La Pipette aux quatre vins

13 juin 2013

Cet été, mettez Tronches de vin dans vot' moteur!...

L'été arrive!... A l'heure où nos co-éditrices préférées, Marie Rocher d'une part et Sabine Bucquet-Grenet, des Éditions de l'Epure, d'autre part, sont en pleine analyse et en plein brainstorming quant à l'éventualité de l'apparition d'un Tronches de vin again, nous avons tous plus au moins des projets de vacances en tête. Cap au sud! Fuyons la grisaille!... A nous la lavande, le romarin, les cigales et... la vigne!...

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Après que votre Guide des vins qu'ont d'la gueule soit resté sur votre table de chevet depuis quelques semaines ou quelques mois, vous permettant de vous endormir paisiblement, après la lecture d'un ou deux portraits de Tronches, mieux que votre somnifère habituel, il vous est impossible d'imaginer partir sans lui!... Mais, rassurez-vous, il a été spécialement étudié pour se glisser dans le vide-poche de votre van ou dans la boîte à gants de votre décapotable. Magique, non?... Et pour tous ceux prêts à s'envoler sous d'autres cieux, pas de problème, tout est prévu!...

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Depuis quelques mois, blogs et réseaux sociaux vous relatent les aventures de ce p'tit guide qui joue des épaules (façon trois-quart aile junior bleu au milieu d'un pack de l'hémisphère sud!) pour se glisser sur les étagères et dans les caves des amateurs. Et chez les cavistes qui savent sauvegarder la part amateur qui est en eux. Du côté des cinq co-auteurs, nous ne pouvions que goûter notre plaisir, à la lecture de la plupart des articles parus à tous les niveaux de la presse, qu'elle soit nationale, régionale, strictement locale, tant écrite que radiodiffusée. Quelque chose pour nous dire que choisir les chemins de traverse, ou ramer quelque peu à contre courant, garde tout son sens, même à une époque où les titres des articles sont souvent plus importants que leur contenu.

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Vous pouvez donc glisser dans votre sac à dos ou dans votre valise, ce concentré de jus de raisin fermenté contenant très peu d'intrants (le plus souvent!) et de paysages viticoles vivants, sorte de mémoire de quelques bons moments passés en la compagnie de vigneron(ne)s qui ont quelque chose à dire. Ceux-là même que vous pouvez raisonnablement envisager de rencontrer pendant votre périple estival, pour peu que vous les préveniez un peu à l'avance. Et comme il ne manque rien à TdV, il vous sera aussi possible de faire quelques étapes gourmandes et même de dégotter les cavistes qui comptent.

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Au retour, n'hésitez pas à nous en parler, avant que nous ne nous remettions au travail!... Bel été à toutes et tous. Prenez soin de vous!...

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05 juin 2013

Ce Loir et Cher qui nous est cher!...

Dernière escapade printanière pour Vigne'Horizons cette année. Direction le Loir-et-Cher où, vu de loin, on peut se demander parfois ce qu'il peut bien s'y passer, du côté de la vigne et du vin. Selon que l'on vienne de l'Est ou de l'Ouest, c'est le point d'entrée en Touraine pour les uns ou la route de Paris pour les autres. Quelque part entre Tours et Orléans. Pour un peu, on situerait la contrée dans une sorte de no wine(wo)man land. Pourtant, là, quelques part au sud de Blois, se trouve un des repères historiques et viticoles de notre beau pays. Bien sur, nul n'ignore la trentaine de châteaux qui ornent la vallée de la Loire, ce qui contribua au classement de cette dernière au Patrimoine mondial de l'UNESCO, au titre de "paysage culturel vivant", mais nombreux sont ceux qui ignorent tout, par contre, de l'influence des monarques, du temps où la cour royale séjournait dans la contrée, tel François Ier, dans l'histoire de nos vignobles et de ce qu'on pourrait qualifier de "paysage cultural vivant".

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En fait, point de "grands crus", point non plus de classement parkerisé pour tous les vignerons et les Vins du Coin, mais un patrimoine vinicole indéniable à défendre et à mettre en valeur, alors même que les instances régionales viennent de flinguer tout espoir d'une promotion originale, par le biais des cépages quasi uniques présents dans la région. En effet, à partir de 2016, les vins blancs tranquilles de l'AOC Touraine ne devront contenir que du sauvignon blanc et/ou gris!... Adieu chenin, menu pineau et romorantin!... Le chemin est libre pour permettre aux plus gros négociants de la région, Sancerre compris, de proposer quelques cuvées déclassées à bas prix, sous le label Vin du Jardin de la France. En rouge, gamay et côt sont privilégiés. C'est donc dans ce paysage que quelques vigneron(ne)s se sont installés et ont fait souche. Argile à silex aidant, certains font feu de tout bois, pour nous proposer des vins de caractère, qui portent cette terre dans leurs vaines.

- Noëlla Morantin -

En quelques années, à peine une petite douzaine (comme le temps passe!), la jolie Pornicaise a oublié ses études et son premier job dans le marketing, pour assouvir sa soif de terre, de vignes, de jolies cuvées. Partie pour faire carrière dans la sphère commerciale, il a suffit d'une rencontre pour que sa vie ne bascule. A l'aube du nouveau millénaire donc, retour sur les bancs de l'école, stages divers chez les Mosse, Pacalet et autre Pesnot, le sort en est jeté. A peine quelques années plus tard, lors d'un Salon des Vins de Loire, Noëlla croise Junko Arai, une femme d'affaire japonaise passionnée de vignes et importatrice de vins dans son pays, qui rêve de Bourgogne, de pinot noir et de chardonnay.

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Cette dernière doit cependant se replier sur la Loire et fait l'acquisition de quelques arpents cédés par le Clos Roche Blanche de Catherine Roussel et Didier Barrouillet, à La Tesnière, sur la commune de Pouillé. Elle cherche quelqu'un pour s'occuper de ses vignes et prendre le relais de Pascal Potaire. Il y a là un peu plus de six hectares sur un joli coteau dominant la vallée du Cher. En face, le coteau de Thésée. Pendant ces quatre premières années, le couple du Clos Roche Blanche, en mode désinflation patrimoniale, propose également à Noëlla de prendre en location, pas moins de huit hectares, dont Les Pichiaux et ce qui compose la cuvée Chez Charles.

En 2011, Junko propose à Noëlla de racheter une partie des vignes de son domaine Les Bois Lucas, dont le démantèlement est plus que probable, sinon avéré. Il est question là de quatre hectares (trois de sauvignon et un de gamay destiné à la cuvée Mon Cher), en bordure de la forêt peuplée de chevreuils gourmands, sur de très belles argiles à silex. Après ces années de patiente remise en état, il était difficile de reculer... Bien sûr, au total, cela fait douze hectares désormais. Beaucoup pour une frêle jeune femme, mais la vigneronne de La Brosse (le lieu-dit où se situent ces vignes) y voyait un passage obligé. Sa volonté n'est cependant pas de garder la surface actuelle et elle met en oeuvre un repli vers des positions qui lui conviendront mieux. Ainsi, au cours de la semaine précédant notre passage, elle vient d'acquérir 2,5 ha au Clos Roche Blanche, des vignes des Pichiaux et de Chez Charles. La voilà donc propriétaire de 6,5 ha dans le secteur, ce qui devrait composer le Morantin Estate dans un assez proche avenir!...

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Un pari sur l'avenir, surtout en ces temps bousculés par un climat perturbé. Même si les ex-vignes de Junko Arai, plantées en 1943, laissent entrevoir de beaux espoirs, vu le superbe terroir sur lequel elles ont pris pieds. La première récolte après la reprise en mains, 2012, est limitée à la portion congrue : 4 hl/ha! Les calamités climatiques (gel, grêle, plus le mildiou quelque peu offensif) se sont succédées et les jus de l'année sont plutôt expérimentaux. Néanmoins, le potentiel des trois tonnes (ou double-barriques) est bien là. La nouvelle cuvée ne porte pas encore de nom, mais il faudra surveiller son apparition. A noter qu'une petite parcelle, actuellement en friche, est d'ores et déjà destinée à la plantation de... romorantin, pour satisfaire la rime entre vigneronne et cépage. Qui n'a un jour rêvé du romorantin de Noëlla Morantin?...

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En 2012, Les Pichiaux et Chez Charles (ci-dessus, à droite) ne feront qu'une cuvée. La deuxième n'a produit que 8 hl/ha du fait du gel. Cette année, ces vignes quadragénaires, sur des sols plus limoneux, ont de nouveau gelé à 40%! La première, issue de jeunes sauvignons (deux parcelles plantées en 1991 et 2003), va former la colonne vertébrale de la cuvée unique, du fait notamment que les sauvignons de Chez Charles ont vu leur maturité se bloquer quelque peu, à cause du mildiou. Tous les blancs du millésime sont désormais entreposés dans la cave d'une maison du village, appartenant à une vénérable habitante, surprise de voir défiler, de temps en temps, des populations de visiteurs de diverses origines, parfois lointaines.

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Retour ensuite au domicile de la vigneronne de Pouillé, où se trouve également le cuvier et la seconde cave destinée à l'élevage des rouges, où l'on peut découvrir notamment des côts en cours d'élevage, dont un tiers vient des vignes de Jean-Luc Tessier, à Faverolles sur Cher et le reste des vignes de soixante-dix ans dont dispose Noëlla. Celle-ci nous convie à un joli casse-croûte ligérien, associant charcuteries diverses et goûteuses, fromages de chèvre succulents (une adresse à ne pas manquer!) et diverses cuvées comme Terre Blanche dans ses deux versions (pétillant et tranquille) made by chardonnay, sans oublier une verticale de Chez Charles composée des quatre millésimes mis en bouteille au domaine à ce jour.

Depuis quelques années, nombre d'amateurs ont cédé aux charmes de la jolie vigneronne du Loir-et-Cher et de ses cuvées franches et toniques. Toutes sont dotées d'un certain caractère, mais une part de fragilité transparaît, un peu comme ces sauvignons plantés dans une zone plus ou moins exposée au gel printanier. Ces séquences climatiques, parfois douloureuses et leurs conséquences, dont les vignerons parlent souvent avec pudeur, comme s'il s'agissait de ne pas déclencher le courroux d'une quelconque divinité ou d'exorciser les peurs, ne peuvent que rappeler aux amateurs les difficultés de cette activité et la nécessité de se mettre parfois à l'écoute, au-delà des jolies cuvées qui nous enchantent parfois. En tout cas, Noëlla Morantin, Tronches de vin des plus souriantes (page 174), illustre bien la dynamique locale, autour notamment de Béatrice et Michel Augé, au Domaine des Maisons Brûlées. Vous serez prévenus, si vous n'y prenez garde, vous allez en brûler pour le Loir-et-Cher!...

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- Thierry Puzelat -

Dans le secteur entre Loire et Beuvron, on a un peu le sentiment qu'on ne connaît que lui!... Il faut dire que son action au quotidien est pleine et généreuse, en faveur d'une alternative au vin conventionnel, qui se porte désormais bien au-delà de nos frontières. L'an prochain, cela fera vingt ans qu'il s'est associé avec son frère Jean-Marie, sur le domaine familial du Tue-Boeuf et aux Montils, pas question de redescendre les barreaux de l'échelle, il y a trop à faire, à découvrir, à révéler au monde des amateurs. Avec Thierry, on a vite le sentiment qu'une vie de vigneron ne suffira pas, mais, après tout, tant pis, il y a tant de combats à livrer pour conquérir les nouveaux territoires et s'attaquer aux citadelles. Et les châteaux, il sait ce que c'est, avec Blois, Chaumont et Cheverny, chaque jour dans son horizon!... Après, il sera bien temps de prendre quelques heures pour réunir des amis (des potes ouverts lors des portes ouvertes au domaine!), histoire de partager cochonnaille et joyeux nectars jusqu'au bout de la nuit à l'Herbe Rouge. Palsambleu! Vous reprendrez bien de ce menu pineau, chevalier!... 

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Les parents de Thierry et Jean-Marie n'ont jamais disposé de plus de sept hectares au cours de leur vie de vignerons. Lorsqu'ils passent le relais à leur fils aîné Jean-Marie en 1989, le Tue-Boeuf n'a pas vocation à s'étendre outre mesure. Cependant, le vigneron plante de nouvelles parcelles en 1990 et 1991. Dès 1994, Thierry le rejoint, mais pour vivre à deux sur le domaine, la location de vignes (en AOC Touraine) devient une évidence, pour atteindre environ treize hectares. En 1996, le passage en bio s'impose, pour être effectif en 1998. Quelques rencontres dans le vignoble et la découverte des cuvées de Marcel Lapierre notamment, pousseront les deux frères vers des vinifications "naturelles".

En 1999, Thierry constate souvent aux alentours, que le fruit de belles parcelles de la région finit dans les cuvées aseptisées du négoce local. Il décide de se lancer dans une activité complémentaire de négociant, qui lui permettra d'acheter des raisins et de les vinifier pour tenter de mettre en valeur quelques beaux terroirs. Dix ans plus tard, en 2009, il s'associe, pour cette même activité avec Pierre-Olivier Bonhomme. Le dynamisme des deux hommes est certain, puisqu'ils vinifient aujourd'hui une quinzaine d'hectares, dont certains proviennent du domaine et multiplient les achats de vendanges sur pieds.

Lorsque nous arrivons au domaine, la pluie fait des claquettes sur les trottoirs des Montils. En cette fin d'après-midi, c'est un peu l'effervescence, puisque le cuvier doit recevoir le lendemain, vignerons amis et visiteurs, à l'occasion des portes ouvertes. A défaut de faire un tour dans les vignes, nous passons vite à un tour des vins. Il faut dire que la gamme est large et diverse. De plus, les efforts pour mettre en valeur "l'identité terroir" soulignent fortement à quel point ces vins méritent d'être considérés pour leurs qualités intrinsèques et surtout pas, comme naguère, pour de modestes "blancs de comptoir", qu'ils ne sont plus du fait de la lente et inexorable disparition de nombre de zincs de nos villes et villages.

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En appréciant le seul sauvignon de cuve du domaine, Le P'tit Blanc 2011, issu de jeunes vignes de onze et quinze ans, Thierry Puzelat nous explique que le Tue-Boeuf compte trois terroirs assez distincts : un coteau qui regarde le sud et domine le Beuvron, avec des argiles à silex sur de la craie à 1 m ou 1,5 m de profondeur, plus le plateau viticole au-dessus, aux argiles plus profondes et celui situé en face de la rivière (dont une partie ressemble au Tue-Boeuf), comprenant également 2,5 ha de graviers de quartz rose et blanc, des terres donc plus filtrantes et plus faciles à travailler. En surface, blancs et rouges sont à peu près à égalité, mais la proportion de vieilles vignes est plus importante pour les blancs. De fait, les volumes en rouge sont donc un peu plus conséquents.

A suivre, Frileuse 2001, un Cheverny blanc composé d'un tiers de sauvignon blanc, un tiers de sauvignon rose (ou fié gris), âgés de vingt ans environ et un tiers de chardonnay, issu de parcelles de trente et quarante-huit ans. Frileuse, la bien nommée, est située sur un point haut, entre Loire et Beuvron. Elle a malheureusement souffert du gel de début mai dernier à 80%! D'autant plus dommage, puisque cette cuvée garde toujours une belle tension, même quand les maturités atteignent des niveaux élevés, certaines années. Trois parcelles plantées en 1937, 1950 et 1961 la composent.

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Autres très belles cuvées, le Buisson Pouilleux, issu de vieilles vignes de sauvignon, ou encore Brin de chèvre, bel exemple de menu pineau. Selon Thierry, ce cépage est sans doute l'adaptation continentale du chenin (appelé gros pineau dans la région), sachant que l'influence océanique s'arrête à Amboise, distante de vingt-cinq kilomètres environ. En plus des récentes décisions syndicales, on peut voir là une perte d'identité de la région, qu'ils ne sont que quelques-uns à combattre. Au domaine, même si la défense et la mise en valeur des cépages historiques est une réalité, le souhait reste néanmoins de faire plutôt le vin d'un endroit, même et à plus forte raison, lorsqu'il s'agit d'une parcelle de romorantin plantée en 1905.

Transition passionnante avant de passer aux rouges, les vins blancs issus de longues macérations, tel le Pinot Gris 2006, un millésime où il ne fut pas possible de produire de blancs rigoureusement secs! A suivre également, la version 2010 du PG (un rosé!), assez loin de la norme, mais qui ne laisse pas indifférent, avec notamment leur habillage très 1920. Du côté des rouges, joli pinot noir (La Gravotte), planté dans la partie calcaire du Tue-Boeuf, mais aussi l'assemblage de deux tiers de côt et d'un tiers de gamay, La Guerrerie, dynamique et tendu, sans oublier La Butte, catégorie pur gamay.

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Pour finir, à peine quelques centaines de mètres à parcourir pour atteindre le lieu de stockage du négoce Puzelat-Bonhomme associés, où nous attend Pierre-Olivier pour nous permettre de découvrir au passage quelques vins géorgiens. Des vins qui illustrent bien la passion de ces deux vignerons, avant tout, soucieux d'introduire sur le marché français quelques vins étonnants venant en droite ligne de la Vallée du Maule au Chili, de Catalogne, de Sicile, de Toscane et du Trentin. Autant d'exemples qui nous laissent croire à l'universalité du vin et à la soif de découvertes, qui doit pousser à l'avenir de plus en plus d'amateurs sur des chemins rappelant que la création de vins est non seulement universelle, mais inscrite dans les gènes de nombreuses populations mondiales, sans que nous ayons de leçons à leur donner. On peut ainsi dire que Thierry Puzelat est désormais un des acteurs majeurs de ce "Mondovino" sincère et loyal, à mille lieues de celui qui voudrait uniformiser notre goût et notre pensée. N'en doutons pas, avec lui, en route vers d'autres résurgences goûteuses!...

- Étienne (et Claude) Courtois -

A Soings-en-Sologne, chez les Courtois, ne pourrait-on pas dire que le Paradis est pavé de bonnes intentions?... Lorsqu'on demande à Étienne Courtois pourquoi le domaine porte ce nom "Les cailloux Le Paradis", il avoue que pour les premiers, il suffit de travailler les sols pour comprendre, mais que pour ce qui est du second, le travail imposé au quotidien, celui qui a permis d'élever la réputation de la ferme et de ses vins au sommet, n'a rien de celui d'un éden paradisiaque, comme on dit parfois sur les brochures touristiques, dont les auteurs ne craignent pas d'employer des redondances pléonastiques.

Étienne n'a guère plus de vingt-cinq ans, mais il n'a pas ménagé ses efforts pour participer à la vie de l'ensemble. Il faut dire qu'ici, on entretient les bois comme les vignes, on taille les arbres fruitiers comme les multiples cépages présents sur les parcelles (leur nombre exact ne nous sera pas communiqué!), on soigne les animaux de la basse cour, comme ceux qui nous tiennent compagnie. En cette journée pluvieuse, il reçoit notre petit groupe en dépit d'un problème de santé, façon récidive, qui ne le met pas en danger,  mais qui le handicape douloureusement. Point de tour dans les vignes donc, mais il faut dire que leur abord actuel n'est pas des plus simples, vu les quantités de pluie (60 mm en une seule journée, voilà peu!) que la Sologne ingère au cours de ce printemps.

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C'est en 1991 que la famille Courtois quitte le Var pour le vignoble solognot, mais pas comme les Vuitton, Bouygues, Lagardère et autre Abramovitch qui tous se sont portés acquéreurs de centaines d'hectares de chasses dans la région, pour combattre l'ennui des week-ends (il n'est pas rare, dit-on, d'être survolé par quelque aéronef, venant en droite ligne d'une quelconque grande capitale!). Pour Claude Courtois, lui, le Bourguignon de l'Yonne, c'est plutôt le mistral glacial de l'hiver ou la chaleur estivale, voire les incendies de forêt du Sud-Est varois qui motivèrent cet exode familial, avec armes, bagages et jeunes enfants (cinq aujourd'hui dans la fratrie). Pratiquement la seule condition fut que la propriété soit d'un seul tenant et homogène du point de vue du milieu naturel, de l'écosystème, selon un terme plus actuel. Bien sur, tout était à faire. Les vignes étaient restées sept ans à l'abandon et un quart de siècle de traitements chimiques avait fait le reste. Le résultat des premières analyses de sol, à l'époque, était on ne peut plus clair : phase de désertification avancée!...

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Au cours de toutes ces années, Claude Courtois a mené plus d'un combat : "En quelque trente cinq années comme vigneron, dix-huit ans de procès!" Souvent, la passion l'a guidé, celle de l'histoire et sans doute aussi celle de l'ampélographie. Et, fatalement, quand les deux se rejoignent, cela ne pouvait que donner des idées au vigneron. De plus, le fait que les instances écartent l'idée de la reconnaissance d'une AOC Sologne pour le vin, comme cela est le cas pour les fruits ou certains légumes, lui a toujours paru relever d'une injustice à la limite du supportable. Et comme il le dit fortement en revendiquant celle-ci...

Mais, au-delà de ces conflits, il ne pouvait que transmettre à ses enfants, du moins les deux qui se tournèrent vers la vigne et le vin, un niveau d'exigence que l'on retrouve dans les propos d'Etienne. "Toute intervention à la vigne et à la cave influe sur le résultat final. Une grande précision est donc exigée. Chaque décision, ne serait-ce que d'écimer la vigne ou procéder à un soutirage, se retrouve dans le vin fini". Et cela est à rapprocher d'une constante incontournable appliquée par le clan : "Tous les vins font entre 12 et 13,5°, mais ce qu'il faut obtenir, le point sur lequel il convient d'insister, c'est la fin de bouche qui doit être très droite, verticale."

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Avec Claude Courtois (venu nous rejoindre à l'appel de quelques huîtres normando-vendéennes!), la conversation, tout en restant... courtoise, peut être animée! Et s'il vous vient l'idée de lui permettre de déguster un vin présentant quelques... imprécisions, vous vous exposez à certains retours tonitruants. "En fait, je demande à mes enfants de ne pas goûter ces vins ratés ou approximatifs! Ils doivent éviter de se gâter le palais avec des volatiles exubérantes, qui ne peuvent que détourner leur jugement." Quelques minutes plus tard, il ajoutera : "Pour tout dire, je ne sors plus guère, parce que je suis confronté à des avis qui me révoltent! Certaines cuvées ont fait de l'ombre aux vins naturels. Et comme je ne suis pas vraiment un poids coq et que j'ai du sang irlandais dans les veines..." Claude Courtois, un peu comme John Wayne, dans l'Homme tranquille?... Découvrant Tronches de vin avant notre départ, il a la satisfaction d'y retrouver quelques vignerons qu'il apprécie, comme Alain Castex ou Pierre Beauger, par exemple. Parmi ses confrères, il souligne volontiers le travail de certains, attentifs à la mise en valeur des cépages et terroirs.

Etienne nous permet de faire un tour d'horizon des cuvées disponibles et d'autres qui le sont un peu moins. Il faut dire qu'il y a de quoi faire, lors de la séance de dégustation, accompagnée comme il se doit de quelques produits locaux. Si la ferme compte huit hectares, c'est pas moins de quinze cuvées qui sont proposées ou en cours d'élevage. Avec Julien Courtois et ses quatre hectares du Clos de la Bruyère, non loin de là, ce sont près de vingt-cinq cuvées qui démontrent tout le potentiel de ce terroir solognot. Tous les élevages se situent en principe entre dix-huit et trente, voire soixante mois pour le menu pineau (Évidence 2007), désormais disponible. A noter que pour Évidence 2008, vendangée le 20 novembre à 14,5°, Etienne s'est lancé dans une aventure (relative et très surveillée) au long cours, puisqu'il est prévu un élevage en barriques pendant dix ans! Rendez-vous donc en 2018!...

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En débutant par Quartz 2011, 100% sauvignon élevé dix-huit mois, son pointu et sa finale minérale, cela permet, selon l'expression d'Etienne "de remettre le facteur sur le vélo!" Puis vient Plume d'Ange 2011, au cursus identique et à la très belle ampleur. Les blancs sont donc complétés par Évidence 2007, issu de menu pineau, faut-il le rappeler, ce cousin du savagnin, que François Ier ramena du nord de Venise pour notre plus grand plaisir et le Romorantin 2010 et ses trente mois d'élevage, en tout point remarquable!...

Les rouges sont aussi en grande forme, avec, pour commencer, la Cuvée des Étourneaux 2010, 100% gamay (dont 30% de gamay de Chaudenay), dont la dynamique nous porte jusqu'à L'Icaunais 2010, une nouveauté proposée par Etienne Courtois. Une rareté en fait, puisque composée du cépage gascon (75 ares au domaine, sur les quatre ou cinq hectares qui subsistent dans le monde, dit-on!) et élevée trente mois également en barriques. Hommage au père indiscutablement, lui l'Icaunais, natif de l'Yonne. Un rouge assez peu soutenu, une bouche aérienne qui va pouvoir se mettre en place dans les prochains mois, la mise datant d'à peine trente jours. Enfin, Racines 2010, le "blended maison", dont la fiche technique reste évasive quant à sa composition... Pas moins de cinq ou six cépages (officiellement) et beaucoup de caractère, une véritable présence.

La visite s'étire. Pensez donc, Mistelle est sur la table!... Le "rouge de dessert", qui doit aussi bigrement s'entendre avec quelques recettes où les fromages à pâtes persillées sont présents. Vu l'heure assez tardive, nous optons pour une pâtisserie de Contres, conseillée par Etienne. Les options chocolatées sont nombreuses et la météo semble s'améliorer. Sur l'autoroute du retour, une des premières aires va nous permettre de goûter encore au plaisir intense d'une cuvée hors normes.

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Il n'est pas interdit de penser que certains d'entre nous apprécieront au passage les bienfaits d'une telle transmission paternelle, comme elle se concrétise désormais, depuis que Claude Courtois a décidé de prendre du recul et de céder la barre à son fils Etienne. C'est lors de telles rencontres que l'on prend conscience de toute la dimension patrimoniale d'un savoir-faire et d'un savoir-être. Celles dont on revient forcément plus riche. Pas de doute, tout cela nous est Loir et Cher!...

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03 juin 2013

89, dans la rue et à table!

Ce début du mois de juin est à marquer d'une pierre blanche. D'un pavé blanc plus exactement. En effet, Antonin Iommi-Amunategui, sous l'égide du blog No wine is innocent et de Rue89, proposait la 1ère édition du salon Sous les pavés la vigne, dans le cadre de la Bellevilloise, au coeur de Ménilmontant. Et pour une première, tous les échos tendent à démontrer que ce fut un coup de maître ès-organisations diverses. Avec Antonin, on s'en doutait un peu, tant son sens du management avait déjà fait merveille lors de la production de Tronches de vin, le guide des vins qu'ont d'la gueule!...

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N'ayant pu me rendre sur place pour me joindre aux tronches et aux auteurs pour l'occasion, il ne me restait plus qu'à saluer l'évènement comme il se doit, en ouvrant quelques clos du millésime 1989. Pas loin d'un quart de siècle nous séparait de la production de ces flacons et pourtant, leur état de forme fut des plus surprenants!...

En premier lieu, pour la soirée d'ouverture du week-end, un rôti de boeuf était au programme et le Chinon Clos du Chêne Vert du Domaine Charles Joguet, à la robe d'un beau rouge profond, à peine nuancée d'un disque tuilé, se révéla assez remarquable. Comme parfois, dans ces cas d'ouvertures de flacons ayant passé les vingt ans, je prévois un substitut plus jeune, afin de faire face à une éventuelle mauvaise surprise et aux non moins éventuelles récriminations des convives. Mais là, le Saumur 2010 du Domaine Mélaric put regagner la cave, en attendant des jours meilleurs!...

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Pour le lundi, second jour des festivités bellevilloises, le plat se composait d'une brochette de thon rouge, de chorizo cular et de poivron jaune, sans oublier le riz pilaf juste arrosé d'une sauce tomate maison. La marinade (jus de citron, miel, ketchup, paprika, thym, sauce soja et huile d'olive) donnait le ton et il fallait relever le défi. Plongée en immersion profonde, façon "mais qu'y a-t-il tout en bas de ce casier?" pour trouver ce Savennières Clos des Perrières du Domaine de la Soucherie, à l'époque de Pierre-Yves Tijou. Là encore, la bouteille de secours, les Noëls de Montbenault 2006, de Richard Leroy (il faut ce qu'il faut!) a regagné ses pénates jusqu'à la prochaine recette de poisson ou de crustacé.

Il arrive donc parfois que les couloirs du temps se rejoignent. Là, une initiative que tout le monde salue et qui fleure bon la dynamique des réseaux sociaux du nouveau millénaire. Ici, des bouteilles poussiéreuses, juste sorties d'une cave sombre, issues aussi d'un mode de vie tout autre, sans portable, sans internet... Une époque où tout prenait un autre sens. Cependant, même en 2013, nous sommes finalement tous des enfants de 89!...

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31 mai 2013

Vendredis du Vin #56 : l'Arche de Noé des cépages rares et oubliés

Ce thème proposé pour les VdV 56 par Jef Heering, de Balthazar Magnum, blogueur bruxellois (membre discret selon Iris!... ah bon, je ne vois pas pourquoi!...) de la bande à Böttcher, a bien quelque chose de l'Arche de Noé, mais aussi du Mayflower, vu le mois choisi pour évoquer les cépages rares et oubliés, dans le cadre des VdV.

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Le navire qui transporta, en 1620, une centaine d'immigrants historiques (dont moult people made in USA semblent descendants directs... ou presque!) vers l'Amérique (entre Plymouth en Angleterre et Plymouth dans le Massachusetts, dans une transat d'avant-garde) bénéficia-t-il des vents portants, qui conviennent à une traversée paisible et confortable? Il semble qu'une tempête entre Terre Neuve et le Cap Cod vint perturber le voyage avant son terme, si bien que les colons écourtèrent quelque peu le trajet. L'installation de la colonie donna naissance, dès 1621, à la fête de Thanksgiving, mais l'histoire ne dit pas si les cales du bateau contenait quelques cépages venus d'Europe. Hypothèse peu probable, puisque la dite colonie était quelque peu puritaine, même si, l'eau étant souvent impropre à la consommation à l'époque, l'alcool y était consommé.

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Mais, revenons au Mazel, le domaine cher à Gérald et Jocelyne Oustric, au coeur de l'Ardèche et de Valvignères. Parmi les vins très remarquables proposés à la cave, la cuvée C'est Im-Portant dans sa version 2010 est pleine et tonique. Le cépage utilisé là - le portan - "sans t final", précise Jocelyne, fut créé voilà environ trente-cinq ans par l'INRA, sur la base des cépages grenache noir et portugais bleu. C'était le fruit de la recherche du célèbre institut, qui cherchait là, à produire des cépages plus résistants aux maladies. En fait, il s'est avéré aussi sensible que le grenache aux dites maladies et l'expérience n'a pas été développée. Cependant, les essais atteignirent le stade de la plantation, chose plutôt rarissime parmi les nombreuses tentatives en la matière des chercheurs. Ainsi, le Domaine du Mazel en possède 1,20 ha, sur un terroir argilo-calcaire. Il est des plus im-portant de se laisser porter par notre curiosité!...

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20 mai 2013

T'en bois une tronche!... (7)

Les week-ends à rallonge(s) du mois de mai continuent de défiler, comme les nuages dans notre ciel printanier, sans nous offrir la possibilité de sortir barbecue, rosé frais et tutti quanti. Comme d'autres fois, votre voisine ne manquera pas d'évoquer la météo du moment de façon définitive : "On n'a jamais vu ça!..." Et comme presque à chaque fois, les sites spécialisés en matière de prévisions météorologiques et statistiques climatiques ne manqueront pas de nous rappeler que "oui, ce mois de mai est exceptionnellement frais et humide, mais que déjà en 1945 ou en 1957, la moyenne des températures et la pluviométrie, dans votre bonne ville de ... (compléter selon votre choix), battaient des records que nous n'atteindrons pas cette année." Comme quoi, notre mémoire et sa tendance à sélectionner et édulcorer, nous joue des tours... si l'on en croit les plus éminents spécialistes en la matière.

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Source : Météo-France

A défaut de dérouler le tapis rouge sous le patio du Chai Carlina cette année, laissons Cannes proposer des moquettes spongieuses sous les talons-aiguilles des stars singing in the rain et luttons gourmandeusement contre la grisaille qui nous assaille. Et cherchons dans nos mémoires intactes, le souvenir de brochettes de lotte à l'espagnole, accompagnées d'un riz pilaf aux raisins secs. La recette originale associait lotte et merguez, mais ces dernières furent remplacées pour l'occasion par des morceaux de ventrèche (ventresca) coupée plutôt épais. Des champignons de Paris furent également conviés, en guise de touche franco-parisienne.

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Côté cuvée, le choix se devait d'être espagnol, que diable!... Un Conca de Barbera Els Bassots 2009, de Juan Ramon Escoda, Tronche de vin extra-nationale (page 98), dynamitero du chenin de Prenafeta-Montblanc, petite localité de la province de Tarragone qui vaut le détour. Une autre expression de ce cépage ligérien, présent sous d'autres (rares) cieux, quelque chose comme une version naturelle, entre la Loire Méridionale et la région du Cap et de Stellenbosch. 

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Vous aurez peut-être l'occasion de croiser de tels flacons dans la trilogie de salons parisiens qui se profile entre les 31 mai et 3 juin prochains. Un week-end très BIM (Belleville-Ivry-Montreuil), sorte d'antithèse des rallyes très NAP (Neuilly-Auteuil-Passy) et que l'on pourrait sous-titrer un week-end aux barricades!... Le premier, Sous les pavés, la vigne! revet les habits de Salon Rue89 des vins, s'annonçant d'ores et déjà comme un rendez-vous majeur (et vacciné) et ce, dès sa première édition. La proche banlieue, qualifiée naguère de laborieuse, ne sera pas en reste, avec La Cave d'Ivry, qui appelle les papilles des francs tireurs de la picole à résister, du vendredi au dimanche inclus, mais aussi, à Montreuil, où L'Amitié rit vous convie à une sortie dominicale, option Naturisme, non loin peut-être des Murs à pêches et à peine plus du Bois de Vincennes. Quant à la météo?... Ca va changer, c'est sûr!..

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16 mai 2013

Christophe Landry, à Arsac : la belle nature de Margaux

Décidément, les amateurs se doivent de ne pas jeter la cognée après le manche, lorsqu'ils parcourent le Médoc. Il y a ainsi quelques découvertes qui valent le détour, des îlots de nature qui rassurent quant à la nature humaine. Avidité et cupidité ne sont pas forcément la règle à Margaux. Mais, c'est parfois au prix d'une lutte au quotidien, le combat d'une vie. Lorsqu'on pénètre le monde de Christophe Landry, du Château des Graviers, à Arsac, on prend en même temps, une bouffée d'air et d'espoir en un monde (viticole) meilleur en intraveineuse.

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Le cheval qui murmurait à l'oreille du cheval

Le vigneron d'Arsac a un homonyme, helvète underground du Val de Travers (Tronches de Vin, page 138), mais le Christophe Landry qui nous reçoit ce jour n'aime pas les histoires qui partent de travers. Il aime donner du temps au temps. Chaque option prise est mûrement réfléchie. "Je me considère comme quelqu'un de très lent..." Finalement, ça tombe plutôt bien, puisque du côté des autorités viticoles, il faut encore plus de temps pour rédiger et valider le moindre texte modifiant un décret d'appellation. Mais, à force d'abnégation...

Christophe Landry est le représentant de la cinquième génération sur le domaine. Il est de retour sur ses terres depuis le milieu des années 90. Pas pour bouleverser les choses, mais pour prendre le relais de ceux qui, avant lui, ont défendu l'authenticité et la sincérité des vins d'Arsac, une des cinq communes composant la vaste AOC Margaux depuis l'été 1954. Cette appellation, dont la révision fut officialisée en 2007, après environ vingt années de procédure, notamment sous l'impulsion du Château d'Arsac, célèbre Cru Bourgeois, qui regagna ses lettres de noblesse après une longue lutte. Ce petit séisme dans les coutumes margalaises eut pour conséquence de rendre possible d'autres démarches du même ordre. Et c'est ainsi que le vigneron du Gravier, au moment de reprendre en mains le destin de ce Cru Artisan, demanda et finit par obtenir le classement en AOC Margaux de quelques parcelles assez remarquables. Il faut dire que cette révision semble cohérente, tant le parcellaire de l'appellation fut déterminé en 1954, le plus souvent , à la demande des propriétaires eux-mêmes. En effet, certains vignerons, à l'époque, peu enclins à découvrir de nouvelles contraintes réglementaires, choisirent de conserver leur patrimoine en AOC Haut-Médoc (datant de 1938), plutôt que d'adopter celles de nombreux Grands Crus Classés et Crus Bourgeois, plus exigeantes. Bien sur, cette tendance s'est depuis inversée et, sur place, chacun peut le constater en voyant régulièrement des parcelles passer dans l'escarcelle de tel ou tel grand cru, misant sur l'expension patrimoniale. A 2,5 M€ l'hectare, il est aisé de le comprendre!...

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Le domaine compte treize hectares de vignes dans trois secteurs. Le premier - Le Soc (b) - est situé à proximité immédiate des bâtiments et ses 2,5 ha restent un peu le coeur historique du Câteau des Graviers. Non loin de là, dans le secteur dit de Monbrison (c), un autre îlot de 5 ha environ cotoie les parcelles de quelques grands crus et assimilés, tels Issan, Rauzan-Ségla, Prieuré-Lichine ou Marojallia par exemple. Nous sommes là sur l'une des trois terrasses du fleuve, ancien lit de la Garonne, composées pour l'essentiel de graves pyrénéennes du Quaternaire, dont l'épaisseur et la proportion d'argile (souvent faible) varient selon les endroits, formant de très légères déclivités - les croupes médocaines - assez peu marquées ici. Une grande proportion de merlot et cinquante ares de cabernet franc. C'est ici également que l'on retrouve une parcelle de 1,20 ha, en Haut-Médoc à l'origine, reclassée en AOC Margaux en 2007. Toutes ces vignes ont été plantées par le grand-père de Christophe, après le grand gel de 1956, conseillé en cela par la Chambre d'Agriculture de la Gironde, très active à l'époque, pour une sorte de refondation du vignoble et la perspective de la fin du XXè siècle.

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L'ensemble du domaine est en biodynamie depuis 2009 (conseillé par Anne Caldéroni). Cette évolution vers la méthode mise au point par Steiner s'est faite de façon assez naturelle, puisque, en prenant connaissance de quelques-uns de ses grands principes, le vigneron d'Arsac constata notamment que l'application de tisanes de plantes ou le respect des phases lunaires étaient déjà en vigueur au domaine. Evolution naturelle mais réfléchie, comme il se doit. D'autant qu'en effectuant quelques visites à Pauillac (Pontet-Canet) ou en Saumur-Champigny, il ressent le besoin d'une analyse fine propre à ses vignes, à ses parcelles. Pour lui, la biodynamie n'est pas une recette strictement transposable d'un lieu à l'autre. Il va donc mettre en oeuvre une phase d'observation absolument déterminante, d'autant qu'il se nourrit d'un grand projet global, dans le cadre exceptionnel du Poujeau de Perrain (d). "C'est notre paradis!... Il n'existe que deux endroits comme ça à Margaux. L'un ici, à l'extrémité sud de l'appellation et l'autre entre Soussans et Avensan, au Château de Boston, chez Vincent Ginestet, le petit-fils de l'ancien propriétaire de Château Margaux."

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Bordé de bois et d'un ruisseau, il s'agit là d'un éco-système, dans lequel onze hectares ont été reclassés en AOC Margaux en 2007, à l'état de prairie depuis un demi-siècle. Les onze années de procédure (et de doute aussi, suite au projet de gravières de GSM et à celui d'un contournement routier) ont permis une lente observation du site, grâce notamment à Pierre Bécheler, un ami géologue bien connu dans les vignobles et son épouse passionnée par la faune et la flore locales. Ainsi, plusieurs dizaines de fosses ont été réalisées dans un premier temps, afin d'identifier rigoureusement les composantes du sol et du sous-sol (voir ci-dessus) et sont même recreusées chaque année, dans le but premier de mesurer l'évolution de l'implantation des racines de la vigne depuis 2009, date de l'apparition des premiers cabernet sauvignon (1,80 ha).

De la même façon, il n'était pas rare d'apercevoir le trio, naguère, au coeur de certaines belles nuits d'été, équipé d'un groupe électrogène, d'un projecteur et d'un grand drap blanc, afin d'effectuer quelques comptages de tous les insectes présents dans cet espace. Et c'est ainsi d'ailleurs que fut identifié le fadet des laiches, une espèce de papillon très menacée en Europe, comme le précise la revue Le Rouge et le Blanc, dans un de ses plus récents numéros. Au moment de collecter et de résumer toutes les données obtenues, les amis de Christophe ne manquèrent pas de l'interroger sur ses objectifs, en matière de faune et flore notamment. "En fait, mon souhait est de garder l'ensemble du vivant, même après la plantation de la vigne."

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Dès 2009 donc, quatre des cinq premiers hectares étudiés sont plantés de cabernet sauvignon et de merlot (80 ares), suivis en 2010 de petits verdots, issus des vignes centenaires du Château Moutte Blanc, à Macau, au bord de l'estuaire, ainsi que de carménère et de malbec, ce dernier choisi dans le Blayais et planté sur les graves les plus maigres du secteur. Certains rangs sont composés de clones divers, mais aussi de spécimens issus de différentes collections. Bien sur, le choix des porte-greffes ne s'est pas fait au hasard et l'option de l'enherbement est observée de près. On constate aussi que la terre est plus brune, puisque le sol est moins lessivé par les pluies, que dans le secteur précédent. La démarche globale s'accompagne de plantation de sauge et de romarin, par exemple, autant d'herbes destinées aux tisanes biodynamiques. Pour les habitants du cru, il s'agit là souvent de "vignes sales", qui deviennent des "vignes vivantes", avant d'être définitivement des "vignes riches"!...

Le rêve du vigneron, devenu son objectif, c'est d'appliquer la notion de terroir dans sa globalité : "Vu la richesse d'un tel site, on doit être en mesure de produire des tisanes avec les herbes issues de celui-ci..." C'est à cette fin que Christophe Landry va prochainement aménager un bâtiment permettant le séchage et la conservation des variétés de fleurs et d'herbes nécessaires aux préparations.

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Pour saisir toute l'ampleur du projet, il faut porter son regard au-delà de la petite route qui borde ces parcelles. On découvre alors treize hectares de prairies, où les deux chevaux du domaine semblent être heureux et en confiance. Pour le moment, le travail du sol avec la participation de ce duo équin n'est pas d'actualité. "Ce n'est pas ma priorité pour l'instant, au regard de tout ce qu'il faut mettre en oeuvre pour que la méthode apporte quelque chose de plus à la vigne. Le cheval sera l'aboutissement, lorsque je pourrais travailler avec eux à 100%." Il estime à cinq le nombre de chevaux nécessaires pour les treize hectares. "J'aime beaucoup la vigne, mais j'aime trop les chevaux pour que ce soit à leur détriment." Actuellement, il préfère partir randonner avec eux dans les Corbières, pour son plaisir, plutôt que de les soumettre à un travail trop exigeant, à supposer que le choix de la race soit cohérent. "De plus, je pense qu'à la vigne, il faut marcher derrière le cheval. On est presque certain de penser à lui, lorsqu'on ressent la fatigue et les effets de la chaleur."

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Non loin de là, on trouve également cinq autres hectares de vignes en AOC Margaux, sur un terroir somme toute différent. Ces parcelles sont exploitées actuellement en fermage par Michel Théron, du Clos du Jaugueyron, un de ses plus proches voisins, composant avec lui une sorte de binôme sensible à cet environnement local. Tout près, dans un espace déboisé par les tempêtes de 1999, viendra bientôt s'installer un petit troupeau de vaches, des Jersaises, choisies notamment, après une longue réflexion là encore, pour la qualité de leur lait et le taux de matière grasse assez record de celui-ci. Ce lait sera destiné à la production de fromage par un autre de ses voisins. Il pourra ainsi récupérer le petit lait destiné à certains traitements et les bouses pour les préparations. Toujours le terroir!... Enfin, à la limite des 48 ha de l'ensemble, regroupés suite à divers échanges, achats et remembrement effectués patiemment depuis dix ans, l'implantation d'une oseraie est à l'étude, certaines variétés d'osier étant elles aussi utilisées en biodynamie. Encore et toujours le terroir!...

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Après une telle découverte in situ, il peut paraître presque accessoire d'évoquer vinification et élevage. Pourtant, là encore, certaines options semblent déterminantes pour tirer la quintessence des cépages et des sols. Notons également que chacune des variétés de vignes est taillée avec la méthode la plus adadptée. Ainsi, on compte 61% de cabernet sauvignon taillé en guyot double, 26% de merlot, en guyot double à fenêtre, 5% de cabernet franc en cordons, tout comme le petit verdot (3%), du malbec (3%) en guyot simple inversé tous les ans et 2% de carménère en guyot simple. Au cours de l'été, la vigne ne subit ni rognage, ni écimage, ni effeuillage.

La cueillette est manuelle avec tri sur pieds et au bout du rang, s'étalant en fonction de la maturité des raisins. Un large cuvier inox permet des vinifications par parcelle, avec des processus adaptés aux cépages. Ainsi, le cabernet franc subit une macération carbonique, malbec et petit verdot sont vinifiés cuves ouvertes permettant quelques pigeages, les carménères, quant à eux, sont vinifiés dans deux barriques de 600 litres posées sur galets roulants, permettant de les faire tourner sur elle-mêmes autant que nécessaire. Merlot et cabernet sauvignon suivent le processus classique de macération de six à huit semaines.

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Pour l'élevage, les barriques de chêne français sont privilégiées (dont 25% neuves) pour une durée de douze à seize mois. Là encore, la démarche est originale : Christophe Landry a rencontré, voilà quelques années, un merrandier de Mont-près-Chambord, dans le Loir-et-Cher, avec lequel il a sympathisé. Celui-ci a depuis créé sa propre tonnellerie et ainsi, chaque année, au début mars, il choisit avec lui les arbres destinés à la fabrication des barriques de l'année suivante. Histoire d'aller au bout du bout de la démarche!...

Lors du passage au domaine, le chai contenait le millésime 2012 en cours d'élevage et quelques barriques de 2011, l'essentiel du volume de ce millésime étant déjà remonté en cuves, en vue de la mise. A noter que le rendement à l'hectare ciblé chaque année est de l'ordre de 45 hl/ha. En 2012, celui-ci est d'environ 40 hl/ha, ce qui tend à démontrer que les aléas climatiques et difficultés diverses identifiées çà et là, n'ont eu qu'un impact minime au Château des Graviers. Rappelons quand même que la densité de plantation imposée par le décret d'appellation est de 7000 pieds/hectare.

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Avant de laisser la place à un groupe de visiteurs de passage (activité intense et prenante en cette période!), dégustation de trois millésimes - 2007, 2009 et 2010 - du Château des Graviers, dont la tendance principale allie des tannins assez soyeux à une fraîcheur notoire. Les vins du domaine montrent une dynamique des plus intéressantes, que l'on pourra retrouver à table, sans attendre une hypothétique évolution favorable, tant leur accessibilité actuelle semble apte à procurer du plaisir aux plus exigeants. Cependant, il serait bon de destiner quelques flacons à une conservation plus longue, chacun sachant à quel point les vins de Margaux recèlent parfois de subtiles et goûteuses vérités organoleptiques.

Arsac n'est pas forcément la commune-phare de la célèbre AOC médocaine, mais elle compte quelques jolis domaines, tenus par des vignerons sensibles à la sauvegarde de l'environnement et à une production de vins respectueux d'une certaine philosophie, rappelant quelques pratiques anciennes authentiques, sans pour cela céder à une quelconque nostalgie rétrograde. Nous aurons ainsi l'occasion, avant longtemps, de découvrir le Clos du Jaugueyron, la Closerie des Moussis, mais aussi le Château de Boston à Soussans, autant de domaines peu enclins à céder aux sirènes d'une vinicolarisation mondiale des vins.

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Si vous n'avez pas programmé de visite dans le Médoc prochainement, vous pouvez vous rendre samedi prochain 18 mai au coeur de la Corrèze, à St Cernin de Larche, non loin de Brive la Gaillarde, à l'occasion du premier salon Au fil du vin, qui invite deux bonnes douzaines de vignerons "au plus près de leur terroir et de la nature"!... Et parmi eux, Christophe Landry, pour qui ce sera quasiment une première.

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10 mai 2013

T'en bois une tronche!... (6)

Séjour à Bordeaux!... Nous avons droit à un rideau de pluie pour le jeudi de l'Ascension!... Toute la pluie tombe sur moi (air connu)!... Ne reste plus qu'à passer en cuisine. Passage au Bassin d'Arcachon pour dénicher quelques huîtres d'Irlande et de Gallice (cherchez l'erreur!), mais surtout des langoustines crues. Il faut dire que les morilles séchées n'attendent plus qu'elles, pour une recette de langoustines flambées au Cognac et aux morilles. Terrrrrible!...

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En soi, rien de très complexe, mais les arômes et saveurs se bousculent. Autant leur associer un vin qui décoiffe. Et pourquoi pas un Côtes du Jura 2008, du Domaine Macle, en mode oxydatif. Une sorte de mariage entre terre et mer, entre la montagne et l'océan.

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Voilà à peine quelques jours, les morilles jurassiques jouaient les perce-neige sur les hauteurs frontalières franco-suisses. Et ces langoustines courraient les océans. Il y avaient peu de chance qu'elles ne se rencontrent. Ce qui finalement se vérifie, puisque ces morilles ont vu le jour dans les vignes de Léognan. Rassurez-vous cependant, les crustacés n'ont pas été pêchés dans un lac de moyenne montagne du Grand Est!...

Le vin, quant à lui, vient bien de Château-Châlon. Un des grands maîtres en la matière, Laurent Macle, Tronches de Vin (p 154) parmi les plus remarquables du grand Jura, nous a concocté ce nectar. 80% chardonnay et 20% savagnin, le tout doté d'un très beau support acide, permettant de répondre aux saveurs maritimes et capable d'insufler des notes de noisettes sèches et d'épices douces. Une expression des plus étonnantes, évoluant au long cours de la dégustation.

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Et à part ça?... Tout baigne! Vous reprendrez bien un peu de tarte aux fraises?... Demain, il fera beau, une virée dans le vignoble girondin s'impose!...

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05 mai 2013

Escapade gourmande et nantaise

Cela faisait longtemps que nous n'avions opté pour une telle petite soirée, lorsqu'un groupe d'une huitaine de personnes, sortant du bureau, saute dans un minibus affrété par Vigne'Horizons, à destination du vignoble du Muscadet et d'une jolie table de la ville de la Duchesse Anne, en Bretagne forcément, comme dirait Frédéric Niger Van Herck!...

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La soirée est plutôt douce et ensoleillée. Une petite heure de route nous sépare du Domaine de l'Ecu, au Landreau. Les vignerons Guy Bossard et son associé Frédéric avaient une journée chargée, agrémentée d'un petit casse-croûte, à Préfailles, du côté de chez Anne de Bretagne, ci-dessus déjà nommée. Au vu des photos apparues sur Facebook le midi, histoire d'illustrer le repas (il est joueur, Fred!), je me suis inquiété un instant du devenir notre rendez-vous... Mais, comme nous sommes l'un et l'autre un poil en retard (le quart d'heure vendéen, me direz-vous!), la visite peut commencer en temps et à l'heure.

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Petit tour, avant toute chose, dans les vignes et au chai, non loin de là. On peut y apprécier le récent décavaillonnage d'une vieille vigne de gros-plant sur un beau terroir de gneiss. Cette parcelle sera bientôt arrachée (trop de manquants) et replantée en melon. De Bourgogne, pas nantais!... Il s'agit du cépage du Muscadet (pour ceux qui l'ignoreraient encore!). Quant au melon nantais, il a souvent laissé sa place à la mâche, chez les maraîchers de la région.

On peut y apprécier également toutes ces petites pousses, symboles d'une renaissance annuelle, source d'espoir en une belle récolte... Et là, nous ne pouvons qu'avoir une pensée pour les vignerons du Saumurois qui, en quelques instants, le lundi précédent, ont vu ces fragiles bourgeons grillés par le gel. Très peu de dégâts par ici. Guy Bossard pense que c'est peut-être du à la lente remontée des températures au lever du jour, ce qui évite une sorte de flash, lorsque le soleil d'une journée très claire réchauffe l'air ambiant trop rapidement.

La proximité de parcelles conduites en conventionnel permet également à Frédéric de revenir un peu plus en détails sur ce qui oppose ce mode de culture à la biodynamie, méthode adoptée par Guy Bossard dès 1992 pour les premières parcelles, pour une généralisation en 1996 (de source vendéenne, en provenance de Brem sur Mer, où Thierry Michon dispose de quelques archives, lui qui fête d'ailleurs les 20 ans en Bio-D du Domaine St Nicolas!...), après déjà vingt années de conduite des vignes en agriculture biologique. Au passage, Frédéric précise que la méthode a des exigences le plus souvent respectées au Domaine de l'Ecu, mais qu'une certaine dose de pragmatisme ne nuit pas. Ainsi, lorsque les circonstances l'éxigent (telle une bonne dépression atlantique, à quelques encablures de l'océan et les pluies qu'elle véhicule), ce n'est pas un petit noeud lunaire sur le calendrier, qui va cloîtrer les vignerons devant l'écran de leur ordinateur jusqu'au lendemain, sous prétexte que...

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Au chai, découverte de la nouveauté du domaine : les amphores. A l'horizon, se profile une nouvelle cuvée, dont les jus millésimés 2012 sont issus pour partie de vignes sur granite. Malgré les difficultés que la méthode d'élevage implique, notamment l'évaporation, ou la transpiration, la dégustation de quelques jus laisse entrevoir de belles choses... Un peu de temps aussi, consacré aux rouges du domaine. Certains connaissent déjà un franc succès sur les salons du monde!... Même si ce ne sont que des échantillons prélevés sur amphores ou sur barriques. Pour un peu, tout aurait déjà franchi l'Atlantique!... Ces rouges sont au nombre de trois : un premier (en amphore) en mode résolument glouglou et cabernet franc, vinifié un peu façon semi-carbo (oui, je sais, ça devient compliqué de suivre!) qui devrait être mis en bouteille prochainement. Vous pouvez dégainer, mais il n'y en aura pas pour tout le monde!... Le second est également un cabernet, mais ayant suivi un cursus fermentation-macération plus classique, avec quelques pigeages et remontages en douceur. Il est doté d'une matière souple et de tannins assez polis. Enfin, le troisième est un pinot noir (sur gneiss et/ou granite, je ne me souviens plus...), élevé en barriques jusqu'à l'été prochain sans doute. C'est du haut-vol!... Reposez votre téléphone, c'est déjà trop tard!... A moins que...

Retour au caveau ensuite pour redécouvrir les différentes cuvées disponibles au domaine. En dégustant ces Muscadets successivement, les 2011 notamment, on peut apprécier les qualités et l'accessibilité du millésime, ainsi que deviner la nouvelle marche franchie par le domaine. Ainsi, les cuvées Gneiss, Orthogneiss et Granite, bien connues des amateurs passent un cap, qui est sans doute du à l'allongement de la durée des élevages (18 à 20 mois désormais). Ces trois vins, dont on ne pouvait que constater certaines années, la proximité d'expression et de texture (sauf pour granite parfois), semblent voler de leurs propres ailes désormais. Gneiss reste dans une logique plutôt tendre et facile, avec une approche caractéristique des sols siliceux, voire sablonneux (un peu comme un cabernet de Chinon ou Bourgueil sur sable, vis-à-vis des graviers ou des parcelles de coteau), Granite exprime une belle tension et du volume, alors qu'Orthogneiss est peut-être bien sur la plus haute marche du podium 2011!... Une très belle densité, un caractère vibratoire et une allonge remarquable!... Un Muscadet pour la prochaine décennie!... Enfin, Taurus 2011 nous fait passer dans une autre dimension et un autre univers. Où le melon de Bourgogne semble devoir mérité son nom d'origine. Le plus Beaunois des Muscadet du cru, sans nul doute!... A noter qu'une réflexion est en cours au domaine, quant à l'apparition d'une cuvée en cru communal de Goulaine. Affaire à suivre!...

Il est déjà plus de 21h!... Quelques cartons divers et variés dans le coffre et nous prenons la route de Nantes et du Picolo!... Encore le Picolo?... Ben oui, j'en connais qui sont accros!...

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Il faut dire qu'un récent message d'Eva avait de quoi faire saliver!... Elle a d'ailleurs tenté, voilà peu, de passer incognita au 6, rue Mazagran, mais ce n'était pas parfait (ah, ces stars des réseaux sociaux et de l'édition associés!), puisque quelques tweets n'ont pas manqué d'informer Thomas, le maître des lieux, vite rassuré par la teneur de commentaires illustrés ("Ah, les meilleurs ris de veau de toute la vie!"). Pas du genre à s'affoler Thomas, même quand les clients arrivent tard. Et un petit groupe de neuf personnes, ce n'est pas ce qui va l'effrayer! De toute façon, il a tous les atouts dans ces manches pour nous faire patienter, surtout dans sa cave. Et pour nous balader aux quatre coins du vignoble, nous piéger à volonté!... Ça commence avec la mise en bouche : Miss Terre 2012, de Marc Pesnot. A l'aveugle, je pars dans le Loir et Cher... Un régal! Va pas falloir tarder à passer à la Sénéchalière!...

Côté cuisine, un choix maritime nous est proposé : maquereaux marinés ou salade de couteaux, avec une sorte de petite julienne de légumes divers. Ça respire l'océan!... Avec, un chenin Panier de fruits 2009 de Jean-François Chéné en bonne forme. Thomas nous propose une transition assez remarquable : Le Moelleux de Muscat (genre 19 gr tonique) d'Anne-Marie Lavaysse, du domaine Le Petit Gimios, à St Jean de Minervois. J'avais déjà goûté un autre vin de ce domaine, lors d'un précédent passage... Une visite s'impose... avant longtemps.

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La suite nous régale d'avance. Nous avons à hésiter entre une andouillette maison et une recette de pieds de porc. J'opte pour la seconde et le régal pressenti est au rendez-vous!... Ça respire le bonheur dans l'assiette!...

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Jolie finesse, arômes, saveurs, cuisson des légumes tip-top.

Un premier rouge nous arrive en carafe. Roc cab' 2012 de Babass, Thomas n'ignorant rien de mes récentes visites dans le vignoble angevin. C'était facile pour lui, en la circonstance, puisqu'il est passé à Beaulieu sur Layon deux jours après moi!...

Pour conclure et en vue du dessert chocolaté, nous découvrons une très belle cuvée de Jean-Christophe Garnier et je dois avouer être passé à côté lors du dernier salon Anges Vins, prévoyant une prochaine visite au domaine. Mais, Les Tailles 2011, c'est une très belle réussite, avec une fraîcheur qui nous inspire un grolleau de bonne facture. Et c'est pourtant du cabernet!...

On se laisse glisser jusqu'au bout de la nuit, avec le gâteau fondant au chocolat et chacun admet volontiers la qualité du repas, goûteux et copieux et celle des accords proposés par Thomas Noble, grand maître en la matière, dont on ne peut que louer la connaissance parfaite de sa cave et la volonté intacte de transmettre sa passion aux Nantais (et quelques autres!), qui veulent bien se laisser guider au pays des vins naturels.

Le temps d'un petit café, une heure de route... Il est près de trois heures du matin lorsque je retrouve ma couette. Belle soirée nantaise!...

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01 mai 2013

Printemps 2013 : foutu climat!...

Il est à peine plus de huit heures du matin en ce 1er mai et un fort orage éclate à La Roche sur Yon, avec éclairs, coups de tonnerre, vent soutenu et forte pluie mêlée de grêle!...Qu'est-ce que c'est que cette histoire?... Du jamais vu à une telle date!... Ca donne envie d'aller chercher un brin de muguet, quelque part dans la ville désertée, à destination des belles z'encore z'endormies!... On a connu de plus jolis débuts mai, tels ceux qui nous permettaient d'aller pique-niquer à la plage, ou ramasser le muguet sauvage dans la forêt autour du circuit automobile de Linas-Montlhéry, à l'époque du Bol d'Or ou des 1000 kms de Paris... Nostalgie again!...

Mais, il y a pire que cette météo perturbée (depuis déjà quelques temps!), qui chagrine les humeurs urbaines. Dans le vignoble, le petit matin du lundi 29 avril a été quelque peu réfrigérant. Au point que la vigne renaissante et printanière, avec ce qu'elle contient d'espoir en une belle récolte, a parfois subi les assauts du gel matinal. Bien sur et à l'opposé de ce qui s'est passé les 20 et 21 avril 1991, tout le monde n'a pas eu à souffrir de la même peine. Mais, pour certains...

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St Emilion, le 23 avril 1991
Des images et une détresse parfois, qui contribuèrent à la création de La Pipette

Dès lundi midi, les réseaux sociaux bruissent de quelques échos en provenance de Saumur notamment. Antoine Sanzay, alerté par la température matinale (-3°C), file dans ses vignes des Poyeux, pour faire un constat amer. Les dégâts sont conséquents!... Difficile de ne pas céder à la détresse. En fin de journée de ce 1er mai, le vigneron de Varrains apporte quelques précisions : "J'ai 80% de mes vignes gelées à 80%!... J'ai pris gros!..."

D'autres échos nous parviennent, certains rassurants, d'autres moins :

Thomas Carsin, du Clos de l'Elu : "J'ai fait un rapide tour de vignes ce matin et je n'ai pas observé de dégâts. On avait pourtant -3°C ce matin, mais sur une durée courte, semble-t-il... On en saura plus dans les jours à venir."

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Du côté de Savennières, Tessa Laroche respire : "A priori, chez nous on a rien. Il faisait 0°C. Pour le Saumurois, je crois -4°C..."

En Côtes-de-Castillon, Thierry Valette, à Puy Arnaud, n'a pas constaté de problème non plus. A peu près le même constat, non loin de là, de la part d'André Chatenoud, au Château Bellevue, de Lussac : "Il faisait juste 0°C lundi matin, pas assez pour geler la vigne... mais j'ai entendu parler de dégâts en Sauternais et Graves, ainsi que quelques spots en Entre-Deux-Mers... Affaire à suivre!" Du côté du Domaine de Chevalier, en Pessac-Léognan, les tours anti-gel ont rempli leur office (l'alarme s'était déjà déclenchée samedi matin), mais quelques bordures de parcelles ont néanmoins été touchées. C'eut pu être bien pire!...

Valérye Mordelet, aux Loges de la Folie, a des nouvelles moins rassurantes : "La situation est très hétérogène sur Montlouis, selon les parcelles et forcément le destin marque certains plus que d'autres... Certaines vignes ont gelé entièrement, d'autres pas du tout (tant chez nous que chez les collègues). Certaines sont à peine touchées. Difficile de donner un chiffrage définitif, la vigne est une plante pleine de ressources et tous les bourgeons, à ce jour, ne sont pas éclos. Mais, nous n'avons pas été épargnés... après 2012, la situation devient compliquée et aléatoire pour notre encore "jeune" domaine. D'ici un mois, nous en saurons un peu plus..."

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En Loir-et-Cher, c'est Noella Morantin qui nous donne une tendance : "Nous sommes passés à côté cette année. Ouf!... Je sais que, malheureusement, beaucoup ont de gros dégâts... C'est dur." Pas besoin de long discours...

Peu de nouvelles d'Anjou à ce jour, mais le message en provenance de La Grange aux Belles, de Marc Houtin et Julien Bresteau, n'a rien de réconfortant : "On a quatre hectares touchés (cabernet franc et grolleau), dont un de cabernet franc carrément vendangé!..."

Plus loin vers l'est, Éric Nicolas, du Domaine de Bellivière, est en partie rassuré : "Quelques dégâts dans des bas de pente, où stagnait la brume, mais rien de vraiment alarmant, les aires touchées ne représentent pas grand'chose. Il faudra surveiller les pousses brunies. J'espère pour nos amis, qu'il n'y a pas trop de dégâts pour eux non plus..." En Pouilly-Fumé, Alexandre Bain signale qu'il n'a rien remarqué de négatif dans son vignoble.

Au Domaine Mélaric, Aymeric Hilaire est presque étonné : "Le Puy est passé totalement à côté! Pas un bourgeon de gelé! On a la chance d'être assez haut et de ne pas craindre la gelée, comme celle de lundi. Par rapport aux collègues de Champigny et de Montlouis, on a eu une sacrée veine!..."

En Anjou, Patrick Baudouin est quelque peu rassurant : "Pour l'instant, une parcelle de jeunes vignes en taille de formation... grillée, à Princé... compliqué cette année de travailler les sols à temps. Cela n'a pas du arranger les choses. Mais pas de désastre global, sous réserve d'inventaire complémentaire dans la semaine." De son côté, au Clau de Nell, Sylvain Potin respire : "Rien n'a été observé sur notre butte de Sauné, mais il est vrai que la peur était présente."

Avant de partir à la recherche de muguet pour sa dulcinée Catherine, Philippe Delesvaux nous rassure quelque peu : "C'est gentil de prendre des nouvelles, mais, non, pas de soucis ici. Il faut dire qu'on est en altitude!... Bon muguet!"

Un brin de muguet porte-bonheur, que nous offrons volontiers à tous les vignerons, chaque année, exposés aux conséquences d'un gel printanier, à une saison qui se veut régénératrice, mais qui, immanquablement, cache ce genre de turpitudes. Des évènements climatiques qui sonnent comme un rappel, ne pouvant que nous conforter dans l'idée que notre soutien, au quotidien, reste de bon aloi.

En fin de journée, Facebook apporte d'autres nouvelles. Ainsi, Lise et Bertrand Jousset, à Montlouis, semblent gravement touchés. Déjà en 2012... Du côté de Vauxrenard, en Beaujolais, Isabelle Perraud évoque, en publiant une photo prise ce jour, la grêle tombée pendant plusieurs minutes!... "C'est arrivé d'un coup! J'étais sur la route avant l'orage. C'est devenu tout gris, comme si la nuit allait tomber, avec un drôle de brouillard. Ca m'a angoisée... Et quand je suis arrivée, là, ça a commencé à grêler et ça a duré trop longtemps... On ne peut pas encore dire s'il y a beaucoup de mal, mais c'est pas bon..."

Une petite semaine passe. Nous attendions des nouvelles de Xavier Caillard, à Brézé. Elles ne sont guère bonnes... "Pas de miracle pour les vignes en position basse - c'est à dire pour l'ensemble du vignoble - surtout en ce printemps humide et "herbeux"... donc gelée sévère : minimum 50/75% (suivant reprise ou non des bourgeons brunis et de la fertilité des cadets). Ce sera donc une fois de plus demi-récolte, au mieux. Presque une habitude... mais pourtant toujours aussi pénible à vivre et qui pourrait finir, à force, par devenir redhibitoire..." De son côté, Didier Chaffardon n'a pas été épargné non plus : "Dans la même veine et je ne crois pourtant pas rêver... J'ai un vraiment joli terroir à rouge, mais très gélif également. Bilan : entre 40 et 60% partis dans un autre songe... et un peu les boules je dois dire."

En Muscadet, Marc Ollivier est rassuré : "Pas de dégâts dans les Muscadet du Domaine de la Pépière. Pour les rouges, qui sont plutôt situés en bas des pentes, à peu près 25% de gelé."

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Pour oublier ces journées grises, quoi de mieux qu'une virée en Anjou?... Et celle que vous pourrez programmer entre le 11 et le 13 mai prochain, du côté de St Barthélémy d'Anjou, promet beaucoup. Il s'agira d'un week-end artistique et gastronomique - Vin & Compagnie - proposé par la Compagnie Jo Bithume, associée pour l'occasion aux Anges Vins et à En joue connection. On y trouvera donc la fine fleur des vignerons d'Anjou sans artifices et la visite permettra de découvrir le bouillonnement artistique angevin. Les plus gourmets de passage pourront aussi constater à quel point la région se situe parmi les plus gastronomiques.

Coté vignerons donc : Baraut, Battais, Baudouin, Bertin, Boutin, Bureau, Chaffardon, Chêné, Le Clos de l'Elu, Courault, Cousin, Crasnier, Daviau, Delatte, Delmée, Fleuret, Garnier, Garreau, La Grange aux Belles, Herbel, Hodgson, Lambert, Mahé, Marchais, Ménard, Mosse, Oosterlinck, Pithon Paillé, PZ, Rochard, Rocher, Les Roches Sèches, Saurigny, Les Vignes de Babass. Pas mal!...

Et côté scène : Mlle Orchestra, Le Petit Monde, Traz Fusion, Paddock.

Le samedi soir, il sera possible d'apprécier la belle cuisine de Rémi Fournier, le chef du restaurant angevin Chez Rémi. Pour résumer, un week-end que l'on pourra apprécier en famille. A noter à ce propos que l'entrée sera gratuite pour les enfants!...

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27 avril 2013

Vendredis du Vin # 55 : Extra-time : Grolleau marque!...

A l'invite de David Faria, alias le Bicéphale Buveur, les Vendredis du Vin, #55 nous emmène au foot!... C'est même l'angoisse du gardien de but au moment du penalty!... Ça, c'était le titre d'un film allemand de Wim Wanders, millésimé 1972, à l'époque où les cinéastes aimaient donner des titres à rallonges à leurs films. Je vous parle d'un temps...

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C'est l'heure de jour de foot donc. Y'a péno dans les arrêts de jeu!... Le gardien de but pose les talons de ses crampons sur sa ligne de but. A peine dix mètres le séparent du ballon, que l'avant-centre de l'équipe adverse vient de poser sur le point blanc, le point de penalty. Je suis à peine didactique là, parce que tout le monde ne maîtrise pas le sujet, je le sens bien.  L'attaquant va-t-il nous gratifier d'une panenka?... Dans les tribunes, les supporters des deux équipes se rongent les doigts jusqu'au sang. De quel côté sera l'exploit?... Vous ne savez pas tous ce que c'est que l'angoisse du supporter au moment du péno!... Le film en 72, la panenka en 76 et, pour ceux qui se souviennent, la finale de la Coupe de France 1971, qui fit chavirer la Bretagne, pour la dernière apparition de cette grande fête dans le stade de Colombes. Un stade en rouge et noir, qui chante Allez Rennes sur le ton de l'Ave Maria des pardons bretons bretonnants. C'était le 20 juin, fin de saison, les joueurs sont plutôt cuits. Tout le monde pense que Rennes a déjà joué sa finale en demi, battant Marseille... aux pénos, grâce notamment à son gardien Aubour, qui en arrête un certain nombre (malgré Skoblar, Magnusson et consorts!) et qui se permettra de jouer à la pétanque, lui le Tropézien, avec les artichauts envoyés sur la pelouse par les supporters bretons, en pleine finale!... Mais, c'était sans compter Keruzoré et André Guy, l'avant-centre de l'époque, qui marqua le seul but du match, sur penalty, sans prendre cependant le gardien lyonnais, Chauveau, à contre pied. Faut dire que ce n'était pas un filet de sole, celui-là!...

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Ah, insondable nostalgie!... Mais, revenons à nos moutons. David nous a demandé de parler de contre pied et plus exactement du vin qui vous envoie aux fraises ou aux pâquerettes, c'est selon les goûts. Et justement, en matière de goût, il nous arrive parfois d'avoir de ces surprises, notamment à table. Parmi les contre pieds les plus évidents, en matière d'accords mets-vins, le fait de servir un poisson avec du vin rouge. Certes, je vous l'accorde, il existe quelques recettes fameuses (lamproie, alose à la bordelaise), mais, on peut aussi tenter une sauce Bercy (histoire de digérer la réception de nos feuilles d'impôt!) composée comme il se doit d'échalottes et de champignons, le tout mouillé de vin rouge. Ce dernier peut être un grolleau angevin, tel que celui de Babass, le Groll'n roll 2011, avec sa structure légèrement acidulée, s'appuyant sur des notes de fruits routes, qui vous rappelle un instant, le temps des cerises... Là, à l'ombre du prunier, vous pouvez servir des filets de sole, après une courte cuisson au four, avec juste ce qu'il faut de fleur de sel et de poivre de Madagascar. Et vous souvenir de ces quelques bons moments passés dans les stades, lorsque les amoureux de foot étaient de vrais supporters...

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