La Pipette aux quatre vins

21 avril 2014

Anjou : en avril, il faut suivre le fil... d'actualité!...

Vous connaissez sûrement ce film culte, Les Demoiselles de Rochefort?... Eh bien, en ce mois d'avril, elles ont pris de la bouteille!... Et cela n'a rien à voir avec les dernières photos de Catherine Deneuve apparues récemment dans le New York Times!... Ce ne sont pas à proprement parler des soeurs jumelles, mais elles nous offrent parfois des verres quasi jumeaux!... Je veux juste évoquer là les appellations Quarts-de-Chaume et Coteaux-du-Layon Chaume, sises toutes deux sur la commune de... Rochefort sur Loire.

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Après vingt ans de démarches et de promotion de l'idée même de "Grand Cru", Quarts-de-Chaume a obtenu ce label au combien mérité. Dans le même temps, Chaume est promu au rang de Premier Cru des Coteaux-du-Layon. Ce sont les deux premiers du genre pour toute la Vallée de la Loire. Claude Papin, président du syndicat de l'appellation Quarts-de-Chaume, qui s'en félicite au nom de (presque) tous les vignerons du cru, espère au passage, qu'à terme "cette reconnaissance encouragera une réflexion sur de nouvelles délimitations des autres appellations pour la création d'autres crus dans la Loire." On peut raisonnablement penser que Coulée de Serrant et Roche-aux-Moines ont également le potentiel pour atteindre le sommet de la pyramide des classifications. Bonnezeaux sans doute aussi, pour peu que les vignerons arrivent à se mobiliser sur une véritable démarche de qualité et de mise en valeur du cru, en optant notamment, pour une augmentation du degré minimum naturel à la cueillette, le non usage de la chaptalisation ni de la cryoextraction (la cryosélection, selon Florent Baumard!) et bien sur, une délimitation rigoureuse des meilleures parcelles.

Chacun sait que ce genre de démarche collective débouche rarement sur un rapprochement humain sans arrière-pensée et des réunions de syndicat viticole se déroulant dans l'allégresse générale. Mais, ce qui a prévalu depuis 2011 et l'apparition officielle des décrets, a de quoi mettre en évidence les amers du chenin. Certes, la vingtaine de producteurs de Quarts-de-Chaume (et le double pour Chaume) s'est recentrée en grande majorité autour de l'objectif à atteindre, mais les chausse-trappes de la famille Baumard en ont laissé plus d'un perplexe. Ces derniers en avaient appelé, en dernier recours, au Conseil d'Etat, mais celui-ci, par son arrêt du 26 février dernier, confirme l'obtention des deux distinctions. Il ne reste donc plus qu'à travailler pour rendre leurs lettres de noblesse aux grands liquoreux d'Anjou et redonner envie aux amateurs, de mettre de nouveau ces crus sur leur table.

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Encore un Grand Cru, mais option Gueules de Vignerons, cette fois!... De bien belles images et le coup d'oeil d'un expert en la matière, Jean-Yves Bardin, photographe-auteur de son état, qui tire le portrait des vignerons de Loire et d'ailleurs depuis quelques années, proposant depuis quelques semaines, aux Éditions Anovi, Vignerons d'Anjou, une galerie de tronches réunissant la plupart des plus grands talents angevins et saumurois du moment. Une préface d'Étienne Davodeau et des textes de Patrick Rigourd viennent compléter ce casting talentueux.

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Vous ne manquerez pas de croiser avant longtemps l'auteur de cet album, notamment à l'occasion de divers salons ou portes ouvertes chez les vignerons de la région, en attendant peut-être de nouvelles aventures de celui-ci, dans d'autres vignobles de France et de Navarre.

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19 avril 2014

Domaine de la Casa Blanca, à Banyuls et Collioure

C'est une maison blanche adossée à la colline, on n'y vient pas forcément à pied, mais c'est possible. On ne frappe pas non plus, parce que c'est souvent ouvert. Il s'agit en fait d'une grande bâtisse avec un grand portail, comme les plus grands domaines de Banyuls en généraient, il y a désormais bien plus de cent ans. Lorsqu'on reprend de tels bâtiments, à notre époque, on doit parfois se demander ce qu'on va pouvoir faire de tout cet espace qu'il faut entretenir. Au moins, on est presque certains de ne pas manquer de place!... Pour en faire encore plus, on casse ces grandes cuves millésimées 1937, désormais inutiles et on découvre derrière un mur de briques, la roche, le schiste banyulenc. Juste la place d'un trésor, de millésimes légendaires... Mais rien finalement!... L'histoire eut été presque trop belle, il va donc falloir la reconstruire...

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La Casa Blanca, c'est un des plus vieux domaines familiaux produisant Banyuls et Collioure. Fondé en 1870, par un ancien maire de la ville, venu du Nord de la France, pour goûter toute la douceur de l'extrême Sud. Il ne tarda pas à vendre son nectar à la Reine Victoria et même à l'Elysée, dit-on. Il fut même un des co-fondateurs, à l'époque, de la cave coopérative locale. En 1983, un de ses descendants, Alain Soufflet, juriste dans le Nord lui aussi, décide de reprendre le domaine, en s'associant avec Laurent Escapa, ex-vigneron de la Coopérative.

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C'est Hervé Levano qui nous présente le domaine, en cette fraîche fin d'après-midi de mars. Il fait partie du trio d'associés complété par Valérie Reig, qui s'est lancé dans l'aventure, au moment où les héritiers ont cédé leurs parts. Il est arrivé en 1999, comme ouvrier au domaine. Né à Paris, il y fait ses études, après avoir passé son enfance à Bruxelles. Sa formation d'océanographe l'amène dans la région, où il anime un club de plongée local. Il publie même un livre sur les épaves de la côte, après avoir également travaillé dans une maison d'édition parisienne et passé un an à Banyuls pour vendre son bouquin. Pour sauver son emploi au domaine, il s'associe vite avec Laurent. En 2010, Valérie, ex-professeur d'équitation les rejoint, notamment pour compléter le projet en faisant appel à des mulets pour les labours.

Le domaine compte huit hectares et la plupart sur les coteaux. C'est une des raisons pour lesquelles le trio ne revendique pas de viticulture biologique. En effet, la conversion est une volonté affichée, mais elle ne se met en place que progressivement : 20 ares en 2005, 3,5 ha en 2014, à terme, l'ensemble sans doute. Depuis 1989, les engrais chimiques ont été abandonnés et, petit à petit, tous les produits de synthèse. Pas de technique oenologique non plus, pas d'enzymage et utilisation des levures indigènes seulement.

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Hervé nous rappelle objectivement ce qui conditionne la "rentabilité" des vignobles de la région. Comme on peut le constater de visu, sans se lasser de ce paysage, nombre de parcelles pentues sont dotées de mûrs, destinés à freiner l'érosion, aidés en cela par le système d'évacuation des eaux pluviales. Mais, dans ces vignes âgées de 70 ou 80 ans, parfois plus, une viticulture conventionnelle quasi généralisée a limité notamment, le développement des racines. Ces dernières sont abreuvées en surface depuis des lustres et le système racinaire ne s'étale que dans l'épaisseur de terre superficielle. Il est alors tentant, pour un vigneron s'orientant vers le bio, de procéder à un enherbement qui permette aux racines de la vigne de rechercher ses nutriments, ainsi que la fraîcheur, dans la roche mère. C'est d'ailleurs ce que le domaine a essayé pendant trois ans, à certains endroits, mais une année particulièrement sèche a mis en péril ces vignes désignées pour l'expérience, du fait d'une trop grande concurrence de l'herbe, assoiffée elle aussi par la canicule. Une trop grande baisse des rendements met alors cette rentabilité en péril, elle aussi, pouvant également mettre en évidence la forte concentration des raisins restants (la surmaturité est moins recherchée de nos jours...) et la difficulté à les vinifier à sa guise. On comprend mieux pourquoi nombre de vignerons du cru ne peuvent se résoudre à faire d'autres choix que la chimie conventionnelle.

Certes, une alternative est possible, mais aucun domaine ne peut l'admettre que progressive et à la condition de pouvoir valoriser le travail et les efforts de plusieurs années successives, à travers un prix de vente revalorisé de la bouteille, avec en plus, la nécessité vite évidente de pratiquer une vente au caveau, vers le grand public. Activité exigeante en matière de présence, mais l'été est largement pourvoyeur de visiteurs.

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Le trio de la Casa Blanca a donc opté pour une reprise des labours. Avec une conséquence première qui fait pour le moins débat : la suppression des mûrs. On les accuserait vite de détruire le paysage, voire de mettre en péril les vignes, du fait d'une accentuation supposée de l'érosion. Mais, ce travail du sol permet justement à l'eau des fortes pluies de moins ruisseler et de pénétrer plus régulièrement dans le sol, malgré la pente. Il faut dire qu'il s'agit d'un double labour : horizontal grâce aux mulets et dans la pente au moyen d'un treuil acquis dans le Valais suisse, le chenillard étant souvent dangereux du fait des dévers. Ces labours ne débutent qu'en janvier, loin des pluies parfois diluviennes de l'automne et jusqu'en avril. Pour l'une ou l'autre des techniques (mulet et treuil), il faut compter pas moins de vingt heures à l'hectare, soit un total de quarante!... On comprend mieux alors la recherche d'une rentabilité objective!...

"Nous sommes en 2014, un avion de ligne passe au-dessus de ma tête. Je suis entre le Soleil qui se lève et la Lune qui se couche. Sur une colline face à la mer, mes pas avancent dans le sillon de l'outil, tiré par mon mulet, ouvre dans la terre. Nous avançons en rythme, le temps a repris sa juste place, tout est calme. Lentement, sillon après sillon, le travail s'accomplit. A ce moment-là, la magie s'élève, quelque chose que l'on ressent comme une prière. Nous sommes en 2014, on va sur la Lune, pourtant je n'ai plus de doute à marcher dans les pas et avec la sagesse des anciens." (Extrait de la fiche consacrée au domaine par l'interprofession régionale).

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Le domaine propose pour moitié des Collioure rouges et des Banyuls rimage (pour rim, raisin en catalan et âge, après que Porto ait contesté l'emploi du terme vintage), en fûts uniquement, pas en cuves, soit, bon an mal an, 15 à 18000 bouteilles. Rappelons que les deux crus peuvent être issus des mêmes parcelles, l'AOC Collioure étant réservée aux vins secs (rouges AOC en 1971, rosés en 1991 et blancs en 2003) et les Banyuls (blancs ou rouges) aux VDN. Les Banyuls dits traditionnels impliquent une durée d'élevage de trente mois minimum (pas au domaine), en milieu oxydatif, sans ouillage. Ils peuvent être aussi "hors d'âge" (élevés en dame jeanne ou dans des fûts entreposés à l'extérieur ou en cave). Les Banyuls Grand Cru (AOC en 1962, les autres furent reconnus dès 1936) imposent 75% de grenache noir. A la cave, on trouve notamment quelques vieux fûts dont certains, dit la légende, contiennent des lies qui n'ont jamais été changées depuis le XIXè siècle!... On dit même qu'ils ont contenu auparavant du rhum!... Des petites quantités sont rajoutées de temps en temps (2008 et 2009), selon le principe approché d'une soleira. Celui dégusté lors de notre passage contenait une majorité de 2004.

044Deux Collioure rouges 2012 proposés à la dégustation, avec deux mises décalées, la première début juin, la seconde fin janvier. Le premier se compose de 60% de grenache noir, 15% syrah, 15% mourvèdre et 10% carignan. Des vignes d'une vingtaine d'années en moyenne, des raisins foulés, égrappés, des macérations de trois semaines, sans remontage ni pigeage, levures indigènes. Un joli vin sur la puissance. Le second est plus souple et plus rond, composé de grenache et de syrah, c'est la cuvée Lluminari. 2013 se présente un peu comme 2011, dans un registre moins concentré que 2012.

On entre ensuite dans l'univers des Banyuls, avec le blanc tout d'abord, Les Escoumes 2012. Grenache gris et grenache blanc en proportions égales. Plutôt des vignes d'altitude, plein nord. Pas moins de 100 gr de sucres résiduels et un équilibre étonnant, qui compense cette "sucrosité". En 2013, pas plus de 65 gr de SR, ce qui est le strict minimum pour l'appellation. Pour tous ces vins mutés, le principe est le même : on mute avec 5 à 10% d'alcool à 96°, plutôt 6 à 7% au domaine, sur des vins en pleine fermentation, sur grains, lorsqu'il reste environ 100 gr de sucres.

En Banyuls rouge, deux cuvées. La première Pineil 2011, issu d'une vigne face à la mer, sur la route de Cerbère. L'élevage ne dépasse pas douze mois, selon la réglementation en vigueur pour les rimage. En principe, les fûts doivent être ouillés, pour un élevage en milieu réducteur, mais dans le cas des deux Banyuls du domaine, pas d'ouillage et cependant, pas la moindre trace d'oxydation. La seconde, Roudoulère 2012 est dotée d'une robe plus noire, profonde. Les raisins viennent de vignes encaissées, avec parfois quelques raisins secs. Une tendance plus compotée, avec des arômes délicats de cacao.

Voilà donc un domaine qui tente de rebondir sur le contenu d'une part de tradition séculaire, de par les vins doux naturels du cru et la remise aux goûts du jour de techniques anciennes, qui ont cependant tendance à souligner que certaines contraintes sont quelque peu sorties des mémoires. Le poids d'une modernité ayant cédé aux pulvérisateurs, fussent-ils à dos et à la chimie limitant le nombre de passages, mais aussi l'effectif en matière de personnel. Lorsqu'on dresse l'oreille, en se promenant dans le vignoble local, on apprend vite que Banyuls et Collioure ne se portent pas si bien que cela. Les domaines plus "performants" ont rarement le souhait de s'agrandir, alors que les "micro-propriétés" sont parfois aux mains de vignerons sur le point de partir à la retraite sans successeurs, ce qui fait que les friches ont tendance à s'étaler et pourraient devenir de plus en plus visibles, dans un décor que les habitants veulent continuer, coûte que coûte, à préserver jalousement et à mettre en valeur. Le trio du Domaine de la Casa Blanca mesure bien désormais les difficultés, mais veut surtout rester conscient de cet équilibre fragile. Fragile, mais peut-être le seul actuellement, à se tourner vers un avenir réunissant, à terme, une viticulture respectueuse de l'environnement, la préservation d'un patrimoine rare et le plaisir des amateurs.

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14 avril 2014

Banyuls au futur antérieur!...

La cité banyulencque a beaucoup d'atouts, c'est indiscutable. Banyuls de la Marenda, en catalan, avec sa vie maritime et ses pêcheurs (victimes de ce qui pourrait bien être une fata morgana en 2011, sans que le VDN local ne puisse être incriminé, dit-on!), mais surtout son animation touristico-balnéaire et ses coteaux environnants couverts de vigne (leur sommet s'élève à près de 1000 mètres d'altitude!) motivent aisément la visite des amateurs de plages et d'activités nautiques, les baroudeurs tout-terrains (c'est le début, ou la fin, du célèbre GR 10 transpyrénéen) et bien sur, les amateurs de vins et de dégustations à options multiples. Avec en prime, les nuages, lorsqu'il y en a, façonnés par le célèbre sculpteur Aristide Maillol, né et mort dans la cité catalane, qui ne saurait pourtant faire de l'ombre aux descendantes de ses modèles aux formes quasi inimitables.

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Quelques "paillotes" sur la plage, de superbes palmiers Phoénix (très menacés, mais un remède semble découvert depuis peu pour les sauver!) bordant les avenues, des orangers aussi, au point de célébrer la Fête de l'Orange, chaque année, en janvier. Rue des Orangers, c'est justement là que nous avons rendez-vous avec Bruno Duchêne, le plus banyulenc des ligériens!... "Tu sais peut-être que j'ai déménagé... Tu pourras découvrir notre nouveau projet!..." Un rien mystérieux, le vigneron venu du Loir-et-Cher et arrivé sur la Côte Vermeille en 2002... mais on sent vite que la visite à Banyuls va valoir le détour, d'autant qu'il nous suggère la découverte, au passage, d'autres vignerons du cru, justement liés à ce projet.

Un projet?... Quasiment un tremblement de terre au coeur de la cité balnéo-catalane à laquelle d'aucuns pourraient trouver une sorte de charme désuet, qui sied aux villes des bords de mer prises d'assaut, chaque été, depuis le début du XXè siècle!... Et pourtant, elle en a vu d'autres, cette cité déjà connue des Celtes et des Grecs, en 400 avant J-C. Le vignoble y fut implanté par les Grecs justement et les Phéniciens. Au Moyen-Âge, les Templiers, rapportant de leurs campagnes lointaines la culture en terrasses, mettent en place un système d'écoulement des eaux pluviales dans les vignes pentues, toujours utilisé et entretenu de nos jours, les agouilles et peu de gall (pieds de coq en français). Jusqu'à une époque assez récente, l'impact de la cave coopérative locale était une réalité incontournable. Une grande cave d'élevage était située entre cette rue des Orangers et l'Avenue du Général de Gaulle. Ne servant plus à rien depuis quelques années, elle méritait un autre destin.

Bruno Duchêne n'est pas homme à rester éternellement sur les acquis d'une notoriété obtenue finalement très vite, tant il a su capter, dès qu'il diffusa ses cuvées aux étiquettes lumineuses, tout ce qui pouvait procurer localement du charme aux grenaches tricolores des bords de mer. De La Luna à Vall Pompo, sans oublier La Pascole, Corral Nou ou L'Anodine, pas de faute de goût à craindre si vous en avez dans votre cave, malgré la rareté de certaines cuvées.

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Alors ce projet?... Une véritable aventure entamée en juin 2012, par l'achat de l'ancienne cave d'élevage du Cellier des Templiers, appelée aussi Cave de l'Abbé Rous. Un montage financier avec plusieurs vignerons dans l'affaire et, après quelques turpitudes inhérentes à un tel projet urbain, les travaux ont débuté en avril 2013. Si tout va bien, leur terme est prévu fin 2014, avec une ouverture au public début 2015. Bien sur, pendant les quelques dix-huit mois de la durée de cette rénovation, Bruno se transforme souvent en maître d'oeuvre, afin de manager au mieux les interventions des entreprises, aidé en cela par Gérard Bossard, exploitant agricole à la retraite. Sans oublier l'aspect humain de l'affaire et un rôle de tampon entre futurs occupants et artisans divers. A terme, trois gîtes seront aménagés à l'étage, ainsi qu'un caveau de dégustation. Il ne reste plus qu'à trouver un nom à l'ensemble!... Ce sera peut-être Caves, tout simplement!... De celles qui se rebiffent contre l'uniformité du temps, parfois!...

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Dès 2014, huit caves seront terminées et sept vignerons pourront utiliser les locaux qu'ils auront choisis pour les prochaines vendanges. Il y a là Manuel Di Vecchi, du Domaine Vinyer de la Ruca et ses Banyuls proposés dans de petites bonbonnes en verre soufflé. Non loin de là, Bertrand de Guitaut et les deux hectares en production de son Domaine de Pechpeyrou. Quelques 2011 sont encore disponibles, comme les cuvées Cornillères (grenache noir et cabernet), Reblum, dans la plus pure tradition locale des parcelles complantées et des trois grenache ramassés en même temps, ou encore Hiho (grenache noir, gris et carignan), qui reprend le cri des muletiers catalans. C'eut pu être aussi comme un encouragement lors de la manoeuvre, sur le pont d'un bateau, pour ce passionné de voile, qui a d'ailleurs apposé sur ses étiquettes, la silhouette d'une barque catalane et sa voile latine. Une indiscutable évolution depuis la découverte des premières cuvées du domaine, cinq ans plus tôt, dans le salon des vins nature de la région, A bout de soufre, au coeur de Perpignan, puis l'apparition lors de REVEVIN 2009, d'un "Vin d'épices", issu d'une deuxième presse de grenache blanc et gris. A découvrir aussi, le Banyuls, parti pour être un rimage, mais refusé lors de la dégustation d'agrément pour "goût lactique et manque de sulfites"!... (sic) Il n'en fera pas moins un Banyuls traditionnel.

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Dans le petit local voisin, s'est installé Thierry Diaz, un nouveau venu dans le "Gang des Albères", selon le terme employé naguère pour les "gars d'la côte" de la viticulture des P-O!... Il a pour but de "sortir" progressivement quatre ou cinq hectares de vignes, dont les raisins sont jusqu'ici destinés à la cave coopérative. Pour commencer avec 2013, une cinquantaine d'ares lui ont permis de vinifier l'équivalent de quatre barriques. Des cuvées laboratoires, mais en version nature, comme tous ses co-cavistes!...

Vont donc venir occuper les trois autres caves en cours d'aménagement : Joachim Roque, un autre coopérateur local, qui sélectionne ses parcelles et prépare son installation pour les prochaines vendanges, Nicolas Miralles, un vacher bien connu dans la région, éleveur de massanaises, les vaches de l'Albera, qui doit reprendre quelques vignes avec son cousin. A noter aussi et Paulina, un couple de routards polono-portugais d'à peine trente ans, décidés à jeter l'ancre en Catalogne française, en reprenant deux hectares de vignes appartenant à Philippe Gachenc, vigneron banyulenc. Deux espaces de stockage sont également prévus, l'un pour un caviste local, l'autre pour le Domaine de la Casa Blanca. A noter que Loïc Roure pourrait aussi rejoindre Banyuls dans quelques années, avouant que la qualité de vie littorale le tente bigrement. "Si c'était à refaire... j'opterais peut-être pour la côte, plutôt que pour le Haut-Fenouillèdes!..." Pour un peu, j'oubliais Nathalie Lefort, avec ses vinaigres de La Guinelle, à Port-Vendres. Partenaire de l'affaire, mais sans pouvoir stocker dans les locaux, bien sur!...

Et donc, dans un espace somme toute assez confortable, même si pour un peu, il semblerait déjà trop petit, Bruno Duchêne a regroupé tout son matériel, chambre froide comprise et jusqu'à un vénérable foudre de plus de 48 hl, suspendu au plafond restauré dans le plus pur style local et transformé en chambre pour le moins pratique, lorsqu'il s'agira de surveiller les fermentations!... Génial!... Juste le temps d'apprécier les cuvées du domaine en cours d'élevage et il nous faut traverser la ville pour découvrir une autre facette de la viticulture des deux crus de la Côte Vermeille, le Domaine de la Casa Blanca.

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En attendant, nous pouvons constater que Banyuls se conjugue à tous les temps. Le passé, pour les quelques images sépia que l'on garde en mémoire, le présent, avec ses rafales de tramontane et sa lumière inimitable, que l'on peut goûter au son de la sardane et le futur que l'on va pouvoir céder à nos enfants sans crainte, parce que certains vignerons n'hésitent pas à bousculer leur quotidien. Et là, dès que les travaux seront terminés, nous pourrons apprécier les Caves de la rue des Orangers!... Exemple de phrase conjuguée au futur antérieur, s'il en est!...

09 avril 2014

Michaël Georget, Le Temps Retrouvé, à Laroque des Albères (66)

Une rencontre des derniers Greniers St Jean, à Angers, en février dernier. Il s'y trouvait aux côtés de Thomas Teibert, de Calce. Un jeune homme qui y faisait déguster son premier millésime, 2012, venant de Laroque des Albères, en droite ligne du piémont des Montagnes bleues, tel qu'on surnomme parfois la chaîne qui se jette dans la Méditerranée du côté de Port-Vendres et Banyuls, pour le profil bleu foncé qu'elle propose parfois dans le paysage catalan. Rien à voir cependant avec les Blue Mountains australiennes.

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Ce jeune homme a justement trente-deux ans le jour même de notre passage. Mais, il ne faut pas s'y tromper, son vécu à la vigne et déjà pour le moins solide, parce que sa passion de la terre et de la nature, il la cultive depuis l'âge de douze ans. L'enfant de Chinon exprime cela très jeune donc et demande à ses parents à quel âge il peut commencer son apprentissage. Par une sorte de dérogation, il l'entame dès quinze ans. En fait, son désir le plus cher aurait été de commencer sa vie d'agriculteur chez Mark Angeli, pour la recherche d'autonomie et l'approche d'une certaine polyculture notamment. Mais, finalement, il fait ses armes chez Pierre Prieur, au coeur du Véron, à la confluence de la Loire et de la Vienne. Vite intéressé par la biodynamie, il effectue quelques recherches personnelles sur le sujet et pratique le jardinage, activité permettant de mesurer plus rapidement, à ses yeux, l'impact de la méthode. Il construit peu à peu sa propre philosophie et songe vite à découvrir d'autres façons de travailler, d'autres régions, d'autres domaines.

En 2006, il part pour l'Alsace, où les agriculteurs disciples de Steiner sont de plus en plus nombreux. Il se retrouve à Ammerschwihr, chez Jean Schaetzel, où il forge son expérience. Dans un souci d'indépendance et peut-être dans le but de transmettre ces acquis dans d'autres contrées et sur d'autres terroirs, il ne tarde pas à changer d'horizon. Il aurait sans doute pu alors courir le Monde et changer de continent, mais sa compagne n'est pas prête à un tel bouleversement. En 2009, il met donc cap au sud et débarque dans les Pyrénées-Orientales, afin de contribuer à la conversion d'un gros domaine de 65 ha de Montesquieu des Albères, le Moulin de Breuil. Au terme de cette période, tout en pratiquant encore le conseil auprès de domaines de la région, en intervenant sur certains aspects particuliers, il décide de concrétiser sa déjà longue réflexion, en vue d'une installation incluant la traction animale, regroupant objectivement vigne, cave et pâturages. Pas simple en P-O, où la pression immobilière est une réalité pesante!... Des vignes, il est peut-être possible d'en trouver, mais des bâtiments, souvent transformés et rénovés pour proposer des hébergements de villégiature, c'est beaucoup plus compliqué. Quant à la construction, c'est inutile même d'y songer!...

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Par hasard, il découvre, à Laroque des Albères, le domaine familial du Mas d'en Rancoure. Il y a vingt ans, le vigneron est décédé brutalement et le temps s'est arrêté... Pendant ce laps de temps, la famille confie les vignes successivement à deux fermiers de la région, qui entretiennent tant bien que mal l'ensemble. Malgré la pression de ceux-ci, les descendants refusent tout arrachage des vieilles vignes. Michaël obtient donc, courant 2012, de les reprendre et finalement de disposer de la cave, qu'il va pouvoir aménager, notamment par l'apport de quelques cuves en fibre, afin de travailler en monocépage, en attendant d'autres matériaux peut-être. Dans les premiers temps, il retrouve même les outils comme le vigneron les avait laissés. Dans le mas, il découvre une antique représentation, un meuble régional, que la famille appelle Le Temps Retrouvé. Voilà un nom qui colle bien à sa démarche! Un nouveau domaine est né aux pieds des Albères.

La vigne est disposée sur deux ou trois grandes terrasses, comme souvent dans le secteur. Au total, 4,5 ha d'un seul tenant, dont 3,5 ha de vieux carignan centenaires (post-phylloxera), mais qui en valent guère plus de deux, du fait des manquants, mais aussi parce qu'un rang sur trois fut naguère arraché, dans les années 60, pour permettre le passage du tracteur. Sur la terrasse du haut, des maccabeu (certains ont quarante ans), des grenache gris, blancs et noirs, le tout âgé d'environ quatre-vingt dix ans. La complantation s'explique aussi par le fait que naguère, on faisait du Rivesaltes par ici. Les sols sont globalement argilo-siliceux, avec traces d'éboulis de toutes sortes (micaschistes, quartz, gneiss, roche ferreuse...), comme c'est parfois le cas dans cette configuration de piémont.

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Là, rencontre avec Goliath, un solide franc-comtois que le vigneron a trouvé en Languedoc et Paco, un petit breton que lui a cédé Stéphane Morin. On devine aisément une relation forte entre partenaires inséparables. Le duo de chevaux broute quelque peu l'herbe ces temps-ci, avant qu'elle ne soit attentivement roulée, méthode privilégiée plutôt que des labours. Les pâturages pour le foin, quant à eux, sont situés plus bas, sur St Genis des Fontaines, la commune voisine. Quelques ruches écologiques sont aussi présentes, proposant un habitat à des abeilles sauvages. Particularité, elles s'agrandissent de bas en haut et non sur les côtés, comme les ruches destinées à la production de miel. Leur présence est, selon le vigneron, "destinée à accompagner la vigne". Soulignons encore que pour Michaël, l'utilisation du cheval implique une bonne autonomie (il a un très bon copain ferronnier tout proche et dispose d'un matériel important) et une véritable rentabilité de l'activité. Pour tout dire, il utilise le tracteur quatre fois dans l'année, pour traiter et tirer la remorque lors des vendanges. Encore, dispose-t-il d'un traineau pour sortir une bonne partie des raisins!... Pour ce qui est de la biodynamie, il tend là aussi à l'autonomie, préparant sa "500" et enterrant les cornes de vaches dont il a besoin.

A la cave, une batterie de cuves pour travailler en monocépage et utiliser le plus possible la gravité (son chariot du type Fenwick est absolument indispensable lors des fermentations!). Il dispose également d'une chambre froide pour vinifier et élever les blancs, ainsi que le rosé. Pendant tout le process, zéro soufre, à l'exception des éventuelles mises précoces (1 gr). Le plus souvent, vinifications classiques, avec quelques remontages, lorsque la densité atteint 1030 ou 1040. L'installation se complète d'un chai à barriques dont les poutres ont quatre cents ans, datant donc de Louis XIV!... Les foudres entreposés là datent d'après la Seconde Guerre mondiale.

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Très belle dégustation de tous les 2013 en cours d'élevage. Participant à Vinicircus, le vigneron a hésité à procéder aux mises de ses deux blancs du millésime, mais il estima finalement qu'ils n'étaient pas prêts. Le plus souvent, il préfère que le vin fasse un cycle annuel complet avant les mises. Le Maccabeu 2013 a fermenté en cuves, avant de passer en barriques de 400 litres et se montre déjà très agréable. En 2014, il est prévu que la fermentation se fasse directement en fûts, comme c'est déjà le cas pour le Grenache gris 2013 (vignes de 90 ans), qui montre du volume, de la densité. Le Rosé 2013 se veut un véritable vin de gastronomie, en même temps qu'une saignée de deux tiers de carignan centenaire et d'un tiers de grenache noir (ce fut l'inverse en 2012). Aussitôt après la saignée, les jus passent en barriques pour la fermentation, puis l'élevage. Une belle présence et du caractère, pour un vin que nombre de restaurateurs ne devraient pas ignorer!...

La gamme, qui va se composer d'une douzaine d'étiquettes, se décline ensuite en rouges. Le premier est un assemblage de raisins ramassés ensemble, puis réunis pour l'élevage, 60% grenache, 25% syrah (une partie est vinifiée en macération carbonique) et 15% carignan. Il donne le la, en cette matinée pluvieuse, où pourtant tout se goûte bien!... Viennent ensuite mourvèdre, puis grenache et enfin de très vieilles vignes de carignan, denses, intenses et droits. Un régal pour finir : le Collioure 2013. En effet, Michaël Georget dispose également de soixante ares de terrasses en cette appellation (60 ares, ce n'est pas rien, comme vous le confirmeront tous les Colliourencs!), le tout exposé plein sud, sous le Fort Saint Elme. On trouve là les trois grenaches (noir, gris et blanc), qui sont soigneusement vendangés et la fermentation se fait en fûts. Les raisins y sont introduits par la bonde, puis les barriques sont roulées pendant un mois. A l'issue de cette période, le tout est égoutté, toujours par la bonde. Les barriques sont ensuite démontées, afin de récupérer les raisins en vue du pressurage. A l'issue, remontage des contenants, réutilisés pour l'élevage de douze mois. Lors de notre passage, soyons clairs, une bombe!... Du pur plaisir et une présence inimitable!...

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Pas de doute, avec Michaël Georget, attention talent!... Dans la région, nombre de vignerons et quelques restaurateurs l'ont déjà croisé et apprécié. Certains ne sont pas loin de prédire qu'il pourrait devenir une figure des Albères et des P-O!... Non loin de là, Martine, de La Table de Cuisine (une adresse à ne pas manquer si vous passez dans la région!), à St André, confirme notre impression : "Oh lui, il va faire bon avant longtemps!..." Foi de Jurassienne!... 

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05 avril 2014

Lucien Salani, Domaine des Balmettes, à Cases de Pène (66)

La tramontane souffle fort en cette matinée de début de printemps. Que seraient les P-O sans ce vent du nord ou du nord-ouest, froid et sec? Que seraient les vignerons de la région sans ce purificateur de l'atmosphère locale qui, certes, oblige à pratiquer la taille dans des conditions souvent réfrigérantes, de novembre à mars, voire début avril, mais leur évite bien des problèmes de maladies à la vigne et limite sacrément les traitements. "C'est bien simple, précise Lucien Salani, "ici, pas de mildiou ni de vers de la grappe!..."

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Le vigneron vit bien à Cases de Pène, petit village de la basse vallée de l'Agly, mais les dix hectares regroupant ses parcelles se situent sur la commune d'Espira de l'Agly. Nous avons rendez-vous pour découvrir les vignes qui s'échelonnent sur les quelques dômes dominant la vallée. Des duos s'affairent sur les différents versants, certains composés de marnes noires, les autres de schistes dégradés. En bas, des vignes sur le plat appartenant à Hervé Bizeul, tirées au cordeau sur la terre sombre. Au-dessus, les vieux cinsault de Benoît Danjou, que l'on surprend en pleine taille, accompagné d'un ami octogénaire de son grand-père, passionné par cette activité hivernale.

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Plus haut encore, deux silhouettes emmitouflées taillent également grenache, syrah et dix ares de carignan complantés. Parmi elles, Aline Hock, qui pratique volontiers l'entraide avec Lulu, ce dernier avouant au passage, apprécier la touche féminine pour ces travaux de mars. "Mais, on a aussi une espèce de négoce ensemble..." Avec notamment des raisins achetés au Roc des Anges, à Montner, afin de proposer la cuvée L'Herbe rouge, composée d'une majorité de grenache, de carignan, de syrah et de chenanson, croisement du grenache noir et du jurançon noir, création de l'INRA de Montpellier. Aline et son amie sont venues avec leurs chiens respectifs, mais nous découvrons aussi les deux oies d'Aline, qui semblent apprécier ces petites sorties dans le vignoble. A notre approche, elles se font bruyamment entendre, on a presque l'impression qu'elles se mettent au diapason des beaucerons!...

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Lucien Salani nous permet de découvrir le terroir du Domaine des Balmettes et tout l'intérêt de ces vignes en coteaux, exposés au souffle des rafales tombant des contreforts des Corbières. De visu, nous pouvons en effet constater que rien ne semble pouvoir freiner cette tramontane s'engouffrant dans les couloirs de calcaire et de garrigue. Dix hectares d'un seul tenant ou presque, de vieux grenache blancs aussi. Le vigneron nous explique que tout l'intérêt du secteur, c'est qu'il n'y a pas de perte d'acidité. Les marnes restent chaudes pendant les nuits d'été, mais les schistes reprennent la température nocturne. 4200 pieds/hectare environ, parce qu'il y a bien quelques manquants. Une parcelle sera bientôt plantée de grenache noir, en massale, malgré le taux de mortalité élevé dans un tel secteur, mais on mesure bien l'intérêt de prendre soin de telles parcelles, dont on ne peut travailler les sols qu'au chenillard, ou peut-être avec des mules.

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Côté cave, le domaine se (re)structure. Lucien a pu acquérir la maison voisine de la sienne au coeur de Cases de Pène et aménage l'ensemble pour disposer avant longtemps d'un hébergement moins... nomade d'une part et d'une perspective d'organisation plus rationnelle. En un peu plus de dix années, le vigneron d'origine lorraine a pris de la bouteille, mais ce n'est pas pour autant qu'on nous l'a changé, Lulu!... Il dit volontiers partager toujours une forme d'idéal, avec Frédéric Rivaton notamment. Ce dernier dit parfois qu'il fait de belles et grosses vendanges certaines années, mais qu'il perd dans ces circonstances beaucoup de vins qui n'aboutissent pas, en plus du niveau d'exigence. A priori, on devine qu'il a tracé son chemin, que le paysage lui sied, mais qu'il admet volontiers que ses chaussures sont un peu usées!...

La dégustation des 2013 en cours d'élevage laisse augurer d'un bon millésime. Le maccabeu, Les Agaves et le grenache blanc issu de plus vieilles vignes, Fleur d'Agaves montrent une belle identité, ainsi qu'une dynamique plutôt séduisante. Côté rouge, deux grenache sur différentes expositions. Un cépage que Lucien qualifie de compliqué. Ces dernières années, il avoue beaucoup de pertes en jus, du fait d'une oxydation apparaissant en cours d'élevage. Les fermentations se faisant à température assez élevée et le travail avec le froid n'étant pas dans son optique, il a du changer quelque peu son fusil d'épaule. Si les vinifications se font toujours en cuves tronconiques, en 2013, les cuvaisons n'ont pas dépassé dix à douze jours, avec très peu de remontages et les fermentations se finissent en barriques. Du coup, les perspectives sont différentes et la tonicité est préservée.

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La syrah, quant à elle, que Lucien qualifie volontiers d'inoxydable, ne propose guère plus de 12 hl/ha, avec moins d'expression de terroir selon lui, mais toujours une belle structure tannique. Retour aux grenache pour finir, avec le gris d'abord, traité en vendange entière, avec une macération pelliculaire de deux jours préservant la fraîcheur. Son aspect rosé contribue à donner un style hors du commun à cette cuvée GG de Lulu, apparue voilà quatre ans. Guère plus de 1500 bouteilles les bonnes années, la vigne produisant de très petites grappes avec, curieusement, des rendements corrects une année sur deux. Un grenache noir ensuite, destiné à la cuvée Les Amandiers, vinifié sur marc, avec de très beaux amers et une pointe délicatement chocolatée.

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Un plaisir donc, de redécouvrir les vins de Lulu Salani. L'homme a son franc-parler, mais il en faudrait beaucoup pour qu'il renie ses choix, qu'il admet parfois borderline. Un plaisir au passage, parce qu'il nous convie du coup à un petit casse-croûte inimitable, à l'abri du vent, sur un coteau qui se donne des airs de cru bourguignon, avec sa forêt de pins qui coiffe le sommet des vignes. De toute façon, le qualificatif de bourguignon ne le gène pas, lui qui revendique une production à l'école bourguignonne. Genre terroir nature (sans soufre absolu) et à la mode catalane cependant!... Belle entrée en matière, pour notre séjour en P-O!...

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02 avril 2014

Escapade nantaise, avec Vigne'Horizons

Pour fêter le printemps, quelle meilleure soirée qu'un passage dans le vignoble nantais, avec Vigne'Horizons, avant de découvrir une jolie table de la cité d'Anne de Bretagne?... En quelques sortes, passer des champs de mars aux Chants d'Avril!...

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En préambule de cette soirée du 20 mars donc, passage au Domaine du Fay d'Homme, chez Vincent Caillé, à Monnières, haut-lieu du vignoble nantais, avec ses Muscadet sur gabbro, pour ce qui est des parcelles à proximité de la cave. Le jour commence à baisser, mais nous optons pour une découverte de la parcelle située à quelques centaines de mètres, en bordure de la voie ferrée (le TGV mogettes!), où l'on trouve à cette époque de l'année, normalement, quelques tulipes sauvages. Tulipa sylvestris, une des plus répandues dans le vignoble jusqu'au début des années 80, mais laminée par l'utilisation des herbicides dans les vignes. Vincent Caillé se souvenait en avoir ramassé, naguère, du côté de Maisdon sur Sèvre. C'était un peu le muguet des premiers jours de printemps. Les premiers bouquets trouvaient vite preneur(se)s dans les villages, pour quelques... francs!... Au Jardin des Plantes de Nantes, quelques dizaines de bulbes sont implantées dès 1990, au sein d'une vigne expérimentale. En 2004, l'antenne régionale des Pays de la Loire du Conservatoire Botanique de Brest établit un plan, en vue de la conservation de cette variété de tulipes des champs et vignes. Les bulbes se multipliant avec le temps, il est décidé, en décembre 2009, de réintroduire ces fleurs dans le vignoble, qui se devait d'être bio, bien évidemment. Avec deux autres vignerons de la région, Vincent Caillé accepte volontiers de tenter l'expérience et, en ce début d'année 2014, notre petit groupe découvre ces premières tulipes juste sorties de terre, qui ne manqueront pas d'égayer le paysage dans les prochains jours, sorte de boutons d'or élancés et gracieux.

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A la cave, il nous est ensuite permis d'apprécier quelques cuvées disponibles et récentes, dont le Gros-Plant La Part du Colibri 2013, qui permet à certains membres du groupe de tenter de se remémorer le temps où ils consommaient encore cette variété de vin!... Et du coup, le plaisir de découvrir une telle qualité, issue d'une vieille vigne sur gabbro, non loin de la cave également, n'en est que plus vif. A suivre entre autres, la cuvée dite Clos de la Févrie 2012, issue d'une parcelle sur gneiss et le remarquable Monnières-St Fiacre 2009, avec ses trois années d'élevage sur lies, contribuant à démontrer le potentiel des Crus communaux, tels qu'ils sont progressivement définis dans le vignoble du Muscadet. A noter aussi la cuvée Vieilles Vignes 2012, sur orthogneiss, mais aussi le Gamay 2013, zéro soufre, qui permet au vigneron d'expérimenter, sur les rouges d'abord, les vinifications "nature", avant même d'apparaître, à terme plus ou moins lointain, sur les autres cuvées. Mais, Vincent Caillé n'est pas homme à précipiter les choses et d'autres étapes restent à franchir pour asseoir un serein développement du domaine. Des cuves en béton pourraient intégrer le cuvier, si les grands garde-vins actuels trouvaient preneur et d'autres équilibres restent à trouver, pour atteindre les objectifs à la vigne. Comme chacun sait, le Pays Nantais, ce n'est pas la Bourgogne, ni d'autres vignobles à fort "potentiel rémunérateur" et, désormais, un millésime 2014 offrant des volumes supérieurs à 2012 et 2013 serait le bienvenu!... On croise les doigts, avec moult vignerons de France et de Navarre!...

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Passons à table et prenons la direction du centre ville de Nantes, où Véronique et Christophe François nous proposent, au 2 de la rue Laënnec, de découvrir Les Chants d'Avril, bistrot gourmand, vivement conseillé par de nombreux vignerons de la région, avec deux ou trois autres à apprécier, au bas mot!...

Christophe, un quadra natif de Pontoise, sait depuis l'âge de sept ans qu'il veut être cuisinier!... L'influence des grand-mères sucrées-salées!... Issu de la promotion 1993 de l'Ecole Hôtelière Institut Vatel, il fait ses gammes dans divers restaurants parisiens. Il rencontre Véronique, native de Chinon, qui elle, est en fac de psycho du travail jusqu'en 1996. "Il m'a dit : c'est moi avec mon métier ou pas moi!" Un homme qui sait parler aux femmes, façon ultimatum!... Et, c'est ainsi qu'ils ouvrent, en 2000, leur premier restaurant, Les Epis d'or, à Champagné sur Oise (95). Déjà apparaît la formule du "menu mystère". "Christophe n'aime pas faire deux fois de suite le même plat!"

En 2008, cap à l'ouest! Ils ouvrent à Nantes, Les Chants d'Avril. Objectif : "une cuisine bistronomique dans le cadre d'un vieux bistrot de quartier, avec la déco chaise en bois des années 40." En cuisine, des produits vrais, associés de façon inattendue et une indéfectible envie de créer. La passion du vin en plus ("on n'a jamais fini de découvrir et d'apprendre!"), la rencontre d'une épicière "qui connaît tous ses poivres par leur goût" (Sylvie) et d'un chef de bistrot permettant la création d'une "ligne d'épices Chants d'Avril", prêtes à l'emploi, façon tour du moulin qui change les choses à la maison!... Sur cette base, nous ne pouvions que nous régaler!...

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Après, en guise d'amuse-bouche, des rillettes de merlu au citron vert et basilic, avec une feuille de mertensia maritima, accompagnées d'un réjouissant Gros Pet 2013 du Domaine de l'Ecu, que personne ne peut se permettre d'ignorer!

La base du menu mystère, comme il se doit, nous est annoncée genre poisson, fruits de mer et crustacés. La première assiette se compose de noix de St Jacques crues, légèrement marinées dans de l'huile de noisette de chez Vigean, zeste de citron de Menton, accompagnées de betterave crapaudine, pousse de moutarde et red met. Un bonheur n'arrivant jamais seul, ce plat est accompagné d'un Muscadet 2012, de Julien Braud, le petit jeune qui monte à Monnières, dont Vincent Caillé parle avec enthousiasme. 

La suite est de la même veine, pétillante à souhait : crevettes de Bélize, herbes fraîches, grenades, citron vert, pistou de feuilles de radis et citron, huile de sésame Vigean. Un plat joyeux et frais, qui forme un joli duo avec le Bourgogne Vezelay 2010 du Domaine de la Cadette, dont la rétro délicatement rhubarbe est surprenante et enthousiasmante. Le vin accompagne aussi le poisson du jour s'annonçant plus classique : un dos de lieu jaune, bouillon de crustacé, tandori, radis blancs, carottes de couleurs.

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"Vous avez encore faim?... Parce que le chef vous a préparé une petite surprise!..." Et nous voilà partis pour une très belle assiette, goûteuse et onctueuse : une échine et gorge de porc basse température croustifondant, panais, grenaille, shitaké, jus très corsé, ail et thym. Le tout en phase avec un Cahors de Fabien Jouves, Les Escures 2012, du Mas del Périé, tonique et volumineux.

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Nous restait-il un peu de place?... La raison allait-elle l'emporter?... Non, parce que le dessert aperçu les jours précédents sur quelque photo publiée sur Facebook allait sonner le glas de notre résistance : comme un snickers, cacahuète, chocolat Valhrona 55%, miel d'Herbignac, crumble salé de petit Lu, caramel. Une tuerie d'la mort!... Comme dirait une gourmande de mes connaissances!...

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Résiste!... Vous n'allez quand même pas vous jeter sur votre écran!?... C'est peu de dire que nous sommes là, à une adresse tout-à-fait recommandable!...

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20 mars 2014

L'Anjou fait feu de tout bois (pas tout)!...

Grand bleu, mais présence de particules fines!... La première partie du bulletin météo suffisait largement pour nous faire sortir du bois, Horta et moi. Pour ce qui est de la seconde mention, les particules fines, les prévisionnistes nous montrent dans leur bulletin, leur pain quotidien, quelques photos évoquant parfois la relative limpidité (ou turbidité, c'est selon) des vins naturels, ni filtrés, ni soufrés. A quand des mentions plus explicites pour qualifier le ciel d'hiver de nos contrées?... "Demain, l'horizon sera quelque peu Arbois ou Layon!" Ou encore : "L'ambiance sera Overnoy ou Chaffardon!..." Comprendra qui pourra!... D'accord, mais avec modération, répondra Monsieur Evin. Ceci dit, on rigole, on rigole, mais ces particules, au final, ça sans le soufre!... Ça sent surtout, à terme, les mesures contraignantes destinées à justifier l'augmentation des prix des carburants. Il faut dire que parfois, nous ne sommes pas raisonnables. Pour l'instant, si le nez et la gorge vous piquent, une seule solution : filez en Anjou!...

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~ Jean-Christophe Garnier, à St Lambert du Lattay ~

Il a bien grandi, le jeune homme qui faisait partie, naguère, des révélations d'une certaine nouvelle vague angevine. C'était à l'entame du troisième millénaire de notre ère. A cette époque là et même encore en avril 2008, lors d'un précédent passage au domaine, il disait ne pas vouloir augmenter la surface de vignes dont il disposait, soit environ quatre hectares. Indiscutablement, il a gagné en confiance, mais a aussi franchi le Rubicon Layon, en faisant construire des locaux neufs permettant de travailler dans de bien meilleures conditions. Un déblocage de prêts disponibles en sa qualité de jeune agriculteur, certes, une pression supplémentaire, mais il admet désormais que celle-ci est toujours présente, sous une autre forme parfois, due à la trop petite taille d'un domaine. Cette part de risque, à ses yeux, cela lui permet d'avancer, tout en assurant une bonne continuité.

Alors qu'il ne disposait avant que de parcelles de blancs, il a aujourd'hui autant de rouges que de blancs, passant donc de 4 ha à 7,5 ha. Le tout s'accompagnant d'une sorte de restructuration du parcellaire, cédant ici ou là, arrachant parfois et programmant aussi quelques nouvelles plantations, voire achetant quelques friches, lui permettant de se projeter dans un avenir plus lointain.

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L'expérience acquise depuis quelques années permet au vigneron de St Lambert du Lattay de se projeter dans le futur avec une plus grande assurance. Ainsi, du côté de Bézigon, qui reste sans doute son spot fétiche, il avance à petits pas, ceux que la nature et l'équilibre financier imposent, mais avec détermination. C'est sur ce coteau exposé au nordet qu'il a déjà planté à 7000 pieds/hectare, en 2009 et 2010, près de deux hectares de chenin, sur ce sol de schistes érodés, reposant sur un sous-sol de métagrauwackes. Dès que ces vignes vont toutes entrer en production, une parcelle de plus vieilles vignes (aux nombreux déplants) acquise à proximité, sera à son tour arrachée, afin de composer à terme un ensemble plus cohérent et d'origine choisie.

Non loin de là, soixante ares de gamay viennent aussi d'être arrachés et après une patiente préparation (semis de seigle et d'avoine à venir), la parcelle devrait être plantée de pineau d'Aunis de diverses origines (Jasnières, Layon et sans doute un clone). A l'extrémité de celle-ci, une friche, jouxtant aussi les cabernets de Cédric Garreau, pourrait être plantée d'arbres fruitiers, composant un joli verger, participant à terme à la biodiversité du site.

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En vis à vis, sur l'autre rive du Layon, on aperçoit, profitant du temps... clair, l'autre composante "historique" importante du domaine, le secteur de La Roche, 1 ha 10 de chenin sur carbonifères exposés ouest, composant désormais avec Bézigon, un Anjou blanc de caractère, sorte d'association du yin et du yang, option vallée du Layon, comme deux terres qui se toisent et qui, finalement, transformeraient duel en duo. Une notion que semble désormais privilégier Jean-Christophe, longtemps passionné par l'idée du parcellaire vinique, mais qui, de plus en plus, se sent attiré par les assemblages, au-delà même de la volonté de simplifier sa gamme. Presqu'au point peut-être de rêver d'un duo blanc-rouge, indépendemment des conditions propres à chaque millésime, qui peuvent permettre l'apparition de cuvées plus ou moins expérimentales (ou non voulues!). Vous n'y couperez pas, le prochain millésime solaire verra sans doute revenir, comme en 2005, ce vin élevé trois ans et demi en barriques, à la façon d'un jaune du Jura!...

Autre secteur important désormais, Les Tailles, avec plusieurs parcelles sur ce plateau limono-gravelo-argileux situé au sud du village de St Lambert, plantées pour l'essentiel de cépages rouges : gamay, cabernet franc, cabernet sauvignon et pineau d'Aunis. Là encore, quelques rangs destinés à de futures vignes, avec notamment cet essai de plantation de porte-greffes pendant deux ans, permettant l'implantation du système racinaire, avant même le greffage d'une variété à définir, peut-être du chenin... Il faut dire que les 2,5 ha dont dispose ici le vigneron, sont en métayage et que le propriétaire actuel va progressivement en reprendre une partie, du fait de la cessation de son activité professionnelle habituelle. On s'oriente donc là vers une sorte de démarche collective, d'un point de vue matériel notamment, à laquelle il convient d'ajouter le salarié du domaine, Julien, en pleines démarches en vue de la création d'une nouvelle entité, s'appuyant sur la reprise probable d'une partie des vignes d'Olivier Van Ettinger, à Faye d'Anjou.

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D'autres évolutions à prévoir donc, puisqu'il faut ajouter une parcelle restant à planter, à proximité des vignes du Musée de St Lambert, avec vue imprenable sur l'église du village et une autre destinée à recevoir un hectare de chenin, dans le secteur de Rouchefer (bien connu de René Mosse), en allant vers Beaulieu sur Layon.

Côté dégustation, découverte donc de la cuvée 2013 de La Roche-Bézigon, en cours d'élevage dans un grand foudre en chêne, présent au domaine depuis deux ans. Option innovante pour Jean-Christophe, qui souhaitait éviter certaines incertitudes liées à un élevage traditionnel en barriques, ainsi que les manutentions pouvant être sujettes à cautions. Le dernier millésime est doté d'une structure plus légère et le vigneron imagine volontiers qu'il pourrait bénéficier d'une mise de printemps, sur les arômes primaires, plutôt que de suivre le rythme habituel d'un élevage d'une année. De plus, 50 hl, soit le volume du foudre, sont seulement disponibles au lieu des 80 d'une année normale, ce qui fait que l'assemblage classique foudre-cuve n'est pas d'actualité cette fois. Les versions 2011 et 2012 bénéficient d'un équilibre plus accompli, avec quelques notes d'élevage justement, que le temps va digérer, dues sans doute à la jeunesse du foudre et aux variantes d'expression par séquence. En 2011, une sélection issue exclusivement de La Roche est aussi disponible, alors qu'en 2012, un petit volume du duo a été mis en bouteilles en version nature. Excellent!...

Les rouges sont quant à eux vinifiés en macération carbonique. L'élevage étant limité à un passage en cuves, avec pour tous une mise de printemps (mai). A moyen terme, le vigneron espère pouvoir élever tout ou partie de ses rouges en cuves tronconiques. Trois composantes à déguster : un premier assemblage gamay-pineau d'Aunis (ce dernier issu d'une parcelle de 50 ares environ), qui ne devrait porter d'autre nom que Gamay-Aunis, au toucher de bouche agréable et net. Ensuite, deux assemblages des deux cabernets, le premier venant du secteur des Tailles et le second, plus tannique, avec une pointe plus herbacée et issu de vignes plus vieilles dans le secteur des Chévries. On y devine une sorte de complémentarité, ce qui sera confirmé avec les 2013, puisque ces deux volumes seront assemblés pour composer la cuvée Cabernet. Notez que d'ici la mise du dernier millésime, seuls quelques magnums de 2012 sont encore disponibles au domaine.

Côté pétillants (élaborés à Saumur, où un 2009 sera bientôt dégorgé), un blanc est produit lors des millésimes généreux et un rouge plus régulièrement, issu de gamay, pineau d'Aunis et d'un peu de grolleau.

On peut donc considérer que Jean-Christophe Garnier est resté inscrit jusqu'à maintenant dans une sorte de mouvement perpétuel, tentant de conforter ses positions, malgré des évolutions importantes. Pourtant, il n'en a pas moins ses fidèles supporters, qui lui reconnaissent un style liant originalité et constante d'expression forte. En un mot, sa patte personnelle est appréciée et depuis quelques temps, de plus en plus à l'étranger, ce qui renforce la dynamique positive dans laquelle il s'inscrit désormais. Indiscutablement, un tenant d'une ex-nouvelle vague, passé sans coup férir, dans le lot des référents de la région.

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~ Domaine DeboutBertin, à Faye d'Anjou ~

Nouuuveeelle vague!... Un percheron, quelques bouts d'terre, l'Anjou au coeur, mais les pieds sur terre!... C'est la nouuuveeelle vague!... (air connu). La région n'a pas eu, à ce jour, à souffrir d'un quelconque tsunami, mais il faut bien admettre qu'elle voit se former des ondes successives, aptes à irriguer les papilles des amateurs de vins bio et nature. Après les Anges Vins, vignerons pure souche layonesque pour la plupart, un autre groupe, En joue connection, est apparu. Il se compose souvent de jeunes nouveaux venus dans la région, passés presque invariablement par la case dégustation et partage, voire les "classes vertes" que sont les journées initiatrices de vendanges chez les vignerons du cru. Pour nombre d'entre eux, impossible d'en sortir indemnes!... Et, au terme de la cueillette, les mains rouge cabernet, ils en sont certains, leur avenir est ailleurs!... Adieu hiérarchie dans le tertiaire et carte orange forfait navigo, demain est un autre jour!...

C'est ce qui est arrivé à Stéphanie Debout et à Vincent Bertin. Après des vendanges chez Cyril Le Moing, ils décident de s'installer en 2011. Elle est Poitevine, lui est Rennais. Ils se sont croisés pendant leurs études à Brest, Finistère. Microbiologie et sécurité alimentaire pour elle, électrotechnique pour lui. A l'issue, ils se retrouvent à Paris pendant trois ans, qu'ils passent à courir, souvent en déplacement, ne se croisant pour ainsi dire que le week-end. Mais, l'Anjou leur tendait les bras... Le hasard de quelques rencontres, des pistes à suivre, un soupçon de chance et leur avenir se construit autrement. Ils ont aujourd'hui un toit à Faye d'Anjou, un chai dans un bâtiment de la ferme de Montbenault (un bon spot, ça!), chez Stéphane Rocher et quelques parcelles plantées de divers cépages. Désormais, ils peuvent construire et, de toute évidence, ils le font avec pragmatisme, tout en gardant à l'esprit qu'ils apprennent chaque jour et que tout n'est pas tracé dans le contenu d'un manuel de gestion.

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Dès leur arrivée, les DeboutBertin récupèrent des parcelles aux quatre coins de la commune. Au total, 3 ha 50 actuellement et pas moins de sept secteurs différents, dont certains en cours de "restructuration" du fait, notamment, de l'âge canonique de certaines parcelles et de leur reprise en bio. Le couple a suivi une formation simultanée entre février 2012 et 2013. Ils partagent les tâches avec une sorte de notion de territoire, incluant un planning personnel : celui ou celle qui taille se charge d'un suivi plus attentifs jusqu'aux vendanges!... Ainsi, Stéphanie parle de ses sept ares de vieux grolleau de La Ribellerie, un peu comme s'il s'agissait de ses géraniums!... Malgré leurs quatre-vingt ans supposés, ils sont un peu bonsaï, mais pourrait réserver une belle surprise, comme le suggère la barrique dégustée ensuite. Une vigne qui illustre au passage certaines des découvertes faites par le couple depuis son installation : lorsqu'elles ignorent la date de plantation, les Douanes, en charge du dossier, indiquent systématiquement 1960!... Pratique isolée ou process admis de tous?... Nul ne sait vraiment. Après une petite enquête très locale auprès des propriétaires, ce grolleau a, au bas mot, vingt ans de plus!... Il en va de même avec des cabernet du secteur de la Noue Blanchard. Côté grolleau, une autre parcelle dans le secteur de La Grande Pièce (ex-Kenji et Maï Hodgson) va apporter une expression un tant soit peu différente.

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Fer de lance actuel (une bouteille d'Aunis Etoilé, arrivée un peu par hasard à New York a, semble-t-il, fait récemment sensation!), 65 ares de pineau d'Aunis de 55 ans environ, récupérés dès la première année, dans le secteur dit des Grand'Landes. En effet, une sorte d'immense plateau avec une très faible pente, dont une partie de sols assez profonds et une autre plus caillouteuse (schiste et quartz en sous-sol). Quelques déplants, mais au-delà de ça, plutôt de bonnes surprises : le cépage leur a été présenté comme très fragile, atteignant difficilement une bonne maturité homogène. Or, en 2012, 12,7° nature à la vendange et juste deux traitements avant et après la fleur!... L'espace est à priori bien aéré, mais les débuts sont encourageants. A noter que la taille choisie s'oriente vers un gobelet palissé et qu'à terme, toutes les parcelles seront sans palissage, pour permettre un bon travail avec le cheval.

Car, en effet, option importante au domaine, un percheron acquis dans l'Orne, Anatole, fait partie intégrante du projet, j'allais dire de la famille. Il faut bien comprendre que ce cheval est en cours de formation chaque matin (une partie de son pré est transformée en "salle de classe") et qu'il semble avoir bien digéré la réforme dite des rythmes scolaires!... A charge pour le duo de vignerons d'adopter un rythme pédagogique répondant à son attente : il apprend vite et se montre très exigent! Premier le matin, lorsque la cloche sonne et pas question de faire trop longtemps les mêmes exercices!... Bien sur, Stéphanie et Vincent ne négligent pas leur propre formation en la matière et vont jusqu'en Creuse, chez Frédéric Carlier (Trait d'avenir) pour apprendre à mener un cheval au travail et, en même temps... apprendre sur eux-mêmes!...

Les parcelles de blanc sont elles divisées en deux secteurs principaux : du chenin et du sauvignon blanc en pleine restauration du côté de Gratte Bourse (poésie des noms de lieux angevins!) et une seconde partie en production, non loin de Montbenault, sur la commune de Beaulieu sur Layon. Là, un simple chemin sépare deux vignes somme toute très différentes : côté plateau, Les Bellouines, âgées de vingt-cinq ans, qui donnent la cuvée Achillée et l'autre, sur un coteau avec vue sur Rablay sur Layon, Les Jauges, qui atteignent quarante-cinq ans et composent la cuvée Pacotille. Des sols qui ressuient très vite en cas de pluie, mais des vignes qui ne se comportent pas de façon identique. Problème de clone ou de porte-greffe?... En tout cas, des parcelles qui réclament une grande attention tout au long de l'année. Autre découverte du duo, les réactions des amateurs lors de dégustations de ces chenins, qui sont parfois à l'opposé de leur perception, mais ils devinent que celle-ci ne doit pas être influencée par les éventuelles difficultés rencontrées en cours d'année et qu'ils doivent aussi se mettre à l'écoute pour avancer.

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Tour d'horizon des 2013 ensuite. Après les trois cuvées proposées en 2012 (deux de chenin, une de pineau d'Aunis), il faut donc désormais compter sur de nouvelles sélections, lesquelles en principe, se veulent parcellaires, soit pas moins de sept ou peut-être moins, si les jus sont peu convaincants, ces derniers étant alors dédiés à la production d'un pétillant. En cave, pour les blancs, pressurage doux sur vingt-quatre heures, puis passage en barrique sans débourbage ni soutirage. A l'issue d'un élevage d'un an environ, assemblage en cuve sans soufre et mise en bouteilles. Pour les rouges, vinification en grappes entières, avec un ou deux pigeages par jour pendant environ deux semaines, puis élevage en barriques sans soutirage, pour une durée à peu près similaire aux blancs. Très simple, très nature!...

Encore une belle découverte en Anjou donc, avec ce domaine tout neuf. Un couple de vignerons pour le moins déterminés, sincères et tournés vers l'avenir. Prêts à capter les ondes positives qui circulent dans le paysage du Layon mais, à l'évidence, dotés d'une bonne capacité à réfléchir aux options qui se présentent. Ils ont sans doute beaucoup aimé certains flacons dégustés çà et là, avant de passer sur l'autre rive, mais on devine aussi que d'autres les ont moins convaincus et c'est probablement ce qui leur permet de savoir mieux ce qu'ils ne veulent pas aujourd'hui, tout en préservant leur libre-arbitre et peut-être moduler à l'avenir certaines orientations. Finalement, savoir ce qu'on veut n'est pas forcément la panacée!... En revanche, identifier ce qu'on ne veut pas, peut être tout à fait décisif et constructif.

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~ Tessa Laroche, à Savennières ~

Il est plus de 17h lorsque je franchis le portail du Domaine aux Moines. En descendant de voiture, je reconnais la voix de Tessa et la moitié de conversation téléphonique que j'entends me laisse aisément supposer que la journée d'une vigneronne peut être parfois animée et qu'à toute heure, les problèmes peuvent survenir. En l'occurrence, elle vient d'apprendre que les étiquettes attendues pour la mise en bouteilles du lendemain ne seront pas prêtes!... En fait de mise, il s'agit plutôt d'une triple mise et parmi celles-ci, en plus de la cuvée Les Moines 2011 et du Domaine aux Moines 2012, la toute nouvelle cuvée en Vin de France, issue des jeunes vignes, appelée Le Berceau des Fées 2013, dont le look et la calligraphie sont indiscutablement innovants, en plus des réflexions que la mise sur le marché d'un tel vin a provoqué dans le landerneau!... Toute chose qui amuse Tessa, finalement!... Mais qui, pour l'instant la stresse quelque peu, puisqu'elle ne se voit pas partir, lors du week-end tout proche, au salon de Villebarou sans ces flacons.

15032012 020A la Roche-aux-Moines, comme ailleurs, l'hiver a été bien arrosé. L'herbe a envahi les rangs et le trèfle fait son apparition. L'option de taille, terminée désormais, montre que les baguettes sont plus longues qu'à l'accoutumé. Une tendance que l'on trouve souvent cette année et pas qu'en Anjou. La présence dans les têtes de solides dictons, tel que Noël au balcon, Pâques au tison, a déclenché des choix prudents, du moins ceux qui pourraient permettre de réagir, voire de sauver quelques meubles, en cas de gel printanier souvent dévastateur. D'autant que Pâques, cette année, se fêtera le 20 avril!...

Au Domaine aux Moines, Tessa a pris les rênes avec détermination et envie, ne craignant pas de rompre quelque peu avec une sorte de tradition familiale et locale. Une courte conversation avec Madame Laroche mère laisse entendre qu'une supposée période de transition est arrivée à son terme. Il faut dire que l'engagement de sa fille en faveur d'une réflexion globale concernant l'appellation Roche-aux-Moines, puis l'évolution du contenu du décret, plaide en sa faveur, au-delà même des options audacieuses pour le domaine, qui atteint voire dépasse désormais les onze hectares de chenin sur l'AOC "Grand Cru"!... Sur le sujet, la préoccupation du moment, pour la vigneronne et ses voisins, reste néanmoins l'inévitable campagne de communication qui reste à mener en faveur du potentiel remarquable de ce cru d'une quarantaine d'hectares, que personne, par le passé, n'a pu ou n'a su mettre en valeur, afin qu'il devienne une référence dans l'esprit des amateurs et de bien des professionnels. Savennières elle-même souffre encore de ce déficit d'image et la Roche-aux-Moines, malgré les progrès de ces toutes dernières années, n'a pas pris, à ce jour, le train d'une plus grande renommée, même si le TGV passe à ses pieds!... TGV, pour Très Grand Vin?...

Si vous lui rendez visite, Tessa vous convie parfois à une toujours très instructive dégustation sur fûts du millésime en cours d'élevage. Cette fois-ci, pour 2013, il est permis de comparer les lots du Parc (vignes du clos, coté jardin) et des Ruettes (à l'entrée du domaine, côté cour), tantôt dans des barriques neuves de deux tonneliers (Atelier Centre France et Dussiaux), puis sur d'autres allant d'un à quatre, voire cinq vins. Une séance, parfois longue, mais la vigneronne doit s'y contraindre régulièrement, afin de sélectionner au mieux, notamment, les lots qui seront destinés à la cuvée Les Moines, apparue en 2010. Même si la tendance est à privilégier les fûts les plus récents, la tâche n'est somme toute pas simple, même si le Parc et ses vieilles vignes tiennent la corde.

Juste le temps de déguster les cuves qui seront mises en bouteilles le lendemain, un exercice parfois compliqué après la série précédente, qui plus est, un "jour feuille" juste après l'apogée de la Lune!... Alors, influence ou pas des phases lunaires lors de la dégustation?... "Les jours suivants, c'était nettement mieux!..." me confirmera un SMS de Tessa, quelques jours plus tard.

N'allez pas croire pour autant que les vignerons angevins s'en remettent aux fées et à leur baguette magique!... Quant à la Lune, ils l'apprécient souvent sous toutes ses formes et la considèrent sans doute comme une sorte de partenaire... Mais, les derniers millésimes n'ont rien eu de rassurant et nombreux sont ceux qui reviennent à une réalité qui n'a rien d'ennivrant. Tous espèrent une année "normale", sans difficultés nouvelles venant s'accumuler aux précédentes. Parce que l'Anjou le vaut bien et mérite sa montée en puissance!...

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06 mars 2014

Un vigneron au tribunal (2) : Anjou feu! Anjou libre!...

Nous nous étions quittés le 2 octobre dernier, par une belle journée automnale à Angers. En ce 5 mars 2014, nous nous retrouvions à proximité ou au pied même du monument aux morts des deux guerres, face au Palais de Justice, pour en quelques sortes, apporter notre soutien aux vins vivants, en même temps qu'à Olivier Cousin, confronté pour la seconde fois en quelques mois, aux affres d'une audience judiciaire.

L'après-midi a des relents printaniers, après un hiver particulièrement pluvieux et désagréable. Cette météo plaisante, aux deux extrémités de l'attente séparant les deux audiences, avait valeur de symbole, un peu comme si la nature s'était mise entre parenthèses pendant cinq mois. Le printemps allait-il renaître, comme pour rappeler l'été indien de l'année passée?

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Les quelques nuages blancs survolant la Place Leclerc dans un ciel azur étaient presque les mêmes que ceux d'octobre. Nombre de participants étaient également les mêmes, à peine plus nombreux, évalués à deux cents personnes selon les organisateurs, les chiffres de la Police étant inconnus, pour cause de panne de drones!... Parmi eux, nombre de vignerons d'Anjou, du Saumurois ou de Touraine, mais aussi quelques-uns venus de plus lointaines provinces, tels Michel Gahier et Étienne Thiébaud, accourus du Jura et d'Arbois pour l'occasion, sans oublier Dominique Derain, confronté quant à lui, depuis quelques semaines, à une forme d'arbitraire qui peut s'avérer ravageur comme un insecte indésirable (perte de l'AOC pour ses Pommard et Gevrey-Chambertin notamment). A noter aussi Michel Tolmer, de passage quasi incognito. Les conversations évoquaient souvent un autre jugement récent, celui d'Emmanuel Giboulot, autre vigneron bourguignon, poursuivi pour avoir refusé de traiter ses vignes contre la cicadelle (vectrice de la redoutable flavescence dorée) alors qu'elles n'étaient pas atteintes et relativement épargné par le tribunal de Dijon (1000 € d'amende, dont la moitié assortie du sursis, jugement en délibéré au 7 avril prochain).

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Certains ne manquaient pas de rappeler à quel point ils (les vignerons en bio) étaient parfois et dans certaines appellations, les cibles de divers organismes officiels, dépêchant régulièrement (disons beaucoup plus régulièrement que chez d'autres!...) leurs émissaires fouillant les documents dans les moindres détails, sans vergogne et procédant à quelques prélèvements débouchant parfois sur des décisions pour le moins arbitraires et non fondées. Peut-on parler d'une quelconque forme d'équité, lorsque d'aucuns sont contrôlés entre quatre et huit fois plus que leurs voisins?... Dans d'autres domaines, on aurait vite fait de dénoncer vivement cette forme d'acharnement!...

De plus, la réglementation est telle qu'il faut être extrêmement vigilant à l'emploi des termes figurant sur les étiquettes et la mésaventure d'Olivier Cousin le rappelle au passage. Certains auront tôt fait de parler de provocation, mais parfois, il s'agit purement et simplement d'une méconnaissance ou d'une "mauvaise lecture" des règles précises.

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Sur les coups de quatorze heures, à l'heure de gravir les marches du Palais de Justice d'Angers, le vigneron n'ignorait rien de ce qu'on lui reprochait, mais il pouvait compter sur ses soutiens présents, même si tous n'accédèrent pas à la salle trop exiguë du tribunal. Chacun espérait au passage une certaine clémence, car les enjeux (financiers, entre autres) n'étaient pas forcément anodins.

La durée des débats ne manqua pas d'éprouver la patience de tous les participants à cette après-midi, puisqu'il fallut attendre presque dix-sept heures pour en connaître le terme. Il fallait bien que Maître Éric Morain, avocat d'Olivier Cousin, s'exprime complètement lors de sa plaidoirie, pour répondre aux six infractions relevées par les plaignants et notamment l'INAO soi-même. Il le fit parfois avec une pointe d'humour (pas inutile avec ce genre de crispation), non sans démontrer que certains reproches s'avéraient infondés (cas des bouchons, semble-t-il, pour lesquels aucune interdiction précise n'existe) et tout en relevant au passage quelques imprécisions, qui amusèrent parfois les spectateurs.

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Mais, pour les supporters présents sur la place, la séquence émotion du jour était à venir. En effet, au moment où Olivier Cousin repassait sous les colonnes du bâtiment, Joker, chevauché par une jolie amazone andégave, gravissait les marches du Palais pour venir à la rencontre de son partenaire de travail et parfois de balade, quelques peu impatient sans doute de retourner dans les rangs de vigne de Martigné-Briand. La scène fut accueillie par la clameur qu'on imagine et pour chacun, il ne restait plus qu'à apprécier la douceur de la soirée angevine, en espérant que la Justice ne prenne pas trop ombrage d'une telle démarche quelque peu... cavalière!...

Pour ce qui est du contenu du jugement lui-même et sur la base d'échanges au terme de cette journée, tout en croisant le verre la corne, nous pouvons affirmer de sources très proches du dossier (selon la terminologie dont il convient d'user dans ces circonstances) que l'amende de 5000 € avec sursis était réclamée au bénéfice de la Fédération des Viticulteurs d'Anjou-Saumur (plus, à priori, 1 € symbolique pour l'INAO, partie civile dans ce procès). A propos des infractions constatées en 2010 et 2011, les chiffres restent à confirmer. Des sources journalistiques affirmaient dès hier soir que l'ensemble portait sur 23603 bouteilles, avec des amendes de 0,10 à 0,26 € par bouteille, soit un total allant de 2360 à 6130 €. Parfois, il était plutôt question de 0,10 à 0,20 € sur un total différent de 9000 bouteilles environ. Reste sans doute à obtenir et arrêter le total réel, au regard des seules infractions retenues, ce que nous confirmeront peut-être des spécialistes en la matière (à voir aussi par ). Affaire à suivre donc, mais entre 1000 et 6000 €, la pilule à avaler n'est pas de la même taille!... Là encore, le tout est mis en délibéré par Madame la Présidente jusqu'au 4 juin prochain, après que Maître Morain ait demandé la relaxe pour la "tromperie sur les étiquettes" et une dispense de peine pour les contraventions.

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Laissez le vin bio en paix!... pour reprendre le titre de la tribune de JP Géné, parue dans Le Monde du 28 février dernier. C'est un peu le sentiment qui flottait dans les esprits de tous les amis et soutiens d'Olivier Cousin présents ce jour, même si beaucoup de vignerons, ayant fait le choix d'une viticulture respectueuse de l'environnement et de la santé des consommateurs, aspirent à une reconnaissance complète et sincère, sans conserver en permanence au-dessus de la porte de leur cave, les épées de Damoclès issues de la panoplie de tels ou tels organismes, dont l'action se résume souvent à servir des intérêts à tendance lobbyiste. Lors de l'apparition des AOC, dont les premières datent de 1936, la défense d'un travail issu de la transmission orale entre générations était la priorité. Cela intégrait des choix et des connaissances techniques que certains progrès technologiques ont ensuite contribué à renforcer, mais pour combien d'autres de ces supposées avancées, qui n'ont cessé de dénaturer le vin par les effets d'un productivisme acharné?... Vivre avec son époque, où chacun en veut pour son argent de manière absolument simpliste, inclut-il un aveuglement communautaire?... Nous sommes finalement de plus en plus nombreux à croire que la tromperie n'est pas le fait de ceux, restant une minorité à ce jour, qui prônent une seconde voie et même dans le cadre de l'AOC, parce que parfois, elle le vaut bien!... Et si leur camp ne s'élargit pas, tant mieux, nous pourrons encore, pour quelques temps, nous partager du vin d'Anjou d'Olivier Cousin!...

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01 mars 2014

Vendredis du vin #63 : Eloge de (l')la (im)patience

"Patience et longueur de temps font plus que force ni que rage!..." Vous souvenez-vous à qui nous devons cette célèbre maxime, qui a valeur de morale? A Jean de la Fontaine, bien sur! Dans la fable 11 du livre 2, Le Lion et le Rat, dans laquelle, dès le deuxième vers, on trouve aussi : "On a souvent besoin d'un plus petit que soi."

Patience ou impatience? L'heure du choix a sonné, pour illustrer ce VdV #63, dont la présidente Maïlys Ray, du blog Very Wine Trip (à la fois invitation au voyage et incitation à parler du vin qu'on aime... viscéralement!), souhaite nous voir évoquer ce que la patience nous inspire à nous, amateurs de vins notamment, souvent enclins à user du tire-bouchon, alors que nous savons pertinemment que goûter à ce nectar qui aura passé moins de trois ans en bouteille, ne sera que pur infanticide!... 

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C'est vrai que je suis très tenté de parler plutôt de l'éloge de l'impatience. Celle de la découverte, de l'ouverture spontanée, du regard porté le plus souvent possible sur de nouveaux horizons viniques. Pourtant, la mémoire est aussi porteuse de quelques dégustations verticales, comme celle du Château de Suronde, période Poirel, un matin de printemps, non loin de la plage des Demoiselles, où les épices douces flottent dans l'air ambiant et les alizés, voire dans la chambre des vacances de notre enfance et ses odeurs de cire attentivement passée sur le merisier blond d'un homme-debout.

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Certaines de ces bouteilles sont et restent comme un défi au temps. Le temps qui, parfois, ne s'écoule pas, à chaque instant, à la même vitesse. Lorsque j'étais enfant, au siècle dernier, je me souviens que j'écoutais les montres, les réveils, les horloges, afin de mesurer le temps et tenter (ou temps T!) de savoir si tous ces témoins du temps qui passe, filaient à la même vitesse... Je crois que celle que je préférais, c'était la vieille comtoise centenaire de mon grand-père et son tîc... tôc, au tiret suspendu le temps d'un espace-temps indéfini et... hors du temps. Elle a sans doute contribué à m'apprendre la patience (si chère à Maïlys!), lorsque les journées d'été s'étiraient et qu'il fallait attendre que la chaleur baisse, avant que de gagner la plage, afin d'éviter de s'exposer au soleil brûlant de juillet. J'aurais pu également, c'est vrai, comme un insomniaque dénombrant chaque heure de la nuit, compter les moutons du troupeau qui passait matin et soir devant le portillon, sur la route nationale, bloquant la circulation et incitant les conducteurs à plus de patience, une vertu devenue rare au volant, de nos jours.

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Les années passent, on se demande désormais (l'âge sans doute...) s'il faut faire confiance au temps, ou s'il convient de le bousculer. Dans la cave, trop de bouteilles nous déçoivent, d'avoir passer trop de temps sur les casiers et dans le noir. Certaines préfèrent indiscutablement la compagnie et la lumière. Pourtant, d'autres laissent entrevoir leur potentiel de garde dès l'ouverture. Anthologie 2010 de Philippe Delesvaux?... Non, je ne sais même pas où elle est rangée!... Ce Château-Châlon 1999 de chez Macle?... Le homard était bien jeune, lui aussi!... Et Crichët Pajé 1998?... Mais, Luca Roagna estime qu'on peut l'attendre cinquante ans, sans doute!... Un demi-siècle!... Ne devrais-je pas plutôt entretenir ma mémoire, de ces arômes hors du commun et d'un équilibre évoqué seulement dans les traités de dégustation d'un passé déjà lointain?... Le devoir de transmettre notre passion autour de nous relève-t-il de la nécessité de la patience ou de l'inévitable impatience?... (vous avez deux heures).

Il ne nous reste plus qu'à parler de ces bouteilles que nous n'ouvrirons jamais. Celles qui sans doute nous décevraient aujourd'hui, après soixante ou quatre-vingt ans passés à nous attendre. Font-elles l'éloge de notre patience?... Au moins, elles portent en elles, la trace d'un autre temps, d'un autre air du temps. Ce que je viens d'écrire pourrait choquer François Audouze, le pape des vins anciens. Lui, mieux que quiconque, sait à quel point la patience génère les éloges que l'on peut faire, face à tel ou tel grand cru hors d'âge. Mais, s'agit-il encore là de patience?... Ou d'une forme d'intemporalité?...

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23 février 2014

Greniers, Pénitentes, Anonymes, Dive : le monde du vin sur du velours!

Le pré carré des passionnés de vins bio et nature!... Ça se situe et ça se déroule entre Angers et Saumur pendant trois jours. Il arrive que le froid hivernal venu de l'Est perturbe cette période et ces rendez-vous. Enfin, tout est relatif. Mais, cette année, même pas peur!... Temps clément, voire lumineux, température des plus maniables. Parfait!... Entre deux dépressions atlantiques, soignons notre moral!...

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A Angers, le château médiéval ne pouvait résister aux assauts des professionnels (voire de quelques amateurs vite démasqués) tant il était pris à revers de toutes parts, en ce week-end d'ouverture de février. Au nord de la forteresse flanquée de tours rondes et sur l'autre rive de la Maine, les Greniers Saint Jean d'Acre ne cachaient plus une réserve de jolis canons de toutes origines. Il faut dire que, depuis quelques années, Virginie et Nicolas Joly, ainsi que Mark Angeli réunissent, dans cette remarquable bâtisse apparue à la fin du XIIè siècle, au coeur du quartier Doutre, près de cent cinquante vignerons. Et c'était là, semble-t-il, la 10è édition de ce que l'on appelait naguère un "off" du Salon des Vins de Loire, mais qui compose désormais, avec la Dive Bouteille saumuroise, un duo de manifestations vineuses parmi les plus prisées de la planète, si l'on en croit l'origine des visiteurs.

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Les Greniers, c'est surtout une occasion de voir et revoir des domaines qui ont opté pour une viticulture biologique et le plus souvent biodynamique. Et ce, depuis parfois de nombreuses années. Vous êtes donc à même de mieux comprendre, en dialoguant avec les vignerons, l'influence de la méthode sur la conduite de la vigne et sur ce qui compose les cuvées proposées. Certes, il n'est pas garanti de pouvoir s'entretenir longuement dans une telle occasion, parce que la fréquentation du salon risque de ne pas vous en donner le loisir, mais ce sera peut-être le moyen de convenir d'un rendez-vous futur. Sous la remarquable charpente des Greniers, on se laisse un peu porter par les rencontres qu'on peut faire et il n'est pas rare que quelques informations échangées au fil des verres, vous permettent de jolies découvertes. Pour tout dire, on finit par faire circuler des infos glanées çà et là, au point que, dès les premières heures, plus personne n'ignore qu'il faut absolument aller déguster à telle ou telle table.

Cette année, un nouveau venu faisait quasiment l'unanimité : le Domaine Oggau et ses treize hectares dans le Burgenland autrichien, riche d'une dizaine de cuvées, dont les étiquettes sont illustrées d'une galerie de portraits d'une famille imaginaire sur trois générations. L'accent n'est pas mis en priorité sur les cépages composant les vins (même si on sait très vite que grüner veltliner et blaufrankisch sont très présents, ainsi que le zweigelt), mais tout d'abord sur leur "typologie". Les plus jeunes visages, dessinés au crayon graphite, annoncent des vins à boire sur le fruit, aisément identifiables à leur capsule à vis. Une autre série évoque des vins matures et solides, enfin la dernière suggère des cuvées au bon potentiel de garde. L'ensemble se situe non loin de la Hongrie, sur la rive occidentale du Lac Neusiedl et n'est pas sans nous rappeler le Domaine Meinklang, de Werner et Angela Michlits, découvert lors de Renaissance des Appellations, à Bordeaux, en juin 2013, une véritable ferme située elle sur la rive est du lac où, en plus de la vigne, sont cultivés fruits et céréales, mais aussi élevées des vaches Angus. Un véritable horizon biodynamique, méthode suivie depuis longtemps dans ces parages.

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Les stars et référents du vignoble ne sont pas rares ici, mais ce qui est plutôt agréable, c'est que ces grands domaines (Deiss par exemple, pour ne citer que celui-là) côtoient quelques quasi inconnus, qui parfois, font leur premières armes dans ce genre d'occasion, avec une telle exposition. On peut citer, par exemple, Michaël Georget et son Domaine Le Temps Retrouvé, situé à Laroque des Albères, dans les Pyrénées-Orientales. Un micro-domaine, en agriculture biologique et biodynamie, vinifications du type vins naturels, traction équine pour le travail du sol. Une démarche labélisée Etika Mondo et pour les amateurs, la possibilité de découvrir quelques cuvées sincères, malgré les très faibles quantités disponibles. A découvrir in situ dès les prochaines semaines, tout comme son voisin de table, Thomas Teibert, du Domaine de l'Horizon, à Calce. Histoire d'en changer...

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Autre lieu incontournable en ce week-end, l'Hôtel des Pénitentes, sur le Boulevard Descazeaux, encore un très beau bâtiment apparu dès la fin du XVè siècle, lui aussi doté de deux belles salles et de charpentes remarquables. Il s'agissait là notamment, à l'origine, d'une communauté de femmes pénitentes, destiné à recevoir les femmes et les filles de mauvaise vie et puis plus tard, bien plus tard, un musée d'architecture ou le siège de la Société des Architectes de l'Anjou. Et parfois donc, de nos jours, un salon réunissant quelques éminents vignerons de France et de Navarre, entendez Catalogne, Lombardie et Géorgie comprises pour l'occasion. On passe aisément de la série alsacienne de Patrick Meyer au trio de cuvées proposé par Dominique Belluard, ou aux chablis de Thomas Pico, voire aux Champagne Lassaigne et aux vins de la région de Tavel d'Eric Pfifferling. Ici, le panel est des plus remarquables, au moins autant que le travail des maîtres-charpentiers d'une époque déjà lointaine. Les Villemade, Puzelat, Mosse, Gaubicher et Bonhomme savent recevoir, pour notre plus grand plaisir!...

Par moment, on se demande presque si le week-end n'intègre pas les Journées du Patrimoine. Après avoir, par un grand mouvement tournant, laissé le château sur notre droite, nous affrontons sans crainte la mitraille de canons proposés au coeur de la Collégiale Saint Martin. Une petite cinquantaine de vignerons dits Les Anonymes y sont réunis, mais pour la plupart, les amateurs (et moult professionnels) considèrent volontiers qu'ils se sont déjà fait un nom.

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Option résolument nature pour la plupart et si quelques jeunes vignerons (ou nouvellement installés) sont présents, on y croise également avec plaisir, quelques "référents" de la méthode, pour lesquels la production de vins dits nature est déjà de l'histoire ancienne et, le plus souvent tout à fait maîtrisée. Citons notamment Bernard Bellhasen, Jean-Christophe Garnier, Joël Courtault ou encore François Aubry. Ce petit salon se déroule sur une seule journée, celle du dimanche, devenant incontournable du fait des talents présents, mais aussi pour l'ambiance qui y régne. De plus, en aménageant au mieux votre timing, vous pouvez vous y rendre au moment où Emmanuel Chavassieux, artiste charcutier de la Haute-Loire de son état, vous propose ses hamburgers maison à la crépinette grillée, que le commun des visiteurs gourmands ne peut ignorer!...

Après avoir pris nos pénates à Saumur et au lendemain d'une soirée Canon'hic au coeur de la ville, avec un groupe venu d'Outre-Quiévrain, genre assoiffés de sang bonne chair et de canons qui vont avec, nous filons de bonne heure, en ce lundi, jusqu'aux Caves Ackerman. Eh oui, plus de journées de braise (et de brasero) à Brézé!... Sylvie Augereau a trouvé un nouveau lieu pour la Dive Bouteille 2014, quinzième du nom. Ce changement d'underground était très attendu par les vignerons et les visiteurs. Il faut dire que cette sorte de rapprochement entre la grand'messe des vins nature et l'un des leaders en matière de production intensive de bulles avait provoqué, dès son annonce, un pétillement de réactions. Globalement, y'a pas à dire, pari gagné!... Les caves méritent le détour et offrent un plus de confort, notamment dans les déplacements et la station debout auprès des vignerons. Si l'éclairage n'est pas forcément topissime par endroits, on évite par contre tous les flux d'air réfrigérants, comme on pouvait en avoir parfois dans les douves de Brézé et la température ambiante est tout à fait agréable.

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La Dive, c'est avant tout le plaisir de retrouver quelques vignerons de passage et parfois, les conversations se prolongent bien au-delà des arômes et des caractères de telle ou telle cuvée. C'est ce qui fait le charme de ces deux journées et lorsqu'on en passe qu'une seule sur place, on ressent inévitablement une sorte de frustration, tant il y a de domaines à (re)découvrir. C'est aussi parfois l'occasion de percevoir les difficultés rencontrées par les uns et les autres, surtout après les derniers millésimes souvent qualifiés d'ardus. Entre les mots (et les verres!), apparaît aussi l'inquiétude, parce que le doute a tôt fait de s'installer. Pour la plupart, l'année 2014 serait bien inspirée de délivrer une jolie copie, avec des volumes revenant à une normale plus confortable. En allant plus loin, l'hiver doux laisse aussi apparaître quelques craintes, notamment celle d'un gel tardif, dont les conséquences sont dans toutes les mémoires. Certains ne manquent pas de souligner qu'ils ne peuvent se permettre une autre année déficitaire...

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Au hasard de nos déambulations au coeur de la pierre, quelques jolies cuvées chez Hubert et Heidi Hausherr, venus d'Alsace avec quelques vins issus de parcelles complantées, ou encore chez Jean-Pierre Rietsch et ses délectables pinot noir. Non loin de là et dans une sorte de salle circulaire très fréquentée, le Jura, qui réserve toujours quelques surprises. Jolies découvertes avec Jean-Baptiste Ménigoz et ses Bottes Rouges, ou encore la benjamine Loreline Laborde, des Granges Paquenesses. Rappelons au passage qu'ils seront tous deux présents les 23 et 24 mars, au Château de Gevingey, pour Le Nez dans le Vert, le salon des vignerons bio de la région, où sont présents les référents d'Arbois et Côtes du Jura, ainsi que les "grands frères" (et "grandes soeurs"!) qui furent les premiers à montrer la voie aux plus jeunes. Parmi eux notamment, Etienne Thiebaud, dont le succès ne se dément pas pour les cuvées de Cavarodes. Tout près également, la (longue) série proposée par Jean-Yves Péron, de Chevaline, en Savoie, qui semble s'amuser de plus en plus à multiplier les références. Enfin, à quelques pas, Hélène et Bertrand Gautherot, les Champenois de Vouette Sorbée proposent trois remarquables vins, aux délicates nuances de rhubarbe pour Fidèle (un pinot noir sur un sol pur du kimméridgien), ou encore Blanc d'Argile (pur chardonnay) avec une rétro sur les épices douces et enfin Saignée de Sorbée complétant joliment le trio.

Beaucoup de rencontres donc, pour une journée du lundi qui attire tout un lot de fidèles soutiens toutes catégories : il y a là les importateurs venus du monde entier, les restaurateurs, les cavistes, les cavistes en ligne, mais aussi ceux ayant un statut d'agent, souvent assez discrets. Ils n'ont pas pignon sur rue, mais se débattent souvent avec sincérité et passion pour promouvoir les vins qu'ils aiment, auprès des amateurs, des restaurateurs et bars à vins.

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Si la dégustation est multiple à cette occasion, la catégorie "World" de la Dive B se développe d'année en année. Rien de plus normal sans doute, quand on sait que les Italiens et les Géorgiens viennent de plus en plus nombreux, mais, cette fois, les allées bruissaient de la question suivante : "Comment?!... Tu n'a pas goûté les pinot noir de l'Orégon?..." Nous gagnons l'espace réservé aux vins de la planète et, en fait d'Orégon, glissons vers la Californie, pour découvrir ce qui doit être le seul domaine proposant des vins naturels en Napa Valley : Dirty & Rowdy, d'Hardy Wallace, winemaker à Calistoga, à moins de deux heures de San Francisco. A ne pas manquer si vous allez dans le coin. Rien que pour la bonne humeur du vigneron!... Autre découverte, une gamme très intéressante venue d'Afrique du Sud : Lammershoek Farms (olives, poulets et bovins) and Winery dans le Swartland, pas la région viticole la plus connue du pays, mais où sont produits, de toute évidence, quelques jolis vins blancs issus de macérations, entre autres, à guère plus de cinquante kilomètres du Cap.

On a donc parfois l'impression de participer modestement à cette forme de soutien, en témoignant de toutes ces cuvées appréciées lors de ces journées et gageons que vous serez encore nombreux la semaine prochaine, lors de Vinisud et de ses offs gourmands et passionnants. Mais, l'heure d'un appui militant a sans doute sonné. En effet, dès ce lundi, Emmanuel Giboulot est convoqué par la justice pour avoir refusé de traiter ses vignes contre la flavescence dorée. Le risque de lourdes sanctions à son encontre n'a rien de minime : 30000 euros d'amende et six mois de prison!... En quelques jours, à peine quelques semaines, le vigneron de Beaune a recueilli 400000 signatures de la pétition réclamant l'abandon des poursuites. Un collectif de vignerons bourguignons s'est même formé et veut peser dans la lutte contre l'insecte ravageur. Lundi, vers 12h, vous pouvez aussi vous rendre au 13, rue Clemenceau, face au tribunal de Dijon, pour un pique-nique que l'on peut qualifier de citoyen, manifestation qui, espérons-le, se déroulera un tant soit peu dans la bonne humeur, malgré tout.

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Et du coup, vous êtes aussi conviés à un autre pique-nique, le 5 mars prochain, à Angers, pour lequel je ne peux que reproduire intégralement le message d'Olivier Cousin : "Tous Cousin le 5 mars, à Angers! Pour partager le pique-nique citadin (sorti de votre panier). Et la sentence du vigneron qui "nuit à son appellation". Puni ou blanchi, le prévenu apporte une barrique de rouge tirée pas ses fidèles chevaux. Rendez-vous à 12h30 pour chanter aux Marches du Palais... Déguisés pour les plus motivés... Puis, petit tour à la Cave St Aubin et soirée à l'Auberge du Layon, à Rabelais sur Layon." Qu'on se le dise : tous à Dijon! Et tous à Angers!...

Posté par PhilR à 09:07 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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