12 novembre 2009
Les vendanges 2009, en Fiefs Vendéens
Alors qu'une très grande majorité des vignerons de France et de Navarre avait de quoi se réjouir des conditions de vendanges et des qualités intrinsèques de ce millésime 2009, il était intéressant, à plus d'un titre, de consulter les vignerons vendéens sur le sujet. Et d'évoquer avec eux l'avenir du vignoble des Fiefs Vendéens... Des fieffés fiefs, qui ne voient pas le bout du tunnel, dans la course à l'AOC!...
Faut-il le rappeler, les vins des Fiefs Vendéens sont toujours à ce jour, le cul (de bouteille) entre deux chaises!... Il font donc partie des futurs bannis des classifications, puisque les VDQS (Vins Délimités de Qualité Supérieure), ou AO-VDQS, doivent disparaître des tablettes avec la réforme des AOC, qui vont en profiter pour devenir des AOP (Appellation d'Origine Protégée). Mais, au fait, ces appellations ne l'étaient-elles pas déjà?... Cette disparition se solde par une obligation : postuler à l'AOC (ou AOP) ou admettre d'être "rétrogradé" en IGP (Indication Géographique de Provenance, ou Protégée), appelée à succéder aux Vins de Pays, également condamnés.
Ces VDQS maudits ne sont plus, semble-t-il, que dix-sept de nos jours en France : huit en Loire, huit dans le Sud-Ouest et un en... Lorraine. Bien sur, pour ceux-ci, la procédure pour être promu en AOC semble une évidence, mais l'on sait depuis peu, que certains responsables de syndicats viticoles, comme celui du Gros-Plant du Pays Nantais notamment, se sont prononcés pour un passage en IGP, du fait des limitations de rendements éxigées par l'AOP, de la déclassification de certaines zones et, au final, des craintes éprouvées en matière d'équilibre économique local.
En Vendée, nous sommes là sur des aires délimitées, dites Fiefs du Cardinal en 1963 (jadis, Richelieu, qui fût évêque de Luçon, dans le Sud-Vendée, "diocèse le plus crotté du royaume" selon ses dires, avant d'en découdre avec les Mousquetaires du Roi, fit don de ses vignes à la population misèreuse...). Déjà à cette époque, pas une véritable promotion!... En 1984, ces Fiefs obtiennent le VDQS Fiefs Vendéens. En route pour l'AOC!... But, long is the road!... Après moult tergiversations, une avancée semble décisive en 2008, avec le passionnant travail sur les terroirs, réalisé par un groupe de géologues angevins, faisant suite à celui de l'INAO, qui a laissé la plupart des vignerons quelque peu perplexes... Compilation des résultats, édition et présentation des rapports, le temps passe... Il semble que l'AOC sera acquise pour les vendanges... 2010. Mais aujourd'hui, rien n'est moins sur!... Une réunion importante (décisive?) qui devait se tenir en novembre 2009 ne semble plus figurer sur l'agenda!...
Alors, que se passe-t-il?... Manque d'appuis politiques?... Déconsidération d'un vignoble qui, de l'extérieur, est souvent "classé" comme pourvoyeur de boissons fraîches, destinées à la clientèle estivale, notamment avec les rosés?... Dossier mal ficelé, mal boutiqué, comme on dit ici?... Manque d'enthousiasme des premiers concernés, les vignerons, qui pour certains, ont un peu le sentiment que le scénario s'est littéralement englué, à force de vouloir satisfaire un peu tout le monde, ou du moins de tenter de faire le moins de mécontents possibles, surtout au niveau des acteurs principaux?...
Le problème semble être que certaines orientations ont peut-être pris la forme de non-décisions. Devait-on absolument conserver l'assemblage de cabernet et de pinot noir, au titre de l'originalité?... Pourquoi ne pas admettre dans le décret, la production de mono-cépages, comme ces cuvées issues de pure négrette, qui seront parfois les vedettes locales (voire au-delà) de ce millésime 2009?... D'autres régions ont opté pour un calendrier, avec des étapes successives, afin "d'améliorer" le statut et l'image de leur vignoble, même au risque de faire quelques erreurs, vite corrigées, souvent très naturellement.
Autre aspect des choses, était-il opportun de continuer de s'appuyer sur cette notion, un rien vieillotte, de Fiefs Vendéens, (appellation qualifiée "d'improbable" dans l'article récent d'un mensuel, consacré à Thierry Michon) au titre de la dispersion du vignoble?... N'était-ce pas là l'occasion de mettre sur pieds une AOC Vendée?...
Ce que l'on devine de la situation actuelle, c'est notamment une disparité assez grande d'un secteur, d'un fief à l'autre. Ainsi, dans la zone de Mareuil et Rosnay, nombre de vignerons, en caves particulières, ont disparu, ces dernières années. On les compte maintenant sur les doigts d'une main et trois d'entre eux sont quasiment en position dominante, préparant ainsi leur passage en AOC... et s'armant pour une concurrence future sévère. C'est un peu dommageable au titre de la diversité!... Quant à la bio-diversité, dans certains secteurs, aie, aie, aie!...
Pour les autres fiefs, mis à part celui de Brem, qui fait face et s'organise dans la foulée de Thierry Michon, du Domaine St Nicolas et Samuel Mégnan, du Domaine Aloha, pour une meilleure promotion et, à la fois, pour une plus grande conservation du vignoble de la zone, la situation n'est pas simple. A Pissotte, on ne compte qu'un seul vigneron, Xavier Coirier. A Vix, ils ne sont que deux, avec des orientations très différentes : le Domaine de la Chaignée, lié aux célèbres Pépinières Mercier, installées dans ce village, sur la route de La Rochelle et Christian Chabirand, de Prieuré La Chaume, en conversion bio et non prétendant, dit-on, à l'AOC. Enfin, du côté de Chantonnay, un seul domaine également, celui des Orion Père et Fils, le Domaine de la Barbinière, qui postule à l'AOC, alors qu'il ne pouvait prétendre au VDQS jusqu'à maintenant. Quelques vignerons isolés également du côté de Talmont-St Hilaire, voire de Beaulieu sous la Roche et d'autres, au nord du département, que l'on peut rapprocher de la zone du Muscadet.
Après avoir dressé cette sorte d'état des lieux, soulevant de multiples interrogations, allons voir comment ces vignerons vendéens ont vécu ce millésime 2009?... Pour la plupart, il s'inscrit résolument au niveau des exceptionnels!... Ils savent aussi tous qu'il faut laisser "bouillir" et être sérieux jusqu'au bout. Un soupçon d'inquiétude peut apparaître chez certains "bons" : ce n'est pas un millésime où le vigneron fait la différence et donc, il y aura sur le marché des vins "très corrects" à petit prix, issus d'une viticulture conventionnelle et productiviste. Un bol d'air pour ceux-là, après deux, voire trois millésimes délicats et pour ceux-ci, la nécessité de pousser jusqu'à l'excellence!...
C'est Jérémie Mourat qui nous communique un semblant de rapport de millésime, pour le Château Marie du Fou et le tout nouveau Clos Saint André : mois d'août chaud et ensoleillé, avec des pluies le 3 (20 mm) et les 18 et 19 (5 mm). Septembre très chaud et ensoleillé (31° à l'ombre le 9!). Le ban des vendanges est fixé au 10 septembre. Début de la cueillette des pinot noirs destinés à Marie du Fou le 16. 14,1% potentiel!... C'est pas tous les ans!... Au Clos Saint André, début les 25 et 26 sur les chardonnay. 12,9% potentiel. Ils
sont pressés en grappes entières et fermenteront dans des oeufs Nomblot. Le 17
septembre, de la pluie (13,5 mm), celle qui va déstresser l'Anjou!... Ce sera la seule journée pluvieuse de septembre!.. Historique!...
Premier tri de chenin au Clos Saint André, le 12 octobre. Pressurage en grappes entières. 13,2% potentiel, acidité 4,9. Ce tri, Jérémie le veut sur le fruit et il ira aussi dans un oeuf en béton. Le second tri de chenin du Clos a lieu le 19 octobre. 14,5% potentiel, sans botrytis, avec un joli passerillage dû aux vents de nord-est des dernières semaines. Ce tri sera dirigé vers un foudre de 35 hl de Seguin-Moreau. "Et le 20 octobre, il pleut!... Mais, on le savait (merci Météo-France!...) et on a fini!..."
Le jeune vigneron de Mareuil sait qu'il est encore tôt pour tirer des plans sur la comète. Mais, il retrouve des matières qui lui rappellent la chair des 2005, avec sans doute plus de fond. Les rouges sont très colorés, les tannins très mûrs. Les chenin, quant à eux, allient le plus souvent richesse et fraîcheur. Un constat que l'on fait aisément en dégustant quelques échantillons prélevés sur cuves, lors d'un passage récent au domaine, malgré que les fermentations soient souvent en cours. Mention spéciale pour la négrette, très expressive et un chenin botrytisé, vinifié en sec, qui pourrait faire une remarquable cuvée d'exception!...
Quelques échos de la côte ensuite et de Brem notamment : Samuel Mégnan a surtout apprécié (et ses vendangeurs avec lui!) d'avoir beaucoup moins de tri à faire dans les vignes, du fait du bon état sanitaire des raisins et de l'homogénéité des maturités. Quantité et qualité des jus sont au rendez-vous!... Les cabernets ont été ramassés juste avant les pluies, avec déjà un beau fruit et une belle couleur. Un tri de chenin botrytisé a montré 20% potentiel, avec 1h30 de vendange pour 5h de tri!... Souvenirs, souvenirs!...
Cap au Sud-Vendée, avec quelques échos en provenance de Vix. C'est là que se situe le Prieuré la Chaume, de Christian Chabirand. Un millésime 2009 qui a fini par rassurer complètement le vigneron, au terme d'une première année de conversion bio : "A la vigne et sur le plan sanitaire, une année plutôt exceptionnelle sur La Chaume!... En fait, RAS!... Pas plus de mildiou sur feuillage que sur grappe, même pas en fin de printemps, comme cela fut le cas sur certaines zones vendéennes, pas d'oïdium non plus. Des sorties sans gel et une floraison régulière." Au final, une excellente maturité, avec des raisins très sains, gorgés de fruit et de sucre. Des rendements supérieurs aux prévisions (30 hl/ha au lieu des 25 attendus).
"A la cave, des mouts rentrés dans des conditions idéales, avec un tri manuel qui n'a rien à voir avec les années passées. Ils partent instantanément en fermentation, mais ces dernières s'avèrent très lentes et la crainte d'un arrêt de fermentation est notre préoccupation du moment (le 22/10)!... La richesse en sucre et donc en alcool potentiel, y est sans doute pour quelque chose. Finalement, une seule maladie déclarée : de la pourriture noble sur un peu de chenin... De quoi s'amuser un peu!..."
C'est dans un petit village du bocage vendéen, St Philibert du Pont Charrault, que se situe le Domaine de la Barbinière. Un domaine qui propose des Vins de Pays de Vendée depuis plus de vingt ans, en s'appuyant sur la logique des Fiefs Vendéens, au point que, dès le début des démarches en vue de l'obtention de l'AOC, l'idée d'un nouveau fief à Chantonnay, fut admise de tous, ou presque... A la Barbinière, il y a Philippe, le père, qui a toujours joué le jeu de la conquête de l'AOC!... Sera-t-il récompensé de son abnégation et de sa constance?... Il y a désormais, en plus, les deux fils, Alban, aux manettes côté vignes et Vincent, option cave. Les trois s'accordent à dire qu'ils n'avaient jamais ramassé une si belle vendange!... "Les degrés sont très élevés, les acidités sont basses sur les rouges et correctes sur les blancs. La maturité des pellicules est superbe, ce qui se traduit pour l'instant, par des couleurs intenses. La vendange manuelle a permis d'attendre la pleine maturité phénolique, même si quelques grains commençaient à pourrir... Le fruit est très présent. Tout cela laisse espérer de beaux vins. Reste à réussir les vinifications, qui peuvent parfois être délicates, avec de tels degrés."
Un tour du cuvier tend à démontrer le potentiel du millésime!... Les cépages, séparés pour la plupart jusqu'à maintenant, sont souvent à leur meilleur, avec notamment, un superbe gamay issu du secteur du Charpe et des cabernets purs, denses et massifs, aux expressions nettes et franches. Voilà qui laisse augurer de belles cuvées!...
Il nous reste le "petit dernier" des Fiefs!... Le Domaine des Jumeaux, de Jean-Marc Tard, à Chaillé sous les Ormeaux, dans le secteur de Mareuil. Voilà encore peu de temps, Jean-Marc n'était pas vigneron, ou alors le dimanche. Il était caviste, aux Sables d'Olonne. Il avait bien quelques arpents de chenin, du côté du Querry-Pigeon, sur la commune de Talmont-St Hilaire, mais c'était très anecdotique et seulement connu de quelques initiés. Et puis, un jour, il s'est mis en quête d'un vignoble, comme pour réaliser, concrétiser un rêve, nourri par quelques millésimes de Chemin du Querry.
Après quelques mois, il se met sur les rangs d'un domaine de plus de neuf hectares, planté de pinot noir, gamay, cabernet et négrette. Il en devient finalement l'acquéreur et décide, au préalable, de le convertir à l'agriculture biologique!... Un défi!... Et qui plus est, un résultat qui déclenche, à mots couverts, l'admiration de ses confrères et voisins mareuillais. Il faut dire que transformer les parcelles comme il l'a fait en quelques semaines, au printemps dernier, par un travail soigné des sols, a de quoi surprendre. Et rappeler à certains, au passage, quels sont les tenants et aboutissants du métier de vigneron!...
De son vignoble, Jean-Marc Tard a fait un jardin, tiré au cordeau!... Et que l'on ne nous dise pas désormais, en Vendée et ailleurs, que ce n'est pas possible!... D'ailleurs, on peut se demander, si son travail et son enthousiasme n'ont pas fait là, la démonstration de ce que devrait être le vignoble vendéen, celui qui veut s'inscrire dans une démarche de progrès, dans le cadre d'un passage en AOC. La question mérite d'être posée : pourquoi ne pas inscrire les parcelles de la future appellation dans la logique suivante : travail des sols obligatoire, pas de désherbage chimique, pas d'utilisation de produits de synthèses, ni de systémiques sur les vignes. Après tout, d'autres appellations, comme Savennières par exemple, ont pris de telles orientations!...
La Vendée n'est pas démunie pour choisir de telles options. A mi-chemin de La Roche sur Yon et de Mareuil sur Lay, oeuvre une association, Longs Crins, qui propose des prestations dans la vigne, les vergers, les jardins, au moyen de la traction animale. C'est elle qui intervient désormais au Clos Saint André, de Jérémie Mourat. Lorsqu'on sait que le lycée agricole yonnais, le Lycée Nature, s'inscrit tout entier dans une démarche bio et que la préfecture vendéenne dispose également d'un haras national, on imagine assez facilement les liens qui pourraient se tisser et, pourquoi pas, voir une petite économie locale dédiée au vignoble vendéen se mettre en place. Comment peut-on encore prétendre qu'il s'agit là d'orientations rétrogrades?...
Pour ce qui est de leur millésime 2009, Jean-Marc Tard et le Domaine des Jumeaux ne pouvaient espérer meilleurs augures!... Une année sans difficulté particulière, des vendanges confortables, des jus qui se positionnent comme des référents, au moment même où le vigneron a le plus besoin de jauger ses parcelles et de situer l'expression des différents cépages, sur leur sol respectif. Pensez-donc, un premier millésime!...
Au domaine, la cueillette commence le 21 septembre par les gamay. La crainte d'être débordé, avec un mois de septembre chaud et ensoleillé, incite le vigneron de Chaillé à se lancer, mais les degrés oscillent entre 11 et 12% potentiel. "J'aurais du attendre une semaine de plus!..." La fin de la première période est consacrée au pinot noir de la Citadelle. Pour l'instant, les rendements atteignent 38 hl/ha!... Dès le lundi suivant, le pinot noir des Rochettes est ramassé à 13,5°. Une belle qualité de raisins, sur une très belle parcelle.
Le samedi 3 octobre, vendanges au Querry, pour le premier tri de chenin : 14,5° au mustimètre!... Seules les grappes botrytisées sont ramassées. Il faudra attendre dix-sept autres jours pour attaquer la dernière ligne droite : les deux parcelles de négrette remplissent les caisses, 13,5 et 13,8°!... Merci Dame Nature!... Les jours suivants, quelques averses surviennent. La négrette est à l'abri, elle qui n'aime guère la pluie! C'est au tour des cabernets franc et sauvignon de la Citadelle et du Moulin. Les maturités sont superbes!...
Avec le recul de quelques semaines, les jus se montrent très intéressants : un gamay sur des arômes très nets de framboise fraîche. Une négrette tout à fait gourmande et des cabernets aux tannins souples, ronds et frais. Les chenins ne manquent pas d'intérêt non plus, même s'ils n'ont pas encore digéré tous leurs sucres. Pour Jean-Marc Tard, "2009, de la vigne à la cave, c'est une année de joie et d'émotion!..."
Avec un tel potentiel, on a envie de croire et d'espérer en l'avenir des vins de Vendée!... Il est clair que l'occasion est belle, cette année, de faire la démonstration d'un savoir-faire, en même temps que de montrer une forme d'attachement à la tradition viticole locale. Certes, les vignerons sont de moins en moins nombreux dans le département, mais, quelque part, ils sont les survivants, les héritiers de tous ceux que comptait la Vendée, naguère. Après tout, voilà à peine plus de vingt ans, il s'agissait là du troisième département français, pour le nombre de déclarants de récolte!... Alors, misons avec les vignerons, sur un bel essor, plutôt que sur un tour de vis!... Et pour apprécier de jolies cuvées, rendez-vous en 2010!...
07 novembre 2009
Des retours d'est!...
Il ne s'agit pas là de prévisions météorologiques!... Mais de flacons venus du Far East, là-bas, à des centaines de lieues de la Vendée!... Vous me direz, à partir du moment où on se situe quelque part, sur la Côte Atlantique, il n'y a guère d'occasions de déguster autre chose, que des flacons en provenance d'une large moitié est, comme le disent nos prévisionnistes préférés!...
Le premier flacon nous vient d'Arbois. A l'heure même où le Domaine de l'Octavin est en pleine effervescence, c'est un ploussard (poulsard?) de la gamme Cosi Fan Tutte, 100% sans soufre, Dorabella 2008, qui est invité à table, sur un foie de veau à la vénitienne. Des oignons émincés, un lit d'épinards cuits à cru au beurre, un trait de vinaigre balsamique. Un régal!... Le vin est en pleine forme, tonique!... Pour un peu, on en aurait causé, comme des fans, tutte la notte!... Ah, Mozart!...
La seconde bouteille est un rien énigmatique... Un peu comme son... auteur, qui sait prendre du recul sur son art. Christophe Abbet, de Martigny-Bourg, dans le Valais, est un compositeur, qui sait improviser!... Des étiquettes calligraphiées, des contre-étiquettes façon pense-bête essentiel... Et ce soir-là, un Gamay 2006, issu de la combe des Avasiers, à Fully, pour accompagner une omelette aux girolles. Des fruits rouges, un joli équilibre, pas d'exubérance, juste une tempérance maîtrisée. Le gamay des autres jours... ou des jours autres, comme on veut!...
Un petit dernier pour la route!... Un Arbois-Pupillin, de Jean-Michel Petit, du Domaine de la Renardière. La Renardière, la petite maison de mes grands-parents, au bord d'une route vendéenne et tant de souvenirs de vacances d'été... Succulent accord que ce Chardonnay 2005, avec une bouchée aux ris de veau!... Un vin droit, qui n'en rajoute pas. Un rien taiseux, comme on dit chez nous, mais du vin, bien en place. Décidément, rien à jeter dans ce Jura-là!...
Consultez d'autres comptes-rendus Flash sur les Dégustantanés du blog d'Olif
02 novembre 2009
Suspicion d'addiction au Roussillon (2)
Après une nuit réparatrice au Fitoun, à Paziols, dans la montagne audoise, afin de digérer comme il se doit la cuisine catalane du Rêve d'Angèle (oh la la!... ces joues de porc au Banyuls!...), nous reprenons la route de la côte, par le chemin des écoliers du GPS, en passant, non pas par Estagel, mais par Tuchan et Vingrau.
La matinée offre une lumière horizontale, voilée et à chaque virage, chaque lacet, les passagers du minibus écarquillent leurs yeux, sur un paysage à couper le souffle!... Le conducteur en fait autant, si bien que nous profitons d'un promontoire, façon table d'orientation, pour faire une courte pause. N'est-ce pas là, le Château d'Aguilar?...
Côté mer, le ciel est dégagé. Nous allons avoir une superbe journée. En passant, juste un petit salut au Clos des Fées, d'Hervé Bizeul. La route descend en serpentant jusqu'à une sorte de grande porte, qui ouvre sur la plaine et le Crest de Rivesaltes. Un camp militaire, un aéroport, une traversée de Perpignan sans encombre, nous laissons la Chaîne des Albères (les Montagnes Bleues) à main droite. A peine quelques minutes encore et nous voilà sur la Côte Vermeille!... Le souffle d'un pays qui n'en manque pas!... Collioure, Port-Vendres, Banyuls et aujourd'hui, le grand bleu, du sol au plafond!...
- Bruno Duchêne -
Nous avons rendez-vous avec un des animateurs les plus actifs de la région. Un de ceux qui savent le mieux, à quel point il est important de fédérer la viticulture et les vignerons des P-O, qui parlent le même langage et qui, surtout, ont des sensibilités proches. Bruno Duchêne habite une rue étroite, à quelques dizaines de mètres de la plage de Banyuls, déserte en cette matinée de samedi, malgré une température qui dépasse les 20°, à 10 heures!... Très vite, le vigneron nous propose de prendre la route des vignes et de la montagne. Un vignoble à grand spectacle!... Ouvrez les yeux à 180°!...
Bruno Duchêne, originaire du Loir-et-Cher, est arrivé à Banyuls avec le nouveau millénaire. Quel meilleur moment pour un changement de cap?... Pour les années 2000, ce sera le Cap Béar, comme un défi au souffle de la tempête qu'on y mesure parfois. Les débuts ne sont pas évidents. Trouver des vignes ne s'avère pas aussi facile que cela. Il va devoir patienter jusqu'en 2002, pour trouver quelques îlots, çà et là, dans la montagne.
Nous sommes dans l'un de ceux-ci, à 300 m d'altltude. Il y a là, deux hectares d'un seul tenant, dont 70 ares de vieilles vignes de grenache blanc (Vall Pompo en catalan). Tous les blancs sont produits dans ces parcelles plantées d'échalas, depuis 2004, suite à un mémorable coup de vent, qui avait tout détruit.
Cette technique a aussi l'avantage de faciliter le travail du cheval, qui se repère mieux, lors des labours. Certaines parties sont faites à la main. Il faut aussi entretenir les terrasses et parfois les agouilles, dans certains secteurs.
Les blancs ne dépassent pas 10% de la production du domaine, qui compte à peine plus de 4 ha désormais, donnant la part belle aux grenaches (au total 10 à 12 000 bouteilles). Pour Bruno Duchêne, il n'est pas possible de conduire ici, en bio, plus d'un hectare par personne. Si bien que, deux hectares sont tirés au cordeau et que deux autres sont entretenus tant bien que mal. Certains espaces de vignes servent un peu de zone tampon, avec les parcelles des voisins. De plus, la nature, du genre galopante par ici, protège quelque peu cette vigne, dite du Corral.
Le reste du vignoble est situé, pour un hectare, dans le secteur de la chapelle Notre Dame de la Salette et pour une surface équivalente, sur les chemins de l'Espagne, toute proche. Des rouges issus de grenache, mais que des secs. Jusqu'en 2007, Bruno Duchêne proposait également des VDN, jusqu'à ce qu'un troupeau de vaches sauvages ne lui dévorent ses vignes, au mois de juin!... En cette matinée automnale, les traces laissées récemment par des hordes de sangliers, dans certaines parcelles, l'intriguent quelque peu... Jusqu'à maintenant, ils étaient aisément contenus dans la montagne et les espaces sauvages, du fait d'une ouverture de la chasse assez précoce. Mais, il est clair que certains s'aventurent désormais sur le GR 10 et lorsqu'on sait les dégâts qu'ils sont capables de faire...
Derniers regards alentour. En regagnant la cave, nous évoquons le vignoble de la région, qui compte de plus en plus de vignes abandonnées, sans parler de la pression immobilière!... Sur 2000 hectares et quatre communes (Collioure, Port-Vendres, Banyuls et Cerbère, du nord au sud), sur lesquels on produit 30% de Banyuls et 70% de Collioure, un total de 1800 est destiné à la coopérative, mais celle-ci est de moins ne moins rémunératrice... Abandonnées les vignes, mais pas arrachées, d'où quelques installations récentes, qui en appellent d'autres, pour peu que les efforts consentis à la vigne, soient éminemment et quotidiennement compensés, par la contemplation de magnifiques paysages et la dégustation de quelques nectars!...
Justement, après cette promenade très apéritive, il est temps d'apprécier les cuvées 2008 disponibles au domaine. Non sans déguster au passage une succulente sobrasada (soubressade in french!), spécialité de Majorque, aux Baléares.
La clé, le style Duchêne, c'est que les rouges sont tous issus de 85% de grenache et 15% de carignan, mais que, pour les grenaches, on trouve 10% de blanc, 45% de gris et 45% de noir. On commence par La Luna, en Vin de Pays de la Côte Vermeille, le vin de soif de la maison, issu de plusieurs parcelles de 30 à 40 ans en moyenne et d'une macération semi-carbonique : raisins foulés à l'encuvage, puis vendange entière. Pigeage et remontage selon l'inspiration de l'année... Vinifiée et élevée en cuves de 26 hl. Volontairement plus "light", avec une mise en bouteilles en mars, elle rencontre un vif succès. Il faut dire qu'en fait, c'est de la bombe!... Du fruit et une belle pureté. Ça se picole, en attendant (juste un peu!) les suivantes!...
Comme Corral Nou, en AOC Collioure. On garde cette trame, d'une grande élégance. Un plus de complexité, du fait des vignes plus vieilles (60 à 80 ans en moyenne) sans doute, mais surtout pas d'extraction excessive. Le principe de vinification reste le même. Cette fois, l'élevage se fait en barriques jusqu'en mai. Un vin libre, aérien, tonique. Depuis deux ans, une partie de cette vigne est bichonnée à la main, pour en sélectionner la quintessence, la cuvée L'Anodine.
On franchit une autre marche avec La Pascole, assemblage de deux parcelles de vieux grenaches (50-90 ans), en Collioure également. La cuvée suit le même parcours que la précédente. Là, c'est toute la Catalogne qui chante!... Les flabiols, les tamboris!... Même les cigales dansent la Sardane!... Intensité du fruit, soupçon d'épices, de poivre. Parfums de la garrigue, portés par la tramontane... La bouche est suave et délicatement structurée. Mais, comment faire pour en garder un peu, de ces vins, issus d'un excellent millésime?...
Nous terminons par une lampée de blanc 2009, en cuve. Un jus destiné à la cuvée Vall Pompo, dont la version 2007, avait scotché un certain nombre d'entre nous à St Jean de Monts, en mai dernier. Une certitude : Bruno Duchêne est un redoutable récidiviste!... Fraîcheur et intensité fruitée. Et il va y en avoir si peu!... Issu d'une vigne de grenache blanc de 2002, labourée au cheval, motoculteur et treuil (made in Switzerland!). Pressurage direct, puis les deux tiers sont élevés sous bois jusqu'en mai.
A regret, il nous faut quitter Banyuls... Un dernier coup d'oeil à la plage... La route nous amène sur le lieu de notre dernier rendez-vous du week-end. Ultime, mais non moins remarquable!...
- Domaine Danjou-Banessy -
Nous mettons le cap sur Espira de l'Agly, non loin de Rivesaltes. Ce Domaine Danjou-Banessy est, dit-on, très connu dans la région. C'est surtout un domaine familial très ancien qui, jusqu'à maintenant, s'est appuyé sur une clientèle régionale, friande notamment des muscats, des rancios ou des ambrés du cru. Jusqu'au début des années 2000, les générations se succèdent. Les petits derniers, Benoît et Sébastien, font leurs études supérieures de lettres. Licence, maîtrise... et à l'heure du choix, Benoît Danjou se dit qu'il ne se voit pas enseignant, ni journaliste. C'est décidé, il sera vigneron!...
Absent lors de notre passage, c'est son frère Sébastien qui nous reçoit. Et ce dernier, professeur d'anglais à ses heures, mais surtout passionné par la vigne et le vin, nous affirme que c'est le meilleur choix que son aîné pouvait faire, tant il possède un feeling des vinifications, des élevages, qui tire les cuvées du domaine vers le haut, avec le millésime 2008 notamment. Et on peut penser que les sommets sont promis à ce domaine, qui commence à s'ouvrir au monde!... Nombre de nouveaux venus dans la région le savent désormais : les fiers catalans d'Espira sont prêts à relever le défi!...
Un peu courts au niveau du timing et n'ignorant rien de la dégustation qui nous attend là, nous optons pour un tour de cave et des cuvées disponibles prochainement, de ce fameux millésime 2008. Pourtant, la découverte des terroirs du domaine, du fait de leur variété, doit se révéler très instructif. Et les frères Danjou leur vouent une attentive passion de tous les instants, en s'appuyant sur la biodynamie!... Comme tous les domaines visités, au cours de ces deux journées, avec des approches nuancées. Rendez-vous est pris, pour une future visite.

Crédit : Domaine Danjou-Banessy
Nous commençons la série par le Blanc 2008, en Vin de Pays des Côtes Catalanes. Un duo grenache blanc et grenache gris, sur des schistes décomposés. Très belle expression mûre et dense. L'archétype de ce que peut donner cet assemblage, dans la région. La cuvée Vieilles Vignes 2008, toujours en VdP, a le potentiel pour devenir le porte-étendard du domaine!... Il s'agit là de carignan gris de 80 ans, à verser au patrimoine de l'UnesCôtes-Catalanes!... Les Danjou sont pratiquement les derniers à disposer d'une telle parcelle et inutile de préciser que tout est fait pour que ce soit une cuvée d'exception. Pari gagné!... Je me demande s'il est raisonnable d'insister!... Du fait de sa rareté!... Ah, si les grandes tables de notre beau pays savaient ça!...
Passons aux rouges, en commençant par le 2007, en Côtes-du-Roussillon, avec un assemblage à majorité grenache et syrah, plus 5% de mourvèdre et 5% de carignan. Un peu comme pour les blancs, une cuvée classique de l'appellation, mûre et puissante, dotée d'une belle persistance. Le 2008 vient ensuite, avec un plus de mourvèdre et un supplément d'âme, en même temps que de fraîcheur, comme une ouverture harmonieuse vers la cuvée Adam 2008, en Vin de Pays des Côtes Catalanes elle aussi. Un grenache énorme, sur des schistes, avec un soupçon de carignan (2-3%) et même du tannat (!) et autres cépages non identifiés!... En tout cas, nous identifions très bien le niveau de notre plaisir!... 14° ht annoncés, avec un équilibre époustouflant, une minéralité sidérale et une fraîcheur bluffante!... Le souvenir d'un grand Bandol 1999 hors normes ressurgit... Un hymne à la cuisine catalane!... Superbe!...
Avant de reprendre la route, il nous restait un petit tour, verre en main, des merveilles de la cave. Celles qui seront bientôt disponibles, après quelques années de sommeil. Pour le grand plaisir des amateurs passionnés, les frères Danjou ont décidé d'emmener Cendrillon au bal, version muscat sous voile, rancio sec et ambré vénérable!... Ça va décoiffer!... Après le Muscat de Rivesaltes 2008 et ses arômes extravagants de citronnelle, Sébastien Danjou plonge sa pipette dans une sorte de baril de muscat sous voile. Étonnant!... Puis, viennent un VDN rancio 1980 et un ambré 1975. Les papilles s'embrument délicieusement!... Place aux rancio secs : le premier n'a que trois ou quatre ans, le second est millésimé 1990. Du grand art!... Et en même temps, le travail du temps et le fruit d'une sorte de hasard...
En quelques heures, ici et ailleurs, chacun a pu mesurer ce qui fait la trame du métier de vigneron : la passion, le respect de la terre et de la matière, comme une alchimie, dont on se transmet les grands principes et qui laisse la place à l'initiative et à l'intuition. Arômes, saveurs, douceur du jour, gageons que le groupe de voyageurs vendéens, sur l'autoroute du retour, voyait ses rêves animés par ces rencontres exaltantes. Pas de doute, le Roussillon, ça nous gagne!...
01 novembre 2009
Tamino, yes!...
Dans la série : le Jura on n'y va pas tous les quat' matins heureusement qu'il y en a dans la cave, un joli flacon d'Arbois est remonté, à l'occasion de la première sortie des coquilles St Jacques sur la table des PhR!...
Un flacon du Domaine de l'Octavin, d'Alice Bouvot et Charles Dagand, en Arbois même, issue de la série La Flûte Enchantée, c'est par nature, un opéra de saveurs et d'arômes!... Nous sommes dans l'acte 1 de cet opéra de Mozart. L'air de Tamino - Dies Bildnis ist bezaubernd schön - pour ténor et orchestre, c'est la découverte romantique du portrait de la princesse Pamina.
Et pour nous, il s'agit là d'un chardonnay vinifié en fût, élevé sous voile, dans sa version 2007. Issu du célèbre terroir de La Mailloche, un vin d'une belle pureté et d'une distinction remarquable. Les arômes et la tension répondent parfaitement à la recette de St Jacques rôties, roulées dans un mélange de gingembre râpé, de sauce soja, de jus de citron et de miel, accompagnées de rondelles de pommes de rainette dorées au four et d'un soupçon de riz basmati.
Point de Comté 36 mois de Marcel Petite cette fois, pour conclure, mais un Edam, made in Holland (Madame PhR rentre d'Amsterdam!...), juste saupoudré de poivre de Sichuan... Avec la mer du Nord comme dernier terrain vague... et des vagues de dunes pour arrêter les vagues... avec le vent de l'est, écoutez-le tenir... le plat pays...
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29 octobre 2009
Salon Vini di Vignaioli 2009
Et votre week-end de la Toussaint?... Le contenu en est-il arrêté?... Non?!... Eh bien, j'ai une suggestion à vous faire : pourquoi pas mettre le cap sur l'Italie?... Sur l'Emilie-Romagne plus exactement et la région de Parme.
Jolie ville historique, gastronomie et... vins naturels!... En effet, à quelques encablures de la cité chère à Stendhal et Giuseppe Verdi notamment, se déroule les 1er et 2 novembre, Vini di Vignaioli 2009, au coeur de la petite ville de Fornovo di Taro.
Vous pourrez rencontrer là quelques éminents vignerons italiens - Luca Roagna, La Stoppa, Angiolino Maule, tous trois vus lors de Haut les vins! ou encore Bera ou Le Coste - pour ne citer que ceux-là, mais aussi quelques français, trop heureux de faire le voyage, tel que Francis Boulard, Christian Binner, Élise Brignot ou encore Château Planquette, Cazot des Mailloles et le domaine Zélige-Caravent, de Pic-Saint Loup, à ne pas manquer!...
Ceci dit, ne désespérez pas, si d'aventure, votre week-end est déjà bouclé, façon chrysanthèmes et... tutti quanti!... Un certain nombre de ces vignerons qui comptent, dans le monde des vins naturels italiens, sera présent lors de La Remise, à Montpellier, les 24 et 25 janvier 2010, tels que Arianna Occhipinti (sicilienne dont on dit le plus grand bien!), Alessandra Bera, Elena Pantaleoni ou Stefano Belloti. En attendant, bon week-end!... La douceur semble de mise!...
28 octobre 2009
Suspicion d'addiction au Roussillon (1)
Allez savoir vraiment ce qui vous attire dans certaines contrées!... Pour ma part et pour ce qui est du Roussillon, est-ce l'incomparable carignan gris, à moins qu'il ne s'agisse du lledoner pelut?... Voire le soufle léger de la tramontane, lorsqu'elle se veut souriante et tiède?... Ou encore, l'inimitable décor des vignes du pays, lorsqu'il s'habille, en octobre, du drapeau sanc e or?...
A y réfléchir vraiment, ce sont peut-être les hommes, les vignerons du cru, qui méritent plus que tout, que l'on vienne à leur rencontre, pour les écouter parler de leur terre vivante, de leurs vignes tourmentées par le vent, de ces cépages endémiques, que quelques inconscients arrachent à tour de bras. Ces hommes, ils ne sont pas forcément catalans d'origine, loin s'en faut, mais, ils sont devenus les meilleurs ambassadeurs de la Vallée de l'Agly, des Montagnes Bleues des Albères ou des schistes vertigineux de Banyuls et Collioure. D'autres, dans les Aspres, ou sur la route du Capcir, relèvent le défi lancé par ces passionnés venus d'ailleurs, se souvenant des mains et du sourire d'un grand-père, voire d'un arrière grand-père et proposent à leur tour, quelques merveilles que chacun devine essentielles, pour les générations futures. Des muscats superbes, des rancios à tomber, des ambrés de légende!...
Cette escapade, sous l'égide de Vigne'Horizons, était intitulée : "Tout Calce, etc..." Et tout d'abord, bien sur, parce que la première journée était consacrée à ce petit village, à vingt minutes de Perpignan, sorte d'université d'été des quatre saisons, où quelques talents ont décidé de s'investir. A l'évidence, il n'était pas possible de rencontrer tous les vignerons qui comptent, dans la viticulture catalane, exerçant leur art, sur cette mosaïque de terroirs. Ainsi, la découverte (contrariée par les circonstances) du Domaine de l'Horizon, de Thomas Teibert, le dernier arrivé par la D18, se fera dès le prochain passage. De même, une rencontre avec Gérard et Lionel Gauby ou Olivier Pithon s'impose d'elle-même. Nous reviendrons à Calce!...
- Domaine Jean-Philippe Padié -
Lorsque la vigne et le vin lui en laissent le loisir, Jean-Phi Padié apprécie de recevoir quelques visiteurs. Non qu'il fasse oeuvre de communication de manière ostantatoire, mais plutôt sans doute, parce que parler des sensations qu'il reçoit de sa terre ou des émotions que lui procure une cuvée, dans certaines circonstances, est au moins aussi important, que de solliciter des avis flatteurs ou de prendre connaissance de palmarès et de notes dithyrambiques. Non qu'il néglige certains aspects de son activité globale (il n'y a qu'à voir la qualité du site du domaine!...), mais bien, parce que la dimension humaine de son métier de vigneron est pour lui, à la fois une évidence et une source d'équilibre.
Pédagogue, mais jamais donneur de leçons, didactique, mais surtout pas dogmatique, il aime et apprécie ce temps passé dans les vignes, à exposer sa méthode. Les succès rencontrés par certaines de ses cuvées, çà et là, pourraient laisser croire qu'il compte déjà quelques certitudes, mais en fait, chaque année, il fait évoluer ses choix, s'adapte, reste à l'écoute du millésime et n'hésite pas à se lancer dans quelques essais. Pour les effets de la standardisation, vous repasserez!...
Ne négligeant rien et pour apporter une sorte de supplément d'âme à notre séjour à Calce, Jean-Philippe Padié s'est préoccupé de nous fournir quelques données géologiques (même en proie aux affres d'une imprimante récalcitrante!), au travers d'un document fort intéressant, complété d'un descriptif indispensable des cuvées disponibles au domaine.

Source : Atlas des paysages du Languedoc-Roussillon
Cette notion de mosaïque de terroirs, il suffit de parcourir la garrigue et les chemins de la commune, pour qu'elle devienne vite une évidence. Du calcaire affleurant dans l'argile du Clos du Moucheron aux marnes noires de Coum Majou, en passant par la parcelle dite des Trois Couleurs, la variété des sols suggère la nuance et la complexité des cuvées. Encore faut-il mener à bien cette alchimie, mais on devine la passion de l'écrire, ou de la mettre en musique.
A l'issue de ce tour de (vignes)horizons, quelques minutes consacrées aux vins en cours d'élevage, tant du millésime 2009, que de quelques 2008 et cela, dans le cuvier, situé sur la petite place, qui fait également office de chai à barriques. A peine quelques pas de plus, et nous gagnons le caveau, où nous allons pouvoir apprécier quelques cuvées disponibles.
Nous commençons la série par les rouges (blancs sur rouges...) et par Calice 2008, un pur carignan sur argiles rouges (terra rosa), vinifié en macération semi-carbonique et élevé dix mois en cuve inox. Un vin de plaisir, mais non dépourvu de caractère, avec une expression franche et droite. Vient ensuite Petit Taureau 2006. Une cuvée, comme une sorte d'hommage à Claude Nougaro, 50% carignan sur marnes calcaires, 30% syrah sur schistes, 10% grenache noir sur argilo-calcaire et 10% mourvèdre sur schistes. Macération traditionnelle de deux à trois semaines (qui tend à être plus réduite désormais) et un élevage en cuve béton (80%) et vieux demi-muids (20%) pendant un an, puis un an de plus, assemblé en cuve. Du caractère, un vin tonique et ferme... Boxe!... Le troisième rouge, c'est Ciel Liquide 2005, une sélection de vieilles vignes de grenache noir et de carignan, issus de divers sols de marnes, argilo-calcaires et schistes (zones convexes uniquement), plus un peu de syrah et de mourvèdre sur schistes. Macération traditionnelle de trois à quatre semaines, élevage d'un an en demi-muids de deux ou trois vins, puis un an et demi en cuve béton. Beaucoup d'ampleur et de volume. Tension et franchise d'expression, avec des arômes délicats de chocolat, qui se mêlent à des notes florales et épicées.
La transition se fait en douceur, avec Ad Libitum 2008, un rosé de pressurage pur mourvèdre sur schistes. Une exception qui a vu le jour du fait d'une qualité estimée insuffisante par le vigneron, de la vendange de ce cépage. Fermentation et élevage de dix mois en vieilles barriques de 350 litres. Un vrai rosé de gastronomie!... Passage aux blancs, avec tout d'abord, Fleur de Cailloux 2008, composé d'un tiers de grenache blanc sur argilo-calcaire, d'un tiers de grenache gris sur marne calcaire et d'un dernier tiers de maccabeu sur marnes schisteuses et marnes calcaires. Fermentations et élevage de huit mois sur lie, sans soutirage ni bâtonnage, pour deux tiers en vieilles barriques de 300 litres et un tiers en cuve inox. Une cuvée qui porte bien son nom!... Très belle expression tendue et ferme, qui ne peut laisser indifférent.
Enfin, last but not least, Milouise 2008, sélection de vieilles vignes de grenache gris et blanc, issus de plusieurs secteurs, dans le même esprit que Ciel Liquide. Fermentations et élevage de douze mois, sans soutirage ni bâtonnage, en vieux demi-muids. La minéralité se prolonge avec une franche note saline, qui intensifie la persistence et l'onctuosité du breuvage. Mais, comment faire pour en garder?... Nous avons à peine le temps d'avaler une ou deux gorgées de Llan-a, une cuvée façon Jura cap au sud, qui suggère le Comté de belle origine, que nous devons tous pousser la porte du Presbytère, restaurant local qui ne permet guère d'expier ses fautes, où nous retrouvons Tom Lubbe et quelques Portugais de passage, qui allaient nous permettre de deviser longuement, autour de quelques très beaux flacons et d'un joli menu : velouté de potiron, daube de sanglier aux petits légumes et nougat glacé. Et en apothéose, deux Porto de chez Niepoort, qu'il était difficile de départager!... "Lequel préférez-vous?... Les deux!..."
- Domaine Matassa, Tom Lubbe -
Voici un vigneron, grand voyageur à ses heures, qui connaît la chance d'être là, à Calce. Né en Afrique du Sud, mais ayant grandit en Nouvelle-Zélande, il regagne son pays d'origine en 1996, où il commence à vinifier, çà et là. C'est peu de temps après qu'il découvre les vins de la Muntada, de Gérard Gauby. Ce dernier vient de faire l'acquisition du Domaine Le Soula, dans le Fenouillède proche, sur le granite, à 500 m d'altitude. Or, Tom Lubbe vient de monter un petit domaine avec sa soeur, sur la côte ouest sud-africaine, sur un terroir identique et à une altitude proche. Les effets d'une forme calcienne de rétro-mondialisation!... Tout le monde s'accorde sur le fait que l'expérience de Tom chez lui, peut être transposée dans la région. Sa grande sensibilité au terroir, ce qu'il exprime de sa volonté de mettre dans le vin, ce que la terre peut donner, a de quoi séduire Gérard Gauby, qui lui fait confiance et il vinifie ainsi quatre millésimes, moyennant quelques aller-retour aériens!...
Il croise à cette époque Olivier Pithon et Jean-Philippe Padié, mais aussi la plus jeune soeur de Gérard Gauby, Nathalie, qui va devenir sa compagne. En 2002, il commence avec quelques ares de vignes, dans la montagne, le Clos Matassa, puis il prend l'option de créer le nouveau Domaine Matassa. Sur le bord de la D18, un espace peu ragoûtant a des allures de décharge publique, où l'on trouve pêle-mêle, un morceau de bus rouillé, un vieux frigo et divers détritus!... Mais, le chemin mène aussi à près de quatre hectares de vieilles vignes et à une petite ruine en pierres. Au début de 2004, le sol n'est que poussière et cailloux. Les schistes verticaux gris-bleus ou bruns ont permis de planter carignan, mais aussi grenache gris, presque centenaire aujourd'hui, sur un hectare et du muscat d'Alexandrie sur une surface équivalente, sans oublier un remarquable lledoner pelut. Au début, il a fallu tailler à la tronçonneuse!... Les rendements ne dépassaient guère 4 hl/ha... Aujourd'hui, ils atteignent 18 à 20 hl/ha, ce qui rapproche du rendement moyen dans le département, au XIXè siècle!...
Malgré la réputation de sécheresse du secteur (230 mm de pluie à Calce en 2008, mais on soupçonne la présence de réserves souterraines d'origine pyrénéenne!), les coteaux ont été labourés au cheval ou au chenillard. Désormais, on constate le retour d'une bonne vie organique. Les vers de terre réapparaissent en même temps que la lavande sauvage. Mais, aux yeux de Tom, c'est surtout un bien meilleur rapport argile/matière organique/pierre qui le conforte dans ses choix et lui donne de grands espoirs.
Pour Tom Lubbe, les projets ne manquent pas!... Il y a tellement à faire dans ce pays!... Au total, il dispose désormais d'une quinzaine d'hectares, dans des secteurs différents, plus trois autres de muscat qu'il destine à la coopérative. Une activité de négoce s'appuyant sur le Domaine de Majas, Three Trees, est apparue, avec la collaboration de Louis/Dressner Selections. Un contrat sur la base d'un muscat bio, devrait se concrétiser avec un grand nom de supermarchés britanniques. Un dynamisme qui doit asseoir un équilibre pérenne. La sincérité, l'enthousiasme, surtout pas de sectarisme et encore moins de combats d'arrière-garde... On retrouve cela dans le choix de ne proposer aucun vin en AOC. Pour lui, l'appellation Vin de Pays des Côtes Catalanes est très positive et porteuse. Elle bénéficie d'une bonne résonance à l'étranger et sur le marché, avec la proximité de Barcelone. Clair, engagé et pour le moins, pragmatique!...
Ne restait plus qu'à continuer la conversation autour de quelques flacons. Des cuves et des barriques tout d'abord, pour prendre connaissance des vins en cours d'élevage. Si on admet aisément tout ce qui rapproche les vignerons du groupe de Calce (terroir, authenticité...), on devine aussi ce qui les sépare. Là où Jean-Phi Padié nous parle de cuves béton, Tom Lubbe nous dit préférer l'inox, pour des questions de maîtrise des températures en cours d'élevage, d'inertie thermique. Quand le premier se déclare non-interventioniste, pour les malos notamment, le second fait en sorte que les fermentations se déroulent dans les meilleurs délais, afin que les vins soient secs, pour la durée de l'élevage. Sensibilités nuancées et pourtant, pour l'un comme pour l'autre, des cuvées enthousiasmantes, au final.
Nous commençons par les blancs et le premier est salué par les amateurs de passage. Il s'agit de la Cuvée Nougé 2008, composée de muscat petit grain sur schistes (80%), de muscat d'Alexandrie, de maccabeu et d'un peu de viognier (3%). Fermentation et élevage en cuve. Fraîcheur et distinction, pour un vin que l'on attend sur une expression variétale et qui présente plutôt des notes délicatement fruitées, bien soutenues par le minéral. Et l'on se dit qu'un poisson lui conviendrait à merveille!... On ne peut alors être surpris d'apprendre que cette cuvée connait un vif succès au Japon, pour les sushis!... "C'est la roche qui donne le style, pas le cépage!..." Autres accords forcément envisageables : les artichauts, les épinards ou les asperges sauvages venant de la même terre!...
Vinrent ensuite une cuvée peu connue, Tataouine 2008 et la cuvée Marguerite 2008, muscat petit grain et viognier sur schiste. Fermentation et élevage en barriques de 228 litres. Là encore, beaucoup de nuance et une persistance fine et délicate. Matassa Blanc 2007, 70% grenache gris et 30% maccabeu sur marne et schiste se révèle complexe et intense. Fermentation et élevage en demi-muid.
Les rouges pour conclure, Matassa Rouge 2006, pur carignan sur granite, à 600 m d'altitude, élevé vingt mois en demi-muid, séveux et tendu, puis la cuvée Romanissa 2006, grenache noir (70%), carignan (15%), mourvèdre (10%) et cabernet sauvignon (5%) sur schiste, élevé également vingt mois en demi-muid, plein et d'une buvabilité étonnante.
La nuit tombant, il nous fallait prendre congé de Tom et de Calce, pour gagner Paziols, non loin de là, aux confins de l'Aude, afin de profiter d'une nuit réparatrice, non sans faire honneur à la cuisine catalane du Rêve d'Angèle!... C'est fou comme, certains jours, il est impossible d'être raisonnable... A suivre!...
22 octobre 2009
Tiens, voilà du boudin!...
... et du blanc, en plus!... Voilà un met que l'on circonscrit très souvent dans une invariable période de service et de dégustation!... En gros, du 24 décembre, 20h, au 1er janvier, 14h!... Et encore, s'il est truffé, il y a des chances que ce soit bien plus restrictif que cela!...
Mais parfois, votre boucher-charcutier habituel en dispose et c'est alors l'occasion de l'apprécier pour lui-même, sans les lourdeurs et ambarras gastriques de la période alkaselzérisée de la fin d'année, de nos bonnes familles!... Et encore plus, sans que la bouche ne soit déjà perturbée par les huîtres citro-vinaigrées, ou le saumon fumé échalotoasté!... Essayez, vous verrez!...
D'autant que, notre Val de Loire préféré et le chenin, que le Monde entier nous envie, nous offrent nombre de flacons dignes d'être associés, à la finesse et l'onctuosité d'un tel met. Un Meursault?... Que nenni!... Un Condrieu?... Fichtre non!... Un Anjou, pur et dur!... Enfin dur, non, demi-sec pour tout dire. Comme cette cuvée Authentique 2005, de Philippe Delesvaux. Issue d'une vigne franche de pied, non greffée qui, au fil des années, révèle un remarquable potentiel.
Le boudin est joliment doré, les pommes délicatement caramélisées et le vin exprime de franches notes miélées, intenses, façon fruit-fleur. Les saveurs moelleuses de l'assiette (qui s'en réjouit!) se combinent agréablement à l'expression un rien briochée du vin, relevée par de beaux amers (que l'on veut classiques du cépage dans ce type de vin) en fin de bouche, même s'ils donnent un peu la sensation de "gainer" le vin. La persistance se prolonge, suggérant une agréable complexité. On se dit alors, qu'il faudrait peut-être laisser du temps au temps pour cette cuvée. Après tout, les millésimes ne permettant pas de produire des secs, comme à Savennières jadis, ne sont pas si nombreux que cela (2009 peut-être...) et ils méritent au moins autant que les autres, une bonne garde, révélatrice de leurs qualités propres.
Et qu'en pense-t-on du côté de Montlouis et Vouvray?...
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18 octobre 2009
Le graal jusqu'à la lie!...
Quelque peu tiré par les cheveux ce titre, je vous le concède!... Mais, il fallait bien tenter d'éviter le doublon, parce que tout amateur ouvrant ce flacon, se dit inévitablement, qu'il ne lui restera bientôt que la lie du Calice, tant la cuvée de Jean-Philippe Padié s'ingurgite, se picole, plutôt qu'elle ne se déguste!... Et pas besoin de se flageller du fouet d'Indiana Jones, pour partir à la conquête du graal!...
D'autant que son association du jour, avec un jarret de veau au romarin et à la crémée d'olives noires avait quelque chose de tout à fait slurpique!... Et une sorte de note très sud, très roussillonne!...
Calice, pour le vigneron de Calce, c'est un I majuscule qui plante ses racines dans la roche mère, sous les vignes de ce village de Catalogne française, sorte d'université à ciel ouvert (à Ciel liquide même!). A moins qu'il ne soit là question d'Erasmus, d'Auberge espagnole (Barcelone de Klapisch et Romain Duris n'est pas loin!) réunissant quelques talents de toutes origines, élèves attentionnés, avec aptitudes certaines pour dépasser les maîtres!...
Calce, ce n'est pas la destination de la prochaine croisade, mais c'est en revanche, l'objectif du prochain week-end, pour un petit groupe de yonnais (euh... les habitants de La Roche sur Yon, ben oui!...), prêts à traverser une partie du pays pour découvrir de nouveaux territoires, sous la houlette de Vigne'Horizons.
Et la perspective de côtoyer quelques heures les J-Ph. Padié, Tom Lubbe, du Domaine Matassa, Thomas Teibert, du Domaine de l'Horizon, puis le lendemain, Bruno Duchêne, à Banyuls et Benoît Danjou, à Espira de l'Agly a de quoi combler nombre de chasseurs de graal vinique!... Lie comprise!...
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12 octobre 2009
Fabienne Cottagnoud, Cave des Tilleuls, à Vetroz (VS)
On dit parfois d'elle, encaveuse à Vétroz, que c'est la passionaria, voire la vestale de l'amigne!... Que n'a-t-on écrit à son propos?... Passionaria, je ne sais guère, mais passionnée, c'est certain!... Cela transparaît dès nos premiers échanges, à La Tour Blanche, lors de la dégustation des Liquoreux du Monde, la veille de l'ouverture de Vinexpo, à Bordeaux, si bien que nous convenons d'un rendez-vous, in situ, à la Cave des Tilleuls, au coeur du Valais, pour les tous premiers jours de septembre.
Passionnée certes, Fabienne Cottagnoud, chez qui on devine un caractère bien trempé, mêlant l'âme valaisanne et les origines italiennes. Résolument engagée au coeur du vignoble de Vétroz - toujours aussi agréable à parcourir, cela dit en passant - elle est une de ces vigneronnes mousquetaires (qui sont désormais bien plus que quatre!), à défendre ardemment la cause vineuse du Haut-Pays.
Lors de notre passage à la Cave des Tilleuls, c'était la mise en bouteilles de toutes les cuvées élevées en barriques et ce, dans le but de les rendre disponibles lors de Vinea, incontournable rendez-vous du premier week-end de septembre, à Sierre, non loin de là. L'effervescence donc, orchestrée dans le calme par Marc-Henri (Marcus, pour les intimes!...), ce qui permit à Fabienne de nous consacrer gentiment le temps voulu à échanger et à déguster.
Le domaine compte environ 4,5 ha de coteaux, dans le genre fortes pentes, cela va de soi dans le secteur!... Les parchets (nom des parcelles de vignes, façon terrasse, en Suisse, dont on peut admirer quelques superbes clichés sur le remarquable site de Régis Colombo) sont plantés de chasselas, d'amigne, de petite arvine et de malvoisie, ou pinot gris, pour les cépages blancs, ainsi que de pinot noir, gamay, humagne rouge et carminoir pour les rouges. Seuls les deux premiers blancs et les deux premiers rouges entrent dans l'appellation Vétroz Grands Crus.
Tout en devisant aimablement, Fabienne s'interroge sur l'ordre des vins dans cette dégustation. Elle nous donne les grandes lignes de ses choix. "J'aime faire des vins de garde, notamment en rouge..." Même si elle a suivi une formation des plus classiques - école d'agriculture pendant trois ans, puis Changins, sans pour autant faire le diplôme d'ingénieur-oenologue - elle travaille désormais avec le calendrier lunaire. Elle est clairement proche de la démarche de Vitival, association qui regroupe nombre de vignerons en production intégrée. Une conversion en agriculture biologique est restée dans les cartons, ou du moins dans un tiroir, dont elle avait malencontreusement perdu la clé, le jour du premier contrôle!...
Sincère, elle avoue avoir ressenti une certaine peur, lorsqu'au moment de préparer Vinea 2008, elle ne "retrouvait" pas ses rouges 2007, élevés sous bois neuf. Sans doute, n'avaient-ils pas alors la structure escomptée... Erreur d'appréciation?... Volonté de proposer des cuvées correspondant mieux aux standards anglo-saxons?... Le doute fût-il aussi augmenté à la lecture de quelques commentaires tranchés, au lendemain du week-end de Sierre?... Fabienne estime que ses vins "reviennent" désormais, mais sa conviction n'est sans doute pas encore tout à fait consolidée...
"C'est parfois difficile de déguster les rouges avec les Français!... Avec nos collègues, on se dit parfois qu'il vaudrait mieux éviter de faire déguster ces vins à nos voisins!... A leurs yeux parfois, ils sont moins réputés que ceux issus des grandes régions françaises et leurs références sont telles, que leur jugement est parfois sévère!..."
Mais, c'est qu'elle ne rigole pas, Fabienne!... Faut-il n'y voir là qu'une résurgence d'un supposé complexe d'infériorité helvétique?... Pas certain de connaître la réponse... En tout cas, en cette après-midi estivale, il nous restait une série de cuvées à découvrir.
- Pinot Noir 2008 :
Agréable constitution, pour ce vin issu de parcelles situées de l'autre côté de la route, dans une zone plus argileuse. Expression sur la retenue (mise au printemps) et fin de bouche qui se resserre assez vigoureusement.
- Gamay 2008 :
"Dans un pur style valaisan!..." selon la vigneronne. Couleur légère et volume médium. Évoque franchement
une dôle classique. Là, je suis d'accord, nous n'avons guère le loisir de croiser souvent ce type de gamay en France!...
- Pinot Noir 2007 :
Élevage d'un an en barriques neuves... Il parait évident que la structure des jus, à l'origine, ne devait pas avoir le corps et le volume pour subir un tel élevage... C'est un peu inquiétant pour la suite, mais peut-être faut-il bousculer nos repères, face à la dictature du fruit?...
- Humagne rouge 2007 :
Une structure assez légère et des tannins marqués. L'originalité du cépage va-t-elle reprendre le dessus?...
- Carminoir 2007 :
Couleur, un net plus de matière, une expression sur le fruit séduisante. Une jolie surprise que ce vin issu d'un cépage local, fruit du croisement quasi dichotomique, du cabernet sauvignon et du pinot noir. Longueur cohérente et assez dense.
- Fendant 2008 :
Un chasselas doré, gras et long, que l'on destinera sans difficulté à la gastronomie. Élégance et distinction.
- Petite Arvine 2007 :
Une arvine sèche... ou presque!... Peu marquée par le bois à ce stade, elle propose de délicats arômes
d'agrumes confits, voire d'ananas... Du volume et ce qu'il faut de tension.
Viennent ensuite, deux Amigne 2007 de Vétroz Grand Cru (deux abeilles), aux expressions très nuancées. La première compte 14 gr de SR et la seconde 20 gr, mais les sensations sont assez tranchées. Pures et droites, elles sont joliment structurées et d'un équilibre plutôt plaisant.
Enfin, très belle impression avec la cuvée Grain Noble ConfidenCiel 2006, une amigne flétrie intense, pure et droite. L'étendard de la cave et sans doute, une des plus haute référence valaisanne en la matière!...
A noter également que Fabienne Cottagnoud propose une Amigne Jaune de Vétroz, élevée pendant cinq années en barriques, sous voile, qui se veut plutôt dans un style Jerez (amontillado), que vin jaune du Jura.
Il est parfois curieux de constater que, quelqu'un que l'on nous présente comme une forte personnalité, de prime abord, ne tarde pas, au fil d'une conversation, à se montrer plus en proie aux doutes et aux questionnements de toutes sortes, qu'il n'y parait aux travers d'échanges de salons des vins et autres festivités mondaines annuelles. La vigneronne-leader de Vétroz connaît de francs succès avec ses amigne, notamment ses Grains Nobles mais, restant fidèle à un style assez traditionnel pour ses rouges, elle a peut-être vu quelques avis se raidir, au moment où les cuvées pleines de rondeur, de tannins soyeux, qui débarquent sur le marché, deviennent chaque jour plus conquérantes. Et l'on se demande alors, si elle n'admet pas finalement fort bien, que chacun butine, qui un gamay beaujolais "new-age", qui un pinot noir "syrahique", en cédant langoureusement au plaisir de la chair?... C'est un risque à courir!... Il semble que Fabienne Cottagnoud ne soit pas vigneronne à céder aux modes qui se succèdent. Après tout, si ce n'est pas là, faire preuve de personnalité!... Ce serait à désespérer des Valaisannes!...
11 octobre 2009
Ooops!... Un vino imperfetto in un mondo perfetto!...
Petite pause dans l'escalade face ouest des monts du Jura et de leurs nectars associés, avec ce détour en Toscane!...
Une découverte du week-end, lors d'un passage chez Armel, à CasaVino, au coeur de Nantes.
Du sangiovese très expressif, coloré, intense, avec une matière et une structure solide, mais néanmoins agréable. Une cuvée Ooops 2005, de Sorelli, en IGT Toscana, qui avait le répondant voulu, au poulet rôti du jour, accompagné de céléri en branches et pommes dorées. Perfetto questo vino!... Pour une soirée tranquillo!...
Et à propos de soirée, notez celle proposée par CasaVino, le jeudi 15 octobre prochain, rue de Briord, consacrée aux vins du nord de l'Italie : Franciacorta, Amarone, Pinot Grigio, etc... à découvrir et apprécier au cours d'un repas-dégustation, à la mode italienne!... Cuisine irremplaçable!... On en salive déjà!...
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