurion, après un élevage de vingt ans minimum (source Wikipedia). Il est aussi possible d'en trouver, notamment des pures xynisteri élevées pendant dix ans.

Bien sur, il est possible d'en déguster de très différentes, puisqu'elles peuvent être proposées par des caves particulières, une soixantaine sur l'île (les meilleurs vignerons achètent des raisins issus des quatorze villages de la zone délimitée) et par les grandes structures dont les installations sont à Limassol, composant ce que l'on a coutume d'appeler "The Big Four", soit les quatre grandes coopératives de l'île : KEO, ETKO, SODAP et LOEL, qui proposent à elles seules 95% de la production locale (tous types de vins confondus). Au-delà de la Commandaria elle-même, il faut retenir cette équation, suggérée par un des vignerons rencontrés lors de ce séjour : "Si on considère qu'il y a un million d'habitants à Chypre et trois millions de touristes chaque année, l'île produit 4,5 millions de bouteilles et en importe dix millions!... C'est aussi pour cela que les vignerons chypriotes ne se sont guère tournés vers l'exportation!..." Maintenant, une autre tendance s'amorce, parce que le potentiel est important, si ce n'est énorme et qu'une nouvelle génération éprouve sans doute aussi le besoin de se confronter à cette mondialisation, qui ne manquera pas de leur ouvrir des portes. Il faut rappeler au passage que la plus grande partie du vignoble est "franche de pied", puisque le phylloxera n'a jamais atteint d'île. D'autre part, si les cépages internationaux les plus répandus sont largement présents, il y a désormais une volonté notoire de remettre en valeur les variétés autochtones, puisque ne nombreuses plantations récentes en altitude et sans l'utilisation de porte-greffes vont apporter originalité et potentiel identitaire, le tout ne manquera sans doute pas de titiller les papilles des plus curieux de par le monde.

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Pour ce qui est de ce séjour en lui-même, il était impossible d'être exhaustif, tant pour ce qui est des régions viticoles que des vignerons intéressants, en caves particulières, à l'intérieur même de ces secteurs. Mais, de l'avis même des vignerons rencontrés, le choix émanant du Ministère chypriote du Commerce ne souffrait pas de la moindre faute de goût. Les Zambartas, Vlassides, Kyperounta et Tsiakkas sont bien de dignes ambassadeurs de la viticulture chypriote, parmi d'autres.

On peut donc considérer qu'il y a, au minimum, cinq régions viticoles principales à Chypre : à l'ouest, Laona-Akamas et Vouni Panagias-Ampelitis dans le district de Pafos (ou Paphos), puis en se dirigeant vers l'est, Krasochoria de Lemesos et Commandaria, dans le district de Lemesos (ou Limassol) et Pitsilia, à cheval sur les districts de Lemesos et Lefkosia (ou Nicosie). Il est possible d'y adjoindre désormais la vallée de Diarizos, prenant en compte le vignoble le plus à l'est du district de Pafos et même les montagnes de Larnaka et Lefkosia, dans la partie centrale du pays. Dans le but de développer une forme d'oenotourisme, les responsables chypriotes ont décliné ces régions en autant de routes des vins, qu'il est assez aisé de suivre.

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Source : www.moa.gov.cy - Geological Survey Department

La carte ci-dessus donne une idée précise de la géologie de Chypre. Outil indispensable, s'il en est, permettant de mieux comprendre la diversité des sols, leur juxtaposition, au regard des paysages du sud de l'île, tels qu'on peut les découvrir lors d'un séjour du côté de Limassol, où la présence de calcaire et de sédiments marins semblent dominer largement. Il est vrai que la visite des "appellations" Commandaria et Pitsilia, notamment, donne une toute autre idée des paysages et des supports géologiques. L'ensemble des zones viticoles est adossé aux montagnes de Troodos (apparues en même temps que les Pyrénées) et, dans la partie nord de Pitsilia, les vignes sont plantées en terrasses jusqu'à 1400 m d'altitude, ce qui en fait un leader potentiel, en matière de vignobles d'altitude en Europe.

Les articles suivants seront donc consacrés successivement aux régions de Krasochoria de Lemesos et Pitsilia, avec deux domaines pour chacune d'elles, mais aussi à la production de halloumi, fromage emblématique de Chypre, avec une première approche foncièrement traditionnelle et une autre plus industrielle. Suivez le guide!...

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16 mai 2017

Escapade à Chypre, choose your Cyprus!...

Il était une fois un blogueur épris d'une liberté revendiquée, animé d'une envie impérieuse de découverte, désireux d'alimenter son besoin d'écrire et de raconter les histoires de ses rencontres au coeur des vignobles du monde entier, en quittant parfois l'horizon forcément restreint de son écran et de son clavier. Des avions sillonnant le ciel, prêts à le parachuter sur les moindres confettis souvent volcaniques de la Mare Nostrum. Parfois, un bateau à voiles qui l'attend dans la marina d'un petit port de Crête, armé pour sillonner la Mer Égée et ainsi, lui permettre de découvrir, encore et encore, les vins des îles de Méditerranée. L'été approchant, les projets de destinations lui donnent forcément des fourmis dans les papilles!...

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Et puis, il y a les rencontres impromptues, les échanges de mails porteurs d'espoirs, ceux qui vous donnent vite l'impression que l'on ne parle pas pour ne rien dire avec son interlocuteur. Tout a commencé début décembre 2016, lorsqu'une dégustation des vins de Chypre fut proposée dans les salons de l'OIV (Organisation Internationale de la Vigne et du Vin), à Paris, sous l'égide du Ministère de l'Agriculture chypriote. Une centaine d'invités du secteur viticole français y fut convié. Ils purent ainsi découvrir la production de onze domaines du pays et notamment la célèbre Commandaria, un vin doux naturel, symbole incontournable et véritable étendard des vins de Chypre, connu depuis la nuit des temps, dit-on, passé au fil des siècles et des millénaires, par toutes les cours royales et princières, européennes notamment.

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A droite, photo de Thomas Pesquet, prise de l'Espace, dans l'ISS

Les responsables chypriotes, conscients d'un certain déficit d'image des vins du pays et désireux de les faire encore mieux connaître, mettent ensuite sur pieds une stratégie de communication, sous l'égide, à Paris, du Bureau Commercial de l'Ambassade de Chypre et notamment de son conseiller économique et commercial, Constantinos Talianos. Ce dernier, suite à une rencontre fort goûteuse, dans un restaurant chypriote de la Capitale, ne tarda pas à me convaincre de faire acte de candidature. Quelques semaines plus tard, ma soif de découverte allait être satisfaite. Cap sur Limassol, pour une découverte du vignoble, mais aussi de productions agricoles locales.

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Un très beau programme en perspective!... Mon correspondant, ainsi que le Ministère, ayant été sensibles à ma démarche - pouvoir découvrir des unités de production relativement importantes, mais aussi d'autres plus artisanales et vigneronnes - il semble que je serais en mesure, à mon retour, de vous faire découvrir la production locale, sur la base, notamment des cépages autochtones (maratheftiko et xynisteri, pour ne citer que ceux-là), mais aussi, cerise sur le gâteau, si je puis dire, la production artisanale du halloumi, le fromage emblématique du pays. See you soon!...

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Photos de Thomas Pesquet, prises de l'Espace, dans l'ISS

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13 mai 2017

Corse, les terroirs et la passion à Patrimonio

Non contente d'être la plus ancienne appellation de l'Île de Beauté (1968), Patrimonio détient quelques solides arguments, qui ne doivent pas manquer d'intéresser les passionnés de vin et de dégustation. D'abord, des terroirs multiples (schiste, granite et calcaire), sur lesquels les cépages principalement représentés (nielluccio en rouge et vermentino, ou malvoisie de Corse, en blanc) expriment une foule de nuances, plus ou moins sous influence maritime, augmentées désormais d'autant de variables qu'il y a de contenants et de matières : bois, béton, terre des amphores élargissent la palette proposée par les vinifications thermo-régulées sous inox, largement répandues jusqu'à maintenant dans la région. Si cette technologie apportait la sécurité longtemps réclamée par les anciennes générations, quelques représentants de la plus récente sont désormais prêts à orienter leurs meilleurs jus vers d'autres types d'élevages. Et là, pas de doute, ces vins vont s'inviter à la table des "grands crus" de France et de Navarre!...

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Autre orientation qui va sans doute peser lourd dans la future promotion du vignoble de la Haute-Corse, avec un développement certain de l'oenotourisme, la décision ministérielle très récente, puisque datant du 22 mars 2017, d'attribuer le label "Grand Site de France" à deux sites corses : les Îles Sanguinaires, pointe de la Parata d'une part et à la Conca d'Oro, vignoble de Patrimonio, d'autre part. C'est un ensemble paysager, un chapelet de villages bâtis sur les pentes et une mosaïque de vignobles dont on souligne la richesse et toute la valeur... patrimoniale. Les collines du Mont Sant'Angelo (ci-dessus) en sont l'image emblématique. Le bâti viticole, l'histoire ancienne, la défense de l'AOP et la conversion actuelle vers le bio de près de 80% du vignoble sont les piliers de cette promotion récompensant l'engagement de tous les acteurs locaux. Il ne reste plus qu'à modifier les supports de communication, des dépliants touristiques aux sites internet des domaines viticoles. En attendant, commençons par en découvrir trois, qui donnent bien la tendance actuelle. En route! Autant en emporte u libecciu ou u gregale!...

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~ Clos Marfisi ~

Comme dans un certain nombre de domaines viticoles du cru (et de Corse également!), il n'est pas rare que deux, voire trois générations successives se côtoient au quotidien, qui sur les terres, qui dans le cuvier, pour assurer la bonne marche de l'ensemble et faire face aux tâches incontournables, surtout quand les plus jeunes ont fait passer l'idée d'une augmentation singulière de l'exigence de qualité. Au-delà de cette dernière, il faut assurer la promotion de l'ensemble, trouver de nouveaux marchés et... rester les pieds sur terre!... Si Bastia ne s'est pas fait en un jour, ni Patrimonio, ni Farinole non plus!... Au Clos Marfisi, personne ne l'oublie, pas plus Mathieu que Julie, les deux enfants de Toussaint Marfisi, octogénaire, mais toujours très actif, dans ses vignes de Ravagnola, Gritole ou Grotta di Sole. Les deux premiers secteurs sont sur la commune de Farinole, le troisième sur Poggio d'Oletta.

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Le visage et la stature de Mathieu Marfisi ne seront peut-être pas inconnus de ceux qui auront apprécié une récente émission Des Racines et des Ailes, consacrée à la Haute-Corse. En effet, il était à cette occasion le porte-parole des producteurs du cru, en à peine quelques minutes, dans un paysage de rêve. Son statut de président de l'appellation lui conférait cet honneur, mais ceci était loin d'être usurpé, tant le vigneron trentenaire tente avec d'autres, de dynamiser l'AOP, en prenant des initiatives et en innovant, ce qui ne devrait manquer de montrer l'exemple, en vue de la production de vins loyaux et sincères, sur cette terre particulière. Au vu de ces images télévisuelles, il était très tentant de découvrir ce lieu, qui ne peut laisser personne indifférent.

Nous abordons le site par la parcelle dite Gritole, plantée de nielluccio. Celle-ci couvre à peu près deux hectares (sur les 14,5 ha du domaine). Elle est surtout constituée d'alluvions mêlés à l'argile. Des sols plus profonds donc, mais sur un socle d'alluvions anciennes. Ce que l'on trouve près de la rivière en général, mais un bon drainage est assuré, avec aussi quelques affleurements schisteux. Comme pour l'ensemble, la vigne est taillée en gobelet, avec un palissage qui permet de lutter contre le vent, le vermentino étant très fragile. Nous sommes là à environ huit cents du rivage et les entrées maritimes préservent malgré tout de l'humidité.

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Il faut prendre de l'altitude pour atteindre Ravagnola, composant un ensemble de dix hectares. Naguère, toutes les plus vieilles vignes du domine étaient là, sur un calcaire du miocène (-15 à -20 millions d'années) présent sur le dos des arêtes calcaires. Mais, à l'issue des vendanges 2014, elles furent en partie arrachées et en 2015, deux hectares de vermentino ont été planté à deux mètres en gobelet et en changeant de sens. En effet, auparavant, le labour se faisait avec des boeufs, en dévers, puisqu'ils ne pouvaient pas monter la pente. Désormais, le chenillard ne craint pas le dénivelé, même s'il convient d'être prudent, lorsque les crocs rencontrent des cailloux de belle taille. A noter que les sols sont plus hétérogènes sur les flancs et en bas de coteau, puisqu'on identifie là plusieurs types de calcaires.

Toute la zone bénéficie des entrées maritimes et il convient de lutter contre quelques attaques d'oïdium (poudrages de soufre), aucune autre maladie n'étant présente, ou virulente et pas davantage le gel. On peut aussi saluer au passage les choix effectués par les représentants des deux générations précédentes, qui n'hésitèrent pas à planter nielluccio et malvoisie sur les coteaux dans les années 60, alors même que la mécanisation allait bon train dans tous les vignobles, en incitant les vignerons à choisir de plus en plus les parties les plus planes de leur domaine. C'est aussi à cette époque qu'ils commencèrent à mettre en bouteille à la cave. Il convient parfois d'être quelque peu visionnaire...

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Au chapitre des évolutions annoncées, une bonne partie des muscats du domaine vont être arrachés, pour n'en conserver que 1,5 ha, du fait d'une moindre demande pour les VDN. A la place, seront plantés minustellu et carcaghjolu. L'accent sera mis également sur les meilleurs nielluccio, ainsi que sur les quatre hectares de vermentino (dont deux à Grotta di Sole), pour des élevages de parcellaires, en demi-muids et amphore.

D'autres aspects viendront éclairer l'avenir, puisque Mathieu et les vignerons de Patrimonio attendent avec une certaine impatience le travail à venir du BRGM, en partenariat avec le Centre de Recherche Viticole, sur les sols viticoles et les terroirs de l'appellation, qui devrait commencer en 2018, ces études ayant débuté par les zones plus restreintes, plantées de muscat, du Cap Corse.

Les projets de travaux au niveau du cuvier sont aussi conséquents. Il faut dire que l'encombrement de celui-ci montre à l'évidence que le manque de place pose problème, surtout après les mises printanières et l'évolution des types d'élevages, comme dans d'autres domaines (une quasi constante où nous sommes passés!), pour peu que le millésime soit généreux. Optimiser, mais aussi donner au vin les meilleures conditions de conservation, si les durées d'élevage sont prolongées, une priorité pour demain, d'autant qu'ici, devraient aussi apparaître des foudres destinés aux rouges. Pour l'heure, 2016 fermente toujours!... Un millésime sec et très mûr, avec des 15° potentiels parfois et des fermentations languissantes, mais ce que nous avons dégusté, prélevé sur cuve, demi-muids ou amphore laisse entrevoir un très beau potentiel et un équilibre qui vaudra le détour. Profitez-en lorsque le Clos Marfisi prend le bateau avec quelques amis!... Comme ce sera le cas notamment à Bordeaux, lors de la journée Haut les vins!...

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~ Domaine Pinelli ~

Lors de la Journée Portes Ouvertes de Patrimonio, Marie-Charlotte Pinelli avait, en quelques sortes, obtenu une "wild card", comme si une junior pleine de talent voulait disputer le tournoi majeur, pour se frotter aux joueuses chevronnées. Pas encore 21 ans et une tendance à jouer les lignes, avec une longueur de balle qui fait déjà des ravages. Pensez donc, un "Muscat Naturel", ramassé en surmaturité à 19°, vinifié à l'ancienne, mais non muté!... De plus, issu de vignes plantées sur calcaire, à Oletta. Vous avez dit tension?... Attention, plutôt!... Passion échevelée à Casta!... Décidément, un village qui va nous secouer les papilles!...

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Marie-Charlotte Pinelli s'est lancée dans l'aventure à l'été 2015, en récupérant cette vigne de deux hectares plantée de muscat. Quelque chose comme ses racines corses, qui l'ont soudain interpellée, lorsque peut-être, elle marchait pieds nus sur des lauzes brûlantes, au coeur de la saison chaude et sèche... Il faut dire que sa famille est composée de vignerons "depuis la nuit des temps", précise-t-elle. Seul son père n'avait pas suivi la voie toute tracée, mais elle reprend le flambeau avec fierté et conviction. Dès le mois de décembre prochain, elle va pouvoir disposer de trois hectares de plus, issu du foncier de son grand-père, à Casta, sur un terroir granitique. En attendant, son père l'a épaulée pour les deux premiers millésimes, grâce auxquels, elle s'est surtout mise à l'écoute de son ressenti, en découvrant les exigences du métier et ainsi, déterminer ce que seront ses propres exigences pour produire des vins hors du commun.

16711503_1286227161472371_8190150013338618833_nChemin faisant, elle ne laisse rien au hasard, puisque les bases solides de son savoir, elle considère qu'elle doit les acquérir en passant un BTS Viticulture-Oenologie par correspondance. A la suite de cette première échéance, elle souhaite préparer un diplôme d'oenologue en Italie. Logique, après tout, quand on sait que le cépage rouge phare de la Corse, est le nielluccio, qui n'est autre que le sangiovese des chianti toscans.

En plus du nielluccio, seront plantés du vermentino pour les blancs, afin de proposer deux vins sur la base de l'AOP Patrimonio, mais aussi du sciaccarello, pour une cuvée en Vin de France. Pour le moment, ce sont surtout les travaux de la cave qui la mobilise, puisque tout est à faire, ou presque.

A la vigne, une agriculture biologique va de soi pour elle et, à terme, une orientation vers la biodynamie est probable, avec une possible certification Demeter lorsque tout sera en place. Actuellement, vinification et élevage se font en cuves inox, mais l'un de ses souhaits les plus forts est de travailler avec le  bois et peut-être des volumes différents. Le souci du détail donc, y compris lorsqu'elle se projette dans l'avenir, comme on peut d'ores et déjà le deviner.

13939588_1105887162839706_2809035308573560406_nQue l'on retrouve aussi dans le contenu de ses vendanges : manuelles, à l'aide de cagettes, de raisins en surmaturité, à 19° environ, puis utilisation d'un pressoir vertical. Ensuite, à différents stades, travail attentif avec le froid (5/10°). Autre option forte, l'utilisation minimale de sulfites ajoutés, qu'elle limite actuellement à 70 mg/l, ce qui s'avère très peu pour un liquoreux.

Détermination donc et identité forte, comme on peut le voir sur les bouteilles blanches, révèlant la robe brillante, parfois diaphane, sous la lumière du jour. De la cire, frappée de la croix de Malte, en guise d'étiquette et sur le goulot, une contre-étiquette revendiquant le naturel du muscat.

Comme on peut le voir, la dernière génération est en marche!... A vingt ans, de nos jours, on n'est pas seulement geek et uniquement attaché(e) aux réseaux sociaux, n'en déplaise aux blasés en tous genres, qui ne voient qu'en ces jeunes, des bipèdes décérébré(e), auxquels on aurait greffé deux pouces aux dimensions du clavier de leur smart-phone et rien d'autre!... Après tout, s'ils se prennent en main de cette façon, c'est peut-être bien pour révéler nos quelques manques, en matière d'énergie, d'espoir et de rêve... En attendant, si on en débattait autour d'un verre de muscat naturel de Marie-Charlotte Pinelli?...

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~ Domaine Santamaria ~

Cette fois, nous sommes à Oletta, près du lac de Padula. Thomas Santamaria nous reçoit, pour nous faire découvrir le vignoble familial. A 27 ans, il est le représentant de la septième génération et lui aussi, partage au quotidien les tâches du domaine avec son père. Il considère que la passation est en cours, mais chaque chose en son temps. Question aussi de timing : le père sort parfois le tracteur au lever du jour et la concertation, quant aux traitements, en particulier, n'est pas toujours optimum!...

Après un BTS Viticulture-Oenologie au Château La Tour Blanche, dans le Sauternais, Thomas revient en Corse, mais commence par travailler dans un autre domaine. Un an et demi plus tard, soit en 2016, il est de retour à Oletta, avec de fortes convictions en faveur de l'agriculture biologique. "Ici, ne pas faire du bio, c'est refuser de travailler!..." C'est clair!...

 

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Ça tombe bien! Le passage en bio a été décidé dès 2011 et le domaine est labellisé depuis 2014. Le travail combine les informations du calendrier lunaire et celui de la biodynamie, mais sans dynamiser pour le moment. Une orientation importante est prise depuis les vendanges récentes : apprendre à gérer les sols avec les engrais verts. Les fermentations parfois languissantes constatées sur les blancs et les rosés, ont incité les vignerons à semer des fèves dans les rangs, ce qui, une fois broyé, est une source d'azote non négligeable. Une méthode qui donne entière satisfaction, "au-delà de la source de fèves pour l'apéro!..." Dès cette année, un ajout de pois chiches est programmé. Ce semi, lorsqu'il n'est pas lessivé par les pluies, comme l'hiver dernier, permet d'en sécher une partie, afin d'être resemé l'année suivante. Sont également utilisées, des tisanes d'orties et de prêle.

Le Domaine Santamaria compte actuellement 13,5 ha en production, avec pour l'essentiel nielluccio et vermentino. Le vignoble est âgé en moyenne de 25 ans. Au terme de son installation sur le site, Thomas précise que l'on atteindra 18 à 20 hectares, avec un potentiel de 30 sur la propriété. On trouve également du grenache sur une parcelle hors appellation, cépage qui contribue à la mise en valeur cette année, de la gamme Tranoï (entre nous en langue corse), le tout proposé en Vin de France. A noter également, que le bas d'une parcelle de sauvignon vient de connaître, pour la première fois au domaine, les conséquences du récent gel printanier (ci-dessus, à gauche), ce qui ne manque pas d'interpeller père et fils, peu habitués à un tel phénomène ("comme un souffle brûlant!") et pour cause.

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La philosophie de Thomas se résume en quelques points précis. D'abord, tirer profit du micro-climat et de la fraîcheur prodiguée par le lac. Ensuite, préserver l'empreinte et la signature des nielluccio de Patrimonio notamment, en évitant les contenants qui risquent de gommer la trame. La dégustation, au terme de la visite, d'une bouteille de rouge du domaine millésimée 2008, est édifiante. Ce style, cette finesse, il faut absolument la préserver. "On devrait plus se considérer comme un satellite de l'Italie, plutôt que du Continent, par rapport aux vins que l'on fait et au climat." Véritable profession de foi!...

18118551_10212745974462200_3533432096571846674_nLà encore, comme dans d'autres domaines visités, c'est le manque de place qui est le plus évident. Les projets de construction de nouveaux bâtiments ne manquent pas. Une restructuration s'en suivra, puisqu'à terme, le cuvier inox actuel évoluera vers une série de foudres en bois, dans l'optique de la création d'une éventuelle "cuvée prestige". Il faut aussi savoir que, autre axe fort du domaine, les élevages sous inox durent trente six mois avant la vente. Le souhait du vigneron serait de réduire d'un tiers la durée de cet élevage en cuves, pour que les douze derniers mois soient mis à profit pour une mise en bouteilles, permettant d'arrondir sensiblement le nielluccio. Les essais en cours sont très encourageants. Mais, rien n'est vraiment fermé dans l'esprit de Thomas, qui a observé avec attention les pratiques diverses et variées dans d'autres vignobles. Pourquoi pas un élevage en amphores et peut-être le béton? Mais, peut-être surtout les flextanks, comme en utilise Matthieu Barret, à Cornas, "des contenants de plastique poreux, hyper neutres, qui permettent une bonne micro-oxygénation".

Comme on peut le voir, le jeune homme sait ce qu'il veut, mais il a aussi besoin de se confronter à un nouveau public, comme c'est le cas pour nombre de ses confrères de Corse. Pour ses vins, leur style, mais aussi pour les étiquettes, créations récentes, qui doivent conforter l'image du domaine, emprunte de modernisme, tout en ne perdant pas de vue certaines valeurs. Des choix rarement innocents, d'autant qu'ils sont appelés à devenir pérennes.

Notez donc que le Domaine Santamaria, ainsi que le Clos Marfisi, la Cantina di Torra, de Nicolas Mariotti Bindi et le Clos Signadore, de Christophe Ferrandi, à Poggio d'Oletta, tous ambassadeurs de Patrimonio, seront présents lors de la dégustation Haut les vins! le dimanche 18 juin prochain (de 10h à 20h), au Château Grattequina, à Blanquefort, avec une cinquantaine d'autres vignerons, pour les dix ans de ce qui reste un des plus beaux "offs" proposés autour de Vinexpo. A ne pas manquer!...

 

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09 mai 2017

Rémi Casta, la Corse au coeur, un projet passionnant!...

Rémi Casta n'a que vingt-deux ans!.. On se dit, de prime abord, que c'est bien jeune pour s'intéresser aux vielles pierres et au patrimoine, mais, malgré sa jeunesse, on devine qu'il fut bercé dès son plus jeune âge par l'idée de préserver, de conserver tout ce qui compose son paysage. Il faut dire que son père, Jean-Michel Casta, est un acteur majeur du Conservatoire du littoral (et auteur de Les Agriate, Haute-Corse, aux Éditions Actes Sud/Dexia), depuis que cet organisme officiel se lança dans la bataille, en 1979, alors que de grands projets immobiliers voient le jour sur le littoral à l'époque (du côté, notamment, de la plage de Saleccia, où furent tournées quelques scènes de débarquement du célèbre film de Darryl F. Zanuck, Le Jour le plus long), pour acquérir des terrains et ainsi les protéger. Depuis lors, 5532 hectares, sur 37 kms de côte ont été acquis et environ 10 000 autres sont propriétés des quatre communes concernées : Palasca, San Gavino di Tenda, San Pietro di Tenda et Saint Florent. Le seul lieu habité de l'ensemble étant le village de Casta, de San Pietro di Tenda.

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Casta, c'est donc aussi un nom de famille, dont on dit qu'il est d'origine pisane, du fait de sa terminaison en a, lorsque les Toscans occupèrent l'île entre le XIè et la fin du XIIIè siècle. Dès 1299, en effet, ce sont les Gênois qui furent présents et ce, pendant cinq siècles. De cette époque, les noms se terminent plutôt en i. Tous ceux dont la dernière lettre est un u sont à priori d'origine corse plus ancienne. Posé sur ces bases historiques, le projet de domaine viticole (entre autres!) de Rémi Casta prend toute son ampleur. Lors d'un échange de mails avec son amie Marie, il fut facile de détecter là, les premiers balbutiements d'une initiative patrimoniale hors du commun. Il aurait été plus approprié, aux yeux de certains, d'évoquer quelques domaines référents du cru (Arena, Leccia, etc...), mais ce n'est sans doute que partie remise. Même si, en deux Tronches de vin, Sébastien Poly fut le seul corse cité (II, page 198)!... Message reçu, Monsieur Arena!...

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Nous sommes là au lieu-dit U Casone, ce qui peut se traduire par la grosse maison. C'est la propriété familiale de la famille Casta depuis bien longtemps, mais seul le grand-père de Rémi a pu, un temps, l'occuper et exploiter les terres (plus de cent hectares) largement plantées d'oliviers. Les parents du futur vigneron, quant à eux, furent quelque peu découragés par l'ampleur de la tâche de restauration, mais aussi par les dégâts provoqués par l'incendie de 1992, qui traversa toute la région, de la Balagne à Bastia!... La maison "passée dans le feu" subit alors quelques dommages. Bien sur, la nature environnante paya un lourd tribut, puisque des oliviers quasi millénaires brûlèrent cette année-là. Il n'en reste que de rares exemplaires. On dit d'ailleurs que naguère, un chemin bordé de mûrs de pierres permettait d'aller de l'Île Rousse à St Florent, à travers les Agriate, en restant sous l'ombre des chênes-lièges notamment et de la végétation haute, chose désormais absolument impossible, au grand dam des randonneurs et des habitants de la région.

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La "grosse maison" en question date, pour sa partie la plus ancienne, du XIVè siècle. Un agrandissement conséquent date lui du XVIè. Durant cette période, les Gênois s'organisent pour amoindrir les effets des attaques à répétition des pirates barbaresques, en construisant notamment des tours de gué sur la côte. Parfois, il s'agit de simples fortins surveillant le rivage et donnant l'alerte. Dans l'intérieur, de telles maisons fortifiées, avec leurs mûrs ouverts des seules meurtrières et une porte surélevée, permettait à la population du village d'y trouver refuge, dès que les assaillants étaient repérés. Du coup, il était aussi possible de mettre les réserves de grain notamment à l'abri et d'éviter de trop lourds pillages.

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Au fil des années et des siècles, l'agriculture se développant, de telles demeures pouvaient s'organiser pour vivre en quasi autarcie. Forge, four à pain de belles dimensions, parcage pour les brebis, puis plus tard, moulin à huile d'olive, pressoir pour le vin et même, plus récemment, cuves en béton pour les vinifications. Des lieux de stockages, des greniers, autant de bâtiments construits comme la maison, sur un rocher. En faisant le tour du propriétaire, Rémi explique où sera le futur caveau de vente, le cuvier pour les vinifications, l'espace dédié aux mises en bouteilles... On est vite admiratif de son enthousiasme, presque stupéfait même, devant l'ampleur de la tâche. Mais, le jeune homme est prêt à relever le défi et donne rendez-vous avant longtemps aux sceptiques.

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Carte de la Corse en 1482 - Source Wikipédia

Le but premier de ce projet est, avant toute chose, la création d'un domaine viticole, mais les difficultés techniques, associées aux tracasseries diverses et variées, ne sont pas rares. De plus, il faut aussi penser à ce qui pourrait générer des rentrées d'argent quasi immédiates. Tous les oliviers qui ont repoussé sur souche doivent être regreffés, ce sera chose faite l'an prochain. Nous sommes là en zone Natura 2000, ceci additionné au classement de la maison, impose l'intervention de l'architecte des Bâtiments de France. Peut-on récupérer les pierres des ruines pour renforcer certaines parties et les restaurer?... Déjà, le corps principal de la maison est sans doute impossible à modifier, si ce n'est peut-être à l'intérieur. De petites bergeries, ici ou là, peuvent très bien devenir des chambres d'hôtes, à l'image des pagliaghju, ces paillers en pierre souvent couverts de lauze, voire troglodytes, très prisés des randonneurs, en tant que gîtes d'étape au naturel. Encore une échelle et nous gagnons le toit, ce qui nous offre une vue imprenable sur la contrée et le maquis, qu'il ne faudra pas oublier d'entretenir, dans le but de prévenir les incendies (le dernier important remonte à 2003). Plus bas encore, le terrain permet de créer un potager, bien irrigué par les bassins qu'une source proche alimente.

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Non loin de là, se trouvent les dix-sept hectares de terres destinées à être plantées en appellation Patrimonio. Pour le moment, des graminées à foison, mais le terrain est bien préparé. Dans quelles conditions Rémi pourra-t-il s'installer? C'est toute la question du moment. Il a la possibilité de monter un dossier en tant que "jeune agriculteur", mais la route est longue : obligation de planter cinq hectares d'un seul coup, pour peu que les droits soient demandés dans la bonne fenêtre sur Internet, obtention d'un financement limité dans des délais élastiques, exigence de rentabilité immédiate... Si bien que le futur vigneron est en pleine réflexion quant à une installation en tant qu'auto-entrepreneur!... Cette option lui permettrait de débuter son aventure dès l'an prochain, plutôt que dans trois ans!... A moins que, quelques promesses électorales ne se concrétisent... Ou qu'il ne fasse l'acquisition de quelques vaches...

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Cette parcelle a pour nom Rusaghja, évoquant la rose. Souhaitons qu'elle n'ait point trop d'épines... Mais, gageons qu'avant bien longtemps, on y trouvera niellucciu, vermentinu et sciaccarellu, voire quelque minustellu, carcaghjolu ou bianco gentile, soit tout ce que la Corse propose de meilleur, verre en main!... Rémi Casta s'est lancé dans ce que l'on peut appeler l'oeuvre d'une vie. Il est dans son pays, il en est fier. Ses racines sont fertiles d'espoir. Tout ce que ses ancêtres ont pu laisser dans ces pierres et dans cette terre, il le touche du bout des doigts. Il ne recherche aucune gloriole, mais relève simplement un défi. Il n'est pas le seul d'ailleurs et nous le verrons dans un futur article. La Corse, que l'on croit, un peu trop facilement, figée dans la seule tradition pastorale, est en train de vibrer de l'intérieur. Notamment, parce que la plus jeune génération prend son destin en mains et ne se contente pas d'attendre sur le bord de la piste, parcourue de véhicules tout-terrain, plutôt que de valeureux piétons. Et encore moins de bergers pâturant avec leurs troupeaux de brebis!...

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05 mai 2017

Domaine Giacometti, à Casta, au coeur des Agriate, en Haute-Corse

Désert des Agriate... Désert? Quel désert?... C'est ce que vous rétorqueront parfois les habitants de cette contrée, souvent présentée comme désertique, mais où l'activité, notamment viticole est une réalité, qui participe à la diversité de Patrimonio, avec ses sols argilo-granitiques, parsemés d'affleurements divers, schisteux pour la plupart. Simon Giacometti, dans une sorte de vallon magique où, de partout ou presque, les yeux sont attirés par les montagnes, la végétation naturelle et vivante, mais aussi par la mer, qui propose à l'horizon, le bleu incomparable du golfe de Saint Florent. Ici, l'homme est épris de liberté. Il connaît sa chance et son humilité est certaine, face à cette nature préservée, qu'il se doit de transmettre, au nom de tous ceux qui ont parcouru ces chemins et ces pistes chaotiques parfois. Bienvenue au Domaine Giacometti!...

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Pour les visiteurs, le Domaine Giacometti, c'est avant tout un endroit qui se mérite!... Et je ne vous parle pas des professionnels divers et autres livreurs, qui ont à parcourir les trois ou quatre kilomètres de piste, entre le bitume et la maison. Pour Marie, qui connaît bien le domaine, ce n'est pas un souci, puisqu'elle est équipée d'un véhicule tout-terrain et qu'elle pourrait s'engager dans la plupart des raids proposant cette activité. En fait, ce n'est pas de la négligence, mais ce chemin a souffert, comme d'autres, des plus diluviennes de l'hiver et il est désormais composé essentiellement d'ornières plus ou moins profondes. Comme en plus, ce n'est pas la première année que cela se produit et que la remise en état, à coup de bulldozer, n'est pas une mince affaire, la famille Giacometti n'en est plus qu'à espérer la compréhension des usagers de passage. Finalement, cela ne fait que renforcer l'impression dépaysante d'arriver au bout du monde...

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Les Agriate (on ne met pas de s final, puisqu'il s'agit d'un féminin pluriel, en langue corse, comme en italien), c'est un territoire à part, qui n'a rien d'une sorte de "réserve", comme certains le laissent entendre parfois dans leurs commentaires, en précisant qu'on ne peut plus traverser la région qu'à cheval, tant le maquis est bas et dense et que toute trace de culture a disparu. Soyez certains que vous ne croiserez pas ici, au détour d'un virage, quelque habitant vêtu de peau de bête, ou alors, il ressemblera bigrement à un sanglier (parfois une vache sauvage!) surtout préoccupé par l'idée de découvrir des raisins sucrés, au moment des vendanges.

Cette région, entre Balagne et Cap Corse, dominé par le Mont Genova, fut longtemps le grenier à blé du pays. On y croisait aussi des éleveurs de brebis arpentant les chemins. Tout ce monde descendait des hameaux aux beaux jours, cultivait et séjournait dans les pagliaghju, les paillers en pierre que l'on trouve parfois dans le maquis, puis regagnait les demeures villageoises le moment venu. La région et la montagne emblématique figurant sur les étiquettes du Cru des Agriate du domaine, connaissent la présence de l'Homme depuis bien longtemps, puisqu'on y trouve beaucoup de vestiges, certains sites remontant au Néolithique.

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Le Domaine Giacometti, c'est bien une entité familiale, dans le sens où pas moins de quatre générations sont actuellement présentes dans le vallon, du grand-père au neveu de Simon. Le vignoble fut créé au milieu des années soixante et c'est le grand-père, Laurent, qui acheta l'ensemble en 1988, pour lui-même et pour son fils Christian, les deux décidant alors de mettre un terme à leur activité de travaux publics. Pourtant, ils sont prévenus! Lors de l'achat des 113 hectares de la propriété, certains ne manquèrent pas de leur préciser : "Ici, c'est le village où il pleut... ailleurs!..."

Si la fée électricité était bien présente alors, il restait tout à faire, de la maison aux forages, sans oublier ensuite la cave construite dans la pente et semi-enterrée, un outil bien pensé, qui devrait cependant subir quelques aménagements, voire agrandissements, afin de l'optimiser, de la réception de la vendange à l'élevage.

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Au milieu des essences diverses et variées qui poussent dans le maquis, des îlots de vignes s'étalent sur un total de 27 hectares. Si les vieilles vignes, plantées en 1966 et 1972, sont plus morcelées, sous le regard bienveillant du Mont Genova, une pyramide de granite de 421 mètres, séparant les Agriate "riches et agricoles" (le terme vient étymologiquement de agraire) de la partie orientale s'étendant jusqu'au rivage, dite "pauvre et aride", les premières plantations de la famille Giacometti datent de la fin des années quatre-vingt. Nielluccio, vermentino, comme il se doit, mais aussi sciaccarello, planté en 1996, composant notamment la cuvée Sempre Cuntentu, qui participe des choix innovants de la nouvelle génération, Simon et Sarah. Les plus jeunes plantes datent de 2004, l'ensemble comptant à peu près 19 hectares de nielluccio, 4 de vermentino, 4 de sciaccarello, plus quelques arpents de grenache et de syrah (cuvée Sempre Azezzu). A noter que, comme dans bien des vignobles, une sorte de complantation de fait existe ici, puisque quelques plants (1 à 2% par parcelle) sont dispersés dans les nielluccio et les vermentino, à savoir alicante bouchet, ugni blanc, muscat d'Alexandrie et même muscat de Hambourg.

A l'origine, les vignes était plantées en gobelet, mais l'ensemble a été reformé en double cordon, notamment dans le souci de faciliter certaines activités mécanisées (le domaine s'est équipé d'une prétailleuse cette année), ainsi que le travail du sol, interrompu de la mi-juillet à la fin février, mais qui reprend début mars pour le décavaillonnage. La densité de plantation est de l'ordre de 4000 pieds/hectare, selon les critères de l'appellation Patrimonio.

17991174_10212745866379498_2868899350810792993_nLe domaine est en fin de conversion et sera labellisé bio en 2017. De l'aveu même de Simon, il s'agit là d'une "conversion lente", même si l'utilisation de produits chimiques n'est plus d'actualité depuis 2009. Seule, la gestion des parasites restait naguère dans les préoccupations de son père, mais les traitements au cuivre et au soufre sont désormais les seuls utilisés. En attendant l'usage de diverses tisanes, que le vigneron tente actuellement de mieux comprendre, afin que le choix soit le plus approprié.

Pour déguster brut de cuve le millésime 2016, on s'attaque au cuvier face nord!... Une année sèche s'il en est, puisque pas la moindre goutte d'eau n'est tombée du ciel pendant quatre mois! Malgré cela, pas de blocage de maturité. Seuls, les volumes en furent affectés, puisque le domaine constate moins 20% de rendement. Malgré la chaleur estivale parfois, les nuits apportent quelque fraîcheur (nous sommes là dans la région dite du Nebbio). Au petit matin, les nuages bloqués sur les hauteurs voisines, se désagrègent et les nappes de brume descendent de la montagne, vite chassées par le libecciu, le vent dominant de sud-ouest parfois violent.

S'il semble que la cave permette une bonne utilisation de la gravité, Simon admet qu'elle n'est pas encore optimale pour la réception de la vendange (du fait notamment du volume des cuves), même si elle est en vigueur pour les décuvages et pas encore assez utilisée pour les soutirages. Mais, le vigneron a quelques aménagements en tête, en même temps qu'un agrandissement prévoyant au passage, un futur chai à barriques.

Les vinifications sont strictement parcellaires, même si les assemblages s'imposent ensuite, afin de remplir les cuves. Les choix tiennent en des extractions très limitées, un remontage journalier par pompe immergée et arrosage du marc. Il est donc plus question d'infusion et pas de pigeage.

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On a coutume de dire, comme pour s'excuser de notre propre enthousiasme, que nos impressions de dégustation sont parfois enjolivées par le spectacle de la nature qui nous entoure. Après les 2014 et 2015, appréciés à la Maison des Vins de Patrimonio, lors de la Journée Portes Ouvertes, je tente donc de faire abstraction des senteurs du maquis, de l'azur du ciel et de la magie du lieu, mais les 2016 prélevés sur cuves me semblent avoir un très beau potentiel. Nielluccio et sciaccarello ont d'ores et déjà des tannins ronds et souples, tout le bénéfice, selon le vigneron, des sols argilo-granitiques, vis à vis des argilo-calcaires de Patrimonio. Le vermentino s'ouvre délicatement et son expression aromatique est à la fois intense et distinguée. Deux parcelles de vieilles vignes de nielluccio (Piovanoca) montrent très vite, au cours de l'élevage, une aptitude certaine au passage en barriques. Densité, pureté du fruit, équilibre. L'une des deux cuves sera choisie pour un passage en fûts et demi-muids (en provenance de St Romain, en Bourgogne) d'une durée de six à huit mois désormais, afin de composer le haut de gamme du domaine, la Cuvée Sarah, également proposée en vermentino, issu de la parcelle Batolaccio. Cette partie élevage sous bois est, de l'avis même de Simon Giacometti, le domaine pour lequel il a encore la plus grande marge de progression. Mais, ne comptez pas sur lui pour prendre des décisions à l'emporte-pièce!... Il est à l'écoute des uns et des autres, mais son principal souci est que ses vins conservent l'identité correspondant au lieu et à sa propre histoire. Ici, l'activité agricole rejoint la culture. Naguère, il y avait dans ce vallon amandiers et abricotiers. Quelques poiriers désormais sauvages sont encore visibles. Bientôt, seront plantés des oliviers, dans un objectif paysager certes, mais aussi parce que la biodiversité est indispensable à l'homme, quel que soit son âge. Pas question de sacrifier cela à quelque mode que ce soit, ni à une quelconque uniformisation, parce que le vin est à l'opposé de cela.

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"Ici plus qu'ailleurs, la nature, l'histoire et la légende se mêlent intimement ; ces trois éléments constituent réellement la clé de la connaissance des Agriate." Jean-Michel Casta, dans Les Agriate Haute-Corse, aux Éditions Actes Sud/Dexia.

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