La Pipette aux quatre vins

18 décembre 2014

Instantanés de salons ligériens

A la croisée de novembre et décembre, on s'attend parfois à ce que la douceur d'une arrière-saison automnale laisse place aux premiers frimas. C'est bien ce qu'annonçait la météo nationale pour ce dernier week-end de novembre, mais pourtant, les deux salons de cette fin de semaine se déroulaient par des températures des plus modérées et agréables.

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Avant de flâner au bord du Layon le dimanche (notez à quel point son niveau est bas pour la saison, très loin des dramatiques hauteurs d'eau des fleuves côtiers du Sud-Est, ces derniers jours), il était bon également de passer par Saumur et plus exactement la commune voisine de Bagneux, où se déroulait la première édition de Saumur So Bio, réunissant une bonne vingtaine de vignerons du cru, défendant la pratique d'une agriculture biologique, au coeur des appellations Saumur et Saumur-Champigny.

Était-ce le fait que ce salon se déroulât dans les locaux d'un ancien domaine viticole appelé Domaine de la Bergère qui valut aux organisateurs un premier coup de semonces, sorte plutôt triviale de réponses des bergers à la bergère, avant même l'ouverture des festivités, ou l'organisation simultanée d'un autre salon regroupant des productions plus conventionnelles dans cette noble ville de Saumur, toujours est-il que les commentaires parus sur Saumur Kiosque, suite à la petite conférence de presse des organisateurs de Saumur So Bio, ont contribué à mettre le feu aux poudres, ce qui en soi n'est pas forcément anachronique, dans une ville qui compte (ou comptait) nombre d'artilleurs et de blindés en tous genres!... En joue, Saumur bio, feu!...

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A l'ouverture de cette néanmoins très sympathique manifestation, on pouvait deviner chez certains des organisateurs et responsables de la toute nouvelle association, que les propos tenus par quelques-uns de leurs "collègues" et voisins risquaient de laisser quelques traces, à l'heure où il arrive qu'on partage un p'tit blanc, toutes agricultures confondues, aux rares comptoirs encore ouverts dans les villages du Saumurois. D'autres ne pouvaient manquer de rappeler à cette occasion que cette virulence verbale et souvent écrite sous couvert de pseudo divers et variés, traduisait bien ce qui sépare encore les tenants de méthodes traditionnelles, de ceux qui militent, parfois fermement, pour une approche plus saine et attentive de la viticulture. Les premiers s'estimant injustement attaqués, les seconds rappelant à quel point les instances locales revêtent parfois les habits de despotes intolérants, voire tourmenteurs. Alors, maladresse verbale ou réactions épidermiques déplacées, chacun reste juge et filons déguster!...

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Saumur So Bio réunissait donc quelques talents de la région, certains vus et bus lors de diverses manifestations passées ou habituelles, puisqu'on trouvait là notamment quelques référents régionaux comme Philippe Gourdon et Thierry Germain par exemples, ou encore Éric Dubois, du célèbre Clos Cristal et bien sur des jeunes vignerons, qui se sont attaqués depuis quelques années déjà, à la face nord de la notoriété, non sans connaître de belles réussites et proposer ainsi de non moins belles quilles!...

Il faut citer là Aymeric Hillaire, du Domaine Mélaric, qui proposait Billes de Roche et Cerisaie, tant en blanc qu'en rouge, dans les millésimes 2011 et 2012, ainsi qu'un joli liquoreux 2011, dans le genre confidentiel et remarquable. Un président de So Bio à la hauteur!... Citons encore Antoine Sanzay, qui n'hésitait pas à mimer pour l'assistance la butte des Poyeux façon tai-chi, entre un verre de La Haye Dampierre 2013 et des Poyeux 2012, dans le genre cabernet franc qui peuvent aisément vous mettre dans un état second.

005Non loin de là, c'est Adrien Pire, frère jumeau de Guillaume, qui représente le Château de Fosse Sèche en ce samedi, avec Arcane 2013 et Eolithe 2011, toujours au top. Adrien, qui semble avoir pris ses marques à l'occasion de ces salons, où il faut parfois composer avec des clients potentiels aux connaissances diverses et variées, voire aux à priori quelque peu tenaces.

Lorsque le monde se presse dans cet ancien caveau de pierre blanche, sorte de couloir de correspondance (presque façon métro parisien) entre les époques viniques, il faut quand même prendre le temps de dialoguer avec Xavier Caillard, qui est toujours à Brézé, dans ses Jardins Esméraldins, mais qui va sans doute glisser avant longtemps vers l'ouest du Saumurois, pour se rapprocher de la frontière angevine. Une évolution importante, que nous pourrons sans doute évoquer sur pièce, dans quelques temps. En attendant, on se régale avec la trilogie des blancs secs, 2001, 2000 et 1999, sans oublier le 2001 liquoreux, qui oscille entre art liquide et magie des saveurs, avec son élevage de neuf années!... Le rouge 2003 est absolument au top (s'il vous en reste, tentez quelque chose avec une jolie préparation de foie de veau par exemple!), alors que le 2006, plutôt dans une phase de retrait, risque d'être tout simplement étonnant dans quelques années!...

On peut aussi citer les cuvées du Chateau Yvonne, de Mathieu Vallée, dont le parcellaire Le Gory 2011, Saumur blanc sous l'influence de l'élevage à ce stade, mais au potentiel intéressant, ou encore les vins de Loïc Terquem, installé depuis début 2009, sur les quatre hectares de La Folie Lucé, avec notamment L'Ecart 2013, un Saumur blanc issu de 37 ares d'un sol argilo-calcaire. Ultime découverte du jour, les vins de Gil Caborderie, installé depuis février 2012, du côté de Doué la Fontaine, dont nous aurons l'occasion de découvrir vignes et domaine avant longtemps.

020Du côté de St Aubin de Luigné, les Anges Vins donnaient rendez-vous à leurs fans ligériens pour la neuvième année consécutive (attention à la 10è en 2015!). Malgré les absences des Cousin, Leroy, Bernaudeau et autre Angeli pour diverses raisons, dont parfois le manque de stock, il y avait là matière à découvrir quelques cuvées récentes de la région du Layon. En plus de ces quelques absences, notons aussi la présence de la nouvelle génération à la table des Ménard, ainsi qu'à celle des Mosse, sans oublier Charly Robineau (et sa calculatrice téléphonique infaillible!) qui oeuvrait pour sa part à celle du Domaine de Bablut, Christophe Daviau se contentant, pour un dimanche, de jouer le rôle de manipulateur de diable, le moment venu. Rappelons au passage que cette dégustation-vente, à quelques semaines des fêtes, permet aux vignerons de rencontrer leurs clients et d'écouler des quantités non négligeables de flacons, ce qui tend à démontrer que cette manifestation atteint bien, au moins, l'un de ses buts.

Nous avons donc pu y croiser Toby Bainbridge qui proposait deux 2014 dans le genre tonique et frais : le grolleau Rouge aux Lèvres et le pet' nat' rosé La Danseuse. Le plus angevin des Britanniques ayant, semble-t-il, trouvé son rythme de croisière en précisant sa feuille de route (en anglais, the roadmap!), lui ouvrant petit à petit son horizon et préservant au passage son humour so british. Une gamme sincère et fraîche en toutes circonstances à ne pas oublier.

De son côté, Jean-Christophe Garnier propose toujours une série originale et spontanée, avec une gamme aromatique et un style que les amateurs connaissent bien désormais. A suivre, La Roche-Bézigon 2013, rencontre des deux rives du Layon et La Roche 2012, deux jolis blancs, puis le pet' nat' 2008 disponible depuis l'été dernier, ainsi qu'un assemblage rouge de gamay et de pineau d'Aunis.

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A l'extrémité de la même rangée, non loin de la cuisine, où bouillonne doucement la soupe incontournable et irremplaçable de Mileine Oosterlinck, Didier Chaffardon propose une série colorée qui ne manque pas d'étonner. Le vigneron s'amuse souvent des réactions de ses interlocuteurs-dégustateurs, tout en appréciant la visite de ce qu'il convient d'appeler ses "fans"!... Au programme, Douze heures angevignes, L'Ailé faon rose d'un jour, Le Rouzé 2012, Clopin Clopant 2013, catégorie grolleau tonique, L'Incrédule 2012, à la longue cuvaison de sept mois et la stupéfiante Confiturine 2011, sorte d'ovni (objet vinique non identifié!), titrant moins de 1° (non, il ne s'agit pas d'une erreur de frappe!) et totalisant pas moins de 550 gr de sucres résiduels!... Les plus inconditionnels, dit-on, en tartinent leur tranche de cake à l'heure du thé (oh my god!) !... Mais, cela ne tient-il pas désormais de la légende chaffardonesque?... Allez savoir!...

016Passage ensuite à la table du Domaine de Juchepie, où Eddy Oosterlinck propose toujours une remarquable série de chenins, du plus sec, Les Monts 2011, aux plus moelleux, La Passion 2010 qui ne manque jamais d'étonner, ainsi que Quintessence 2011, objet de toute l'attention des passionnés, ne manquant pas, quant à eux, de profiter longuement du moment. Ce qui est aussi l'occasion pour le vigneron de Faye d'Anjou d'évoquer ses nouvelles plantations sur un coteau "historique du Layon" défriché, donnant beaucoup d'espoirs (avec aussi la perspective de voir son fils se joindre à l'aventure d'ici quelques années), mais également de faire part de son désarroi face à la présence de drosophila suzukii, la mouche qui fait le buzz, détruisant parfois la vendange en cours de concentration en sucre et destinée à la production de liquoreux. Résultat au domaine, les raisins restants sont toujours sur pieds ou à terre et ce n'est malheureusemnt pas la première fois!... Comme avec d'autres producteurs, Eddy se met à espérer un hiver rigoureux pouvant peut-être enrayer le phénomène, voire permettre un rééquilibrage naturel de la chaîne alimentaire, alors même que l'identification d'un prédateur de l'insecte n'est pas avérée à ce jour. Dans le vignoble, il semble que l'on passe, en cette fin d'année, de la crainte pour l'avenir, d'une production très irrégulière de liquoreux (mais faut-il qu'elle soit nécessairement annuelle? diront certains, tentant de positiver, au regard de la demande de ce type de cuvées...), au déni, chez d'autres, de l'existence même du problème, alors qu'une réponse à l'aide de produits phytosanitaires (qu'ils soient naturels ou de synthèse) n'est pas annoncée pour l'avenir immédiat. On serait tenté imprudemment peut-être de s'en réjouir, mais c'est sans doute sans compter sur l'efficacité de quelques apprentis-sorciers de laboratoires de la chimie moderne!... Gageons qu'il conviendra certainement d'être vigilant, lorsque certains annonceront qu'ils connaissent la réponse au problème, forcément la panacée!...

019Après la dégustation d'un bol de soupe pour Madame PhR et d'un traditionnel sandwich au boudin noir pour ma part, transition plutôt fulgurante avec les cuvées toujours très nature de Babass : Brutal (en liaison avec les sudistes de La Sorga), Roc Cab' et Groll'n Roll, le tout dans les versions récentes et disponibles. A ses côtés, Jean-François Chéné et les cuvées de son domaine, La Coulée d'Ambrosia. Le vigneron de Beaulieu exprime aisément à quel point sa production correspond pleinement à sa sensibilité personnelle et à l'idée qu'il découvrit un jour, une autre façon de faire du vin, loin des canons de l'oenologie moderne certes (comme d'aucuns n'ont pas manqué de lui dire certains jours!), mais beaucoup plus proche de la construction de cuvées sur le fil parfois, mais expressives et intenses. La série proposée - Boit sans Soif 2012 (grolleau), Les Joues Rouges ou Panier de Fruits 2012, L'O2 fruits 2010 et Aphrodite 2009, sorte de vin de voile venu d'ailleurs, ou le plus jurassique des vins du Layon, illustre bien les intentions du vigneron. A revoir impérativement avant longtemps, sur pièce.

On n'oubliera pas la très cohérente série du Domaine de Bablut, ni le trio proposé par Stephan PZ, dont Un bout de chenin 2013, toujours égal à lui-même, dans le genre droit et frais, ainsi que Le Gué des Mûriers 2013 (grolleau) et La Pièce de la Barrière 2012, un cabernet franc angevin absolument sans soufre, de Bruno Rochard. Enfin, rendez-vous est désormais quasiment pris avec Benoît Courault, afin de découvrir quelques parcelles produisant et proposant une gamme connaissant de plus en plus de fans, comme, par exemple, le liquoreux étonnant La Faîne 2010, qui s'élève sans nul doute au niveau des Rouliers et autre Gilbourg, fers de lance du domaine.

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Agréable promenade en Layon donc, sous le soleil exactement, avant même que l'hiver ne daigne séjourner dans notre région... Avec d'autres salons, de Bruxelles à Paris ou de Rablay sur Layon à St Julien l'Ars, autant d'occasions de croiser le verre, en attendant les plus grands rendez-vous de Montpellier et d'Angers ou Saumur, fin janvier et début février 2015. D'ici là, belles fêtes de fin d'année à toutes et tous, visiteurs salonesques!... Portez-vous bien, abusez des bonnes choses, mais toujours avec modération!...

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29 novembre 2014

Château Massereau, à Barsac (33)

L'article du printemps dernier, paru dans une célèbre revue viticole, cherchant à nous démontrer que quelques irréductibles girondins pourraient bien se transformer en révolutionnaires de la dive bouteille, a sans doute fait long feu dans le landerneau local. Cependant, l'initiative révèle qu'un tant soit peu de curiosité peut nous mettre sur la piste de véritables révélations. Loin de l'intelligentsia bordelaise, qui a tendance à nous laisser entendre que, sans elle point de salut, forts de leur libre arbitre intact et de leurs convictions, certains domaines et châteaux proposent de remarquables vins, comme ceux de la famille Chaigneau, à Barsac.

013De prime abord, on peut penser que cette famille, originaire d'un petit village du nord de la Vendée, est somme toute installée là depuis plusieurs générations, se passant le relais pour entretenir le domaine et la flamme. En fait, il n'en est rien, puisque sous l'impulsion de l'un des fils, Jean-François, désirant devenir vigneron au moment où l'avenir doit se dessiner, toute la famille s'est mise en quête d'une propriété, pour ne franchir le portail de Massereau qu'en 2000. Une façon pour le moins singulière de prendre pied dans le troisième millénaire!... Très vite, le second fils, Philippe, a pris le parti et la charge de s'occuper des aspects commerciaux et promotionnels du cru.

Un joli château dans la campagne sauternaise, construit sur des bases très anciennes et souterraines, avec des apports successifs de tours et autres constructions, s'étant étalés du XVIè au XVIIIè siècle. Contemporain des règnes d'Henri III, Henri IV et Louis XIII, Jean Louis de Nogaret de La Valette, alias le Duc d'Epernon, en fait un élégant relai de chasse, lui qui est résident du proche château de Cadillac.

Beaucoup plus près de nous, Massereau a connu plusieurs propriétaires depuis 1986, dont la famille Castéjà (les vignes de Doisy-Védrines sont contiguës à celles du domaine), un couple de Suisses également présents du côté de St Emilion et Jean-Paul Lafragette, ex-propriétaire de Château Loudenne, dans le Médoc, désormais bien connu dans la région pour ses déboires judiciaires.

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Le domaine, c'est aujourd'hui une petit dizaine d'hectares, dont 1 ha 10 environ qui coulent de la terrasse du château jusqu'au Ciron, avec même les traces d'un ancien port, dit de Barsac, utilisé à une époque déjà ancienne, pour la très recherchée pierre, visible sur nombre de façades de la région. La proximité de la rivière est un gage de production de raisins botrytisés, dans le sens confit-rôti, comme c'est le cas pour le M de Massereau, obtenu après une cueillette grain par grain (avec une pince à cornichons si nécessaire!) et huit à douze tries successives. Utilisation d'un petit pressoir à cliquet pour une presse très longue, puis fermentation et élevage en barriques neuves. La production moyenne, sur les dix dernières années, se situe aux environs de 10 hl (quatre barriques et demie), avec des années nettement plus basses, favorables à la production d'une seconde cuvée, La Pachère, comme ce fut le cas notamment les années paires, entre 2002 et 2008. Pas de trace de sauvignon ici et les Barsac-Sauternes sont composés de 85% de sémillon, avec un complément de muscadelle. Notons que certains millésimes sont venus, dit-on, bousculer la hiérarchie locale, lors de dégustations récentes.

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Pas de Graves blancs, mais 1 ha 88 destinés à la production de Graves rouges, parfois hors du commun. Encépagement classique pour les cuvées d'assemblage : cabernet sauvignon, cabernet franc, merlot, petit verdot et le très rare merlot à queue rouge, en lieu et place du malbec. Peut-être encore plus que les Sauternes, les rouges du domaine évoquent l'attachement de la famille à la production (et à la dégustation) de vins dits de garde. Les deux fils ont été élevés dans cette tradition des Bordeaux qu'il fallait savoir attendre, même si Philippe semble dire que, parfois, il pourrait en être autrement... Le Graves rouge est construit dans cet esprit et 2009 illustre cela parfaitement, mais d'autres millésimes sont disponibles. Une dominante cabernet qui oscille entre 50 et 55% (CS 40% et CF 10%), associé à 30 à 35% de merlot et 10 à 15% de petit verdot. Une expression qui se veut typique des vins issus des sols d'argile rouge, reposant sur la roche mère calcaire, avec finesse, élégance et densité.

018Mais, le véritable révélateur de la passion du vigneron pour un travail attentif et tourné vers la qualité (et la rareté!), ce sont les cuvées Socrate (prénom de l'ancêtre) et Eliott (le dernier représentant de la nouvelle génération), toutes deux issues de ce même terroir des Graves. Un process que l'on ne s'attend pas à trouver dans le Bordelais, ou si peu!... Socrate est un assemblage des cinq cépages cités plus haut. Vendanges très sélectives, égrappage et foulage manuels, puis passage en barriques neuves ouvertes et debout. Brassage et pigeage manuels pendant la fermentation alcoolique, puis fermentation malolactique dans ces mêmes fûts. Écoulages par gravité vers le petit chai d'élevage, où sont réunies des barriques neuves (entre un tiers et 40%), mais aussi d'un et deux vins, pour une durée totale de 20 à 24 mois (moins pour le 2013!). Travail d'orfèvre!... Au final, les vins sont ni filtrés, ni collés (aucune utilisation de techniques oenologiques modernes!), pas de levurage et très peu de soufre (le vigneron précise que ses vins ne dépassent pas 60 de soufre total pour les rouges, toutes cuvées comprises).

Régime identique (vinification intégrale) pour la cuvée Eliott (600 bouteilles), dont la dégustation est une véritable révélation. Il s'agit là, en effet, d'un vin 100% petit verdot. Le millésime 2009 a passé 22 mois en barriques, mais il est pourtant très modérément boisé, au nez comme en bouche. Robe noire intense, des fruits noirs au nez, du zan, une touche de menthol, immense!... Incrachable!... Environ 15,5° naturels, ce qui laisse une idée du niveau de maturité recherché. Les jus flirtent, certaines années, avec les 16°, mais seulement 13,8° en 2014!... Quand même!... Quelque chose qui nous inspire cette réflexion : et si nos GCC voulaient se donner la peine... Pour Jean-François Chaigneau, l'étonnement aussi de voir tous ces vignerons de la région poussant les merlots au maximum, alors que, de toute évidence, ils ne sont pas faits pour ça!...

Mais, ce n'est pas tout! Le domaine compte aussi un peu moins de six hectares en Bordeaux Supérieur, sur un îlot comptant une douzaine d'hectares à l'origine, dont 1 ha 50 arrachés depuis peu. Là encore, une démarche précise, cohérente et... attentive au marché. Une première cuvée sur une base de merlot (60%) associée aux deux cabernets et à un soupçon de petit verdot qui, après une cuvaison de quatre à six semaines en cuves ciment, est élevé de douze à quatorze mois en cuve inox. Une autre, la Cuvée K, à dominante cabernet cette fois, est entonnée début décembre pour douze à dix-huit mois, selon le millésime. On est là dans tout ce que Bordeaux peut offrir de traditionnel, mais avec une expression sincère et bien construire. Enfin, à peine 5000 bouteilles de Cuvée X (40% CS, 10% CF et 50% merlot), élaborée sans sulfites ajoutés, un vin naturel qui s'offre sur le fruit et la dynamique propre à nombre de ces vins. A découvrir absolument!...

019Enfin et même si la dégustation en était impossible lors de notre passage, une autre cuvée vedette (mais n'apparaissant même pas au tarif, tant elle est rare!) s'est faite une certaine réputation auprès des fidèles clients du domaine, n'imaginant pas un seul instant céder une partie, même réduite, de leur dotation!... Le rosé - que dis-je? - le Clairet, dont le dernier millésime est en cours d'élevage (mais, ne le répétez pas!). D'assez vieilles vignes de cabernet sauvignon et de merlot, dont la vendange subit une macération pelliculaire, puis une fermentation en barriques âgées de trois ans, avec bâtonnage. Élevage sur lies pendant six mois environ (avec bâtonnage dégressif), si bien qu'un très léger sulfitage n'intervient que deux mois avant la mise. Tous ceux qui ont dégusté cette petite merveille de "claret" sont presque prêts, dit-on, à faire allégeance à la couronne d'Angleterre, comme on peut le voir ici!... C'est dire!...

Un domaine à découvrir donc, aussi parce que Jean-François Chaigneau n'est pas homme à pratiquer la langue de bois et encore moins l'esbroufe. Il observe ce qui se passe autour de lui, dans sa région d'adoption, fait des choix, tout en appréhendant bien ce qui est important pour le bon équilibre de son domaine. Certes, il ne revendique pas de label bio, parce qu'au seul cuivre, qui selon lui n'est pas forcément la panacée vis-à-vis des sols, il préfère l'emploi de produits de contact à base de cuivre, mais aussi de zinc qui lui, n'est pas reconnu par l'agriculture biologique. Depuis trois ans, il a fait le choix de la confusion sexuelle, avec de bons résultats même si, selon lui, il faudrait qu'elle soit pratiquée plus largement à proximité. Enfin, il a opté pour le travail des sols, afin de s'interdire tout mode de désherbage chimique, bien entendu. Tous les travaux sur les pieds de vigne eux-même, au fil des saisons, sont manuels, jusqu'à la récolte réclamant toujours un tri attentif, quel que soit le raisin et sa destinée. Au chai, aucun intrant ne franchit le portail et le domaine revendique plutôt fortement la production de "vins naturels". Tout n'est cependant pas figé et parmi les objectifs actuels, figure l'achat de petites cuves en bois de trente ou cinquante hectolitres, en vue d'élevages encore plus attentifs, au moyen de contenants préservant l'authenticité du raison et l'expression du terroir dont il est issu.

020Le Château Massereau avance et notamment à l'export, plus particulièrement vers les pays anglo-saxons. Rappelons que certaines cuvées sont produites en faible quantité et que, même si elles sont proposées aux particuliers à un tarif plutôt élevé (de 95 à 115 euros pour Socrate, Eliott et le Sauternes, les premières cuvées se situant aux environs de 10 à 15 euros, y compris le Clairet), elles ne manqueront pas de prendre avant longtemps une quasi dimension patrimoniale : des Bordeaux authentiques, mais rares. La famille Chaigneau va-t-elle révolutionner Bordeaux pour autant?... Peut-être pas, mais ses vins ne manqueront pas d'interpeller les amateurs, qui seront avisés de ne pas forcément se tourner, en toutes circonstances, vers d'autres étiquettes pompeuses et immuables, dont la calligraphie dorée, souvent dotée d'une part de vétusté soigneusement entretenue, nous berce parfois (souvent?) d'illusions.

Au moment où, pour bon nombre d'amateurs, l'achat en primeur de grands crus bordelais devient impossible (surtout quand il s'agit de se fier à des notes de pseudo experts et que parfois, les propriétaires préfèrent se concentrer sur des marchés lointains!), il est donc envisageable de choisir une autre voie. Non loin de là, un autre domaine des Landes girondines et sauternaises a franchi un palier encore plus extrême, du point de vue des tarifs s'entend, ne se destinant qu'à l'Asie et la Russie et ne cherchant même pas, semble-t-il, la moindre forme de confrontation avec ses pairs. Après un premier rendez-vous remis, nous espérons pouvoir l'évoquer ici dans quelques semaines.

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23 novembre 2014

Tout le monde il est Baux de Provence!... (2)

Second acte de cette virée provençale. Toujours le même principe : versant nord le matin, versant sud post meridiem. A peine dix minutes de route pour rejoindre le Domaine Milan, au bord de la Via Aurélia. Henri Milan est de ceux qui savent ce qu'ils veulent. Et il a imprimé sa volonté au domaine tout entier, tranchant lorsqu'il faut arracher une parcelle, que d'autres tenteraient de conserver coûte que coûte ou prenant l'option parfois délicate de mettre sur la marché des vins sans sulfites ajoutés et ce, dans les trois couleurs, avec certainement une capacité à se projeter dans l'avenir. Engagement et déterminisme.

~ Domaine Henri Milan ~

019Au sortir des vendanges 2014, Henri semble un peu usé par les combats de l'année. Usé, mais pas abattu, loin s'en faut. Il s'agit juste de recharger les batteries. Au printemps, il briguait, ni plus ni moins, que la Mairie de Saint Rémy de Provence, lors des élections municipales. Combat acharné, tension extrême et, au final, un échec pour une vingtaine de suffrages exprimés!... Comme une dégustation d'agrément qui se passe mal... Remarquez, ce ne serait pas trop grave dans le cas des cuvées du domaine, puisqu'elles sont désormais toutes en Vin de Table ou Vin de France!...

Mais, là-dessus, côté vignes, le millésime s'avère compliqué. C'est là qu'il faut pouvoir compter sur une équipe solide. Et ça tombe bien, avec Sébastien, Dominique et Clara, il y a matière à agréger les énergies. Coups de gueule, éclats de rire, on devine que chacun se met vite au diapason du boss.

Et puis, Henri Milan sait pouvoir compter depuis quelques années sur ses enfants, Emmanuelle et Théophile, alias Théo. Ce dernier est de tous les salons qui comptent sur la planète. Infatigable voyageur, il contribue fortement au renom de toutes ces cuvées, ce qui peut paraître aisé, pour celui qui kiffe grave les vins naturels (tiens, pour un peu, je parlerais la "langue des cités", comme l'appelle Wikipédia!).

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Pour évoquer les affres de ce millésime 2014, Henri ne manque pas de rendre hommage à sa fille Emmanuelle : "C'est bien simple, si elle n'avait pas été là avec toute son énergie, sa pugnacité, j'aurais laissé tomber!..." Il faut dire qu'au moment où de grosses pluies sont arrivées et que la vendange menaçait de partir à vau l'eau, celle qui fréquente beaucoup l'Alsace (allez savoir pourquoi!), en délaissant son sud méditerranéen (juste un peu), a organisé un tri particulièrement attentif, en mobilisant les énergies disponibles, afin d'obtenir des volumes quasiment inespérés. Résultat : lors de notre passage, le chiffre total des hectolitres destinés aux élevages divers atteint un niveau très acceptable. Bien joué!... Et en plus, elle nous propose de découvrir un assemblage pinot noir alsacien/grenache provençal, dans sa version 2012, tout à fait passionnant!... Bon sang ne saurait mentir!...

Énergie. Henri Milan pourrait en parler pendant des heures, surtout celle de ses sols et notamment depuis que ERDF a fait disparaître de son paysage une ligne à haute tension qui surplombait vignes et bâtiments!... Pour ce qui est des sols eux-mêmes, il faut souligner la grande variété, allant des graves sablonneuses du Clos aux marnes bleues sur éboulis calcaires du reste du domaine, sur lesquelles se plaisent nombre de cépages.

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Large dégustation pour apprécier une gamme solide qui allie originalité et complexité, impressions renforcées lorsqu'on peut apprécier quelques millésimes moins récents, donnant leur pleine mesure. Beaucoup de plaisir avec Le Grand Blanc et les trois "Papillon" sans soufre ajouté, blanc, rouge et rosé, ce dernier qu'il ne faut surtout pas oublier!... Au sommet ce jour-là, La Carrée, 100% roussanne, pour son ampleur et sa distinction, sans oublier non plus S&X, du grenache ramassé très mur, sur une initiative de Sébastien Xavier, maître de chai.

La clémence de la météo allait nous permettre de prolonger ce moment autour du salon de jardin face au cuvier, à moins que ce ne soit le salon du cuvier face au jardin, histoire d'apprécier comme il se doit quelques huîtres venues de Vendée pour l'occasion, tout en appréciant de multiples cuvées locales!... Ici, nous sommes au top de la région, indiscutablement!...

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~ Domaine de Lauzières ~

Pour l'après-midi, il nous suffisait encore de passer le petit col et de nous laisser glisser sur le versant sud, afin de (re)découvrir un domaine des Alpilles, propriété de Christophe Pillon, originaire de Suisse. Une propriété située au lieu-dit Le Destet, de Mouriès et qui a déjà connu un curieux destin. Le Domaine de Lauzières, que nous avions découvert en 2010 et qui est apparu dans le tome 1 de Tronches de vin, a d'abord vécu au rythme séculaire des successions familiales, au sein de la famille Boyer, propriétaire depuis le XVIè siècle. En 1962, le père Boyer décède et ce sont ses deux filles qui reprennent le flambeau. Trente ans plus tard, Dan Schlaepfer et Gérard Pillon, deux Suisses de la région de Genève, reprennent le domaine. Trente ans plus tard encore, en mai 2012, le second disparaît dans un accident de la circulation, curieuse ironie du sort pour celui qui pratiqua la course automobile au plus haut niveau et participa même aux 24 heures du Mans au début des années 70, passion que son fils Christophe, désormais seul propriétaire du domaine, partage, puisqu'il pilota lui aussi, lors de la célèbre course mancelle en 2002 et 2003.

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Une lumière toute particulière règne au moment de notre arrivée dans le vallon. Il nous suffit de gagner les rochers de la crête la plus proche, pour découvrir un autre vallon planté d'oliviers. La commune de Mouriès a la réputation d'être la première commune oléicole de France, avec ses 80000 oliviers!...

Il y a donc pas moins de vingt-deux ans que Lauzières a changé de mains, mais, malgré les travaux de rénovation des bâtiments et surtout la plantation de petit verdot en lyre, une orientation très innovante pour laquelle on devine tous les efforts à consentir, la diffusion des cuvées du domaine est restée relativement confidentielle. Depuis à peine plus de deux ans, une restructuration est en cours. Si François Marsille côté vigne et Noemi Schudel côté cave sont toujours présents et ont désormais pris leurs marques, l'accueil des visiteurs et les aspects administratifs ont nécessité un élargissement de l'équipe pour le moins nécessaire. Désormais, un responsable commercial s'attache à parcourir les routes de France et de Navarre, tout en renforçant la présence régionale, aspect économique restant essentiel pour les vins du grand Sud-Est, au regard de la fréquentation touristique.

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De plus, les bâtiments ont été complétés et rénovés, mais un projet de nouvelle cave est somme toute dans les cartons. L'orientation vers la biodynamie est bien confirmée et l'on est toujours surpris par le chai d'élevage contenant de très nombreux oeufs en béton de chez Nomblot, présents depuis les années Schlaepfer-Pillon.

Côté vins, une jolie gamme Sine Nomine, dont un très beau blanc, complétée des séries Équinoxe et Solstice, le tout en AOP Baux-de-Provence ou IGP Alpilles, sauf Sine Nomine rouge en Vin de France, du fait de sa forte proportion de petit verdot (80% en 2010). A noter également, une nouvelle cuvée, Perséphone, du nom de la déesse de la renaissance du printemps, fille de Zeus et de Demeter, avec 80% de syrah et 20% de grenache noir, dans un style très sudiste, mais avec un bel allant.

Renaissance. Un terme qui convient assez bien, pour le moment, à ce domaine dont on peut attendre qu'il prenne sa place parmi les référents de la région, fort de son incomparable écologie, où toute la biodiversité locale est protégée. Gardera-t-il aussi son originalité, en entretenant et en cultivant la production pour le moins singulière d'une cuvée de petit verdot?... Il faut l'espérer, même si quelques années encore sont sans doute nécessaires, au regard des a-priori circulant à propos de ce cépage. Il existe pourtant d'autres rares exemples, comme celui, sur les rives de la Garonne, que nous évoquerons ici-même prochainement.

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Après cette journée quelque peu contrastée, belle soirée gourmande au Croque Chou, à Verquières, où Dan Folz et son épouse nous avaient concocté un joli dîner, arrosé d'un Alsace de Patrick Meyer et d'un Hautes-Côtes de Nuits d'Emmanuel Giboulot, deux exemples de la très belle carte des vins disponibles en ce lieu. Une nuit réparatrice sur cela et nous pouvions, au petit matin, prendre la direction d'un domaine figurant dans notre agenda depuis longtemps, avec l'envie (et le pressentiment) de découvrir un lieu hors du commun.

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~ Domaine de Sulauze ~

Un ensemble pour le moins éclectique au coeur de la Crau, cette steppe, autrement appelée coussoul, où les moutons partagent leur territoire avec de gros galets ronds. Sulauze, ce n'est pas moins de 500 ha au total, toutes activités comprises. Guillaume et Karina Lefèvre s'y sont installés en 2004, sur à peu près 80 ha, dont une petite trentaine de vignes, une dizaine de blé et d'orge, quelques oliviers encore très jeunes et un potager. Dans cet ensemble, le foin de la Crau humide, premier à obtenir la distinction d'AOC, a désormais une grande renommée. Il est utilisé pour les bêtes du domaine bien sur, mais la deuxième coupe est destinée à Roquefort et ses fromages, tandis que la première est achetée par les écuries de courses de Chantilly!... En quittant le domaine, nous pourrons apercevoir les bêtes du deuxième plus grand élevage de taureaux de combat... sans nécessairement éprouver le besoin de franchir la clôture!...

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Lors de notre passage, c'était la fin de la campagne de vendanges 2014, plutôt longue et éprouvante. Guillaume s'affaire encore à quelque remontage dans le cuvier. Le couple se doit d'être passionné pour gérer sereinement l'ensemble, mais la vie dans un tel environnement, comprenant bâtiments anciens assez remarquables (chapelle, crypte troglodyte, salle fénière, pigeonnier et autre four à pain) et vignes protégées par une gestion biologique intégrale, mérite sans doute d'être vécue, pour ceux qui savent retrousser leurs manches.

Dégustation de quelques jus récents, notamment le rosé, Pomponette, une couleur très présente au domaine, pour lequel le vigneron dit pratiquer des vinifications "à la volée", prenant les raisins et les encuvant dans l'ordre dans lequel ils se présentent. La gamme se complète d'un joli blanc, Galinette et de trois rouges, Lauze, Les Amis et Liane, pour lesquels cabernet sauvignon, syrah, mourvèdre et grenache proposent des styles différents, mais toujours porteurs d'une remarquable fraîcheur. D'autres cuvées sont de temps à autre disponibles, comme le pétillant naturel, exemple de légèreté fruitée et suave, ou encore ce blanc de macération en cours d'élevage, ou le vermentino passerillé et au final moelleux, dont les grappes sèchent sous le plafond du cuvier.

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Il est presque normal de quitter à regret un tel environnement, en pensant aux dix heures d'autoroute qui nous attendaient, d'autant que la chaleur était toujours d'actualité et que Karina nous prépara un succulent repas pour l'occasion. Au passage et en me remémorant l'image des "toros" si paisibles dans leur paysage, juste une pensée pour Lucien Clergue, remarquable photographe originaire d'Arles, où il créa les Rencontres Internationales de la Photographie, immense rendez-vous pour les passionnés de cet art. Et, en même temps, emporter quelques belles images d'une jolie escapade, dans toute sa diversité, en rappelant que rendre visite aux vignerons reste essentiel, car c'est le seul moyen concret de capter leur créativité, comme le démontre cette virée en Provence, région que l'on aurait vite rangée, pourtant et à tort, parmi les soi-disant "homogènes", n'ayant plus rien pour nous surprendre. Heureusement, il n'en est rien!...

15 novembre 2014

Florian De Perre, à Cérons (33)

Non! Ne vous jetez pas sur votre téléphone, votre fax ou votre smartphone!... Ce domaine bordelais n'est pas encore présent sur la place, ni sur le marché. Ce jeune vigneron qui aura bientôt vingt-huit ans est en train de construire son micro-domaine au coeur de Cérons, rive gauche de la Garonne, AOP enchâssée dans les Graves, contiguë de Barsac et proche de Sauternes. Florian De Perre, un nom suggéré par Laurence Alias et Pascale Choime, des Closeries des Moussis, à Arsac, nous ayant présenté le jeune homme, comme figurant parmi les quelques jeunes passionnés de vigne et de vin de la région, apte à proposer avant longtemps quelques jolis flacons. Il faut dire que Florian est un "disciple" de Pascale, connue pour avoir vu défiler quelques promotions de vignerons en herbe, au lycée de Blanquefort, proposant une formation de BTS viti-oeno, que le jeune Céronnais enchaîna après un bac pro en alternance au Château Haut-Lagrange, à Léognan.

005Une passion née aux alentours de la majorité donc (alors qu'il fait des études littéraires et se destine plutôt au design), parce que c'est l'âge où ces cursus que l'on suit, vous permettent de croiser des compères jeunes vignerons de toutes régions et de découvrir le monde des vins, que nombre de jeunes justement n'imaginent que rarement aussi divers et varié. Et espérer parfois, entrer dans ce monde des producteurs, avec toute sa sensibilité et son envie, mettre sur la table et dans les verres, des Bordeaux à sa façon, démontrant à quel point cette région peut être multiple, lorsqu'on ne cède pas au conventionnel et à l'uniformisation des goûts et des saveurs. Pour ce qui est de la révolution, on verra cela plus tard!...

Après une période d'approfondissement des connaissances et d'expériences acquises à Macau et à Cérons, Florian De Perre se met, en 2012, en quête de quelques parcelles à reprendre en fermage. Il n'a pas pour objectif de s'installer, à proprement parler, sur quelques hectares, trois ou quatre, souvent trop peu pour en vivre décemment. Il veut juste accompagner un peu de vigne et, si tout se passe bien, proposer quelques dizaines de flacons autour de lui, peut-être à quelques cavistes. D'ailleurs, depuis un an, il a trouvé un emploi de chef de culture et maître de chai au Château Malromé, à St André du Bois. Il n'a désormais que quelques kilomètres à parcourir pour franchir la Garonne et se rendre dans cette propriété, qui fut naguère celle de la famille de Toulouse-Lautrec, le célèbre peintre qui y effectua nombre de séjours et où il finira ses jours. Il est d'ailleurs enterré à Verdelais, un des villages voisins. Cette propriété de trente-cinq hectares en Bordeaux Supérieur a été rachetée fin 2013 par un groupe franco-vietnamien (DCHL).

002En 2012 donc, Florian finit par passer une annonce dans le Bon Coin (méthode déjà éprouvée par son presque voisin Vincent Quirac, du Clos 19 bis, à Pujols sur Ciron) et le propriétaire de 90 ares de vignes, en deux lots distants de huit cents mètres à vol d'oiseau, lui en propose l'achat. Même si ce n'était pas vraiment dans ses plans, il s'organise, emprunte quelque peu et le voilà vigneron pour de bon et à la tête d'un petit patrimoine!... Il se penche aussitôt sur la remise en état des dites parcelles et les vendanges 2012 et 2013 sont vendues à une cave coopérative voisine.

Le premier lot de ce micro-vignoble est bien situé en AOP Graves, sur un sol assez sableux. Une quarantaine d'ares, dont une bonne vingtaine de merlot planté en 1980 et 17 ou 18 de cabernet sauvignon un peu plus vieux. Sans oublier deux rangs de malbec, découverts après l'achat, jouxtant les onze de merlot. Un pommier et quelques fruitiers complètent le décor. Il reste quelques arpents, toujours en Graves, à planter, mais le bois est somme toute assez proche.

A quelques distances donc, un autre îlot d'une quarantaine d'ares composé d'une parcelle de 15 ares de sémillon, qui fut naguère plantée de muscadelle, mais complantée (et surgreffée?) en 2009 et 2010 par l'ancien propriétaire et d'une autre de 25 ares environ de sémillon également, qui permettait de proposer du Cérons en moelleux-liquoreux. Des sols plus légers, où les graves typiques du cru parsèment le sol, en galets ronds de différents diamètres. Un important travail de remise en forme de la vigne (taille en guyot double) va permettre, petit à petit, de redonner un bon équilibre à la plante. Ici, le travail du sol n'interviendra pas avant décembre ou janvier, du fait d'un bon drainage naturel. Notez que cette zone permet de produire du Cérons ou du Graves blanc sec, selon le choix du vigneron.

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Florian De Perre n'a pas pour objectif de produire du liquoreux, si ce n'est des quantités extrêmement limitées (une barrique), lorsque le millésime le permet. Cette année, en 2014, cela s'est avéré absolument impossible du fait de la présence de drosophila suzukii, vedette du millésime dans nombre de régions (même si on en parle très peu à ce jour) et qui a, semble-t-il, gravement compliqué la tâche des vignerons dans une bonne partie de l'AOP Barsac, où il était présent dès le début septembre et même en 2013!... En attendant, le vigneron ne perd pas de vue une friche voisine et quelques rangs à l'abandon, plantés très largement d'hybrides divers, qu'il pourrait acquérir, afin d'y planter du sauvignon blanc (ou gris?), de quoi composer un îlot plus cohérent et atteindre, petit à petit, une surface maximum de 1 ha 50.

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2014 sera donc son premier millésime mis en bouteilles au domaine, le Domaine des Gaillardes, ce sera son nom, dont les locaux se composent à ce jour d'un petit hangar et d'un garage, avant une évolution prochaine espérée. Pas pour autant des vins de garage, se distinguant notamment par un prix de vente pour le moins prohibitif, voire dissuasif. Ici, les vins ne devraient pas dépasser une petite dizaine d'euros!... Pour le blanc, il faudra attendre mai ou juin 2015. Quant au rouge (pas plus de 10 hl au total), c'est l'évolution des vins, au fil des mois, qui décidera de la date de mise.

En fait, on flirte là avec le virtuel, histoire de découvrir une sorte de comète Tchouri dans l'univers bien en place des grosses planètes bordelaises. Pensez donc, Sauternes est là, à deux pas!... Vous pourrez aussi bientôt envoyer Rosetta en orbite et Philae rebondir sur cette terre méconnue du système stellaire bordelais, sans avoir à franchir des millions de kilomètres dans la galaxie. Le vigneron pourrait avoir la tête dans les étoiles justement, mais ses pieds sont bien ancrés, eux, sur sa terre de Cérons. Et comme sur ce petit caillou dans l'univers, les amateurs pourraient bien y découvrir la vie ou, tout du moins, des vins vivants.

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08 novembre 2014

Tout le monde il est Baux de Provence!... (1)

Les prévisions de la météo nous promettaient le pire. L'épisode cévenol annoncé, déclenchant pour certains une alerte rouge, aurait du nous inciter à prévoir bottes et cirés dans nos bagages. Pourtant, ce voyage express entre Rhône, Camargue et Étang de Berre, afin de (re)découvrir l'AOP Baux de Provence (et l'IGP Alpilles), allait se dérouler sous les meilleurs auspices. La chance sans doute, de se trouver dans cette bulle calme, alors qu'à quelques encablures, tant à l'est qu'à l'ouest, il n'était question que de nouveaux records de pluviométrie.

L'appellation regroupe aujourd'hui une bonne douzaine de domaines, où désormais, tout le monde il est (presque) bio!... Même si l'association de ces deux termes - appellation et biologique - ne peut être sérieusement envisagée, l'INAO veillant notamment à toute forme de discrimination. En tout cas, un jardin exceptionnel sur les deux versants des Alpilles, la lumière de l'automne jouant avec les reflets du calcaire des sols, les feuilles bicolores des oliviers et la vigne, qui s'est faite une place essentielle sur les pentes et au creux des vallons.

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~ Domaine de Trévallon ~

Sur le versant nord, le Domaine de Trévallon, d'Éloi Dürrbach, à St Etienne du Grès, nous permettait d'ouvrir notre séjour en positionnant la barre plutôt haut. Il ne s'agissait pas pour nous cependant, d'établir un quelconque palmarès, mais plutôt de faire un tour d'horizon des approches du vignoble, même si nous avions prévu de rendre visite à des vignerons qui n'ont plus pour objectif premier de figurer au tableau d'honneur de l'AOP locale et ce, pour diverses raisons. Éloi de Trévallon, c'est une tronche!... Quelqu'un qui a construit son domaine, le faisant évoluer par petites touches, tout en restant fidèle à ses idées. Aujourd'hui, avec un fils et une fille à ses côtés et pour la cinquième fois grand-père depuis à peine quelques mois, on a le sentiment que plus rien ne peut vraiment atteindre le patriarche, après quarante années passées au coeur des Alpilles. Des combats, il y en eut, des succès aussi, une part de chance à ses débuts, sans oublier la blessure du déclassement en 1993, pour un soi-disant pourcentage de cabernet sauvignon non adéquat, alors qu'il avait largement contribué à la notoriété nouvelle du vignoble des Baux. En tient-il rigueur à certains?... Oui, parce que c'est un homme qui a de la mémoire, mais sans doute pas à chaque instant, parce que son parcours plaide pour lui, volontiers consultant pour quelques amis certains jours, mais pas flying winemaker!... Une rencontre quelque peu fortuite avec Aubert de Vilaine, dès les premières années, lui ouvrant en grand, au passage, les portes des États-unis, a sans doute contribué à faire d'Éloi Dürrbach, un vigneron de caractère, opiniâtre, mais suffisamment humble pour estimer qu'un bon sens vigneron prévalait grandement à toute forme de dévotion à la technologie galopante.

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Aujourd'hui, la construction de l'extension du chai, avec un superbe mur en pisé pour la façade sud, traduit sans doute cette volonté de rappeler toute la valeur de la terre elle-même (trois variétés de terres ont été utilisées, donnant une dimension artistique à l'ensemble du bâtiment, malgré sa stricte fonction viticole), sans perdre de vue les vertus d'isolation naturelle du matériau et la part d'esthétisme apportée par le pignon est, composée d'un immense portail de métal mat, tracé de figures géométriques, rappelant les étiquettes de Trévallon, en un subtil hommage au travail du père d'Éloi Dürrbach pour celles-ci.

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Mais Trévallon, au-delà de la marque mondialement connue que c'est devenu, est avant tout un vin, deux même désormais, dont le rare blanc voit les fans se multiplier, mais pas forcément les satisfaire, au regard d'un contingentement des plus stricts. Sur le papier et à la lecture des revues spécialisées, on imagine volontiers que Trévallon, à force de commentaires dithyrambiques laissant entendre qu'il est l'égal des plus grands, ou supposés tels, a forgé sa réputation sur une forme de constance de goût et de texture. Or, ce n'est pas du tout le cas! Le souvenir d'une dégustation verticale proposée naguère au Chai Carlina et la découverte de trois ou quatre millésimes lors de notre récent passage au domaine, démontrent toute la variété d'expression, en même temps que la distinction du cru. Le vigneron met souvent l'accent sur le travail à la vigne, l'exigence indispensable lors des vendanges et la nécessité de réduire au maximum le nombre des interventions lors de l'élevage. Certes, il admet avoir fait évoluer sa méthode au fil des millésimes et les pigeages et remontages sont limités à la stricte nécessité d'intervenir, tandis que la durée d'élevage (deux ans pour le rouge, une année pour le blanc) est largement privilégiée, plutôt que les soutirages.

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De grands vins, certes. Mais de ceux qui en appellent à leur terre d'origine, à leur terroir, avec une dimension gustative remarquable, teintée d'une noblesse vigneronne et d'une sincérité d'expression indiscutable. Le vigneron est sensible, attentif, exigeant. Dans le contexte actuel, il peut prétendre à figurer au rang de ceux qui proposent des vins naturels, pour peu que chacun, sachant raison garder, ne jette pas l'opprobre, de prime abord (comme l'on grimace lors d'un Larsen insupportable), sur cette catégorie de vins, se voulant avant tout celle des vins authentiques et pas forcément défectueux et marginaux. Un domaine qui finalement,nous démontre que l'on n'a pas besoin de classer et de répertorier tout ce qui nous régale, autrement que par le plaisir procuré, en faisant fi des à priori.

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~ Domaine de Pierredon ~

L'après-midi de cette première journée, nous sommes passés sur le flanc sud des Alpilles, pour découvrir un domaine viticole entré depuis peu dans la danse : l'Abbaye Sainte Marie de Pierredon. Quelque part, nous sommes restés dans la sphère Dürrbach, puisque depuis un an, c'est le fils d'Eloi, Antoine, qui vinifie les vins du domaine, son épouse Christelle s'occupant de l'accueil des rares visiteurs (à ce jour!), ainsi que de tous les aspects commerciaux et promotionnels. Une très belle propriété de 600 ha, rachetée en 2001 par le président du groupe éditorial De Agostini (les Éditions Atlas en France, notamment), l'homme d'affaire bergamasque et italien Lorenzo Pelliccioli et son épouse Mariarosa Fachinetti. La demeure menaçait ruine, elle qui fut la propriété du peintre Jean Martin-Roch pendant une quarantaine d'années, au sortir de la dernière guerre. Située au milieu d'une garrigue dense, à peine agrémentée de quelques oliviers, elle échappa à un immense incendie ravageant le domaine en 1999.

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Ce sont des moines Chalaisiens (de Chalais, près de Grenoble), proches des Cisterciens, qui la bâtirent à partir de 1205 (année ou l'Anjou fut rattaché à la couronne de France par Philippe Auguste et où le château de Montségur, fierté des Cathares, fut construit, cela dit pour situer le contexte historique. Notez que, pour l'anecdote, la bataille de La Roche aux Moines, à Savennières, eut lieu, quant à elle, en 1214), mais sans y planter de vigne, à priori. D'où le fait que les vins du domaine sont tous en IGP Alpilles, puisque hors appellation, aucune trace de vignoble n'apparaissant dans de quelconques écrits.

En effet, les plantations datent de 2003 et les premières cuvées sont apparues en 2008. Au total, onze hectares en une quinzaine de parcelles. On trouve ici du sauvignon et beaucoup de rolle côté blancs, mais aussi du cabernet sauvignon, de la syrah, du merlot, du grenache et du cinsault côté rouges. Soit, au total, pas moins de six cuvées ayant fait leur apparition sur les tables et chez quelques cavistes de la région, avec l'objectif de capter l'attention et de tester la clientèle potentielle. Notez que, pour le moment, les vinifications se déroulent dans une cave de Mouriès, le village le plus proche, mais qu'un nouveau bâtiment est sorti de terre, à trois cents mètres environ de la chapelle et des bâtiments restaurés de l'abbaye.

La dégustation montre des vins somme toute intéressants, eu égard à la jeunesse des vignes. L'agriculture biologique est la règle depuis le début, ce qui sonne comme une évidence pour ces hectares historiquement à l'abri de toute production agricole et viticole conventionnelle. Il ne reste plus qu'à laisser la vigne s'implanter lentement, afin d'en extraire le caractère propre aux sols calcaires de la région, grâce également à une aérologie particulière (les bienfaits du mistral à différents stades du cycle de la plante) et à une agrobiologie qu'il est aisé d'entretenir, dans un tel environnement.

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Avec la vendange 2013, Antoine Dürrbach a donc eu l'occasion de vinifier son premier rosé, une couleur pas trévallonesque pour deux sous!... Une jolie réussite ici, avec un assemblage assez original pour Donna Rosa : 40% syrah, 30% grenache, 10% cinsault et 20% rolle. Fraîcheur, dynamisme et originalité, tout ce qu'il faut pour être un très bon ambassadeur des vins du domaine!... Il semble qu'une forme de singularité soit recherchée pour l'ensemble de la production, avec le Sauvignon tout d'abord, pour lequel cela reste un défi que de proposer ce cépage dans le Sud-Est, en conservant finesse et distinction, à la façon de quelques cuvées de certaines contrées ligériennes notamment. A suivre!...

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Les blancs seront certainement les chevaux de bataille de la propriété, vu la proportion de rolle plantée dans les vallons de Pierredon. A ce jour, deux cuvées monocépage, de ce qu'on appelle par ailleurs le vermentino, sont proposées : Ultima Laude, la dernière prière du soir, un blanc de cuve que l'on destinera volontiers à l'apéritif et pour lequel le maintien d'une bonne fraîcheur sera recherché, aidé en cela par une expression rappelant les agrumes... et le sauvignon!... Le second rolle, Prima Luce (première lueur matinale) est quant à lui fermenté et élevé en barriques neuves, offrant un vin plus ambitieux et plus complexe. Un seul rouge est proposé à ce jour, L'Inizio, composé de cabernet sauvignon et de syrah, dans la plus pure tradition trévallonesque, mais l'objectif reste bien, pour le moment, d'offrir un vin gourmand et "croquant".

Deux domaines qui n'ont donc pas la même histoire. Le premier, fort d'une notoriété internationale, mais qui reste un vin de vigneron, que l'on déguste toujours avec plaisir, pour peu qu'on lui accorde patience et longueur de temps, qui valent mieux, comme chacun le sait, que la force d'un empressement mal venu ni que la rage motivée par une envie de découverte mal à propos. Le souvenir d'un Trévallon blanc 2009 "massacré" trop tôt, reste dans ma mémoire meurtrie. Le second, fort d'une dimension historique ancienne (pensez-donc, le XIIIè siècle!) semble disposer de fondations solides, même s'il est au début de son histoire vinique. Pourra-t-il rejoindre quelques domaines de la région, ayant acquis leurs lettres de noblesse : Milan, Hauvette, pour ne citer que ceux-là, ou rester dans une catégorie que l'on peut qualifier d'aimable, même s'ils connaissent un certains succès, forts d'une réputation locale liée à leur diffusion estivale sur la côte provençale. Les prochaines années nous éclaireront certainement là-dessus.

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Il ne nous restait plus qu'une étape gourmande pour clôturer cette première journée baussenque et nous avons opté pour un dîner Sous les micocouliers, à Eygalières, avec un joli menu Matisse apprécié sur la terrasse et sous les grands et vénérables arbres, grâce à une douce soirée, comme la météo nous en réserve parfois, pour notre plus grand plaisir.

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29 octobre 2014

Le Petit Domaine, Julie Brosselin et Aurélien Petit, à Montpeyroux

Voilà quelques temps déjà que Le Petit Domaine, de Julie Brosselin et Aurélien Petit, est sur notre agenda (et dans notre carnet de notes, depuis l'été dernier!), malgré sa récente apparition. Nous avions découvert les premiers jus de ce jeune domaine lors d'un off angevin, en février 2013, dans le cadre de la Collégiale St Martin, grâce à Ivo Ferreira de l'Escarpolette (ça sonne pas mal, tiens!), qui avait proposé alors à ses jeunes voisins de tester le chaland qui passe au salon. Aurélien faisait déguster avec d'autant plus de plaisir, qu'il disposait alors d'un chenin du Languedoc, histoire de piéger les "spécialistes" ligériens!...

034Pour l'heure, nous nous retrouvions avec Julie, Aurélien et Ivo justement, pour un casse-croûte de la mi-journée, au coeur d'Arboras, sous les platanes du café-atelier Des Hommes d'Argile, de Gilles Nocca. Potier, céramiste pendant l'hiver à St Jean de Fos, il ouvre de mars à octobre un lieu de vie, qu'il fait bon trouver dans ce village d'à peine plus d'une centaine d'âmes, où le dernier café a fermé, dit-on, en 1912! Des produits locaux choisis et pour se restaurer, de jolies tartines, de la bière du Larzac et du vin de la région, tendance vins vivants. Quelques petits concerts parfois, tout pour surprendre agréablement ceux qui déambulent sur le chemin d'Arles menant à Compostelle, où les amateurs de grimp' qui redescendent du site d'escalade de la Joncas. Au menu : art, nature, culture et tartine!...

Si les locaux du domaine sont situés au rez-de-chaussée de la maison de village habitée par le couple, avenue des Platanes, au coeur de Montpeyroux, les parcelles, souvent des vignes récupérées en mauvais état et parfois sauvées in extremis de l'arrachage, sont dispersées sur la commune pour deux hectares d'entre elles. Le reste, soit 2 ha 50 environ, se situe entre Jonquières et St Guiraud.

En cette fin d'après-midi somme toute estivale, c'est Julie qui nous permet de découvrir les vignes, pendant que Aurélien reçoit un représentant de la tonnellerie Atelier Centre France, dont le succès ne se dément pas, puisqu'elle investit désormais le Grand Sud-Est. Un partage des tâches - Julie à la vigne, Aurélien à la cave - qui est le plus souvent inversé, du moins sur le papier, parce qu'aucun des deux partenaires ne revendique véritablement de secteur d'intervention privilégié.

021Il faut dire que l'extrême jeunesse du domaine (premier millésime en 2012) implique une convergence de vue et de ressenti imposant de fréquents passages dans les parcelles plantées de vignes souvent convalescentes. Au point que ces toutes premières années d'observation pourraient déboucher sur quelque arrachage, si nécessaire, en guise de restructuration, une fois que la production du Petit Domaine sera plus "lisible" et plus installée.

A St Guiraud, dans un premier secteur, des vieilles vignes de syrah et quelques rangées de carmenère, plus un rang de sangiovese (qui n'a pas encore été vinifié seul). Non loin de là, une autre syrah remise en état et un carignan réclamant des soins attentifs, le tout planté sur des sols riches, mêlant argile et galets roulés. C'est aussi dans ce secteur que se situent les vingt-huit ares de chenin. On peut apprécier là, au passage, une jolie vue à 360° sur les environs.

Sur la commune de Montpeyroux, pas moins de deux hectares et une mosaïque de petites parcelles plantées de divers cépages. Mauvaise surprise du jour en découvrant le mourvèdre sur des argiles rouges : la grêle de la veille a meurtri quelques baies sur le côté exposé à la nuée qui semblait composée d'un mélange moins percutant d'eau et de glace, fort heureusement. Au final, au moment des vendanges, les conséquences seront limitées, même si un tri s'imposera. Non loin de là, nous découvrons de très jolies parcelles : du carignan tout d'abord, sur sols très secs d'argiles jaunes, ainsi que du grenache, sans oublier le cinsault, sur cailloutis calcaires. Un peu le jardin secret d'Aurélien, qui veut aussi restaurer les mûrs de pierres et sans doute planter quelques fruitiers.

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Au cuvier, nous découvrons ensuite les 2013 qui sont toujours en cours d'élevage : le chenin tout d'abord (cuvée La Démesure), proposant une version assez riche et plutôt gourmande dans ce millésime, puis ce qui composera Rhapsody 2013, sorte d'improvisation musicale libre, dont la partition s'appuie sur une grosse majorité de carignan issue d'une macération carbonique, un peu de syrah, en carbo également et un reste de carignan en vinification traditionnelle de trois semaines. La gamme compte également un rosé de grenache, le plus souvent, Bagatelle, puis d'autres rouges : Myrmidon, une syrah exclusive, Cyclope (carignan et syrah) ou encore Titan (mêmes cépages mais aux proportions inversées). Le second rouge dégusté est un mourvèdre issu d'une macération de trois semaines qui contient encore quelques sucres (environ 7g sans doute, lors de notre passage), mais qui se présente résolument flatteur et doté d'une belle structure.

028Notez que cette gamme est apparue en 2012 en IGP Pays de l'Hérault, mais que suite à la dégustation d'agrément de Rhapsody 2013, la première mise fut bien agréée, mais la seconde fut qualifiée d'acescente la première fois et d'acétique la seconde!... Le passage en Vin de France s'en trouve quasiment acquis, mais il n'est pas impossible que l'identité du domaine ne pose problème, puisque justement, le terme "domaine" ne peut être utilisé pour les vins de cette catégorie, comme beaucoup d'autres d'ailleurs!... Une réflexion est donc en cours pour un éventuel changement de nom et, à ce jour, Le Petit Brosselin tient la corde si, d'aventure, cette éventualité devenait nécessité.

Comme on peut le constater, la jeunesse d'un domaine ne le dédouane pas des problème divers de réglementation. On peut dire aujourd'hui que c'est même un passage obligé, tant la passion et l'envie de produire bon (en tout cas, "buvable" et vivant, chacun gardant son libre-arbitre et un cerveau en lien direct avec ses papilles) en adoptant ce qui permet de se singulariser, sont battues en brèche par la position des instances, que d'aucuns estiment atteintes d'obsolescence programmée, mais toujours résolues à jouer les gendarmes du vignoble, surtout celui qui se meurt et ne propose que des standards pathétiques.

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A Montpeyroux, Julie et Aurélien partagent cette passion, ce goût du risque, cette sensibilité en lien avec les éléments. Il faut dire qu'ils partagent tout cela depuis quelques années déjà, puisque leurs routes se sont croisées lors de leur formation à Dijon et qu'ils sont ensuite partis, pendant une année, pour un tour du monde mêlant découvertes et vignobles. Une aventure qui leur aura permis de découvrir les multiples facettes, parfois extrêmes, de la production de vin, comme ce passage en Australie et dans une cave coopérative hyper dimensionnée, à vous donner le vertige!... A Montpeyroux, il existe un Petit Domaine qui ne craint pas la vertigineuse ascension dans l'estime des amateurs, d'autant que la production 2014 lui permet de franchir un palier au niveau des volumes. Les deux premiers millésimes n'avaient permis que rarement de dépasser des rendements de cinq à dix hectolitres à l'hectare, alors que cette année, la moyenne se situe entre trente et trente-cinq. Un véritable vertige dans le cuvier!... Profitons-en!...

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21 octobre 2014

Assemblée Générale des Vignerons de Bretagne

Samedi 4 octobre. Assemblée Générale des Vignerons Bretons, à Vannes (56). Non, ce n'en est pas une et nous ne sommes pas le 1er avril!... D'ailleurs, les amateurs ont déjà pu découvrir ici-même deux "crus" de Bretagne : le Mont Garrot, à St Suliac, non loin de St Malo (qui s'agite en ce moment pour cause de Route du Rhum, comme il y a quatre ans!) et le Coteau du Braden, à Quimper. En 2013, l'AG se déroulait à Rénac, près de Redon. Cette année, c'est Vannes et son Palais des Arts et des Congrès qui accueillaient la réunion annuelle. Rassurez-vous, il ne s'agissait quand même pas d'un grandiose amphithéâtre et la plus modeste salle de la Corvette suffisait à réunir confortablement les participants.

001Ceux-ci composent donc l'Association pour la Renaissance des Vins Bretons, présidée pas Gérard Alle et l'affiche annonçant l'évènement est illustrée par une vigne, deux grappes de raisins rouges et blancs, comme il se doit, mais aussi par Gwenn ha du, le drapeau breton. Inutile de préciser que les organisateurs et adhérents veulent souligner l'aspect identitaire de l'activité vini-viticole bretonne, même s'il ne s'agit pas là, à proprement parler, d'un syndicat de défense ou d'un organe né de l'existence d'institutions professionnelles et pour cause, puisque la viticulture de Bretagne n'existe pas officiellement, sachant que la région fait partie de celles dans lesquelles, il est proprement interdit de planter de la vigne!... En tout cas de pratiquer un quelconque commerce de vins issus de cépages plantés dans les quatre (ou cinq?) départements bretons. Mais, chacun sait que la Normandie ou l'Ile de France sont aussi concernées par cette réglementation et que parfois les dynamiques sont autres, au point que deux IGP sont apparues dans le Calvados en 2009 et 2011.

En sera-t-il un jour de même en Bretagne? Il est sans doute trop tôt pour le dire. En tout cas, sur la base du regroupement actuel de vignerons, souvent issus du secteur associatif (association de quartier, animation locale destinée aux seniors...) et peu enclins à se confronter aux contraintes émanent des divers services et de leurs réglementations (Douanes, Fraudes...), il est peu probable que le "combat" sorte de la diversion anecdotique et de l'ambiance bon enfant des soirées de vendanges et des journées de mise en bouteilles entre amis. Pourtant, ceux qui suivent les vins bretons depuis une huitaine d'années constatent des progrès lors des rares dégustations (pour cause de productions intimistes) et un projet d'installation "pour de vrai" existe désormais en Sarzeau (travail au cheval, vinification nature, selon Louis Chaudron, qui déposera sa demande de droits de plantation en 2015!), dans la presqu'île de Rhuys (où quelques secteurs de vignes apparaissaient sur la carte de Cassini) et même, plus "municipalement", sur l'Ile d'Arz. Alors, à quand une AOP Morbihan ou des IGP Arz ou Rhuys, ou encore Pays de Redon, voir Coteaux de la Rance ou de Quimper?...

004Après une présentation du projet de l'Ile d'Arz par son ancien maire, Daniel Lorcy, quelques vignerons évoquèrent les conditions pas toujours simples du millésime 2014. D'aucuns, comme Benoît Biheux, de Rénac (35) n'avaient d'ailleurs pas que de bonnes nouvelles, puisque ce dernier laissait entendre qu'il n'allait plus pouvoir s'occuper de sa parcelle de quarante ares de chardonnay, près de l'église du village, privilégiant son activité de maraîcher et désirant limiter ses déplacements. De leur côté, les habitants du quartier du Braden, à Quimper, dont l'association gère soigneusement les quelques 870 pieds de vigne (60% chardonnay et 40% pinot gris) annonçaient les très prochaines vendanges, puisque prévues pour le lendemain, dimanche 5 octobre. La production 2013 avait permis de boucher 1175 bouteilles et l'accent était mis sur les conditions météorologiques absolument exceptionnelles pour l'été 2014, du moins de l'arrière-saison (5 mm de pluie au lieu de près de 90 habituels en septembre!), ce qui avait pour conséquence intéressante qu'aucun systémique ne fut utilisé cette année. Et de souligner l'espoir d'une belle récolte et d'un beau millésime. A noter que quelques plants de gamaret ont été plantés afin de vinifier un complément aux blancs habituels et que la production d'un rouge quimperois se profile!...

A St Suliac et au Mont Garrot, ce n'est pas la même chanson, cette année!... Au grand dam de Jean-Yves Hugues, leader des vignerons suliaçais, il n'y aura pas de vendanges en 2014!... En effet, le chenin planté avec vue imprenable sur les vestiges du camp viking, que l'on aperçoit à marée basse, a subi une attaque d'oïdium, genre fulgurante, en plein mois d'août. Des absences pour cause de vacances et peu de personnes disponibles au moment crucial. Résultat : en 48 heures, les raisins ont pris une couleur peu avenante. A noter que la partie haute de la parcelle a été arrachée, en vue de la plantation d'un cépage rouge (rondeau!?).

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A Vannes, il s'agit d'une micro-parcelle de 300 pieds, plantée en 2011, par Jean de Saint Rémy dans sa très belle propriété vannetaise. Pour tout dire, 2014 s'annonce là superbe et d'ailleurs, à l'issue des débats et du repas confraternel, les participants seront invités à vendanger le millésime, puisque les oiseaux se sont déjà invités au festin et ce, depuis une quinzaine de jours!... Les dégâts sont estimés à 40% de perte, il est donc temps de passer à l'action. Le vigneron nous explique au passage que ses parents possédaient naguère une propriété à St Emilion, qu'il avait tenté de transférer quelques droits pour planter des vignes dans les Landes, mais que face aux réticences administratives, il avait finalement renoncé. Désireux malgré tout de planter quelques arpents en Bretagne, il parvint à se dédouaner de toute tracasserie en plantant un raisin de table, l'aladin, cépage hybride, dont est tolérée une vinification pour sa consommation personnelle. Ce sont les Coteaux du Pargo. A noter cependant qu'en 2013, quelques pieds de sauvignon ont été plantés franc de pied.

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Était également présente l'association de la banlieue nantaise (Nantes est bien en Bretagne, dites-moi?...), Le Berligou, du nom du cépage (une variété ancienne de pinot noir, semble-t-il) planté à raison de 386 pieds sur les six ares entretenus par l'association de Couëron. Le tout sur le porte-greffe riparia rupestris 3309, avec un enherbement total, selon le représentant des vignerons locaux. L'essentiel de la production se limite à une vinification en rosé, avec cependant un petit volume de rouge (très gouleyant ce jour-là, au restaurant). A noter que l'association a récemment planté un rang d'hybrides (pas moins de vingt-deux variétés!) tous présents sur la commune et récupérés avant arrachage, afin de constituer une sorte de conservatoire de la viticulture locale. Il y a là oberlin, landau, rayon d'or et autre vin des pharaons, entre autres!...

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Source : www.bretania.fr

Bien sur, il était possible de déguster quelques échantillons de vins bretons, évènement rare s'il en est, puisque aucun de ces vins n'est destiné à la commercialisation. A peine, une forme de don à une éventuelle association est-elle admise. Certains vignerons étaient absents, mais avaient confié une ou deux bouteilles aux organisateurs. Parmi celles-ci, deux pétillants étaient très plaisants, même s'ils ne pouvaient qu'amuser Benoît Marguet, vigneron en Champagne et de passage un peu par hasard. Notez que ces deux vins étaient issus de Maréchal Foch pour le blanc et de Plantet pour le rouge. Le Clos de Chevalier, c'est le nom du cru, est produit au Quillio (22), entre Mûr de Bretagne et Loudéac, par Jean Donnio, avec passion et en dépit des demandes d'arrachage qui lui arrivent de temps en temps!...

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La manifestation était aussi agrémentée de deux interventions de professionnels. Alain Poulard, tout d'abord, de l'IFCV de Nantes, pour évoquer la gestion des fermentations, ainsi que les levures (minimisant au passage l'impact de l'emploi des plus exogènes du genre!?), puis Ludivine Guinoiseau, qui s'est attachée à présenter l'étude sur la faisabilité d'une réimplantation de la vigne dans le Morbihan, en liaison avec le Parc Naturel Régional du Golfe du Morbihan, précisant notamment que le potentiel climat/sols/topographie semble favorable, sous réserve d'une sélection attentive des meilleures parcelles et expositions.

Enfin, Guy Saindrenan, auteur d'un ouvrage de référence sur la Vigne et le Vin en Bretagne (aux Éditions Coop Breizh), rappela quelques éléments à caractère historique qu'il convient de garder à l'esprit, au moment où de nouvelles plantations sont annoncées. Ses recherches l'ont désormais convaincu que le choix des hybrides entre les deux guerres, pour replanter le vignoble de la presqu'île de Rhuys notamment, s'est avéré catastrophique. Et de préciser que dans les vignobles les plus septentrionaux, seul le choix de la qualité et des meilleurs cépages avait permis de maintenir la production de vins au fil des décennies, citant notamment Jasnières ou les Côtes de Toul, pour illustrer son propos. Il faut aussi se rappeler que la période faste de la région de Sarzeau se situe au tout début du XXè siècle. Depuis dix ou vingt ans, le phylloxéra avait détruit petit à petit le vignoble de Cognac et on incita donc les quelques vignerons du Sud-Bretagne à planter de la folle, afin de fournir des jus, à gros bouillon, aux producteurs de Fine Champagne. Ce qui fut fait pendant quelques années, jusqu'à l'apparition du sinistre puceron dans le Morbihan (1903). Une forme de prospérité apparut, mais pour ce qui est de la qualité, c'est une autre affaire, puisqu'il s'agissait de production à gros rendements et de distillation. L'historien de la vigne bretonne préférerait certainement une orientation plus ambitieuse, que le sempiternel rappel d'une tradition quelque peu folklorique.

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L'arrachage des hybrides qui suivit cette période, permit la plantation de cépages de qualité dans certains endroits, comme à Pénestin, où Madame Delatouche nous expliquait en 1970 toutes les raisons qui présidaient à l'entretien d'un "coteau pierreux sur lequel il y avait toujours eu de la vigne de mémoire d'homme". Là, c'est un ostréiculteur qui occupait son personnel en basse saison maritime et lui offrait, selon ses dires, des moments de détente vis à vis du travail des marées!...

Il reste donc à franchir un nouveau pas, pour voir apparaître un progrès sensible. Peut-on compter sur les effets du réchauffement climatique et une réglementation européenne plus souple au 1er janvier 2016?... Certes, il faut aussi continuer à encourager cette démarche d'amateurs passionnés aux quatre vents de la Bretagne, parce que ce sont peut-être les bases d'un avenir plus construit. Mais, rappelons que la démarche reste fragile et que la plupart des animateurs, dans ces micro-vignobles, sont des sexagénaires, voire des septuagénaires, bon pied bon oeil certes, mais espérant aussi transmettre intacte leur passion. La lecture des plus récents comptes-rendus d'AG des Vignerons Bretons évoque d'autres vignes à Loudéac, Lanarvily, Daoulas, Morlaix, Le Folgoët, Fougères ou sur les Coteaux du Léguer. Qu'en est-il de leur pérennité aujourd'hui?... Pourront-ils franchir ce cap du "bon petit vin agréable à boire entre amis"?... Il est possible d'espérer et les Bretons savent garder l'espoir et leur enthousiasme en toutes circonstances. On peut croire que les vins de Bretagne pourraient y gagner un supplément d'âme bretonne.

Voici quelques précisions, suite à la réception du compte-rendu de cette AG, notamment en ce qui concerne la libéralisation des VSIG (Vins Sans Indication Géographique) et l'aspect juridique que Ludivine Guinoiseau a abordé lors de son intervention : "Il n'y a pas actuellement de possibilité de plantation. Mais, la législation doit changer au 1er janvier 2016, date à laquelle des autorisations pourraient être données (NDLR : notez le conditionnel), non cessibles pendant deux ans et valables jusqu'en 2030. Le quota prévu se situe entre 0 et 1% de la superficie totale du vignoble français, soit 7550 ha. Toutes les demandes seront acceptées, mais il y aura répartition entre les demandeurs. On ne sait pas encore qui va s'occuper de tout ça! En tout cas, l'année 2015 semble cruciale, puisqu'elle doit permettre à chaque Etat membre de faire ses évaluations. Quatre critères ont été retenus pour les candidats : la demande doit être inférieure à ce que le demandeur possède déjà, il doit avoir des connaissances professionnelles, être prioritaire (cas d'une installation, par exemple), s'intégrer à un territoire." Notez également que certains documents permettent d'en savoir plus : les résolutions 479 et 555 de l'Union européenne de 2008, ainsi que le règlement 1308 de 2013. Voir également ceci.

Retour également de Sylvie Guerrero, membre du projet de Treffiagat (29), né en 2011 et présenté en septembre à l'incubateur Produits En Bretagne (PEB), élu projet à soutenir. "Les droits de plantation étant ce qu'ils sont et après avoir été jusqu'à l'Assemblée Nationale pour demander une dérogation (planter un an avant la libéralisation des VSIG), la décision a été prise de contourner la loi en créant une association de préfiguration à la création d'une EARL. Cette association permet, lors de sa dissolution, de céder à une personne morale ses biens, moyens et ressources. Ces démarches et leurs aspects juridiques sont en cours de traitement avec un avocat de PEB. Le domaine de Treffiagat fera à terme quatre hectares. Effectivement, c'est bien l'albarino qui sera planté dans le pays sud bigouden, puisque le climat de Galice est proche de notre climat. Au mois d'avril, nous commençons par planter 0,7 ha."

Autres informations concernant les Vignerons Franciliens Réunis, dont le président, Patrice Bersac, participait à l'AG de Vannes. "VFR n'a pas obtenu de dérogation en matière de droit de plantation, car cela est toujours refusé à quiconque! Il n'y a toujours pas de statut juridique adapté aux vignes patrimoniales. Chaque maigre avancée est suivie d'un endormissement, c'est de la procrastination puissance 10! La Commission européenne m'a répondu l'an dernier que tout vigneron en raisin de cuve est soumis d'emblée à la réglementation européenne (!). Les autorisations de plantation sont encore et toujours des décisions arbitraires élaborées au long de la chaîne administrative, qui va de France AgriMer (Angers, Dijon, etc...) au bureau des vins du ministère. Dernièrement, je suis intervenu pour un dossier qui allait s'enliser dans le marécage idolâtrique du juridisme techno-bureaucratique et de l'incompréhension de ce que nous faisons. Autre exemple, un dossier de collectivité territoriale est perdu depuis 2004, il est à refaire et on ne sait ce qu'il deviendra, mais la vigne existe depuis 2004 et des déclarations de récolte on été faites!..."

"L'administration des douanes fait de même, il n'y a que des décisions arbitraires, parfois appuyées sur un avis de l'échelon central. Il n'y a aucune doctrine écrite, rien qui permette de savoir où va l'administration. En revanche, il y a eu un très gros contentieux pour une association de vignerons patrimoniaux devenus depuis adhérent VFR (1200 € d'amende, neuf infractions relevées, arrachage, distillation, destruction des bouteilles, etc... Prévenu trop tard, j'ai à peine pu calmer le jeu! Le 24 juillet, j'ai passé dix heures chez les douaniers d'Epernay qui ont été très attentifs dans leurs questions pour enregistrer des informations démonstratives de nos revendications et essayer de comprendre ce que nous faisons pour les vignes patrimoniales de France. Nous attendons que la centrale se prononce."

"Pour les vins franciliens, il n'y a pas d'AOC. Il y a toujours des vignes patrimoniales mais, pour ceux qui s'engagent dans une démarche professionnelle et non pas ou plus patrimoniale, nous avons déposé un projet d'IGP, mais pas en AOP car c'est impossible. Ce dossier est en cours d'étude par l'administration. Nous en avons informé un porteur de projet breton qui patiente lui aussi depuis dix ans!. Concernant la libéralisation de 2016, tout est encore à craindre, car l'administration refuse d'inscrire nos demandes dans les négociations au niveau de l'UE. La filière viticole, bien que prévenue, n'a pas encore pris la mesure de ce qui se passe... La situation est très complexe, car il n'y a pas encore un dialogue équilibré et dynamique. Et concernant ceux qui voudront être en IGP, il y a à craindre à cause des VSIG qui risquent d'être incontrôlés. La liberté est bienvenue si elle ne tue pas. Il faut peu de chose pour casser un marché naissant et mettre tous les nouveaux vignerons dans le marasme économique. Voilà pourquoi c'est complexe." 

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19 octobre 2014

Ivo Ferreira, Domaine de l'Escarpolette, à Arboras (34)

Fin juin en Languedoc, on peut espérer en temps clément!... Rendez-vous au coeur du village dès le début de la matinée avec Ivo Ferreira, pour découvrir le Domaine de l'Escarpolette. Juste le temps de prendre un café et un croissant sur la place de Montpeyroux, avant l'heure convenue. Un appel au téléphone, c'est Ivo : " Je suis un peu en retard, mais il fallait que je passe dans les vignes, il est tombé de la grêle hier soir... et je ne sais pas ce que cela donne... j'en ai jamais eu..."

018On peut parler de chance sans doute, mais le jeune homme confesse aisément qu'il n'en a pas manqué, de par les rencontres qui ont marqué sa vie de jeune vigneron, même quand il est tombé dans un traquenard, non loin de là, alors qu'il avait oeuvré pendant plusieurs années, avec passion et énergie. "Alors, cette grêle?" Pas très agréable de rendre visite à un vigneron qui aurait juste fait le constat qu'une partie de sa récolte vient de disparaître sous l'orage... "Ben écoute, rien... C'est incroyable!" En fait, la nuée semblait très localisée, même si nous constaterons plus tard dans la journée, qu'elle a quand même fait quelques dégâts au Petit Domaine. De petits grêlons mêlés à la pluie constatés dans le village, ce qui ne pouvait qu'inquiéter les habitants, qui en ont été quitte pour une bonne frayeur. Du coup, nous montons rassurés jusqu'à Arboras, la commune voisine, un peu plus haut sur les coteaux.

C'est là qu'Ivo Ferreira retape une vieille maison de village adossée à la garrigue et qui va lui offrir une superbe vue sur le vignoble. Il pourra d'ailleurs surveiller aisément le déplacement des nuées menaçantes et aussi évaluer le risque. Très vite, nous partons pour un petit tour des parcelles, offrant d'apprécier toute leur variété. Certaines proches de friches, sur le coteau, d'autres plus bas, dans la plaine et sur des éboulis calcaire, comme ces cinquante ares de cinsault, la première parcelle trouvée lors de son installation, mais aussi la plus éloignée de la cave, même s'il dispose aussi d'un peu de terret, sur Aniane.

Tout laisse à penser que le vigneron d'Arboras a désormais trouver l'endroit où se poser et ce depuis 2009. C'est d'abord comme sommelier qu'il découvre la restauration dite de qualité à Paris, puis finalement les vins naturels. Il croise la route de Jean-Marc Brignot, fait les vendanges 2004 dans le Jura et participe aux vinifications du domaine cette même année-là. Il passe l'hiver à Arbois (presque comme une expérience en terre inconnue!) et envisage, dans un premier temps, de faire sa formation viti-oeno à Davayé (71).

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Au final, il décide de rejoindre sa famille dans le Sud-Ouest, certain de laisser la restauration pour le vin. Il opte pour une formation à La Tour Blanche, au coeur du Sauternais, au cours de laquelle il effectue un stage au Château Le Puy, avec Jean-Pierre et Pascal Amoreau, devenus depuis des amis, des maîtres, des exemples... Il y reste quatre ans et demi et y rencontre Céline, sa compagne et cousine de Pascal. D'autres options se présentent à lui (Bourgogne, Champagne...), mais le couple part au Chili pendant trois mois, avec l'idée de s'y installer, sans réussir à chasser l'envie de voyager. Finalement, ils continuent leurs pérégrinations autour de la planète et finissent par revenir dans le Sud-Est, Céline travaillant sur un film de Ridley Scott (c'est une monteuse bien connue dans le cinéma), dans le Lubéron.

Ivo pense alors avoir pris le recul voulu et le temps de réfléchir à son installation. Il enfourche sa moto et part dans le Roussillon, à la recherche de vignes, puis en Corse, où il rencontre Antoine Arena, ce dernier le surprenant quelque peu lorsqu'il lui demande notamment quelques précisions à propos du mildiou, inconnu au domaine!... Il découvre ensuite Montpeyroux, travaillant dans une priopriété de St Jean de Fos, qu'il doit finalement quitter.

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Aujourd'hui, le domaine compte environ quatre hectares et Ivo propose pas moins de cinq rouges et deux blancs, sans oublier "une sorte de Porto, pour faire un semblant de soleira avec mourvèdre et grenache", histoire de garder le fil de ses origines.

La série se décline comme suit : La Petite Crapule, expression de mourvèdre auparavant, devenue un "rouge de pique-nique" vinifié en macération carbonique, composé d'un carignan trentenaire et de jeunes vignes de grenache. A suivre, L'Escarpolette, des vieux carignan, des vieux cinsault et un tout petit peu de syrah, quant à elle vinifiée également en carbo très courte de cinq ou six jours maximum. En quelques sortes, le porte-étendard du domaine. Ensuite, un trio de belles cuvées, sorte de tiercé gagnant de vinifications se voulant originales et non dénuées d'esthétisme, comme le laisse apparaître leur dégustation. Trois exercices de style sur la base de cépage unique : de vieux cinsault pour Jeux de mains, des vénérables carignan pour Les Vieilles et un merlot trentenaire pour L'Enchanteur. Du plaisir d'apprécier la diversité languedocienne des Terrasses du Larzac!...

017Pour les blancs, Ivo a tardé pour en proposer, sans doute en partie pour être certain de trouver son équilibre, lui le funambule, terme identitaire proposé par Olivier Lebaron, sur son blog Show Viniste et qu'il revendique d'ailleurs, certain que chaque année, les vignerons sont souvent sur le fil du rasoir. Le Blanc de l'Escarpolette est-il vraiment blanc, d'ailleurs?... D'aucuns le classeraient volontiers dans la gamme des vins orange. Des blancs de macération certainement, puisqu'une bonne partie des cépages composant la cuvée a suivi ce process : dominante de muscat petits grains, du terret gris, du grenache blanc et un soupçon de grenache gris, avec désormais un petit volume de grenache noir en pressurage direct, pour la Ivo's touch. Du grand art!... Le genre de cuvée avec laquelle on s'enfonce dans son fauteuil surrounded!... Un truc qui vous fait voyager en cinémascope, mieux que Transavia!... On s'attend, de plus, à entendre rugir le lion de la 20th!... En plus, Ivo propose maintenant un autre blanc. Tiens, il aurait pu l'appeler comme ça! Pour l'heure, c'est La Petite Pépé, un blanc de noir 100% grenache, qui ne manquera pas d'inspirer certains de ses confrères et amis du Languedoc, comme François Aubry, par exemple.

Le Domaine de l'Escarpolette fait partie des domaines du Grand Sud-Est qui ont apporté quelque chose d'innovant dans le vignoble, ces dernières années. Les vins portent l'énergie du bonhomme, sa passion et sûrement une partie de ses doutes, parce qu'il n'est pas vigneron à s'appuyer sur des pseudo-certitudes. Peut-être est-il aussi influencé par son approche, même très personnelle, du milieu artistique? Là, rien n'est jamais acquis et l'oeuvre, fut-elle créée avec le coeur et les tripes de l'artiste, ne gagne pas forcément l'estime des passionnés. Mais, Ivo Ferreira ne manque pas d'interpeler ceux qui découvrent ses vins, notamment par la présence de superbes étiquettes originales, sortes de signatures calligraphiées de ses créations. Remarquez, cela tombe bien, puisqu'elles sont justement nées de l'imagination de Marie-Christine Enshaïan, première femme admise dans les ateliers japonais de calligraphie et par ailleurs, spécialiste et restauratrice de tableaux, notamment ceux de Picasso. Pour un peu, on se surprend à effleurer le papier choisi pour les étiquettes... Des vins que l'on touche du bout des doigts, mais que l'on ne déguste pas du bout des lèvres, tant ils nous régalent!... Notez que nous ne sommes pas les seuls, tant cette production franchit désormais les frontières, notamment pour le Japon, où les amateurs, cavistes et restaurateurs le vénèrent quasiment!... Profil de star!...

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04 octobre 2014

Vendanges 2014 : l'été indien!...

Un vrai, un bel été indien!... Peut-être pas pour tout le monde!... Comme chacun le sait désormais, le Sud-Est a souffert de nouveau de quelques épisodes cévenols pour le moins actifs : 400 mm de pluie en quelques heures, notamment à l'est de Montpellier, voilà quelques jours!...

Néanmoins, il semble que la perspective de ces précipitations diluviennes ait incité bon nombre de domaines viticoles de la région à forcer l'allure, la plupart finissant les vendanges au cours du dernier week-end de septembre (27 et 28), voire dans la semaine précédente, lorsque cela était possible, notamment vis-à-vis des maturités recherchées. Après cette période intense, au cours de laquelle le vigneron se transforme parfois en manager hyperactif, organisant la cueillette, faisant face à d'éventuelles défaillances du matériel (un pressoir en panne à ce moment-là, cela peut mettre de l'ambiance!), faisant aussi des plans sur la comète (ah, l'année de la comète!) en prenant connaissance des qualités intrinsèques des raisins de l'année, d'aucuns cherchant des similitudes avec quelque millésime antérieur, mais ne les trouvant que rarement, on imagine aisément à quel point on peut être soulagé d'entendre les cuves de fermentations s'activer, alors que la pluie rince la toiture du chai, comme on passe au karcher les sols bétonnés du cuvier après la bataille, pour faire disparaître le sang des vignes. Et même si l'on sait que quelques amis se situant dans des vignobles plus septentrionaux, sont eux entrés, à leur tour, dans cette période de doute et de crispation, source néanmoins d'espoirs en des millésimes meilleurs.

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Et pour évoquer la météo de ce mois de septembre, il n'est que de consulter les statistiques publiées dans le quotidien Ouest-France, le 1er octobre dernier, pour se rendre compte à quel point les vignobles ne sont pas logés à la même enseigne, en cette année 2014. Certes, la seule partie sud du Grand Ouest dispose officiellement de vignes, le reste de la région étant supposé se situer au-delà de la limite nord de la culture de celle-ci, mais les chiffres sont pour le moins éloquents. Avec parfois vingt à trente fois moins de précipitations que la moyenne normale du mois en Pays de la Loire et des écarts de température de trois degrés avec les maximales, on se dit que l'on a là des conditions extrêmes, venant compenser certaines des difficultés du reste de la saison végétative. Même si, plus à l'est, d'autres ligériens n'ont pu sauver que l'essentiel, lorsque certaines périodes de pluie (et/ou de grêle) n'ont apporté que du trop plein, voire de la désolation.

Gageons que ce genre de considérations pourrait bien être à l'ordre du jour de l'Assemblée Générale des Vignerons de Bretagne, qui se déroulera en ce samedi 4 octobre à Vannes (56), tant les parcelles connues, comme celle de Quimper (avec 5 mm au lieu de 86,9 et + 3,5°) ou de Vannes (4,4 mm/60,2 et + 3,3°), ont pu produire dans des conditions exceptionnelles. On peut supposer que celles de St Suliac, non loin de St Mâlo et d'Agon-Coutainville, dans le Cotentin, toutes deux sur les bords de la Manche, sont aussi à même de proposer des cuvées hors normes, façon "millésime du siècle"!...

DSC01543Alors que les premiers retours étaient publiés ici-même, voilà deux semaines, d'autres nouvelles nous parvenaient du vignoble, notamment ligérien, mais pas uniquement. Le samedi 20 septembre, Marc Ollivier, Rémi Branger et Gwénaëlle Croix, pour le Domaine de la Pépière, en Pays Nantais, nous faisaient part de leur confiance : "Quelques petites nouvelles des vendanges entamées depuis déjà une semaine et demie. Pas besoin de faire un dessin : il fait beau, il fait même exceptionnellement beau. Matinées douces et sèches, après-midis chaudes et avec juste ce qu'il faut de vent. Après un mois d'août automnal, froid et arrosé, le soleil de septembre apporte une belle maturité du raisin. Les baies se concentrent et les sucres montent, les acidités restent élevées. Pas de gros orages attendus, nous poursuivons avec confiance. Du point de vue des équilibres, on peut peut-être rapprocher ce millésime de 2004. A suivre! L'équipe de vendangeurs a une belle énergie et l'ambiance est très bonne. Nous poursuivons la semaine prochaine avec notamment deux crus communaux : Clisson et Monnières-St Fiacre".

En provenance de Vouvray, c'est Julien Védel qui nous communique une première tendance ce même 20 septembre. Il travaille au Clos Naudin, avec Philippe Foreau, mais dispose aussi de quelques arpents dans l'appellation tourangelle. "Pour le domaine [Clos Naudin], comme un peu tout le monde en Loire continentale (versus l'Anjou ou le Muscadet, sans pousser jusqu'à Sancerre), la banane est de mise! Du volume, après deux années qui ont mis à mal les stocks, à cause du mildiou et de la grêle et surtout un beau potentiel grâce à ce temps depuis presque un mois, alors que la saison a été chaotique! Un début précoce qui nous a fait craindre le gel, puis un temps maussade, quelques épisodes de pluies abondantes nous obligeant à traiter les onze hectares à dos (le travail du sol intégral a parfois ses inconvénients), mais l'état sanitaire tenait bon jusqu'à ce que "l'été" arrive et ses petites pluies récurrentes, ce qui a occasionné une sortie de mildiou virulente! Les grappes ont vu un peu de rot brun, sans trop impacter la récolte. Par contre, le feuillage a un peu souffert, selon les secteurs. L'état sanitaire est variable, de très sain à quelques foyers de pourriture, les cuvettes avec de la perte à venir et les beaux terroirs avec des départs de noble, qui nous donnent  l'espoir de beaux moelleux/liquoreux. Début le 1er/10 ou le 6 avec une petite équipe, si le temps se maintient au beau, pour se donner le temps de couper tranquillement et d'attendre la concentration. Si l'état sanitaire se dégradait, on renforcerait l'équipe." Il complète ensuite en évoquant son propre domaine : "Chez moi, un peu le même topo avec quelques départs de pourri, dont je me passerais bien, ne voulant faire que des secs comme King Richard [Richard Leroy], toutes proportions gardées évidemment!"

blanc2Quelques jours plus tard, le même Julien nous faisait part d'une évolution soudaine : "La situation se dégrade avec des attaques de pourriture acétique/vinaigre qui font qu'on commence demain pour sauver les trois quarts des parcelles au lieu de lundi. J'ai le même souci et ferais un premier passage samedi. Ce soir, tout entre 12 et 13 de potentiel. Est-ce les fameuses suzukii!?..."

En Anjou cette fois, c'est Christophe Daviau, du Domaine de Bablut, à Brissac-Quincé, qui nous donne une autre tendance, le 21 septembre : "Les vendangeurs sont arrivés... Ce jeudi 18 septembre, les premiers coups de sécateurs ont été donnés! Nous avons commencé par le chardonnay, pour le Crémant de Loire. Ce sera tout pour cette semaine. Nous poursuivrons par le sauvignon blanc qui est particulièrement aromatique (fruits exotiques, muscat), puis par le grolleau destiné au Crémant de Loire et pour Topette, en macération carbonique. Les cabernets et le chenin blanc seront pour plus tard. Actuellement, nous les chouchoutons en fignolant l'effeuillage et en enlevant les verjus (grappes secondaires). Nous suivons leur évolution chaque semaine par des prélèvements réguliers, ce qui nous rend très enthousiastes, car c'est toujours aussi prometteur."

A Savennières, Tessa Laroche nous gratifie d'un message assez laconique le mardi 23 septembre, traduisant aussi l'inquiétude : "Ce week-end, ce fut un peu l'horreur, notamment dimanche!... Beaucoup d'eau en peu de temps et beaucoup de mal à s'égoutter. Mais là, tout rentre dans l'ordre avec le soleil et heureusement, il ne fait pas trop chaud!"

pip1Toujours très attendu, le compte-rendu d'Olivier B (24 septembre), en provenance du Ventoux, du fait notamment de la tendance météo actuelle pour le Grand Sud : "Allo Houston, ici le Ventoux. Pas sûr que l'on vendange en short et en marcel ici, dans le sud-est, tellement la météo se fait capricieuse depuis un moment. Après un printemps et un été relativement favorable au cycle de la vigne, le début septembre plus qu'estival laissait entrevoir une vendange entre 2012 (année classique des vingt dernières) et 2013 tardive. Cinquième année sans cuivre et seulement troi spoudrages sur les roussanne, j'ai finalement craqué et j'ai traité une fois et demi ma surface fin août, pour éviter de perdre trop de feuilles par le mildiou mosaïque".

"Les raisins sont bien plus gros que l'année passée (30% trop petit) à la faveur des orages hebdomadaires des mois de juillet et août. Cela a amené l'ODG a demandé une augmentation de rendement à l'INAO, de 52 à 60 ou 65 en rouge et blanc. Mort de rire quand, cette semaine, on reçoit une autorisation d'enrichissement. Pour moi qui dépasse rarement les 30 hl/ha à la souche présente, ça n'a évidemment aucune incidence. Le souci, c'est que depuis quinze jours, on regarde tomber la pluie au moins deux fois par semaine et à coup de 70 mm par ci, 10 par là, avec peu de vent ensuite. Je ne sais pas bien où cela va nous mener... Les grosses grappes, trop grosses à mon goût, se gorgent d'eau et les degrés potentiels régressent par effet de dilution."

blanc3"J'aimerai que les blancs tiennent jusqu'au 4 octobre (20 septembre habituellement), mais la charge important de grosses grappes entremêlées me laisse pensif... En rouge, c'est la même, certaines grappes restent roses et quand on sait que l'on vendange souvent deux semaines après les blancs, cela nous ramène à 2013, vers le 20 octobre et des vinifs pas terminées avant les tournées et autres salons de novembre. Bref, aucune certitude, mais c'est bien pour que chaque année soit différente que je persiste à aimer cette passion... Yalla, la suite dans une semaine ou trois..."

A suivre, le CR millésimé 2014 de Benoît Tarlant, en provenance de Champagne, le 25 septembre : "C'est bien la première fois que je t'écris sur les vendanges à posteriori. Soit on est en avance, soit tu es en retard... ou bien les deux".

"L'année fut plutôt sereine, les maladies qui, habituellement nous mènent la vie dure, étaient cette année en retrait. Assez peu d'oïdium et pas de mildiou de saison. Il est apparu à la fin sur les brous sans trop de dommage. Et même s'ils ne sont pas passés loin, les Champenois ont évité les gros orages symbolisant l'année et frappant nos confrères plus au sud. Quels que soient les cépages de Champagne, la montre était belle et la constitution des raisins s'est confirmée par la suite. 2014 est une année à raisins. En avoir, c'est bien, qu'ils soient beaux est la finalité".

"Les soins des travaux d'été comme l'écimage, d'effeuillage oriental, de tonte et autres joies estivales étaient particulièrement importantes pour obtenir des raisins sains et mûrs à la fin du cycle, malgré un mois d'août particulièrement frais. Et septembre est apparu avec ses belles journées chaudes (trop?) et ensoleillées. Les vendanges ont battu leur plein au 15 septembre sur toute la Champagne. La chaleur des jours et nuits, la fragilité de certaines baies, le nombre de raisins accrochés et la présence de drosophiles autour des cagettes empêchaient de prendre son temps. C'est donc un rythme soutenu au pressurage qui a permis de rentrer quantité et qualité. Au premier nez, l'expression des jus est franche, sur le fruit, avec du goût et de la netteté. La tenue dans le temps, avec des perceptions acides différentes en fonction des terroirs fera le reste. On testera tout cela après les fermentations, mais vu le potentiel initial et la beauté des raisins, il y a tout pour faire un millésime intéressant."

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Un petit retour à Margaux, avec Vincent Ginestet, qui se lance le 29 septembre : "Nous avons attaqué les merlots ce matin. Les degrés sont bons sans être trop élevés (14°), l'état sanitaire impeccable, pas de botrytis. Les peaux sont à maturité optimale, cela devrait faire de bonnes cuves de merlot! On fait tout pour!..."

Enfin, un petit mot de Catherine Delesvaux, le 30 septembre. Dans le Layon, les perspectives sont très encourageantes : " En cette veille de début de vendanges où le temps semble s'accélérer, tout va pour le mieux, mais nous conservons les doigts croisés. Il peut se passer tellement de choses pendant ces semaines à venir. Beau temps général, des brouillards matinaux depuis la semaine dernière (botrytis cinerea, lève-toi!), nuits à 10°, jour à 24°, soleil, temps sec (sauf lundi matin, mais c'est bien). Que demander de plus?... A suivre donc!... Une pensée pour les collègues que la météo n'a pas épargnés".

Ne reste plus qu'à espérer que la bascule météo qui se profile à l'ouest ne vienne pas trop bousculer les vignerons, dans leur quête du meilleur. A suivre!...

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Toutes dernières nouvelles du vignoble! En cette journée du 18 octobre, des températures de l'ordre de 24 à 26° sont annoncées pour le week-end en Vendée!... La bascule météo est partie à la plage, comme nombre de ceux qui veulent profiter de ce temps. A vos barbecues et planchas!... Olivier B, au pied du Ventoux, nous fait part de son enthousiasme final, en guise de conclusion :

"Et bien finalement, on était en short et en marcel... Météo décalée, nous avons vendangé les blancs le 4 octobre avec un peu de tri habituel, pourriture acide sur les roussanne, qui partent en sucette en quatre jours lorsque le ciel alterne averses et soleil. Du 14 au 16, c'était au tour des rouges. A part les deux premiers morceaux de syrah plus fragiles et qui ont réagi comme les roussanne, tout était plutôt joli."

"Mon détachement habituel et ma vision rock'n roll du boulot m'a fait craindre le pire lorsque, la semaine dernière, on profitait de la vie plutôt que de vendanger. A une heure d'ici, se déroulait le troisième phénomène cévenol consécutif et on nous annonçait le déluge. Il ne s'est finalement rien passé et trois jours ont suffi pour que la vendange soit à l'abri. Comme d'hab, on a terminé par la syrah magique (deux photos ci-dessous), avec pratiquement zéro raisin par terre!...."

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"De l'avis mes vendangeurs qui ont travaillé durant un mois de l'ouest à l'est du Vaucluse, les raisins des vignes que j'ai accompagnées en 2014, malgré le petit tri, faisaient partie des plus beaux qu'ils aient eu à ramasser et aussi 30% de récolte en plus, ce qui correspond à une belle année dans les clous du rendement recherché aux alentours de 30-35hl/ha à la souche. Alors now, 2014 est bien lancé, reste l'accompagnement et l'amour habituel et ça devrait le faire. J'adore! Trop de la boulette!... A l'année prochaine!..."

Presque au moment même où je prenais connaissance de ce message plutôt rassurant, arrivait sur mon téléphone, une photo en provenance de Touraine, prise par un vigneron qui nous avait fait part de son inquiétude, quant à l'effet dévastateur supposé des suzukii. Vous savez bien, drosophila suzukii!... Certains, au tout début de la campagne des vendanges 14, diffusaient la photo de l'insecte sur les réseaux sociaux, en annonçant qu'il tiendrait, malheureusement, la vedette lors de la cueillette en cours. Et puis, l'annonce a fini par faire long feu!?... La photo en question, prise le matin même, montre des grappes sur pieds ressemblant à des raisins noirs, du type cabernet franc, comme on en voit le long de la Loire. En fait, il s'agit de chenin!... Des raisins destinés à produire des liquoreux de Touraine, mais qui risquent de ne pas voir le pressoir et pour cause!... Alors, qu'en est-il dans le vignoble?... Curieusement, peu de retours évoquent le fléau, pourtant, il semble qu'il affecte nombre de régions. Le risque de piqûre acétique pressenti en amont et évoqué par certaines institutions locales pourrait avoir déclenché quelques anticipations, initiatives cachant finalement la misère. L'insecte étant connu pour s'attaquer de manière privilégiée aux raisins rouges, certains sont aujourd'hui surpris de le voir sur des blancs, mais il semble que ce soit, pour l'essentiel, sur des raisins destinés à produire des liquoreux. Certains secteurs du Bordelais, plus ou moins limités, semblent touchés et parmi ceux-ci Sauternes. En tout cas, l'auteur du cliché essaye de traduire, au-delà de la photo, l'inquiétude que de célèbres domaines ressentent aujourd'hui. Et plus encore, parce que d'autres semblent appliquer un "silence radio" curieux et même parfois, annoncer une qualité équivalente à 2008 ou 2012, alors que seulement quelques kilomètres séparent leurs vignobles de celui concerné!... Alors, la suzujii serait-elle particulièrement sélective?... Les modes de culture sont-ils en cause?... Ou certains attendent-ils les analyses diffusées par les institutionnels, après vendanges, pour évoquer le sujet, après deux années difficiles, comme c'est le cas en Val de Loire?... A suivre donc, notamment parce que l'avenir n'est pas très clair, pour ce qui est des moyens de lutter contre cet insecte qui, s'il apparaissait chaque année, pourrait remettre en question, ni plus ni moins, la production de moelleux et de liquoreux. Un avis, amis vignerons?...

Ultimes nouvelles en provenance d'Italie, par le biais de la famille Negro, à Monteu Roero, au coeur des Langhe piémontaises, avec la réception du compte-rendu des vendanges 2014 établi par le Consorzio di tutela Barolo Barbaresco Alba Langhe e Dogliani. Un long rapport dont voici l'essentiel : "Bien que l'année 2014 ait été l'une des plus complexes de ces dernières années concernant la gestion des vignobles, elle nous a réservé d'agréables surprises quant à la qualité des raisins vinifiés, ceci grâce à une fin de saison favorable."

"Le printemps s'est présenté sur les vignobles des Langhe de manière graduelle mais plutôt précoce, provoquant une reprise végétative anticipée par rapport à l'année précédente. Le début de l'été a enregistré des températures totalement dans la norme, ce qui a permis de conserver la petite avance végétative acquise au printemps par rapport à 2013. La quantité de précipitations au cours de l'été, au-delà de la moyenne, est due surtout à l'intensité des phénomènes plutôt qu'au nombre de jours de pluie. Nous avons assisté au moins, en deux occasions, à de véritables trombes d'eau très localisées et intenses. Les pluies des 23 et 29 juillet ont été particulièrement importantes, avec des conséquences profondément différentes : nous avons enregistré 63 mm de pluie dans la même journée dans certaines zones et 13 mm à seulement 15 km de distance! Le mois de septembre a été sans aucun doute positif sur le plan climatique avec une bonne amplitude thermique, facteur resté stable également au mois d'octobre, ce qui a largement contribué et de façon déterminante à la maturation des raisins et à la composition phénolique."

"Les variétés à baies blanches de la zone ont enregistré une baisse de production par rapport à l'année précédente, avec des teneurs en sucre très similaires accompagnées d'acidités parfois très nettes, qui devraient garantir la fraîcheur également des parfums. Parmi les cépages à baies rouges, le Dolcetto est peut-être la variété qui a obtenu un rendement plus faible sur le plan quantitatif, mais quand les opérations d'éclaircissement et de nettoyage des grappes ont été effectuées correctement, il n'y a pas eu de problèmes sanitaires. Par voie de conséquence, on peut s'attendre à un vin équilibré, peut-être moins structuré et alcoolique, mais avec une variété de parfums intéressante et une force colorante marquée due à la présence d'anthocyanes particulièrement appréciée dans les zones de Dogliani et de Diano d'Alba."

"La Barbera se présente aux vendanges avec une situation plus hétérogène, la zone de production étant plus vaste et qu'il est par conséquent difficile d'établir une moyenne. La teneur en acidité, qui est déjà une caractéristique génétique du cépage a été influencée et accentuée par les températures maximales du mois d'août peu élevées. Le Nebbiolo possède des potentialités intéressantes et démontre une surprenante capacité d'adaptation à nos territoires. Les vignes bien travaillées, aux grappes bien aérées ne montrent aucun type d'attaques de pourriture. Dans la zone de Barolo, la situation est beaucoup plus variée par rapport aux années préécdentes, à cause des averses de grêle ayant touchée"à tâche de léopard" la zone de production. La zone de Barbaresco mérite un discours à part, ayant enregistré une situation privilégiée sur le plan climatique : il suffit de penser que les précipitations ont eu une intensité trois fois plus basse par rapport au reste du Piémont et qu'il n'y a pas eu d'averses de grêle. Pour les Nebbiolos en général, on peut s'attendre à des vins d'une teneur en alcool moyenne, élégants, équilibrés, avec une bonne acidité et par conséquent des vins de garde, avec d'excellents parfums riches en notes minérales. Finalement, l'année 2014 confirme qu'il est illusoire de faire des prévisions trop anticipées dans les Langhe, car nous avons constaté que la dernière partie de la saison est fondamentale pour la qualité finale des raisins et des vins."

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Lorsque aujourd'hui, 17 novembre, est arrivé le message d'Anne Houillon, je me suis dit un instant que le Jura optait pour des vendanges tardives!... En fait, il n'en était rien : "Nous avons dû commencer les vendanges en catastrophe le 16 septembre, soit une semaine plus tôt, car les ploussard ont été atteints par drosophila suzukii. Beaucoup de tri pour ne garder que les grains sains. C'est vrai que le moral, en appliquant un tri aussi drastique, était plutôt bas. Ca fait mal au coeur de laisser par terre une récolte qui était prometteuse. Cette année vient se rajouter aux précédentes concernant les faibles récoltes."

"Après les ploussard, nous sommes passés aux blancs. Une peau plus épaisse et plus saine. C'était un plaisir de couper et de pouvoir tout laisser dans le seau! C'est une année avec des raisins sans trop de jus."

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"Sur le temps des vendanges, nous avons pu être en short et "marcel"! C'est agréable pour le moral de la troupe! Il a plu le week-end entre le plousard et les blancs et à la vin des vendanges."

"Nous finissons par le plus beau, notre équipe! Nous avons été gâtés par toutes ces personnes qui viennent à la maison. C'est un ensemble de rires, de gaité et d'amitié tout en ayant le respect du travail! C'est un plaisir de leur faire la cuisine, avec le bon pain de Pierre sans oublier nos vins et ceux de nos amis que nous leur faisons découvrir!..."

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26 septembre 2014

Pierre Boyat, à Leynes (71)

Descendant de la montagne et des sommets alpins, la traversée de la France, longue et (pas trop) périlleuse peut aisément justifier une étape (faites une pause toutes les deux heures, nous suggèrent les panneaux autoroutiers!) dans les monts du Beaujolais. Nous voici donc sur les hauts de Leynes, à 425 m d'altitude précisément, au lieu-dit Le Bois de Leynes, avec vue imprenable sur d'autres monts, ceux de St Amour et de Juliénas. Tout autour de cette commune, d'autres noms bien connus : Chasselas, St Vérand, Chaintré, Vinzelles, Fuissé... Notez au passage que le vin de St Véran s'écrit bien sans le d final, car c'est l'ancienne orthographe de village (St Véran des vignes) qui fut choisie naguère pour l'appellation, celle-ci s'étendant sur pas moins de huit communes.

002Presque en haut de la côte, sur la gauche, une maison sur sous-sol, bien exposée, avec terrasse sur les vignes, a un profil typique d'habitation dédiée aux jours heureux de la retraite. C'est bien à cela qu'ils pensaient, Pierre Boyat et son épouse, lorsqu'ils décidèrent de la construire mais, ils ont emménagé un peu plus tôt que prévu.

Jusqu'en 2007, ils occupaient en effet la maison voisine, coeur d'un domaine de dix hectares pour lequel ils étaient en fermage (ou métayage), jusqu'au jour où se posa la question du passage en bio. Cela impliquait une légère hausse du prix de vente à la citerne, mais l'acheteur habituel refusa. Ils prirent alors la décision de s'installer sur les quelques vignes familiales, lesquelles basculèrent du même coup en agriculture biologique, après trente années de gestion conventionnelle par le père de Pierre. Et depuis, le voisin a lui aussi franchi le pas du bio!...

Près de la maison, quelques rangs de vigne. Du chardonnay planté en 2003, associé à une autre parcelle située plus bas, pour ce qui pourrait être un Beaujolais-Villages blanc, mais qui reste en Vin de France (cuvée Les Rennes). En effet, le domaine compte quelques parcelles sur St Vérand, Chânes et Chaintré, soit un total de 1,7 ha en production et 1,3 ha de jeunes plantes, dont certaines vont produire en 2014. A peine à quelques pas, du gamay composant la cuvée Bois de Leynes, vendangé le plus souvent avec une semaine de décalage, vis-à-vis des parcelles du bas, toujours plus précoces. Belle exposition sud, faisant face à celles au nord de Juliénas et St Amour... "C'est curieux, là-bas, les coteaux sont plus tardifs, mais ils vendangent toujours avant nous!..." souligne-t-il amusé. De la chaptalisation beaujolaise...

007Cette année, les premiers coups de sécateurs sont pour la mi-septembre et encore, dans les endroits les plus précoces. De mai et juin, le vigneron garde le souvenir d'un printemps sec puis, fin juin, la pluie est arrivée. L'herbe s'est mise à pousser, à pousser... Néanmoins, début septembre, tous les espoirs restaient permis, avec la météo sèche annoncée (et confirmée depuis).

Au domaine, les évolutions sages et réfléchies sont toujours au programme. Le souhait premier de Pierre Boyat, c'est de, semble-t-il, réduire l'impact de l'élevage en barriques, malgré l'aspect positif de la clarification des vins, que permet le contenant. Pour cela, il mise désormais sur l'augmentation des volumes. Justement, il a pu découvrir cet été, une petite annonce dans un magasin, proposant des petits foudres. Affaire vite conclue!... Ils sont désormais dans le sous-sol de sa maison (décidément bien étudiée!) et seront utilisés pour les blancs de la récolte 2014. Profitons-en pour rappeler que le vigneron de Leynes a opté dès 2007, pour la production de "vins nature", avec zéro intrant, donc sans soufre, y compris pour le St Véran, qui a cependant franchi, jusqu'à ce jour, le cap parfois périlleux de la dégustation d'agrément. Pas la moindre des performances, même si Pierre a du mal à croire que ce soit pérenne!...

Toujours sous la maison, un petit coin caveau nous permet de découvrir les cuvées disponibles. Il faut dire que, vu les volumes produits, il n'y a pratiquement pas de stocks des millésimes passés, même récents, si ce n'est en magnums. Le St Véran 2012 est tonique et frais. Il est issu de deux parcelles (dont une plantée en 1983 et la seconde louée à la commune) sur Leynes, dans le village, sur le coteau argilo-calcaire, au bord de la route de Solutré. Élevage d'à peine une année en barriques, mise en bouteilles en août 2013, sans filtration, comme c'est le cas le plus souvent, pour les vins de la maison.

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Un autre blanc ensuite, le plus jurassien des Beaujolais blancs!... Il s'agit de la cuvée Les Rennes 2013, proposé en Vin de France. 75% de chardonnay et 25% de muscat petit grain!... En effet, lors de la plantation d'une parcelle de dix ares, en 2005, le pépiniériste s'est trouvé en rupture de chardonnay, au point qu'il proposa au vigneron, presque contraint et forcé, de compléter de quelques rangs de muscat. Ce cépage fut ramassé "en surmaturité" et l'ensemble a été pressuré simultanément. Deux mises distinctes, pour tenter d'évacuer l'oxydation apparue à la mise, mais, en fait, rien n'y fit! Une touche pour le moins originale, même s'il n'est pas question d'associer ce vin à des fruits de mer et que sa robe évolue rapidement. A noter que le muscat sera dilué en 2014, puisqu'une autre parcelle de jeunes vignes de chardonnay sera associée à l'ensemble.

012Pour les rouges, deux cuvées de gamay, bien sûr. La première, Bois de Leynes 2013, récoltée près de la maison, est assez léger (11°) et d'une couleur peu profonde, conséquences d'une cueillette faite un peu dans l'urgence, au vu des pluies qui s'étaient installées, l'automne dernier. L'apparition de foyers de pourriture avait imposé un tri attentif. Ce vin souple, exprimant un joli fruit acidulé a été mis en bouteilles fin mai dernier et se situe dans un style gouleyant et frais, ne souffrant plus d'aucune trace de réduction.

Le second, Noir de Rouge 2013, mis en bouteilles fin juin ou début juillet, est un assemblage de trois parcelles situées plus bas dans le vignoble, réunies pour remplir une cuve béton. Il est doté d'un petit degré supplémentaire et d'une structure un peu plus affirmée, sans que l'on soit en présence de Beaujolais, comme on a pu en voir certaines années récentes. Pensez néanmoins aux magnums, tant ces deux cuvées sont accessibles et gourmandes dès maintenant, même si le deuxième a un petit potentiel de garde supplémentaire. Par essence même, un vin pour les casse-croûtes de ce bel automne, voire certains plats de la cuisine régionale!...

Pierre Boyat le dit lui-même : "Ce n'est pas toujours simple de composer une gamme avec si peu de vignes. Mais, on a quand même la chance de proposer quatre cuvées!..." Et on comprend mieux l'importance d'une récolte de qualité et de conditions climatiques confortables au moment des vendanges. Des pluies continues, survenant à ce moment crucial, peuvent non seulement réduire à néant les efforts de l'année, mais aussi compliquer sacrément les vinifications, sans parler de l'équilibre économique de si petites structures. Au stade où nous en sommes, fin septembre, gageons que le Beaujolais a retrouvé le sourire, malgré des journées très inquiétantes, plus tôt dans la saison, lorsque la grêle survenait sans crier gare, assommant les uns et épargnant quelques autres, dans une sorte de loterie funeste.

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