La Pipette aux quatre vins

22 avril 2017

Derniers regards gourmands sur l'Afrique du Sud!...

Mi-mars en Afrique du Sud, c'est un peu comme notre mois de septembre, lorsque le beau temps est de la partie et que la lumière est belle. On se prend alors à tenter de capter la force de ces paysages. Une mer d'un bleu profond, qui semble dotée d'une force lointaine, faisant le tour de la Terre par les Quarantièmes, voire les Cinquantièmes et rebondissant sur les falaises de glaces de l'Antarctique, avant de déferler dans les immenses baies sableuses, pour le plus grand plaisir des surfeurs locaux, une nature souvent préservée le long de la côte et des montagnes aux formes tortueuses et plissées, nous montrant ce que la géologie peut nous révéler des temps anciens. On a parfois le sentiment que les habitants de ce pays sont un peu les dépositaires de la valeur de ce patrimoine hors du commun. Cela contribue-t-il à leur bonne humeur quasi générale, malgré les inégalités, les déséquilibres et les tensions que l'on sait présentes dans certaines parties du pays?...

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Au delà de ces coups d'oeil magistraux, au point de ne plus savoir où donner de la tête parfois, une des plus agréables surprises de ce séjour est venue de la qualité de la cuisine proposée en Afrique du Sud, avec des niveaux étagés dans la restauration, mais respectant une certaine qualité et une originalité notoire. Que l'on soit à proximité d'un petit port de pêche, dans un établissement bien armé, à priori, pour satisfaire le touriste de passage, sur une terrasse baignée de soleil, juste au dessus de la petite plage où les pingouins viennent signer des autographes, en remontant par les escaliers, de leur démarche caractéristique, ou en plein centre de Stellenbosch, par une belle soirée estivale, il y a matière à satisfaire les plus difficiles.

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Belle surprise au passage avec les huîtres locales - celles de Knysna sont les plus renommées - même si les supporters du football français gardent de cette ville, le souvenir d'une retentissante grève des joueurs, pendant la Coupe du Monde 2010!... Notez qu'elles sont parfois accompagnées d'une petite sauce savoureuse, à base de concombre émincé façon échalotes, dans un jus de citron (vous pouvez aussi essayer avec du vinaigre de cidre!) qui les relève joliment, surtout si elles sont plutôt charnues. Filets de poissons toujours agrémentés d'une sauce délicieuse, moules et crevettes ne sont pas en reste, dans des compositions bien relevées. Enfin, les viandes grillées vous laissent rarement sur votre faim.

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A Stellenbosch donc, très joli souvenir de l'Oppie Dorp Restaurant, un endroit où l'on peut, sans hésiter, sortir des recettes conventionnelles. Ce soir là, carpaccio de springbok, tempura de crocodile, autruche, kudu et agneau du cap!... Dans l'ordre d'apparition à l'image, ci-dessus. Un régal!... Le Pinotage 2014 était ouvert et plutôt distingué, enfin la crème brûlée sortait de nos sentiers (re)battus!...

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Autre aspect non négligeable de l'offre, en matière de restauration, en Afrique du Sud, avec tout ce que les grandes wineries proposent elles-mêmes. En effet, après une visite des installations et une dégustation, il n'est pas rare d'éprouver le besoin de se restaurer. Et là, tout est possible à toutes heures (sachant aussi qu'il y a parfois des chambres d'hôtes), avec quelques jolis plats (et menus, pour les plus gourmands). Un exemple : le restaurant de Gabriëlskloof, à Bot River, où l'originalité est de mise, à des prix très raisonnables. Il se murmure que quelques Grands Crus du Bordelais se lancent vers une telle offre, en "débauchant" quelques bons, voire grands chefs. Il ne reste plus qu'à espérer que ceux-ci ne tombent pas (une fois de plus) dans les excès (de prix) d'une nouvelle offre élitiste, qui n'aurait de raison d'être, que par l'existence des "notes de frais", chères au budgets com' et représentation, tendance élastique, de certaines grandes entreprises du secteur!... On garde les pieds sur terre, parfois, en observant ce qui se passe ailleurs!... Quoi qu'il en soit, l'expérience de cette escapade sud-africaine tend à démontrer que les voyageurs n'ont donc pas trop à craindre le niveau culinaire de ce pays. Bon appétit et bon voyage!...

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06 avril 2017

Afrique du Sud : l'autre voie pour les vins : les Young Guns!...

Il n'est pas simple encore d'en faire l'inventaire. Pourtant, avant même notre départ, nous devions à Roland Peens, de Wine Cellar, à Cape Town, d'avoir pu dresser une liste de ces vignerons innovants, pour la plupart jeunes, voire très jeunes. Les Young Guns!... Pas loin d'une vingtaine de winemakers (listing in progress!) qui ont décidé de suivre un autre chemin. A la lecture du très récent (et excellent) article de Yaïr Tabor, dans le n°124 de l'incontournable revue Le Rouge & le Blanc (comment, vous n'êtes pas encore abonné à cette revue?!...), il est clair que la révolution est en marche, dans l'Afrique du Sud viticole. D'ailleurs, dès 2010, quelques producteurs indépendants du Swartland ont créé une manifestation annuelle, la Swartland Revolution, qui réunissait quelques participants de la région, autour des membres fondateurs : Adi Badenhorst, Eben Sadie, Callie Louw, Andre et Chris Mullineux, En clair, ceux qui "obtenaient des raisins issus de vignes peu ou pas traitées et vinifiaient avec le minimum d'intrants." En fait, cap (de Bonne Espérance) sur les vins naturels (ou presque) en Afrique du Sud!... En 2015, ce fut la dernière édition de cette réunion annuelle, mais le grand tremblement avait eu lieu et a porté ses fruits. Aujourd'hui, des vignerons passionnants proposent les vins qu'on aime. Partons pour l'épisode le plus récent d'Il était une fois dans le sud, au Swartland!... Mais, ne traînez pas en route, parce qu'ici, tout va plus vite!...

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A force de traîner ses guêtres dans les vignobles de la planète, on finit par trouver quelques similitudes entre ce qui se passe au coeur de certaines de nos régions et appellations et dans d'autres contrées, parfois exotiques, mais pour lesquelles nous collectionnons encore quelques préjugés. Les Young Guns pour tout dire, c'est un peu comme nos Anges Vins en moins structurés, ou plutôt comme le groupe En Joue Connection, avec une sorte de militantisme, mais en moins exacerbé. Ils ont à défendre leur idée du vin, mais pour le moment, ils doivent se faufiler entre les dinosaures locaux. Quelque chose comme les Wine's Angels!... Mais ici, on ne les remarque pas à leurs blousons de cuir et leurs engins aux chromes rutilants, mais plutôt à la planche de surf qui traîne dans le pick-up!... Un autre monde, quoi!...

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~ Jurgen Gouws, Intellego Wines ~

Cap sur le Swartland, donc!... Pour tout dire, nous sommes impatients. Nous prenons la direction de Malmesbury, puis de Paarl. Nous avons rendez-vous avec Jurgen Gouws, à Annex Kloof, une winery que l'on dirait presque au milieu de nulle part, dans le secteur de Paardeberg. On quitte la R45 pour prendre une petite route sur une centaine de mètres (à gauche, roule à gauche!), puis, nous suivons une route en terre battue sur près de quatre kilomètres. Notre Volkswagen de location tient le choc, nous voilà à la campagne, mais quelle campagne!... C'est ici que le jeune vigneron qui monte, qui monte, vinifie sa gamme : Intellego.

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Roland Peens dit de lui "qu'il est probablement le leader des producteurs de vins naturels, dans la foulée de Craig Hawkins, de Testalonga." Il faut dire qu'ils ont tous les deux été à bonne école : Lammershoek, où Jurgen est assistant winemaker et où Craig fut au commande d'une partie des vinifications (la gamme des vins naturels) au cours de ces dernières années, celles qui nous ont aussi permis de découvrir quelques unes de ces cuvées, lors de La Dive, à Saumur.

Mais, ce phénomène qui engendre un tel mouvement, ce sont quelque part les conséquences de la fin de l'apartheid. Une soif de courir le Monde, pour une génération qui voulait savoir. Pas un n'oubliera d'être reconnaissant à tous des producteurs locaux qui les hébergent de nos jours. La plupart ont trouvé un peu de place dans les chais et les installations de ces domaines "historiques", c'est pour cela que nous obtenons nos rendez-vous au coeur même de certaines grandes wineries : Annex Kloof, pour Jurgen Gouws, ou encore Gabriëlsklooff, le lendemain matin, pour Marelise Niemann.

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Ce sont donc également les voyages qui ont fait grandir Jurgen, en le dotant d'une énergie révélant son potentiel. Il s'est aussi rendu compte à quel point les gens peuvent vibrer et se retrouver autour d'une cuvée enthousiasmante. C'est son credo : ne pas laisser indifférent!... Ses expériences outre-Afrique sont nombreuses désormais : Russie, Nouvelle-Zélande, Roussillon et Vallée du Rhône en France, ou encore le Priorat catalan.

Étant restés dans l'inconnu de cette région du Swartland depuis des années, on imagine que ce paysage, juxtaposition d'immensités de céréales, façon Beauce puissance dix et de quelques zones viticoles accrochées à de petites pentes, en piémont de massifs souvent granitiques, ne compte que des jeunes vignes plantées à l'initiative de quelques aventuriers du nouveau millénaire. Mais, que nenni!... Jurgen Gouws dispose ainsi de certaines parcelles, ou de raisins provenant de vignes plantées en 1965 et 1967, avec bien sur d'autres plus récentes, dans les secteurs d'Abbotsdale, Riebeek et certaines zones de Malmesbury.

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Ici, l'immense majorité des vignes est plantée en gobelet (bush vines). Ceci permet notamment au raisin de moins souffrir de la chaleur parfois accablante, au plus chaud de l'été, sachant de plus, que les rendements sont relativement bas, parfois ne dépassant guère 20 hl/ha. Enfin, autre aspect du patient travail de cette nouvelle génération, l'identification des terroirs est devenue la clé de leur production. Pour Intellego, des pratiques biologiques sont appliquées et les petites quantités de SO2 sont le seul additif. Jurgen Gouws revendique donc des vins authentiques, que l'on peut identifier à leur terroir d'origine et où "le résultat final est l'incarnation du travail fait dans les vignes".

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Gros coups de coeur, tant pour ce qui est des jus dégustés sur fûts que des cuvées en bouteilles appréciées ensuite!... Du côté des blancs, du chenin, rien que du chenin!... Le Chenin Blanc 2015 est issu de vignes en gobelet plantées entre 1967 et 1980, sur un sol où le granite décomposé domine, ainsi que "l'oakleaf" (sic!). Pressurage en vendange entière et fermentation en vieux fûts de chêne d'origine française, de volumes différents (228, 300 et 500 litres). Élevage en fûts pendant environ dix mois, selon les millésimes. The story of Harry 2016 est un autre chenin élevé en barriques non neuves pendant sept mois environ. Des gobelets plantés en 1965 sur granite décomposé uniquement. Une autre personnalité et un degré moins élevé (11° au lieu de 13° pour le premier). Enfin, un petit bijou qui aura ses passionnés : Elementis 2015, en version "skin contact" (comme dirait Alice Feiring, lorsqu'elle évoque la Géorgie!). Un chenin en gobelet là encore, planté en 1980, sur oakleaf, avec des sables éoliens dans la couche supérieure. Égrappage, puis fermentation sur peaux pendant trois semaines. Élevage en fûts de 228 litres pendant neuf à dix mois. Des chenins purs, propres, passionnants!...

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Du côté des rouges, on retrouve essentiellement de la syrah, mais pas uniquement. Mais surtout, Jurgen Gouws nous promène là dans son univers : les variantes de terroirs!... Indiscutablement, son terrain de jeu préféré!... La Syrah 2015 vient de deux parcelles (blocks) plantées en 1999 et 2001, sur du granite décomposé agrémenté de quartz. Vendange entière fermentée pendant dix jours en tanks fermés. Passage en barriques de 500 litres et élevage pendant neuf à dix mois. Vient ensuite Kolbroek 2015 : une syrah en gobelet elle, planté en 2000 et qui pousse sans irrigation, sur schiste et oakleaf. Fermentation en grappes entières pendant dix jours en tanks ouverts. Élevage identique à la précédente cuvée. La figurine sur l'étiquette est sensée représenter une sud-africaine urbaine, à l'allure plus maîtrisée!... Pour Kedungu 2015, c'est plutôt une habitante du Swartland, plus extravertie, voire exubérante!... Là, il s'agit d'un assemblage de cinsault planté en 1980, de syrah et de mourvèdre plantés entre 2000 et 2004, le tout en gobelet, avec des sols d'argile quartzitique, oakleaf et ferricrete (re-sic!). Les grappes entières fermentent pendant sept à huit jours dans des tanks fermés. Élevage en fûts de chêne français non neufs de 228 et 500 litres pendant neuf à dix mois. A noter aussi l'existance de deux autres cuvées : The Pink Moustache 2016 (75% syrah plantée en 2001 et 25% cinsault en 1988) en rouge également, mais aussi un Intellego Rosé 2015, avec une dominante de syrah (80%), plus cinsault et mourvèdre.

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"A Intellego, nous croyons que la production de vin est une sorte de lutte permanente dans la recherche de l'équilibre entre l'homme et la nature. C'est pourquoi la balance stylisée qui est présente sur la plupart des étiquettes n'est pas vraiment équilibrée, ce qui symbolise la recherche éternelle de cet équilibre. Ce dernier ne peut jamais être vraiment atteint, mais cela représente le chemin vers une expression honnête, qui se manifeste dans chaque bouteille de notre gamme."

Les photos n° 12 à 23 sont issues de intellegowines.co.za

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~ Marelise Niemann, Momento Wines ~

Pour le dernier jour, cap sur Bot River Wine Valley. Cette fois, c'est vers le sud-est que nous nous dirigeons, en direction de Walker Bay et d'Hermanus. Nous devons retrouver Marelise du côté de Bot River, non sans passer près de Grabouw, sa petite ville natale, mais aussi de Beaumont Wines, une winery où elle a fait ses armes, complétant sa formation à l'Université de Stellenbosch, par où nombre de ces jeunes talents sont passés. Pour le moment, rendez-vous est pris au coeur d'une autre grande winery qui l'héberge, Gabriëlskloof, un ensemble de bâtiments construit sur une douce colline, dans le but évident de profiter de la gravité, malgré les dimensions impressionnantes des installations. Un domaine très organisé en matière d'oenotourisme, où nous pourrons d'ailleurs apprécier un joli repas, en début d'après-midi (on mange au restaurant à toute heure, en Afrique du Sud!), au terme de la visite.

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C'est en 2011 que Marelise Niemann a proposé son premier vin, après des vendanges et un séjour dans le Priorat. Il s'agissait de Momento Grenache. Lors de son expérience espagnole, elle a découvert et appris à travailler avec le grenache noir, une sorte de révélation. Sachant de plus, que ses précédentes vendanges à l'étranger (Espagne, Portugal, France et États-Unis) l'avaient déjà inspirée et interpellée, elle s'installe près de chez elle, certaine de devoir explorer les terroirs sud-africains. De plus, gardant un très beau souvenir des chenins de la Vallée de la Loire, elle opte pour ce duo grenache-chenin (associé au verdelho, comme à Savennières!), avec en plus, un peu de tinta barocca et même, mais ne le répétez pas, c'est nouveau, un peu de cinsault.

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Largement inspirée par les pratiques découvertes lors de ses voyages, "particulièrement dans les vignobles antiques du Vieux Monde" (si l'on se contente d'une traduction au mot à mot du texte de présentation disponible sur le site de Momento Wines!), les vins du domaine reflètent selon la vigneronne tous les éléments impliqués dans la viticulture : le soleil, le sol, l'eau et la terre, le tout associé à l'homme, avec les personnalités, les idées et les expériences. Au niveau pratique, Marelise achète des raisins dans toute la "région" de Western Cape, qui comprend le "district" de Walker Bay, qui inclue le "ward" de Bot River (comme le Swartland comprend Malmesbury et Riebeekberg, mais pas Darling, qui est aussi un district!... Vous suivez, ce ne sont pas les ardents défenseurs des AOP françaises qui vont se plaindre d'une quelconque difficulté sud-africaine!...).

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Nous partons verre en main, pour la découverte de quelques jus en cours d'élevage, en montant et descendant quelques escaliers métalliques permettant d'accéder aux différents niveaux du cuvier, un peu comme si nous étions dans un grand navire, voire un vaisseau spatial, ce qui ne manque pas de nous gêner quelque peu, puisque Marelise arrive au terme de sa grossesse, la naissance de son premier enfant étant imminente!... Mais, la jeune vigneronne est vaillante et elle nous permet de déguster ce qui devrait composer de jolies cuvées. Son approche des vinifications est résolument douce et plutôt dans un esprit de "non-intervention". Elle porte une grande attention au choix des raisins et à leur origine géographique, elle met donc tout en oeuvre pour que l'on retrouve la trace de ce travail dans la bouteille, au final.

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Pour ce qui est des vins en bouteilles, belle impression avec Momento Chenin blanc et Verdelho 2015. Les raisins viennent de vielles vignes de chenin de 34 et 39 ans plantées en Bot River et Swartland (d'où l'appellation Western Cape). Ils sont associés avec 9% de verdelho de Bot River, âgé de douze ans. Les vignes se situent sur des schistes argileux de type Bokkeveld (schistes ardoisiers) et des argiles (Bot River), ainsi que sur du granite décomposé et des sables. Le verdelho est le premier raisin ramassé, afin de trouver un profil aromatique de citron vert, ce qui contribue à préserver l'acidité naturelle et un pH favorable à un bon potentiel de vieillissement. Fermentation sur les peaux pendant sept jours, ce qui donne un peu plus de structure à l'ensemble et une expression sur les épices douces. Le chenin, quant à lui, a été cueilli entre 21 et 22° Balling (à partir de la densité primitive du moût). Pressurage de la vendange entière (un jour dans un tank ouvert), puis fermentation naturelle et maturation en barriques de chêne français de 400 litres, sur lies fines, pendant dix mois, afin d'apporter de la complexité. Les deux composantes de l'assemblage sont réunies deux mois avant la mise, dans un souci d'homogénisation. La proportion de verdelho est variable selon le millésime (22% en 2016), pour tenir compte notamment de l'expression dominante de ce cépage, chaque année.

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Côté rouge, le Momento Grenache 2015 offre une autre voie, qui n'est pas sans rappeler certains Chateauneuf du Pape!... Des grenache en gobelet du secteur de Paardeberg, sur un sol de granite décomposé et de sable. La vinification est des plus douces, afin d'obtenir toute la délicatesse et l'élégance du raisin. Cueillette matinale et tri attentif, puis fermentation naturelle lente, à température fraîche. Une proportion de vendange entière a été gardée pour conserver la fraîcheur et la structure. Pigeage manuel deux fois par jours, pour obtenir une extraction douce, préservant la personnalité du raisin et le caractère naturel. Les jus peuvent être gardés au total cinq semaines sur les peaux. Après pressurage, élevage en fûts de chêne français de 225 litres, pendant une durée pouvant atteindre quinze mois. Fermentation malolactique naturelle. Une petite proportion de carignan (8%) est ajoutée au grenache, quelques mois avant l'embouteillage, "pour ajouter vibration et fraîcheur". A la dégustation, une robe d'un très beau rubis, assez claire, montrant la recherche d'une extraction douce. De la puissance, des tannins délicats et une structure laissant supposer un beau potentiel de garde, notamment du fait du support acide et de l'expression aromatique complexe. Un bien beau grenache!...

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Lors de ce séjour, le temps est passé très vite!... Mais, nous avons eu de la chance, même si tous les vignerons présentés n'ont pu être visités. Ainsi, nous aurions pu également renconter Chris Alheit, Johan Meyer, Jacques de Klerk, Tremayne Smith, voire Lukas van Loggerenberg ou encore Ryan Mostert, pour ne citer que ceux-là!... C'est dire à quel point une dynamique est amorcée en Afrique du Sud, qui n'est pas sans rappeler celle qu'on apprécie en France, en Rhône, Roussillon, Jura ou Val de Loire, par exemple. Bien sur, la perspective de se faire une place au soleil du marché des vins naturels n'est pas étrangère à cela et, qui plus est, à l'échelle de la planète, mais on a plaisir à entendre ces vignerons évoquer la solidarité de toute une génération, la recherche d'une certaine authenticité, mais aussi le fait qu'ils restent attentifs aux avis des amateurs et des clients. Il y en a bien sur, qui ont pris une option "borderline", mais finalement très peu, la plupart privilégiant la production de vins droits, mais carrés, n'écartant pas une certaine part d'originalité. Comme je l'ai déjà dit, tout va très vite dans ce pays et gageons que nous devons nous attendre à quelques belles surprises à l'avenir. Ce qui ne pourra que nous donner de nouvelles raisons d'y retourner!... A gauche, roule à gauche!... Sur ce, si on passait à table?... Bon appétit!... En attendant de découvir ces nectars grâce à The Wine Snooper!...

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30 mars 2017

Afrique du Sud : l'étonnante histoire de Kleinood!...

Une histoire qui n'a rien à voir avec SAS, même si le bâtisseur se nomme Gerard de Villiers!... Rerrrarrd en afrikaan!... Un personnage tout à fait étonnant, qui pourrait se dire qu'il a construit une sorte d'empire, mais qui est bien trop humble pour revendiquer cela. Pourtant, bon nombre de wineries locales (et même certaines à l'étranger, y compris en France!) et des distilleries sont passées entre ses mains, si l'on peut dire!... Et son domaine vini-viticole est un modèle de construction attentive et réfléchie.

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Gerard de Villiers est l'un des descendants du huguenot français Jacob de Villiers, arrivé au cap de Bonne Espérance en 1688. A l'époque, depuis plus d'une trentaine d'années, les colons venus d'Europe se sont installés dans les vallées entourant Le Cap, pour y cultiver des fruits et des légumes, destinés aux bateaux de la Compagnie des Indes Orientales hollandaise, qui font escale dans le port, avant de continuer leur route vers les comptoirs maritimes de l'Est. Sur les hauteurs dominant l'océan, des guetteurs équipés de tambours sont installés. Ils tambourinent vivement dès qu'ils aperçoivent un bateau, à charge pour les maraîchers locaux de récolter et de se rendre au port au plus vite. Depuis, un de ces sites de guet privilégié a donné le nom de Tamboersklooff (la vallée des tambours) à une banlieue de la grande métropole, dans laquelle Gerard a vécu avec sa famille pendant vingt-cinq ans. C'est aussi le nom des quatre cuvées proposées par Kleinood Winery.

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La formation d'ingénieur de Gerard de Villiers fait de lui un homme pragmatique, organisé, soucieux du détail, mais avec une pointe de romantisme, que lui inspire sans doute la vallée de Blaauwklippen, qu'il a choisie avec son épouse Libby depuis dix-sept ans. Si son ancêtre a opté, à la fin du XVIIè siècle, pour la "ferme viticole" de Boschendal, entre Stellenbosch et Franschhoek, c'est au Cap qu'il fait ses armes. Avant de devenir vigneron et même s'il a déjà posé les bases du projet dans son cerveau, en traçant même les grandes lignes sur le papier, Gerard de Villiers a créé dès 1983, sa société et son activité de consultant auprès des domaines viticoles (et non des moindres!) du cru, qui vont faire de lui une personnalité fort respectée et en même temps forger son expérience. Lorsqu'il décide de planter ses vignes, il va faire de Kleinood une sorte de laboratoire à taille humaine et en vraie grandeur, toujours ouvert sur la nouveauté et les exigences du marché.

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C'est au cours de l'année 2000 que tout bascule. Cette année-là, le couple de Villiers découvre son jardin d'Eden. Quelque part entre Dornier Winery et Waterford Estate, au sud de la petite ville de Stellenbosch, une vallée cache un paysage de montagne formant une sorte de cirque (Helderberg Mountain et Hottentots-Holland Mountain), le confluent de deux rivières et une étendue vierge de la forêt indigène. Ils baptisent l'endroit Kleinood, un mot afrikaan aux origines hollandaise et allemande, qui signifie quelque chose de petit et précieux. Gerard de Villiers va alors tenter de s'imprégner du lieu, d'entrer en osmose avec le paysage. A ce moment-là, il n'y a là qu'une petite ferme qui produit quelques fruits, mais sur la petite route qui y mène, vont sortir de terre les bâtiments de la future winery. Gérard sait ce qu'il veut en tant que locaux viticoles et Libby, forte de son expérience d'architecte va imaginer, créer intégralement un ensemble nouveau, qui donne parfaitement l'illusion que ce domaine vinicole existe depuis des générations. Or, tout ou presque est sorti de terre depuis 2000!... Le style, les matériaux, les finitions sont tous passés par l'imaginaire et les idées géniales de Mrs de Villiers!... Incroyable!...

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Mais, ce n'est pas tout!... Pendant les premières années de leur présence à Kleinood, Gerard de Villiers va, avant même de faire le choix de cépages ou de types de vins, collecter une banque de données absolument énorme. L'ensemble fait une douzaine d'hectares et il sait d'ores et déjà, qu'il va en consacrer deux aux oliviers, afin de proposer la De Boerin Extra Virgin Olive Oil.

On imagine aisément le temps passé par le vigneron à observer de prime abord sa terre par tous les temps et à toutes les heures. Les pentes, l'aérologie, la nature du sol... Puis, il met en oeuvre l'approche scientifique qui ne le quittera plus, même s'il considère qu'elle est une réponse à la dimension humaine des choses, à moins que ce ne soit l'inverse. Il installe de petites stations météo dans tout le vignoble, ainsi il obtient au jour le jour, les variations de température, la force et la direction des vents pour chacune des positions, la pluviométrie au dixième de millimètre. Dans un même temps, il creuse pas moins de cent cinquante fosses sur les douze hectares et découvre qu'il y a là quatre variétés d'argile de base, proches de celles identifiées sur d'autres sites du pays : Tukulu, Kroonstad, Klaptmuts et Witfontein (des noms qui sonnent comme ceux de la ligne des trois-quarts de l'équipe des Spingbocks!). Bien sur, on constate aussi en arpentant le vignoble actuel, que certaines zones sont plus caillouteuses (c'est même limite galets roulés du Rhône!) et d'autres plus sablonneuses, notamment près de la rivière. On peut identifier au passage une sorte de granite qui tend à se décomposer et à s'effriter sous les doigts, un peu comme le "gore" de Cornas. Ce granite a pour origine les pentes voisines de la montagne.

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Suite à ces longues investigations quant au "terroir", la compilation des informations avec celles concernant le climat détermine vingt-trois demi-hectares, comme autant de parcelles (blocks) qui deviennent les entités de base pour les travaux, tout au long de l'année, de la taille aux vendanges. Même l'irrigation est tronçonnée sur la base de ce découpage. Les données météo influent aussi sur la distance entre les rangs et même entre chaque cep, afin que les variations d'ensoleillement soient optimisées. Que ne peut-on faire lorsque l'INAO n'impose pas sa loi!... Nombre de ces informations finissent sur un graphique et déterminent une courbe qui, au final, est comparée avec celles issues des autres vignobles du Monde, où pousse la syrah. Et bien, figurez-vous que les conditions les plus proches de celles de Kleinood, sont celles de la Vallée du Rhône!... Quatre clones de syrah rhodanienne sont donc choisis pour être plantés dans les différentes parcelles. Le choix des porte-greffes relève du même soin. Les plantations plus récentes de mourvèdre et de viognier, voire de roussanne suivent le même process. Pour ce qui est du travail du sol, un grattage le plus souvent, il n'est pas forcément le même partout. Et ne vous y trompez pas, il en a été de même pour les oliviers où là, c'est la Toscane qui l'emporte!... Si la NASA a besoin d'un expert pour planter des vignes sur la Lune ou sur Mars, inutile de chercher plus loin!... Il ne reste plus qu'à y installer des capteurs en tout genre!...

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Avant de passer à la dégustation en compagnie de Jessica, en charge de l'accueil des visiteurs le plus souvent (qui parle joliment le français pour avoir fait plusieurs séjours dans notre pays et qui, par ailleurs, vinifie une micro-cuvée de pinot noir, que nous n'avons pas eu le plaisir de découvrir, malheureusement!...), petit détour par le cuvier et le chai à barriques. Nous sommes là dans le véritable laboratoire de Gerard de Villiers. Son métier, c'est cela : concevoir l'agencement de chais, afin que tout soit mis en oeuvre pour le plus grand respect de la vendange, de la cueillette en petites cagettes à la mise en bouteilles. Toutes les cuves inox sont d'un volume différent, en rapport avec la quantité de raisins issus des différents "blocks". Le bâtiment étant de plain-pied, la gravité est reproduite par un système de rail faisant le tour du cuvier et l'emploi de cuvons (comme on en voit désormais dans certains grands domaines français) s'élevant donc au-dessus des cuves. De la même manière, les contenants destinés à l'élevage peuvent se glisser sous la cuve. Le pigeage pneumatique s'effectue au moyen d'un appareil se déplaçant lui aussi au-dessus des cuves et qui semble d'une utilisation très fonctionnelle et ergonomique.

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Il faut noter au passage, qu'en Afrique du Sud et sans doute dans d'autres pays, celui qui manage l'ensemble et garde un oeil presque inquisiteur sur tout (ici, dans ce rôle, Gerard de Villiers), laisse le champ libre au winemaker (ici Gunter Schultz), ce dernier donnant plus libre cours à sa sensibilité au niveau de la vigne et de tout le processus de vinification et d'élevage. On peut supposer que les deux hommes ont parfois des perceptions différentes de la chose vinique, le feeling de l'un ne répondant pas forcément aux statistiques de l'autre. Mais, en bonne intelligence, deux avis nuancés, tournés vers le même objectif, ont de fortes chances de conduire à un résultat des plus remarquables. Ceci dit, Gunter est aussi un surfeur émérite, comme d'autres vignerons du pays, presque fatalement attaché à l'avenir de la planète, mais aussi capable de prendre un certain recul, afin de ne pas subir la pression d'une activité, fut-elle à risque, puisque exposée aux effets de la nature et de la météo. Nous avons d'ailleurs appris le lendemain, de la bouche de Jurgen Gouws, vigneron en Swartland que, chaque année, une compétition de surf réunit vignerons et winemaker du cru!...

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Quatre cuvées dégustées dans un premier temps, celles disponibles dès maintenant auprès de The Wine Snooper : le Tamboerskloof viognier 2015, avec de délicats arômes fruit-fleur et un joli équilibre. Pas de trace d'un élevage exubérant et sans doute, une bonne aptitude à quelques accords avec fruits de mers cuisinés et poissons. Tamboerskloof Katharien rosé 2016 se montre assez complexe et délicat. A l'aération, on passe aisément des fruits rouges aux épices douces. Une jolie robe d'un rose tendre. Du côté des rouges, les Tamboerskloof Syrah 2013, puis 2011. Des robes profondes, mais des expressions bien nuancées : un 2013 évoluant vers les fruits rouges, avec un corps plus léger, mais plein de délicatesse, alors que le 2011, plus full body, revendique une certaine puissance et une profondeur indiscutable. Belle complexité et longueur chatoyante. Notez que nous avons aussi découvert par ailleurs, en fin de journée, la cuvée Tamboerskloof John Spicer Syrah 2011, issue d'une sélection exclusive de syrah d'un seul block et en cours d'élevage. Une puissance qui confine à l'extravagance, plutôt destinée à des palais avertis ou accoutumés à des volumes et des textures évoquant certaines productions nord-américaines!... Mais, laissons-lui du temps!...

Une découverte singulière que Kleinood!... Une douzaine d'hectares, c'est-à-dire bien moins que dans nombre d'entités locales et l'illustration d'une passion absolue, permettant à l'ensemble de garder une dimension humaine certaine. Les vins sont accessibles, non dénués d'ambition, mais sincères et droits. Il est clair que le clinquant d'un décor n'est pas de mise ici et il est plus important de croiser le verre entre amis, au terme d'une journée (ou de partager une excellente table au coeur de Stellenbosch!), voire de parcourir le vignoble à pied, un peu avant que la nuit tombe... Quelques hectares d'humanité au coeur d'un pays vivant et fier.

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23 mars 2017

Afrique du Sud : le vent, la lumière, l'arc en ciel et les vins!... (2)

Seconde journée à Cape Town!... Le petit déjeuner est à la limite du raisonnable. Manges, tu ne sais pas qui te mangera! comme disait ma grand-mère. Longue conversation (en français!) avec Mrs Maartens. "Quel est votre programme aujourd'hui?" me demande-t-elle. Je lui réponds avec sans doute la lumière du Cap dans les yeux : "Le Cap de Bonne Espérance et Boulders Beach". Elle se met à rire. "Mais, vous savez que vous avez une chance incroyable!..." En fait, en ce deuxième dimanche de mars, devait se dérouler le Cape Town Cycle Tour!... Il s'agit d'une course cycliste mythique, dont c'est le quarantième anniversaire. Elle réunit chaque année trente cinq mille participants, qui parcourent plus de cent kilomètres d'une boucle autour du Cape of Good Hope. Inutile de dire que toutes les routes sont donc fermées à la circulation à cette occasion. "Mais, ce matin à six heures, les organisateurs viennent d'annuler le départ à cause du vent trop fort! Donc les routes vont être ouvertes." Incroyable!... Il faut dire qu'en plus, quelques incendies dans la végétation menacent, du fait de la chaleur et de la sécheresse, comme nous avons pu le constater la veille, non loin de Constantia. Ici, l'été 2017 est le plus chaud et le plus sec depuis quarante ans. Donc, tant pis pour les participants venus du monde entier, on imagine aisément leur déception. Certains vont tenter d'ailleurs de braver les éléments, non sans représenter quelques dangers dans la circulation. Mais, pour nous, l'Espérance est comblée!...

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La circulation est finalement quelque peu perturbée. De plus, malgré cela, on se dit qu'il serait intéressant de faire le tour de la péninsule, en descendant par la côte ouest. Mais, pas de chance, la route est coupée après Hout Bay, impossible de passer par Chapman's Peak, un site qui offre plein de cartes postales à nos regards étonnés!... Nous rebroussons chemin, passons de nouveau par Constantia et regagnons la côte est par la route intérieure, qui vaut aussi le détour. A hauteur de Simon's Town, force est de constater que la route nous appartient!... En ce milieu de matinée, peu de touristes savent encore que la route est ouverte et nous goûtons les paysages comme il se doit.

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Sitôt passé le péage, qui régule quelque peu la circulation au coeur du Table Mountain National Park (l'entité officielle qui régit les zones protégées de Cape Town), nous pénétrons dans un environnement sauvage, naturel, dans lequel les espèces, tant pour ce qui est de la faune que de la flore, sont multiples et variées. A cette époque de l'année (la fin de l'été ici), la végétation prend des teintes automnales, façon garrigue méditerranéenne, nuancée d'horizons ressemblant parfois à la lande bretonne. Indiscutablement, le coup d'oeil doit être parfois magnifique, lorsque toutes ces plantes, parfois difficiles à reconnaître, fleurissent à la fin du printemps et au début de l'été.

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Nous suivons d'abord la route qui mène à Cape Point, le plus haut promontoire, où se situe le phare signalant l'extrémité sud du continent, même si le Cape of Good Hope est situé un poil plus sud. Petite pensée au passage, pour tous les tourdumondistes, qui ont doublé cette pointe à la voile, avant d'entrer dans l'Océan Indien non loin de là, au Cap des Aiguilles (ou Cape Agulhas), qui est la véritable porte d'entrée vers les Quarantièmes Rugissants, comme tous les participants du Vendée Globe vous le diront!... Quelques marches pour atteindre le phare (à moins que vous ne préfériez le petit funiculaire, appelé le Flying Dutchman Funiculaire, le vaisseau fantôme éponyme croisant dans le secteur, selon la légende!), un musée, ainsi que les boutiques souvenirs indispensables. Au retour, il n'est pas rare de croiser quelques babouins sortant de la végétation, surtout quand l'heure de midi approche!...

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Pas de doute, l'air est pur dans le secteur!... Et les couleurs magnifiques, avec toutes les nuances de bleus inimaginables, du turquoise au bleu océan. Nous rebroussons chemin pour prendre la route qui mène au Cap de Bonne Espérance, un lieu où l'émotion est palpable : tout droit, vers le sud, il n'y a que l'Antarctique!... 34° 21' 25" sud. Ça vaut la photo!... Tout le monde vient prendre la pose derrière le panneau. On fait même la queue et on se prête l'appareil photo ou le téléphone!... Mais, c'est légitime, on fait de même au sommet du Mont Blanc, lorsqu'il y fait bon. Immortaliser l'instant!...

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Avant de reprendre la route, une petite grimpette sur le point le plus élevé du cap, histoire de se dégourdir et de se faire secouer par quelques rafales de sud-est. Ça ne sent pas le moisi par ici, comme on dit!... Ici, la surveillance de la qualité de l'air n'est pas une priorité absolue. Cette fois, pour le retour et puisque le trafic est des plus légers, je m'installe au volant (à gauche, roule à gauche!), histoire de m'acclimater, pour prendre la direction de Simon's Town et de Boulders Beach, où se situe la Penguin Colony, comme nous le précise notre carte routière.

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C'est un site mondialement connu, depuis que quelques reportages nous ont montré cette agréable station balnéaire, où la cohabitation avec ces volatiles n'est pas toujours très simple, surtout pour quelques habitants du lieu, oubliant qu'ils sont les derniers arrivés dans les parages!... Mais, dans la plupart des cas, tout le monde accepte leur présence et en mesure les enjeux. D'autant que c'est un vecteur non négligeable de la présence des touristes, qui viennent en toutes saisons.

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La faim ne nous tenaille guère, mais nous optons pour la terrasse de Seaforth Restaurant et sa vue imprenable. Des huîtres, un filet de poisson grillé et un Riesling de Hartenberg, à Stellenbosch. Ça sent les vacances!... Presqu'une météo à se baigner, mais l'eau est froide (déjà qu'elle est froide aux Sables d'Olonne, pour moi!), car c'est le courant de Benguela qui domine ici. Il contribue à alimenter une zone riche en nutriments et la vie marine y est abondante. D'où les nombreux mammifères marins qui fréquentent les lieux et notamment les baleines, que l'on peut observer à de nombreux points de la côte... quand c'est la saison. Pour l'heure, nous nous contentons aisément d'une demi-douzaine de pingouins, que nous ne manquons pas de saluer, évitant surtout de les importuner, en leur demandant des autographes par exemple (ce sont les stars du coin!...) Nous les croisons dans l'escalier, remontant de la plage. A se demander si la terrasse du restaurant n'est pas leur objectif du moment?...

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A peine quelques dizaines de kilomètres à parcourir ensuite, en suivant la côte et rejoindre Stellenbosch, qui sera un peu la plaque tournante de la semaine. Pour la soirée, repos à Klein Welmoed, une ferme au sens exact du terme, mais aussi une winery qui, comme bien d'autres, propose de superbes chambres d'hôtes et parfois même la table d'hôte. Vineyards and Olive Groves, précisons que les oliviers sont également très présents dans le paysage.

Demain est un autre jour!... Après un copieux breakfast (comme il se doit!) Benny et son jet Isuzu blanc quatre roues motrices viendra me chercher, pour découvrir quelque peu l'envers du décor de Kanonkop, qui vendange ses cabernet sauvignon. Ben oui, on bosse quand même un peu!...

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21 mars 2017

Afrique du Sud : le vent, la lumière, l'arc en ciel et les vins!... (1)

Un cap à franchir, changer de cap, définir le cap, maintenir le cap!... Un cap est toujours de Bonne Espérance, même s'il était, en l'occurence, naguère, celui des Tempêtes!... Je ne peux que confirmer ce que l'on me dit aujourd'hui, à mon retour d'Afrique du Sud : cinq jours, c'est trop court!... Mais, quel souffle!... Un pays, des paysages, une réalité qui ne peuvent laisser personne indifférent!...

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Une fois notre duo de "chasseurs de têtes et de cuvées hors normes" reformé, après un vol à émotion pour l'un, au départ de Paris et un looonnng voyage avec escale à Doha, au Qatar, pour l'autre, nous nous dirigeons vers l'un des nombreux comptoirs permettant la location de voiture. "Vous souhaitez une automatique?..." De préférence en effet, avec en plus la nécessité de s'acclimater à rouler à gauche. "En anglais ou en français le GPS?..." Disons français, parce que dans un pays où pas moins de onze langues officielles se cotoient, cela pourrait ne pas être simple de demander son chemin!... Ceci dit, une certaine, voire une bonne pratique de la langue anglaise est indispensable (ce n'est pas encore tout à fait mon cas), même si l'on croise parfois des habitants parlant le français avec un délicieux accent (Hi Jessica!). Petite précision, le véhicule à droite ci-dessous n'était pas disponible, même s'il est destiné à la pratique de l'oenotourisme en AfSud, activité en plein développement. Certainement un bon compromis, quand on sait qu'il faut parfois quitter les routes asphaltées pour gagner les wineries et pourquoi pas, croiser en chemin quelques animaux en liberté dans la contrée.

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Dès que l'on quitte l'aéroport, on se confronte aux paysages ("A gauche, roule à gauche!). Si mon coéquipier a un programme plutôt chargé dès le début de semaine, nous optons pour une bonne dose de tourisme pour ce samedi après-midi et le dimanche, histoire d'en prendre plein les mirettes et nous n'allons pas le regretter avec la météo du moment, malgré le vent fort - le Cape Doctor - un souffle de sud-est ressemblant un peu au mistral, connu pour ses vertus purificatrices, quand il ne porte pas atteinte au vignoble, en brisant les vignes.

Après un rapide conciliabule et la consultation d'une carte de la région, au programme de cette première demi-journée, Klein Constantia et Table Mountain. La tradition historique d'une part, qui nous rappelle que même si on assimile l'Afrique du Sud aux pays viticoles du nouveau monde, elle s'appuie souvent néanmoins sur un vignoble ancien, avec parfois des vieilles vignes, y compris dans le bush et, pour finir la journée, une séquence émotion (vu la météo!) dans le télécabine permettant d'accéder à l'un des plus beaux sites du pays.

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Le vin de Constance est de renommée mondiale depuis des lustres. On dit que Napoléon, Frédéric le Grand, Bismarck ou Louis-Philippe, pour ne citer que ceux-là, en étaient friands. Klein Constantia est apparue dès les dernières années du XVIIè siècle (il existe aussi Groot Constantia ou Constantia Uitsig dans le secteur), mais a connu des hauts et des bas, comme il se doit. Depuis les années 80, les propriétaires actuels ont restructuré le domaine, afin de rendre à ce vignoble son luxe d'antan. Dans la foulée de ces quelques grands hommes, pas de raison de ne pas y goûter!... Une jolie mise en bouche, avant de passer à autre chose de plus... étonnant.

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A l'heure qu'il est, presque quinze heures, il est temps de découvrir la cuisine sud-africaine. Mon pilote connaît un peu le secteur et nous prenons la route de Hout Bay, petite station balnéaire pleine de charme. Une plage, un petit port de pêche et un restaurant avec vue sur la baie : Mariner's Wharf. Ne cherchez plus, il y en a pour tous les goûts, coups de soleil compris sur la terrasse!... Au passage, nous y découvrons notamment des huîtres excellentes, juste grasses comme il faut et savoureusement accompagnées d'une petite sauce à base de concombre, comme nous les proposons parfois avec des échalotes et du vinaigre. Bien moins agressif pour les mollusques!...

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Au terme du repas, nous nous adaptons aussi au mode de paiement local : par carte certes, mais auquel on ajoute un pourcentage destiné à la serveuse ou au serveur, souvent noir(e) ou métisse. Parfois, les deux sont cumulables, mais il est préférable de disposer de quelques rands (la monnaie sud-africaine, 1000 rands = 70 euros environ) afin d'ajouter le pourboire. Il n'est pas rare de pouvoir manger pour moins de 400 rands à deux, ce qui est très raisonnable, à comparer avec bien des tables européennes (je parle bien de table, pas de mal bouffe!). Enfin, dans bien des cas, il faut aussi penser au "parking gardé". Un espace supposé public, même s'il n'est pas clôturé, mais simplement délimité par quelques rochers ou quelques pierres, est bien souvent sous la surveillance (plus ou moins efficace) d'un habitant du cru, qui cherche là, à se faire quelques piécettes, plutôt que de proposer des bacs de fruits à certains carrefours stratégiques, voire des lunettes de soleil. La société sudafricaine est une des plus inégalitaires au monde et le niveau de vie des 80% de noirs n'a pas progressé depuis la fin de l'Apartheid. Certains disent qu'il a même régressé, c'est dire!... Pourtant, nous avons à faire à des gens le plus souvent gentils et souriants. Qu'on s'en défende ou pas, notre regard européen, voire français, est forcément interpellé par certaines choses, comme les hauts mûrs entourant les jardins, surmontés d'une demi-douzaine de fils électriques. De telles inégalités engendrent l'insécurité, c'est une réalité absolue ici. Dans le pays, on prend (les blancs) sa voiture pour faire quelques dizaines de mètres. Il n'y a que les noirs qui marchent le long des routes, le matin ou le soir pour regagner leur township. Même le vélo est peu recommandé, comme en témoigne un cycliste allemand, rencontré dans l'avion du retour. A noter que, selon la même source, un secteur comme Constantia est jugé plutôt calme, mais il semble qu'il soit sous vidéo-surveillance intégrale. Quelque chose que l'on remarque mieux à vélo qu'en voiture...

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Après ces considérations sociologiques, que nous évoquons en route, nous mettons le cap vers Table Mountain (Tafelberg en afrikaans), afin d'y arriver avant la fermeture du télécabine. Un endroit quasi mythique surplombant la ville du Cap, qui fait partie des sept nouvelles merveilles de la nature (avec l'Amazonie, la baie d'Halong ou l'île de Komodo, par exemple). Un véritable roc, qui culmine à 1086 mètres, où la faune et la flore sont jalousement protégées. C'est le symbole de la ville et sa plus grande attraction touristique. Les nacelles tournent sur elle-mêmes et offrent aux passagers une vue saisissante à 360°.

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C'est la fin d'après-midi et le vent très fort rafraîchit l'atmosphère. Lorsque ce vent de sud-est souffle (toujours le Cape Doctor!), il arrive que les nuages débordent vers l'ouest. On dit alors, vu du bas, que la table est mise (en anglais, table cloth). C'est la fin de la journée, la nuit commence à tomber et nous vivons là, la séquence émotion du jour : la sirène hurle, va-t-on devoir descendre à pied?... Non, finalement, la cabine descend sur la face protégée du vent et nous regagnons la "terre ferme" sans encombre.

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Au terme de cette première journée, il ne nous reste plus qu'à rejoindre (à gauche, roule à gauche!) le quartier de Fresnaye et l'Avenue Normandie, que surplombe Signal Hill, une des collines qui encadrent Table Mountain, où se situe Maartens Guest House. Une très belle chambre d'hôte m'attend là, histoire de prendre un repos bien mérité, après trente-six heures sans réel sommeil réparateur. Le lendemain matin, il suffira d'un délicieux breakfast couleur locale (oh, les jus de fruits!) pour repartir du bon pied et découvrir le Cap de Bonne Espérance, un moment très attendu. A suivre!...

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09 mars 2017

Soirée vins rares et insolites, au restaurant Il Vino (75)

La Tour Eiffel a froid aux pieds, l'Arc de Triomphe est ranimé!... Il est presque vingt heures et nous avons rendez-vous chez Enrico Bernardo, dans son restaurant Il Vino, à l'angle de la rue de l'Université et du boulevard de la Tour Maubourg, au coeur du 7è arrondissement, pour un repas-dégustation autour de quelques vins insolites proposés par The Wine Snooper.

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Fort de ses titres de meilleur sommelier italien en 1996 et 1997, puis d'Europe en 2002 et enfin du Monde en 2004, Enrico Bernardo s'est forgé une expérience des plus solides en matière de vins du Monde, son ouverture d'esprit et sa soif de découvertes faisant le reste, au moment de proposer une telle soirée à un public parisien, que certains ont tôt fait de croire fermé et résolument classique. L'espace dédié à ce dîner est complet et les amateurs présents se laissent porter vers l'aventure, sous l'impulsion de Reynald Marin, jeune sommelier passionné et attentif.

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Le conteur d'histoires et d'anecdotes pour la soirée, c'est Gilles, The Wine Snooper, qui connaît parfaitement tous ces vins pour avoir grandement contribué à leur élaboration, révélant à l'assemblée qu'il est non seulement un explorateur de terroirs, mais aussi une sorte d'alchimiste, pouvant mettre en présence, voire même en osmose, des compétences et des sensibilités aptes à produire de grands vins.

Les six cuvées proposées sont toutes dotées d'une franche personnalité et démontrent, s'il en était besoin, que toutes les viticultures, y compris celles qualifiées parfois de mineures, ont le potentiel pour produire des vins de haute qualité, pour peu que la dynamique locale, notamment commerciale se mette en place. Derrière ces vins, souvent des hommes qui ne ménagent pas leurs efforts depuis quelques années, relevant des défis permettant de sortir d'une production basée sur le volume et destinée à une consommation locale. Lorsque de nouvelles exigences conduisent à ce résultat, il n'est pas étonnant que ces cuvées franchissent les frontières et ne s'accordent avec des cuisines de haute qualité, voire de prestige.

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Après une délicate mise en bouche très appréciée, grâce à Keush Origins, la première méthode traditionnelle extra brut produite en Arménie, dont il a été question assez largement ici, voilà quelques semaines, il nous est proposé un carpaccio de daurade, caviar osciètre et émulsion à l'aneth, en duo avec un blanc sec de Macédoine, Temjanika 2014, élaboré par Tikves, un domaine historique du pays, leader de la viticulture macédonienne. On connaît assez mal l'origine de ce cépage, mais il semble qu'il s'agisse d'une variété de muscat (blanc à petit grain?) adaptée aux climats chauds et secs de cette partie de l'Europe. Un accord percutant, où les senteurs de l'aneth répondent au fruité du vin. Un belle entrée tout en délicatesse.

Homard breton rôti, betterave, crosnes et bisque ensuite, on allait voir ce qu'on allait voir!... Une recette là aussi délicate, où les produits frais sont mis en valeur. L'association avec le sauvignon venu de Serbie, Onyx Blanc 2013, vinifié par Gazdinstvo Cilic est des plus réussies. Un sauvignon planté sur des sols argilo-calcaire, du côté de Lozovik, dans le centre du pays, pas très loin de Belgrade. La vinification est résolument inspirée de celle de Pessac-Léognan, pour ce vin mûr, mais dont le gras et la longueur ne jouent pas petit bras face au homard. Des notes d'élevage assez présentes à ce stade, mais une expression des plus séduisantes.

Misa Cilic est le représentant de la quatrième génération de vignerons pour le domaine familial. Il est surtout connu pour son talent de winemaker en Europe Centrale, mais aussi en sa qualité de designer de chai. La renommée de son père, sous l'ère yougoslave, était particulièrement appréciée dans cette partie du continent. Le premier vin rouge de la soirée nous vient de ce domaine également : Cabernet Merlot 2013, associé à un filet de boeuf poêlé, millefeuille de chou et pommes de terre, avec une pointe de genièvre absolument gourmande, pour s'accorder avec le fruit du vin évoquant de délicats arômes de cerise et une touche d'épices fines. Dans un style médium pour ce qui est du corps, mais une jolie élégance, avec finesse et longueur.

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Le second rouge, disponible naguère à La Vinopostale, avait été vu et apprécié dans un accord met-vin autour d'une cuisine d'abats (des rognons de veau flambés), semblant convenir à sa puissance et à sa forte personnalité. Mais, ce vin de Turquie, Acikara 2014, de Likya Vineyards a des ressources étonnantes. Associé pour l'occasion à un parmesan 36 mois, accompagné de focaccia aux olives noires, il montre une délicatesse séduisante et tonique. En provenance de la région d'Antalya, sur des zones à dominante calcaire, ce cépage local, cultivé entre 1100 et 1300 mètres d'altitude et issu d'une vigne bicentenaire, a de quoi surprendre. En tout cas, il fait la démonstration de l'intérêt de considérer, voire de privilégier les qualités des cépages autochtones, connus depuis des siècles pour leur cohérence avec le terroir et le climat.

Fromage et dessert en cette soirée gourmande, il fallait s'y préparer et peut-être prévoir un retour pédestre!... Pour ce qui est du dessert, une composition succulente : coing confit, pointes de cheese-cake, glace vanille, écume de marjolaine. Côté vin, pour accompagner cette douceur, cap sur la Roumanie et sur le Domaine Corcova, qui propose un moelleux millésimé 2013, d'un assemblage surprenant de chardonnay, de sauvignon et de tamaioasa romaneasca, qui n'est autre qu'une variante locale de muscat là encore. Des arômes flatteurs et un équilibre tout à fait en accord avec le dessert particulièrement gourmand, en guise de conclusion d'une jolie soirée.

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06 mars 2017

La Vinopostale, d'escale en escale!...

Au terme d'une expérience fort intéressante de seize mois, l'escale de La Vinopostale, au 4, rue des Halles, à La Roche sur Yon, a dû fermer hangar et bureau. Sur la petite piste d'atterrissage, quelques mousses et même quelques fleurs ont repris leur droit. Pour peu, on y ramasserait les premiers pissenlits printaniers!... Parce que, mine de rien, le printemps approche... Le printemps comme une renaissance!... Point de phénix légendaire (ou alors c'est un modèle d'avion?), mais la volonté de passer à autre chose, plus en rapport avec la passion qu'engendrent la découverte des vins, la rencontre avec les vignerons de tous les horizons et l'envie de crapahuter dans les vignes du Monde entier!... Dont acte!

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Au cours de l'année 2016, un petit avion, piloté par un de ces aventuriers du vin, The Wine Snooper, s'est posé à La Vinopostale, avec non pas du courrier, mais quelques flacons hors du commun, typiquement de ceux qui mettent mes papilles en alerte. On croise le verre, comme il se doit, on parle de nos activités réciproques... Derrière chacun de ces vins, des vignerons, des aventures, des histoires... L'un comme l'autre, il faut bien l'admettre, nous ne pouvons que constater à quel point la dégustation n'est pas forcément une fin en soi, si elle n'est pas pimentée des odeurs de la terre après l'orage, des parfums émanant d'un paysage, du souffle tiède d'une brise de pente dans un vignoble escarpé, des goûts d'une cuisine authentique et des rires de soirées vigneronnes, parfois autour d'un feu, au coeur de l'été.

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Au fil des conversations, les "explorateurs de terroirs" que nous revendiquons d'être à divers titres, conviennent aisément qu'il vaut mieux être deux, riches d'idées et d'enthousiasme, que seul, à s'interroger et à tempérer ses ardeurs!... L'activité professionnelle de l'un et les projets d'écriture de l'autre sont faits pour s'entendre, du moment qu'on soit capable, parfois, lorsque c'est nécessaire, d'opter pour les mêmes escales, même si chacun vole de ses propres ailes dans d'autres circonstances.

Le but est donc de sillonner les vignobles sans frontières, sans freins plus ou moins idéologiques, sans à priori perdant-perdant et de proposer aux amateurs passionnés et aux professionnels réclamant une part d'aventure dans leur quotidien, lui aussi teinté d'une passion indispensable, de mettre sur leur table (et dans leur cave) quelques pépites bien cachées dans l'immensité de la production vinicole mondiale. La recherche de pépites, c'est finalement un juste retour des choses pour un lecteur, un admirateur de J.M.G. Le Clézio et de l'un de ses livres, Le Chercheur d'Or.

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Après deux mois de réflexion et de préparation, le programme voit le jour : l'Afrique du Sud dès ce mois de mars, peut-être bientôt la Californie, Chypre en mai, l'Espagne et l'Italie sont aussi en perspective dès le début de l'été. Des séjours parfois express, mais aussi du temps pour rédiger quelques comptes-rendus, pour diffuser des images (indispensables à la part de rêve!...) ici-même, sur ce blog, mais aussi sur les pages Facebook personnelles ou celles dédiées aux différents supports (La Pipette aux quatre vins, La Vinopostale ou The Wine Snooper), autant d'axes de partage très actuels, mais incontournables.

Ces escapades serviront aussi mes projets d'écriture : ce blog revitalisé (après une période de mise en sommeil plutôt frustrante, activité commerciale oblige), la publication (si tout se met en place comme il faut) d'un "Carnet de Voyage" aux teintes maritimes et méditerranéennes et l'évocation de moult "Tronches de vin" potentielles, comme on en voit apparaître dans toutes les contrées et sous toutes les latitudes. Tiens, par exemple, au coeur de cette Afrique du Sud, désormais dans le viseur, tous ceux à classer parmi les "Young Guns" (chers à Roland Peens, de Wine Cellar, au Cap) de la nouvelle génération : Craig Hawkins, Jurgen Gouws, Marilise Niemann, voire Craig Sheard, parmi d'autres, puisqu'ils ne sont pas moins d'une petite vingtaine à être inscrits sur notre carnet de rendez-vous!... Tout ça, histoire de vous mettre des fourmis dans les baskets et vous titiller les papilles!... Pour ma part, c'est déjà fait!... Désormais, c'est le souffle des hélices et d'une nouvelle aventure qui me porte, qui m'emporte. Histoire de rejoindre quelque peu ceux de mes ancêtres qui m'ont donné à rêver...

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24 février 2017

Château Bardins, Pessac-Léognan

Cadaujac, banlieue bordelaise, quelque part entre l'autoroute des Deux Mers et la rocade encerclant la préfecture de la Gironde. Bouscaut, Carbonnieux, catégorie Grands Crus Classés, pour ne citer qu'eux, sont là, tout près, à moins de deux kilomètres. C'est là que Stella Puel dépense une grande partie de son énergie pour mettre en valeur ce cru moins connu, moins référencé, mais au combien important dans le paysage des Pessac-Léognan.

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Le souvenir d'avoir découvert les vins du Château Bardins, lors d'un salon nantais se déroulant sur le fleuve, cette Loire et son estuaire que les Bordelais s'étaient alors mis en tête de draguer quelque peu, à la recherche de contacts renouvelés avec la bonne restauration de la région des Pays de la Loire notamment, m'incitait de longue date à visiter ce cru. Ce jour-là, Stella Puel offrait ses vins à la dégustation entre le Château Carbonnieux de Monsieur Perrin et le Domaine de Chevalier, représenté alors par Rémi Edange, entre autres. De quoi se sentir petite avec ses neuf hectares de vignes, mais loin d'être intimidée, par cette proximité qu'elle connaît bien désormais, depuis qu'elle a repris le flambeau en 1997 (avec frère et soeur, tous représentants de la cinquième génération présente sur le domaine), dans le but de garder l'intégrité de la propriété, n'en déplaise aux traceurs d'autoroute et aux urbanistes de tout crin.

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Il faut bien admettre que l'on est parfois prompts à tirer des conclusions hâtives, quant à la tenue des domaines viticoles du Bordelais. Certes, une grande majorité de propriétés et non des moindres, n'expriment aucun scrupules à user de pratiques très éloignées des approches biologiques ("même si nous avons tous une case verte dans un coin de notre cerveau, parce que les choses sont en train de bouger!" comme le souligne la responsable commerciale de deux château médocains, croisée lors de ce même salon nantais). Si bien que l'on a tendance à mettre tout le monde dans le même panier de pollueurs. Or, à y regarder de plus près, on peut rencontrer des vigneron(ne)s préoccupé(e)s par les considérations environnementales et ce, depuis longtemps, notamment parce qu'ils mesurent l'intérêt de préserver ces poumons verts au coeur de la ville. Et en matière d'espace naturel, Château Bardins en est un bon exemple, avec ses vingt quatre hectares, où forêt, prairies et marais sont des composantes à part entière de l'ensemble.

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Lors de cette première conversation verre en main, à Nantes, Stella Puel m'avait expliqué que les choix du château, en matière de respect de l'environnement, passaient par l'obtention du label ISO 14001 et ce, depuis cinq ans désormais. Je dois avouer être quelque peu tombé des nues, à l'heure où sont évoqués tous les labels bio, parfois résolument militants, tous plus exigeants les uns que les autres... De plus, cette certification ISO 14001 n'est pas très souvent évoquée, même si l'interprofession bordelaise (CIVB) communique régulièrement sur le sujet. A peine sait-on que le Château Luchey-Halde, à Mérignac et sous l'impulsion de Bordeaux Sciences Agro, revendique ce choix, parmi quelques autres. Il faut quand même noter au passage que le Château Bardins dispose d'une station d'épuration qui lui est propre depuis 2005, même si la rivière coulant dans le léger contrebas de la propriété, côté nord, s'appelle L'Eau Blanche. Néanmoins, depuis 2015, le domaine s'est aussi engagé dans une conversion vers l'agriculture biologique (label Ecocert), sans conséquences pratiques particulières, puisque le cuivre, le soufre et les tisanes maison sont la règle ici depuis longtemps.

Un château du Bordelais, même s'il est construit sur de bonnes et solides bases (bâtisse du milieu du XIXè, chai et cuvier remontant sans doute au XVè, référencement par Pierre de Belleyme...), il se doit cependant de relever quelques défis, notamment ceux tenant à la réglementation en vigueur et, en particulier, tout ce qui tient aux aspects imposés par les décrets d'appellation.

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Parmi ces obligations structurelles, un des points importants tient à la densité de plantation. Le décret concernant l'AOC Pessac-Léognan impose 6500 pieds/hectare (5000 pour l'AOC Graves), avec l'obligation de satisfaire le cahier des charges avant 2030. Or, un contrôle de Quali-Bordeaux a révélé qu'un tiers de la propriété était planté à 4902 pieds/hectares, soit 98 manquants pour satisfaire le décret Graves (10 cm de trop entre chaque pied!). Depuis 2012, ce tiers permettait de proposer une cuvée en Graves, mais il a donc fallu l'arracher, car la phase intermédiaire (2020?) imposait de baisser le rendement, à proportion des manquants. Du coup, les parcelles nouvellement plantées, le sont à 6900 pieds/hectares, de quoi satisfaire le décret Pessac-Léognan. "La tempête est passée!" précise Stella Puel, quelque peu soulagée, malgré deux années de trésorerie manquante et quelques inquiétudes supplémentaires.

015La visite continue en compagnie de Célestin, le chat roux, qui a du être cocher dans une vie antérieure. Il nous laisse découvrir le cuvier entièrement renouvelé voilà deux ans, puisque les cuves en acier revêtu ont été remplacées par des cuves inox thermorégulées, pour nous rejoindre dans le chai à barriques (225 l et quelques 400 l), dont un quart est renouvelé chaque année. Comme souvent, plusieurs tonnelleries sont sollicitées. A noter que pour les blancs, l'élevage sur lies est pratiqué dans du chêne hongrois pendant environ neuf mois, avec une mise en avril ou mai selon les années, sans fermentation malolactique. Pour les rouges, du chêne français est privilégié, avec malgré tout, un peu de chêne américain. Un millésime poussant le précédent, les élevages ne sont pas prolongés outre mesure. A signaler que seules les levures indigènes sont utilisées.

Le bien-fondé de la restructuration d'une partie du vignoble est qu'il motive au passage quelques études plus approfondies des sols et sous-sols d'un cru. Stella Puel n'a donc pas manqué de faire creuser quelques fosses çà et là, lors de ces travaux, ce qui a permis d'infirmer ou de confirmer quelques impressions ou certitudes. La vigne est ici plantée sur une croupe graveleuse qui se draine naturellement vers la rivière. Les sols sont pour l'essentiel argilo-calcaire, avec quelques secteurs sablonneux bien identifiés, plus ou moins profonds, mais pas au point, selon la vigneronne, de tenter l'expérience des vignes franches de pied.

Encépagement assez classique pour les rouges : 50% merlot, 25% cabernet franc et 25% cabernet sauvignon. Côté blanc, c'est plus original avec un tiers de sauvignon, un tiers de sémillon et surtout un tiers de muscadelle, mais sur guère plus de trente cinq ares, ce qui en fait une denrée rare. Pour ces blancs, les vignes sont âgées d'environ 55 ans. Toutes les vendanges sont manuelles.

L'essentiel de la clientèle est française et plutôt orientée vers les particuliers et les cavistes. Château Bardins est cependant bien distribué sur l'Ile de la Réunion, où le frère de Stella Puel est retourné au pays de ses ancêtres, pour y exercer l'activité de caviste. Comme une vingtaine de vignerons français, le domaine fait partie du Groupement Vignerons et Patrimoine, ce qui a permis de commercialiser quelques volume au Canada. Indiscutablement, l'export vers d'autres contrées apparaît comme un des objectifs du proche futur, notamment une fois la certification bio acquise, celle-ci devenant un élément moteur, du point de vue commercial.

Au domaine, plusieurs millésimes sont actuellement disponibles (2010 à 2013) dans des registres différents, ce qui fait tout le charme d'une telle production. A la dégustation, un 2011 solide et un 2013 plus léger. Dommage, le 2003 n'est plus proposé!... Vous pouvez aussi découvrir le Château Bardins à l'occasion de quelques récitals de musique classique, de la fête médiévale de la Gerb'ode, voire des Ateliers de Bardins, dédiés à la dégustation (plusieures formules sont possibles) et animés par Pascale Laroche.

Si cette propriété est restée longtemps une résidence de villégiature, elle est désormais bien ancrée dans le patrimoine viticole bordelais. On peut même aller jusqu'à dire qu'elle fait honneur à la région et au vignoble local, démontrant au passage que la contrée aux mille châteaux n'est pas forcément et uniquement l'affaire des groupes financiers, des investisseurs et spéculateurs de tous poils. On trouve donc encore quelques domaines, qui pourraient bien être, à y regarder de plus près, les véritables piliers de l'avenir bordelais.

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17 février 2017

Liber Pater : Loïc Pasquet, les pieds sur Terre!...

Attention!... Il ne faut pas confondre Thomas Pesquet, la tête dans les étoiles, en orbite autour de la Terre, dans la station ISS, et Loïc Pasquet, vigneron sur le terroir des Graves de Bordeaux, quelque part du côté de Landiras. Le premier nous régale de quelques clichés de notre chère planète, le second a pour ambition de rendre aux vins de Bordeaux, leur luxe d'antan. Entendons-nous bien, l'objectif, le rêve peut-être, pour le moment, c'est de proposer aux générations futures de (re)découvrir les vins fins disparus, engloutis par le phylloxera, voilà plus de cent ans. Liber Pater est né, il n'y a guère plus de dix ans. Dès cette année, le millésime 2015 devrait nous donner une tendance. Que ceux qui ne sont pas tentés par cette découverte, me jettent la première grave!...

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En mars 2014, la Revue du Vin de France titre à la une : "Ils révolutionnent Bordeaux!" pour présenter un article qui évoque une grosse douzaine de domaines animés par des vignerons novateurs. Parmi ceux-ci, Loïc Pasquet et Liber Pater. Très peu de gens, y compris dans le microcosme bordelais, ont alors pu découvrir ce cru dont on sait peu de choses... si ce n'est son prix de vente, qui déclenche quelques quintes de toux dans les salons feutrés, tendus de tapisseries anciennes millésimées 1855, en attendant que, peut-être, cela ne contribue à mettre le feu aux poudres!...

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Avant de comparer, verre en main, ces vins à ceux de la région, commençons par prendre connaissance du lieu. Un aspect très important pour le vigneron, pour qui "il n'existe pas d'équivalents bordelais à la Romanée Conti"!... Pour lui, la notion de cru et de climat, au-delà des classements, si préservée par les Bourguignons, n'a pas droit de cité sur les rives de la Garonne et c'est ce que semble vivement regretter Loïc Pasquet. On pourra, bien évidemment, évoquer avec lui tout le poids de la culture locale, l'ancienneté de la tradition bordelaise, mais il n'en démord pas, au XXIè siècle, on doit être en mesure de tout mettre en oeuvre pour retrouver le goût des vins fins pré-phylloxériques.

Nous sommes sur des terres achetées en 2004. Au cours des premières années, sa passion et sa formation d'ingénieur le poussent a étudier ce terroir de plus près, parce que l'enjeu est de taille. Géologie des sols et sous-sols, adéquation sol-cépage... tout se doit d'être approfondi avant les premières plantations en franc de pied.

004Nous sommes là sur la ride anticlinale de direction ouest-est qui relie La Teste, Villagrains, Landiras et Miramont de Guyenne. Une formation géologique particulière qui nous ramène cinquante millions d'années en arrière, lors de la période dite "Grande Coupure", entre l'éocène et l'oligocène. Un pli se forme, plusieurs en fait, parallèles ou presque, du nord au sud entre Massif Armoricain et Pyrénées, ces derniers, du moins leurs graves, se déversent dans la région, grâce au fleuve ancien. Selon ses méandres et les variations de son cours, le cumul des sédiments forme des "îles", comme celle sur laquelle se situent les plantations du vigneron. Au niveau du sol et en y prêtant attention, on distingue un léger mouvement de terrain et l'éventualité d'un rivage, au-delà duquel, comme l'attestent les recherches récentes de Loïc Pasquet, le sol est nettement plus argileux, comme s'il avait été érodé et les graves emportées. Sur l'"île" en revanche, plusieurs mètres de ces petits cailloux blancs, mêlés au sable noir caractéristique, se sont accumulés. On appelle d'ailleurs cette parcelle "La vigne du haut".

002Au-delà de cette étude géologique poussée, le vigneron natif de Poitiers se penche d'encore plus près sur les quatorze sous-sols différents qu'il a identifiés sur les trois hectares du "clos". Quatorze, pas un de moins, auxquels il veut associer les cépages adéquats, sachant que, si les variétés communes au Bordelais (cabernet sauvignon, cabernet franc, petit verdot, malbec et carménère) sont ou seront bien présentes au final, un certain nombre de cépages oubliés vont leur être associés. Et là, tout se complique.

Rappelons les principes de base du défi : plantation en franc de pied, à 20000 pieds/hectares. Nécessité d'être en adéquation avec le lieu, mais avec l'obligation d'être extrêmement plus précis (au mètre près parfois!) que pour les plants greffés. De plus, les plants ont besoin de s'installer et de six à huit années sont nécessaires pour une bonne implantation des boutures. L'intérêt est que si le phylloxéra n'apparaît pas au bout de six ans, on peut considérer qu'il n'attaquera pas la plante à l'avenir. Enfin, dès la cinquième année environ, les jus issus de ces jeunes vignes, malgré tout, vont donner une qualité supérieure aux greffées, à âge égal. Néanmoins, après ces années d'observation, quelques déboires sont possibles. Ainsi, la moindre dénivellation de terrain, à peine perceptible à l'oeil nu, va condamner les cabernet sauvignon plantés dans une zone plus humide. Leur mauvaise forme, une fois constatée, va imposer de les arracher, pour les remplacer par le petit verdot, moins sensible au pourridié racinaire de la vigne.

009Ces cépages oubliés, quels sont-ils? En premier lieu, pour les rouges, le castets, originaire de la Gironde, mais dont on ne connaît pas l'origine exacte. Dans le Galet (Dictionnaire encyclopédique des cépages et de leurs synonymes), outil indispensable en la circonstance, il est dit "qu'il aurait été trouvé dans les bois du canton de Saint Macaire, né d'un semi de hasard et propagé par Nicouleau vers 1870". Pour d'autres, il aurait été importé des Pyrénées. Résistant au mildiou et à la coulure, doté d'un débourrement tardif évitant les gels printaniers, il avait tout pour plaire, si ce n'est sa vigueur permettant de gros rendements. Est-ce pour cela qu'il fut abandonné?...

Autre élément important dans l'assemblage futur, le mancin, appelé aussi tarnay coulant. Encore un vieux cépage bordelais, mentionné par Dupré de Saint-Maur, au XVIIIè siècle. On l'appelle aussi le mancin des palus, vu qu'il est alors très présent dans les palus du Médoc et du Libournais. A noter que Alexandre-Pierre Odart, ampélographe de la première moitié du XIXè, le signale cultivé dans de larges proportions au Château d'Issan. "Il est cueilli séparément avant les autres raisins et on en fait un vin d'une si belle couleur qu'on l'appelle le Rubis fondu d'Issan". Si le castets est très coloré, mais qualifié parfois de "bon ordinaire", le mancin est "corsé, très coloré, astringent, au goût très particulier, servant dans les coupages".

008Signalons aussi le Saint Macaire, qui était planté dans les palus du Médoc et de la région de Saint Macaire, comme il se doit. Sensible à l'oïdium, il donne un vin très coloré. Passé de 200 ha en 1958, à 8 ha en 1988, il semble qu'il soit désormais extrêmement rare. A noter qu'il en existe quelques plantations en Australie et en Californie. Selon le vigneron, cette variété se caractérise par des grosses baies et apporte de l'acidité.

A noter également le prunelard, que l'on rencontre du côté de Gaillac et dans le Tarn, parfois confondu avec le malbec, dont il est parent. Le marselan, quant à lui, est à l'essai et un dernier cépage sera planté à l'avenir, la pardotte, plutôt connu comme un "cépage secondaire du Bordelais", d'une extrême rareté.

Du côté des blancs, indispensables dans le paysage et la production des Graves, le sémillon et le sauvignon seront complétés par deux variétés : le lauzet, originaire du vignoble jurançonnais et considéré comme "un cépage très secondaire pour cette région, mais connu pour produire un vin sec assez riche en alcool, mais doté d'arômes fruités et épicés". Enfin, ultime plant prévu, le camaralet de Lasseube, un cépage de cuve originaire du Béarn très sensible à la coulure, devenu rare malgré qu'il fasse partie de l'encépagement en AOC Béarn et Jurançon. Son vin est qualifié "de fin, avec un goût relevé, tirant sur la saveur poivrée ou la cannelle".

Si une certaine forme de tradition a été adoptée à la vigne, il va de soi qu'une haute technologie est aussi incontournable et, dans ce cas, seule la culture in vitro permet d'avancer.

En parcourant ce "clos", on devine aisément la difficulté du travail, du fait notamment de la densité de plantation. Un travail du sol qui n'est possible qu'avec la mule, devenue la partenaire habituelle de Loïc Pasquet à la vigne. Notez que l'ensemble est certifié bio.

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Avec ce travail obstiné et passionnant, Loïc Pasquet espère arriver à ses fins, en restant pragmatique et sans idéologie de quelque ordre que ce soit. Cette année, il va arracher ses dernières vignes greffées, qui lui ont permis de produire quelques centaines de bouteilles depuis ces dernières années, celles-là même que l'on peut rencontrer en Russie, en Chine ou dans le Golfe Persique. Dans sa démarche actuelle, malgré les oppositions, parfois haineuses de certains ("ça fait partie du jeu!"), il a quand même la satisfaction de recevoir la visite de jeunes vignerons de la région, intéressés par ces cépages oubliés et la culture en franc de pied, qu'une carte ancienne (1878) rendait possible, puisqu'elle situait des secteurs entiers des Graves (et de l'actuelle AOC Pessac-Léognan) à l'abri du "puçeron ravageur". Pour le reste, tout se jouera dans les prétoires dès le mois prochain, avant que peut-être, à l'avenir, les choses ne commencent à bouger dans le vignoble bordelais, grâce à un vent réformateur.

"Protéger le goût, c'est une forme de résistance". Indiscutablement le credo actuel du vigneron de Landiras. Pour lui, il ne s'agit pas de savoir combien peut-on produire à l'hectare, mais plutôt est-ce que, ce qu'on produit et propose aux consommateurs est bon? On peut penser que le jeu en vaut la chandelle, même si nous devons attendre encore un peu pour constater que ces assemblages futuristes (avec un oeil dans le rétroviseur) sont à la hauteur de notre attente... et de celle du vigneron. Rendez-vous dans quelques mois, verre en main!...

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30 janvier 2017

Arménie, une histoire du vin pétillante!...

Amateurs de vin poussés par la passion, du haut de ces montagnes, six mille ans vous contemplent!... Non, ce n'est pas la statue équestre trônant au milieu de la Place Napoléon, à La Roche sur Yon, qui me pousse à remettre au goût du jour, cette citation bonapartesque bien connue. Mais, plutôt cette soif de découverte qui m'étreint désormais, qui me happe, qui me tire par la manche!... Après seize mois passés entre deux façades grisonnantes, à deux pas de la dite place, il est tant de faire un bilan des découvertes et des rencontres faites pendant cette période. Parce que, à force de clamer haut et fort que La Vinopostale pouvait en remontrer aux uns et aux autres, pour ce qui est des vins vivants, on en oublierait presque qu'il reste tant de choses à voir, à faire et à découvrir...

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Malgré l'immense diversité des vins de notre Hexagone national, je n'ai jamais perdu de vue ce que l'Espagne, l'Italie, la Suisse ou l'Allemagne, entre autres, pouvaient nous apporter et quelques belles cuvées venues de ces contrées avaient trouvé leur place dans l'alignement des supports de bouteilles. Non sans étonner quelques clients du cru, pas forcément prêts pour de telles découvertes. Et puis, un jour, quelqu'un franchit la porte de la boutique et, très vite, on devine que l'horizon est repoussé aux dimensions de la planète. Pas pour céder à une quelconque mode, mais parce que l'on détecte que l'aventure est parfois beaucoup plus qu'aventureuse et que, franchir les fuseaux horaires est d'une telle richesse, qu'on en revient forcément plus fort, plus humain, lorsqu'on revendique, un tant soit peu, le statut d'habitant de la Terre. Toutes celles et ceux qui ont franchi ce pas, ont cédé à ces vibrations intimes et à la force insoupçonnée de ce siège éjectable, savent de quoi je parle... Finalement, nous sommes tous un peu les acteurs et les archéologues de nos propres vies. Nos richesses, ce sont parfois celles que l'on enfouit au fond de nous, au lendemain d'un évènement, de quelque rencontre ou de quelque émotion intense. Plus tard, bien plus tard, il suffira aux autres de gratter la terre qui nous aura ensevelis, pour en apprécier la teneur, la substantifique moelle.

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Il était donc écrit que The Wine Snooper était de ceux pouvant contribuer à nous faire voyager, verre en main. Après un sauvignon catalan, -SO2, issu de vignes plantées à 1200 mètres d'altitude et vinifié dans des cuves en granite datant du XIIIè siècle de notre ère, qui plus est sans sulfites ajoutés, puis un rouge turc, Acikara, dont la vigne (repérée par quelque berger estimant la plante mère, un véritable arbre, sans doute âgée de deux cents ans) s'est abreuvée de la marque d'un terroir calcaire et délivre un équilibre hors du commun, que l'on peut destiner à une belle cuisine de gibier ou d'abats, avec des arômes de griotte confite, aptes à bousculer bien des pinots noirs bourguignons, c'est dans le registre des grands blancs vinifiés en "méthode traditionnelle" qu'il fallait aller chercher mon ultime coup de coeur vinopostalien. La cuvée s'appelle Keush Origins et nous vient d'Arménie (cf cette émission situant, à divers points de vue, cette région du monde), pays situé en Transcaucasie, disputant à la Géorgie voisine, l'origine historique de la vigne et du vin. Vous savez bien, bibliquement parlant, Noé et le déluge!...

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cf : http://oiv.edpsciences.org

L'histoire de l'Arménie viti-vinicole nous ramène donc six mille ans en arrière!... En effet, c'est désormais une certitude, puisqu'en 2010, une équipe internationale d'archéologues a découvert dans une caverne de la région de Vayots Dzor, au coeur du vignoble d'Areni, la trace de vinification réalisée par les habitants de l'âge du cuivre, aux environs de -6100 avant notre ère. Rien n'y manquait : pressoir rudimentaire, cuves de fermentation, pépins de raisin d'une variété toujours cultivée dans la région, restes de raisins pressés, sarments atrophiés, sans oublier les poteries imprégnées de vin et même des tasses destinées à boire le nectar de l'époque. De quoi émouvoir tous les Arméniens et sans doute plus encore les membres de la diaspora arménienne présente aux quatre coins du monde, désormais prête, au milieu des années 2000, à revenir travailler et investir au pays, une fois acquise la dynamique post-URSS.

DSC01357_1024x682Les années 2006-2008 signent le retour de quelques-uns de ces "aventuriers", après des décennies au cours desquelles ils avaient démontré leur génie de créateurs et de gestionnaires, dans les différents domaines qu'ils avaient choisis et où ils s'illustrèrent. Certes, ils restaient arméniens, mais disposaient aussi de la nationalité de leur pays d'accueil, tantôt argentins, américains ou encore italiens.

Parmi ceux-ci, Vahe Keushguerian, importateur de vins aux USA, mais aussi en charge de deux domaines en Toscane pendant quelques années. En 2006, il emboîte le pas de ses compatriotes issus de la diaspora arménienne rentrant au pays. Après les années soviétiques, notamment celles de l'époque Gorbatchev, au cours desquelles des milliers d'hectares de vignes furent arrachées dans le but de lutter contre l'alcoolisme, véritable plaie en Russie, il encourage la replantation afin de produire, en premier lieu, des jus destinés à la production de brandy, le "cognac arménien", source de devises non négligeable. D'autre part, l'idée de proposer des vins de qualités germe dans son esprit et la rencontre avec d'autres investisseurs va permettre de se lancer dans une autre aventure.

Parmi ceux-ci, Eduardo Eurnékian, un argentin qui a fait fortune en Amérique du Sud, dans la construction et la gestion d'aéroports sur tout le continent. Où l'on rejoint curieusement l'aventure de l'Aéropostale... Ce dernier va faire l'acquisition, dans son pays d'origine, de plus de deux mille hectares en zone viticole. En quatre ou cinq ans, il va y planter quelques 800 ha de vigne. Ensemble, ils vont produire le premier vin de l'ère moderne en Arménie, Karas, véritable vin de garage les premières années, qui apparaît en 2008. A noter que l'Argentino-arménien est aussi le propriétaire de la Bodega del Fin del Mundo, en Patagonie, ce qui explique aussi les interventions de l'incontournable Michel Rolland, aussi bien au Chili, que dans les premiers temps en Arménie.

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Très vite, Vahe Keushguerian travaille sur l'idée d'une replantation plus attentive dans son pays. Après l'utilisation de souches issues des cépages internationaux les plus connus, il prend conscience que le phylloxera n'étant pas présent sur ses terres, l'inquiétude de certains, née de l'apport exogène de ces variétés étrangères, comporte bien quelques risques pour le futur de la vigne dans le Caucase. D'ailleurs, le puceron dévastateur est soupçonné d'être déjà présent ici ou là. Il estime donc qu'il fait fausse route et décide de privilégier les cépages autochtones, qui sont légion. Mais, ses rêves sont aussi multiples.

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Au début des années 2010, naît le projet Keush. Pour tout dire, un vrai défi : faire les meilleures bulles possibles, avec des variétés locales, qui plus est anciennes et produire un vin profitant des bienfaits supposés d'une culture en altitude, issu d'un sol d'origine volcanique. Dans cette même région de Vayots Dzor, les vignes sont plantées à Khachik, petit village situé à cinq cents mètres de la frontière avec l'Azerbaïdjan, dans une sorte de no man's land créé à l'issue du conflit passé et à 1800 m d'altitude, ce qui en fait le plus haut vignoble en Arménie, pays où 90% des terres se situent malgré tout à plus de mille mètres. Donc, un éco-système unique au monde à une telle altitude, un sol limoneux sur un sous-sol de roche volcanique.

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Et c'est là qu'entre en jeu Jérôme Barret, Champenois de souche et oenologue quadragénaire sillonnant la planète depuis quelques années. Il a notamment travaillé pour l'Institut Oenologique de Champagne, en tant que consultant, dans les pays de l'ex-URSS, la Napa Valley ou l'Afrique du Sud, entre autres. Avec ses qualités et ses compétences, qui font de lui un des cinq français spécialistes de la méthode champenoise à l'échelle de la planète, il comprend vite les enjeux d'une telle initiative. Grand spécialiste des élevages et des assemblages, il parvient aussi à sensibiliser toute la chaîne de production, afin de disposer de raisins sains (vendanges manuelles en petits lots) facilitant l'utilisation d'une technologie moderne au niveau du chai.

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Les cépages utilisés dans cet assemblage sont le voskehat et le khatoun kharji. Le premier est un cépage de cuve blanc, "aux bourgeonnement aranéeux, avec de jeunes feuilles de couleur vert rougeâtre, dont les raisins mûrissent en 4è époque hâtive au début d'octobre", si l'on en croit le Dictionnaire encyclopédique des cépages de Pierre Galet. Il est aussi appelé khardji. Le second est également un cépage de cuve blanc, "dont la maturité intervient plutôt dans la seconde décade de septembre. Ce cépage est dit de vigueur moyenne à débourrement moyen au début avril". Mais, au-delà de ces considérations ampélographiques, il convient de signaler que la qualité optimale de la vendange est aussi obtenue grâce au travail d'un troisième homme, Arman Manoukian, homme de chai et de terroir (ayant aussi oeuvré en France), qui n'a pas son pareil pour dénicher des raisins de qualité, auprès des très petits vignerons de la région.

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Le projet Keush a donc abouti à la production et à l'arrivée sur le marché d'un "pétillant" hors du commun, disponible désormais en France. Pour autant, la cuvée Origins ne met pas un point final à l'aventure. Dans les prochains mois, devrait apparaître sur nos tables la cuvée Millennia 2013, un blanc de blanc issu de voskehat uniquement, ayant passé vingt quatre mois sur lies, avec un élevage partiel en barriques. Devrait également suivre un Rosé Brut, issu d'areni (cépage vedette dans la région éponyme, au coeur de l'oasis d'Arpa) et de voskehat.

Passion sans frontières donc, en ce début du XXIè siècle!... Ces nouveaux vignobles ne sont-ils pas en train de s'installer dans la modernité du nouveau millénaire et, par là même, reléguer nos appellations traditionnelles dans les étagères poussiéreuses de nos bibliothèques à vin et de nos grands principes protectionnistes? Misons-nous encore, au coeur de nos grandes régions viti-vinicoles, françaises, italiennes ou espagnoles, sur une production sincère et humaine? Ces septuagénaires, voire octogénaires arméniens, se souviennent de l'odeur de leur terre. Certes, ils ont des moyens financiers importants, leur permettant sans doute de franchir les étapes en mode 3G/4G, mais ils essaient d'intervenir à tous les étages : des plantations rationnelles, l'arrivée de nouvelles compétences, la formation, la promotion, le tout associé à une dynamique commerciale sans frontières. Indiscutablement, de nos jours, la "pétillance" est arménienne ou géorgienne, comme elle fut naguère argentine ou chilienne. L'histoire serait-elle en train de se répéter?...

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