Nous voici au coeur de l'Anjou noir. Noir comme l'ardoise des Mauges, de Segré et des Coteaux-du-Layon, par opposition à l'Anjou blanc du Saumurois et du tuffeau. St Lambert du Lattay est une des principales communes viticoles de la région, ne comptant pas moins d'une cinquantaine de domaines en activité, dont certains atteignent et dépassent 30, 50 voire 80 hectares. "Des grosses machines qui tournent bien, pour certaines!..." souligne René, avec son humour à double détente, dont il est coutumier. C'est là, auprès de la route Cholet-Angers, au lieu-dit la Chauv(r)ière, que se situe la maison et les installations d'Agnès et René Mosse. Ce dernier vous regarde parfois d'un oeil noir... anjou. Attentif, suspicieux peut-être, parfois... Vigilant en tout cas, à ce que chacun dit... ou écrit. C'est que, comme le souligne Sylvie Ogereau, dans la première cuvée de son Carnet de vigne : "Faut pas chatouiller René Mosse, il n'y a qu'Agnès qui s'y risque!..."

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Les Mosse sont installés là depuis l'été 1999, après que René ait travaillé en Bourgogne pendant un an et demi, au sein du célèbre Domaine de Montille.  A l'époque, ils ont pu reprendre un domaine de 9 ha, qui s'étend désormais, pour atteindre environ 15 ha, dont 2,4 sur la commune de Beaulieu sur Layon et 45 ares à Savennières depuis 2007, sur le chemin du moulin de Beaupréau.

Un bon nombre des parcelles se situe dans un périmètre assez proche. Nous entamons le tour d'horizon par celles situées à quelques centaines de mètres, à peine. Elles descendent le coteau qui démarre de la route nationale et qui mène aux prairies qui bordent l'Hyrôme, l'affluent qui se jette dans le Layon, au Pont Barré. Le domaine ne compte guère plus de six hectares plantés en rouge, mais une bonne partie des cabernet, gamay et autres grolleau gris et noir se situent sur ce bas de coteau, largement composé d'altérites de schiste. Le labour récent d'un sol très humide, après la période de gel que la région a connue, donne l'illusion d'une terre très lourde, mais en fait, la granulométrie apparaît souvent assez fine, avec des petites pierres blanches caractéristiques du secteur.

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C'est là que, depuis peu, René Mosse a planté deux parcelles de cot, autorisé en AOC Anjou, mais pour le rosé seulement. Cela dit, le vigneron apprécie bien ce cépage et gageons qu'il pourrait apparaître au tarif dès que possible et même, en Vin de table. A noter que l'Anjou rouge du domaine est, à ce jour, un assemblage de toutes les parcelles de cabernet, qu'elles soient plantées de jeunes ou de vieilles vignes. C'est plutôt l'équilibre perçu à la dégustation qui le dicte, même si René ne cache pas qu'il tâtonne un peu sur le sujet et que l'avenir des rouges sera peut-être différent, ou plus nuancé. Mais, rien n'est moins sûr!... L'évolution viendra peut-être plutôt des cuvaisons, qui sont actuellement d'une vingtaine de jours et que le vigneron de St Lambert voudrait voir s'allonger, à l'image de se qui se pratique à bon escient, dans d'autres régions. Perspectives...

Nous traversons maintenant la Nationale et nous dirigeons vers le secteur dit des Bonnes Blanches (les petites pierres blanches du terroir...). Toujours l'humour de René Mosse, en passant à proximité de ses parcelles de cabernet franc, puis de cabernet-sauvignon : "Quand c'est labouré, généralement, c'est à nous!..." Exceptions faites, à St Lambert, du Domaine des Griottes, de Stephan Pz ou de J-C Garnier, par exemple...

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Nous sommes maintenant au coeur de ce qui pourrait être qualifié, tout ou partie, de Grand Cru d'Anjou. Le seul véritablement, qui se situe rive gauche du Layon, avec ses trois niveaux, faisant face aux Treilles de Jo Pithon notamment. Au total, une trentaine d'hectares parsemés de quartzites et près de trois, appartenant au Domaine Mosse, dans les Bonnes Blanches Dessus, dont BBCH (Bonnes Blanches Canal Historique), avec ses vignes d'une petite quarantaine d'années, son exposition nord et chaque année, ses meilleurs raisins et ses jus haut de gamme!... Le doit-on à la proximité de la roche mère?... Très probable.

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En continuant nos pérégrinations, nous passons par le Pont Barré, puis suivons le tracé de l'ancienne voie de chemin de fer, le long du Layon. Nous sommes maintenant sur la commune de Beaulieu sur Layon. Un chemin qui grimpe le coteau et nous arrivons au Clos des Huerdes (orthographe approximative). Une toponymie curieuse, qu'il y a peu de chances de voir, un jour, sur les étiquettes du domaine!...

Le coteau offre un beau panorama sur la rivière et le vignoble de St Lambert. Cette parcelle de 2,44 ha était en friche jusqu'à l'arrivée de René Mosse dans la région. Elle n'a été plantée de chenin qu'en 2001, sur un sol composé surtout de rhyolite et de grès. Exposée sud-sud-ouest, elle se situe en AOC Coteaux-du-Layon-Beaulieu, mais est dédiée par le vigneron, aux Anjou blancs secs. Actuellement, les jus issus de ces jeunes vignes sont assemblés aux autres vins des parcelles plantées depuis 2000. Plus tard, cela deviendra très certainement "l'Anjou Beaulieu" du domaine. "Une belle parcelle, où on se sent bien!..." Et un beau terroir, comme le montre un fossé proche de sa bordure ouest!...

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Il nous faut donc, ensuite, passer le pont enjambant le Layon, puis celui de l'autoroute, pour atteindre une zone dite le Coin d'Hyrôme (nom apparu après le remembrement), où René Mosse dispose d'environ 5 ha de chenin. C'est là que se situent les vignes quadragénaires, sur 1,6 ha, du Rouchefer (devenu la Rochefort, sic!) et de Marie Besnard (qui n'était pas ici la Bonne Dame de Loudun, mais une homonyme, ancienne propriétaire du lieu), sur 1 ha. En descendant le coteau, il reste environ 2,7 ha, dont La Joute et Champ Boucault, où nous retrouvons les deux autres éléments qui composent la "dream team" du domaine, à savoir Stephan Pz et Toby Bainbridge, vignerons à leurs heures, vus au salon Anges Vins de St Aubin de Luigné, mais là, occupés par la taille attentive des chenins et autre chardonnay (destiné à la cuvée René'Chard). Ici, le sol laisse apparaître de gros quartz et les labours mettent en évidence des veines de terre plus nettement chargées de fer (d'où Rouchefer?).

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Si l'on a coutume de dire que tout finit par des chansons, au Domaine Mosse, le passage au chai se fait nécessairement en musique, puisque les programmes de France-Musique y sont diffusés en permanence!... Nul ne sait mesurer l'impact de la 5è de Beethoven ou de la Petite musique de nuit de Mozart sur les vins, mais, il faut avouer que la dégustation en est plutôt agrémentée.

En premier lieu, découverte des 2008, en cours d'élevage, en barriques. Ces dernières viennent de la Tonnellerie Gillet, à St Romain, en Bourgogne. Bon an, mal an, cinq fûts neufs participent au renouvellement du parc. Point de doubles barriques (René ne cachant pas son scepticisme quand à la qualité des bois qui leur sont destinés...), mais peut-être un jour, des foudres de 30 hl, qui lui semblent une bonne option.

Dégustation successive du "Beaulieu", puis du Rouchefer (6 barriques en 2008, au lieu de 17 en 2005, soit 13 hl sur 1,6 ha!...), aux expressions très agréables. Viennent ensuite un assemblage de Marie Besnard et de Champ Boucault, puis le Savennières, limpide comme avant la mise et BBCH, avec son supplément d'âme. Des quantités très limitées, suite au gel printanier et aussi au fait que les baies contenaient peu de jus, un phénomène déjà constaté par ailleurs.

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Après les blancs, "il faut se faire du mal" suggère René!... Avec les rouges issus de cabernet, dont le franc, vinifié cette année avec la rafle. Là encore, une expression très cohérente, mais, à ce stade et après la période très froide, les vins sont un peu serrés, gainés... Mais, le potentiel semble bien là!... Le rosé, destiné à la cuvée Achillée, est lui aussi en barriques et assure une belle transition vers le Coteaux-du-Layon 2007, assemblage MB-CB là encore, avec 10° d'alcool et contenant de 170 à 200 gr de SR, selon les contenants. Pour ce dernier, l'assemblage final et la mise sont proches.

Nous regagnons "l'espace-accueil", où nous croisons quelques gens de qualité : Toby et Stephan, qui terminent leur journée de taille, mais aussi Clément Baraut, de passage... Juste le temps d'échanger notamment sur la qualité des vins du millésime 2007, que nous dégustons pour conclure cette après-midi.

Le Domaine Mosse est désormais au nombre des référents de la région et connaît un certain succès, notamment à l'export, puisqu'il est présent en Belgique, Suisse, Italie, Pays-Bas, Danemark, Espagne, mais aussi au Japon, au Canada et aux Etats-Unis et, pour ce dernier pays, grâce à Joe Dressner, importateur new-yorkais bien connu en France, que nous saluons au passage, puisque nous le savons en train de livrer un ardent combat pour la vie, "illustré" par un blog saisisssant.

Mais Agnès et René Mosse, c'est aussi un militantisme et un engagement de tous les instants pour les vins bios et natures. Ils sont avant tout, les organisateurs-coordonnateurs du salon Anges Vins, cité ci-dessus, mais aussi impliqués dans celui de St Julien l'Ars (bientôt Poitiers?), DeNatura Vini, cher à Mustapha Belgsir. Bientôt, sera proposé un nouveau salon, au restaurant La Civelle, à Trentemoult, près de Nantes, le 14 mars prochain. Et puis, ils sont également partie prenante dans la réflexion en cours, en vue de la création d'une structure, permettant d'acheter en commun les produits et composts et, pourquoi pas, de développer la mutualisation du matériel et... des bras, pouvant intervenir chez les uns et les autres. Alors que l'on souligne, voire que l'on stigmatise parfois, l'absence de sens collectif de l'Anjou (même si l'histoire locale ne fait pas cette démonstration), il faut voir là, la trame d'une évolution déterminante pour la région, une de celles parmi les plus impliquées, vers le retour à un vignoble cultivé, grâce notamment à la détermination de quelques vignerons comme René Mosse... et à l'enthousiasme de quelques amateurs et professionnels, que l'on espère voir s'inscrire dans une solide pérennité.