La Pipette aux quatre vins

16 mai 2022

Viens planter ton cep! 2022

Les organisateurs avaient bien fait les choses!... Moins de deux jours après la victoire du FC Nantes en finale de la Coupe de France de football, ils avaient conviés quelques passionnés, afin de procéder à la plantation d'une nouvelle parcelle, du côté de Oudon, sur la rive droite de la Loire et du vignoble nantais. En plus, en ce 9 mai, nous avons eu droit à une journée estivale, de celles qui enchantent les vignerons, après quelques matinées réfrigérantes, à même celles-ci, de perturber leur sommeil et de réduire leurs efforts à néant, l'espace d'une aube glaciale.

DSC_2382

Le programme de la journée ne prévoyait pas de prendre d'assaut le château médiéval d'Oudon, cette aimable commune de Loire-Atlantique proche d'Ancenis, coincée entre l'autoroute A11, qui mène à Paris et la Loire qui elle, coule vers l'ouest, comme nul ne l'ignore. Elle fait aussi face à Champtoceaux, sur la rive gauche, dont le nom a été retenu pour identifier le seul cru communal en Muscadet Coteaux de la Loire, coteaux surplombant le fleuve sur ses deux rives. Les amateurs d'héraldique auront noté ce curieux blason aux armes de la famille des Malestroit, remontant à 1309. L'écu est d'un fond rouge. Y apparaissent neuf disques jaunes selon la définition suivante : "De gueules à neuf besants d'or, 3, 3 et 3. Rappelle la devise des Malestroit « Maison pleine d'écus ne grince jamais »." Pour un peu, on y verrait une sorte de plateau sur lequel seraient posés neuf verres de Muscadet!...

800px-Blason_fam_fr_de_MalestroitMais, avant même de penser aux écus, nous étions conviés à une petite randonnée nous menant sur une parcelle de gamay du Domaine Landron-Chartier, de Saint Géréon. Comme une petite vingtaine d'autres, ce domaine fait partie de l'association Les Vignes de Nantes, à l'initiative de cette journée. La première de ce genre, saluée unanimement, remontait à 2018, chez Jo Landron, à La Haye-Fouassière, mais les évènements climatiques printaniers de ces dernières années, plus la situation sanitaire, avaient interdit le renouvellement d'une journée permettant de réunir, cavistes, restaurateurs, amateurs, blogueurs autour des vignerons, contents de montrer au passage à ceux-ci, que leur métier n'est pas un métier facile!... Allons, il est temps de vous munir de plants, d'une "bicyclette" et de tenter de planter votre cep!...

Les participants sont invités à constituer des binômes et à se répartir dans la pente du coteau, en suivant la corde destinée à une plantation rectiligne. Un certain intervalle est requis, vis à vis de la densité de plantation demandée. On attrape le plantoir à vigne, aussi appelé cuillère tarrière, par ses deux poignées et on creuse à l'endroit indiqué. Cette année, la terre est sèche et légère sur cette parcelle réunissant gneiss et micaschistes. Premiers efforts. C'est à ce moment précis que notre dos se rappelle, pour certains, à notre bon souvenir!...

DSC_2369DSC_2370
DSC_2371DSC_2372

Quelques vignerons présents s'amusent sans doute de voir ces touristes de passage, mais ils se montrent tout-à-fait tolérents et prodiguent leurs conseils afin d'éviter les malfaçons. Il faut placer l'oeil de telle façon, à regarder la Loire et pas l'inverse, non sans avoir tremper les racines dans un seau contenant une substence destinée à les stimuler. Ne pas oublier de tasser avec le pied ou un baton adéquat. Bien sûr, le soir venu, le vigneron va devoir revenir modifier un tant soit peu la position de certains plans, mais surtout, par les temps qui courent, il va devoir les arroser et peut-être, plusieurs jours de suite...

DSC_2375DSC_2376
DSC_2377DSC_2378

Après de tels efforts, on se réconforte à la buvette installée en tête de rangs et on peut ainsi regagner la vallée en traversant la parcelle de vigne voisine, tout en appréciant la beauté de la nature cette année, qui explose malgré la sécheresse qui se confirme, le département du Maine-et-Loire tout proche étant déclaré alors, parmi ceux qui en souffre le plus.

DSC_2379DSC_2381DSC_2386DSC_2388

Et comme tout finit par un repas goûteux proposé cette année par Marché Noir, fumoir urbain nantais, précédé par une dégustation champêtre permettant de faire un tour d'horizon de tout ce que ces vignerons proposent, nous avons quitté Oudon repus et ravis!...

AFFICHE-VDN-SITE-1-pdf

Posté par PhilR à 17:24 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : ,


11 mai 2022

Back to Sicilia!... A la découverte de Marsala!...

Le Marsala, vous connaissez?... Mais si, ce vin que l'on destine à l'apéritif (au mieux) et le plus souvent comme auxiliaire de recettes de cuisine. On en trouve plus facilement dans des versions quasi industrielles, aux amandes ou aux jaunes d'oeufs, plutôt que classiques. Pourtant, me direz-vous, ciselez quelques échalottes, passez-les à la poêle, déglacez-les au Marsala et votre préparation de foie de veau, voire de ris de veau, vous offrira une alternative goûteuse à la traditionnelle escalope de veau au Marsala et au mascarpone, figurant sur tous les sites de cuisine des temps modernes!...

204406_w-684_h-242_q-70_m-crop

Lorsqu'on débarque à Marsala, on met ses pas dans ceux de l'Histoire, voire même de la légende. Retour en 1773, année pour laquelle on peut retenir le Tea Party, l'évènement se déroulant dans le port de Boston, aux Etats-Unis. Une cargaison de thé est jetée à l'eau pour protester contre le monopole accordé par l'Angleterre à la Compagnie des Indes Orientales.Trente mois plus tard, cela débouchera sur la Déclaration d'indépendance des Etats-Unis, le 4 juillet 1776. Au même moment, ou presque, naissait à St Malo, un certain Robert Surcouf, corsaire et armateur français, qui fit bien de la misère à la marine royale anglaise!... "Et merde pour le Roi d'Angleterre, Qui nous a déclaré la guerre!" (air connu)

the_boston_tea_party_16th_dece_hi

Au cours de cette même année, un marchand anglais, John Woodhouse, natif de Liverpool (you'llneverwalkalone), croise au large de la côte occidentale de la Sicile à bord de son brigantin, lorsqu'il est surpris par une violente tempête, l'obligeant à trouver refuge dans le port le plus proche. Ce sera Marsala. On imagine Woodhouse et une partie de l'équipage, encore dégoulinants des effets de la mer en furie, trouvant quelque réconfort dans une taverne locale, grâce à une série de verres du vin servi par le tavernier, que l'on nomme ici Perpetuum, sorte de solera couleur locale. Au bout de la nuit, il finit par trouver à cette boisson une certaine parenté avec les Xérès, Madère ou Porto, dont se délectent déjà ses compatriotes. Il en achète quelques barriques, les aditionne d'une bonne dose d'eau-de-vie pour les préserver des effets d'un si long voyage maritime et les expédie at home. Chez nos voisins britanniques, l'enthousiasme est immédiat!... Quelques années plus tard, John Woodhouse s'installe en Sicile, afin d'y mettre sur pied un commerce florissant. Bien servi par les évènements du début du XIXè siècle, la guerre avec Napoléon obligeant la marine anglaise à croiser, nombreuse, en Méditerranée, il va passer un deal avec Nelson, afin de fournir du Marsala à la flotte alors stationnée à Malte. Jusqu'à la Seconde Guerre mondiale dit-on, ce vin fera partie de la ration alimentaire quotidienne des marins de Sa Majesté!... Gââtés!...

marsala-square-1963-trapani-728x472

Marsala nous a souvent été présentée comme une appellation ne proposant que ces vins historiques qui régalaient nos voisins anglais. On imaginait volontiers ces grands espaces sous un soleil brûlant au coeur de l'été, ces caves coopératives dotées de cuves gigantesques et une production en copier-coller, millésime après millésime, destinée à proposer des vins de marque plutôt que des vins de lieux. Mais quid de la période "pré-britannique"?... De plus, quelques vignerons passionnés, comme Marco De Bartoli, ont donné une nouvelle impulsion à la fin du XXè siècle, en développant une gamme variée de blancs, de rouges, d'oxydatifs et de pétillants, ces derniers étant à même de donner un souffle nouveau aux vins de la région.

vignoble-de-marsala

Là aussi, comme dans d'autres appellations siciliennes, la dynamique locale s'appuie sur quelques référents, mais aussi désormais sur quelques représentants de la nouvelle génération, lesquels parfois installés sur bien moins de cinq hectares et "formés" par des talents tels que Nino Barraco, relèvent des défis en s'appuyant parfois sur la biodynamie et sur des méthodes de production moins interventionnistes, allant jusqu'aux vins naturels. En plus, aux côtés des cépages permettant de produire des vins liquoreux, comme ceux de l'Île de Pantelleria, à savoir zibibbo, moscato et malvasia, certains comme le grillo, tant en blancs secs qu'en pétillants, ouvrent des perspectives nouvelles à tous les amateurs.

images

Quelques belles découvertes au programme donc, des référents comme il se doit, comme ceux cités ci-dessus, mais aussi d'autres comme Abate, Angileri, Badalucco et Garcia, Bertolino, Ferracane, La Vela ou Manganaro et peut-être quelques surprises, comme en réserve toujours ce genre d'escapade.

Posté par PhilR à 16:50 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , ,

05 mai 2022

Muscadet : Domaine Les Trois Toits : l'aventure est au coin du cru!...

Dans le Pays Nantais, Il n'est pas certain qu'une vie suffise pour évoquer tous les domaines qui portent haut l'étendard de ces vins blancs secs, Muscadet de melon de Bourgogne et Gros-Plant de folle blanche, convenant si bien aux huîtres, poissons frits et coquillages. Et ce, malgré les choix des acteurs des décennies précédentes, au cours desquelles, dans les années 80 et 90, le vignoble passa de 8 000 à 13 000 hectares, sous l'impulsion notamment du négoce tout puissant. Au final, pour faire machine arrière, puisqu'on compte actuellement environ 7 500 hectares plantés et au moins, 40% des vignerons partant à la retraite dans les cinq prochaines années, avec seulement un domaine sur cinq repris et plutôt sous forme de micro-structures. Il se dit de plus en plus, çà et là, que la région recelle donc quelques pépites, parfois des vieilles vignes, sans oublier les parcelles de crus communaux non encore identifiées!... Les globe-trotters que furent ces dernières années Vincent Barbier et Cécile Perraud ne pouvaient y rester insensibles!...

Cecile Perraud & Vincent Barbier-WEB-2-C
Photo : @emelineboileauphotographie

Leur installation est assez récente, puisque la reprise du domaine, géré par Hubert Rousseau pendant vingt-cinq ans, remonte à 2019. Naguère, un domaine familial en polyculture, avant que leur prédécesseur n'opte exclusivement pour la vigne. Le Domaine Les Trois Toits, compte donc deux bâtiments se faisant face, l'un moderne et ergonomique, l'autre beaucoup plus ancien, composé de trois constructions mitoyennes, largement bâties du schiste local et couvertes de tuiles du pays. Qui dit trois bâtiments dit... trois toits et donc autant de possibilités de récupérer les eaux de pluie qui, en l'occurence, rejoignent deux cuves souterraines dans la cour, permettant de stocker tout le liquide nécessaire aux traitements d'une année, comme ce fut le cas en 2021. Malin!...

DSC_2352  DSC_2353

Avant de s'installer à Vertou, le couple de vignerons eut de multiples opportunités de faire tamponner ses passeports. Séjour à Conakry, en Guinée, histoire, au passage, de découvrir les huîtres de palétuviers, mais sans le Muscadet, puis retour à Paris, où Vincent créé notamment un cercle oenologique, ce qui lui permettra de faire d'agréables rencontres et de très belles dégustations multiples et variées. Ensuite, départ pour Beyrouth, où restant sans activité pendant quelques temps, il sillonne alors la plaine de la Bekaa à la découverte des domaines viticoles en plein essor. Suivront Montréal pendant cinq ans, puis Londres et retour en France pour mettre sur pieds le projet nantais. Tout au long de son parcours, le vigneron, créant des cercles d'amateurs de vins et de dégustation, mesura à quel point la passion pour le sujet est quasi générale, même si les approches des uns et des autres, ainsi que la culture vinique des passionnés est sujette à des perceptions différentes selon les territoires.

DSC_2354  DSC_2351

Le domaine comprend à l'heure actuelle une vingtaine d'hectares sur trois secteurs principaux, y compris les quelques arpents de gamay, de côt, de merlot, de folle blanche et même de vidal (à l'étude), influence québecoise, catégorie "cépages résistants" du côté de la Louée, devenue très vite le laboratoire en vraie grandeur des Trois Toits. Objectif : l'agroforesterie, plus précisément la vitiforesterie, appelée à devenir la règle sur tout l'ensemble des parcelles. Dès son arrivée, le couple de vignerons vertaviens rencontre le premier édile de la commune, à propos de quelques vignes en friche qui conviendraient bien à leur projet. Les négociations avec les propriétaires aboutissent vite et, au mois de décembre 2019, après dressage d'un véritable plan de bataille, les premiers arbres sont plantés tous les vingt-huit mètres, à sept mètres d'intervalle, soit cinquante-cinq arbres à l'hectare. On trouve là : merisiers, tilleuls, ormes de Lutèce, pommiers et poiriers francs de pied et quelques pêchers de vigne, pour la gourmandise du vigneron et ses souvenirs de la vigne de son grand-père.

DSC_2357  DSC_2358

Un long et patient labeur commence alors, pour aboutir à la plantation de neuf rangs de gamay et de neuf rangs de côt au printemps 2021, plus un peu de merlot, sans oublier le seigle et le trèfle, couverts qui seront roulés très bientôt, afin de pailler l'ensemble. La parcelle se compose principalement de micaschiste, mais aussi de quartz, avec des profondeurs de sol allant de soixante centimètres à un mètre. La biodiversité est protégée et développée, du fait de la conservation de friches, "HLM à lapins qui nous ont causé quelques soucis..." précise Vincent, au passage.

DSC_2360  DSC_2361

Un des aspects importants de l'ensemble, c'est la proximité de Vertou avec la grande métropole nantaise. Mais, néanmoins, on peut découvrir là des paysages partagés, même si la pression immobilière reste importante dans le secteur. Une bonne partie du domaine est située dans celui dit de La Nicolière, entourant les bâtiments, mais en plus de La Louée, c'est Le Bézier, ou La Ville au Blanc, qui transporte Vincent et Cécile vers le futur. En effet, ici, ils disposent d'environ deux hectares de melon de Bourgogne plantés sur des micaschistes parfois affleurants, ce qui en fait une parcelle du nouveau cru La Haye Fouassière, en cours d'étude par les instances. Ce devrait donc être le plus occidental des Crus Communaux et le plus proche de Nantes. Après tout, la légende veut que Saint Martin, lui-même, aurait créé une abbaye à Vertou dès le VIè siècle de notre ère et planté le premier cep de vigne du Muscadet!...

DSC_2362

En découvrant les vignes de ce lieu, on préssent la dimension passionnante de ce projet. Vincent le précise au passage : "Ici, les raisins produisent un jus hors du commun. J'ai tenté parfois de les assembler avec d'autres jus, mais impossible!... Le mariage ne fonctionne pas." L'espace devant nous forme une sorte de vallon avec de faibles déclivités, tourné vers le sud et donnant sur le bassin versant de la Sèvre, une des conditions sine qua non de son classement en cru. Le projet pourrait amener l'ensemble à une dizaine d'hectares de cru, pour lequel l'agroforesterie, en cours d'installation à La Louée, doit servir de laboratoire et restituer ainsi l'expérience acquise en la matière. Le tout comprendra l'installation d'un moyen de lutte contre le gel, sous forme d'un aspirateur à air froid, méthode utilisée par le vigneron lors de son séjour en Angleterre, intéressante pour son côté moins dévoreur d'énergie fossile. Un projet que le couple espère pouvoir partager, avec quelques proches et amis, par le biais de crowdfunding, ou financement participatif, outil qui ne manque pas de motiver quelques partenaires attentifs à de telles aventures, alliant production sincère et authentique, biodiversité et environnement.

DSC_2359

Du côté des vins, une diversité couleur locale, mais une gamme bien composée. En premier lieu, la "Gamme Domaine", comprenant un premier Muscadet, mais surtout un Gros-Plant distingué et original, avec une composante citronnée et une vigueur notoire, ainsi qu'un Abouriou rosé. Ensuite, la "Gamme Jules Verne", pour insuffler le voyage dans les verres et pour rendre hommage au célèbre écrivain nantais. Deux Muscadet la composent, Philéas et Cyrus, le second en mode nature, levures indigènes et sans sulfites ajoutés, sans oublier Ardan, un gamay audacieux, qui pourrait vous envoyer sur la Lune, lors de longues soirées entre amis, sur une terrasse estivale. Le tout est complété par la "Gamme Bulles" comprenant des "Vins mousseux de qualité", selon la dénomination officielle, Extra Dry en blanc et rosé, ainsi que deux pétillants naturels (Gun Club) dans les mêmes couleurs. A noter aussi une méthode traditionnelle, La Stilla (la cantatrice du Château des Carpathes, de Jules Verne, à ne pas confondre avec la Castafiore d'Hergé!), à base de folle blanche, qui ne manque pas de charme. Enfin, on peut se pencher aussi sur des cuvées de printemps telles que La Plage, issue d'une parcelle de sable et de petits graviers (l'idéal pour les cavistes balnéaires!) et Rooftop, en provenance des sols de schiste du domaine. A noter enfin que, dès le mois de juin prochain, sera mis en bouteilles la première version du cru La Haye Fouassière, millésimée 2020 (en 2021, il n'y en aura qu'une barrique), dont l'échantillon brut de cuve, disponible à ce jour, laisse entrevoir de beaux lendemains, après dix-huit mois d'élevage. Refaite vos gammes! Cuisine de poissons et crustacés se profilent!...

Une nouvelle aventure qui s'inscrit donc sur le temps long, indiscutablement. Mais, un défi qui ne fait pas peur à Vincent et Cécile. Tous les deux marathoniens, ils savent mieux que quiconque endurer ces efforts au long cours et en apprécier aussi toute la saveur.

18 février 2022

A Bordeaux, ils apportent du Listrac et du Moulis au moulin!...

Février en Médoc. Le vignoble sort doucement de sa léthargie hivernale. Les Grands Crus se tournent du côté de l'estuaire de la Gironde, au moment où les jours allongent. Leurs grandes façades de pierres blondes, ainsi que certains vestiges du temps jadis, vont bientôt se mirer dans l'eau tranquille. La plupart des vignerons le disent : "Heureusement, on a le sentiment d'avoir eu un hiver!..." Nous ne sommes qu'à la moitié du mois, mais la météo n'évoque pas la possibilité d'avoir, avant même la fin de celui-ci, ces chaudes après-midi qui font exploser la nature et la vigne, faisant craindre le contrecoup des matinées réfrigérantes du printemps.

DSC_2302

Si les AOC communales et médocaines les plus connues (Margaux, St Julien, Pauillac et St Estèphe) sont bordées par l'estuaire de la Gironde, deux autres, auxquelles on n'admet pas (à tort?) la même notoriété, sont au minimum à trois kilomètres de l'eau, orientées nord-est/sud-ouest. Au coeur de l'appellation Haut-Médoc, qui s'étend de Blanquefort, aux portes de la ville de Bordeaux, à Vertheuil et St Seurin de Cadourne, cinquante kilomètres plus au nord, aux confins du "Bas Médoc", Listrac et Moulis offrent une alternative gustative ne comptant aucun "cru classé" dans leurs rangs, mais le potentiel et la variété des terroirs (pas forcément identifiée strictement à ce jour) commence à intéresser les amateurs, en même temps qu'il suggère une part de remise en question aux vignerons. Les premiers ne manqueront pas de remarquer, lorsqu'ils (re)découvrent cette région, que bien des noms de Crus Bourgeois (Lestage, Fonréaud, Fourcas Hosten, etc...) apparaissant sur les panneaux d'affichage, les pancartes et les façades des deux crus, furent leurs amis des premiers instants de découverte de leur passion. Ceux-là même que l'on pouvait se procurer aisément sur les linéaires des magasins de proximité et ainsi, faire connaissance avec le "noble Bordeaux"!... Allons redécouvrir ce pays où, naguère, les moulins n'étaient pas rares!...

DSC_2293  DSC_2299

~ Lucie Mançais, Château Bois de la Gravette ~

23 ans, il n'est jamais trop tôt pour bien faire!... Corneille ne faisait-il pas dire à Rodrigue, dans Le Cid : "Je suis jeune, il est vrai ; mais aux âmes bien nées, la valeur n'attend point le nombre des années". A mi-chemin des villages de Moulis en Médoc et d'Avensan, un petit quartier résidentiel laisse un peu de place à quelques parcelles de vigne et au chai de Lucie Mançais, fraîchement installée depuis deux ans. Il est vrai qu'en 2020, nous avions tous le temps et le loisir de réfléchir, afin de se projeter dans un avenir meilleur.

DSC_2295  DSC_2294

Tout n'était pas écrit, lorsqu'en 2019, Lucie envisage, après une perspective de fac d'histoire, de devenir prof de sport!... Direction Font-Romeu et entrée en STAPS. Mais, finalement non... L'enseignement n'est pas forcément sa tasse de thé. Alors quoi?... Il y a bien ces quelques arpents de vigne, au coeur du Haut-Médoc... Tempête sous un crâne!... Il faut alors se réorienter afin de s'installer. Elle opte pour un bac professionnel viti-oeno en alternance, à Blanquefort. Les mauvaises langues disent que c'est la bonne voie... pour apprendre ce qu'il ne faut pas faire!... Mais, les bases permettent de se rassurer. En plus, elle va très vite se rapprocher de certains vignerons et vigneronnes du Medoc, parmi ceux qui "révolutionnent Bordeaux", comme le titrait en 2014 la Revue du Vin de France. Ces bios prêts à relever tous les défis!...

DSC_2292  DSC_2297

Vendanges en compagnie de Pascale Choime et Laurence Alias, à la Closerie des Moussis, apprentissage au Château des Graviers, avec Christophe Landry, un des plus grands talents du secteur, le tout du côté d'Arsac et Margaux, sans oublier la proximité avec Michel Théron et son Clos du Jaugueyron et désormais, avec son quasi-voisin Maxime Julliot (voir ci-dessous), à Listrac. Pas de doute, avec de tels conseillers, l'horizon n'est pas si sombre, malgré les doutes, notamment ceux liés aux affres d'une météo capricieuse, dont on sait bien qu'elle peut être dévastatrice.

Installée dès le début sur les 3,5 ha appartenant à ses grands-parents, une moitié en AOC Moulis et l'autre en AOC Listrac (fermage depuis dix ans), elle a aussitôt entamé une conversion vers l'agriculture biologique. Elle a depuis complété l'ensemble avec un fermage d'un hectare environ sur Listrac, certifié bio, soit au total désormais 4 ha 31. Si bien que tout sera certifié dès 2023. Notons qu'elle dispose, au passage, de locaux bien pensés et adaptés à la taille du domaine.

DSC_2298  DSC_2296

Dans cette récente période pour le moins crispante, au regard de tout ce qu'elle a à découvrir et intégrer, le tout s'aditionnant aux conséquences de la crise sanitaire, Lucie Mançais a mesuré l'importance de l'entraide, au sein d'un groupe de vignerons, qui sont souvent des voisins. Sans oublier le fait qu'elle est très largement épaulée par son père, qui ne travaille pas à plein temps avec elle, mais qui maîtrise toutes les taches inhérentes à la viticuture. Quelques barriques acquises à bas prix, un enjambeur rustique mais efficace, rendu disponible par un Cru Bourgeois du secteur, un ami graphiste attentif à ses idées d'étiquettes, il n'en faut pas plus pour se projeter dans le futur!... Si, avec le millésime 2021, pas moins de quatre cuvées seront proposées sur le marché (Mes grains de folie, Idyllik, etc, tout un programme!...), le premier essai sur 2020 - La Première Fois, trois mille bouteilles, vinifiées avec son cahier de cours - est de toute évidence, frappée d'un bon sens vigneron. Lucie estime qu'elle a tout à découvrir, de ses terroirs, de l'évolution en cours d'élevage, ce qui lui permettra de gagner en confiance. Elle voulait un premier vin de plaisir, accessible, simple mais exprimant sa personnalité de début d'aventure et c'est tout à fait raccord avec ses idées. On apprécie d'autant plus cette forme d'humilité qui, avouons-le, n'est pas forcément la règle dans le vignoble... Du coup, attendons avec patience ses futures nouveautés!...

DSC_2287  DSC_2286

~ Maxime Julliot, SKJ Domaines ~

A Listrac-Médoc, dans le petit bourg de Donissan, on trouve aisément le petit chai de Maxime Julliot. Il est séparé, par un petit chemin, de l'extrémité du chai à barriques du Château Reverdi (voir ci-dessous), appartenant à la famille Thomas et qui lui a mis à disposition dès le début de son aventure. La genèse de celle-ci remonte aussi à 2020. "C'était l'année des prises de décisions, de bilan, de défi!" Le quadragénaire a roulé sa bosse néanmoins, dans les vignobles de Bordeaux, de France et de Navarre. C'est sans doute ce qui lui a permis de basculer sur ce projet qui ne manque pas de relever un défi intéressant, avec quelques exigences de production, son vécu permettant de mieux savoir sur quel pied danser. L'idée de base : faire tout soi-même et faire le plus possible de vente directe!...

IMG_7562  IMG_7932
Photos : SKJ Domaines

D'origine parisienne et bourguignonne, Maxime Julliot découvre le vin dès sa jeunesse, pendant les repas familiaux toujours composés autour de quelques belles bouteilles de diverses origines, ouvertes au moment opportun. Nous sommes alors dans les années 80, on peut encore trouver quelques trésors et les conserver jusqu'à leur apogée, ce à quoi s'attache le grand-père du jeune homme. A sa sortie de l'ENITA (Ecole Nationale d'Ingénieurs des Travaux Agricoles, devenue Bordeaux Sciences Agro) au début des années 2000, le vigneron de Listrac entame un parcours somme toute classique : cave coopérative, puis passage au Château Luchey-Halde, propriété de l'ENITA, et d'autres à l'étranger, notamment la Bodega Chacra, en Patagonie, puis au Castello di Casole, en Toscane, non loin de Sienne.

DSC_2285  DSC_2282

Entre 2012 et 2021, il travaille à Listrac pour les Vignobles Jander, dont le Château Sémeillan-Mazeau, qui se trouve être, sous son impulsion, le premier ensemble de l'appellation à être certifié en bio dès 2014. Expérience solide qui le pousse vers une activité de conseil dans cette partie du Médoc, mais le "rêve de gosse" de faire son propre vin, "avec le libre choix en terme de culture, d'environnement et de création" est très fort. Avec son épouse, la décision est prise dès 2020 de créer SKJ Domaines, micro-structure à ce jour, sur moins de trois hectares, dont l'identité porte les initiales de leurs deux noms.

DSC_2280DSC_2279DSC_2283DSC_2284

Dès les vendanges 2020, il achète mille kilos de raisins pour un premier essai (seul vin disponible à ce jour, 55% cabernet sauvignon et 45% merlot en AOC Moulis), avant même d'acheter quelques arpents à un ancien coopérateur de la Cave de Listrac. Ces vignes avaient été vendues à la SAFER, qui les avait cédées à Pascale Choime et Laurence Alias désirant augmenter leurs surfaces disponibles, mais la distance avec Arsac les incite à les proposer à Maxime Julliot, qui n'en demandait pas tant pour lancer son aventure. Donc, au total, 35 ares sur Listrac et 2 ha 20 sur Moulis, dont un demi-hectare, dans le secteur du Château Mauvesin, sur une résurgence calcaire plutôt rare - "dont on se demande même ce qu'elle fait là!" - qui offre des merlots plus frais, propres à produire un vin de soif sans soufre, nature, destiné à la cuvée K 2021, alias Vinsansrien, 100% merlot éraflé, foulé aux pieds et vinifié en macération carbonique et en cuve béton.

IMG_3021  IMG_7787
Photos : SKJ Domaines

Listrac offre cependant des terroirs variés. Les géologues y ont identifié trois croupes de graves pyrénéennes, une de graves garonnaises et un plateau sur socle calcaire dans la partie centrale. Ainsi, le Château Fonréaud, par exemple, est situé sur une croupe où la roche mère calcaire affleure, par endroits, à une trentaine de centimètres. Dans certaines zones argilo-calcaires, on trouve aussi des marnes ou des molasses. L'AOC, apparue en 1957, s'étend sur 700 hectares plantés. Elle comprend un plateau à 43 mètres d'altitude, ce qui faisait d'elle, naguère, le "toit du Médoc", dans la communication ancienne. On comprend donc, de ce fait, la présence des moulins, puisque le canton de Castelnau en comptait près de quatre-vingt dix, aussi bien à eau qu'à vent, sur les quatre cents répartis dans la péninsule!...

La cuvée S 2021 pourrait être un Moulis, mais le vigneron a opté pour l'AOC Haut-Médoc, quelque chose qui parle davantage à la clientèle anglo-saxonne. Il s'agit de 90% de merlot et de 10% de cabernet sauvignon issus des parcelles situées à l'ouest de la route principale. Des terroirs classiques du Médoc, composés de sables et de graves, sur lesquels la concentration en tannins est parfois moindre. Cependant, l'ADN de la région intègre le fait que les vins doivent être aptes à supporter entre cinq et dix ans de bouteilles, d'où la nécessité d'un élevage sous bois. A l'écoulage, la moitié du volume est donc passée en barriques d'un et deux vins, le reste en cuve.

CD33C435-4D49-426B-A0B8-9014B1456BCFLa cuvée J 2021, quant à elle, sera bien un Moulis. "L'assemblage se veut plutôt pauillacais" selon le vigneron : 72% cabernet sauvignon et 28% merlot. Les 67 ares du premier composent en grande partie ce vin, dont l'élevage, d'une durée de douze à seize mois selon l'évolution, se fait sous bois neuf. Comme pour les autres cuvées, l'assemblage est opéré au sortir des fermentations malolactiques. Le vin se veut plus ambitieux, mais à ce stade, il demeure tout à fait cohérent avec l'ensemble.

Même si l'aventure ne fait que commencer pour Maxime Julliot, celui-ci laisse une place au jeu, option qu'il ne partage pas forcément avec ses collègues médocains. Du coup, comme d'autres de par le monde, ses trois mousquetaires (S,K et J) sont finalement quatre!... Dans un des espaces dont il dispose, une parcelle de Listrac complantée de cabernet sauvignon et de merlot sur argile, terroir plutôt froid sur lequel la maturité est parfois compliquée à atteindre, il souhaite s'inscrire dans des expériences successives, tous les ans, afin de mesurer la capacité de ce terroir à produire des vins décalés, peu en phase avec les canons locaux, mais avec un potentiel didactique, suceptible d'interpeller ses voisins et les amateurs. Pour ce millésime 2021, il s'agira d'un "french claret", aux reflets rosés, élevé en amphores jusqu'à l'été. Il s'appellera peut-être "Caberlot", si les douanes l'autorisent!... Mais rien ne dit que l'expérience soit renouvelée dans le futur!...

Comme on peut le voir, le Haut-Médoc se voit investi par quelques nouveaux vignerons à la démarche novatrice. Mais, de par leur trajectoire personnelle ou leurs racines locales, ils veulent s'inscrire dans une diversité de statuts, tout en étant intégrés à une tradition s'ouvrant à de nouveaux défis. Ainsi, on peut désormais citer d'autres propriétés, dans lesquelles les vignerons se tournent résolument vers le futur, comme par exemple le Château Liouner, de Daniel Bosq, à Listrac, ou encore le Château Anthonic, de la famille Cordonnier, à Moulis. Pas de doute, le Médoc offre désormais de nouveaux talents.

DSC_2288  DSC_2289

~ Vignobles Thomas, Listrac-Médoc ~

A Donissan, petit village vigneron médocain, le Château Reverdi est l'exemple même de domaine familial. Audrey Thomas et son frère Mathieu ont mis depuis une vingtaine d'années leurs pas dans ceux de leurs parents et grands-parents. Chaque génération se doit d'apporter sa pierre à l'édifice, de l'eau au moulin. La photo ci-dessous illustre à elle seule cette dimension familiale et patrimoniale. Prise au moment des vendanges, à la fin des années 50, elle montre une famille au grand complet, avec un grand-père natif du village, où les cousins venaient bien sûr prêter mains fortes et une grand-mère native de Surgères, dont toute la famille d'agriculteurs venait aussi des Charentes, pour participer à la cueillette.

-1--1-famille1
Photo : Vignobles Thomas

Une histoire familiale, en trois générations, qui n'aura pas fait des Vignobles Thomas un château en Espagne, mais qui aura permis de bâtir et de conforter un patrimoine des plus respectables, malgré les périodes difficiles, les crises et les calamités climatiques ne manquant pas de survenir parfois. C'est le grand-père, Georges, qui créé le Château Reverdi en 1953, achetant les trois hectares et, en même temps, le nom à une famille italienne. Le Château l'Ermitage, pour sa part, vient de la grand-mère, entretenu par Roger, le frère de Georges. Entre 1981 et 2003, la deuxième génération avec Christian et Danielle, les parents d'Audrey et Mathieu, apportent des évolutions importantes. D'abord, en 1995, la reprise du Chateau l'Ermitage dans le même giron, afin de créer les Vignobles Thomas. Celle-ci introduit la nécessité de restructurer le vignoble, qui atteint, comme aujourd'hui, une trentaine d'hectares. Des investissements importants, afin de développer les outils de productions, interviennent également. Un chai à barriques de 800 m² et une salle de dégustation voient le jour, juste avant la transmission à la génération en cours.

DSC_2290  DSC_2291

Celle-ci, depuis une vingtaine d'années, n'hésite pas à relever d'autres défis. Le vignoble est composé de six îlots distincts et compte au total 15 ha de cabernet sauvignon, 13 ha de merlot et 4 ha de petit verdot, ce dernier apparu en 2003 dans les assemblages, situé sur des sols plus argilo-calcaires et à la fois plus humides, mais dont on sent qu'il est appelé à faire évoluer, pour partie, l'identité des vins du Haut-Médoc. Depuis cinq à six ans, une profonde mutation est en cours au domaine : l'emploi des CMR a été banni en 2015, en même temps que le statut HVE a été adopté. Abandon des anti-botrytis depuis cinq ou six ans, puis travail du sol sous le rang depuis quatre ans. Le sentiment, au final, de conforter l'ADN paysan qu'Audrey et Mathieu revendiquent clairement. Mais, le véritable challenge que relèvent désormais le frère et la soeur, c'est le passage en agriculture biologique. 2022 est la deuxième année de conversion sur les trentes hectares. Malgré la perte de 70% de la récolte 2021 à cause du gel printanier, tous deux sont fermement décidés à surtout ne pas revenir en arrière, comme certains crus du secteur ont pu le faire après 2018 et les attaques féroces du mildiou, alors même qu'ils entamaient leur conversion...

vignoblesHeureusement, les Vignobles Thomas ont également conforté leurs capacités commerciales, en s'appuyant sur la reconnaissance de leurs pairs : lauréats de la Coupe des Crus Bourgeois avec le Château Reverdi 2014, ce dernier a accédé au statut de Cru Bourgeois Supérieur à compter du millésime 2018. Chacun accorde la valeur qu'il souhaite donner à ce genre de récompenses, mais elles restent néanmoins un signe de bonne santé et de cohérence, qui les rapprochent de crus possédant une plus grande notoriété. A la dégustation, Reverdi 2018 montre de belles qualités, qui n'ont plus rien à voir avec une "certaine rugosité", dont étaient affublés, voilà peu, les crus de Listrac, lorsqu'ils étaient récoltés en sous-maturité et en surproduction!... Autre vin disponible, Château l'Ermitage 2015, qui ne manque pas de charme, avec des tannins policés et une buvabilité faisant de lui un vin de plaisir, à mettre à table sans arrière-pensées. Ces deux crus représentent 80 à 90 000 bouteilles produites dans une année normale. Ils sont vendus pour l'essentiel en direct. Une quantité à peu près équivalente compose ce qu'on a coutume d'appeler les "seconds vins", en l'occurence Château Croix de Reverdi et Croix de Laborde, en Haut-Médoc, associant les jeunes vignes et les parcelles les moins qualitatives. Ces deux étiquettes sont distribuées par le négoce, qu'il soit français ou belge. La gamme est complétée par un rosé issu de cabernet sauvignon, ainsi que par une série de "cuvées éphémères", produites à l'occasion de la naissance des enfants de la quatrième génération!... Des séries limitées, bénéficiant d'un élevage de deux ans en barriques neuves. Eh, les enfants de la génération 4, vous savez ce qu'il vous reste à faire!... Relever les défis du futur et ouvrir de nouvelles portes, entrouvertes par vos parents, dans le Médoc du XXIè siècle...

01 janvier 2022

Bonne Année! 22, v'là 2022!...

Un rendez-vous incontournable : le Nouvel An!... Et à l'aube de l'année 2022, dont on espère qu'elle nous donnera enfin quelques certitudes, quoi de mieux qu'un phare positionné non loin du Cap de Bonne Espérance?... Espoir, espérance, en l'avenir, pour tous ceux qui nous entourent, ceux que l'on chérit. Les plus jeunes, que le cursus scolaire va mettre face à de nouvelles échéances. Les moins jeunes, ceux de la génération active, leurs parents, qui sont parfois secoués par les incertitudes, les doutes, la crainte de ne pas faire toujours de bons choix et la peur même, pour certains, de ne pas mettre tout en oeuvre pour les guider et leur ouvrir sereinement l'esprit, en leur donnant confiance en l'avenir. Allons! La remise en question, totale ou partielle, fait partie de la vie, ce n'est pas une quelconque punition. L'accepter, l'intégrer à son propre calendrier, parce qu'on sait qu'elle peut survenir, avec contrainte ou en toute liberté, c'est s'accepter soi-même...

17191535_10212300488485329_4022519409530691513_n  17264844_10212300505005742_8264445723947516461_n

Et puis, il y a tous ceux, de plus en plus nombreux dit-on, qui voient les années défiler. Les grands-parents, voire les arrière-grands-parents, qui vivent avec quelques souvenirs, oublient parfois de les partager... Leurs vies étaient teintées d'une part d'insouciance, à tel point qu'enfants et petits-enfants les taxeraient, pour certains, de coupables!... Allons donc! Les Trente Glorieuses, le Baby Boom!... De nos jours, nous sommes plutôt au coeur du Papy Boom et du Baby Krach!... A cette époque supposée bénie, il y avait la Guerre Froide pour se faire peur, sans oublier Belphégor à la télé en noir et blanc et quelques étés chauds (1975, 1976) où, pour certains comme moi, nous allions laisser nos Mobylettes, nos Peugeot 103 dès l'obtention de notre permis de conduire et partir ainsi à l'aventure à, au moins... trois cents kilomètres!... Oh les filles, oh les filles, elles me rendent marteau!... nous chantait chez Guy Lux le groupe Au Bonheur des Dames!...

17308813_10212300489965366_3329909913503972214_n

Pas de doute! Quoique l'on fasse, les vagues continueront à déferler!... N'y voyez pas une métaphore de la situation sanitaire actuelle... Je parle bien de celles que les surfeurs recherchent, ou encore des flots qui apportent des trésors sur le rivage... Asseyez-vous là, pour un moment, sur le sable des dunes et observez-les. Elles rythment votre vie et lui donnent tout son souffle... Bonne Année 2022 et bonne santé, à vous-mêmes et à tous ceux qui vous sont chers!...

Posté par PhilR à 00:12 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :


23 novembre 2021

Les Vignerons Bretons à Pordic (22) : en route pour le futur!

La vigne en Bretagne, c’est une vieille histoire, n’en déplaise à tous ceux qui éclatent de rire au moment où on les informe que l’on doit assister à l’Assemblée Générale annuelle de l’Association de Reconnaissance des Vins Bretons (ARVB) !... On situe au Vè siècle l’apparition des premières vignes à l’Abbaye de Landévennec, dans l’estuaire de l’Aulne, qui se jette dans la rade de Brest. Bien sûr, il fallait alors vendanger pour la tenue du culte. Au final, sur l’échelle du temps, quelque part entre l’Antiquité, la présence romaine et l’apparition des grands vignobles, en France notamment (Bourgogne, Coulée de Serrant…). Au début du XVIIIè siècle, nous sommes alors au cœur de ce qu’on appelle le « petit âge glaciaire ». En 1709, l’hiver est si froid qu’il gèle à pierre fendre et les pieds de vignes disparaissent. A cette époque, les Rois de France (Louis XIV et Louis XV) ainsi que Colbert veulent organiser le pays. Pour la Bretagne, on préconise alors la culture des céréales (le Pays Nantais y échappe du fait de l’existence du port de Nantes) et même la plantation de pommiers. Le cidre devient donc la boisson régionale. La vigne ne disparaît pas, car les nobles et l’Eglise veulent maintenir leur production pour le culte, mais est réduite à sa plus simple et rare expression. Néanmoins, en 1848, on n’en recense pas moins de 800 hectares cadastrés. Cependant, en 1960, on considère que la vigne a disparue de la carte de Bretagne, sa culture en étant purement et simplement interdite. La vigne n’étant acceptée que dans les départements dits viticoles, la Bretagne en étant exclue, la réglementation était alors impitoyable. Certains reçurent des injonctions pour procéder aux arrachages de l’existant.

DSC_2228  DSC_2229

Mais, ceci ne manqua pas de motiver certains « vignerons » pour se réunir et évoquer leur mésaventure. En 2005, une Association pour le Renouveau des Vins de Bretagne est créée, ses statuts déposés à la Préfecture des Côtes d’Armor fin 2006, parus au Journal Officiel en janvier 2007. Les vignes existantes sont alors recensées. Elles sont, pour la plupart, à caractère associatif et patrimonial. Bien sûr, si la culture de la vigne est interdite, la vente du vin l’est aussi. Il n’y a donc aucune porte de sortie possible pour ceux qui voudraient s’orienter vers une professionnalisation plus concrète. En 2015, le mot Renouveau est remplacé par Reconnaissance. En effet, l’association regroupe des membres issus des cinq départements de la Bretagne historique, y compris la Loire-Atlantique donc, mais celle-ci possédant plusieurs centaines d’hectares de vigne, elle ne peut pas vraiment revendiquer une quelconque forme de renouveau, puisque déjà reconnue. Même si les vignerons de ce département acceptent volontiers la « bretonnité » de leurs vins.

DSC_2236
Ci-dessus, de gauche à droite : Loïc Fourure (Co-Président, Theix-Noyalo), Karine Aliouane (Sud Finistère), Sylvie Guerrero (Secrétaire, Tréffiagat), Aymeric Blond (Trésorier-Adjoint, Baden), Aurélien Berthoud (Vice-Président, Auray), Emmanuel et Gwénael Prigent (Plouguiel), Julien Lefèvre (Co-Président, Merléac, devant) et Rémy Ferrand (Président de l'ARVB et Président d'Honneur de l'AVB)
Absents : Guillaume Beauché (Trésorier, Noyal Pontivy) et Catherine Bourdon (Secrétaire-Adjointe, St Pierre de Quiberon)

Cependant, en janvier 2016, la législation européenne évolue, donnant la possibilité à la France d’obtenir de nouveaux droits de plantation, valables pour tout le territoire (8000 hectares !). Quelques passionnés s’engouffrent alors dans cette nouvelle brèche, réclament et obtiennent des droits, puis créent des structures professionnelles, aux quatre coins de la Bretagne. On compte à ce jour, neuf vignes associatives, dix-neuf en exploitations, mais surtout environ quatre-vingt projets de vignes privées. De plus, une douzaine de « viticulteurs » (qui deviendront vignerons dès qu’ils pourront produire leurs premiers vins) se sont fédérés dans le cadre nouveau de la petite sœur de l’ARVB, qui s’appelle AVB (Association des Vignerons Bretons), dont le siège est situé au Lycée de Kerplous, à Auray, qui va dès cette année proposer une formation au BPREA (Brevet Professionnel de Responsable d’Exploitation Agricole), indispensable pour pouvoir s’installer et même un BPA travaux de la vigne et du vin, qui sera réservé aux salariés futurs de ces structures.

DSC_2234  DSC_2233

La nouvelle association s’est dotée d’une charte, avec quelques points forts : protéger et développer la biodiversité, n’utiliser aucun produit de synthèse, réaliser une vendange manuelle, respecter son terroir et le consommateur, favoriser le circuit court, etc… Elle se dit aussi proche du GAB (Groupement des Agriculteurs Biologiques). Même si certains ont déjà planté plusieurs hectares de vigne, le brain storming est en cours !... Ils savent tous à quel point il reste des axes de progrès, quelques-uns étant à même d’alimenter la discussion : choix des cépages, modes de conduite, connaissance des terroirs et même apprentissage des bonnes pratiques (taille par exemple) pour des viticulteurs, souvent néoruraux, ayant un parcours professionnel souvent aux antipodes de celui qu’ils ont choisi pour leur avenir.

Mais, la belle histoire pour ces quelques pionniers n’est pas sans connaître quelques anicroches, qu’ils étaient loin d’imaginer. Ainsi, Sylvie Guerrero, première vigneronne professionnelle à Treffiagat (29), a constaté les fortes pluies de l’année de plantation (2015), puis le gel, les dégâts causés par les sangliers, les chevreuils et les taupes et même le vol de 700 pieds de treixadura (cépage portugais) sur les 1800 plantés. Sept ans plus tard, il lui en reste 280 !... « Il faut avoir les nerfs solides ! » Certains projets, à Belle-Île notamment, sont contestés et fortement remis en cause, même si celui-ci vient d’obtenir l’aval du Préfet.

DSC_2231  DSC_2232

On comprend donc leur prudence et leur discrétion, surtout en attendant leurs premières vendanges et leurs premières bouteilles. On n’en est pas encore à réfléchir à la création d’un ODG (Organisme de Défense et de Gestion, les ex-syndicats viticoles), d’autant que le choix de cépages a orienté certains futurs vignerons dans des directions variées, voir étonnantes, avec l’option de planter des hybrides ou des « cépages résistants », ceci motivé notamment par l’orientation vers les circuits courts, permettant de trouver une clientèle sensible à une nouveauté et une identité locales. Et même si Valérie Bonnardot, climatologue de l’Université de Rennes, est venue à l’occasion de cette AG, confirmer que nous étions bien sur une pente ascendante, pour ce qui est des températures annuelles et descendante pour ce qui est de la moyenne des précipitations, chacun a bien conscience que l’on s’inscrit sur un temps long (avec en plus des hypothèses haute et basse pour ce qui est du réchauffement climatique), mais aussi sur la variabilité annuelle que l’on constate encore. On en a tous pour preuve la « fraîcheur » de l’année 2021. On ne peut perdre de vue que la température moyenne lors de la période végétative de la vigne, reste un point essentiel pour atteindre des taux de sucre suffisant et une maturité acceptable. Même si on fait le constat que les moyennes trentenaires à Bordeaux ou Angers, entre 1950 et 1980 sont proches de celles constatées en Bretagne de nos jours, elles ne sont pas une garantie pour atteindre la maturité phénolique des millésimes de bon niveau chaque année. Sauf à faire le choix de produire des vins moins alcoolisés, chose que certains amateurs réclament depuis quelques années, ou à ne mettre sur le marché que des vins effervescents, comme ceux apparus dans le sud de l’Angleterre ou à Jersey un temps. Mais, l’identité des Vins Bretons est peut-être là !... Laissons aux générations futures la liberté de proposer autre chose, s’ils constatent à la fin du XXIè siècle, que la Bretagne compte désormais nombre d’essences exotiques dans ses forêts et une faune en adéquation avec cette évolution. A suivre !

Organigramme AVB
Bureau de l'Association des Vignerons Bretons

Mais, il ne faut pas considérer cependant que ces femmes et ces hommes, jeunes pour la plupart, se complaisent dans une activité utopique, doucement rêveuse, porteuse, de plus, de supposés relents druidiques, dont on affuble parfois les Bretons. Non! Ils n'ont pas prévu de vendanger au moyen de serpes d'or et de vinifier au coeur d'une quelconque forêt de chênes, fut-elle la mythique Forêt des Carnutes, les raisins choisis par l'assemblée annuelle des druides, venus de toute la Bretagne!... Se lancer dans l'aventure du vin en 2021 implique que les bases soient bien posées et la notoriété voulue ne sera atteinte qu'en toute objectivité.

20211015_163716

Dans le cadre de l'Association des Vignerons Bretons (il y a d'autres projets existants ou en cours de création extérieurs), deux tendances sont apparues : la première, avec notamment Loïc Fourure, à Theix Noyalo, non loin de Vannes (56), qui a planté environ quatre hectares de cépages historiques (chenin, chardonnay, savagnin et pinot noir), issus de sélections massales. Après étude, ses sols sont souvent formés de granite décomposé, gneiss et orthogneiss, sous une forme sablo-argileuse, avec une faible proportion de limon. Julien Lefèvre, à Merléac (22) dispose, quant à lui, d'un sous-sol ardoisier. Catherine Bourdon, à St Pierre de Quiberon (56), a planté une sélection massale de chenin. Guillaume Hagnier, à Sarzeau (56), a opté pour une sélection clonale de chardonnay, cabernet franc et chenin. Le teixadura de Sylvie Guerrero, à Treffiagat (29), est issu également d'une sélection clonale. L'autre option est celle choisie par Aurélien Berthou par exemple. A Auray (56), il a fait le choix de cépages dits résistants, sauvignac et un autre à définir. A Plouguiel, dans les Côtes d'Armor, près de Tréguier, Emmanuel et Gwénael Prigent ont également choisi des cépages résistants, en l'occurence solaris, johanniter et peut-être un troisième qui pourrait être le floréal, cépage double-résistant, au mildiou et à l'oïdium. Le terroir breton, quant à lui, a quelques similitudes avec l'Anjou noir, à savoir granite, quelques veines de schiste, mais point de calcaire.

DSC_2238

Il nous tarde de découvrir et de déguster ces cuvées du futur!... Mais, il faudra encore patienter quelques années. On ne peut que souhaiter aux vignerons nouvellement installés de passer quelques saisons sans se heurter aux sempiternelles écarts de la météo, fut-elle océanique. Pas de gel tardif au printemps, des étés chauds et secs, mais pas trop, afin que le taux de sucre soit suffisant, mais que les jeunes vignes ne soient pas confrontées à un stress hydrique. On peut aussi leur souhaiter de trouver une identité propre à la région, en jetant les bases d'un futur où la vigne prend sa place dans l'économie régionale. Et peut-être le vin lui-même, également vecteur culturel de toutes les contrées où il est apparu voilà des siècles. Pourquoi pas en Bretagne?...

Posté par PhilR à 19:48 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags :

10 novembre 2021

En automne, la Bourgogne d'ambre et d'or!...

Quelle plus belle saison que l'automne pour programmer une escapade dans le vignoble bourguignon?... Et quelle plus belle et savoureuse idée que de réunir un comité de rédaction de revue viticole dans la ville de Beaune, afin de sortir du cadre resserré parfois des séances de dégustation, se voulant rigoureuses?... Venant des quatre coins du pays, ou presque et même voire plus loin, les membres de la revue Le Rouge et le Blanc se retrouvaient donc pour deux jours et quelques heures, à l'ombre des célèbres Hospices et face à quelques paysages classiques de la Côte d'Or, pour une cure façon séminaire, forcément salvatrice et motivante.

DSC_2167

La Bourgogne est une région patrimoniale par excellence. Beaune, elle-même, possède un charme particulier, avec son boulevard circulaire, sur lequel on découvre les remparts parfaitement conservés de la ville et le siège de quelques grandes maisons beaunoises. D'ailleurs, même nos plus grand(e)s dirigeant(e)s européen(e)s ne s'y trompent guère, puisqu'il arrive que l'attractivité de la ville les conduise jusqu'ici. De notre lieu de villégiature, sur le Boulevard Perpreuil, il nous était donc aisé de gagner quelque bonne table, ou rejoindre le vignoble pour de jolies visites et de très belles dégustations.

DSC_2128DSC_2130DSC_2135
DSC_2131
DSC_2134

La première étape gourmande fût pour La Table du Square, sise 26, Boulevard du Maréchal Foch, c'est-à-dire à une petite quinzaine de minutes à pied de l'hôtel, ce qui s'avère souvent le bon choix, afin d'encourager la digestion. Mais, la qualité de la cuisine et le niveau des vins dégustés (non, vous n'en aurez pas la liste exhaustive!...) devaient faciliter cette dernière et nous permettre de nous réjouir de cette première soirée. Mais, passons aux choses sérieuses...

DSC_2146  DSC_2140

~ Clos du Cellier aux Moines ~

Philippe Pascal ne cache pas son plaisir de nous accueillir chez lui, à Givry, dans le cadre du très beau décor du Domaine du Cellier aux Moines. Propriétaire depuis 2004, le couple Pascal prend pied progressivement dans un site viticole historique qui, à lui seul, porte l'exigence d'une production sur un tel cru. Ici, chaque pierre, chaque parcelle de vigne est histoire. On peut chaque jour, faire preuve de l'humilité qui sied à ce genre de lieu longtemps monastique, manier l'humour qui se doit et faire face, avec une certaine bonhomie, aux méandres météorologiques auxquels un tel coteau est exposé, on admet volontiers que la survie et au-delà de celle-ci, la transmission souhaitée d'une terre viticole historique comme Le Clos du Cellier aux Moines, n'est pas toujours de tout repos. Lorsque la pluie cesse, il doit être bon de chausser de bons brodequins et de profiter d'une matinée paisible, juste après les vendanges, lorsque les jus sont en cave et de profiter de la vue du haut de ce coteau largement exposé au sud. Pour un peu, on jurerait entendre le bruit des sabots dans le chemin, ou celui des outils heurtant la pierre blanche dans les rangs, à moins que là, ce ne soit la voix du laboureur derrière son cheval, remontant la terre... Pas de doute, nous avons pris pied sur la passerelle du temps...

DSC_2152  DSC_2143

Il est toujours assez savoureux d'écouter l'hôte d'un tel lieux, lorsqu'il évoque ceux qui l'ont précédé. Même s'il en respecte la chronologie historique bien connue ici et le statut des acteurs successifs, Philippe Pascal nous présente un résumé qui court sur pas moins de dix siècles. Une gageure!... Il nous rappelle donc que l'Abbaye de Cluny, fondée par des moines bénédictins un peu plus au sud et apparue dès 910, semble alors vivre, cent ans plus tard, dans une certaine oppulence, ce qui n'est pas du goût de certains moines. Quelques-uns partent en quête de nouvelles terres, marchant vers le nord et vont ainsi créer l'Abbaye de Citeaux en 1098, fondatrice de l'ordre cistercien. Ce nouvel ordre monastique connaît un essor considérable dans toute l'Europe, mais après avoir construit des bâtiments d'exploitation viticole, puis un noble château au Clos de Vougeot, des moines, dix ans plus tard, toujours en quête de terroirs viticoles (on sait leur abnégation pour les définir) repartent vers Chalon sur Saône plus au sud, pour construire l'Abbaye de la Ferté, en 1113. De là, les moines vont recevoir des terres du Duc de Bourgogne. On sait désormais que vers 1130, la donation de nouvelles terres à Givry leur permet de construire le cellier, base du Clos des Moines actuel. Ce cellier fut remodelé plusieurs fois au fil des années et des siècles, mais les moines l'occupèrent à priori sans discontinuer jusqu'à la Révolution. Nous sommes là dans une ferme et une grange cisterciennes et non pas une abbaye, la chapelle datant de 1840. Le pressoir est daté de 1739, le bois venant de la forêt de la Ferté.

DSC_2145  DSC_2148

Catherine, bourguignonne d'origine et Philippe Pascal étaient sans doute motivés par une sorte d'envie de retour à la terre. Lui fut pendant sa carrière un éminent capitaine d'industrie, passé par la Sopexa, à New York pendant une décennie, puis par le groupe de luxe LVMH, où il dirigea notamment quelques grandes maisons champenoises. Avant de prendre sa retraite, il s'attacha à développer un groupe de maisons horlogères et joaillères. Mais, l'horloge du temps l'incita à prendre pied à Givry. Un défi qui demandait dès le départ une ambition certaine pour réussir. Depuis l'origine, le Clos du Cellier aux Moines compte 12,5 ha d'un même coteau, mais celui-ci est désormais exploité par trois domaines, la famille chalonnaise qui en était propriétaire depuis 1840 n'en avait gardé que 5 ha, surface achetée par les Pascal.

DSC_2141  DSC_2155

Les premières années, Philippe Pascal les qualifie volontiers de "rugueuses", à l'image des tannins des premières cuvées. En effet, disposant de vieilles vignes et d'un terroir composé en partie de marnes calcaires blanches en milieu de coteau, le potentiel semble là. Mais, à l'image de Givry, le pinot noir planté sur le clos fut longtemps qualifié de "grossier" et destiné à une production de gros volumes, que l'appellation produisait notamment à destination du bassin minier du Creusot, lorsqu'il était en pleine activité. Le marché pouvait être fleurissant, mais peu propice à la valorisation du cru. Au Cellier aux Moines, fut donc prise la décision dès 2008, de procéder à des arrachages successifs, parcelle par parcelle, de trente à quarante ares, afin de replanter des pinots fins et très fins issus d'une sélection massale attentive. Dans un même temps, des parcelles en coteau furent également plantées, ce qui ne manqua pas d'inspirer quelques voisins, alors même que la plupart de ces secteurs étaient abandonnés depuis la crise du phylloxéra et la Première Guerre Mondiale.

DSC_2147  DSC_2157

Les axes de progrès enclanchés ensuite traduisent une volonté implacable de s'orienter vers une haute qualité des vins. Dès 2006, arrêt de tout désherbage chimique et reprise des labours et griffages, ainsi qu'une utilisation des fumures organiques en lieu et place des engrais. En 2009, la famille Pascal décide de faire renaître le Clos Pascal Monopole (en tout point remarquable, lors de la dégustation!), dans le haut du vignoble, entouré de mûrs. 27 ares très caillouteux, posés sur une dalle de calcaire oolithique et plantés à 13500 pieds/hectare, conduits en échalas depuis 2016, sans rognage, ceci tendant à se généraliser depuis pour les autres parcelles replantées, sans oublier l'adoption de la taille Guyot-Poussard, à priori déterminante pour protéger les flux de sève. En 2015, arrivée au domaine de Guillaume Marko, en tant que responsable technique. Dès 2016, premiers essais en bio. L'année suivante, l'ensemble du domaine est converti à l'agriculture biologique, avec une première approche de la biodynamie, finalement adoptée dès 2018.

DSC_2154  DSC_2158

Dans un souci de diversité et d'équilibre global, le Domaine du Cellier aux Moines fait l'acquisition dès 2012 de quelques parcelles de Premier Cru, en Chassagne-Montrachet et Puligny-Montrachet, ainsi qu'en Montagny et Santenay en 2017, soit un total d'une dizaine d'hectares, pour la production de blancs que le vigneron ne souhaite pas produire à Givry. Parallèlement, la pierre angulaire de la priopriété est bien la très réussie cuverie par gravité totale sur quatre niveaux, mise à l'étude et construite entre 2012 et 2015. Un remarquable outil apparu dans l'ancienne carrière même de Givry. Entre la vendange et la mise en bouteille, tout est mis en oeuvre pour que rien ne perturbe la production de grands vins. La dégustation qui vient ponctuer cette visite démontre à quel point le potentiel du Clos est représentatif d'une propriété s'inscrivant comme un référent à découvrir, parmi les grandes propriétés de Bourgogne, toutes appellations confondues. De plus, on peut compter sur toute l'équipe pour activer la part de remise en question (élevages?) propre aux domaines disposant encore de vignes jeunes, tant le terroir de ce cru séculaire offre des perspectives radieuses. En route pour le futur!...

DSC_2176  DSC_2178

~ Domaine Chandon de Briailles ~

L'ultime matinée nous permit d'apprécier une large dégustation dans le cadre charmant et historique du Domaine Chandon de Briailles, à Savigny lès Beaune, avec au passage, une météo des plus agréables. Je ne reviendrais pas en détails sur ce domaine, largement décrit dans le dernier numéro 142 de la revue Le Rouge et le blanc, avec en plus, une dégustation de Savigny-lès-Beaune, Pernand-Vergelesses, Corton, Corton Clos du Roi ou Corton Bressandes!... Des Premiers aux Grands Crus, une superbe gamme proposée par un domaine historique de la Côte, appartenant à la même famille depuis 1834, ce qui devient plutôt rare à ce niveau.

DSC_2180  DSC_2181

Large dégustation donc, au cours de laquelle nous (re)découvrons tous ces crus, tout en profitant de la douceur de la matinée, sa lumière mettant en valeur la robe des vins, l'odeur de la pierre blanche et celle quelque peu exhubérante des buis de la cour, sans oublier le vol des bourdons, intrigués peut-être, par les arômes du contenu de nos verres!... Il faut dire que l'ensemble est d'une qualité remarquable. Sans doute, la biodynamie adoptée depuis dix ans, ainsi que les différents choix pris depuis cette dernière décennie par le perfectionniste et autodidacte François de Nicolaÿ portent désormais leurs fruits : travail des sols au cheval (il y en a cinq au domaine) pour les 13,7 hectares, abandon du soufre dans les vignes au profit du lait écrémé, adoption de la taille Guyot-Poussard notamment.

DSC_2184  DSC_2177

Côté cave, des choix forts également : tri très strict à la vendange, les rouges sont traités par une sorte d'infusion patiente, puis sont élevés lentement en barriques rarement neuves (15%). Pressurage lent pour les blancs, élevages longs en grands volumes (demi-muids ou foudres) et pour l'ensemble une dose de sulfite limitée au strict nécessaire au moment de la mise. Résultat, des vins très accessibles dès leur jeunesse, mais conservant une pureté d'expression remarquable. Ce que l'on peut appeler des vins libres, évitant de vendre leur âme au diable!... N'ayant pu participer à la dégustation organisée dans les locaux de la revue l'été dernier, je dois avouer que la qualité de l'ensemble est bluffante!...

DSC_2188  DSC_2187

En guise de conclusion, l'étape gourmande du jour s'avérait aussi remarquable : La Ferme de la Ruchotte, située dans la campagne de Bligny sur Ouche (21), ferme-auberge dirigée par Frédéric Ménager, que les gourmets-gourmands ne peuvent pas ignorer!... Un festival de saveurs, une sélection de produits hors du commun et cette formule qui enchaîne... un certain nombre de plats (je n'en dirais pas plus!), acoompagnés de... l'eau vertueuse de Velleminfroy!... Comment ça, vous ne me croyez pas?...

DSC_2193DSC_2192
DSC_2194
DSC_2195DSC_2200DSC_2197

26 octobre 2021

Sicile baroque, au pays des terres et des pierres blanches

Après avoir tourné l'Etna par l'ouest, je rejoins une autre Sicile, entre Raguse et Syracuse. Cette région fut en grande partie détruite par un séisme, dit du Val di Noto (suivi d'un tsunami!), en janvier 1693. Toute la pointe sud-est de l'île est située sur un plateau calcaire, dit plateau hybléen, duquel émergent parfois des collines plus ou moins importantes, constituant un potentiel vignoble, que quelques vignerons tentent d'exploiter, au milieu d'une terre agricole, où les légumes, les agrumes, les amandiers, les caroubiers et les oliviers se disputent les surfaces disponibles. En fait, c'est la plaque africaine qui pousse vers le nord, ce qui en fait une zone sismique notoire. De plus, la pointe sud-est, le Capo Passaro, est située à la latitude de Tunis!... Pas étonnant, finalement, qu'il fasse quelques degrés de plus, bien appréciables, que sur le versant nord de l'Etna!...

DSC_2091

Une bonne heure de route m'attend pour rejoindre la région de Vittoria (non compris les bouchons pour travaux sur l'autoroute!), où je dois rencontrer Arianna Occhipinti, devenue une des stars de la Sicile. Ce détour par le versant occidental du volcan me permet de passer notamment par Bronte. Une ville souvent négligée par les guides touristiques, mais connue pour sa spécialité principale, les pistaches. Ici, tout le monde vous le dira : il n'y a de pistaches que de Bronte!... Même si la provenance de celles dont nous disposons le plus souvent pourrait vous surprendre. Ici, tout se fait à la main!... Et notamment la cueillette acrobatique sur les arbustes (arbres?) accrochés aux rochers, parfois sur des pentes abruptes. Le degré d'exigence impose de ne pas ramasser celles qui tombent à terre. Bien sûr, la présence d'une main d'oeuvre très qualifiée, notamment pour la taille, s'impose, ce qui a un coût... Mais, l'exception a un prix!...

DSC_2060  DSC_2048

Plus au sud donc, me voici dans l'appellation Cerasuolo di Vittoria. Cette DOC créée en 1973, est passée au statut de DOCG en 2005. Quelques domaines bien connus proposent de jolies bouteilles, comme Cos, Manenti, Pianogrillo ou Lamoresca, pour ne citer que ceux-là. Avec bien sûr, l'Azienda Agricola Arianna Occhipinti. Ici, ce sont les cépages nero d'avola et frappato qui, en rouge, sont associés le plus souvent dans des proportions voisines. Le blanc est issu, quant à lui, de moscato di Alessandria et albanelo, mais attention! une nouvelle cuvée, du seul cépage grillo et venant d'un territoire en altitude (500 m), sera disponible en 2022!... Nombreux sont ceux qui ventent, de par le monde, ses talents de vigneronne depuis quelques années, mais elle vient de rappeler, au passage, que le millésime 2021 est le dix-huitième qu'elle vinifie!... Comme le temps passe!...

DSC_2053  DSC_2058

En partageant, avec elle-même et toute son équipe, un plat de pâtes et quelques jolis flacons, on comprend que sa préoccupation est de diversifier quelque peu la production du domaine, notamment en développant un potager déjà conséquent, afin de tendre vers une polyculture agricole, y compris la production de céréales. A la question de savoir si elle trouve toujours, malgré ces années, les ressources face à l'exigence imposée dans le cadre d'un tel domaine, elle répond simplement : "Chaque vendange et chaque nouveau millésime est un renouveau, une renaissance!..." Elle ne manque certainement pas de projets, comme celui de la présentation d'une nouvelle cuvée, par exemple, mais précise avec humour qu'elle aspire, pour le moment, à prendre des vacances, en novembre peut-être, afin de franchir la Méditerranée et découvrir enfin ses racines au Maroc. Une notoriété, que l'on peut qualifier de mondiale désormais, n'empêche pas l'espoir et l'envie de satisfaire ces ressentis, qui vous font avancer plus loin. Même si Arianna ne manque pas d'apprécier tout ce qu'elle a pu construire avec le temps et, notamment, ce superbe domaine au coeur de sa région de Pedalino et de la Fossa di Lupo.

DSC_2059  DSC_2047

Voilà quelques semaines, je n'imaginais pas mettre le cap sur l'extrême sud-est de la Sicile, afin de partir à la rencontre d'autres vignerons et à la découverte d'autres contrées vinicoles, quelque part entre Raguse et Syracuse. Après tout, vous connaissiez vous-même cette appellation Eloro, apparue en 1994?... Elle englobe tout ou partie des territoires communaux de Noto, Pachino, Portopalo di Capo Passero et Rosolini, dans la province de Syracuse, ainsi que la commune d'Ispica pour celle de Raguse. Il y fait une température des plus agréables, mais rappelons que nous sommes là, à la latitude de Tunis, voire en dessous!... L'agriculture en plein champ ou sous serre est principalement dédiée à la tomate de Pachino (IGP), mais aussi à divers fruits et légumes. C'est une option et une découverte que je dois largement à l'ami Guy, qui passe plusieurs mois par an à Syracuse. En sa qualité de grand amateur de vin et de dégustation, je ne pouvais réagir défavorablement à ses suggestions : "Tu ne vas quand même pas te limiter aux vignerons les plus connus?! Il y en a par ici qui méritent le détour!..." Dont acte.

DSC_2065  DSC_2069

Une confortable chambre d'hôte dans un domaine viticole!... Pas mieux pour découvrir la région d'Ispica. Il s'agit là d'une petite ville (15000 habitants environ) revendiquant un style baroque, comme la plupart des autres cités de la contrée. En effet, en janvier 1693, un tremblement de terre détruisit la plupart des villes et villages du sud-est sicilien, faisant de très nombreuses victimes. La reconstruction s'appuya sur le style de l'époque, notamment aussi du fait de la domination espagnole en vigueur ici, à la fin du XVIIè et au début du XVIIIè siècle. En compagnie de Massimo Padova, du Domaine Riofavara, je vais entrevoir ce que la région offre comme particularités pour la production de vins de qualité. Nous avons changé de paysage. La mer est à moins de dix kilomètres et on trouve là des sols argileux, avec une forte présence de calcaire, sous forme de galets de tailles diverses. On y remarque des zones plates, partagées entre les légumes et des parcelles de nero d'avola, cépage vedette de la région. Mais, voilà quelques années, Massimo a acheté des terres sur une sorte de colline conique dominant tout le secteur. Elle s'appelle Miucia. Les plantations se succèdent, avec toutes les orientations que propose ce cône presque parfait. Du nero d'avola donc au sommet, mais aussi sur les faces est, sud et ouest, du moscato bianco au nord et à l'est (destiné au Moscato di Noto, autre appellation locale), un peu de grillo au nord-ouest, entrant dans la méthode traditionnelle et enfin, à l'est et au nord, ce que le vigneron appelle les "reliquia", à savoir cutrera, recunu et rucignola, des cépages blancs antiques, dont il a retrouvé des bois et qu'il destine à sa cuvée Nsajàr, qui lui donne beaucoup d'espoirs, dans une démarche s'orientant vers les variétés anciennes. Epatante découverte!...

DSC_2067  DSC_2068

A peine quinze minutes de petites routes distribuant des terres agricoles diverses me permettent d'atteindre une autre zone viticole. Ici, le secteur s'appelle Contrada Buonivini!... Y'a pas de hasard!... Dans la journée, je vais avoir l'occasion de découvrir deux options très différentes de la production vinicole locale. Elles permettent de rappeler que l'échelle des producteurs est large, mais que de tels exemples existent dans presque tous les pays : d'un côté un vigneron artisan passionné de vins naturels et de l'autre un domaine affichant de gros moyens financiers, mais non dénué de l'envie de bien faire, surtout quand tout le monde, propriétaires et acteurs sur place, a perçu le potentiel et l'énergie que le terroir propose.

DSC_2078  DSC_2079

Ici, on vous explique que vous êtes sur un territoire quasiment maritime, puisque la mer est à moins de sept kilomètres. La mer, que dis-je?... Les mers, puisque vers l'est, il s'agit de la Mer Ionienne et vers le sud, la Mer Méditerranée, avec Malte à guère plus de cent kilomètres!... Avec Guy et sa compagne, nous avons rendez-vous chez Salvatore "Turi" Marino, au coeur de son petit vignoble de cinq hectares, largement planté de néro d'avola. Mais, il nous propose aussi un brunch composé de spécialités siciliennes, préparées par son épouse Stefania, licenciée en histoire de l'art, qui a également conçu les très belles étiquettes des cuvées disponibles. Turi (c'est le diminutif sicilien de Salvatore) propose des vins naturels depuis 2017, sur la base d'une vigne appartenant à la famille de sa femme, mais pratique aussi une forme de polyculture (céréales, arbres fruitiers), à laquelle il est très attaché. Si son grand-père était tonnelier, fabricant de foudres grands volumes plus exactement, il est aussi connu pour son activité d'oenologue conseil, comme ce fut le cas notamment pour son imposant voisin à ses débuts, Marabino.

DSC_2083  DSC_2086

Avant de quitter la Cave Ox, à Solicchiata, j'ai eu droit à une ultime suggestion de Sandro Dibella. "Puisque tu vas du côté de Noto, passe voir Marabino!..." Ce n'était pas sur le ton de "Dis, t'as vu Monte Carlo?..." mais, j'aurais pu croire un instant à une plaisanterie, vu que ce nom m'était absolument inconnu. Je dois bien admettre, cependant, que la connaissance de ces domaines et de ces noms du sud-est de la Sicile relève d'une culture très affinée de la production sicilienne, que seuls quelques distributeurs locaux, voire importateurs pour le moins avisés possèdent. Ici, nous entrons dans une autre sphère...

DSC_2099  DSC_2108

Le domaine a été créé en 2002, sur une colline sablonneuse très calcaire, comme en attestent ses sols. Là encore, une situation permettant d'exploiter les différentes expositions, l'influence de la mer, qu'on aperçoit à l'horizon (sud et est), en plus d'une agriculture biologique, tendance biodynamie. De gros moyens financiers (il se murmure qu'ils viennent du pétrole...) ont permis de générer un ensemble impressionant, dans un superbe environnement. Il faut franchir un portail imposant, suivre une allée rectiligne bordée d'oliviers et de mûrs de pierres blanches (contraste saisissant avec les mûrs noirs de l'Etna) et pénétrer dans des locaux flambant neufs, que l'on a voulus dans le style local. La cour d'accueil est dans des proportions parfaites. Pavée, on y dépose pendant quelques jours, les grappes de raisins destinées au moscato passerillé et séché au soleil. Si ce n'est la teinte lie de vin des mûrs, on se croirait dans une très belle propriété du Médoc!...

DSC_2098  DSC_2094

C'est Pierpaolo Messina qui me permet de découvrir l'ensemble : une trentaine d'hectares, des sols calcaires aux couleurs nuancées, selon la proportion d'argile et, pour l'essentiel, du néro d'avola, un peu de chardonnay et de moscato bianco, du moscato di Noto et des oliviers de la variété Moresca. Un des objectifs principaux est de proposé des parcellaires nuancés eux aussi par les expositions. Avec pas moins d'une dizaine de rouges proposés lors de la dégustation, le tour d'horizon se révèle passionnant. Il semble que le cépage vedette de la région, le nero d'avola, soit des plus aptes à restituer le terroir. Si vous avez la Sicile à votre programme, voilà une option qu'il ne faut pas négliger!...

DSC_2092

Fin du séjour en Sicile!... Au travail, maintenant. Mais, on peut être certain que le potentiel de cette île n'est pas encore révélé. Avec le constat que plusieurs visites sont désormais nécessaires pour découvrir toute l'ampleur et la variété de cette production. Sans oublier les îles, de Pantelleria aux Eoliennes notamment. A suivre!...

Posté par PhilR à 10:03 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , ,

21 octobre 2021

Sicile, au pays de l'Etna et de ses terres noires

Première semaine d'octobre. Sur le versant nord de l'Etna, les vendanges battent leur plein ou sont programmées pour les tout prochains jours. L'arrivée, supposée se faire sous un ciel bleu et une belle lumière d'automne, se déroule sous le déluge d'un bel orage!... Chaud devant!... Je gagne en altitude et en activité météorologique intense. Je traverse Linguaglossa, Rovitello, pour atteindre sans encombres Solicchiata, mon quartier général pour les cinq prochains jours. C'est aussi un peu celui de tous les vignerons du coin. Il faut dire que la Cave Ox, de Sandro Dibella, est ouverte presque tout le temps et que le maître des lieux, passionné absolu "de vins, de nourriture et de la vie sur Terre", est vraiment un point de ralliement essentiel du vignoble local. D'ailleurs, l'après-midi est déjà bien avancée, mais en ce samedi, presque toutes les tables sont occupées!... A peine ai-je le temps de prendre possession de ma chambre et de ranger la voiture dans le parking, que j'ai déjà un premier rendez-vous (non prévu à l'origine) pour la matinée du lundi. Mieux, Sandro, dont le téléphone est plein des numéros de vignerons siciliens, me propose de découvrir un premier domaine avant la nuit!... Et comme, j'obtiens aussi de rencontrer un producteur de Randazzo, non loin de là, le dimanche matin, le programme s'annonce chargé!... Tant mieux!...

DSC_1945

La Strada Statale 120 (ou route nationale 120) traverse le nord de la Sicile, passant aux environs de sept cents mètres d'altitude, entre la vallée de l'Alcantara, fleuve côtier se jetant dans la Mer Ionienne et le flanc nord de l'Etna. Entre Randazzo, vert l'ouest, Castiglione di Sicilia, perché sur un éperon rocheux et Linguaglossa, vers l'est, la route traverse le meilleur du vignoble nord du célèbre volcan. On peut ainsi découvrir les localités qui la bordent, autant de frazione, comme on les appelle en Italie, Solicchiata, Passopisciaro ou Montelaguardia, jalonnant le parcours, un peu comme sur la D2 du Médoc ou l'ancienne RN 74, au coeur des grands crus bourguignons.

DSC_1975  DSC_1973

Qu'il pleuve, qu'il vente ou que la piscine avec vue sur le sommet de l'Etna de la Cave Ox vous tende les bras, il vous faut être vigilent. Ici, à chaque instant, vous pouvez recevoir un appel téléphonique ou une alerte émanant de Sandro Dibella, capable à toute heure de suggestions opportunes. En quelques minutes et le plus souvent, moins de dix kilomètres à parcourir, vous pouvez vous retrouver au milieu du vignoble, sur quelques terrasses bordées de mûrs noirs et de pierres de lave extraites du sol. Pas de doute, vous êtes au bon endroit pour rencontrer des talents bien connus (Frank Cornelissen, Vino di Anna, d'Eric Narioo et Anna Martens, ou quelques autres...), mais aussi d'autres, d'une moindre notoriété, mais prêts à relever quelques défis, au moment où la DOC Etna connaît un franc succès.

6a0120a6a21ac4970c0240a49de3dc200c

Plutôt qu'une carte routière classique, il peut être intéressant de consulter une carte comme celle ci-dessus. Dans le secteur qui nous motive plus particulièrement, elle situe l'aire d'appellation Etna, comme définie selon le décret du 11 août 1968 (en vert), ainsi que les différentes localités viticoles. On y voit aussi les courbes de niveau et la route parallèle à la SS 120, dite Quota Mille. Longue de vingt cinq kilomètres, tracée entre Bronte et Linguaglossa, elle est devenue une route stratégique pour le tourisme et la fréquentation de l'Etna. Lorsque vous rendez visite aux vignerons du coin, il n'est pas rare qu'un petit tour des vignes vous amène sur cette route, voire au-dessus, parce que nombre de parcelles et de terrasses au-dessus de mille mètres d'altitude sont réputées très qualitatives (cas de la contrada Barbabecchi notamment), alors qu'elles ne disposent pas de l'appellation Etna. Un paradoxe qui finira sans doute par être rectifié, après de longues négociations, comme c'est le cas en France, lorsqu'il s'agit de modifier une seule ligne d'un décret!... Suivez mon regard!...

DSC_1981  DSC_1951

Sur cette carte, apparaissent aussi les coulées de lave les plus récentes et les plus importantes. On y distingue celle de 1879, qui ravagea Passopisciaro, celle de 1911, qui s'insinua entre Solicchiata et Rovitello, ou encore celle de 1947, qui s'arrêta à la Cote 1000. La plus étonnante est peut-être celle de 1981. En mars de cette année-là un flux dévastateur menaça Randazzo, coupant routes et voies ferrées. Toutes ces coulées ne sont pas forcément du même type et elles se figent lorsqu'elles ne sont plus alimentées par le cratère. Mais, parfois, il faut prendre en compte sa vitesse d'écoulement pour en mesurer tous les dangers. Ainsi, celle de 1981 atteignit 100 mètres cube par seconde, ce qui est plutôt rare, d'autant qu'elle se produisit dans un secteur non touché depuis des siècles. En atteignant le vignoble, elle perdit de sa vitesse initiale, détruisit de nombreuses vignes, mais dévia de sa trajectoire, pour finalement atteindre la rive droite du fleuve sans envahir son lit. Ce genre de déviation est des plus rares, mais le vignoble de Bruno Ferrara par exemple, dans la Contrada Allegracore, fut épargné, puisque le flux s'en écarta à cent mètres près!... Mamma mia, la Madonna veillait!... Mais, en observant attentivement la topographie du paysage, on distingue aisément, presque partout, ces formes caractéristiques de coulées de magma, parfois très anciennes, mais qui modèlent les parcelles et les contrade* (au nombre de 133 dans toute l'appellation, dont 81 pour la seule zone nord de l'Etna).

DSC_2030  DSC_2004

Lorsqu'on circule mollement sur cette "route des vins" tortueuse à souhait et parfois très fréquentée à certaines heures (prenez garde, les "pilotes" de cars scolaires s'imaginent parfois au volant d'une Ferrrrari ou d'une Maserrrati sur le circuit automobile de Enna-Pergusa!...), on distingue quelques vieilles demeures parfois abandonnées, mais aussi des vignobles en cours de restauration, avec parfois des plantations récentes sur des terrasses remises en état. Ce qui traduit bien le dynamisme et l'essor d'une région viticole attirant de nouveaux investisseurs, dans la foulée de ceux arrivés depuis le début du siècle, comme autant de passionnés prêts aux paris les plus fous. Il faut bien dire que s'installer ici dans les années quatre-vingt-dix ou à la charnière des deux millénaires relevait alors de la gageure. Même si la réussite d'un Frank Cornelissen, par exemple, toujours prêt pour de nouvelles aventures (non loin de Passopisciaro...), a donné le ton et boosté l'enthousiasme des uns et des autres. Ce qui n'empêche pas ce dernier d'espérer qu'une dimension culturelle ne persiste pour tous ces nouveaux projets...

DSC_1990  DSC_1999

S'appuyant sur de vétustes palmento rénovés, dotés désormais d'un matériel moderne (et d'une exigence de qualité résolument à la hausse) ou en en construisant de nouveaux flambant neufs (Frank Cornelissen, encore lui, ne manque pas de conseiller aux intrépides néo-vignerons, que si on prévoit des locaux pour cent mille bouteilles, il faut construire pour le double!...), de nouveaux domaines ambitieux augmentent l'offre, au grand ravissement des amateurs. Cependant, à côté des Domaine Graci ou SRC Vini, voire Sciara, cher à Stef Yim, natif de Hong-Kong et passionné par l'Etna, tous présents dans le coeur de la "route des crus", d'autres initiatives se font jour. Ainsi, suite à une succession familiale ou guidés par la passion des grands vignobles, quelques jeunes (ou moins jeunes) récupèrent quelques arpents, font de nouvelles rencontres et se lancent dans une production certes artisanale, mais bigrement passionnante!... Demandez donc à Sandro Dibella, qui voit parfois arriver sur son bar de nouveaux échantillons et constate alors, à la dégustation, que les poils de ses bras se dressent tout seuls, tant ses sens sont mis en alerte par tant de qualité!... Ces nouveaux vignerons (et vigneronnes!) proposent parfois leur premier millésime. Ils ont pour nom Fabio Signorelli, Nerina Cardile ou encore Sonia Gambino, du côté de Maletto, sur le flanc ouest de la montagne. Lorsqu'on sait qu'une bonne proportion de vignes sont franches de pied et que certaines sont plus que centenaires, on imagine aisément cette volonté de s'y confronter, d'en proposer quelques bouteilles, plutôt que d'en vendre les raisins ou de les distribuer en vrac, comme c'était souvent le cas naguère... Alors, de nouvelles secousses telluriques, annonciatrices d'une éruption de talents?... A suivre!...

DSC_2034

*: Une contrada n'est pas l'équivalent d'un "cru" ni même d'un "climat", tel qu'on l'entend en France. Il s'agit plus d'une délimitation s'appuyant sur le cadastre, en attendant que des recherches plus... approfondies sur les sous-sols ne se fassent. Au-dessous de la Quota Mille, vous pouvez indiquer en toutes lettres le nom de la contrada sur l'étiquette. Au-dessus, vous êtes en IGT Terre Siciliane et vous devez vous contenter des initiales convenues (BB pour Barbabecchi par exemple), mais vous avez le droit de l'indiquer sur la contre-étiquette!... Sans parler des contrade qui sont de part et d'autre de la limite de l'appellation...

Posté par PhilR à 14:49 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : ,

24 septembre 2021

La Sicile, pour en finir avec les îles!...

Très provisoirement, je vous rassure!... Il faut bien admettre, cependant, que c'est un peu la limite pour se lancer dans de telles escapades. Il reste peu de temps avant que nous ne rentrions dans notre coquille, notre cocon hivernal. Prévu il y a juste un an, ce voyage avait du être annulé pour cause de confinement... Vous voyez ce que je veux dire?... Mais, l'idée de faire en quelques jours le tour de l'Etna, de rester sous son regard, lui crachant quelques fumerolles à intervalles réguliers, se faisant presque menaçant certains jours, a quelque chose de palpitant. Mais, finalement, il sera peut-être très sage pendant cette période, laissant paisiblement les vignerons du coin à leurs vendanges et les passionnés à leurs visites. A moins qu'il ne se prenne pour l'Eyjafjöll, son cousin islandais (vous ne vous souveniez pas de son nom, j'en suis certain!...), qui perturba le trafic aérien au printemps 2010. Un dicton populaire ne dit-il pas : "Lorsque le volcan éternue, Catane tremble!"

etna_doc

Catane. On surnomme parfois cette ville l"Athènes sicilienne, puisque créée par des colons grecs en 728 avant J-C. A Palerme, un rien jalouse, on la qualifie volontiers de "Milan du sud"!... C'est aussi une des villes les plus chaudes d'Europe et, cet été, elle a été servie!... Je vais donc la fuir rapidement, pour rejoindre Solicchiata, au nord du célèbre volcan. Une bourgade traversée par la Strada Statale 120, la route nationale qui traverse le nord de la Sicile, de Taormina à Termini. C'est là que se situe la Cave Ox Pizza Bar, chère à Sandro Dibella et sorte de quartier général de nombre de vignerons du coin. Et non des moindres!... Ainsi, dans un rayon d'une quinzaine de kilomètres, à Passopisciaro, Montelaguardia ou encore Randazzo, vous trouverez nombre de talents et référents : Frank Cornelissen, Anna Martens et Eric Narioo, Eduardo Torres Acosta et quelques autres du même calibre. Abondance de talents ne peut nuire, en la circonstance!...

paesi_etnei_parco_dell_etna_p5dfjhn6rm4565okypzj19h3lrlln4wygeub1s4skg

Arrivé par le versant est de la montagne, il serait bon ensuite de passer par l'ouest, fin de gagner le sud et la région de Vittoria. Là aussi, on trouve d'autres talents, avec en premier lieu Arianna Occhipinti, qui en est déjà à ses dix-huitièmes vendanges!... Comme le temps passe!... Dans ce secteur, on trouve aussi Cos, Manenti, Pianogrillo par exemple, tous devenus les promoteurs d'une viticulture saine et attachée à la tradition locale, mettant en valeur les cépages autochtones, avec autant de cuvées mondialement saluées désormais.

Arianna_Occhipinti_2015_harvest_18

Bien sur, ce séjour aurait pu être agrémenté d'autres contrées, d'autres îles, comme la Sicile le propose et le permet. Mais, je vais devoir zapper, pour l'instant, tout l'ouest de l'île, avec notamment l'appellation Marsala, le petit paradis de Pantelleria (que l'on réduit parfois trop facilement, en France, au "jardin secret de Carole Bouquet"), alors même que quelques pépites y sont cachées, sans oublier AOC Faro, du côté de Messine et surtout, à mon grand regret, les Îles Eoliennes, avec Vulcano et Salina notamment, refuges de quelques autres talents... Mais, vouloir nécessairement tout prévoir, au quart d'heure près, lors de ce genre d'escapade, peut être la source d'un relatif échec. Laissons faire le temps et le hasard!... Pour l'occasion, je me glisserai ensuite vers l'extrême sud-est de l'île, là même où l'Histoire nous rappelle que les Alliés débarquèrent à l'été 1943 (Opération Husky - sic!), afin d'ouvrir un nouveau front. C'est une partie que l'on appelle la Sicile baroque (j'ai failli écrire barrique!), de Raguse à Syracuse (j'aimerais tant voir... air connu!). Cette partie-là de la Sicile a également connu un très fort séisme en 1693, dit du Val di Noto, au point que nombre de cités furent reconstruites à quelque distance de leur lieu d'origine, comme c'est le cas pour Noto, ou encore Scicli. Mais, au-delà des épisodes telluriques ou éruptifs, la région est aussi connue pour ses oliviers, amandiers et arbres fruitiers porteurs d'agrumes en tous genres. Tout son charme en fait!... En plus de la vigne, bien sûr!... Affaire à suivre!...

Posté par PhilR à 11:48 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : ,