Son grand-père quitta son Portugal natal et débarqua en Bretagne dans les années vingt pour trouver du travail, cela ne pouvait qu'inciter Adrien De Mello à parcourir le Monde!... Les hasards de la vie le conduisent au Québec où il arrive en avril 2003, pour une première expérience de vinification à l'été suivant. Il y restera jusqu'en 2006, avec un poste d'adjoint au vinificateur d'un domaine très conventionnel. Parallèlement, il complète son apprentissage avec de saines lectures, comme le livre de Jules Chauvet qui ne manque pas de l'interpeller. Un stagiaire beaunois passe quelques temps au Canada et l'incite à faire une formation (BPEA) à Beaune, afin d'acquérir quelques bases solides et conforter ce qu'il a pu apprendre sur le terrain.

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Il effectue un stage en Afrique du Sud ("pour apprendre ce qu'il ne faut pas faire!"), mais finalement échoue au diplôme. Il trouve néanmoins du travail aux États-Unis, où il est confronté au climat chaud et très humide du vignoble de Virgine. Quelque peu formateur!... Dès 2007, il est de retour au Québec, mais sans perspectives enthousiasmantes, il opte pour un retour en France en 2010. Il rejoint alors la Vallée du Rhône, en intégrant l'équipe du Domaine Duseigneur, où il va vinifier quatre millésimes et pratiquer la biodynamie.

Est-ce cette expérience accumulée ou le compteur des années qui tourne? Adrien éprouve le besoin de se rapprocher de sa Bretagne natale et l'Anjou, lorsqu'on vient de la vallée du Rhône, c'est presque la dernière étape, les Marches de Bretagne. Il habite à Beaucouzé, au nord d'Angers, mais lorsque survient l'été 2016, il obtient la possibilité d'occuper la cuverie du château de la Genaiserie, à St Aubin de Luigné. Un sacré coup de bol, pour bien des habitants du coin! De plus, il va pouvoir installer son bureau et sans doute, une salle de dégustation, à l'étage, inoccupé depuis près de vingt ans et en cours de restauration. Une tomette ancienne et des fenêtres à restaurer et, lorsqu'on regarde le paysage, on a un peu l'impression d'être dans le château arrière, la dunette, d'un vaisseau ancien du XVIIIè. Tonnerre de Brest! L'aventure commence!...

028Du côté des vignes, la surface actuelle totale est de l'ordre de 3,5 ha, avec 2,8 ha d'un seul tenant, dans un secteur gélif, au bord du Layon (Les Gâts), face au coteau de Chaume. C'est Thomas Carsin qui lui a proposé ce lot cultivé en bio. Un secteur qui va le confronter, dès son installation, aux affres de la météo et de son influence sur l'activité viticole. Dès son arrivée, en décembre 2015, il subit une forte averse de grêle, ce qui ne manque pas de l'interpeller, puisque, comme on dit parfois dans le vignoble, les orages porteurs de grêlons impriment leur marque selon des couloirs, des axes restant souvent les mêmes au cours d'un même cycle annuel.

Néanmoins, c'est le gel qui va se révéler dévastateur lors de son offensive printannière de 2016, dont on dit qu'il est finalement assez proche, du fait de ses conséquences, de celui de 1991, le gel noir. De quoi recouvrir d'un voile noir de deuil l'initiative courageuse du vigneron dès son premier millésime... Heureusement, la solidarité va jouer au moment des vendanges, puisque Philippe Delesvaux, dont Adrien s'est déjà rapproché pour une pratique optimisée de la biodynamie, va lui vendre quelques raisins et lui permettre d'être proche des quantités produites et exigées pour le bon équilibre financier de son domaine. Mais il s'en est fallu de peu, avec pas moins de 80% de raisins manquants!...

030Pratique attentive de la biodynamie, emploi très limité de sulfites à la mise et travail dans la vigne avec le cheval. En plus de la volonté affichée de proposer des vins authentiques non dénués d'originalité, le jeune vigneron de la Genaiserie s'appuie aussi sur un vécu solide - il dit volontiers préférer vinifier des rouges que des blancs - tout en admettant qu'il a beaucoup de choses à découvrir avec les vins de la région. En premier lieu, il ne désespère pas de percer les mystères du chenin, cépage dont il avoue tout ignorer ou presque et, pour cela, son premier millésime angevin va lui permettre de capter quelques tendances importantes : botrytis ou pas pour produire des secs? Sans oublier la découverte de la palette aromatique sous l'influence d'une plus ou moins grande maturité. Il sera intéressant d'entendre son analyse, parce qu'elle sera le fruit d'un regard nouveau sur ce que peuvent être les grands blancs secs de la région. En tant que membre de la plus récente génération installée (celle en place depuis à peine plus de trois ans semble donner l'impression déjà d'être composée de vieux briscards!), avec Liv Vincendeau et Thomas Batardière notamment, Adrien De Mello va certainement avoir son mot à dire, pour peu que les papilles des amateurs soient ouvertes et prêtes pour de nouvelles aventures!...

032Et voici donc Toscane (à droite sur la photo), une Comtoise de sept ans. Le vigneron de St Aubin veut en faire sa partenaire privilégiée pour travailler les sols de ses vignes. Pour l'heure, elle est restée quelques mois sans activité appropriée, il va donc reprendre l'entraînement avec elle dans les prochaines semaines.

Lors de notre passage au domaine, au printemps dernier, il était possible de découvrir les premiers jus. Pour la plupart, il s'agissait de mises récentes, sauf pour le sauvignon, qui était encore en barrique, comptant à ce moment-là 8,5 gr de sucres résiduels. Cabernet franc et cabernet sauvignon, associés pour composer la cuvée Globule rouge, venaient de partir en malo.

Le sauvignon blanc (Globule blanc) est issu du bas de la parcelle située sur un léger coteau. Des sols très profonds, un degré naturel assez bas - 11,5° malgré tout - et une vinification en cuve. Le chenin, quant à lui, occupe le haut de la butte sur des schistes. Il est destiné à la cuvée Les Gâts. Sous la petite route parallèle à la rivière, dans la partie gélive, des gamay et gamay fréaux destinés à une cuvée de soif (Gamins). A noter aussi, Do Little, du sauvignon surmûri, pressé au Musée de la Vigne de St Lambert du Lattay, contenu de deux bonbonnes de verre. 19° potentiel, SR indéterminés et une mise qui pourrait se faire de façon très originale, puisque prévue dans des bouteilles de bière de 33 cl, genre Chimay!... Le tout composant la gamme actuelle du Domaine de la Petite Soeur.

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Pour le moment, Adrien De Mello compose avec les éléments et avec cette période indispensable, où il faut découvrir les vignes, capter l'influence de certains choix sur les vinifications, mais aussi les réactions du marché et de la clientèle. Le domaine n'en est qu'à ses balbutiements, même si certaines options se profilent déjà. Du haut de ses trente-cinq ans, le vigneron a déjà engrangé de l'expérience et cumule quelques rencontres influentes. Il va indiscutablement porter ses efforts sur les vinifications des blancs. Le but : "garder de la tension et donner de l'épaule!" S'il a quelque peu navigué à vue pour ce tout premier millésime, certaines avancées importantes sont à prévoir dès le prochain. Il ne faudra donc pas forcément tirer de conclusions trop hâtives avec les premiers flacons ouverts. Mais, les amateurs passionnés ne l'ignorent pas.

De toute façon, que ce soit en Anjou ou ailleurs, il est intéressant de partir à la découverte des nouvelles entités viticoles, non pas pour être en quête perpétuelle de la nouveauté, mais pour se rendre mieux compte de la respiration qui anime une appellation ou une région. Parfois, quelques domaines référents montrent des difficultés, voire des réticences, à faire bouger ce qui marche. On se surprend presque à parler d'une forme d'immobilisme. Certains de ces grands noms acceptent l'idée de se faire bousculer par les réflexions et les analyses des plus jeunes. C'est finalement ce qui permet d'évoquer la bonne santé de certains secteurs de notre carte des vignobles. Dans le Val de Loire, il est clair qu'on peut se réjouir de voir arriver de tels talents. Parce que, avec quelques autres, ils sont prêts à se confronter à la diversité des goûts et des couleurs. Et c'est tant mieux pour tous ceux qui ont soif de ces découvertes.