Dernière escapade printanière pour Vigne'Horizons cette année. Direction le Loir-et-Cher où, vu de loin, on peut se demander parfois ce qu'il peut bien s'y passer, du côté de la vigne et du vin. Selon que l'on vienne de l'Est ou de l'Ouest, c'est le point d'entrée en Touraine pour les uns ou la route de Paris pour les autres. Quelque part entre Tours et Orléans. Pour un peu, on situerait la contrée dans une sorte de no wine(wo)man land. Pourtant, là, quelques part au sud de Blois, se trouve un des repères historiques et viticoles de notre beau pays. Bien sur, nul n'ignore la trentaine de châteaux qui ornent la vallée de la Loire, ce qui contribua au classement de cette dernière au Patrimoine mondial de l'UNESCO, au titre de "paysage culturel vivant", mais nombreux sont ceux qui ignorent tout, par contre, de l'influence des monarques, du temps où la cour royale séjournait dans la contrée, tel François Ier, dans l'histoire de nos vignobles et de ce qu'on pourrait qualifier de "paysage cultural vivant".

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En fait, point de "grands crus", point non plus de classement parkerisé pour tous les vignerons et les Vins du Coin, mais un patrimoine vinicole indéniable à défendre et à mettre en valeur, alors même que les instances régionales viennent de flinguer tout espoir d'une promotion originale, par le biais des cépages quasi uniques présents dans la région. En effet, à partir de 2016, les vins blancs tranquilles de l'AOC Touraine ne devront contenir que du sauvignon blanc et/ou gris!... Adieu chenin, menu pineau et romorantin!... Le chemin est libre pour permettre aux plus gros négociants de la région, Sancerre compris, de proposer quelques cuvées déclassées à bas prix, sous le label Vin du Jardin de la France. En rouge, gamay et côt sont privilégiés. C'est donc dans ce paysage que quelques vigneron(ne)s se sont installés et ont fait souche. Argile à silex aidant, certains font feu de tout bois, pour nous proposer des vins de caractère, qui portent cette terre dans leurs vaines.

- Noëlla Morantin -

En quelques années, à peine une petite douzaine (comme le temps passe!), la jolie Pornicaise a oublié ses études et son premier job dans le marketing, pour assouvir sa soif de terre, de vignes, de jolies cuvées. Partie pour faire carrière dans la sphère commerciale, il a suffit d'une rencontre pour que sa vie ne bascule. A l'aube du nouveau millénaire donc, retour sur les bancs de l'école, stages divers chez les Mosse, Pacalet et autre Pesnot, le sort en est jeté. A peine quelques années plus tard, lors d'un Salon des Vins de Loire, Noëlla croise Junko Arai, une femme d'affaire japonaise passionnée de vignes et importatrice de vins dans son pays, qui rêve de Bourgogne, de pinot noir et de chardonnay.

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Cette dernière doit cependant se replier sur la Loire et fait l'acquisition de quelques arpents cédés par le Clos Roche Blanche de Catherine Roussel et Didier Barrouillet, à La Tesnière, sur la commune de Pouillé. Elle cherche quelqu'un pour s'occuper de ses vignes et prendre le relais de Pascal Potaire. Il y a là un peu plus de six hectares sur un joli coteau dominant la vallée du Cher. En face, le coteau de Thésée. Pendant ces quatre premières années, le couple du Clos Roche Blanche, en mode désinflation patrimoniale, propose également à Noëlla de prendre en location, pas moins de huit hectares, dont Les Pichiaux et ce qui compose la cuvée Chez Charles.

En 2011, Junko propose à Noëlla de racheter une partie des vignes de son domaine Les Bois Lucas, dont le démantèlement est plus que probable, sinon avéré. Il est question là de quatre hectares (trois de sauvignon et un de gamay destiné à la cuvée Mon Cher), en bordure de la forêt peuplée de chevreuils gourmands, sur de très belles argiles à silex. Après ces années de patiente remise en état, il était difficile de reculer... Bien sûr, au total, cela fait douze hectares désormais. Beaucoup pour une frêle jeune femme, mais la vigneronne de La Brosse (le lieu-dit où se situent ces vignes) y voyait un passage obligé. Sa volonté n'est cependant pas de garder la surface actuelle et elle met en oeuvre un repli vers des positions qui lui conviendront mieux. Ainsi, au cours de la semaine précédant notre passage, elle vient d'acquérir 2,5 ha au Clos Roche Blanche, des vignes des Pichiaux et de Chez Charles. La voilà donc propriétaire de 6,5 ha dans le secteur, ce qui devrait composer le Morantin Estate dans un assez proche avenir!...

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Un pari sur l'avenir, surtout en ces temps bousculés par un climat perturbé. Même si les ex-vignes de Junko Arai, plantées en 1943, laissent entrevoir de beaux espoirs, vu le superbe terroir sur lequel elles ont pris pieds. La première récolte après la reprise en mains, 2012, est limitée à la portion congrue : 4 hl/ha! Les calamités climatiques (gel, grêle, plus le mildiou quelque peu offensif) se sont succédées et les jus de l'année sont plutôt expérimentaux. Néanmoins, le potentiel des trois tonnes (ou double-barriques) est bien là. La nouvelle cuvée ne porte pas encore de nom, mais il faudra surveiller son apparition. A noter qu'une petite parcelle, actuellement en friche, est d'ores et déjà destinée à la plantation de... romorantin, pour satisfaire la rime entre vigneronne et cépage. Qui n'a un jour rêvé du romorantin de Noëlla Morantin?...

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En 2012, Les Pichiaux et Chez Charles (ci-dessus, à droite) ne feront qu'une cuvée. La deuxième n'a produit que 8 hl/ha du fait du gel. Cette année, ces vignes quadragénaires, sur des sols plus limoneux, ont de nouveau gelé à 40%! La première, issue de jeunes sauvignons (deux parcelles plantées en 1991 et 2003), va former la colonne vertébrale de la cuvée unique, du fait notamment que les sauvignons de Chez Charles ont vu leur maturité se bloquer quelque peu, à cause du mildiou. Tous les blancs du millésime sont désormais entreposés dans la cave d'une maison du village, appartenant à une vénérable habitante, surprise de voir défiler, de temps en temps, des populations de visiteurs de diverses origines, parfois lointaines.

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Retour ensuite au domicile de la vigneronne de Pouillé, où se trouve également le cuvier et la seconde cave destinée à l'élevage des rouges, où l'on peut découvrir notamment des côts en cours d'élevage, dont un tiers vient des vignes de Jean-Luc Tessier, à Faverolles sur Cher et le reste des vignes de soixante-dix ans dont dispose Noëlla. Celle-ci nous convie à un joli casse-croûte ligérien, associant charcuteries diverses et goûteuses, fromages de chèvre succulents (une adresse à ne pas manquer!) et diverses cuvées comme Terre Blanche dans ses deux versions (pétillant et tranquille) made by chardonnay, sans oublier une verticale de Chez Charles composée des quatre millésimes mis en bouteille au domaine à ce jour.

Depuis quelques années, nombre d'amateurs ont cédé aux charmes de la jolie vigneronne du Loir-et-Cher et de ses cuvées franches et toniques. Toutes sont dotées d'un certain caractère, mais une part de fragilité transparaît, un peu comme ces sauvignons plantés dans une zone plus ou moins exposée au gel printanier. Ces séquences climatiques, parfois douloureuses et leurs conséquences, dont les vignerons parlent souvent avec pudeur, comme s'il s'agissait de ne pas déclencher le courroux d'une quelconque divinité ou d'exorciser les peurs, ne peuvent que rappeler aux amateurs les difficultés de cette activité et la nécessité de se mettre parfois à l'écoute, au-delà des jolies cuvées qui nous enchantent parfois. En tout cas, Noëlla Morantin, Tronches de vin des plus souriantes (page 174), illustre bien la dynamique locale, autour notamment de Béatrice et Michel Augé, au Domaine des Maisons Brûlées. Vous serez prévenus, si vous n'y prenez garde, vous allez en brûler pour le Loir-et-Cher!...

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- Thierry Puzelat -

Dans le secteur entre Loire et Beuvron, on a un peu le sentiment qu'on ne connaît que lui!... Il faut dire que son action au quotidien est pleine et généreuse, en faveur d'une alternative au vin conventionnel, qui se porte désormais bien au-delà de nos frontières. L'an prochain, cela fera vingt ans qu'il s'est associé avec son frère Jean-Marie, sur le domaine familial du Tue-Boeuf et aux Montils, pas question de redescendre les barreaux de l'échelle, il y a trop à faire, à découvrir, à révéler au monde des amateurs. Avec Thierry, on a vite le sentiment qu'une vie de vigneron ne suffira pas, mais, après tout, tant pis, il y a tant de combats à livrer pour conquérir les nouveaux territoires et s'attaquer aux citadelles. Et les châteaux, il sait ce que c'est, avec Blois, Chaumont et Cheverny, chaque jour dans son horizon!... Après, il sera bien temps de prendre quelques heures pour réunir des amis (des potes ouverts lors des portes ouvertes au domaine!), histoire de partager cochonnaille et joyeux nectars jusqu'au bout de la nuit à l'Herbe Rouge. Palsambleu! Vous reprendrez bien de ce menu pineau, chevalier!... 

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Les parents de Thierry et Jean-Marie n'ont jamais disposé de plus de sept hectares au cours de leur vie de vignerons. Lorsqu'ils passent le relais à leur fils aîné Jean-Marie en 1989, le Tue-Boeuf n'a pas vocation à s'étendre outre mesure. Cependant, le vigneron plante de nouvelles parcelles en 1990 et 1991. Dès 1994, Thierry le rejoint, mais pour vivre à deux sur le domaine, la location de vignes (en AOC Touraine) devient une évidence, pour atteindre environ treize hectares. En 1996, le passage en bio s'impose, pour être effectif en 1998. Quelques rencontres dans le vignoble et la découverte des cuvées de Marcel Lapierre notamment, pousseront les deux frères vers des vinifications "naturelles".

En 1999, Thierry constate souvent aux alentours, que le fruit de belles parcelles de la région finit dans les cuvées aseptisées du négoce local. Il décide de se lancer dans une activité complémentaire de négociant, qui lui permettra d'acheter des raisins et de les vinifier pour tenter de mettre en valeur quelques beaux terroirs. Dix ans plus tard, en 2009, il s'associe, pour cette même activité avec Pierre-Olivier Bonhomme. Le dynamisme des deux hommes est certain, puisqu'ils vinifient aujourd'hui une quinzaine d'hectares, dont certains proviennent du domaine et multiplient les achats de vendanges sur pieds.

Lorsque nous arrivons au domaine, la pluie fait des claquettes sur les trottoirs des Montils. En cette fin d'après-midi, c'est un peu l'effervescence, puisque le cuvier doit recevoir le lendemain, vignerons amis et visiteurs, à l'occasion des portes ouvertes. A défaut de faire un tour dans les vignes, nous passons vite à un tour des vins. Il faut dire que la gamme est large et diverse. De plus, les efforts pour mettre en valeur "l'identité terroir" soulignent fortement à quel point ces vins méritent d'être considérés pour leurs qualités intrinsèques et surtout pas, comme naguère, pour de modestes "blancs de comptoir", qu'ils ne sont plus du fait de la lente et inexorable disparition de nombre de zincs de nos villes et villages.

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En appréciant le seul sauvignon de cuve du domaine, Le P'tit Blanc 2011, issu de jeunes vignes de onze et quinze ans, Thierry Puzelat nous explique que le Tue-Boeuf compte trois terroirs assez distincts : un coteau qui regarde le sud et domine le Beuvron, avec des argiles à silex sur de la craie à 1 m ou 1,5 m de profondeur, plus le plateau viticole au-dessus, aux argiles plus profondes et celui situé en face de la rivière (dont une partie ressemble au Tue-Boeuf), comprenant également 2,5 ha de graviers de quartz rose et blanc, des terres donc plus filtrantes et plus faciles à travailler. En surface, blancs et rouges sont à peu près à égalité, mais la proportion de vieilles vignes est plus importante pour les blancs. De fait, les volumes en rouge sont donc un peu plus conséquents.

A suivre, Frileuse 2001, un Cheverny blanc composé d'un tiers de sauvignon blanc, un tiers de sauvignon rose (ou fié gris), âgés de vingt ans environ et un tiers de chardonnay, issu de parcelles de trente et quarante-huit ans. Frileuse, la bien nommée, est située sur un point haut, entre Loire et Beuvron. Elle a malheureusement souffert du gel de début mai dernier à 80%! D'autant plus dommage, puisque cette cuvée garde toujours une belle tension, même quand les maturités atteignent des niveaux élevés, certaines années. Trois parcelles plantées en 1937, 1950 et 1961 la composent.

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Autres très belles cuvées, le Buisson Pouilleux, issu de vieilles vignes de sauvignon, ou encore Brin de chèvre, bel exemple de menu pineau. Selon Thierry, ce cépage est sans doute l'adaptation continentale du chenin (appelé gros pineau dans la région), sachant que l'influence océanique s'arrête à Amboise, distante de vingt-cinq kilomètres environ. En plus des récentes décisions syndicales, on peut voir là une perte d'identité de la région, qu'ils ne sont que quelques-uns à combattre. Au domaine, même si la défense et la mise en valeur des cépages historiques est une réalité, le souhait reste néanmoins de faire plutôt le vin d'un endroit, même et à plus forte raison, lorsqu'il s'agit d'une parcelle de romorantin plantée en 1905.

Transition passionnante avant de passer aux rouges, les vins blancs issus de longues macérations, tel le Pinot Gris 2006, un millésime où il ne fut pas possible de produire de blancs rigoureusement secs! A suivre également, la version 2010 du PG (un rosé!), assez loin de la norme, mais qui ne laisse pas indifférent, avec notamment leur habillage très 1920. Du côté des rouges, joli pinot noir (La Gravotte), planté dans la partie calcaire du Tue-Boeuf, mais aussi l'assemblage de deux tiers de côt et d'un tiers de gamay, La Guerrerie, dynamique et tendu, sans oublier La Butte, catégorie pur gamay.

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Pour finir, à peine quelques centaines de mètres à parcourir pour atteindre le lieu de stockage du négoce Puzelat-Bonhomme associés, où nous attend Pierre-Olivier pour nous permettre de découvrir au passage quelques vins géorgiens. Des vins qui illustrent bien la passion de ces deux vignerons, avant tout, soucieux d'introduire sur le marché français quelques vins étonnants venant en droite ligne de la Vallée du Maule au Chili, de Catalogne, de Sicile, de Toscane et du Trentin. Autant d'exemples qui nous laissent croire à l'universalité du vin et à la soif de découvertes, qui doit pousser à l'avenir de plus en plus d'amateurs sur des chemins rappelant que la création de vins est non seulement universelle, mais inscrite dans les gènes de nombreuses populations mondiales, sans que nous ayons de leçons à leur donner. On peut ainsi dire que Thierry Puzelat est désormais un des acteurs majeurs de ce "Mondovino" sincère et loyal, à mille lieues de celui qui voudrait uniformiser notre goût et notre pensée. N'en doutons pas, avec lui, en route vers d'autres résurgences goûteuses!...

- Étienne (et Claude) Courtois -

A Soings-en-Sologne, chez les Courtois, ne pourrait-on pas dire que le Paradis est pavé de bonnes intentions?... Lorsqu'on demande à Étienne Courtois pourquoi le domaine porte ce nom "Les cailloux Le Paradis", il avoue que pour les premiers, il suffit de travailler les sols pour comprendre, mais que pour ce qui est du second, le travail imposé au quotidien, celui qui a permis d'élever la réputation de la ferme et de ses vins au sommet, n'a rien de celui d'un éden paradisiaque, comme on dit parfois sur les brochures touristiques, dont les auteurs ne craignent pas d'employer des redondances pléonastiques.

Étienne n'a guère plus de vingt-cinq ans, mais il n'a pas ménagé ses efforts pour participer à la vie de l'ensemble. Il faut dire qu'ici, on entretient les bois comme les vignes, on taille les arbres fruitiers comme les multiples cépages présents sur les parcelles (leur nombre exact ne nous sera pas communiqué!), on soigne les animaux de la basse cour, comme ceux qui nous tiennent compagnie. En cette journée pluvieuse, il reçoit notre petit groupe en dépit d'un problème de santé, façon récidive, qui ne le met pas en danger,  mais qui le handicape douloureusement. Point de tour dans les vignes donc, mais il faut dire que leur abord actuel n'est pas des plus simples, vu les quantités de pluie (60 mm en une seule journée, voilà peu!) que la Sologne ingère au cours de ce printemps.

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C'est en 1991 que la famille Courtois quitte le Var pour le vignoble solognot, mais pas comme les Vuitton, Bouygues, Lagardère et autre Abramovitch qui tous se sont portés acquéreurs de centaines d'hectares de chasses dans la région, pour combattre l'ennui des week-ends (il n'est pas rare, dit-on, d'être survolé par quelque aéronef, venant en droite ligne d'une quelconque grande capitale!). Pour Claude Courtois, lui, le Bourguignon de l'Yonne, c'est plutôt le mistral glacial de l'hiver ou la chaleur estivale, voire les incendies de forêt du Sud-Est varois qui motivèrent cet exode familial, avec armes, bagages et jeunes enfants (cinq aujourd'hui dans la fratrie). Pratiquement la seule condition fut que la propriété soit d'un seul tenant et homogène du point de vue du milieu naturel, de l'écosystème, selon un terme plus actuel. Bien sur, tout était à faire. Les vignes étaient restées sept ans à l'abandon et un quart de siècle de traitements chimiques avait fait le reste. Le résultat des premières analyses de sol, à l'époque, était on ne peut plus clair : phase de désertification avancée!...

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Au cours de toutes ces années, Claude Courtois a mené plus d'un combat : "En quelque trente cinq années comme vigneron, dix-huit ans de procès!" Souvent, la passion l'a guidé, celle de l'histoire et sans doute aussi celle de l'ampélographie. Et, fatalement, quand les deux se rejoignent, cela ne pouvait que donner des idées au vigneron. De plus, le fait que les instances écartent l'idée de la reconnaissance d'une AOC Sologne pour le vin, comme cela est le cas pour les fruits ou certains légumes, lui a toujours paru relever d'une injustice à la limite du supportable. Et comme il le dit fortement en revendiquant celle-ci...

Mais, au-delà de ces conflits, il ne pouvait que transmettre à ses enfants, du moins les deux qui se tournèrent vers la vigne et le vin, un niveau d'exigence que l'on retrouve dans les propos d'Etienne. "Toute intervention à la vigne et à la cave influe sur le résultat final. Une grande précision est donc exigée. Chaque décision, ne serait-ce que d'écimer la vigne ou procéder à un soutirage, se retrouve dans le vin fini". Et cela est à rapprocher d'une constante incontournable appliquée par le clan : "Tous les vins font entre 12 et 13,5°, mais ce qu'il faut obtenir, le point sur lequel il convient d'insister, c'est la fin de bouche qui doit être très droite, verticale."

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Avec Claude Courtois (venu nous rejoindre à l'appel de quelques huîtres normando-vendéennes!), la conversation, tout en restant... courtoise, peut être animée! Et s'il vous vient l'idée de lui permettre de déguster un vin présentant quelques... imprécisions, vous vous exposez à certains retours tonitruants. "En fait, je demande à mes enfants de ne pas goûter ces vins ratés ou approximatifs! Ils doivent éviter de se gâter le palais avec des volatiles exubérantes, qui ne peuvent que détourner leur jugement." Quelques minutes plus tard, il ajoutera : "Pour tout dire, je ne sors plus guère, parce que je suis confronté à des avis qui me révoltent! Certaines cuvées ont fait de l'ombre aux vins naturels. Et comme je ne suis pas vraiment un poids coq et que j'ai du sang irlandais dans les veines..." Claude Courtois, un peu comme John Wayne, dans l'Homme tranquille?... Découvrant Tronches de vin avant notre départ, il a la satisfaction d'y retrouver quelques vignerons qu'il apprécie, comme Alain Castex ou Pierre Beauger, par exemple. Parmi ses confrères, il souligne volontiers le travail de certains, attentifs à la mise en valeur des cépages et terroirs.

Etienne nous permet de faire un tour d'horizon des cuvées disponibles et d'autres qui le sont un peu moins. Il faut dire qu'il y a de quoi faire, lors de la séance de dégustation, accompagnée comme il se doit de quelques produits locaux. Si la ferme compte huit hectares, c'est pas moins de quinze cuvées qui sont proposées ou en cours d'élevage. Avec Julien Courtois et ses quatre hectares du Clos de la Bruyère, non loin de là, ce sont près de vingt-cinq cuvées qui démontrent tout le potentiel de ce terroir solognot. Tous les élevages se situent en principe entre dix-huit et trente, voire soixante mois pour le menu pineau (Évidence 2007), désormais disponible. A noter que pour Évidence 2008, vendangée le 20 novembre à 14,5°, Etienne s'est lancé dans une aventure (relative et très surveillée) au long cours, puisqu'il est prévu un élevage en barriques pendant dix ans! Rendez-vous donc en 2018!...

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En débutant par Quartz 2011, 100% sauvignon élevé dix-huit mois, son pointu et sa finale minérale, cela permet, selon l'expression d'Etienne "de remettre le facteur sur le vélo!" Puis vient Plume d'Ange 2011, au cursus identique et à la très belle ampleur. Les blancs sont donc complétés par Évidence 2007, issu de menu pineau, faut-il le rappeler, ce cousin du savagnin, que François Ier ramena du nord de Venise pour notre plus grand plaisir et le Romorantin 2010 et ses trente mois d'élevage, en tout point remarquable!...

Les rouges sont aussi en grande forme, avec, pour commencer, la Cuvée des Étourneaux 2010, 100% gamay (dont 30% de gamay de Chaudenay), dont la dynamique nous porte jusqu'à L'Icaunais 2010, une nouveauté proposée par Etienne Courtois. Une rareté en fait, puisque composée du cépage gascon (75 ares au domaine, sur les quatre ou cinq hectares qui subsistent dans le monde, dit-on!) et élevée trente mois également en barriques. Hommage au père indiscutablement, lui l'Icaunais, natif de l'Yonne. Un rouge assez peu soutenu, une bouche aérienne qui va pouvoir se mettre en place dans les prochains mois, la mise datant d'à peine trente jours. Enfin, Racines 2010, le "blended maison", dont la fiche technique reste évasive quant à sa composition... Pas moins de cinq ou six cépages (officiellement) et beaucoup de caractère, une véritable présence.

La visite s'étire. Pensez donc, Mistelle est sur la table!... Le "rouge de dessert", qui doit aussi bigrement s'entendre avec quelques recettes où les fromages à pâtes persillées sont présents. Vu l'heure assez tardive, nous optons pour une pâtisserie de Contres, conseillée par Etienne. Les options chocolatées sont nombreuses et la météo semble s'améliorer. Sur l'autoroute du retour, une des premières aires va nous permettre de goûter encore au plaisir intense d'une cuvée hors normes.

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Il n'est pas interdit de penser que certains d'entre nous apprécieront au passage les bienfaits d'une telle transmission paternelle, comme elle se concrétise désormais, depuis que Claude Courtois a décidé de prendre du recul et de céder la barre à son fils Etienne. C'est lors de telles rencontres que l'on prend conscience de toute la dimension patrimoniale d'un savoir-faire et d'un savoir-être. Celles dont on revient forcément plus riche. Pas de doute, tout cela nous est Loir et Cher!...