Quelle plus belle journée qu'un jeudi de printemps qui se prend pour un jour d'été?... De bon augure pour cette première sortie vinotouristique de Vigne'Horizons, toute jeune association destinée à proposer aux amateurs passionnés, quelques jolies escapades dans les vignobles de France et de Navarre.

Et pour cette première, direction Saumur et même l'appellation Saumur-Champigny, qui compte quelques domaines de renom, mais aussi, de jeunes vignerons tournés vers un avenir plein de qualités, s'appuyant sur une réalité identitaire et des sélections parcellaires, prenant un peu le contre-pied de la tendance des années quatre-vingt et quatre-vingt-dix.

Nous voici donc à Varrains, une des plus proches petites cités, aux pierres blanches et blondes, voisines de Saumur, la sous-préfecture du Maine-et-Loire, connue pour son célèbre Cadre Noir et ville natale de quelques célébrités, comme Fanny Ardant et Yves Robert, option cinéma, ainsi que Coco Chanel, option mode... et cinéma!...

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Nous aurions très bien pu passer la journée à Varrains d'ailleurs, puisque, à peine à quelques dizaines de mètres de chez Antoine Sanzay, se situe le Domaine des Roches Neuves, de Thierry Germain, célèbre représentant du cru, qui vaut le détour et le temps d'une visite complète. Un objectif des prochains mois, histoire de remettre nos pas dans les anciennes Terres Chaudes de Denis Duveau, parti sous d'autres cieux, après avoir lancé le domaine et contribué à propulser (avec d'autres) l'appellation, vers un succès... qui aurait pu la perdre!...

En cette belle matinée, Antoine Sanzay fait comme nombre de ses collègues : il profite de la météo favorable du moment, pour dédier tout le temps disponible à sa terre et à ses vignes. Après un début de journée consacré à passer l'intercep du côté des Poyeux, il nous rejoint pour nous présenter son domaine, sa démarche et notamment, le "Clos derrière chez moi" et ses 18 ares de cabernet franc.

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Antoine Sanzay dispose au total, de près de 11 hectares, sur quatre communes. Un domaine très morcelé, ce qu'il considère tout à fait positif. Il a repris celui-ci en 1999. Suite à la disparition tragique et brutale de son père en 1983, le vignoble est entretenu par son cousin, lui-même vigneron au village et les raisins destinés totalement à la coopération. En 2000 et 2001, Antoine a donc repris le flambeau, mais fait de même, à destination de la Cave de St Cyr en Bourg. Il n'ignore rien de son engagement de quinze ans avec cette dernière, mais va bénéficier de la tolérance locale (rare pour ce qui est des coopératives!...) de pouvoir vinifier une partie des raisins pour son propre compte.

En 2002, il franchit le pas, achète un peu de cuverie et réinvestit sur 1 hectare. Il ne lui reste plus qu'à se découvrir... des clients!... Mission accomplie, puisqu'en 2009, il met sur le marché quelque 18 000 bouteilles, alors qu'il ne vinifie que 40% du volume produit par le domaine. Il est également présent à l'export, dans cinq pays. Autant de raisons qui font, qu'il a d'ores et déjà pris la décision de ne pas renouveler le contrat en vigueur avec la cave coopérative. Soit, cinq années pour asseoir une démarche, la préciser, même si la trame est désormais connue.

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Tout en rappelant qu'il est présent sur deux créneaux, vente de raisins et vente au domaine, Antoine Sanzay considère qu'il vinifie l'équivalent de quatre hectares "dans l'esprit bio", en utilisant que des produits naturels et des plantes. Même s'il a arrêté tout désherbage depuis 2001, il est davantage dans une posture dite conventionnelle pour la partie vente raisins, en utilisant des produits "plus sûrs". A ce jour et même lorsqu'il disposera librement de ses onze hectares, il ne se voit pas revendiquer de label bio et encore moins d'agrément : "Ce qui me gène, c'est qu'il faut payer pour prouver qu'on est propre!... Le monde à l'envers!..."

Autre point essentiel de sa démarche, ce qu'il nomme "l'approche terroirs". 90% de ses parcelles sont situées sur des terroirs à fort potentiel, qui ont du fond et du minéral. Il ne dispose pas de plus de vingt ares de graves et encore moins de sables. Une grosse dominante cabernet franc, bien sur et 1,10 ha de chenin (2000 bouteilles), qu'il destine à la production d'un blanc sec très minéral, mais digeste. Si l'on connaît actuellement deux cuvées rouges, le Domaine, sur des vignes d'une quarantaine d'années et L'Expression, issue d'un lot de 4 ha aux Poyeux et ce, jusqu'au millésime 2007 inclus, il faut noter que cette dernière deviendra Les Poyeux, dès 2008.

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A moyen terme, ce ne seront plus deux, mais quatre cuvées rouges (dont trois sélections parcellaires) qui seront proposées, dans un esprit très bourguignon. La cuvée Domaine toujours, issues de toutes les petites parcelles éparpillées et, en plus des Poyeux, Clos Lisière et La Haie Dampierre. Mais, nous n'en sommes pas encore là...

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- Cuvée Domaine 2008 :
Actuellement sur lies, quatre mois après malo, en cuves béton. Pas de soutirage, élevage en réduction. Un seul soutirage avant la mise (juillet-août) et une très légère filtration. Issu des "Bas Poyeux", d'une autre parcelle sur le haut des Poyeux (plus d'argile sur l'autre versant, dans une zone plus sablonneuse) et du petit clos à proximité de la cave. Beaucoup de fraîcheur et de fruits rouges. Tonique et droit. Un vin qui traduit bien les choix récents du vigneron : moins d'extraction, plus d'infusion, une acidité structurelle revendiquée. Et l'aveu qu'il se sent plus à l'aise avec des millésimes aux maturités moyennes. A noter également, un sulfitage nettement en retrait sur les derniers millésimes.

- Les Poyeux 2008 :
Les malo ne sont pas faites. Pas très facile de déguster ces vins en barriques, partis pour dix-huit mois 23042009_017d'élevage minimum!... Néanmoins, un plus de complexité aromatique, tendance cerise noire et baies mûres et des tannins très fins. Issus des "Hauts-Poyeux", sur des sols argilo-calcaires, avec très peu de terre (guère plus de 20 cm sur le dôme, dans le meilleur secteur de la parcelle) et de vignes de cinquante ans environ. Nous sommes là dans la zone "crayeuse" et c'est vraiment la marque de cette cuvée.

- Cuvée Domaine 2007 :
Du fruit croquant, façon fraises au sucre. Fraîcheur tonique et gouleyante. Structure droite et ferme, sans la moindre sécheresse. Un Champigny que l'on peut apprécier dès maintenant, dans cette phase fruitée ("ça pinote!"), mais qui a un beau potentiel de garde également.

- L'Expression 2007 :
Mise prévue le 5 mai, disponible en juin. Vinifiés en cuves et élevés en barriques de 400 litres. Une nuance épicée sur des notes cassis, violette, puis franchement florale, tendance pivoine. En bouche, remarquable touche crayeuse, minérale à souhait!... La craie dans l'encrier!... Beaucoup de fond. Une fin de bouche soulignée d'une note saline enthousiasmante!... Potentiel de garde certain, du fait de son équilibre et de sa chair très bourguignonne!... Un Poyeux très Volnay!...

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- Les Salles Martins 2007 :
Une parcelle sur la commune de St Cyr en Bourg, sur un terroir très calcaire, au-dessus de champignonnières. Les vignes ont plus de quarante ans et les rendements n'y dépassent pas 30 hl/ha. Les grains sont ramassés dorés, sans surmaturité et sans botrytis : "grain de chenin doré, translucide devant le soleil." Le but est de conserver le côté croquant, agrumes, citron parfois et toute la minéralité. Mission accomplie pour ce vin, qui a le potentiel pour devenir une cuvée référence pour la région et pour le millésime!...

- Libres Bulles :
Un pétillant naturel rosé, dont le seul défaut est qu'il n'y a que 800 bouteilles disponibles!... "Mais, j'avais envie d'essayer, pour voir!..." nous dit le vigneron. Indiscutablement destiné à la tarte aux fraises, appréciée sous l'ombre de la tonnelle, au coeur de l'été!... Mais le problème, ben, c'est qu'il n'y en aura pas pour tout le monde!...

La passion pour le vin est le véritable moteur d'Antoine Sanzay. Lui qui avoue que, naguère, elle se limitait à une forme de "snobisme", propre aux "buveurs d'étiquettes"!... Mais, la rencontre avec un amateur passionné, qui lui fit découvrir des vins de vignerons de talent, qui respectent leur terroir depuis longtemps, fut, pour le moins, déterminante. "Après tout, il y a tellement de passionnés qui aimeraient faire du vin, mais qui ne disposent pas de vignes!..."