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La Pipette aux quatre vins
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La Pipette aux quatre vins
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17 janvier 2011

Philippe Delesvaux : 2010, anthologiquement Layon!...

2010 : un millésime qui se présentait sous des hospices bons et constants, très années 2000!... En septembre, rien ne permettait de croire à l'exceptionnel. Puis, en l'espace d'une petite semaine, tout a basculé!... Dame Nature ne donne que ce qu'elle a, mais là, elle en avait sous la grappe de chenin!... Bigre!...

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Source : Catherine et Philippe Delesvaux

Lors d'un précédent passage au domaine, quelques semaines après la cueillette, nous avons eu confirmation des bruits qui circulaient dans la région : 2010, millésime exceptionnel!... Passons sur les tombereaux de raisins botrytisés vus ici ou là, en octobre, et sur les commentaires de quelques vignerons peu enclins à proposer de tels vins à leur clientèle de base, adepte des Coteaux-du-Layon en bag-in-box!... On attendra néanmoins, pour parler d'année quasiment historique, mais tout porte à croire que, quelques flacons hors normes verront le jour dans la Vallée du Layon. En même temps, fin novembre ou début décembre, certains vignerons avaient quelques difficultés à être véritablement dithyrambiques...  Presque des sourires pincés, gênés... Il faut dire qu'en Anjou, certains ont désormais abandonné l'idée que les liquoreux restent le cheval de bataille du secteur, voire même de la région Val de Loire. Des années moyennes, quelconques, une clientèle qui déclare, parfois, ne savoir que faire de ces grandes cuvées mises en cave à la fin des années 90, une tendance à opter plus souvent pour une gamme "moelleux" ou "demi-sec" et le virage se prend, en glissade, souplement, presque sans difficulté aucune... Les grands liquoreux, c'est fini!... Mais, comment faire une telle impasse en 2010?...

Quelques vignerons référents de la région (dont certains ont pu apercevoir, naguère, le gouffre s'ouvrir sous leurs pieds...) ne veulent plus prendre trop de "risques" avec ce type de cuvées. La crainte d'une mévente, des prix de revient rarement en phase avec le prix de vente (à moins que ce ne soit l'inverse!), une dépense d'énergie, pour leur promotion, sans commune mesure avec les volumes écoulés?... Puis, l'idée reprise en coeur, professionnels, journalistes et amateurs réunis, que le chenin d'Anjou a sa place dans le grand concert des vins blancs secs estampillés "terroir" - je ne jetterai la pierre à quiconque pour cela... - et l'affaire se complique pour les doux de belle origine.

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Avec Philippe Delesvaux, sur cette colline qui domine presque le confluent de la Loire et du Layon, à St Aubin de Luigné, sorte de phare éclairant un estuaire de vignes, c'est opération recentrage. Vous voulez aborder les liquoreux par la face nord, sans concession, vous frappez à la bonne porte!... Il faut dire que l'homme, 55 ans dans quelques jours, vigneron depuis 1978 en connaît un Layon!... Il travaille dans un souci de pérennité et sans doute parfois pour la postérité, du moins celle de quelques-unes de ses cuvées. Mais, la prospérité (toute relative!) apportée par une réussite constante dans la production de grands liquoreux, n'a qu'une seule origine : un mélange de travail au quotidien, laissant peu de place aux extras en tout genre et de fidélité à ses idées. Une constance que personne ne peut se permettre de remettre en cause, ni dans la région, ni outremer. Pas un hasard si le Wine Spectator le surnomme le "Pape des liquoreux" du Val de Loire (avec les notes les plus élevées depuis 1995!), titre qu'il partage aisément avec le Domaine Huet, sachant que ce dernier ne produit pas de "Grains Nobles" tous les ans!...

Lorsque l'on passe un peu de temps avec le vigneron de la Haie Longue, on devine quelques traits de caractère qui peuvent surprendre. Ainsi, on l'imagine viscéralement attaché à sa terre, à ses vignes... En fait, pas plus que cela!.. D'abord, parce qu'il en est le propriétaire depuis seulement quelques mois et que son "art", il ne l'a exercé, tout au long de ces années, que dans un cadre familial, que Catherine et lui-même n'imaginaient autre qu'équilibré, serein, assumé et permettant à toutes ses composantes - notamment leurs trois filles - de s'épanouir et de se construire.

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Aujourd'hui, les Delesvaux préparent l'après-Layon. N'allez pas croire que c'est pour demain!... Mais, l'après-demain s'organise, là encore, sereinement et de manière réfléchie et posée. Il serait étonnant que, l'heure venue, le couple fasse la fortune des cabinets de psychanalystes!... Le privilège, sans doute, de produire tant de vins de méditation!... J'insiste quand même, le Domaine Philippe Delesvaux n'est pas à vendre!... Mais, cela viendra un jour, parce que la génération suivante, résolument voyageuse et orientée vers d'autres activités, n'a pas l'intention d'ancrer ses racines dans le sol carbonifère de la Guiberderie ou du Clos du Pavillon!...

Malgré cette perspective, les prochaines années vont permettre une restructuration du vignoble, rendue enfin possible avec le rachat des différentes parcelles. Il faudra arrêter une chronologie, mais les travaux seront d'importance. Les cabernets de la Guiberderie seront remplacés par des chenins. Le Clos du Pavillon sera lui entièrement arraché, afin de permettre un drainage complet de la parcelle, avant la nouvelle plantation. Manière aussi de faire l'inventaire, si tant est que ce soit nécessaire, des sols très variés de ces clos de 8 ha environ : tantôt un petit dôme de roche affleurante, là une roche volcanique et ici, des poudingues sur schiste. Et ces sources qui apparaissent sur les points hauts!... Un ensemble, un îlot très protégé, point important pour ces terres cultivées intégralement en biodynamie depuis 2005 et n'ayant subi aucun "outrage" depuis leur reprise en 1990-1991!...

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Passons donc au dernier millésime en date : 2010. En tout point, l'égal des 1997, 1996 et 1995, composant la trilogie magique du domaine. Depuis 1997, Philippe Delesvaux n'avait pu inviter son duo de cantatrices hors pair : Carbonifera et Anthologie. Ce sera chose faire cette année! Histoire de laisser une trace indélébile dans quelques caves. Mais, les chenins de l'an 10 sont taillés pour étonner leur monde!... A noter qu'il n'y aura pas de secs à la cave. Impasse inévitable pour Feuille d'Or, ce n'était pas une année à réussir les secs, même s'ils ne font jamais de fermentation malolactique ici!...

Commençons par les rouges : le cabernet franc, qui compose l'Anjou rouge, que l'on trouve sur une parcelle de La Guiberderie, mais aussi sur l'Ouche Crépine, à Ardenay, tout proche. Du solide, un peu austère, mais rien que de très normal à ce stade. Le cabernet sauvignon de la Montée de l'Epine s'exprime joliment sur les fruits rouges.

Le premier blanc, c'est Authentique, issu de vignes franches de pied, sur la parcelle des Rousselles. Ramassé environ à 17°, sans botrytis et sans passerillage, uniquement des raisins pleins, entiers, à maturité, avec un rendement de 10 hl/ha! Au final, ce sera un demi-sec. Un équilibre intéressant, qui pourrait être mis en bouteille en mai, pour garder du fruit. La structure semble bien digérer la prise de bois, très atténuée.

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Ensuite, le "St Aubin Passerillé", presque à la phase d'équilibre. Élevé en cuve, il a été ramassé à 18°. Plutôt dans une phase ingrate, puisqu'il est actuellement "chauffé et brassé" pour accélérer le processus, afin qu'il soit près au printemps prochain. Néanmoins, une jolie expression aromatique! Suit "Les Clos", des 2è tries, moitié botrytis, moitié passerillage, ramassé à 20° environ sur plusieurs parcelles et élevé en cuves cette année.

La progression est d'une remarquable évidence. Nous sommes typiquement dans le cas d'un millésime très didactique. Avis aux amateurs!... Viennent ensuite deux "Grains Nobles", issus d'une 2è trie de raisins botrytisés, sur les poudingues de deux parcelles différentes du bas de la Guiberderie. L'un a été ramassé à 23,5°, le second à 25,5°. Deux concentrations différentes et deux expressions qui leur sont propres. La dégustation successive des tries à 20, 22, 25 puis 27° nous éclaire remarquablement sur cet aspect des choses.

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Source : Catherine et Philippe Delesvaux

Entrons dans une autre dimension : Carboniféra, 27,5° (7 ou 8° maximum au final!), sorte de cocktail d'acidité, de tension et de puissance. La touche de graphite, la pointe de charbon sur schiste d'une dernière trie de botrytis soulignent la personnalité de cette cuvée. Immense!... Vient ensuite Anthologie, 1ère trie de botrytis sur poudingues. 29 à 30° affichés lors des vendanges. Une touche agrumes bigrement séductrice. D'ores et déjà, une incomparable persistance...

Avec Philippe Delesvaux, on se réjouit de ces cuvées d'exception, reflets d'un millésime sans artifice, simplement généreux, qui donne presque facilement, de tels nectars dans des volumes non négligeables, même si, en cela, il ne rejoint pas le prolifique 1997. Treize années à patienter, malgré les 2003, 2005, voire 2009 (qui va être difficile à promouvoir!), tous beaux millésimes, mais pas grandioses pour les liquoreux de la région.

Pendant toutes ces années, les outils de la communication, à l'échelle de la planète, ont beaucoup évolué. Et le millésime 2010, encore juvénile, se voit déjà réclamé çà et là. Quelques importateurs, en divers points du globe, se sont déjà positionnés!... Sommes-nous à l'aube d'une nouvelle course aux nectars de Maître Delesvaux?...

En guise de conclusion de cette après-midi, un petit retour sur les rares 1997 : SGN, puis Carboniféra et enfin Anthologie!... La trilogie des cuvées laisse aisément songeur. Goûtons le moment rare!... Merci M. Delesvaux!... Grains Nobles, sur des notes épicées et sa finale safranée, affiche 212 gr de SR. Carboniféra est singulière, subtilement épicée aussi et sur ces notes minérales incomparables! 325 gr de SR environ et une liqueur époustouflante!... Enfin, Anthologie porte bien son nom. Pas moins de 450 gr de SR, guère plus de 5° d'alcool! Un toucher de bouche palpitant!... Arrive-t-on à "dominer" ce vin en toute circonstance?... Pas sur! Il doit parfois vous emporter comme le désir, vous précipiter dans une autre dimension... Une sorte de pur sang que d'aucuns qualifieraient d'indomptable. Philippe Delesvaux l'affirme avec conviction : "Le Layon s'en sortira par le haut, grâce à ses liquoreux!..." On veut le croire et qu'en même temps, les amateurs soient de plus en plus nombreux à tenter de percer le secret de ces vins hors normes.

Dans quelques années, parlerons-nous de ces grands millésimes comme les fruits d'une époque révolue?... Des liqueurs oubliées?... En tout cas, ces grands vins ne sont pas près de sombrer dans l'oubli. Leur longévité promet d'être record!... Peut-être pourrons-nous le constater encore, dans quelques années, lorsque le vigneron de St Aubin proposera la dégustation de ses rêves : tous ses SGN dans une verticale vertigineuse!... Et après ça, le déluge pourra survenir!...

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Commentaires
P
Bonsoir PhR,<br /> Il avait dit chuttt!!!Mr Ph Delesvaux.<br /> Tres bel article comme d'habitude.<br /> Au plaisir de se retrouver a la Haie Longue entre Philippe et Philippe.Au Plaisir... Philippe
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