La Pipette aux quatre vins

04 février 2019

David Poutays, Clos de Mounissens, St Pierre d'Aurillac (33)

Au sud, la Garonne coule son cours de fleuve tranquille, à quelques encablures de Bordeaux... Saint Pierre d'Aurillac s'étire en montant, pente douce, vers le nord, à partir de la rive droite. La moitié de la surface de la commune est dédiée à la culture de la vigne, en AOC Bordeaux ou Côtes-de-Bordeaux-Saint-Macaire. A mi-pente du premier coteau, c'est là que David Poutays et sa compagne Agnès s'occupent attentivement, depuis la fin 2002, des quelques deux hectares du domaine familial, le Clos de Mounissens. Les générations précédentes disposaient bien de plus de huit hectares, poiriers compris, mais les partages incontournables imposent parfois quelque division, sans compter les décisions européennes, décrétant un "feu bactérien", pour justifier et imposer l'arrachage des fruitiers de la tradition locale. Ici, à Mounissens, fief familial s'il en est, puisque ce sont les ancêtres Poutays (tonneliers, arboriculteurs et viticulteurs) qui donnèrent au lieu son nom, dans les années 1710, alors que, non loin de là, au début même du Siècle des Lumières, Montesquieu, baron de La Brède (où il naquit en 1689), s'apprêtait à devenir l'un des animateurs de l'Académie de Bordeaux et conseiller du Parlement de cette même cité.

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Voilà bien une décennie que l'on me parle des cuvées de David Poutays!... En 2015, à l'ouverture de La Vinopostale, cave dédiée aux vins vivants à La Roche sur Yon, le vigneron de Mounissens était bien sur mes tablettes, comme sur celles de Tronches de vin, parce qu'il faut bien du Bordeaux - que diable! - lorsqu'on veut évoquer les vins du futur!... Mais voilà, même en parcourant les chemins de traverse, il arrive que nos routes ne se croisent pas... Un jour, l'aventure se termine, la cave ferme, la démarche livresque ou guidesque se tarit et l'on passe à autre chose... Et puis, le hasard fait son oeuvre!... Mais y a-t-il vraiment un hasard?...

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Toujours en quête de nouveauté, ou du moins de découverte de nouvelles aventures vineuses, je me retrouve, entre Noël et Jour de l'An derniers, au coeur des Graves, en compagnie de Jean-Baptiste Duquesne, nouveau propriétaire du Château Cazebonne. "Ce projet n'aurait pas pu voir le jour, si celui que je pressentais pour être le directeur du domaine, n'avait pas accepté!... Vous le connaissez peut-être? David Poutays, vigneron à ses heures, à Saint Pierre d'Aurillac!..." En un instant, tout s'éclaire! Celui dont me parlaient naguère, quelques-un de ses fans, nous rejoint pour parler plus en détails de ce projet un peu fou, mais plein d'espoir. Il m'était alors indispensable de découvrir Mounissens et ce "vigneron à ses heures", déjà fort d'une belle expérience dans la production de vins naturels, passionné, fidèle à ses idées et, un temps... salarié de Latécoère, à Toulouse, ce qui ne pouvait que nous rapprocher!...

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Nous sommes au creux de l'hiver, c'est la taille qui s'avère être l'activité principale du moment. A Mounissens, c'est Agnès qui s'y colle, pour l'essentiel. Depuis deux ou trois ans, elle s'attache désormais à restaurer, à re-former les pieds, un à un. Un travail attentif, presque d'orfèvre. En plus, cette année, la plupart des bois sont gros, plus que d'habitude, conséquence des plus de mille millimètres de pluie tombés pendant l'année, mais peut-être aussi contrecoup du gel de 2017 (80% ici) et de la virulence du mildiou en 2018. Les hypothèses ne manquent pas, cette année, quant au diamètre des bois. S'agit-il d'un réflexe d'auto-défense de la vigne?... L'an dernier, David concède qu'il a manqué quelques rendez-vous avec la maladie, par manque de temps, ne traitant qu'à l'occasion de cinq passages seulement, trop peu pour limiter les conséquences. A noter que l'emploi du cuivre est très limité, puisqu'à l'exception de 2013, il n'y en a jamais eu plus d'un kilo à l'hectare.

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Les parcelles les plus proches de la maison sont plantées de sémillon. Un total de 64 ares en deux parties (27 plus 37 ares), planté à 1,75m. Pas de trace de sauvignon sur le petit domaine. Si, naguère, le grand-père faisait des moelleux vendus au négoce,  à partir de 1982, le père de David, retraité de la fonction publique aujourd'hui, mais toujours bon pied bon oeil, ne faisait que des secs pour Sichel, négoce régional bien connu. De nos jours, un léger travail du sol est pratiqué et des couverts végétaux sont semés à la main en octobre. Sous le rang, un prestataire voisin procède à un léger buttage au moyen du cheval. Lorsqu'il reprend l'ensemble, fin 2002, le vigneron adopte la biodynamie, méthode qu'il a découvert auprès d'Alain Déjean, à Sauternes. Aujourd'hui, David et Agnès confessent la pratique d'une "biodynamie artisanale", ceci étant dû à la réduction du nombre de préparations, pour cause d'emploi du temps bousculé notamment par le "projet Cazebonne" et l'arrivée au foyer d'un petit bébé.

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Dans ce pays plutôt dédié aux rouges, le petit domaine comptait plus de cabernet que de merlot, ce qui est plutôt rare pour la région (qualifiée de "merlocratie" par certains!) et ce, jusqu'à l'arrachage récent d'une parcelle de cabernet sauvignon, située sur des limons, en bas de ce premier coteau de la Garonne. Plus haut, au-delà des sémillons, on trouve donc des merlots (plantés à 2,50m!), qui ne sont guère éloignés du second coteau rejoignant, peu ou prou, la ligne de crête des Premières-Cotes-de Bordeaux, où se situe notamment le Château Tire-Pé de David Barraud. Le total récent de 1 ha 50 de rouges est donc réduit environ à 1 ha 25, en attendant de nouvelles plantations, en lieu et place du cabernet sauvignon, à savoir des cépages comme le saint-macaire (incontournable ici!), le mancin, le bouchalès, peut-être le castets, mais aussi la sauvignonasse et le blanc auba, ce dernier étant l'égal du sémillon autrefois, notamment dans des appellations comme Sainte-Croix-du-Mont.

Dans le secteur, les sols sont essentiellement composés des molasses de l'Agenais, de boulbènes, d'un peu de sable, d'argiles à trois feuillets, ce qui en fait toute la difficulté : trop humides, ils sont extrêmement collants, trop secs, ils ne sont que poussière. La capacité de réaction est donc très importante. Les vendanges sont, quant à elles, manuelles depuis toujours. Les rendements oscillent entre 35 et 40 hl/ha, à comparer aux 80 hl/ha fréquents dans le passé, avec environ 4000 pieds/ha.

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"Ici, l'idée est de faire des vins structurés, pas des glouglous!..." Au début de l'aventure, David ne proposait qu'un rouge et un blanc. Après, s'est installée l'idée qu'une certaine adaptation au millésime s'imposait. Désormais, il laisse libre cours à son ressenti du moment. Il en va de même de l'intitulé des cuvées. Autre évolution notable, le passage de Vin de Table en Vin de France, la réglementation lui permettant désormais d'indiquer le millésime et le ou les cépages. Pour ce qui est des moelleux et liquoreux, là aussi, il est nécessaire d'observer l'évolution de la météo saisonnière. Il n'y a pas si longtemps, l'automne proposait des matinées de brouillard et le vent, quant à lui, était des plus légers. De nos jours, les nappes se cantonnent strictement au fleuve, le plus souvent et il n'est pas rare que des souffles soutenus de sud-est (peu fréquents naguère) viennent assécher la campagne. Ainsi, en 2009, il fallu trois tries (sur un mois et demi) pour ne produire que des demi-secs et 2014 ne permit de faire qu'un moelleux. A l'exeption de 2017, pour cause de gel et 2012, les autres millésimes récents proposèrent quand même des liquoreux, souvent façon passerillage, dans la limite quasi constante de 2000 à 2200 bouteilles de 50 cl par an, soit environ 13 à 15 hl/ha.

50976961_10218142905102093_5539300174410547200_nOn peut dire, sans risque de se tromper, que les vins de Mounissens sont à classer au rang des vins dits naturels et que le vigneron est pour le moins peu, voire très peu interventionniste. Dans le micro chai, les vendanges étant manuelles et pratiquées au moyen de caissettes, les rouges vont vivre leur vie : égrappage sans foulage, fermentation, macération d'une trentaine de jours le plus souvent, remontages fréquents au début, puis plus rares à la fin, écoulage, pressurage au moyen d'un petit pressoir vertical, mise en cuve, notamment pour assembler vin de presse (en totalité) et vin de cuve, puis passage en barriques après un long brassage (30 à 45 mn). Pas de sulfitage, si ce n'est, parfois, un peu de souffre volcanique sur le haut des cuves après assemblage définitif. Ainsi, le 2016 sera soutiré au printemps prochain. Dégustation des vins de chaque barrique. Assemblage des jus avec une partie des lies, pour conserver ce milieu réducteur. Le vin reste alors deux à trois mois en cuve pour une bonne sédimentation des lies, puis mise en bouteilles sans collage, sans filtration ni aucune intervention oenologique quelconque. Le vin reste six mois à un an (voire plus) en bouteille avant mise sur le marché, afin qu'il soit en place lorsqu'il est proposé aux amateurs.

Pour les blancs, un processus soigné est de mise dès les vendanges en caissettes, là aussi, en plusieurs tries selon le botrytis. Un pressoir horizontal relativement vintage mais performant presse lentement les raisins, afin d'éviter toute trituration. Les jus sont alors dirigés vers un garde-vin, placé en hauteur, pour la durée d'une nuit, afin d'obtenir une première sédimentation. Par gravité, le vin est écoulé jusque dans les barriques juste rincées à l'eau froide, pour la fermentation et reste ainsi sur lies, pendant environ un an. Ceci permet aux jus de se stabiliser, puisque les fermentations ne sont jamais stoppées, y compris pour les moelleux et liquoreux. Elles sont donc naturelles jusqu'à 14°, voire 14,5° ou même 14°8. Au terme de cet élevage, un soutirage est pratiqué, un peu de souffre volcanique dans les barriques et retour du vin dans celles-ci pour trois ou quatre mois. Le moment venu, il suffit de coordonner la mise des rouges et celle des blancs, pour pratiquer sans problème une mise directe en bouteilles sans passage en cuve. "Pas de filtration, ni collage, ni flash ceci ou cela, du jus de raisin fermenté!..." C'est simple, non?... Actuellement, un lot de 2016 et un autre de 2018 attendent le printemps...

50494690_10218142906302123_6576959471350710272_nLa dégustation (généreuse!) au coin du feu, proposée par David Poutays et ses parents (avec le petit potage - et le reste - à la mode girondine!) démontre bien toute la diversité de la production. Un seul duo annuel ne pouvait donner satisfaction, tant au vigneron qu'à l'amateur. Dans une logique "blanc sur rouge, rien ne bouge!", découverte des deux cuvées rouges disponibles. En premier lieu, la Cuvée Larrieu, du nom de la parcelle d'1 ha 20 (plus disponible), située à huit cent mètres, près de la voie ferrée. Uniquement du cabernet sauvignon planté en 1968 sur des sables. Dans l'ordre, 2013, qui ne passa qu'un an en fûts après une cuvaison courte, du fait du millésime, puis 2014, ouvert façon fruité légèrement acidulé et 2015, plus structuré et plus puissant, réclamant un peu de patience, mais avec un joli potentiel.

Pour le Clos de Mounissens, les cuvées prennent des noms évocateurs inspirés par l'année et fleurent bon la poésie du vigneron, qui se laisse volontiers porter par les évènements ayant contribué à la production des vins. Pour mesurer cela, je ne saurais que vous conseiller de visiter le site internet du domaine (voir plus haut) et d'en apprécier la prose, permettant de vous plonger dans la mémoire des millésimes...

Pour les vins disponibles, Sur le fil 2014, un assemblage de 44% de merlot, 38% de cabernet sauvignon et 18% de cabernet franc qui, après une cuvaison de trente jours, passa trente mois sur lies en barriques fermées. Après assemblage, la mise est intervenue en août 2017. Une bonne rondeur, mais un vin solide qu'il faut attendre. Le 2015 se nomme Red Side of the Moun'!... Même assemblage, mais élevage de dix-sept mois cette fois. Structuré, mais solide et fin. Avec le 2010, on entre dans le "surnaturel", mais surtout à cause des évènements!... La cuvée s'appelle La Lumière de l'Existence!... Tout un programme, non?... La plupart des vignerons n'oserait pas proposer une telle cuvée. Pourtant... Le vin est composé de plus de merlot que de cabernet (début de black-rot sur les cabernet sauvignon). L'élevage était d'une durée de vingt-quatre mois, mais le problème est survenu lors de la mise. Une fausse manoeuvre du prestataire renvoie les lies en suspension!... David ne souhaitant aucune filtration, le vin est mis en bouteille tel quel!... Quelques mois plus tard, la question est de savoir si ce vin peut être commercialisé?... C'est alors qu'un passionné d'ovnis de toute sorte passe au domaine : Andrés Conde Laya, de la Bodega Cigaleña, à Santander. Découvrant ce vin dans son verre, ce dernier lui demande avec humour : "Tiens, tu as fait un pinot noir?..." Après l'inévitable éclat de rire, le restaurateur espagnol passe commande. La cuvée mérite donc d'apparaître à la carte, catégorie vins hors normes. Peut-être pas à mettre entre toutes les papilles, mais les amateurs, surpris de prime abord, se régalent et en redemandent!...

50936742_10218142875861362_8176328163358408704_nDu côté des blancs, tous proposés en bouteilles de 50 cl, les surprises ne sont pas rares non plus!... Mise en bouche avec Sur le fil 2014, un blanc sec à base de sémillon vendangé mûr, sans botrytis. Un peu de soufre après le premier soutirage, mais une approche délicate et joliment nuancée. On passe ensuite à un demi-sec, Les Fruits de la Volonté 2009. Pas de botrytis non plus, plutôt du passerillage. Trois tries étalées dans le temps et un seul lot au final. La mise a été effectuée en août 2010, avec 18 g de sucre résiduel. Pas de filtration, ni de collage. Un fruit remarquable et un équilibre qui se tend en finale.

Jolie gamme de moelleux ensuite, avec tout d'abord Sur le fil 2014, un tiers de botrytis et environ 40 g de SR. Une belle dynamique là encore et une certaine délicatesse aromatique. Vient ensuite A quatre mains 2011, passerillage très tardif pour celui-ci et une vendange particulièrement attentive, effectuée par les parents de David. Un équilibre au long cours. Enfin, Le Voile se lève 2015, un moelleux qualifié de très aromatique par le vigneron, avec pas moins de 50% de botrytis. Équilibre, tension, énergie... Pourquoi ne pas mettre tous ces vins à table plus souvent?...

En 2004, c'est le second millésime de David Poutays. Pourquoi ne pas se laisser aller à ce que d'aucuns pourraient qualifier d'excentricité?... En fait, c'est le millésime qui le propose. Le sémillon est vendangé en sec à 12,5°, mais deux barriques présentent une acidité importante. Deux lots, c'est peu et beaucoup à la fois, mais pourquoi ne pas les laisser évoluer... sept ans et demi?... Histoire de faire le sémillon le plus château-chalonesque de Bordeaux!... Voici donc Le Voile de l'Oubli, un vin de voile à faire pâlir les Jurassiens!... A consommer notamment avec quelques fromages à pâtes pressées de belles origines : comté, mimolette, gouda, salers... Les 650 flacons de 50 cl de ce vin ont été mis en bouteilles en même temps que les liquoreux 2011. Ils ne sont donc plus disponibles... Mais, tout n'est pas perdu!... Un assemblage d'une petite partie de liquoreux 2010 et 2011 est parti en voile!... Oubliez le jusqu'en 2020, si vous voulez vous étonner, lors de son apparition au tarif!...

Le Clos de Mounissens, un micro-domaine donc, comme on en voit apparaître de nos jours. Ou comme il en existe quelques-uns, bien cachés dans le vignoble bordelais. Le vigneron est passionné, il a atteint une certaine connaissance, mais ne fait pas étalage de ses certitudes, s'il en a. Il est plutôt du genre à répondre aux défis et à s'interroger quant à l'interdit que certains voudraient lui imposer. S'il avait projeté de s'agrandir en 2012, la petite dimension de son domaine lui va sans doute comme un gant aujourd'hui, alors que Château Cazebonne n'en est qu'au "bal du ciment"!... Un grand challenge dans les Graves, une échappatoire pas trop prégnante, on peut l'epérer, de l'autre côté du fleuve et sans doute la possibilité de vivre presque deux vies en une!... Et ce n'est pas donné à tout le monde!... Pour les amateurs, de savoureuses perspectives certainement.

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13 janvier 2019

Château Cazebonne, l'Histoire de Bordeaux en 75 cl!...

C'est une histoire comme on en connaît d'autres dans le vignoble : un passionné de vin change tout à coup de cap, alors que son activité professionnelle le portait allègrement et part pour d'autres rives. En l'ocurrence, la reprise d'un vignoble, pour en faire peut-être un canon de l'appellation, mais aussi pour se pencher sur les archives et découvrir que Bordeaux, il n'y a pas si longtemps que ça, ne se conjuguait pas uniquement à coup de cabernet, de merlot, de sémillon ou de sauvignon. C'est l'aventure, qu'il faut prendre par le commencement, de Jean-Baptiste Duquesne, créateur naguère de l'un des sites de pointe sur Internet en matière de cuisine, à savoir 750g. Rendez-vous donc au Château Cazebonne, pour découvrir l'ampleur de la tache!...

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Météo hivernale, pour cette fin d'année 2018, dans le Bordelais, mais les sourires s'affichent sur les visages, malgré l'agenda que chaque heure, ou presque, complète et allonge. Un projet un peu fou, mais qui contraste bigrement avec une certaine forme d'immobilisme dans le célèbre vignoble de Gironde. Pas de ceux qui peuvent ébranler sur ses fondations boisé-vanillées cette région phare de la viticulture française, mais peut-être celui qui pourrait réactiver la mémoire locale du vignoble aux trois mille châteaux. Passionné de vin, Jean-Baptise Duquesne l'est depuis longtemps, mais sans doute s'étonne-t-il encore de ce qu'il a pu découvrir dans les archives, par la lecture notamment de soixante ou peut-être quatre-vingt ouvrages évoquant le passé viticole, pas si lointain que cela, d'une région qui chasse les fantômes de sa grandeur, que certains qualifient encore d'éternelle. S'il en avait le loisir (ce sera peut-être le cas dans quelques temps!), il reprendrait toutes ses notes et compilerait celles-ci dans une sorte de mémento du vignoble girondin, à destination de tous ceux (et ils sont nombreux!) qui pratiquent une forme de déni assez caractéristique de notre époque, zappant le moindre espace culturel et la richesse qu'on peut en extraire.

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Ce domaine est né de l'initiative du propriétaire du Château de Landiras, emblématique des Graves, qui dans les années 2012-2013, racheta le Château Cazebonne (15 ha) et le Château Peyron-Bouché (13 ha), tous deux sis sur la commune de Saint Pierre de Mons, afin d'en faire une seule et même propriété, patrimoine destiné à son fils. Mais, ce dernier ne se sentit pas prêt à franchir l'obstacle, si bien que l'ensemble fût remis en vente. Et c'est là que Jean-Baptiste Duquesne intervient, étant à la recherche du support de sa reconversion vers le monde de la vigne et du vin.

A quarante-sept ans, le néo-vigneron des Graves n'a pas pour ambition de véritablement s'ouvir une nouvelle carrière, avec formation et stages divers permettant d'obtenir le statut d'exploitant agricole, indispensable pour s'installer. Toujours impliqué dans le monde des médias et résident parisien, son projet ne peut se mettre en place sans la participation d'un "binôme technique", qui prendra la direction du domaine au quotidien. Déjà fan des vins de David Poutays, il ne tarde pas à lui proposer ce poste essentiel. Celui-ci, ayant découvert la biodynamie et les vins naturels aux côtés d'Alain Déjean, à Sauternes, ne met, en premier lieu, qu'une seule condition : trouver des terres, un domaine à reprendre, dans un rayon d'une dizaine de kilomètres autour de son domicile à Castets en Dorthe et de son Clos de Mounissens, micro-cru d'origine familiale de deux hectares environ, situé à St Pierre d'Aurillac. Ce qui lui permet au passage, d'abandonner son activité professionnelle alimentaire dans une entreprise de la région.

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Arrivés en septembre 2016, les deux hommes et leur petite équipe se mettent au travail d'arrache-pied, afin de remettre de la vie dans ces terres lessivées par nombre d'années de traitements conventionnels. A ce moment-là, il n'y a que mousses et la surface du sol est quasi bitumeux. A peine deux ans plus tard et l'apport de matière organique à haute dose (200 à 300 tonnes à l'année!) notamment, la terre montre à quel point elle est capable de reprendre le dessus, malgré les quantités de produits phytosanitaires ingurgitées. Bien sûr, la première vendange, 2016, est anecdotique. Elle ne permet qu'une sorte de prise en main technique, alors même que le domaine est sous-équipé. Malheureusement, 2017 est frappé par un gel printanier destructeur (-90%!) et 2018 est dévasté par un orage de grêle des plus ravageurs, le 15 juillet, jour de finale. Là, les dégâts atteignent +/-100% pour l'essentiel du domaine. Cela ne pouvait pas plus mal débuter!... D'autant que l'on ne peut attendre guère plus de 30 hl/ha en 2019, si l'année s'avère "normale"!... L'année en 9 sera-t-elle à la hauteur des attentes?...

La découverte du plateau de Peyron-Bouché est aussi l'occasion de constater que, malgré tout, le train du nouveau Cazebonne est bien posé sur ses rails. Dans la partie la plus ancienne du vignoble, un rang sur deux est semé de féverolles et de variétés anciennes de blés de la région, comme le barbu de La Réole ou le blé rouge de Bordeaux, entre autres composantes de l'engrai vert utilisé ici, dans le but de revenir à un bon sens agronomique. Du point de vue des cépages "classiques", le vignoble est composé aux deux tiers de rouges (2/3 de cabernet sauvignon et cabernet franc, plus du merlot et soixante ares de malbec) et d'un tiers de blancs (sémillon et sauvignon), sur à peu près une trentaine d'hectares en production. A terme, l'ensemble devrait atteindre une petite quarantaine d'hectares, y compris quelques parcelles en Entre-Deux-Mers et les huit hectares destinés à être plantés en cépages dits anciens.

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Car, cette aventure s'appuie sur une démarche attentive concernant les cépages qui "peuplaient" la région des Graves, au début du XXè siècle. Fort de ses recherches, Jean-Baptiste Duquesne est donc à l'initiative de ce qui pourrait être un bouleversement dans le landerneau viticole. Non qu'il souhaite surjouer un rôle qu'il ne veux pas se donner, celui d'un quelconque donneur de leçons, mais plutôt apparaître, à terme, comme une sorte de lanceur d'alerte : si la viticulture bordelaise fait du surplace, ne pourrait-elle pas se nourrir de ses archives et s'inspirer de son propre passé?... Car le vigneron de Cazebonne le sait désormais et le dit en s'appuyant sur quelques écrits : au tout début du XXè siècle, Saint Pierre de Mons était connu pour ses blancs, très proches des Sauternes. Les rouges étaient qualifiés "d'ordinaires", mais l'encépagement d'alors interpelle : 25% de malbec (ou mauzat), devenu anecdotique dans les Graves, 50% de cabernet et de pardotte (ou pignon ou tripet dans le secteur) et 25% de mancin et de bouchalès (ou picard). Ceci tend à démontrer que le cabernet devenu majoritaire était loin de l'être à cette époque. Ces cépages étaient donc à peu près ceux qui étaient présents en 1936, époque de la création des appellations. A ce moment là, la plupart doivent être arrachés dans un délai de dix ans, mais la Seconde Guerre Mondiale et l'après guerre ralentissent le rythme des arrachages. Si bien qu'en 1956, année du grand gel de février, sous l'impulsion des autorités, ces anciennes variétés disparaissent quasiment, au profit de celles que l'on dit "qualitatives". C'en est donc finit de cette diversité et de cette richesse étonnante, du fait d'une sorte d'effet d'aubaine provoqué par une météo extrême. Cabernets et merlot vont donc régner en maître dans le paysage!...

Par chance, depuis quelques temps et grâce au travail de certains pépiniéristes passionnés, on retrouve des plants de ces cépages anciens. Ici, on trouve désormais un îlot de saint-macaire (appelé parfois moustouzère ou bouton blanc - sic!), mais aussi de jurançon noir (ou enrageat, arribet, nochant, giranson et même petit noir, dégoûtant, voire folle noire!). Non loin de là, on trouve aussi de nouvelles plantations de mancin, de bouchalès, de béquignol, de castets, de penouille, mais aussi côté blancs, du blanc auba et du blanc verdet et même la sauvignonasse (ou sauvignon vert, autrefois présent à Sauternes) appelé friulano en Frioul, Vénétie et en Slovénie. Sans oublier du sauvignon gris surgreffé sur des sémillons, ainsi que du carménère, du petit verdot et peut-être même de la syrah, que Charles Cocks (voir guide Cocks et Ferret) signale, au cours de la deuxième moitié du XIXè siècle, bien implanté en Gironde!... Pour certains de ces cépages, il convient cependant de faire une démarche officielle, annonçant ces plantations, puisqu'ils sont considérés par les instances comme interdits (si ce n'est la plantation en elle-même) et donc, il est impossible d'en vendre les raisins et/ou d'en faire du vin!...

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Tous ces cépages seront plantés à raison de mille pieds minimum, dans un premier temps, afin de les vinifier dans une quantité significative. Ils sont actuellement au nombre de dix, mais seront bientôt complétés de cinq autres : mérille, prueras, gros cabernet, gros verdot et petit péjac. Cela peut ressembler, de prime abord, à un inventaire à la Prévert, mais Jean-Baptiste Duquesne revendique une franche exhaustivité en la matière. Le but étant, à terme de quatre ou cinq ans, de proposer dans un lieu dédié de Cazebonne, des dégustations de vins monocépages permettant de donner une idée de ce qu'étaient les vins de Bordeaux naguère (soit, au total, vingt cépages, y compris les "officiels"). Avant, le duo de vignerons aura acquis la certitude que ces variétés en sont bien représentatives. Certaines autres pourraient les compléter, si elles passent le cap d'une recherche historique attentive, comme c'est le cas du fer servadou (appelé aeyre dans la région et peut-être "importé" par les pénitents du chemin de St Jacques de Compostelle?) ou de cépages issus du piémont pyrénéen.

Il convient de noter également que, contrairement à la démarche de Loïc Pasquet non loin de là, il ne s'agit pas de plantations en franc de pied. David Poutays l'explique simplement en précisant que les sols destinés à cette méthode ne doivent pas dépasser 3% d'argile. Or, les parcelles de Cazebonne sont toutes situées entre 12 et 27% d'argile, ce qui représente un trop grand risque sur la durée, le phylloxera, puceron ravageur, étant encore bien présent dans la région. A terme également, l'acquisition de nouvelles parcelles dans la région de l'Entre-Deux-Mers pourrait permettre de surgreffer les cépages les plus intéressants. Enfin, le choix de planter des porte-greffes au préalable devrait se généraliser pour les parcelles nouvelles.

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Au chapitre de tout ce qui vient conforter la démarche globale du domaine, cette approche des cépages anciens est complétée par la pratique d'une interculture, afin d'éviter la monoculture. C'est le Jardin des vignes!... Ce choix est venu s'inscrire naturellement dans l'ensemble, par l'arrivée dans l'équipe de Francis, passionné de jardin potager et de légumes. Depuis longtemps, il avait envie de pratiquer comme son grand-père : un rang sur deux, grâce à des buttes paillées, quelques légumes sont mis en terre, comme l'ail, les blettes ou encore les betteraves. Une approche qui s'avère possible du fait de la densité moyenne du vignoble, soit 6000 pieds/hectare environ.

Dire qu'il tarde à David Poutays de pouvoir vinifier ces cépages anciens est un doux euphémisme. Il faut dire que ce qui se profile est rien moins que passionnant. En effet, la première hypothèse est que, si ceux-ci ne permettent pas de produire régulièrement des vins de qualité, ou qu'ils compliquent trop la tâche du vigneron, il sera toujours temps de proposer quelque vin primeur, voire même, comme le rêve tout haut Jean-Baptiste Duquesne, de mettre sur le marché un "beaujolais" pour Bordeaux, un de ces vins de copains que l'on met sur la table en toutes circonstances. Mais, il peut aussi s'avérer que l'assemblage de certaines variétés, lorsqu'elles s'expriment joliment, peut offrir un "vin d'antan" étonnant ou passionnant. Enfin, troisième éventualité, que l'on ne peut écarter d'un revers de manche, c'est l'apport qui pourrait se révéler positif, en vue d'assemblages du futur et retrouver ainsi les canons du passé, à l'instar de ce qui se passe à Chypre, où les cépages classiques (cabernet, syrah, merlot...) souffrent de l'évolution des données climatiques et qui, assemblés avec certaines variétés locales identifiées depuis quelques années, peuvent proposer des équilibres satisfaisant pleinement les amateurs.

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Bien sûr, il a fallu s'équiper grandement et repenser la cuverie. Celle-ci est neuve, à raison d'une cuve par hectare, afin de faire du parcellaire, avec vingt cuves en béton pour les rouges et sept en inox pour les blancs. Tout le reste a suivi : pressoir, dynamiseurs et pulvérisateurs dernier cri, entre autres. Pour les élevages, les dolias en grès sont pressenties pour une partie de la production, le tout après l'aménagement d'un local adéquat.

Si les deux vignerons considèrent qu'ils sont aujourd'hui face à une page blanche pour ce qui est des vins du domaine, ils ont néanmoins construit une stratégie commerciale forte. Bon an mal an, c'est une moyenne de 200 000 bouteilles qui entreront sur le marché chaque année. On imagine aisément le besoin d'une cohérence absolue pour tenter de trouver des clients, que Cazebonne n'a pas à ce jour. A priori, pas moins de quatre gammes seront proposées : Entre amis, avec des vins sur le fruit largement distribués, les Grands Vins Classiques, qui se présenteront comme témoins de la plus pure tradition bordelaise, pour ce qui est des cépages notamment, les Parcellaires, bénéficiant peut-être d'un élevage plus attentif et les Vins d'antan, résolument destinés à une clientèle de passionnés sans doute plus confidentielle.

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Avant de trouver cette clientèle forcément exigeante, il faudra aussi trouver sa place et se fondre dans le microcosme de l'AOC Graves. Et les premiers contacts avec les responsables locaux ont apporté leur lot de surprises, comme il se doit... Si David Poutays est plutôt au fait de ce genre de relation et du constat qui va avec, ce n'était pas le cas de Jean-Baptiste Duquesne qui, en homme bien élevé, s'est contenté de serrer quelques mains et de s'ouvrir aux commentaires parfois étonnants, réservant ses réactions à la sphère privée!... Il faut dire que les premières dégustations d'agrément incontournables valent leur pesant de cacahuètes!... Le premier essai de blanc, version 2016, qui n'avait rien pour lui (achat le 5 septembre, vendanges dans la foulée!), obtient malgré tout le label AOC, tout en considérant qu'il entrerait aisément dans la gamme vendue parfois à moins de trois euros dans la grande distribution, alors que les 2017, plutôt originaux gustativement parlant, n'ont pas reçu l'assentiment du jury, ce dernier persistant sur ses positions, malgré le contenu des analyses!... Dans notre beau pays, on n'est pas sorti le c.. des ronces!... Nombre de vignerons peuvent sans doute le confirmer!...

Les deux vignerons de Cazebonne viennent donc d'ouvrir un champ qui s'étend sur les deux prochaines décennies, au bas mot. Cela ne relève pas de la conquête spatiale, mais l'histoire a tout pour être belle. Ils ne devront certes pas manquer de persévérance, de ténacité et on peut leur souhaiter, avant toute chose, de ne pas être confrontés à trop de difficultés inhérentes à la viticulture. Ils ont pris la mesure du challenge, ne manqueront sans doute pas d'humour dans certaines circonstances, leur compétences devant faire le reste, tant techniques qu'en matière d'actions promotionnelles. A propos, vous pouvez suivre les aventures de Cazebonne sur Facebook, puisque les acteurs publient régulièrement des informations, permettant de goûter... leur quotidien, avant même de les rencontrer, verres en main!...

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01 janvier 2019

Bienvenue en 2019!...

DSC_0170Ah, vous ne connaissez pas Georges-Alexis?... Mon beau-père en fait!... 93 ans depuis le 10 décembre dernier et un pacemaker tout neuf depuis le 31!... Mieux qu'un cadeau de Noël, des étrennes qui peuvent le porter loin, encore plus loin... Quelque peu marri d'être hospitalisé pour quelques jours, plutôt que de partager avec sa famille les agapes du Nouvel An, mais prenant sûrement avec philosophie ce fâcheux contre-temps, redonnant à son coeur la bonne impulsion.

Je vous en parle, parce qu'à son âge, sa présence parmi nous a quelque chose de symbolique. Celle d'un homme toujours tourné vers l'avenir, fort de son expérience de la vie, que la maladie, dans sa jeunesse, aurait pu interrompre ; de ses voyages, dont ceux qu'il rêve encore de faire ; de ses rencontres, avec ces interlocuteurs multiples et variés, qui n'en sortent que très rarement indemnes. Confucius disait à qui voulait l'entendre que l'expérience est une lanterne que l'on porte dans le dos et qui n'éclaire que le chemin parcouru. Une citation que j'ai fait mienne parfois, mais qu'il m'a certainement inspiré en bien des circonstances.

DSC_0149A l'aube de cette nouvelle année 2019, vous qui êtes toujours prêt, Georges, à monter dans le canoë de la vie, pour aller voir plus loin sur cette rivière aux mille méandres, merci de nous montrer le chemin, en nous confiant désormais pagaie et gouvernail, dont nous devrons prendre soin... De la curiosité d'abord, de la culture aussi, vous qui fréquentez encore avec assiduité l'Université pour tous de votre ville natale (ou presque), ainsi encore, il y a peu, l'Atelier d'éciture, afin de maintenir en éveil, un cerveau qui n'a pas besoin de prendre sa retraite, combien de fois nous l'avez-vous répété et combien nous pouvons le constater chaque jour?... Tiens, à propos d'écriture, la vôtre, à nulle autre pareille, cunéiforme et distinguée, semble remonter le temps, avec ses pleins et ses déliés. Vos origines ne remonteraient-elles pas, quant à elles, à quelque scribe de l'Egypte ancienne?... A moins que du côté de la Tour de Moricq...

Dans votre vie professionnelle, vous fûtes expert-comptable (et commissaire aux comptes), une activité que vous avez assumée, comme un solide héritage auquel on accède un peu par hasard. Pourtant, je ne suis pas loin de penser que vous auriez pu être aventurier au coeur de contrées lointaines, avec un casque colonial vous donnant le profil de quelque célèbre docteur, ou volontiers expert et observateur de la voute céleste, calculant et recalculant la distance nous séparant de quelque exoplanète pouvant nous offrir une nouvelle vie... D'Einstein, n'avez-vous pas le look, au point que certains souhaitent parfois encore réaliser un selfie en votre compagnie?... C'est la forme moderne de notre héritage, peut-être...

Au matin de cette année 2019 (qui fera de nous des gens neufs?...), je vous souhaite à tous de garder de l'enthousiasme, de rester fidèles à vous-même, mais en restant ouverts à la nouveauté, pour peu qu'elle ne soit pas qu'une mode éphémère. Je vous souhaite aussi une belle santé, d'y veiller chaque jour, pour garder la force d'aller plus loin, de parcourir d'autres terres et d'y partager le vin de la vie.

Et vous Georges, n'oublez pas de changer votre pile dans un an!... Que diable!... Lucifer peut attendre!...

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19 décembre 2018

Liber Pater existe, je l'ai rencontré!...

Voilà quelques mois et même quelques années, que l'approche novatrice de Loïc Pasquet m'interpelle. Quelque chose que l'on pourrait sous-titrer façon retour vers le futur!... Avec, en arrière plan, la recherche quasi utopique, du moins considérée comme telle par les tenants d'un classicisme gustatif peu novateur, de vins qui ont vraiment "le goût du lieu" et pas seulement celui de cépages anciens, voire des temps pré-phylloxériques. La plupart des passionné(e)s, professionnel(le)s ou non, n'accumulent des données offertes à leur mémoire, que pendant trente ou quarante années, quelques rares fois plus. Mais, cette passion pour la dégustation engendre, pour certains, cette question subsidiaire : quel était le goût des vins au XVIIIè siècle, lorsque sont apparus ces domaines viticoles médocains notamment, dont la hiérarchie basée sur leur réputation et leur prix de vente à Bordeaux, à Londres ou sur quelques autres places, allaient déboucher (le mot est-il adapté?...) sur le célèbre Classement de 1855?...

48402825_10217856136453056_3240987647321047040_nLiber Pater, avec ses quatre hectares actuels, n'a pas, stricto sensu, pour objectif d'inonder la planète!... Et ce n'est pas le total de sept hectares visé, à terme plus ou moins lointain, par le vigneron, qui bouleversera la donne future!... D'autant que, malgré la plantation en franc de pied à 20000 pieds/hectare, le rendement actuel ne dépasse pas 10 hl/ha et, selon Loïc Pasquet, pourrait atteindre au mieux 20 hl/ha.

Après un premier passage, début 2017, sur "l'île de Villagrains" (bien connue au Lutétien, il y a 43 millions d'années...) sur laquelle se situe, de nos jours, la petite commune de Landiras et que le vigneron s'attache à planter de nombreux cépages, bien au-delà de ceux qui régissent les décrets d'appellation actuels, il me tardait de déguster ces premiers jus issus de castets et autre tarnay, ainsi que les cabernets et petit verdot non greffés.

Il faut rappeler, si nécessaire, que le vigneron installé au coeur des Graves a, depuis ses premiers achats de vignes en 2004, déclenché quelques tempêtes sous les crânes et dans le landerneau bordelais. Lui qui faisait partie de ceux devant révolutionner Bordeaux, selon la Revue des Vins de France en 2014, notamment par un aspect qui, fatalement, allait faire grincer des dents, à savoir le prix de vente, a depuis échappé de peu à l'échafaud que certains légalistes du cru lui promettaient... Mais, qu'on ne s'y trompe pas, l'homme, s'il a su faire face et se battre, garde la marque de ces années difficiles et une finale amère, qui ne sera pas cependant la caractéristique principale de ses vins du futur.

Après avoir mis sur le marché, dès les premières années, quelques bouteilles produites sur la base de vignes greffées et de vins élevés en barriques, fussent-elles haut de gamme façon Taransaud (un choix qui aurait pu s'avérer risqué au regard de son objectif actuel), et défini pleinement sa stratégie marketing sur laquelle il peut s'appuyer désormais, Loïc Pasquet semble avoir retrouvé une certaine sérénité, sans se départir néanmoins de sa combativité, qu'il ne peut se permettre de perdre de vue. Mais, en cette fin d'année 2018, il retrouve le sourire à la lecture d'articles parus récemment dans la presse nationale* et en voyant d'autre part, son agenda se remplir de multiples rendez-vous, notamment avec certains éminents conseillers ès-vinification de la région, ne pouvant ignorer cette démarche innovante. Rassurez-vous, je ne me range pas dans cette catégorie, ce qui ne m'empêche pas d'apprécier le moment!...

48365121_10217856138693112_3985097263998304256_nCar voilà, il faut bien dire qu'évoquer mes précédents contacts avec le vigneron et sa démarche, ne manquait pas jusque là de soulever une certaine forme de suspicion : "Mais enfin, vous avez déjà goûté à Liber Pater?..." Une question parfois entendue, qui cachait mal la perplexité, pour le moins, de mes interlocuteurs. Loïc Pasquet prend tout cela avec humour, notamment lorsque je lui fais remarquer que Liber Pater et lui ont les mêmes initiales... "Il ne faut pas y voir une quelconque forme de mégalo! C'est comme Emmanuel Macron et En Marche!..." Il en va de même avec les échos entendus çà et là, de ses projets de construction de chai!... "Il paraît qu'il en fait construire un façon pyramide?..." En fait, surpris d'avoir rendez-vous à son domicile en fin de journée et donc, ne pouvant découvrir cette supposée oeuvre architecturale, je constate amusé que le vigneron est, en fait, en train de rénover une maison ancienne au coeur du village de Podensac (celui-ci remontant à l'époque gallo-romaine, plusieurs couches apparaissant sur les fondations), celle-ci permettant d'y aménager à terme une salle destinée à recevoir tous les contenants d'élevage, au rez-de-chaussée, alors que, pour le moment, ils sont entreposés à l'étage, auquel on accède par une échelle métallique façon accès à la Mer de Glace!... Déguster Liber Pater, ça se mérite!...

Sur ses quatre hectares de l'anticlinal de Landiras-Villagrains, les vignes greffées ont été désormais toutes arrachées, pour laisser place à des plants francs de pied de cabernet sauvignon, petit verdot, cabernet franc, castets, saint-macaire et tarnay. Cette année, tous les blancs initialement plantés ont été également arrachés, mais devraient faire leur retour ultérieurement, quand certains aspects réglementaires seront résolus. Au total, pas moins de 25000 pieds, tous cépages confondus, vont être plantés en 2019.

Pour ce qui est des élevages, Loïc Pasquet a la conviction que les barriques conviennent mieux aux vignes greffées. Il en a fait l'expérience pendant quelques années, sans se départir de l'impression "d'aromatisation" des vins par le bois, fut-il bien choisi. Avec les premiers jus issus de francs de pied, il lui a paru évident qu'il devait les installer, pour deux ans environ, dans des dolias d'origine italienne. Celles-ci sont en grès, dont l'intérieur est revêtu d'un matériau ressemblant à du verre. S'il n'y a pas de contact avec la matière de base, elles sont néanmoins poreuses et permettent de maîtriser l'apport de 4 mg d'oxygène par litre et par an.

48374413_10217856144933268_7842149870591803392_nPassons donc ensuite, à la dégustation de ces jeunes vins d'à peine trois mois, qui vont me permettre d'approcher ces rares nectars. Je m'attends à quelque piège, malgré les dires de mon hôte. Le premier échantillon est d'une finesse au nez et d'une pureté de fruit pour le moins notable. Il s'agit d'un cabernet sauvignon, apte à construire la colonne vertébrale du vin final. Ensuite, quelques centilitres de castets, profond et élégant. Le troisième ("il n'y a pas de piège!") est un petit verdot, dont on perçoit la structure et la charpente devant contribuer à la solidité de l'ensemble. L'ultime verre est un assemblage à la pipette des trois premiers, plus un peu de cabernet franc, un soupçon de saint-macaire et de tarnay. "C'est un proto Liber Pater, millésimé 2018!..." Le tout est d'une grande pureté et doté d'un toucher de bouche remarquable. Tout semble en place, sensation renforcée par la complexité du vin malgré sa jeunesse. On a le sentiment que le vigneron touche au but, celui que sa clientèle lui a fixé, dans sa recherche de "vins fins et purs", malgré la jeunesse des vignes!...

Ne nous y trompons pas, ils seront peu nombreux à apprécier ce vin après la mise, en 2020 ou 2021!... Et même si Loïc Pasquet espère en mettre deux mille bouteilles de par le Monde!... Ce nombre de flacons disponibles pourra-t-il tempérer la flambée des prix?... C'est peu probable. Après deux années blanches (2016 et 2017), où le gel a anéanti la récolte espérée (le vigneron s'est doté depuis d'un système antigel indispensable pour son terroir très frais), une autre année de lutte contre le mildiou, au cours de laquelle les traitements au cuivre furent nombreux et où l'idéalisme fût battu en brèche par le pragmatisme indispensable en de telles circonstances, le millésime 2015 arrive sur le marché et les prix s'envolent!... A peine 550 bouteilles produites (dont quelques-unes qu'il souhaite garder pour ses enfants) forcément très contingentées (12 par pays!) et les enchères battent des records!... Déjà apparu dans les vingt premiers vins les plus chers du Monde, Liber Pater devrait aisément grimper quelques échelons!... Au point que le vigneron refuse désormais certaines surenchères récentes!... Tout en se préparant à apposer sur ces bouteilles, une étiquette... d'une grande symbolique, à l'occasion du 170è anniversaire du Classement des Crus Classés de 1855!...

Décidément, certains pourraient qualifier cette démarche de "brutale", tant elle nous ébranle sur nos fondements d'amateurs de vins et de dégustation, voire de consommateurs. Qui sont ceux qui peuvent mettre sur leur table de telles bouteilles?... C'est peu de dire à quel point le fossé se creuse d'une extrémité à l'autre de notre société et les évènements récents nous l'ont rappelé... Pour un peu, on s'inquiéterait pour Loïc Pasquet, tant il nous parait inconcevable, à minima le plus souvent, d'imaginer être l'auteur d'une telle production et garder la tête froide. Pourtant, d'autres produits viticoles ou créations artistiques ont déjà atteint de tels sommets, faut-il le rappeler?... Vaste sujet, que vous pourrez aborder avec lui, peut-être, si vous vous inscrivez à la prochaine Étape du Tour, réservée aux cyclotouristes affûtés et qui se déroulera dans les Alpes, l'été prochain. "J'y participe tous les ans! C'est un moyen pour se fixer des objectifs sportifs, afin de rester en forme. Pour faire de la "haute viticulture", cela demande une grosse énergie. Il faut avoir une très grande forme, ce que me permet le vélo! Je reste affûté, c'est nécessaire. Dans les vignes, je marche dix à quinze kilomètres par jour. Nous avons les mêmes contraintes qu'un sportif de haut niveau sur une saison. Il faut une très grande forme physique et un très gros mental pour passer les épreuves de la saison..." En attendant, sachez que d'autres domaines bordelais ont choisi d'opter pour la plantation de cépages anciens, tel le Château Cazebonne, du côté de Langon. Il se mumure même que le célèbre Château Latour aurait planté du castets!... Affaire à suivre!...

*: voir aussi le livre de Jacky Rigaud et Jean Rosen, Le Goût retrouvé du vin de Bordeaux, paru cette année aux Éditions Actes Sud.

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20 novembre 2018

Daniel Alibrand, Domaine de l'Alliance, à Fargues

Jusque sur les étiquettes, Sauternes brille le plus souvent de tout son or. Pourtant, Daniel Alibrand en parle sans détour : "Aujourd'hui, Bordeaux, c'est compliqué! Et lorsque vous dites que vous venez de Sauternes, tout le monde se sauve!..." Lorsqu'il s'est installé en 2005, on comptait encore 215 vignerons dans l'appellation. Ils étaient 153 en 2012, millésime catastrophique à cause d'une pluie intense au moment des vendanges. Pourtant trois producteurs seulement n'en proposèrent pas cette année-là... Le plus grand nombre avait donc opté pour les nouvelles technologies et/ou des corrections classiques... La plupart des vins ne laissèrent pourtant pas un souvenir impérissable chez les consommateurs, condamnant au passage 2013 et surtout 2014, "le plus beau millésime depuis quarante ans!". Six ans plus tard, on ne compte plus que 132 vignerons et désormais, le marché du foncier est ouvert, tant il y a de propriétés à vendre, sur lesquelles de grands groupes financiers se penchent avec gourmandise. Et même s'il se murmure qu'une bonne partie des Grands Crus Classés aimerait bien trouver acheteur. Pire, il semble qu'environ 80% des volumes produits soient vendus en vrac et que la cave coopérative des vignerons de Tutiac apparaisse désormais dans le paysage, pour régenter un territoire où aucune structure coopérative n'a jamais vu le jour. Au-delà de ces aspects économiques et mercantiles, il n'est qu'à circuler un peu dans le vignoble, pour se rendre compte que nombre de parcelles sont en très mauvais état et que certains ne contribuent guère à la bonne image de l'appellation, d'aucuns la qualifiant pourtant encore de prestigieuse.

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J'avais noté son nom sur un petit carnet, une suggestion sans doute de quelqu'un avec qui je croisais le verre. Le vigneron de Langon habite une petite maison à la façade enduite et rustique, au bord d'une route plutôt passagère, aux confins d'une zone artisanale et commerciale de la ville. Rien à voir avec les façades de pierres blondes des crus classés de la région!... Arrivé en début d'après-midi, je ne repartirais qu'à la nuit tombée. C'est rarement le cas, il faut bien le dire, du côté de ces grands domaines, où l'accueil se limite à une visite guidée ne s'écartant pas de la ligne bleue virtuelle, mais presque visible (comme sur les marathons), le plus souvent managée par un fleuron juste diplômé d'une école de commerce de préférence anglo-saxone...

Précisons-le si nécessaire, Daniel Alibrand et un de ces rares "marginaux" dans ce secteur du vignoble bordelais. Et comme il ne cache guère son ressenti vis à vis des décisions et des orientations de certains de ses collègues, les rencontres professionnelles font parfois des étincelles. Ceci dit, la vérité est dans le verre et ceux qui ont goûté les vins de l'Alliance savent à quoi s'en tenir. Ici, point d'osmoseur (on parle là des "techniques soustractives d'enrichissement des mouts") ni de chaptalisation. A Sauternes, refuser ces techniques, c'est faire de lourds sacrifices. Au Domaine de l'Alliance, depuis huit ans, les productions en attestent : 2011, 5,5 hl - 2012 : 0 - 2013 : 3 hl - 2014 : 3,5 hl - 2015 : 10 hl - 2016 : 12 hl - 2017 et 2018 : 0!... Depuis 2005, année de son installation, Daniel Alibrand rappelle au passage que seuls trois millésimes ont dépassé 10 hl/ha!... Lorsque Alexandre de Lur Saluces disait naguère, lorsqu'il était encore à la tête d'Yquem, que le rendement moyen pour une décennie se situait entre sept et neuf hectolitres par hectares, nombre de ses congénères se gaussaient. Pourtant... "Quand tu veux bosser correctement, tu es sur ces bases là!"

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Dans une autre vie, Daniel Alibrand, originaire de Touraine, était marin-pêcheur du côté des Sables d'Olonne et de Saint Gilles-Croix-de-Vie et donc souvent en mer, sur une autre planète. Un accident le contraint un jour à rester à terre. Sa belle-famille étant propriétaire de vignes du côté de Fargues, il décide avec son épouse de relever le défi. Aujourd'hui, les voilà à la tête de 6,5 ha, dont ils s'occupent seuls, sur pas moins de dix-neuf parcelles, sur lesquelles 50% du vignoble comptent plus de soixante-dix ans. Du Sauternes haute couture, puisque chaque spot compte rarement plus de cinquante ou soixante ares, avec une diversité de sols plutôt importante, puisqu'on passe aisément d'alluvions sur un support de graves argileuses très dures et des calcaires décomposés, aux alios, puis aux graves avec argiles ferriques, aux crasses de fer, mais pas sur des sols profonds et là encore, des calcaires décomposés en dessous. Notons également que, depuis quatre à cinq ans, les nouvelles plantations sont pratiquées sur des porte-greffes plantés au préalable. Depuis quelques années, c'est la biodynamie qui contribue à mettre en évidence les qualités de ces sols et à soutenir la plante (avec l'utilisation de tisanes diverses), malgré le problème du rayonnement actuel et des souches résistantes de mildiou et d'oïdium.

Un petit passage dans certaines parcelles montre à quel point les calamités climatiques deviennent problématiques. "On a fait le bilan l'autre jour, depuis 2005, il n'y a eu que cinq millésimes où il ne s'est rien passé!... La clientèle voit les prix monter et s'étonne, pourtant, il nous faut bien lisser pour supporter ces épisodes!" Ce secteur de Fargues n'était pourtant pas connu pour être gélif et connaître des chutes de grêle fréquentes. Il y avait bien eu 2008, avec sa gelée à -0,7° après une pluie tenace au cours de la nuit précédente, puis 2014, avec des orages de grêle limités et très localisés. Depuis, 2017, avec ses deux ou trois matinées à -4° voire -6° selon les endroits, a marqué les esprits. Pire, l'orage du 15 juillet 2018, à l'heure de la finale de la Coupe du Monde, a démontré ce que la nature pouvait avoir d'extrême : des billes de glaces sont alors tombées pendant vingt minutes!... La nuée, venue du secteur Giraud-Filhot est allée jusqu'à Langon, pour aller mourir ensuite à St Pardon de Conques! Un ravage!... Vingt-quatre heures plus tard, il restait soixante-dix centimètres de grêlons dans les fossés, malgré les 30° ambiants!... Résultats : nombre de pieds détruits, jusqu'à quatre-vingt impacts sur les rameaux et la nécessité de deux traitements au miel à trois jours d'intervalle, pour sauver ce qui pouvait l'être... Personne ne sort indemne de telles journées. Curieusement, la vigne montre sa capacité à réagir.  Une parcelle grêlée à 100% l'été dernier, qui a, de plus, gelé trois fois au printemps 2017, a pourtant développé une abondante végétation. Daniel Alibrand s'interroge face à ce constat : il est intimement persuadé que le végétal a une sorte de mémoire de la météo, pour s'adapter aux conditions de chaque année.

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Bien sûr, il ne s'agit pas de dresser un constat de tous ces problèmes pour s'en sortir. Depuis 2013, Daniel Alibrand se devait de proposer quelques blancs secs, s'il ne voulait pas disparaître, à défaut de rouges, pour lesquels il dit lui-même ne pas avoir la même sensibilité. Il démarre alors une petite activité de négoce et sillonne l'Entre-Deux-Mers. Là, il ne tarde pas à trouver de très beaux raisins issus de non moins beaux terroirs et cèle des partenariats en confiance, rémunérant les vignerons à la juste mesure, en connaissance de cause. Désormais, les secs représentent 40 à 50% de la production d'une année normale.

D'une façon générale, les raisins sont vendangés par parcelle, lot par lot, du fait des différences de maturité selon les terroirs, sémillon d'abord, puis sauvignon bien mûr ensuite. Pour les secs, débourbage après pressurage. Le lendemain, 80% des meilleures bourbes sont réintégrées et tout repart par lot au froid, dans des petits garde-vins. Quand tout est terminé, l'ensemble est assemblé en masse pour le début des fermentations. Vient ensuite l'entonnage, deux ou trois bâtonnages en début d'élevage pour enlever l'excès de CO2 et éviter ainsi les surpressions dans les barriques. Après, plus la moindre intervention, aucun bâtonnage, ce qui n'est pas tout à fait en phase avec la méthodologie régionale, loin s'en faut!... Pour les liquoreux, deux types d'élevage, court et long. Il faut entendre court, du fait d'une mise en bouteilles dès le mois d'avril suivant la vendange, ce qui fait d'Esquisse 2016, 100% sémillon et 130 gr de SR, le "vin interdit"!... Interdit, mais gage d'un grand succès auprès de ses clients restaurateurs!...

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Verre en main, les secs donnent immédiatement une grande impression. Ils sont tout en finesse, ciselés et droits. En premier lieu Définition 2017 (75% sémillon et 25% sauvignon) donne le la. Puis vient Définition 2016 (50/50), avec toutes les caractéristiques d'un grand millésime, plein et expressif. La série est complétée par une sorte d'ovni, Déclinaison 2017, 100% sémillon, au premier abord pour le moins déroutant. "Dès le premier nez, le cerveau dit sucre, la bouche répond sec!..." Le cépage, ne dépassant guère 12,5° dans les meilleures années, exprime ici tout son potentiel aromatique et sort le vin d'une supposée typicité. De très beaux amers poussent la fin de bouche et suggèrent des accords met-vin multiples et variés. Remarquable!...

Du côté des liquoreux, le Sauternes 2016 (85% sémillon, 10% des deux sauvignons, blanc et gris et 5% de muscadelle), 145 gr de SR, montre, comme le sec de l'année, un grand équilibre et une expression très fine, distinguée. Le Sauternes 2013 est dans un autre registre, malgré un assemblage très proche du précédent (85% sémillon, 10% de sauvignon blanc, pas de sauvignon gris cette allée-là et 5% de muscadelle), 140 gr de SR. Ici, on note un caractère résolument épicé, qu'il avait dès le départ et une complexité qui le destine à la table. Du pur plaisir, "avec un potentiel de quinze ans au moins!" malgré la réputation du millésime. A suivre, le Sauternes 2014, issu d'un millésime à la météo équilibrée, sans excès de température. "Les plus grosses acidités depuis 1966 à Sauternes! Un millésime de légende à Yquem!..." Pourtant, c'est l'année de la mouche Suzukii, "déjà présente dans le secteur en 2011, mais dont les effets furent ignorés parce que le Médoc n'était pas touché!" avec ses conséquences sur le volume produit par ceux qui travaillent bien. D'où cette réputation d'une petite année, parce qu'il faut bien admettre que pour beaucoup, petits volumes impliquent petit millésime!...

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Comme on peut le voir, une conversation et une dégustation en compagnie de Daniel Alibrand nous ouvrent d'autres horizons que ceux, bien policés, des responsables locaux et des supposés tenants d'une tradition séculaire. "Sauternes repose sur un mensonge collectif depuis des années!" Pour une large majorité du vignoble de Barsac, Fargues, Sauternes, la logique productiviste l'a emporté. Les plus grands domaines ont fait le choix d'être présents dans la grande distribution, alors même que la production de ces grands vins liquoreux, symbole d'un haut artisanat et d'une passion jamais démentie pendant des décennies, ne devrait viser que le marché traditionnel, cavistes, restaurateurs, le seul qui leur permettrait d'expliquer les fluctuations de la production, dues aux caractères même de ces vins, en plus des problèmes rencontrés désormais du fait de la météo. Pourtant, on arrache les vieux ceps à tour de bras et les GCC ne jouent plus tous le jeu de la qualité à la vigne. 2018 pourrait en faire la démonstration, au terme d'une année sèche, l'absence de botrytis et des pH bien trop élevés. Mais, là encore, il y aura des volumes grâce à la technologie et aux corrections consenties. Les querelles intestines dans les syndicats de la région court-circuitent le dialogue et laissent les plus passionnés se confronter avec leurs difficultés. Symbole de notre époque?... En attendant, vous pouvez passer au Domaine de l'Alliance, dont le nom et le logo - la salamandre - n'obéissent pas à de quelconques données historiques, illustrant les supports de com' de certains domaines, mais à des raisons très concrètes : l'alliance de l'homme et de la nature d'une part et la présence régulière de l'animal, en mars et avril, dans toutes les parcelles proches des bois, comme les marqueurs de tout ce qu'on doit préserver et apprécier, en se servant un verre de Sauternes vivant et authentique. Dont acte!...

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16 novembre 2018

Trois nuances de Graves rouges (et blancs), saison 2

Automne 2018. Après les informations qui ont circulé depuis le printemps, dans la plupart des vignobles français et des visites en Anjou et dans le Muscadet, il était intéressant de se rendre dans le Bordelais, région qui n'a pas été épargnée par les aléas climatiques. Là encore, ce combat contre les pluies diluviennes ou la grêle, puis contre un mildiou particulièrement actif, amène les plus combatifs, ou les plus chanceux, vers un millésime très réussi. A la mi-juillet, ce n'était pourtant pas écrit!...

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~ Cyril Dubrey, Château Mirebeau, Pessac-Léognan ~

Cyril et Florence Dubrey, même s'ils gardent le sourire, ont du mal, certains jours, à profiter de la plage!... Leurs quatre hectares entourés de lotissements au coeur de Martillac, sont partagés entre l'ancienne mangrove et le rivage provoqué voilà 19 millions d'années, par le Mouvement burdigalien, où les coquillages fossiles ne sont pas rares. Après une bonne année en 2016 et notamment un très beau rouge qui marchait sur les traces de l'exceptionnel 2012, il n'est qu'à contempler le chai à barriques, pour constater à quel point le gel de 2017 n'a laissé là que la portion congrue du millésime. Les lots dégustés sont composés d'un tiers de merlot, d'un tiers de cabernet sauvignon et d'un dernier tiers mêlant carmenère et petit verdot. Un beau potentiel pour l'ensemble qui s'ouvre déjà délicatement, à la dominante caractérisant une année "froide", avec des jus aux alentours de 13,5°.

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Pour 2018, rien ne va plus au domaine!... "Pour tout dire, c'est pire que 2013!..." En effet, Cyril Dubrey mise sur une barrique de blanc et peut-être deux pour le rouge au final. Le blanc sera un 100% sauvignon, qui exprime déjà une jolie tendance, sur de délicats arômes. Selon le vigneron de Mirebeau, les rouges seront capiteux à Bordeaux, se situant entre 15,2° et 15,5°! Quelque part entre 2003 et 2009. Après les rendements réduits en 2016 et 2017 (15 hl/ha environ), le résultat de l'année semble apporter là de l'inquiétude et renouvelle le questionnement de celui qui a adopté la biodynamie en 2005. "Parfois, j'ai envie d'exprimer quelques doutes quant au bio à Bordeaux!... Si on a la mousson chaque année au printemps..."

De plus, il faut bien dire que l'on entend parler, çà et là, de réussites exceptionnelles du côté des rendements... Ce qui gène quelque peu Cyril, lorsqu'on met en parallèle la virulence du mildiou. Plutôt que de s'étendre sur toute forme de suspicion, le voilà lancé dans un autre axe de réflexion : doit-il s'orienter vers des vignes espacées et des densités plus faible? Peut-on adopter une conduite en pergola, afin de lutter contre l'humidité de mai et juin? Pour lui, le problème, c'est la durée d'humectation de la feuille face à la maladie. Faut-il revenir au système ancestral des joualles? On le voit, Cyril Dubrey n'est pas désemparé face aux évènements, mais il sent qu'il doit évaluer une foule de détails et leur globalité, en essayant de savoir ce qui gêne. Aujourd'hui, on ne peut qu'espérer, pour le Château Mirebeau, une sortie par le haut de cette période difficile. Au passage, n'hésitez pas à passer au domaine, notamment lors des Portes Ouvertes du début décembre, comme chaque année.

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~ Jean-François Chaigneau, Château Massereau, à Barsac ~

La famille Chaigneau, d'origine vendéenne, s'est installée à La Pachère en 2000. Là, le Château Massereau, ancien relais de chasse des Ducs d'Epernon, veille sur les vignes depuis le XVIè siècle, ainsi que sur le cours du Ciron qui coule au bout des rangs, avec ses frondaisons vertes, en attendant les brumes matinales de l'automne, si favorables à la production de Sauternes. Avec son frère Philippe (grand voyageur en charge de la promotion du domaine) et le soutien de ses parents, Jean-François Chaigneau est un vigneron passionné, qui parle volontiers de tous les avatars qui se présentent à lui, au fil de l'année viticole, mais qui garde le sourire en toute circonstance. En fait, il compose avec la nature et la respecte d'autant plus. Le domaine n'est pas labellisé bio, mais HVE (Haute Valeur Environnementale). Depuis quinze ans, le cuivre est très peu utilisé, au bénéfice du zinc, des huiles essentielles citron et orange, contribuant à sécher le mildiou et à tous les stimulateurs des défenses naturelles de la vigne.

En cette veille, ou presque, de 11 Novembre, il a signé l'armistice avec le mildiou et la pluie, auxquels il a fallu livrer bataille, alors même qu'il était difficile d'entrer dans les parcelles. Mais, après le gel de 2016 qui avait touché les jeunes vignes et surtout celui de 2017, qui aurait pu provoquer une année blanche, si les soixante ares (dont vingt de petit verdot) acquis récemment sur Illats, en Graves, n'avaient permis de sauver ce qui pouvait l'être. Au total, quinze hectolitres de rouges et trente cinq de clairet issu de tout le reste des parcelles. Un vrai clairet dans la plus pure tradition, qui ne manque pas de supporters!...

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Avec 2018, pour la première fois, les vendanges des rouges étaient terminées (7/8 octobre) avant même la première trie de Sauternes (11/12 octobre), pour un final début novembre. Sur les 1,10 ha de Sauternes, on ramasse ici les raisins au stade confit-rôti, soit cette année, vers 13,5°, 180 gr de sucres résiduels après vinifications et 19 à 24° potentiels selon les tries. A noter que la production d'un second Sauternes, La Pachère, avec des équilibres à 13° et 100 à 120 gr de SR, rencontre un vif succès, notamment dans la restauration.

On a beau être au coeur de ce qu'il convient d'appeler le Barsac-Sauternes, il n'y a aucun blanc sec produit ici. La propriété qui compte actuellement 8,70 ha en production (replantation à venir pour atteindre +/- 10 ha) n'est pas en mesure de s'y consacrer, selon le vigneron, avant quelques années, avec le niveau d'exigence voulu et les installations adequat. En revanche, la part belle est donnée aux rouges, avec pas moins de six cuvées, en plus du clairet.

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La première cuvée en Bordeaux Supérieur - Tradition 2016 - se compose de 60% de merlot, 30 à 35% de cabernet et 5 à 10% de petit verdot. C'est une agréable entrée en matière, qui ouvre la porte à la seconde - Cuvée X 2015 - avec un assemblage proche, si ce n'est un petit peu plus de petit verdot, mais surtout absolument sans soufre, gâche d'un certain succès auprès des amateurs (et notamment aux États-Unis!). Autre cuvée à succès - la Cuvée K 2007 - actuellement proposée, qui démontre la tenue d'un Bordeaux Supérieur bien élevé. 40/45% de merlot, 40/45% de cabernet et le reste en petit verdot là aussi. Le tout passe quatorze à seize mois en barriques et séduit par sa disponibilité immédiate. Le 2008 sera bientôt proposé à la vente, vu le succès aux USA!... A suivre, le Château Massereau 2011, en Graves. 50/55% de cabernet, 30/35% de merlot et 10/15% de petit verdot. Élevage idem que le précédent. Une très jolie bouteille, qui se révèle à l'aération, avec une belle tenue dans le temps.

Mais, le point d'orgue de la dégustation se situe avec les deux cuvées haut de gamme - Socrate et Eliott - en cours d'élevage. Celui-ci est toujours de vingt-quatre à vingt-six mois, dans des barriques de 225 litres venant des plus grandes tonnelleries : Boutes, Darnajou, Demptos, Stockinger et Atelier Centre France. Pour les deux cuvées, fermentation, malo et élevage se déroulent en barriques. Des vins tout en finesse et en tension. Socrate 2016 se compose de 30% de merlot, 30% de cabernet sauvignon, 20% de cabernet franc et 20% de petit verdot, mais le plus souvent, les quatre cépages sont présents à parts égales. Pour Eliott 2016, il s'agit comme chaque année d'une cuvée 100% petit verdot. Deux vins tout en dentelle!... Que l'on peut éventuellement se procurer en primeur, afin d'alléger la facture, si toutefois, la clientèle étrangère (près de 50% des ventes) n'a pas tout absorbé!... Pas de fausse note pour ce domaine et le Sauternes 2016, toujours en cuve, souligne la qualité de l'ensemble!... A ne pas perdre de vue!...

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~ Vincent Quirac, Clos 19 Bis, à Pujols sur Ciron ~

Vincent Quirac fait du vin depuis quelques années, mais tant de choses meublent son imaginaire et sa sensibilité!... On a parfois le sentiment qu'il pourrait être ébéniste ou ferronnier d'art. En 2001, sa vie d'aventurier, qui se nourrissait au vent du désert et aux nuits passées sous les étoiles, a changé de cap, la faute aux évènements qui modifient parfois la face du monde et sa course. A cette époque, il n'y a qu'une quinzaine d'années finalement, Patrice Lescarret, son ami vigneron de Gaillac, lui met le pied à l'étrier. Très vite, il se lance, dégote quelques vignes par petite annonce et vinifie notamment des Sauternes, lui qui n'aime pas le sucre ou, du moins, qui apprécie l'acidité dans les vins sucrés. Bien sûr, le résultat interpelle vite les amateurs. Faut-il y voir l'oeuvre d'un visionnaire?... Il faut bien dire que de nos jours, ces liquoreux ne dépassant pas 120/125 gr de sucres résiduels connaissent un franc succès. En 2018, la seconde cuve, issue notamment d'une deuxième trie contenant 30% de raisins secs, ne devrait pas dépasser 95 à 100 gr de SR.

Installé dans l'ancienne salle de bal du village de Pujols sur Ciron, près de la mairie et de l'école, il se réjouit de ce millésime généreux, après le gel de 2017 et la grêle en 2016. "La plus belle année depuis mes débuts!" Avec ses deux hectares (0,6 de Sauternes, plus 0,4 récupérés en 2014, ainsi qu'un hectare de rouges en Graves), il totalise cette année 32 hl de rouges, 10 hl de Sauternes, plus 2 hl de blanc sec (85/90% sémillon et 10/15% sauvignon gris), dont c'est le deuxième essai après 2017. Du côté des rouges, quatre cuves tastées alors que les fermentations malolactiques ne sont pas faites, mais néanmoins, quelques perspectives intéressantes. Pour Vincent, la difficulté de l'année résidait dans le fait que pas la moindre goutte de pluie n'est tombée entre la fin août et les vendanges, ce qui a amplifié le casse-tête pour choisir le bon moment de la cueillette. Quelque chose qu'il met volontiers sur le compte de son manque d'expérience, mais s'il avoue que les vinifications des rouges, c'est "un peu du pif", les jus goûtés là montrent que le feeling fonctionne!...

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Le premier rouge est issu des vignes de merlot de dix ans. Il le destine à la cuvée diffusée en vin de France. 13° et une tonicité de bon aloi. Le second, ce sont les vieux merlots. A ce stade, plus de 13° et zéro souffre! Celui-ci fera la base du Graves. Du côté des vinifications et malgré des moyens techniques limités, il essaie de maintenir la température vers 20/22°, avec une extraction douce, un minimum de remontages au seau et juste un léger pigeage au début. Le troisième rouge, c'est du cabernet sauvignon avant malo également. 12/13° et une bonne structure associée à une expression aromatique très agréable. Enfin, la quatrième cuve (3 hl) contient 70% de cabernet sauvignon et 30% de cabernet franc, avec très peu de souffre et un peu plus d'extraction. Les assemblages se feront courant mars. Il devront permettre la production de vingt hectolitres de Graves, ce qui est dans la moyenne habituelle. Pour finir, là encore, les deux cuves de Sauternes présentent un très beau visage à ce stade, même si on est encore loin du final.

Le vigneron de Pujols sur Ciron trace donc sa route, tout en estimant sans doute, que la grande notoriété recherchée par certains n'est pas sa priorité, parce que finalement, les pas qu'on laisse dans le sable du désert, disparaissent lors de la première tempête. Ses vins de Bordeaux au naturel font certainement grincer quelques dents dans l'appellation des Graves notamment, ce qui lui a valu des "avertissements" en 2015 et 2016, le plaçant sous surveillance du syndicat local. Mais, après tout, la vie mérite d'être vécue pour tout ce qu'elle offre : une petite navigation dans le Bassin d'Arcachon, avec quelques amis, l'observation d'un vol d'oiseaux filant vers le sud au coucher du soleil ou le bruissement des arbres, l'automne venu, lorsqu'il fait encore si doux, pour nous permettre d'ouvrir une bouteille de Sauternes sur la terrasse...

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~ Pascal Lucin, Clos Louie, à St Genès de Castillon ~

Nous sommes aux portes de la Gascogne, que diable!... Comme les célèbres Mousquetaires, les trois vignerons de ce nuancier de Graves sont finalement quatre. En effet, le Duché de Gascogne, entre le IXè et le XIè siècle s'étendait vers le nord au-delà de Libourne. Pascal Lucin et son célèbre Clos Louie, en Côtes-de-Castillon, trouvent donc leur place ici, pour évoquer le millésime 2018 sur la rive droite. Là aussi, la bataille de Castillon contre les effets des pluies diluviennes et le mildiou fut âpre, mais indispensable pour ceux qui voulaient sauver la récolte.

Pour commencer, verre en main, nous dégustons deux cuves de la production de l'année. La première est composée de baies entières de merlot et de malbec, avec par dessus, des grappes entières de cabernet franc vieilles vignes du secteur de St Philippe d'Aiguilhe, où se situe, à proprement parlé le Clos Louie. Ce lot est à 14° et 3,40 de pH, "juste parfait" selon le vigneron. Il traduit parfaitement ce vers quoi le domaine tend désormais : pas plus de quatre pigeages, des cuvaisons de trois semaines, au lieu de prolonger quatre à six semaines avant, puis écoulage quand tout est harmonieux. Cette évolution vient d'une réflexion quant à l'extraction et après diverses conversations çà et là. "Une fois que tout est calé, c'est le bois qui doit prendre le relais et faire émerger les choses, c'est inutile d'aller chercher plus loin..." Pour Pascal Lucin encore, "il faut penser le vin comme quelque chose de raffiné, de distingué, qui accompagne la table, la cuisine, mais pas comme un produit issu d'un process - quel mot affreux souvent utilisé à Bordeaux!... - comme dans l'industrie."

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Photos : Clos Louie

La seconde cuve contient le cabernet franc et tout le reste issu des vignes de St Genès, moitié baies entière et moitié grappes entières, mais le tout poussé à maturité. L'ensemble se situe à 15° et 3,50 de pH. Là aussi, le vin traduit tous les changements intervenus depuis 2016, avec la nécessité d'opter pour une approche plus douce, le travail du raisin devant changer. Les fermentations sont en cours, mais que voilà des jolis jus, pour lesquels violette et fruits noirs nous interpellent!... A suivre, après les entonnages en fûts italiens de 600 litres de chez Mastro Bottaio, le célèbre tonnelier du Frioul, adoptés désormais, après les premiers essais dès 2008.

Mais, si nous nous orientons là vers un millésime exceptionnel, il le fut à plus d'un titre, notamment pour la violence du phénomène mildiou. A St Genès, au cours de la journée du 4 juillet, il est tombé 110 mm de pluie!... Mais, ce n'était pas tout, puisque les 7 et 8 juillet, il est tombé 50 mm à chaque fois, ce qui doit être une sorte de record pour cinq jours de précipitations... au coeur de l'été!... Après cela, bien sûr, impossible de rentrer dans les parcelles avec un tracteur, qui plus est un enjambeur, sans prendre des risques insensés. Là, il fallait disposer d'un atomiseur à dos en état et se résoudre à passer dans les vignes deux fois dans la semaine. Pas de dimanche pour les braves!... Vu l'état du terrain, il fallait sept heures à Pascal Lucin pour traiter cinquante ares!... Et encore, une partie du haut des parcelles étaient inaccessibles. C'était pour le moins physique, mais c'est à ce prix là que l'on sauve la récolte.

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Pour expliquer l'ampleur du phénomène, le vigneron évoque les informations obtenues auprès de la Chambre d'Agriculture de la Gironde : en fait, depuis que celle-ci collecte les informations chaque année, soit plus d'un siècle, jamais n'avait été constatés autant de repiquages successifs du mildiou. Le précédent record datait de 2008, avec 28 repiquages, mais cette année, ce n'est pas moins de 40 attaques qui se sont succédées!... Elles étaient telles que, chez les conventionnels, les produits systémiques ne couvraient pas, seuls les produits de contact (cuivre) le permettaient, d'où le desarroi de certains.

Conclusion de cette journée, la dégustation d'un Clos Louie 2011, qui montre bien le caractère du cru (tendance ferrugineuse issue des sols argilo-calcaire, sucrosité...), témoin d'un autre style, dans un mode plus austère, avec lequel la patience s'impose ou s'imposait. Non que le potentiel de garde des vins actuels soit remis en cause, loin s'en faut, mais ce flacon démontre à quel point il a besoin de quelques heures pour s'exprimer pleinement et donner sa pleine mesure. On y retrouve cependant la dimension artisanale, presque artistique des vins du domaine et l'on se prend à rêver de la production d'un blanc sec, vins plutôt rares dans la région, alors même qu'ils étaient très présents jusque dans les années 70, avec beaucoup de sauvignon gris, lorsqu'ils furent arrachés et remplacés par des cépages rouges. Mais, affaire à suivre! Gageons cependant que s'il découvrait un hectare de blanc dans la région, il n'est pas impossible de Pascal Lucin se laisse tenter, pour notre plus grand plaisir!...

09 novembre 2018

Antonin Jamois, L'Île Rouge, à Lugasson, Entre-Deux-Mers

Retour des Indes, ou du moins de la route maritime des Indes!... A notre époque, les trentenaires ne rechignent guère à enchaîner des vies successives, où l'aventure tient sa place, sans préjugés, parce que s'enfermer dans un lot de conventions et les limites d'un territoire, fut-il familier, nous donne parfois l'impression de perdre notre temps, de voir s'effilocher le fil de notre vie. Antonin Jamois, Parisien d'origine, est de ceux-là. Il est sans doute quelque peu attaché à la symbolique des choses et le choix du nom de son domaine traduit cela. Non que ses deux hectares, à peine plus, de vignes ne produisent que des vins rouges et même si c'est le cas pour l'instant, c'est plutôt sa vie d'avant qui l'a inspiré. En effet, installé à Lugasson, dans l'Entre-Deux-Mers depuis quatre ans, il a passé avant six années à Madagascar, pour y produire des crevettes, après des études d'agronomie, option aquaculture. D'où ce nom de L'Île Rouge, puisque c'est ainsi que l'on appelle l'île continent de l'Océan Indien, à cause du déboisement intense, laissant apparaître désormais, vue d'avion, la latérite de son sol. L'île verte est donc devenue l'île rouge...

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... et L'Île Rouge se trouve bien au coeur de l'Entre-Deux-Mers, quelque part entre Garonne et Dordogne. Une appellation qui compte près de 1500 hectares et pas moins de 250 producteurs. On y cultive, sémillon, sauvignon blanc et gris, ainsi que muscadelle, donc uniquement des vins blancs. Mais, le merlot n'y est pas rare et cela à destination des Bordeaux et Bordeaux Supérieurs. Dans cet espace entre les deux fleuves, on trouve également au nord, le long de la Dordogne, les appellations Graves de Vayres et Ste Foy-Bordeaux, alors que sur la rive droite de la Garonne, se situent les Premières-Côtes-de-Bordeaux, Côtes-de-Bordeaux-St Macaire, Entre-Deux-Mers-Haut Bénauge sur neuf communes, ainsi que Loupiac, Cadillac et Ste Croix du Mont pour les liquoreux.

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Un secteur où tout ne va pas pour le mieux, ayant largement souffert et sans doute encore, d'une forte logique productiviste, puisque pas moins d'une quinzaine de structures de caves coopératives cohabitent ici, ce qui, dit-on, en fait la plus grosse coopérative de France, où l'on vend la tonne de raisins pour +/- 650 euros, gage d'une surproduction recherchée. Pourtant, le paysage n'est pas désagréable, surtout quand le soleil perce les nuages, à cette époque où la vigne se couvre d'or. En venant du sud, on découvre un vallonnement plus marqué par les affluents de la Garonne, la partie nord ressemblant davantage à un grand plateau calcaire, que les affluents de la Dordogne cette fois ont à peine creusé, la ligne de partage des eaux étant tracée d'ouest en est.

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Sources : vinsvignesvignerons.com et Wikipedia

Des considérations qui n'ont pas obnubilé de prime abord le vigneron, celui-ci revenant l'esprit libre de l'hémisphère sud avec l'envie de concrétiser un vieux rêve : faire du vin et qui plus est, le plus naturellement possible. Ce qui ne l'empêche pas de se projeter dans l'avenir avec quelques projets. Après un premier essai de vinification sur le millésime 2014, il dispose d'un peu moins d'un hectare en 2015 et les premiers vins, en vraie grandeur apparaissent. Il s'agit alors de merlot, exclusivement issu désormais des 2,2 ha de vigne plantée en 2001, à 5000 pieds/hectare, sur des sols argilo-calcaire, où parfois la roche affleure.

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Très vite, il détermine des modes de production devant préserver la meilleure qualité possible, notamment en faisant l'acquisition d'une vieille carrière du XIXè siècle pour les élevages et le stockage. Au préalable, il choisit de travailler le plus possible par gravité avec un élévateur, devenu son compagnon de travail privilégié. Ayant adopté une culture biologique (qu'il étend d'ailleurs aux parcelles appartenant à sa belle-famille, voulant de plus, planter une haie qui le protégera du mode conventionnel adopté par ses voisins), il propose un pet'nat' rosé issu de merlot, comme il se doit, qui permet d'entamer les vendanges. Celui-ci passe huit mois sur lattes et est dégorgé à la main.

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Ensuite, en 2016 notamment, trois rouges sont apparus : un premier, Petite Terre, sur le fruit, élevé en cuve uniquement pendant dix mois, un second, Grande Terre, dans le même esprit, mais élevé en barriques pendant dix-huit mois environ et un troisième, Équinoxe, sorte d'ovni issu de six mois (entre les deux équinoxes) de macération en cuve ouillée, puis élevé en barriques. Et pour ces trois cuvées, aucun sulfite ajouté.

Mais, c'est pour la vigne que la réflexion en cours est la plus intense. Au-delà de la restructuration des plants eux-mêmes, des tentatives d'enherbement et d'apport de légumineuses se succèdent. A ce jour, l'expérimentation est toujours d'actualité... lorsque les aléas climatiques ne viennent pas casser la dynamique : cette année deux épisodes de grêle les 29 mai et 4 juillet ont déclenché ensuite un mildiou ravageur, ce qui ne fait que prolonger les effets de la gelée de 2017. Une trêve dans cette météo pour le moins compliquée serait la bienvenue...

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Mais, ce qui tient particulièrement à coeur au vigneron, ce sont les surgreffages débutés en 2017 et poursuivis en 2018. En effet, la biodiversité est un peu inscrite dans les gênes d'Antonin et pour apporter de la variété, il s'est tourné vers les cépages anciens. Ainsi, en 2017, il a surgreffé mille pieds de castets et poursuivi sur cette voie en 2018. Si d'autres cépages rouges pourraient apparaître à l'avenir, il ne cache pas que certains blancs l'interressent, comme le camaralet de Lasseube, une variété qualitative connue du côté de Jurançon. Il se retrouve donc à l'initiative de cette expérimentation, puisqu'ils sont peu nombreux, à ce jour, à prendre ce chemin, marchant quelque peu sur les traces de Loïc Pasquet, même si la culture en franc de pieds est impossible sur la plupart des parcelles de l'Entre-Deux-Mers, sauf à découvrir l'indispensable sol largement sableux.

Antonin Jamois en est donc au tout début d'une nouvelle aventure, mais il est fort de cette capacité à prendre des initiatives novatrices, écartant tout préjugé et peu enclin à se laisser enfermer dans les carcans de la viticulture actuelle, qui plus est, au coeur d'une région qui souffre et qui pourtant a beaucoup de mal à se remettre en question. La route est longue, mais les amateurs de vins naturels et d'une certaine forme de bon sens peuvent lui faire confiance, pour découvrir avec lui, verre en main, des espaces nouveaux, aux dimensions de notre monde multiple et varié.

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05 novembre 2018

Fiefs Vendéens : à Brem sur Mer, encore du nouveau!...

Longtemps figé dans une viticulture circonscrite à la petite dizaine de vignerons du cru côtier de Brem - si l'on excepte l'impressionant travail de Thierry Michon (et désormais ses fils), réalisé depuis le milieu des années 90 - le secteur viticole vendéen, largement pourvoyeur de cuvées que les touristes de passage se partagent pendant l'été notamment, connaît et découvre une nouvelle dynamique. Il faut dire que celui qui anime le Domaine Saint Nicolas, à L'Île d'Olonne ne s'en est jamais caché : "A Brem, on n'imagine pas à quel point les terroirs sont magnifiques, exceptionnels!..." Quelque chose qu'il a répété à l'envi, et à qui voulait l'entendre, sur tous les salons et auprès de tous ses visiteurs. Inévitablement, ça devait arriver aux oreilles de quelques passionnés, prêts pour de nouveaux défis. Et ce n'est peut-être pas fini!...

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~ Bastien Mousset, L'Orée du Sabia ~

Le dernier arrivé, à la Toussaint 2017, n'était pas forcément inspiré par les déclarations du vigneron de L'Île d'Olonne, parce que ce sont plutôt des raisons familiales, autant que sentimentales, qui l'ont amené sur la Côte de Lumière. Fort de ses vingt-huit ans, le voilà à la tête d'une dizaine d'hectares, dont certains étaient quelque peu abandonnés depuis plusieurs années. Porté par son père, industriel choletais, quinquagénaire rêvant de travailler la terre au grand air et le rejoignant désormais, ses moyens financiers vite remarqués dans la région et tout à fait assumés, vont lui permettre d'être vite opérationnel, malgré l'indispensable conversion bio, du fait du choix de la biodynamie.

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Symbole de ces investissements importants, le chenillard qu'il utilise pour butter la vigne de cette parcelle, où se côtoient chardonnay et gamay. Lui faisant remarquer, dans une tentative d'humour, qu'il y a peu de coteaux dans la région, laissant supposer l'emploi d'un tel matériel, il fait référence à sa jeune expérience, qui l'a guidé dans son choix. En effet, passé notamment par chez Romain Guiberteau, pendant un an et demi, il garde le souvenir d'avoir du traiter les douze hectares à la main, du fait de l'impossibilité d'utiliser le tracteur, après des pluies conséquentes. Or, après cette première année d'observation sur le terroir de Brem, il considère que certaines parcelles sont composées d'un sol limoneux relativement épais en surface, du fait notamment de la présence de granite décomposé, que les fortes pluies récemment constatées au printemps peuvent désormais potentiellement se reproduire, comme nombre de vignerons le craignent et justifier l'emploi d'un tel matériel. Mieux vaut prévenir...

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Indiscutablement, son parcours a renforcé sa capacité d'analyse. Après un passage de deux ans chez Charles Joguet, à Chinon, mais aussi au Chili (Viña La Rosa, à deux heures au sud de Santiago) et même du côté de St Emilion (Fombrauge), sans oublier des petits coups de main chez Thierry Michon notamment, dont il dit "qu'il a ouvert beaucoup de voies à Brem, mais que sans doute, il reste à découvrir", il sait mieux désormais ce qu'il veut faire et surtout ce qu'il ne veut pas faire. Ainsi, il évoque l'idée d'une production peu interventionniste, avec notamment un "sulfitage intelligent", pour le moins pertinent.

Dans un premier temps, le parcellaire dont il dispose nécessite un travail conséquent. Il se réjouit de l'encépagement, même si des changements sont à venir par surgreffage, en particulier d'un joli spot de cabernet sauvignon âgé d'une dizaine d'années, sur des schistes ardoisiers affleurants, qui deviendra chenin et même d'un second qui sera, à terme, du chardonnay, soit au total, 1,5 ha qui vont nécessiter un travail important. En effet, le jeune vigneron n'apprécie guère le cabernet sauvignon. Il se déclare d'ailleurs plus porté par les blancs et le pinot noir, qui donnent de bons résultats dans le secteur.

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Malgré ces perspectives pour le moins laborieuses, Bastien Mousset prend donc connaissance depuis un an de son nouveau terrain de jeu. Les vignes dont il dispose maintenant offrent moult possibilités, avec des îlots sur schistes de grès, parfois aussi des schistes et du quartz, voire de la rhyolite. On trouve aussi des vignes pour le moins originales dans le secteur, comme cette parcelle d'un hectare de pinot noir, dont une moitié de pinot noir alsacien. Ils sont vinifiés séparément, comme c'est le cas pour chaque parcelle, mais seront assemblés au final. Le plus souvent, la densité est de 6250 pieds/hectare.

Mais, le domaine n'est pas uniquement organisé autour de la reprise et de la restauration d'un vignoble ancien. L'autre grand axe concerne de nouvelles plantations sur un sol granitique, qui donne beaucoup d'espoirs au jeune vigneron. Pas moins de 2 ha 10 plantés en chenin, gamay et un peu de pineau d'Aunis (1000 pieds). Nous sommes là dans le secteur dit Le Clos, connu naguère pour la qualité de ses vins, mais avec de faibles rendements. Il a fallu être persuasif, auprès des multiples propriétaires, pour regrouper cet îlot d'une quinzaine d'hectares devenu une friche, sans jamais devenir constructible... "Aujourd'hui, la friche, c'est souvent l'abandon d'un écosystème!" Le but justement sera d'en recréer un, contenant des espaces destinés aux animaux, aux fleurs ou à des cultures temporaires pour travailler les sols, avec des plantes décompactantes. En clair, réinstaller une polyculture perdue depuis des lustres. Point d'orgue de ce projet, la mise à disposition de soixante quinze ares à l'un des saisonniers du domaine, afin de planter de la camomille et peut-être, à terme, en fournir aux vignerons du cru qui le souhaiteront et préparer ainsi d'éventuelles tisanes et autres décoctions.

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Bien sur, un tel projet ne pouvait souffrir de s'installer dans des locaux vétustes et peu commodes. Si bien qu'un bâtiment situé en plein centre de Brem sur Mer, face à l'office du tourisme (bien joué!) a été récupéré. Il est associé à une construction neuve en cours, l'ensemble étant né dans le bureau d'études d'un architecte ayant déjà oeuvré du côté de Mareuil sur Lay. Cuverie inox de 32 et 50 hl (plus tard sans doute de 10 et 22 hl également), contenants en béton (avec groupe de froid intégré, à l'image de ce qui équipe désormais un célèbre grand cru bordelais) de 15 et de 35 hl et barriques de bonnes origines (Rousseau et Atelier Centre France notamment). Les installations comprennent aussi un petit laboratoire pour les indispensables analyses.

Voilà de quoi faire de nombreuses expérimentations avec ce premier millésime et ce, dans divers contenants. A terme, seront proposés un rosé (pinot noir cette année), trois blancs (un assemblage AOP, un chardonnay et un chenin proposés sans malo), un rouge AOP, un ou deux pinots noirs (selon la qualité des raisins), une négrette si possible et un vin atypique de l'année selon les opportunités, comme le cabernet sauvignon 2018, avant qu'il ne disparaisse du parcellaire. Tous ces vins seront à découvrir lors des rendez-vous de l'hiver, comme la Levée de la Loire, début février 2019, au Parc des Expositions d'Angers. Certains jus dégustés lors de cette visite laissent entrevoir de solides perspectives et sans doute, une mise en valeur complémentaire de ce cru de Brem qui le mérite. L'Orée du Sabia, un terme patois signifiant Sablais (puisqu'on est aux abords des Sables d'Olonne), qui s'implante en douceur au coeur d'un très beau terroir, à l'orée d'une belle aventure.

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~ Éric Sage, Domaine de la Rose Saint Martin ~

Pas à proprement parlé un nouveau venu puisque celui-ci est installé à Brem depuis le printemps 2016. La conversion bio se poursuit et ce millésime 2018 propose du volume, le domaine n'ayant pas eu à souffrir des aléas climatiques, autant que les années précédentes. Si son nouveau voisin Bastien Mousset a entamé ses vendanges le 4 septembre pour les terminer le 26 du même mois, celles du domaine sont venues s'intercaler, si bien qu'une même troupe de vendangeurs est intervenue successivement sur les deux domaines. Une proximité qui convient au vigneron venu du Loir-et-Cher, celui-ci avouant parfois une forme de solitude, que la proximité d'autres vignerons ne laisse pas supposer, mais que la réalité du quotidien montre parfois.

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Cela ne l'empêche pas de cerner de mieux en mieux ce vers quoi il souhaite aller : les vins naturels!... Avec néanmoins, les garde-fous d'une vendange de qualité et d'une meilleure écoute de ses terroirs, sans prendre de risques inutiles lors des vinifications. Le potentiel montré dès le départ par certains secteurs avec vue sur mer, pour son pinot noir notamment, l'incite à se positionner sur une autre voie qu'un certain classicisme et qu'une absolue rigueur, gages d'une évolution risquée vers des limites qui pourraient l'enfermer dans un style certes rassurant (surtout lorsqu'on a trouvé une clientèle), mais fermant parfois l'horizon. Éric Sage revendique cette liberté, tant pour lui-même que pour ses vins et c'est sans doute une bonne nouvelle pour les amateurs qui apprécient ses cuvées!...

A ce stade, nombre de cuves montrent de très belles perspectives, pour un millésime 2018 qui prend des allures de référent dans ce secteur vendéen. Pinot noir, gamay, précoce de Malingre, négrette, chenin (dont un lot élevé dans une barrique d'Atelier Centre France), chardonnay semblent armés pour devenir de vraies cuvées de plaisir, que l'on met aisément à table, la destination finale des vins, aspect des choses que l'on ne peut oublier avec ceux du domaine. Ces deux vignerons sont donc bien les symboles vivants d'une dynamique qui anime maintenant cette commune maritime, qui n'en est pas tout à fait une, puisque non située sur le rivage!... En effet, Brem sur Mer permit en 1974 de réunir en association St Martin de Brem et St Nicolas de Brem, qui finalement fusionnèrent, après référendum, en avril 2000. Tous deux participeront certainement de sa réputation, auprès de Thierry Michon notamment, comme les détenteurs d'une tradition viticole ancienne, puisque, dès le Moyen-Âge, les moines de St Nicolas installés ici, vont développer cette activité, pour en faire une des richesses locales, qui se confirme désormais.

28 octobre 2018

Muscadet : millésime mythique, mais pas pour tous!...

2018 sera une grande année, un grand millésime, à plus d'un titre!... Après les moments de frayeur au printemps, notamment du fait des 70 ou 80 mm de pluie tombée en quelques heures et la nécessité de réagir au plus vite, lorsque le matériel ne tombait pas en panne, puis une sécheresse presque digne de 1976 ou 2003, quelques fortes chaleurs en moins au coeur de l'été, les vignerons du Muscadet peuvent avoir le sourire. Mais, tout n'est pas si simple... Certains, les plus avisés, les plus vigilants ou les plus chanceux, font le constat de rendements souvent pléthoriques, avec des jus d'une qualité exceptionnelle. Pour d'autres, il y a la frustration de passer à côté d'un millésime qui reste dans les mémoires, lorsque la nature vous donne tout, surtout après deux années compliquées!... La faute à une défaillance matérielle ou technique au pire moment... Année d'anthologie certes, mais à relativiser au moment de tirer un premier bilan, parce que certains font un peu grise mine. Ceci dit, pour les autres, il faut aussi apprendre à gérer ces degrés naturels, toujours plus élevés...

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~ Marc Pesnot, à St Julien de Concelles ~

Le vigneron de la Sénéchalière le dit : "Je n'ai rien ramassé à moins de douze!" Vingt hectares, six cents hectolitres en cuves, la belle année que voilà! "Avec les parcelles relativement déplantées et mes vieux rossignols, on a bien fait du 45 hl/ha!..." Ce qui n'est pas la règle au domaine, il faut bien le dire. Ce rendement, cette réussite, il les doit à son extrême vigilance au printemps. Meurtris par la catastrophe du millésime 2016 et ses vignes dévastées par le mildiou, puis par le gel de 2017, vigneron et domaine auraient eu du mal à se remettre d'un jamais deux sans trois, que les plus pessimistes voyaient dans leurs plus noirs cauchemars!... Même si Marc Pesnot n'est pas enclin à baisser les bras. Il aurait plutôt tendance à innover, à rechercher de nouvelles approches, à ne pas se précipiter sur les traces des autres. Pour un peu, on le qualifierait de vigneron alchimiste, lui qui n'utilise plus de produits depuis des lustres et qui pourrait évoquer avec vous sa colère contre les pratiques maraîchères de ses voisins. Le metam sodium, il l'a découvert voilà quelques années, lorsqu'une sorte de "nuage toxique" l'obligea à se réfugier chez lui, alors même qu'il travaillait dans le cuvier!... Odeur nauséabonde, les yeux qui piquent... Comment cela peut-il être autorisé?... En fait, il semble que ces effets soient dû à une mauvaise utilisation du produit (comme dans le Maine-et-Loire récemment, c'est ce que disent les services compétents de la Préfecture!), mais il semble aussi évident que ce soit plutôt une activité économique que l'on protège, plutôt que de chercher à mesurer l'impact sur la population. Nous souffrons pourtant d'une double, voire d'une triple pollution : la vision plastique sur des hectares, l'utilisation d'un produit douteux, plus le traitement des sols destinés à la production de la mâche, grâce au passage d'une sorte de sous-soleuse répandant des graviers, afin de permettre l'emploi des tracteurs en toutes saisons. Résultat : des sols inertes et anéantis, qui pourraient bien devenir un jour des friches agricoles inutilisables. Il faut se rendre dans ce secteur du Sud-Loire pour avoir une exacte vision du problème!...

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Confronté aux affres de la météo ou aux maladies de la vigne, Marc Pesnot se projette toujours vers l'avenir. De plus, ces toutes dernières années, il a abordé point par point, tous les secteurs qui méritaient attention et restructuration. Ainsi, il a fait construire un nouveau bâtiment afin de stocker tout le matériel viticole. Une partie de cette nouvelle construction va d'ailleurs devenir un espace fermé destiné à l'embouteillage. L'accueil des visiteurs a lui aussi été grandement amélioré, avec un espace bureau vitré et une cuisine faisant office de caveau de dégustation très confortable. A l'arrière-plan, le cuvier a été entièrement rénové, afin de conserver une hygiène indispensable et les cuves sont positionnées sur des supports adéquats. Mieux encore, l'espace de stockage qui cachait les six cuves souterraines, construites par son père et non utilisées depuis longtemps, a été revu, pour justement permettre la rénovation complète de ces dites cuves. Au total, pas moins de 300 hl peuvent être élevés ainsi sur lie, à la mode du Muscadet, pour des durées plus ou moins longues.

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Au final, une certaine rusticité de l'ensemble laisse la place à un outil cohérent, permettant d'ouvrir de nouveaux horizons. Et tous les fans des cuvées de la Sénéchalière ne peuvent que s'en réjouir. Parce que, au delà de ces transformations, il y a autre chose... Face à la perte quasi totale du millésime 2016, Marc Pesnot avait créé une petite structure de négoce lui permettant d'acheter quelques raisins, çà et là, auprès de vignerons en bio du Pays Nantais et ainsi, sauver ce qui pouvait l'être. Même s'il fait assez peu référence à ces vins "qui ne sont pas issus de ses propres raisins", il est en passe de développer ce secteur. Parce que, pour lui, la passion et l'initiative l'emportent toujours. Ainsi, il a fait l'acquisition cette année de cuves tronconiques d'occasion en chêne (auprès d'Emile Hérédia), afin de mesurer l'impact de tels contenants, en les comparant à ses cuves en fibre utilisées depuis longtemps. Pour cela, il a acheté des raisins sur granit et sur gabbro, du côté de Vallet et La Chapelle-Heulin et en a réparti les jus dans les deux contenants. Il a procédé de même avec des melons issus de ses parcelles schisteuses. Désormais, le match est lancé!... Réduction, oxydation ou oxydoréduction?... A suivre!

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A noter que le vigneron est en pleine réflexion quant à l'élargissement des ces achats de raisins. En effet, disposant désormais de grands volumes permettant des élevages en mode Crus Communaux (18, 24 ou 36 mois sur lie), ce dernier n'écarte pas l'idée d'une sélection attentives de raisins et donc, à terme, de proposer sa propre sélection de crus, tout en appliquant son propre mode de vinification soit, pour l'essentiel, des pressurages très doux.

La méthode Marc Pesnot est pourtant relativement simple. Qu'on le veuille ou non, elle se rapproche des vendanges et vinifications à l'ancienne, lorsqu'on donnait du temps au temps. D'abord, toutes les parcelles sont ramassées en deux passages. Puis, le pressurage se déroule à très basse pression, soit à 170 millibars (au lieu de 1,5 bars!) pendant douze heures. Les vins dégustés sur cuve pour l'occasion sont donc issus du premier et/ou du second passage et de différents secteurs. C'est ce qui détermine le style de la maison. Parfois, les fermentations malolactiques sont faites ou pas. Dans certaines est intégrée une proportion de "nuitage", même si la plus grande part de celui-ci est désormais en cuves souterraines pour dix-huit mois. "Cette année, dès le huit ou neuf septembre, on a ramassé du chasselas qu'on aurait pu vendre sur le marché, nickel chrome!..."

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Le nuitage est en fait une macération carbonique en grappes entières qui atteint dix-huit heures, pratiquée tous les matins des vendanges, sur des raisins les plus sains possibles. Ensuite, pressurage et passage en cuves immédiat. Les vins sont alors différents dès le départ, avec beaucoup de fruit aujourd'hui, malgré les degrés relativement élevés (11,9°). Autre nouveauté notoire : l'apparition d'un Muscadet Primeur : Coeur de raisin, qui sera disponible à la mi-décembre. Une option qui était absolument impossible jusqu'à maintenant, du fait des fermentations se prolongeant le plus souvent au-delà du Nouvel An.

Notez également que pour la seconde année, sera proposée la cuvée 13è heure, issue de la "recherche fondamentale" du vigneron!... En fait, il tire profit de ce pressurage de douze heures pratiqué sur toute la vendange, pour le prolonger une heure de plus, en augmentant très légèrement le grammage de la pressée. "Il s'agit d'explorer le grain de raisin, sans atteindre le tanin. On en tire quelques gouttes à chaque fois et tout est assemblé. Le melon est un cépage non aromatique, donc tout se trouve sous la peau. On recherche donc les flavones plutôt que les anthocyanes, sans destructurer." Résultat, un jus plus coloré, une expression aromatique exaltante, pour ce que Marc Pesnot considérait jusqu'à maintenant comme un "vin médecin", dont il intégrait quelques litres dans certaines cuves, si nécessaire. Mille bouteilles en 2017, un peu plus cette année, mais il n'y en aura pas pour tout le monde!... Il en sera de même pour l'Abouriou, puisqu'un peu plus de quatre hectolitres de jus de goutte seulement seront disponibles. Il va falloir se présenter au bon moment!...

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Pour finir, notons que les vignes ne sont pas en reste, pour ce qui est des évolutions en cours. En effet, après la reprise de la parcelle dite du Rocher, dont la complantation n'était pas des plus réussies, du fait de plusieurs facteurs ayant contrarié les jeunes plants, la folle blanche octogénaire donnera quelques bois, pour une massale très attendue, avec une plantation sur une zone "de rocher pleine peau"!... Peut-être l'année idéale pour le faire, ces vieilles vignes de quatre-vingt ans semblent reposées, après deux années de disette, au point qu'elles ont produit de gros bois et que leur feuillage jaune tient toujours!...

Il y aura donc encore quelques nectars à découvrir du côté de St Julien de Concelles, soyons en certains, chez un vigneron qui relève les défis de l'avenir, tout en travaillant à la marge (certains diront, goguenards, border-line!) de tout ce qui se pratique dans la région. Pour le plus grand plaisir des amateurs, dont certains quelque peu lassés par l'uniformité ambiante. Même si le Muscadet nous habitue désormais à la notion de crus et à l'apparition d'identités remarquables.

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~ Julien Braud, à Monnières ~

Un jeune talent qui en a surpris plus d'un, lorsqu'il a sorti son premier millésime, en 2013!... Mais un vigneron qui garde la tête sur les épaules, même lorsque les éloges se bousculent à la porte de son petit chai de la rue des Moulins, au coeur de Monnières, qui ressemble plus à une sorte de garage, mais avec quelques volumineux trésors en sous-sol, comme il se doit en Muscadet. Au terme de ses études, il revient travailler avec ses parents qui possèdent une quinzaine d'hectares de jolis terroirs dans la commune. Mais, il est vite animé par l'idée de voler de ses propres ailes. La génération précédente est toujours là pour l'aider, même si le millésime 2018 sera son dernier, histoire de profiter d'une retraite bien méritée, mais cela va permettre à Julien de procéder à une première restructuration.

Car, le jeune homme est posé et réfléchi. Très vite, il avait procédé à de nouvelles plantations qui produisent désormais, ce qui s'avère être un atout, avec cette année prolifique. En même temps, il a prévu quelques aménagements, comme cette plate-forme de réception, à l'arrière, presque sur le toit du bâtiment, ce qui lui a permis d'installer le pressoir, afin que 90% des volumes soient traités par gravité, à destination même de la cuverie aérienne. Un moyen essentiel pour travailler avec délicatesse et toute la sensibilité voulue.

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L'objectif est désormais de passer de 10,5 ha à treize, voire quinze hectares, en composant un ensemble cohérent, soit avec certaines parcelles du domaine familial, soit en récupérant celles qu'il connaissait déjà, mais appartenant à des vignerons sur le point de partir à la retraite. Parmi celles-ci, une vigne sur amphibolite, proche d'une des siennes, où cette roche métamorphique très recherchée dans la région est déjà présente, avec une dominante de gneiss. Cette évolution, ce projet d'agrandissement sont aussi motivés par l'arrivée de son épouse sur le domaine, suite à la naissance d'un troisième enfant. Au chapitre des conséquences quelque peu crève-coeur, le couple a pris la décision de se séparer et de revendre ses deux chevaux, qui participaient aux travaux des vignes. Mais cela n'est sans doute que partie remise, même s'ils ont pu mesurer au passage l'exigence de la présence des animaux sur le domaine et la nécessité de s'en occuper chaque jour.

D'autres réflexions sont en cours, comme l'opportunité, ou pas, de proposer des vins issus des crus communaux de Gorges et du Pallet, en plus de ceux de Monnières-St Fiacre, ces derniers ayant participé à la réputation du tout jeune domaine. Mais, il s'agit de ne pas mettre la charrue devant les chevaux, notamment au regard des évènements climatiques de ces dernières années, instillant toujours quelques doutes et suggérant la prudence. Julien Braud, comme ses collègues vignerons du Muscadet, sait qu'il faut parfois une part de chance pour faire face et continuellement s'adapter à l'évolution des choses, telle que l'élévation des degrés naturels, comme le montrent notamment les rares vins rouges proposés ici. En attendant, vous pouvez reprendre un peu de cette cuvée domaine 2015, qui s'exprime joliment en ce moment. Santé!...

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~ Domaine de la Pépière, à Maisdon sur Sèvre ~

Ultime étape du jour, ce domaine cher à Marc Ollivier désormais animé par trois associés, puisque Gwenaëlle Croix et Rémi Branger sont venus rejoindre le vigneron de Maisdon depuis quelques millésimes. Au point que le vigneron à la barbe fleurie est souvent préposé à l'accueil des visiteurs, avec lesquels il se montre volontiers pédagogue et didacticien. Car, ils sont nombreux encore, ceux qui circulent dans le vignoble nantais, en se demandant ce qui a bien pu faire une si mauvaise réputation aux vins de la région. Désormais, la qualité des ces crus ne se dément pas, il n'y a qu'à constater à quel point la plupart des restaurateurs nantais sont devenus, en quelques années, leurs plus fervents supporters.

carte_crus_du_Muscadet_2014Le Domaine de la Pépière peut être considéré comme un des domaines référents de la région, situé en grande partie entre Sèvre et Maine. Un domaine familial à l'origine, mais qui ne faisait guère de bruit, à l'instar de son vigneron, dont la revue Le Rouge et le Blanc disait naguère "qu'il ressemblait, avec sa barbe fournie, à une sorte de Karl Marx ne jurant que par son terroir, un sacré capital!" Pour un peu, si son système pileux n'avait été blanc depuis quelques années, on aurait pu le qualifier de Barbe Noire, lui qui écume la mer océane pour satisfaire son autre passion, à savoir la pêche en mer!... Que celui qui n'a pas goûté et apprécié un bar de ligne grillé avec force fenouil, associé à son Château Thébaud, tel que ce 2015 au délicat premier nez d'anis, lui jette la première pierre!...

Malgré cette révolution de palais (à ne pas confondre avec Le Pallet voisin!) qui a occupé l'essentiel de ces dernières années, Marc Ollivier préparant soigneusement sa retraite prochaine, n'en a pas moins fait sacrément évoluer son domaine. Celui-ci qui, voilà à peine plus d'uné décennie, était bien plus connu du côté de New York et de la Côte Est américaine (tous les amateurs de cette contrée connaissent le Clos des Briords, vous pourrez en faire le constat en allant sur place!) que chez les cavistes de France et de Navarre, s'est fait une place de choix chez tous les dégustateurs, d'autant que la pratique tarifaire du domaine est restée une des plus raisonnables de la région. La cuvée Domaine de la Pépière, qui se décline en deux ou trois mises annuelles, ne dépasse pas six euros et les crus communaux restent sous les douze euros, départ cave. Ces derniers, avec leur élevage sur lie façon longue durée et leur potentiel de garde, sont désormais parmi les plus belles affaires du marché!...

Cette démarche des "Crus Communaux" (sur la carte ci-dessus datant quelque peu, il manque le dixième cru, Champtoceaux, en partie sur la rive droite de la Loire, qui s'ajoute désormais aux neufs premiers, voir aussi ici), le vigneron de la Pépière avoue aujourd'hui qu'il ne fut pas parmi les premiers à l'adopter, même s'il participa aux premières réflexions sur le sujet. L'idée qu'il défendait alors, c'est que la dénomination de "Muscadet sur lie" devait continuer à apparaître sur les étiquettes, ce que ne prévoyait pas la nouvelle législation. Cela pouvait, en effet, paraître paradoxal, alors qu'il s'agissait bien de prolonger le séjour des vins sur des lies fines, ceci étant propre à la région et méritant d'être défendu, surtout que désormais, ce mode d'élevage tend à se généraliser dans la plupart des régions proposant des blancs secs, alors que le soutirage y était généralement pratiqué. Fâché dans un premier temps de cette forme de reniement, il finit par rejoindre les meilleurs de ses collègues, proposant dès 2007 un "Clisson" issu d'un sol caillouteux sur granite à deux micas, puis plus tard un "Gorges" (sol d'argiles à quartz sur socle de gabbro), un "Château-Thébaud" (sol caillouteux sur un socle de granodiorite) et même un "Monnières-St Fiacre" (sols argilo-sableux plus ou moins altérés sur socle de gneiss désagrégé).

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Si naguère, la gamme proposée par le domaine était assez large (avec même une cuvée élevée en partie en fûts d'acacia!), celle dite de "Muscadet de Sèvre-et-Maine sur lie" s'est resserrée autour des trois cuvées les plus emblématiques, à savoir la cuvée domaine, dite Domaine de la Pépière, issue de diverses parcelles, le Clos des Briords (granite de Château-Thébaud pour l'essentiel) et la très appréciée Gras Moutons, issue d'un sous-sol de gneiss. Ce trio permettant de proposer des expressions nuancées, avec chacune leurs fans. On aura aisément compris, d'autre part, tout l'intérêt de la panoplie des crus communaux, démontrant toute la diversité des terroirs du Pays Nantais. Enfin, il n'est pas rare de conclure la dégustation dans le petit caveau du domaine, par un millésime plus ancien, du Clos des Briords par exemple, comme ce 2009, qui exprime tout le potentiel de garde des grands vins issus du melon de Bourgogne. Allons! Il est grand temps d'élever dans votre hiérarchie personnelle tous ces "grands crus" et de leur donner leur juste place à votre table!... Désormais, les négliger, voire même les ignorer, serait une impardonnable faute de goût!...

13 octobre 2018

La lumière de l'automne en Anjou

Fût-elle supposée connue après nombre de kilomètres engloutis (et autant de verres!) pour la parcourir, une région comme l'Anjou viticole recèle bien des surprises. Notamment par la beauté de ses paysages, l'automne venu, lorsque la lumière d'un soleil plus bas sur l'horizon nous offre une sorte d'ambiance cuivrée, qui sied à merveille aux vignobles, dont les feuilles encore persistantes se parent de teintes allant du jaune doré au carmin foncé. Lever de soleil sur la Loire, au Thoureil, pour commencer cette journée.

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L'Anjou, s'appuyant sur une histoire plus que millénaire, pourrait paraître figé dans le temps. Ses habitants et tous ceux qui l'apprécient sont quelque peu les dépositaires de son évolution dans bien des domaines. Les observateurs de sa faune peuvent passer des heures au bord de l'eau ou dans les bois pour observer et transmettre leurs connaissances. Ceux qui restent admiratifs de tout le bâti plus ou moins historique ayant traversé les siècles, s'étonnent chaque jour de la qualité du tuffeau que l'on touche du bout des doigts, ainsi que des teintes que la pierre blanche (mais est-elle bien blanche?...) prend sous différents éclairages de la lumière solaire. Les amateurs d'une cuisine ligérienne, s'appuyant sur de succulentes traditions, se remettent aux fourneaux, parce que se nourrir de tant d'accords mets-vins est peut-être un des fondements de ce qui nous lie, dans notre société à géométrie variable. S'étonner encore, pour ne pas sombrer dans la médiocrité!...

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Parlons du vin justement. Que n'a-t-on pu lire à propos des vins d'Anjou?... Pour l'essentiel, des petits rosés, parfois demi-secs. De ceux qui s'accomodent avec toutes les préparations, charcuteries plus ou moins fines, poissons du fleuve auxquels la vase attribue des relents qui nous font grimacer... Certains persistent encore et signent, à propos de ces rouges, des cabernets certes, mais pas à même de rivaliser avec ceux de Bourgueil ou de Chinon. Les blancs quant à eux, au caractère nettement sucré et à l'expression souvent layonesque, fussent-ils secs, ne peuvent prétendre à rejoindre l'élite des grands vins cristallins, sauf rares exceptions admises çà et là. Ne souriez pas!... Vous n'êtes pas à l'abri de lire encore ces inepties!...

Pourtant, le frémissement ne date finalement pas d'hier. Mais, les Angevins ne sont pas de ceux qui font bruyamment savoir, à quel point leurs savoir-faire ont évolué. C'est vrai, qu'avant tout, il faut d'abord s'entendre. Les chapelles ne sont pas rares dans cette contrée. Pensez-donc, la région est déjà partagée du point de vue géologique : êtes-vous plutôt Anjou blanc ou Anjou noir?... Vos pieds sont-ils plutôt ancrés dans les schistes et grès du Massif Armoricain ou dans les calcaires du Bassin Parisien?...

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Voilà quelques années, pour beaucoup, il s'agissait de ne blesser personne. L'appellation Anjou semblait convenir à tous et faire valoir l'idée que la région pouvait prétendre à une hiérarchie s'appuyant sur des niveaux de qualité à l'évidence différents, c'était faire injure à nos pères et aux pères de nos pères. Même si donner une définition et par là même, promouvoir les 2400 hectares de l'AOC, largement rive gauche, mais aussi rive droite, relevait de la sinécure absolue!... Tenez, prenez les Anjou blancs secs par exemple : dès le début du troisième millénaire, les amateurs mesuraient bien à quel point ils avaient évolué, grâce à l'apport de quelques vignerons qui n'acceptaient pas l'idée même de faire, des chenins de la rive droite de la Loire, le paradigme viticole de l'appellation. Curieusement, à cette époque là, Savennières et ses crus, semblaient avoir du mal à prendre la mesure du phénomène, alors que la hiérarchie locale se dessinait presque naturellement. Et, au final, l'idée d'un classement à la bourguignonne a d'abord fait son chemin (de vignes) sur l'autre rive, avec les notions de "Grand Cru", pour Quarts-de-Chaume et de "Premier Cru" pour Chaume, même si cela s'est fait dans la douleur de certains combats d'arrière-garde dans les prétoires!...

Aujourd'hui, grâce au dynamisme de certains et de certaines, les appellations Coulée de Serrant et Roche aux Moines vont rejoindre Quarts-de-Chaume, se séparant même du village originel, qui n'apparaîtra que sur la contre étiquette, avec les références du producteur. Savennières pouvant alors se permettre de nommer à l'avenir quelques "Premiers Crus" qu'il ne sera pas très difficile d'identifier : Clos du Papillon, La Croix Picot, etc...

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La journée, passée sous un soleil automnal bienveillant, allait me proposer de faire de réelles découvertes, me permettant de faire connaissance avec de nouveaux "crus" se conjuguant au futur. Preuve, s'il en est, que la région ne cache plus désormais, ces initiatives enrichissantes et ces passionnés qui investissent le vignoble ligérien. Certains diront qu'il en est encore temps, parce que les vignerons savent bien que le foncier viticole régional grimpe dans l'échelle d'une inévitable spéculation. Il n'y a pas si longtemps, on pouvait faire l'acquisition de quelques hectares de vignes pour deux ou trois mille euros/ha. Désormais, il faut être bien plus solide, financièrement, pour trouver une propriété viable. La rançon d'un succès nouveau, des nouvelles hiérarchies locales et d'organes de communication plus attentifs...

Arrivé au Thoureil au lever du soleil, j'y retrouve Antoine Pouponneau, angevin pure souche, mais présent depuis dix ans dans nombre de vignobles (notamment en Corse, au Clos Canarelli et du côté de Bandol) au titre de conseil ès-culture et vinifications. En sa qualité d'oenologue et de "tête chercheuse", il parcourt le monde, tout en étant un acteur principal du laboratoire Biocépage, très actif dans la recherche et l'identification des levures indigènes, dont il avait été question ici en 2013.

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Dans une récente conversation, il a évoqué cette pépite, dont il s'est porté acquéreur depuis peu. Lorsqu'un vigneron parle de sa vigne avec une telle ferveur et une aussi grande conviction, on devine très vite que cela vaut le détour. "Les beaux vins proviennent des beaux endroits"!... Un spot hors normes qu'il connaît depuis quelques années, puisque c'était le terrain de jeu préféré, dans son enfance, de son épouse Alice, dont les parents habitent l'ancienne chapelle située juste sous le clos. Pour s'y rendre, on emprunte une rue étroite. Le lieu-dit est indiqué sur un petit panneau perdu dans la vigne vierge d'un pignon : Richebourg. Ça ne s'invente pas!... D'ici à appeler le futur domaine La Chapelle Richebourg!... Mais non, ce serait sans doute s'attirer les foudres des instances!...

Après les premiers contacts, remontant à 2008, avec les anciens propriétaires, le domaine d'un total de 6,5 ha est acheté en janvier 2017. Les premières vendanges datent donc de ce millésime. Pour ce qui est de ce "clos naturel" de 65 ares, il n'est visible que pour les randonneurs arpentant le GR 3, le long de la parcelle ou de la Loire!... La plantation remonte aux années 1982 et 1983. On y trouve 15% de cabernet franc dans le haut et pour le reste, du grolleau, le tout conduit en gobelet, ce qui ne manqua pas d'interpeler Antoine, du fait de ses affinités avec Bandol. Après y avoir effectué quelques carottages, il trouve une argile très pure apparaissant dès vingt centimètres. "C'est comme Pétrus, mais en mieux, il y a la vue sur la Loire!" L'exposition plein est correspond parfaitement à ce qu'il recherche plus largement : des terroirs frais. Si le bas de la parcelle révèle plus de sables et d'alluvions, le grès affleure à différents endroits.

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Pour succéder à une culture très conventionnelle, la conversion en bio a été immédiate et confiée en partie à Éric Dubois (ex-Clos Cristal) qui assure l'entretien des vignes. Cette année, les vendanges se sont déroulées les 9 et 10 septembre. Pour le reste du domaine, à savoir près de six hectares, la vendange est vendue en raisins à d'autres vignerons de la région. Ceci restera valable pendant deux ou trois ans, jusqu'à l'équipement patient en matériel du nouveau domaine. A noter que le clos n'est séparé que par quelques dizaines de mètres d'une parcelle de vigne appartenant à Sylvie Augereau. Sur le bas du même coteau, une grande parcelle contient nombre de cépages, notamment du pineau d'Aunis, avec une exposition assez proche de celle du clos. On peut imaginer qu'une certaine restructuration est nécessaire, mais c'est surtout une bonne connaissance des différents lieux qui reste la priorité des toutes prochaines années. Antoine Pouponneau n'écarte pas l'idée de plantations nouvelles dans certains secteurs, en exploitant peut-être la présence de sable. Il va de soi que le clos devrait être le porte-étendard du domaine, avec tout son poids historique veillant sur le fleuve et ses pierres taillées qui jonchent son sol. Le domaine, quant à lui, devrait porter le nom de "Grange Saint Sauveur" et si l'on en croit les premiers jus dégustés du millésime 2016 en cours d'élevage en barriques, il pourrait bien faire partie des révélations des futures dégustations hivernales, aux Greniers Saint Jean notamment!... Qu'on se le tienne pour dit!...

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Après un passage dans le cuvier du Domaine Bois Mozé, du côté de Coutures, où quelques jolis jus 2018 se goûtaient fort bien, ainsi que d'autres en cours d'élevage, Antoine Pouponneau me propose de découvrir un lieu hors normes, sur la commune de Blaison-Gohier : le Château de Chéman. Une bâtisse dont la plus ancienne partie remonte au XIIIè siècle, au coeur de 25 hectares d'un seul tenant, dont 17 de vignes, le tout quelque peu protégé par la Loire, à environ 1,5 km au nord, les gels de ces dernières années n'ayant pas, ou peu, affecté le lieu. C'est Didier Roux, amateur de vins et de dégustations, qui s'en est porté acquéreur en 2016, avec l'espoir de faire enfin son propre vin, après pas moins de vingt-cinq ans de recherche. Il devrait cesser son activité professionnelle dans deux ou trois ans et se prépare un après pour le moins passionnant. Avant lui, nombre de propriétaires se sont succédés dans ce lieu magique, dont Jan et Gardie Liebreks, des Hollandais, entre 2007 et 2016 et, après la Seconde Guerre Mondiale, Madame Antoine, forte personnalité locale d'origine italienne, qui vinifia jusqu'à la fin des années 80. Dans l'intervalle, ainsi que depuis 2010, des fermages successifs destinèrent les raisins à la cave coopérative locale, ce qui fait de cette propriété une belle inconnue ou une belle endormie. Le nouveau propriétaire devra d'ailleurs patienter jusqu'à la récolte 2021, pour vinifier les raisins du domaine, contrat oblige. A noter qu'il est parfois possible de déguster quelques cuvées produites par Jan Liebreks, avec notamment des cabernets francs 2009 et 2010, donnant actuellement toute la mesure de ce terroir hors normes.

Parce que voilà, si l'on est stupéfait, en arrivant sur le site, de découvrir ce coteau, cette croupe plantée de vignes, avec une autre presque miroir de l'autre côté des bâtiments, c'est que nous sommes à un endroit très particulier : la frontière, la ligne de fracture entre les calcaires de l'Anjou blanc et les schistes de l'Anjou noir. Une faille parcourue par un petit ruisseau né dans le bois voisin, qui va se jeter dans le Petit Louet tout proche. De chaque côté, un plateau bien ventilé et environ huit hectares répartis sur ces deux types de sol. Les fermages récents ont tenté de restructurer les vignes, afin de les adapter à une mécanisation intégrale, si bien qu'une partie (60%) fut arrachée et replantée. Certains cabernets et le grolleau l'ont été lors de la dernière décennie, ainsi que le chenin (1 ha).

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Heureusement, six à sept hectares de vieilles vignes ont été conservés, notamment des cabernets francs et sauvignons de trente à cinquante ans. On compte 14,5 ha de cabernets francs répartis sur les deux terroirs, 0,7 ha de cabernet sauvignon sur les schistes, 0,5 ha de grolleau et donc 1 ha de chenin. Les derniers Anjou rouge produits sont issus des schistes, les Anjou-Villages sur calcaire. La volonté de Didier Roux est de convertir l'ensemble au bio et à la biodynamie, même s'il doit désormais s'armer de patience, jusqu'au terme des vendanges 2020, pratiquant chaque année quelques micro-vinifications, lui permettant de mesurer le potentiel de ces terroirs.

Tous les visiteurs le soulignent : nous sommes là dans un lieu hors du temps!... Assez curieusement, les vins du domaine, même récents, sont quasi inconnus des amateurs et même des vignerons de la région. Il faut dire que le château lui-même, cachant quelques remarquables caractéristiques architecturales, n'est guère visible, puisque se trouvant dans un vallon protégé par les deux monticules. Mais, patience! Avant longtemps, on pourrait découvrir là un "cru" hors du commun, où tout sera mis en oeuvre, n'en doutons pas, pour que l'on puisse, verres en main, évoquer la magie du lieu... Que disions-nous plus haut?... "Les beaux vins proviennent des beaux endroits!..."

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Une expérience à nulle autre pareille!... Troisième découverte du jour, que je dois cette fois à Thomas Carsin, du Domaine du Clos de l'Elu, situé à St Aubin de Luigné. En fait, ce dernier vient de se lancer dans une aventure hors du commun. Depuis quelques temps, un restaurateur angevin bien connu, Pascal Favre d'Anne, un Savoyard venu naguère s'installer sur les bords de la Maine, pour y ouvrir notamment Le Favre d'Anne, étoilé Michelin, pilier de la restauration locale, le contacta pour évoquer son projet. Après une pause de près d'une année, passée à voyager à la découverte d'autres cuisines (Asie, Afrique du Sud...), le maître queux angevin revient avec un nouveau projet, l'ouverture d'un nouvel établissement, qui ne tarde pas, d'ailleurs, à retrouver son étoile. Mais, le chef ne manque pas d'idées!...

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Fin 2015, celui-ci achète une île sur la Loire!... Drôle d'idée, n'est-ce pas?... Elle fait pas moins de cinq hectares. Il s'agit de l'Île du Hardas, située sur la commune de La Daguenière. Notez qu'il existe pas moins de trente trois îles, rien que pour le département du Maine et Loire. Quelques vestiges photographiques montrent qu'elle fût jadis cultivée, notamment pas des maraîchers. Du coup, Pascal Favre d'Anne se dit qu'il pourrait bien en faire son potager!... Il faut dire qu'un sol de sables et de limons comme on en trouve là, ça peut aider!...

On a beau regarder vers l'est et vers l'ouest, pas la moindre goutte d'eau dans le bras de la Loire qu'il faut franchir pour gagner l'île. En fait, c'est une plage qu'on traverse à pieds secs!... Moi qui imaginait une séquence émotion dans une barque à fond plat et un épisode sportif à base de quelques coups de rames... On débarque dans un univers très... vert. Pas certain que le fleuve soit monté si haut depuis quelques années.

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Le projet intègre quelques arbres fruitiers plantés dès les premières années, mais aussi des ruches posées là par un apiculteur de la région. Un maraîcher devrait s'installer prochainement. Donc, depuis juillet dernier, Thomas Carsin y a aussi planté mille pieds de pineau d'Aunis et de grolleau. Certes, la terre y est très fertile et elle n'a pas tous les canons d'une terre à vigne, mais dans trois ans peut-être, on pourrait y produire une jolie petite cuvée. La vigne devrait y être conduite en échalas et si tout se passe bien pendant cette première année, la plantation pourrait être étendue. Le vigneron n'a pas fait le choix du franc de pied, même si cela aurait pu être intéressant, vu la texture du sol et d'autant plus en cas de crue, un peu comme dans les palus du Médoc, jadis. Il serait a priori étonnant que le phylloxera s'implante dans un tel espace. A suivre!...

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Dernière séquence de la journée, avec un passage chez l'ami Richard Leroy, du côté de Rablay sur Layon, partie intégrante de la commune nouvelle de Bellevigne en Layon... Mais, ne vous étendez pas sur le sujet, parce que c'est plutôt celui qui fâche le vigneron!... Par contre, vous êtes à la bonne place pour évoquer le millésime 2018 qui, pour beaucoup, gardera longtemps son mystère. Alors même que tout semblait perdu au 20 août, le mildiou sur grappe ayant fait son oeuvre très tôt dans la saison et que les raisins survivants restaient de petit diamètre, pas à même de produire beaucoup de jus, un phénomène rarissime fit que les grains grossirent subitement, dans l'espace d'une semaine. Aux environs du 10 septembre, le temps était venu de vendanger pour le Domaine Leroy et finalement, les rendements ont alors atteint 26 ou 27 hl/ha, ce qui est plutôt une bonne année pour le domaine.

43551189_10217311389874732_1544275892371456000_nTout en appréciant quelques échantillons sur fûts (très belle fraîcheur pour les Noëls, malgré des degrés naturels très... actuels!), nous évoquons les rendements tout à fait étonnants que certains (pas tout le monde cependant...) ont pu constater dans leurs vignes cette année. Il y a comme qui dirait pléthore dans certains endroits!... On a presque du mal à croire les chiffres annoncés!... Mais, on peut donc considérer que certains stocks seront donc à la hausse. Chez Richard Leroy, Les Rouliers 2018 se goûtent également fort bien. Quant aux 2017, actuellement en masse, ils se mettent en place, avec notamment, une très belle expression sur les agrumes confits pour les Noëls de Montbenault, à ce stade. Quelques visiteurs se présentant en cette fin d'après-midi, nous passons en revue les 2016, puis les 2015, sans oublier "le vin qui n'existe pas"!... Mais, ceci est une autre histoire! Pour en savoir plus, il vous faudra faire étape au 52, Grande Rue!...

Une journée chargée donc, très largement tournée vers l'avenir. Des vins en cours d'élevage, d'autres qui n'existent pas encore et même de jeunes pousses, à peine plantées!... Comme vous pourrez le constater, l'Anjou n'a donc pas fini de nous surprendre!...