La Pipette aux quatre vins

15 novembre 2014

Florian De Perre, à Cérons (33)

Non! Ne vous jetez pas sur votre téléphone, votre fax ou votre smartphone!... Ce domaine bordelais n'est pas encore présent sur la place, ni sur le marché. Ce jeune vigneron qui aura bientôt vingt-huit ans est en train de construire son micro-domaine au coeur de Cérons, rive gauche de la Garonne, AOP enchâssée dans les Graves, contiguë de Barsac et proche de Sauternes. Florian De Perre, un nom suggéré par Laurence Alias et Pascale Choime, des Closeries des Moussis, à Arsac, nous ayant présenté le jeune homme, comme figurant parmi les quelques jeunes passionnés de vigne et de vin de la région, apte à proposer avant longtemps quelques jolis flacons. Il faut dire que Florian est un "disciple" de Pascale, connue pour avoir vu défiler quelques promotions de vignerons en herbe, au lycée de Blanquefort, proposant une formation de BTS viti-oeno, que le jeune Céronnais enchaîna après un bac pro en alternance au Château Haut-Lagrange, à Léognan.

005Une passion née aux alentours de la majorité donc (alors qu'il fait des études littéraires et se destine plutôt au design), parce que c'est l'âge où ces cursus que l'on suit, vous permettent de croiser des compères jeunes vignerons de toutes régions et de découvrir le monde des vins, que nombre de jeunes justement n'imaginent que rarement aussi divers et varié. Et espérer parfois, entrer dans ce monde des producteurs, avec toute sa sensibilité et son envie, mettre sur la table et dans les verres, des Bordeaux à sa façon, démontrant à quel point cette région peut être multiple, lorsqu'on ne cède pas au conventionnel et à l'uniformisation des goûts et des saveurs. Pour ce qui est de la révolution, on verra cela plus tard!...

Après une période d'approfondissement des connaissances et d'expériences acquises à Macau et à Cérons, Florian De Perre se met, en 2012, en quête de quelques parcelles à reprendre en fermage. Il n'a pas pour objectif de s'installer, à proprement parler, sur quelques hectares, trois ou quatre, souvent trop peu pour en vivre décemment. Il veut juste accompagner un peu de vigne et, si tout se passe bien, proposer quelques dizaines de flacons autour de lui, peut-être à quelques cavistes. D'ailleurs, depuis un an, il a trouvé un emploi de chef de culture et maître de chai au Château Malromé, à St André du Bois. Il n'a désormais que quelques kilomètres à parcourir pour franchir la Garonne et se rendre dans cette propriété, qui fut naguère celle de la famille de Toulouse-Lautrec, le célèbre peintre qui y effectua nombre de séjours et où il finira ses jours. Il est d'ailleurs enterré à Verdelais, un des villages voisins. Cette propriété de trente-cinq hectares en Bordeaux Supérieur a été rachetée fin 2013 par un groupe franco-vietnamien (DCHL).

002En 2012 donc, Florian finit par passer une annonce dans le Bon Coin (méthode déjà éprouvée par son presque voisin Vincent Quirac, du Clos 19 bis, à Pujols sur Ciron) et le propriétaire de 90 ares de vignes, en deux lots distants de huit cents mètres à vol d'oiseau, lui en propose l'achat. Même si ce n'était pas vraiment dans ses plans, il s'organise, emprunte quelque peu et le voilà vigneron pour de bon et à la tête d'un petit patrimoine!... Il se penche aussitôt sur la remise en état des dites parcelles et les vendanges 2012 et 2013 sont vendues à une cave coopérative voisine.

Le premier lot de ce micro-vignoble est bien situé en AOP Graves, sur un sol assez sableux. Une quarantaine d'ares, dont une bonne vingtaine de merlot planté en 1980 et 17 ou 18 de cabernet sauvignon un peu plus vieux. Sans oublier deux rangs de malbec, découverts après l'achat, jouxtant les onze de merlot. Un pommier et quelques fruitiers complètent le décor. Il reste quelques arpents, toujours en Graves, à planter, mais le bois est somme toute assez proche.

A quelques distances donc, un autre îlot d'une quarantaine d'ares composé d'une parcelle de 15 ares de sémillon, qui fut naguère plantée de muscadelle, mais complantée (et surgreffée?) en 2009 et 2010 par l'ancien propriétaire et d'une autre de 25 ares environ de sémillon également, qui permettait de proposer du Cérons en moelleux-liquoreux. Des sols plus légers, où les graves typiques du cru parsèment le sol, en galets ronds de différents diamètres. Un important travail de remise en forme de la vigne (taille en guyot double) va permettre, petit à petit, de redonner un bon équilibre à la plante. Ici, le travail du sol n'interviendra pas avant décembre ou janvier, du fait d'un bon drainage naturel. Notez que cette zone permet de produire du Cérons ou du Graves blanc sec, selon le choix du vigneron.

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Florian De Perre n'a pas pour objectif de produire du liquoreux, si ce n'est des quantités extrêmement limitées (une barrique), lorsque le millésime le permet. Cette année, en 2014, cela s'est avéré absolument impossible du fait de la présence de drosophila suzukii, vedette du millésime dans nombre de régions (même si on en parle très peu à ce jour) et qui a, semble-t-il, gravement compliqué la tâche des vignerons dans une bonne partie de l'AOP Barsac, où il était présent dès le début septembre et même en 2013!... En attendant, le vigneron ne perd pas de vue une friche voisine et quelques rangs à l'abandon, plantés très largement d'hybrides divers, qu'il pourrait acquérir, afin d'y planter du sauvignon blanc (ou gris?), de quoi composer un îlot plus cohérent et atteindre, petit à petit, une surface maximum de 1 ha 50.

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2014 sera donc son premier millésime mis en bouteilles au domaine, le Domaine des Gaillardes, ce sera son nom, dont les locaux se composent à ce jour d'un petit hangar et d'un garage, avant une évolution prochaine espérée. Pas pour autant des vins de garage, se distinguant notamment par un prix de vente pour le moins prohibitif, voire dissuasif. Ici, les vins ne devraient pas dépasser une petite dizaine d'euros!... Pour le blanc, il faudra attendre mai ou juin 2015. Quant au rouge (pas plus de 10 hl au total), c'est l'évolution des vins, au fil des mois, qui décidera de la date de mise.

En fait, on flirte là avec le virtuel, histoire de découvrir une sorte de comète Tchouri dans l'univers bien en place des grosses planètes bordelaises. Pensez donc, Sauternes est là, à deux pas!... Vous pourrez aussi bientôt envoyer Rosetta en orbite et Philae rebondir sur cette terre méconnue du système stellaire bordelais, sans avoir à franchir des millions de kilomètres dans la galaxie. Le vigneron pourrait avoir la tête dans les étoiles justement, mais ses pieds sont bien ancrés, eux, sur sa terre de Cérons. Et comme sur ce petit caillou dans l'univers, les amateurs pourraient bien y découvrir la vie ou, tout du moins, des vins vivants.

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08 novembre 2014

Tout le monde il est Baux de Provence!... (1)

Les prévisions de la météo nous promettaient le pire. L'épisode cévenol annoncé, déclenchant pour certains une alerte rouge, aurait du nous inciter à prévoir bottes et cirés dans nos bagages. Pourtant, ce voyage express entre Rhône, Camargue et Étang de Berre, afin de (re)découvrir l'AOP Baux de Provence (et l'IGP Alpilles), allait se dérouler sous les meilleurs auspices. La chance sans doute, de se trouver dans cette bulle calme, alors qu'à quelques encablures, tant à l'est qu'à l'ouest, il n'était question que de nouveaux records de pluviométrie.

L'appellation regroupe aujourd'hui une bonne douzaine de domaines, où désormais, tout le monde il est (presque) bio!... Même si l'association de ces deux termes - appellation et biologique - ne peut être sérieusement envisagée, l'INAO veillant notamment à toute forme de discrimination. En tout cas, un jardin exceptionnel sur les deux versants des Alpilles, la lumière de l'automne jouant avec les reflets du calcaire des sols, les feuilles bicolores des oliviers et la vigne, qui s'est faite une place essentielle sur les pentes et au creux des vallons.

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~ Domaine de Trévallon ~

Sur le versant nord, le Domaine de Trévallon, d'Éloi Dürrbach, à St Etienne du Grès, nous permettait d'ouvrir notre séjour en positionnant la barre plutôt haut. Il ne s'agissait pas pour nous cependant, d'établir un quelconque palmarès, mais plutôt de faire un tour d'horizon des approches du vignoble, même si nous avions prévu de rendre visite à des vignerons qui n'ont plus pour objectif premier de figurer au tableau d'honneur de l'AOP locale et ce, pour diverses raisons. Éloi de Trévallon, c'est une tronche!... Quelqu'un qui a construit son domaine, le faisant évoluer par petites touches, tout en restant fidèle à ses idées. Aujourd'hui, avec un fils et une fille à ses côtés et pour la cinquième fois grand-père depuis à peine quelques mois, on a le sentiment que plus rien ne peut vraiment atteindre le patriarche, après quarante années passées au coeur des Alpilles. Des combats, il y en eut, des succès aussi, une part de chance à ses débuts, sans oublier la blessure du déclassement en 1993, pour un soi-disant pourcentage de cabernet sauvignon non adéquat, alors qu'il avait largement contribué à la notoriété nouvelle du vignoble des Baux. En tient-il rigueur à certains?... Oui, parce que c'est un homme qui a de la mémoire, mais sans doute pas à chaque instant, parce que son parcours plaide pour lui, volontiers consultant pour quelques amis certains jours, mais pas flying winemaker!... Une rencontre quelque peu fortuite avec Aubert de Vilaine, dès les premières années, lui ouvrant en grand, au passage, les portes des États-unis, a sans doute contribué à faire d'Éloi Dürrbach, un vigneron de caractère, opiniâtre, mais suffisamment humble pour estimer qu'un bon sens vigneron prévalait grandement à toute forme de dévotion à la technologie galopante.

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Aujourd'hui, la construction de l'extension du chai, avec un superbe mur en pisé pour la façade sud, traduit sans doute cette volonté de rappeler toute la valeur de la terre elle-même (trois variétés de terres ont été utilisées, donnant une dimension artistique à l'ensemble du bâtiment, malgré sa stricte fonction viticole), sans perdre de vue les vertus d'isolation naturelle du matériau et la part d'esthétisme apportée par le pignon est, composée d'un immense portail de métal mat, tracé de figures géométriques, rappelant les étiquettes de Trévallon, en un subtil hommage au travail du père d'Éloi Dürrbach pour celles-ci.

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Mais Trévallon, au-delà de la marque mondialement connue que c'est devenu, est avant tout un vin, deux même désormais, dont le rare blanc voit les fans se multiplier, mais pas forcément les satisfaire, au regard d'un contingentement des plus stricts. Sur le papier et à la lecture des revues spécialisées, on imagine volontiers que Trévallon, à force de commentaires dithyrambiques laissant entendre qu'il est l'égal des plus grands, ou supposés tels, a forgé sa réputation sur une forme de constance de goût et de texture. Or, ce n'est pas du tout le cas! Le souvenir d'une dégustation verticale proposée naguère au Chai Carlina et la découverte de trois ou quatre millésimes lors de notre récent passage au domaine, démontrent toute la variété d'expression, en même temps que la distinction du cru. Le vigneron met souvent l'accent sur le travail à la vigne, l'exigence indispensable lors des vendanges et la nécessité de réduire au maximum le nombre des interventions lors de l'élevage. Certes, il admet avoir fait évoluer sa méthode au fil des millésimes et les pigeages et remontages sont limités à la stricte nécessité d'intervenir, tandis que la durée d'élevage (deux ans pour le rouge, une année pour le blanc) est largement privilégiée, plutôt que les soutirages.

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De grands vins, certes. Mais de ceux qui en appellent à leur terre d'origine, à leur terroir, avec une dimension gustative remarquable, teintée d'une noblesse vigneronne et d'une sincérité d'expression indiscutable. Le vigneron est sensible, attentif, exigeant. Dans le contexte actuel, il peut prétendre à figurer au rang de ceux qui proposent des vins naturels, pour peu que chacun, sachant raison garder, ne jette pas l'opprobre, de prime abord (comme l'on grimace lors d'un Larsen insupportable), sur cette catégorie de vins, se voulant avant tout celle des vins authentiques et pas forcément défectueux et marginaux. Un domaine qui finalement,nous démontre que l'on n'a pas besoin de classer et de répertorier tout ce qui nous régale, autrement que par le plaisir procuré, en faisant fi des à priori.

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~ Domaine de Pierredon ~

L'après-midi de cette première journée, nous sommes passés sur le flanc sud des Alpilles, pour découvrir un domaine viticole entré depuis peu dans la danse : l'Abbaye Sainte Marie de Pierredon. Quelque part, nous sommes restés dans la sphère Dürrbach, puisque depuis un an, c'est le fils d'Eloi, Antoine, qui vinifie les vins du domaine, son épouse Christelle s'occupant de l'accueil des rares visiteurs (à ce jour!), ainsi que de tous les aspects commerciaux et promotionnels. Une très belle propriété de 600 ha, rachetée en 2001 par le président du groupe éditorial De Agostini (les Éditions Atlas en France, notamment), l'homme d'affaire bergamasque et italien Lorenzo Pelliccioli et son épouse Mariarosa Fachinetti. La demeure menaçait ruine, elle qui fut la propriété du peintre Jean Martin-Roch pendant une quarantaine d'années, au sortir de la dernière guerre. Située au milieu d'une garrigue dense, à peine agrémentée de quelques oliviers, elle échappa à un immense incendie ravageant le domaine en 1999.

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Ce sont des moines Chalaisiens (de Chalais, près de Grenoble), proches des Cisterciens, qui la bâtirent à partir de 1205 (année ou l'Anjou fut rattaché à la couronne de France par Philippe Auguste et où le château de Montségur, fierté des Cathares, fut construit, cela dit pour situer le contexte historique. Notez que, pour l'anecdote, la bataille de La Roche aux Moines, à Savennières, eut lieu, quant à elle, en 1214), mais sans y planter de vigne, à priori. D'où le fait que les vins du domaine sont tous en IGP Alpilles, puisque hors appellation, aucune trace de vignoble n'apparaissant dans de quelconques écrits.

En effet, les plantations datent de 2003 et les premières cuvées sont apparues en 2008. Au total, onze hectares en une quinzaine de parcelles. On trouve ici du sauvignon et beaucoup de rolle côté blancs, mais aussi du cabernet sauvignon, de la syrah, du merlot, du grenache et du cinsault côté rouges. Soit, au total, pas moins de six cuvées ayant fait leur apparition sur les tables et chez quelques cavistes de la région, avec l'objectif de capter l'attention et de tester la clientèle potentielle. Notez que, pour le moment, les vinifications se déroulent dans une cave de Mouriès, le village le plus proche, mais qu'un nouveau bâtiment est sorti de terre, à trois cents mètres environ de la chapelle et des bâtiments restaurés de l'abbaye.

La dégustation montre des vins somme toute intéressants, eu égard à la jeunesse des vignes. L'agriculture biologique est la règle depuis le début, ce qui sonne comme une évidence pour ces hectares historiquement à l'abri de toute production agricole et viticole conventionnelle. Il ne reste plus qu'à laisser la vigne s'implanter lentement, afin d'en extraire le caractère propre aux sols calcaires de la région, grâce également à une aérologie particulière (les bienfaits du mistral à différents stades du cycle de la plante) et à une agrobiologie qu'il est aisé d'entretenir, dans un tel environnement.

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Avec la vendange 2013, Antoine Dürrbach a donc eu l'occasion de vinifier son premier rosé, une couleur pas trévallonesque pour deux sous!... Une jolie réussite ici, avec un assemblage assez original pour Donna Rosa : 40% syrah, 30% grenache, 10% cinsault et 20% rolle. Fraîcheur, dynamisme et originalité, tout ce qu'il faut pour être un très bon ambassadeur des vins du domaine!... Il semble qu'une forme de singularité soit recherchée pour l'ensemble de la production, avec le Sauvignon tout d'abord, pour lequel cela reste un défi que de proposer ce cépage dans le Sud-Est, en conservant finesse et distinction, à la façon de quelques cuvées de certaines contrées ligériennes notamment. A suivre!...

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Les blancs seront certainement les chevaux de bataille de la propriété, vu la proportion de rolle plantée dans les vallons de Pierredon. A ce jour, deux cuvées monocépage, de ce qu'on appelle par ailleurs le vermentino, sont proposées : Ultima Laude, la dernière prière du soir, un blanc de cuve que l'on destinera volontiers à l'apéritif et pour lequel le maintien d'une bonne fraîcheur sera recherché, aidé en cela par une expression rappelant les agrumes... et le sauvignon!... Le second rolle, Prima Luce (première lueur matinale) est quant à lui fermenté et élevé en barriques neuves, offrant un vin plus ambitieux et plus complexe. Un seul rouge est proposé à ce jour, L'Inizio, composé de cabernet sauvignon et de syrah, dans la plus pure tradition trévallonesque, mais l'objectif reste bien, pour le moment, d'offrir un vin gourmand et "croquant".

Deux domaines qui n'ont donc pas la même histoire. Le premier, fort d'une notoriété internationale, mais qui reste un vin de vigneron, que l'on déguste toujours avec plaisir, pour peu qu'on lui accorde patience et longueur de temps, qui valent mieux, comme chacun le sait, que la force d'un empressement mal venu ni que la rage motivée par une envie de découverte mal à propos. Le souvenir d'un Trévallon blanc 2009 "massacré" trop tôt, reste dans ma mémoire meurtrie. Le second, fort d'une dimension historique ancienne (pensez-donc, le XIIIè siècle!) semble disposer de fondations solides, même s'il est au début de son histoire vinique. Pourra-t-il rejoindre quelques domaines de la région, ayant acquis leurs lettres de noblesse : Milan, Hauvette, pour ne citer que ceux-là, ou rester dans une catégorie que l'on peut qualifier d'aimable, même s'ils connaissent un certains succès, forts d'une réputation locale liée à leur diffusion estivale sur la côte provençale. Les prochaines années nous éclaireront certainement là-dessus.

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Il ne nous restait plus qu'une étape gourmande pour clôturer cette première journée baussenque et nous avons opté pour un dîner Sous les micocouliers, à Eygalières, avec un joli menu Matisse apprécié sur la terrasse et sous les grands et vénérables arbres, grâce à une douce soirée, comme la météo nous en réserve parfois, pour notre plus grand plaisir.

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29 octobre 2014

Le Petit Domaine, Julie Brosselin et Aurélien Petit, à Montpeyroux

Voilà quelques temps déjà que Le Petit Domaine, de Julie Brosselin et Aurélien Petit, est sur notre agenda (et dans notre carnet de notes, depuis l'été dernier!), malgré sa récente apparition. Nous avions découvert les premiers jus de ce jeune domaine lors d'un off angevin, en février 2013, dans le cadre de la Collégiale St Martin, grâce à Ivo Ferreira de l'Escarpolette (ça sonne pas mal, tiens!), qui avait proposé alors à ses jeunes voisins de tester le chaland qui passe au salon. Aurélien faisait déguster avec d'autant plus de plaisir, qu'il disposait alors d'un chenin du Languedoc, histoire de piéger les "spécialistes" ligériens!...

034Pour l'heure, nous nous retrouvions avec Julie, Aurélien et Ivo justement, pour un casse-croûte de la mi-journée, au coeur d'Arboras, sous les platanes du café-atelier Des Hommes d'Argile, de Gilles Nocca. Potier, céramiste pendant l'hiver à St Jean de Fos, il ouvre de mars à octobre un lieu de vie, qu'il fait bon trouver dans ce village d'à peine plus d'une centaine d'âmes, où le dernier café a fermé, dit-on, en 1912! Des produits locaux choisis et pour se restaurer, de jolies tartines, de la bière du Larzac et du vin de la région, tendance vins vivants. Quelques petits concerts parfois, tout pour surprendre agréablement ceux qui déambulent sur le chemin d'Arles menant à Compostelle, où les amateurs de grimp' qui redescendent du site d'escalade de la Joncas. Au menu : art, nature, culture et tartine!...

Si les locaux du domaine sont situés au rez-de-chaussée de la maison de village habitée par le couple, avenue des Platanes, au coeur de Montpeyroux, les parcelles, souvent des vignes récupérées en mauvais état et parfois sauvées in extremis de l'arrachage, sont dispersées sur la commune pour deux hectares d'entre elles. Le reste, soit 2 ha 50 environ, se situe entre Jonquières et St Guiraud.

En cette fin d'après-midi somme toute estivale, c'est Julie qui nous permet de découvrir les vignes, pendant que Aurélien reçoit un représentant de la tonnellerie Atelier Centre France, dont le succès ne se dément pas, puisqu'elle investit désormais le Grand Sud-Est. Un partage des tâches - Julie à la vigne, Aurélien à la cave - qui est le plus souvent inversé, du moins sur le papier, parce qu'aucun des deux partenaires ne revendique véritablement de secteur d'intervention privilégié.

021Il faut dire que l'extrême jeunesse du domaine (premier millésime en 2012) implique une convergence de vue et de ressenti imposant de fréquents passages dans les parcelles plantées de vignes souvent convalescentes. Au point que ces toutes premières années d'observation pourraient déboucher sur quelque arrachage, si nécessaire, en guise de restructuration, une fois que la production du Petit Domaine sera plus "lisible" et plus installée.

A St Guiraud, dans un premier secteur, des vieilles vignes de syrah et quelques rangées de carmenère, plus un rang de sangiovese (qui n'a pas encore été vinifié seul). Non loin de là, une autre syrah remise en état et un carignan réclamant des soins attentifs, le tout planté sur des sols riches, mêlant argile et galets roulés. C'est aussi dans ce secteur que se situent les vingt-huit ares de chenin. On peut apprécier là, au passage, une jolie vue à 360° sur les environs.

Sur la commune de Montpeyroux, pas moins de deux hectares et une mosaïque de petites parcelles plantées de divers cépages. Mauvaise surprise du jour en découvrant le mourvèdre sur des argiles rouges : la grêle de la veille a meurtri quelques baies sur le côté exposé à la nuée qui semblait composée d'un mélange moins percutant d'eau et de glace, fort heureusement. Au final, au moment des vendanges, les conséquences seront limitées, même si un tri s'imposera. Non loin de là, nous découvrons de très jolies parcelles : du carignan tout d'abord, sur sols très secs d'argiles jaunes, ainsi que du grenache, sans oublier le cinsault, sur cailloutis calcaires. Un peu le jardin secret d'Aurélien, qui veut aussi restaurer les mûrs de pierres et sans doute planter quelques fruitiers.

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Au cuvier, nous découvrons ensuite les 2013 qui sont toujours en cours d'élevage : le chenin tout d'abord (cuvée La Démesure), proposant une version assez riche et plutôt gourmande dans ce millésime, puis ce qui composera Rhapsody 2013, sorte d'improvisation musicale libre, dont la partition s'appuie sur une grosse majorité de carignan issue d'une macération carbonique, un peu de syrah, en carbo également et un reste de carignan en vinification traditionnelle de trois semaines. La gamme compte également un rosé de grenache, le plus souvent, Bagatelle, puis d'autres rouges : Myrmidon, une syrah exclusive, Cyclope (carignan et syrah) ou encore Titan (mêmes cépages mais aux proportions inversées). Le second rouge dégusté est un mourvèdre issu d'une macération de trois semaines qui contient encore quelques sucres (environ 7g sans doute, lors de notre passage), mais qui se présente résolument flatteur et doté d'une belle structure.

028Notez que cette gamme est apparue en 2012 en IGP Pays de l'Hérault, mais que suite à la dégustation d'agrément de Rhapsody 2013, la première mise fut bien agréée, mais la seconde fut qualifiée d'acescente la première fois et d'acétique la seconde!... Le passage en Vin de France s'en trouve quasiment acquis, mais il n'est pas impossible que l'identité du domaine ne pose problème, puisque justement, le terme "domaine" ne peut être utilisé pour les vins de cette catégorie, comme beaucoup d'autres d'ailleurs!... Une réflexion est donc en cours pour un éventuel changement de nom et, à ce jour, Le Petit Brosselin tient la corde si, d'aventure, cette éventualité devenait nécessité.

Comme on peut le constater, la jeunesse d'un domaine ne le dédouane pas des problème divers de réglementation. On peut dire aujourd'hui que c'est même un passage obligé, tant la passion et l'envie de produire bon (en tout cas, "buvable" et vivant, chacun gardant son libre-arbitre et un cerveau en lien direct avec ses papilles) en adoptant ce qui permet de se singulariser, sont battues en brèche par la position des instances, que d'aucuns estiment atteintes d'obsolescence programmée, mais toujours résolues à jouer les gendarmes du vignoble, surtout celui qui se meurt et ne propose que des standards pathétiques.

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A Montpeyroux, Julie et Aurélien partagent cette passion, ce goût du risque, cette sensibilité en lien avec les éléments. Il faut dire qu'ils partagent tout cela depuis quelques années déjà, puisque leurs routes se sont croisées lors de leur formation à Dijon et qu'ils sont ensuite partis, pendant une année, pour un tour du monde mêlant découvertes et vignobles. Une aventure qui leur aura permis de découvrir les multiples facettes, parfois extrêmes, de la production de vin, comme ce passage en Australie et dans une cave coopérative hyper dimensionnée, à vous donner le vertige!... A Montpeyroux, il existe un Petit Domaine qui ne craint pas la vertigineuse ascension dans l'estime des amateurs, d'autant que la production 2014 lui permet de franchir un palier au niveau des volumes. Les deux premiers millésimes n'avaient permis que rarement de dépasser des rendements de cinq à dix hectolitres à l'hectare, alors que cette année, la moyenne se situe entre trente et trente-cinq. Un véritable vertige dans le cuvier!... Profitons-en!...

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21 octobre 2014

Assemblée Générale des Vignerons de Bretagne

Samedi 4 octobre. Assemblée Générale des Vignerons Bretons, à Vannes (56). Non, ce n'en est pas une et nous ne sommes pas le 1er avril!... D'ailleurs, les amateurs ont déjà pu découvrir ici-même deux "crus" de Bretagne : le Mont Garrot, à St Suliac, non loin de St Malo (qui s'agite en ce moment pour cause de Route du Rhum, comme il y a quatre ans!) et le Coteau du Braden, à Quimper. En 2013, l'AG se déroulait à Rénac, près de Redon. Cette année, c'est Vannes et son Palais des Arts et des Congrès qui accueillaient la réunion annuelle. Rassurez-vous, il ne s'agissait quand même pas d'un grandiose amphithéâtre et la plus modeste salle de la Corvette suffisait à réunir confortablement les participants.

001Ceux-ci composent donc l'Association pour la Renaissance des Vins Bretons, présidée pas Gérard Alle et l'affiche annonçant l'évènement est illustrée par une vigne, deux grappes de raisins rouges et blancs, comme il se doit, mais aussi par Gwenn ha du, le drapeau breton. Inutile de préciser que les organisateurs et adhérents veulent souligner l'aspect identitaire de l'activité vini-viticole bretonne, même s'il ne s'agit pas là, à proprement parler, d'un syndicat de défense ou d'un organe né de l'existence d'institutions professionnelles et pour cause, puisque la viticulture de Bretagne n'existe pas officiellement, sachant que la région fait partie de celles dans lesquelles, il est proprement interdit de planter de la vigne!... En tout cas de pratiquer un quelconque commerce de vins issus de cépages plantés dans les quatre (ou cinq?) départements bretons. Mais, chacun sait que la Normandie ou l'Ile de France sont aussi concernées par cette réglementation et que parfois les dynamiques sont autres, au point que deux IGP sont apparues dans le Calvados en 2009 et 2011.

En sera-t-il un jour de même en Bretagne? Il est sans doute trop tôt pour le dire. En tout cas, sur la base du regroupement actuel de vignerons, souvent issus du secteur associatif (association de quartier, animation locale destinée aux seniors...) et peu enclins à se confronter aux contraintes émanent des divers services et de leurs réglementations (Douanes, Fraudes...), il est peu probable que le "combat" sorte de la diversion anecdotique et de l'ambiance bon enfant des soirées de vendanges et des journées de mise en bouteilles entre amis. Pourtant, ceux qui suivent les vins bretons depuis une huitaine d'années constatent des progrès lors des rares dégustations (pour cause de productions intimistes) et un projet d'installation "pour de vrai" existe désormais en Sarzeau (travail au cheval, vinification nature, selon Louis Chaudron, qui déposera sa demande de droits de plantation en 2015!), dans la presqu'île de Rhuys (où quelques secteurs de vignes apparaissaient sur la carte de Cassini) et même, plus "municipalement", sur l'Ile d'Arz. Alors, à quand une AOP Morbihan ou des IGP Arz ou Rhuys, ou encore Pays de Redon, voir Coteaux de la Rance ou de Quimper?...

004Après une présentation du projet de l'Ile d'Arz par son ancien maire, Daniel Lorcy, quelques vignerons évoquèrent les conditions pas toujours simples du millésime 2014. D'aucuns, comme Benoît Biheux, de Rénac (35) n'avaient d'ailleurs pas que de bonnes nouvelles, puisque ce dernier laissait entendre qu'il n'allait plus pouvoir s'occuper de sa parcelle de quarante ares de chardonnay, près de l'église du village, privilégiant son activité de maraîcher et désirant limiter ses déplacements. De leur côté, les habitants du quartier du Braden, à Quimper, dont l'association gère soigneusement les quelques 870 pieds de vigne (60% chardonnay et 40% pinot gris) annonçaient les très prochaines vendanges, puisque prévues pour le lendemain, dimanche 5 octobre. La production 2013 avait permis de boucher 1175 bouteilles et l'accent était mis sur les conditions météorologiques absolument exceptionnelles pour l'été 2014, du moins de l'arrière-saison (5 mm de pluie au lieu de près de 90 habituels en septembre!), ce qui avait pour conséquence intéressante qu'aucun systémique ne fut utilisé cette année. Et de souligner l'espoir d'une belle récolte et d'un beau millésime. A noter que quelques plants de gamaret ont été plantés afin de vinifier un complément aux blancs habituels et que la production d'un rouge quimperois se profile!...

A St Suliac et au Mont Garrot, ce n'est pas la même chanson, cette année!... Au grand dam de Jean-Yves Hugues, leader des vignerons suliaçais, il n'y aura pas de vendanges en 2014!... En effet, le chenin planté avec vue imprenable sur les vestiges du camp viking, que l'on aperçoit à marée basse, a subi une attaque d'oïdium, genre fulgurante, en plein mois d'août. Des absences pour cause de vacances et peu de personnes disponibles au moment crucial. Résultat : en 48 heures, les raisins ont pris une couleur peu avenante. A noter que la partie haute de la parcelle a été arrachée, en vue de la plantation d'un cépage rouge (rondeau!?).

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A Vannes, il s'agit d'une micro-parcelle de 300 pieds, plantée en 2011, par Jean de Saint Rémy dans sa très belle propriété vannetaise. Pour tout dire, 2014 s'annonce là superbe et d'ailleurs, à l'issue des débats et du repas confraternel, les participants seront invités à vendanger le millésime, puisque les oiseaux se sont déjà invités au festin et ce, depuis une quinzaine de jours!... Les dégâts sont estimés à 40% de perte, il est donc temps de passer à l'action. Le vigneron nous explique au passage que ses parents possédaient naguère une propriété à St Emilion, qu'il avait tenté de transférer quelques droits pour planter des vignes dans les Landes, mais que face aux réticences administratives, il avait finalement renoncé. Désireux malgré tout de planter quelques arpents en Bretagne, il parvint à se dédouaner de toute tracasserie en plantant un raisin de table, l'aladin, cépage hybride, dont est tolérée une vinification pour sa consommation personnelle. Ce sont les Coteaux du Pargo. A noter cependant qu'en 2013, quelques pieds de sauvignon ont été plantés franc de pied.

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Était également présente l'association de la banlieue nantaise (Nantes est bien en Bretagne, dites-moi?...), Le Berligou, du nom du cépage (une variété ancienne de pinot noir, semble-t-il) planté à raison de 386 pieds sur les six ares entretenus par l'association de Couëron. Le tout sur le porte-greffe riparia rupestris 3309, avec un enherbement total, selon le représentant des vignerons locaux. L'essentiel de la production se limite à une vinification en rosé, avec cependant un petit volume de rouge (très gouleyant ce jour-là, au restaurant). A noter que l'association a récemment planté un rang d'hybrides (pas moins de vingt-deux variétés!) tous présents sur la commune et récupérés avant arrachage, afin de constituer une sorte de conservatoire de la viticulture locale. Il y a là oberlin, landau, rayon d'or et autre vin des pharaons, entre autres!...

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Source : www.bretania.fr

Bien sur, il était possible de déguster quelques échantillons de vins bretons, évènement rare s'il en est, puisque aucun de ces vins n'est destiné à la commercialisation. A peine, une forme de don à une éventuelle association est-elle admise. Certains vignerons étaient absents, mais avaient confié une ou deux bouteilles aux organisateurs. Parmi celles-ci, deux pétillants étaient très plaisants, même s'ils ne pouvaient qu'amuser Benoît Marguet, vigneron en Champagne et de passage un peu par hasard. Notez que ces deux vins étaient issus de Maréchal Foch pour le blanc et de Plantet pour le rouge. Le Clos de Chevalier, c'est le nom du cru, est produit au Quillio (22), entre Mûr de Bretagne et Loudéac, par Jean Donnio, avec passion et en dépit des demandes d'arrachage qui lui arrivent de temps en temps!...

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La manifestation était aussi agrémentée de deux interventions de professionnels. Alain Poulard, tout d'abord, de l'IFCV de Nantes, pour évoquer la gestion des fermentations, ainsi que les levures (minimisant au passage l'impact de l'emploi des plus exogènes du genre!?), puis Ludivine Guinoiseau, qui s'est attachée à présenter l'étude sur la faisabilité d'une réimplantation de la vigne dans le Morbihan, en liaison avec le Parc Naturel Régional du Golfe du Morbihan, précisant notamment que le potentiel climat/sols/topographie semble favorable, sous réserve d'une sélection attentive des meilleures parcelles et expositions.

Enfin, Guy Saindrenan, auteur d'un ouvrage de référence sur la Vigne et le Vin en Bretagne (aux Éditions Coop Breizh), rappela quelques éléments à caractère historique qu'il convient de garder à l'esprit, au moment où de nouvelles plantations sont annoncées. Ses recherches l'ont désormais convaincu que le choix des hybrides entre les deux guerres, pour replanter le vignoble de la presqu'île de Rhuys notamment, s'est avéré catastrophique. Et de préciser que dans les vignobles les plus septentrionaux, seul le choix de la qualité et des meilleurs cépages avait permis de maintenir la production de vins au fil des décennies, citant notamment Jasnières ou les Côtes de Toul, pour illustrer son propos. Il faut aussi se rappeler que la période faste de la région de Sarzeau se situe au tout début du XXè siècle. Depuis dix ou vingt ans, le phylloxéra avait détruit petit à petit le vignoble de Cognac et on incita donc les quelques vignerons du Sud-Bretagne à planter de la folle, afin de fournir des jus, à gros bouillon, aux producteurs de Fine Champagne. Ce qui fut fait pendant quelques années, jusqu'à l'apparition du sinistre puceron dans le Morbihan (1903). Une forme de prospérité apparut, mais pour ce qui est de la qualité, c'est une autre affaire, puisqu'il s'agissait de production à gros rendements et de distillation. L'historien de la vigne bretonne préférerait certainement une orientation plus ambitieuse, que le sempiternel rappel d'une tradition quelque peu folklorique.

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L'arrachage des hybrides qui suivit cette période, permit la plantation de cépages de qualité dans certains endroits, comme à Pénestin, où Madame Delatouche nous expliquait en 1970 toutes les raisons qui présidaient à l'entretien d'un "coteau pierreux sur lequel il y avait toujours eu de la vigne de mémoire d'homme". Là, c'est un ostréiculteur qui occupait son personnel en basse saison maritime et lui offrait, selon ses dires, des moments de détente vis à vis du travail des marées!...

Il reste donc à franchir un nouveau pas, pour voir apparaître un progrès sensible. Peut-on compter sur les effets du réchauffement climatique et une réglementation européenne plus souple au 1er janvier 2016?... Certes, il faut aussi continuer à encourager cette démarche d'amateurs passionnés aux quatre vents de la Bretagne, parce que ce sont peut-être les bases d'un avenir plus construit. Mais, rappelons que la démarche reste fragile et que la plupart des animateurs, dans ces micro-vignobles, sont des sexagénaires, voire des septuagénaires, bon pied bon oeil certes, mais espérant aussi transmettre intacte leur passion. La lecture des plus récents comptes-rendus d'AG des Vignerons Bretons évoque d'autres vignes à Loudéac, Lanarvily, Daoulas, Morlaix, Le Folgoët, Fougères ou sur les Coteaux du Léguer. Qu'en est-il de leur pérennité aujourd'hui?... Pourront-ils franchir ce cap du "bon petit vin agréable à boire entre amis"?... Il est possible d'espérer et les Bretons savent garder l'espoir et leur enthousiasme en toutes circonstances. On peut croire que les vins de Bretagne pourraient y gagner un supplément d'âme bretonne.

Voici quelques précisions, suite à la réception du compte-rendu de cette AG, notamment en ce qui concerne la libéralisation des VSIG (Vins Sans Indication Géographique) et l'aspect juridique que Ludivine Guinoiseau a abordé lors de son intervention : "Il n'y a pas actuellement de possibilité de plantation. Mais, la législation doit changer au 1er janvier 2016, date à laquelle des autorisations pourraient être données (NDLR : notez le conditionnel), non cessibles pendant deux ans et valables jusqu'en 2030. Le quota prévu se situe entre 0 et 1% de la superficie totale du vignoble français, soit 7550 ha. Toutes les demandes seront acceptées, mais il y aura répartition entre les demandeurs. On ne sait pas encore qui va s'occuper de tout ça! En tout cas, l'année 2015 semble cruciale, puisqu'elle doit permettre à chaque Etat membre de faire ses évaluations. Quatre critères ont été retenus pour les candidats : la demande doit être inférieure à ce que le demandeur possède déjà, il doit avoir des connaissances professionnelles, être prioritaire (cas d'une installation, par exemple), s'intégrer à un territoire." Notez également que certains documents permettent d'en savoir plus : les résolutions 479 et 555 de l'Union européenne de 2008, ainsi que le règlement 1308 de 2013. Voir également ceci.

Retour également de Sylvie Guerrero, membre du projet de Treffiagat (29), né en 2011 et présenté en septembre à l'incubateur Produits En Bretagne (PEB), élu projet à soutenir. "Les droits de plantation étant ce qu'ils sont et après avoir été jusqu'à l'Assemblée Nationale pour demander une dérogation (planter un an avant la libéralisation des VSIG), la décision a été prise de contourner la loi en créant une association de préfiguration à la création d'une EARL. Cette association permet, lors de sa dissolution, de céder à une personne morale ses biens, moyens et ressources. Ces démarches et leurs aspects juridiques sont en cours de traitement avec un avocat de PEB. Le domaine de Treffiagat fera à terme quatre hectares. Effectivement, c'est bien l'albarino qui sera planté dans le pays sud bigouden, puisque le climat de Galice est proche de notre climat. Au mois d'avril, nous commençons par planter 0,7 ha."

Autres informations concernant les Vignerons Franciliens Réunis, dont le président, Patrice Bersac, participait à l'AG de Vannes. "VFR n'a pas obtenu de dérogation en matière de droit de plantation, car cela est toujours refusé à quiconque! Il n'y a toujours pas de statut juridique adapté aux vignes patrimoniales. Chaque maigre avancée est suivie d'un endormissement, c'est de la procrastination puissance 10! La Commission européenne m'a répondu l'an dernier que tout vigneron en raisin de cuve est soumis d'emblée à la réglementation européenne (!). Les autorisations de plantation sont encore et toujours des décisions arbitraires élaborées au long de la chaîne administrative, qui va de France AgriMer (Angers, Dijon, etc...) au bureau des vins du ministère. Dernièrement, je suis intervenu pour un dossier qui allait s'enliser dans le marécage idolâtrique du juridisme techno-bureaucratique et de l'incompréhension de ce que nous faisons. Autre exemple, un dossier de collectivité territoriale est perdu depuis 2004, il est à refaire et on ne sait ce qu'il deviendra, mais la vigne existe depuis 2004 et des déclarations de récolte on été faites!..."

"L'administration des douanes fait de même, il n'y a que des décisions arbitraires, parfois appuyées sur un avis de l'échelon central. Il n'y a aucune doctrine écrite, rien qui permette de savoir où va l'administration. En revanche, il y a eu un très gros contentieux pour une association de vignerons patrimoniaux devenus depuis adhérent VFR (1200 € d'amende, neuf infractions relevées, arrachage, distillation, destruction des bouteilles, etc... Prévenu trop tard, j'ai à peine pu calmer le jeu! Le 24 juillet, j'ai passé dix heures chez les douaniers d'Epernay qui ont été très attentifs dans leurs questions pour enregistrer des informations démonstratives de nos revendications et essayer de comprendre ce que nous faisons pour les vignes patrimoniales de France. Nous attendons que la centrale se prononce."

"Pour les vins franciliens, il n'y a pas d'AOC. Il y a toujours des vignes patrimoniales mais, pour ceux qui s'engagent dans une démarche professionnelle et non pas ou plus patrimoniale, nous avons déposé un projet d'IGP, mais pas en AOP car c'est impossible. Ce dossier est en cours d'étude par l'administration. Nous en avons informé un porteur de projet breton qui patiente lui aussi depuis dix ans!. Concernant la libéralisation de 2016, tout est encore à craindre, car l'administration refuse d'inscrire nos demandes dans les négociations au niveau de l'UE. La filière viticole, bien que prévenue, n'a pas encore pris la mesure de ce qui se passe... La situation est très complexe, car il n'y a pas encore un dialogue équilibré et dynamique. Et concernant ceux qui voudront être en IGP, il y a à craindre à cause des VSIG qui risquent d'être incontrôlés. La liberté est bienvenue si elle ne tue pas. Il faut peu de chose pour casser un marché naissant et mettre tous les nouveaux vignerons dans le marasme économique. Voilà pourquoi c'est complexe." 

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19 octobre 2014

Ivo Ferreira, Domaine de l'Escarpolette, à Arboras (34)

Fin juin en Languedoc, on peut espérer en temps clément!... Rendez-vous au coeur du village dès le début de la matinée avec Ivo Ferreira, pour découvrir le Domaine de l'Escarpolette. Juste le temps de prendre un café et un croissant sur la place de Montpeyroux, avant l'heure convenue. Un appel au téléphone, c'est Ivo : " Je suis un peu en retard, mais il fallait que je passe dans les vignes, il est tombé de la grêle hier soir... et je ne sais pas ce que cela donne... j'en ai jamais eu..."

018On peut parler de chance sans doute, mais le jeune homme confesse aisément qu'il n'en a pas manqué, de par les rencontres qui ont marqué sa vie de jeune vigneron, même quand il est tombé dans un traquenard, non loin de là, alors qu'il avait oeuvré pendant plusieurs années, avec passion et énergie. "Alors, cette grêle?" Pas très agréable de rendre visite à un vigneron qui aurait juste fait le constat qu'une partie de sa récolte vient de disparaître sous l'orage... "Ben écoute, rien... C'est incroyable!" En fait, la nuée semblait très localisée, même si nous constaterons plus tard dans la journée, qu'elle a quand même fait quelques dégâts au Petit Domaine. De petits grêlons mêlés à la pluie constatés dans le village, ce qui ne pouvait qu'inquiéter les habitants, qui en ont été quitte pour une bonne frayeur. Du coup, nous montons rassurés jusqu'à Arboras, la commune voisine, un peu plus haut sur les coteaux.

C'est là qu'Ivo Ferreira retape une vieille maison de village adossée à la garrigue et qui va lui offrir une superbe vue sur le vignoble. Il pourra d'ailleurs surveiller aisément le déplacement des nuées menaçantes et aussi évaluer le risque. Très vite, nous partons pour un petit tour des parcelles, offrant d'apprécier toute leur variété. Certaines proches de friches, sur le coteau, d'autres plus bas, dans la plaine et sur des éboulis calcaire, comme ces cinquante ares de cinsault, la première parcelle trouvée lors de son installation, mais aussi la plus éloignée de la cave, même s'il dispose aussi d'un peu de terret, sur Aniane.

Tout laisse à penser que le vigneron d'Arboras a désormais trouver l'endroit où se poser et ce depuis 2009. C'est d'abord comme sommelier qu'il découvre la restauration dite de qualité à Paris, puis finalement les vins naturels. Il croise la route de Jean-Marc Brignot, fait les vendanges 2004 dans le Jura et participe aux vinifications du domaine cette même année-là. Il passe l'hiver à Arbois (presque comme une expérience en terre inconnue!) et envisage, dans un premier temps, de faire sa formation viti-oeno à Davayé (71).

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Au final, il décide de rejoindre sa famille dans le Sud-Ouest, certain de laisser la restauration pour le vin. Il opte pour une formation à La Tour Blanche, au coeur du Sauternais, au cours de laquelle il effectue un stage au Château Le Puy, avec Jean-Pierre et Pascal Amoreau, devenus depuis des amis, des maîtres, des exemples... Il y reste quatre ans et demi et y rencontre Céline, sa compagne et cousine de Pascal. D'autres options se présentent à lui (Bourgogne, Champagne...), mais le couple part au Chili pendant trois mois, avec l'idée de s'y installer, sans réussir à chasser l'envie de voyager. Finalement, ils continuent leurs pérégrinations autour de la planète et finissent par revenir dans le Sud-Est, Céline travaillant sur un film de Ridley Scott (c'est une monteuse bien connue dans le cinéma), dans le Lubéron.

Ivo pense alors avoir pris le recul voulu et le temps de réfléchir à son installation. Il enfourche sa moto et part dans le Roussillon, à la recherche de vignes, puis en Corse, où il rencontre Antoine Arena, ce dernier le surprenant quelque peu lorsqu'il lui demande notamment quelques précisions à propos du mildiou, inconnu au domaine!... Il découvre ensuite Montpeyroux, travaillant dans une priopriété de St Jean de Fos, qu'il doit finalement quitter.

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Aujourd'hui, le domaine compte environ quatre hectares et Ivo propose pas moins de cinq rouges et deux blancs, sans oublier "une sorte de Porto, pour faire un semblant de soleira avec mourvèdre et grenache", histoire de garder le fil de ses origines.

La série se décline comme suit : La Petite Crapule, expression de mourvèdre auparavant, devenue un "rouge de pique-nique" vinifié en macération carbonique, composé d'un carignan trentenaire et de jeunes vignes de grenache. A suivre, L'Escarpolette, des vieux carignan, des vieux cinsault et un tout petit peu de syrah, quant à elle vinifiée également en carbo très courte de cinq ou six jours maximum. En quelques sortes, le porte-étendard du domaine. Ensuite, un trio de belles cuvées, sorte de tiercé gagnant de vinifications se voulant originales et non dénuées d'esthétisme, comme le laisse apparaître leur dégustation. Trois exercices de style sur la base de cépage unique : de vieux cinsault pour Jeux de mains, des vénérables carignan pour Les Vieilles et un merlot trentenaire pour L'Enchanteur. Du plaisir d'apprécier la diversité languedocienne des Terrasses du Larzac!...

017Pour les blancs, Ivo a tardé pour en proposer, sans doute en partie pour être certain de trouver son équilibre, lui le funambule, terme identitaire proposé par Olivier Lebaron, sur son blog Show Viniste et qu'il revendique d'ailleurs, certain que chaque année, les vignerons sont souvent sur le fil du rasoir. Le Blanc de l'Escarpolette est-il vraiment blanc, d'ailleurs?... D'aucuns le classeraient volontiers dans la gamme des vins orange. Des blancs de macération certainement, puisqu'une bonne partie des cépages composant la cuvée a suivi ce process : dominante de muscat petits grains, du terret gris, du grenache blanc et un soupçon de grenache gris, avec désormais un petit volume de grenache noir en pressurage direct, pour la Ivo's touch. Du grand art!... Le genre de cuvée avec laquelle on s'enfonce dans son fauteuil surrounded!... Un truc qui vous fait voyager en cinémascope, mieux que Transavia!... On s'attend, de plus, à entendre rugir le lion de la 20th!... En plus, Ivo propose maintenant un autre blanc. Tiens, il aurait pu l'appeler comme ça! Pour l'heure, c'est La Petite Pépé, un blanc de noir 100% grenache, qui ne manquera pas d'inspirer certains de ses confrères et amis du Languedoc, comme François Aubry, par exemple.

Le Domaine de l'Escarpolette fait partie des domaines du Grand Sud-Est qui ont apporté quelque chose d'innovant dans le vignoble, ces dernières années. Les vins portent l'énergie du bonhomme, sa passion et sûrement une partie de ses doutes, parce qu'il n'est pas vigneron à s'appuyer sur des pseudo-certitudes. Peut-être est-il aussi influencé par son approche, même très personnelle, du milieu artistique? Là, rien n'est jamais acquis et l'oeuvre, fut-elle créée avec le coeur et les tripes de l'artiste, ne gagne pas forcément l'estime des passionnés. Mais, Ivo Ferreira ne manque pas d'interpeler ceux qui découvrent ses vins, notamment par la présence de superbes étiquettes originales, sortes de signatures calligraphiées de ses créations. Remarquez, cela tombe bien, puisqu'elles sont justement nées de l'imagination de Marie-Christine Enshaïan, première femme admise dans les ateliers japonais de calligraphie et par ailleurs, spécialiste et restauratrice de tableaux, notamment ceux de Picasso. Pour un peu, on se surprend à effleurer le papier choisi pour les étiquettes... Des vins que l'on touche du bout des doigts, mais que l'on ne déguste pas du bout des lèvres, tant ils nous régalent!... Notez que nous ne sommes pas les seuls, tant cette production franchit désormais les frontières, notamment pour le Japon, où les amateurs, cavistes et restaurateurs le vénèrent quasiment!... Profil de star!...

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04 octobre 2014

Vendanges 2014 : l'été indien!...

Un vrai, un bel été indien!... Peut-être pas pour tout le monde!... Comme chacun le sait désormais, le Sud-Est a souffert de nouveau de quelques épisodes cévenols pour le moins actifs : 400 mm de pluie en quelques heures, notamment à l'est de Montpellier, voilà quelques jours!...

Néanmoins, il semble que la perspective de ces précipitations diluviennes ait incité bon nombre de domaines viticoles de la région à forcer l'allure, la plupart finissant les vendanges au cours du dernier week-end de septembre (27 et 28), voire dans la semaine précédente, lorsque cela était possible, notamment vis-à-vis des maturités recherchées. Après cette période intense, au cours de laquelle le vigneron se transforme parfois en manager hyperactif, organisant la cueillette, faisant face à d'éventuelles défaillances du matériel (un pressoir en panne à ce moment-là, cela peut mettre de l'ambiance!), faisant aussi des plans sur la comète (ah, l'année de la comète!) en prenant connaissance des qualités intrinsèques des raisins de l'année, d'aucuns cherchant des similitudes avec quelque millésime antérieur, mais ne les trouvant que rarement, on imagine aisément à quel point on peut être soulagé d'entendre les cuves de fermentations s'activer, alors que la pluie rince la toiture du chai, comme on passe au karcher les sols bétonnés du cuvier après la bataille, pour faire disparaître le sang des vignes. Et même si l'on sait que quelques amis se situant dans des vignobles plus septentrionaux, sont eux entrés, à leur tour, dans cette période de doute et de crispation, source néanmoins d'espoirs en des millésimes meilleurs.

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Et pour évoquer la météo de ce mois de septembre, il n'est que de consulter les statistiques publiées dans le quotidien Ouest-France, le 1er octobre dernier, pour se rendre compte à quel point les vignobles ne sont pas logés à la même enseigne, en cette année 2014. Certes, la seule partie sud du Grand Ouest dispose officiellement de vignes, le reste de la région étant supposé se situer au-delà de la limite nord de la culture de celle-ci, mais les chiffres sont pour le moins éloquents. Avec parfois vingt à trente fois moins de précipitations que la moyenne normale du mois en Pays de la Loire et des écarts de température de trois degrés avec les maximales, on se dit que l'on a là des conditions extrêmes, venant compenser certaines des difficultés du reste de la saison végétative. Même si, plus à l'est, d'autres ligériens n'ont pu sauver que l'essentiel, lorsque certaines périodes de pluie (et/ou de grêle) n'ont apporté que du trop plein, voire de la désolation.

Gageons que ce genre de considérations pourrait bien être à l'ordre du jour de l'Assemblée Générale des Vignerons de Bretagne, qui se déroulera en ce samedi 4 octobre à Vannes (56), tant les parcelles connues, comme celle de Quimper (avec 5 mm au lieu de 86,9 et + 3,5°) ou de Vannes (4,4 mm/60,2 et + 3,3°), ont pu produire dans des conditions exceptionnelles. On peut supposer que celles de St Suliac, non loin de St Mâlo et d'Agon-Coutainville, dans le Cotentin, toutes deux sur les bords de la Manche, sont aussi à même de proposer des cuvées hors normes, façon "millésime du siècle"!...

DSC01543Alors que les premiers retours étaient publiés ici-même, voilà deux semaines, d'autres nouvelles nous parvenaient du vignoble, notamment ligérien, mais pas uniquement. Le samedi 20 septembre, Marc Ollivier, Rémi Branger et Gwénaëlle Croix, pour le Domaine de la Pépière, en Pays Nantais, nous faisaient part de leur confiance : "Quelques petites nouvelles des vendanges entamées depuis déjà une semaine et demie. Pas besoin de faire un dessin : il fait beau, il fait même exceptionnellement beau. Matinées douces et sèches, après-midis chaudes et avec juste ce qu'il faut de vent. Après un mois d'août automnal, froid et arrosé, le soleil de septembre apporte une belle maturité du raisin. Les baies se concentrent et les sucres montent, les acidités restent élevées. Pas de gros orages attendus, nous poursuivons avec confiance. Du point de vue des équilibres, on peut peut-être rapprocher ce millésime de 2004. A suivre! L'équipe de vendangeurs a une belle énergie et l'ambiance est très bonne. Nous poursuivons la semaine prochaine avec notamment deux crus communaux : Clisson et Monnières-St Fiacre".

En provenance de Vouvray, c'est Julien Védel qui nous communique une première tendance ce même 20 septembre. Il travaille au Clos Naudin, avec Philippe Foreau, mais dispose aussi de quelques arpents dans l'appellation tourangelle. "Pour le domaine [Clos Naudin], comme un peu tout le monde en Loire continentale (versus l'Anjou ou le Muscadet, sans pousser jusqu'à Sancerre), la banane est de mise! Du volume, après deux années qui ont mis à mal les stocks, à cause du mildiou et de la grêle et surtout un beau potentiel grâce à ce temps depuis presque un mois, alors que la saison a été chaotique! Un début précoce qui nous a fait craindre le gel, puis un temps maussade, quelques épisodes de pluies abondantes nous obligeant à traiter les onze hectares à dos (le travail du sol intégral a parfois ses inconvénients), mais l'état sanitaire tenait bon jusqu'à ce que "l'été" arrive et ses petites pluies récurrentes, ce qui a occasionné une sortie de mildiou virulente! Les grappes ont vu un peu de rot brun, sans trop impacter la récolte. Par contre, le feuillage a un peu souffert, selon les secteurs. L'état sanitaire est variable, de très sain à quelques foyers de pourriture, les cuvettes avec de la perte à venir et les beaux terroirs avec des départs de noble, qui nous donnent  l'espoir de beaux moelleux/liquoreux. Début le 1er/10 ou le 6 avec une petite équipe, si le temps se maintient au beau, pour se donner le temps de couper tranquillement et d'attendre la concentration. Si l'état sanitaire se dégradait, on renforcerait l'équipe." Il complète ensuite en évoquant son propre domaine : "Chez moi, un peu le même topo avec quelques départs de pourri, dont je me passerais bien, ne voulant faire que des secs comme King Richard [Richard Leroy], toutes proportions gardées évidemment!"

blanc2Quelques jours plus tard, le même Julien nous faisait part d'une évolution soudaine : "La situation se dégrade avec des attaques de pourriture acétique/vinaigre qui font qu'on commence demain pour sauver les trois quarts des parcelles au lieu de lundi. J'ai le même souci et ferais un premier passage samedi. Ce soir, tout entre 12 et 13 de potentiel. Est-ce les fameuses suzukii!?..."

En Anjou cette fois, c'est Christophe Daviau, du Domaine de Bablut, à Brissac-Quincé, qui nous donne une autre tendance, le 21 septembre : "Les vendangeurs sont arrivés... Ce jeudi 18 septembre, les premiers coups de sécateurs ont été donnés! Nous avons commencé par le chardonnay, pour le Crémant de Loire. Ce sera tout pour cette semaine. Nous poursuivrons par le sauvignon blanc qui est particulièrement aromatique (fruits exotiques, muscat), puis par le grolleau destiné au Crémant de Loire et pour Topette, en macération carbonique. Les cabernets et le chenin blanc seront pour plus tard. Actuellement, nous les chouchoutons en fignolant l'effeuillage et en enlevant les verjus (grappes secondaires). Nous suivons leur évolution chaque semaine par des prélèvements réguliers, ce qui nous rend très enthousiastes, car c'est toujours aussi prometteur."

A Savennières, Tessa Laroche nous gratifie d'un message assez laconique le mardi 23 septembre, traduisant aussi l'inquiétude : "Ce week-end, ce fut un peu l'horreur, notamment dimanche!... Beaucoup d'eau en peu de temps et beaucoup de mal à s'égoutter. Mais là, tout rentre dans l'ordre avec le soleil et heureusement, il ne fait pas trop chaud!"

pip1Toujours très attendu, le compte-rendu d'Olivier B (24 septembre), en provenance du Ventoux, du fait notamment de la tendance météo actuelle pour le Grand Sud : "Allo Houston, ici le Ventoux. Pas sûr que l'on vendange en short et en marcel ici, dans le sud-est, tellement la météo se fait capricieuse depuis un moment. Après un printemps et un été relativement favorable au cycle de la vigne, le début septembre plus qu'estival laissait entrevoir une vendange entre 2012 (année classique des vingt dernières) et 2013 tardive. Cinquième année sans cuivre et seulement troi spoudrages sur les roussanne, j'ai finalement craqué et j'ai traité une fois et demi ma surface fin août, pour éviter de perdre trop de feuilles par le mildiou mosaïque".

"Les raisins sont bien plus gros que l'année passée (30% trop petit) à la faveur des orages hebdomadaires des mois de juillet et août. Cela a amené l'ODG a demandé une augmentation de rendement à l'INAO, de 52 à 60 ou 65 en rouge et blanc. Mort de rire quand, cette semaine, on reçoit une autorisation d'enrichissement. Pour moi qui dépasse rarement les 30 hl/ha à la souche présente, ça n'a évidemment aucune incidence. Le souci, c'est que depuis quinze jours, on regarde tomber la pluie au moins deux fois par semaine et à coup de 70 mm par ci, 10 par là, avec peu de vent ensuite. Je ne sais pas bien où cela va nous mener... Les grosses grappes, trop grosses à mon goût, se gorgent d'eau et les degrés potentiels régressent par effet de dilution."

blanc3"J'aimerai que les blancs tiennent jusqu'au 4 octobre (20 septembre habituellement), mais la charge important de grosses grappes entremêlées me laisse pensif... En rouge, c'est la même, certaines grappes restent roses et quand on sait que l'on vendange souvent deux semaines après les blancs, cela nous ramène à 2013, vers le 20 octobre et des vinifs pas terminées avant les tournées et autres salons de novembre. Bref, aucune certitude, mais c'est bien pour que chaque année soit différente que je persiste à aimer cette passion... Yalla, la suite dans une semaine ou trois..."

A suivre, le CR millésimé 2014 de Benoît Tarlant, en provenance de Champagne, le 25 septembre : "C'est bien la première fois que je t'écris sur les vendanges à posteriori. Soit on est en avance, soit tu es en retard... ou bien les deux".

"L'année fut plutôt sereine, les maladies qui, habituellement nous mènent la vie dure, étaient cette année en retrait. Assez peu d'oïdium et pas de mildiou de saison. Il est apparu à la fin sur les brous sans trop de dommage. Et même s'ils ne sont pas passés loin, les Champenois ont évité les gros orages symbolisant l'année et frappant nos confrères plus au sud. Quels que soient les cépages de Champagne, la montre était belle et la constitution des raisins s'est confirmée par la suite. 2014 est une année à raisins. En avoir, c'est bien, qu'ils soient beaux est la finalité".

"Les soins des travaux d'été comme l'écimage, d'effeuillage oriental, de tonte et autres joies estivales étaient particulièrement importantes pour obtenir des raisins sains et mûrs à la fin du cycle, malgré un mois d'août particulièrement frais. Et septembre est apparu avec ses belles journées chaudes (trop?) et ensoleillées. Les vendanges ont battu leur plein au 15 septembre sur toute la Champagne. La chaleur des jours et nuits, la fragilité de certaines baies, le nombre de raisins accrochés et la présence de drosophiles autour des cagettes empêchaient de prendre son temps. C'est donc un rythme soutenu au pressurage qui a permis de rentrer quantité et qualité. Au premier nez, l'expression des jus est franche, sur le fruit, avec du goût et de la netteté. La tenue dans le temps, avec des perceptions acides différentes en fonction des terroirs fera le reste. On testera tout cela après les fermentations, mais vu le potentiel initial et la beauté des raisins, il y a tout pour faire un millésime intéressant."

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Un petit retour à Margaux, avec Vincent Ginestet, qui se lance le 29 septembre : "Nous avons attaqué les merlots ce matin. Les degrés sont bons sans être trop élevés (14°), l'état sanitaire impeccable, pas de botrytis. Les peaux sont à maturité optimale, cela devrait faire de bonnes cuves de merlot! On fait tout pour!..."

Enfin, un petit mot de Catherine Delesvaux, le 30 septembre. Dans le Layon, les perspectives sont très encourageantes : " En cette veille de début de vendanges où le temps semble s'accélérer, tout va pour le mieux, mais nous conservons les doigts croisés. Il peut se passer tellement de choses pendant ces semaines à venir. Beau temps général, des brouillards matinaux depuis la semaine dernière (botrytis cinerea, lève-toi!), nuits à 10°, jour à 24°, soleil, temps sec (sauf lundi matin, mais c'est bien). Que demander de plus?... A suivre donc!... Une pensée pour les collègues que la météo n'a pas épargnés".

Ne reste plus qu'à espérer que la bascule météo qui se profile à l'ouest ne vienne pas trop bousculer les vignerons, dans leur quête du meilleur. A suivre!...

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Toutes dernières nouvelles du vignoble! En cette journée du 18 octobre, des températures de l'ordre de 24 à 26° sont annoncées pour le week-end en Vendée!... La bascule météo est partie à la plage, comme nombre de ceux qui veulent profiter de ce temps. A vos barbecues et planchas!... Olivier B, au pied du Ventoux, nous fait part de son enthousiasme final, en guise de conclusion :

"Et bien finalement, on était en short et en marcel... Météo décalée, nous avons vendangé les blancs le 4 octobre avec un peu de tri habituel, pourriture acide sur les roussanne, qui partent en sucette en quatre jours lorsque le ciel alterne averses et soleil. Du 14 au 16, c'était au tour des rouges. A part les deux premiers morceaux de syrah plus fragiles et qui ont réagi comme les roussanne, tout était plutôt joli."

"Mon détachement habituel et ma vision rock'n roll du boulot m'a fait craindre le pire lorsque, la semaine dernière, on profitait de la vie plutôt que de vendanger. A une heure d'ici, se déroulait le troisième phénomène cévenol consécutif et on nous annonçait le déluge. Il ne s'est finalement rien passé et trois jours ont suffi pour que la vendange soit à l'abri. Comme d'hab, on a terminé par la syrah magique (deux photos ci-dessous), avec pratiquement zéro raisin par terre!...."

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"De l'avis mes vendangeurs qui ont travaillé durant un mois de l'ouest à l'est du Vaucluse, les raisins des vignes que j'ai accompagnées en 2014, malgré le petit tri, faisaient partie des plus beaux qu'ils aient eu à ramasser et aussi 30% de récolte en plus, ce qui correspond à une belle année dans les clous du rendement recherché aux alentours de 30-35hl/ha à la souche. Alors now, 2014 est bien lancé, reste l'accompagnement et l'amour habituel et ça devrait le faire. J'adore! Trop de la boulette!... A l'année prochaine!..."

Presque au moment même où je prenais connaissance de ce message plutôt rassurant, arrivait sur mon téléphone, une photo en provenance de Touraine, prise par un vigneron qui nous avait fait part de son inquiétude, quant à l'effet dévastateur supposé des suzukii. Vous savez bien, drosophila suzukii!... Certains, au tout début de la campagne des vendanges 14, diffusaient la photo de l'insecte sur les réseaux sociaux, en annonçant qu'il tiendrait, malheureusement, la vedette lors de la cueillette en cours. Et puis, l'annonce a fini par faire long feu!?... La photo en question, prise le matin même, montre des grappes sur pieds ressemblant à des raisins noirs, du type cabernet franc, comme on en voit le long de la Loire. En fait, il s'agit de chenin!... Des raisins destinés à produire des liquoreux de Touraine, mais qui risquent de ne pas voir le pressoir et pour cause!... Alors, qu'en est-il dans le vignoble?... Curieusement, peu de retours évoquent le fléau, pourtant, il semble qu'il affecte nombre de régions. Le risque de piqûre acétique pressenti en amont et évoqué par certaines institutions locales pourrait avoir déclenché quelques anticipations, initiatives cachant finalement la misère. L'insecte étant connu pour s'attaquer de manière privilégiée aux raisins rouges, certains sont aujourd'hui surpris de le voir sur des blancs, mais il semble que ce soit, pour l'essentiel, sur des raisins destinés à produire des liquoreux. Certains secteurs du Bordelais, plus ou moins limités, semblent touchés et parmi ceux-ci Sauternes. En tout cas, l'auteur du cliché essaye de traduire, au-delà de la photo, l'inquiétude que de célèbres domaines ressentent aujourd'hui. Et plus encore, parce que d'autres semblent appliquer un "silence radio" curieux et même parfois, annoncer une qualité équivalente à 2008 ou 2012, alors que seulement quelques kilomètres séparent leurs vignobles de celui concerné!... Alors, la suzujii serait-elle particulièrement sélective?... Les modes de culture sont-ils en cause?... Ou certains attendent-ils les analyses diffusées par les institutionnels, après vendanges, pour évoquer le sujet, après deux années difficiles, comme c'est le cas en Val de Loire?... A suivre donc, notamment parce que l'avenir n'est pas très clair, pour ce qui est des moyens de lutter contre cet insecte qui, s'il apparaissait chaque année, pourrait remettre en question, ni plus ni moins, la production de moelleux et de liquoreux. Un avis, amis vignerons?...

Ultimes nouvelles en provenance d'Italie, par le biais de la famille Negro, à Monteu Roero, au coeur des Langhe piémontaises, avec la réception du compte-rendu des vendanges 2014 établi par le Consorzio di tutela Barolo Barbaresco Alba Langhe e Dogliani. Un long rapport dont voici l'essentiel : "Bien que l'année 2014 ait été l'une des plus complexes de ces dernières années concernant la gestion des vignobles, elle nous a réservé d'agréables surprises quant à la qualité des raisins vinifiés, ceci grâce à une fin de saison favorable."

"Le printemps s'est présenté sur les vignobles des Langhe de manière graduelle mais plutôt précoce, provoquant une reprise végétative anticipée par rapport à l'année précédente. Le début de l'été a enregistré des températures totalement dans la norme, ce qui a permis de conserver la petite avance végétative acquise au printemps par rapport à 2013. La quantité de précipitations au cours de l'été, au-delà de la moyenne, est due surtout à l'intensité des phénomènes plutôt qu'au nombre de jours de pluie. Nous avons assisté au moins, en deux occasions, à de véritables trombes d'eau très localisées et intenses. Les pluies des 23 et 29 juillet ont été particulièrement importantes, avec des conséquences profondément différentes : nous avons enregistré 63 mm de pluie dans la même journée dans certaines zones et 13 mm à seulement 15 km de distance! Le mois de septembre a été sans aucun doute positif sur le plan climatique avec une bonne amplitude thermique, facteur resté stable également au mois d'octobre, ce qui a largement contribué et de façon déterminante à la maturation des raisins et à la composition phénolique."

"Les variétés à baies blanches de la zone ont enregistré une baisse de production par rapport à l'année précédente, avec des teneurs en sucre très similaires accompagnées d'acidités parfois très nettes, qui devraient garantir la fraîcheur également des parfums. Parmi les cépages à baies rouges, le Dolcetto est peut-être la variété qui a obtenu un rendement plus faible sur le plan quantitatif, mais quand les opérations d'éclaircissement et de nettoyage des grappes ont été effectuées correctement, il n'y a pas eu de problèmes sanitaires. Par voie de conséquence, on peut s'attendre à un vin équilibré, peut-être moins structuré et alcoolique, mais avec une variété de parfums intéressante et une force colorante marquée due à la présence d'anthocyanes particulièrement appréciée dans les zones de Dogliani et de Diano d'Alba."

"La Barbera se présente aux vendanges avec une situation plus hétérogène, la zone de production étant plus vaste et qu'il est par conséquent difficile d'établir une moyenne. La teneur en acidité, qui est déjà une caractéristique génétique du cépage a été influencée et accentuée par les températures maximales du mois d'août peu élevées. Le Nebbiolo possède des potentialités intéressantes et démontre une surprenante capacité d'adaptation à nos territoires. Les vignes bien travaillées, aux grappes bien aérées ne montrent aucun type d'attaques de pourriture. Dans la zone de Barolo, la situation est beaucoup plus variée par rapport aux années préécdentes, à cause des averses de grêle ayant touchée"à tâche de léopard" la zone de production. La zone de Barbaresco mérite un discours à part, ayant enregistré une situation privilégiée sur le plan climatique : il suffit de penser que les précipitations ont eu une intensité trois fois plus basse par rapport au reste du Piémont et qu'il n'y a pas eu d'averses de grêle. Pour les Nebbiolos en général, on peut s'attendre à des vins d'une teneur en alcool moyenne, élégants, équilibrés, avec une bonne acidité et par conséquent des vins de garde, avec d'excellents parfums riches en notes minérales. Finalement, l'année 2014 confirme qu'il est illusoire de faire des prévisions trop anticipées dans les Langhe, car nous avons constaté que la dernière partie de la saison est fondamentale pour la qualité finale des raisins et des vins."

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Lorsque aujourd'hui, 17 novembre, est arrivé le message d'Anne Houillon, je me suis dit un instant que le Jura optait pour des vendanges tardives!... En fait, il n'en était rien : "Nous avons dû commencer les vendanges en catastrophe le 16 septembre, soit une semaine plus tôt, car les ploussard ont été atteints par drosophila suzukii. Beaucoup de tri pour ne garder que les grains sains. C'est vrai que le moral, en appliquant un tri aussi drastique, était plutôt bas. Ca fait mal au coeur de laisser par terre une récolte qui était prometteuse. Cette année vient se rajouter aux précédentes concernant les faibles récoltes."

"Après les ploussard, nous sommes passés aux blancs. Une peau plus épaisse et plus saine. C'était un plaisir de couper et de pouvoir tout laisser dans le seau! C'est une année avec des raisins sans trop de jus."

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"Sur le temps des vendanges, nous avons pu être en short et "marcel"! C'est agréable pour le moral de la troupe! Il a plu le week-end entre le plousard et les blancs et à la vin des vendanges."

"Nous finissons par le plus beau, notre équipe! Nous avons été gâtés par toutes ces personnes qui viennent à la maison. C'est un ensemble de rires, de gaité et d'amitié tout en ayant le respect du travail! C'est un plaisir de leur faire la cuisine, avec le bon pain de Pierre sans oublier nos vins et ceux de nos amis que nous leur faisons découvrir!..."

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26 septembre 2014

Pierre Boyat, à Leynes (71)

Descendant de la montagne et des sommets alpins, la traversée de la France, longue et (pas trop) périlleuse peut aisément justifier une étape (faites une pause toutes les deux heures, nous suggèrent les panneaux autoroutiers!) dans les monts du Beaujolais. Nous voici donc sur les hauts de Leynes, à 425 m d'altitude précisément, au lieu-dit Le Bois de Leynes, avec vue imprenable sur d'autres monts, ceux de St Amour et de Juliénas. Tout autour de cette commune, d'autres noms bien connus : Chasselas, St Vérand, Chaintré, Vinzelles, Fuissé... Notez au passage que le vin de St Véran s'écrit bien sans le d final, car c'est l'ancienne orthographe de village (St Véran des vignes) qui fut choisie naguère pour l'appellation, celle-ci s'étendant sur pas moins de huit communes.

002Presque en haut de la côte, sur la gauche, une maison sur sous-sol, bien exposée, avec terrasse sur les vignes, a un profil typique d'habitation dédiée aux jours heureux de la retraite. C'est bien à cela qu'ils pensaient, Pierre Boyat et son épouse, lorsqu'ils décidèrent de la construire mais, ils ont emménagé un peu plus tôt que prévu.

Jusqu'en 2007, ils occupaient en effet la maison voisine, coeur d'un domaine de dix hectares pour lequel ils étaient en fermage (ou métayage), jusqu'au jour où se posa la question du passage en bio. Cela impliquait une légère hausse du prix de vente à la citerne, mais l'acheteur habituel refusa. Ils prirent alors la décision de s'installer sur les quelques vignes familiales, lesquelles basculèrent du même coup en agriculture biologique, après trente années de gestion conventionnelle par le père de Pierre. Et depuis, le voisin a lui aussi franchi le pas du bio!...

Près de la maison, quelques rangs de vigne. Du chardonnay planté en 2003, associé à une autre parcelle située plus bas, pour ce qui pourrait être un Beaujolais-Villages blanc, mais qui reste en Vin de France (cuvée Les Rennes). En effet, le domaine compte quelques parcelles sur St Vérand, Chânes et Chaintré, soit un total de 1,7 ha en production et 1,3 ha de jeunes plantes, dont certaines vont produire en 2014. A peine à quelques pas, du gamay composant la cuvée Bois de Leynes, vendangé le plus souvent avec une semaine de décalage, vis-à-vis des parcelles du bas, toujours plus précoces. Belle exposition sud, faisant face à celles au nord de Juliénas et St Amour... "C'est curieux, là-bas, les coteaux sont plus tardifs, mais ils vendangent toujours avant nous!..." souligne-t-il amusé. De la chaptalisation beaujolaise...

007Cette année, les premiers coups de sécateurs sont pour la mi-septembre et encore, dans les endroits les plus précoces. De mai et juin, le vigneron garde le souvenir d'un printemps sec puis, fin juin, la pluie est arrivée. L'herbe s'est mise à pousser, à pousser... Néanmoins, début septembre, tous les espoirs restaient permis, avec la météo sèche annoncée (et confirmée depuis).

Au domaine, les évolutions sages et réfléchies sont toujours au programme. Le souhait premier de Pierre Boyat, c'est de, semble-t-il, réduire l'impact de l'élevage en barriques, malgré l'aspect positif de la clarification des vins, que permet le contenant. Pour cela, il mise désormais sur l'augmentation des volumes. Justement, il a pu découvrir cet été, une petite annonce dans un magasin, proposant des petits foudres. Affaire vite conclue!... Ils sont désormais dans le sous-sol de sa maison (décidément bien étudiée!) et seront utilisés pour les blancs de la récolte 2014. Profitons-en pour rappeler que le vigneron de Leynes a opté dès 2007, pour la production de "vins nature", avec zéro intrant, donc sans soufre, y compris pour le St Véran, qui a cependant franchi, jusqu'à ce jour, le cap parfois périlleux de la dégustation d'agrément. Pas la moindre des performances, même si Pierre a du mal à croire que ce soit pérenne!...

Toujours sous la maison, un petit coin caveau nous permet de découvrir les cuvées disponibles. Il faut dire que, vu les volumes produits, il n'y a pratiquement pas de stocks des millésimes passés, même récents, si ce n'est en magnums. Le St Véran 2012 est tonique et frais. Il est issu de deux parcelles (dont une plantée en 1983 et la seconde louée à la commune) sur Leynes, dans le village, sur le coteau argilo-calcaire, au bord de la route de Solutré. Élevage d'à peine une année en barriques, mise en bouteilles en août 2013, sans filtration, comme c'est le cas le plus souvent, pour les vins de la maison.

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Un autre blanc ensuite, le plus jurassien des Beaujolais blancs!... Il s'agit de la cuvée Les Rennes 2013, proposé en Vin de France. 75% de chardonnay et 25% de muscat petit grain!... En effet, lors de la plantation d'une parcelle de dix ares, en 2005, le pépiniériste s'est trouvé en rupture de chardonnay, au point qu'il proposa au vigneron, presque contraint et forcé, de compléter de quelques rangs de muscat. Ce cépage fut ramassé "en surmaturité" et l'ensemble a été pressuré simultanément. Deux mises distinctes, pour tenter d'évacuer l'oxydation apparue à la mise, mais, en fait, rien n'y fit! Une touche pour le moins originale, même s'il n'est pas question d'associer ce vin à des fruits de mer et que sa robe évolue rapidement. A noter que le muscat sera dilué en 2014, puisqu'une autre parcelle de jeunes vignes de chardonnay sera associée à l'ensemble.

012Pour les rouges, deux cuvées de gamay, bien sûr. La première, Bois de Leynes 2013, récoltée près de la maison, est assez léger (11°) et d'une couleur peu profonde, conséquences d'une cueillette faite un peu dans l'urgence, au vu des pluies qui s'étaient installées, l'automne dernier. L'apparition de foyers de pourriture avait imposé un tri attentif. Ce vin souple, exprimant un joli fruit acidulé a été mis en bouteilles fin mai dernier et se situe dans un style gouleyant et frais, ne souffrant plus d'aucune trace de réduction.

Le second, Noir de Rouge 2013, mis en bouteilles fin juin ou début juillet, est un assemblage de trois parcelles situées plus bas dans le vignoble, réunies pour remplir une cuve béton. Il est doté d'un petit degré supplémentaire et d'une structure un peu plus affirmée, sans que l'on soit en présence de Beaujolais, comme on a pu en voir certaines années récentes. Pensez néanmoins aux magnums, tant ces deux cuvées sont accessibles et gourmandes dès maintenant, même si le deuxième a un petit potentiel de garde supplémentaire. Par essence même, un vin pour les casse-croûtes de ce bel automne, voire certains plats de la cuisine régionale!...

Pierre Boyat le dit lui-même : "Ce n'est pas toujours simple de composer une gamme avec si peu de vignes. Mais, on a quand même la chance de proposer quatre cuvées!..." Et on comprend mieux l'importance d'une récolte de qualité et de conditions climatiques confortables au moment des vendanges. Des pluies continues, survenant à ce moment crucial, peuvent non seulement réduire à néant les efforts de l'année, mais aussi compliquer sacrément les vinifications, sans parler de l'équilibre économique de si petites structures. Au stade où nous en sommes, fin septembre, gageons que le Beaujolais a retrouvé le sourire, malgré des journées très inquiétantes, plus tôt dans la saison, lorsque la grêle survenait sans crier gare, assommant les uns et épargnant quelques autres, dans une sorte de loterie funeste.

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22 septembre 2014

Christophe Beau, Domaine Beauthorey, à Corconne (30)

S'il fallait citer le nom d'un vigneron, pour souligner à quel point il existe des personnages singuliers dans le monde de la viticulture, celui de Christophe Beau serait sans doute parmi les premiers de la liste des sélectionnés!... J'ai bien dit singulier, mais pas du tout exubérant ou excentrique. Si on dit de lui que c'est un citoyen du monde, il pourrait vous répondre, de prime abord, qu'il trouve ce qualificatif quelque peu prétentieux, mais, après réflexion, avec le fourmillement d'images qui ne manqueront pas alors, instantanément, de défiler devant ses yeux, la mention a des chances de lui convenir et de lui plaire. Pourtant, quelle que soit la contrée visitée - du Mexique au Chili, en passant par les USA, le Moyen-Orient, l'Afrique du Nord et l'Asie - il a toujours tenté de se fondre au coeur des sociétés et des collectivités qu'il voulait découvrir. Humanisme, ethnologie ou encore anthropologie, il y a sans doute un peu de tout ça dans les cuvées du vigneron de Corconne.

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Voilà pas moins de trente ans qu'il est installé là et que le Domaine Beauthorey sert de support à son activité languedocienne, devenue au fil des ans et des millésimes, quelque peu partielle ou partagée avec d'autres occupations et motivations. Néanmoins, en tout état de cause, la production de vins vernaculaires. Un terme pour lequel Hervé Bizeul a fait le pari sur son blog, dès 2012, que ce serait le prochain mot à la mode, mais ici, foin des modes, place à une autre réalité économique.

"J'ai tendance à dire que je n'ai jamais fait de vin. Je fais des expérimentations du vivant, du technique, du social et de l'économique à travers un alibi qui s'appelle le vin!" Il est possible d'affirmer sans crainte, que le jour où il débarqua à Corconne, il était encore loin d'imaginer qu'il serait vigneron. Néanmoins, il se trouve vite à la tête d'un premier hectare, un peu par hasard et de cinq, dix ans plus tard, en 1995. Aujourd'hui, c'est désormais plutôt six, malgré quelques mésaventures clochemerlesques (lire par exemple son premier livre sur le sujet, La Danse des Ceps, Chronique de vignes en partage, paru en 2009, aux Éditions REPAS), comme il en existe dans nombre de nos jolis villages. Notez que pendant près de vingt-cinq ans, malgré ses choix de l'agriculture biologique et de la biodynamie, il n'évoqua jamais la production de vins dits bio avec ses voisins et néanmoins collègues. Toujours la volonté de s'intégrer et de se mettre à l'écoute, autant que, d'un aspect plus pragmatique, garder la possibilité de solliciter de l'entraide et de l'échange. Construire une tour d'ivoire n'était pas dans les objectifs du vigneron!...

037Six hectares donc, dont deux sur Corconne même et sur la fameuse gravette. Ces vignes sont désormais à la charge de son fils, Victor, bifurquant certains jours, après ses études et son installation en tant que kiné (Domaine Inebriati, avec Hervé Guillard). Les quatre autres hectares sont situés sur Vacquières et des sols plus argilo-calcaire, même si ce genre de nuance de terroir n'est pas la priorité au domaine. Au total, une production de 20000 bouteilles environ, pour trois marques et autant d'entités séparées, au regard de la législation en vigueur. Pour un tiers de cette production annuelle, il s'agit de "vins sur mesure" pour la ligérienne Anne Leclerc-Paillet (Autour de l'Âne) qui, grâce à son activité de négoce, diffuse quelques cuvées gouleyantes à souhait.

Voilà ce qui a toujours fait "l'histoire" de Beauthorey. Le fil directeur de Christophe Beau, de tout temps, ce sont les partenariats au sens large, avec une touche d'économie sociale. L'aspect économique est d'ailleurs central, avec une dimension partenariale. Depuis la fin des années 80, c'est une sorte d'AMAP viticole (Association pour le maintien d'une agriculture paysanne) qui en est le moteur, notamment avec les "Cépatous", système permettant aux amateurs, parfois vendangeurs, de devenir co-propriétaires de ceps de vigne et finançant les besoins annuels... bien mieux qu'une banque!... Cette étape a précédé un partenariat du même genre sur le foncier avec des cavistes parisiens (Le Vin en tête).

Autre aspect important aux yeux du vigneron, le côté paysager de l'organisme agricole, avec une réflexion sur le terroir au sens large, dans une structure qui mêle la vigne, les abeilles, les arbres fruitiers, les légumes, etc... Une dimension qu'il développe au Chili depuis quelques années, avec les vins de Terroir Bogus (du nom de son chien, mort à seize ans en avril dernier, ce qui a valu une grande fête au domaine à la mi-juin, pour saluer l'acteur principal de ses écrits, inspirateur également du calendrier chiens de vignerons, publié voilà quelques années), vins vernaculaires s'il en est, qui ne sont pas destinés à parcourir le monde.

036Au Chili, il est installé à une quinzaine de kilomètres de Valparaiso, dans une sorte de collectivité agricole. Il achète également du raisin, mais la production ne dépasse guère 5000 bouteilles par an. "Là-bas, tout est assez différent. J'ai commencé par un peu me déshabiller de ce que j'ai compris ici... On y trouve une forte tradition viticole, avec notamment des cépages locaux, comme le païs et on y fait des vins dans des cuves en peau de vaches".

Une aventure dans l'hémisphère sud qui l'éloigne beaucoup du Languedoc désormais, où il ne passe guère plus de trois mois par an, au moment de la taille, puis des vendanges. Il faut dire qu'il est libre, Christophe!... Jamais, il n'aurait supporté de se laisser enfermer par une activité unique. Il écrit, il a créé des ONG, ce qui lui permet de garder quatre mois au cours desquels il fait tout autre chose et "de ne pas sombrer dans une sorte d'inertie au quotidien". Il est ainsi devenu un expert en matière de relations avec l'administration et la gestion des formulaires et échéances diverses. Pas impossible d'ailleurs que ses voyages au sein de diverses communautés et contrées, n'aient renforcé son flegme en la matière. On apprend beaucoup à fréquenter l'intrensigence de certaines autorités et cela, dans tous les pays. Néanmoins, il se définit comme paysan-vigneron, mais pas exactement dans les mêmes termes que pour son voisin Patrick Maurel, par exemple, capable de donner une dimension autarcique à son quotidien, ce que Christophe Beau n'aurait pu admettre. Et ce qui n'empêche pas aux deux vignerons de bien s'entendre, sur nombre de sujets.

"Vous auriez peut-être voulu déguster quelques vins?..." Nous voilà verre en main. "Ici, c'est plus facile qu'en Loire! Une année, il m'est arrivé de ne pas aller dans mes vignes entre le 12 juin et le 12 septembre! Pour une plante très domestiquée, ce n'est pas mal d'en arriver là, non?..." Il faut dire que le vigneron n'est pas un partisan des vignes corsetées et se dit peu perfectionniste. La plupart des parcelles sont conduites en gobelet et la plante court sur le sol.

039Un joli blanc pour commencer, issu d'une parcelle d'un hectare, plantée de cinq cépages voilà sept ou huit ans. Selon l'expression du vigneron, tout est ramassé les yeux fermés le même jour, malgré des décalages de maturités parfois importants. En fait, c'est la roussanne, quand elle est surmurie, qui donne le top départ de la cueillette. Fatalement, la clairette est rarement mûre et ce duo est additionné de bourboulenc, grenache et rolle.

D'une façon générale, les assemblages se font à la cuve et très longtemps, les raisins n'ont pas été éraflés. Un choix qui tenait plus à l'ignorance d'une autre alternative, qu'à une option délibérée en matière de vinification. A force de croiser d'autres vignerons, plutôt que les seuls coopérateurs de son village, il a donc élargi ses perspectives viniques.

A suivre, un rouge de 2010, association à parts égales de syrah et de cinsault, puis un autre millésimé 2012, contenant une bonne proportion de grenache, en plus des deux cépages du précédent vin. Enfin, découverte d'Ultime (2012?), issu de vignes contenant dix cépages différents, dont d'éventuels hybrides : carignan, cinsault, aramon, vieux grenaches, alicante, gros noir, terret gris, etc... Pour tous ces rouges, les macérations sont plutôt courtes et on peut ajouter qu'ils sont plutôt faits au feeling, ce qui ne surprendra personne. A noter que pour toutes les cuvées, un peu de soufre est utilisé lors des mises.

Christophe Beau n'est pas un amateur de dégustations structurées. "Je m'y ennuie même, et je préfère les dégustations contées!..." Rappelons néanmoins qu'il est présent en février, à Angers, aux Greniers Saint Jean, mais je crains que nous ne soyons nombreux à n'avoir qu'un souvenir relatif de sa présence discrète. C'est pourtant une occasion de parler de biodynamie avec lui, qu'il pratique depuis longtemps, mais il estime, presque à mots couverts, que son emploi a beaucoup évolué.

038"Elle est devenue parfois très "techniciste", alors qu'elle devrait rester dans le domaine de l'occulte, au sens noble du terme. Son développement a déclenché une sorte d'exploration permanente. Faut-il chauffer l'eau des dynamisations? Faut-il faire ceci ou cela?..." Indiscutablement, sa perception de l'activité de vigneron s'appuie davantage sur la résolution sensible des problèmes plutôt que technique. Pour lui, il y a des choses que l'on perçoit et que l'on transmet, au-delà de la stricte analyse scientifique, comme pour ce paysan chilien qu'on interroge à propos de la décision de lancer la vendange et qui l'explique par le fait que la feuille de vigne, en journée, est plus froide. Variation de nature de la photosynthèse?... Blocage des maturités?... Certains évoqueront un fonctionnement par trop intuitif et pour le moins empirique...

Au final, Christophe Beau se confie quant à ce monde du vin, qu'il connaît maintenant bien. "Une compétition pas toujours saine s'installe. Tout le monde veut son vin, sa petite étiquette et son nom dessus. Ça peut être important à un moment donné, mais, très vite, il y a un piège... L'objectif, c'est bien d'entretenir, de soigner un coin de terre et d'en vivre, pas d'avoir son nom partout... On est tous un peu piégés par ça, même vous les amateurs..."

Une conversation avec le vigneron de Corconne permet quelques moments de poésie, teintée de sensibilité pure - "Le chien est à la vigne, ce que le chat est à l'olivier" - et puis d'autres, plus surprenantes : "Les deux plus grandes boissons du Monde, en dehors de l'eau, c'est le vin de raisins et la coca-cola"!... S'en suit une démonstration de la suprématie du vin de raisins, boisson vivante, sur tous les autres et l'expression d'une forme d'admiration pour l'histoire et les inventeurs de la célèbre "boisson morte non dénuée de magie, à la qualité gustative très bien calée!..." On imagine aisément que ses amis peuvent être surpris, au cours de conversations amicales et de longues soirées verres en mains, même s'il confesse que les vignerons avec lesquels il partage complicité et empathie sont désormais assez rares, si ce n'est Michel Augé ou Jean Delobre, sans oublier son voisin Patrick Maurel. Mais l'homme n'est pas du genre à entretenir un long répertoire d'adresses et des relations superficielles. Pour le découvrir un peu plus, lancez-vous dans la lecture de son second opus dédié au vin : Pour quelques hectares de moins, Tribulations coopératives d'un vigneron nomade, toujours aux Éditions REPAS.

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20 septembre 2014

Vendanges 2014 : en short et en marcel?...

La météo de la première quinzaine de septembre a donné du baume au coeur de bien des vignerons!... A y regarder de plus près, pas partout et le point d'interrogation dans le titre est donc de rigueur!... Si la Vendée, avec quelques autres contrées, n'a pas vu la moindre goutte d'eau depuis le 1er du mois, d'autres sont en train de battre de nouveaux records, en matière de pluviométrie!... Les journées en vigilance orange s'additionnent en Ardèche, Gard, Drôme, Hérault, Aude ou Bouches-du-Rhône, avec le retour des épisodes cévenoles. Pour la dernière huitaine du mois, un petit répit est annoncé dans toutes nos contrées, avec un retour du nordet salvateur, mais la bascule en octobre pourrait s'avérer difficile... Il va falloir foncer... quand cela s'avère possible et opportun!

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Les premiers échos nous viennent de Bordeaux et du coeur du Médoc. C'est Vincent Ginestet, du Château Boston, qui nous montre qu'il aborde (le 13 septembre) la période serein et confiant : "Bonjour de Margaux. A cet instant, nous n'avons pas encore décidé de la date des vendanges. Pour les merlots, cela devrait commencer vers les 22/25 septembre. Les analyses montrent une belle évolution et les dégustations à la parcelle sont très encourageantes. Les peaux sont belles, encore un peu fermes, le fruit se fait bien sentir et les pépins sont agréables. Même évolution pour les cabernets en très bonne condition. Pour le moment, les conditions sont très favorables, frais la nuit, chaud dans la journée, avec un peu de vent. Nous attendons avec confiance!"

Quelques mots ensuite, le 13 septembre également, de Joan Ramon Escoda, en "Catalogne nature", que je vous livre en franco-catalan dans le texte : "Commen va tout, pour ici en plain vendange. Cette année, c'est increible, beaucoup quantité et aussi bonne sainte. Je suis à la moitier de la récolte. L'anne prochaine, Laureano et moi, nous viendrons à "Vini Circus", nous avons été invités. Et nous sommes très content de venir. Super!!!!!! Je t'envolerai quelques fotos pendant tout la vendange. Santé et une embrassade. JR".

2Toujours Bordeaux et plus particulièrement Pessac-Léognan, avec Cyril Dubrey, du Château Mirebeau, au coeur de Martillac cette fois : "Oui, le beau temps est parmi nous. Mais, le vigneron en veut toujours plus. En attendant, la vendange des sauvignons blancs est terminée, réalisée en jour fruit sous le soleil : sur le jus, superbe acidité, gage de protection naturelle, déjà du pamplemousse. On attend que cela bulle, glougloute, mousse. Pendant quelques jours, on va se croire dans le Nord-Est (pas brésilien) mais champenois! Pour les rouges, il faut serrer les fesses jusqu'aux équinoxes, moment le plus tendu à Bordeaux, mais le potentiel qualitatif est là, en ne ressemblant à aucun millésime auparavant, si ce n'est 2014. Un millésime qui est passé par les cases chronologiques "précocité", "rétropédalage tardif estival", puis "effet turbo chaud été indien". Il est certain qu'une vigne en bonne tension tellurique-solaire est bien armée pour affronter cette climatologie : vive la biodynamie!"

Le 15 septembre, deux retours ligériens, avec Julien Bresteau, de La Grange aux Belles tout d'abord, presque sur le pied de guerre : "Grand nettoyage en ce moment! On démarre lundi 22 pour les premiers gamays et les grolleau les plus précoces, ensuite autout du 25/26, on fera les premiers passages de sec dans les chenins. Voilà pour la première semaine et après, on s'adaptera aux parcelles. Il y a du raisins, c'est sain, espérons que le temps soit là."

Non loin de là et le même jour, Antoine Sanzay, à Varrains, en Saumur-Champigny, croit en son étoile pour 2014 : "Quelques infos du domaine. Pour commencer, j'ai enfin du raisin! Après les deux années compliquées (grêle et gel). Le chenin dans "Les Salles Martin" est sain, aéré. La maturation se déroule bien, nous avons tout pour faire un joli millésime en blanc. Pour le cabernet franc, même chose, les fruits sont sains et mûrissent tranquillement. Je crois beaucoup en cette année."

En revanche, le mardi 16, les premiers échos venant du Grand Sud ne sont pas des plus rassurants. Je reçois ce message assez laconique du Domaine de Trévallon, cher à Eloi Dürrbach : "Les vendanges s'avèrent compliquées, car il pleut souvent et il faut beaucoup trier." Le vigneron des Baux et de St Étienne du Grès n'est certes pas homme à s'épancher et à s'étendre en circonvolutions verbales, mais on devine qu'il fait quelque peu grise mine... A suivre!

sans-titreDeux jours plus tard, le 18, d'autres nouvelles nous arrivent d'Anjou, avec Christine Ménard, du Domaine des Sablonnettes, à Rablay sur Layon : "Pour notre plus grand bonheur, l'été indien s'est installée dans la région, avec des grosses chaleurs - 29° - et un ciel bleu à faire rêver! L'état sanitaire est très beau, les raisins bien avancés : nous avons fait un petit peu de groslot et chenin sec cette semaine. A suivre! La météo de la semaine prochaine est annoncée très belle aussi, avec des températures autour de 21°."

Tout près de là, à Beaulieu sur Layon, en droite ligne des vignes de Babass, Sébastien Dervieux nous envoie "un petit mot rapide! Je vais démarrer lundi prochain dans le grolleau, pour ensuite faire une tentative de pressurage de chenin (vers mercredi) destiné à ma bulle. Si l'essai est concluant, je termine cette cuvée. Viendra ensuite la petite parcelle de chenin (Joseph, Anne, Françoise) en sec... vers la semaine d'après. Enfin, les cabernet pour terminer. Grâce au beau temps, les raisins sont beaux, quelques vers de la grappe nous collent quelques fois des petits foyers de vinaigre, mais bon, par rapport à l'an passé, c'est de la rigolade!... La vigilance sera de mise comme d'habitude... En espérant que les orages de cette fin de semaine ne viendront pas bousculer mon programme (ce matin, il est tombé 4 mm, rien de grave) et surtout que nous n'ayons pas de grêle!..."

177Comme on peut le constater dans ces propos, tous les espoirs sont permis, sous réserve que des nouvelles rassurantes nous arrivent du Grand Sud-Est notamment, voire de régions plus au nord, touchées plusieurs fois par les intempéries pendant l'année. Au cours de cette même semaine, une conversation téléphonique avec Ludovic Engelvin, à Vic le Fesq, dans le Gard, laissait supposer qu'une bonne gestion et un peu de chance allaient être nécessaires pour certains. Pour sa part, il avait déjà tout ramassé depuis le week-end précédent!... Dans les vignes de la région de Sommières, le constat qu'il faisait alors de l'état sanitaire de parcelles alentour avait de quoi inquiéter. Même si tout cela dépend des caractéristiques des sols même, des cépages et des soins apportés aux vignes, tout au long de l'année. De beaux espoirs donc, mais après les deux années passées (sauf pour le Sud-Est justement!), on sent une certaine méfiance de la part des vignerons. Il est aisé de les comprendre!...

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14 septembre 2014

Escapade valaisanne

Le Valais viticole a battu, cet été, quelques records en matière de pluviométrie estivale. Ce vignoble de montagne, dont on doit rappeler qu'il bénéficie d'un climat sec (on dit parfois que les statistiques sont proches de celles de Marseille ou d'Alger!), a subi un pic de pluie qui n'a certainement pas manqué d'inquiéter sur les coteaux, de Martigny à Sierre et de Sion à Fully. Heureusement, les premiers jours de septembre sont en train de remettre du baume au coeur des vignerons du cru et parfois du Grand Cru. Comme dirait l'ami Olif, qui nous avait concocté l'essentiel du menu de cette journée : "C'est quand même beau, le Valais!"

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Puisqu'il s'agissait pour nous de franchir le col de la Forclaz (pas à bicyclettes, rassurez-vous!), autant franchir également la douane (presque) désertée du Châtelard dès le matin et prévoir ainsi un rendez-vous chez une vigneronne valaisanne que nous n'avions pas vue depuis plusieurs années. Marie-Bernard Gillioz est en effet installée, selon les termes même de la municipalité locale, dans un "écrin résidentiel", Grimisuat, sur les hauteurs de Sion, aux limites des communes d'Arbaz et d'Ayent.

~ Marie-Bernard Gillioz : "Dans ma vigne, il y a des cactus!"

C'est en 1992, alors même que nous découvrions en France les nectars de Marie-Thérèse Chappaz, que Marie-Bernard Gillioz lançait ses premières vendanges, comme le début d'une nouvelle aventure. Plus tard, en 2011, Libération.fr titrait sur son blog goûtu : "Une Suissesse peut en cacher une autre", citant les deux vigneronnes dans un quasi même éloge. Une célèbre revue consacrée au vin et à la dégustation, illustrant son site d'une bannière publicitaire dédiée aux 3 Suisses, aurait tendance à nous rappeler que d'autres représentantes de la viticulture du Rhône helvète interpellent régulièrement les amateurs, comme Fabienne Cottagnoud, mais aussi Madeleine Gay, par exemples, toutes membres passionnées d'une sorte de Team Viti Valaisan, autant de fortes personnalités, mais ne faut-il pas un caractère bien trempé, pour se faire une place au soleil, dans ce monde souvent macho?...

M_BDans les starting-blocks, en vue de débuter sa 22è vendange (22 ans, l'âge de sa troisième fille), Marie-Bernard Gillioz n'a aucune peine à jeter un oeil dans le rétro de la création et de la vie de son domaine, créé de toute pièce, au terme de sa formation. Les premières années lui permirent de composer son patrimoine viticole, avec 1 ha d'abord, puis 50 ares de plus. Assez vite, elle passa à 3, puis 4 ha, le tout sur deux appellations voisines, Sion et St Léonard, avec leurs sols de schistes, les "brisés", le plus souvent, parfois des loess ou des éboulis calcaires et, pour l'essentiel, sur de vertigineuses terrasses, les parchets. Quelques terroirs de renom sont représentés, comme Corbassières et Mont d'Orge.

A ce stade et avec une telle surface aussi dispersée, elle se rendit compte que le travail nécessaire et exigeant risquait de lui jouer un mauvais tour... Trop de retard en permanence, une vie personnelle et sociale perturbée... Pour celle qui n'hésite pas à prendre la mer ou à partir en "expédition lointaine" afin de se régénérer, une randonnée estivale comme le Tour des Combins, lui permit alors de réfléchir posément. "Au retour, après une semaine, je savais ce que je devais faire." Elle cède alors quelques parcelles, revenant à 3 ha 35 environ, puis finalement 3 ha 60 aujourd'hui, après la reprise de quelques micro parcelles proches des siennes. Une forme de restructuration salutaire.

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Marie-Bernard Gillioz est aussi connue pour être passionnée de botanique et l'écosystème de ses vignes est pour elle une priorité. Elle fut naguère présidente de Vitival, l'association des viticulteurs valaisans en production intégrée et a adopté la méthode. Elle précise néanmoins que certaines de ses parcelles sont "en biodiversité", contrôlées pour cela et labellisées Vinatura. Parmi les contraintes imposées par ce label, il convient d'utiliser moins d'eau, moins d'intrants divers et moins de cuivre à l'hectare. Autant d'exigences qui ne font pas de ses raisins, des fruits issus de vignes en agriculture biologique, mais surtout parce qu'aux yeux de la vigneronne, les labels bios autorisent pour la plupart l'utilisation de produits très près des vendanges, ce qui a tendance à la laisser perplexe... Cette année, elle a cessé les traitements cuivre et soufre au 25 juillet, malgré les conditions météo particulières du millésime et espère que ses raisins vont tenir. D'une façon générale, son libre-arbitre revendiqué se limite à sauver la récolte, en employant un produit de synthèse, en cas d'attaque importante d'oïdium par exemple, comme ce fut le cas, voilà quelques années, sur le cornalin. A noter que Marie-Bernard n'emploie aucun engrais et laisse l'herbe pousser dans ses parcelles, ce qui, cette année, a apporté un surcroît de travail important.

005Bien sur, on ne peut passer sous silence la parcelle fétiche de la vigneronne de Grimisuat, Corbassières. 800 m² de chasselas, ou Fendant, sur un total de 1600 environ et pas moins de onze terrasses tortueuses (mais qui n'ont jamais tué personne, fort heureusement!), avec des mûrs de pierres sèches et des escaliers qui s'enroulent autour des rochers. Il faut un coeur gros comme ça, pour porter les caissettes sur son dos, lors des vendanges! Les porteurs sont bien assurés et surtout bien chaussés! Car, en effet, pas moins de cent quatre espèces végétales ont été recensées là, en 2010, au point que le Musée valaisan de la Vigne et du Vin proposa cette année-là, l'exposition "Dans ma vigne, il y a des cactus". Aie, aie, aie! Ouille! Hue! Un jardin extraordinaire, où les espèces menacées ne sont pas rares : l'Ephèdre de Suisse, le Muflier des champs ou encore l'Onoporde acanthe. Une parcelle ancienne (au moins soixante ans) coincée dans les rochers, en pleine ville de Sion. On y accède par un petit tunnel, encombré des stocks de lubrifiants divers du garage voisin, le long de la route cantonale de Conthey. Et soudain, le grand jour, un coin de paradis! Et gare aux épines des cactus! Les botanistes, archéologues, biologistes et constructeurs de mûrs en pierres sèches qui viennent ici, en restent bouche bée. Et Marie-Bernard sait se faire toute petite ici, face à cette nature qui se veut libre.

En attendant de découvrir ce lieu un rien magique une autre fois, découverte au caveau illustré, de quelques cuvées disponibles du domaine. Actuellement, on en compte pas moins de seize en bouteilles et d'autres sont encore en cuves. Pas moins de trois Fendant sont proposés, un pour chaque appellation et Corbassières, pour lequel il est aisé de trouver une manière de supplément d'âme... Autre cuvée vedette, cela va de soi en Valais, la Petite Arvine 2013, dont Marie-Bernard n'est pas peu fière, surtout parce que c'est le cinquième millésime consécutif qu'elle parvient à la produire sèche. Et ce, malgré le succès commercial des arvines contenant des sucres résiduels flatteurs, sorte de dérive qui atteint désormais les Fendant, y compris ceux que l'on consommait naguère, à la bonne franquette, pour leur perlant inimitable (mais pas toujours naturel). A noter que pour l'arvine, la fermentation malolactique est évitée, alors que ce n'est pas toujours le cas pour les trois Fendant.

006Autre blanc, d'assemblage cette fois, Orpin blanc, avec un duo de petite arvine et d'ermitage (la marsanne en France). Le plus souvent, un premier tri de ces deux cépages, ramassés tôt et pressés ensemble, dans le but de laisser les raisins restants se concentrer, en vue de vendanges plus tardives. Le tout est élevé en barriques. Parfois, la cueillette est si tardive qu'il faut protéger les raisons au moyen de filets. Ce fut notamment le cas pour l'ermitage, en 2010, finalement ramassé en février 2011, élevé en barriques jusqu'au début 2013, histoire de saluer comme il se doit les vingt ans de la cave. C'est la très rare cuvée Ephedra.

Du côté des rouges, l'Humagne 2013, plantée à proximité de la petite arvine et vendangée le 30 octobre, pour une mise en juin dernier, offre une jolie expression sur les petits fruits rouges et noirs. Toujours en cuves, le Cornalin de Sion 2013 sera en bouteille à l'automne, tandis que la Syrah de St Léonard 2013, issue de schistes moins profonds, est dotée d'un beau potentiel, ce qui caractérise globalement le millésime. A noter aussi, une cuvée d'assemblage, Garance, qui réunit chaque année les "soldes" de trois cépages rouges, humagne, cornalin et pinot noir. A noter, de plus, que l'utilisation de SO2 se limite à quelques petites doses à différentes étapes, mais seulement à partir de la deuxième fermentation. Les blancs sont plutôt protégés dès le pressurage.

Jolie série, quoi qu'il en soit, même si le timing du jour (et la raison des voyageurs en automobiles) nous impose(nt) de regagner Sion au plus vite, afin d'apprécier la table de Damien Germanier, qui a ouvert son restaurant au 33, rue du Scex, à l'été 2013, le tout en compagnie du couple Grosjean, ayant délaissé sa bonne ville de Pontarlier pour la journée. Une belle adresse pour une étape gourmande et une formule ouvrant de jolies perspectives, avec notamment une poêlée de chanterelles et de pieds de mouton du Pays aux artichauts, ou encore joue de porc confite et poitrine rôtie, laquées à l'orientale, choux-fleurs rôtis. Et j'évoque à peine le parfait glacé comme une piña colada et le sacristain à la menthe du dessert. Digestion dans les vignes oblige!...

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~ Marc Balzan : Chèrouche, le Valais au naturel ~

Il nous suffisait presque de remonter la côte, pour atteindre Argnou. La route serpente à flancs de coteaux. Une maison vigneronne, construite en 1984, à 504 mètres d'altitude, au bout d'une impasse, le chemin de Brohenne, séparant Chèrouche (sous le rocher, en patois valaisan) et Ste Madeleine, avec vue imprenable sur le coteau sur de St Léonard et la partie orientale de la ville de Sion. Marc Balzan, Français, Savoyard même et Andrea Grossmann, native de la région de Zurich, sont arrivés là en 2010, un peu par hasard. Depuis 2004 et même bien avant, Marc est passé par Genève, pour y être sommelier, puis caviste et enfin, suivre une formation en viticulture et oenologie. Il trouve un emploi dans le canton de Vaud, à Villeneuve, puis chez un vigneron valaisan (Mythopia), parmi les précurseurs en matière de biodynamie et même de vinification naturelle dans la région.

011Très vite, il vient au couple l'envie de produire des vins naturels, ce qui n'est pas sans interpeller dans le Valais. On peut presque parler d'exception! Après avoir compté jusqu'à 2 ha 30 de vignes situées à Fully (pas moins de trente minutes par la route!), Marc a gardé 0,4 ha sur les hauts de cette commune (plutôt des jeunes vignes et de nombreux cépages, lui permettant de proposer de nombreuses "spécialités", selon le terme employé en Suisse viticole), auxquels il faut ajouter 0,7 ha dans son village d'Argnou (Ayent) et notamment le coteau proche de la maison, planté de gamay et de pinot noir, composant la Dôle du domaine, dont on remarquera qu'elle est produite à 12 hl/ha en moyenne, ceci s'expliquant en partie par le fait que les vignes ne sont pas arrosées, même si le vigneron dispose des asperseurs (et paye l'eau qu'il ne fait pas couler!), contrairement aux pratiques de tous ses voisins, qui ne craignent pas les inconvénients de la méthode (sols pentus et ravinés). Pour information, il pleut en Valais environ 400 mm/an, alors qu'à Lausanne, c'est plutôt 1500 à 2000!... Bon an, mal an, il dispose d'environ 26 à 27 hectolitres de vin, ce qui ne l'empêche pas de proposer moult cuvées. A noter qu'il devrait rentrer du Fendant à l'occasion des vendanges 2014, des raisins issus d'une parcelle en bio, produits par deux vignerons installés dans le bas de la combe proche (Voos, selon le nom local), mais non encaveurs à ce jour. Un système que la législation suisse permet sur la base des "quotas" de production. Il est possible d'atteindre un rendement de 1 kg/m², au regard de ses parcelles, or Marc Balzan ne dépasse guère 400gr/m², ce qui lui laisse une marge de manoeuvre pour acheter des raisins. Un système que de nombreux vignerons français verraient d'un bon oeil et qui leur permettrait d'éviter l'adoption de statuts divers et variés.

Il fait presque chaud, malgré l'altitude et nous nous installons à l'extérieur, mais à l'ombre, pour une dégustation quasi exhaustive des cuvées disponibles, voire de quelques indisponibles. C'est un pétillant naturel (comment dit-on pet' nat' en patois valaisan?) à base de merlot, qui nous sert de mise en bouche, apte, qui plus est, à stimuler notre digestion. Type de vin extrêmement rare chez nos voisins suisses.

012Nous passons ensuite en revue les différents blancs, tous issus du terroir de Fully, sur des sols composés de dépôts éoliens (loess) sur fond granitique et d'éboulis calcaire. De très jolis vins, en premier lieu, avec le Chardonnay 2011 (mise en août 2012) ou, dans un autre style, le Chardonnay 2010, dont l'élevage s'est avéré plus long. Désormais, Marc essaie de garder les blancs deux hivers. Il faut noter la particularité de ces cuvées, dont les raisins subissent une petite macération sur peaux. La récolte se déroule vers la mi-octobre, ramassée en caissettes, foulée aux pieds, puis laissée dans un bac (pas plus de 12° dans la cave à cette époque de l'année), pour que "ça grouge toute la nuit"!... Le lendemain matin, pressurage des raisins entiers pendant six à sept heures, d'où ces incomparables arômes de peau et cette légère astringence, voire tanicité. En fait, tous les blancs du domaine suivent le même régime, ce qui leur donne une singularité gourmande et délectable, en même temps qu'un reflet original et une nuance de robe, que ne manqueront pas de remarquer les amateurs, au moment de mettre ces flacons à table, car il faut y voir de très beaux vins de gastronomie.

A suivre, un Sauvignon 2011 de montagne, dans sa plus originale expression. Un sauvignon venu de France semble-t-il, sur une parcelle de 1000 m², où le vigneron ne garde qu'une seule grappe par bois. Au final, guère plus de cent vingt bouteilles (de 50cl) chaque année, ce qui laisse une idée de l'extrême rareté de tels flacons. Le vin se situe à 13,2, soit légèrement au-dessus de la moyenne des degrés, au moment de la vendange, que le vigneron estime aux environs de 95° Oeclsle, soit 12,5°. Notez également que les rendements sont de 11 à 12 hl/ha, soit 400g/m², comme indiqué plus haut.

015Nous découvrons ensuite le Paien (ou savagnin) 2012, qui enchante Olif, celui-ci admettant au passage, qu'il n'a pas de souvenir d'un savagnin valaisan si proche de ceux de son Jura préféré. C'est tout dire!... Très belle Petite Arvine 2012, cépage qualifié de sensible par le vigneron, un écho que l'on perçoit régulièrement, dans la bouche des producteurs locaux. Pas plus de cent litres de vin au final, depuis plusieurs années, d'autant que cette dernière est récoltée après un premier gel. Enfin, découverte de Grisgris 2011, un pinot gris structuré et intense, qui a mis du temps à se faire, mais qui s'exprime joliment et longuement. Le "Vin de Noël" selon Marc, une cuvée qui vaut tous les cadeaux de fin d'année et qui mérite une belle gastronomie elle aussi. Enfin, Disette 2012, un subtil trio de pinot gris, de chardonnay et de sauvignon assemblés au pressoir, vignes travaillées par le propriétaire, ne dépassant pas 10 hl/ha et vendange vinifiée et élevée par Marc.

La série des rouges se révèle tout aussi passionnante. En premier lieu, la Dôle 2011, élevée depuis peu, par le vigneron, au rang de "cru monopole Ste Marie-Madeleine", du nom de la chapelle toute proche, rejoignant ainsi les Romanée Conti, Coulée de Serrant et autre Château Grillet!... Place à l'humour!... Suivent, le Pinot noir Le Clos 2011, la Syrah Persane 2011, puis enfin le Merlot Grand Raye 2010 et 2011, montrant tous une belle pureté d'expression, une capacité d'évolution intéressante et donnant la sensation de disposer là de la quintessence de cuvées fidèles à chacun des millésimes. On imagine aisément ce que pourrait donner une dégustation verticale de chacun de ces vins. D'ailleurs, le vigneron d'Argnou aime bien, lui aussi, consulter ses archives!...

Un micro-domaine, dont il convient de découvrir le travail. Marc Balzan démontre au passage à quel point il faut construire une gamme, mais surtout qu'il est passionnant de faire avec la matière dont on dispose chaque année. Vouloir nécessairement trouver un style et chercher à le garder, années après années, comporte le risque d'engendrer une forme de monotonie, même si les amateurs se reconnaissent parfois dans une soi-disant typicité, ou la "patte" du vigneron. Pas de doute, la richesse, même en matière de dégustation, est dans la diversité.

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~ Olivier Pittet : investigations au Vieux Pays ~

Pas le plus connu des vignerons-encaveurs de Fully, c'est une certitude, mais certainement un des plus passionnés! Olivier Pittet n'est pas valaisan d'origine, mais il est installé du coté de Martigny et à Fully depuis plusieurs années. C'est aussi plutôt quelqu'un sachant rester sur la réserve, qui fut avant tout amateur de vin et de dégustation, partageant volontiers ses impressions sur les forums dédiés aux vins, apparus sur Internet, au début du troisième millénaire. Peut-être, certains de ses interlocuteurs se sont parfois amusés, lorsqu'il évoquait l'idée et son envie de trouver quelques parcelles et de produire de jolies cuvées. Mais, c'était sans compter son abnégation, portée par une véritable passion pour la vigne.

024Son premier millésime est officiellement 2006, même s'il disposait de quelques parcelles dès 2004, mais pour le moins dispersées, sur les coteaux (parfois hauts et pentus!) de Fully. Au total, actuellement, 6500 m² de vignes. Nous découvrons un ensemble de 2300 m², un peu au-dessus du coeur du vieux village, qu'il a pu réunir par trois achats successifs. C'est la première forme d'investigation qu'Olivier a organisé au fil des premières années, afin de rechercher des parchets parfois ceints de murs proches des siens.

Ici, les rendements peuvent être importants, puisque les gobelets à la valaisanne sont plantés à 17000 pieds/hectare au bas mot, système qu'Olivier trouve idéal pour ce qui est de l'insolation, malgré qu'il soit dispendieux en main d'oeuvre et qu'il convient de juguler les vignes. Les sols des parcelles du vigneron de Fully sont enherbés (malgré l'inconvénient de la concurrence sur les très jeunes plans) et l'herbe tondue, sans que les sols ne soient travaillés, d'une part parce qu'il n'est pas équipé, mais aussi pour préserver la pente naturelle. Inconvénient de taille, nous sommes là dans une zone qui subit des traitements par hélicoptère, pour lesquels Olivier ne désespère pas d'obtenir le non survol de ses parcelles, du fait de la surface qu'elles représentent désormais. Notez que depuis peu, ce mode de traitement utilise des produits homologués en bio, sur pas moins de 45 ha environ, dans la région de Fully.

Dans la partie que nous parcourons, Olivier Pittet s'est empressé d'arracher le pinot noir existant pour planter de la durize, un cépage rouge, spécialité de Fully et Leytron notamment, qui lui donne bon espoir de proposer des cuvées originales dès l'année prochaine 2015, peut-être dans l'esprit de ce qu'on appelait naguère le "rouge de Fullly". Dans la parcelle voisine, le vigneron procède par surgreffage. Dans quelques temps et pour certains cépages dès 2014, la gamme s'appuyant actuellement sur chasselas, gamay, arvine, ermitage et pinot gris, sera complétée par de la durize donc, mais aussi du païen et de la syrah.

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Autre aspect de la passion du vigneron, celle-ci faisant de lui une sorte de Sherlock Holmes des vignes, sa recherche assidue de la grosse arvine. Pour cela, il a arpenté toutes les vignes de Fully dès 2008, pour constater que, pour les producteurs locaux, ce cépage quasi endémique était considéré comme passé par pertes et profits de la viticulture moderne. Certes, quelques survivants, sous forme de treille le plus souvent, étaient encore identifiables, mais personne n'imaginait que cette variété participait, même modestement, de la réputation des vins valaisans. Au terme de cette période de prospection, Olivier Pittet identifie une soixantaine de pieds, parfois dans des parcelles de petite arvine. Il informe alors les instances locales, certain que chacun des responsables voudra soutenir la renaissance d'un tel patrimoine, mais cela ne viendra que plus tard (2012), après la parution du livre de José Vouillamoz et Giulio Moriando, Origine des cépages valaisans et valdôtains, qui déclenchera alors, l'intérêt d'un groupement de vignerons. Mais, entre temps, en 2010, Olivier a arraché une vigne de chasselas et planté de la grosse arvine, dont il avait fait, de sa propre initiative, multiplier les plants par un pépiniériste, non sans obtenir une autorisation spéciale, puisque la variété n'apparessait plus au catalogue des cépages locaux!... Quatre ans plus tard, le vigneron de Fully s'apprête à valider le fait qu'il soit bien le nouveau pionnier en matière de grosse arvine, en vendangeant ses premières grappes. Dès 2015, les tout premiers flacons ne manqueront pas d'interpeller ses congénères et certainement les amateurs de vins du Valais.

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Vu la météo du jour, nous préférerons la petite terrasse sous la tonnelle à tout autre carnotzet (le caveau de dégustation, en patois valaisan), afin d'apprécier quelques cuvées du domaine. Tout commence par un beau Fendant 2012, "passé par un vieux pressoir vertical que j'aime beaucoup, dans le sens qu'on a la matière à bout de bras... même si c'est parfois laborieux avec quelques rebêchages..." Élevage à suivre sur lies fines pendant un an, mise en bouteilles sans filtration, non chaptalisé bien sur, levures indigènes uniquement. Un peu l'antithèse des vins de ce type dans la région.

019Belle Petite Arvine 2012, assemblage de trois parcelles situées dans des secteurs différents, pressurées en grappes entières, très peu de debourbage, levures indigènes. Longue fermentation jusqu'en février, très loin des habitudes souvent express du Valais. "J'ai eu la chance de l'obtenir sèche, ce qui n'est pas évident avec ce cépage capricieux, tant à la vigne qu'au cours des vinifications. Ici, la malo est faite." Élevage en barriques usagées qui viennent de chez sa voisine, Marie-Thérèse Chappaz. Olivier y trouve une légère marque du bois, mais c'est somme toute très relatif.

Le troisième blanc, c'est Ocres 2012, dont la teinte et les reflets suggèrent un pressurage de rouge. En fait, un assemblage de 30% de gamay pressuré, de la marsanne (ou ermitage), du pinot gris et un peu d'arvine et de savagnin (ou païen). Très joli vin, sorte de passetoutgrain, comme le suggère Olif!... Dans un registre aromatique très original, avec une belle richesse. L'élevage en fûts apporte du volume et une belle longueur, que le gamay et l'arvine tendent à dynamiser. Des vins d'un très beau millésime, indiscutablement, et Olivier précise que 2013 est de la même veine. Le pays a été largement épargné, vis à vis d'autres vignobles européens. Les maturités étaient très tardives, mais la patience fut récompensée. Du côté des rouges, le seul Gamay, que l'on peut découvrir dans les millésimes 2012, puis 2010, en attendant durize et syrah à venir. Le plus souvent, 100% gamay, si ce n'était quelques grappes de cépages blancs. Encore une très belle personnalité et un beau dynamisme en bouche.

Une belle découverte donc, que ce vigneron sensible et attentif à son environnement, ce qui s'explique aussi par sa formation en agrobiologie, dans le cadre de ce qui est l'équivent de l'INRA en Suisse, puis par son passage dans une école d'ingénieurs en gestion de la nature. S'installant en Valais, ce genre de postes étant largement comblés, il a finalement trouver un emploi dans le tertiaire, à Martigny, où un aménagement du temps de travail, du type temps partiel annualisé, lui permet de faire face aux différents travaux de la vigne et du vin.

Au final, pour une même journée, trois approches pour une même viticulture régionale. Des approches différentes, même si les sensibilités des uns et des autres suivent certains fils identiques. De toute évidence, ces encaveurs proposent les vins qu'ils aiment, même s'ils n'ont pas le même vécu et le même recul, démontrant là, à eux trois que la sincérité et les convictions nous entraînent, nous autres amateurs, sur des chemins passionnants, de par leur variété. La diversité prouve encore que la volonté de certains, de tenter d'uniformiser, ne serait-ce que leur propre production, millésimes après millésimes, n'est pas l'option dont on rêve, verre en main. Mais, nous sommes bon nombre à le savoir déjà...



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