La Pipette aux quatre vins

21 octobre 2014

Assemblée Générale des Vignerons de Bretagne

Samedi 4 octobre. Assemblée Générale des Vignerons Bretons, à Vannes (56). Non, ce n'en est pas une et nous ne sommes pas le 1er avril!... D'ailleurs, les amateurs ont déjà pu découvrir ici-même deux "crus" de Bretagne : le Mont Garrot, à St Suliac, non loin de St Malo (qui s'agite en ce moment pour cause de Route du Rhum, comme il y a quatre ans!) et le Coteau du Braden, à Quimper. En 2013, l'AG se déroulait à Rénac, près de Redon. Cette année, c'est Vannes et son Palais des Arts et des Congrès qui accueillaient la réunion annuelle. Rassurez-vous, il ne s'agissait quand même pas d'un grandiose amphithéâtre et la plus modeste salle de la Corvette suffisait à réunir confortablement les participants.

001Ceux-ci composent donc l'Association pour la Renaissance des Vins Bretons, présidée pas Gérard Alle et l'affiche annonçant l'évènement est illustrée par une vigne, deux grappes de raisins rouges et blancs, comme il se doit, mais aussi par Gwenn ha du, le drapeau breton. Inutile de préciser que les organisateurs et adhérents veulent souligner l'aspect identitaire de l'activité vini-viticole bretonne, même s'il ne s'agit pas là, à proprement parler, d'un syndicat de défense ou d'un organe né de l'existence d'institutions professionnelles et pour cause, puisque la viticulture de Bretagne n'existe pas officiellement, sachant que la région fait partie de celles dans lesquelles, il est proprement interdit de planter de la vigne!... En tout cas de pratiquer un quelconque commerce de vins issus de cépages plantés dans les quatre (ou cinq?) départements bretons. Mais, chacun sait que la Normandie ou l'Ile de France sont aussi concernées par cette réglementation et que parfois les dynamiques sont autres, au point que deux IGP sont apparues dans le Calvados en 2009 et 2011.

En sera-t-il un jour de même en Bretagne? Il est sans doute trop tôt pour le dire. En tout cas, sur la base du regroupement actuel de vignerons, souvent issus du secteur associatif (association de quartier, animation locale destinée aux seniors...) et peu enclins à se confronter aux contraintes émanent des divers services et de leurs réglementations (Douanes, Fraudes...), il est peu probable que le "combat" sorte de la diversion anecdotique et de l'ambiance bon enfant des soirées de vendanges et des journées de mise en bouteilles entre amis. Pourtant, ceux qui suivent les vins bretons depuis une huitaine d'années constatent des progrès lors des rares dégustations (pour cause de productions intimistes) et un projet d'installation "pour de vrai" existe désormais en Sarzeau (travail au cheval, vinification nature, selon Louis Chaudron, qui déposera sa demande de droits de plantation en 2015!), dans la presqu'île de Rhuys (où quelques secteurs de vignes apparaissaient sur la carte de Cassini) et même, plus "municipalement", sur l'Ile d'Arz. Alors, à quand une AOP Morbihan ou des IGP Arz ou Rhuys, ou encore Pays de Redon, voir Coteaux de la Rance ou de Quimper?...

004Après une présentation du projet de l'Ile d'Arz par son ancien maire, Daniel Lorcy, quelques vignerons évoquèrent les conditions pas toujours simples du millésime 2014. D'aucuns, comme Benoît Biheux, de Rénac (35) n'avaient d'ailleurs pas que de bonnes nouvelles, puisque ce dernier laissait entendre qu'il n'allait plus pouvoir s'occuper de sa parcelle de quarante ares de chardonnay, près de l'église du village, privilégiant son activité de maraîcher et désirant limiter ses déplacements. De leur côté, les habitants du quartier du Braden, à Quimper, dont l'association gère soigneusement les quelques 870 pieds de vigne (60% chardonnay et 40% pinot gris) annonçaient les très prochaines vendanges, puisque prévues pour le lendemain, dimanche 5 octobre. La production 2013 avait permis de boucher 1175 bouteilles et l'accent était mis sur les conditions météorologiques absolument exceptionnelles pour l'été 2014, du moins de l'arrière-saison (5 mm de pluie au lieu de près de 90 habituels en septembre!), ce qui avait pour conséquence intéressante qu'aucun systémique ne fut utilisé cette année. Et de souligner l'espoir d'une belle récolte et d'un beau millésime. A noter que quelques plants de gamaret ont été plantés afin de vinifier un complément aux blancs habituels et que la production d'un rouge quimperois se profile!...

A St Suliac et au Mont Garrot, ce n'est pas la même chanson, cette année!... Au grand dam de Jean-Yves Hugues, leader des vignerons suliaçais, il n'y aura pas de vendanges en 2014!... En effet, le chenin planté avec vue imprenable sur les vestiges du camp viking, que l'on aperçoit à marée basse, a subi une attaque d'oïdium, genre fulgurante, en plein mois d'août. Des absences pour cause de vacances et peu de personnes disponibles au moment crucial. Résultat : en 48 heures, les raisins ont pris une couleur peu avenante. A noter que la partie haute de la parcelle a été arrachée, en vue de la plantation d'un cépage rouge (rondeau!?).

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A Vannes, il s'agit d'une micro-parcelle de 300 pieds, plantée en 2011, par Jean de Saint Rémy dans sa très belle propriété vannetaise. Pour tout dire, 2014 s'annonce là superbe et d'ailleurs, à l'issue des débats et du repas confraternel, les participants seront invités à vendanger le millésime, puisque les oiseaux se sont déjà invités au festin et ce, depuis une quinzaine de jours!... Les dégâts sont estimés à 40% de perte, il est donc temps de passer à l'action. Le vigneron nous explique au passage que ses parents possédaient naguère une propriété à St Emilion, qu'il avait tenté de transférer quelques droits pour planter des vignes dans les Landes, mais que face aux réticences administratives, il avait finalement renoncé. Désireux malgré tout de planter quelques arpents en Bretagne, il parvint à se dédouaner de toute tracasserie en plantant un raisin de table, l'aladin, cépage hybride, dont est tolérée une vinification pour sa consommation personnelle. Ce sont les Coteaux du Pargo. A noter cependant qu'en 2013, quelques pieds de sauvignon ont été plantés franc de pied.

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Était également présente l'association de la banlieue nantaise (Nantes est bien en Bretagne, dites-moi?...), Le Berligou, du nom du cépage (une variété ancienne de pinot noir, semble-t-il) planté à raison de 386 pieds sur les six ares entretenus par l'association de Couëron. Le tout sur le porte-greffe riparia rupestris 3309, avec un enherbement total, selon le représentant des vignerons locaux. L'essentiel de la production se limite à une vinification en rosé, avec cependant un petit volume de rouge (très gouleyant ce jour-là, au restaurant). A noter que l'association a récemment planté un rang d'hybrides (pas moins de vingt-deux variétés!) tous présents sur la commune et récupérés avant arrachage, afin de constituer une sorte de conservatoire de la viticulture locale. Il y a là oberlin, landau, rayon d'or et autre vin des pharaons, entre autres!...

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Source : www.bretania.fr

Bien sur, il était possible de déguster quelques échantillons de vins bretons, évènement rare s'il en est, puisque aucun de ces vins n'est destiné à la commercialisation. A peine, une forme de don à une éventuelle association est-elle admise. Certains vignerons étaient absents, mais avaient confié une ou deux bouteilles aux organisateurs. Parmi celles-ci, deux pétillants étaient très plaisants, même s'ils ne pouvaient qu'amuser Benoît Marguet, vigneron en Champagne et de passage un peu par hasard. Notez que ces deux vins étaient issus de Maréchal Foch pour le blanc et de Plantet pour le rouge. Le Clos de Chevalier, c'est le nom du cru, est produit au Quillio (22), entre Mûr de Bretagne et Loudéac, par Jean Donnio, avec passion et en dépit des demandes d'arrachage qui lui arrivent de temps en temps!...

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La manifestation était aussi agrémentée de deux interventions de professionnels. Alain Poulard, tout d'abord, de l'IFCV de Nantes, pour évoquer la gestion des fermentations, ainsi que les levures (minimisant au passage l'impact de l'emploi des plus exogènes du genre!?), puis Ludivine Guinoiseau, qui s'est attachée à présenter l'étude sur la faisabilité d'une réimplantation de la vigne dans le Morbihan, en liaison avec le Parc Naturel Régional du Golfe du Morbihan, précisant notamment que le potentiel climat/sols/topographie semble favorable, sous réserve d'une sélection attentive des meilleures parcelles et expositions.

Enfin, Guy Saindrenan, auteur d'un ouvrage de référence sur la Vigne et le Vin en Bretagne (aux Éditions Coop Breizh), rappela quelques éléments à caractère historique qu'il convient de garder à l'esprit, au moment où de nouvelles plantations sont annoncées. Ses recherches l'ont désormais convaincu que le choix des hybrides entre les deux guerres, pour replanter le vignoble de la presqu'île de Rhuys notamment, s'est avéré catastrophique. Et de préciser que dans les vignobles les plus septentrionaux, seul le choix de la qualité et des meilleurs cépages avait permis de maintenir la production de vins au fil des décennies, citant notamment Jasnières ou les Côtes de Toul, pour illustrer son propos. Il faut aussi se rappeler que la période faste de la région de Sarzeau se situe au tout début du XXè siècle. Depuis dix ou vingt ans, le phylloxéra avait détruit petit à petit le vignoble de Cognac et on incita donc les quelques vignerons du Sud-Bretagne à planter de la folle, afin de fournir des jus, à gros bouillon, aux producteurs de Fine Champagne. Ce qui fut fait pendant quelques années, jusqu'à l'apparition du sinistre puceron dans le Morbihan (1903). Une forme de prospérité apparut, mais pour ce qui est de la qualité, c'est une autre affaire, puisqu'il s'agissait de production à gros rendements et de distillation. L'historien de la vigne bretonne préférerait certainement une orientation plus ambitieuse, que le sempiternel rappel d'une tradition quelque peu folklorique.

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L'arrachage des hybrides qui suivit cette période, permit la plantation de cépages de qualité dans certains endroits, comme à Pénestin, où Madame Delatouche nous expliquait en 1970 toutes les raisons qui présidaient à l'entretien d'un "coteau pierreux sur lequel il y avait toujours eu de la vigne de mémoire d'homme". Là, c'est un ostréiculteur qui occupait son personnel en basse saison maritime et lui offrait, selon ses dires, des moments de détente vis à vis du travail des marées!...

Il reste donc à franchir un nouveau pas, pour voir apparaître un progrès sensible. Peut-on compter sur les effets du réchauffement climatique et une réglementation européenne plus souple au 1er janvier 2016?... Certes, il faut aussi continuer à encourager cette démarche d'amateurs passionnés aux quatre vents de la Bretagne, parce que ce sont peut-être les bases d'un avenir plus construit. Mais, rappelons que la démarche reste fragile et que la plupart des animateurs, dans ces micro-vignobles, sont des sexagénaires, voire des septuagénaires, bon pied bon oeil certes, mais espérant aussi transmettre intacte leur passion. La lecture des plus récents comptes-rendus d'AG des Vignerons Bretons évoque d'autres vignes à Loudéac, Lanarvily, Daoulas, Morlaix, Le Folgoët, Fougères ou sur les Coteaux du Léguer. Qu'en est-il de leur pérennité aujourd'hui?... Pourront-ils franchir ce cap du "bon petit vin agréable à boire entre amis"?... Il est possible d'espérer et les Bretons savent garder l'espoir et leur enthousiasme en toutes circonstances. On peut croire que les vins de Bretagne pourraient y gagner un supplément d'âme bretonne.

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19 octobre 2014

Ivo Ferreira, Domaine de l'Escarpolette, à Arboras (34)

Fin juin en Languedoc, on peut espérer en temps clément!... Rendez-vous au coeur du village dès le début de la matinée avec Ivo Ferreira, pour découvrir le Domaine de l'Escarpolette. Juste le temps de prendre un café et un croissant sur la place de Montpeyroux, avant l'heure convenue. Un appel au téléphone, c'est Ivo : " Je suis un peu en retard, mais il fallait que je passe dans les vignes, il est tombé de la grêle hier soir... et je ne sais pas ce que cela donne... j'en ai jamais eu..."

018On peut parler de chance sans doute, mais le jeune homme confesse aisément qu'il n'en a pas manqué, de par les rencontres qui ont marqué sa vie de jeune vigneron, même quand il est tombé dans un traquenard, non loin de là, alors qu'il avait oeuvré pendant plusieurs années, avec passion et énergie. "Alors, cette grêle?" Pas très agréable de rendre visite à un vigneron qui aurait juste fait le constat qu'une partie de sa récolte vient de disparaître sous l'orage... "Ben écoute, rien... C'est incroyable!" En fait, la nuée semblait très localisée, même si nous constaterons plus tard dans la journée, qu'elle a quand même fait quelques dégâts au Petit Domaine. De petits grêlons mêlés à la pluie constatés dans le village, ce qui ne pouvait qu'inquiéter les habitants, qui en ont été quitte pour une bonne frayeur. Du coup, nous montons rassurés jusqu'à Arboras, la commune voisine, un peu plus haut sur les coteaux.

C'est là qu'Ivo Ferreira retape une vieille maison de village adossée à la garrigue et qui va lui offrir une superbe vue sur le vignoble. Il pourra d'ailleurs surveiller aisément le déplacement des nuées menaçantes et aussi évaluer le risque. Très vite, nous partons pour un petit tour des parcelles, offrant d'apprécier toute leur variété. Certaines proches de friches, sur le coteau, d'autres plus bas, dans la plaine et sur des éboulis calcaire, comme ces cinquante ares de cinsault, la première parcelle trouvée lors de son installation, mais aussi la plus éloignée de la cave, même s'il dispose aussi d'un peu de terret, sur Aniane.

Tout laisse à penser que le vigneron d'Arboras a désormais trouver l'endroit où se poser et ce depuis 2009. C'est d'abord comme sommelier qu'il découvre la restauration dite de qualité à Paris, puis finalement les vins naturels. Il croise la route de Jean-Marc Brignot, fait les vendanges 2004 dans le Jura et participe aux vinifications du domaine cette même année-là. Il passe l'hiver à Arbois (presque comme une expérience en terre inconnue!) et envisage, dans un premier temps, de faire sa formation viti-oeno à Davayé (71).

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Au final, il décide de rejoindre sa famille dans le Sud-Ouest, certain de laisser la restauration pour le vin. Il opte pour une formation à La Tour Blanche, au coeur du Sauternais, au cours de laquelle il effectue un stage au Château Le Puy, avec Jean-Pierre et Pascal Amoreau, devenus depuis des amis, des maîtres, des exemples... Il y reste quatre ans et demi et y rencontre Céline, sa compagne et cousine de Pascal. D'autres options se présentent à lui (Bourgogne, Champagne...), mais le couple part au Chili pendant trois mois, avec l'idée de s'y installer, sans réussir à chasser l'envie de voyager. Finalement, ils continuent leurs pérégrinations autour de la planète et finissent par revenir dans le Sud-Est, Céline travaillant sur un film de Ridley Scott (c'est une monteuse bien connue dans le cinéma), dans le Lubéron.

Ivo pense alors avoir pris le recul voulu et le temps de réfléchir à son installation. Il enfourche sa moto et part dans le Roussillon, à la recherche de vignes, puis en Corse, où il rencontre Antoine Arena, ce dernier le surprenant quelque peu lorsqu'il lui demande notamment quelques précisions à propos du mildiou, inconnu au domaine!... Il découvre ensuite Montpeyroux, travaillant dans une priopriété de St Jean de Fos, qu'il doit finalement quitter.

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Aujourd'hui, le domaine compte environ quatre hectares et Ivo propose pas moins de cinq rouges et deux blancs, sans oublier "une sorte de Porto, pour faire un semblant de soleira avec mourvèdre et grenache", histoire de garder le fil de ses origines.

La série se décline comme suit : La Petite Crapule, expression de mourvèdre auparavant, devenue un "rouge de pique-nique" vinifié en macération carbonique, composé d'un carignan trentenaire et de jeunes vignes de grenache. A suivre, L'Escarpolette, des vieux carignan, des vieux cinsault et un tout petit peu de syrah, quant à elle vinifiée également en carbo très courte de cinq ou six jours maximum. En quelques sortes, le porte-étendard du domaine. Ensuite, un trio de belles cuvées, sorte de tiercé gagnant de vinifications se voulant originales et non dénuées d'esthétisme, comme le laisse apparaître leur dégustation. Trois exercices de style sur la base de cépage unique : de vieux cinsault pour Jeux de mains, des vénérables carignan pour Les Vieilles et un merlot trentenaire pour L'Enchanteur. Du plaisir d'apprécier la diversité languedocienne des Terrasses du Larzac!...

017Pour les blancs, Ivo a tardé pour en proposer, sans doute en partie pour être certain de trouver son équilibre, lui le funambule, terme identitaire proposé par Olivier Lebaron, sur son blog Show Viniste et qu'il revendique d'ailleurs, certain que chaque année, les vignerons sont souvent sur le fil du rasoir. Le Blanc de l'Escarpolette est-il vraiment blanc, d'ailleurs?... D'aucuns le classeraient volontiers dans la gamme des vins orange. Des blancs de macération certainement, puisqu'une bonne partie des cépages composant la cuvée a suivi ce process : dominante de muscat petits grains, du terret gris, du grenache blanc et un soupçon de grenache gris, avec désormais un petit volume de grenache noir en pressurage direct, pour la Ivo's touch. Du grand art!... Le genre de cuvée avec laquelle on s'enfonce dans son fauteuil surrounded!... Un truc qui vous fait voyager en cinémascope, mieux que Transavia!... On s'attend, de plus, à entendre rugir le lion de la 20th!... En plus, Ivo propose maintenant un autre blanc. Tiens, il aurait pu l'appeler comme ça! Pour l'heure, c'est La Petite Pépé, un blanc de noir 100% grenache, qui ne manquera pas d'inspirer certains de ses confrères et amis du Languedoc, comme François Aubry, par exemple.

Le Domaine de l'Escarpolette fait partie des domaines du Grand Sud-Est qui ont apporté quelque chose d'innovant dans le vignoble, ces dernières années. Les vins portent l'énergie du bonhomme, sa passion et sûrement une partie de ses doutes, parce qu'il n'est pas vigneron à s'appuyer sur des pseudo-certitudes. Peut-être est-il aussi influencé par son approche, même très personnelle, du milieu artistique? Là, rien n'est jamais acquis et l'oeuvre, fut-elle créée avec le coeur et les tripes de l'artiste, ne gagne pas forcément l'estime des passionnés. Mais, Ivo Ferreira ne manque pas d'interpeler ceux qui découvrent ses vins, notamment par la présence de superbes étiquettes originales, sortes de signatures calligraphiées de ses créations. Remarquez, cela tombe bien, puisqu'elles sont justement nées de l'imagination de Marie-Christine Enshaïan, première femme admise dans les ateliers japonais de calligraphie et par ailleurs, spécialiste et restauratrice de tableaux, notamment ceux de Picasso. Pour un peu, on se surprend à effleurer le papier choisi pour les étiquettes... Des vins que l'on touche du bout des doigts, mais que l'on ne déguste pas du bout des lèvres, tant ils nous régalent!... Notez que nous ne sommes pas les seuls, tant cette production franchit désormais les frontières, notamment pour le Japon, où les amateurs, cavistes et restaurateurs le vénèrent quasiment!... Profil de star!...

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04 octobre 2014

Vendanges 2014 : l'été indien!...

Un vrai, un bel été indien!... Peut-être pas pour tout le monde!... Comme chacun le sait désormais, le Sud-Est a souffert de nouveau de quelques épisodes cévenols pour le moins actifs : 400 mm de pluie en quelques heures, notamment à l'est de Montpellier, voilà quelques jours!...

Néanmoins, il semble que la perspective de ces précipitations diluviennes ait incité bon nombre de domaines viticoles de la région à forcer l'allure, la plupart finissant les vendanges au cours du dernier week-end de septembre (27 et 28), voire dans la semaine précédente, lorsque cela était possible, notamment vis-à-vis des maturités recherchées. Après cette période intense, au cours de laquelle le vigneron se transforme parfois en manager hyperactif, organisant la cueillette, faisant face à d'éventuelles défaillances du matériel (un pressoir en panne à ce moment-là, cela peut mettre de l'ambiance!), faisant aussi des plans sur la comète (ah, l'année de la comète!) en prenant connaissance des qualités intrinsèques des raisins de l'année, d'aucuns cherchant des similitudes avec quelque millésime antérieur, mais ne les trouvant que rarement, on imagine aisément à quel point on peut être soulagé d'entendre les cuves de fermentations s'activer, alors que la pluie rince la toiture du chai, comme on passe au karcher les sols bétonnés du cuvier après la bataille, pour faire disparaître le sang des vignes. Et même si l'on sait que quelques amis se situant dans des vignobles plus septentrionaux, sont eux entrés, à leur tour, dans cette période de doute et de crispation, source néanmoins d'espoirs en des millésimes meilleurs.

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Et pour évoquer la météo de ce mois de septembre, il n'est que de consulter les statistiques publiées dans le quotidien Ouest-France, le 1er octobre dernier, pour se rendre compte à quel point les vignobles ne sont pas logés à la même enseigne, en cette année 2014. Certes, la seule partie sud du Grand Ouest dispose officiellement de vignes, le reste de la région étant supposé se situer au-delà de la limite nord de la culture de celle-ci, mais les chiffres sont pour le moins éloquents. Avec parfois vingt à trente fois moins de précipitations que la moyenne normale du mois en Pays de la Loire et des écarts de température de trois degrés avec les maximales, on se dit que l'on a là des conditions extrêmes, venant compenser certaines des difficultés du reste de la saison végétative. Même si, plus à l'est, d'autres ligériens n'ont pu sauver que l'essentiel, lorsque certaines périodes de pluie (et/ou de grêle) n'ont apporté que du trop plein, voire de la désolation.

Gageons que ce genre de considérations pourrait bien être à l'ordre du jour de l'Assemblée Générale des Vignerons de Bretagne, qui se déroulera en ce samedi 4 octobre à Vannes (56), tant les parcelles connues, comme celle de Quimper (avec 5 mm au lieu de 86,9 et + 3,5°) ou de Vannes (4,4 mm/60,2 et + 3,3°), ont pu produire dans des conditions exceptionnelles. On peut supposer que celles de St Suliac, non loin de St Mâlo et d'Agon-Coutainville, dans le Cotentin, toutes deux sur les bords de la Manche, sont aussi à même de proposer des cuvées hors normes, façon "millésime du siècle"!...

DSC01543Alors que les premiers retours étaient publiés ici-même, voilà deux semaines, d'autres nouvelles nous parvenaient du vignoble, notamment ligérien, mais pas uniquement. Le samedi 20 septembre, Marc Ollivier, Rémi Branger et Gwénaëlle Croix, pour le Domaine de la Pépière, en Pays Nantais, nous faisaient part de leur confiance : "Quelques petites nouvelles des vendanges entamées depuis déjà une semaine et demie. Pas besoin de faire un dessin : il fait beau, il fait même exceptionnellement beau. Matinées douces et sèches, après-midis chaudes et avec juste ce qu'il faut de vent. Après un mois d'août automnal, froid et arrosé, le soleil de septembre apporte une belle maturité du raisin. Les baies se concentrent et les sucres montent, les acidités restent élevées. Pas de gros orages attendus, nous poursuivons avec confiance. Du point de vue des équilibres, on peut peut-être rapprocher ce millésime de 2004. A suivre! L'équipe de vendangeurs a une belle énergie et l'ambiance est très bonne. Nous poursuivons la semaine prochaine avec notamment deux crus communaux : Clisson et Monnières-St Fiacre".

En provenance de Vouvray, c'est Julien Védel qui nous communique une première tendance ce même 20 septembre. Il travaille au Clos Naudin, avec Philippe Foreau, mais dispose aussi de quelques arpents dans l'appellation tourangelle. "Pour le domaine [Clos Naudin], comme un peu tout le monde en Loire continentale (versus l'Anjou ou le Muscadet, sans pousser jusqu'à Sancerre), la banane est de mise! Du volume, après deux années qui ont mis à mal les stocks, à cause du mildiou et de la grêle et surtout un beau potentiel grâce à ce temps depuis presque un mois, alors que la saison a été chaotique! Un début précoce qui nous a fait craindre le gel, puis un temps maussade, quelques épisodes de pluies abondantes nous obligeant à traiter les onze hectares à dos (le travail du sol intégral a parfois ses inconvénients), mais l'état sanitaire tenait bon jusqu'à ce que "l'été" arrive et ses petites pluies récurrentes, ce qui a occasionné une sortie de mildiou virulente! Les grappes ont vu un peu de rot brun, sans trop impacter la récolte. Par contre, le feuillage a un peu souffert, selon les secteurs. L'état sanitaire est variable, de très sain à quelques foyers de pourriture, les cuvettes avec de la perte à venir et les beaux terroirs avec des départs de noble, qui nous donnent  l'espoir de beaux moelleux/liquoreux. Début le 1er/10 ou le 6 avec une petite équipe, si le temps se maintient au beau, pour se donner le temps de couper tranquillement et d'attendre la concentration. Si l'état sanitaire se dégradait, on renforcerait l'équipe." Il complète ensuite en évoquant son propre domaine : "Chez moi, un peu le même topo avec quelques départs de pourri, dont je me passerais bien, ne voulant faire que des secs comme King Richard [Richard Leroy], toutes proportions gardées évidemment!"

blanc2Quelques jours plus tard, le même Julien nous faisait part d'une évolution soudaine : "La situation se dégrade avec des attaques de pourriture acétique/vinaigre qui font qu'on commence demain pour sauver les trois quarts des parcelles au lieu de lundi. J'ai le même souci et ferais un premier passage samedi. Ce soir, tout entre 12 et 13 de potentiel. Est-ce les fameuses suzukii!?..."

En Anjou cette fois, c'est Christophe Daviau, du Domaine de Bablut, à Brissac-Quincé, qui nous donne une autre tendance, le 21 septembre : "Les vendangeurs sont arrivés... Ce jeudi 18 septembre, les premiers coups de sécateurs ont été donnés! Nous avons commencé par le chardonnay, pour le Crémant de Loire. Ce sera tout pour cette semaine. Nous poursuivrons par le sauvignon blanc qui est particulièrement aromatique (fruits exotiques, muscat), puis par le grolleau destiné au Crémant de Loire et pour Topette, en macération carbonique. Les cabernets et le chenin blanc seront pour plus tard. Actuellement, nous les chouchoutons en fignolant l'effeuillage et en enlevant les verjus (grappes secondaires). Nous suivons leur évolution chaque semaine par des prélèvements réguliers, ce qui nous rend très enthousiastes, car c'est toujours aussi prometteur."

A Savennières, Tessa Laroche nous gratifie d'un message assez laconique le mardi 23 septembre, traduisant aussi l'inquiétude : "Ce week-end, ce fut un peu l'horreur, notamment dimanche!... Beaucoup d'eau en peu de temps et beaucoup de mal à s'égoutter. Mais là, tout rentre dans l'ordre avec le soleil et heureusement, il ne fait pas trop chaud!"

pip1Toujours très attendu, le compte-rendu d'Olivier B (24 septembre), en provenance du Ventoux, du fait notamment de la tendance météo actuelle pour le Grand Sud : "Allo Houston, ici le Ventoux. Pas sûr que l'on vendange en short et en marcel ici, dans le sud-est, tellement la météo se fait capricieuse depuis un moment. Après un printemps et un été relativement favorable au cycle de la vigne, le début septembre plus qu'estival laissait entrevoir une vendange entre 2012 (année classique des vingt dernières) et 2013 tardive. Cinquième année sans cuivre et seulement troi spoudrages sur les roussanne, j'ai finalement craqué et j'ai traité une fois et demi ma surface fin août, pour éviter de perdre trop de feuilles par le mildiou mosaïque".

"Les raisins sont bien plus gros que l'année passée (30% trop petit) à la faveur des orages hebdomadaires des mois de juillet et août. Cela a amené l'ODG a demandé une augmentation de rendement à l'INAO, de 52 à 60 ou 65 en rouge et blanc. Mort de rire quand, cette semaine, on reçoit une autorisation d'enrichissement. Pour moi qui dépasse rarement les 30 hl/ha à la souche présente, ça n'a évidemment aucune incidence. Le souci, c'est que depuis quinze jours, on regarde tomber la pluie au moins deux fois par semaine et à coup de 70 mm par ci, 10 par là, avec peu de vent ensuite. Je ne sais pas bien où cela va nous mener... Les grosses grappes, trop grosses à mon goût, se gorgent d'eau et les degrés potentiels régressent par effet de dilution."

blanc3"J'aimerai que les blancs tiennent jusqu'au 4 octobre (20 septembre habituellement), mais la charge important de grosses grappes entremêlées me laisse pensif... En rouge, c'est la même, certaines grappes restent roses et quand on sait que l'on vendange souvent deux semaines après les blancs, cela nous ramène à 2013, vers le 20 octobre et des vinifs pas terminées avant les tournées et autres salons de novembre. Bref, aucune certitude, mais c'est bien pour que chaque année soit différente que je persiste à aimer cette passion... Yalla, la suite dans une semaine ou trois..."

A suivre, le CR millésimé 2014 de Benoît Tarlant, en provenance de Champagne, le 25 septembre : "C'est bien la première fois que je t'écris sur les vendanges à posteriori. Soit on est en avance, soit tu es en retard... ou bien les deux".

"L'année fut plutôt sereine, les maladies qui, habituellement nous mènent la vie dure, étaient cette année en retrait. Assez peu d'oïdium et pas de mildiou de saison. Il est apparu à la fin sur les brous sans trop de dommage. Et même s'ils ne sont pas passés loin, les Champenois ont évité les gros orages symbolisant l'année et frappant nos confrères plus au sud. Quels que soient les cépages de Champagne, la montre était belle et la constitution des raisins s'est confirmée par la suite. 2014 est une année à raisins. En avoir, c'est bien, qu'ils soient beaux est la finalité".

"Les soins des travaux d'été comme l'écimage, d'effeuillage oriental, de tonte et autres joies estivales étaient particulièrement importantes pour obtenir des raisins sains et mûrs à la fin du cycle, malgré un mois d'août particulièrement frais. Et septembre est apparu avec ses belles journées chaudes (trop?) et ensoleillées. Les vendanges ont battu leur plein au 15 septembre sur toute la Champagne. La chaleur des jours et nuits, la fragilité de certaines baies, le nombre de raisins accrochés et la présence de drosophiles autour des cagettes empêchaient de prendre son temps. C'est donc un rythme soutenu au pressurage qui a permis de rentrer quantité et qualité. Au premier nez, l'expression des jus est franche, sur le fruit, avec du goût et de la netteté. La tenue dans le temps, avec des perceptions acides différentes en fonction des terroirs fera le reste. On testera tout cela après les fermentations, mais vu le potentiel initial et la beauté des raisins, il y a tout pour faire un millésime intéressant."

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Un petit retour à Margaux, avec Vincent Ginestet, qui se lance le 29 septembre : "Nous avons attaqué les merlots ce matin. Les degrés sont bons sans être trop élevés (14°), l'état sanitaire impeccable, pas de botrytis. Les peaux sont à maturité optimale, cela devrait faire de bonnes cuves de merlot! On fait tout pour!..."

Enfin, un petit mot de Catherine Delesvaux, le 30 septembre. Dans le Layon, les perspectives sont très encourageantes : " En cette veille de début de vendanges où le temps semble s'accélérer, tout va pour le mieux, mais nous conservons les doigts croisés. Il peut se passer tellement de choses pendant ces semaines à venir. Beau temps général, des brouillards matinaux depuis la semaine dernière (botrytis cinerea, lève-toi!), nuits à 10°, jour à 24°, soleil, temps sec (sauf lundi matin, mais c'est bien). Que demander de plus?... A suivre donc!... Une pensée pour les collègues que la météo n'a pas épargnés".

Ne reste plus qu'à espérer que la bascule météo qui se profile à l'ouest ne vienne pas trop bousculer les vignerons, dans leur quête du meilleur. A suivre!...

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Toutes dernières nouvelles du vignoble! En cette journée du 18 octobre, des températures de l'ordre de 24 à 26° sont annoncées pour le week-end en Vendée!... La bascule météo est partie à la plage, comme nombre de ceux qui veulent profiter de ce temps. A vos barbecues et planchas!... Olivier B, au pied du Ventoux, nous fait part de son enthousiasme final, en guise de conclusion :

"Et bien finalement, on était en short et en marcel... Météo décalée, nous avons vendangé les blancs le 4 octobre avec un peu de tri habituel, pourriture acide sur les roussanne, qui partent en sucette en quatre jours lorsque le ciel alterne averses et soleil. Du 14 au 16, c'était au tour des rouges. A part les deux premiers morceaux de syrah plus fragiles et qui ont réagi comme les roussanne, tout était plutôt joli."

"Mon détachement habituel et ma vision rock'n roll du boulot m'a fait craindre le pire lorsque, la semaine dernière, on profitait de la vie plutôt que de vendanger. A une heure d'ici, se déroulait le troisième phénomène cévenol consécutif et on nous annonçait le déluge. Il ne s'est finalement rien passé et trois jours ont suffi pour que la vendange soit à l'abri. Comme d'hab, on a terminé par la syrah magique (deux photos ci-dessous), avec pratiquement zéro raisin par terre!...."

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"De l'avis mes vendangeurs qui ont travaillé durant un mois de l'ouest à l'est du Vaucluse, les raisins des vignes que j'ai accompagnées en 2014, malgré le petit tri, faisaient partie des plus beaux qu'ils aient eu à ramasser et aussi 30% de récolte en plus, ce qui correspond à une belle année dans les clous du rendement recherché aux alentours de 30-35hl/ha à la souche. Alors now, 2014 est bien lancé, reste l'accompagnement et l'amour habituel et ça devrait le faire. J'adore! Trop de la boulette!... A l'année prochaine!..."

Presque au moment même où je prenais connaissance de ce message plutôt rassurant, arrivait sur mon téléphone, une photo en provenance de Touraine, prise par un vigneron qui nous avait fait part de son inquiétude, quant à l'effet dévastateur supposé des suzukii. Vous savez bien, drosophila suzukii!... Certains, au tout début de la campagne des vendanges 14, diffusaient la photo de l'insecte sur les réseaux sociaux, en annonçant qu'il tiendrait, malheureusement, la vedette lors de la cueillette en cours. Et puis, l'annonce a fini par faire long feu!?... La photo en question, prise le matin même, montre des grappes sur pieds ressemblant à des raisins noirs, du type cabernet franc, comme on en voit le long de la Loire. En fait, il s'agit de chenin!... Des raisins destinés à produire des liquoreux de Touraine, mais qui risquent de ne pas voir le pressoir et pour cause!... Alors, qu'en est-il dans le vignoble?... Curieusement, peu de retours évoquent le fléau, pourtant, il semble qu'il affecte nombre de régions. Le risque de piqûre acétique pressenti en amont et évoqué par certaines institutions locales pourrait avoir déclenché quelques anticipations, initiatives cachant finalement la misère. L'insecte étant connu pour s'attaquer de manière privilégiée aux raisins rouges, certains sont aujourd'hui surpris de le voir sur des blancs, mais il semble que ce soit, pour l'essentiel, sur des raisins destinés à produire des liquoreux. Certains secteurs du Bordelais, plus ou moins limités, semblent touchés et parmi ceux-ci Sauternes. En tout cas, l'auteur du cliché essaye de traduire, au-delà de la photo, l'inquiétude que de célèbres domaines ressentent aujourd'hui. Et plus encore, parce que d'autres semblent appliquer un "silence radio" curieux et même parfois, annoncer une qualité équivalente à 2008 ou 2012, alors que seulement quelques kilomètres séparent leurs vignobles de celui concerné!... Alors, la suzujii serait-elle particulièrement sélective?... Les modes de culture sont-ils en cause?... Ou certains attendent-ils les analyses diffusées par les institutionnels, après vendanges, pour évoquer le sujet, après deux années difficiles, comme c'est le cas en Val de Loire?... A suivre donc, notamment parce que l'avenir n'est pas très clair, pour ce qui est des moyens de lutter contre cet insecte qui, s'il apparaissait chaque année, pourrait remettre en question, ni plus ni moins, la production de moelleux et de liquoreux. Un avis, amis vignerons?...

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26 septembre 2014

Pierre Boyat, à Leynes (71)

Descendant de la montagne et des sommets alpins, la traversée de la France, longue et (pas trop) périlleuse peut aisément justifier une étape (faites une pause toutes les deux heures, nous suggèrent les panneaux autoroutiers!) dans les monts du Beaujolais. Nous voici donc sur les hauts de Leynes, à 425 m d'altitude précisément, au lieu-dit Le Bois de Leynes, avec vue imprenable sur d'autres monts, ceux de St Amour et de Juliénas. Tout autour de cette commune, d'autres noms bien connus : Chasselas, St Vérand, Chaintré, Vinzelles, Fuissé... Notez au passage que le vin de St Véran s'écrit bien sans le d final, car c'est l'ancienne orthographe de village (St Véran des vignes) qui fut choisie naguère pour l'appellation, celle-ci s'étendant sur pas moins de huit communes.

002Presque en haut de la côte, sur la gauche, une maison sur sous-sol, bien exposée, avec terrasse sur les vignes, a un profil typique d'habitation dédiée aux jours heureux de la retraite. C'est bien à cela qu'ils pensaient, Pierre Boyat et son épouse, lorsqu'ils décidèrent de la construire mais, ils ont emménagé un peu plus tôt que prévu.

Jusqu'en 2007, ils occupaient en effet la maison voisine, coeur d'un domaine de dix hectares pour lequel ils étaient en fermage (ou métayage), jusqu'au jour où se posa la question du passage en bio. Cela impliquait une légère hausse du prix de vente à la citerne, mais l'acheteur habituel refusa. Ils prirent alors la décision de s'installer sur les quelques vignes familiales, lesquelles basculèrent du même coup en agriculture biologique, après trente années de gestion conventionnelle par le père de Pierre. Et depuis, le voisin a lui aussi franchi le pas du bio!...

Près de la maison, quelques rangs de vigne. Du chardonnay planté en 2003, associé à une autre parcelle située plus bas, pour ce qui pourrait être un Beaujolais-Villages blanc, mais qui reste en Vin de France (cuvée Les Rennes). En effet, le domaine compte quelques parcelles sur St Vérand, Chânes et Chaintré, soit un total de 1,7 ha en production et 1,3 ha de jeunes plantes, dont certaines vont produire en 2014. A peine à quelques pas, du gamay composant la cuvée Bois de Leynes, vendangé le plus souvent avec une semaine de décalage, vis-à-vis des parcelles du bas, toujours plus précoces. Belle exposition sud, faisant face à celles au nord de Juliénas et St Amour... "C'est curieux, là-bas, les coteaux sont plus tardifs, mais ils vendangent toujours avant nous!..." souligne-t-il amusé. De la chaptalisation beaujolaise...

007Cette année, les premiers coups de sécateurs sont pour la mi-septembre et encore, dans les endroits les plus précoces. De mai et juin, le vigneron garde le souvenir d'un printemps sec puis, fin juin, la pluie est arrivée. L'herbe s'est mise à pousser, à pousser... Néanmoins, début septembre, tous les espoirs restaient permis, avec la météo sèche annoncée (et confirmée depuis).

Au domaine, les évolutions sages et réfléchies sont toujours au programme. Le souhait premier de Pierre Boyat, c'est de, semble-t-il, réduire l'impact de l'élevage en barriques, malgré l'aspect positif de la clarification des vins, que permet le contenant. Pour cela, il mise désormais sur l'augmentation des volumes. Justement, il a pu découvrir cet été, une petite annonce dans un magasin, proposant des petits foudres. Affaire vite conclue!... Ils sont désormais dans le sous-sol de sa maison (décidément bien étudiée!) et seront utilisés pour les blancs de la récolte 2014. Profitons-en pour rappeler que le vigneron de Leynes a opté dès 2007, pour la production de "vins nature", avec zéro intrant, donc sans soufre, y compris pour le St Véran, qui a cependant franchi, jusqu'à ce jour, le cap parfois périlleux de la dégustation d'agrément. Pas la moindre des performances, même si Pierre a du mal à croire que ce soit pérenne!...

Toujours sous la maison, un petit coin caveau nous permet de découvrir les cuvées disponibles. Il faut dire que, vu les volumes produits, il n'y a pratiquement pas de stocks des millésimes passés, même récents, si ce n'est en magnums. Le St Véran 2012 est tonique et frais. Il est issu de deux parcelles (dont une plantée en 1983 et la seconde louée à la commune) sur Leynes, dans le village, sur le coteau argilo-calcaire, au bord de la route de Solutré. Élevage d'à peine une année en barriques, mise en bouteilles en août 2013, sans filtration, comme c'est le cas le plus souvent, pour les vins de la maison.

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Un autre blanc ensuite, le plus jurassien des Beaujolais blancs!... Il s'agit de la cuvée Les Rennes 2013, proposé en Vin de France. 75% de chardonnay et 25% de muscat petit grain!... En effet, lors de la plantation d'une parcelle de dix ares, en 2005, le pépiniériste s'est trouvé en rupture de chardonnay, au point qu'il proposa au vigneron, presque contraint et forcé, de compléter de quelques rangs de muscat. Ce cépage fut ramassé "en surmaturité" et l'ensemble a été pressuré simultanément. Deux mises distinctes, pour tenter d'évacuer l'oxydation apparue à la mise, mais, en fait, rien n'y fit! Une touche pour le moins originale, même s'il n'est pas question d'associer ce vin à des fruits de mer et que sa robe évolue rapidement. A noter que le muscat sera dilué en 2014, puisqu'une autre parcelle de jeunes vignes de chardonnay sera associée à l'ensemble.

012Pour les rouges, deux cuvées de gamay, bien sûr. La première, Bois de Leynes 2013, récoltée près de la maison, est assez léger (11°) et d'une couleur peu profonde, conséquences d'une cueillette faite un peu dans l'urgence, au vu des pluies qui s'étaient installées, l'automne dernier. L'apparition de foyers de pourriture avait imposé un tri attentif. Ce vin souple, exprimant un joli fruit acidulé a été mis en bouteilles fin mai dernier et se situe dans un style gouleyant et frais, ne souffrant plus d'aucune trace de réduction.

Le second, Noir de Rouge 2013, mis en bouteilles fin juin ou début juillet, est un assemblage de trois parcelles situées plus bas dans le vignoble, réunies pour remplir une cuve béton. Il est doté d'un petit degré supplémentaire et d'une structure un peu plus affirmée, sans que l'on soit en présence de Beaujolais, comme on a pu en voir certaines années récentes. Pensez néanmoins aux magnums, tant ces deux cuvées sont accessibles et gourmandes dès maintenant, même si le deuxième a un petit potentiel de garde supplémentaire. Par essence même, un vin pour les casse-croûtes de ce bel automne, voire certains plats de la cuisine régionale!...

Pierre Boyat le dit lui-même : "Ce n'est pas toujours simple de composer une gamme avec si peu de vignes. Mais, on a quand même la chance de proposer quatre cuvées!..." Et on comprend mieux l'importance d'une récolte de qualité et de conditions climatiques confortables au moment des vendanges. Des pluies continues, survenant à ce moment crucial, peuvent non seulement réduire à néant les efforts de l'année, mais aussi compliquer sacrément les vinifications, sans parler de l'équilibre économique de si petites structures. Au stade où nous en sommes, fin septembre, gageons que le Beaujolais a retrouvé le sourire, malgré des journées très inquiétantes, plus tôt dans la saison, lorsque la grêle survenait sans crier gare, assommant les uns et épargnant quelques autres, dans une sorte de loterie funeste.

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22 septembre 2014

Christophe Beau, Domaine Beauthorey, à Corconne (30)

S'il fallait citer le nom d'un vigneron, pour souligner à quel point il existe des personnages singuliers dans le monde de la viticulture, celui de Christophe Beau serait sans doute parmi les premiers de la liste des sélectionnés!... J'ai bien dit singulier, mais pas du tout exubérant ou excentrique. Si on dit de lui que c'est un citoyen du monde, il pourrait vous répondre, de prime abord, qu'il trouve ce qualificatif quelque peu prétentieux, mais, après réflexion, avec le fourmillement d'images qui ne manqueront pas alors, instantanément, de défiler devant ses yeux, la mention a des chances de lui convenir et de lui plaire. Pourtant, quelle que soit la contrée visitée - du Mexique au Chili, en passant par les USA, le Moyen-Orient, l'Afrique du Nord et l'Asie - il a toujours tenté de se fondre au coeur des sociétés et des collectivités qu'il voulait découvrir. Humanisme, ethnologie ou encore anthropologie, il y a sans doute un peu de tout ça dans les cuvées du vigneron de Corconne.

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Voilà pas moins de trente ans qu'il est installé là et que le Domaine Beauthorey sert de support à son activité languedocienne, devenue au fil des ans et des millésimes, quelque peu partielle ou partagée avec d'autres occupations et motivations. Néanmoins, en tout état de cause, la production de vins vernaculaires. Un terme pour lequel Hervé Bizeul a fait le pari sur son blog, dès 2012, que ce serait le prochain mot à la mode, mais ici, foin des modes, place à une autre réalité économique.

"J'ai tendance à dire que je n'ai jamais fait de vin. Je fais des expérimentations du vivant, du technique, du social et de l'économique à travers un alibi qui s'appelle le vin!" Il est possible d'affirmer sans crainte, que le jour où il débarqua à Corconne, il était encore loin d'imaginer qu'il serait vigneron. Néanmoins, il se trouve vite à la tête d'un premier hectare, un peu par hasard et de cinq, dix ans plus tard, en 1995. Aujourd'hui, c'est désormais plutôt six, malgré quelques mésaventures clochemerlesques (lire par exemple son premier livre sur le sujet, La Danse des Ceps, Chronique de vignes en partage, paru en 2009, aux Éditions REPAS), comme il en existe dans nombre de nos jolis villages. Notez que pendant près de vingt-cinq ans, malgré ses choix de l'agriculture biologique et de la biodynamie, il n'évoqua jamais la production de vins dits bio avec ses voisins et néanmoins collègues. Toujours la volonté de s'intégrer et de se mettre à l'écoute, autant que, d'un aspect plus pragmatique, garder la possibilité de solliciter de l'entraide et de l'échange. Construire une tour d'ivoire n'était pas dans les objectifs du vigneron!...

037Six hectares donc, dont deux sur Corconne même et sur la fameuse gravette. Ces vignes sont désormais à la charge de son fils, Victor, bifurquant certains jours, après ses études et son installation en tant que kiné (Domaine Inebriati, avec Hervé Guillard). Les quatre autres hectares sont situés sur Vacquières et des sols plus argilo-calcaire, même si ce genre de nuance de terroir n'est pas la priorité au domaine. Au total, une production de 20000 bouteilles environ, pour trois marques et autant d'entités séparées, au regard de la législation en vigueur. Pour un tiers de cette production annuelle, il s'agit de "vins sur mesure" pour la ligérienne Anne Leclerc-Paillet (Autour de l'Âne) qui, grâce à son activité de négoce, diffuse quelques cuvées gouleyantes à souhait.

Voilà ce qui a toujours fait "l'histoire" de Beauthorey. Le fil directeur de Christophe Beau, de tout temps, ce sont les partenariats au sens large, avec une touche d'économie sociale. L'aspect économique est d'ailleurs central, avec une dimension partenariale. Depuis la fin des années 80, c'est une sorte d'AMAP viticole (Association pour le maintien d'une agriculture paysanne) qui en est le moteur, notamment avec les "Cépatous", système permettant aux amateurs, parfois vendangeurs, de devenir co-propriétaires de ceps de vigne et finançant les besoins annuels... bien mieux qu'une banque!... Cette étape a précédé un partenariat du même genre sur le foncier avec des cavistes parisiens (Le Vin en tête).

Autre aspect important aux yeux du vigneron, le côté paysager de l'organisme agricole, avec une réflexion sur le terroir au sens large, dans une structure qui mêle la vigne, les abeilles, les arbres fruitiers, les légumes, etc... Une dimension qu'il développe au Chili depuis quelques années, avec les vins de Terroir Bogus (du nom de son chien, mort à seize ans en avril dernier, ce qui a valu une grande fête au domaine à la mi-juin, pour saluer l'acteur principal de ses écrits, inspirateur également du calendrier chiens de vignerons, publié voilà quelques années), vins vernaculaires s'il en est, qui ne sont pas destinés à parcourir le monde.

036Au Chili, il est installé à une quinzaine de kilomètres de Valparaiso, dans une sorte de collectivité agricole. Il achète également du raisin, mais la production ne dépasse guère 5000 bouteilles par an. "Là-bas, tout est assez différent. J'ai commencé par un peu me déshabiller de ce que j'ai compris ici... On y trouve une forte tradition viticole, avec notamment des cépages locaux, comme le païs et on y fait des vins dans des cuves en peau de vaches".

Une aventure dans l'hémisphère sud qui l'éloigne beaucoup du Languedoc désormais, où il ne passe guère plus de trois mois par an, au moment de la taille, puis des vendanges. Il faut dire qu'il est libre, Christophe!... Jamais, il n'aurait supporté de se laisser enfermer par une activité unique. Il écrit, il a créé des ONG, ce qui lui permet de garder quatre mois au cours desquels il fait tout autre chose et "de ne pas sombrer dans une sorte d'inertie au quotidien". Il est ainsi devenu un expert en matière de relations avec l'administration et la gestion des formulaires et échéances diverses. Pas impossible d'ailleurs que ses voyages au sein de diverses communautés et contrées, n'aient renforcé son flegme en la matière. On apprend beaucoup à fréquenter l'intrensigence de certaines autorités et cela, dans tous les pays. Néanmoins, il se définit comme paysan-vigneron, mais pas exactement dans les mêmes termes que pour son voisin Patrick Maurel, par exemple, capable de donner une dimension autarcique à son quotidien, ce que Christophe Beau n'aurait pu admettre. Et ce qui n'empêche pas aux deux vignerons de bien s'entendre, sur nombre de sujets.

"Vous auriez peut-être voulu déguster quelques vins?..." Nous voilà verre en main. "Ici, c'est plus facile qu'en Loire! Une année, il m'est arrivé de ne pas aller dans mes vignes entre le 12 juin et le 12 septembre! Pour une plante très domestiquée, ce n'est pas mal d'en arriver là, non?..." Il faut dire que le vigneron n'est pas un partisan des vignes corsetées et se dit peu perfectionniste. La plupart des parcelles sont conduites en gobelet et la plante court sur le sol.

039Un joli blanc pour commencer, issu d'une parcelle d'un hectare, plantée de cinq cépages voilà sept ou huit ans. Selon l'expression du vigneron, tout est ramassé les yeux fermés le même jour, malgré des décalages de maturités parfois importants. En fait, c'est la roussanne, quand elle est surmurie, qui donne le top départ de la cueillette. Fatalement, la clairette est rarement mûre et ce duo est additionné de bourboulenc, grenache et rolle.

D'une façon générale, les assemblages se font à la cuve et très longtemps, les raisins n'ont pas été éraflés. Un choix qui tenait plus à l'ignorance d'une autre alternative, qu'à une option délibérée en matière de vinification. A force de croiser d'autres vignerons, plutôt que les seuls coopérateurs de son village, il a donc élargi ses perspectives viniques.

A suivre, un rouge de 2010, association à parts égales de syrah et de cinsault, puis un autre millésimé 2012, contenant une bonne proportion de grenache, en plus des deux cépages du précédent vin. Enfin, découverte d'Ultime (2012?), issu de vignes contenant dix cépages différents, dont d'éventuels hybrides : carignan, cinsault, aramon, vieux grenaches, alicante, gros noir, terret gris, etc... Pour tous ces rouges, les macérations sont plutôt courtes et on peut ajouter qu'ils sont plutôt faits au feeling, ce qui ne surprendra personne. A noter que pour toutes les cuvées, un peu de soufre est utilisé lors des mises.

Christophe Beau n'est pas un amateur de dégustations structurées. "Je m'y ennuie même, et je préfère les dégustations contées!..." Rappelons néanmoins qu'il est présent en février, à Angers, aux Greniers Saint Jean, mais je crains que nous ne soyons nombreux à n'avoir qu'un souvenir relatif de sa présence discrète. C'est pourtant une occasion de parler de biodynamie avec lui, qu'il pratique depuis longtemps, mais il estime, presque à mots couverts, que son emploi a beaucoup évolué.

038"Elle est devenue parfois très "techniciste", alors qu'elle devrait rester dans le domaine de l'occulte, au sens noble du terme. Son développement a déclenché une sorte d'exploration permanente. Faut-il chauffer l'eau des dynamisations? Faut-il faire ceci ou cela?..." Indiscutablement, sa perception de l'activité de vigneron s'appuie davantage sur la résolution sensible des problèmes plutôt que technique. Pour lui, il y a des choses que l'on perçoit et que l'on transmet, au-delà de la stricte analyse scientifique, comme pour ce paysan chilien qu'on interroge à propos de la décision de lancer la vendange et qui l'explique par le fait que la feuille de vigne, en journée, est plus froide. Variation de nature de la photosynthèse?... Blocage des maturités?... Certains évoqueront un fonctionnement par trop intuitif et pour le moins empirique...

Au final, Christophe Beau se confie quant à ce monde du vin, qu'il connaît maintenant bien. "Une compétition pas toujours saine s'installe. Tout le monde veut son vin, sa petite étiquette et son nom dessus. Ça peut être important à un moment donné, mais, très vite, il y a un piège... L'objectif, c'est bien d'entretenir, de soigner un coin de terre et d'en vivre, pas d'avoir son nom partout... On est tous un peu piégés par ça, même vous les amateurs..."

Une conversation avec le vigneron de Corconne permet quelques moments de poésie, teintée de sensibilité pure - "Le chien est à la vigne, ce que le chat est à l'olivier" - et puis d'autres, plus surprenantes : "Les deux plus grandes boissons du Monde, en dehors de l'eau, c'est le vin de raisins et la coca-cola"!... S'en suit une démonstration de la suprématie du vin de raisins, boisson vivante, sur tous les autres et l'expression d'une forme d'admiration pour l'histoire et les inventeurs de la célèbre "boisson morte non dénuée de magie, à la qualité gustative très bien calée!..." On imagine aisément que ses amis peuvent être surpris, au cours de conversations amicales et de longues soirées verres en mains, même s'il confesse que les vignerons avec lesquels il partage complicité et empathie sont désormais assez rares, si ce n'est Michel Augé ou Jean Delobre, sans oublier son voisin Patrick Maurel. Mais l'homme n'est pas du genre à entretenir un long répertoire d'adresses et des relations superficielles. Pour le découvrir un peu plus, lancez-vous dans la lecture de son second opus dédié au vin : Pour quelques hectares de moins, Tribulations coopératives d'un vigneron nomade, toujours aux Éditions REPAS.

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20 septembre 2014

Vendanges 2014 : en short et en marcel?...

La météo de la première quinzaine de septembre a donné du baume au coeur de bien des vignerons!... A y regarder de plus près, pas partout et le point d'interrogation dans le titre est donc de rigueur!... Si la Vendée, avec quelques autres contrées, n'a pas vu la moindre goutte d'eau depuis le 1er du mois, d'autres sont en train de battre de nouveaux records, en matière de pluviométrie!... Les journées en vigilance orange s'additionnent en Ardèche, Gard, Drôme, Hérault, Aude ou Bouches-du-Rhône, avec le retour des épisodes cévenoles. Pour la dernière huitaine du mois, un petit répit est annoncé dans toutes nos contrées, avec un retour du nordet salvateur, mais la bascule en octobre pourrait s'avérer difficile... Il va falloir foncer... quand cela s'avère possible et opportun!

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Les premiers échos nous viennent de Bordeaux et du coeur du Médoc. C'est Vincent Ginestet, du Château Boston, qui nous montre qu'il aborde (le 13 septembre) la période serein et confiant : "Bonjour de Margaux. A cet instant, nous n'avons pas encore décidé de la date des vendanges. Pour les merlots, cela devrait commencer vers les 22/25 septembre. Les analyses montrent une belle évolution et les dégustations à la parcelle sont très encourageantes. Les peaux sont belles, encore un peu fermes, le fruit se fait bien sentir et les pépins sont agréables. Même évolution pour les cabernets en très bonne condition. Pour le moment, les conditions sont très favorables, frais la nuit, chaud dans la journée, avec un peu de vent. Nous attendons avec confiance!"

Quelques mots ensuite, le 13 septembre également, de Joan Ramon Escoda, en "Catalogne nature", que je vous livre en franco-catalan dans le texte : "Commen va tout, pour ici en plain vendange. Cette année, c'est increible, beaucoup quantité et aussi bonne sainte. Je suis à la moitier de la récolte. L'anne prochaine, Laureano et moi, nous viendrons à "Vini Circus", nous avons été invités. Et nous sommes très content de venir. Super!!!!!! Je t'envolerai quelques fotos pendant tout la vendange. Santé et une embrassade. JR".

2Toujours Bordeaux et plus particulièrement Pessac-Léognan, avec Cyril Dubrey, du Château Mirebeau, au coeur de Martillac cette fois : "Oui, le beau temps est parmi nous. Mais, le vigneron en veut toujours plus. En attendant, la vendange des sauvignons blancs est terminée, réalisée en jour fruit sous le soleil : sur le jus, superbe acidité, gage de protection naturelle, déjà du pamplemousse. On attend que cela bulle, glougloute, mousse. Pendant quelques jours, on va se croire dans le Nord-Est (pas brésilien) mais champenois! Pour les rouges, il faut serrer les fesses jusqu'aux équinoxes, moment le plus tendu à Bordeaux, mais le potentiel qualitatif est là, en ne ressemblant à aucun millésime auparavant, si ce n'est 2014. Un millésime qui est passé par les cases chronologiques "précocité", "rétropédalage tardif estival", puis "effet turbo chaud été indien". Il est certain qu'une vigne en bonne tension tellurique-solaire est bien armée pour affronter cette climatologie : vive la biodynamie!"

Le 15 septembre, deux retours ligériens, avec Julien Bresteau, de La Grange aux Belles tout d'abord, presque sur le pied de guerre : "Grand nettoyage en ce moment! On démarre lundi 22 pour les premiers gamays et les grolleau les plus précoces, ensuite autout du 25/26, on fera les premiers passages de sec dans les chenins. Voilà pour la première semaine et après, on s'adaptera aux parcelles. Il y a du raisins, c'est sain, espérons que le temps soit là."

Non loin de là et le même jour, Antoine Sanzay, à Varrains, en Saumur-Champigny, croit en son étoile pour 2014 : "Quelques infos du domaine. Pour commencer, j'ai enfin du raisin! Après les deux années compliquées (grêle et gel). Le chenin dans "Les Salles Martin" est sain, aéré. La maturation se déroule bien, nous avons tout pour faire un joli millésime en blanc. Pour le cabernet franc, même chose, les fruits sont sains et mûrissent tranquillement. Je crois beaucoup en cette année."

En revanche, le mardi 16, les premiers échos venant du Grand Sud ne sont pas des plus rassurants. Je reçois ce message assez laconique du Domaine de Trévallon, cher à Eloi Dürrbach : "Les vendanges s'avèrent compliquées, car il pleut souvent et il faut beaucoup trier." Le vigneron des Baux et de St Étienne du Grès n'est certes pas homme à s'épancher et à s'étendre en circonvolutions verbales, mais on devine qu'il fait quelque peu grise mine... A suivre!

sans-titreDeux jours plus tard, le 18, d'autres nouvelles nous arrivent d'Anjou, avec Christine Ménard, du Domaine des Sablonnettes, à Rablay sur Layon : "Pour notre plus grand bonheur, l'été indien s'est installée dans la région, avec des grosses chaleurs - 29° - et un ciel bleu à faire rêver! L'état sanitaire est très beau, les raisins bien avancés : nous avons fait un petit peu de groslot et chenin sec cette semaine. A suivre! La météo de la semaine prochaine est annoncée très belle aussi, avec des températures autour de 21°."

Tout près de là, à Beaulieu sur Layon, en droite ligne des vignes de Babass, Sébastien Dervieux nous envoie "un petit mot rapide! Je vais démarrer lundi prochain dans le grolleau, pour ensuite faire une tentative de pressurage de chenin (vers mercredi) destiné à ma bulle. Si l'essai est concluant, je termine cette cuvée. Viendra ensuite la petite parcelle de chenin (Joseph, Anne, Françoise) en sec... vers la semaine d'après. Enfin, les cabernet pour terminer. Grâce au beau temps, les raisins sont beaux, quelques vers de la grappe nous collent quelques fois des petits foyers de vinaigre, mais bon, par rapport à l'an passé, c'est de la rigolade!... La vigilance sera de mise comme d'habitude... En espérant que les orages de cette fin de semaine ne viendront pas bousculer mon programme (ce matin, il est tombé 4 mm, rien de grave) et surtout que nous n'ayons pas de grêle!..."

177Comme on peut le constater dans ces propos, tous les espoirs sont permis, sous réserve que des nouvelles rassurantes nous arrivent du Grand Sud-Est notamment, voire de régions plus au nord, touchées plusieurs fois par les intempéries pendant l'année. Au cours de cette même semaine, une conversation téléphonique avec Ludovic Engelvin, à Vic le Fesq, dans le Gard, laissait supposer qu'une bonne gestion et un peu de chance allaient être nécessaires pour certains. Pour sa part, il avait déjà tout ramassé depuis le week-end précédent!... Dans les vignes de la région de Sommières, le constat qu'il faisait alors de l'état sanitaire de parcelles alentour avait de quoi inquiéter. Même si tout cela dépend des caractéristiques des sols même, des cépages et des soins apportés aux vignes, tout au long de l'année. De beaux espoirs donc, mais après les deux années passées (sauf pour le Sud-Est justement!), on sent une certaine méfiance de la part des vignerons. Il est aisé de les comprendre!...

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14 septembre 2014

Escapade valaisanne

Le Valais viticole a battu, cet été, quelques records en matière de pluviométrie estivale. Ce vignoble de montagne, dont on doit rappeler qu'il bénéficie d'un climat sec (on dit parfois que les statistiques sont proches de celles de Marseille ou d'Alger!), a subi un pic de pluie qui n'a certainement pas manqué d'inquiéter sur les coteaux, de Martigny à Sierre et de Sion à Fully. Heureusement, les premiers jours de septembre sont en train de remettre du baume au coeur des vignerons du cru et parfois du Grand Cru. Comme dirait l'ami Olif, qui nous avait concocté l'essentiel du menu de cette journée : "C'est quand même beau, le Valais!"

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Puisqu'il s'agissait pour nous de franchir le col de la Forclaz (pas à bicyclettes, rassurez-vous!), autant franchir également la douane (presque) désertée du Châtelard dès le matin et prévoir ainsi un rendez-vous chez une vigneronne valaisanne que nous n'avions pas vue depuis plusieurs années. Marie-Bernard Gillioz est en effet installée, selon les termes même de la municipalité locale, dans un "écrin résidentiel", Grimisuat, sur les hauteurs de Sion, aux limites des communes d'Arbaz et d'Ayent.

~ Marie-Bernard Gillioz : "Dans ma vigne, il y a des cactus!"

C'est en 1992, alors même que nous découvrions en France les nectars de Marie-Thérèse Chappaz, que Marie-Bernard Gillioz lançait ses premières vendanges, comme le début d'une nouvelle aventure. Plus tard, en 2011, Libération.fr titrait sur son blog goûtu : "Une Suissesse peut en cacher une autre", citant les deux vigneronnes dans un quasi même éloge. Une célèbre revue consacrée au vin et à la dégustation, illustrant son site d'une bannière publicitaire dédiée aux 3 Suisses, aurait tendance à nous rappeler que d'autres représentantes de la viticulture du Rhône helvète interpellent régulièrement les amateurs, comme Fabienne Cottagnoud, mais aussi Madeleine Gay, par exemples, toutes membres passionnées d'une sorte de Team Viti Valaisan, autant de fortes personnalités, mais ne faut-il pas un caractère bien trempé, pour se faire une place au soleil, dans ce monde souvent macho?...

M_BDans les starting-blocks, en vue de débuter sa 22è vendange (22 ans, l'âge de sa troisième fille), Marie-Bernard Gillioz n'a aucune peine à jeter un oeil dans le rétro de la création et de la vie de son domaine, créé de toute pièce, au terme de sa formation. Les premières années lui permirent de composer son patrimoine viticole, avec 1 ha d'abord, puis 50 ares de plus. Assez vite, elle passa à 3, puis 4 ha, le tout sur deux appellations voisines, Sion et St Léonard, avec leurs sols de schistes, les "brisés", le plus souvent, parfois des loess ou des éboulis calcaires et, pour l'essentiel, sur de vertigineuses terrasses, les parchets. Quelques terroirs de renom sont représentés, comme Corbassières et Mont d'Orge.

A ce stade et avec une telle surface aussi dispersée, elle se rendit compte que le travail nécessaire et exigeant risquait de lui jouer un mauvais tour... Trop de retard en permanence, une vie personnelle et sociale perturbée... Pour celle qui n'hésite pas à prendre la mer ou à partir en "expédition lointaine" afin de se régénérer, une randonnée estivale comme le Tour des Combins, lui permit alors de réfléchir posément. "Au retour, après une semaine, je savais ce que je devais faire." Elle cède alors quelques parcelles, revenant à 3 ha 35 environ, puis finalement 3 ha 60 aujourd'hui, après la reprise de quelques micro parcelles proches des siennes. Une forme de restructuration salutaire.

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Marie-Bernard Gillioz est aussi connue pour être passionnée de botanique et l'écosystème de ses vignes est pour elle une priorité. Elle fut naguère présidente de Vitival, l'association des viticulteurs valaisans en production intégrée et a adopté la méthode. Elle précise néanmoins que certaines de ses parcelles sont "en biodiversité", contrôlées pour cela et labellisées Vinatura. Parmi les contraintes imposées par ce label, il convient d'utiliser moins d'eau, moins d'intrants divers et moins de cuivre à l'hectare. Autant d'exigences qui ne font pas de ses raisins, des fruits issus de vignes en agriculture biologique, mais surtout parce qu'aux yeux de la vigneronne, les labels bios autorisent pour la plupart l'utilisation de produits très près des vendanges, ce qui a tendance à la laisser perplexe... Cette année, elle a cessé les traitements cuivre et soufre au 25 juillet, malgré les conditions météo particulières du millésime et espère que ses raisins vont tenir. D'une façon générale, son libre-arbitre revendiqué se limite à sauver la récolte, en employant un produit de synthèse, en cas d'attaque importante d'oïdium par exemple, comme ce fut le cas, voilà quelques années, sur le cornalin. A noter que Marie-Bernard n'emploie aucun engrais et laisse l'herbe pousser dans ses parcelles, ce qui, cette année, a apporté un surcroît de travail important.

005Bien sur, on ne peut passer sous silence la parcelle fétiche de la vigneronne de Grimisuat, Corbassières. 800 m² de chasselas, ou Fendant, sur un total de 1600 environ et pas moins de onze terrasses tortueuses (mais qui n'ont jamais tué personne, fort heureusement!), avec des mûrs de pierres sèches et des escaliers qui s'enroulent autour des rochers. Il faut un coeur gros comme ça, pour porter les caissettes sur son dos, lors des vendanges! Les porteurs sont bien assurés et surtout bien chaussés! Car, en effet, pas moins de cent quatre espèces végétales ont été recensées là, en 2010, au point que le Musée valaisan de la Vigne et du Vin proposa cette année-là, l'exposition "Dans ma vigne, il y a des cactus". Aie, aie, aie! Ouille! Hue! Un jardin extraordinaire, où les espèces menacées ne sont pas rares : l'Ephèdre de Suisse, le Muflier des champs ou encore l'Onoporde acanthe. Une parcelle ancienne (au moins soixante ans) coincée dans les rochers, en pleine ville de Sion. On y accède par un petit tunnel, encombré des stocks de lubrifiants divers du garage voisin, le long de la route cantonale de Conthey. Et soudain, le grand jour, un coin de paradis! Et gare aux épines des cactus! Les botanistes, archéologues, biologistes et constructeurs de mûrs en pierres sèches qui viennent ici, en restent bouche bée. Et Marie-Bernard sait se faire toute petite ici, face à cette nature qui se veut libre.

En attendant de découvrir ce lieu un rien magique une autre fois, découverte au caveau illustré, de quelques cuvées disponibles du domaine. Actuellement, on en compte pas moins de seize en bouteilles et d'autres sont encore en cuves. Pas moins de trois Fendant sont proposés, un pour chaque appellation et Corbassières, pour lequel il est aisé de trouver une manière de supplément d'âme... Autre cuvée vedette, cela va de soi en Valais, la Petite Arvine 2013, dont Marie-Bernard n'est pas peu fière, surtout parce que c'est le cinquième millésime consécutif qu'elle parvient à la produire sèche. Et ce, malgré le succès commercial des arvines contenant des sucres résiduels flatteurs, sorte de dérive qui atteint désormais les Fendant, y compris ceux que l'on consommait naguère, à la bonne franquette, pour leur perlant inimitable (mais pas toujours naturel). A noter que pour l'arvine, la fermentation malolactique est évitée, alors que ce n'est pas toujours le cas pour les trois Fendant.

006Autre blanc, d'assemblage cette fois, Orpin blanc, avec un duo de petite arvine et d'ermitage (la marsanne en France). Le plus souvent, un premier tri de ces deux cépages, ramassés tôt et pressés ensemble, dans le but de laisser les raisins restants se concentrer, en vue de vendanges plus tardives. Le tout est élevé en barriques. Parfois, la cueillette est si tardive qu'il faut protéger les raisons au moyen de filets. Ce fut notamment le cas pour l'ermitage, en 2010, finalement ramassé en février 2011, élevé en barriques jusqu'au début 2013, histoire de saluer comme il se doit les vingt ans de la cave. C'est la très rare cuvée Ephedra.

Du côté des rouges, l'Humagne 2013, plantée à proximité de la petite arvine et vendangée le 30 octobre, pour une mise en juin dernier, offre une jolie expression sur les petits fruits rouges et noirs. Toujours en cuves, le Cornalin de Sion 2013 sera en bouteille à l'automne, tandis que la Syrah de St Léonard 2013, issue de schistes moins profonds, est dotée d'un beau potentiel, ce qui caractérise globalement le millésime. A noter aussi, une cuvée d'assemblage, Garance, qui réunit chaque année les "soldes" de trois cépages rouges, humagne, cornalin et pinot noir. A noter, de plus, que l'utilisation de SO2 se limite à quelques petites doses à différentes étapes, mais seulement à partir de la deuxième fermentation. Les blancs sont plutôt protégés dès le pressurage.

Jolie série, quoi qu'il en soit, même si le timing du jour (et la raison des voyageurs en automobiles) nous impose(nt) de regagner Sion au plus vite, afin d'apprécier la table de Damien Germanier, qui a ouvert son restaurant au 33, rue du Scex, à l'été 2013, le tout en compagnie du couple Grosjean, ayant délaissé sa bonne ville de Pontarlier pour la journée. Une belle adresse pour une étape gourmande et une formule ouvrant de jolies perspectives, avec notamment une poêlée de chanterelles et de pieds de mouton du Pays aux artichauts, ou encore joue de porc confite et poitrine rôtie, laquées à l'orientale, choux-fleurs rôtis. Et j'évoque à peine le parfait glacé comme une piña colada et le sacristain à la menthe du dessert. Digestion dans les vignes oblige!...

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~ Marc Balzan : Chèrouche, le Valais au naturel ~

Il nous suffisait presque de remonter la côte, pour atteindre Argnou. La route serpente à flancs de coteaux. Une maison vigneronne, construite en 1984, à 504 mètres d'altitude, au bout d'une impasse, le chemin de Brohenne, séparant Chèrouche (sous le rocher, en patois valaisan) et Ste Madeleine, avec vue imprenable sur le coteau sur de St Léonard et la partie orientale de la ville de Sion. Marc Balzan, Français, Savoyard même et Andrea Grossmann, native de la région de Zurich, sont arrivés là en 2010, un peu par hasard. Depuis 2004 et même bien avant, Marc est passé par Genève, pour y être sommelier, puis caviste et enfin, suivre une formation en viticulture et oenologie. Il trouve un emploi dans le canton de Vaud, à Villeneuve, puis chez un vigneron valaisan (Mythopia), parmi les précurseurs en matière de biodynamie et même de vinification naturelle dans la région.

011Très vite, il vient au couple l'envie de produire des vins naturels, ce qui n'est pas sans interpeller dans le Valais. On peut presque parler d'exception! Après avoir compté jusqu'à 2 ha 30 de vignes situées à Fully (pas moins de trente minutes par la route!), Marc a gardé 0,4 ha sur les hauts de cette commune (plutôt des jeunes vignes et de nombreux cépages, lui permettant de proposer de nombreuses "spécialités", selon le terme employé en Suisse viticole), auxquels il faut ajouter 0,7 ha dans son village d'Argnou (Ayent) et notamment le coteau proche de la maison, planté de gamay et de pinot noir, composant la Dôle du domaine, dont on remarquera qu'elle est produite à 12 hl/ha en moyenne, ceci s'expliquant en partie par le fait que les vignes ne sont pas arrosées, même si le vigneron dispose des asperseurs (et paye l'eau qu'il ne fait pas couler!), contrairement aux pratiques de tous ses voisins, qui ne craignent pas les inconvénients de la méthode (sols pentus et ravinés). Pour information, il pleut en Valais environ 400 mm/an, alors qu'à Lausanne, c'est plutôt 1500 à 2000!... Bon an, mal an, il dispose d'environ 26 à 27 hectolitres de vin, ce qui ne l'empêche pas de proposer moult cuvées. A noter qu'il devrait rentrer du Fendant à l'occasion des vendanges 2014, des raisins issus d'une parcelle en bio, produits par deux vignerons installés dans le bas de la combe proche (Voos, selon le nom local), mais non encaveurs à ce jour. Un système que la législation suisse permet sur la base des "quotas" de production. Il est possible d'atteindre un rendement de 1 kg/m², au regard de ses parcelles, or Marc Balzan ne dépasse guère 400gr/m², ce qui lui laisse une marge de manoeuvre pour acheter des raisins. Un système que de nombreux vignerons français verraient d'un bon oeil et qui leur permettrait d'éviter l'adoption de statuts divers et variés.

Il fait presque chaud, malgré l'altitude et nous nous installons à l'extérieur, mais à l'ombre, pour une dégustation quasi exhaustive des cuvées disponibles, voire de quelques indisponibles. C'est un pétillant naturel (comment dit-on pet' nat' en patois valaisan?) à base de merlot, qui nous sert de mise en bouche, apte, qui plus est, à stimuler notre digestion. Type de vin extrêmement rare chez nos voisins suisses.

012Nous passons ensuite en revue les différents blancs, tous issus du terroir de Fully, sur des sols composés de dépôts éoliens (loess) sur fond granitique et d'éboulis calcaire. De très jolis vins, en premier lieu, avec le Chardonnay 2011 (mise en août 2012) ou, dans un autre style, le Chardonnay 2010, dont l'élevage s'est avéré plus long. Désormais, Marc essaie de garder les blancs deux hivers. Il faut noter la particularité de ces cuvées, dont les raisins subissent une petite macération sur peaux. La récolte se déroule vers la mi-octobre, ramassée en caissettes, foulée aux pieds, puis laissée dans un bac (pas plus de 12° dans la cave à cette époque de l'année), pour que "ça grouge toute la nuit"!... Le lendemain matin, pressurage des raisins entiers pendant six à sept heures, d'où ces incomparables arômes de peau et cette légère astringence, voire tanicité. En fait, tous les blancs du domaine suivent le même régime, ce qui leur donne une singularité gourmande et délectable, en même temps qu'un reflet original et une nuance de robe, que ne manqueront pas de remarquer les amateurs, au moment de mettre ces flacons à table, car il faut y voir de très beaux vins de gastronomie.

A suivre, un Sauvignon 2011 de montagne, dans sa plus originale expression. Un sauvignon venu de France semble-t-il, sur une parcelle de 1000 m², où le vigneron ne garde qu'une seule grappe par bois. Au final, guère plus de cent vingt bouteilles (de 50cl) chaque année, ce qui laisse une idée de l'extrême rareté de tels flacons. Le vin se situe à 13,2, soit légèrement au-dessus de la moyenne des degrés, au moment de la vendange, que le vigneron estime aux environs de 95° Oeclsle, soit 12,5°. Notez également que les rendements sont de 11 à 12 hl/ha, soit 400g/m², comme indiqué plus haut.

015Nous découvrons ensuite le Paien (ou savagnin) 2012, qui enchante Olif, celui-ci admettant au passage, qu'il n'a pas de souvenir d'un savagnin valaisan si proche de ceux de son Jura préféré. C'est tout dire!... Très belle Petite Arvine 2012, cépage qualifié de sensible par le vigneron, un écho que l'on perçoit régulièrement, dans la bouche des producteurs locaux. Pas plus de cent litres de vin au final, depuis plusieurs années, d'autant que cette dernière est récoltée après un premier gel. Enfin, découverte de Grisgris 2011, un pinot gris structuré et intense, qui a mis du temps à se faire, mais qui s'exprime joliment et longuement. Le "Vin de Noël" selon Marc, une cuvée qui vaut tous les cadeaux de fin d'année et qui mérite une belle gastronomie elle aussi. Enfin, Disette 2012, un subtil trio de pinot gris, de chardonnay et de sauvignon assemblés au pressoir, vignes travaillées par le propriétaire, ne dépassant pas 10 hl/ha et vendange vinifiée et élevée par Marc.

La série des rouges se révèle tout aussi passionnante. En premier lieu, la Dôle 2011, élevée depuis peu, par le vigneron, au rang de "cru monopole Ste Marie-Madeleine", du nom de la chapelle toute proche, rejoignant ainsi les Romanée Conti, Coulée de Serrant et autre Château Grillet!... Place à l'humour!... Suivent, le Pinot noir Le Clos 2011, la Syrah Persane 2011, puis enfin le Merlot Grand Raye 2010 et 2011, montrant tous une belle pureté d'expression, une capacité d'évolution intéressante et donnant la sensation de disposer là de la quintessence de cuvées fidèles à chacun des millésimes. On imagine aisément ce que pourrait donner une dégustation verticale de chacun de ces vins. D'ailleurs, le vigneron d'Argnou aime bien, lui aussi, consulter ses archives!...

Un micro-domaine, dont il convient de découvrir le travail. Marc Balzan démontre au passage à quel point il faut construire une gamme, mais surtout qu'il est passionnant de faire avec la matière dont on dispose chaque année. Vouloir nécessairement trouver un style et chercher à le garder, années après années, comporte le risque d'engendrer une forme de monotonie, même si les amateurs se reconnaissent parfois dans une soi-disant typicité, ou la "patte" du vigneron. Pas de doute, la richesse, même en matière de dégustation, est dans la diversité.

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~ Olivier Pittet : investigations au Vieux Pays ~

Pas le plus connu des vignerons-encaveurs de Fully, c'est une certitude, mais certainement un des plus passionnés! Olivier Pittet n'est pas valaisan d'origine, mais il est installé du coté de Martigny et à Fully depuis plusieurs années. C'est aussi plutôt quelqu'un sachant rester sur la réserve, qui fut avant tout amateur de vin et de dégustation, partageant volontiers ses impressions sur les forums dédiés aux vins, apparus sur Internet, au début du troisième millénaire. Peut-être, certains de ses interlocuteurs se sont parfois amusés, lorsqu'il évoquait l'idée et son envie de trouver quelques parcelles et de produire de jolies cuvées. Mais, c'était sans compter son abnégation, portée par une véritable passion pour la vigne.

024Son premier millésime est officiellement 2006, même s'il disposait de quelques parcelles dès 2004, mais pour le moins dispersées, sur les coteaux (parfois hauts et pentus!) de Fully. Au total, actuellement, 6500 m² de vignes. Nous découvrons un ensemble de 2300 m², un peu au-dessus du coeur du vieux village, qu'il a pu réunir par trois achats successifs. C'est la première forme d'investigation qu'Olivier a organisé au fil des premières années, afin de rechercher des parchets parfois ceints de murs proches des siens.

Ici, les rendements peuvent être importants, puisque les gobelets à la valaisanne sont plantés à 17000 pieds/hectare au bas mot, système qu'Olivier trouve idéal pour ce qui est de l'insolation, malgré qu'il soit dispendieux en main d'oeuvre et qu'il convient de juguler les vignes. Les sols des parcelles du vigneron de Fully sont enherbés (malgré l'inconvénient de la concurrence sur les très jeunes plans) et l'herbe tondue, sans que les sols ne soient travaillés, d'une part parce qu'il n'est pas équipé, mais aussi pour préserver la pente naturelle. Inconvénient de taille, nous sommes là dans une zone qui subit des traitements par hélicoptère, pour lesquels Olivier ne désespère pas d'obtenir le non survol de ses parcelles, du fait de la surface qu'elles représentent désormais. Notez que depuis peu, ce mode de traitement utilise des produits homologués en bio, sur pas moins de 45 ha environ, dans la région de Fully.

Dans la partie que nous parcourons, Olivier Pittet s'est empressé d'arracher le pinot noir existant pour planter de la durize, un cépage rouge, spécialité de Fully et Leytron notamment, qui lui donne bon espoir de proposer des cuvées originales dès l'année prochaine 2015, peut-être dans l'esprit de ce qu'on appelait naguère le "rouge de Fullly". Dans la parcelle voisine, le vigneron procède par surgreffage. Dans quelques temps et pour certains cépages dès 2014, la gamme s'appuyant actuellement sur chasselas, gamay, arvine, ermitage et pinot gris, sera complétée par de la durize donc, mais aussi du païen et de la syrah.

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Autre aspect de la passion du vigneron, celle-ci faisant de lui une sorte de Sherlock Holmes des vignes, sa recherche assidue de la grosse arvine. Pour cela, il a arpenté toutes les vignes de Fully dès 2008, pour constater que, pour les producteurs locaux, ce cépage quasi endémique était considéré comme passé par pertes et profits de la viticulture moderne. Certes, quelques survivants, sous forme de treille le plus souvent, étaient encore identifiables, mais personne n'imaginait que cette variété participait, même modestement, de la réputation des vins valaisans. Au terme de cette période de prospection, Olivier Pittet identifie une soixantaine de pieds, parfois dans des parcelles de petite arvine. Il informe alors les instances locales, certain que chacun des responsables voudra soutenir la renaissance d'un tel patrimoine, mais cela ne viendra que plus tard (2012), après la parution du livre de José Vouillamoz et Giulio Moriando, Origine des cépages valaisans et valdôtains, qui déclenchera alors, l'intérêt d'un groupement de vignerons. Mais, entre temps, en 2010, Olivier a arraché une vigne de chasselas et planté de la grosse arvine, dont il avait fait, de sa propre initiative, multiplier les plants par un pépiniériste, non sans obtenir une autorisation spéciale, puisque la variété n'apparessait plus au catalogue des cépages locaux!... Quatre ans plus tard, le vigneron de Fully s'apprête à valider le fait qu'il soit bien le nouveau pionnier en matière de grosse arvine, en vendangeant ses premières grappes. Dès 2015, les tout premiers flacons ne manqueront pas d'interpeller ses congénères et certainement les amateurs de vins du Valais.

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Vu la météo du jour, nous préférerons la petite terrasse sous la tonnelle à tout autre carnotzet (le caveau de dégustation, en patois valaisan), afin d'apprécier quelques cuvées du domaine. Tout commence par un beau Fendant 2012, "passé par un vieux pressoir vertical que j'aime beaucoup, dans le sens qu'on a la matière à bout de bras... même si c'est parfois laborieux avec quelques rebêchages..." Élevage à suivre sur lies fines pendant un an, mise en bouteilles sans filtration, non chaptalisé bien sur, levures indigènes uniquement. Un peu l'antithèse des vins de ce type dans la région.

019Belle Petite Arvine 2012, assemblage de trois parcelles situées dans des secteurs différents, pressurées en grappes entières, très peu de debourbage, levures indigènes. Longue fermentation jusqu'en février, très loin des habitudes souvent express du Valais. "J'ai eu la chance de l'obtenir sèche, ce qui n'est pas évident avec ce cépage capricieux, tant à la vigne qu'au cours des vinifications. Ici, la malo est faite." Élevage en barriques usagées qui viennent de chez sa voisine, Marie-Thérèse Chappaz. Olivier y trouve une légère marque du bois, mais c'est somme toute très relatif.

Le troisième blanc, c'est Ocres 2012, dont la teinte et les reflets suggèrent un pressurage de rouge. En fait, un assemblage de 30% de gamay pressuré, de la marsanne (ou ermitage), du pinot gris et un peu d'arvine et de savagnin (ou païen). Très joli vin, sorte de passetoutgrain, comme le suggère Olif!... Dans un registre aromatique très original, avec une belle richesse. L'élevage en fûts apporte du volume et une belle longueur, que le gamay et l'arvine tendent à dynamiser. Des vins d'un très beau millésime, indiscutablement, et Olivier précise que 2013 est de la même veine. Le pays a été largement épargné, vis à vis d'autres vignobles européens. Les maturités étaient très tardives, mais la patience fut récompensée. Du côté des rouges, le seul Gamay, que l'on peut découvrir dans les millésimes 2012, puis 2010, en attendant durize et syrah à venir. Le plus souvent, 100% gamay, si ce n'était quelques grappes de cépages blancs. Encore une très belle personnalité et un beau dynamisme en bouche.

Une belle découverte donc, que ce vigneron sensible et attentif à son environnement, ce qui s'explique aussi par sa formation en agrobiologie, dans le cadre de ce qui est l'équivent de l'INRA en Suisse, puis par son passage dans une école d'ingénieurs en gestion de la nature. S'installant en Valais, ce genre de postes étant largement comblés, il a finalement trouver un emploi dans le tertiaire, à Martigny, où un aménagement du temps de travail, du type temps partiel annualisé, lui permet de faire face aux différents travaux de la vigne et du vin.

Au final, pour une même journée, trois approches pour une même viticulture régionale. Des approches différentes, même si les sensibilités des uns et des autres suivent certains fils identiques. De toute évidence, ces encaveurs proposent les vins qu'ils aiment, même s'ils n'ont pas le même vécu et le même recul, démontrant là, à eux trois que la sincérité et les convictions nous entraînent, nous autres amateurs, sur des chemins passionnants, de par leur variété. La diversité prouve encore que la volonté de certains, de tenter d'uniformiser, ne serait-ce que leur propre production, millésimes après millésimes, n'est pas l'option dont on rêve, verre en main. Mais, nous sommes bon nombre à le savoir déjà...

24 août 2014

François Aubry, La Fontude, à Brénas (34)

Quelque part, au bout du monde!... Brénas, petit village de cinquante âmes, porte d'entrée au levant du Haut-Languedoc. 450 mètres d'altitude en moyenne, beaucoup plus de brebis et de moutons que d'habitants, des châtaigniers, des céréales, des grands espaces... Nous avons rendez-vous avec François Aubry, au Mas Blanc. Dans le paysage, on aperçoit parfois les ruines d'anciens châteaux : Malavieille, Lauzières... Ces derniers servaient de péage, coupant la vallée en deux, entre le diocèse de Béziers et celui de Montpellier, découpage toujours en vigueur de nos jours. Entre Octon et Mérifons d'une part, où l'eau était rare et Brénas d'autre part, avec ses bonnes terres et ses grands domaines. Jadis, ce dernier village était riche, avec moutons, châtaignes et céréales diverses. Un peu le pays de cocagne, vis-à-vis de ses voisins, connus surtout pour leurs terres à moutons, exploitées pour satisfaire l'industrie lainière de Lodève et la manufacture royale de Villeneuvette, près de Clermont l'Hérault. Tout ça avant que le lac de Salagou n'inverse peut-être la tendance de nos jours...

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François Aubry a rencontré sa compagne, Sophie Valin, sur le campus de la faculté de Montpellier. Lui est originaire du Centre et c'est l'environnement, la gestion des espaces naturels qui l'intéressent alors. Elle, parisienne, aspire à devenir vétérinaire. Diplôme en poches, ils passent par la Tunisie d'abord, puis la Bretagne, dans la presqu'île de Rhuys. Mais, avec un père bourguignon et une mère alsacienne, François a la vigne dans ses gènes, ou du moins dans la tête. Sophie souhaitant d'autre part se rapprocher de ses parents, venus s'installer dans la région, à l'heure de la retraite, ils prennent la direction du Languedoc.

En 2003, ils saisissent donc une opportunité de changer d'activité... et de région. Ils créent La Fontude. Le projet, sur une trentaine d'hectares, comprend la gestion d'une forêt, l'élevage de brebis et la production de vins issus de l'agriculture biologique (qui deviendront "naturels" très vite), en récupérant quelques parcelles de vignes. La vingtaine de brebis, toujours en plein air, participant à l'entretien de l'ensemble, notamment par l'apport de fumures indispensables, avec deux postulats de base : des animaux pour les vignes (récupérées en chimie pure et dure!) et pas de tracteur.

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Côté vignes, au début, guère plus de 1,5 ha, pour atteindre 5 ha aujourd'hui. Pour la plupart, des vieilles vignes (il y en a beaucoup à vendre en 2003, début de la crise viticole, quand les coopérateurs se maintenant tant bien que mal, restructurent leurs domaines et cèdent les vignes les moins productives, ou celles qui sont en Vin de Pays), certaines plantées en 1980 (grenache), voire en 1957, après le grand gel de 1956, pour d'autres et le plus souvent des cépages tels qu'aramon et terret bourret, voués à l'arrachage primé et destinés aux transferts de droits, pratique peu connue, mais assez active en Languedoc-Roussillon. Pour information, le système, quelque peu pervers, prévoyait au début des années 2000, des primes de l'ordre de 9000 euros/hectare pour arracher les parcelles, mais avec l'obligation de replanter cinq ans après. Bien sur, la replantation n'intervenait que rarement, faute de trésorerie suffisante à la date voulue et c'est là qu'interviennent les courtiers en droits, proposant notamment des transferts de ceux-ci vers le Bordelais!... Parfois, les nouvelles plantations étaient aussitôt cédées à vil prix. Pour illustrer l'évolution du vignoble de la région, en Terrasses du Larzac, reconnues officiellement par l'INAO depuis le 26 juin dernier, il y avait en 1993, à Octon, quarante-cinq coopérateurs et aucune cave particulière, alors qu'aujourd'hui, on dénombre dix domaines "indépendants" et moins de dix alimentant la coopérative.

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Le Mas Blanc, c'est un vieux hameau, daté du XVIIIè siècle pour l'essentiel, mais bâti sur des constructions apparues au fil des siècles et ce, depuis le XVè sans doute. Une des difficultés principales, pour ceux venus s'installer dans la région, c'est de disposer de locaux adaptés. Ainsi, pendant deux ans, les vinifications se déroulent à bonne distance, dans une vieille écurie qu'on leur prête et ce jusqu'en 2005, année de la construction d'un bâtiment aux mûrs assemblés de bottes de paille, sur un proche terrain acheté, par chance, avec la maison.

Au début de l'aventure, les vignes sont toutes situées sur Brénas et Mérifons, dans le bas de la vallée. Petit à petit, les parcelles et la surface sont devenues plus importantes sur Octon. Ceci s'expliquant notamment par les années plus sèches (2003 à 2007) et la particularité de cette zone du Salagou, la seule en France où l'irrigation est autorisée en AOC, pour des vignes en production. En effet, celles-ci sont plantées sur des plateaux, d'anciennes terrasses volcaniques, sur un sol de galets de basalte, d'un à dix mètres d'épaisseur et sur un sous-sol de ruffe, selon le terme local, qui donne à la terre sa couleur rouge. La plante ne pouvant trouver d'eau en profondeur, les vignerons et les maraîchers du site, sur une soixantaine d'hectares en bio, peuvent utiliser les différentes méthodes d'arrosage, du goutte à goutte au matériel divers d'aspersion, depuis que le lac existe, soit une quarantaine d'années. François Aubry use pour sa part d'asperseurs qu'il déplace pendant la nuit le plus souvent, provoquant l'équivalent d'orages (30 à 40 mm en douze heures), pendant la période du 14 juillet au 15 août, comme c'était souvent le cas naguère.

050Si les vignes sont en bio et enherbées depuis le début, il leur a fallu six à sept ans pour trouver leur équilibre et mieux se défendre des maladies. Une part d'herbe reste pendant l'été, mais les sols sont griffés au moyen d'une chenillette, plutôt que résolument labourés. Depuis l'hiver dernier, notez le passage progressif à la traction animale, sur certaines parcelles, grâce à un voisin et ami produisant par ailleurs de la spiruline (pionnier en France et leader européen en la matière!), passionné par le travail des chevaux. Deux jeunes femmes se sont également installées dans la région depuis peu, afin de proposer cette sorte de prestation, mais il s'avère que le travail des ruffes est parfois compliqué. Ce sont ce qu'on appelle ici des "terres du dimanche", dans le sens qu'elles sont parfois trop mouillées le samedi et trop sèches le lundi, mais qu'il n'est pas aisé de demander à un prestataire d'intervenir lors de son repos dominical!...

La dégustation nous permet d'apprécier les cuvées dans les millésimes 2012 et 2013, 10è et 11è vendanges, les deux plus belles années, de l'aveu même du vigneron - qui ne craint pas d'être taxé de producteur anachronique dans le contexte national - tant en qualité qu'en quantité et ce, depuis son installation. Jour de Fête 2013, 100% terret bourret planté dans ce secteur du Salagou, appelé Clos de l'Arnède par les coopérateurs locaux. Un hectare dans une zone partagée avec le Mas des Chimères, de Guilhem Dardé, dont 50 ares dédiés à la production de foin. Avec ce cépage, François Aubry atteint ce qui lui semble un rendement apportant les qualités et l'équilibre voulus au vin final, grâce à des vignes plus généreuses, lui permettant de presser moins fort. A titre de comparaison néanmoins, ce sont environ 2,5 tonnes de raisins qui sont ramassées ici, alors que le viticulteur précédent, sur la même parcelle, atteignait les sept tonnes!...

Une autre parcelle de terret compose la cuvée Amarèl, avec une majorité de carignan cependant, le tout assemblé en raisins et subissant une vinification traditionnelle. Foulé, égrappé, macération d'une semaine, écoulé et passé en barriques, dans lesquelles se déroule la fin de fermentation. Les jus restent sur les lies, parfois, un soutirage est nécessaire. Selon les années, léger sulfitage, tout comme pour le blanc (10 mg à la mise), même si en 2013, les deux cuvées ne seront pas sulfitées. Un très joli équilibre obtenu par un élevage, tendance oxydative, en demi-muids de plusieurs années, entre le carignan volontiers réducteur et le terret. Une association qui semble bien plaire au vigneron, au point qu'il ajoutera sans doute un peu de grenache au duo, lors des prochaines vendanges.

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Entremonde 2012 à suivre, là encore un assemblage en raisins et égrappé, avec 50% de carignan, plus de l'arramon, du grenache et un peu de cinsault. Les deux premiers sont assemblés dans une cuve, puis un peu de jus du cinsault et le grenache pour finir. Macération de quatre à six semaines selon les raisins et l'année. Toute l'expression d'un terroir, les deux premières parcelles achetées dans le fond de la vallée, avec une tendance associant des arômes floraux et balsamiques, sorte de typicité d'un sol composé de galets de grès rose et de quartz, un peu comme en Alsace, par exemple.

Enfin, une parcelle de cinsault, parfois en macération carbonique, toute entière dédiée à la cuvée Fontitude. En 2013, une petite proportion de grenache et de carignan est associée au "pinot languedocien".

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François Aubry est pour beaucoup d'amateurs, un chantre des vins naturels. Mais aussi, quelqu'un qui sait où il va, composant cependant avec la nature et les éléments. Pour lui, tout est question d'équilibre et sur ses étiquettes, il n'a pas oublié d'apposer le portrait d'une de ses brebis. Équilibre de l'écosystème, équilibre dans sa vie, entre la vigne et le vin d'une part, la faune et la flore d'autre part, le tout se connectant. Cette forme de polyculture, que d'aucuns ont déjà adoptée, comme Ludovic Engelvin, à Vicq le Fesc et à laquelle d'autres aspirent, tel Benoît Danjou, à Espira de l'Agly. Bien connu de nombreux cavistes parisiens, davantage que dans sa propre région, si ce n'est la Cave St Martin, à Roquebrun ou au Chai Christine Cannac, à Bédarieux (il a vendu quelques quilles à Montpellier, alors qu'il était déjà présent dans moult wine bars à Tokyo!), notez qu'il fréquente aussi peu de salons et plutôt ceux qui réunissent la face nature des vins. Si vous séjournez dans la région, vous pouvez aussi lui rendre visite, en toute simplicité, ou le croiser, chaque jeudi soir de l'été, sur le marché d'Octon, aux côtés d'autres vignerons du cru d'ailleurs, comme Guilhem Dardé ou encore Graeme Angus. Au Salagou finalement, il y a tout!...

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09 août 2014

Frédéric Porro et Stéphanie Ponson, à Argelliers (34)

Au moment de partir en vacances, une conversation téléphonique permet à Vincenzo Schipani, vino-pro-am calabrais bien connu, de l'Ardèche au Ventoux et au Pic Saint Loup, de me faire quelques suggestions de visites, à l'occasion de notre séjour en Languedoc. Des noms connus, parfois déjà listés et d'autres moins. De ceux pour qui la discrétion reste une constante au quotidien, additionnée d'une part non négligeable d'humilité, au regard des difficultés du métier de vigneron et d'une expérience accumulée au fil des ans et des vendanges. Même si, en l'occurrence, Stéphanie Ponson et Frédéric Porro essaient de pratiquer, chaque année, des mini-vinifications "laboratoire", afin d'accumuler du vécu en accéléré, agrémenter la consommation familiale et amicale (sans nécessairement que les amis deviennent des cobayes!) et contribuer à développer le Mas des Agrunelles, l'entité viticole que le couple a véritablement en commun.

016Comme d'autres accidentés de la vie, le quotidien de Frédéric Porro a basculé le jour d'un crash en moto, en 1984. Lui qui courrait et survolait les terrains de moto-cross de France et de Navarre, s'est retrouvé un jour dans un fauteuil roulant, cherchant à contrer ce destin et à rester maître de sa vie. Changer de cap, faire face, remonter la pente en quelques sortes. Dans les années 90, il s'intéresse aux vins, surtout en tant qu'amateur et déguste beaucoup de cuvées du Languedoc et de la Vallée du Rhône, par proximité si l'on peut dire, puisqu'il a vécu vingt-sept ans à Rochegude, commune voisine de Suze la Rousse. Ces diverses dégustations finissent par le laisser perplexe, tant il a l'impression de se trouver en présence de vins souvent alcooleux et très extraits, fruits d'une mode éphémère, comme il en apparaît de temps en temps. En 1999, il décide donc de suivre une formation viti-oeno et cherche au final à s'installer... mais sans vigne!...

Hasard du destin, il découvre un jour une carte météo diffusée par l'ACH 34, Association Climatologique de l'Hérault. Cette carte montre notamment les variantes thermiques pour le département. Or, le village d'Argelliers se situent au coeur d'une sorte de goutte froide qui, entre Pic Saint Loup et Aniane, offre des conditions quasi bourguignonnes.

Carte meteo

Pour résumer, il y pleut un peu plus qu'ailleurs, du moins vis à vis des environs immédiats et il y fait plus froid, avec des amplitudes thermiques très importantes entre le jour et la nuit. En effet, cette petite région se trouve à l'abri, tant du mistral que de la tramontane et les brassages d'air sont rares. Ainsi, en 2013, deux parcelles ont gelé le 28 mai!... D'ailleurs, on ne trouve ici ni oliviers, ni fruitiers, c'est dire!... Quelque peu atypique pour le Languedoc!... Sur le papier, c'est peut être tentant, mais l'histoire de la viticulture locale démontre que cela peut ressembler à un véritable défit. Dès les premières années de crise, c'est ici que furent arrachées les premières vignes, pour cause de rendements insuffisants pour les caves coopératives. Pour l'essentiel donc, une garrigue boisée sur du calcaire et des argiles, avec quelques parcelles dispersées, des petits îlots de cinquante ares à un hectare. La maison est une ancienne bergerie au bord d'une draille, au milieu d'une terre à moutons et à charbon de bois. Rude!...

015L'installation de Frédéric Porro remonte à 2000, avec pour objectif de proposer des vins buvables, faciles d'accès, sans être standardisés et issus d'une sélection de terroirs intéressants. Autres orientations : pas de macération carbonique, peu de sulfites sur les blancs et des vinifications sans sulfites pour les rouges. Quelques risques donc et parfois des volumes perdus, comme en 2009 et 2012, ou pour ce rosé 2013, qui leur échappe.

Pour avoir le statut d'agriculteur, il doit obéir à quelques exigences et acheter des vignes engagées en cave coopérative. Il n'en a pas moins pour objectif de produire une cuvée d'exception, La Marèle, qui aujourd'hui, mobilise 4 ha 30 de vignes de cépages divers.

De son côté, Stéphanie Ponson a travaillé notamment chez Didier Barral, avant de reprendre le domaine familial en 2004, le Mas Nicot, dont huit hectares sont destinés à une production en bouteilles en cave particulière, alors que les quatorze autres approvisionnent le négoce local. Frédéric arrache quelques arpents, replante ailleurs et finalement, au cours de ces premières années, multiplie avec sa compagne, ces fameuses expériences de vinifications, dans quatre ou cinq petites cuves, leur permettant d'acquérir un indispensable vécu, au moment d'arrêter quelques choix. En 2005, toutes les vignes sont sorties de la coopérative et peu de temps après, le couple créé une Sarl, principalement pour des raisons légales, le Mas des Agrunelles, sur un ensemble de 17 ha. Au début, deux cuvées sont proposées : une 100% carignan et une autre sur la base de l'AOC. Puis, petit à petit, quatre rouges vont composer la gamme : le premier 100% cinsault, le second 100% carignan, un troisième en AOC encore (syrah, grenache et carignan), plus un Vin de Pays, pour lequel du cabernet sauvignon complète l'assemblage précédent.

012

La gamme est complétée par des blancs, dont Barbaste 2012 (gelée blanche en occitan), qui réunit de la roussanne issue d'une parcelle très calcaire, de la marsanne sur argiles gélives et du chardonnay sur une zone calcaire subissant souvent le gel également, malgré une taille tardive, fin avril. Pour ce dernier cépage, une partie des jus est fermentée en barriques. Autres blancs, Fleur Blanche, mais surtout Camp de Lèbre 2011, un pur carignan blanc, fermenté et élevé en cuve uniquement, avec une jolie matière dynamique à souhait. Une plantation assez récente, avec des bois trouvés à Faugères, Brignac, près de Clermont l'Hérault ou chez Xavier Ledogar, le tout dans des sols sur calcaires jurassiques, parcourus de petites failles comblées par des marnes ocres, assez riches et typiques des sols de garrigue du secteur. Du côté Mas Nicot, deux blancs encore, avec, en plus d'une première entrée de gamme, la cuvée La Valière 2012, 100% viognier, restituant joliment un terroir très frais à base d'argilo-calcaire plus profond. Pas plus de 11,5° à 12° en moyenne, un pH assez bas, mais une acidité totale élevée et surtout une expression originale, nuancée et délicate, qui ne cherche pas à copier les viogniers du Rhône. Particularité de la parcelle, elle est complantée avec du cinsault. En effet, dans les années 80, une tentative de surgreffage de ce cépage en viognier n'a pas été totalement couronnée de succès et, avec le temps, les deux variétés voisinent sans difficulté, mais sont vinifiées séparément.

013Le pendant rouge de La Valière, c'est la cuvée Les Mauves 2012, du cinsault vendangé en caissettes, éraflé (presque toujours), encuvé chapeau fermé. Un pigeur pneumatique dont on use délicatement et peu de remontages. Les fermentations durent +/- trente cinq jours. Objectif : permettre au raisin de s'exprimer et au terroir de restituer son originalité.

A suivre, une cuvée 100% carignan, Cariño 2011, puis Les Hauts de Perry 2010, pour le Mas Nicot, avec une dominante de syrah venant d'un plateau, plus grenache et mourvèdre, ce dernier d'une vigne orientée plein sud, mais nettement plus bas en altitude. Enfin, le haut de gamme de Frédéric, La Marèle 2010, une cuvée limitée à environ trois mille bouteilles et un assemblage de syrah, carignan, un peu de cabernet sauvignon et sans doute du mourvèdre un jour. Élevage en barriques de douze à treize mois, puis soutirage progressif des contenants, l'ensemble étant élevé en cuve pendant un an avant la mise et conservé en bouteilles. Le tout vient de parcelles sur calcaire pur, avec des expositions nord ou nord-ouest, d'où une sensation de fraîcheur s'appuyant sur une acidité soutenue.

Une gamme très large donc et pas moins d'une douzaine de cuvées bien positionnées, sur un total de 28 ha dont se chargent trois personnes, y compris Frédéric, grâce à un tracteur adapté et un fauteuil quatre roues motrices, pour quelques travaux en vigne. Ce dernier admet volontiers une expérience relative, sans vécu familial, mais il essaie de composer avec son organisme et sa sensibilité, qu'il tente de garder en éveil tout au long des saisons. Pour lui, il vaut mieux s'imprégner du vent, des senteurs qu'il véhicule, de la texture d'une terre, de la faune locale, de la chaleur d'une journée d'été, plutôt que de chercher à imprimer sa patte sur des cuvées si diverses soient-elles. Cuvées qu'il souhaite équilibrées et cohérentes, au travers d'assemblages de duos cépages-terroirs, en évitant une quelconque "marque Porro", comme on le dit parfois de célèbres vignerons rhodaniens, partis sous des cieux lointains, pour faire triompher un supposé style apprécié du plus grand nombre.

En quelques années, Stéphanie et Frédéric progressent sur tous les points qui leur semblent importants. Ils font face et apprennent de tous les excès de la météo, comme les 400 mm de précipitations lors des vendanges 2002, ou les millésimes pluvieux comme 1999 et 2004. Ils ont toujours en tête cette carte agro-climatique à l'échelle de Winkler, qui est un peu à l'origine de la création du domaine et qui, au final, leur donne beaucoup d'espoirs. Bien sur, tout n'y est pas inscrit, autrement qu'en filigrane peut-être, sur le contenu des millésimes et des années. Il y aura encore des 2013, avec ses vingt sept jours consécutifs de vendanges et la cueillette des carignan blancs et ugni blancs repoussée au 28 octobre!... Mais, ils semblent avoir trouver tous les deux un chemin dans la garrigue leur permettant d'avancer. Ils n'ont guère l'habitude de recevoir des visiteurs de passage, mais vous pouvez sortir des sentiers battus du Languedoc, d'autres étiquettes et d'autres parcelles de vigne, arrachées à la nature environnante, vous y attendent.

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30 juillet 2014

La Paulée de l'Anjou noir : 3è édition façon 4G!...

Non, il ne s'agit pas de faire la promotion d'un quelconque opérateur téléphonique, mais, à l'occasion de ce troisième rendez-vous angevin autour des vins de l'Anjou noir, la journée était placée sous le signe de la lettre G. Non, pas du point G (comme Gräfenberg, qui est aussi un cru réputé du RheinGau, où l'on trouve un rieslinG très apprécié du Domaine Robert Weil)! J'en connais qui ne manqueront pas de poser la question!...

Pas eu le temps de vérifier donc, lequel des fournisseurs d'accès de notre paysaGe cuivroptique était le plus performant à Savennières (même si j'ai ma petite idée sur la question, que je ne rendrais pas publique, au risque de pratiquer une forme de délit d'initié!) mais, en ce 28 juillet (que nous n'écrirons pas avec un G pour cette fois), il y avait donc au moins quatre G dans notre paysaGe et un peu plus de quatre vins.

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FiGurez-vous, qu'en ce mois de juillet 2014, Savennières, désormais élevée au ranG de Petite Cité de Caractère des Pays de la Loire (où les habitants n'en manque pas, dit-on parfois!), célèbre le 800è anniversaire de la bataille de La Roche aux Moines (ses cuvées valent bien de livrer bataille, selon les viGnerons du cru!), dont le déroulement, le 2 juillet 1214, ressemble un peu à un remarquable coup de bluff (terme que nous empruntons à nos désormais amis anGlais), tenté et réussi par Guillaume des Roches (le premier G du jour), Sénéchal d'Anjou qui, en quelques heures, apporta à Louis, fils du roi de France, le renfort de quatre mille hommes, à la veille du combat, ce qui suffit à Jean sans Terre, roi d'AnGleterre, pour prendre la décision de fuir pendant la nuit et repasser la Loire sans combattre, abandonnant ses lourdes machines de sièGe, destinées à prendre d'assaut les places fortes. Ce qui ne manqua pas d'avoir des conséquences positives pour le royaume de France, sur le déroulement de la bataille de Bouvines, quelques jours plus tard. C'est un peu comme si huit Chabal composaient le pack français, mettant en fuite celui du XV de la Rose!... Mais, PSA est-il Philippe AuGuste?... Palsambleu!...

008   005   011

Foin de diGression et revenons à nos moutons!... L'un des maîtres-mots de la journée, c'est Géologie, le second G, chacun l'aura compris. Il faut dire que les orGanisateurs de ces Paulées annuelles peuvent compter sur l'amicale participation de celui qu'on pourrait surnommer le Génie anGevin des roches, à savoir Fabrice Redois, GéoloGue et maître de conférence à l'université d'AnGers, qui n'a pas son pareil pour vous faire aimer les cailloux. Il n'est pas rare qu'il vous incite à passer sur votre joue, une pierre ramassée sur le chemin, afin de vérifier qu'elle n'est pas coupante ou à utiliser votre salive, afin de mieux apprécier ses teintes, sa brillance ou sa face polie.

012   013   014

Avant que nous ne quittions les berGes de la Guillemette, le bras de la Loire séparant l'île de Béhuard du Closel, il nous précisa donc que l'unité de terroir que nous allions découvrir était communément appelée l'unité de St GeorGes sur Loire. Au passaGe, il ajouta que notre première étape nous conduirait à l'éGlise de Savennières, "l'une des plus anciennes de l'Anjou", selon la méthode adoptée par nombre de GéoloGues, de rechercher les monuments les plus anciens d'un lieu ou d'un villaGe, afin de saisir quelques informations, Grâce aux matériaux utilisés pour leur construction, fût-elle très ancienne. En quelques dizaines de mètres, la troupe composée d'une centaine de personnes déambula jusqu'à la petite place, avec en main, son document de rando, comprenant notamment une carte des faciès GéoloGiques des appellations locales.

017   015   016

Quittant le villaGe et prenant pied sur le GR3e (le troisième G du jour, pour cette matinée de randonnée), chacun prenait son rythme, en s'attachant à identifier les Grès schisteux du chemin, à moins qu'il ne s'aGisse de schiste Gréseux!... Il s'en est fallu de peu que nous n'ayons à faire à du métaGrauwacke, comme sur la rive gauche!... Ce chemin est bordé par un très beau mur de pierres de schiste, dont il convient d'évaluer la Granulométrie, afin de classer définitivement les échantillons. Indiscutablement, une phase où l'oeil d'un expert est indispensable. Sur la droite du chemn, dans la pente, n'oubliez pas de contempler l'affleurement de feuillets de schiste, ou schistes ardoisiers, forme la plus connue de cette roche, souvent amie de la viGne pour sa structure permettant aux racines de plonGer plus profondément.

018Nous finissons par GaGner le plateau, qui se définit comme tel, selon Fabrice Redois, notre Guide du jour : "Un plateau, c'est plat et c'est haut!" Irrésistible, cette définition! Sous nos pieds cependant, une terre plus léGère, une des composantes essentielles des terroirs de Savennières : les sables éoliens, particulièrement identifiables dans cette parcelle proche, désherbées avec application par un viGneron dont nous tairons le nom!... Nous apprenons au passaGe que ces sables étaient donc transportés par le vent, lorsque la réGion se situait dans un désert Glacial, voilà quelques centaines de millions d'années, permettant parfois aux roches locales d'être polies, presque vitrifiées, comme il est parfois permis de le constater.

Ayant atteint le sommet, à quelques 65 m d'altitude (alors que la bourGade se situe à 17 m, bel effort!), nous passons au moulin du Gué (le quatrième G), dont nous apprenons que l'orthoGraphe ne semble pas adapté. En effet, un Gué est en principe destiné à franchir une rivière, en bas d'une pente, or, comme nous sommes sur une hauteur, la bâtisse devrait plutôt s'appeler le moulin du Guet, maison du Guetteur surveillant la contrée, celle-ci étant d'ailleurs parcourue, pendant les Guerres de Vendée, par des troupes tantôt bleues, tantôt blanches. Et ce sont justement les ailes des moulins qui, par leur position donnée par le meunier, siGnalait la présence de troupes ou la nécessité de se rassembler. Comptions-nous, en cette journée et parmi les visiteurs, des descendants de quelques Chouans?... Allez savoir!...

Sitôt passé le moulin, nous pouvions au moins faire une halte, afin de nous abreuver d'un verre d'eau (certains faisant remarquer qu'un verre de Savennières eut été apprécié!), arrêt de quelques minutes qui nous permettait de converser avec Jacques Auxiette, Président de la réGion des Pays de la Loire, ne pouvant que conforter les orGanisateurs, dans leurs tentatives pour promouvoir les vins du cru et, en même temps, fédérer les viGnerons de l'Anjou noir. Il confiait au passaGe être amateur de vin à ses heures et surtout avoir une épouse, pour qui Savennières n'avait aucun secret!...

019La déambulation nous ramenait au Château des Vaults à travers quelques viGnes, appartenant au Domaine du Closel. Evelyne de Pontbriand expliquait d'ailleurs que la parcelle côté villaGe avait nécessité plusieurs traitements cette année et en réclamait un autre prochainement, alors que celle située de l'autre côté du chemin, destinée à être arrachée dans les prochaines semaines et donc non traitée, ne montrait pas la moindre trace de mildiou!... Oh, raGe!... Franchissons la passerelle pour observer d'autres affleurements de schiste, traversons le jardin (Garden, grâce à une efficace traduction simultanée, pour tous ceux venus d'Outre-Manche et les anGlo-saxons présents!) et il ne restait plus qu'à apprécier la soixantaine de vins proposés à la déGustation, par une petite trentaine de domaines, séance apéritive pour le moins intéressante, avant le repas servi autour de cochons Grillés dans le sous-bois et sous des toiles préservant les visiteurs des fortes averses, qui survinrent, coups de tonnerre compris, en ce début d'après-midi!...

Un survol rapide, verre en main, mais quelques échantillons bien appréciés, comme la cuvée Ephata 2012, du Clos de l'Elu, du chenin élevé huit mois en amphores, puis sept mois en cuve, un type d'élevaGe qui pourrait en inspirer d'autres dans la réGion... Mais encore, Les Zersilles 2010, de Patrick Baudoin, ce dernier rappelant à l'occasion, l'existence confirmée depuis quelques mois d'un Grand Cru Quarts-de-Chaume, là-haut sur la rive Gauche! Parmi les autres vins déGustés, La Roche BéziGon 2012 de Jean-Christophe Garnier ou encore Le Berceau des Fées 2013, de Tessa Laroche, cuvée issue des jeunes viGnes sur la Roche aux Moines, sans oublier celles du Domaine de Juchepie, ou encore d'Eric MorGat.

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Le repas a pu se dérouler dans une aGréable ambiance de travail, qui sied à ce Genre de manifestation, avec force maGnums et flacons juste sortis de la cave de la plupart des participants, quelques MorGon et autres BourGueil, voire ce Côtes-du-GJura 2007 de chez Macle, qui, à mon sens et si ma mémoire est bonne, est un 100% chardonnay, même si d'aucuns pensaient y trouver une petite proportion de savaGnin!... Il ne nous manquait finalement que l'expertise d'Olivier Grosjean, alias Olif, Grand maître ès-Jura, mais biGrement amateur de chenin à ses heures!...

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Je ne résiste pas à vous présenter au passaGe la nouvelle carte du viGnoble de Savennières, très différente de la carte GéoloGique bien connue pour les sous-sols. Il s'aGit là de toutes les unités de terroir de base de l'appellation, tirée des travaux de René Morlat et de son équipe de l'INRA. Un outil que viGnerons et amateurs ne peuvent iGnorer!...

Belle journée donc, qui aura aussi permis aux Petits SaiGnants de faire quelques interviews, de capter une ambiance, autant d'échos que nous retrouverons à la rentrée, lors de l'émission qui est diffusée, rappelons-le, chaque mardi sur les coups de 21h et sur Graffiti Urban Radio.

Cette 3è édition, certains l'auront peut-être trouvée un peu trop saponarienne, mais la cité de la rive droite fait bien partie de l'Anjou noir. Charlotte Carsin, présidente de l'association de La Paulée de l'Anjou noir, ne peut que se réjouir du bon déroulement de la journée, mais elle n'est pas femme à iGnorer la difficulté de pérenniser cette manifestation, se devant de fédérer le plus possible les viGnerons concernés. Certes, il y avait bien cette fois quelques absents et il ne nous appartient pas de dire s'ils ont tort ou raison, mais à titre personnel et sans connaître à coup sur toutes les raisons qui ont motivé ses absences, il semble que la force des idées, en cette année 2014, a provoqué un clivaGe tout aussi fort, qui, s'il se confirmait, mettrait en péril cette initiative récente, née en 2012 de l'idée d'un viGneron sincère, Jo Pithon, souhaitant croiser le verre avec tous ceux qui se destinent à produire bon. Alors, par St Georges, rendez-vous en 2015?...

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