Winemaker : appellation non contrôlée, mais pas davantage revendiquée par ces deux vignerons du Layon!... Le premier, Richard Leroy est plutôt à l'est de l'AOC, à Rablay sur Layon. Le second, Patrick Baudouin, est à l'extrémité ouest, à Chaudefonds sur Layon, proche du confluent du Layon et de la Loire. Deux parcours différents et deux regards sur les vins d'Anjou. Deux hommes également prêts à partager leur passion pour ces vignes de chenin, voire de cabernet, pour ces crus d'excellence et ces cuvées qui parfois, défient le temps. Deux "facteurs de vins" qui n'ont rien à envier aux "flying winemakers" de notre nouveau millénaire!... Portraits.

26092008_008 26092008_002 26092008_031 26092008_038

Nous sommes la veille du dernier week-end de septembre. Les vendanges devraient battre leur plein, mais le vignoble est plutôt calme. Après un été plutôt difficile (juillet sec, août plutôt frais...), cette dernière quinzaine anticyclonique apporte une bouffée d'air (sec!) et les raisins ne s'en portent que mieux. Seul problème : il y a globalement peu de raisins!... Dans tout le Layon, moult parcelles ont souffert du gel. Et comme si cela ne suffisait pas, les problèmes se sont succédés : coulure, avec une fleur qui s'est mal passée, millerandage, puis ver de la grappe!... Avec des traitements bien positionnés, le mildiou pouvait être bien contenu. Néanmoins, les rendements seront sensiblement plus bas, même dans les vignes non bio.

26092008_005   26092008_004   26092008_009

Cette matinée a tout d'une grande!... Ciel pur, air pur, l'idéal pour faire un passage dans les parcelles avec Richard Leroy, qui se doit de constater, chaque jour désormais, l'évolution de la future vendange. Surprise : il y a peu de grains à moins de 12°!... Il va falloir prendre la décision de se lancer!... Cela dit, la météo semble devoir changer quelque peu...

Nous sommes là au Clos des Rouliers, non loin du Moulin du Savetier. 70 ares de chenin, des vignes qui ont presque vingt ans et qui souffrent de l'esca... Ici, le gel a peu sévi, mais il y a, malgré tout, peu de raisins, avec un peu plus de mildiou mosaïque. Résultat : guère plus de 12 à 15 hl/ha, soit trois barriques!... Loin d'un quelconque record!...

26092008_014   26092008_013   26092008_018

Après être passés dans le village, où Christopher, un jeune sommelier danois de passage nous attend, Nous montons jusqu'à la parcelle dite Les Noëls de Montbenault et ses rhyolithes ferreuses. Ici, pas moins de 2 ha, où les plus vieilles vignes ont cinquante cinq ans. Quelques jeunes plants également, mais, une fois passée la "crise de l'esca" (vignes entre vingt et quarante ans), la parcelle est désormais plantée à près de 100%. Très peu de mildiou ici, du fait notamment de l'aérologie du site, mais par contre... 90% de gel au printemps dernier!... "Les vendanges seront vite faites cette année!..." sourit malgré tout Richard, vigneron sur les hauts de Rablay depuis douze ans. Néanmoins, on s'oriente vers une cueillette chirurgicale, tant les grappes présentent des raisins différents. Il faudra ôter les grains secs et tous ceux qui seront botrytisés. Depuis qu'il ne fait plus que des Anjou blancs secs, qui se veulent haut de gamme, Richard Leroy écarte le botrytis avec le plus grand soin, ce qui lui permet, le plus souvent, de n'inclure du soufre qu'au moment de la mise.

26092008_022   26092008_023   26092008_025

A l'approche de midi, sur la terrasse, découvrons le dernier millésime, confortablement installés, tout près d'un vénérable acacia :

- Clos des Rouliers 2007 :
Jolie expression franche et droite, avec des arômes mûrs. Le vin est à la fois aérien et structuré. Comme le plus souvent, il se livre assez vite et possède une assez belle longueur.

- Anjou blanc sec 2007 :
Ce vin vient d'une autre parcelle de vignes centenaires sur argile, donc sur terre lourde. Zéro soufre, zéro intervention. Idéale pour comparer les terroirs!... De jolis arômes, des touches florales, mais le vin tombe beaucoup plus vite. La bouche n'est pas portée de la même façon que sur les terroirs de schiste.

- Les Noëls de Montbenault 2007 :
Un plus de puissance et d'intensité, notamment des arômes dans une gamme minérale. A ce stade et pour comparer avec les Rouliers, le vin est moins disert. On lui trouve d'ailleurs une sorte de creux en milieu de bouche, mais la finale se révèle pure et rectiligne. Structuré, avec une très belle rétro. Encore un très beau potentiel!...

26092008_024   26092008_021   26092008_026

Comme toujours, l'accueil au 52, Grande Rue est toujours "leroyal"!... Et une excellente pintade aux choux nous permit de nous sustenter comme il se doit!... Nous avons pu nous étonner encore d'un Noëls de Montbenault 2006, aussi excellent que d'ores et déjà accessible!... Richard Leroy pense d'ailleurs qu'il va "s'évaporer" très vite dans la plupart des caves des amateurs et restaurateurs, alors que sa "buvabilité" actuelle cache un excellent potentiel. Après un Montbenault 2003 solide, destiné à la table, retour sur la version oxydative, tout à fait étonnante, d'un Montbenault 2005, issu de deux barriques du millésime et d'un élevage de deux ans!... Nous voilà dans le Jura!... Et pour le rouge, me direz-vous?... Un Cornas de Matthieu Barret, Brise Cailloux 2006 avait le potentiel pour prolonger aimablement la conversation!...

Mais, le temps passe vite du côté de Rablay!... Nous voilà au milieu de l'après-midi, l'heure de rejoindre Patrick Baudouin, du côté de Chaudefonds sur Layon!...

26092008_027   26092008_030   26092008_028

Le vigneron de Princé est connu, depuis nombre d'années, pour ses activités, qui vont bien au-delà de la gestion de son propre domaine. Mais, depuis le début de cette année 2008, le voilà habillé d'une tenue d'homme pressé!... Vigneron depuis 1990, revenu en Anjou, à l'aube de ses quarante ans, pour reprendre ce qui restait du domaine familial, le voilà à 57 ans, tentant de répondre aux questions qui le taraudent : comment faire pour essayer de maintenir les évolutions qui font bouger les choses dans la région? Non chaptalisation, travail du sol, respecter l'environnement, proposer des vins de terroir, aller vers le bio... Autant d'aspects d'une viticulture qui se veut dynamique en Val de Loire notamment!...

26092008_039   26092008_037   26092008_042

L'après-midi est belle pour deviser de tout cela au grand air. Nous prenons rapidement la route du vignoble et des nouvelles parcelles du domaine, qui passe de 10 ha environ à 13,6 actuellement. Nous voilà tout d'abord, aux Zersiles (foi de cadastre!), en AOC Quarts-de-Chaume. Environ 1,20 ha d'un coteau exposé sud-est. Ces passages dans les vignes sont indispensables pour le vigneron, au moment où il doit évaluer le chemin qu'il reste à parcourir, en même temps que la qualité des raisins, à quelques jours des vendanges. Contrôler les degrés en grapillant çà et là, goûter les baies, constater la texture des peaux, apprécier l'évolution du goût et de la couleur des pépins... Cela lui permet aussi de se projeter dans les prochains mois, qui promettent d'être chargés. Avec notamment, un recentrage sur les aspects commerciaux et la communication du domaine.

A noter aussi, qu'est prévue, dès 2009, la plantation de 80 ares à Savennières et la mise sur pieds d'une petite activité de négoce permettant l'achat de raisins issus d'autres zones de l'Anjou et ne provenant pas forcément de coteaux. Avec en filigrane, une forme de soutien aux jeunes vignerons de la région, portés par l'envie de produire des vins de terroirs. Démarche très proche finalement, de celle que met en place Jo Pithon.

26092008_032   26092008_035

Bien sûr, une telle évolution était quasiment impossible, au vu du déficit actuel de notoriété des vins de terroirs et du manque de considération du marché pour des cuvées pourtant issues de crus anciens, comme Chaume, Quarts-de-Chaume ou Bonnezeaux. Il fallait donc trouver un partenaire financier. C'est désormais chose faite : après les négociations que l'on imagine, un accord a été signé, sous la forme d'une charte du domaine, entre Patrick Baudouin et l'Union Harmonie Mutuelles, une mutuelle de santé, séduite par un travail de vingt ans et une démarche ancrée sur la production de vins de terroirs.

L'un des aspects importants (et non des moindres!) rendus possibles par ce partenariat, c'est l'arrivée au domaine, à plein temps, de Clément Baraut, issu du GDDV (Groupement Départemental Développement Viticole, basé à Martigné-Briand), fort d'une grande expérience forgée dans la région, notamment en tant que conseil, auprès de nombre de vignerons d'Anjou. Les deux hommes se connaissent et s'apprécient depuis vingt ans. L'apport de cette recrue est déterminant, tant par sa compétence que la passion qui l'anime.

26092008_043   26092008_034   26092008_040

Au passage, on devine qu'une telle association de compétences va permettre une distribution des rôles plus équilibrée. Ainsi, Patrick Baudouin, passée cette période de mise en place, espère continuer à se consacrer à Sève, dont il est un des fers de lance, à l'heure de la réforme des AOC, qui va se mettre en place progressivement. Il faudra encore beaucoup d'énergie(s) pour expliquer le futur de ces AOC, qui vont devenir des AOP (Appellation d'Origine Protégée) ou ces Vins de Pays qui seront désormais rangés au sein des IGP (Indication Géographique Protégée). Sans oublier les débats qui surviendront sans doute, entre tenants des vins bios et des vins naturels!...

Nous avons, pendant ce temps, mis le cap sur le Château de la Fresnaye (QG d'Isabelle et Jo Pithon!) non loin duquel le vigneron de Chaudefonds possède désormais 2,5 ha d'un seul tenant, planté de chenin (1,5 ha) et de cépages rouges (cabernet et grolleau sur 90 ares). Une parcelle en conversion bio, sur des altérites de schiste. Et beaucoup de temps à passer pour observer la vigne, afin de prendre les bonnes options. Là encore, les degrés sont assez élevés. Le temps de la cueillette approche à grands pas!... Le grolleau est superbe!... Une jolie cuvée d'Anjou rouge se profile.

La journée s'étire... Retour à Princé, pour une courte dégustation des 2007, toujours en cours d'élevage :

- Effusion 2007 :
Un Anjou blanc sec issu d'un assemblage de vignes sur le coteau d'Ardenay et sur celui des Bruandières. Tonique et frais, doté d'une jolie élégance.

- Cornillard 2007 :
Un autre chenin sec, doté d'un franc caractère!... Intense et droit. Belle persistance.

- Les Saulaies 2007 :
Beaucoup d'élégance pour un chenin dont on peut souligner la belle matière.

- Coteaux-du-Layon 2007 :
Un équilibre très intéressant avec ses 70 gr de sucres résiduels. Jolie expression et très agréable fraîcheur.

A noter que désormais, tous les 2004 et les 2005 sont en bouteilles et disponibles, y compris les rouges. Par contre, ces derniers seront absents dans les millésimes 2006 et 2007, les vins ne répondant pas à l'attente du vigneron.

26092008_045   26092008_044

Décidément, la lumière de cette journée était assez remarquable!... Un dernier regard sur les coteaux de Beaulieu sur Layon, inondés du soleil couchant... Ce pays recèle plein de petites merveilles, de pépites, qui coulent dans nos verres. Pas étonnant, avec les hommes, les vignerons qui le peuplent!... Leurs routes, parfois, se séparent. Mais, leurs pas, leurs chemins, viennent souvent à se croiser...