La Pipette aux quatre vins

31 janvier 2021

Anjou : escapade en altitude!...

En janvier, il faut parfois trouver et découvrir des ressources insoupçonnées, au fond de soi, pour partir dans le vignoble. Cette année, avec guère plus d'une demi-journée par semaine de soleil jouant à cache-cache avec les nuages, on se dit en plus, que la situation météorologique dépressionnaire ne va peut-être pas faciliter la dégustation, comme on le constate parfois. Malgré tout, prendre la température du vignoble, après cette année hors normes qui, malheureusement, ne demande qu'à jouer les prolongations, n'est pas vain. Qui plus est, lorsque le choix se porte sur quelques sommets de l'Anjou viticole, soit, dans l'ordre le Domaine aux Moines, de Tessa Laroche, la Coulée de Serrant, chère à Virgine Joly et Richard Leroy, à Rablay sur Layon.

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Brouillard et forte pluie nous accompagnent selon les secteurs, tout au long du chemin. Nous franchissons cependant sans encombre le Pont dit des Lombardières, entre Rochefort sur Loire et Savennières. Sans doute plus aisément que les troupes de Jean sans Terre, roi d'Angleterre depuis la mort de son frère Richard Coeur de Lion qui, revendiquant le titre de Comte d'Anjou, se lança à l'assaut de l'imprenable forteresse de la Roche aux Moines le 2 juillet 1214. Mais, ses alliés et lui-même durent se retirer devant la bravoure des troupes du Sénéchal Guillaume des Roches, allié du roi de France Philippe Auguste, ce qui conditionna ensuite le résultat de la Bataille de Bouvines (voir Le dimanche de Bouvines, de Georges Duby), le 27 juillet de la même année.

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Nonobstant les conditions climatiques, nous prenons d'assaut le pont-levis et le portail (grand ouvert, c'est plus facile!) du Domaine aux Moines, où nous avons rendez-vous avec Tessa Laroche. On sait l'enthousiasme et la détermination dont a fait preuve la vigneronne de Savennières, pour faire évoluer à petits pas l'appellation Savennières-Roche-aux-Moines, fleuron de la rive droite de la Loire, depuis quelques années. Trouvant quelques alliés (tel le roi de France huit siècles plus tôt) auprès de la petite dizaine de vignerons du cru, également détenteurs de quelques arpents sur le célèbre éperon rocheux dominant le fleuve, elle a eu la satisfaction de voir paraître, au Journal Officiel, le 10 octobre 2019, l'homologation du nouveau cahier des charges de l'appellation, après moult tergiversations inévitables dans notre noble contrée. Ce n'est pas néanmoins la fin de l'histoire, puisque la promotion en "Grand Cru", que l'on peut trouver légitime, au même titre que Quarts-de-Chaume ou la Coulée de Serrant, dans les tuyaux depuis quelques temps, va sans doute devoir attendre quelques années... En même temps que l'apparition éventuelle de "Premiers Crus" en appellation Savennières, voire même dans d'autres secteurs angevins, comme à Bonnezeaux ou pour certains coteaux de l'Anjou (Les Treilles, par exemple). Si ces différentes zones semblent connues des uns et des autres, vignerons et représentants de l'INAO, on peut considérer que les planètes ne sont pas encore alignées et que leur prochaine conjonction favorable n'est pas connue!... Même si un "rééquilibrage" tarifaire s'est mis en place petit à petit, entre appellation générique et supposés Grands Crus. La prochaine étape devrait être l'apparition, sur les étiquettes, des appellations "Coulée de Serrant" et "Roche-aux-Moines", dissociées de Savennières, mais il reste à s'entendre sur le bien fondé de l'affaire... A suivre!...

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Tessa Laroche est à la tête d'une douzaine d'hectares, soit le tiers, à peu près, de l'appellation Roche-aux-Moines. On se glisse sous les deux grands pins face à l'entrée, tentant de nous mettre à l'abri de cette pluie fine qui tombe maintenant sans discontinuer. Nous découvrons ainsi la parcelle la plus proche, juste en-dessous, désormais en friche pour quelques années, avant la nouvelle plantation, qui sera issue d'une sélection massale attentive, réalisée avec les vieilles vignes du domaine grâce à la pépinière mise en place. C'est là que se trouvaient les vieux cabernets quasi centenaires confectionnant l'Anjou-Villages du domaine, dont les qualités étaient soulignées par nombre d'amateurs. Mais, le Roche-aux-Moines rouge n'existant pas, il était cohérent de dédier cette surface au chenin. C'est donc chose faite, le rare et ultime millésime 2018 n'étant déjà plus disponible, du fait de la quantité produite très restreinte et même si la promotion de cette cuvée n'était jamais faite par le passé. Tentez votre chance pour quelques flacons, mais ce sera difficile!...

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Petit tour à l'intérieur du Clos, pour découvrir le jardin (dont on ne peut que louer l'élégance, notamment aux beaux jours), jusqu'au Berceau des Fées, un groupe de pins disposés très attentivement où, dit-on les fées et farfadets du voisinage aiment à se retrouver dès l'arrivée de l'été... C'est un conte légendaire, croyez-vous? Par sûr... De retour dans les locaux où l'on peut déguster confortablement, locaux qui devraient d'ailleurs voir quelques aménagements dans les prochains mois, il est temps d'apprécier la cuvée, dans sa version 2019, du Berceau des Fées, avec une large base de jeunes vignes, mais dont l'expression s'affine et s'affirme avec les millésimes successifs. Ici, pas de sulfites ajoutés, pas de filtration et un élevage prolongé jusqu'en novembre 2020, pour un résultat tout à fait séduisant. Dans le même millésime, la cuvée Roche-aux-Moines exprime un très beau potentiel. Quant à l'Anjou-Villages 2018, dans son ultime livrée, il est lui aussi tout-à-fait réussi. Le Domaine aux Moines, créé en 1981 par Monique Laroche (décédée en juin dernier), infatigable lorsqu'il s'agissait d'arpenter les salons de France et de Navarre et toujours prête à défendre ardemment la notoriété de Savennières et de ses crus, vit une très belle maturité, avec de belles perspectives. Et on peut compter sur Tessa pour garder les pieds sur terre et gérer un ensemble qui a trouvé un bon équilibre et une bonne dynamique. Gageons que l'on devrait retrouver les chenins du domaine dans le dossier spécial Anjou blancs de la Revue du Vin de France, à paraître en avril prochain. Il faut dire que Pascaline Lepeltier et Alexis Goujard, venus récemment chercher dans ces murs la tranquillité de la salle de dégustation, auront payé de leurs personnes, au travers de séances marathon, tant les blancs secs de la région sont légion, voire aussi nombreux que les troupes du roi de France s'opposant à l'envahisseur. Palsembleu! Rangeons nos estocs et filons jusqu'au prochain portail!...

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A peine quelques dizaines de mètres, nos chevaux (fiscaux) n'auront point eu l'occasion de s'échauffer!... Nous voici à la célèbre Coulée de Serrant, au château dit de la Roche aux Moines, lieu des combats de 1214. Il ne reste rien ou presque de la forteresse, puisque sa destruction fut ordonnée en 1592, pratiquement au terme de la période dite des Guerres de Religion, lorsque nous étions là à la frontière des territoires contrôlés par les Protestants (Poitou, Aunis, Vendée...) et de ceux aux mains des armées que l'on peut qualifier de "catholiques et royales" (Anjou, Touraine...). Curieusement, deux cents ans plus tard, ces deux termes associés qualifieront les troupes contre-révolutionnaires venues notamment de Vendée. Il est possible de découvrir de façon panoramique tout le vignoble, en faisant quelques pas sur l'allée fortifiée plantée de vénérables cyprés, que l'on appelle le Cimetière des Anglais.

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En pénétrant dans l'enceinte de la propriété, on a parfois le sentiment de franchir les marches vous permettant d'atteindre la passerelle du temps. En effet, ce sont des moines cisterciens, installés dans le monastère construit dans la coulée même, qui plantèrent là les premiers ceps et ce en 1130.  Nous sommes alors à l'époque des premières croisades, les Normands occupent la Sicile. Gênes, Venise, Amalfi et Pise ne vont pas tarder à étendre leur influence sur la Méditerranée. Les Croisés, faisant escale à Chypre, ne tarderont pas à découvrir la Commandaria, vin doux naturel quasi mythologique produit sur cette île, qui sera vite présent sur toutes les tables royales européennes. Notons d'ailleurs que le même Philippe Auguste, cité plus haut, envoya partout ses messagers afin qu'ils collectent les meilleurs vins blancs pour en établir une hiérarchie. Le premier classement des vins!... Le résultat apparaît dans un poème composé aux environs de 1224, par Henri d'Andeli. Connue sous le titre Dit des vins de France, la Bataille des vins est donc le premier concours connu. Si l'on en croit la liste des vins "appréciés" et celle des vins "excommuniés" (sic), nombre de vignobles actuels y avaient leur représentants. La Coulée de Serrant n'y apparaît pas en tant que telle, mais peut-être était-elle associée à d'autres vins de Loire... Quoiqu'il en soit, nous pouvons déguster, en compagnie de Virginie Joly, le produit de la 889è vendange de la Coulée de Serrant (7 ha de fortes pentes exposées plein sud), soit le millésime 2019, ainsi que 2007 (plus de botrytis) mais aussi le Clos de la Bergerie 2019 (3,2 ha sur des pentes douces plutôt orientées à l'est) et Les Vieux Clos 2015 (5,5 ha sur des pentes parfois fortes exposées est), issus des différentes parcelles. Juste ce qu'il faut pour sauter de la passerelle et continuer notre route, en pensant à ceux qui passèrent par ici voilà quelques siècles et aux autres qui franchiront ce portail dans un millénaire...

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Ultime visite du jour, Richard Leroy, à Rablay sur Layon. Pas trop de temps disponible pour nous, couvre-feu à 18h oblige. La météo est toujours exécrable, pas un temps à mettre un vigneron dehors, alors que la taille bat son plein! Mais, le vigneron de Rablay a répondu favorablement à diverses sollicitations et nous ne sommes pas loin d'une dizaine à déguster les lots actuellement en cours d'élevage. Comme l'indiquait Tessa le matin, la semaine semble être très favorable aux visites, qu'il s'agisse de professionnels divers ou d'amateurs, à moins que la perspective d'un nouveau confinement... Pour les premiers, il faut rappeler que nous sommes là dans la période dite des salons. Dans le sud, Millésime Bio a cependant proposé sa première édition de salon 100% digital!... Un succès, disent les organisateurs, au point qu'une seconde session est d'ores et déjà programmée les 18 et 19 mars prochains. Quand on sait ce que cette manifestation a généré, ces dernières années, de "offs" divers en Languedoc-Roussillon, on imagine sans peine quelques frustrations...

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La Loire avait coutume d'accueillir tous ces étonnants vagabonds du verre à déguster dans les jours suivant le rendez-vous sudiste. Mais las, impossible de se réunir dans les conditions imposées par les contraintes sanitaires. Pas de rendez-vous donc fin janvier et début février. Le Salon des Vins de Loire a donc proposé une réunion de toutes les initiatives angevines et saumuroises (Greniers Saint Jean, Demeter, Dive Bouteille, etc) dans un même lieu, soit le Parc des Expositions de la cité des Ducs d'Anjou. Depuis, consciente des difficultés, Sylvie Augereau, organisatrice de le Dive, avait donné son accord mais, elle vient de revenir sur cette option, trouvant les dates des 11 et 12 avril bien trop proches du marasme actuel. Sans qu'il y ait nécessairement de cause à effet, il se murmure que cette réunion de la mi-avril a du plomb dans la carafe!... Autre option possible, un rendez-vous à la mi-juin, au moment de Wine Paris et Vinexpo 2021, qui se tiendront (normalement!) du 14 au 16 juin, à la Porte de Versailles. On peut penser qu'à Angers, les vignerons pourraient se rencontrer les 13 et 14. Il n'y aurait qu'un jour de chevauchement et ce pourrait être le moyen d'attirer les acheteurs internationaux sur les deux sites, pour peu que mesures barrières, vaccins et green pass (?) aient rassuré la population... et nos dirigeants. Les spéculations vont donc bon train!... Ce qui ne nous empêche pas d'apprécier les chenins de Richard Leroy, versions Rouliers et Noëls de Montbenault 2019, issus de différents lots et de barriques de nombreux horizons. Les vendanges furent très précoces (tout début septembre), ce qui confirme la tendance exprimée au Domaine aux Moines et à la Coulée de Serrant. La pureté et l'élégance de certains jus en étonnent plus d'un!... Le dégré d'exigence du vigneron s'exprime dans le verre. Ses trois hectares donnent le meilleur d'eux-mêmes!... On devine qu'il n'y en aura pas pour tout le monde, d'autant qu'il est déjà difficile de satisfaire toutes les demandes... On en est à espérer que ces bouteilles ne deviennent pas que des objets de spéculation, tant elles méritent de figurer sur la table des amateurs. Pas de doute, nous sommes bien là au sommet!...

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15 janvier 2021

Il se passe toujours quelque chose en Fiefs Vendéens!...

Ciel bas et bruine collante sont de la partie ce jour. Pendant que les navigateurs du Vendée Globe s'approchent de l'Equateur, on se prend à rêver de températures estivales, d'un paysage vert... Mon GPS zélé, cherchant le plus court chemin, m'a suggéré de sortir de la route principale, pour emprunter des chemins de traverse (que je ne rechigne pas à découvrir le plus souvent!) qui, en janvier, ne sont parcourus que par les tracteurs de la contrée, ou part d'autres, afin de tenter d'échapper à la maréchaussée locale. Ce qu'on a coutume de surnommer les "chemins à quatre grammes", voire anti couvre-feu!... Ce crachin, cette boue sous mes roues motrices mais toutefois incertaines, quelques petites embardées et... mon cerveau qui vagabonde... Je longe les haies ayant survécu au remembrement, je coupe les chemins creux du bocage, vais-je devoir faire face à une horde de Chouans en patrouille, vétus de leurs capes, leurs grands chapeaux et armés de leurs faux, dont la lame affûtée lâche des éclats au moindre rai de lumière?... Allons! Moins de deux kilomètres à parcourir!... J'ai rendez-vous avec Frédéric Fagot, au lieu-dit Le Treuil. L'étymologie nous précise qu'il ne faut pas voir là l'utilisation d'un appareil du fait des fortes pentes, ici le vignoble s'étend sur un doux vallonnement, mais plutôt parce qu'il s'agit là d'un mot que l'on doit prononcer treil et qui se trouve être le nom vendéen de pressoir. On dit aussi que, jadis, c'était le lieu où, à l'origine, les tenanciers apportaient leurs redevances en complant pour y faire le vin du seigneur, selon Benjamin Fillon, célèbre érudit poitevin du XIXè siècle.

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Un grand hangar volumineux sans marque ni enseigne. Pratique sans doute, même s'il a nécessité quelques aménagements et que d'autres se profilent. La cuverie en fibre atteste de volumes importants. Bientôt, elle sera remplacée par de l'inox et des contenants en provenance du Muscadet. En même temps que la stratégie de production, qui vient d'évoluer de façon radicale avec le millésime 2020. Frédéric Fagot est champenois. A Rilly la Montagne, au sud de Reims et non loin de Mailly-Champagne, il dispose d'un vignoble qu'il doit convertir au bio prochainement, le Champagne Fagot-Dapremont. Voilà quelques années, il a récupéré quatre hectares de vignes du grand-père, au coeur du secteur de Mareuil, dans les Fiefs Vendéens. Mais, depuis sa plus tendre enfance, la Vendée est une terre de vacances estivales et familiales. Petit à petit, il a pu découvrir le microcosme et les particularités de la viticulture vendéenne, en vigneron averti et professionnel du vin. En Champagne, il est aussi à la tête, depuis plusieurs décénies, d'une entreprise de mise en bouteilles.

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Photo : Ouest-France

Il se rend compte très vite que la Vendée possède quelques "grands faiseurs", négociants solides et bien implantés et juste quelques vignerons, défenseurs une certaine idée de la viticulture locale et d'une forme ancienne de mode de vie. "Je ne sais même pas si nous sommes une quinzaine aujourd'hui!..." Néanmoins, par souci de cohérence économique notamment, il cherche à s'agrandir au-delà des quatre hectares récupérés. Ainsi, il reprend un petit vignoble, suite à l'arrêt d'un couple de vignerons voisins. En même temps, il demande et obtient des droits de plantation, par le biais des nouvelles directives européennes. A ce jour, il est à la tête d'une quinzaine d'hectares situés sur trois communes voisines : Rosnay, Château Guibert et Le Tablier. Depuis son installation, le produit de ses vignes était destiné au négoce Mourat, bien connu à Mareuil sur Lay. Vigneron en conventionnel depuis bien longtemps, il admet de passer au bio, à la demande insistante du négociant. Les premières années de conversion sont difficiles et la rentabilité de l'ensemble ne peut satisfaire Frédéric Fagot dans ces conditions.

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En 2020, après mûre réflexion et malgré le contexte sanitaire, il décide de produire ses propres vins, non sans faire preuve d'oiginalité. Fort d'une bonne clientèle dans l'est de la France avec son Champagne, il décide de proposer une gamme innovante pour la région, sans chercher, à priori, à gagner des parts de marché au niveau local. Il a pu constater que la demande et les niveaux de prix pratiqués ici n'étaient guère rémunérateurs. Et ce, même si, fort d'une sorte d'idéal, il veut ouvrir sa gamme avec des prix raisonnables et accessibles à la majeure partie de la population, comme il le pratique avec sa production champenoise.

Après quelques recherches, il opte pour l'achat d'amphores en terre cuite (dolias) auprès d'un importateur bordelais (Vin et Terre). S'il dispose actuellement d'une petite demi-douzaine de celles-ci, il ne cache pas que le parc va être très largement augmenté, pour arriver très vite à une bonne trentaine d'exemplaires. D'autre part, disposant aussi d'une bonne proportion de sauvignon, il décide, sans exclusive, de mettre l'accent sur ce cépage.

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Le conservatoire de la négrette vendéenne, non loin de la cave

A ce jour, il propose donc un sauvignon de cuve méritant déjà toute l'attention des amateurs, avec une jolie expression sur les agrumes, que l'on ne peut qualifier strictement de variétale. Celui-ci, pour information, sera présenté, avec ses qualités du moment, au Concours Mondial du Sauvignon, les 12 et 13 mars prochain, à Torres Vedras, au Portugal. Il sera disponible prochainement, puisqu'une mise est prévue avant longtemps, en même temps que le Rosé 2020, un aimable assemblage de pinot noir, gamay et cabernet dans une version très claire et très actuelle, comme on a pu en voir quelques-uns, l'été dernier, sur les terrasses ensoleillées du sud de la France, entre autres. "Je n'ai pas pu m'en empêcher, je fais des vins pour les filles!" ajoute le vigneron dans un éclat de rire.

Bien sûr, la dégustation des deux vins en cours d'élevage en amphores était très attendue. Le sauvignon tout d'abord, issu des mêmes parcelles que le précédent, montre très vite tout son potentiel. Une expression droite, rectiligne, persistante, finale saline comprise. On se dit presque, l'espace d'un instant, qu'on n'attendait pas le sauvignon à pareille fête!... On cherche des références, mais il y en a peu. Le vigneron le confesse : "Malgré mes recherches, je n'en ai pas trouvé d'autres ayant bénéficié d'un tel élevage!" Dans le cas contraire, n'hésitez pas à l'informer!... La seconde cuvée en amphores est un pinot noir vinifié en blanc. Les Champenois maîtrisent, parfois même les Vendéens, puisque Jérémie Mourat en propose également, mais en version méthode traditionnelle. Cette cuvée marche dans les pas du sauvignon. C'est élégant, droit et doté d'une jolie finesse. Le support acide dote le vin d'une bonne capacité à évoluer dans un tel support. Quel sera la durée de l'élevage?... Rien n'est écrit à ce stade. Affaire à suivre!... Notez que Frédéric Fagot se projette dans l'avenir malgré les incertitudes du moment. Parmi ses envies, l'apparition d'une ou deux amphores dédiées à un vin orange dès le millésime 2021 est plus que probable. Pourvu que Dieu nous prête vie!... Le vigneron de Rosnay n'est pas homme à provoquer de quelconques séismes dans sa terre d'accueil, mais il a, de toute évidence, capacité à en surprendre plus d'un!...

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01 janvier 2021

Bonne Année 2021 : vin, vaccin et rock'n'roll!...

Après avoir passé l'année 2020 (celle qui devait être l'année 20 sur 20, ou vin sur vin!) à attendre de supposés feux verts, en vue de quelques escapades, je me prends à espérer que 2021 ne lui ressemble pas comme une soeur jumelle!... Même si, comme pour bien d'autres choses, nous avons tous appris à voyager dans le virtuel, seule façon d'éviter le poids de quelques frustrations.

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En fait, on se surprend à ne plus faire de projets, mais plutôt à se tenir prêts dès que l'ouverture se présentera. Sommes-nous encore à même de planifier, de prévoir, de prédire?... Après l'année des masques, des tests, voici venu le temps des seringues! Et des débats à n'en plus finir, entre ceux qui se feront vacciner, selon l'ordre et la chronologie établis par nos dirigeants et ceux qui refuseront de confier leur épaule (et le reste) à la science!... On se prend à espérer que nous ne ferons pas davantage le constat d'une société coupée en deux, au fil des mois. Qu'aucune nouvelle forme de ségrégation n'apparaisse... les détenteurs d'un "green pass" et les autres!... En restant en contact avec les habitants de quelques pays voisins, on mesure à quel point la plupart des populations reste pour le moins déroutée par les évènements et l'incertitude ambiante. Le vaccin va-t-il nous protéger durablement? Va-t-il tranquiliser tous ceux qui nous entourent?...

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En tout cas, il sera encore possible de sortir quelques flacons de nos caves et d'écouter (un peu fort!) les meilleurs souvenirs d'une époque rock'n'roll, histoire de couvrir le bruit souvent grinçant d'un monde qui ne manque pas de nous inquiéter, certains jours. Liberté de voyager, mise sur pieds de projets ébouriffants, rencontres insolites, programmes aboutis, on se donne rendez-vous en 2021, parce que la vie mérite bigrement d'être vécue, n'en doutons pas, encore moins aujourd'hui!... Belle Année à vous tous! Portez-vous bien, prenez soins de vous et de ceux qui vous entourent.

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23 novembre 2020

Ritorno al futuro!...

Parmi les objectifs de cette année 2020, figurait la Sardaigne!... Ses dimensions en font la deuxième île de Méditérannée après la Sicile, mais on la connaît assez peu, malgré son histoire multi-millénaire. D'ailleurs, on a parfois le sentiment d'être nombreux à la découvrir, si on se réfère, par exemple, au Routard, bien moins épais que les guides d'autres destinations îliennes. Est-ce un critère fiable?... On sait cependant que cette île est devenue une destination estivale très prisée, notamment d'une certaine jet-set bling-bling mondiale, lassée d'autres plages aux eaux turquoises (pas si nombreuses que cela ici, d'ailleurs!) et qui se complait à montrer son dernier yacht sur la Costa Smeralda, du côté de Porto Cervo. Je vous rassure de prime abord, mon objectif était tout autre!... Mon moyen de locomotion également, d'ailleurs, même si une circumnavigation, de marina en marina, est plutôt tentante!...

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Avant de mettre le cap sur l'Italie, je ne manque jamais de solliciter quelques conseils amicaux auprès d'Elena Pantaleoni, vigneronne en Emilie-Romagne, mais qui, connaissant bien son pays, pouvait me donner quelques pistes à suivre, me conduisant là où on fait du bon!... C'était en juillet 2017, comme le temps passe!... Et la Covid-19 n'a pas arrangé les choses. Son tiercé gagnant était alors le suivant : Dettori - Montisci - Manca. L'un est au nord de l'île, l'autre au sud et le dernier plutôt dans le centre-est!... Elle est joueuse, Elena, les distances et les voyages ne lui font pas peur!... Ces trois domaines sont considérés comme des référents sardes, pour diverses raisons. Je me disais qu'en cherchant bien, je pouvais agrémenter mon périple de quelques découvertes, façon pépites. Avec l'aide la plus amicale d'Alessandro Dettori, je sais que désormais, ce voyage devrait rester dans les annales, pour peu que les compagnies aériennes proposent de nouveaux vols et que les confinements ne soient plus que des mauvais souvenirs!...

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Doutant de mon choix en matière d'aéroport (de plateforme aéroportuaire, comme on dit maintenant!) d'arrivée, Alessandro Dettori me confirma que Cagliari, tout au sud, était la bonne option. Interrogé quelques jours plus tôt, il me permettait de constater que sa réflexion et sa stratégie était des plus fines. Je lui avais donc demandé de me conseiller trois ou quatre domaines moins connus que les référents ci-dessus et je pouvais notamment constater toute l'affection qu'il porte à ses confrères parmi les plus passionnés, mais aussi à son pays, à la force de ses traditions et peut-être, à un léger déficit de notoriété des vins de Sardaigne, en France notamment. Lorsque je suggérai qu'il m'oriente également vers des producteurs hors normes d'huile d'olive et de fromages en particulier, éventuellement d'autres choses, il me répondit avec humour : "Seule chose, il faut savoir que vous gagnerez cinq kilos en cinq jours!..." Mystère de la traduction spontanée : dans quel sens? Perdus pour cause d'hyper activité dans le vignoble ou pris du fait de la gastronomie sarde?... La réponse au retour!

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C'est donc au sud de la Sardaigne que doit débuter cette sorte de voyage initiatique des us et coutumes sardes, du moins pour ce qui est des vins. On pourrait s'attendre à un certain classisisme, mais on découvre vite, ne serait-ce qu'en faisant quelques recherches çà et là, que la tradition a du bon ou, du moins, que l'attachement de la nouvelle génération à tout ce qui a construit et renforcé les précédentes est fort et motivant. Les meilleurs vignerons de Sardaigne sont désormais prêts à promouvoir les cépages autochtones dans leur version locale, comme le cannonau (grenache noir), le bovale sardo (carcajolo nero ou muristellu en Corse), le nasco ou le nuragus, sans oublier la malvasia ou le vermentino bien implanté aussi et quelques autres.

En 1999, les frères Marchi, au domaine Sa Defenza complètent d'une dizaine d'hectares, la première plantation de vignes réalisée par leurs parents. Celle-ci était surtout destinée à abreuver leurs amis et la nouvelle génération pense tout d'abord suivre le même chemin. Depuis, plusieurs cuvées sont disponibles en bouteilles, après des essais façon "vins de garage" et quelques turpitudes administratives, en vue de la construction de la nouvelle cave!... Elles sont issues d'une vinification des plus naturelles et à la vigne, le choix d'une "agriculture synergique" est une option forte et déterminante. Ici, pas de travail des sols, les herbes spontanées et la faune contribuent à la qualité de l'ensemble. Le tout est complété d'oliviers, de pruniers, de pêchers et de quatorze hectares d'un maquis méditérannéen typique. Sans oublier un blé ancien, dont la farine permet de proposer aux environs, les meilleures pizzas du monde!...

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A suivre, la découverte du Sulcis Iglesiente, l'extrême sud-ouest de l'île, que l'on a coutume de qualifier de région la plus pauvre de Sardaigne. C'est sans doute pour cela que nombre de ses habitants choisirent de travailler dans les mines de charbon de Carbonia, par exemple, au milieu du XXè siècle. Depuis, les enfants de ceux-ci se tournent vers la vigne, comme celle plantée dans le sable qui recouvre le sol carbonné. Enrico Esu en est un des meilleurs exemples et sa cuvée NeroMiniera vaut le détour, toute de carignano composée au nom du père paysan-mineur, avant de mettre cap au nord.

Quelques courtes heures de route pour passer dans la partie septentrionale de l'île. Magomadas est le fief de la malvasia di Bosa, chère à Giovanni Battista Colombu, décédé en 2012, un des protagonistes de Mondovino, le célèbre film de Jonathan Nossiter. C'est là que Piero Carta soigne, bichonne ses quelques arpents de malvoisie. Nous sommes là au royaume de l'artisanat, que dis-je? de la haute couture. Et ce n'est pas un vain mot, puisque la cité médiévale de Bosa est aussi connue pour ses brodeuses des rues, qui rivalisaient de talent, en fixant le "filet" sur un cadre en bois et brodaient ensuite les symboles typiques de la tradition sarde, telle que la grappe de raisin, symbole d'abondance. Notez que les bouteilles de malvoisie ne sont guère abondantes chez Piero Carta!... Celui-ci n'a pas céder aux sirènes supposées plus rémunératrices des vins doux, mais conserve la tradition d'un élevage oxydatif, ce qui lui vaut, au passage, d'être invité au salon Bi Ranci, à Perpignan, le 3 mai prochain. Une référence en la matière!

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A Sassari, on n'est qu'à quelques kilomètres du golfe de Turritano. De là, vous pourrez rejoindre la Corse en prenant le ferry à Porto Torres et peut-être même l'apercevoir par temps clair. La petite ville de Sennori est le fief de la famille Dettori. Alessandro est le représentant de la cinquième génération de vignerons installés en Romangia, sous-région du Logudoro (lieu doré en français), l'un des quatre royaumes, ou judicats, de la Sardaigne médiévale, disposant alors d'une grande autonomie entre les VIIIè et XIIIè siècles. "Je ne cherche pas à satisfaire les marchés, je produis des vins qui me plaisent à moi, des vins de ma terre, les vins de Sennori. Ils sont ce que je suis et ne sont pas ce que tu voudrais qu'ils soient." Profession de foi.

La région est historiquement riche du fait notamment de son agriculture et de son artisanat, mais aussi par les traces de son passé, avec nombre de ruines nuragiques, romaines, byzantines, médiévales et aragonaises. Le territoire est composé de vallées (badde en sarde) qui ont valeur de crus. Au domaine Dettori, c'est Badde Nigolosu, un amphithéâtre naturel, au sol à prédominance calcaire. Tout autour, la végétation est foncièrement méditérannéenne : oliviers, caroubiers, myrte, anis, figuiers... Les vins sont presque tous monocépages et issus d'un parcellaire précis. On trouve là vermentino, cannonau, monica, pascale et moscato. Tous sont proposés en IGT Romangia, appellation la plus authentique aux yeux des vignerons du domaine. A ne pas manquer!

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Avant de regagner le sud et Cagliari, pour prendre le vol de retour, il me faudra franchir les montagnes mystérieuses du centre de la Sardaigne... Je ne pourrais assister au célèbre carnaval de Mamoiada, qui se déroule le 17 janvier, le plus ancien et le plus caractéristique des traditions de l'île, mais je suis certain d'y puiser un peu de l'âme sarde. A la Saint Antoine, une douzaine de mamuthones et presque autant de issohadores, les uns couverts de peaux de chèvres noires, les autres d'un costume coloré, défilent en procession dans la petite ville. Ambiance!... C'est là que je dois rencontrer Giovanni Montisci, vigneron, dont les deux hectares de sols de granit décomposé, propose un des meilleurs cannonau de l'île, façon vignoble de montagne. Il fut mécanicien, hérita de quelques petites parcelles de vieilles vignes, se forma patiemment auprès de deux anciens vignerons du cru et finit par pratiquer ses premières mises en 2004. Depuis, on dit que Chateauneuf-du-Pape, le Priorat et même Barolo n'ont qu'à bien se tenir!... Bigre!

Une petite centaine de kilomètres plus au sud, se situe Nurri. Nous sommes également là aux environs de 650 à 700 mètres d'altitude. Gianfranco Manca est artisan boulanger et vigneron : Pane-Vino. Des terroirs variés (argiles, schistes, calcaires), six hectares de parcelles familiales récupérées à la fin des années quatre-vingt et une vision "artistique" du vin!... Il dispose d'une trentaine de cépages sardes connus ou oubliés, auxquels il a ajouté des variétés italiennes, mais non locales. Les amateurs parlent de vins d'intuition et d'émotion. Lui aussi, pendant dix ans, il approfondit ses connaissances, rapproche parfois la panification de la fermentation du vin. Dès lors, en 2005, il propose des vins un peu comme des oeuvres d'art très personnelles, qui traduisent les pensées et le vécu de l'année. Gageons que le millésime 2020 pourrait nous surprendre!... On dépasse ici largement la notion de terroir et de cru. Une autre planète au final, dont on a peut-être du mal à revenir, mais c'est sans doute ce qu'on attend, certains jours, après des semaines et des mois passés à imaginer virtuellement nos escapades... Non, décidément, il ne faut pas que je le rate cet avion!...

09 novembre 2020

Le grand air des vignerons et vins bretons, à Loperhet (29)

Le 17 octobre dernier, se tenait, dans un petit village du Finistère, entre Brest et Quimper, l'Assemblée Générale de l'ARVB, Association pour la Reconnaissance des Vins Bretons. Certains trouveront cela tout à fait anecdotique et ils n'auront pas vraiment tort. Mais, les choses sont en train de changer!... En effet, si on avait déjà noté une renaissance de l'intérêt pour la vigne en Bretagne tout au long du XXè siècle, ce n'est que le 1er janvier 2016 que l'ONIVIN, organisme public qui gère la production de vin en France, leva l'interdiction de créer de nouveaux vignobles sur le territoire, même si une tolérance existait déjà. C'est alors une directive européenne qui permet à la France d'accroître son vignoble de 1% chaque année, soit 8000 hectares, sans aucune restriction territoriale. Depuis, ce sont 3000 à 4000 hectares par an qui ont été autorisés sur l'ensemble du territoire. Et donc, en Bretagne!...

Landevennec
www.abbaye-landevennec.fr

Non loin de Loperhet, village au coeur du pays de Plougastel-Kernevodaz, se situe l'Abbaye de Landévennec. Lorsqu'on fait quelques recherches quant au vignoble breton et à son histoire, il est souvent indiqué que celle-ci disposait d'un vignoble dès le Vè siècle, notamment destiné à produire un vin pour le culte chrétien. On sait aussi que des écrits attestent de la présence de la vigne dans la vallée de la Rance, en Morbihan dans la Presqu'île de Rhuys et autour de Redon. Parfois, la toponymie locale a gardé la trace de cette viticulture ancienne. Au cours des XVIIè et XVIIIè siècles, ce sont plutôt des raisons climatiques qui réduisent le vignoble. Ainsi, sait-on que l'hiver 1709 fut si froid, qu'il ravagea les vignes. Mais, sous l'influence de Colbert, ministre de Louis XIV et grand serviteur de l'Etat, une sorte de planification, innovante pour l'époque, influença quelques choix. Ainsi, la culture de la vigne étant difficile en Bretagne, du fait de la météo, celle-ci est remplacée, d'autorité parfois, par les pommiers, moins sujets aux parasites notamment. La Bretagne devient donc une terre à cidre... et aussi à céréales. D'élevage mais aussi maraîchère désormais. Il restera bien quelques dizaines ou centaines d'hectares, ici ou là, mais pas au point de s'inscrire dans la mémoire de tous les Bretons, qui purent trouver, dans les régions voisines (Pays Nantais, Anjou, puis plus tard Bordeaux, grâce aux échanges maritimes), du vin à consommer au moindre prix. On sait également qu'en 1848, des documents statistiques attestent de quelques 800 hectares de vignes cadastrées pour toute la région, mais le phyloxéra va alors apparaître.

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Ils étaient donc quelques dizaines à témoigner, le mois dernier, de cette renaissance et pour certains, de l'authenticité de leur passion, au point qu'ils sont devenus vignerons de Bretagne, au même titre que dans les autres régions. Naguère, si les vignobles se limitaient à quelques rangs plantés dans des jardins privés ou à des treilles, histoire de faire de l'ombre sur quelques terrasses estivales (non, il ne pleut pas tous les jours en Bretagne, loin s'en faut!), des parcelles plantées de façon plus rigoureuses, souvent dans un cadre associatif (à St Suliac ou Quimper par exemple), avaient vu le jour depuis le debut des années 2000 et 2010. Désormais, de véritables projets permettant la production de cuvées choisies, composées de cépages se voulant adaptés, sont apparus à Rennes, Belle Île en Mer, Groix et de nouveau dans la Presqu'île de Rhuys, pour ne citer que ceux-là.

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Dans une telle occasion, l'AG annuelle, s'il n'est pas encore temps d'organiser un quelconque concours, avec force distinctions et médailles de divers métaux, tout l'intérêt est d'obtenir l'avis de tous ceux qui peuvent apporter leur concours à ces passionnés lancés dans une nouvelle aventure, pour le moins exaltante. C'était donc le cas cette fois-ci, avec la présence de Lilian Bérillon, pépiniériste bien connu de la vallée du Rhône et de ses collaborateurs Thomas Dormegnies et Camille Méric-Cohen, ainsi que Valérie Bonnardot, enseignante et chercheuse de l'Université de Rennes, traitant notamment de l'évolution du climat sur les terres bretonnes.

L'exposé de cette dernière rappelle tout d'abord que "si l'on se réfère aux projections des indices bioclimatiques traditionnels pour la viticulture menées aux échelles européenne et mondiale pour l’horizon 2100, la Bretagne apparaît effectivement sur les cartes parmi les régions émergentes pour la viticulture". Cependant, "l’industrie viticole française ne privilégie pas le scénario « nomade », basé sur une relocalisation des vignes (à plus haute altitude ou en exposition nord dans les régions viticoles existantes ; ou, scénario extrême, sous des latitudes plus septentrionales où aucune infrastructure viticole n’existe encore) comme moyen d’adaptation au changement climatique, même à long terme". Rien n'est gagné d'avance!... Si l'ARVB recense en 2019 quatre-vingt-dix néo-viticulteurs, il va de soi que la demande d'analyse plus poussée, afin de mieux comprendre la situation climatique actuelle et son évolution future, devient pressante. Les porteurs de projets se doivent de mesurer la "faisabilité" de la viticulture en Bretagne.

Coteau du Fogot  Fogot 2

En croisant des informations issues, d'une part, des données climatiques captées entre 1950 et 2005, et les projections ou simulations à moyen (2041-2070) et long (2071-2100) termes, "on évalue ainsi le potentiel thermique futur de la région, avec en plus, les scénarios d'évolution de concentration de gaz à effet de serre dans l'atmosphère. Les résultats montrent que l’augmentation observée des températures améliore les conditions thermiques actuelles de la région pour la maturation des raisins et les projections indiquent une augmentation théorique du taux de sucre dans les futures baies". Ainsi, pour les secteurs de Dinard et Quimper, très proches climatiquement, la classification climatique géoviticole multicritères de Tonietto & Carbonneau (2004) situent les deux stations régionales dans un groupe climatique "très frais" pour la viticulture et ce, pour la période 1950-1981, l'indice étant de 1200. Pour la période suivante, 1981-2010, l'indice passe à 1400. Pour 2011-2019, la moyenne atteint 1488, soit proche de la limite inférieure (1500) d'un climat dit "frais". A titre de comparaison, l'indice moyen de Nantes, pour la période de 1961-1980 est de 1582. Les projections pour le futur permettent de penser que les conditions régionales passeraient à un climat "frais" pour 2041-2070, voire "tempéré", en fonction de l'évolution de la concentration des gaz à effet de serre. Au-delà, pour 2070-2100, on pourrait passer à un climat "tempéré", voire à un climat "tempéré chaud", selon cette même évolution. Notons que certaines de ces valeurs projetées correspondent à celles observées pour la période 1991-2019, pour Angers!...

Il faudra encore des années d'observation pour valider différents choix. Quelques données ont été collectées quant à la floraison et la véraison de certains cépages déjà plantés en Bretagne (chenin, chardonnay et pinot noir), ainsi que pour la date à laquelle est atteint le taux de sucre ciblé. Il conviendra aussi "d'explorer le potentiel climatique de l’ensemble du territoire à la topographie variée (intérieur, littoral, plaine et versant) afin de fournir des éléments de réflexion qui peuvent, à côté d’autres données environnementales (données pédologiques par exemple), faciliter le choix de cépages ou le mode de conduite de la vigne". On peut néanmoins affirmer que "d’un point de vue thermique, la viticulture en Bretagne passe donc du challenge avant les années 1990 à une opportunité de diversification agricole si les conditions socioéconomiques le permettent".

Fogot 3

En cette journée, la présence d'un éminent pépiniériste comme Lilian Bérillon pouvait également apporter un peu d'eau au moulin des porteurs de projets. Ceux-ci sont d'ailleurs d'ordres et de dimensions très variables. Ainsi, quelques demandes, faites à titre privé ou associatif, se limite à des commandes de cent ou deux cents pieds, en vue d'une plantation dans l'esprit de celles datant du début des années 2000. Mais l'entreprise basée dans le Vaucluse confirme son accompagnement pour quatre projets bretons. La presse régionale s'est d'ailleurs faite l'écho de certains, après que l'on ce soit rendu compte que des investisseurs, venus de Provence ou de Champagne notamment, visaient une implantation conséquente sur certains sites. Il suffit de prendre l'exemple de celui de Belle Île en Mer, qui a vu pousser les raisins de la colère!... Pensez-donc, pas moins de vingt hectares, dont une partie en zone Natura 2000!... Il n'en fallait pas plus pour qu'un collectif se forme pour réclamer l'abandon de ce projet, en aucune manière bellilois!... Circulez, y'a rien à voir!... Heureusement, dans d'autres secteurs, cela se passe dans le calme, sans doute aussi parce que ces projets sont le fruit de l'imagination d'investisseurs locaux, moins pressés, plus limités dans l'espace et plus à même de mesurer les conséquences de leurs choix. Comme, par exemple, du côté de Sauzon, où devraient être planté du fié gris et/ou des hybrides, ou encore dans la presqu'île de Quiberon, où Lise et Bertrand Jousset, de Montlouis sur Loire, conseillent le couple de néo-vignerons, en vue de la plantation de chenin. Il existe aussi nombre de candidats du côté de Sarzeau, où l'on se souvient notamment de la renommée de la "Fine de Rhuys" (pour les années où le vin n'était pas à la hauteur!...) et d'autres dans le Golfe du Morbihan, sur les îles d'Arz et d'Ilur, embarquées dans l'aventure viticole, avec des projets associatifs ou pédagogiques, le tout sous l'impulsion, notamment, du Parc Naturel Régional du Golfe du Morbihan. D'autres projets, plus à l'intérieur des terres, dans le Centre Bretagne, seront sans doute influencés par des conditions climatiques quelque peu différentes d'un vignoble littoral.

Belle Ile

Reste donc la question du choix des cépages. A ce stade, pinot noir et chardonnay sont plutôt plébicités... Mais, les pépiniéristes ne manquent pas de faire quelques suggestions, comme le gamay, le grolleau, accessoirement le chenin, qui sera peut-être plus difficile à implanter. Le melon de Bourgogne, la folle blanche et même le romorantin sont aussi des alternatives. Certains pourraient être tentés églament par le gamaret valaisan, connu pour sa supposée résistance aux maladies et parasites. Mais, on peut penser aussi que les cépages du Pays Basque, gros et petit manseng, petit courbu, voire marselan (comme au Domaine Bordatto) sont aussi des variétés potentielles. Sans oublier ceux de Galice, albariño, godello, treixadura, ainsi que ceux composant les vinho verde portugais. Avec les Pépinières Bérillon furent aussi abordées les difficultés inhérentes à la culture de la vigne et d'une jeune plantation. Ainsi, l'entretien de celle-ci pendant les trois premières années (sauf à produire un jus dès le début) engendre un travail exigent, voire ardu, d'autant que certains prestataires, pour la taille et différents travaux, seront obligés de venir du Val de Loire, au mieux du Muscadet. De plus, les GAEC seront sans doute difficiles à mettre sur pieds. Autant d'aspects qui doivent être pris en compte, afin que l'équilibre financier des structures ne soit pas mis à mal dès le début. Le développement de la viticulture bretonne professionnelle est à ce prix.

Comme on peut le constater, l'ARVB se doit de passer à la vitesse supérieure, pour accompagner les vignerons bretons, quel que soit leur statut. Mais, l'association devenue "collégiale" chère à son président, Gérard Alle et à son secrétaire, Rémy Ferrand, sans oublier sa trésorière Isabelle Rémond, se structure pour cela. Un Conseil d'Administration réélu pour trois ans, ainsi que des correspondants pour les cinq départements (y compris la Loire-Atlantique!) et même une nouvelle section appelée "Collège des vignerons bretons professionnels", qui ne manquera pas de rendre compte de son activité, chaque année, lors de l'AG. Le tout était ponctué, comme il se doit, par un excellent repas, un plateau de fromages exclusivement bretons et un beau choix de vins blancs et rouges. L'histoire ne dit pas si le barde fut bailloné pour l'occasion, afin qu'il ne se lance pas dans l'interpétation d'un grand air!... Grand air que les participants ont pu ensuite apprécier, en partant à la découverte digestive de la toute jeune vigne du Fogot, à Loperhet, vendangée pour la première fois le 10 octobre dernier. L'avenir est en marche!...

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29 octobre 2020

Ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés...

Fables_de_La_Fontaine_2_[Jean de la Fontaine, dans un recueil dédié à Madame de Montespan, dit-on, rédigea cette fable, Les animaux malades de la peste. Notons, avant toute chose, ces deux derniers vers bien connus, même si on avait peut-être oublié qu'on eut pu les trouver là, en guise de conclusion : "Selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de cour vous rendront blanc ou noir."

Nouveau reconfinement annoncé et nouvel attentat à Nice dans la même journée, c'est beaucoup non?... Les évènements sont en train d'instiller en nous une forme de découragement. Certes, il ne faut pas y céder, mais les efforts consentis depuis des semaines, même si, pour la plupart, nous avons tenté, l'été dernier, de mettre du soleil dans notre quotidien, semblent de courte portée.

2020, ce n'était pas la bonne année pour avoir des projets, notamment itinérants. On se disait au départ, en janvier ou février, qu'enfin il était possible de mettre sur pied sereinement des "Itinérances vagabondes", à l'image de celles proposées par Christophe Beau (Editions Cambourakis) dans son dernier opus. Prendre la route (ou l'air), découvrir le vignoble, serrer des mains, croiser des regards, apprendre des autres et tenter de transmettre ensuite tout ce qui anime ces vies de passionné(e)s. Il faudra encore attendre avant de repartir sur ces chemins...

Mais, il y a aussi tous ceux qui, près de chez nous, dans nos villes, dans nos campagnes, ont fait d'autres paris. Ceux que l'on qualifie de moindre nécessité. En premier lieu, le monde de l'édition et de la distribution littéraire. Un libraire, de moindre nécessité?... Allons, un peu de sérieux, messieurs les décideurs sachants!... Sans doute, dans quelques jours, certains vont nous permettre de faire quelques commandes en ligne (pas sur Amazon, hein!), leur stock pourront sans doute vous donner satisfaction pour cette période de confinement. Certains anoncent dès maintenant la reconduction de leur Click & Collect (Librairie Agora, à La Roche sur Yon) ou leur service de livraison à domicile, comme La Cave d'à Côté (à Perros-Guirec), même si elle reste à priori ouverte, pour ne citer que ces exemples-là.

Et puis tous ceux, que l'on qualifie de commerces de proximité, vont aussi se mettre en quatre pour répondre à votre attente. Bien sûr, les bars et restaurants doivent fermer, mais certains pourraient vous surprendre, avec leur produits et recettes à emporter. Tenez, contactez votre caviste habituel : va-t-on supporter de ne pas succomber au rituel du Beaujolais Nouveau, le 19 novembre prochain?... Et oublier ainsi les daubes de la grande distribution!... Allez, prenez un livre, une BD!... Et puis, ce soir, sortez de la bibliothèque ce livre de cuisine, que vous n'avez pas consulté depuis des lustres. Faites votre choix, filer chez votre boucher ou votre poissonnier, achetez quelques légumes de saison : le choix de champignons de la forêt est large en ce moment, ou optez pour une recette de cerfeuil tubéreux (un délice!), à découvrir grâce au moteur de recherche de ce blog (c'est une sorte de teasing ça, ou je ne m'y connais pas!). Ou un osso-buco à la bigarade!... Souriez! Vous êtes confinés, mais vivants!...

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10 septembre 2020

Contes et légendes généalogiques

Quel rapport, me direz-vous, entre le vin et la généalogie? Ma passion pour le premier reste la même et l'intérêt que je porte à la seconde ne s'est limité, jusqu'à ce jour, qu'à une recherche plutôt ponctuelle des traces de mes ancêtres du côté paternel. Ce patronyme, Rapiteau, est connu de longue date pour être vendéen. Même si la Vendée n'est pas le département le plus facile à investiguer en la matière, pour cause de conflits post-révolutionnaires (1793-1796), qui eurent souvent pour conséquence la disparition des registres paroissaux établis parfois depuis le XVIè siècle (1539, François Ier promulgue l'ordonnance de Villers-Cotterêt, rendant obligatoire la tenue de registres d'état-civil), on trouve quelques documents, notamment du fait qu'ils étaient parfois établis en double exemplaire, dont l'un était caché et fortuitement retrouvé plus tard. Avec les nombreuses recherches réalisées par de véritables érudits de la généalogie depuis quelques années, moult arbres ont pu être construits et, pour ce qui est des Rapiteau, les plus anciennes traces sont souvent natives des Sables d'Olonne. Faut-il en tirer quelque conclusion, comme celle hypothétique de découvrir là des huguenots?...

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Source : www.pagnylaville.com

L'enquête mérite sans doute d'être menée! Tout comme à propos du lien incontournable avec l'Histoire, qui ne manquait pas de provoquer des déplacements de toutes sortes, à cause des conflits, des épidémies, de la misère noire dans certaines campagnes (au point que villages ou hameaux migraient comme un seul homme - femmes et curé compris - vers des contrées plus hospitalières) ou parfois, des compétences particulières des uns et des autres. Et peut-être aussi le hasard des rencontres, lorsqu'on était présent lors d'un mariage comme témoin ou ami de l'une ou l'autre des familles. Le hasard, c'est aussi cela qui m'a permis de faire une découverte étonnante, voilà quelques mois. Dans un moment de désoeuvrement, oserais-je l'avouer, ou lors d'une recherche historique quelconque, en vue de compléter un article, je tapais presque machinalement dans la barre prévue à cet effet par Google les trois mots suivants : mariage rapiteau rémond. Ce dernier patronyme étant celui de ma famille maternelle, connu pour être breton, plutôt des Côtes d'Armor, même si les Rémond sont présents un peu partout sur le territoire, avec des orthographes multiples et variées. En recherchant des actes de mariage, les spécialistes savent bien que l'on peut y découvrir deux générations complètes, les parents des époux étant nommément indiqués, ce qui est sensé apporter un condensé d'informations, sans compter l'identité des éventuels témoins, par exemple, porteurs d'autres informations.

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Passage de cigognes à Pagny la Ville le 12 août 2020

La réponse de Google ne pouvait manquer de m'étonner!... Je découvrais ainsi que Pierre Rapiteau et Jeanne Rémond s'étaient mariés dans le village de Pagny la Ville le 28 janvier 1670, le premier était le fils de Hugues Rapiteau et Marcienne Signenot, la mariée fille de François Rémond et de Claudine Hugon. Je dois à de solides accoudoirs de ne pas être tombé de ma chaise!... Parce que, précision importante, ce village de Pagny la Ville est situé en Côte d'Or, non loin de Pouilly sur Saône et Seurre, dans la partie Est du département (qui n'en était pas un à cette époque). Et donc, bien loin de la Vendée et de la Bretagne, supposées terres originelles de ces patronymes. De plus, elle est située, cette petite agglomération, sur la rive gauche de la Saône, qui serpente mollement dans la plaine, mais est également bordée dans sa partie sud-est par le canal Rhin-Rhône (apparu après la Révolution Française), le séparant de Pagny le Château. Deux cent quatre vingt cinq années séparaient donc cette union de celle de mes parents!... Presque trois siècles! Comment était-ce possible?... Il semble, après une rapide recherche que deux, voire trois générations de Rapiteau furent présentes jusqu'au début du XVIIIè siècle dans cette région. Quelques-uns sont aussi signalés par les archives dans le Jura voisin, à Nance et au lieu-dit Les Brantus, sis à Chapelle-Voland.

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Bien sûr, du fait de cette présence dans le département historiquement viticole de la Côte d'Or, on peut imaginer que quelques membres de cette branche de Rapiteau ont pu être présents eux-même dans le vignoble. Justement, on retrouve la trace de Rapiteau en Saône-et-Loire, dans la première moitié du XVIIIè siècle, à Chaudenay et à Saint Sernin du Bois. Plus tard, on note la naissance d'un François Rapiteau à Chambolle-Musigny en 1783, cette branche étant présente là au moins jusqu'au milieu du Premier Empire. D'autres également à Ladoix-Serrigny. De plus, on ne peut ignorer la présence à Meursault de la maison de négoce bien connue Ropiteau Frères, dont les racines bourguignonnes remonteraient au XVIè siècle. La variante, voire l'erreur de transcription peut-elle être invoquée pour cette lettre o qui a remplacé le a?... Dans un même ordre d'idée, notons qu'à Brochon, entre Fixin et Gevrey-Chambertin, se trouve une rue du Rapitot, qui apparaît parfois sous l'orthographe rue du Rapiteau. Enfin, voilà trois ou même quatre décennies, un vague souvenir m'indique qu'il existait dans la région un Domaine Rapiteau, qui exportait tout ou partie, naguère, de sa production vers les Etats-Unis et dont je ne retrouve pas la trace aujourd'hui...

France-1684

On peut aussi se tourner vers le Dictionnaire étymologique des noms de famille et prénoms de France. Celui d'Albert Dauzat, réédité en 1981, n'est pas d'un grand secours. On y apprend que le nom de Ropiteau est un nom de hameau de Chéméré, en Mayenne, mais qu'en Bourgogne, avec sa variante Robiteau, c'est un hypocoristique (forme linguistique exprimant une intention affectueuse, un diminutif sympathique) de Robert. On dit aussi que Rapiteau, "surtout porté en Vendée, est un nom de sens incertain, à rapprocher de Rapit (87), lui aussi obscur." D'autre part, certains étymologistes soutiennent que de nombreux noms de famille peuvent avoir pour origine des lieux particuliers. Ainsi, dans une supposée période post-médiévale, un ancêtre, enrôlé dans une structure quelconque (armée, entreprise, chantier...) aurait eu à donner son identité. Peut-être aurait-il alors indiqué son prénom. Devant le grand nombre d'homonymes, un "recruteur" aurait cherché à le distinguer par la caractéristique principale du lieu où il habitait alors. Par exemple Laforêt, cas de celui qui vivait dans les bois. Dans le cas de Rapiteau, on peut supposer que le recruté aurait expliqué qu'il vivait au bord d'un torrent ou d'un cours d'eau rapide. L'explication peut apparaître pour le moins capillotractée, mais... Allez savoir! Et, dans le cas qui nous interresse, l'homme pouvait alors habiter au bord de la Saône, connue pour ses crues et ses débits importants.

The_birth_of_the_Duke_of_Burgundy_at_Versailles_on_6_August_1682_by_Antoine_Dieu

Reste à identifier les évènements d'une époque, tout ou partie du XVIIè siècle, qui auraient pu motiver d'éventuels déplacements de population. Car, la question mérite d'être posée, là aussi : y a-t-il eu mouvement de supposés ancêtres et dans quelle direction? Vers l'Ouest ou vers l'Est? La chronologie évenementielle doit donc être consultée, afin d'émettre quelque hypothèse. On sait que le XVIè siècle fut propice à certaines migrations. Des Protestants quittant la France pour rejoindre l'Allemagne, par exemple, après avoir traversé moult provinces, parfois hostiles. Le XVIIè siècle peut être qualifié de période troublée. La première moitié de celui-ci, sous le règne de Louis XIII, voit également une opposition certaine entre Catholiques et Protestants. En 1627, c'est le siège de La Rochelle. En 1630, si le service des Postes devient public dans tout le Royaume, de nouvelles conspirations apparaissent, dans lesquelles le Duc de Lorraine est un acteur important. En 1635, sont créés l'Académie Française et le Muséum d'Histoire Naturelle, alors que la France s'établit en Guadeloupe. 1636 voit le Prince de Condé se rapprocher de l'Espagne, mais échouer dans une tentative contre Dole, à guère plus de trente kilomètres de Pagny la Ville. Louis XIII meurt en 1643, Louis XIV lui succède pour un règne de soixante douze ans (meurt en 1715). A partir de 1667, la France est opposé à diverses coalitions, les traités de paix succédant aux combats et à diverses redistributions territoriales. Ainsi, en 1668, la France restitue la Franche-Comté, jusqu'à ce qu'elle la rachète en 1679, suite au traité de Nimègue. C'est à cette époque que Louis de Lorraine vend la baronnie de Pagny à Louis XIV pour 700 000 livres!...

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Me voilà donc dans l'expectative. Suis-je ventrachoux pour le meilleur et pour le pire, ou pourrais-je affirmer, qu'en certaines circonstances, je suis fier d'être Bourguignon?... Comme indiqué plus haut, les recherches généalogiques ne manquent pas pour ce qui est de la Vendée. En revanche, il n'en existe guère pour ces Rapiteau de Pagny la Ville, habitants sans doute éphémères de cette contrée lointaine. Et comme vous pouvez le constater ci-dessous, il n'est guère aisé de se lancer dans de telles recherches, sans avoir acquis quelque accoutumance avec la lecture des actes anciens. Encore, faut-il être reconnaissant aux archivistes de la Côte d'Or, d'avoir réalisé un tel travail et au Temps de nous les avoir transmis. En saurais-je plus un jour?... Sauf à croiser la route d'un généalogiste ferru d'histoire ancienne ou un historien du Grand Siècle passionné de généalogie, ce sera difficile. Mais, il n'est pas impossible que je me rende un jour dans ce petit village au bord de l'eau, histoire d'en humer l'atmosphère et, peut-être, d'en savoir plus...

Acte bis

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11 août 2020

La fin de l'été sera très sud... ou ne sera pas!

La presse régionale, voilà quelques semaines, titrait : "Les Européens passeront l'été chez eux". Les doutes, la perplexité que nous impose cette Covid-19 avaient fait de nous des touristes estivaux résolus à ne pas sortir de nos frontières. On peut, en effet, en accepter l'augure, mais lorsqu'on met en place tout ce qui permettra d'atteindre l'objectif voulu, on est vite enclin à tenter de se glisser entre les gouttes. Comme disait Sénèque : "La vie ce n'est pas attendre que l'orage passe, c'est apprendre à danser sous la pluie".

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A ce stade de l'été, à la mi-août, rien n'est vraiment envisageable avant un mois, même si le tourisme reprend doucement ses droits. Encore, faut-il espérer que cette période dédiée traditionnellement aux vendanges, offre quand même la possibilité de découvrir vignobles et domaines viticoles insulaires, comme prévu. Partout, ou presque, les blancs seront ramassés. Les rouges eux, attendus plus tard, voire parfois en octobre pour les variétés les plus tardives, seront vendangés avant même les premiers jours de l'automne. Il va falloir la jouer fine!...

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En partance donc pour les îles grecques de la mer Égée! Passant par Santorin, cap sur Paros, pour y rencontrer notamment Nicolas Bourget qui, depuis à peine plus d'un an, crée son domaine pièce par pièce, pied de vigne après pied de vigne. Avec Syros, l'île est un peu la plaque tournante des Cyclades. C'est aussi la troisième plus grande de ces îles. Elle était jadis réputée pour la pureté de son marbre blanc, qui servit notamment à la réalisation de la Vénus de Milo. Amis Parisiens, filez au Louvre, pour en capter la lumière diaphane!... Deux autres domaines viticoles à y découvrir du côté de Naoussa (devenue une sorte de St Trop' grec!) et Prodromos, non loin de la côte est.

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Tinos, parfois appelée la "Lourdes de l'orthodoxie grecque" pour son église de la Panagia Evangélistria et son pèlerinage du 15 août, propose quelques merveilles à travers ses paysages. Mais, ses richesses en matière de viticulture, de par la variété proposée, valent le détour à plus d'un titre. Kalathas, Volacus et T-Oinos y sont présents, dans des registres différents, mais un autre domaine voit le jour, sous l'impulsion de Spyros Zoumboulis. Partons enquêter sur place!... Il faudra ensuite consacrer un peu de temps à Syros, chef-lieu des Cyclades et la plus peuplée. Vignerons à rencontrer du côté de Talanda et Parakopi, entre autres.

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Visite très attendue à Patmos, faisant partie des îles du Dodécanèse nord, après deux tentatives infructueuses pour manque de temps ou à cause d'une météo agitée, contrariant la navigation à voile. C'est là que se trouve le domaine cher à Josef Zisyadis, appelé Domaine de l'Apocalypse. C'est sur cette petite île que fut écrite L'Apocalypse (qui signifie ici révélation et nullement catastrophe ou fin du monde) de Saint Jean le Théologue, dans une grotte. En espérant que me soient révélées la pureté et la grandeur des cuvées de ce cru, sans anicroches météorologiques ou pratiques!... Les ferries seront-ils tous disponibles?... La grande incertitude du voyage... Après un nouveau passage par Syros et Naxos, il sera temps de regagner Santorin qui, dit-on, est quelque peu abandonnée par les touristes cette année.

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Autre perspective réjouissante, en octobre celle-là, une découverte de la Sicile, plutôt dans la partie Est, Etna compris. Le célèbre volcan permettra-t-il de faire le tour des domaines réputés de la région, sans le surveiller du coin de l'oeil?... Les objectifs sont nombreux, le parcours itinérant quelque peu ambitieux... mais passionnant à plus d'un titre. Début de semaine dans le sud en AOP Cerasuola di Vittoria. Ici, nero d'avola et frappato sont les cépages vedettes. Les domaines les plus connus sont ceux d'Arianna Occhipinti ou encore Cos, Manenti, Pianogrillo et Lamoresca.

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Sur le flanc nord du volcan impétueux, quelques noms bien connus également : Frank Cornelissen, Anna Martens, Eduardo Torres Acosta ou le domaine Passopisciaro. Avec une visite chez Sandro Dibella, pour découvrir la Cave Ox, au coeur du village de Solicchiata, incontournable pour tous les amateurs de passage!... Si la partie ouest de l'île sera oubliée cette fois (à revoir au printemps, en lien avec la Sardaigne peut-être?), il faudra ensuite mettre cap au nord, afin de visiter certaines des îles Eoliennes, notamment Vulcano et Salina, en passant par Lipari et en gardant un oeil, cette fois, sur le Stromboli, phare de la Mer Tyrrhénienne et haut lieu de la volcanologie, dont la dernière puissante éruption remonte à juillet 2019. Retour à Catane ensuite, en se glissant le long de la côte pour rejoindre Messine et l'AOP Faro Superiore, où le domaine Bonavita ne peut être oublié.

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Dans un écrit oublié, j'évoquais naguère le réveil d'un volcan pourtant qualifié d'endormi par les plus éminents spécialistes. Dans ces périples, passant d'un volcan à l'autre, pourrais-je sortir Vulcain de sa torpeur et de sa longue sieste?... Allez savoir! En 2010, le volcan islandais Eyjafjöll secouait quelque peu la planète, en obligeant les autorités à fermer la plupart des espaces aériens, alors qu'aucun signe de tumulte n'était apparu depuis cent quatre vingt sept ans!... Pourtant, je vous l'assure, je n'y étais pour rien!...

Trois semaines après la parution de cet article, tout se complique!... Les annulations de vols sont presque devenues la règle! Il va donc falloir reporter à plus tard ces escapades essentielles. Les interlocuteurs siciliens évoquent une "odyssée", ou admettent qu'ils subissent aussi cette situation pour le moins pénalisante! L'été va prendre fin et il est impossible de se projeter dans l'avenir... C'est peut-être bien encore plus contraignant que l'immobilisme... J'espère pouvoir vous parler un jour de ces paysages et des rencontres passionnantes que ce voyage permettait.

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19 juillet 2020

La Corse aux mille et un terroirs

Un titre qui, en lui-même, résonne un peu comme un lieu commun. Mais, en Corse, lorsqu'on ouvre les persiennes, les paysages sont le plus souvent hors du commun!... Début juillet, le bleu du ciel et celui de la mer sont associés aux rouge, rose et blanc des massifs de lauriers. Ici, les conversations sont forcément accompagnées par les cigales et une légère brise marine, lorsqu'on est sur la frange littorale. Une partie de la route qui longe la côte Est, entre Porto-Vecchio et Bastia, permet d'apprécier une mer d'huile, comme la Méditerranée en propose parfois. Pourtant, le lendemain, un petit vent de nord-est soulèvera un léger clapot nettement moins confortable, pour les passagers de tous ces yachts qui se glissent mollement de baie en golfe et de golfe en anse protégée. Santa Giulia, Pinarellu, Fautea, Tarco... Peu après l'aéroport de Poretta, il faut mettre cap à l'Ouest et gravir les premières pentes.

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Avec un agenda relativement chargé (une dizaine de vignerons, au bas mot, en quatre jours et les déplacements à prévoir), le timing est plutôt serré, d'autant qu'il n'est pas rare que surviennent quelques suggestions opportunes des uns et des autres. Et encore, la partie Ouest de l'île fut pour cette fois négligée, faute de temps. Selon le Conseil Interprofessionnel des Vins de Corse et les chiffres statistiques publiés dans The Passeport des Vins de Corse 2019/20, on compte pas moins de 5750 hectares de vignes, 9 AOP, 1 IGP et 290 producteurs, dont 130 en caves particulières. Les deux tiers des 49 millions de bouteilles produites par an sont des rosés, tourisme oblige. Un tiers environ de la production est consommé sur l'île.

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A plus d'un titre, le vignoble corse plonge ses racines dans l'Histoire. Pas moins de 2600 ans d'histoire, selon ce même Passeport!... Même si certaines AOP se disputent l'antériorité des premières plantations anciennes, on situe à -600 ans avant JC, les premières plantations organisées par les Phocéens, du côté d'Alalia, l'ancienne Aléria, auxquels succédèrent les Romains, laissant, au passage, quelques vestiges. Plus tard, au XIè siècle, les Pisans administraient l'île, puis un siècle plus tard, les Génois. Tous contribuèrent au développement de la vigne, dont le produit était alors largement destiné au culte et à la noblesse locale. Ils laissèrent aussi dans le paysage et le maquis des pressoirs taillés dans la masse du calcaire, notamment du côté de Bonifacio. Les "barracun", constructions cylindro-coniques très présentes aussi, remontent elles plutôt aux XVIIè et XVIIIè siècle (inspirées de constructions génoises plus anciennes?). Au nord, dans les Agriate notamment, on parle plutôt de "pagliaghju" (paillers en français), ceux des bergers.

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Puis, les cataclysmes se succédèrent : oïdium, phylloxéra, tempêtes extrêmes, conflits mondiaux, tant est si bien que l'essor spectaculaire des XVIIIè et XIXè siècles fut vite oublié. Dans les années 60, l'arrivée de nombreux rapatriés d'Algérie entraîne un productivisme forcené. On compte alors pas moins de 30000 hectares et deux millions d'hectolitres produits. Mais, la qualité n'est plus au rendez-vous et la concurrence avec d'autres régions est féroce. Dès le début des années 70, une crise majeure va décider d'un programme d'arrachage massif de plus de 20000 hectares. Il faudra encore deux ou trois décennies pour que les vignerons misent pleinement sur la qualité, marchant ainsi dans les pas des Imbert, Aréna, Gentile, Leccia et quelques autres, ayant tracé le chemin au tout début des années 80.

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Mon périple commence par le nord et Patrimonio. Comme un hommage à la Conca d'Oru et son vignoble, qui a reçu le label "Grand Site de France", en mars 2017. Pas peu fiers les "Nordistes", qui ne s'opposent plus aux "Sudistes" que par quelques échanges humoristiques, voire footballistiques!... Ah, les derbies Ajaccio-Bastia de naguère!... "Il y a une trentaine d'années, les chaises volaient dans les réunions!... Ce n'est plus le cas!" me dit, rieuse, Marie Aréna, témoin au combien incontournable, parfois influente (sa modestie dut-elle en souffrir!) d'une histoire familiale passionnante. Elle ajoute, pour le moins perspicace : "Les vignerons sont devenus la noblesse locale!... Nous sommes en haut de la montagne, prenons garde à ne pas redescendre!" Puis, elle ajoute, presque inquiète : "Nos jeunes veulent suivre ce chemin, mais pour eux, tout va plus vite! Auront-ils la patience et la possibilité d'avancer pas à pas?..." Quelques phrases qui traduisent les préoccupations d'une mère certes, mais aussi de celle qui découvre parfois la mise en forme des projets de quelques jeunes vignerons du cru. Ils sont pourtant passionnés, ils ont l'écoute et parfois l'aide des anciens, ils se confient sans arrière-pensées. Leurs projets sont, somme toute, exaltants. On éprouverait presque de l'impatience à découvrir les cuvées du futur de Patrimonio...

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Venant du sud, on pénètre dans l'AOP par Oletta, anciennement le chef-lieu de la "piève" d'Oletta, circonscription territoriale et religieuse au Moyen-Âge. Peu avant Saint Florent, un grand bâtiment sur le bord de route, l'ancienne caserne des pompiers, transformée depuis quelques années en cave viticole. C'est là que Nicolas Mariotti-Bindi s'est fait un nom en quelques millésimes. Après avoir travaillé auprès des Guidicelli, Annette Leccia notamment et retenu quelques conseils d'Antoine Aréna ("Fais ce que tu dis et dis ce que tu fais!"), il s'est rapproché de Mathieu Marfisi, Thomas Santamaria, ainsi que des frères Aréna, chacun avec leur propre sensibilité, autant d'exemples de la nouvelle génération contribuant à dynamiser l'appellation, presque entièrement bio désormais. Sur 36 ou 38 vignerons répertoriés, une quinzaine forme cette nouvelle garde et d'autres peaufinent leur projet. Si Stéphanie Olmeta compte presque une quinzaine d'années d'expérience et que Lisandru Leccia reprend à la vigne et à la cave le domaine de sa tante Annette, d'autres arrivent dans le paysage et parfois, quel paysage!... Par exemple, Jean-Baptiste Ferrandi, qui défriche et démaquise encore quelques terrasses du côté de Barbaggio, avant une première récolte très attendue.

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Je quitte presque à regret le nord par la T 10, pour gagner le vignoble du sud de l'île : Porto-Vecchio, Bonifacio, Figari, autant de secteurs où les découvertes ne manquent pas non plus. Aléria, Ghisonaccia, Solenzara, Ste Lucie de Porto-Vecchio... Du côté de Lecci, deux des quatre vignerons de l'AOP Corse-Porto-Vecchio imposent une halte et un séjour d'une nuit. Le Domaine de Granajolo, de Gwénaëlle Boucher, d'origine brestoise, qui a repris, au début des années 2000, le domaine créé par son père, arrivé de Bretagne dans les années 50, "lorsque tout était à faire en Corse"!... Entrepreneur de travaux publics, agrumiculteur, mais passionné par la vigne et plantant dès 1974. Après un travail semé parfois d'embûches, Gwénaëlle restructure le vignoble et prépare désormais la construction de sa nouvelle cave dans le maquis, au-dessus des vignes. A suivre!... C'est du côté de Lecci que Christian Imbert s'installa naguère, retour des Indes ou plutôt d'Afrique subsaharienne en 1964, où il tentait de produire et de commercialiser divers produits locaux tchadiens (gomme arabique, cacahuètes). En Corse, il devint vite l'un des pionniers du bio et propulsa le Domaine de Torraccia (42 hectares de vigne et 25 d'oliviers) parmi les référents de l'île. Actuellement, ses deux fils, Marc et Christophe ont repris le flambeau, poursuivant son oeuvre.

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Bonifacio était un objectif majeur de cette escapade. Voilà dix années à peine, un amateur passionné ne pouvait venir dans ce secteur que pour les paysages spectaculaires, la citadelle et le blanc du calcaire des falaises, voire pour admirer les bouches de Bonifacio, séparant la Corse de la Sardaigne, à seulement onze kilomètres. Au début du XXè siècle, le vignoble de Bonifacio s'étendait sur plus de 400 hectares. Mais, pour diverses raisons historiques (voir plus haut), il disparut, notamment du fait des primes à l'arrachage en dernier lieu, au cours des années 70. Cependant, au environ de 2010, trois vignerons, à priori sans se concerter, décidèrent de jeter les bases d'un avenir, sorte de retour vers le futur de l'appellation disparue. Certes, ils ne peuvent s'appuyer désormais que sur l'IGP Île de Beauté, voire proposer leurs cuvées en Vin de France, mais leur démarche vaut le détour. Les trois entités (une quatrième, le Domaine Andriella, est implanté à la limite entre Bonifacio et Figari, mais est associée à cette dernière commune!) ne racontent pas forcément la même histoire, mais elles sont dotées d'un potentiel remarquable. Christian et Nadine Zuria ont remué ciel et terre depuis dix ans, lorsque Dominique Zuria, l'oncle du vigneron, leur a proposé ses terres afin de planter de la vigne, lui le dernier muletier du "piale" (nom donné ici au plateau calcaire). Trois parcelles (plus une récente proche de Port-Vecchio), dont une à la limite calcaire-granite, histoire de jouer avec les cépages et les terroirs. Plus une cave en construction, qui devrait être disponible en 2021.

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Non loin de là, Thierry Buzzo relève le défi, quant à lui, de faire renaître la tradition familiale, puisque des écrits précisent qu'un Buzzo était vigneron sur les mêmes parcelles dans les années 1700. Là encore, c'est en 2010 que fut replantée la première parcelle du domaine, dans un secteur où les Génois ont laissé trace de leur passage et de leur agriculture. On cultivait aussi du blé et de l'orge, mais également des figuiers et des oliviers. Mais ici, le sol et les espaces naturels conservent quelques secrets... Parfois, la cendre d'une éruption volcanique antique affleure et une liane fructifère pousse dans les chênes... A suivre!... Non loin de là, Yves Canarelli est venu de Figari pour défier lui aussi la nature. Associé à Patrick Fioramonti, un ami de trente ans, sommelier local, ils ont créé ensemble Tarra di Sognu, un cru hors normes entouré d'un mur de 1,6 km!... Cinq hectares proches de la mer, sur un plateau riche en pierres sèches et en blocs de calcaire de volumes divers. La possibilité, au passage, de rendre hommage au carcaghjolu nere, cépage apporté par le roi d'Aragon en son temps, l'âme de Bonifacio, selon le vigneron. Le premier millésime remonte à 2016. Donnons du temps au temps!... Et déjà, une autre extension de l'aventure familiale se profile...

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Pour terminer ce périple, Figari. Depuis trente ans, Yves Canarelli s'est fait une place de vigneron référent, à la tête d'un très beau domaine de trente-trois hectares, sur une sorte de plateau vallonné, lui permettant de proposer une gamme de vins délicats, nuancés et tenant compte pleinement des données particulières de chaque millésime, tout en ayant acquis une forme de liberté et d'action au fil des ans. Sans doute a-t-il connu les rivalités qui pouvaient exister entre les différentes AOP de la Corse, mais aujourd'hui, chacun suit son chemin dans un climat apaisé, parce que les amateurs, comme les professionnels, ont admis désormais que la diversité est la plus grande richesse du pays. Une idée qu'il tente de transmettre à ceux qui se lancent à leur tour dans l'aventure. Et certains, comme Pierre-Paul Nicolai ne manquent pas de pugnacité, face à la nature, que l'on pourrait craindre hostile. Depuis 2009 et la genèse de son projet, le vigneron de Valicella défriche, démaquise, plante dans les fortes pentes de la commune, anticipant peut-être l'avenir. Pour faire bouillir la marmite, il a semé des immortelles et produit des huiles essentielles. Déjà, les premières cuvées sont proposées, en attendant que sa cave, construite sur une terrasse creusée dans la montagne, ne lui offre de travailler plus sereinement. Bonne humeur, enthousiasme, perspective d'avenir, tout y est!... Enfin, dans un autre registre, Jean-Baptiste de Peretti s'est lui aussi lancé dans une nouvelle aventure. Après avoir parcouru le monde des affaires et de la mode dans les plus grandes villes de la planète, il est revenu au pays pour un retour à la terre, alliant production de vins et tourisme. En plus, de l'avis même d'Antoine Pouponneau, qui connaît bien la Corse, ses dix hectares actuels sont situés dans un secteur où on fait bon!... Pas de doute, la Famidda de Perretti Della Rocca a quelques solides arguments, une très belle maison et une piscine de rêve!... Et les premières cuvées Jules et Colette vont se glisser sur nombre de tables, au coeur de l'été corse, à n'en pas douter!...

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Demain, il faudra se lever tôt pour reprendre l'avion. Le temps d'un petit dîner en terrasse, ponctué par un sorbet brocciu-myrthe, très couleur locale et de la musique country corse proposée par un petit groupe, guitare et chant, dont le son résonne dans le maquis et la montagne de Figari, alors que le soleil darde ses derniers rayons, atténués par le crépuscule... En repartant, il faudra aussi admettre de faire l'impasse sur la façade ouest de l'île. L'Ile Rousse, Calvi, Ajaccio, Sartène restent à découvrir. Comme d'autres projets qui se profilent çà et là... Ici, vigneronnes et vignerons mettent du coeur à l'ouvrage. Leur fierté n'est pas faite que de symboles ou de drapeau, mais aussi du partage de leurs richesses et de leur sens de l'hospitalité. A suivre, ici-même, au fil du temps...

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02 juillet 2020

La Corse viticole, parce qu'elle le vaut bien!...

Ça y est, les affaires reprennent et les vols vers la Corse aussi!... Des semaines, des mois sont passés, au cours desquels il a fallu patienter, se convaincre que les beaux jours allaient forcément revenir et douter, parfois, de pouvoir repartir en quête d'aventure... Après une découverte de l'Île de Beauté, telle qu'on la surnomme, au printemps 2017, à l'occasion des Journées Portes Ouvertes de Patrimonio, qui n'avaient pas manquer de me montrer le potentiel d'un superbe vignoble et la passion des habitant(e)s du cru, un retour était donc nécessaire, plus estival cette fois et, en même temps, plus éclectique, sauf à faire quelques impasses par manque de temps, en espérant que certains ne m'en voudront pas trop...

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Si mes plus récentes publications, ici ou ailleurs, pouvaient laisser supposer que j'étais sur le point de reprendre la mer sur quelque bateau authentique, voire historique, comme le Tres Hombres (celui-ci, venant des Sables d'Olonne, vient de livrer sa cargaison de bouteilles à Copenhague, après une quinzaine de jours de mer!), ce ne sera pas le cas pour l'instant et c'est un vol vers Figari qui me permettra de prendre pied sur l'île!... Là-bas, la météo estivale s'est mise en place et il fait rarement moins de 30° depuis quelques jours... Crème solaire indispensable!...

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Le cap donc sur Patrimonio et le golfe de Saint Florent dans un premier temps, pour rendre visite à quelques figures du cru : la famille Aréna, Stéphanie Olmeta, Nicolas Mariotti-Bindi et Lisandru Leccia, qui vient de reprendre le domaine de sa tante Annette. Ensuite, je reprendrais la magnifique route qui longe la côte est, afin d'atteindre le secteur de Porto Vecchio, pour y rencontrer Christian Imbert et Gwenaëlle Boucher. Viendra ensuite Bonifacio, pour y découvrir le Domaine Zuria notamment. La dernière journée sur place se déroulera du côté de Figari, où je devrais rencontrer Paul Canarelli, Pierre-Paul Nicolai et peut-être Jean-Baptiste de Peretti. Dans ce secteur, d'autres productions seront au programme : huiles essentielles, tomme de Valicella (Jean-José Marcellesi) et charcuterie corse (Maxence Finidori). Je devine que là, vous salivez rien que d'y penser!... En même temps, je suis certain de passer à côté de quelques merveilles, tant la Corse recèle de produits délicieux (clémentines...), sans parler des inévitables impasses viticoles (Ajaccio). A suivre donc, sur les réseaux sociaux ou ici même dans quelques jours!...

Posté par PhilR à 10:03 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
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