Grand bleu, mais présence de particules fines!... La première partie du bulletin météo suffisait largement pour nous faire sortir du bois, Horta et moi. Pour ce qui est de la seconde mention, les particules fines, les prévisionnistes nous montrent dans leur bulletin, leur pain quotidien, quelques photos évoquant parfois la relative limpidité (ou turbidité, c'est selon) des vins naturels, ni filtrés, ni soufrés. A quand des mentions plus explicites pour qualifier le ciel d'hiver de nos contrées?... "Demain, l'horizon sera quelque peu Arbois ou Layon!" Ou encore : "L'ambiance sera Overnoy ou Chaffardon!..." Comprendra qui pourra!... D'accord, mais avec modération, répondra Monsieur Evin. Ceci dit, on rigole, on rigole, mais ces particules, au final, ça sans le soufre!... Ça sent surtout, à terme, les mesures contraignantes destinées à justifier l'augmentation des prix des carburants. Il faut dire que parfois, nous ne sommes pas raisonnables. Pour l'instant, si le nez et la gorge vous piquent, une seule solution : filez en Anjou!...

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~ Jean-Christophe Garnier, à St Lambert du Lattay ~

Il a bien grandi, le jeune homme qui faisait partie, naguère, des révélations d'une certaine nouvelle vague angevine. C'était à l'entame du troisième millénaire de notre ère. A cette époque là et même encore en avril 2008, lors d'un précédent passage au domaine, il disait ne pas vouloir augmenter la surface de vignes dont il disposait, soit environ quatre hectares. Indiscutablement, il a gagné en confiance, mais a aussi franchi le Rubicon Layon, en faisant construire des locaux neufs permettant de travailler dans de bien meilleures conditions. Un déblocage de prêts disponibles en sa qualité de jeune agriculteur, certes, une pression supplémentaire, mais il admet désormais que celle-ci est toujours présente, sous une autre forme parfois, due à la trop petite taille d'un domaine. Cette part de risque, à ses yeux, cela lui permet d'avancer, tout en assurant une bonne continuité.

Alors qu'il ne disposait avant que de parcelles de blancs, il a aujourd'hui autant de rouges que de blancs, passant donc de 4 ha à 7,5 ha. Le tout s'accompagnant d'une sorte de restructuration du parcellaire, cédant ici ou là, arrachant parfois et programmant aussi quelques nouvelles plantations, voire achetant quelques friches, lui permettant de se projeter dans un avenir plus lointain.

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L'expérience acquise depuis quelques années permet au vigneron de St Lambert du Lattay de se projeter dans le futur avec une plus grande assurance. Ainsi, du côté de Bézigon, qui reste sans doute son spot fétiche, il avance à petits pas, ceux que la nature et l'équilibre financier imposent, mais avec détermination. C'est sur ce coteau exposé au nordet qu'il a déjà planté à 7000 pieds/hectare, en 2009 et 2010, près de deux hectares de chenin, sur ce sol de schistes érodés, reposant sur un sous-sol de métagrauwackes. Dès que ces vignes vont toutes entrer en production, une parcelle de plus vieilles vignes (aux nombreux déplants) acquise à proximité, sera à son tour arrachée, afin de composer à terme un ensemble plus cohérent et d'origine choisie.

Non loin de là, soixante ares de gamay viennent aussi d'être arrachés et après une patiente préparation (semis de seigle et d'avoine à venir), la parcelle devrait être plantée de pineau d'Aunis de diverses origines (Jasnières, Layon et sans doute un clone). A l'extrémité de celle-ci, une friche, jouxtant aussi les cabernets de Cédric Garreau, pourrait être plantée d'arbres fruitiers, composant un joli verger, participant à terme à la biodiversité du site.

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En vis à vis, sur l'autre rive du Layon, on aperçoit, profitant du temps... clair, l'autre composante "historique" importante du domaine, le secteur de La Roche, 1 ha 10 de chenin sur carbonifères exposés ouest, composant désormais avec Bézigon, un Anjou blanc de caractère, sorte d'association du yin et du yang, option vallée du Layon, comme deux terres qui se toisent et qui, finalement, transformeraient duel en duo. Une notion que semble désormais privilégier Jean-Christophe, longtemps passionné par l'idée du parcellaire vinique, mais qui, de plus en plus, se sent attiré par les assemblages, au-delà même de la volonté de simplifier sa gamme. Presqu'au point peut-être de rêver d'un duo blanc-rouge, indépendemment des conditions propres à chaque millésime, qui peuvent permettre l'apparition de cuvées plus ou moins expérimentales (ou non voulues!). Vous n'y couperez pas, le prochain millésime solaire verra sans doute revenir, comme en 2005, ce vin élevé trois ans et demi en barriques, à la façon d'un jaune du Jura!...

Autre secteur important désormais, Les Tailles, avec plusieurs parcelles sur ce plateau limono-gravelo-argileux situé au sud du village de St Lambert, plantées pour l'essentiel de cépages rouges : gamay, cabernet franc, cabernet sauvignon et pineau d'Aunis. Là encore, quelques rangs destinés à de futures vignes, avec notamment cet essai de plantation de porte-greffes pendant deux ans, permettant l'implantation du système racinaire, avant même le greffage d'une variété à définir, peut-être du chenin... Il faut dire que les 2,5 ha dont dispose ici le vigneron, sont en métayage et que le propriétaire actuel va progressivement en reprendre une partie, du fait de la cessation de son activité professionnelle habituelle. On s'oriente donc là vers une sorte de démarche collective, d'un point de vue matériel notamment, à laquelle il convient d'ajouter le salarié du domaine, Julien, en pleines démarches en vue de la création d'une nouvelle entité, s'appuyant sur la reprise probable d'une partie des vignes d'Olivier Van Ettinger, à Faye d'Anjou.

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D'autres évolutions à prévoir donc, puisqu'il faut ajouter une parcelle restant à planter, à proximité des vignes du Musée de St Lambert, avec vue imprenable sur l'église du village et une autre destinée à recevoir un hectare de chenin, dans le secteur de Rouchefer (bien connu de René Mosse), en allant vers Beaulieu sur Layon.

Côté dégustation, découverte donc de la cuvée 2013 de La Roche-Bézigon, en cours d'élevage dans un grand foudre en chêne, présent au domaine depuis deux ans. Option innovante pour Jean-Christophe, qui souhaitait éviter certaines incertitudes liées à un élevage traditionnel en barriques, ainsi que les manutentions pouvant être sujettes à cautions. Le dernier millésime est doté d'une structure plus légère et le vigneron imagine volontiers qu'il pourrait bénéficier d'une mise de printemps, sur les arômes primaires, plutôt que de suivre le rythme habituel d'un élevage d'une année. De plus, 50 hl, soit le volume du foudre, sont seulement disponibles au lieu des 80 d'une année normale, ce qui fait que l'assemblage classique foudre-cuve n'est pas d'actualité cette fois. Les versions 2011 et 2012 bénéficient d'un équilibre plus accompli, avec quelques notes d'élevage justement, que le temps va digérer, dues sans doute à la jeunesse du foudre et aux variantes d'expression par séquence. En 2011, une sélection issue exclusivement de La Roche est aussi disponible, alors qu'en 2012, un petit volume du duo a été mis en bouteilles en version nature. Excellent!...

Les rouges sont quant à eux vinifiés en macération carbonique. L'élevage étant limité à un passage en cuves, avec pour tous une mise de printemps (mai). A moyen terme, le vigneron espère pouvoir élever tout ou partie de ses rouges en cuves tronconiques. Trois composantes à déguster : un premier assemblage gamay-pineau d'Aunis (ce dernier issu d'une parcelle de 50 ares environ), qui ne devrait porter d'autre nom que Gamay-Aunis, au toucher de bouche agréable et net. Ensuite, deux assemblages des deux cabernets, le premier venant du secteur des Tailles et le second, plus tannique, avec une pointe plus herbacée et issu de vignes plus vieilles dans le secteur des Chévries. On y devine une sorte de complémentarité, ce qui sera confirmé avec les 2013, puisque ces deux volumes seront assemblés pour composer la cuvée Cabernet. Notez que d'ici la mise du dernier millésime, seuls quelques magnums de 2012 sont encore disponibles au domaine.

Côté pétillants (élaborés à Saumur, où un 2009 sera bientôt dégorgé), un blanc est produit lors des millésimes généreux et un rouge plus régulièrement, issu de gamay, pineau d'Aunis et d'un peu de grolleau.

On peut donc considérer que Jean-Christophe Garnier est resté inscrit jusqu'à maintenant dans une sorte de mouvement perpétuel, tentant de conforter ses positions, malgré des évolutions importantes. Pourtant, il n'en a pas moins ses fidèles supporters, qui lui reconnaissent un style liant originalité et constante d'expression forte. En un mot, sa patte personnelle est appréciée et depuis quelques temps, de plus en plus à l'étranger, ce qui renforce la dynamique positive dans laquelle il s'inscrit désormais. Indiscutablement, un tenant d'une ex-nouvelle vague, passé sans coup férir, dans le lot des référents de la région.

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~ Domaine DeboutBertin, à Faye d'Anjou ~

Nouuuveeelle vague!... Un percheron, quelques bouts d'terre, l'Anjou au coeur, mais les pieds sur terre!... C'est la nouuuveeelle vague!... (air connu). La région n'a pas eu, à ce jour, à souffrir d'un quelconque tsunami, mais il faut bien admettre qu'elle voit se former des ondes successives, aptes à irriguer les papilles des amateurs de vins bio et nature. Après les Anges Vins, vignerons pure souche layonesque pour la plupart, un autre groupe, En joue connection, est apparu. Il se compose souvent de jeunes nouveaux venus dans la région, passés presque invariablement par la case dégustation et partage, voire les "classes vertes" que sont les journées initiatrices de vendanges chez les vignerons du cru. Pour nombre d'entre eux, impossible d'en sortir indemnes!... Et, au terme de la cueillette, les mains rouge cabernet, ils en sont certains, leur avenir est ailleurs!... Adieu hiérarchie dans le tertiaire et carte orange forfait navigo, demain est un autre jour!...

C'est ce qui est arrivé à Stéphanie Debout et à Vincent Bertin. Après des vendanges chez Cyril Le Moing, ils décident de s'installer en 2011. Elle est Poitevine, lui est Rennais. Ils se sont croisés pendant leurs études à Brest, Finistère. Microbiologie et sécurité alimentaire pour elle, électrotechnique pour lui. A l'issue, ils se retrouvent à Paris pendant trois ans, qu'ils passent à courir, souvent en déplacement, ne se croisant pour ainsi dire que le week-end. Mais, l'Anjou leur tendait les bras... Le hasard de quelques rencontres, des pistes à suivre, un soupçon de chance et leur avenir se construit autrement. Ils ont aujourd'hui un toit à Faye d'Anjou, un chai dans un bâtiment de la ferme de Montbenault (un bon spot, ça!), chez Stéphane Rocher et quelques parcelles plantées de divers cépages. Désormais, ils peuvent construire et, de toute évidence, ils le font avec pragmatisme, tout en gardant à l'esprit qu'ils apprennent chaque jour et que tout n'est pas tracé dans le contenu d'un manuel de gestion.

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Dès leur arrivée, les DeboutBertin récupèrent des parcelles aux quatre coins de la commune. Au total, 3 ha 50 actuellement et pas moins de sept secteurs différents, dont certains en cours de "restructuration" du fait, notamment, de l'âge canonique de certaines parcelles et de leur reprise en bio. Le couple a suivi une formation simultanée entre février 2012 et 2013. Ils partagent les tâches avec une sorte de notion de territoire, incluant un planning personnel : celui ou celle qui taille se charge d'un suivi plus attentifs jusqu'aux vendanges!... Ainsi, Stéphanie parle de ses sept ares de vieux grolleau de La Ribellerie, un peu comme s'il s'agissait de ses géraniums!... Malgré leurs quatre-vingt ans supposés, ils sont un peu bonsaï, mais pourrait réserver une belle surprise, comme le suggère la barrique dégustée ensuite. Une vigne qui illustre au passage certaines des découvertes faites par le couple depuis son installation : lorsqu'elles ignorent la date de plantation, les Douanes, en charge du dossier, indiquent systématiquement 1960!... Pratique isolée ou process admis de tous?... Nul ne sait vraiment. Après une petite enquête très locale auprès des propriétaires, ce grolleau a, au bas mot, vingt ans de plus!... Il en va de même avec des cabernet du secteur de la Noue Blanchard. Côté grolleau, une autre parcelle dans le secteur de La Grande Pièce (ex-Kenji et Maï Hodgson) va apporter une expression un tant soit peu différente.

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Fer de lance actuel (une bouteille d'Aunis Etoilé, arrivée un peu par hasard à New York a, semble-t-il, fait récemment sensation!), 65 ares de pineau d'Aunis de 55 ans environ, récupérés dès la première année, dans le secteur dit des Grand'Landes. En effet, une sorte d'immense plateau avec une très faible pente, dont une partie de sols assez profonds et une autre plus caillouteuse (schiste et quartz en sous-sol). Quelques déplants, mais au-delà de ça, plutôt de bonnes surprises : le cépage leur a été présenté comme très fragile, atteignant difficilement une bonne maturité homogène. Or, en 2012, 12,7° nature à la vendange et juste deux traitements avant et après la fleur!... L'espace est à priori bien aéré, mais les débuts sont encourageants. A noter que la taille choisie s'oriente vers un gobelet palissé et qu'à terme, toutes les parcelles seront sans palissage, pour permettre un bon travail avec le cheval.

Car, en effet, option importante au domaine, un percheron acquis dans l'Orne, Anatole, fait partie intégrante du projet, j'allais dire de la famille. Il faut bien comprendre que ce cheval est en cours de formation chaque matin (une partie de son pré est transformée en "salle de classe") et qu'il semble avoir bien digéré la réforme dite des rythmes scolaires!... A charge pour le duo de vignerons d'adopter un rythme pédagogique répondant à son attente : il apprend vite et se montre très exigent! Premier le matin, lorsque la cloche sonne et pas question de faire trop longtemps les mêmes exercices!... Bien sur, Stéphanie et Vincent ne négligent pas leur propre formation en la matière et vont jusqu'en Creuse, chez Frédéric Carlier (Trait d'avenir) pour apprendre à mener un cheval au travail et, en même temps... apprendre sur eux-mêmes!...

Les parcelles de blanc sont elles divisées en deux secteurs principaux : du chenin et du sauvignon blanc en pleine restauration du côté de Gratte Bourse (poésie des noms de lieux angevins!) et une seconde partie en production, non loin de Montbenault, sur la commune de Beaulieu sur Layon. Là, un simple chemin sépare deux vignes somme toute très différentes : côté plateau, Les Bellouines, âgées de vingt-cinq ans, qui donnent la cuvée Achillée et l'autre, sur un coteau avec vue sur Rablay sur Layon, Les Jauges, qui atteignent quarante-cinq ans et composent la cuvée Pacotille. Des sols qui ressuient très vite en cas de pluie, mais des vignes qui ne se comportent pas de façon identique. Problème de clone ou de porte-greffe?... En tout cas, des parcelles qui réclament une grande attention tout au long de l'année. Autre découverte du duo, les réactions des amateurs lors de dégustations de ces chenins, qui sont parfois à l'opposé de leur perception, mais ils devinent que celle-ci ne doit pas être influencée par les éventuelles difficultés rencontrées en cours d'année et qu'ils doivent aussi se mettre à l'écoute pour avancer.

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Tour d'horizon des 2013 ensuite. Après les trois cuvées proposées en 2012 (deux de chenin, une de pineau d'Aunis), il faut donc désormais compter sur de nouvelles sélections, lesquelles en principe, se veulent parcellaires, soit pas moins de sept ou peut-être moins, si les jus sont peu convaincants, ces derniers étant alors dédiés à la production d'un pétillant. En cave, pour les blancs, pressurage doux sur vingt-quatre heures, puis passage en barrique sans débourbage ni soutirage. A l'issue d'un élevage d'un an environ, assemblage en cuve sans soufre et mise en bouteilles. Pour les rouges, vinification en grappes entières, avec un ou deux pigeages par jour pendant environ deux semaines, puis élevage en barriques sans soutirage, pour une durée à peu près similaire aux blancs. Très simple, très nature!...

Encore une belle découverte en Anjou donc, avec ce domaine tout neuf. Un couple de vignerons pour le moins déterminés, sincères et tournés vers l'avenir. Prêts à capter les ondes positives qui circulent dans le paysage du Layon mais, à l'évidence, dotés d'une bonne capacité à réfléchir aux options qui se présentent. Ils ont sans doute beaucoup aimé certains flacons dégustés çà et là, avant de passer sur l'autre rive, mais on devine aussi que d'autres les ont moins convaincus et c'est probablement ce qui leur permet de savoir mieux ce qu'ils ne veulent pas aujourd'hui, tout en préservant leur libre-arbitre et peut-être moduler à l'avenir certaines orientations. Finalement, savoir ce qu'on veut n'est pas forcément la panacée!... En revanche, identifier ce qu'on ne veut pas, peut être tout à fait décisif et constructif.

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~ Tessa Laroche, à Savennières ~

Il est plus de 17h lorsque je franchis le portail du Domaine aux Moines. En descendant de voiture, je reconnais la voix de Tessa et la moitié de conversation téléphonique que j'entends me laisse aisément supposer que la journée d'une vigneronne peut être parfois animée et qu'à toute heure, les problèmes peuvent survenir. En l'occurrence, elle vient d'apprendre que les étiquettes attendues pour la mise en bouteilles du lendemain ne seront pas prêtes!... En fait de mise, il s'agit plutôt d'une triple mise et parmi celles-ci, en plus de la cuvée Les Moines 2011 et du Domaine aux Moines 2012, la toute nouvelle cuvée en Vin de France, issue des jeunes vignes, appelée Le Berceau des Fées 2013, dont le look et la calligraphie sont indiscutablement innovants, en plus des réflexions que la mise sur le marché d'un tel vin a provoqué dans le landerneau!... Toute chose qui amuse Tessa, finalement!... Mais qui, pour l'instant la stresse quelque peu, puisqu'elle ne se voit pas partir, lors du week-end tout proche, au salon de Villebarou sans ces flacons.

15032012 020A la Roche-aux-Moines, comme ailleurs, l'hiver a été bien arrosé. L'herbe a envahi les rangs et le trèfle fait son apparition. L'option de taille, terminée désormais, montre que les baguettes sont plus longues qu'à l'accoutumé. Une tendance que l'on trouve souvent cette année et pas qu'en Anjou. La présence dans les têtes de solides dictons, tel que Noël au balcon, Pâques au tison, a déclenché des choix prudents, du moins ceux qui pourraient permettre de réagir, voire de sauver quelques meubles, en cas de gel printanier souvent dévastateur. D'autant que Pâques, cette année, se fêtera le 20 avril!...

Au Domaine aux Moines, Tessa a pris les rênes avec détermination et envie, ne craignant pas de rompre quelque peu avec une sorte de tradition familiale et locale. Une courte conversation avec Madame Laroche mère laisse entendre qu'une supposée période de transition est arrivée à son terme. Il faut dire que l'engagement de sa fille en faveur d'une réflexion globale concernant l'appellation Roche-aux-Moines, puis l'évolution du contenu du décret, plaide en sa faveur, au-delà même des options audacieuses pour le domaine, qui atteint voire dépasse désormais les onze hectares de chenin sur l'AOC "Grand Cru"!... Sur le sujet, la préoccupation du moment, pour la vigneronne et ses voisins, reste néanmoins l'inévitable campagne de communication qui reste à mener en faveur du potentiel remarquable de ce cru d'une quarantaine d'hectares, que personne, par le passé, n'a pu ou n'a su mettre en valeur, afin qu'il devienne une référence dans l'esprit des amateurs et de bien des professionnels. Savennières elle-même souffre encore de ce déficit d'image et la Roche-aux-Moines, malgré les progrès de ces toutes dernières années, n'a pas pris, à ce jour, le train d'une plus grande renommée, même si le TGV passe à ses pieds!... TGV, pour Très Grand Vin?...

Si vous lui rendez visite, Tessa vous convie parfois à une toujours très instructive dégustation sur fûts du millésime en cours d'élevage. Cette fois-ci, pour 2013, il est permis de comparer les lots du Parc (vignes du clos, coté jardin) et des Ruettes (à l'entrée du domaine, côté cour), tantôt dans des barriques neuves de deux tonneliers (Atelier Centre France et Dussiaux), puis sur d'autres allant d'un à quatre, voire cinq vins. Une séance, parfois longue, mais la vigneronne doit s'y contraindre régulièrement, afin de sélectionner au mieux, notamment, les lots qui seront destinés à la cuvée Les Moines, apparue en 2010. Même si la tendance est à privilégier les fûts les plus récents, la tâche n'est somme toute pas simple, même si le Parc et ses vieilles vignes tiennent la corde.

Juste le temps de déguster les cuves qui seront mises en bouteilles le lendemain, un exercice parfois compliqué après la série précédente, qui plus est, un "jour feuille" juste après l'apogée de la Lune!... Alors, influence ou pas des phases lunaires lors de la dégustation?... "Les jours suivants, c'était nettement mieux!..." me confirmera un SMS de Tessa, quelques jours plus tard.

N'allez pas croire pour autant que les vignerons angevins s'en remettent aux fées et à leur baguette magique!... Quant à la Lune, ils l'apprécient souvent sous toutes ses formes et la considèrent sans doute comme une sorte de partenaire... Mais, les derniers millésimes n'ont rien eu de rassurant et nombreux sont ceux qui reviennent à une réalité qui n'a rien d'ennivrant. Tous espèrent une année "normale", sans difficultés nouvelles venant s'accumuler aux précédentes. Parce que l'Anjou le vaut bien et mérite sa montée en puissance!...