La Pipette aux quatre vins

03 juillet 2018

Viens planter ton cep!...

Voilà une façon très pacifique de célébrer le 18 juin, mais aussi de passer à l'action!... En tout cas, de joindre l'utile à l'agréable, même pour ceux qui sont peu habitués aux travaux des champs et des vignes. Heureusement, les membres de l'association Les Vignes de Nantes, notamment la plupart des meilleurs producteurs de Muscadet étaient de la partie. En ce lundi pluvieux, il s'agissait donc de planter une parcelle préparée à l'avance, dans le secteur des Houx, appartenant aux Domaines Landron.

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Comme on peut le deviner, une telle plantation obéit à quelques règles. Le vigneron ayant choisi une densité, les cordeaux sont disposés à une distance précise et les espaces entre chaque plant doivent être respectés. Chacun prend possession des plants qu'il a achetés (la somme récoltée revenant à l'association Do It Your Sel, qui accompagne le polyhandicap), s'équipe d'une "bicyclette" (un curieux instrument qui n'a rien à voir avec le Tour de France!) et de tuteurs. Pour cette occasion, nous faisons équipe avec Jacques Peneau, bien connu pour son blog Bonum Vinum et nous nous partageons ce matériel.

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Sous les yeux avisés (et vigilants!) de Jérôme Bretaudeau, Julien Braud et Gwénaëlle Croix (Domaine de la Pépière) notamment, nous parvenons à faire les trous calibrés voulus, même si parfois, la roche n'est pas loin de la surface (vous avez dit terroir?), mettre les plants dans la bonne position (il s'agit d'amorcer ou d'imaginer la forme future du cep sur le rang), reboucher avec la terre extraite, tasser un peu, planter le tuteur. Et hop! Dans trois ans, le vin obtenu s'appellera "La Cuvée des Vignes de Nantes" et sera vendue aux enchères au profit d'une association. Une initiative qui sera répétée chaque année chez un des dix-huit vignerons de l'association crée en 2011, à l'initiative de Fabien Chéneau, Marie Chartier-Luneau et Christophe Hu.

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Et comme, dans ce genre de circonstance, tout finit par... un cochon grillé, tous les professionnels et assimilés se retrouvaient au port de La Haie Fouassière, sur les bords de la Sèvre Nantaise, qui servait naguère au transport du sable, de la chaux, de la fouasse (que l'on dit volontiers vendéenne, mais on admet qu'elle puisse avoir donner son nom à cette jolie bourgade du vignoble nantais!) et du... vin bien sur. Il était donc ainsi possible de refaire ses gammes, ou d'apprécier à leur juste saveur tous les Muscadets proposés ce jour-là, dont nombre de "crus communaux", désormais au nombre de dix (Clisson, Gorges, Le Pallet, tous trois reconnus en 2011, Goulaine, Château-Thébaud, Mouzillon-Tillères, Monnières-St Fiacre, La Haye Fouassière, Vallet et le petit dernier Champtoceaux, en partie sur la rive droite de la Loire, ces sept en cours de reconnaissance) pour lesquels on ne dira jamais assez qu'ils devraient être présents dans toute bonne cave qui se respecte et sur les tables de tous les gourmets, dans bien des occasions. Belle journée et un grand merci aux organisateurs!...

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19 juin 2018

L'Envolée du Saumur Puy-Notre-Dame : une journée bien arrosée!...

La météo de ce printemps 2018 est un mystère!... A moins qu'elle ne nous éclaire quant à notre futur?... Certes, nous avons tendance à oublier ce genre d'épisodes ne datant que de quelques années (1998?), mais faire le constat que tout le pays, ou presque, est à ce point sous le joug de "gouttes froides" générant des flux d'orages et de pluies diluviennes a de quoi surprendre. Dans certains départements, le record du nombre d'impacts de foudre a été largement battu. Chaque jour, nous arrivent des informations évoquant des pluviométries locales exceptionnelles, des chutes de grêle parfois dantesques et fatalement des dégâts pour l'agriculture, l'arboriculture et bien évidemment la viticulture. Alors que chacun pouvait se réjouir d'avoir évité les sinistres matinées de gel printanier, voilà que d'autres craintes surviennent... y compris pour les organisateurs d'une sympathique journée de découverte, comme l'Envolée du Saumur Puy Notre-Dame, qui espéraient mieux, tant la campagne ponote mérite le détour, tout autant que ses vins!...

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Pour ma part, j'ai pu découvrir les vins de ce nouveau "cru" par le biais de dégustations, dans le cadre des Greniers Saint Jean notamment, des cuvées proposées par Aymeric Hilaire et sa compagne Mélanie. Depuis 2013, ce dernier m'invite à venir découvrir cette nouvelle vague de vignerons (et de vigneronnes!) qui animent ce petit coin du Saumurois. Car, en effet, au-delà de cette dynamique de cru, née de l'obtention de l'AOC Saumur Puy Notre-Dame fin 2009, sous l'impulsion notamment de Philippe Gourdon, du Château de la Tour Grise, est apparue une nouvelle génération venue d'ailleurs, forte d'expériences professionnelles diverses et animée par une envie de proposer de très beaux cabernets francs (et quelques chenins aussi, voire divers pet'nat'!). Avec de plus, la possibilité certaine de mettre en valeur de très beaux terroirs.

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Le Puy Notre-Dame est avant tout une petite cité historique, dont l'origine remonte à la présence d'une église romane dédiée à Marie (1123). A la fin du XIIè siècle, Aliénor d'Aquitaine fit construire l'église Notre-Dame sur l'emplacement de la précédente. Il s'agissait alors d'une petite ville protégée par des remparts, mais qui fut saccagée au XVIè pendant les Guerres de Religion, après avoir été occupée par les Anglais au XIVè, pendant la Guerre de Cent Ans.

Aujourd'hui, si ce village conserve quelques traces de ce riche passé historique, il est devenu le support d'un "cru du Saumurois" réunissant dix-sept communes du Maine et Loire, plus cinq autres situées dans le département de la Vienne, tout proche. Les parcelles, sur des sols majoritairement calcaires (éocène, jurassique et argilo-sableux du Turonien), situées entre 50 et 105 mètres d'altitude environ, appartiennent à une vingtaine de vignerons, dont la moitié environ en agriculture biologique ou évoluant vers celle-ci. Cette altitude permet de mettre l'appellation à l'abri de l'essentiel des gelées printanières. De plus, le massif des Mauges, à quarante kilomètres plus à l'ouest, dévie ou stoppe une bonne parties des pluies océanes.

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Comme indiqué ci-dessus, Philippe Gourdon, en compagnie de Bruno Albert, alors président du syndicat et à la retraite lui aussi désormais, a posé les fondations de cette nouvelle AOC/AOP. Ils ont donc obtenu la possibilité de faire valoir toutes les qualités d'un terroir, au bout de longues années de lutte, d'autant plus que cet inévitable combat (rien n'est simple dans notre beau pays!) long d'une trentaine de millésimes, n'était pas gagné d'avance, puisqu'il s'agissait d'une création et non pas d'une promotion. Et pour donner du sens à tout cela, celui qu'on surnomme le "Géo Trouvetout du vignoble" a lui aussi passé la main (dernier millésime en 2014), en partageant son domaine d'environ vingt-cinq hectares en quatre entités, afin que quelques jeunes néo-vignerons puissent montrer à l'avenir de quoi ils sont capables.

Parmi les animateurs de cette nouvelle vague saumuroise, Guillaume Reynouard, du Manoir de la Tête Rouge (président du syndicat) et Aymeric Hilaire, du Domaine Mélaric sont ceux qui parlent sans doute le mieux de cette "fièvre ponote" et de cette terre à nulle autre pareille, dans laquelle le cabernet franc (et un peu de cabernet sauvignon à hauteur de 15% maxi) exprime des qualités de fruit et de structure hors du commun. Il faut dire que le contenu du décret du 12 octobre 2009 montre un degré d'exigence rare, auquel la nouvelle génération adhère sans réserve.

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Sans entrer dans le détail, il faut savoir que chaque année, les vignerons doivent engager leurs parcelles auprès du syndicat dès le début d'année, afin de revendiquer l'AOC. Les grandes lignes tiennent dans un rendement de 50 hl/ha (au lieu de 57 pour les Saumur rouges), un dédoublement obligatoire (supprimer le contre bourgeon qui donne un rameau supplémentaire), plus un désherbage total interdit, accompagné d'un labour obligatoire au milieu du rang, ainsi qu'un maximum de sept yeux sur le cep. Ainsi, début juillet, le syndicat organise un tour des parcelles engagées, qui sont alors confirmées ou pas. Densité de plantation, 4500 pieds/ha minimum, le titre alcoométrique volumique naturel minimum est de 12%. Enfin, les vignes doivent avoir au minimum trois ans, pour produire du Puy Notre-Dame et la durée d'élevage doit atteindre huit mois.

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Cette zone du Saumurois fut longtemps plantée majoritairement de chenin, puis, à partir des années 50, une forte demande de rosé de cabernet (pour la tarte aux fraises!) imposa le retour de ce cépage, que l'on appelle souvent le breton dans toute cette région, avec enfin une nouvelle tendance vers les rouges à compter de 1975 environ. A propos, n'hésitez pas à consulter le travail d'Henri Galinié, historien présent lors de cette journée, dont le blog Cépages de Loire est absolument passionnant, avec un travail étonnant sur les noms de cépages, notamment ceux qui ont disparu ou extrêmement rares.

Désormais les noms à suivre sont David Foubert, Pauline Mourrain et Laurent Troubat, Emmanuel Haget ou encore Thibault Stéphan et Jonathan Maunoury, en plus de ceux cités plus haut, sans oublier le Château de Fosse-Sèche, cher à Guillaume et Adrien Pire, voire d'autres encore qui pourraient élire domicile dans le secteur. D'ailleurs, vous êtes conviés à la 2è édition du Salon des vignerons bio du Puy Notre-Dame, qui doit s'y dérouler Place de la Collégiale le 2 juillet prochain.

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En tout cas, rendez-vous est pris pour une nouvelle visite au coeur de l'été, afin de découvrir ces domaines et leurs terroirs dans le détail et ainsi, les évoquer ici-même! A bientôt, au Puy Notre-Dame!...

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12 juin 2018

St Emilion : de Côte en Côte!...

Personne ne peut ignorer à quel point le vignoble de Saint Émilion est multiple et varié. Ce qui en fait tout le charme certainement. Qui plus est, fort d'une cité médiévale et d'une juridiction inscrites au Patrimoine mondial de l'humanité par l'UNESCO depuis 1999. Selon les critères retenus par cet organisme, elle constitue "l'exemple remarquable d'un paysage viticole historique qui a survécu intact" et "illustre de manière exceptionnelle la culture intensive de la vigne à vin dans une région délimitée avec précision." C'est un ensemble de huit villages organisés et unis dès le Moyen-Âge autour de la commune libre de Saint Émilion (dixit Wikipédia). Pas moins de 5400 hectares (les AOC St Émilion et St Émilion Grand Cru), regroupant près de huit cents propriétés, entre Libourne à l'ouest et Castillon la Bataille à l'est, la Dordogne au sud et la Barbanne au nord. Croix de Labrie serait un des plus petits domaines (2,5 ha), quant à savoir quel est le plus grand par la superficie, c'est une autre histoire!...

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Curieusement, alors que l'on parle de "fièvre du bio", ici comme ailleurs dans le Bordelais, il se trouve pourtant des propriétés qui font ou qui ont fait machine arrière!... Parce que le défi, même après plusieurs années, implique que la prise de risque, pour certains, est toujours trop importante à leurs yeux, surtout avec les paroles encourageantes des vendeurs de produits phyto-sanitaires!... Un peu comme pour une grappe de raisin, les domaines voisinent, se touchent, font partie d'un tout, mais finalement chacun est un peu dans sa bulle. Et l'essentiel est souvent de maintenir un niveau constant de production, le plus rémunérateur possible au regard des investissements consentis. Est-on, ou devient-on un acteur majeur de l'appellation, lorsqu'on est capable de produire des volumes exceptionnels, comme en 2016 pour certains, au point qu'il faut lâcher une bonne partie du 2014 à un prix indécent pour un Grand Cru Classé de St Émilion, au risque d'ébranler quelque peu la notoriété acquise par un classement quasi immuable, quoiqu'on en dise?... Si tant est que l'on sache définir ce qu'est un prix décent!... Indécent peut-être pour les voisins de ce cru qui eux, n'ont pas osé vendre leur âme au diable, fut-il dans la grande distribution et ses foires aux vins. De toute façon, ils ne savent sans doute pas quel genre de décisions sont prises chez leurs propres voisins, de l'autre côté du chemin de terre argileuse...

Deux visites dans une même journée mais, après (longue) réflexion, une seule évoquée ici, une seule identifiée. Celle qui m'a permis de découvrir St Étienne de Lisse et le Château Mangot, appartenant de longue date à la famille Todeschini. La nouvelle génération a opté pour l'agriculture biologique certifiée (en 2019), parce que le marché tend à le réclamer, même si une certaine vigilance et un respect de la nature étaient déjà en vigueur depuis longtemps. Pourtant, avec les conditions actuelles du millésime et un printemps particulièrement pluvieux, on peut voir poindre l'inquiétude et les interrogations, avec un mildiou galopant et les risques de coulure, même dans les discours chargés de convictions.

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 ~ Château Mangot ~

Selon Karl Todeschini, nous sommes là dans la plus grande propriété familiale de St Émilion. Mangot, c'est 34 hectares d'un seul tenant sur vingt et une parcelles. Pas moins de quarante mètres de dénivelé entre la parcelle la plus basse, en pied de côte et celle se situant sur le plateau calcaire. Ce qui fait dire à un client du domaine que, du château, en regardant vers le sud, ce sont les Côtes-du-Rhône et de l'autre côté, la Côte Rôtie!... Le tout est complété par une seconde propriété, le Château La Brande, en Castillon-Côtes-de-Bordeaux, avec pas moins de seize hectares sur dix parcelles, entre quinze et soixante dix mètres d'altitude et de jolis terroirs composant un très intéressant patchwork : argilo-calcaire, calcaire avec veines de silex pour celui-ci, argilo-calcaire, calcaires à astéries et molasse calcaire pour le premier.

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"Nos vignes les plus élevées sont à près de cent mètres d'altitude, c'est à dire comme à Ausone, Troplong-Mondot et sur la butte de Fronsac!" De quoi donner de la confiance au vigneron, qui ne tarit pas d'éloges pour ce terroir hors du commun. Mais, on devine aisément que pour lui, il est absolument interdit de passer à côté. Il est clair qu'à Mangot, on connaît la chance de disposer d'un tel ensemble. Pas de doute, tout doit être mis en oeuvre pour en extraire la quintessence, en s'appuyant sur un bon sens terrien avant tout. "A Mangot, une partie des parcelles est composée de ces calcaires à astéries typiques du coeur du village de St Émilion et de la zone réunissant les plus grands crus. Il faut mettre cela en valeur et le retrouver dans nos vins!"

Si l'histoire de Château Mangot remonte au début du XVIè siècle, la propriété est entrée dans la famille à compter de 1954, grâce aux grands-parents Jean et Simone Petit. En 1989, leur fille Anne-Marie et son mari Jean-Guy Todeschini reprennent l'ensemble. En 2008, Karl et Yann reviennent à l'issue de leurs études et de quelques expériences à l'étranger notamment. Mais, la génération précédente a bien oeuvré, avec une restructuration complète du vignoble, ce qui a permis d'obtenir l'agrément en St Émilion Grand Cru de l'ensemble de la production de Mangot en 1998. Dans la foulée, la propriété se lance dans la construction de nouvelles installations en 2000 et 2001. A l'issue de ces travaux, un remarquable outil parfaitement étudié et pensé va permettre, quelques années plus tard, de donner les clés à une nouvelle génération ambitieuse, qui se doit aussi d'être talentueuse pour développer avec passion cet héritage.

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Pas de doute, Karl Todeschini manage cet avenir avec détermination. S'il garde les pieds sur terre et se forge son opinion sur les choses de la vigne et du vin avec le recul voulu, il semble être prêt à tout essayer et ce, de la vigne à la bouteille. Si la propriété est désormais certifiée ISO 14001 (SME Bordeaux) et également Haute Valeur Environnementale de niveau 3, le passage en agriculture biologique certifiée, elle aussi, implique de nouvelles exigences qui, parfois, font quelque peu grincer des dents le vigneron. Tourné vers l'avenir, ce dernier avoue qu'il a un peu de mal à se plier à un label défini en 1987, celui-ci incluant certaines interdictions de produits pourtant "naturels", intellectuellement parlant. Que n'a-t-on déjà entendu parlé, çà et là, de dogme?...

Depuis quelques années, au delà des choix innovants ou des options de vinification, l'accent est mis sur tous les petits détails qui doivent apporter un plus et donner une authenticité sincère pour toutes les cuvées proposées. Ainsi, M de Mangot, le rosé (80% merlot et 20% cabernet franc) apparu en 2009, fruit de l'imagination des deux frères, est vinifié comme un grand vin blanc : pressurage direct, suivi d'une vinification à basse température sur lies en cuve inox, mais aussi en barriques neuves de 400 ou 500 litres. Une étonnante personnalité, avec une attention toute particulière pour le packaging : bouchon en verre et six fonds de bouteilles différents du meilleur effet.

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A la vigne, tout est mis en oeuvre pour obtenir une vendange de qualité, les dernières évolutions étant de réduire le plus possible le travail des sols. Ceux-ci permettent notamment d'obtenir, depuis quelques années, et de rechercher une maturité optimale très groupée dans le temps, très loin de la surmaturité, mais avec des tannins bien mûrs, le tout permettant d'user d'une très faible extraction.

Dans un souci pédagogique à destination des visiteurs, des tableaux expliquent les grandes phases des vinifications, au sein d'un chai traditionnel bordelais, avec ses cuves inox et le cuvier béton au bas d'une légère pente, dans le but d'utiliser le plus possible la gravité. Néanmoins, on peut considérer que 60% des vinifications restent classiques, 20% se déroulent dans des cuvons permettant un pigeage doux et ce, à destination de micro-cuvées expérimentales (un peu l'approche laboratoire en vraie grandeur!), les 20% restant étant des vinifications intégrales en barriques, notamment pour les cabernets, afin de tenter de contenir leur explosivité et leur très forte personnalité. Seules les levures indigènes sont prises en compte, le sulfitage d'intervenant que lorsque c'est nécessaire. Enfin, la plupart des vins sont assemblés en masse pendant six à douze mois dans les cuves béton.

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Ce fourmillement d'idées, cette recherche permanente débouchent sur la production de plusieurs cuvées dont quatre de rouge à Mangot, mais qui sont comme autant d'expressions, démontrant la recherche d'une forte personnalité pour tous ces vins. Le Château La Brande, le Castillon, est doté d'une jolie fraîcheur, avec 70% de merlot et une certaine pureté de fruit. Château Mangot se veut représentatif de l'ensemble des parcelles du domaine, mais avec des vinifications et élevages lot par lot, afin de respecter la qualité des raisins. Le but est d'y retrouver toutes les facettes des différents terroirs. L'Autre Mangot symbolise à lui seul la recherche patiente et totale en vigueur au château. 60% merlot et 40% cabernet franc, vinification en levures indigènes, sans soufre ajouté ni aucun intrants, élevage de six mois en amphores et en jarres de terre cuite. Un pur plaisir, pour tous ceux qui apprécient le jeu permanent de la dégustation et un bon moyen de surprendre quelques amis!...

La Cuvée Quintessence de Château Mangot est issue d'une sélection de vieux merlots qui poussent quasiment sur la roche mère affleurante. De la haute couture de A à Z et un potentiel de garde indéniable. Puissance et profondeur ne sont pas ses moindres qualités. Enfin, le Château Mangot Todeschini est un pari osé, avec un assemblage atypique pour la Rive Droite, où les deux cabernets dominent (30% de merlot seulement). Vinification intégrale en barriques de 225 ou 400 litres. Après un entonnage par gravité en baies entières, extraction sans contact par rotation des contenants sur eux-mêmes. Il s'agit plutôt là d'une infusion pelliculaire en douceur. Après écoulage et pressurage vertical, chaque lot est entonné par gravité en barriques neuves pour seize à dix-huit mois. Un vin presque extravagant, d'une autre dimension et qui démontre à quel point on peut prendre, au coeur du Bordelais, des orientations novatrices tout à fait étonnantes. Après tout, pourquoi la "tradition" serait-elle seule à avoir droit de cité à Saint Émilion?...

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A propos de tradition, juste quelques mots pour évoquer la nouveauté à Château Mangot!... Dans les prochaines semaines, un vin blanc sera disponible. En effet, le domaine gardait la trace, dans ses archives, des commentaires élogieux apparus dans le Féret 1898, où "les blancs de Mangot étaient reconnus pour leur finesse et leur distinction." Cela ne pouvait que titiller les frères Todeschini, alors même que nombre de châteaux de la Rive Droite plantent des cépages blancs, ou sont déjà en mesure d'en proposer quelques flacons. Mais ici, point de sauvignon ni de sémillon!... A quoi bon?... 85 ares ont donc été plantés de trois cépages : roussanne (50%), chardonnay (25%) et colombard (25%)!... Un assemblage inter-vignobles, sans doute inspiré par quelques dégustations, auprès d'amis de toutes régions. Mais indiscutablement, un résultat final très attendu!...

Mangot ne peut donc être taxé d'immobilisme. Qu'on ne s'y trompe pas, d'autres évolutions sont sans doute dans les cartons et quelques essais en cours, tant à la vigne qu'au chai. Cela contraste quelque peu avec cette autre propriété à peine évoquée plus haut. Mais là, on a peut-être juste fait le choix de jeter le bébé avec l'eau du bain. Ce qui n'implique pas d'ailleurs qu'un strict retour en arrière s'est opéré. Après le passage en bio, puis le retour au conventionnel, certaines options ont évité le pire : abandon des CMR (agent chimique cancérigène, mutagène ou génotoxique et toxique pour la reproduction, ou reprotoxique), travail des sols maintenu au rythme des quatre façons et enherbement, ce qui tend à lui donner bonne figure... Reste que ce sont plutôt les vins qui sont pénalisés à la dégustation et l'ultime millésime en bio en fait la démonstration par ses qualités, malgré ses dix ans. Derrière les Côtes, il y a toute une économie, personne ne peut le nier. Elle contribue à quelques équilibres, mais une plus grande dynamique, solidaire et respectueuse de l'environnement, pourrait aussi insuffler un vent nouveau, bien plus régénérateur que les brises légères qui soufflent çà et là, pour le moment.

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29 mai 2018

Une journée dans le Berry : l'appel de la forêt

Mardi 15 mai. Dehors, il fait un temps quasi hivernal. 12°, pas plus à Sancoins (18) et dans les environs, pluie fine, horizon bouché. Heureusement, nous allons pouvoir nous réchauffer auprès des braseros de la tonnellerie Atelier Centre France. Un lieu éminemment artisanal, mais aussi patrimonial, à n'en pas douter. Visite guidée. Mais, comme il ne faut pas perdre de vue ce qui conduit à cette production que l'on peut qualifier de bi-millénaire, puisque nos ancêtres les Gaulois semblent être à l'origine de la fabrication des tonneaux, un passage s'impose à la Merranderie Bourdier, mais aussi dans la célèbre Forêt de Tronçais, qui compte pas moins de trois douzaines de grands chênes vieux de plus de trois cents ans... et beaucoup d'autres!... Respect et humilité au pied de ces grands arbres!...

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~ Atelier Centre France Tonnellerie ~

Lors des dernières années, j'ai eu la possibilité ou la chance de déguster certains vins blancs en cours d'élevage, notamment à l'invitation de Richard Leroy ou de Tessa Laroche, pour quelques chenins d'Anjou ou de la Roche-aux-Moines, sur des barriques en provenance de deux ou trois tonnelleries différentes. Ce genre de dégustation d'un même vin élevé dans des contenants du même âge, issus de plusieurs fabricants, a forcément quelque chose de très instructif. Dans ces diverses occasions, quelle ne fut pas ma surprise de constater que les fûts en provenance d'Atelier Centre France ne marquaient pas les vins!... Il fallait, bien sur, tenter d'en percer le secret...

Il faut admettre avant tout, que la tonnellerie de Sancoins, un peu au sud de Bourges, même si elle a commencé à se faire un nom dans les vignobles de France et de Navarre, cultive quelque peu la discrétion et entretient habilement la fibre artisanale, chère à tous ceux qui ont acté sa création en février 2010 et proposé les premières barriques, dès le mois de juin de cette année-là.

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On imagine aisément que la tonnellerie berrichonne a été portée sur les fonds baptismaux au terme de quelques rencontres et peut-être de quelques repas réunissant des amis, dont l'expérience en la matière avait aiguisé la sensibilité et l'envie de proposer autre chose... Des acteurs déjà riches, pour certains, d'années passées chez de célèbres fabricants, sensibilisés par des artisans à l'écoute de vignerons, dont la production avait parfois du mal à s'accommoder des principes (et des modes) en vigueur dans la tonnellerie moderne.

Il fallait donc rassembler l'enthousiasme et les compétences de chacun. Parmi eux, Claude Briant, très actif auprès de grands domaines de Californie et d'Oregon notamment depuis 2003, pour une grande tonnellerie française. Philippe Le Métayer, directeur financier depuis vingt ans dans la merranderie et la tonnellerie, spécialiste en collecte de fonds dans le secteur agricole et forestier, ne pouvait que motiver deux acteurs essentiels, tels que Jean-Laurent Bourdier, exploitant forestier et merrandier en chênes exclusivement, représentant de la sixième génération d'une famille établie dans l'Allier et le Centre France.

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Bien sur, il fallait s'assurer le participation et toute la compétence d'un directeur technique, capable de manager une équipe d'une douzaine de personnes dans un atelier de tonnellerie, où chacun doit intégrer la notion d'approche artisanale, avec les exigences de qualité imposées par un marché ouvert mais assez fortement concurrentiel. C'est Philippe Grillot, merrandier depuis 1984 et tonnelier depuis une quinzaine d'années, qui fut chargé d'apporter les réponses au cahier des charges et d'organiser la fabrication répondant aux demandes d'une clientèle forcément exigeante (et sans doute parfois inquiète), lorsqu'il s'agit de confier son vin à un tel partenaire que le bois, fut-il de chêne de qualité. Mais, l'homme est aussi doté d'une mémoire olfactive des plus performantes, comme il le démontre lors de chauffes successives. Il est tout à fait saisissant de capter l'évolution des arômes du bois, après quelques passages sur les braseros, permettant d'obtenir différents profils de chauffes spécifiques à Atelier Centre France, selon la demande des clients. Quelque chose qui n'est pas forcément facile à transmettre, même si là, un des tonneliers semble marcher sur ses traces...

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Philippe Grillot était aussi un proche de Didier Dagueneau, célèbre vigneron de Pouilly-Fumé. Au hasard de diverses rencontres, ce dernier lui a permis de comprendre vers quel type de chauffe s'orienter, afin de satisfaire ceux qui produisent de grands vins blancs secs, désireux de travailler avec la barrique, mais sans masquer ni travestir les arômes de cépages tels que le sauvignon notamment. C'est aussi le vigneron de St Andelain qui lui a conseillé de se lancer vers les gros contenants (500 et 600 litres), actuellement très en vogue. Mais, ceci ne manqua pas de déclencher une réflexion globale, guidant Atelier Centre France vers une offre qui lui est propre, tant pour ce qui est des assemblages de bois que des processus de cintrage.

Dans sa communication, la tonnellerie ne manque pas de préciser que les bois sont issus de forêts de "l'Allier Centre France" uniquement. Un infime pourcentage vient de la Forêt de Tronçais (au vu notamment des prix atteints par ses lots devenu rares), Atelier Centre France travaille avec des merrandiers, dont les Ets Bourdier, non loin de là, à Lurcy-Levis, qui fournissent les palettes de merrains qui sèchent à l'air libre, au minimum vingt quatre mois, à proximité de l'atelier, sur un seul niveau, afin d'éviter tout lessivage néfaste.

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Par phases successives, les merrains sont visuellement analysés en fonction de leur fil (qui doit être droit sur toute la longueur), leur grain (fin, moyen, gros) et transformés en douelles par des opérations mécaniques (dolage, évidage, flêchage, jointage). Selon, la dimension du fût, les douelles sont ensuite choisies et assemblées, de façon relativement aléatoire, en fonction de leur largeur et de leur grain. Un cerclage provisoire va permettre de les maintenir et de les manipuler pendant le cintrage. Les fûts fabriqués ici vont de 225 jusqu'à 600 litres.

outils-2A ce stade, on entre dans la phase essentielle du cintrage. En premier lieu, le "cintrage feu", caractérisé par un contact direct du bois avec le feu, ce qui doit apporter les notes de boisé et de grillé, mais avec une faible extraction du fruit. L'un des secrets de la tonnellerie Atelier Centre France, c'est de proposer aux vignerons une variante dite "cintrage vapeur", opération au cours de laquelle les fûts passent sous une cloche à vapeur, avant le cintrage lui-même, afin de purger le bois, ou de le dégorger, de certaines substances phénoliques à caractères astringents. C'est ce mode de préchauffe qui permet une extraction optimale des arômes.

Cette approche correspond aussi, au-delà de toute évidence qualitative, à la volonté de la tonnellerie de se mettre à l'écoute de ses clients, sans pour autant céder aux demandes quelque peu farfelues. Il va de soi que l'on est ici dans le cadre d'une production industrielle, mais à caractère artisanal, sans pour autant revendiquer la possibilité de satisfaire certaines exigences, comme ont pu le faire dans le passé, des ateliers de confection oeuvrant pour la haute couture, par exemple. Nous sommes bien dans un univers de passionnés, mais du genre responsables, afin de respecter toutes les composantes, matérielles et humaines, imposées par une telle fabrication.

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Il reste ensuite quelques opérations qu'il faudra conduire avec la même attention, notamment pour tous les aspects que l'on pourrait qualifier de finition. Bien sur, une traçabilité minutieuse s'impose, afin de rapprocher bon de commande et fiche de fabrication. Toutes les barriques sont donc identifiées avant de rejoindre le hall de stockage, en vue des expéditions par container qui interviennent à intervalles réguliers. En effet, il faut savoir que Atelier Centre France travaille en France dans nombre de régions, comme la Bourgogne, le Bordelais, la Champagne, le Languedoc, le Rhône et le Val de Loire, ainsi qu'à l'export avec des pays comme les Etats-Unis, la Nouvelle-Zélande, l'Italie, l'Aurtiche, l'Allemagne entre autres.

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Avec moins de dix ans de présence sur le marché de la tonnellerie, Atelier Centre France en impose déjà au monde des grands vins, par sa rigueur et sa passion. Ses dirigeants ne parient pas sur une communication tapageuse et jusqu'à maintenant, ils sont absents des grandes messes proposées dans les halls d'exposition des rendez-vous mondiaux supposés incontournables. Pour eux, the place to be, c'est plutôt la forêt, les domaines viticoles, les vignes... Pourtant, l'évolution de l'entreprise va désormais bien au-delà du simple frémissement. Il suffit de parcourir le vignoble pour rencontrer aujourd'hui de plus en plus de vignerons qui connaissent cette tonnellerie et sont prêts à la solliciter. D'autres, qui la découvrent, au hasard de conversations verre en main, ne manquent pas d'être interpellés et ce, dans tous les pays. Indéniablement, une telle démarche artisanale a encore de beaux jours devant elle!...

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~ Merranderie Bourdier ~

Voici le partenaire principal du tonnelier. Pour découvrir le travail de la scierie Bourdier, c'est Camille, représentant de la septième génération de Bourdier, qui nous guide pour une visite de l'entreprise. Celle-ci, créée en 1847 par Auguste Bourdier, qui était alors charpentier-charbonnier à Lurcy-Levis, dans l'Allier, à l'orée de la Forêt de Tronçais, a traversé le temps pour se spécialiser dans les chênes de grande qualité. Tous les arbres présents sur le parc de treize hectares ne sont pas destinés à la merranderie, puis aux tonnelleries, mais la sélection est néanmoins particulièrement attentive. "Ce que vous voyez ici, c'est 5 à 10% du volume de la forêt et de sa réalité! C'est environ 35% de ce volume qui est destiné à faire du merrain. C'est la quintessence de la forêt!..."

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La merranderie Bourdier s'est donc spécialisée dans le bois haut de gamme. Six à sept personnes travaillent dans l'atelier de merrain. Même s'il est nécessaire de disposer de matériel performant, on devine aisément que l'intervention humaine est essentielle, notamment celle du fendeur, qui oeuvre au feeling pour réduire les plots à quelques quartiers de bois. Une observation attentive est nécessaire lors de chaque phase, afin d'écarter, si cela s'impose, les bois non adaptés à la fabrication de merrains. Il faut ensuite écorcer le bois et retirer l'aubier (le bois extérieur plus clair sous l'écorce). En moyenne, on considère que seulement 20% sont conservés pour la fabrication des barriques. Heureusement, tout le reste est réorienté vers d'autres productions.

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Avant même d'en arriver à cette phase, après la réception des lots de bois, il faut aussi être attentif au ressuyage, lent et naturel, qui dure de 18 à 24 mois, sur la plate-forme dédiée d'une surface de trois hectares. Ensuite, vient le séchage, véritable science selon l'entreprise. Pas moins de mille mètres cube de capacité de séchage, pour descendre et stabiliser les bois à 12% d'humidité.

On imagine donc aisément la part de confiance qui doit s'installer entre le merrandier et le tonnelier, d'autant que le premier est souvent confronté aux conditions fluctuantes du marché du bois. Les ventes aux enchères organisées par l'Office National des Forêts ou par des coopératives de propriétaires forestiers privés sont parfois animées, notamment lorsqu'on constate des augmentations régulières du prix des lots, comme c'est le cas depuis quelques mois. On peut donc acheter le bois sur pied, mais l'acheteur doit prendre en charge l'abattage et le débardage (pour peu qu'il puisse entrer dans les parcelles, lorsque les conditions climatiques sont dégradées!) ou "bord de route", les grumes étant alors mises à disposition des acheteurs par le propriétaire... au bord de la route.

Une part de mystère demeure donc, surtout lorsque notre regard se porte sur ces bois, pour lesquels, seul un oeil averti peut déceler ces petits défauts, presque invisibles, qui vont décider de la mise à l'écart ou pas de telle ou telle grume. L'expert doit donc être infaillible pour satisfaire le tonnelier. Indiscutablement, il faut du temps pour en arriver là, un peu à l'image de ces grands arbres qui forcent le respect.

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~ Forêt de Tronçais ~

Pour conclure cette journée très... boisée, un passage au coeur de la célèbre forêt de Tronçais s'imposait malgré la pluie (avec la gentillesse et la disponibilité de Charlotte Le Métayer, une des chevilles ouvrières de la tonnellerie Atelier Centre France, en charge de l'accueil des visiteurs, mais qui ne manque pas, certains jours, d'aller à la rencontre des vignerons), afin d'y contempler quelques grands chênes tricentenaires de la Réserve Biologique Colbert, que l'on nomme Stebbing, Emile Guillaumin, Charles Louis-Philippe ou encore Arbre de la Résistance, par exemple.

En s'arrêtant à proximité d'un des "ronds" de la forêt, ces intersections de grandes allées forestières, on se surprend à guetter la course d'un attelage, quatre chevaux et un carrosse qui pourraient surgir au galop, transportant les inspecteurs forestiers de Colbert. Le plus ancien de ces chênes serait la Sentinelle, près du Rond de Richebourg. Il aurait montré sa première feuille en 1580!... Le Chêne carré daterait de 1630, les Jumeaux, deux chênes sessiles nés de la même souche dans les années 1640. Nous sommes en fait dans une sorte de cathédrale... Et on lève les yeux vers le ciel et la cime de ces arbres en gardant le silence... Respect. Les arbres de la Futaie Colbert (13 ha) sont âgés en moyenne de 320 ans. L'ONF estime que ces chênes sont entrés dans une phase d'écroulement progressif, au point de devenir dangereux!... Mais, on est pourtant bien auprès de ces arbres, dont certains permirent de construire tant de navires à voiles tout aussi prestigieux!...

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Finalement, point de carrosse, ni d'inspecteur perruqué!... Désormais, ce sont nos SUV de l'ère moderne qui parcourent la forêt, ce qui ne doit pas manquer de la surprendre. Allons, il est temps de la laisser en paix, ces arbres vivent ensemble depuis des centaines d'années. Comme le disent les techniciens de la forêt désormais : "Laissons ces colosses âgés de plus de trois siècles s'éteindre doucement."

26 mai 2018

Vous boirez bien un verre de genouillet?...

Je suis en retard. En cette fin d'après-midi, la météo est poisseuse à souhait : pluie fine, nuées basses. Nous sommes le quatorze mai et on peut s'inquiéter quelque peu, se demander à quelle sauce la poussée tardive de la vigne va être mangée!... Direction Quincy et plus exactement, le Domaine de Villalin, cher à la famille Smith. Objectif principal : découvrir le cépage genouillet!... Un de ceux évoqués dans le livre d'André Deyrieux, A la rencontre des cépages modestes et oubliés, aux Éditions Dunod, dont la deuxième version est parue récemment. Indéniablement, un "guide" qui, à l'instar de Tronches de vin, peut être glissé dans votre boîte à gants, tant il est apte à vous emporter, lui aussi, dans tous les recoins du vignoble, voire même dans des contrées où la vigne est seulement inscrite, désormais, dans l'histoire et la mémoire des traditions locales, puisque arrachée depuis des lustres.

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A Quincy, nous sommes au pays du sauvignon et de ses vins le plus souvent frais et fruités, que l'on met volontiers sur la table avec quelques huîtres et saveurs océanes. Des arômes d'agrumes frais, parfois de buis ou de pipi de chat, ce dernier plutôt le marqueur de raisins manquant de maturité. Mais, cela paraît pour le moins réducteur, pour une appellation qui a fêté ses quatre-vingt ans en 2016, forte d'un potentiel historique remarquable, dont on trouve trace au fil des siècles, du romain Quintius, valeureux légionaire venu s'installer là en -14 avant JC, à l'obtention de l'AOC en 1936. Il n'est que d'apprécier, au passage, le non moins remarquable travail de recherche, ainsi que la documentation qui est disponible désormais, fruit d'une volonté du syndicat viticole local et des vignerons du cru. A voir donc, la brochure "De Quintius à Quincy" et celle évoquant le "Sauvignon conté au fil des siècles", présentant au passage le Jardin-Labyrinthe de vignes de Quincy.

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A l'évidence, Maryline Smith, vigneronne au hameau du Grand Villalin (curieusement le seul secteur de l'AOC situé sur la rive droite du Cher), est une férue d'histoire, passionnée de traditions locales, d'héritage vinicole à transmettre et de biodiversité. Au mur du caveau de dégustation, une carte aux teintes pastel, datant de 1806, semble donner le la de la conversation qui va suivre. En fait, la découverte d'un cépage ancien tient souvent du hasard absolu, un peu comme lorsqu'on découvre la présence d'un papillon rare, dans une zone où il est admis qu'il a disparu depuis longtemps, par exemple le fadet des laiches, chez Christophe Landry, du côté de Margaux.

Dans le cas du genouillet, qui serait issu d'un croisement du gouais blanc et du tressot noir, il s'en est fallu de très peu, puisqu'à la fin des années 80, trois pieds sont repérés chez Rolland Houry, au village des Bordes, à Issoudun, alors que trente années plus tôt, il en restait encore deux hectares. Et c'est peu au regard des trois mille hectares de ce cépage qui composaient le vignoble aujourd'hui disparu de la région d'Issoudun, entre l'apparition du phylloxera et la fin du premier conflit mondial. Le vignoble de Quincy a survécu au puceron dévastateur grâce à l'opinaitreté des vignerons du cru, alors que celui de la "Champagne berrichonne" est devenu un des plus grands greniers à blé de France, option grandes cultures.

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Bien sur, chacun l'aura compris, il faut donner du temps au temps! On obtient pas les bois en vue d'une nouvelle plantation du jour au lendemain. En 1993, dix pieds sont plantés dans le conservatoire des cépages de la Société Pomologique du Berry, à Tranzault. A partir de ces pieds, d'autres rejoignent le Domaine de Vassal et la collection de cépages de l'INRA de Montpellier. En même temps, les plus célèbres ampélographes valident ces premiers travaux. En 2002, l'URGB (Union pour les Ressources Génétiques du Berry), avant de devenir l'URG Centre, décide de relancer le genouillet. Mais, cela ne va pas sans de longues tractations administratives et politiques. Le Ministère de l'Agriculture finit par accepter l'idée d'un protocole d'expérimentation en 2005. Au mois de novembre de cette même année, une parcelle expérimentale est plantée au Domaine de Villalin, à Qunicy, chez Maryline et Jean-Jacques Smith, Environ 150 pieds, simultanément à 150 pieds de gamay (qui seront ensuite surgreffés). En 2009-2010, les premières vinifications sont réalisées sous l'égide du SICAVAC, le Service Interprofessionnel de Conseil Agronomique, de Vinification et d'Analyse du Centre. Après d'indispensables tests génétiques et une expertise visuelle, le Ministère publie l'Arrêté du 29 septembre 2011 (paru au JO du 4 octobre), ce qui permet d'intégrer officiellement le genouillet dans la liste des cépages de cuve autorisés. Dès 2012, il pourra donc être planté légalement. Reste à lui trouver les terroirs adaptés, les porte-greffes les plus judicieux, les modes de conduite ou encore la vinification la plus valorisante. La parcelle d'origine du Domaine de Villalin (1 ha aujourd'hui, avec 50 ares plantés en 2012 et 50 autres en 2014) devient une vigne-mère de greffons, la multiplication est désormais possible pour de nouvelles aventures!...

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Au domaine, les premières cueillettes de cet hectare ont été orientées vers la production d'un rosé. mais, comme le démontre ce 2017, le rouge est doté d'un joli équilibre et d'une sympathique pureté de fruit, genre cerise noire. Il met en évidence une acidité notable, ce qui laisse supposer une bonne capacité de vieillissement, comme certains textes anciens le laissent supposer. A ce stade, on peut imaginer que ce cépage pourrait être assemblé avec d'autres plus connus, parmi ceux qui atteignent désormais des degrés naturels relativement élevés, phénomène que l'on attribue de nos jours au réchauffement climatique... En attendant, d'autres parcelles ont été plantées, comme chez Vincent Chauvelot, à Vesdun, dans la zone de Chateaumeillant, ou à Reuilly, au Domaine Charpentier ou chez Michel Cordaillat.

Une dynamique nouvelle très active dans la région Centre, où les cépages rares sont plutôt nombreux. Ainsi, Pierre Picot, du côté de Chateaumeillant, a replanté du gouget noir, mais on trouve aussi du meslier-saint-François, de l'orbois, du gascon (présent d'assez longue date chez les Courtois, en Sologne), sans oublier le romorantin et le pineau d'Aunis, qui a sans doute pour orginine la région des Coteaux du Vendômois et du Loir, mais qui connait un certain succès dans le Saumurois notamment. Voici de nouvelles raisons de se rendre, au 11 novembre, du côté de St Côme d'Olt, au coeur de l'Aveyron, à l'occasion des Rencontres des Cépages Modestes, créées par André Deyrieux, histoire de croiser le verre en s'étonnant et "d'aller chercher le passé pour se proposer un nouveau futur"!...

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22 mai 2018

Domaine Charles Joguet, à Sazilly (37)

Chinon comptait depuis fort longtemps quelques domaines référents, voire historiques. Au fil des décennies et des générations, certains ont évolué vers plus de modernité, avec parfois de fortes convictions mais, pour quelques-uns, au risque de se perdre dans des circonvolutions d'organisation et de communication, un peu comme s'ils poursuivaient un rêve inaccessible... D'autres sont très longtemps restés campés sur des positions faisant référence à la tradition, au terroir séculaire, à un mode de production refusant certaines évolutions et ce, malgré les mises en garde émanant parfois d'avis extérieurs pas toujours objectifs, mais aussi parce que le marché du vin n'est pas figé, comme il le démontre depuis quelques années. Enfin, pourquoi le nier, les amateurs, avec leurs souvenirs qu'ils qualifient d'impérissables, avaient parfois tendance à remuer le couteau dans la plaie, avec leurs papilles à jamais marquées des millésimes 1989 et 1990, masterwines au pays de Rabelais!... Indéniable référent chinonesque de cette supposée grande époque, le Domaine Charles Joguet devait lui aussi se ranger à l'idée de cette indispensable mutation. C'est désormais chose faite, mais la route est longue. Et les animateurs de la célèbre Dioterie ne manquent pas de le préciser et de le reconnaître, lorsqu'on les rencontre.

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On peut cependant dire que cette évolution, intervenue principalement en 2006 avec le passage en agriculture biologique, certifiée au cours de la décennie suivante, était quelque peu contenue dans "l'héritage" de Charles Joguet. Celui qui était connu pour ses activités artistiques, évoquées sur le site qui lui est consacré, devenu vigneron très jeune, au décès de son père en 1957, peu de temps également après cet hiver 1956, qui laissa le vignoble français meurtri par un froid terrible, était sans doute très attaché à ses racines et à ce domaine familial, dont les plus vieilles parcelles de la Dioterie remontaient au moins à 1830, voire même avant la Révolution Française.

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Dès le début des années quatre-vingt, Charles Joguet, âgé d'une cinquantaine d'années, cherche à pérenniser ce travail de longue haleine et à s'entourer. En 1983, arrive Michel Pinard, qui va s'occuper des vignes et des vinifications jusqu'au millésime 2004. Entre temps, en 1985, Jacques Genet et sa famille s'associent au vigneron de Sazilly, augmentant au passage la surface du vignoble d'une dizaine d'hectares sur Beaumont en Véron, pour que la propriété atteigne près de quarante hectares, comme c'est le cas aujourd'hui. Désormais, la tendance est plutôt à regrouper les vignes sur la rive gauche de la Vienne, à l'exception du célèbre Clos du Chêne Vert, un magnifique coteau de deux hectares, exposé sud-ouest, avec un sol argilo-calcaire, où voisinent argiles à silex et tuffeau jaune, comme on l'appelle dans la région. Une vigne qui participe à la légende du domaine, surtout lorsque Charles Joguet évoquait naguère son achat, lors d'une vente à la bougie mémorable!... C'était en 1976, année au cours de laquelle fut replantée cette parcelle, qui n'allait pas manquer ensuite d'épater les amateurs.

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En 2006, se produit donc un certain nombre d'évènements, tant pour ce qui est du patrimoine lui-même que de l'organisation humaine de l'ensemble. C'est cette année-là que Anne-Charlotte Genet prend en main les destinées du domaine, principalement pour tout ce qui est relations extérieures et commerciales, ainsi que tout ce qui touche à la communication. C'est aussi à ce moment-là que Kévin Fontaine, fort notamment de quelques expériences en Nouvelle-Zélande, Afrique du Sud et Canada, embarque dans l'aventure, pour prendre en charge la bonne gestion des vignes et des vinifications. Simultanément, six hectares situés principalement sur des sables sont vendus, afin d'en acheter six autres sur la proche commune d'Anché, d'un terroir plus qualitatif. Dès ce moment, l'équipe composée d'une douzaine de personnes sous la responsabilité de Kévin, permet de distribuer les rôles par secteurs : taille, travaux en vert, etc... Le but étant la responsabilisation de chacun et d'établir un dialogue permanent, évitant ainsi une gestion trop "jupitérienne" (c'est très actuel comme vocabulaire!) de l'ensemble. Quelque chose qui doit aider à une bonne mise en place progressive de la biodynamie dans le vignoble, en respectant les énergies, tant des parcelles que des hommes et des femmes.

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Il est difficile d'être exhaustif, pour ce qui est de tous les projets évoqués par les responsables du domaine, tant ils expriment d'axes de progrès. Ils ne revendiquent d'ailleurs pas d'innovations absolues, au regard de toutes les initiatives nouvelles prises çà et là, mais ils ont la conviction que leurs apports participeront à faire avancer les vins, ce qui reste essentiel. Il s'agit parfois d'investissements lourds et s'ils ont planifié prudemment ces avancées, ils espèrent surtout, comme d'autres, que les calamités climatiques voudront bien les épargner. Indéniablement, ils veulent surtout jouer le rôle qui leur revient parmi les grands domaines régionaux, ceux-ci étant un peu les garants d'une production régionale authentique de qualité.

En 2006 également, se prend une décision fondamentale : le passage à une agriculture biologique. Il est surtout motivé par les résultats de l'étude des terroirs de René Morlat, à Angers. Quelques essais sont réalisés sur certaines parcelles dès 2005 et 2006, puis en 2007 et 2008 en vue d'une généralisation. La certification est obtenue en 2013. Entre temps, il a fallu faire face aux conséquences pratiques et quotidiennes, pour un vignoble réparti sur vingt-cinq kilomètres et intégrer tous les paramètres, notamment humains. Sont également intervenus, les inventaires faunistiques et floristiques pour la Dioterie, les Varennes, Anché et les Silènes. Ceux-ci ont déterminé qu'il n'y avait pas de rapport absolu avec les terroirs, mais ils ont motivé la création de zones tampons, la plantation d'arbres, dont quelques fruitiers et de haies, la construction de murets, afin de favoriser l'implantation d'insectes et de fleurs patrimoniales. Tout cela, en phases successives, qui permettront aux visiteurs de constater, petit à petit, toute l'évolution du domaine. A noter au passage, que celui-ci a fait l'acquisition d'un large espace de terres agricoles sur le plateau dominant le coteau des Varennes, afin d'y créer une zone tampon (et de se mettre à l'abri des effets d'une agriculture conventionnelle), ce qui témoigne de la volonté de revaloriser la biodiversité locale.

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La gamme proposée par le domaine reste assez large et s'exprime pour l'essentiel, par parcelle et par terroir. Un aspect qui a participé à la réputation du Domaine Charles Joguet, puisque son créateur avait, de longue date, opté pour ce choix, une option quelque peu d'avant-garde à l'époque, d'autant qu'elle était accompagnée de la mise en bouteille, chose rare dans les années cinquante et soixante. Cette dernière douzaine d'années a permis à la nouvelle équipe de mieux identifier les différents terroirs, en intégrant l'impact des micro-climats locaux, comme pour le secteur Anché-Sazilly, protégé de façon significative par une petite rivière, la Veude, un affluent de la Vienne. Les deux premières cuvées, Silènes et Les Petites Roches, sont des rouges de cuve. la première issue surtout de jeunes vignes et la seconde, une sélection des plus belles parcelles. A noter que ces deux vins, que l'on peut considérer comme des entrées de gamme (avec le Rosé issu de saignées) passent néanmoins deux hivers au domaine avant d'être commercialisés. Une pratique qui s'est d'ailleurs généralisée, puisque toutes les cuvées passent deux hivers en masse, après élevage, avant la mise en bouteilles.

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La Cuvée de la Cure, trois hectares à Sazilly, est issue d'un terroir argilo-graveleux. Des vignes trentenaires sur des alluvions de la rivière, qui auraient pu être arrachées, mais conservées notamment pour leur situation en contrebas de la route, avec une tendance à emmagasiner de la chaleur l'après-midi. Le plus souvent, cette cuvée passe par un élevage d'un an en barriques de quatre vins. Les Charmes, vignes situées sur Anché dans un paysage bien ventilé et sur des sols argilo-calcaire, offrent une expression intermédiaire entre les cuvées proposées sur la rondeur et le fruit et les "grands crus". Élevage d'environ seize mois, dont sept dans des barriques de quatre à cinq vins. Les Varennes du Grand Clos, 4,5 ha qui vont du plateau et du coteau argilo-calcaire dans le prolongement de la Dioterie, jusqu'aux sols silico-argileux du bas de ce même coteau. Un peu l'emblême du domaine, qui selon les années, passe de dix à seize mois en élevage. Toujours un beau potentiel de garde et une trame aromatique souvent séduisante dès sa prime jeunesse. C'est dans le bas de ce secteur que se situaient naguère les vignes franches de pied, qui proposèrent de très beaux millésimes. Arrachées depuis quelques années, elles ont démontré que l'expérience mériterait d'être renouvelée... Affaire à suivre!

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Il faut bien sur évoquer les deux porte-étendards du domaine : le Clos du Chêne Vert, situé sur la rive droite non loin du Coteau du Noiré de Philippe Alliet, où sol et micro-climat influent sur chaque millésime et le Clos de la Dioterie, 2,5 ha de très vieilles vignes, dont certaines auraient été plantées en 1912, dotée d'une exposition nord, contribuant sans doute à la profondeur, à la finesse et à la complexité du cru. Dans ces deux cas, des cuvaisons plus longues, une extraction optimale et un élevage de douze à dix-huit mois en barriques d'un à trois vins. Ces deux vins restent la signature du domaine et il ne faut pas hésiter à donner du temps au temps, pour les apprécier pleinement, avec une cuisine de qualité. Enfin, n'oublions pas le Clos de la Plante Martin, le blanc issu de chenin comme il se doit dans la région. Un peu plus de trois hectares sur argilo-calcaire, situés à Saint Georges sur Vienne. Ici, la surmaturité est recherchée, afin d'obtenir un vin sec, gras et complexe. Élevage en barriques, un tiers neuves et deux tiers de un et deux vins.

32595106_10216189788835407_4583610534472974336_nLe Domaine Charles Joguet est donc résolument tourné vers l'avenir. Mais, après les douloureux épisodes de gel (-50 à 60% en 2016 et -40% en 2017), il faut s'armer de patience. Pour Anne-Charlotte Genet, les axes de progrès sont nombreux, "mais le risque est de ne plus avancer, tant il y a à faire..." Après la maîtrise des rendements (30 à 45 hl/ha pour l'ensemble des parcelles) et une plus grande rigueur pour obtenir une qualité de vendange optimale, un des points importants se situe dans le renouvellement du vignoble, avec une sélection massale attentive. Un suivi individualisé des ceps est en place depuis quelques années, ainsi qu'une taille très attentive pour obtenir une bonne répartition de la végétation et limiter à trois le nombre de passages en vert. Au cuvier, un contrôle des températures, avec des macérations à froid de huit à quinze jours, permet une extraction en douceur de raisins couverts de jus. De plus, suite à la réforme des agréments (on évite ainsi de jouer au chat et à la souris avec le préleveur!), ceux-ci étant repoussés du mois de janvier à la mise en bouteilles, les fermentations malolactiques se déroulent dans le temps et les soutirages sont limités à trois, ce qui permet désormais moins de manipulations, moins de stress pour les jus et une certaine stabilité aromatique, sans oublier une limitation des apports en SO2. Pour ce qui est des élevages, entre 2010 et 2012, une relation attentive a été mise en place avec trois tonnelleries (Saury, Meyrieux et Atelier Centre France) et l'utilisation de barriques de 400 litres se généralise peu à peu depuis 2013, même s'il reste encore quelques plus petits contenants. Kevin Fontaine explique que de nouveaux essais sont tentants, mais le manque de place actuel et les effets du gel contrarient quelque peu ces avancées, d'autant que de récents essais d'un chenillard dans les vignes, afin d'éviter le compactage des sols, donnent des résultats intéressants...

A la Dioterie, on a donc besoin d'un peu de temps encore, même si le domaine a, depuis plus d'une décennie, avancé sur tous les fronts. La sagesse est-elle une vertu tourangelle?... On peut le penser, parce que la douzaine de personnes oeuvrant là a résolument pris son destin en main et que chacun sait qu'il faut parfois faire des pauses, évoquer ses difficultés et soumettre à l'ensemble les idées qui font résolument avancer. Bienvenue en Rabelaisie!...

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06 mai 2018

Escale à Santorin

La Crète, c'est un peu la bouche souriante d'un smiley, lorsqu'on regarde la carte marine de la Mer Égée!... A peine plus au nord, se situent la volcanique Santorin et Anafi, surgie de la mer sur ordre d'Apollon, dit-on, pour sauver les Argonautes en danger. Elles sont un peu comme les deux premières bouées sur la route du Septentrion. En navigant depuis Agios Nikolaos, sur la côte nord-est crétoise, il faut mettre un poil d'ouest sur le cap pour atteindre Vlychada, près du Cap Exomitis, la pointe sud de Santorini, comme on l'appelle ici. Encore faut-il que le meltem et ses rafales de nord soient en sommeil, nous ouvrant la porte sans avoir à tirer des bords carrés!...

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Vlychada a quelque chose d'insolite, avec sa petite marina en double fer à cheval, où se côtoient petits bateaux de pêcheurs côtiers, yachts de baroudeurs des mers de toutes nationalités, qui font escale ici parce que l'accueil y est des plus courtois (et des moins chers!) et catamarans de luxe, chargés de distraire pour quelques heures d'une navigation parfois musclée, quand Éole en rigole, les touristes souvent asiatiques, venus sur l'île parce qu'elle fait partie des sites à visiter une fois dans sa vie, comme le disent tous les guides de voyage du monde.

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Vous pouvez y trouver, sans difficulté, la terrasse d'un petit restaurant accrochée à la falaise, To Psaraki (le petit poisson), qui vous offrira une vue imprenable sur le site et cette ligne d'horizon plein sud. A l'heure de midi, lorsque la chaleur impose déjà de se coiffer d'un chapeau de paille aux bords quelque peu déchirés, tant il a franchi de fuseaux horaires, il sera l'heure d'apprécier un ouzo glacé (ou deux!) et quelques mézès. Glissez quelques glaçons dans votre verre et l'ouzo à l'anis étoilé et aux aromates dessus, pour faire craquer la banquise, plutôt que l'inverse. Cela devient vite une sorte de cérémonial, lorsqu'on séjourne dans ce pays!... Pita, légumes crus, féta, olives et tzatziki... Juste de quoi se restaurer, avant de chausser ses lunettes de soleil et de partir à la plage!...

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Elle est juste à quelques dizaines de mètres!... Ici, le sable de la plage a toutes les nuances de gris, sous la lumière de la mi-journée et le bleu hellénique du ciel!... On peut y marcher, tout simplement, ou s'y prélasser en regardant les vagues déferler, mais lorsqu'on se tourne vers la falaise, à moins que ce ne soit une dune, on peut tenter de déchiffrer les hiéroglyphes, sûrement des tags laissés par Éole et ses copains, demi-dieux grecs de l'Olympe comme lui, venus surfer dans le coin avec quelques princesses d'Athènes ou de Thèbes.

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Avant de reprendre la mer, hasard des rencontres typiques des pontons et des ports de plaisance!... Un Breton vivant sur l'île depuis des années, après avoir cessé son activité d'apiculteur dans le Finistère et cédé toutes ses ruches, avait besoin d'un petit coup de main. Manoeuvre dans le port pour son solide monocoque, au terme de la saison estivale et de ses navigations méditerranéennes. No problem. Il m'invite ensuite à prendre une bière à la taverne, mais juste à l'heure de notre départ. Au moment où nous larguons les amarres, il accourt sur le quai et me tend un sac en plastique opaque! "C'est du bon, je crois!..." Dedans (je le verrais plus tard, une fois au large!), ce flacon, Château Haut Marbuzet 2006!... Merci André !... Il ne reste plus qu'à passer à table pour saluer ce souvenir et se donner envie de retourner à Santorin... bientôt!...

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Pour l'occasion, deux cuisines se rencontrent. Pour un St Estèphe issu des graves günziennes médocaines, quelque part entre Cos d'Estournel et Montrose, il faut une recette avec du répondant. Les rognons de veau crémés, flambés au Cognac de La Pouyade, accompagnés de quelques champignons de Paris, ont ce potentiel pour que s'affirme toute la volupté du vin. En guise de complices du jour, afin de se transporter au-delà des mers, quelques aubergines grillées, associées à un tzatziki typique de la cuisine crétoise. Au fil du temps, le vin s'ouvre sur des arômes de tabac blond, de fruits secs et d'épices. Ses tannins se sont joliment arrondis, même si la trace de l'élevage est toujours identifiable, comme une marque de jeunesse. Certains millésimes de ce cru ont fait de lui l'égal de nombre de "classés". Une renommée que l'on ne peut lui nier, quelques douze années plus tard.

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21 avril 2018

Quelques journées girondines...

L'année 2017 fut précoce, au point de mettre les vignerons en danger en cas de frimas tardifs, ce qui ne manqua pas d'arriver avant la fin avril. En 2018, entre record de précipitations pendant l'hiver, grisaille persistante et absence de températures élevées, ou leur extrême rareté, le profil de l'année s'annonce très différent et désormais, tout en croisant les doigts, on peut affirmer qu'il est peu probable que le gel ne s'invite au sinistre festin d'une matinée glaciale. Quelques journées passées dans le Bordelais nous permettent de prendre la température, mais aussi, de faire quelques découvertes.

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~ La Grappe, Derenoncourt Consultants ~

Voilà quelques années que je ne m'étais pas aligné sur la ligne de départ de cette compétition à spéculations multiples : les Primeurs à Bordeaux. Celle qui va décider de la tendance pour le dernier millésime. Alors, qui sera la gagnante de l'année? Rive Droite? Rive Gauche? Les GCC seront-ils à la hauteur de leur réputation? Quelle sera la surprise du millésime, sortie de derrière les fagots?... Fort d'une invitation dans le cadre des plus confortables du Château La Gaffelière, option dominicale "journalistes et blogueurs", je ne pouvais lâcher La Grappe, pour d'autres cadres, parfois luxueux, ou d'autres encore où les échantillons sont cantonnés à leur seule position dans la liste alphabétique des crus, toutes régions et tous terroirs confondus.

30265328_10215913057797304_2501685812739964928_nAu passage, lors de ces quelques jours, l'occasion aussi d'évoquer ce travail de consultant viticole et/ou vinicole, devenu quasiment incontournable dans tous les vignobles ou presque. Une tendance qui se veut parfois du coaching, avec même une option "cellule psychologique" lorsque le gel atteint le coeur des propriétés et les esprits des propriétaires, voire des investisseurs. Il faut aussi désormais compter sur "l'envolée" vers l'option bio et biodynamique, qui pourrait bien faire passer avant longtemps le Bordelais sur le podium des régions, remontant du diable vauvert, au regard des surfaces de vignes cultivées selon cette tendance. Deux critères le laissent entrevoir : la puissance financière de nombre de propriétés, à même de supporter plus aisément les investissements nécessaires et... la volonté de ne pas être le dernier d'une AOC à passer en bio!... N'en déplaise aux consultants phyto, qui sillonnent le vignoble, comme autant de capteurs de tendance et même si les plus grands fournisseurs travaillent déjà, n'en doutons pas, à la production, ainsi qu'à la diffusion de produits répondant aux critères des labels bio, tout en ne perdant pas de vue que l'autorisation de mise sur le marché (ou AMM) n'est pas pour demain, mais plutôt pour après-demain. "Parker, c'était le Bordeaux business, maintenant la pression sociétale est une réalité..."

Pour illustrer cela, Stéphane Derenoncourt et ses associés (Simon Blanchard, Julien Lavenu et Frédéric Massie, mais aussi Romain Bocchio et Hannah Fiegenschuh) ont créé un "pôle phyto" en 2015, confié à Pauline Lagarde, afin de faire face efficacement à ce véritable appel d'air vers le bio. Le tout était de permettre une approche attentive et soignée des propriétés tentées par une conversion, en chiffrant le mieux possible les conséquences d'un tel choix. Une fois le germe implanté dans les cerveaux des vignerons, il s'agit d'être pragmatique et de découvrir vers quel horizon un tel changement les amène. Pour ce qui est des données chiffrées, trois domaines avaient fait appel à ce pôle en 2015-2016, on en est maintenant à dix-huit et sans doute à vingt-cinq au terme de cette année 2018. Tendance, vous avez dit tendance?...

Avant de plonger le nez dans le verre, afin de découvrir justement la tendance du millésime 2017, rappelons les grandes lignes de la jeune histoire (bientôt vingt ans quand même!) de Derenoncourt Consultants : l'entreprise Vignerons Consultants voit le jour en 1999, au moment ou Stéphane et son épouse Christine créèrent le Domaine de l'A, du côté de Castillon. C'est le Château Pavie-Macquin qui sera le premier client, une propriété que le néo-consultant d'alors connaît bien, puisqu'il vient d'y passer l'essentiel des années 90, au côté de Maryse Barre, puis de Nicolas Thienpont. Propriété qui a d'ailleurs atteint le niveau envié de Premier Grand Cru Classé de St Emilion voilà quelques années.

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Avant de changer d'identité en 2010 pour devenir Derenoncourt Consultants, l'entreprise se développe en à peine plus de quinze ans. Une quinzaine de personnes y travaillent aujourd'hui et on compte désormais douze consultant(e)s, intervenant dans pas moins de 130 domaines de dix-sept pays. Si l'essentiel se situe à Bordeaux, vingt-trois domaines sont également consultés dans plusieurs régions françaises et pas moins de vingt-six dans dix-sept pays d'Europe (le premier fut espagnol, Alonso Del Yerro en 2003), d'Amérique du Nord (dont Francis Ford Coppola en 2008, pour son vignoble californien) et du Moyen-Orient.

Passons à 2017, sorte d'année de galère du fait du gel printanier, qui n'aura pas touché les domaines, loin s'en faut, de la même manière. Pour certains, il fallait consentir à quelques sacrifices, en écartant toute la deuxième génération de grappes (qui ne rattrape que rarement le décalage de cinq semaines, surtout si août et septembre ne sont pas à la hauteur de l'attente), pour privilégier la vendange des secteurs protégés, ce qui permet, au passage, la production de véritables parcellaires, chose rare dans la contrée. D'autant que les parcelles destinées aux seconds vins, voire même celles qui sont intégrées certaines années dans le grand vin, furent souvent écartées et vendues en vrac, au négoce. Mais, le gel n'était finalement pas la seule difficulté du millésime...

30515937_10215913058317317_4032393057314799616_nEn abordant le sujet en compagnie de Simon Blanchard, il était donc plus simple de comprendre les disparités constatées d'un cru à l'autre (même si elles le sont bien souvent à ce stade) et de faire, a posteriori, le constat de la belle qualité de certains échantillons et l'austérité de quelques autres.

Il ne faut pas oublier un point important, à propos de l'épisode de gel en avril 2017 : le vignoble a été doublement frappé. D'abord, les 20 et 21 avril, par une gelée blanche conséquente, avec 20 à 50% de dégâts, notamment dans le secteur de St Sulpice de Faleyrens, commune située entre la route de Castillon et la Dordogne, puis les 27, 28, voire même le 29 avril, par ce qu'on a coutume d'appeler le gel noir. Très tôt au cours de ces nuits, la température est descendue jusqu'à -4° ce qui, combiné au rayonnement solaire du lever du jour, a anéanti et grillé la végétation précoce de l'année. Pas étonnant que certaines propriétés annoncent alors être touchées à 100%!... On n'avait tout bonnement pas vu ça depuis 1991!...

Autre aspect important, la météo estivale, sans fortes températures en août et ce que Simon Blanchard appelle un "septembre très bordelais", souvent couvert, type de fin d'été que l'on avait un peu oubliée, après de récentes années chaudes. Résultat : on se trouve donc en présence d'un "millésime de demi-corps", pour lequel il faudra rechercher l'équilibre, plutôt que l'extraction. De plus, le constat fait par les conseillers en goûtant les raisins juste avant les vendanges, c'est que ceux-ci étaient "très chargés en mallique", ce qui implique que les vins seraient sensiblement modifiés après la fermentation malolactique, avec donc un support acide non négligeable. Quelque chose de surprenant, surtout en tenant compte de la précocité annoncée du millésime, mais qui infome sur la nécessité de savoir stopper les élevages, le moment venu, dans les prochains mois. Ceci dit, 2017 venant après un millésime 2016 sur la puissance ayant nécessité un certain "enrobage" obtenu par une prolongation éventuelle des élevages, va impliquer que ceux-ci débuteront souvent plus tard pour 2017. Finalement, un millésime qui se situe quelque part entre 2012 et 2014, ce qui s'avère être plutôt une bonne surprise et des qualités que l'on reconnaît à ces années qui ont fait la réputation de Bordeaux. En tout cas, la réflexion en cours ces toutes dernières années sera boostée après un tel épisode de gel : pour beaucoup, il s'agit maintenant de s'équiper en tours antigel, même si la configuration du terrain peut avoir son importance lors de ces nuits glaciales et sachant que la vérité d'une année n'est pas forcément celle de l'année suivante en la matière. Au passage, rappelons que les conseillers restent très prudents lorsqu'ils s'adressent aux nouveaux investisseurs dans le vignoble, en leur précisant qu'ils ne doivent compter, en moyenne, que sur le volume de huit millésimes sur une série de dix consécutifs. Sur la dernière décennie, précisons qu'avant 2016 ayant permis de faire plus que le plein, 2015, 2014 sont considérées comme des années "normales", après 2013 (quart de récolte) et 2012 (demi-récolte), 2011 à 2009 normales, mais aussi 2008 pour laquelle on compte un tiers seulement des quantités habituelles.

30261318_10215913709773603_2162552021066973184_nAu chapitre de la dégustation des 57 vins proposés et soumis à l'avis des professionnels et des amateurs de passage, notons que pour La Grappe, les échantillons sont classés selon leur terroir, quelle que soit leur origine géographique, au sein du vignoble bordelais. En premier lieu, 18 vins issus de sols de sables ou de graves, puis 15 venant de coteaux argilo-calcaires, 18 de plateaux argilo-calcaires, plus une petite série de blancs.

Première tendance importante : à l'exception d'un échantillon, aucun des vins présentés n'étaient identifiables à ce nez boisé-vanillé si caractéristique des années 2000 (et avant), dont on dit volontiers maintenant qu'il était au goût du célèbre dégustateur venu d'Outre-Atlantique, celui-ci faisant au passage la pluie et le beau temps d'alors dans la cotation des primeurs. On a peut-être beau jeu de le dire aujourd'hui, mais que n'a-t-on dégusté des jus de planches et des tisanes de chêne pendant quelques années!... "Depuis, il y a eu le Bordeaux bashing, mais les gens reviennent parce qu'on fait maintenant des vins buvables!"

Bien sur, déguster une telle série de vins ne se fait pas sans fatigue gustative, surtout quand on a quelque peu oublié cette pratique. Il va de soi qu'en tirer des conclusions définitives sur l'évolution de ces échantillons relève de sa capacité à lire dans une boule de cristal ou la position des planètes (biodynamie oblige!) à leur naissance. Néanmoins, en prenant connaissance de leurs caractères particuliers, parfois identifiés comme issus des conséquences du gel lui-même, il est possible de comprendre ce qui fait qu'un vin est plus disert qu'un autre, voire flatteur, ou que d'autres sont pour le moins austères. Gageons que certains propriétaires ont du mal eux-mêmes à s'y retrouver parfois, tant le millésime, du point de vue des assemblages notamment, est différent de la production habituelle. Citons par exemple le Château de Malleret, Cru Bourgeois du Haut-Médoc, 100% merlot cette année (au lieu de 60% cabernet sauvignon, 35% merlot et 5% petit verdot), dont la touche florale est des plus plaisantes. Dans la même appellation, le Château d'Agassac, 90% cabernet sauvignon pour sa part, aura besoin d'un peu de temps. Autre "contre exemple", le Château Larrivet Haut Brion, en Pessac-Léognan, 90% cabernet (70% sauvignon et 30% franc), montre une certaine fermeté, mais soutenue par une bonne tension. Dans le même secteur, le Château Les Carmes Haut Brion confirme ce que certains professionnels pense de lui cette année, en le situant au niveau de la plupart des Premiers GCC!... Il devrait figurer parmi les pépites du millésime. A noter également le Château Bel-Air, à Pomerol, 100% merlot, avec un joli fruit, un brin confituré, mais plutôt expressif.

30261909_10215913057317292_1288988469430845440_nPour ce qui est des coteaux argilo-calcaires, on passe allégrement des expressions fruitées et plutôt enjôleuses de certains aux bouches quelque peu austères d'autres, avec l'inconnue qui s'impose vite dans les esprits, de leur évolution. Prime peut être donnée à la densité que certains vins semblent posséder à ce stade, comme le Château Toumalin, à Canon Fronsac, au nez assez puissant, ou le Château Guadet (St Emilion GCC), assez expressif, soyeux et non dénué de rondeur. Au risque d'être soupçonné de "fayotage" (brownnosing in english), le Domaine de l'A est séduisant et droit. Quant au Château La Gaffelière, sa tension du moment est bien soutenue par une jolie fraîcheur. En provenance des plateaux argilo-calcaires, citons le Château Maison Blanche, Cru Bougeois de l'AOC Médoc, avec une fraîcheur de fruit, qui sert bien sa finale "calcaire", ou encore le Château La Rousselle, à Fronsac, assez plaisant, avec un ensemble sur la rigueur et la puissance qui pourrait bien se fondre. Malheureusement, certains crus n'étaient pas disponibles ce jour-là, tels que Petit Village, Larcis Ducasse, Beauséjour Duffau-Lagarrosse ou encore Pavie-Macquin. Dommage!...

Du côté des blancs (peu nombreux), pas grand chose à signaler, si ce n'est le Château Hostens-Picant, Les Demoiselles, en Sainte Foy-Bordeaux, avec une légère dominante de sémillon, plus du sauvignon et un peu de muscadelle, proposant une expression assez complexe, avec du gras et de l'ampleur. Ce qui provoque une conversation à propos des blancs de Bordeaux, dont on dit désormais, que certains sortent du "cadre Dubourdieu", avec cette option d'alors de récolter avant la maturité, ce qui en faisait des "vins de nez", plutôt que des "vins de bouche". Selon Simon Blanchard, le salut pourrait venir des initiatives qui se font jour, notamment du côté de St Emilion, où du riesling, du chenin ou du chardonnay se plantent désormais, ce qui pourrait au passage orienter les vins vers une IGP permettant de sortir du carcan bordelais. Pour les autres, le sémillon devrait devenir le cépage "référent" de la région avec, pourquoi pas, un peu de sauvignon, mais surtout de l'ugni blanc.

On évoque là le futur, mais il faut bien admettre que les conseillers (ou coaches, c'est selon) de Derenoncourt Consultants sont bien placés pour se projeter dans l'avenir et détecter les nouvelles tendances, dont celles auxquelles on ne peut qu'être sensible, surtout quand on se targue de soutenir l'idée que les cépages autochtones, voire endémiques, sont une indéniable source de progrès et ce, dans nombre de pays. Ainsi et Simon Blanchard le rappelle, lorsque l'entreprise est sollicitée dans des pays tels que l'Ukraine, la Turquie, le Liban, l'Autriche, voire même la Syrie, les premiers contacts avec les vignerons et les propriétaires se soldent souvent par les mêmes demandes : il s'agit, au départ, de produire un top cabernet, un top merlot ou un top chardonnay, afin de faire de certaines cuvées, le top niveau du domaine. Or, l'expérience montre désormais que certains essais de vinifications des cépages locaux peu connus révèlent souvent leur potentiel et leurs charmes, ce qui finit par en faire les nouvelles stars locales et internationales. Indéniablement, la planète vin est en ébullition et l'on ne peut que s'en réjouir!...

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~ L'Esturgeonnière, caviar d'Aquitaine ~

Produire du caviar au coeur de la forêt des Landes, à proximité du bassin d'Arcachon, voilà une idée qui peut paraître saugrenue. Pourtant, depuis plus d'un quart de siècle, les esturgeons naissent et vivent dans le grand Sud-Ouest, pour produire le caviar d'Aquitaine. Pas moins de quatre entreprises ont créé une association de producteurs, qui multiplient actuellement les démarches en vue de la création d'une IGP, sans oublier le label EPV, Entreprise du Patrimoine Vivant. La ferme piscicole de L'Esturgeonnière, créée en 1991 au coeur de la forêt du Teich, produit désormais quatre tonnes de caviar chaque année. Voyons dans quelles conditions.

30441134_10215922239866850_3830733592464457728_nA l'origine, l'idée vient de l'immagination d'un mareyeur arcachonnais, Michel Zinsus, répondant à la volonté de la commune du Teich de valoriser un forage lui appartenant, destiné à la géothermie. Son projet retenu, il y fait construire 2500 m² de bassins, plus un laboratoire de découpe du poisson. En effet, l'idée reste alors la production d'un poisson à chair blanche, dont la rareté laisse supposer qu'il puisse être vendu largement au-dessus du prix du marché. Mais, les premières difficultés arrivent après quelques années, d'autant que le poisson n'est commercialisable qu'au bout de trois ans, au lieu des deux prévues au départ.

Jusqu'au milieu des années 90, tout le caviar que l'on trouve en France vient du bassin de la Mer Caspienne, de la Mer Noire et du delta du Danube. Mais, les esturgeons sauvages y sont aujourd'hui en voie de disparition. Après l'esturgeon européen, dit Acipenser Sturio, présent en France dans les Années Folles, mais disparu pour cause de sur-pêche, le CEMAGREF, devenu l'IRSTEA désormais, introduit un nouvel esturgeon dans les années 70, l'Acipenser Baeri, un esturgeon sibérien qui fait son cycle en eau douce et qui va parfaitement s'adapter, notamment aux conditions du Sud-Ouest. En 1997, les premiers grains de caviar apparaissent au Teich, mais de façon confidentielle, d'autant que les professionnels, à cette époque, sont pour le moins perplexes. En 1999, Michel Berthommier conduit le rachat de l'entreprise pour le groupe auquel il appartient alors. C'est la naissance de la marque Perlita.

ecloserie_caviar_aquitaineEn 2005 et 2006, c'est la période des grands travaux, après une étude en vue de doubler la surface des bassins et augmenter la capacité de production. Il s'agit de passer de 150 à 300 tonnes de poissons présents sur place et d'atteindre 3,5 tonnes de caviar à moyenne terme (dix ans). Mais, cela passe aussi par la mise aux normes des installations et la construction de systèmes de filtration mécanique et biologique.

Dès 2007, quelques amis et financiers permettent à Michel Berthommier de racheter l'ensemble, avec pour but de créer l'écloserie Nurseteich (2008) et de devenir le premier groupe en France à maîtriser tout le cycle de production sur un même site, de la reproduction au conditionnement, en passant par la naissance des alevins et l'élevage dans différents bassins, garantissant une traçabilité détaillée et rigoureuse.

La structure compte désormais quarante deux bassins sur 5000 m², dont treize d'alevinage, vingt cinq de grossissement et quatre pour les géniteurs. Bien sur, une des préoccupations principales se situe dans le respect de l'environnement, pour une structure qui pompe 350 l/s dans la Leyre, rivière aux sources multiples, née au coeur des Landes, qui malgré ses 550 km de longueur, traverse surtout des zones forestières, rarement agricoles. Il va de soi que l'exigence est bien de rejeter cette eau avec les mêmes qualités qu'au moment du pompage, ce qui implique une station de traitement des plus efficaces (filtration mécanique à 35 microns et filtration biologique sur lits fluidisés). La géothermie, quant à elle, permet de garder une température relativement constante de l'eau, notamment en hiver, le profil thermique parfait se situant entre 6 et 22° au fil de l'année. En dehors, on peut constater une plus forte mortalité ou l'allongement du cycle de production. Malgré tout, les conditions climatiques peuvent influencer la production. Ainsi, cette année, après un hiver très pluvieux et des épisodes de précipitations importantes, l'eau des bassins est plus trouble qu'à l'accoutumée, du fait du lessivage du bassin versant. On peut donc constater une forme de stress chez les poissons (qui sont tous équipés de puces électroniques), ce qui peut conduire à l'atrésie, un stade dépassé de la production des oeufs, les gros grains de caviar se rétractant quelque peu, le "caviar Perlita Rare" devenant effectivement d'autant plus... rare!...

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50000 alevins naissent au début du printemps et grandissent jusqu'à l'été. 35000 sont sélectionnés et huit ou neuf ans plus tard, 7000 à 7500 femelles produisent le caviar. Ils sont ensuite transférés dans des petits bassins à l'air libre, dès qu'ils atteignent une dizaine de grammes. Ils vont ensuite grandir puis être de nouveau transférés dans de plus grands bassins, au moyen de tuyaux leur évitant tout stress et... apprendre à nager sur le dos, comme sur la photo ci-dessus!... Les poissons sont regroupés par génération jusqu'à l'âge de cinq ou six ans. Vers l'âge de deux ans et demi à trois ans, c'est le sexage : on détermine leur sexe par échographie. Les mâles sont alors vendus pour leur chair et les femelles marquées d'une puce électronique. La production de caviar s'étale entre sept et onze ans environ. Vers huit ou neuf ans, on détermine la taille des grains, de nouveau par échographie (la taille minimum recherchée est de 2,6 mm). Quand l'échographie est concluante, les poissons sont sélectionnés pour une future production de caviar, jusqu'au prélèvement de la gonade (la poche contenant les oeufs). Les grains sont ensuite triés par lot, selon leur taille, leur couleur et leur texture, tamisés, rincés, puis on y ajoute du sel le plus pur possible. Brassés, égouttés, ils sont ensuite mis en boîte (de 20 à 500 g), moins d'une heure et demie après le tri.

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Source : Caviar Perlita

Même si le caviar reste un produit d'exception et de luxe, on en apprécie pas moins sa production artisanale et ce qui est mis en oeuvre ici, du point de vue de l'exigence environnementale, notamment pour assurer la pérennité d'une entreprise comptant pas moins de quinze salariés aujourd'hui et proposant ces produits dans trente deux pays (30% à l'export). Bien sur, les consommateurs de ce caviar, passé en quelques années des longs courriers des seules (ou presque) compagnies aériennes aux épiceries fines de nos grandes cités, peuvent voir en l'élevage la perte d'une sorte de romantisme culinaire. On vous l'accorde, apprécier le caviar frais, avec ses notes de fruits à coques (noix, noisette), dans une petite cuillère en nacre, en corne ou en ivoire pour ne pas altérer son goût (il faut bannir les cuillères en argent ou métal argenté, que diable!), accompagné d'un vin blanc minéral ou d'un Champagne Brut, plutôt que de la traditionnelle vodka, tout en se transportant sur les rives de la Mer Caspienne ou lors d'une étape de la Route de la Soie, a quelque chose d'intemporel et d'irremplaçable... La part du rêve, sans doute!...

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~ Anthocyanes, CDP Finewines ~

A l'invitation de Philippe et Catherine Cohen, passage à la gare de St Emilion, sans même craindre le moindre mouvement social, pour apprécier comme il se doit la dégustation des vins proposés par CDP Fine Wines, en présence, le plus souvent, des vignerons venant de plusieurs pays, en plus d'une sélection d'excellents producteurs français.

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L'occasion de reprendre contact, en vue d'une future visite, avec le Domaine Charles Joguet, mais aussi de revoir Patrick Essa, vigneron à Meursault, au Domaine Buisson-Charles et bien sur René Barbier, ainsi que son épouse Isabelle, venus comme il se doit en camping-car depuis Gratallops, au coeur du Priorat!... Comme chaque année, la possibilité de déguster quelques grandes cuvées, mais point de primeurs ici, tant il est délectable et appréciable de laisser couler quelques centilitres de nombre de ces grands vins déjà en bouteille, au terme de vinifications que l'on imagine des plus attentives, qui plus est dans les verres Zalto, proposés pour l'occasion. Quelque chose qui rappelle toute la sensualité de la dégustation... lorsqu'on veut bien oublier le mode sanction et notation de certains épisodes de la vie des vins.

29 mars 2018

Abbaye de Lérins, à St Honorat : vignoble et paix pour l'île aux moines

A vingt minutes du Palais du Festival de Cannes, Saint Honorat se cache derrière Sainte Marguerite, très différente d'ailleurs, du point de vue géologique. Les visiteurs sont le plus souvent unanimes : ce lieu dégage quelque chose d'unique, de paisible, de reposant. Même si elle fut jadis, dit-on, le lieu du repos éternel des Cannois, l'île de Saint Honorat abrite de nos jours et depuis des siècles, une communauté religieuse active, puisque cistercienne. C'est la doctrine bénédictine qui est ici appliquée : ora et labora. Autrement dit : prie et travaille!... Notez qu'il n'est pas si incongru d'évoquer le Septième Art, puisque, entre 2010 et 2013, s'est tenu ici le Festival de Silence, devenu désormais le Festival Sacré de la Beauté, avec une demi-journée réservée à une vingtaine de personnalités du cinéma, invitées à l'Abbaye, alors même que se déroule la célèbre manifestation cinématographique. L'histoire ne dit pas si cette initiative se prolonge sous la même forme et si les cuvées de Lérins reçoivent, à cette occasion, une palme d'or!...

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Avant d'en venir à la production insulaire de vins, avec une logique économique nécessaire, la restructuration du vignoble datant des années 1990, l'île de Saint Honorat a connu moult évènements liés à la conjoncture historique, au fil des siècles. Même si les Romains connaissaient l'île sous le nom de Lerina, elle était alors inhabitée et infestée de serpents, disait-on, un peu comme Tinos, mais ici, Poséidon n'est pas venu, en personne, faire régner l'ordre dans la faune locale. Néanmoins, Honorat d'Arles, s'y installe vers 405 de notre ère, avec la volonté d'y vivre en ermite. Il y fut rejoint, grâce aux réseaux sociaux de l'époque révélant sa présence solitaire sur l'île, qui finalement n'avait rien de celle de Robinson, par quelques compagnons, ne tardant pas à être évêques et même saints, tel Saint Patrick, venu étudier ici, avant d'entreprendre l'évangélisation de l'Irlande... et d'en chasser, selon la légende, tous les serpents!... Pendant les siècles qui suivirent, la vie monastique est interrompue à plusieurs reprises, pour cause d'envahissements divers et variés, des musulmans défaits à Poitiers aux pirates sarrasins, puis aux pirates génois et aux Espagnols, jusqu'à devenir une garnison française. Au moment de la Révolution, l'île est déclarée "bien national" et vendue à une riche actrice de l'époque. Il faut attendre la deuxième moitié du XIXè siècle pour que la communauté religieuse soit rétablie en 1859, sous l'impulsion notamment des moines cisterciens de l'Abbaye de Sénanque, qui s'y installent. Le cloître est construit au XIè et XIIè siècle, l'ensemble agrandi jusqu'au XIVè, puis ensuite au XIXè.

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De nos jours, l'Abbaye de Lérins compte vingt et un moines, dont la plupart travaille à la vigne, notamment au moment des vendanges et pour certains travaux en vert. L'un d'eux distille, en vue de la production de liqueurs. Bien sûr, la vigne est présente sur l'ile depuis des lustres (XIè siècle?), même si elle fût très longtemps réservée à la production de vins destinés aux repas des moines, mais surtout à la célébration du culte et de l'eucharistie. Les vignes sont regroupées dans la partie centrale de l'île, sur un total de 7,5 ha. Pas moins de sept cépages sont présents, dont les bourguignons chardonnay (1 ha 52) et pinot noir (85 ares), comme un clin d'oeil aux moines de l'Abbaye de Cluny. On trouve par ailleurs : 53 ares de clairette, 30 ares de viognier, 3,76 ha de syrah, 53 ares de mourvèdre, plus un plantier de 50 ares de rolle, qui sera en production à compter de 2020.

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C'est Hugo Millet qui se charge de m'acceuillir pour la visite. Forézien d'origine, connaissant bien la Bourgogne (DNO à Dijon, puis expériences professionnelles à Beaune et Gevrey-Chambertin), il est présent à St Honorat depuis deux ans environ, avec un statut de maître de chai et oenologue, chargé en fait de toute l'organisation d'un domaine classique, de la vigne à la mise en bouteilles, avec l'aide de deux autres permanents et de divers prestataires ponctuels. En haute saison, pas moins d'une vingtaine de personnes travaillent ici, mais cela comprend tous les emplois liés à l'accueil des visiteurs pendant l'été.

Pour ce qui est du terroir, nous sommes là en présence d'un socle calcaire, mais les sols sont plutôt profonds et argileux (de 30 cm à plus d'un mètre) avec la particularité, pour certaines parcelles, de contenir jusqu'à près de 3% de matière organique, ce qui est plutôt important. Le vignoble est en agriculture biologique de fait, depuis l'origine, puisque aucun produit chimique de synthèse n'a été utilisé jusqu'à ce jour. Pour certaines exigences commerciales, l'ensemble est désormais en conversion depuis deux ans, afin d'obtenir le label bio sur le millésime 2019.

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D'une façon générale et traditionnellement, les vendanges sont pratiquées cépage par cépage et parcelle par parcelle. C'est aussi pour cela, au-delà de la présence de variétés non régionales, que l'abbaye a opté jusque là pour une production en IGP Méditerranée, même si certains assemblages existent déjà ou sont envisageables. Actuellement, pas moins de huit cuvées sont disponibles sur le marché. Elles portent toutes des noms de saints et même d'une sainte, les moines s'étant laissés convaincre pour une forme de parité, même si la communauté monastique n'est ouverte qu'aux hommes.

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Pour les rouges, la cuvée considérée comme l'entrée de gamme est Saint Honorat. Elle est composée à 100% de syrah, plutôt issue des jeunes vignes (+/- 15 ans), vinifiée pour l'essentiel en cuves inox. Parfois, certains lots en élevage y sont intégrés et, certaines années, une petite proportion de mourvèdre. Saint Sauveur est issue des vieilles vignes de syrah âgées d'une quarantaine d'années. Les pinot noir de la cuvée Saint Salonius sont du même âge, tout comme les mourvèdre de Saint Lambert. Pour ces trois vins, la durée de l'élevage en barriques s'étend sur vingt deux mois en moyenne. A noter qu'il existe également une cuvée Saint Eucher, issue des jeunes pinot noir et des volumes qui n'intègrent pas Saint Salonius. Ce vin n'est disponible que sur l'île, notamment pour les visiteurs qui s'y restaurent. Enfin, les plus beaux mourvèdre sont vinifiés et élevés séparément, afin de composer le Clos de la Charité, vendu chaque année aux enchères, dont le produit est versé au profit d'une petite dizaine d'associations diverses.

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Du côté des blancs, l'entrée de gamme, c'est Saint Pierre. Elle est vinifiée en cuves inox est composée de 60 à 65% de clairette, 25% de chardonnay et le reste de viognier. Un vin qui se veut dynamique et sur la fraîcheur. Viennent ensuite Saint Césaire, 100% chardonnay, Saint Cyprien, 100% viognier et la petite dernière, Sainte Ombline, 100% chardonnay également, mais issue d'une sélection de vieilles vignes, fermentée en fûts et vinifiée en levures indigènes. Ces blancs sont élevés en moyenne pendant dix mois. Au final donc, une gamme assez large et originale, même si une marge de progression subsiste sur certains aspects des vinifications avec, comme l'espère Hugo Millet, la possibilité de s'appuyer davantage sur les levures indigènes, l'éventualité de pratiquer des élevages en utilisant d'autres contenants et d'autres matières, voire en jouant sur les assemblages, s'appuyant au passage sur les données propres à chaque millésime.

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Ce petit vignoble de Saint Honorat et de l'Abbaye de Lérins fait donc la démonstration de la capacité qu'ont les vignes insulaires à produire des vins de qualité, notamment par la constance de leur climat, pour peu que tout soit mis en oeuvre pour y parvenir. Et même si ce climat, comme on peut le constater ci-dessus (photo prise lors de l'hiver 2010) est capable de quelques extrêmes et de quelques excès. Comme on peut le constater à Porquerolles, aux Embiez et sur d'autres îles, la vigne est sans doute moins exposée aux périodes de fortes chaleurs estivales et bénéficie parfois d'une fraîcheur et d'une humidité nocturnes, qui peuvent s'avérer tout à fait positives. Nous n'en sommes pas encore à décréter que sans insularité, rien n'est possible viniquement parlant, mais il paraît de plus en plus intéressant de se pencher sur ces domaines méconnus, qui ne devraient pas tarder à faire constater leurs particularismes et toutes leurs qualités.

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19 mars 2018

D'île en presqu'île du Var : des domaines pas forcément anecdotiques!...

Leurs particularismes font leur charme. Îles et presqu'îles du Var, hauts-lieux du tourisme, cachent parfois un domaine viticole et quelques hectares, voire seulement quelques arpents de vigne, dont la destination première est de produire des rosés destinés à satisfaire tous ceux qui viennent prendre du bon temps, à pied, à cheval (-vapeur) ou en bateau, dans ces petits paradis hors du commun. Des rosés, comme tous les vignerons de Côtes-de-Provence en proposent, mais, oh surprise! parfois quelques jolies cuvées de blancs ou de rouges peuvent surprendre les amateurs, parce que, derrière ces cuves pleines de jus aux reflets saumonés, gris ou pelure d'oignon, on trouve aussi des hommes et des passionnés, aptes à mettre en valeur leur production plus éclectique qu'on ne le pense. Partons donc à la découverte du Domaine des Embiez et du micro-domaine de la Presqu'île de Giens.

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~ Domaine des Embiez ~

Depuis 1958, l'Île des Embiez, que dis-je, l'Archipel des Embiez, forme avec l'Île de Bendor, au large de Bandol, ce que l'on a coutume d'appeler les îles Paul Ricard. En effet, c'est à cette date, que la société éponyme s'est portée acquéresse de ces petits paradis. Cependant, l'histoire des Embiez ne débute pas au coeur des Trente Glorieuses, mais remonte à l'antiquité, avec quelques vestiges de campement de pêcheurs et de navigateurs, sans compter les épaves chargées d'amphores datées du Vè au IIè siècle avant J-C. On imagine aisément le paradis des plongeurs que cela représente. Ce n'est sans doute pas tout à fait un hasard, si le trio Cousteau-Dumas-Tailliez (les Trois Mousquemers) y tournent, en apnée, le premier film sous-marin français, Par dix-huit mètres de fond, au coeur même de la Seconde Guerre Mondiale, en 1942. L'année suivante, sera tourné Épaves, mais cette fois avec le premier scaphandre autonome "Cousteau-Gagnan".

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Le terme Embiez vient du nom latin ambo qui veut dire deux. En fait, à l'origine, il s'agissait de deux îles, St Pierre et La Tour Fondue, reliées par des limons et des alluvions, sur lesquels ont été créés des marais salants, qui cessèrent toute activité en 1937. A cet endroit, fut creusé, à partir de 1960, le port actuel de St Pierre, aisément accessible à partir du Brusc. Le port de plaisance compte pas moins de 750 anneaux.

Des habitants de Six-Fours-Les-Plages, la commune sur laquelle sont situées ces îles, la famille Lombard en fut propriétaire à partir de 1520, afin notamment de reprendre l'exploitation des salins, après les moines de l'Abbaye de St Victor, installés là depuis 1068. Mais, c'est à ce moment-là que furent plantées les premières vignes entre 1580 et 1600. L'île connut une période plus sombre, au début du XIXè siècle, lorsque le sel fut exploité pour produire de la soude, à destination des savonneries régionales. Des dégagements d'acide chlorhydrique provoquèrent de nombreux dégâts sur la végétation et la santé des populations environnantes. L'usine fut fermée en juin 1847, par arrêté préfectoral, suite à l'une des premières pétitions connues en France.

IllustrationEmbiez
Source : www.lesilespaulricard.com

"Quand Paul Ricard achète les Embiez en 1958, il fait le voeu de protéger ce paradis naturel et d'en faire une destination pour tous. Dès les années 1960, visionnaire, il voit déjà la civilisation des loisirs comme une évidence." Gageons qu'il n'avait pas tort!... Pour ce qui est du vin, le vignoble réapparaît au tout début du XXè siècle. Véritablement exploité en 1922, il a la réputation de proposer un vin de consommation locale. Abandonné pendant la dernière guerre, il fut remis en état en 1947 et depuis par le Domaine des Embiez. Celui-ci compte dix hectares et une trentaine de parcelles. C'est le seul domaine viticole de la commune de Six-Fours et tout est fait dans la cave de l'île, y compris les mises en bouteilles.

Depuis l'été 2017, c'est Étienne Pats qui a pris les rênes du domaine. Même si celui-ci appartient à la holding familiale Ricard, la structure bénéficie d'une certaine indépendance vis à vis de la société Paul Ricard. Elle fonctionne comme une petite unité de production, avec cependant l'intervention de quelques prestataires et quelques exigences de résultats malgré tout. Dans le cadre reprécisé lors de son arrivée, le vigneron a entamé pour le vignoble une conversion en agriculture biologique, qui sera effective et labellisée en 2020. A noter qu'il sera bien placé pour faire diverses suggestions en la matière puisque, à ses heures, il est aussi vigneron à Pierrefeu du Var, où il possède quelques arpents. S'il ne propose plus de vins en bouteilles depuis 2011 et 2012 (catégorie "vins de garage nature!"), il vend ses raisins à différents vignerons du cru. Originaire de la région, il a toujours travaillé dans le Var et en bio.

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Le Domaine des Embiez s'étend sur dix hectares, plutôt dans la partie centrale de l'île, avec une forte influence maritime et de plus, largement exposé aux effets du mistral. La combinaison des rafales et de l'air salin n'est pas d'ailleurs sans poser quelques problèmes, qui peuvent aller jusqu'à perturber la photosynthèse, même si les parcelles sont parfois séparées de haies de résineux, apportant aussi leur lot d'inconvénients.

On dénombre trois îlots de vignes principaux : La Tour Fondue, avec 50 ares de grenache et 1 ha de cinsault. Puis, Le Gaou et Le Cabanon, qui comptent 30 ares de rolle et 1 ha d'ugni pour les blancs, plus 55 ares de grenache, 55 ares de syrah, 60 ares de cinsault, mais également 45 ares de cabernet sauvignon, 1 ha 45 de merlot, plus un complément de 20 ares de cinsault. Enfin, le secteur dit de La Ferme, avec 55 ares de cinsault, 84 ares de grenache (dont 50 en IGP du Var), 10 ares de cabernet sauvignon en IGP et du Château d'Eau, lui aussi partagé, avec 60 ares de grenache, dont 30 en IGP et 65 ares de cinsault. Un des deux rosés (grenache et cinsault) du domaine ainsi que le rouge (merlot, cabernet, grenache, syrah et cinsault) sont proposés en IGP, le banc et le second rosé (grenache, cinsault, syrah) sont des Côtes-de-Provence. Il reste deux parcelles en cours de plantation : 50 ares de syrah (en IGP) et 20 ares de rolle (Le Gaou), qui sera plantée en 2019. Il est difficile de calculer l'âge moyen des vignes, mais il se situe aux alentours de vingt ans. D'autre part, on remarque une assez forte proportion de sols argilo-calcaire, avec aussi quelques schistes plus ou moins dégradés.

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Arrivé depuis quelques mois seulement, Étienne Pats espère influer sur le cours des choses, à petites touches, même s'il sait bien qu'un cycle complet de la vigne ne sera pas forcément suffisant pour comprendre ce terroir à variantes multiples, très exposé aux conditions climatiques et à l'éventuel manque d'eau. Heureusement, il semble pleuvoir davantage que ces dernières années, en février et mars 2018, ceci devant permettre de constituer quelques réserves... et compliquer au passage les interventions dans la vigne. Mais, la conjonction de certains éléments plaide en faveur d'une évolution importante au domaine. D'abord, la volonté affichée par les propriétaires de prendre en considération les exigences environnementales, sur une île où séjournent nombre de touristes et de par les activités qui y sont pratiquées, randonnée, VTT, etc... Les Embiez sont et doivent rester des territoires vivants, où la faune et la flore restent diverses et riches.

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D'autre part, la production vinicole, même si elle est principalement destinée à la consommation locale (hôtels, lieux de séjour divers, avec 600 à 700 lits, nombreux séminaires, navigation de plaisance...), n'en contient pas moins un potentiel novateur et original, dont une partie est à redécouvrir. Déjà, quelques choix techniques vont dans le sens d'une plus grande qualité : renouvellement de la cuverie, orientation vers des vinifications plus naturelles, en s'appuyant notamment sur les levures indigènes et pourquoi pas, réflexion sur l'encépagement, même si merlot et cabernet sauvignon sont des repères forts pour la clientèle de passage, jusqu'à ce jour. Quand on sait qu'avant 1990, l'île était largement plantée de vieux cépages provençaux, il y a peut-être matière à faire des Embiez un cru exceptionnel, fort d'une typicité marine et de jolies trames salines.

Comme quoi, il ne faut jurer de rien!... Une notoriété locale privilégiée et bien entretenue peut, un jour, être bousculée par la passion et une part de remise en cause. Et les données marketing (la couleur des rosés, les teintes pastel des étiquettes ou des capsules, en accord avec les eaux cristallines et le bleu du ciel d'été...), avec, au-delà de ça, les goûts standards satisfaisant la majorité silencieuse des visiteurs estivaux, à la peau halée et saline, peuvent être chahutés, sans que pour cela, on consente à une révolution de palais inappropriée. Le Domaine de l'Île des Embiez est armé pour cela. A suivre!...

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~ Domaine de la Presqu'île de Giens ~

Sur la route qui mène à l'embarcadère pour Porquerolles, une signalétique récente ne manque pas d'interpeler les visiteurs. Le nom de l'unique domaine viticole de la presqu'île est précédé d'une grappe de raisins. Pas de doute, de la vigne se cache au coeur de la végétation et des superbes villas de cet espace protégé. Un panneau dissuade de continuer sur la petite route pentue, mais pourtant, le Mas du Port Auguier est bien là.

Régis Gautier (et sa grand-mère Yvonne) est en quelque sorte le dernier des mohicans vignerons de Giens, représentant de la huitième génération de la famille!... On est surpris d'apprendre que la presqu'île de Giens comptait encore, voilà quelques décennies, une bonne vingtaine de petits domaines viticoles, à vocation familiale le plus souvent, mais où les Varois et les touristes de passage s'approvisionnaient en cuvées couleur locale, le plus souvent rosées. Mais la pression immobilière a eu raison, au fil des ans, des ultimes résistances, même s'il reste, parait-il quelques micro-parcelles dans les jardins de certaines villas.

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Cette pression, le grand-père de Régis fut un des premiers à la subir et à résister, malgré son jeune âge. Cette histoire locale confine à la légende et, pour un peu, il faudrait la raconter en langue provençale, ou emprunter à Mistral, Daudet, Pagnol et autre Giono, quelques formules évocatrices, parfumées de lavande ou du thym de la garrigue. Nous sommes en 1924, les Gautier sont sollicités par la Comtesse de Béhague, riche Parisienne, mécène et collectionneuse bien connue, qui souhaite agrandir sa propriété appelée La Polynésie. Mais Félicien, alors âgé de sept ans, s'élève contre cette vente. "Parce que je veux être paysan!" déclare-t-il à ses parents. Ceux-ci ne peuvent alors se résoudre à cette cession et la petite propriété agricole va traverser le temps jusqu'à nos jours.

Yvonne Gautier va tenter de conforter le domaine au fil des années. Il n'y a pas si longtemps que ça, elle récoltait les pommes de terre nouvelles, qu'elle partait vendre au marché tôt le matin. Elle faisait de même avec les fleurs d'allium de son jardin, qu'elle cueillait et déposait à la gare de Hyères, afin qu'elles soient expédiées à Londres, où elles étaient très prisées.

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Bien avant, on dit même qu'une petite parcelle de carignan abreuvait les amis de la famille, dans les années 1880 et qu'une autre de chasselas permettait de produire un petit vin blanc que, là encore, les Anglais appréciaient particulièrement. Mais, Mamie Gautier se rendit vite compte que le tourisme allait être la manne de la région. Elle fit construire sur certains de ses terrains les maisons qui allaient devenir autant le lieux de villégiature. Si bien que de nos jours, une vingtaine d'hébergements permettent d'accueillir les Varois et les autres, au milieu des vignes, avec vue sur mer.

Actuellement, le domaine totalise 1,6 ha, sous forme de petites parcelles bien surveillées par les occupants des mobil-homes, plantées de divers cépages. D'autant que les hôtes des cabanons sont partie prenante lors de la cueillette, au moment des vendanges. En effet, le vigneron leur a suggéré de former l'Association des Vendangeurs Arbanais (le nom des habitants de la presqu'île), afin d'organiser cela au mieux et dans les règles, non sans les convier, en fin de journée, à de sympathiques soirées barbecue.

28058393_10215484729409362_300385023245197139_nChaque année, le domaine produit entre 8 000 et 10 000 bouteilles, même si en 2017, il a fallu compter avec la sécheresse, réduisant de 30% la production habituelle. Comme souvent dans la région, le rosé domine (5 000 bouteilles), souvent épuisé dès le mois de septembre. Il se compose de 70% de grenache, 10% de syrah, 10% de cinsault et 10% de mourvèdre. Pressurage à froid, macération courte, dans le plus pur style des rosés de Provence actuels. Le blanc, 50% rolle et 50% clairette, aux quantités très réduites, est plutôt destiné à la consommation de coquillages et de poisson. Quant aux rouges, 20% mourvèdre, 30% syrah, 30% cabernet et 20% grenache, il est de constitution plus solide, une petite quantité (150 bouteilles) est même proposée en magnum, suite à un élevage d'un an, en fûts non neufs pour la plupart. Enfin, n'oublions pas le muscat petit grain qui, malgré de très faibles volumes, complète aimablement la gamme, avec le plus souvent, guère plus de 60 gr de sucres résiduels. Fermez les yeux, vous êtes sous la tonnelle... Vous entendez les cigales?...

Sur place, ne cherchez pas les installations permettant vinification et élevage. En effet, en 1990, le père de Régis fit la connaissance de Jacques Pélépol, vigneron au Château Sainte-Croix, dans l'arrière-pays. Il lui confia ses raisins et c'est ainsi que naquit le Mas du Port Auguier. Depuis, cette forme de tradition perdure et Régis Gautier vinifie toujours dans les collines, à Carcès, à deux pas de l'Abbaye cistercienne du Thoronet.

Certains pourraient en conclure qu'il s'agit là d'un curieux équipage, mais deux activités somme toute complémentaires (déjà vues dans le cadre bucolique du Domaine d'Anglas, dans l'Hérault, par exemple) peuvent contribuer à un équilibre satisfaisant. Pour peu que gestion et passion se rejoignent le moment venu. Il va de soi qu'ici, l'objectif du vigneron n'est pas de devenir un référent international des Côtes-de-Provence, mais plutôt de satisfaire les gens de passage, le temps d'un coup de soleil, parce que le vin est partage. On peut en conclure que cela reste anecdotique, mais pourtant, même si c'est sans doute davantage possible aux Embiez, il s'en faut de peu que la recherche d'un simple équilibre financier (pas toujours évident à atteindre et à maintenir) ne débouche sur le retour à quelques traditions locales, à base de cépages anciens, en même temps qu'à des vinifications résolument naturelles. Après tout, le vignoble de Bellet, au coeur de l'agglomération niçoise, n'est pas si loin que ça, avec son braquet et autre folle noire, voire pignerol et mayorquin. Voici donc deux domaines auxquels on ne peut nier une dimension patrimoniale, même si les vignerons ne s'inscrivent pas dans une démarche de prestige. Mais, ils méritent indiscutablement le détour.