Les Essards, La Haie Longue, à St Aubin de Luigné, le 24 mai 2006.

Depuis quelques années, Philippe Delesvaux jouit d'un statut un peu à part, dans le microcosme du vignoble angevin. Celui du vigneron, très largement concentré sur la production de grands liquoreux issus du chenin et ne souffrant pas, outre mesure, de cette sorte d'incontournable crise qui touche les vins de cette catégorie. Sans doute, doit-il cela à son travail au quotidien, aidé chaque jour par sa femme Catherine (aspect des choses relativement rare en Anjou, tant les conjointes sont tenues d'avoir une activité extérieure, même partielle, pour être cité!...) et à une grande fidélité à ses idées, celles qui, selon lui, permettent de proposer une gamme de vins, alliant naturel et expression du terroir, sans recours à toute technique d'enrichissement et artifices oenologiques. La tendance cryo-chapta n'a pas cours au domaine!...

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Pas d'esbroufe au niveau des installations non plus!... Les randonneurs, sur le GR 3, qui passent à proximité de ce bâtiment agricole, sur la hauteur, un peu à l'écart du village de la Haie Longue, auront du mal à identifier les installations d'un vigneron cité, chaque année (Wine Spectator en tête!), comme parmi les meilleurs du monde en matière de liquoreux!... Pas de salle de dégustation, si ce n'est un petit bureau et une chaise, à proximité de la porte (exposée plein nord, à titre d'info, en vue de vos futures visites hivernales!...) et un contact direct avec la réalité d'un local aménagé de façon très rationnelle : quelques barriques près de l'entrée, des cuves, un espace de stockage (plutôt réduit, ce qui est bon signe!...), rien de trop, mais juste ce qu'il faut. Et surtout pas cette part de laisser-aller, rencontrée parfois, et de remise au lendemain... Spartiate, mais l'or liquide est pourtant bien là!...

En fait, à y regarder de plus près, grâce notamment au plan visible au-dessus du petit bureau, on devine aisément que ce domaine d'un seul tenant, recelle des vertus exceptionnelles...

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En premier lieu, sa situation sur une hauteur, sorte de mamelon, non loin du confluent de la Loire, du Louet et du Layon, à Chalonnes. Le point le plus important qu'il convient de noter, c'est l'aérologie locale tout à fait particulière : des brises de pentes, générées au nord par le surplomb de la plaine alluviale de la Loire, répondent à celles qui naissent, au sud, dans les méandres serrées du Layon, entre Chaudefonds sur Layon et St Aubin de Luigné. Résultat : il y a toujours un peu de vent dans cette zone et, c'est donc potentiellement un haut-lieu du passerillage, que le botrytis cinerea apprécie également, lorsque les conditions météorologiques s'y prêtent, à l'automne, avec la proximité du fleuve.

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Second aspect à prendre en considération et non des moindres : le terroir, au sens du sol visible et très accessoirement du sous-sol, qui apparaît çà et là. Dans cette zone, vous êtes au coeur du bassin houiller angevin, qui fut exploité longuement, dès le XIXè siécle. D'ailleurs, certaines petites maisons, dans les environs, étaient à l'origine, les logements des mineurs.

C'est dans la parcelle, dite Clos du Pavillon, que l'on peut découvrir les schistes carbonifères et surtout la trace de ce charbon qui teinte la terre en surface ou presque.

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On ne peut ignorer le Clos de la Guiberderie, situé sur le "plateau", avec son sol où affleurent parfois des schistes qui se dégradent et ce qu'on appelle les "poudingues", sorte de "graves", qui vont du galet au sable et qui comblent les "cuvettes" laissées libres par la roche mère, sous l'action de glissement du glacier, comme on peut le deviner sur la photo ci-dessous. A noter également, qu'il y a parfois très peu de terre sur les blocs de schistes.

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Vers l'est, et dans le prolongement de la Guiberderie, la parcelle dite Feuille d'Or, avec un sol très proche du précédent et, de l'autre côté de la route qui mène de Beaulieu sur Layon à Chaudefonds, des parcelles qui bénéficient d'une très belle exposition sud, surplombant la vallée du Layon, nommée Les Rousselles et où se situent notamment, une bonne proportion de vignes franches de pied, ainsi que les cabernets de la toute nouvelle cuvée du domaine, La Montée de l'Epine.

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Après ce tour d'horizon, retour à la cave pour déguster, ou redéguster, les vins disponibles et, parmi ceux-ci, tous ceux millésimés 2005. A noter, le Coteaux-du-Layon-St Aubin, issu des dernières tries récoltées début novembre sur le Pavillon et Guiberderie, au caractère à la fois franc et tonique. Des vins en cours d'élevage également, comme la cuvée issue des vignes franches de pied, qu'il va falloir suivre de près!... Les Grains Nobles semblent avoir un superbe potentiel!... Revu également, un Clos du Pavillon 2004, avec une structure ferme. Philippe Delesvaux dit de ce millésime que c'est une "année masculine"!... Les Anjou rouge semblent avoir franchi le palier, que l'année leur permet : la Montée de l'Epine 2005, aux accents sudistes, devrait faire une belle bouteille de garde, rejoignant les bonnes cuvées de la région.

A St Aubin de Luigné, Philippe Delesvaux a créé ce domaine en 1983 et, depuis, est resté fidèle à une ligne essentielle à ses yeux : le respect de la vigne, de la terre, des rythmes biologiques, du temps nécessaire à la maturation du vin... C'est écrit en toute lettre dans les documents qu'il envoie à ses clients. Et ceux-ci, amateurs éclairés ou pas, peuvent également admettre que le vigneron de la Haie Longue sait les respecter, en ne proposant à la dégustation que des vins disponibles et ayant atteint une maturité minimum.

Un compte-rendu à voir ou revoir, celui des LPViades 2005.

C'est un vigneron de conviction, précurseur des "Sélections de Grains Nobles" depuis 1985 et, par ailleurs, membre fondateur de Sapros. Pas certain, à ce jour, que certaines options, certains choix actuels, de ses collègues angevins ne soient la panacée, mais son point de vue mérite d'entrer dans le débat, tout simplement parce qu'il n'est pas formulé à la légère et le fruit, certainement, d'une réflexion complète sur le sujet. Pourtant, on aimerait parfois le convaincre de rejoindre ceux qui croient à la "grandeur" de certains terroirs du Layon et à leur capacité à produire de grands vins blancs secs...

De toute façon, avec lui, on devine aisément que la réflexion collégiale, si elle s'ouvre à tous, saura garder les pieds sur terre!... Ça a quelque chose de rassurant, non?... N'hésitez pas à aller en parler avec lui lors de votre prochain passage!...