La Pipette aux quatre vins

13 février 2015

Tronches de vin 2 : gare aux récidivinistes!...

Ne poussez pas, il y en aura pour tout le monde!... Du moins, on l'espère!... En ce vendredi 13 février, veille de la St Valentin et à vingt-huit jours (oui, oui, plus que quatre semaines!) du vendredi 13 mars 2015, nous pouvons annoncer, rappeler plutôt, que Tronches de vin n°2 sera enfin disponible!... Chacun l'aura compris, nous avons fait tout notre possible, avec nos co-éditrices préférées, Sabine Bucquet-Grenet, des Éditions de l'Epure* et Marie Rocher, pour que les augures nous soient favorables, du moins au niveau des dates!... Non que nous craignions, de prime abord, quelque chat noir ou signe défavorable de nos superstitions refoulées, mais après tout, ça ne mange pas de pain!... C'était aussi, sans doute, parce que nous avions dans un coin de notre mémoire (pas seulement olfactive), le souvenir des difficultés rencontrées avant la parution du premier Tronches de vin. Vous vous souvenez peut-être : le but, c'est le chemin!... D'ailleurs, pour nous conforter dans cette recherche de l'absolu protecteur, nous n'avons pas lésiné sur les moyens, puisque, après tirage au sort, c'est Guillaume Nicolas-Brion, membre de la bande des six, qui s'est vu chargé de sillonner le monde pendant un an, afin de déposer quelques offrandes aux divinités locales, du Bassin méditerranéen à l'Amérique centrale. Avec ça, si on ne double pas le premier tirage de 3000 exemplaires dès le premier mois!...

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J'entends d'ici les rotatives!... Pour info, ce sont celles de Art & Caractère, implantée à Lavaur, non loin de Toulouse et pas loin non plus de Gaillac. TdV 2 ne manquera donc pas de pétillance, mais pas que. De douceur enjôleuse et de caractère mature aussi. Aura-t-il un accent rocailleux du grand Sud-Ouest?... Ah, les poncifs ont la vie dure!... Néanmoins, on appréciera au passage la devise de l'imprimeur qui nous va bien : "Un univers à part, où le projet chemine jusqu'à son terme, quel que soit son point de départ, s'enrichissant du talent et de l'implication de chacun." Pas étonnant que ce soit les chouchous de Sabine!...

Parlons de la "bande des six" évoquée plus haut. En effet, le "club des cinq" du numéro 1 s'est élargi d'une unité, avec ce renfort venu d'Outre-Quiévrain, en la personne de Patrick Böttcher, pas peu fier et impatient de se soumettre avec plaisir aux longues séances de dédicace, qui ne manqueront pas de se dérouler dans les brasseries wallonnes, voire flamandes, mais certainement au moins, chez Cantillon, au coeur de Brusselles, qui ne manquera pas de brusseler, quand le temps sera venu. Patrick, prompt renfort avant que d'arriver au port (sicilien certainement, à moins qu'un imbarcadero des lacs transalpins...), c'est aussi pour éviter un Waterloo éditorial (même pas peur!) et conforter notre offensive vers l'Alsace et l'Italie, d'ores et déjà alliées en Résistance Naturelle, comme nous le suggère Jonathan Nossiter dans son dernier film, cinéaste célèbre qui se trouve être d'ailleurs, l'auteur de la préface de TdV 2. Le monde au naturel est bien fait!...

²TDV - Guillaume   ²TDV - Patrick   ²TDV - Antonin

Renfort ès-notoriété aussi, en la personne d'Antonin Iommi-Ammunategui, le plus basco-latino-américain d'entre nous, puisque passé en un éclair du statut de "poil à gratter du web vinique 2.0" à celui de star des médias, option arsenic et vieilles dentelles, ayant accepté après mûre réflexion, le très envié titre de Meilleur Blog de l'année 2014, attribué par une célèbre revue spécialisée dans le conformisme vinique, ébranlée cependant, certains jours et récemment, par les fines bulles et la pointe de volatile (pour peu qu'elles soient quasiment indécelables, pffuuii, vade retro Satanas!). C'est du second degré, bien sûr! (je précise cela au passage, puisque depuis peu, B&D me suivent sur Twitter!).

Là-bas, dans les lointaines montagnes de l'Est, Olivier "Olif" Grosjean veille toujours sur l'origine du vin, comme s'il s'agissait du monde... Et ses goûts vont toujours vers ces cuvées, ces canettes et ces bolées, capables de l'étonner et de donner l'instant plaisir, surtout lorsqu'il s'adonne au ski de fond, sur les pistes de rêve de la Transjurassienne et autres sites labellisés du skating pontissalien. Lorsque le Moscou-Paris s'installe et que les paysages du Haut-Doubs s'illuminent de soleil et de bleu (de Gex), vous ne manquerez pas de le voir filer dans la trace, rejoignant au bout du suspense son épouse Catherine, franchissant parfois la ligne avant lui, parce qu'ayant refusé cette ultime pause Comté-Loirette, au milieu des sapins!... Il est l'auteur, pour l'essentiel, des Brèves de Tronches, nouveauté à découvrir dans TdV 2, rubrique qu'il composa au creux de l'hiver (à moins que ce ne fut l'été...), entre deux déneigements sportifs de sa terrasse, envahie chaque semaine de plusieurs mètres de neige!... Au printemps, pas de doute, Olif est en forme, prêt à croiser le verre avec les visiteurs de moult salons. Ultime précision : il fait parfois beau et chaud dans le département du Doubs (les joutes électorales n'y sont pour rien!) ou du Jura et les vins de cette contrée ne vous laissent pas forcément de glace!...

²TDV - Olif   ²TDV - Eva   ²TDV - Philippe

Pas de doute, Eva Robineau ne nous aurait jamais laissés tomber!... Et ce, malgré son nouveau statut de chef d'entreprise. Celle que l'on surnomme désormais Flying Railway Eva (pour ses allers-retours tégévinesques entre Angers et Paris) ne manquerait pour rien au monde l'invitation de quelques cavistes parisiens aux soirées gourmando-vineuses qui animent la Capitale!... Pour vos éventuelles futures demandes de dédicaces (pas en mariage, ce n'est plus open, la date étant d'ores et déjà fixée, désolé!), il vous faudra peut-être vous glisser dans la Salle des Pas Perdus, au bout du quai 20 de la Gare Montparnasse, qu'elle connaît désormais au moins aussi bien que le clavier de son iPhone 6, à moins qu'elle n'en soit déjà au 7!... Notez que rares sont ceux qui peuvent affirmer qu'elle a bien le mot twitter tatoué au bas du dos, comme le précise TdV 2, mais tout porte à le croire. Enfin, lorsque les circonstances l'y obligent, elle est aisément volontaire pour stocker dans sa cave quelques cartons de bouteilles de ses amis et ce, sans même de prélèvement au titre de quelque gabelle. Forcément, on l'aime!...

Enfin, pour ma part, ayant déjà évoqué ici-même nos projets, me permettant de passer de l'autre côté du miroir (ou du tire-bouchon) avant bien longtemps, quel ne fut pas notre plaisir (Madame PhR et Horta peuvent en témoigner, pour peu que l'on s'installe non loin d'une rivière ou d'un plan d'eau!) depuis la sortie de TdV 1 de charger la voiture pour les vacances, de poser notre tente au coeur des vignobles lointains et de découvrir quelques vignerons innovants et passionnés, que vous pourrez identifier prochainement. Au fil des quelques 280 pages de notre nouvel opus, vous croiserez 120 de ces vignerons de douze pays, plus la France, soit treize (on a tout fait, vous dis-je!), certains installés ou présents sur les salons depuis peu et d'autres beaucoup plus connus, indiscutables tronches du vin cependant, dont la notoriété et la passion se voient notamment confortées aujourd'hui par le passage de relais, la transmission à leur descendance, gage de leur passion indéfectible, voire de tronchité pérenne (je sais, les néologismes débridés mériteraient quelques guillemets).

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Voilà, Tronches de Vin 2 est en route!... Vous pouvez d'ores et déjà lui faire une petite place sur votre table de chevet ou dans le vide-poche de votre berline. Michel Tolmer nous a surpris par sa couverture colorée et quelque peu printanière. Féminine aussi, non pas pour illustrer une supposée parité, mais bien parce que le monde du vin est désormais peuplé de femmes à tous les niveaux de la production, de la vigne au chai, mais aussi de la dégustation ou de la promotion. Qui s'étonnerait encore aujourd'hui de croiser le regard (et le verre) avec une femme dans une cave, un bar à vins ou la salle d'un restaurant faisant appel aux talents d'une sommelière?... Mais, prenez garde quand même, à qualifier le nectar qu'elle vous proposera alors de "vin féminin", vous pourriez aisément risquer d'être accusé de sexisme de bas étage!...

Bien sûr, nous attendons désormais vos avis, comme nous le faisions en 2013!... Beaucoup de ceux qui avaient été exprimés alors par nos lecteurs nous avaient touchés, même s'il y avait bien quelques absents dans notre première liste (il y en aura encore!) et que parfois, les photos étaient quelque peu celles... d'amateurs (nous avons fait des efforts cette fois). Mais, nous revendiquons toujours ce statut qui nous pousse à parcourir tous les vignobles, avec nos sensibilités nuancées, nos perceptions parfois différentes, nos débats aussi, verre en main et tout ce qui nous rapproche et nous étonne dans ce monde des vins, de la vigne et des vignerons. Bonne lecture, les récidivinistes, quant à eux, sont parés!...

*: notez que ce même 13 mars 2015, sort également Trente nuances de gros rouge, de Philippe Quesnot, des récits truculents à ne pas manquer, pour chasser le... grey de notre monde!...

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12 février 2015

Julien Braud, la nouvelle vague en Muscadet

Début février glacial. En cette matinée, à Monnières, il fait froid à fendre l'amphibolite!... Pour un peu, le village serait jumelé d'office avec Mouthe, aimable localité jurassienne*, que dis-je? du Haut-Doubs, qui détient nombre de records de basses températures, là où le mercure des thermomètres gèle, dit-on, comme en janvier 1985, mais peut-être cela tient-il de la légende?... Cet hiver froid est plutôt le bienvenu pour les vignerons, qui ne craignent pas de passer des journées dehors à tailler, plutôt que subir la pluie.

Peut-être quelques amateurs et assimilés ont-ils déjà eu vent des premières cuvées proposées par Julien Braud?... Voire quelques pros, récemment, lors de la Levée de la Loire et ceux qui fréquentent, de temps à autres, la belle restauration nantaise, comme Les Chants d'Avril. Pourtant, ce membre de la nouvelle vague du Muscadet, n'en est qu'au tout début de son histoire, mais la passion qui l'anime va certainement lui permettre de rejoindre très vite les référents du vignoble local (si ce n'est déjà le cas!) et peut-être même, d'être un des leaders de la génération montante.

002Le Muscadet, que l'on dit parfois maritime, au regard de la proximité de l'Océan Atlantique et de son influence climatique, n'est pas loin de déborder de belles cuvées à découvrir et à mettre en valeur. Et tout cela avec le melon B, ou melon de Bourgogne, fils du gouais blanc et du pinot noir (comme nombre de cépages de la famille des Noiriens), introduit sur les coteaux de la Loire dès 1635, semble-t-il et plus certainement après 1709 et son hiver glacial, au cours duquel la mer gela et les vignes aussi!... (Et à Mouthe, quelle température fit-il cette année-là?...) Une variété de vigne adaptée à la région, ainsi qu'à ses sols et sous-sols, comme tend à le démontrer ce travail assez récent, permettant désormais de délimiter des Crus Communaux (Le Pallet, Clisson, Gorges, puis en cours de certification, Château-Thébaud, Monnières-St Fiacre, Mouzillon-Tillières, Goulaine, voire Vallet et La Haye-Fouassière), où granite, gneiss, orthogneiss, gabbro et amphibolite influent sur la dimension organoleptique des jus, avant même le travail des vignerons et l'influence de l'élevage.

Les premières cuvées de Julien ne manquèrent pas d'interpeller Vincent Caillé, vigneron monnièrois lui aussi. Il faut dire que leurs parents se croisèrent souvent, puisque leurs caves respectives étaient naguère voisines, au coeur du village. Julien Braud y est resté, puisqu'il dispose là d'un local et de quelques cuves souterraines aux dimensions raisonnables, celles du domaine familial n'ayant jamais atteint les volumes (100 hl!) apparus voilà quelques décennies dans le secteur.

Le jeune homme, âgé de 28 ans, au terme de ses études d'ingénieur viti-vini effectuées en alternance dans le Lyonnais et d'un apprentissage en Beaujolais, dans un domaine de Romanèche-Thorins, terre du cru de Moulin à Vent, revient au bercail pour les vendanges 2009. Quelque chose de logique, puisque Monnières et sa terre natale étaient connues jadis pour être le "pays des moulins"! Pendant trois ans, il travaille avec ses parents sur le domaine familial - Domaine du Fief aux Dames - où se succédèrent cinq générations, plutôt dans un mode conventionnel. Mais, Julien exprime alors, en 2012, sa volonté de travailler en bio, tout en cherchant à distinguer les terroirs. Il propose donc de reprendre trois hectares, tout en continuant à travailler à mi-temps avec son père. Il acquière en plus quelques parcelles qui étaient en fermage et reprend deux hectares, du côté du Moulin de la Justice, à un vigneron cessant son activité. Soit un total de 7,8 ha aujourd'hui, dont 5,5 ha en production pour le millésime 2014. Notez que certaines parcelles, plantées en 1936, représentent un véritable patrimoine, mais elles devront néanmoins être arrachées et replantées avant longtemps.

003Découverte des premières vignes dans le secteur de la Croix Barré, à quelques encablures seulement du bourg. Ce coteau légèrement bombé est connu pour être celui des Quarterons. Un site que Julien Braud affectionne particulièrement, avec ces vignes familiales datant des années 50, où il espère prélever des greffons, en vue de futures massales. Nous sommes ici sur le gabbro du Pallet (le village sur l'autre rive, en face), à gros grains et plus filtrant, par opposition au gabbro de Gorges et ses sols plus "argilisés", s'apparentant plus à l'altération des gneiss du secteur. Une butte rive gauche de la Sèvre Nantaise, bien ventilée et séparant le bourg de la rivière. Jadis, les moulins étaient alignés jusqu'à La Minière. Au total, pas moins de deux à trois hectares sur ce coteau, friche voisine comprise, sur laquelle, il ne manquera pas de planter quelques céréales, avant de faire "remonter" quelques droits. En effet, dans le village même, quelques petites parcelles, dont certaines sur des amphibolites, seront sans doute arrachées à moyen terme. Cette roche métamorphique, rendue désormais célèbre par Jo Landron, n'est pas affleurante ici et donc, les sols sont beaucoup plus riches. Conséquence, les vins sont résolument sur le fruit et ne permettent, selon le vigneron, que la production d'une bulle.

Inutile de préciser à quel point Julien est attaché aux notions de terroir. A la roche bien sur, mais aussi à la structure des sols qui conditionne beaucoup de choses. "Lorsqu'ils sont plus ou moins argilisés et plus ou moins sableux, cela influe énormément sur l'écoulement des eaux, la réserve utile en eau des terrains, mais aussi en azote et autres nutriments, avant même de parler d'expositions ou des vents dominants."

006Avant de passer à l'ouest du village, afin de découvrir le secteur des Jeunetais, petite visite à deux des vedettes locales : Othello et Volcan. Le premier est un superbe Percheron gris de treize ans, le second est un Breton brun de six ans, déjà impatient de travailler, même s'il a encore tout à apprendre (avec Frédéric Carlier dans la Creuse) ou presque, volontiers dominant. Ils sont pour l'heure dans un pré pentu dominant un méandre de la Sèvre et ils n'ont pas manqué d'interpeller les habitants de la commune!... Pensez donc, travailler avec le cheval dans le Muscadet!... Certains ont du se frotter les yeux!... C'est l'épouse de Julien, Apolline, passionnée de chevaux, qui lui a transmis le virus. Et depuis, le vigneron travaille les sols et peut constater à quel point il va pouvoir limiter le tassement de ceux-ci.

Ensuite, traversée de Monnières pour rejoindre le plateau des Jeunetais, non loin du Moulin de la Justice. Cette très belle parcelle donnant sur La Hallopière et dans laquelle le rocher affleure, est séparée par un chemin, des Grandes et Petites Herses où là, ce sont plutôt des gneiss altérés qui dominent, pouvant donner une bonne unité d'expression. Notez que si le vigneron appuie sur ces parcelles et leur identité, c'est que la tendance est à proposer avant longtemps des cuvées parcellaires, afin de conforter ce travail de fond. Une démarche quelque peu contrariée en 2012, puisque pour ses premières vendanges sur trois hectares, il ne récolta que 15 hl/ha en moyenne!... "On ne perd pas de clients, puisqu'on en n'a pas, mais, c'est quand même l'angoisse..."

A la vigne, au-delà du travail du cheval, Julien Braud souhaite mettre l'accent sur certaines phases essentielles à ses yeux, comme la pratique d'une taille redonnant un bon équilibre aux ceps et d'un ébourgeonnage attentif. Il utilise nombre de tisanes et décoctions, voire quelques préparations biodynamiques, sans pour cela, la moindre revendication jusqu'à maintenant.

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Il n'est que de déguster les jus du millésime 2014 prélevés sur cuves souterraines, pour constater que le jeune vigneron de Monnières a déjà trouvé son style. Jusqu'ici, les mises des deux premières années ont été pratiquées en novembre, mais Julien va proposer, dès les prochains mois, une cuvée 2014 dite de printemps, genre pur jus de gneiss (duo de vignes des Barres et du Fay d'Homme, sur des gneiss plus altérés, situées dans le village), avec juste ce qu'il faut de fruits blancs (poire) et de fraîcheur, ce qui ne manquera pas d'agrémenter nos dégustations printanières de coquillages, marée du siècle oblige!... Les Jeunetais (dont le style s'exprime le plus souvent sur le pain grillé) et Les Quarterons (souvent anisés, voire mentholés à terme) associent pour l'instant des arômes citronnés et une jolie touche saline, soutenue par une belle acidité.

L'emploi des sulfites ajoutés est limité le plus possible, par une pratique régulière de la dégustation en cours d'élevage et par une grande rigueur (tri attentif lors des vendanges) lors des fermentations. La seconde fermentation, dite malolactique, est en principe bloquée (elle s'est cependant faite en 2014, du fait des pH hauts, épisode ni gênant, ni recherché) et un très léger sulfitage intervient lors des mises, précédées parfois d'une très légère filtration sur plaques.

Les Jeunetais 2013 expriment tout leur potentiel, avec de très beaux amers en finale. Partis pour dix-huit mois d'élevage sur lies, Julien n'en fera la mise qu'à l'été 2015 sans doute, lorsqu'il aura le sentiment que le vin est absolument en place. Les Quarterons 2013 disposent d'un beau volume et d'une mâche étonnante. Un équilibre et une expression aromatique qui devraient s'affiner encore, puisque ce jus, qui composera le futur "Monnières-St Fiacre", est parti pour trente mois d'élevage et seule la dégustation indiquera dans quelques temps, si cette phase mérite d'être prolongée six mois supplémentaires. N'oubliez pas de réserver, on ne le répétera pas!...

Des blancs donc, mais aussi bientôt des rouges!... Du moins, un rouge, puisque Julien Braud a aussi planté 69 ares de pinot noir sur des gabbro très peu altérés, mais aussi sur des gneiss. A priori, l'idée est de proposer une jolie cuvée sur le fruit et on est presque déjà impatients de la découvrir, tant le jeune homme, amateur de vins droits et rectilignes a, de toute évidence, une forte capacité à étonner les amateurs. Il fait donc, au passage, la démonstration qu'il est au coeur d'une région en mouvement, avec quelques acteurs volontiers innovants. Il cite d'ailleurs parmi ceux-ci, Manu Landron et sa compagne Marion, installés sur Le Pallet, mais dont les vignes se situent sur La Haye Fouassière pour l'essentiel, ou encore Rémi Sedes, sur les Coteaux d'Ancenis et Jacques Février, à Oudon, autant de vignerons que nous ne manquerons de découvrir in situ avant longtemps. La nouvelle vague nantaise, n'en doutons pas!...

*: Notez qu'il existe une autre commune du nom de Monnières... dans le Jura!

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06 février 2015

Et si on passait à autre chose...

Au creux de l'hiver, le 1er décembre dernier, j'ai eu une sorte de flash, quelque chose qui me disait que je vivais là, le premier jour du reste de ma vie. C'est peut-être parce que la soudaineté de ce choix de nouveau statut professionnel et du coup, son côté incontournable et définitif me permettait de franchir une nouvelle porte. Mais aussi, sans doute, parce que la passion que j'essaie de partager - vins, vignes et vigneron(ne)s - appelle sans cesse à se tourner vers d'autres horizons.

A mon âge et en espérant que la vie me permette d'entamer encore plus loin la découverte de ce nouveau millénaire, j'ai une pensée pour une, voire deux générations de celles et ceux qui m'ont précédé. Un certain nombre d'entre eux ont cessé leurs activités professionnelles à l'âge que j'ai aujourd'hui et même un peu plus jeunes. Mais, c'était il y a trente ou quarante ans, à une époque où la pénibilité ou la rudesse de certaines tâches n'étaient pas montrées du doigt et assimilées à de supposés privilèges. De plus, cette génération, celle de mes parents, oncles et tantes, avait eu vingt ans entre 1940 et 1945. Prisonniers pendant de longues années en Allemagne, loin de leurs familles ou victimes de toutes sortes de privations pendant l'Occupation, voire combattants engagés dans une lutte acharnée sur divers champs de bataille, ils franchirent ce cap, parfois sanglant, de leur jeunesse, certains de sourire à la vie qu'il allait leur être donné de vivre et de partager, en traversant, clopin-clopant parfois, le baby boom et les Trente Glorieuses. Et que dire encore de ce grand-père qui passa plus de deux ans de cette même jeunesse dans les tranchées de Verdun ou de la Marne, un vendéen taiseux, dont je compris (mais un peu tard!) qu'il allait me manquer, au moment même où il expira sous mes yeux. Reposez tous en paix!...

Alors, au moment même où mon avenir professionnel s'inscrit dans un semblant de pré-retraite, comme on disait naguère, je vais prendre une sorte de virage, parce que la vie mérite d'être vécue pleine et forte, avec juste ce qu'il faut d'intensité, laissant la place, certains jours, à la découverte, au partage et à l'envie de continuer à parcourir le monde, à croiser des regards étonnés, qui brillent des reflets d'un vin que l'on vient de verser. Il ne nous reste donc plus qu'à croiser le verre au nom de la vie!...

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Je devine que certains voient là l'expression d'une forme d'idéal. Et d'aucuns pour me rappeler que l'idéalisme ne fait pas bon ménage avec la rentabilité économique. "Qu'avez-vous à proposer de plus que les autres?..." me demande ma conseillère cécéiste. Ce que les autres n'ont pas!... D'où cette idée de tenter d'être un "alter-caviste". Petite boutique, petit volume, petit stock, renouvellement saisonnier et une grosse envie de susciter la curiosité, convaincre que l'on peut découvrir, même dans nos contrées lointaines, ces cuvées rares, voire introuvables. Je sais que les réalités ne vont cesser de me poursuivre, au moins pendant quelques temps. C'est toute la difficulté du challenge. Mais, nous avons quelques atouts, comme ceux liés à ce qui doit être une activité d'appoint et la volonté de s'appuyer sur nos rêves d'indépendance et d'originalité.

Sans oublier l'envie de faire aimer le vin comme une sorte de totem culturel, de toutes les cultures et pas seulement franco-française. Tous les vins sont égaux en droit... d'accéder à votre table et à celle de votre entourage!... Ils racontent tous une histoire, celle d'hommes ou de femmes, qui parfois entrent en résistance contre des logiques économiques, sociales et sociétales pour le moins frustrantes. C'est aussi ce qui nous anime et c'est une façon de rejoindre... naturellement cette résistance. "Le vin est une question politique!" clame Antonin Iommi-Amunategui, qui propose No wine is innocent, élu Blog de l'année par la Revue du Vin de France (qui l'eut cru?) et par ailleurs co-auteur (avec Eva, Olivier, Patrick, Guillaume et votre serviteur) du guide Tronches de vin, le guide des vins qu'ont d'la gueule (dont le numéro 2 paraitra le 13 mars prochain). Alors, entrez en politique!...

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Voici donc ce qui n'est qu'une esquisse. Une boutique dans la ville. Le nom, une marque à déposer, n'a pas encore pignon sur web. Un site dédié est à l'étude. Concrètement, jardin, grands arbres et massifs divers sont là, tout proches, de l'autre côté de la rue La Fayette (nous voilà!). J'y inviterai volontiers les Languedociens François Aubry ou Ludovic Engelvin, afin de partager quelques-uns de leurs flacons, en même temps que leurs brebis pourraient pâturer sur les greens de la Mairie voisine!... Pas certains que cela plaise à tout le monde!... Pourtant, eux qui viennent des Terrasses du Larzac ou qui fréquentent le Causse ou le Mont Aigoual, ne manqueraient pas de rappeler les grandes heures post-soixante-huitardes et la présence des moutons sous la Tour Eiffel!... Et puis, avec la Place Napoléon à deux pas, les animaux sont un peu chez eux!...

Alors, Olivier Cousin, retour des Indes, avec ses chevaux?... Ou encore Christophe Landry, le Margalais, avec ses vaches jersiaises, voire les massanaises des Albères, ou albera, venues de Banyuls?... Je devine aisément que les cuvées d'Alice Brun, de Mollans sur Ouvèze, accompagnées de délicieux chèvres frais ou plus secs, venant en droite ligne de la montagne de Séderon, ne vous laisseront pas indifférents. Ni les abricots du Clos des Cîmes, lorsque l'été sera venu. La pêche à pied vous passionne, nulle marée du siècle ne vous échappe?... Alors, il vous faut les nectars made in Muscadet de Vincent, Marc, Fred et les autres, pour transcender ces saveurs marines.

Un mélange de passion et d'enthousiasme nous porte. Passe-t-on, avec toute la sérénité voulue, du statut d'amateur à celui de caviste, même si l'oenophilie partagée et l'oenotourisme peuvent apparaître comme des étapes dans un process d'évolution?... Accordez-moi encore quelques semaines pour être à même de le confirmer. Histoire que je prépare comme il se doit quelques cartes d'invitation et que le rêve devienne intégralement réalité. 

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08 janvier 2015

De vigne en Charlie...

7 janvier. A 18h, il fait nuit comme un 7 janvier. Les radios ont des larmes aux mots, des sanglots aux tournures de phrases. Trente minutes plus tôt, Philippe Val, co-fondateur de Charlie Hebdo nous explique, bouleversé, la voix chevrotante, qu'il ne va pas bien... Je me demande si nous ne sommes pas un certain nombre comme cela ce soir. Il fait frisquet, mais il ne pleut pas. Du coup, on file Place Nap'! Et même s'il avait plu... Je passe chercher Horta, aussi parce qu'elle fait partie de notre vie et que notre vie, p..., ne doit pas se fermer. On retrouve quelques amis, certains venus avec enfants, petits-enfants. Je ne sais pas si nous sommes bien un millier (selon le décompte de la presse locale), mais quelle importance?... On devine rapidement que nous ne sommes pas tous du même avis, électoralement parlant, mais ce n'est pas vraiment l'heure de se compter. Le maire parle peu, invite au silence, au recueillement, puis à quelques minutes d'applaudissements, "pour qu'on se souvienne que de grands artistes sont partis". Sans doute des artistes libres, mais si menacés, au point que... Nous sommes sans doute nombreux à penser qu'il faut reprendre le flambeau, avec nos modestes moyens, ceux d'un blog qui se veut libre aussi, ceux d'un micro d'une radio locale qui nous est ouvert... C'est une véritable chance, que de vivre au coeur de nos démocraties et quelque part, de contribuer à les animer!... A 20h, avec les Petits Saignants, nous avons décidé de nous appeler tous les trois Charlie, pendant toute la durée de l'émission, même si nous avons un peu de mal à nous dénouer. On essaie d'envoyer quelques vannes, parce que, ne l'oublions pas, de grands caricaturistes et humoristes ont été assassinés aujourd'hui. Sur la place, Napoléon est peut-être aussi Charlie ce soir, à moins que ce ne soit son cheval?... Un lampadaire brille comme un phare (je suis un piètre photographe, même en activant "scène de nuit", c'est dire!), il ne nous reste qu'à le suivre. Je suis Charlie. Même si je n'étais pas un très fidèle lecteur de Charlie Hebdo, en gardant quelques numéros "historiques" cependant. Mais, que celui qui n'a jamais rigolé en découvrant la une de l'hebdo, aujourd'hui menacé, me jette la première gomme, le premier taille-crayon!...

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Figurez-vous qu'en ce 7 janvier, j'avais envie de vous parler d'une récente trouvaille, faite dans un carton poussiéreux. Un livre, presque une bande dessinée. Papier jauni, gaufré, la "nouvelle édition", millésimée 1949, tirée dans sa version "définitive et posthume" (sic!) à trois mille exemplaires. Celui-ci porte le numéro 1447. Son titre : De vigne en chai, dessins animés par J. Jacques Roussau (re-sic!), aux Éditions Delmas, sises (en 1949!) à Bordeaux, Place Saint Christoly. Plus de quatre-vingt-dix pages parcheminées d'une belle écriture à l'encre bordeaux, avec superbes pleins et déliés. Toute la passion de l'amateur de vin est passée en revue avec des chapitres successivement dédiés au cep de vigne, à la barrique, à la bouteille, au bouchon, à l'étiquette, à la capsule, au paillon (eh oui!) et sans oublier la caisse.

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Ce soir, j'ai envie de faire appel à tous les virtuoses de Photoshop et autres outils de l'informatique et des médias. Vous pouvez, à votre guise, modifier le titre sur la photo ci-dessus, pour qu'elle devienne De vigne en Charlie... Je ne manquerai pas de publier vos tentatives, toutes plus remarquables les unes que les autres, j'en suis certain, en attendant de pouvoir, de nouveau, croiser le verre!... Quant au dessin ci-dessous, je veux y voir encore Cabu, Charb, Honoré, Tignous et Wolinski, attablés autour d'une nouvelle bouteille à découvrir. Ne cherchez pas Bernard Maris (mais que va devenir Dominique Seux sur France Inter, chaque vendredi matin?!), il est redescendu sur le nuage au-dessous, pour aller chercher un deuxième flacon!...

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31 décembre 2014

Bonne Année 2015

Ne le répétez pas, mais en fait, je vous écris de mon bureau... Je veux dire, sur mon lieu de travail... Pour un peu, j'aurais honte, mais à peine!... Privilège de "privilégié" dans l'âge mûr, allez-vous penser?... Peut-être... Pour tout dire, cela fait trente huit ans que je bosse pour la même entreprise, une grande, option téléphonie. Je ne vous dis pas ça pour vous raconter ma vie, mais sans doute un peu parce que depuis peu, j'ai opté pour un TPS, un temps partiel senior. Une fin de carrière en pente douce pour quelqu'un qui n'a jamais vraiment voulu faire carrière... Résultat : il me faut être présent (et continuer d'oeuvrer pour la bonne cause du haut débit pour tous, quand même!) les trois premiers jours de chaque semaine. Mes week-ends ont doublé de volume, mes envies de passer à autre chose aussi...

10409355_10205403724350536_718785808316973181_nToujours face à mes trois écrans pendant trois jours et ce, dans une "cellule" de quatre personnes qui n'est jamais au complet, pour cause de TPS à géométrie variable, selon le choix des individus, mais aussi de télétravail, plutôt une bonne idée en soi, mais assez peu utilisée dans notre beau pays, pour cause de désocialisation prévisible et supposée des masses laborieuses!... Ben oui, c'est sur, il vaut mieux être trois ou quatre à se faire la gueule entre quatre mûrs, avec vue imprenable sur le parking d'entreprise, plutôt qu'améliorer sa productivité (les études le démontrent) dans un environnement agréable, ou qui nous convient parce que notre et quotidien. Tiens, justement, en ce 31 décembre, nous devrions être trois!... J'avais oublié de consulter le planning!...

Passer à autre chose. Je vous parlerais volontiers de mes projets, mais j'ai toujours cette réticence (superstition due à des racines celtes, vous croyez?) qui me suggère de ne les évoquer vraiment (et publiquement) qu'à partir d'un stade que l'on pourra qualifier de concret. Mais aussi, parce que j'ai envie d'en parler avec le talent de Flemming Jensen, un Danois du Danemark, auteur du "Petit traité des privilèges de l'homme mûr et autres réflexions nocturnes". Manière de philosopher sur le monde qui l'entoure, en ouvrant la porte de son frigo, au milieu de la nuit!... Mais, je n'ai pas le talent ni la plume de Mister Jensen. Envie néanmoins de reprendre une tête de chapitre de son livre, sur le péché et la culpabilité : "Adam n'a pas mangé la pomme pour la pomme en elle-même. Mais parce que c'était interdit. Si c'est le serpent qui avait été interdit, il aurait manger le serpent". Genre d'idée qui décoiffe quelque peu, au moment de passer à table pour le traditionnel réveillon et pour revenir aux nourritures terrestres!... Pommes rôties pour accompagner le boudin blanc truffé ou serpent grillé dans la cheminée?... Où sont vraiment nos interdits?... Depuis des millénaires, nous croquons dedans impunément!... Comment voulez-vous que ça marche?...

En attendant, je m'interdis donc (dis donc!) de vous parler de mon projet, notre projet. En fait, je l'espère un rien anachronique, avec une sorte de quête hors du temps, voire limite anticonsumériste. Je rêve, me direz-vous? Et je pourrais bien être rattrapé par la patrouille de nos logiques actuelles, façon troisième millénaire. Mais, c'est une manière de cultiver mon jardin secret...

J'en profite donc, alors que 2015 arrive à grands pas, pour vous souhaiter que la nouvelle année vous permette de réaliser vos projets, de conforter ceux qui ont déjà vu le jour et ce, dans la sérénité apportée par une bonne santé vous préservant, ainsi que tous vos proches. Au passage, je céderais à une forme primaire d'autopromotion, en espérant pour Eva, Antonin, Guillaume, Olivier, Patrick et moi-même (on n'est jamais si bien servi...), sans oublier Marie et Sabine, une franche réussite à Tronches de vin n°2, le contre-guide qu'il vous faut, au moment de parcourir les vignes et qui paraîtra dans toutes les bonnes librairies le 13 mars prochain, pour le meilleur et le meilleur du vin.

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Bonne Année 2015, partez à la conquête de vos rêves. N'hésitez pas à nous en parler, ne serait-ce qu'au moyen d'un petit selfie (un égoportrait, comme on dit au Québec!) posté du bout du Monde. Et prenez soin de vous. Hé, la Terre tourne! Résistez, résistez à la tentation de ne rien faire, même si c'est doux, quand tout s'agite autour de vous. Pour vous et pour les autres.

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18 décembre 2014

Instantanés de salons ligériens

A la croisée de novembre et décembre, on s'attend parfois à ce que la douceur d'une arrière-saison automnale laisse place aux premiers frimas. C'est bien ce qu'annonçait la météo nationale pour ce dernier week-end de novembre, mais pourtant, les deux salons de cette fin de semaine se déroulaient par des températures des plus modérées et agréables.

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Avant de flâner au bord du Layon le dimanche (notez à quel point son niveau est bas pour la saison, très loin des dramatiques hauteurs d'eau des fleuves côtiers du Sud-Est, ces derniers jours), il était bon également de passer par Saumur et plus exactement la commune voisine de Bagneux, où se déroulait la première édition de Saumur So Bio, réunissant une bonne vingtaine de vignerons du cru, défendant la pratique d'une agriculture biologique, au coeur des appellations Saumur et Saumur-Champigny.

Était-ce le fait que ce salon se déroulât dans les locaux d'un ancien domaine viticole appelé Domaine de la Bergère qui valut aux organisateurs un premier coup de semonces, sorte plutôt triviale de réponses des bergers à la bergère, avant même l'ouverture des festivités, ou l'organisation simultanée d'un autre salon regroupant des productions plus conventionnelles dans cette noble ville de Saumur, toujours est-il que les commentaires parus sur Saumur Kiosque, suite à la petite conférence de presse des organisateurs de Saumur So Bio, ont contribué à mettre le feu aux poudres, ce qui en soi n'est pas forcément anachronique, dans une ville qui compte (ou comptait) nombre d'artilleurs et de blindés en tous genres!... En joue, Saumur bio, feu!...

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A l'ouverture de cette néanmoins très sympathique manifestation, on pouvait deviner chez certains des organisateurs et responsables de la toute nouvelle association, que les propos tenus par quelques-uns de leurs "collègues" et voisins risquaient de laisser quelques traces, à l'heure où il arrive qu'on partage un p'tit blanc, toutes agricultures confondues, aux rares comptoirs encore ouverts dans les villages du Saumurois. D'autres ne pouvaient manquer de rappeler à cette occasion que cette virulence verbale et souvent écrite sous couvert de pseudo divers et variés, traduisait bien ce qui sépare encore les tenants de méthodes traditionnelles, de ceux qui militent, parfois fermement, pour une approche plus saine et attentive de la viticulture. Les premiers s'estimant injustement attaqués, les seconds rappelant à quel point les instances locales revêtent parfois les habits de despotes intolérants, voire tourmenteurs. Alors, maladresse verbale ou réactions épidermiques déplacées, chacun reste juge et filons déguster!...

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Saumur So Bio réunissait donc quelques talents de la région, certains vus et bus lors de diverses manifestations passées ou habituelles, puisqu'on trouvait là notamment quelques référents régionaux comme Philippe Gourdon et Thierry Germain par exemples, ou encore Éric Dubois, du célèbre Clos Cristal et bien sur des jeunes vignerons, qui se sont attaqués depuis quelques années déjà, à la face nord de la notoriété, non sans connaître de belles réussites et proposer ainsi de non moins belles quilles!...

Il faut citer là Aymeric Hillaire, du Domaine Mélaric, qui proposait Billes de Roche et Cerisaie, tant en blanc qu'en rouge, dans les millésimes 2011 et 2012, ainsi qu'un joli liquoreux 2011, dans le genre confidentiel et remarquable. Un président de So Bio à la hauteur!... Citons encore Antoine Sanzay, qui n'hésitait pas à mimer pour l'assistance la butte des Poyeux façon tai-chi, entre un verre de La Haye Dampierre 2013 et des Poyeux 2012, dans le genre cabernet franc qui peuvent aisément vous mettre dans un état second.

005Non loin de là, c'est Adrien Pire, frère jumeau de Guillaume, qui représente le Château de Fosse Sèche en ce samedi, avec Arcane 2013 et Eolithe 2011, toujours au top. Adrien, qui semble avoir pris ses marques à l'occasion de ces salons, où il faut parfois composer avec des clients potentiels aux connaissances diverses et variées, voire aux à priori quelque peu tenaces.

Lorsque le monde se presse dans cet ancien caveau de pierre blanche, sorte de couloir de correspondance (presque façon métro parisien) entre les époques viniques, il faut quand même prendre le temps de dialoguer avec Xavier Caillard, qui est toujours à Brézé, dans ses Jardins Esméraldins, mais qui va sans doute glisser avant longtemps vers l'ouest du Saumurois, pour se rapprocher de la frontière angevine. Une évolution importante, que nous pourrons sans doute évoquer sur pièce, dans quelques temps. En attendant, on se régale avec la trilogie des blancs secs, 2001, 2000 et 1999, sans oublier le 2001 liquoreux, qui oscille entre art liquide et magie des saveurs, avec son élevage de neuf années!... Le rouge 2003 est absolument au top (s'il vous en reste, tentez quelque chose avec une jolie préparation de foie de veau par exemple!), alors que le 2006, plutôt dans une phase de retrait, risque d'être tout simplement étonnant dans quelques années!...

On peut aussi citer les cuvées du Chateau Yvonne, de Mathieu Vallée, dont le parcellaire Le Gory 2011, Saumur blanc sous l'influence de l'élevage à ce stade, mais au potentiel intéressant, ou encore les vins de Loïc Terquem, installé depuis début 2009, sur les quatre hectares de La Folie Lucé, avec notamment L'Ecart 2013, un Saumur blanc issu de 37 ares d'un sol argilo-calcaire. Ultime découverte du jour, les vins de Gil Caborderie, installé depuis février 2012, du côté de Doué la Fontaine, dont nous aurons l'occasion de découvrir vignes et domaine avant longtemps.

020Du côté de St Aubin de Luigné, les Anges Vins donnaient rendez-vous à leurs fans ligériens pour la neuvième année consécutive (attention à la 10è en 2015!). Malgré les absences des Cousin, Leroy, Bernaudeau et autre Angeli pour diverses raisons, dont parfois le manque de stock, il y avait là matière à découvrir quelques cuvées récentes de la région du Layon. En plus de ces quelques absences, notons aussi la présence de la nouvelle génération à la table des Ménard, ainsi qu'à celle des Mosse, sans oublier Charly Robineau (et sa calculatrice téléphonique infaillible!) qui oeuvrait pour sa part à celle du Domaine de Bablut, Christophe Daviau se contentant, pour un dimanche, de jouer le rôle de manipulateur de diable, le moment venu. Rappelons au passage que cette dégustation-vente, à quelques semaines des fêtes, permet aux vignerons de rencontrer leurs clients et d'écouler des quantités non négligeables de flacons, ce qui tend à démontrer que cette manifestation atteint bien, au moins, l'un de ses buts.

Nous avons donc pu y croiser Toby Bainbridge qui proposait deux 2014 dans le genre tonique et frais : le grolleau Rouge aux Lèvres et le pet' nat' rosé La Danseuse. Le plus angevin des Britanniques ayant, semble-t-il, trouvé son rythme de croisière en précisant sa feuille de route (en anglais, the roadmap!), lui ouvrant petit à petit son horizon et préservant au passage son humour so british. Une gamme sincère et fraîche en toutes circonstances à ne pas oublier.

De son côté, Jean-Christophe Garnier propose toujours une série originale et spontanée, avec une gamme aromatique et un style que les amateurs connaissent bien désormais. A suivre, La Roche-Bézigon 2013, rencontre des deux rives du Layon et La Roche 2012, deux jolis blancs, puis le pet' nat' 2009 disponible depuis l'été dernier, ainsi qu'un assemblage rouge de gamay et de pineau d'Aunis.

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A l'extrémité de la même rangée, non loin de la cuisine, où bouillonne doucement la soupe incontournable et irremplaçable de Mileine Oosterlinck, Didier Chaffardon propose une série colorée qui ne manque pas d'étonner. Le vigneron s'amuse souvent des réactions de ses interlocuteurs-dégustateurs, tout en appréciant la visite de ce qu'il convient d'appeler ses "fans"!... Au programme, Douze heures angevignes, L'Ailé faon rose d'un jour, Le Rouzé 2012, Clopin Clopant 2013, catégorie grolleau tonique, L'Incrédule 2012, à la longue cuvaison de sept mois et la stupéfiante Confiturine 2011, sorte d'ovni (objet vinique non identifié!), titrant moins de 1° (non, il ne s'agit pas d'une erreur de frappe!) et totalisant pas moins de 550 gr de sucres résiduels!... Les plus inconditionnels, dit-on, en tartinent leur tranche de cake à l'heure du thé (oh my god!) !... Mais, cela ne tient-il pas désormais de la légende chaffardonesque?... Allez savoir!...

016Passage ensuite à la table du Domaine de Juchepie, où Eddy Oosterlinck propose toujours une remarquable série de chenins, du plus sec, Les Monts 2011, aux plus moelleux, La Passion 2010 qui ne manque jamais d'étonner, ainsi que Quintessence 2011, objet de toute l'attention des passionnés, ne manquant pas, quant à eux, de profiter longuement du moment. Ce qui est aussi l'occasion pour le vigneron de Faye d'Anjou d'évoquer ses nouvelles plantations sur un coteau "historique du Layon" défriché, donnant beaucoup d'espoirs (avec aussi la perspective de voir son fils se joindre à l'aventure d'ici quelques années), mais également de faire part de son désarroi face à la présence de drosophila suzukii, la mouche qui fait le buzz, détruisant parfois la vendange en cours de concentration en sucre et destinée à la production de liquoreux. Résultat au domaine, les raisins restants sont toujours sur pieds ou à terre et ce n'est malheureusemnt pas la première fois!... Comme avec d'autres producteurs, Eddy se met à espérer un hiver rigoureux pouvant peut-être enrayer le phénomène, voire permettre un rééquilibrage naturel de la chaîne alimentaire, alors même que l'identification d'un prédateur de l'insecte n'est pas avérée à ce jour. Dans le vignoble, il semble que l'on passe, en cette fin d'année, de la crainte pour l'avenir, d'une production très irrégulière de liquoreux (mais faut-il qu'elle soit nécessairement annuelle? diront certains, tentant de positiver, au regard de la demande de ce type de cuvées...), au déni, chez d'autres, de l'existence même du problème, alors qu'une réponse à l'aide de produits phytosanitaires (qu'ils soient naturels ou de synthèse) n'est pas annoncée pour l'avenir immédiat. On serait tenté imprudemment peut-être de s'en réjouir, mais c'est sans doute sans compter sur l'efficacité de quelques apprentis-sorciers de laboratoires de la chimie moderne!... Gageons qu'il conviendra certainement d'être vigilant, lorsque certains annonceront qu'ils connaissent la réponse au problème, forcément la panacée!...

019Après la dégustation d'un bol de soupe pour Madame PhR et d'un traditionnel sandwich au boudin noir pour ma part, transition plutôt fulgurante avec les cuvées toujours très nature de Babass : Brutal (en liaison avec les sudistes de La Sorga), Roc Cab' et Groll'n Roll, le tout dans les versions récentes et disponibles. A ses côtés, Jean-François Chéné et les cuvées de son domaine, La Coulée d'Ambrosia. Le vigneron de Beaulieu exprime aisément à quel point sa production correspond pleinement à sa sensibilité personnelle et à l'idée qu'il découvrit un jour, une autre façon de faire du vin, loin des canons de l'oenologie moderne certes (comme d'aucuns n'ont pas manqué de lui dire certains jours!), mais beaucoup plus proche de la construction de cuvées sur le fil parfois, mais expressives et intenses. La série proposée - Boit sans Soif 2012 (grolleau), Les Joues Rouges ou Panier de Fruits 2012, L'O2 fruits 2010 et Aphrodite 2009, sorte de vin de voile venu d'ailleurs, ou le plus jurassique des vins du Layon, illustre bien les intentions du vigneron. A revoir impérativement avant longtemps, sur pièce.

On n'oubliera pas la très cohérente série du Domaine de Bablut, ni le trio proposé par Stephan PZ, dont Un bout de chenin 2013, toujours égal à lui-même, dans le genre droit et frais, ainsi que Le Gué des Mûriers 2013 (grolleau) et La Pièce de la Barrière 2012, un cabernet franc angevin absolument sans soufre, de Bruno Rochard. Enfin, rendez-vous est désormais quasiment pris avec Benoît Courault, afin de découvrir quelques parcelles produisant et proposant une gamme connaissant de plus en plus de fans, comme, par exemple, le liquoreux étonnant La Faîne 2010, qui s'élève sans nul doute au niveau des Rouliers et autre Gilbourg, fers de lance du domaine.

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Agréable promenade en Layon donc, sous le soleil exactement, avant même que l'hiver ne daigne séjourner dans notre région... Avec d'autres salons, de Bruxelles à Paris ou de Rablay sur Layon à St Julien l'Ars, autant d'occasions de croiser le verre, en attendant les plus grands rendez-vous de Montpellier et d'Angers ou Saumur, fin janvier et début février 2015. D'ici là, belles fêtes de fin d'année à toutes et tous, visiteurs salonesques!... Portez-vous bien, abusez des bonnes choses, mais toujours avec modération!...

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29 novembre 2014

Château Massereau, à Barsac (33)

L'article du printemps dernier, paru dans une célèbre revue viticole, cherchant à nous démontrer que quelques irréductibles girondins pourraient bien se transformer en révolutionnaires de la dive bouteille, a sans doute fait long feu dans le landerneau local. Cependant, l'initiative révèle qu'un tant soit peu de curiosité peut nous mettre sur la piste de véritables révélations. Loin de l'intelligentsia bordelaise, qui a tendance à nous laisser entendre que, sans elle point de salut, forts de leur libre arbitre intact et de leurs convictions, certains domaines et châteaux proposent de remarquables vins, comme ceux de la famille Chaigneau, à Barsac.

013De prime abord, on peut penser que cette famille, originaire d'un petit village du nord de la Vendée, est somme toute installée là depuis plusieurs générations, se passant le relais pour entretenir le domaine et la flamme. En fait, il n'en est rien, puisque sous l'impulsion de l'un des fils, Jean-François, désirant devenir vigneron au moment où l'avenir doit se dessiner, toute la famille s'est mise en quête d'une propriété, pour ne franchir le portail de Massereau qu'en 2000. Une façon pour le moins singulière de prendre pied dans le troisième millénaire!... Très vite, le second fils, Philippe, a pris le parti et la charge de s'occuper des aspects commerciaux et promotionnels du cru.

Un joli château dans la campagne sauternaise, construit sur des bases très anciennes et souterraines, avec des apports successifs de tours et autres constructions, s'étant étalés du XVIè au XVIIIè siècle. Contemporain des règnes d'Henri III, Henri IV et Louis XIII, Jean Louis de Nogaret de La Valette, alias le Duc d'Epernon, en fait un élégant relai de chasse, lui qui est résident du proche château de Cadillac.

Beaucoup plus près de nous, Massereau a connu plusieurs propriétaires depuis 1986, dont la famille Castéjà (les vignes de Doisy-Védrines sont contiguës à celles du domaine), un couple de Suisses également présents du côté de St Emilion et Jean-Paul Lafragette, ex-propriétaire de Château Loudenne, dans le Médoc, désormais bien connu dans la région pour ses déboires judiciaires.

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Le domaine, c'est aujourd'hui une petit dizaine d'hectares, dont 1 ha 10 environ qui coulent de la terrasse du château jusqu'au Ciron, avec même les traces d'un ancien port, dit de Barsac, utilisé à une époque déjà ancienne, pour la très recherchée pierre, visible sur nombre de façades de la région. La proximité de la rivière est un gage de production de raisins botrytisés, dans le sens confit-rôti, comme c'est le cas pour le M de Massereau, obtenu après une cueillette grain par grain (avec une pince à cornichons si nécessaire!) et huit à douze tries successives. Utilisation d'un petit pressoir à cliquet pour une presse très longue, puis fermentation et élevage en barriques neuves. La production moyenne, sur les dix dernières années, se situe aux environs de 10 hl (quatre barriques et demie), avec des années nettement plus basses, favorables à la production d'une seconde cuvée, La Pachère, comme ce fut le cas notamment les années paires, entre 2002 et 2008. Pas de trace de sauvignon ici et les Barsac-Sauternes sont composés de 85% de sémillon, avec un complément de muscadelle. Notons que certains millésimes sont venus, dit-on, bousculer la hiérarchie locale, lors de dégustations récentes.

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Pas de Graves blancs, mais 1 ha 88 destinés à la production de Graves rouges, parfois hors du commun. Encépagement classique pour les cuvées d'assemblage : cabernet sauvignon, cabernet franc, merlot, petit verdot et le très rare merlot à queue rouge, en lieu et place du malbec. Peut-être encore plus que les Sauternes, les rouges du domaine évoquent l'attachement de la famille à la production (et à la dégustation) de vins dits de garde. Les deux fils ont été élevés dans cette tradition des Bordeaux qu'il fallait savoir attendre, même si Philippe semble dire que, parfois, il pourrait en être autrement... Le Graves rouge est construit dans cet esprit et 2009 illustre cela parfaitement, mais d'autres millésimes sont disponibles. Une dominante cabernet qui oscille entre 50 et 55% (CS 40% et CF 10%), associé à 30 à 35% de merlot et 10 à 15% de petit verdot. Une expression qui se veut typique des vins issus des sols d'argile rouge, reposant sur la roche mère calcaire, avec finesse, élégance et densité.

018Mais, le véritable révélateur de la passion du vigneron pour un travail attentif et tourné vers la qualité (et la rareté!), ce sont les cuvées Socrate (prénom de l'ancêtre) et Eliott (le dernier représentant de la nouvelle génération), toutes deux issues de ce même terroir des Graves. Un process que l'on ne s'attend pas à trouver dans le Bordelais, ou si peu!... Socrate est un assemblage des cinq cépages cités plus haut. Vendanges très sélectives, égrappage et foulage manuels, puis passage en barriques neuves ouvertes et debout. Brassage et pigeage manuels pendant la fermentation alcoolique, puis fermentation malolactique dans ces mêmes fûts. Écoulages par gravité vers le petit chai d'élevage, où sont réunies des barriques neuves (entre un tiers et 40%), mais aussi d'un et deux vins, pour une durée totale de 20 à 24 mois (moins pour le 2013!). Travail d'orfèvre!... Au final, les vins sont ni filtrés, ni collés (aucune utilisation de techniques oenologiques modernes!), pas de levurage et très peu de soufre (le vigneron précise que ses vins ne dépassent pas 60 de soufre total pour les rouges, toutes cuvées comprises).

Régime identique (vinification intégrale) pour la cuvée Eliott (600 bouteilles), dont la dégustation est une véritable révélation. Il s'agit là, en effet, d'un vin 100% petit verdot. Le millésime 2009 a passé 22 mois en barriques, mais il est pourtant très modérément boisé, au nez comme en bouche. Robe noire intense, des fruits noirs au nez, du zan, une touche de menthol, immense!... Incrachable!... Environ 15,5° naturels, ce qui laisse une idée du niveau de maturité recherché. Les jus flirtent, certaines années, avec les 16°, mais seulement 13,8° en 2014!... Quand même!... Quelque chose qui nous inspire cette réflexion : et si nos GCC voulaient se donner la peine... Pour Jean-François Chaigneau, l'étonnement aussi de voir tous ces vignerons de la région poussant les merlots au maximum, alors que, de toute évidence, ils ne sont pas faits pour ça!...

Mais, ce n'est pas tout! Le domaine compte aussi un peu moins de six hectares en Bordeaux Supérieur, sur un îlot comptant une douzaine d'hectares à l'origine, dont 1 ha 50 arrachés depuis peu. Là encore, une démarche précise, cohérente et... attentive au marché. Une première cuvée sur une base de merlot (60%) associée aux deux cabernets et à un soupçon de petit verdot qui, après une cuvaison de quatre à six semaines en cuves ciment, est élevé de douze à quatorze mois en cuve inox. Une autre, la Cuvée K, à dominante cabernet cette fois, est entonnée début décembre pour douze à dix-huit mois, selon le millésime. On est là dans tout ce que Bordeaux peut offrir de traditionnel, mais avec une expression sincère et bien construire. Enfin, à peine 5000 bouteilles de Cuvée X (40% CS, 10% CF et 50% merlot), élaborée sans sulfites ajoutés, un vin naturel qui s'offre sur le fruit et la dynamique propre à nombre de ces vins. A découvrir absolument!...

019Enfin et même si la dégustation en était impossible lors de notre passage, une autre cuvée vedette (mais n'apparaissant même pas au tarif, tant elle est rare!) s'est faite une certaine réputation auprès des fidèles clients du domaine, n'imaginant pas un seul instant céder une partie, même réduite, de leur dotation!... Le rosé - que dis-je? - le Clairet, dont le dernier millésime est en cours d'élevage (mais, ne le répétez pas!). D'assez vieilles vignes de cabernet sauvignon et de merlot, dont la vendange subit une macération pelliculaire, puis une fermentation en barriques âgées de trois ans, avec bâtonnage. Élevage sur lies pendant six mois environ (avec bâtonnage dégressif), si bien qu'un très léger sulfitage n'intervient que deux mois avant la mise. Tous ceux qui ont dégusté cette petite merveille de "claret" sont presque prêts, dit-on, à faire allégeance à la couronne d'Angleterre, comme on peut le voir ici!... C'est dire!...

Un domaine à découvrir donc, aussi parce que Jean-François Chaigneau n'est pas homme à pratiquer la langue de bois et encore moins l'esbroufe. Il observe ce qui se passe autour de lui, dans sa région d'adoption, fait des choix, tout en appréhendant bien ce qui est important pour le bon équilibre de son domaine. Certes, il ne revendique pas de label bio, parce qu'au seul cuivre, qui selon lui n'est pas forcément la panacée vis-à-vis des sols, il préfère l'emploi de produits de contact à base de cuivre, mais aussi de zinc qui lui, n'est pas reconnu par l'agriculture biologique. Depuis trois ans, il a fait le choix de la confusion sexuelle, avec de bons résultats même si, selon lui, il faudrait qu'elle soit pratiquée plus largement à proximité. Enfin, il a opté pour le travail des sols, afin de s'interdire tout mode de désherbage chimique, bien entendu. Tous les travaux sur les pieds de vigne eux-même, au fil des saisons, sont manuels, jusqu'à la récolte réclamant toujours un tri attentif, quel que soit le raisin et sa destinée. Au chai, aucun intrant ne franchit le portail et le domaine revendique plutôt fortement la production de "vins naturels". Tout n'est cependant pas figé et parmi les objectifs actuels, figure l'achat de petites cuves en bois de trente ou cinquante hectolitres, en vue d'élevages encore plus attentifs, au moyen de contenants préservant l'authenticité du raison et l'expression du terroir dont il est issu.

020Le Château Massereau avance et notamment à l'export, plus particulièrement vers les pays anglo-saxons. Rappelons que certaines cuvées sont produites en faible quantité et que, même si elles sont proposées aux particuliers à un tarif plutôt élevé (de 95 à 115 euros pour Socrate, Eliott et le Sauternes, les premières cuvées se situant aux environs de 10 à 15 euros, y compris le Clairet), elles ne manqueront pas de prendre avant longtemps une quasi dimension patrimoniale : des Bordeaux authentiques, mais rares. La famille Chaigneau va-t-elle révolutionner Bordeaux pour autant?... Peut-être pas, mais ses vins ne manqueront pas d'interpeller les amateurs, qui seront avisés de ne pas forcément se tourner, en toutes circonstances, vers d'autres étiquettes pompeuses et immuables, dont la calligraphie dorée, souvent dotée d'une part de vétusté soigneusement entretenue, nous berce parfois (souvent?) d'illusions.

Au moment où, pour bon nombre d'amateurs, l'achat en primeur de grands crus bordelais devient impossible (surtout quand il s'agit de se fier à des notes de pseudo experts et que parfois, les propriétaires préfèrent se concentrer sur des marchés lointains!), il est donc envisageable de choisir une autre voie. Non loin de là, un autre domaine des Landes girondines et sauternaises a franchi un palier encore plus extrême, du point de vue des tarifs s'entend, ne se destinant qu'à l'Asie et la Russie et ne cherchant même pas, semble-t-il, la moindre forme de confrontation avec ses pairs. Après un premier rendez-vous remis, nous espérons pouvoir l'évoquer ici dans quelques semaines.

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23 novembre 2014

Tout le monde il est Baux de Provence!... (2)

Second acte de cette virée provençale. Toujours le même principe : versant nord le matin, versant sud post meridiem. A peine dix minutes de route pour rejoindre le Domaine Milan, au bord de la Via Aurélia. Henri Milan est de ceux qui savent ce qu'ils veulent. Et il a imprimé sa volonté au domaine tout entier, tranchant lorsqu'il faut arracher une parcelle, que d'autres tenteraient de conserver coûte que coûte ou prenant l'option parfois délicate de mettre sur la marché des vins sans sulfites ajoutés et ce, dans les trois couleurs, avec certainement une capacité à se projeter dans l'avenir. Engagement et déterminisme.

~ Domaine Henri Milan ~

019Au sortir des vendanges 2014, Henri semble un peu usé par les combats de l'année. Usé, mais pas abattu, loin s'en faut. Il s'agit juste de recharger les batteries. Au printemps, il briguait, ni plus ni moins, que la Mairie de Saint Rémy de Provence, lors des élections municipales. Combat acharné, tension extrême et, au final, un échec pour une vingtaine de suffrages exprimés!... Comme une dégustation d'agrément qui se passe mal... Remarquez, ce ne serait pas trop grave dans le cas des cuvées du domaine, puisqu'elles sont désormais toutes en Vin de Table ou Vin de France!...

Mais, là-dessus, côté vignes, le millésime s'avère compliqué. C'est là qu'il faut pouvoir compter sur une équipe solide. Et ça tombe bien, avec Sébastien, Dominique et Clara, il y a matière à agréger les énergies. Coups de gueule, éclats de rire, on devine que chacun se met vite au diapason du boss.

Et puis, Henri Milan sait pouvoir compter depuis quelques années sur ses enfants, Emmanuelle et Théophile, alias Théo. Ce dernier est de tous les salons qui comptent sur la planète. Infatigable voyageur, il contribue fortement au renom de toutes ces cuvées, ce qui peut paraître aisé, pour celui qui kiffe grave les vins naturels (tiens, pour un peu, je parlerais la "langue des cités", comme l'appelle Wikipédia!).

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Pour évoquer les affres de ce millésime 2014, Henri ne manque pas de rendre hommage à sa fille Emmanuelle : "C'est bien simple, si elle n'avait pas été là avec toute son énergie, sa pugnacité, j'aurais laissé tomber!..." Il faut dire qu'au moment où de grosses pluies sont arrivées et que la vendange menaçait de partir à vau l'eau, celle qui fréquente beaucoup l'Alsace (allez savoir pourquoi!), en délaissant son sud méditerranéen (juste un peu), a organisé un tri particulièrement attentif, en mobilisant les énergies disponibles, afin d'obtenir des volumes quasiment inespérés. Résultat : lors de notre passage, le chiffre total des hectolitres destinés aux élevages divers atteint un niveau très acceptable. Bien joué!... Et en plus, elle nous propose de découvrir un assemblage pinot noir alsacien/grenache provençal, dans sa version 2012, tout à fait passionnant!... Bon sang ne saurait mentir!...

Énergie. Henri Milan pourrait en parler pendant des heures, surtout celle de ses sols et notamment depuis que ERDF a fait disparaître de son paysage une ligne à haute tension qui surplombait vignes et bâtiments!... Pour ce qui est des sols eux-mêmes, il faut souligner la grande variété, allant des graves sablonneuses du Clos aux marnes bleues sur éboulis calcaires du reste du domaine, sur lesquelles se plaisent nombre de cépages.

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Large dégustation pour apprécier une gamme solide qui allie originalité et complexité, impressions renforcées lorsqu'on peut apprécier quelques millésimes moins récents, donnant leur pleine mesure. Beaucoup de plaisir avec Le Grand Blanc et les trois "Papillon" sans soufre ajouté, blanc, rouge et rosé, ce dernier qu'il ne faut surtout pas oublier!... Au sommet ce jour-là, La Carrée, 100% roussanne, pour son ampleur et sa distinction, sans oublier non plus S&X, du grenache ramassé très mur, sur une initiative de Sébastien Xavier, maître de chai.

La clémence de la météo allait nous permettre de prolonger ce moment autour du salon de jardin face au cuvier, à moins que ce ne soit le salon du cuvier face au jardin, histoire d'apprécier comme il se doit quelques huîtres venues de Vendée pour l'occasion, tout en appréciant de multiples cuvées locales!... Ici, nous sommes au top de la région, indiscutablement!...

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~ Domaine de Lauzières ~

Pour l'après-midi, il nous suffisait encore de passer le petit col et de nous laisser glisser sur le versant sud, afin de (re)découvrir un domaine des Alpilles, propriété de Christophe Pillon, originaire de Suisse. Une propriété située au lieu-dit Le Destet, de Mouriès et qui a déjà connu un curieux destin. Le Domaine de Lauzières, que nous avions découvert en 2010 et qui est apparu dans le tome 1 de Tronches de vin, a d'abord vécu au rythme séculaire des successions familiales, au sein de la famille Boyer, propriétaire depuis le XVIè siècle. En 1962, le père Boyer décède et ce sont ses deux filles qui reprennent le flambeau. Trente ans plus tard, Dan Schlaepfer et Gérard Pillon, deux Suisses de la région de Genève, reprennent le domaine. Trente ans plus tard encore, en mai 2012, le second disparaît dans un accident de la circulation, curieuse ironie du sort pour celui qui pratiqua la course automobile au plus haut niveau et participa même aux 24 heures du Mans au début des années 70, passion que son fils Christophe, désormais seul propriétaire du domaine, partage, puisqu'il pilota lui aussi, lors de la célèbre course mancelle en 2002 et 2003.

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Une lumière toute particulière règne au moment de notre arrivée dans le vallon. Il nous suffit de gagner les rochers de la crête la plus proche, pour découvrir un autre vallon planté d'oliviers. La commune de Mouriès a la réputation d'être la première commune oléicole de France, avec ses 80000 oliviers!...

Il y a donc pas moins de vingt-deux ans que Lauzières a changé de mains, mais, malgré les travaux de rénovation des bâtiments et surtout la plantation de petit verdot en lyre, une orientation très innovante pour laquelle on devine tous les efforts à consentir, la diffusion des cuvées du domaine est restée relativement confidentielle. Depuis à peine plus de deux ans, une restructuration est en cours. Si François Marsille côté vigne et Noemi Schudel côté cave sont toujours présents et ont désormais pris leurs marques, l'accueil des visiteurs et les aspects administratifs ont nécessité un élargissement de l'équipe pour le moins nécessaire. Désormais, un responsable commercial s'attache à parcourir les routes de France et de Navarre, tout en renforçant la présence régionale, aspect économique restant essentiel pour les vins du grand Sud-Est, au regard de la fréquentation touristique.

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De plus, les bâtiments ont été complétés et rénovés, mais un projet de nouvelle cave est somme toute dans les cartons. L'orientation vers la biodynamie est bien confirmée et l'on est toujours surpris par le chai d'élevage contenant de très nombreux oeufs en béton de chez Nomblot, présents depuis les années Schlaepfer-Pillon.

Côté vins, une jolie gamme Sine Nomine, dont un très beau blanc, complétée des séries Équinoxe et Solstice, le tout en AOP Baux-de-Provence ou IGP Alpilles, sauf Sine Nomine rouge en Vin de France, du fait de sa forte proportion de petit verdot (80% en 2010). A noter également, une nouvelle cuvée, Perséphone, du nom de la déesse de la renaissance du printemps, fille de Zeus et de Demeter, avec 80% de syrah et 20% de grenache noir, dans un style très sudiste, mais avec un bel allant.

Renaissance. Un terme qui convient assez bien, pour le moment, à ce domaine dont on peut attendre qu'il prenne sa place parmi les référents de la région, fort de son incomparable écologie, où toute la biodiversité locale est protégée. Gardera-t-il aussi son originalité, en entretenant et en cultivant la production pour le moins singulière d'une cuvée de petit verdot?... Il faut l'espérer, même si quelques années encore sont sans doute nécessaires, au regard des a-priori circulant à propos de ce cépage. Il existe pourtant d'autres rares exemples, comme celui, sur les rives de la Garonne, que nous évoquerons ici-même prochainement.

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Après cette journée quelque peu contrastée, belle soirée gourmande au Croque Chou, à Verquières, où Dan Folz et son épouse nous avaient concocté un joli dîner, arrosé d'un Alsace de Patrick Meyer et d'un Hautes-Côtes de Nuits d'Emmanuel Giboulot, deux exemples de la très belle carte des vins disponibles en ce lieu. Une nuit réparatrice sur cela et nous pouvions, au petit matin, prendre la direction d'un domaine figurant dans notre agenda depuis longtemps, avec l'envie (et le pressentiment) de découvrir un lieu hors du commun.

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~ Domaine de Sulauze ~

Un ensemble pour le moins éclectique au coeur de la Crau, cette steppe, autrement appelée coussoul, où les moutons partagent leur territoire avec de gros galets ronds. Sulauze, ce n'est pas moins de 500 ha au total, toutes activités comprises. Guillaume et Karina Lefèvre s'y sont installés en 2004, sur à peu près 80 ha, dont une petite trentaine de vignes, une dizaine de blé et d'orge, quelques oliviers encore très jeunes et un potager. Dans cet ensemble, le foin de la Crau humide, premier à obtenir la distinction d'AOC, a désormais une grande renommée. Il est utilisé pour les bêtes du domaine bien sur, mais la deuxième coupe est destinée à Roquefort et ses fromages, tandis que la première est achetée par les écuries de courses de Chantilly!... En quittant le domaine, nous pourrons apercevoir les bêtes du deuxième plus grand élevage de taureaux de combat... sans nécessairement éprouver le besoin de franchir la clôture!...

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Lors de notre passage, c'était la fin de la campagne de vendanges 2014, plutôt longue et éprouvante. Guillaume s'affaire encore à quelque remontage dans le cuvier. Le couple se doit d'être passionné pour gérer sereinement l'ensemble, mais la vie dans un tel environnement, comprenant bâtiments anciens assez remarquables (chapelle, crypte troglodyte, salle fénière, pigeonnier et autre four à pain) et vignes protégées par une gestion biologique intégrale, mérite sans doute d'être vécue, pour ceux qui savent retrousser leurs manches.

Dégustation de quelques jus récents, notamment le rosé, Pomponette, une couleur très présente au domaine, pour lequel le vigneron dit pratiquer des vinifications "à la volée", prenant les raisins et les encuvant dans l'ordre dans lequel ils se présentent. La gamme se complète d'un joli blanc, Galinette et de trois rouges, Lauze, Les Amis et Liane, pour lesquels cabernet sauvignon, syrah, mourvèdre et grenache proposent des styles différents, mais toujours porteurs d'une remarquable fraîcheur. D'autres cuvées sont de temps à autre disponibles, comme le pétillant naturel, exemple de légèreté fruitée et suave, ou encore ce blanc de macération en cours d'élevage, ou le vermentino passerillé et au final moelleux, dont les grappes sèchent sous le plafond du cuvier.

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Il est presque normal de quitter à regret un tel environnement, en pensant aux dix heures d'autoroute qui nous attendaient, d'autant que la chaleur était toujours d'actualité et que Karina nous prépara un succulent repas pour l'occasion. Au passage et en me remémorant l'image des "toros" si paisibles dans leur paysage, juste une pensée pour Lucien Clergue, remarquable photographe originaire d'Arles, où il créa les Rencontres Internationales de la Photographie, immense rendez-vous pour les passionnés de cet art. Et, en même temps, emporter quelques belles images d'une jolie escapade, dans toute sa diversité, en rappelant que rendre visite aux vignerons reste essentiel, car c'est le seul moyen concret de capter leur créativité, comme le démontre cette virée en Provence, région que l'on aurait vite rangée, pourtant et à tort, parmi les soi-disant "homogènes", n'ayant plus rien pour nous surprendre. Heureusement, il n'en est rien!...

15 novembre 2014

Florian De Perre, à Cérons (33)

Non! Ne vous jetez pas sur votre téléphone, votre fax ou votre smartphone!... Ce domaine bordelais n'est pas encore présent sur la place, ni sur le marché. Ce jeune vigneron qui aura bientôt vingt-huit ans est en train de construire son micro-domaine au coeur de Cérons, rive gauche de la Garonne, AOP enchâssée dans les Graves, contiguë de Barsac et proche de Sauternes. Florian De Perre, un nom suggéré par Laurence Alias et Pascale Choime, des Closeries des Moussis, à Arsac, nous ayant présenté le jeune homme, comme figurant parmi les quelques jeunes passionnés de vigne et de vin de la région, apte à proposer avant longtemps quelques jolis flacons. Il faut dire que Florian est un "disciple" de Pascale, connue pour avoir vu défiler quelques promotions de vignerons en herbe, au lycée de Blanquefort, proposant une formation de BTS viti-oeno, que le jeune Céronnais enchaîna après un bac pro en alternance au Château Haut-Lagrange, à Léognan.

005Une passion née aux alentours de la majorité donc (alors qu'il fait des études littéraires et se destine plutôt au design), parce que c'est l'âge où ces cursus que l'on suit, vous permettent de croiser des compères jeunes vignerons de toutes régions et de découvrir le monde des vins, que nombre de jeunes justement n'imaginent que rarement aussi divers et varié. Et espérer parfois, entrer dans ce monde des producteurs, avec toute sa sensibilité et son envie, mettre sur la table et dans les verres, des Bordeaux à sa façon, démontrant à quel point cette région peut être multiple, lorsqu'on ne cède pas au conventionnel et à l'uniformisation des goûts et des saveurs. Pour ce qui est de la révolution, on verra cela plus tard!...

Après une période d'approfondissement des connaissances et d'expériences acquises à Macau et à Cérons, Florian De Perre se met, en 2012, en quête de quelques parcelles à reprendre en fermage. Il n'a pas pour objectif de s'installer, à proprement parler, sur quelques hectares, trois ou quatre, souvent trop peu pour en vivre décemment. Il veut juste accompagner un peu de vigne et, si tout se passe bien, proposer quelques dizaines de flacons autour de lui, peut-être à quelques cavistes. D'ailleurs, depuis un an, il a trouvé un emploi de chef de culture et maître de chai au Château Malromé, à St André du Bois. Il n'a désormais que quelques kilomètres à parcourir pour franchir la Garonne et se rendre dans cette propriété, qui fut naguère celle de la famille de Toulouse-Lautrec, le célèbre peintre qui y effectua nombre de séjours et où il finira ses jours. Il est d'ailleurs enterré à Verdelais, un des villages voisins. Cette propriété de trente-cinq hectares en Bordeaux Supérieur a été rachetée fin 2013 par un groupe franco-vietnamien (DCHL).

002En 2012 donc, Florian finit par passer une annonce dans le Bon Coin (méthode déjà éprouvée par son presque voisin Vincent Quirac, du Clos 19 bis, à Pujols sur Ciron) et le propriétaire de 90 ares de vignes, en deux lots distants de huit cents mètres à vol d'oiseau, lui en propose l'achat. Même si ce n'était pas vraiment dans ses plans, il s'organise, emprunte quelque peu et le voilà vigneron pour de bon et à la tête d'un petit patrimoine!... Il se penche aussitôt sur la remise en état des dites parcelles et les vendanges 2012 et 2013 sont vendues à une cave coopérative voisine.

Le premier lot de ce micro-vignoble est bien situé en AOP Graves, sur un sol assez sableux. Une quarantaine d'ares, dont une bonne vingtaine de merlot planté en 1980 et 17 ou 18 de cabernet sauvignon un peu plus vieux. Sans oublier deux rangs de malbec, découverts après l'achat, jouxtant les onze de merlot. Un pommier et quelques fruitiers complètent le décor. Il reste quelques arpents, toujours en Graves, à planter, mais le bois est somme toute assez proche.

A quelques distances donc, un autre îlot d'une quarantaine d'ares composé d'une parcelle de 15 ares de sémillon, qui fut naguère plantée de muscadelle, mais complantée (et surgreffée?) en 2009 et 2010 par l'ancien propriétaire et d'une autre de 25 ares environ de sémillon également, qui permettait de proposer du Cérons en moelleux-liquoreux. Des sols plus légers, où les graves typiques du cru parsèment le sol, en galets ronds de différents diamètres. Un important travail de remise en forme de la vigne (taille en guyot double) va permettre, petit à petit, de redonner un bon équilibre à la plante. Ici, le travail du sol n'interviendra pas avant décembre ou janvier, du fait d'un bon drainage naturel. Notez que cette zone permet de produire du Cérons ou du Graves blanc sec, selon le choix du vigneron.

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Florian De Perre n'a pas pour objectif de produire du liquoreux, si ce n'est des quantités extrêmement limitées (une barrique), lorsque le millésime le permet. Cette année, en 2014, cela s'est avéré absolument impossible du fait de la présence de drosophila suzukii, vedette du millésime dans nombre de régions (même si on en parle très peu à ce jour) et qui a, semble-t-il, gravement compliqué la tâche des vignerons dans une bonne partie de l'AOP Barsac, où il était présent dès le début septembre et même en 2013!... En attendant, le vigneron ne perd pas de vue une friche voisine et quelques rangs à l'abandon, plantés très largement d'hybrides divers, qu'il pourrait acquérir, afin d'y planter du sauvignon blanc (ou gris?), de quoi composer un îlot plus cohérent et atteindre, petit à petit, une surface maximum de 1 ha 50.

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2014 sera donc son premier millésime mis en bouteilles au domaine, le Domaine des Gaillardes, ce sera son nom, dont les locaux se composent à ce jour d'un petit hangar et d'un garage, avant une évolution prochaine espérée. Pas pour autant des vins de garage, se distinguant notamment par un prix de vente pour le moins prohibitif, voire dissuasif. Ici, les vins ne devraient pas dépasser une petite dizaine d'euros!... Pour le blanc, il faudra attendre mai ou juin 2015. Quant au rouge (pas plus de 10 hl au total), c'est l'évolution des vins, au fil des mois, qui décidera de la date de mise.

En fait, on flirte là avec le virtuel, histoire de découvrir une sorte de comète Tchouri dans l'univers bien en place des grosses planètes bordelaises. Pensez donc, Sauternes est là, à deux pas!... Vous pourrez aussi bientôt envoyer Rosetta en orbite et Philae rebondir sur cette terre méconnue du système stellaire bordelais, sans avoir à franchir des millions de kilomètres dans la galaxie. Le vigneron pourrait avoir la tête dans les étoiles justement, mais ses pieds sont bien ancrés, eux, sur sa terre de Cérons. Et comme sur ce petit caillou dans l'univers, les amateurs pourraient bien y découvrir la vie ou, tout du moins, des vins vivants.

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08 novembre 2014

Tout le monde il est Baux de Provence!... (1)

Les prévisions de la météo nous promettaient le pire. L'épisode cévenol annoncé, déclenchant pour certains une alerte rouge, aurait du nous inciter à prévoir bottes et cirés dans nos bagages. Pourtant, ce voyage express entre Rhône, Camargue et Étang de Berre, afin de (re)découvrir l'AOP Baux de Provence (et l'IGP Alpilles), allait se dérouler sous les meilleurs auspices. La chance sans doute, de se trouver dans cette bulle calme, alors qu'à quelques encablures, tant à l'est qu'à l'ouest, il n'était question que de nouveaux records de pluviométrie.

L'appellation regroupe aujourd'hui une bonne douzaine de domaines, où désormais, tout le monde il est (presque) bio!... Même si l'association de ces deux termes - appellation et biologique - ne peut être sérieusement envisagée, l'INAO veillant notamment à toute forme de discrimination. En tout cas, un jardin exceptionnel sur les deux versants des Alpilles, la lumière de l'automne jouant avec les reflets du calcaire des sols, les feuilles bicolores des oliviers et la vigne, qui s'est faite une place essentielle sur les pentes et au creux des vallons.

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~ Domaine de Trévallon ~

Sur le versant nord, le Domaine de Trévallon, d'Éloi Dürrbach, à St Etienne du Grès, nous permettait d'ouvrir notre séjour en positionnant la barre plutôt haut. Il ne s'agissait pas pour nous cependant, d'établir un quelconque palmarès, mais plutôt de faire un tour d'horizon des approches du vignoble, même si nous avions prévu de rendre visite à des vignerons qui n'ont plus pour objectif premier de figurer au tableau d'honneur de l'AOP locale et ce, pour diverses raisons. Éloi de Trévallon, c'est une tronche!... Quelqu'un qui a construit son domaine, le faisant évoluer par petites touches, tout en restant fidèle à ses idées. Aujourd'hui, avec un fils et une fille à ses côtés et pour la cinquième fois grand-père depuis à peine quelques mois, on a le sentiment que plus rien ne peut vraiment atteindre le patriarche, après quarante années passées au coeur des Alpilles. Des combats, il y en eut, des succès aussi, une part de chance à ses débuts, sans oublier la blessure du déclassement en 1993, pour un soi-disant pourcentage de cabernet sauvignon non adéquat, alors qu'il avait largement contribué à la notoriété nouvelle du vignoble des Baux. En tient-il rigueur à certains?... Oui, parce que c'est un homme qui a de la mémoire, mais sans doute pas à chaque instant, parce que son parcours plaide pour lui, volontiers consultant pour quelques amis certains jours, mais pas flying winemaker!... Une rencontre quelque peu fortuite avec Aubert de Vilaine, dès les premières années, lui ouvrant en grand, au passage, les portes des États-unis, a sans doute contribué à faire d'Éloi Dürrbach, un vigneron de caractère, opiniâtre, mais suffisamment humble pour estimer qu'un bon sens vigneron prévalait grandement à toute forme de dévotion à la technologie galopante.

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Aujourd'hui, la construction de l'extension du chai, avec un superbe mur en pisé pour la façade sud, traduit sans doute cette volonté de rappeler toute la valeur de la terre elle-même (trois variétés de terres ont été utilisées, donnant une dimension artistique à l'ensemble du bâtiment, malgré sa stricte fonction viticole), sans perdre de vue les vertus d'isolation naturelle du matériau et la part d'esthétisme apportée par le pignon est, composée d'un immense portail de métal mat, tracé de figures géométriques, rappelant les étiquettes de Trévallon, en un subtil hommage au travail du père d'Éloi Dürrbach pour celles-ci.

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Mais Trévallon, au-delà de la marque mondialement connue que c'est devenu, est avant tout un vin, deux même désormais, dont le rare blanc voit les fans se multiplier, mais pas forcément les satisfaire, au regard d'un contingentement des plus stricts. Sur le papier et à la lecture des revues spécialisées, on imagine volontiers que Trévallon, à force de commentaires dithyrambiques laissant entendre qu'il est l'égal des plus grands, ou supposés tels, a forgé sa réputation sur une forme de constance de goût et de texture. Or, ce n'est pas du tout le cas! Le souvenir d'une dégustation verticale proposée naguère au Chai Carlina et la découverte de trois ou quatre millésimes lors de notre récent passage au domaine, démontrent toute la variété d'expression, en même temps que la distinction du cru. Le vigneron met souvent l'accent sur le travail à la vigne, l'exigence indispensable lors des vendanges et la nécessité de réduire au maximum le nombre des interventions lors de l'élevage. Certes, il admet avoir fait évoluer sa méthode au fil des millésimes et les pigeages et remontages sont limités à la stricte nécessité d'intervenir, tandis que la durée d'élevage (deux ans pour le rouge, une année pour le blanc) est largement privilégiée, plutôt que les soutirages.

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De grands vins, certes. Mais de ceux qui en appellent à leur terre d'origine, à leur terroir, avec une dimension gustative remarquable, teintée d'une noblesse vigneronne et d'une sincérité d'expression indiscutable. Le vigneron est sensible, attentif, exigeant. Dans le contexte actuel, il peut prétendre à figurer au rang de ceux qui proposent des vins naturels, pour peu que chacun, sachant raison garder, ne jette pas l'opprobre, de prime abord (comme l'on grimace lors d'un Larsen insupportable), sur cette catégorie de vins, se voulant avant tout celle des vins authentiques et pas forcément défectueux et marginaux. Un domaine qui finalement,nous démontre que l'on n'a pas besoin de classer et de répertorier tout ce qui nous régale, autrement que par le plaisir procuré, en faisant fi des à priori.

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~ Domaine de Pierredon ~

L'après-midi de cette première journée, nous sommes passés sur le flanc sud des Alpilles, pour découvrir un domaine viticole entré depuis peu dans la danse : l'Abbaye Sainte Marie de Pierredon. Quelque part, nous sommes restés dans la sphère Dürrbach, puisque depuis un an, c'est le fils d'Eloi, Antoine, qui vinifie les vins du domaine, son épouse Christelle s'occupant de l'accueil des rares visiteurs (à ce jour!), ainsi que de tous les aspects commerciaux et promotionnels. Une très belle propriété de 600 ha, rachetée en 2001 par le président du groupe éditorial De Agostini (les Éditions Atlas en France, notamment), l'homme d'affaire bergamasque et italien Lorenzo Pelliccioli et son épouse Mariarosa Fachinetti. La demeure menaçait ruine, elle qui fut la propriété du peintre Jean Martin-Roch pendant une quarantaine d'années, au sortir de la dernière guerre. Située au milieu d'une garrigue dense, à peine agrémentée de quelques oliviers, elle échappa à un immense incendie ravageant le domaine en 1999.

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Ce sont des moines Chalaisiens (de Chalais, près de Grenoble), proches des Cisterciens, qui la bâtirent à partir de 1205 (année ou l'Anjou fut rattaché à la couronne de France par Philippe Auguste et où le château de Montségur, fierté des Cathares, fut construit, cela dit pour situer le contexte historique. Notez que, pour l'anecdote, la bataille de La Roche aux Moines, à Savennières, eut lieu, quant à elle, en 1214), mais sans y planter de vigne, à priori. D'où le fait que les vins du domaine sont tous en IGP Alpilles, puisque hors appellation, aucune trace de vignoble n'apparaissant dans de quelconques écrits.

En effet, les plantations datent de 2003 et les premières cuvées sont apparues en 2008. Au total, onze hectares en une quinzaine de parcelles. On trouve ici du sauvignon et beaucoup de rolle côté blancs, mais aussi du cabernet sauvignon, de la syrah, du merlot, du grenache et du cinsault côté rouges. Soit, au total, pas moins de six cuvées ayant fait leur apparition sur les tables et chez quelques cavistes de la région, avec l'objectif de capter l'attention et de tester la clientèle potentielle. Notez que, pour le moment, les vinifications se déroulent dans une cave de Mouriès, le village le plus proche, mais qu'un nouveau bâtiment est sorti de terre, à trois cents mètres environ de la chapelle et des bâtiments restaurés de l'abbaye.

La dégustation montre des vins somme toute intéressants, eu égard à la jeunesse des vignes. L'agriculture biologique est la règle depuis le début, ce qui sonne comme une évidence pour ces hectares historiquement à l'abri de toute production agricole et viticole conventionnelle. Il ne reste plus qu'à laisser la vigne s'implanter lentement, afin d'en extraire le caractère propre aux sols calcaires de la région, grâce également à une aérologie particulière (les bienfaits du mistral à différents stades du cycle de la plante) et à une agrobiologie qu'il est aisé d'entretenir, dans un tel environnement.

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Avec la vendange 2013, Antoine Dürrbach a donc eu l'occasion de vinifier son premier rosé, une couleur pas trévallonesque pour deux sous!... Une jolie réussite ici, avec un assemblage assez original pour Donna Rosa : 40% syrah, 30% grenache, 10% cinsault et 20% rolle. Fraîcheur, dynamisme et originalité, tout ce qu'il faut pour être un très bon ambassadeur des vins du domaine!... Il semble qu'une forme de singularité soit recherchée pour l'ensemble de la production, avec le Sauvignon tout d'abord, pour lequel cela reste un défi que de proposer ce cépage dans le Sud-Est, en conservant finesse et distinction, à la façon de quelques cuvées de certaines contrées ligériennes notamment. A suivre!...

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Les blancs seront certainement les chevaux de bataille de la propriété, vu la proportion de rolle plantée dans les vallons de Pierredon. A ce jour, deux cuvées monocépage, de ce qu'on appelle par ailleurs le vermentino, sont proposées : Ultima Laude, la dernière prière du soir, un blanc de cuve que l'on destinera volontiers à l'apéritif et pour lequel le maintien d'une bonne fraîcheur sera recherché, aidé en cela par une expression rappelant les agrumes... et le sauvignon!... Le second rolle, Prima Luce (première lueur matinale) est quant à lui fermenté et élevé en barriques neuves, offrant un vin plus ambitieux et plus complexe. Un seul rouge est proposé à ce jour, L'Inizio, composé de cabernet sauvignon et de syrah, dans la plus pure tradition trévallonesque, mais l'objectif reste bien, pour le moment, d'offrir un vin gourmand et "croquant".

Deux domaines qui n'ont donc pas la même histoire. Le premier, fort d'une notoriété internationale, mais qui reste un vin de vigneron, que l'on déguste toujours avec plaisir, pour peu qu'on lui accorde patience et longueur de temps, qui valent mieux, comme chacun le sait, que la force d'un empressement mal venu ni que la rage motivée par une envie de découverte mal à propos. Le souvenir d'un Trévallon blanc 2009 "massacré" trop tôt, reste dans ma mémoire meurtrie. Le second, fort d'une dimension historique ancienne (pensez-donc, le XIIIè siècle!) semble disposer de fondations solides, même s'il est au début de son histoire vinique. Pourra-t-il rejoindre quelques domaines de la région, ayant acquis leurs lettres de noblesse : Milan, Hauvette, pour ne citer que ceux-là, ou rester dans une catégorie que l'on peut qualifier d'aimable, même s'ils connaissent un certains succès, forts d'une réputation locale liée à leur diffusion estivale sur la côte provençale. Les prochaines années nous éclaireront certainement là-dessus.

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Il ne nous restait plus qu'une étape gourmande pour clôturer cette première journée baussenque et nous avons opté pour un dîner Sous les micocouliers, à Eygalières, avec un joli menu Matisse apprécié sur la terrasse et sous les grands et vénérables arbres, grâce à une douce soirée, comme la météo nous en réserve parfois, pour notre plus grand plaisir.

Posté par PhilR à 22:24 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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