Martigné-Briand, place de l'Eglise, 14h. Rendez-vous convenu avec Stéphane Bernaudeau!... Il est 14h justement lorsque je quitte Savennières, l'autre pôle de l'Anjou layonesque. Il est aisé de franchir la Loire, mais, avec trente minutes de route, je n'ai plus qu'à espérer la patience du vigneron, ou le fait qu'il ait décidé de bloquer une partie de son après-midi pour faire un tour de ses vignes éparses et une dégustation du millésime 2010 en cave. Ouf!... Le téléphone sonne... Après quelques rapides explications, genre radio-guidage, il ne me reste plus qu'à le rejoindre à Cornu!...

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Nous voici donc avec un des représentants de la "nouvelle vague" angevine!... C'était le cas au début des années 2000, lorsque Stéphane Bernaudeau était alors cité, avec Richard Leroy et Olivier Van Ettinger, comme faisant partie du podium des "jeunes talents", aux yeux des référents de l'époque, les Pithon, Ménard, Baudouin, etc... Depuis, d'autres vagues se sont succédées et se succèdent même encore, avec pour objectif de rejoindre ces vignerons, dans l'idée de proposer des cuvées qui soient les plus représentatives de quelques lieux, de quelques crus, au coeur de l'Anjou.

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Le moins que l'on puisse dire, c'est que les vignes du vigneron de Cornu ne sont pas d'un seul tenant!... Il faut parcourir la campagne pour découvrir les jardins de Stéphane. Premier arrêt aux Nourrissons, parcelle (ayant appartenu à Éric Callcut) et cuvée qui ont interpellé bien des passionnés. Si l'on en croit la carte IGN, le secteur, sur la commune d'Aubigné sur Layon, porte le nom de Nourcerons!... Jeu de mot?... Il s'agit d'une sorte de plateau, sur des sols argilo-schisteux, qui descend en pente douce jusqu'au Lys, petit affluent du Layon. Pas moins d'un hectare de chenins quasi centenaires. Une vigne néanmoins dynamique, vu ce qu'elle montre actuellement, avec un programme d'ébourgeonnage conséquent pour les prochains jours!... Une petite trentaine de rangs, longs comme un jour sans pain (ni vin!), qu'il faut aborder avec patience et abnégation, lors de certains travaux. Ici, la vigne est rarement défaillante, surtout lorsque tout est fait pour lui permettre de donner le meilleur d'elle-même...

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Quelques petits kilomètres encore, traverser Mâchelles et rejoindre Le Ponge, sur la commue de Thouarcé. Un secteur bien connu en fait, puisqu'il regroupe également quelques arpents de Cyril Le Moing et d'Olivier Van Ettinger. Un terroir résolument à rouges, pour le vigneron, façon sable et grave. Une parcelle de 45 ares, avec cinq rangs de grolleau et quinze de cabernet sauvignon, sur laquelle d'ailleurs, il succède à ses deux voisins et à Bruno Sergent, qui n'a pu continuer l'aventure... Premier millésime de production : 2008. C'est donc encore tout neuf et plein d'espoirs, avec cette vigne qui n'a vu aucun traitement chimique depuis 1999, au moins.

Au passage, nous évoquons le mode de travail des sols, adopté par Stéphane. Il s'agit d'un travail à plat, plus en mode griffages que labours. Partout, on constate sous les pieds, un sol très meuble, souple, aéré, même en cette période sèche. A ce moment de l'année, il reste un peu d'herbe sous les rangs, mais pour le vigneron, celle-ci disparaîtra avec les prochains passages.

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C'est reparti par coteaux et par vaux!... Nous passons rive droite du Layon et dans le secteur de La Sansonnière, chère à Mark Angeli et bien connue aussi de Stéphane Bernaudeau, puisqu'il travaille, l'essentiel de la semaine chez celui-ci. La première parcelle de 45 ares, Les Sables, est plantée de chenin (surgreffage de gamay parfois), sur un léger coteau, en bordure du tracé de l'ancienne voie de chemin de fer local, transformé en sentier de grande randonnée (GR 3D), apprécié des marcheurs et vététistes. Une vigne sur schistes argileux, qui ne restera peut-être pas dans le giron du jardinier de Cornu et qui exprime parfois des caractères foncièrement différents des Nourrissons, au point de dérouter, certains jours, le vigneron...

Quelques centaines de mètres encore, un chemin qui bifurque sur la droite. Aussitôt, sur la gauche, un joli verger appartenant à Mark Angeli puis, une parcelle divisée en deux surfaces égales. L'une de 10 ares, plantée d'un gamay à un âge raisonnable, mais du genre productif!... Depuis cinq ans, cette parcelle est intégralement enherbée, pour tenter de la freiner quelque peu. Et pour la première année, Stéphane constate que le feuillage printanier est d'un vert tendre, sans atteindre cette fois, des nuances vert sombre, signe de vignes... bien soutenues!...

- Et les dix autres ares, à côté?... La terre semble prête pour une nouvelle plantation?...
- En effet, mais je pense que je vais y mettre des patates!... Ben oui, l'hiver prochain, on aura un cochon à la maison!...

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Nous repartons en parlant de polyculture, d'une forme d'auto-suffisance alimentaire... Sans doute, de la transmission de certaines valeurs à sa descendance. D'ailleurs, si son métier le passionne, il veut le pratiquer en toute sérénité, sans les exigences qui s'imposent à certains, comme des contraintes un rien aliénantes. Ainsi, il préserve son droit (sans difficulté avec son employeur!) de déposer son fils aîné chaque matin à l'école et de lui permettre de manger à la maison le midi. Pour donner tout son sens à l'expression "qualité de vie"!...

Pour un peu, la conversation lui aurait fait oublier la dernière parcelle!... De mon côté, j'en oublie de prendre quelques repères et je reste incapable, avec le recul, de la retrouver sur la carte!... Elle est pourtant superbe!... Trente ares de vieux chenins octogénaires sur une terre plus claire et pour cause, on l'appelle Les Terres Blanches. Une sorte de balcon, qui domine une pente régulière glissant jusqu'au Layon. Le profil de la prairie au-dessous évoque nettement un coteau à vigne, au point que Cyril Le Moing d'ailleurs, s'est penché naguère sur sa très éventuelle reconversion. Là encore, un lieu préservé, comme en recherche Stéphane Bernaudeau.

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Ne restait plus qu'à passer à la cave pour un tour d'horizon des 2010 en cours d'élevage!... Deux pièces sans cuisine, juste à la taille des produits de son "jardin"!... Bon an, mal an, il ne sort d'ici guère plus de 6000 bouteilles au total, pour cinq cuvées. Et l'on s'étonne d'avoir quelques difficultés à en trouver!... Notez que, pour les Nourrissons par exemple, passé le temps de Renaissance des Appellations, à Angers, début février, il vous faudra passer votre tour et attendre le millésime à venir!... A moins de suivre quelques pistes solides, ici ou !... Mais, rappelons au passage que le vigneron de Cornu ne totalise pas plus de 2,3 ha de vignes, ce qui est suffisant pour entretenir sans peine, une certaine rareté.

Pipette et verres en main, nous découvrons plusieurs lots, qui là non plus, n'en sont pas au même stade, loin s'en faut. A noter quand même, une barrique des Nourrissons, qui tend à démontrer le potentiel annoncé de cette cuvée en 2010. Jolie Terres Blanches aussi et des rouges qui ne sont pas en reste : gamay et grolleau, qui composeront La Chantelée et le cabernet sauvignon pour Les Vrilles, même si Stéphane avoue ne pas avoir la prétention de rivaliser avec Cyril Le Moing, grand "facteur" de rouges en Anjou, de l'avis même de bien des vignerons de la contrée, d'ailleurs.

Stéphane Bernaudeau n'est pas connu pour être des plus exubérants dans le vignoble. Plutôt quelqu'un de posé, attentif, mais aussi déterminé. Il peut apparaître parfois, comme étant sans concession, y compris avec ses propres vins, dont l'évolution le dérange même, au cours de certaines phases. Ainsi, en ce moment, ne lui parlez pas des Sables 2009, ou alors, rassurez-le!... Tout le charme des vins vivants!... Si vous souhaitez le rencontrer, prenez contact à l'avance, car il aime s'accorder du temps pour faire autre chose, pratiquer du sport, par exemple. Ainsi, il prend volontiers quelques heures pour aller rouler dans les environs. Son nom est bien connu des amateurs de sport cycliste et pour cause, Jean-René et Stéphane sont petits-cousins, ou cousins à la mode angevine ou vendéenne!... Et le dimanche, dès les beaux jours, il ne manque pas de participer à quelques courses régionales, dans le secteur!... Pour garder un esprit de compétition sans doute, et parce que c'est une source importante d'équilibre à ses yeux. Mais également, parce que la vie mérite d'être vécue en appréciant ses multiples facettes!...