La Pipette aux quatre vins

20 mars 2015

Muscadet : Manu Landron et Marion Pescheux : bon sang ne saurait mentir!...

Lors d'un précédent passage chez Jo Landron, nous avions appris que son fils, Manuel, revenait au pays, après avoir parcouru une partie de l'hémisphère sud, option Nouvelle-Zélande et Chili, puis séjourné en Touraine. Jo aurait-il décidé de céder les manettes du ou des Domaines Landron?... Que nenni!... Certes, quelques jolies parcelles sont déjà une sorte d'héritage, mais Manu Landron et Marion Pescheux volent désormais de leurs propres ailes, comme s'ils s'étaient jetés, avec un deltaplane biplace, du château d'eau de Bellevue, pour un survol du vignoble de La Haye Fouassière, dont ils sont natifs tous les deux. A moins qu'ils ne se parent des ailes de Jonathan Livingston, au pays où l'on entend et où l'on voit parfois des goélands, rappelant à tout un chacun que la mer océane est proche. Voler de ses propres ailes, transgresser quelques certitudes du vignoble local et mener une existence hors du commun où les difficultés peuvent mettre en évidence et souligner les matins où "l'or d'un soleil tout neuf tremble sur les rides d'une mer paisible!..."

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A l'échelle du vignoble nantais, 7 ha 50, c'est plutôt un timbre poste, certains diront (notamment les banquiers du cru) presque un confetti!... Mais, pour Manu et Marion, même pas peur!... Il faut dire que Jo, pas mécontent au passage de réduire la voilure, dit-on, a sélectionné pour son fils une sorte de melting-pot de terroirs, façon terrain de jeu, afin de se forger une expérience. Terrain de jeu, façon de parler bien sûr et pour ce qui est du pot, à l'image des énormes cuves que l'on trouve parfois dans le sous-sol du vignoble, c'est raté!... En effet, à ce stade, le jeune couple s'imagine mal composer des muscadets d'assemblage, recette pour le moins classique dans les environs. Résultat, pas moins de neuf cuvées de parcellaires sont disponibles : quatre muscadets (ou vins de France?), deux pet' nat' (blanc et rosé), un rosé tranquille, un rouge issu de vieilles vignes et une folle blanche!... Fermez le ban!...

010Leur installation remonte à décembre 2013. Bien sur, ils ont pu faire quelques essais en vraie grandeur sur un hectare du domaine familial, mais ils travaillaient à ce moment là en Touraine et ce, depuis deux ans passés chez Xavier Weisskopf, puis Lise et Bertand Jousset, du côté de Montlouis. Même s'il ont encore en mémoire leur passage au Chili, chez Louis-Antoine Luyt (en mode wwoofing, selon Manu!), il est temps d'avancer plus concrètement.

Nous avons donc rendez-vous au pied du château d'eau pour un petit tour de vignes. Marion nous accueille et nous rejoignons Manu, occupé à tailler dans les parcelles situées au pied de ce monolithe de béton joliment décoré (ce n'est pas toujours le cas!), cette sorte d'amer des vignes, que l'on aperçoit aisément à la ronde. L'après-midi avance et, avant longtemps, ce dernier devra passer chez la nourrice, pour retrouver Ael, représentant de la plus récente génération de Landron.

Il y a là 2 ha 50 destinés à la production d'un Muscadet, mais aussi de l'un des pet' nat'. Un secteur, La Croix Moriceau, qui a donné du fil à retordre au duo, en 2014, avec une présence importante de ver de la grappe. Un phénomène mis en évidence, à priori, du fait de l'absence de haies par ici et donc de prédateurs, alors qu'ailleurs, rien que de très normal. Sur le versant sud, côté Sèvre Nantaise, un îlot sur le coteau du Breil, secteur sur orthogneiss, avec un peu de silice, mais aussi les 70 ares environ du Petit Mortier Gobin (PMG!), fleuron bichonné du domaine, planté dans les années 70 ou 80, avec son cocktail d'orthogneiss là encore, mais aussi de grès et de l'argile en surface.

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Marion évoque chaque parcelle avec passion et détermination. Avec Manu, on devine que l'histoire s'appuie sur des ressentis déjà anciens (tout est relatif, vu leur âge!), confortés par l'ouverture sur le monde, la richesse d'une découverte d'autres vignobles de la planète et une forte sensibilité à la nature. La jeune hayonnaise (c'est le nom des habitants de La Haye Fouassière) était, voilà quelques années, étudiante en histoire. Elle rencontre Manu un jour de vendanges et... Bacchus fit le reste!... Très vite pourtant, le jeune vigneron part pour un an, comme prévu, aux antipodes, en Aotearoa, le pays du long nuage blanc... Du coup, la jeune femme rate son année de fac, doit opter pour autre chose du côté de Caen, idée qu'elle n'apprécie guère. Désespoir, sortez vos mouchoirs!... Le temps d'une conversation téléphonique, qui lui permet de croire à la possibilité de trouver du travail au pays des All Blacks et la voilà dans un long courrier en vol pour l'hémisphère sud!... Aah, l'amoûûr!... A peine deux dizaines d'heures de voyage et elle se retrouve en Central Otago, dans un domaine en biodynamie, Felton Road, ce qui ne manquera pas d'être déterminant. D'ailleurs, dès leur retour du Chili, elle entamera une formation pour adultes, du côté d'Amboise.

Petit détour sur l'autre versant du coteau, du côté de la voie ferrée, avec notamment une parcelle de 40 ares entourée de maisons ou presque, sur gneiss et orthogneiss. Non loin de là, un autre carré sur amphibolite (ben oui, quand même!), mais pas forcément pour "copier" la cuvée vedette de papa!... D'ailleurs, Manu ne dispose pas des mêmes bacchantes que Jo, à peine une barbe naissante!... Il faut bien se construire une image, lorsqu'on commence à fréquenter les salons : après la Dive cet hiver, bientôt Vini Circus (11 et 12 avril, à Guipel), puis à suivre le salon Rue 89 des vins, Sous les pavés la vigne! cher à l'ami Antonin, les 3 et 4 mai prochains, sans oublier MOB, à La Baule, le samedi 25 avril. Notez aussi qu'une parcelle de gamay, en Coteaux d'Ancenis, vient compléter l'ensemble, histoire d'avoir toutes les cordes à leur arc, sans oublier une friche de 60 ares bientôt disponible à la plantation. Folle blanche?... Pinot noir?... A suivre!...

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Pour ce qui est des installations, pas facile de trouver une cave tout à fait adéquate et libre dans le Muscadet!... Finalement, c'est dans la commune voisine du Pallet que le couple a trouvé en même temps un logement familial, le siège du domaine Complémen'Terre et un espace permettant les vinifications. De grandes cuves souterraines bien sûr (l'ancien propriétaire vendait à la citerne!), mais une seule sert pour les débourbages. Et donc, une série de petites cuves aériennes, dont on fait le tour, afin de découvrir les jus 2014, puis les toutes récentes mises. Parmi ces dernières, la Folle blanche 2014 de Château Gaillard, étiquetée 68ares, à cause de la surface du petit cru avant tout, mais peut-être un peu aussi, pour son caractère printanier voire novateur (vous avez dit révolutionnaire?...) et ses 10,8° natures. C'est vif à souhait, follement tonique! En fait, ça respire le joli mois de mai avant l'heure!... Et le tout en zéro sulfite et illustrant parfaitement les vins de l'année : "hyper stables, malo partout, des fermentations qui se sont bien passées et une qualité de jus globalement superbe!..."

On goûte également La Croix Moriceau, Le Petit Mortier Gobin et Le Breil, comme autant de jalons que l'on va apprendre à identifier au fil des millésimes. Parfois, les mises récentes tendent la finale, d'autres cuvées peuvent encore attendre. Une autre façon de lire les muscadets. Nolem, quant à elle, est l'union de deux parcelles (histoire d'être l'exception qui confirme la règle) Les Landes et Les Ratelles, le tout passé en barriques. Le gamay rosé répond au doux nom bretonnisant de Ker Ma, alors que les pet'nat' portent les noms de Potion Mama Rosé et Potion Mama Blanc. Pour le gamay rouge, l'étiquette identifie tout simplement La Bouteille Rouge.

De la nouveauté donc, au coeur du Muscadet!... Et une volonté de faire bon, sans forcément partager toutes les conventions locales. Manu Landron et Marion Pescheux proposent des vins qu'ils aiment. Certes, ils ne sont pas insensibles à la notion de cru, qui se développe en Pays Nantais, mais certains aspects, comme bloquer les malos avec le soufre, ce n'est pas leur tasse de thé!... Ils entendent les suggestions des uns et des autres (Marc Pesnot leur souffle parfois : "Vous faites pas ch..., mettez tout en vin de France!"), mais ils semblent avoir les pieds sur terre. Ils veulent certes se laisser guider par leur instinct, mais savent que les réalités, économiques notamment, rattrapent les imprudents par trop rêveurs. Et peut-être avant longtemps, opter pour une évolution vers la polyculture. En effet, la soeur de Manu élève des brebis et produit des fromages dans la Sarthe, avec l'espoir de trouver des terres au pays, mais ce n'est pas simple... Et pourquoi pas des arbres fruitiers, du miel, un potager?... Indiscutablement, cette nouvelle génération veut faire bouger les choses et c'est tant mieux!...

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19 mars 2015

Rémi Sédès, vigneron en Coteaux d'Ancenis (44)

Il était une fois un musicien que l'intermittence incita, certains jours, à passer en continu, option nature et vigne. Non pour évacuer cependant, l'idée d'un projet alternatif. Rémi Sédès a voulu vivre son projet, intensément, dans toutes ses phases, toutes plus déterminantes les unes que les autres. Originaire du Jura, où il compte d'ailleurs quelques cousins vignerons à Château-Châlon, mais ayant toujours vécu à Paris, il se destine dans sa jeunesse à de sérieuses études agronomiques, mais le rythme endiablé des prépas le sort des rails. Il opte alors pour ce qu'il qualifie lui-même de vie de bohème...

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Les photos de Rémi et de ses chevaux sont de Pierre Darmangeat

Accordéoniste, il se glisse dans un petit groupe de l'Est, Les Tontons Zingueurs et forme aussi un duo avec son pote rom Juliano, Les Chavorés (les jeunes en français). Il gravite ensuite autour de la compagnie du Tire Laine, dans le quartier populaire lillois de Wazemmes. Quand la musique est bonne... On devine à quel point ces moments ont développé chez Rémi, une grande sensibilité et un goût pour les rencontres qui comptent.

En 2004, il tourne la page et commence à s'intéresser au vin. Il quitte alors le Nord, un peu comme Stéphane Derenoncourt a pu le faire naguère et met le cap sur le Nord... Libournais. Il apprend et se forme dans les vignes, souvent conduites en conventionnel "où on laboure parfois pour faire propre" à St Emilion, Fronsac, dans l'Entre-Deux-Mers, à la Cave coopérative de Guîtres et finalement en Côtes de Francs, au Château Le Puy.

001D'autres rencontres l'amènent à Nantes en 2010 et il travaille alors pendant deux ans chez Vincent Caillé, à Monnières, où il découvre vraiment le bio. De fil en aiguilles et de cep en sillons, il construit son désir de s'installer, même s'il faut partir de zéro. Il met la barre assez haute, puisque certes, avant tout, il lui paraît évident de pratiquer une viticulture bio, mais opte aussitôt pour la traction animale dès la reprise. C'est Jacques Carroget, producteur quasi incontournable de vins naturels en Pays Nantais, qui va alors lui proposer de reprendre 2 ha 50 sur la commune de St Herblon, en Coteaux d'Ancenis, rive droite de la Loire. Le défi est lancé, du coup, avec ses quelques économies, il acquiert, unique investissement, une superbe jument percheronne, Tocade des Forges, du célèbre élevage ornais. Comble de bonheur, il s'avère vite que celle-ci est pleine et depuis, la pouliche Céleste forme avec sa mère un duo équin qui ne manque pas d'étonner dans le paysage du nord de la Loire-Atlantique. "Je dis parfois que j'ai choisi Tocade, mais je me demande si, au final, ce n'est pas l'inverse!..." Coup de foudre?... Allez savoir! Désirant se familiariser avec le travail et la jument, certain de développer une indispensable complicité, il découvre l'univers fascinant du cheval et n'hésite pas à se former chez Frédéric Carlier, dans la Creuse, ferme école également fréquentée par le couple angevin Debout-Bertin ou encore Julien Braud, de Monnières lui aussi.

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Les vignes du domaine sont donc composées de deux îlots. Le premier ici-même, repris en mars 2013, des jeunes vignes adolescentes de gamay, en pleine forme, selon le vigneron, sur un terroir de micro-granite. Le second de 1 ha 50 de vieilles vignes, à une quinzaine de kilomètres, du côté d'Oudon, sur un beau coteau en Muscadet-Coteaux de la Loire. L'enthousiasme du début est vite bousculé par les premières difficultés, mais la prise de conscience, après dix ans de salariat, s'impose. Pour s'installer sans emprunter, grâce à un réseau fort, il propose une pré-vente de bouteilles par souscription du millésime 2013, ce qui lui permet d'acheter des cuves et lui dégage une petite trésorerie, afin notamment de payer les premiers vendangeurs. Mais, il convient de faire face, afin de proposer un millésime 2014 convaincant. De plus, il vient juste d'être papa d'un petit Noé et, habitant à Rezé, dans la proche banlieue nantaise, il ne s'épargne pas les trajets en train, même s'il a désormais opté pour quelques nuits passées en mobile-home sur l'autre rive de la Loire, chez un copain qui fait du fromage de chèvre et lui permet aussi de laisser Tocade et Céleste au pré.

Pose des harnais et changement de pré-050613-43b50   Rémi et Tocade-Dans les sillons-St Herblon-040713-20bb67   LES FILLES-Tocade et Céleste-Vigne St Herblon-041213-03b50

L'an dernier, il a du se résoudre à emprunter le tracteur de la CUMA pour les travaux à la vigne et bien faire connaissance avec elles. Mais, en 2015, l'essentiel se fera au cheval, jument et pouliche devant réintégrer le pré voisin au plus vite, au terme de la taille en cours. Le début d'année n'en sera pas moins rythmé par les journées obligatoires, auxquelles on se doit d'assister à la Chambre d'Agriculture de Loire-Atlantique, lorsqu'on sollicite quelques aides. Une formation qui ne manque pas de surprendre Rémi d'ailleurs, lui qui se retrouve au sein d'un groupe de stagiaires composé surtout de producteurs de lait (une "caste" très puissante en L-A!), ce qui fait de lui une sorte d'OVNI dans une session intitulée : "Placer votre projet dans le contexte actuel." Et pour cela, il n'entend parler que du prix du lait! Colère!...

005Pour produire ses premières cuvées, il a eu la chance de trouver un local au coeur d'un hameau voisin, Les Baux (mais pas de Provence!) dans lequel il a pu installer ses cuves et où il ne manquera pas d'aménager un petit caveau de dégustation avant longtemps. Cette sorte de grange ancienne est devenue un cuvier isolé un peu par l'entremise du hasard. Alors qu'il cherche un moyen économique de réaliser cette isolation indispensable, il croise la route d'une entreprise de démolition s'évertuant alors à démanteler les chambres froides d'un Leclerc de la région. Il en récupère les portes, qui vont lui permettre d'habiller la charpente du bâtiment. Qui dit mieux?... Mais, l'imagination et la débrouille animent la réflexion du vigneron. Il va ainsi confectionner avec du chêne de récupération, un chapeau de cuve dont le poids lui permet de rester immergé le temps voulu et ainsi, éviter tout pompage et toute aération inopportune. Plutôt ingénieux!...

Nous découvrons ensuite les cuvées millésimées 2014 en cours d'élevage. Le Blanc tout d'abord, le Muscadet, s'il passe l'agrément, sans trace de soufre à ce stade. Il reste encore un peu de sucres résiduels (15 gr environ), mais il est franc et net, avec un bon potentiel et de la matière. Le rosé 2014 (Tocade en 2013) ensuite : il reste aussi quelques sucres, +/- 9 gr, le tout issu d'un pressurage de gamay, comme il se doit, avec une très jolie gamme d'arômes. Ça goûte et c'est toujours sans soufre!... En rouge, il y aura sans doute deux cuvées (raisins ramassés les 1er et 9 octobre), dont une sélection issue du haut de la parcelle, où la roche affleure. C'est de cette partie que provient Trait Gamay 2013, sans soufre non plus, dotée notamment d'une épatante finale saline, dans un style gamay sur granite, mâtiné de saveurs océanes!... Très encourageant!... Egalement disponibles, quelques flacons de la Cuvée Noë 2013, le premier rouge de la gamme. Rémi Sédès ne fait pas du zéro soufre un dogme absolu et tient aussi à assumer son statut de débutant recherchant un équilibre satisfaisant, tant à la vigne, où le but est de favoriser la vie grâce aux labours plutôt que de désherber, qu'au cuvier, où il ajoutera deux grammes de soufre sans scrupules avant la mise, si le doute s'installe.

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Néanmoins, il apprécie comme il se doit le travail du GAB 44 (Groupement des Agriculteurs Biologiques de Loire-Atlantique) et notamment celui de Nathalie Dallemagne, chargée de mission "viticulture et oenologie naturelle" au sein du CAB (Coordination Agrobiologique des Pays de la Loire). Cette dernière contribue, par un appui technique énorme, à informer les vignerons de l'évolution de leurs cuves en cours d'élevage. Des prélèvements, des observations attentives au microscope grâce à un "labo itinérant" permettant aux vignerons de faire instantanément le point des levures et bactéries présentes dans les moûts et dans les vins. Sans oublier les analyses de pH, potentiel redox, oxygène dissous. Suivent une interprétation et d'éventuelles préconisations, en clair, tout ce qu'il faut pour éviter aux producteurs des prises de tête et démontrer, si c'est encore nécessaire, que les vins naturels ne sont pas forcément issus d'un empirisme dogmatique aux relents ravageurs!...

img668Rémi Sédès, un nom à suivre, un vigneron que vous pouvez inscrire sur vos tablettes!... Au milieu d'autres, vous pourrez le rencontrer à l'occasion de la 1ère édition de MOB (melon of bourgogne), le Festival du Vignoble Nantais, qui se déroulera le samedi 25 avril prochain à La Baule-Escoublac (Centre des Congrès Atlantia, 21, avenue du Maréchal de Lattre de Tassigny) de 10h à 19h, une initiative grand public proposée par Beehind, cher à Chloé Guéret, avec l'aide de l'Association des Vignes de Nantes et du Garage à Vins. Pas moins d'une trentaine de vignerons seront présents, les Landron (père, fils et même cousin!), Pesnot, Braud, Bretaudeau, Caillé, Orieux, Chevalier pour ne citer que ceux-là!... Un évènement, ni plus ni moins!... A vos agendas!...

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13 mars 2015

Vendredi 13, un bon plan pour le week-end : Tronches de vin 2!...

On espérait un p'tit air printanier et une p'tite brise légère qui porterait des effluves aériennes de fleur et de fruit, jusqu'au coeur des librairies, les bonnes (comme Agora, rue Clemenceau, à La Roche sur Yon), qui proposent à partir d'aujourd'hui Tronches de vin 2, le guide des vins qu'ont d'la gueule (toujours aux Éditions de l'Epure, avec Marie Rocher, co-éditrice), mais il faudra peut-être se résoudre à revêtir une petite polaire avant d'aller apprécier le contenu du second opus de "l'anti-guide" ou du "contre-guide", surtout si vous aviez pensé un instant le découvrir confortablement installé sur un banc du jardin public le plus proche de chez vous ou sur le granite d'un autre banc, au pied d'un calvaire breton ou face à la mer, pour exemples. Après tout, le printemps, ce n'est que vendredi prochain, même si c'est un peu aujourd'hui quand même, dans les coeurs et dans les verres!... Ça tombe bien finalement, nous pourrons sans doute l'apprécier comme il se doit, au coeur même du Jura!...

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Photo : Patrick Ximenes, Lecture d'un contre jour
www.regardsparisiens.fr

Pour avoir quelques avis sur le sujet, tenter de forger votre opinion de prime abord, vous pouvez aussi consulter quelques parutions récentes, voire quelques unes. Il y en aura peut-être d'autres et bien sur, n'hésitez pas à nous donner votre avis. En plus des journaux divers, vous pouvez aussi écouter la radio, comme par exemple, La Première RTBF, en Belgique, au cours de l'émission Bientôt à table, demain 14 mars, à 11h, au cours de laquelle interviendra notre inestimable renfort venu d'Outre-Quiévrain, Patrick Böttcher lui-même!... Voire même Graffiti Urban Radio, ce soir entre 17 et 18h, où votre serviteur aura le plaisir de s'exprimer sur le sujet, en attendant la prochaine émission des Petits Saignants, mercredi prochain, à partir de 20h.

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Au passage et puisque ce vendredi 13 est un peu hors norme, vous pouvez faire d'une pierre deux coups, lors de votre passage dans votre librairie préférée, puisque paraît aujourd'hui également, toujours aux Éditions de l'Epure, Trente nuances de gros rouge, de Philippe Quesnot, de Glougueule, un des complices de Michel Tolmer, auteur quant à lui des couvertures de TdV 1 & 2. Une saine lecture que les hommes (et les femmes) de glou ne peuvent pas manquer!... Allez, que diable! Un peu de truculence pour votre week-end!... Sans oublier d'ouvrir quelques canons!... A votre bonne santé!...

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13 février 2015

Tronches de vin 2 : gare aux récidivinistes!...

Ne poussez pas, il y en aura pour tout le monde!... Du moins, on l'espère!... En ce vendredi 13 février, veille de la St Valentin et à vingt-huit jours (oui, oui, plus que quatre semaines!) du vendredi 13 mars 2015, nous pouvons annoncer, rappeler plutôt, que Tronches de vin n°2 sera enfin disponible!... Chacun l'aura compris, nous avons fait tout notre possible, avec nos co-éditrices préférées, Sabine Bucquet-Grenet, des Éditions de l'Epure* et Marie Rocher, pour que les augures nous soient favorables, du moins au niveau des dates!... Non que nous craignions, de prime abord, quelque chat noir ou signe défavorable de nos superstitions refoulées, mais après tout, ça ne mange pas de pain!... C'était aussi, sans doute, parce que nous avions dans un coin de notre mémoire (pas seulement olfactive), le souvenir des difficultés rencontrées avant la parution du premier Tronches de vin. Vous vous souvenez peut-être : le but, c'est le chemin!... D'ailleurs, pour nous conforter dans cette recherche de l'absolu protecteur, nous n'avons pas lésiné sur les moyens, puisque, après tirage au sort, c'est Guillaume Nicolas-Brion, membre de la bande des six, qui s'est vu chargé de sillonner le monde pendant un an, afin de déposer quelques offrandes aux divinités locales, du Bassin méditerranéen à l'Amérique centrale. Avec ça, si on ne double pas le premier tirage de 3000 exemplaires dès le premier mois!...

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J'entends d'ici les rotatives!... Pour info, ce sont celles de Art & Caractère, implantée à Lavaur, non loin de Toulouse et pas loin non plus de Gaillac. TdV 2 ne manquera donc pas de pétillance, mais pas que. De douceur enjôleuse et de caractère mature aussi. Aura-t-il un accent rocailleux du grand Sud-Ouest?... Ah, les poncifs ont la vie dure!... Néanmoins, on appréciera au passage la devise de l'imprimeur qui nous va bien : "Un univers à part, où le projet chemine jusqu'à son terme, quel que soit son point de départ, s'enrichissant du talent et de l'implication de chacun." Pas étonnant que ce soit les chouchous de Sabine!...

Parlons de la "bande des six" évoquée plus haut. En effet, le "club des cinq" du numéro 1 s'est élargi d'une unité, avec ce renfort venu d'Outre-Quiévrain, en la personne de Patrick Böttcher, pas peu fier et impatient de se soumettre avec plaisir aux longues séances de dédicace, qui ne manqueront pas de se dérouler dans les brasseries wallonnes, voire flamandes, mais certainement au moins, chez Cantillon, au coeur de Brusselles, qui ne manquera pas de brusseler, quand le temps sera venu. Patrick, prompt renfort avant que d'arriver au port (sicilien certainement, à moins qu'un imbarcadero des lacs transalpins...), c'est aussi pour éviter un Waterloo éditorial (même pas peur!) et conforter notre offensive vers l'Alsace et l'Italie, d'ores et déjà alliées en Résistance Naturelle, comme nous le suggère Jonathan Nossiter dans son dernier film, cinéaste célèbre qui se trouve être d'ailleurs, l'auteur de la préface de TdV 2. Le monde au naturel est bien fait!...

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Renfort ès-notoriété aussi, en la personne d'Antonin Iommi-Ammunategui, le plus basco-latino-américain d'entre nous, puisque passé en un éclair du statut de "poil à gratter du web vinique 2.0" à celui de star des médias, option arsenic et vieilles dentelles, ayant accepté après mûre réflexion, le très envié titre de Meilleur Blog de l'année 2014, attribué par une célèbre revue spécialisée dans le conformisme vinique, ébranlée cependant, certains jours et récemment, par les fines bulles et la pointe de volatile (pour peu qu'elles soient quasiment indécelables, pffuuii, vade retro Satanas!). C'est du second degré, bien sûr! (je précise cela au passage, puisque depuis peu, B&D me suivent sur Twitter!).

Là-bas, dans les lointaines montagnes de l'Est, Olivier "Olif" Grosjean veille toujours sur l'origine du vin, comme s'il s'agissait du monde... Et ses goûts vont toujours vers ces cuvées, ces canettes et ces bolées, capables de l'étonner et de donner l'instant plaisir, surtout lorsqu'il s'adonne au ski de fond, sur les pistes de rêve de la Transjurassienne et autres sites labellisés du skating pontissalien. Lorsque le Moscou-Paris s'installe et que les paysages du Haut-Doubs s'illuminent de soleil et de bleu (de Gex), vous ne manquerez pas de le voir filer dans la trace, rejoignant au bout du suspense son épouse Catherine, franchissant parfois la ligne avant lui, parce qu'ayant refusé cette ultime pause Comté-Loirette, au milieu des sapins!... Il est l'auteur, pour l'essentiel, des Brèves de Tronches, nouveauté à découvrir dans TdV 2, rubrique qu'il composa au creux de l'hiver (à moins que ce ne fut l'été...), entre deux déneigements sportifs de sa terrasse, envahie chaque semaine de plusieurs mètres de neige!... Au printemps, pas de doute, Olif est en forme, prêt à croiser le verre avec les visiteurs de moult salons. Ultime précision : il fait parfois beau et chaud dans le département du Doubs (les joutes électorales n'y sont pour rien!) ou du Jura et les vins de cette contrée ne vous laissent pas forcément de glace!...

²TDV - Olif   ²TDV - Eva   ²TDV - Philippe

Pas de doute, Eva Robineau ne nous aurait jamais laissés tomber!... Et ce, malgré son nouveau statut de chef d'entreprise. Celle que l'on surnomme désormais Flying Railway Eva (pour ses allers-retours tégévinesques entre Angers et Paris) ne manquerait pour rien au monde l'invitation de quelques cavistes parisiens aux soirées gourmando-vineuses qui animent la Capitale!... Pour vos éventuelles futures demandes de dédicaces (pas en mariage, ce n'est plus open, la date étant d'ores et déjà fixée, désolé!), il vous faudra peut-être vous glisser dans la Salle des Pas Perdus, au bout du quai 20 de la Gare Montparnasse, qu'elle connaît désormais au moins aussi bien que le clavier de son iPhone 6, à moins qu'elle n'en soit déjà au 7!... Notez que rares sont ceux qui peuvent affirmer qu'elle a bien le mot twitter tatoué au bas du dos, comme le précise TdV 2, mais tout porte à le croire. Enfin, lorsque les circonstances l'y obligent, elle est aisément volontaire pour stocker dans sa cave quelques cartons de bouteilles de ses amis et ce, sans même de prélèvement au titre de quelque gabelle. Forcément, on l'aime!...

Enfin, pour ma part, ayant déjà évoqué ici-même nos projets, me permettant de passer de l'autre côté du miroir (ou du tire-bouchon) avant bien longtemps, quel ne fut pas notre plaisir (Madame PhR et Horta peuvent en témoigner, pour peu que l'on s'installe non loin d'une rivière ou d'un plan d'eau!) depuis la sortie de TdV 1 de charger la voiture pour les vacances, de poser notre tente au coeur des vignobles lointains et de découvrir quelques vignerons innovants et passionnés, que vous pourrez identifier prochainement. Au fil des quelques 280 pages de notre nouvel opus, vous croiserez 120 de ces vignerons de douze pays, plus la France, soit treize (on a tout fait, vous dis-je!), certains installés ou présents sur les salons depuis peu et d'autres beaucoup plus connus, indiscutables tronches du vin cependant, dont la notoriété et la passion se voient notamment confortées aujourd'hui par le passage de relais, la transmission à leur descendance, gage de leur passion indéfectible, voire de tronchité pérenne (je sais, les néologismes débridés mériteraient quelques guillemets).

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Voilà, Tronches de Vin 2 est en route!... Vous pouvez d'ores et déjà lui faire une petite place sur votre table de chevet ou dans le vide-poche de votre berline. Michel Tolmer nous a surpris par sa couverture colorée et quelque peu printanière. Féminine aussi, non pas pour illustrer une supposée parité, mais bien parce que le monde du vin est désormais peuplé de femmes à tous les niveaux de la production, de la vigne au chai, mais aussi de la dégustation ou de la promotion. Qui s'étonnerait encore aujourd'hui de croiser le regard (et le verre) avec une femme dans une cave, un bar à vins ou la salle d'un restaurant faisant appel aux talents d'une sommelière?... Mais, prenez garde quand même, à qualifier le nectar qu'elle vous proposera alors de "vin féminin", vous pourriez aisément risquer d'être accusé de sexisme de bas étage!...

Bien sûr, nous attendons désormais vos avis, comme nous le faisions en 2013!... Beaucoup de ceux qui avaient été exprimés alors par nos lecteurs nous avaient touchés, même s'il y avait bien quelques absents dans notre première liste (il y en aura encore!) et que parfois, les photos étaient quelque peu celles... d'amateurs (nous avons fait des efforts cette fois). Mais, nous revendiquons toujours ce statut qui nous pousse à parcourir tous les vignobles, avec nos sensibilités nuancées, nos perceptions parfois différentes, nos débats aussi, verre en main et tout ce qui nous rapproche et nous étonne dans ce monde des vins, de la vigne et des vignerons. Bonne lecture, les récidivinistes, quant à eux, sont parés!...

*: notez que ce même 13 mars 2015, sort également Trente nuances de gros rouge, de Philippe Quesnot, des récits truculents à ne pas manquer, pour chasser le... grey de notre monde!...

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12 février 2015

Julien Braud, la nouvelle vague en Muscadet

Début février glacial. En cette matinée, à Monnières, il fait froid à fendre l'amphibolite!... Pour un peu, le village serait jumelé d'office avec Mouthe, aimable localité jurassienne*, que dis-je? du Haut-Doubs, qui détient nombre de records de basses températures, là où le mercure des thermomètres gèle, dit-on, comme en janvier 1985, mais peut-être cela tient-il de la légende?... Cet hiver froid est plutôt le bienvenu pour les vignerons, qui ne craignent pas de passer des journées dehors à tailler, plutôt que subir la pluie.

Peut-être quelques amateurs et assimilés ont-ils déjà eu vent des premières cuvées proposées par Julien Braud?... Voire quelques pros, récemment, lors de la Levée de la Loire et ceux qui fréquentent, de temps à autres, la belle restauration nantaise, comme Les Chants d'Avril. Pourtant, ce membre de la nouvelle vague du Muscadet, n'en est qu'au tout début de son histoire, mais la passion qui l'anime va certainement lui permettre de rejoindre très vite les référents du vignoble local (si ce n'est déjà le cas!) et peut-être même, d'être un des leaders de la génération montante.

002Le Muscadet, que l'on dit parfois maritime, au regard de la proximité de l'Océan Atlantique et de son influence climatique, n'est pas loin de déborder de belles cuvées à découvrir et à mettre en valeur. Et tout cela avec le melon B, ou melon de Bourgogne, fils du gouais blanc et du pinot noir (comme nombre de cépages de la famille des Noiriens), introduit sur les coteaux de la Loire dès 1635, semble-t-il et plus certainement après 1709 et son hiver glacial, au cours duquel la mer gela et les vignes aussi!... (Et à Mouthe, quelle température fit-il cette année-là?...) Une variété de vigne adaptée à la région, ainsi qu'à ses sols et sous-sols, comme tend à le démontrer ce travail assez récent, permettant désormais de délimiter des Crus Communaux (Le Pallet, Clisson, Gorges, puis en cours de certification, Château-Thébaud, Monnières-St Fiacre, Mouzillon-Tillières, Goulaine, voire Vallet et La Haye-Fouassière), où granite, gneiss, orthogneiss, gabbro et amphibolite influent sur la dimension organoleptique des jus, avant même le travail des vignerons et l'influence de l'élevage.

Les premières cuvées de Julien ne manquèrent pas d'interpeller Vincent Caillé, vigneron monnièrois lui aussi. Il faut dire que leurs parents se croisèrent souvent, puisque leurs caves respectives étaient naguère voisines, au coeur du village. Julien Braud y est resté, puisqu'il dispose là d'un local et de quelques cuves souterraines aux dimensions raisonnables, celles du domaine familial n'ayant jamais atteint les volumes (100 hl!) apparus voilà quelques décennies dans le secteur.

Le jeune homme, âgé de 28 ans, au terme de ses études d'ingénieur viti-vini effectuées en alternance dans le Lyonnais et d'un apprentissage en Beaujolais, dans un domaine de Romanèche-Thorins, terre du cru de Moulin à Vent, revient au bercail pour les vendanges 2009. Quelque chose de logique, puisque Monnières et sa terre natale étaient connues jadis pour être le "pays des moulins"! Pendant trois ans, il travaille avec ses parents sur le domaine familial - Domaine du Fief aux Dames - où se succédèrent cinq générations, plutôt dans un mode conventionnel. Mais, Julien exprime alors, en 2012, sa volonté de travailler en bio, tout en cherchant à distinguer les terroirs. Il propose donc de reprendre trois hectares, tout en continuant à travailler à mi-temps avec son père. Il acquière en plus quelques parcelles qui étaient en fermage et reprend deux hectares, du côté du Moulin de la Justice, à un vigneron cessant son activité. Soit un total de 7,8 ha aujourd'hui, dont 5,5 ha en production pour le millésime 2014. Notez que certaines parcelles, plantées en 1936, représentent un véritable patrimoine, mais elles devront néanmoins être arrachées et replantées avant longtemps.

003Découverte des premières vignes dans le secteur de la Croix Barré, à quelques encablures seulement du bourg. Ce coteau légèrement bombé est connu pour être celui des Quarterons. Un site que Julien Braud affectionne particulièrement, avec ces vignes familiales datant des années 50, où il espère prélever des greffons, en vue de futures massales. Nous sommes ici sur le gabbro du Pallet (le village sur l'autre rive, en face), à gros grains et plus filtrant, par opposition au gabbro de Gorges et ses sols plus "argilisés", s'apparentant plus à l'altération des gneiss du secteur. Une butte rive gauche de la Sèvre Nantaise, bien ventilée et séparant le bourg de la rivière. Jadis, les moulins étaient alignés jusqu'à La Minière. Au total, pas moins de deux à trois hectares sur ce coteau, friche voisine comprise, sur laquelle, il ne manquera pas de planter quelques céréales, avant de faire "remonter" quelques droits. En effet, dans le village même, quelques petites parcelles, dont certaines sur des amphibolites, seront sans doute arrachées à moyen terme. Cette roche métamorphique, rendue désormais célèbre par Jo Landron, n'est pas affleurante ici et donc, les sols sont beaucoup plus riches. Conséquence, les vins sont résolument sur le fruit et ne permettent, selon le vigneron, que la production d'une bulle.

Inutile de préciser à quel point Julien est attaché aux notions de terroir. A la roche bien sur, mais aussi à la structure des sols qui conditionne beaucoup de choses. "Lorsqu'ils sont plus ou moins argilisés et plus ou moins sableux, cela influe énormément sur l'écoulement des eaux, la réserve utile en eau des terrains, mais aussi en azote et autres nutriments, avant même de parler d'expositions ou des vents dominants."

006Avant de passer à l'ouest du village, afin de découvrir le secteur des Jeunetais, petite visite à deux des vedettes locales : Othello et Volcan. Le premier est un superbe Percheron gris de treize ans, le second est un Breton brun de six ans, déjà impatient de travailler, même s'il a encore tout à apprendre (avec Frédéric Carlier dans la Creuse) ou presque, volontiers dominant. Ils sont pour l'heure dans un pré pentu dominant un méandre de la Sèvre et ils n'ont pas manqué d'interpeller les habitants de la commune!... Pensez donc, travailler avec le cheval dans le Muscadet!... Certains ont du se frotter les yeux!... C'est l'épouse de Julien, Apolline, passionnée de chevaux, qui lui a transmis le virus. Et depuis, le vigneron travaille les sols et peut constater à quel point il va pouvoir limiter le tassement de ceux-ci.

Ensuite, traversée de Monnières pour rejoindre le plateau des Jeunetais, non loin du Moulin de la Justice. Cette très belle parcelle donnant sur La Hallopière et dans laquelle le rocher affleure, est séparée par un chemin, des Grandes et Petites Herses où là, ce sont plutôt des gneiss altérés qui dominent, pouvant donner une bonne unité d'expression. Notez que si le vigneron appuie sur ces parcelles et leur identité, c'est que la tendance est à proposer avant longtemps des cuvées parcellaires, afin de conforter ce travail de fond. Une démarche quelque peu contrariée en 2012, puisque pour ses premières vendanges sur trois hectares, il ne récolta que 15 hl/ha en moyenne!... "On ne perd pas de clients, puisqu'on en n'a pas, mais, c'est quand même l'angoisse..."

A la vigne, au-delà du travail du cheval, Julien Braud souhaite mettre l'accent sur certaines phases essentielles à ses yeux, comme la pratique d'une taille redonnant un bon équilibre aux ceps et d'un ébourgeonnage attentif. Il utilise nombre de tisanes et décoctions, voire quelques préparations biodynamiques, sans pour cela, la moindre revendication jusqu'à maintenant.

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Il n'est que de déguster les jus du millésime 2014 prélevés sur cuves souterraines, pour constater que le jeune vigneron de Monnières a déjà trouvé son style. Jusqu'ici, les mises des deux premières années ont été pratiquées en novembre, mais Julien va proposer, dès les prochains mois, une cuvée 2014 dite de printemps, genre pur jus de gneiss (duo de vignes des Barres et du Fay d'Homme, sur des gneiss plus altérés, situées dans le village), avec juste ce qu'il faut de fruits blancs (poire) et de fraîcheur, ce qui ne manquera pas d'agrémenter nos dégustations printanières de coquillages, marée du siècle oblige!... Les Jeunetais (dont le style s'exprime le plus souvent sur le pain grillé) et Les Quarterons (souvent anisés, voire mentholés à terme) associent pour l'instant des arômes citronnés et une jolie touche saline, soutenue par une belle acidité.

L'emploi des sulfites ajoutés est limité le plus possible, par une pratique régulière de la dégustation en cours d'élevage et par une grande rigueur (tri attentif lors des vendanges) lors des fermentations. La seconde fermentation, dite malolactique, est en principe bloquée (elle s'est cependant faite en 2014, du fait des pH hauts, épisode ni gênant, ni recherché) et un très léger sulfitage intervient lors des mises, précédées parfois d'une très légère filtration sur plaques.

Les Jeunetais 2013 expriment tout leur potentiel, avec de très beaux amers en finale. Partis pour dix-huit mois d'élevage sur lies, Julien n'en fera la mise qu'à l'été 2015 sans doute, lorsqu'il aura le sentiment que le vin est absolument en place. Les Quarterons 2013 disposent d'un beau volume et d'une mâche étonnante. Un équilibre et une expression aromatique qui devraient s'affiner encore, puisque ce jus, qui composera le futur "Monnières-St Fiacre", est parti pour trente mois d'élevage et seule la dégustation indiquera dans quelques temps, si cette phase mérite d'être prolongée six mois supplémentaires. N'oubliez pas de réserver, on ne le répétera pas!...

Des blancs donc, mais aussi bientôt des rouges!... Du moins, un rouge, puisque Julien Braud a aussi planté 69 ares de pinot noir sur des gabbro très peu altérés, mais aussi sur des gneiss. A priori, l'idée est de proposer une jolie cuvée sur le fruit et on est presque déjà impatients de la découvrir, tant le jeune homme, amateur de vins droits et rectilignes a, de toute évidence, une forte capacité à étonner les amateurs. Il fait donc, au passage, la démonstration qu'il est au coeur d'une région en mouvement, avec quelques acteurs volontiers innovants. Il cite d'ailleurs parmi ceux-ci, Manu Landron et sa compagne Marion, installés sur Le Pallet, mais dont les vignes se situent sur La Haye Fouassière pour l'essentiel, ou encore Rémi Sedes, sur les Coteaux d'Ancenis et Jacques Février, à Oudon, autant de vignerons que nous ne manquerons de découvrir in situ avant longtemps. La nouvelle vague nantaise, n'en doutons pas!...

*: Notez qu'il existe une autre commune du nom de Monnières... dans le Jura!

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06 février 2015

Et si on passait à autre chose...

Au creux de l'hiver, le 1er décembre dernier, j'ai eu une sorte de flash, quelque chose qui me disait que je vivais là, le premier jour du reste de ma vie. C'est peut-être parce que la soudaineté de ce choix de nouveau statut professionnel et du coup, son côté incontournable et définitif me permettait de franchir une nouvelle porte. Mais aussi, sans doute, parce que la passion que j'essaie de partager - vins, vignes et vigneron(ne)s - appelle sans cesse à se tourner vers d'autres horizons.

A mon âge et en espérant que la vie me permette d'entamer encore plus loin la découverte de ce nouveau millénaire, j'ai une pensée pour une, voire deux générations de celles et ceux qui m'ont précédé. Un certain nombre d'entre eux ont cessé leurs activités professionnelles à l'âge que j'ai aujourd'hui et même un peu plus jeunes. Mais, c'était il y a trente ou quarante ans, à une époque où la pénibilité ou la rudesse de certaines tâches n'étaient pas montrées du doigt et assimilées à de supposés privilèges. De plus, cette génération, celle de mes parents, oncles et tantes, avait eu vingt ans entre 1940 et 1945. Prisonniers pendant de longues années en Allemagne, loin de leurs familles ou victimes de toutes sortes de privations pendant l'Occupation, voire combattants engagés dans une lutte acharnée sur divers champs de bataille, ils franchirent ce cap, parfois sanglant, de leur jeunesse, certains de sourire à la vie qu'il allait leur être donné de vivre et de partager, en traversant, clopin-clopant parfois, le baby boom et les Trente Glorieuses. Et que dire encore de ce grand-père qui passa plus de deux ans de cette même jeunesse dans les tranchées de Verdun ou de la Marne, un vendéen taiseux, dont je compris (mais un peu tard!) qu'il allait me manquer, au moment même où il expira sous mes yeux. Reposez tous en paix!...

Alors, au moment même où mon avenir professionnel s'inscrit dans un semblant de pré-retraite, comme on disait naguère, je vais prendre une sorte de virage, parce que la vie mérite d'être vécue pleine et forte, avec juste ce qu'il faut d'intensité, laissant la place, certains jours, à la découverte, au partage et à l'envie de continuer à parcourir le monde, à croiser des regards étonnés, qui brillent des reflets d'un vin que l'on vient de verser. Il ne nous reste donc plus qu'à croiser le verre au nom de la vie!...

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Je devine que certains voient là l'expression d'une forme d'idéal. Et d'aucuns pour me rappeler que l'idéalisme ne fait pas bon ménage avec la rentabilité économique. "Qu'avez-vous à proposer de plus que les autres?..." me demande ma conseillère cécéiste. Ce que les autres n'ont pas!... D'où cette idée de tenter d'être un "alter-caviste". Petite boutique, petit volume, petit stock, renouvellement saisonnier et une grosse envie de susciter la curiosité, convaincre que l'on peut découvrir, même dans nos contrées lointaines, ces cuvées rares, voire introuvables. Je sais que les réalités ne vont cesser de me poursuivre, au moins pendant quelques temps. C'est toute la difficulté du challenge. Mais, nous avons quelques atouts, comme ceux liés à ce qui doit être une activité d'appoint et la volonté de s'appuyer sur nos rêves d'indépendance et d'originalité.

Sans oublier l'envie de faire aimer le vin comme une sorte de totem culturel, de toutes les cultures et pas seulement franco-française. Tous les vins sont égaux en droit... d'accéder à votre table et à celle de votre entourage!... Ils racontent tous une histoire, celle d'hommes ou de femmes, qui parfois entrent en résistance contre des logiques économiques, sociales et sociétales pour le moins frustrantes. C'est aussi ce qui nous anime et c'est une façon de rejoindre... naturellement cette résistance. "Le vin est une question politique!" clame Antonin Iommi-Amunategui, qui propose No wine is innocent, élu Blog de l'année par la Revue du Vin de France (qui l'eut cru?) et par ailleurs co-auteur (avec Eva, Olivier, Patrick, Guillaume et votre serviteur) du guide Tronches de vin, le guide des vins qu'ont d'la gueule (dont le numéro 2 paraitra le 13 mars prochain). Alors, entrez en politique!...

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Voici donc ce qui n'est qu'une esquisse. Une boutique dans la ville. Le nom, une marque à déposer, n'a pas encore pignon sur web. Un site dédié est à l'étude. Concrètement, jardin, grands arbres et massifs divers sont là, tout proches, de l'autre côté de la rue La Fayette (nous voilà!). J'y inviterai volontiers les Languedociens François Aubry ou Ludovic Engelvin, afin de partager quelques-uns de leurs flacons, en même temps que leurs brebis pourraient pâturer sur les greens de la Mairie voisine!... Pas certains que cela plaise à tout le monde!... Pourtant, eux qui viennent des Terrasses du Larzac ou qui fréquentent le Causse ou le Mont Aigoual, ne manqueraient pas de rappeler les grandes heures post-soixante-huitardes et la présence des moutons sous la Tour Eiffel!... Et puis, avec la Place Napoléon à deux pas, les animaux sont un peu chez eux!...

Alors, Olivier Cousin, retour des Indes, avec ses chevaux?... Ou encore Christophe Landry, le Margalais, avec ses vaches jersiaises, voire les massanaises des Albères, ou albera, venues de Banyuls?... Je devine aisément que les cuvées d'Alice Brun, de Mollans sur Ouvèze, accompagnées de délicieux chèvres frais ou plus secs, venant en droite ligne de la montagne de Séderon, ne vous laisseront pas indifférents. Ni les abricots du Clos des Cîmes, lorsque l'été sera venu. La pêche à pied vous passionne, nulle marée du siècle ne vous échappe?... Alors, il vous faut les nectars made in Muscadet de Vincent, Marc, Fred et les autres, pour transcender ces saveurs marines.

Un mélange de passion et d'enthousiasme nous porte. Passe-t-on, avec toute la sérénité voulue, du statut d'amateur à celui de caviste, même si l'oenophilie partagée et l'oenotourisme peuvent apparaître comme des étapes dans un process d'évolution?... Accordez-moi encore quelques semaines pour être à même de le confirmer. Histoire que je prépare comme il se doit quelques cartes d'invitation et que le rêve devienne intégralement réalité. 

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08 janvier 2015

De vigne en Charlie...

7 janvier. A 18h, il fait nuit comme un 7 janvier. Les radios ont des larmes aux mots, des sanglots aux tournures de phrases. Trente minutes plus tôt, Philippe Val, co-fondateur de Charlie Hebdo nous explique, bouleversé, la voix chevrotante, qu'il ne va pas bien... Je me demande si nous ne sommes pas un certain nombre comme cela ce soir. Il fait frisquet, mais il ne pleut pas. Du coup, on file Place Nap'! Et même s'il avait plu... Je passe chercher Horta, aussi parce qu'elle fait partie de notre vie et que notre vie, p..., ne doit pas se fermer. On retrouve quelques amis, certains venus avec enfants, petits-enfants. Je ne sais pas si nous sommes bien un millier (selon le décompte de la presse locale), mais quelle importance?... On devine rapidement que nous ne sommes pas tous du même avis, électoralement parlant, mais ce n'est pas vraiment l'heure de se compter. Le maire parle peu, invite au silence, au recueillement, puis à quelques minutes d'applaudissements, "pour qu'on se souvienne que de grands artistes sont partis". Sans doute des artistes libres, mais si menacés, au point que... Nous sommes sans doute nombreux à penser qu'il faut reprendre le flambeau, avec nos modestes moyens, ceux d'un blog qui se veut libre aussi, ceux d'un micro d'une radio locale qui nous est ouvert... C'est une véritable chance, que de vivre au coeur de nos démocraties et quelque part, de contribuer à les animer!... A 20h, avec les Petits Saignants, nous avons décidé de nous appeler tous les trois Charlie, pendant toute la durée de l'émission, même si nous avons un peu de mal à nous dénouer. On essaie d'envoyer quelques vannes, parce que, ne l'oublions pas, de grands caricaturistes et humoristes ont été assassinés aujourd'hui. Sur la place, Napoléon est peut-être aussi Charlie ce soir, à moins que ce ne soit son cheval?... Un lampadaire brille comme un phare (je suis un piètre photographe, même en activant "scène de nuit", c'est dire!), il ne nous reste qu'à le suivre. Je suis Charlie. Même si je n'étais pas un très fidèle lecteur de Charlie Hebdo, en gardant quelques numéros "historiques" cependant. Mais, que celui qui n'a jamais rigolé en découvrant la une de l'hebdo, aujourd'hui menacé, me jette la première gomme, le premier taille-crayon!...

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Figurez-vous qu'en ce 7 janvier, j'avais envie de vous parler d'une récente trouvaille, faite dans un carton poussiéreux. Un livre, presque une bande dessinée. Papier jauni, gaufré, la "nouvelle édition", millésimée 1949, tirée dans sa version "définitive et posthume" (sic!) à trois mille exemplaires. Celui-ci porte le numéro 1447. Son titre : De vigne en chai, dessins animés par J. Jacques Roussau (re-sic!), aux Éditions Delmas, sises (en 1949!) à Bordeaux, Place Saint Christoly. Plus de quatre-vingt-dix pages parcheminées d'une belle écriture à l'encre bordeaux, avec superbes pleins et déliés. Toute la passion de l'amateur de vin est passée en revue avec des chapitres successivement dédiés au cep de vigne, à la barrique, à la bouteille, au bouchon, à l'étiquette, à la capsule, au paillon (eh oui!) et sans oublier la caisse.

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Ce soir, j'ai envie de faire appel à tous les virtuoses de Photoshop et autres outils de l'informatique et des médias. Vous pouvez, à votre guise, modifier le titre sur la photo ci-dessus, pour qu'elle devienne De vigne en Charlie... Je ne manquerai pas de publier vos tentatives, toutes plus remarquables les unes que les autres, j'en suis certain, en attendant de pouvoir, de nouveau, croiser le verre!... Quant au dessin ci-dessous, je veux y voir encore Cabu, Charb, Honoré, Tignous et Wolinski, attablés autour d'une nouvelle bouteille à découvrir. Ne cherchez pas Bernard Maris (mais que va devenir Dominique Seux sur France Inter, chaque vendredi matin?!), il est redescendu sur le nuage au-dessous, pour aller chercher un deuxième flacon!...

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31 décembre 2014

Bonne Année 2015

Ne le répétez pas, mais en fait, je vous écris de mon bureau... Je veux dire, sur mon lieu de travail... Pour un peu, j'aurais honte, mais à peine!... Privilège de "privilégié" dans l'âge mûr, allez-vous penser?... Peut-être... Pour tout dire, cela fait trente huit ans que je bosse pour la même entreprise, une grande, option téléphonie. Je ne vous dis pas ça pour vous raconter ma vie, mais sans doute un peu parce que depuis peu, j'ai opté pour un TPS, un temps partiel senior. Une fin de carrière en pente douce pour quelqu'un qui n'a jamais vraiment voulu faire carrière... Résultat : il me faut être présent (et continuer d'oeuvrer pour la bonne cause du haut débit pour tous, quand même!) les trois premiers jours de chaque semaine. Mes week-ends ont doublé de volume, mes envies de passer à autre chose aussi...

10409355_10205403724350536_718785808316973181_nToujours face à mes trois écrans pendant trois jours et ce, dans une "cellule" de quatre personnes qui n'est jamais au complet, pour cause de TPS à géométrie variable, selon le choix des individus, mais aussi de télétravail, plutôt une bonne idée en soi, mais assez peu utilisée dans notre beau pays, pour cause de désocialisation prévisible et supposée des masses laborieuses!... Ben oui, c'est sur, il vaut mieux être trois ou quatre à se faire la gueule entre quatre mûrs, avec vue imprenable sur le parking d'entreprise, plutôt qu'améliorer sa productivité (les études le démontrent) dans un environnement agréable, ou qui nous convient parce que notre et quotidien. Tiens, justement, en ce 31 décembre, nous devrions être trois!... J'avais oublié de consulter le planning!...

Passer à autre chose. Je vous parlerais volontiers de mes projets, mais j'ai toujours cette réticence (superstition due à des racines celtes, vous croyez?) qui me suggère de ne les évoquer vraiment (et publiquement) qu'à partir d'un stade que l'on pourra qualifier de concret. Mais aussi, parce que j'ai envie d'en parler avec le talent de Flemming Jensen, un Danois du Danemark, auteur du "Petit traité des privilèges de l'homme mûr et autres réflexions nocturnes". Manière de philosopher sur le monde qui l'entoure, en ouvrant la porte de son frigo, au milieu de la nuit!... Mais, je n'ai pas le talent ni la plume de Mister Jensen. Envie néanmoins de reprendre une tête de chapitre de son livre, sur le péché et la culpabilité : "Adam n'a pas mangé la pomme pour la pomme en elle-même. Mais parce que c'était interdit. Si c'est le serpent qui avait été interdit, il aurait manger le serpent". Genre d'idée qui décoiffe quelque peu, au moment de passer à table pour le traditionnel réveillon et pour revenir aux nourritures terrestres!... Pommes rôties pour accompagner le boudin blanc truffé ou serpent grillé dans la cheminée?... Où sont vraiment nos interdits?... Depuis des millénaires, nous croquons dedans impunément!... Comment voulez-vous que ça marche?...

En attendant, je m'interdis donc (dis donc!) de vous parler de mon projet, notre projet. En fait, je l'espère un rien anachronique, avec une sorte de quête hors du temps, voire limite anticonsumériste. Je rêve, me direz-vous? Et je pourrais bien être rattrapé par la patrouille de nos logiques actuelles, façon troisième millénaire. Mais, c'est une manière de cultiver mon jardin secret...

J'en profite donc, alors que 2015 arrive à grands pas, pour vous souhaiter que la nouvelle année vous permette de réaliser vos projets, de conforter ceux qui ont déjà vu le jour et ce, dans la sérénité apportée par une bonne santé vous préservant, ainsi que tous vos proches. Au passage, je céderais à une forme primaire d'autopromotion, en espérant pour Eva, Antonin, Guillaume, Olivier, Patrick et moi-même (on n'est jamais si bien servi...), sans oublier Marie et Sabine, une franche réussite à Tronches de vin n°2, le contre-guide qu'il vous faut, au moment de parcourir les vignes et qui paraîtra dans toutes les bonnes librairies le 13 mars prochain, pour le meilleur et le meilleur du vin.

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Bonne Année 2015, partez à la conquête de vos rêves. N'hésitez pas à nous en parler, ne serait-ce qu'au moyen d'un petit selfie (un égoportrait, comme on dit au Québec!) posté du bout du Monde. Et prenez soin de vous. Hé, la Terre tourne! Résistez, résistez à la tentation de ne rien faire, même si c'est doux, quand tout s'agite autour de vous. Pour vous et pour les autres.

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18 décembre 2014

Instantanés de salons ligériens

A la croisée de novembre et décembre, on s'attend parfois à ce que la douceur d'une arrière-saison automnale laisse place aux premiers frimas. C'est bien ce qu'annonçait la météo nationale pour ce dernier week-end de novembre, mais pourtant, les deux salons de cette fin de semaine se déroulaient par des températures des plus modérées et agréables.

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Avant de flâner au bord du Layon le dimanche (notez à quel point son niveau est bas pour la saison, très loin des dramatiques hauteurs d'eau des fleuves côtiers du Sud-Est, ces derniers jours), il était bon également de passer par Saumur et plus exactement la commune voisine de Bagneux, où se déroulait la première édition de Saumur So Bio, réunissant une bonne vingtaine de vignerons du cru, défendant la pratique d'une agriculture biologique, au coeur des appellations Saumur et Saumur-Champigny.

Était-ce le fait que ce salon se déroulât dans les locaux d'un ancien domaine viticole appelé Domaine de la Bergère qui valut aux organisateurs un premier coup de semonces, sorte plutôt triviale de réponses des bergers à la bergère, avant même l'ouverture des festivités, ou l'organisation simultanée d'un autre salon regroupant des productions plus conventionnelles dans cette noble ville de Saumur, toujours est-il que les commentaires parus sur Saumur Kiosque, suite à la petite conférence de presse des organisateurs de Saumur So Bio, ont contribué à mettre le feu aux poudres, ce qui en soi n'est pas forcément anachronique, dans une ville qui compte (ou comptait) nombre d'artilleurs et de blindés en tous genres!... En joue, Saumur bio, feu!...

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A l'ouverture de cette néanmoins très sympathique manifestation, on pouvait deviner chez certains des organisateurs et responsables de la toute nouvelle association, que les propos tenus par quelques-uns de leurs "collègues" et voisins risquaient de laisser quelques traces, à l'heure où il arrive qu'on partage un p'tit blanc, toutes agricultures confondues, aux rares comptoirs encore ouverts dans les villages du Saumurois. D'autres ne pouvaient manquer de rappeler à cette occasion que cette virulence verbale et souvent écrite sous couvert de pseudo divers et variés, traduisait bien ce qui sépare encore les tenants de méthodes traditionnelles, de ceux qui militent, parfois fermement, pour une approche plus saine et attentive de la viticulture. Les premiers s'estimant injustement attaqués, les seconds rappelant à quel point les instances locales revêtent parfois les habits de despotes intolérants, voire tourmenteurs. Alors, maladresse verbale ou réactions épidermiques déplacées, chacun reste juge et filons déguster!...

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Saumur So Bio réunissait donc quelques talents de la région, certains vus et bus lors de diverses manifestations passées ou habituelles, puisqu'on trouvait là notamment quelques référents régionaux comme Philippe Gourdon et Thierry Germain par exemples, ou encore Éric Dubois, du célèbre Clos Cristal et bien sur des jeunes vignerons, qui se sont attaqués depuis quelques années déjà, à la face nord de la notoriété, non sans connaître de belles réussites et proposer ainsi de non moins belles quilles!...

Il faut citer là Aymeric Hillaire, du Domaine Mélaric, qui proposait Billes de Roche et Cerisaie, tant en blanc qu'en rouge, dans les millésimes 2011 et 2012, ainsi qu'un joli liquoreux 2011, dans le genre confidentiel et remarquable. Un président de So Bio à la hauteur!... Citons encore Antoine Sanzay, qui n'hésitait pas à mimer pour l'assistance la butte des Poyeux façon tai-chi, entre un verre de La Haye Dampierre 2013 et des Poyeux 2012, dans le genre cabernet franc qui peuvent aisément vous mettre dans un état second.

005Non loin de là, c'est Adrien Pire, frère jumeau de Guillaume, qui représente le Château de Fosse Sèche en ce samedi, avec Arcane 2013 et Eolithe 2011, toujours au top. Adrien, qui semble avoir pris ses marques à l'occasion de ces salons, où il faut parfois composer avec des clients potentiels aux connaissances diverses et variées, voire aux à priori quelque peu tenaces.

Lorsque le monde se presse dans cet ancien caveau de pierre blanche, sorte de couloir de correspondance (presque façon métro parisien) entre les époques viniques, il faut quand même prendre le temps de dialoguer avec Xavier Caillard, qui est toujours à Brézé, dans ses Jardins Esméraldins, mais qui va sans doute glisser avant longtemps vers l'ouest du Saumurois, pour se rapprocher de la frontière angevine. Une évolution importante, que nous pourrons sans doute évoquer sur pièce, dans quelques temps. En attendant, on se régale avec la trilogie des blancs secs, 2001, 2000 et 1999, sans oublier le 2001 liquoreux, qui oscille entre art liquide et magie des saveurs, avec son élevage de neuf années!... Le rouge 2003 est absolument au top (s'il vous en reste, tentez quelque chose avec une jolie préparation de foie de veau par exemple!), alors que le 2006, plutôt dans une phase de retrait, risque d'être tout simplement étonnant dans quelques années!...

On peut aussi citer les cuvées du Chateau Yvonne, de Mathieu Vallée, dont le parcellaire Le Gory 2011, Saumur blanc sous l'influence de l'élevage à ce stade, mais au potentiel intéressant, ou encore les vins de Loïc Terquem, installé depuis début 2009, sur les quatre hectares de La Folie Lucé, avec notamment L'Ecart 2013, un Saumur blanc issu de 37 ares d'un sol argilo-calcaire. Ultime découverte du jour, les vins de Gil Caborderie, installé depuis février 2012, du côté de Doué la Fontaine, dont nous aurons l'occasion de découvrir vignes et domaine avant longtemps.

020Du côté de St Aubin de Luigné, les Anges Vins donnaient rendez-vous à leurs fans ligériens pour la neuvième année consécutive (attention à la 10è en 2015!). Malgré les absences des Cousin, Leroy, Bernaudeau et autre Angeli pour diverses raisons, dont parfois le manque de stock, il y avait là matière à découvrir quelques cuvées récentes de la région du Layon. En plus de ces quelques absences, notons aussi la présence de la nouvelle génération à la table des Ménard, ainsi qu'à celle des Mosse, sans oublier Charly Robineau (et sa calculatrice téléphonique infaillible!) qui oeuvrait pour sa part à celle du Domaine de Bablut, Christophe Daviau se contentant, pour un dimanche, de jouer le rôle de manipulateur de diable, le moment venu. Rappelons au passage que cette dégustation-vente, à quelques semaines des fêtes, permet aux vignerons de rencontrer leurs clients et d'écouler des quantités non négligeables de flacons, ce qui tend à démontrer que cette manifestation atteint bien, au moins, l'un de ses buts.

Nous avons donc pu y croiser Toby Bainbridge qui proposait deux 2014 dans le genre tonique et frais : le grolleau Rouge aux Lèvres et le pet' nat' rosé La Danseuse. Le plus angevin des Britanniques ayant, semble-t-il, trouvé son rythme de croisière en précisant sa feuille de route (en anglais, the roadmap!), lui ouvrant petit à petit son horizon et préservant au passage son humour so british. Une gamme sincère et fraîche en toutes circonstances à ne pas oublier.

De son côté, Jean-Christophe Garnier propose toujours une série originale et spontanée, avec une gamme aromatique et un style que les amateurs connaissent bien désormais. A suivre, La Roche-Bézigon 2013, rencontre des deux rives du Layon et La Roche 2012, deux jolis blancs, puis le pet' nat' 2009 disponible depuis l'été dernier, ainsi qu'un assemblage rouge de gamay et de pineau d'Aunis.

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A l'extrémité de la même rangée, non loin de la cuisine, où bouillonne doucement la soupe incontournable et irremplaçable de Mileine Oosterlinck, Didier Chaffardon propose une série colorée qui ne manque pas d'étonner. Le vigneron s'amuse souvent des réactions de ses interlocuteurs-dégustateurs, tout en appréciant la visite de ce qu'il convient d'appeler ses "fans"!... Au programme, Douze heures angevignes, L'Ailé faon rose d'un jour, Le Rouzé 2012, Clopin Clopant 2013, catégorie grolleau tonique, L'Incrédule 2012, à la longue cuvaison de sept mois et la stupéfiante Confiturine 2011, sorte d'ovni (objet vinique non identifié!), titrant moins de 1° (non, il ne s'agit pas d'une erreur de frappe!) et totalisant pas moins de 550 gr de sucres résiduels!... Les plus inconditionnels, dit-on, en tartinent leur tranche de cake à l'heure du thé (oh my god!) !... Mais, cela ne tient-il pas désormais de la légende chaffardonesque?... Allez savoir!...

016Passage ensuite à la table du Domaine de Juchepie, où Eddy Oosterlinck propose toujours une remarquable série de chenins, du plus sec, Les Monts 2011, aux plus moelleux, La Passion 2010 qui ne manque jamais d'étonner, ainsi que Quintessence 2011, objet de toute l'attention des passionnés, ne manquant pas, quant à eux, de profiter longuement du moment. Ce qui est aussi l'occasion pour le vigneron de Faye d'Anjou d'évoquer ses nouvelles plantations sur un coteau "historique du Layon" défriché, donnant beaucoup d'espoirs (avec aussi la perspective de voir son fils se joindre à l'aventure d'ici quelques années), mais également de faire part de son désarroi face à la présence de drosophila suzukii, la mouche qui fait le buzz, détruisant parfois la vendange en cours de concentration en sucre et destinée à la production de liquoreux. Résultat au domaine, les raisins restants sont toujours sur pieds ou à terre et ce n'est malheureusemnt pas la première fois!... Comme avec d'autres producteurs, Eddy se met à espérer un hiver rigoureux pouvant peut-être enrayer le phénomène, voire permettre un rééquilibrage naturel de la chaîne alimentaire, alors même que l'identification d'un prédateur de l'insecte n'est pas avérée à ce jour. Dans le vignoble, il semble que l'on passe, en cette fin d'année, de la crainte pour l'avenir, d'une production très irrégulière de liquoreux (mais faut-il qu'elle soit nécessairement annuelle? diront certains, tentant de positiver, au regard de la demande de ce type de cuvées...), au déni, chez d'autres, de l'existence même du problème, alors qu'une réponse à l'aide de produits phytosanitaires (qu'ils soient naturels ou de synthèse) n'est pas annoncée pour l'avenir immédiat. On serait tenté imprudemment peut-être de s'en réjouir, mais c'est sans doute sans compter sur l'efficacité de quelques apprentis-sorciers de laboratoires de la chimie moderne!... Gageons qu'il conviendra certainement d'être vigilant, lorsque certains annonceront qu'ils connaissent la réponse au problème, forcément la panacée!...

019Après la dégustation d'un bol de soupe pour Madame PhR et d'un traditionnel sandwich au boudin noir pour ma part, transition plutôt fulgurante avec les cuvées toujours très nature de Babass : Brutal (en liaison avec les sudistes de La Sorga), Roc Cab' et Groll'n Roll, le tout dans les versions récentes et disponibles. A ses côtés, Jean-François Chéné et les cuvées de son domaine, La Coulée d'Ambrosia. Le vigneron de Beaulieu exprime aisément à quel point sa production correspond pleinement à sa sensibilité personnelle et à l'idée qu'il découvrit un jour, une autre façon de faire du vin, loin des canons de l'oenologie moderne certes (comme d'aucuns n'ont pas manqué de lui dire certains jours!), mais beaucoup plus proche de la construction de cuvées sur le fil parfois, mais expressives et intenses. La série proposée - Boit sans Soif 2012 (grolleau), Les Joues Rouges ou Panier de Fruits 2012, L'O2 fruits 2010 et Aphrodite 2009, sorte de vin de voile venu d'ailleurs, ou le plus jurassique des vins du Layon, illustre bien les intentions du vigneron. A revoir impérativement avant longtemps, sur pièce.

On n'oubliera pas la très cohérente série du Domaine de Bablut, ni le trio proposé par Stephan PZ, dont Un bout de chenin 2013, toujours égal à lui-même, dans le genre droit et frais, ainsi que Le Gué des Mûriers 2013 (grolleau) et La Pièce de la Barrière 2012, un cabernet franc angevin absolument sans soufre, de Bruno Rochard. Enfin, rendez-vous est désormais quasiment pris avec Benoît Courault, afin de découvrir quelques parcelles produisant et proposant une gamme connaissant de plus en plus de fans, comme, par exemple, le liquoreux étonnant La Faîne 2010, qui s'élève sans nul doute au niveau des Rouliers et autre Gilbourg, fers de lance du domaine.

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Agréable promenade en Layon donc, sous le soleil exactement, avant même que l'hiver ne daigne séjourner dans notre région... Avec d'autres salons, de Bruxelles à Paris ou de Rablay sur Layon à St Julien l'Ars, autant d'occasions de croiser le verre, en attendant les plus grands rendez-vous de Montpellier et d'Angers ou Saumur, fin janvier et début février 2015. D'ici là, belles fêtes de fin d'année à toutes et tous, visiteurs salonesques!... Portez-vous bien, abusez des bonnes choses, mais toujours avec modération!...

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29 novembre 2014

Château Massereau, à Barsac (33)

L'article du printemps dernier, paru dans une célèbre revue viticole, cherchant à nous démontrer que quelques irréductibles girondins pourraient bien se transformer en révolutionnaires de la dive bouteille, a sans doute fait long feu dans le landerneau local. Cependant, l'initiative révèle qu'un tant soit peu de curiosité peut nous mettre sur la piste de véritables révélations. Loin de l'intelligentsia bordelaise, qui a tendance à nous laisser entendre que, sans elle point de salut, forts de leur libre arbitre intact et de leurs convictions, certains domaines et châteaux proposent de remarquables vins, comme ceux de la famille Chaigneau, à Barsac.

013De prime abord, on peut penser que cette famille, originaire d'un petit village du nord de la Vendée, est somme toute installée là depuis plusieurs générations, se passant le relais pour entretenir le domaine et la flamme. En fait, il n'en est rien, puisque sous l'impulsion de l'un des fils, Jean-François, désirant devenir vigneron au moment où l'avenir doit se dessiner, toute la famille s'est mise en quête d'une propriété, pour ne franchir le portail de Massereau qu'en 2000. Une façon pour le moins singulière de prendre pied dans le troisième millénaire!... Très vite, le second fils, Philippe, a pris le parti et la charge de s'occuper des aspects commerciaux et promotionnels du cru.

Un joli château dans la campagne sauternaise, construit sur des bases très anciennes et souterraines, avec des apports successifs de tours et autres constructions, s'étant étalés du XVIè au XVIIIè siècle. Contemporain des règnes d'Henri III, Henri IV et Louis XIII, Jean Louis de Nogaret de La Valette, alias le Duc d'Epernon, en fait un élégant relai de chasse, lui qui est résident du proche château de Cadillac.

Beaucoup plus près de nous, Massereau a connu plusieurs propriétaires depuis 1986, dont la famille Castéjà (les vignes de Doisy-Védrines sont contiguës à celles du domaine), un couple de Suisses également présents du côté de St Emilion et Jean-Paul Lafragette, ex-propriétaire de Château Loudenne, dans le Médoc, désormais bien connu dans la région pour ses déboires judiciaires.

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Le domaine, c'est aujourd'hui une petit dizaine d'hectares, dont 1 ha 10 environ qui coulent de la terrasse du château jusqu'au Ciron, avec même les traces d'un ancien port, dit de Barsac, utilisé à une époque déjà ancienne, pour la très recherchée pierre, visible sur nombre de façades de la région. La proximité de la rivière est un gage de production de raisins botrytisés, dans le sens confit-rôti, comme c'est le cas pour le M de Massereau, obtenu après une cueillette grain par grain (avec une pince à cornichons si nécessaire!) et huit à douze tries successives. Utilisation d'un petit pressoir à cliquet pour une presse très longue, puis fermentation et élevage en barriques neuves. La production moyenne, sur les dix dernières années, se situe aux environs de 10 hl (quatre barriques et demie), avec des années nettement plus basses, favorables à la production d'une seconde cuvée, La Pachère, comme ce fut le cas notamment les années paires, entre 2002 et 2008. Pas de trace de sauvignon ici et les Barsac-Sauternes sont composés de 85% de sémillon, avec un complément de muscadelle. Notons que certains millésimes sont venus, dit-on, bousculer la hiérarchie locale, lors de dégustations récentes.

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Pas de Graves blancs, mais 1 ha 88 destinés à la production de Graves rouges, parfois hors du commun. Encépagement classique pour les cuvées d'assemblage : cabernet sauvignon, cabernet franc, merlot, petit verdot et le très rare merlot à queue rouge, en lieu et place du malbec. Peut-être encore plus que les Sauternes, les rouges du domaine évoquent l'attachement de la famille à la production (et à la dégustation) de vins dits de garde. Les deux fils ont été élevés dans cette tradition des Bordeaux qu'il fallait savoir attendre, même si Philippe semble dire que, parfois, il pourrait en être autrement... Le Graves rouge est construit dans cet esprit et 2009 illustre cela parfaitement, mais d'autres millésimes sont disponibles. Une dominante cabernet qui oscille entre 50 et 55% (CS 40% et CF 10%), associé à 30 à 35% de merlot et 10 à 15% de petit verdot. Une expression qui se veut typique des vins issus des sols d'argile rouge, reposant sur la roche mère calcaire, avec finesse, élégance et densité.

018Mais, le véritable révélateur de la passion du vigneron pour un travail attentif et tourné vers la qualité (et la rareté!), ce sont les cuvées Socrate (prénom de l'ancêtre) et Eliott (le dernier représentant de la nouvelle génération), toutes deux issues de ce même terroir des Graves. Un process que l'on ne s'attend pas à trouver dans le Bordelais, ou si peu!... Socrate est un assemblage des cinq cépages cités plus haut. Vendanges très sélectives, égrappage et foulage manuels, puis passage en barriques neuves ouvertes et debout. Brassage et pigeage manuels pendant la fermentation alcoolique, puis fermentation malolactique dans ces mêmes fûts. Écoulages par gravité vers le petit chai d'élevage, où sont réunies des barriques neuves (entre un tiers et 40%), mais aussi d'un et deux vins, pour une durée totale de 20 à 24 mois (moins pour le 2013!). Travail d'orfèvre!... Au final, les vins sont ni filtrés, ni collés (aucune utilisation de techniques oenologiques modernes!), pas de levurage et très peu de soufre (le vigneron précise que ses vins ne dépassent pas 60 de soufre total pour les rouges, toutes cuvées comprises).

Régime identique (vinification intégrale) pour la cuvée Eliott (600 bouteilles), dont la dégustation est une véritable révélation. Il s'agit là, en effet, d'un vin 100% petit verdot. Le millésime 2009 a passé 22 mois en barriques, mais il est pourtant très modérément boisé, au nez comme en bouche. Robe noire intense, des fruits noirs au nez, du zan, une touche de menthol, immense!... Incrachable!... Environ 15,5° naturels, ce qui laisse une idée du niveau de maturité recherché. Les jus flirtent, certaines années, avec les 16°, mais seulement 13,8° en 2014!... Quand même!... Quelque chose qui nous inspire cette réflexion : et si nos GCC voulaient se donner la peine... Pour Jean-François Chaigneau, l'étonnement aussi de voir tous ces vignerons de la région poussant les merlots au maximum, alors que, de toute évidence, ils ne sont pas faits pour ça!...

Mais, ce n'est pas tout! Le domaine compte aussi un peu moins de six hectares en Bordeaux Supérieur, sur un îlot comptant une douzaine d'hectares à l'origine, dont 1 ha 50 arrachés depuis peu. Là encore, une démarche précise, cohérente et... attentive au marché. Une première cuvée sur une base de merlot (60%) associée aux deux cabernets et à un soupçon de petit verdot qui, après une cuvaison de quatre à six semaines en cuves ciment, est élevé de douze à quatorze mois en cuve inox. Une autre, la Cuvée K, à dominante cabernet cette fois, est entonnée début décembre pour douze à dix-huit mois, selon le millésime. On est là dans tout ce que Bordeaux peut offrir de traditionnel, mais avec une expression sincère et bien construire. Enfin, à peine 5000 bouteilles de Cuvée X (40% CS, 10% CF et 50% merlot), élaborée sans sulfites ajoutés, un vin naturel qui s'offre sur le fruit et la dynamique propre à nombre de ces vins. A découvrir absolument!...

019Enfin et même si la dégustation en était impossible lors de notre passage, une autre cuvée vedette (mais n'apparaissant même pas au tarif, tant elle est rare!) s'est faite une certaine réputation auprès des fidèles clients du domaine, n'imaginant pas un seul instant céder une partie, même réduite, de leur dotation!... Le rosé - que dis-je? - le Clairet, dont le dernier millésime est en cours d'élevage (mais, ne le répétez pas!). D'assez vieilles vignes de cabernet sauvignon et de merlot, dont la vendange subit une macération pelliculaire, puis une fermentation en barriques âgées de trois ans, avec bâtonnage. Élevage sur lies pendant six mois environ (avec bâtonnage dégressif), si bien qu'un très léger sulfitage n'intervient que deux mois avant la mise. Tous ceux qui ont dégusté cette petite merveille de "claret" sont presque prêts, dit-on, à faire allégeance à la couronne d'Angleterre, comme on peut le voir ici!... C'est dire!...

Un domaine à découvrir donc, aussi parce que Jean-François Chaigneau n'est pas homme à pratiquer la langue de bois et encore moins l'esbroufe. Il observe ce qui se passe autour de lui, dans sa région d'adoption, fait des choix, tout en appréhendant bien ce qui est important pour le bon équilibre de son domaine. Certes, il ne revendique pas de label bio, parce qu'au seul cuivre, qui selon lui n'est pas forcément la panacée vis-à-vis des sols, il préfère l'emploi de produits de contact à base de cuivre, mais aussi de zinc qui lui, n'est pas reconnu par l'agriculture biologique. Depuis trois ans, il a fait le choix de la confusion sexuelle, avec de bons résultats même si, selon lui, il faudrait qu'elle soit pratiquée plus largement à proximité. Enfin, il a opté pour le travail des sols, afin de s'interdire tout mode de désherbage chimique, bien entendu. Tous les travaux sur les pieds de vigne eux-même, au fil des saisons, sont manuels, jusqu'à la récolte réclamant toujours un tri attentif, quel que soit le raisin et sa destinée. Au chai, aucun intrant ne franchit le portail et le domaine revendique plutôt fortement la production de "vins naturels". Tout n'est cependant pas figé et parmi les objectifs actuels, figure l'achat de petites cuves en bois de trente ou cinquante hectolitres, en vue d'élevages encore plus attentifs, au moyen de contenants préservant l'authenticité du raison et l'expression du terroir dont il est issu.

020Le Château Massereau avance et notamment à l'export, plus particulièrement vers les pays anglo-saxons. Rappelons que certaines cuvées sont produites en faible quantité et que, même si elles sont proposées aux particuliers à un tarif plutôt élevé (de 95 à 115 euros pour Socrate, Eliott et le Sauternes, les premières cuvées se situant aux environs de 10 à 15 euros, y compris le Clairet), elles ne manqueront pas de prendre avant longtemps une quasi dimension patrimoniale : des Bordeaux authentiques, mais rares. La famille Chaigneau va-t-elle révolutionner Bordeaux pour autant?... Peut-être pas, mais ses vins ne manqueront pas d'interpeller les amateurs, qui seront avisés de ne pas forcément se tourner, en toutes circonstances, vers d'autres étiquettes pompeuses et immuables, dont la calligraphie dorée, souvent dotée d'une part de vétusté soigneusement entretenue, nous berce parfois (souvent?) d'illusions.

Au moment où, pour bon nombre d'amateurs, l'achat en primeur de grands crus bordelais devient impossible (surtout quand il s'agit de se fier à des notes de pseudo experts et que parfois, les propriétaires préfèrent se concentrer sur des marchés lointains!), il est donc envisageable de choisir une autre voie. Non loin de là, un autre domaine des Landes girondines et sauternaises a franchi un palier encore plus extrême, du point de vue des tarifs s'entend, ne se destinant qu'à l'Asie et la Russie et ne cherchant même pas, semble-t-il, la moindre forme de confrontation avec ses pairs. Après un premier rendez-vous remis, nous espérons pouvoir l'évoquer ici dans quelques semaines.

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